OAK ST HDSF '-•*-**.»**-••-*< «♦•.♦•Z**!' " ï ^iblioîbit » « » « in rîkrn. ■k » • -••i»*>r«C"i«»>i»«>i»»»>»*«^ M. icUocltur LUTIIY, L I B R A RY OF THL UN I VERSITY or ILLI NOIS 944. 07 LlfoK v.l Return this book on or before the Latest Date stamped below. University of Illinois Library MAY2 2'979 *i m L161— H41 1 HISTOIi;!' DE La UÉVOLUIION ItE l8iS PARIS -IMPRIMKRIK DK J. CLAYE ET C ROK !i«l!«T-BK)IOlT. 7 iiiST()ii;h: DK l\ UEVOLUTIO^ J DE la cioissunce, pendant qu'elle s'aiconiplil. iJieu a proporlioiuié, dans tous les êtres, cette période de croissance à la période de durée (pTil It'ur destine. Les hommes (pu doivent vivre cenl ans î^randissent jus(prà vini^l-cimj et même au delà. Les peuples (|ui doi\ent vivre deux ou trois mille ans ont des révolutions de déveloj)pement , d'eiil'anee, de jeunesse, de \irilile. puis de vieil- lesse (pii ne durent pas moins de deuv on tiois cents ans. Le dillieile pour le vuli^aire, c'est di' I. r i I I I 4994 i HF\»»l.l T|(»N l»K IKIK ilisliii^ii«M dans ers plicnoiiicnes conMilsils des n'\oliilions d'un |MMi|tlt', les crises de rroissaïue de» cris«*s de décadence, lu jeunesse de lii \ iri liesse, la vie de la inorl. I^s phiJMsoplu'S superliciels s"\ lr()n)|)ei)t eii\- NH^nies, ils dinMil ; Ici |»«mi|»Ip en est à sa décadence \vArve que ses vieilles inslitulions se dec()nn)()>enl ; il \a mourir parce qu'il rajeunit. On a entendu cela an rofninencernent de la révolution française, au moment on la rnonanliie absolue périssait. On l'avait enlendn a la décadence de la féodalité. On l'axait entendu a la clinte de la théocratie. On l'entend aujourd luii à la cliute de la monarchie conslilulionnelle. On s<' trompe : la Kranctî est jeune, elle usera encore de noml)reus4'S formes de ijouvernement a\anl d'aNoir us*' la forte \ie inlellectuelle dont Dieu a doue la rac(^ française, il y a cependant un nioyen certain de ne pas se tromper au caractère de ces crises, c'est de considérer (piel est l'élé- ment qui domine dans une révolution. Si les révolutions sont le proiluil d'un vice, d'une |)er- S4mnalil(>, d(»s crimes ou de la i;ran . d'une ^nif de conipiéle ou de siuii: on même de gloire inju-^le dan> la nation . d une haine surtout entre les I.IVRK PKKMIIK. :\ n'volulioiis soni des préludes de décadence el des siirnes de décomposition el de moil dans une race humaine. Si les rcvolulions sonI le pro- duit d'une idée morale, d'une raison, d'une lo- i[i(pio, d un sentiment, d'une aspiration, fùl-ellr même aveugle et sourde, vers un meilleur oidre de iïouNernement et do société, d'une soif de déve- ioppemenl el de [)erfectionnement dans les ra|»ports des cilovens entre eux ou de la nation a\e( le> autres nations; si elles sont un idéal élevé au lieu d'être une passion abjecte; de telles révolutions attestent même dans leurs catastrophes et dans leurs éiiarements passaj^ers une sève, une jeunesse, et une vie qui promettent de Ioniques et i^lorieuses périodes de croissance aux races. Or tel fut le ca- railère de la révolution française de 1781): et tel est le caractère de la seconde révolution française de 1848. ].9 révolution de 1848 n'est qu'une continua- lion de la première avec des éléments de dés- ordre de moins et des éléments de progrès de plus. Dans l'une et dans l'autre c'est \me idée morales (pii fait cxjilosion dans le monde. Cette idée, c'est le peuple, le peuple t'> dans \v inwiwrnnuoui . Or lid»'** du priiple ot Ijim'ImmiichI n'U'ulii'r des inasws dans la ()f)lili(|ii<'. (jncUnics dif- tirulU's (|uf pri'sfiilr aii\ lii)innir.-> d Klal un plicno- iiiôno drnn>rrali(juo si nouveau, rotto idée, disons- noii<*, «Maul inu* v«'rit«' înoralf df loiitr cvidonciî (tour l'rspril rornnn' pinir Ir cumm du |)liil()S(»|)lio, la ri'Nolulioi) i|ui porlr tt(> idccMlans son srin rsl unr rrNolulion d<> \\r r\ non une rc- Mtlulinn dr mort. Dieu y assiste, «M le pruplt' en sortira grandi <'n droit, en Ibrce ri m m rlu. Elle pourra tn'huchcr en immIc par rii;noranre des niasses, par rinipalicnce du peuple, par les factions et par les so|»liisnies des hommes voulant substituer leurs personnalités au peu|)le lui-même, mais elle finira par eearter ces liommes, [)ar sonder ces so- phisnies et par (levelopj)er le i^erme de raison, de justice et «le \eilu que Dieu a mis dans le sani: fie la famille française, (l'est cette seconde crise de la re\(»luii«)n de notre |)aNsà hupielle j'ai assiste, (pie je vais essayer d écrire |)oin' ètn> utih^ au |)eupleen lui montrant sa piopre imat^e à une des plus i,M'and(»s heures de son lii>iloire, cl pour honorer notre lemp> de\anl la postérité. II. }{' dit. Il en peu de m(»l> cl daiilre- diiuiil a\ec i.iN lu: nu Mii;u •"> j>lii< tl'rlcndiK' cl (le loisir l«s raiisrs tir rv\[i' n'xo- lutioii. Je cours au ivcil. la icvolulioii (le I7S*.) à I SOO aNail faliinit' la Fraucc cl le luoiulc de se> (lôbats, do ses counuI- sioiis, de ses i;raiideurs et de ses ci inies La Fiance |»ar une réaction triste. niai> naturelle s'«'tail \),\'— sionnée pour le (onlraire de la liherle, |»our le despotisiue dun M)l(lal de i;éiiie. Je dis uenic, mais je nre\pli(|ue : j'entends seulement U' a;énie de la victoire et le génie du despotisme. Napoléon (]ui a\ait ce iréniedes camps était Itien loin d'avoii- le génie des sociétés. S'il l'avait eu, il auiait lait marciier la révolution en ordre sous ses aigles. Il la fit reculer et la refoula jus(ju'au moyen ùge. Il trahit son temps ou il ne le comprit pas. Son règne ne fut qu'une dure discipline imposée à une nation. Il fut à la France ce que la fatalité est au libre arbitre, une dégradation adorée et sublime mais une dégra- dation enfin. Un peuple n'est grand que pat lui- même, jamais par la grandeur de celui qui l'écrase en le dominant, plus Napoléon devenait grand, plus la liberté et la pliiloso|)liie de\enaient petites. .Vprès la chute de Napoléon, les frères exilés de Louis XVI revinrent un peu emj)reints des idées de ITX'Jel un peu mûris a la bberte par leur long séjour en .\ngleterre chez un peuple libre. Chose étonnante, mais \raie, ce fut la contre-révolnlion qui tomba du troue par la main d(^s étrangers avec fi Rf:V()Li:TI(»N DE I84H. Nji|H)l«'()H. «•»• lut I;, icNoluin)!! il,' S'.» (|ui ii'iilia en Fnincc jivtr les \wu\ juinces de la raco proscrite «les Bourbons. C'est ce (|ui Ic^ fif .ircucillir In Charte constiliilionncllp h la main. I i I rancc v reconnais- sait les tlociriues tie MiralMaii et le teslatnenl de son Assemblée consliliiar)te. Louis XVIii lOhsorva liabilemeni cl monnit Irainjuille à l'oinhre de V'uU'o de H\K Charles X eut «les réminiscences Irop vives «le son Siini:. il «itil pouNoir jouer avec la Chai le i|ui contenait (oui ce (|ui ie>tait m France de la n'volulion. Il mciIIiI ri nioiirul dan- rexii. Il v entraîna son |)etil-lils puni dans son berceau de la vétusté d'idées et di- |;i légèreté d'esprit (le son aïeul. III Louis Pliili|)|>e d'Orléans fut apiieh"» au IrAncî <'omine la re\olution \i\ aille et couronnée de 1 7Sî). Ce prince vit encore. .Mais enlre le tronc «1 Texil il \ a aussi loin (prenlre la vie et la mort. J'en parlerai donc avec la mt^nie lii)erte (juo s'il avait ces.se d'exister. Vivant, je ne lai point Halle. Je me suis tenu respecliicuM'inenl a dislance de son règne (I de ^e.•^ faveurs, exilé et mort pour l'empire je ne rofren.serai pas. L'exil et la vieillesse commandent au\ cœur- de> homnie- plii> de respe une \ ir tl(im<'sli(|n«> Noilcc inodcsh- cl Il r«'|»i()( lialilc lies doui eiirs cl do \cilii> (\r la la- millc. Il avait Joujours iino dofércncc pour \e roi régnant ci un souriic (riiilclliirrnrc pour les opj»»- silions >aii> lc> cmouraucr iicanmoiiis |>af aucune roniplicilc criiuincllc. Studieux, n'Ilcchi , Ircs- «'«•lairc sur toutes les matières qui louelient au re- i:ime interieiH de> eni|)ires , profondeiuent versé dans rinsloire, diplotnale coinine Mazariu ou Fai- le\iatid. dune eNx'ulion facile, intarissable, (pu ross<»nil)lail à réUxpienc»» autant (pie la conversation pcul ressembler au discours, modèle des (-(joux , exemple des pères au milieu d luic nation (|iii aime à voir les mœurs sur le trône, doux, luiinain, \y,i- cili(pie, né brave, îiiais avec riinrreui- du >aniz, on peut dire que la nature et lait liiN aient doue de toutes les (jiialites cpii fout un roi populaire a l'ex- ce|)tion dune seule : la tïrandeur. V. Celle tiramleur (pii lui mampiait . il la remplaçait par cette (jualile se dedaii:nent : riiabilete. il (mi usa et il en I i\ m l'HiMiiii '. abusa. Oiulqm's-ims {h'> acio do ivtlc lialiilcd» po- lilujiic le lin'iii (Icsci'iulrc «le son caracItTr jiis(nrii des iMiM's (ju On aurait réprouvées rlicz un parti- culier. Qu'etail-ce donc clicz un roi? Tel (nt It tieshouneur qu'il p( riiiit a >(■> nuni>trts de jeter sur une princesse de sa maison. I.a duehess<» de lierry, sa nièce, lui di>ipntait le trône: il lui laissa enle\ei- le \oilt' de sa \ ie j»ri\ee de l'eniine. Si cet acte, II- plus iuinioral de son rèi;ne. lui eoniinis |)onr t'\iter l'elTusion ilii sang et pour décrediler la _i;iu»rre civile, il faut le plaindre. S'il lut tolère par audution personnelle, il l'aut le lletiir. M. Trois partis s'airitaient autoiu' de son trône : le parti républicain , à (pii l'indécision timorée de Udayette a\ail laissé enlever la ré|)ubli(jue en lS3t). le parti It'uitimiste, (jui adorait la brandie aînée des liourbons comme un doijme et (pii abhor- rait la blanche cadette connue une profanation de la monarchie, enfin le parti libéral et conslitutit)n- nel , composé de l'immense majorité de la nation. Ce |)arti voyait dans Louis lMiilipj)e la transaction Nisante entre la royauté et la républi(pu.', la der- nière Ibrniu d unr dynastie héréditaire, le dernier espoir de la monarchie. Il n'entie pas dan> notre plan de raeonler coin- 10 RKV<»LUTION DE 1H48. iiioot ce |)riiir« frappa lus ri>pul)lii aiiis, (|ui ne ct's- si'mîl do ronspiror roniro son K'f^nr. pciid.iiil (jiic «les f;in,iliipM's Iramairut rontrc si vir. (0111111(111 il annula l«s Ic^iliniislcs, (pii rcslôrcnl (li\-liiiil ans dans une noiitralil*' hostile a son f^ouvcMncinciil , nialf^n* si l()i),i;aiiiniil«' à les atlciuln'. (-oiiiniciit enliii il nianoMiMa entre les (liflerentes nuances du parti (-onstituli(>ini(>l , en ohlint lantùi iiiir lili(>iié, lant(')t une complaisance, et Unit par s'eiitourer d'une oli-^'arcliie étroite, dévouée ou corrompue, de courtisiins a\eui;k\'i, de fonctionnaires publics assouplis, et d'électeurs vendus à s«i fortune. Maître «les partis dans rint('Ti(Mir. inoffensif oti ohsiWpiipux envers l'elranijer, a (jiii il -^iicrifiait tout pour en obtenir la tolérance de Si» dynastie, heu- reux dans sa famille, entouré de (îi- (pii auraient éle «les «"itoyens éminents s'ils n'eussent pas été «h^ prin<*es, se voyant renaître à la troisième iî(''né- ration dans ses petits-tils (pi il ;ippri\oisait liii- UH^me avec complaisance an iKUie, ayant |»(nn' cour une famille de princesses pieuses, belles, in- struites, vénén'cs ou admirées, l'avenir lui appa- raissant comme assure à sa race par son étoile, et l'hisloire comme compulse à son nom par h^ succès. 11 lefnmit la monarchie restaun'c et rajeunie à la France, la paix an ?iioinle, trois IrAnes européens à sa dynastie. Sa \erle \icilh*sse, doiil il avait ec(uio- miw les fondes par hi chastel<^ de son à.i:e mur. était I.IVHI-: imu;.mii:h. H l«' Iriotiiplic iiiiti(i|K' do la sagesse sur U-s (lilViciill»- (le la \it' •'! >iir lu iiutbilitc tlii ili'^liii. \ I Tel était i.ouis Pliili|i|i(' an (-oniiiieiiceiiiciil raiinee IS'iS. Tmitc cftlc pcopccliNf cliiil nnr ica- lilé. Ses ciiiiciiiis se déclaraient Naiiicii,-. I.f>- |iaili> ajoiirnaienl leure espérances au jour de sa mort. \ai réflexion s'al)îinait dans la eonteniplalion d'une lelie sagesse et dune si constante (oilunc Mais à celte sagesse et à cette fortune il man(|uait une plus large base : le peuple. Loiii> Philippe n'avait pas conipiis toute la dé- mocratie dans ses pensées. Servi par des ministres habiles et éloquents, mais honunes de parlement plus qu'hommes d'étal, il a\ail rétréci la démo- cratie an\ proportions il'une dynastie élue, df deux chambres et de lii)iscent mille electenis. Il avait laissé en dehors du droit et de l'action poli- tique tout le reste de la nation. Il a\ail lail d'un crus d'ari:ent le signe et h' titre n)atériali>le de la souveraineté, au lieii «le reconnaître et de faire constater cette souveraineté pai- le titre di\in d'Iiomme. de créature capable de droit, de discei- nement et de volonté. Kn un mot ses ministres im- prévoyants et lui avaient mis leur loi dans une oli- garchie au lieu de la fonder sur l'unanimité. Il n\ lî lu \ (>i r 1 1(>\ i>i; tsis. ii\;iii plu- (rr-cl.iNt's, iiKiis il \ ii\iiil nu |>i-ii|>l(' cii- litT (•(iiKliiIllIic il >f \ oir uoliNt'itlc |»;il' illir |M»ii;n('0 «It'diuiiilairrs chMioraux. («'s t'icctours semis fiaient lies lioiiiiiK's N'i;au\. I.cs masses irtMaieiil (lur des masses porlaiil le uouveriieiiKMit sans \ |»ai liciper. I M lel i:()iivernemenl iif |K»ii\ail maii(|iii r ilr ilrNc- iiii eu'oïste. (Il- li'llr>< masses ne pouxaienl maii({iier (le (le\enii (lesalleclionnees. h iinlies i;ian(li> l'iiulo pioilmlo par ICiiiNU'- iiH'iil naturel d'un esprit à (pii tout réussit axaient coiilrilmc à ali(''ner in-en>il)l(Mnent ers mn-se- de la royaiile. I.e peuple n a pas la seienee, mais il a le S4>nliment confus de la politicjue. II s'était |)romp- lement a|)ereu (pie la nation était saeriliee aii\ iii- lenMs d'alIermisseFnenI et d'ai:randissement dr la d\naslie dans nos ia|ip(iils avec rélranijer. (pie Koui- IMiilip|)e Inimiliail la paix, (pie son alliaiie«> à loiil piix avec l.ondi'es lui donnait (|uel(|uerois en iliiropc raltilude d'un vice-roi de I .\ni,deterre sur le conlineiil. (|ue les traités de ISI.'). réaction naturelle, Fiiais momentanée, des coiupK'Ies injustes de i'Km|)ire deviendraient avec sa (l\ iiastie Télat n»gulicr el (K'Iinitif du continent |»oui la France, (jue I Angleterre, la Hussie. rAutiiclic. la Prusse prenant d "annéeen année des dimensions immenses -m !••-. mers, en Orient, en PoIoj^Mie , en Italie, en \llcmai:ne, mu le lia-« Danuhe, au delà du (Caucase et du ( nie (!•• la TuiMpiie . la I ranc(^ a (pu il était I.I\''RK PKIMIIIî }^ iiiloiilit (l*> uraiulir l'ii iiiaiiiK-, en tciiiloirc, rii iiitliiciu-c. l»aissait à proporlioii t-n icpuMianl nnr a niif ir^ traditions de la nionarcliie de dtoit di\in. au li députes |>lein(' de fonctionnaires publics nonunes ou destitues pai les ministres ne renvoyait au loi «pi'une opinion publicpie à son imaixe. La corrup- tion a\ou('v était (h»\enuc un pouxoir de I Clat. Kniin la pai\ (pu a\ait ete jus(pic-la le bienfait cl la \ciln i\i' ii' rèiiiie \enail d'être tout a coup H Ui:\ ni ITION I)|- IN IS *-(>iii|ti(iiiiis(' \y.\i I*' 11). Il I. If;*' .iiii[)ilii'ii\ ri iiii|)()li- lii|iii' (11111 liU ilii roi, Ir (iiic •!(> Mnii(|)(>iisi(>r, avec iinr licrilicro uvciiturlUMlo la ((nimiiuc (l'Ks|»ai;nc. (^>tt«> alliance r()iii|iait |)()iir un iiitcrri piiri'nD'iit (lMi.isli(|iu' rallianco avec I'Aiii-'IcIcito i\uc la iia- lion supportait iinpatiriiiiiKMit , inai> t'iitiii (jnelh» supportait dans un irranil intcivt (riiuinanitt* , do iibert»' tli's nicis, lif lomiiu'nM» et d'iniiuslrio. Kn voyant tout à coup celle alliance jet('*c au \eiit pour un airrandissemenl de famille, la France crul re- eonnailic qu'il n'y a\ail de sincère que l'ambition dans les condescendances tenioii:nees juscpie la par son roi envers l'Ani^leterre. i\uii la |)reinière occasion on se jouerait de son sang, de ses imliis- Iries, de son commerce, de sa marine pour «'lahlir à Ma«lrid un prince de la famillf d'Orléans, (pie le système de pai\ lui luèiue n'était qu'une hyj)Ocrisie de i;ouvernemenl el une forme de l'éj^oïsme dynas- tique. I\ De ce jour le roi dcpopularis** dans l<^ parti re- piihliraiii par >on trône, depopularis4> dans U; parti lei:itiinistc j»ar son ii>ur|)ation , lut d«'popularis<* daii> li> parti pacilicpie et i^'ouNernemental par la guerre cpie le mariaj^e espa.miol suspendait sur la France. Il ne resla au roi (pi'un ministère éloipienl I l\ IU-: l'HI-MIKR 15 (l lo |Mi Umik'IiI , af^rcaltli' a la (our, ol deux lorU's majorités dans les di'iiv ( liainliivs. Lo roi mi iTovail iiniinibU' axcc ( r |H'isoiiih^I du pouNoir dans les mains mais il ne lenait (]ne le meeanismo e( ponr ain>i i\\n' !<' xiMemenl du |>a\>. La nation n'\ était |)lns. L'opinion lui axait eeliappe. I,e^ honnnes polili(|nes de ropjiosition atla(lif> an sNstème nionai(hi(|ne , mais adversaires im|>a- lients du ministère. >e ((•nsnmaienl (i(»puis se|)l ans dans des lutte* acerbes «le liil»n?ie pour leeon- (juerii le pouvoir. M. riiiers en était l'ànu"', rintelligence et la |)a- role. La nature l'avait lonne pour le rôle d'aii;i- lateur intestin d'une assemblée plutôt (jue pour celui de tribun d'une nation. Il y avait plus en lui • lu l"o\ et du Pilt (jue du .Miiabeau. Ses liiscours qui avaient liint &er\ i à consolider la monarchie de juillet pendant les pn^mières années de faiblesse senaieni maintenant à la déraciner de l'estime et du e(jMir (le la nation. Lf parti républicain trop peu nombreux dans la chambre pour s v faire écou- ter, applamiissail avec complaisance aux mor- dantes et spirituelles atla(pies dirii<ées par c(»,l ora- teur contie la couronne, (les agressions et ces au- daces de ciitKjuc pcr-oniu'Ile semblaient acfpnTir une auloritf d'opposilicui plus mineuse en emprtin- lant la paiole d un .im h'u numsireet d un ancien ann delà losaulr. 1. oppoMliun prenait dans la bouche 16 RftVOI.lTION DK 4 S l 8. d'iiii inlorati'iir «In troiir (|u<'l(|ii*> clioso du «iiiiK- \rro (lu siicrilci:»'. I/()|)|>osili()i) ('(nistiiiilc. iiiodcrcf» , toujours IIIm'- rîilf . jniniiis |H'r-oinu'llt' di- M, Odilotj |{;iirol Inr- tirniil d)> jour en joiii' (hiiis Ir |)ii\s !<; sriitiiiiriil lioiiiirlt' et iWiiU' i\r. la lilxM'Ic Siiiis di'.m'adiM' aiitiinl la considération ri l'aulorilc du tronc. I.cs ici^ili- niislcs cITaçanl leur |»rinci|»c cl se bornant à une i;ucrrc dr- dcsalVcction ot de dénigrement (d)stinee, a\aicnt dans M. Herryer un de ces orateurs à grande voix (|U(^ la Providence réserve conuMc une conso- lation au\ i^randes causes vaincues. .M. Gui/.ol écri- vain , orateur et philosophe, étiiit l'honiine d'Ktiil de la nionarcliie stationnaire. Son caractère, son esprit . son talent, ses erreurs, ses sophistnes même avaient des proportions anticpies. Tous ces hommes vivent à cùlé de nous , les uns encore dans l'action, les autr(»s à l'écart et dans Texil. Il serait téméraire ou lâche de les juijer. Le temps ne les a pas mis au point de vue d*' l'impar- tialité • '! de la distance. La vérité n'est «jue dans le lointain. On riscpierait en les caractérisant aujour- ilhui nu de maïupieide respect a ieui caractère ou de manquer d'^'i-'ards à leur éloienement. Il >iillit en ce moment df !(•>; nommer i.iviii: phi: M M- H 17 XI. I.ii Million ôtnil cjiltnc ;t l;i siiiriicr, iii(|iii(>ir iiii tond II \ a\ait (-oininc un irniords dans sa pros- pcnlc qui Irnipt^i-liait d'en joiiii' en p;ii\. Illlc S(MiUiit (pitMi Ini (icrohait nnc à une pendant >><)ii somincMl toutes los vérités pliilosoj)lii(jnes de la re- NoIntioM de S'.). (pTon \:\ matérialisait poui' Ini <'ilei l(» sou\«'nii' et la passion des pioiiiès inoian\ et jM)pnlaires (pii lui axaient l'ait leinner le nifjiide (in- cluante ans aupaia\ant. Son honlieur send)lait le prix d'une a[)ostasie. D'un autre côté, elle se scMitait luimiliée et menacée dans son existence nationale |)ar une politique ipii la subordonnait troj) à l'Kn- rope. Klle n'aspirait point à la iLîueire, mais (slie Noulait sa liberté d'aetion, dalliam-e, de principe, et (l'influence propre dans le monde. Klle mainpiait d'air extérieur. Klle se sentait tialne non de lait. mais d'esprit par la nouvelle d\nastie qu'elle s'était imposéïî en 1S30. Le roi était trop père et pas assez peuple. I.e journalisme, ces\mplônie (piotidien de relal du pays, e\pi imait prescpie imanimement < c mal- aise de l'opinion. Le journalisme est la tribune luu- vers<*lle. D«'s hommes d'un talent fort , immense, \arie, y parlaient a\er une \ei\e intarissable et une audace conl<'inie au piddic. Les loi> n'arrêtent (|ue I ('s|)rit do u|)|M)siti(>n> r\ «1rs (;irlioii>. !)»'> ce ii\ jiiiis tic liiiiilc liorlriiiM «•! (|(> |)nli'ii)ii|iti' lraiis('cii(liiiili' aMiiciit illiislir l<> joiiriKi- lisiiM' tl«'|Mii> Amlic (lliciiior, (iamillr Desiiioiiliiis, .Miiiiliraii . Hnnald. Ht'iijaniin (ioiislanl . iitathinic de Slacl . <;iial<'aul)riaii(l , Tliirrs, (lancl, (iui/<»(, iii>- <|irau\ |)lll»li(•i^l(•^ aclucls ; les I^'iliii, 1rs Sacy, lo (Jiranlin, 1rs Manast, les (lliainiiollr, ri une éliU* (r«'(rivaiiis, (\v penseurs, de publirisles. d'rcono- iiii>lrs. i\(' s(> |)lu> i» i- iiiiiiiriil> (le la st)ciL'le, semlilail lediî^e par do lionunrs nuuis dans le pouNoir. Il avail la fçravité, l'elrN ation , le sarcasme dedaii^ncux . el (jueUpiefois aussi la proNotaliou j»oii;nante de la forre. Il sem- itlail icmicr a\rc la tnonarrliie elIc-nuMue el se souNciiir dr Irtiipire. Les noms de tous les liraiid- «'«riNains ollieiels (pii ronrfuuaienl ou (pu a\airiil eoneoui'U drpui> M dr F(Uilaues jusipTa M \ illr- main à sa rrdartion lui donnairnt un prrslii^r de superiorih' sur la |)irssr periodi(|ur plu- jciine dan- iier> ri al> ji.irl('iiu'iil;iirt»s, st's c'Oiies|Mm(l;iii(rs ii\»'<- rchani;»'! , la >ùi(»iilnt', le ihcAln;, les aiis, la crilicjui' s'y tron\ai«'iit analyscîs, ivprodnils, M\ili('s ilans ses Cenilleloiis oii la .ma\ilé n'elail jamais lonide mi la l'iitililt' même elail relevée par la Siiiliif lns de cincpiante ans et de laiie pum ain>i dire jjartie de l'histoire de France. !.«• Constilulionncl et le (juirricr français avaient en inie grande part à la Intte de I opinion libérale eonlre la restanraliun. Ils avaient |)()pnlaris(' la ()lii- Itjsophie du di\-linitième siècle dans les niasses. Sons la hranclie cadette, ils ne combattaient pins la dMia>tie. ils iratta(piaient (pie les ministres et la majorité des (Chambres. Le jonrnal la Presse, fondé pins réeeniment avait en\alii en pen d'années un immense espace (ro|)i- iiioii. (Jetait recleclismc: appliipie an It^mps. le li- béralisme ^ans ses prejui^es re\olnlioiinaiies. la inonarcliii; eonstitnlioimelle moins sa sei\ilile mi- nistérielle. ( n lioinme an >l\le a\entnren\ coinme >on esprit osait toiil ce (pi'il pensait dans (e |uui- iial. laiitot >>oiileiiaiil, tant*)! sapant, mai> lon|onis âo nftvoi.i'TioN ni- «s in. MMil. S«'S s (»lonii;ii(Mil d'jilMJnl , |)uis siil)|ii- f;uiiii'iit l'opiniiiii. Mimiic en les n'|)n)iiN;inl le |»ii- blir s'intiTcssjiil i\ -n luirdit'ss*' de idiiinc. Itic fcinnif (li'jà illiisliff \\.\\ l;i poésie, jjjonljiit >;i i.'i;n-e à celle force. Ses lellres sur lii j)()litiqiio, les iinriii--i, les modes paraissaionl loiiles les semaines an bas du journal siiiiiecs (rim nom de rnn\ention. 'r(«Mlr l;i France etail dans lu secrci ih\ li-;iil ;i li;i- \ei> ce pseudoinnie un nojn déjà célèbre, (je nom ne faisait (|ue eliani^er de presticie en se vnli.'arisan( |)ar rallieisine, l'eloipienec el le bon -ens. Le Siiclr Fiioins relevé de Ion ei didees (pie ces deux journaux s'était crée un iinnionse auditoire parmi le public alTaire dos tralicpuuits {\('> villes (;t tl(»s campairne-. Il passait p(Mii- s'inspirer' île la peuM-e de> orateurs de la gauche. dynasti(pie. Li droilure et l'impartialité étaient ses deux nioyen< de succès. Il taisait plus de bien (]ne de bririt. Il popularisait l'esprit et non les tonnes de la re|irr- bli(pie. Il coinnien(;ait l'éducation de celteclasse labo- rieuse (br pays, (pri a besoin d une monnaie d'idées toute IVappcc et d'une Nalinu* nro\enne pour ses «'clianires (prolidiens. M. (;irarnl)olle lui dormait l'em- preinte de 1 liomiète lionimc persévérant et coura- j;enx dans sa modération. Lr Si'rclr enlre >e-. mairjs était la saine démocratie de ro|>inion. (l'eljit pbr^ f|ir irn |(»irrri.d. cil. ni le cati'chrsnic de lit (!oii- ^lilirlion. Im V.azette de France r«'pr('S«Milail iimins un parti qu un hoiiiiiu'. M. (le Gi'iioiul»', «'sprit a la fois sou- ple et inipérit'ux , se pliait an ls à sa propie pens«*(». Né au iiiunilc p«>lilupK' a\L'i: la Kestauialinn . j)rétrc et citoyen, élève et ami des Bonald, lUs Laniciuiais, des Chateaubriand, des Villèle, il s'était attaché à la leiiitiniite du |>ou\()ii- héréditaire comme à un d(>i;me de sa conscience. U'S Étals pour lui n'étaient que des familles. Il se trompait, les Ktats sont des peuples, et ces peuples une lois leur eidance tra- versée, ne sont condamnes (ju'à la lutéle de la mo- rale et de la raison. La famille, c'est l'humanité. le père, ce n'est pas le roi , c'est Dieu. Seulement M. de Genoude et son école accom- modaient avec un persévérant artifice ce doirnu^ à l'esprit du temps. Sa légitimité était plus libé- rale (jue la républitpie. Tout ce (jue laclivite de riionune, les ressources du |)ul)liciste , l'adresse de I esprit, le courage du citoyen peuvent (h'ployer «le fécondité et de tacti(|ue pour un système, M. de Genoude le multipliait dans son journal. Il sapait tous les ministères, il restait isolé dans son dogme et dans son iiidi\i(lualiti-. Il était l'opposition de droit di\in à tous les essais hinnains de gouverne- ment hors de S(jn principe. Il applaudissait a cha- que chute, il prophétisait chaque luine. Il a\ait l'itifaillibilile de la menn(*e contre lo»is et contre a HfiVOi.i'TioN \n: ihi« loiil. H«MU(-uii|i «l'rsprils iiirtonlnits piirnii vo\\\ (jiir II' loiiips Ijhss»' «mi arricro s<^ coinplaisaicnl dans cvlU) iKTiisiilion nrr|u'lii«'llr d inipiiissance ot dans re dï'li atlir^si' aux Ikmiimu's de la d\iiaslio. Los oppositions les plus contraires st^ prùtenl des armes « onln- rrnncmi «-oniniun. Les léiiitiinistes en pn^- laienl an\ n'pid)liini niasses cpiun pressentiment lointain , ce Journal iravait pas une immense clientèle dans le paN>. On le lisait par une certaine curiosité d'esprit «pii vent connaître ce (jue lui reservent Itsévenlna- lili's nièine les moins probables de I avenir. (Tétait la siitire proplieliipie plus (pie la philosophie du parti n>publicain. (]e journal se tenait dans des li- mites inderiscs entre racceptation du i:ou\erne- nieiil monarchiipie et hi profession de foi de la re|»iibliipie. Oiiehiuefois il semblait s'entendre trop inlinieini'iit a\ee l'opposition pnrenieiit iKiiastiqne. I IVRF PnFMIKH il Il iiiiir)i]iiail peu d occasions di' l'av orisfi daio l'opi- iiioii It's la(li(|ii<'s , li's nucs cl la |i(ilili(|ii<' do .M. riiicrs. On le son|iconnail dini concci t occidh» avec Ci' innii>«lic en c\|)cclali\ c de la d\naslic, on loiil an nioMis di' coni|ilai>an( c d cs|irit cn\ci> ce |iarli. M. .Manast le redii:cai(. c'etail le Cniiiillf lirs- iiioulins sericnx d modère de la Inlnic i-e|»nltli(|ne. Jamais la facilile, la sonpicsse, ri!n|M-e\n. la ine . rellVoi des proscriptions, le j^çonl (U's lettres, de relo(pien<'e, de la lolerance, de la irloire dans la libelle elail rideal repnblicain de M. MarrasI. S;i re\nlnliiin n HRvoi.inioN i)K i«iM. «■Util If jtHi tl r.s|>rt( (i lin iioiiiiiu; d iiiiiii.'iitiitinn rt diin cdMir l)ictiv)'illiiiit i\r fcnimc. l II aiitii^ juiiiiuil |ii<>iinil |)iii<< i|ii)>l(|iu> tfiiips iLiio rii|)iiiit)n iiiir placo ctroito , mais iiiciiuraiiU' «•Il fait' (.lu ?i(iliunal. (Celait la lii'fantu'. (]c joiiriiai H'|urs('iilail la izaiiclic cxlivme , la rc|iiil)li(niti iii- rorniplilil)', la icNoliition (l(Mii(>rrati(|ii(' a lotit \n\\. Il |)a»ai( |i<>iir ix'rsoiinilicr les inspirations politi- • pn's lie M. Ix'dru Kollin ot de trois ou (juatir «ie- pnlr> iinpoi tants de la (iliaiiibrc. Celait la tradition di' l.i (ionNcntioii renonce eintpianle an> apie.-> Its • Minbats et les venyeances de la Convention, la Monlaune avec ses foudres el ses fureurs an niilirn d'ini h'inps de paix et de s('Ténite. les a((('nl> (\r Danton dans une aeadeiiiie politicjue. une terreur dr lanlaisie, un(^ colère systématique, un jacobinisme rxlinme de l'Ame des morts di' ITlI'i. un contre- Si'ns à la repnlilicpie Inture en voulant la refaire dans des circonstances toutes dillerenles n rimaije de la première repulilitpie. Iai Rr forme pour remuer plus profonih'meni le |MMiple et pour recruter tous les liomin<>s d'action a la journcc de la republique loucliail (juciquefois à ce qu'on nomme le sitcialismc. (rest-à-dire que sans adlierer à aucune de ces sectes radicalement sub- \ersivesel n>novatrices de la société, telles que le Smnl-Sim(mi.siin\ \r Fnurrirrismr, V(h(/(misalion du Irnrnil ou le romtnunismr , la rclorme jetait lana- i.i\ Hi; l'KKMii: Il « llu'iuc a I Dnlre Siicial «'\islaiil. i-llr lai>>ail i-iiln'- vuir dans la icvuliition |>()li(i(]ii(' une reNoliilioii du |»nil«'tariat , du travail plus liahitiicllciiiciit ce journal répudiant les eliinieres lioi-nail son (i|i|io>iti(in |)olili(|ue aii\ alta<|ues directes et mortelles contre la io\aulc. Il était redi^je lial)ituellenienl par M. Flocon, main inti'epide. esprit terme, caractère lo\al même dans la iiuerre d'opinion laite a ses ennemis. M. Flocon était un de ces républicains de la première race qui avaient pelrilie leur toi dans les sociétés secrètes, dans les conjurations et dans les cachots. Froid d'extérieur, rude de j)h\sionomi(; cit de lani^age, (pioicpie tin de sourii'e, >iiiiple et sobre d'exjjres- sion , il y a\ait dans sa personne, dans sa solonté et dans son st\le (piehpie chose de la rusticité romaine, mais sous cette ecorce un cœur inca- pable de tlechir devant la peiii, toiijoms prêt a llé- chir devant la pitié. Il avait de plus une (|ualite gouvernementale, bien laie chez les hommes nouiiis dans les habitudes d'opposition. Il savait ce ipi'il voulait. Il le votdait à tout prix, il le voulait |ii>- qu'au but mais il ne voulait pas au delà. Kn un mot, il savait s'arrêter à ce (pii lui semblait juste, pos- sible, raisonnable et il savait se rcloiniK r poiii de- lendre sa limite d idée contre ses propn-s amis, (^'est-à-dire que sous le conspiraleirr- il y avait dans M. Flocon riiomme (Faction. Rf:Vt>LUTI()N DK IhIh Mil l'm» sorh' do ronlilioii Ijjrili» oniro tous les pnrtis ropiV'senlrs par (vs jounwnix ainsi (pu» par d'aiilro «'iniiii'nls oiiiaiKS dos opinion-» plii> iiuanccps, lois «pie le Courrier frnnniis, la Démocratie pari fifiiic, Ir C.ntnnirrre s'clail foriniM* contre le ininisl«'io dft M. (ini/ol. Hn a\ail a la fin de la session do 1SW concorh* oiisomhlo nn plan d'aijitation ifénéralc «le l'aris ot des déparlemcnls sous la fornio do han- • pH'ts politiipios. ï/initialive de celte ai,'itation avait «•te pris<^ par rop|)osition dynasiicpio comme si l'im- pationco oi^t ctc dans ees hommes rapproclu'vs ot and)itieii\ dn pouvoir une passion plus Apre et |ilus aveuiric (jue la loi;i(pie m«^me des lépuMi- cains. M. riiiers eepen d»- M. riii«'i>. ((.Mi\ (If M. Hanoi ot M. Haiiol lui- iiMMiit' dans et' iiioiiNt'inciil. Le mol dOrdrc clail la n'roniu'i'k'iioraii^ \l\ \a} paiii du yatinnnl et rohû de In fh'-forwr ajXM- çiirtMil avec la claii \o\aii(t' de la passion la porlcf tie celle nicsuiv di'sbanipicls, mesure désespérée el révolulionnaire atlopUr |)ar Tdpposilion dynasli(pie. Les républicains trop lalMo de nombre el Irop -nspects à ro|)inion pour oser el pour aizir seuls allaient UNoir pour auxiliaires les amis mêmes de la dvnastie, les fondateurs du Irùne de Juillet, les au- teurs «les lois répressives, el la moitié au moins de la garde nationale et des électeurs. Lue fois le pa\s en mouNcnu'ul où s'arrêlerait-il? Serait-ce à un simple chani:ement de ministère? Serait-ce à une insii;niliante adjonction trelecteurs |)rivilégiés aux ileux cent mille électeurs (pii exprimaient à eux seuls la souveraineté «lu pni|)le/ Serait-ce à une abdication du roi? Serait-ce à une régence de lénnne ou de prince pendant la minorit** d'un enfant.' peu leur import. lit. Toutes ces éventualités devaient prolitei a leur caus4'. î8 nrvnii'TioN ni- is js. Ils s«> iiAlrrciil (i(> souscrire nii lijini|iirl dr l'aris. \a^ lioinnirs (le l'()|)|)(isili(iii (Iviiaslicjnc n'osèrent (MIS re|)onss«T les re|>iilili(-iiiiis. lis iiuraiciil re- |Hniss<' en eux loiil le nombre, (oui Ir Itniil, toute l.i turliuienre , toute la menace de leuis demoti- slralious. I,e peuple s'en serait desintcMesM' en n v NoN.iMl pa.> M'> amir. et ses Irihuns. I.a céiuse élail f'onnnune en ap|)arence. Lo cri était le même rri : Vi\c la Heforme. Lue i-oaiiliou un pm |iMni(pie s'était accomplie en 1831) par les oppositions antipatlii(pies dans la (!liaud)re et dans la presse entre M. (iuizot et M riuers, M. Harrot et M. H(«rryer, M. Dufaure et ^l. (larnier-Paiies, les repid)lieains et les rovylistes. (iette coalition avait fait violence au roi conslitii- tionml , p()rl<» M. Tliiers au j)Ouvoir, conlristé l'opposition sincère, perdu nos a lia ires extérieures 'Il Is'iO il démoralise le i;ouvernement représen- i.iiil. \.r^ mêmes partis, à l'exception llauianiir il Hanoi cl leurs aiiii> in lai-anl la >L'tuii(l«'. Iinfiil >aii> l<' savoir les vrai> aiilfiii> df la n'|tiil)li(iiir Ia' liaïKiiitl «if l\iii> lui le siiihal d iiiic >riic de han(HH'i> (r(i[i|Mi>ili(>ii dans les priiu-ipalcs villes du losauiiir. Dans (jucltiucs-uiis les re|>id)li(aiMs el les aititaleiir> d\ iiaslKjues fnreiil reunis el ((tu- vrireiil dr paroles elasli(|nes el \ai!;u(^s les ineotii- jialihilites de leur |)i'Oirrannne. Dans (juehiues autres connue a Lille, a Dijon, à (>liàlons, à Autnn, ils se séparèrenl rianehenienl. M. Odiloii Harrot et ses amis, M. I.edru-Udlliu et les siens reCusèrenl de se prêter à un eoneort hypocrite, ils marchèrent chacun à son but. l'un la idornie modérée el mo- narchique de la loi électorale, l'autre la réforme radicale du irouvernement c'est-à-(hre à la Hépu- bli(pie. Celte scission se caractérisa d'altord an hampiet de Lille. M. Hairot refusa d'y siéger si lOu ne donnait pas le siizne (Tadhesion constitutionnelle à la monaichie par uu l(ta»l au roi.ilette décision se caractérisa da\antaire a Dijon et à ('hàlons. M. Flo- con et M. Ledru-Hollin Invul la de> discours pre- «urseiiis (Lune rexolulion déjà accomplie dans l'esprit (le Inu - pai li>^aus. nuel(jiu'> himunesde ICppioilion parlementaire. .10 Ul.\«ll.l I lltN m. IHtH. ili- iiiiiiiH'cs isoli'f's. tris (|iM' MM Thicrs. DiiLuiic. htiiiiiiliiir s'iil)sliiin>nt usov scnipiilo Hf iKiraîIro n «es hanqiii'ts. ()i"s «Icmimslnilions confusos ri Im Im- liMih's ItMir |>pass\olutioii, cclui-l.i a une <)|)position ainhiticusr et |)urc!n('nt niinislorirllr. Ils se n'iifennènMit ainsi que heau( oup d'aulres nieuihres de la (ijiatnhn» «iaiis Icui son esprit. Il n'était pas dans sa nature de se jeter dans un(? nu'>lei> d ()ppo>ition sans pro- gramme commini. pom marcher a\ec ses adver- saires vers l'inconnu. Il a\ait exjuime franchement 1.1 ^ i{i. r m.. M II; II. .ii rt'lU' r»'r>er\e dans drs «iiiiclt's ('(-|i(i>, iciicriiilc alors, par loiilc la |)r«'>st' df Pai i^ ri (!(> ilcpai leiiiciits. I.c liaiM|U('t (le Màcdii axait |H»iir (tlij)'! dr Icli- tilei M. de LauiarliiH' rialtMiH'lh'iiuMil aiiiu' de >»•> coiifilovfiis, sur l<* tiiiccos d»' ïlhsiolrr (h's Cirnu- dius, liNrt' (|(i(' M. dr Laiiiarliiie xi'iiaii de |)iililicr rm'inimiil. 1^' livre a\ail de hcaucoiiii lu. iKni-M-ulciiifiil en France mais dans loiile rKuropc Vax Allemaj^ne, en Italie, en Kspaiini', li's edilions et les liadiielions de \ llisfoirc (les Cirundins se nudlipliaienl eoinnie l'ali- ment (piotidien des âmes. Il remnait les cœnrs. il lai- Siiit penser les esprits, il reportait les ima.^inations vers cette grande épo( pie et versées lîiands priiK ipes (jne le di\ linitième siècle riche de pressentiments et cliart^e d'a\enii a\ail xoiiiii iegneren mourant à la lerre |)our la délivrer des |»réjni!;és et des t\raii- nies. Il laxait le san^' ( rimiiiellement verse par la colère, |)ar I auihition ou par la lAcheté des acteurs dn drame do la He|>ulili(pie. Il ne llallait rien dans la di'maifOifie, il n"e\cu>ait rien dans les hourreaux. il plaii:nait tout dans les \ictimes. .Mais sa pilie pour les Naincu> ne l'aveni^lail pas. Il plaijunait les hommes, il pleurai! les remmes. il adorait la phi- losophie cl la liberté, la \apeur dn siiif; des «'cha- l'aud> ne lui \oilail pas les saintes \eriles «pu -c le\ aient sur l'avenir ilerrièh! cette ruinée de l'exe- .Tj i;i \ ni m ON ni-: \a\h riiililc lii>|(M Mii>lr. Il li;iliiy;iil (-oiiniL;<'nsoinrnt rr iniam'. il suppliriiiit IhsIoikhiciihîmI les iiinn Iii(»rs. il resliliiiiit >()ti (Iroil ri >()ii iiinocciicc ii Tiilt^o inui\«'llr pure dfs ( rimes liatiirr par eoiilesser son o|)inioii cl son amitié politi(pie, M. Ai' Lamartine saisit Toccasion de re\elernne fois de plus sa pensée à son pays. Il j)aila en liomnKï dévoué tl'intellipMue et de cœur a la cause de la liberté de l'esprit liumain et des proi^rès (Ir la démocratie organisée. « Concitoyens et amis dit-il «« A\ant nul lait résister, imperturbabir» ri dc- « bout , aii\ intempéries ^\i• l'oraiie, an Iru {\r> «« éclairs, aux « oup-. de la loujlre, sous ce toil << rroulani et sous ( r^ teules déchirées. Nous avez LIVKi: ritl-MIEH. 33 « inonlrt' que vous i^tes \nniii«'iil les enf;tiits de H n's (iiuilois cjui s't'criiiicnt dans des circoiislances « plus sérieuses : Que si la Noi'lte du ciel \efiai( à « s'écrouler, ils la soulietuiraient sur le fer de leurs « lances î « Mais, Messieurs, allons loul de >uile au lond « de celte démonstration. Mon livre avait besoin " d'une conclusion et c'est vous (lui la laites! «< Lrès avoir haihulié, u en eid'ants. les opinions on les |)réjni:es de nos « nourrices : Qu'est-ce donc que la HeNolulion « française? » La Révolution française e>l-elle , comme le M disent les adorateurs du passé, nue irrande sédi- <( tion du peuple ipii saiiite pour rien, et (pii brise « dans ses convulsions insensées, son Kiîlise, sa « monarcliie, ses castes, ses institutions, sa natio- f< nalité et déchire la carte même de IKurope? Non î « la révolution n'a pas été une misérable sédition « de la France; car une sédition s'apaise conmie u elle se soulève, et ne laisse après ell(» que des t«s! I.es « jK'uplades siiuvatçes d'Aiiici i(|U(' disent au\ cii- •< vahissours eiiro[x;ens qui vicniiinl les chasser de « Irur sol : «« Si VOUS voulez (fue nous vous cédions « la |)la( «' , laissoz-nous du nioiiis emporter les os « de nos pères ! >» Les os de nos pères à nous! ce « sont les vérités, les lumières (ju'iis ont concpiises « au monde et (pi'une réaction d'opinions toujours « croissante, mais (jui doit s'arrêter enlin, voudrait « nous contraindre à répudier! « .Maisencore une fois y |)arviendra-t-on? Voyons! « L'histoire apprend tout, même l'avenir. L'expé- <« riencc est la seule prophétie des sages î o El d'abord ne nous effrayons pas trop des ré- « actions. Cesl la marche, c'est le flux et le reflux (( dv l'esprit humain. Souffrez une ima^e emprun- u lee à ces instruments de uuerre que beaucoup « d'entre vous ont maniés sur terre ou sur mer dans « les combats de la liberté. Quand les pièces de " canon ont fait explosion et vomi leur charge sur « nos champs de bataille, elles éprouvent par le « contre-couj) même de leur détonation un nioii- « venuMit (jui les tait rouler en arrière, (l'est ce « que les artilleurs appellent le recul du canon. Eh « bien î les réactions en politique ne sont pas autre « chose que ce refoulement du canon en artillerie. «« l^es réactions, c'est le recul des idées! Il '^end)le I IVRF niKMlKH :î7 (« que la raison Imniaine, comnu' cpoiiNanlc»' «'llc- « roc^mo (les \éritos iioii\<'llcs (|ue les révolutions « faites eu son iu»ni Ninincnt de lancer dans le « monde , s'«'llVaie de sa propre audace, se rejette « en arrière et se retire làclicuieut de (oui le ter- ce raiu qu'elle a gatçné. Mais cela n'a (lu'un jour, « Messieurs! d'autres mains reviennent eiiaiiiei' celle « artillerie paeifKpie de la |)ensee humaine, et i\o, M nouvelles explosions, non de boulets mais de M lumières, rendent leur enqiire aux xcriles (pii « paraissaient abandonnées ou vaincues. «Ainsi, ne nous occupons pas ])eaucoup delà a durée de ces réactions, et voyons ce (jui se pa>- « sera quand elles auront achevé leur mou\emcnt « irréirulier en arrière. Le voici selon moi: «Si la royauté, monarchique de nom, démo- M cratitjue de lait, adoptée par la France en IS.'iO u comprend (pi'elle n'est (jue la souveraineté du M jx'uple assise au-dessus des orages électifs, et w couronnée sur une tête pour représenter au som- « met de la chose pul)li(pie Tunité et la perpétuité « da pouvoir national; si la royauté moderne, t< délégation du |)euple, si différente de la royauté « ancienne, propriété du trône, se considère comme « une magistrature décorée d'un titre qui a changé u de sienification dans la Iani:ue des hommes; si 3K HKVOl.rTION DK I HiH. « ellt* se Ixmir .1 )'-lrt' un rcj^iiljjt(Mii- iprn(Miioii( , iiiiir(|iiaiil cl luo- « (Icrant les iiioiiNoiiKMits de la volonle f^éiuTHlc, « s l»>m>|inrl Nous n'aNoiib »' lini (II- liicliiMix K i (liiii> ii()> [u'iiseosî Nous ne « vouions pas i}tro laiiion , ikmis xunnics iiii(»ii, M c'est plus (lij^uc, cOl plus Ibil . ("csl plus iu\in- M iil)lu. i^Oui! oui!) I!li hicu ! Mc^ssicuis, des «8\niploiu('s (I aiuclioralioM dans l'opiruon niu « lra|)|)i'nl cl vous riappcronl pcul-rlre aussi. I' Kntic c't's (l(Mi\ paili> (|iii pronou<('ia ? (|iii « sera juuc.' Sera-cu loninic (lan> nos pi(Mnic'ic8 « lutk's, la violence? ro|)pn'ssioir.' la nioil? Non, « .Messieurs! rendons uiàcc^ a n(i> p(''ir>; ce >cia « la liberté! la lilicili- ipi il> nous ont Ici^'uce; la « liljcrt»', (pii a ses |)ro|)res armes, ses aimes |)a(i- « li(jues aujourd'liui pour S(î défendre et se iU'vc- « l()|>per sans colère et sans excès! (On applaudit.) « Aussi nous trioni|)lu'rons; soyez-en surs! « Kt si NOUS demandez ipiclle est donc celle » force inoiale (pii pliera le i;ou\(M'nein(;nt sous la n \olonte nationale, je nous repondrai : c'cbl la (« sou\erainelé des idées, c'est la roNaule des es- (( prits, c'est la république! la Nraie republi(|ue! « la iej)ubli(pie des inlelliirences ! Kw un mol, « c'est l'opinion! Celle puis.-anc(! moderni' dont le « nom même était incomm de ranliipiile. .Messieurs, << rt»|»inion est née le jour même oii ce (iutlemberi; « que j'ai ap])ele le nwcanicit'n (htii nouceau monde « a invente pai' rimprimerie la nudliplication cl la (« coimuunicalion indelinie de la pensée et de la 40 uf:v(»irTi()N HK i«i><. « iai>on liiiiiKiiiic. Oltr puissinco inrompressiltlf^ « df r()|Hin<>M n'ii l)os()in pour n'i^ncr, ni du i^laivo u de la vengeance, ni (li> lôpj'c «Ir hi justice, ni «I do l'ôchiinnid de Ui terreur. Kilo lient , elle tien! Il hajjinee (le l'esprit humain I « l)an> lun des plateaux de cette balance, on mel- « Ira lony;lem|)s, sachez-le bien, les crédulités M d'esprit, les préjugés soi-disant utiles, le droit « divin des rois, les distinctions do droits entre les « castes, les haines entre les nations, res|)rit de " con(juéte, les unions simoniatpies entre le sarer- '" doce et l'empire, la censure des pens(»es, le si- « lence des tribunes, l'ignorance et l'abrutisse- « ment systémati(pie des masses! « Dans l'autre nous mettrons, nous, .Messieurs, (' la eho^e la plus impalpable, la plus impoixle- •« rable de toutes celles que Dieu a créées? la lu- « mièreî In peu de cette lumière que la révolution «« française lit jaillir à la tin du ilernier siècle, a d'un volcan sans doide, oui , mais d'im volcan « de vérili^s! » (Applaudissement j)rolonii;é.) \\ II. Ce di.-^cuurs rcpruduil le lendemain jiai la presse I.IVKI-: PHKMIKH. il tout «Milière, i*\|»ririi;iil assez la \('rilal)li' pcusoo (lu |>a\s. un ni(H-()iiU>n(<>in('nt sourd du snsIcimo sui\i par la couroniUMpii s^icriiiaii à r<'\t('rit>ur les iultTiMs k'uiliuies do la Kraucc à I auihilion dr la dynaslic d'Oilcaus. un amoui- |iliil(>s(i|tlii(jue cl rai- sonne des |uiu(ipes dein(Mrali(pies délivrés à une olitrarehie elroite de deux ou trois cent nulle «'lec- teurs aistMueut raple> ou corrompus par les iiii- nislres. eulin la ( raiulc sincère chez prescjuc tous d'une révolution (pii lancerait le pays dans Tin- connu, le désir de faire accomplir par le iîoiiver- nemeut représentatif élargi et fortifié les prop:rès de l'avènement democrati(pie. rajipei à l'énerizi*' modérée dans le peuj)le. à la prudence et à la réflexion dans le ijouvernement. (]e discours ne passait pas les bornes que s'imj)osait la conscience politi(pie de l'orateur. Les fruits et les pron)esses de la |)remière révolution sans révolution nouvelle, s'il était possiljle. mais l'esprit de la révolution conserve et vivifie par les institutions sous peine de honte pour la France et sous peine de mort pour les idées qui font la i^randeur et la sainteté de res|)rit humain. (Tctait la fid'''le interprétation du sentiment publie, le cri prophétiijue de l'àme du pays. Tout ce (\uï dépassait ce lani;ajj;e dépas- sait le temps. lll.\«>Ll IU».N l»i: IMX. WIN M. do Liiiiiii (ino sms < -niiiidn^ de coiuproinotlro in |)()|iiilant(' iloiil il joiiissiiit alors daiis son rlr- |Mrli>in*>iit l'I (Ml l-iiince osa (-oiiihallrc [iaiiliiiii>iil Hin'l(jurs joui"s ajuvîj les dochiin^s (jin' M. Lcdrii- lioiiin cl »es amis avaient cxpriméos au l)an(|ii('l révolutionnaire de Dijon, les synibo|(>s de 179^{ arborés, disail-oii, |);ii le nirmc parti au l»aiunn'l de rjiàloiis et les prédications antisociales (pi'iin jeune orateur a\ait l'ait a|)plaudir au lian(|uel communiste d'Aulun. « Les l)an(juels, disait M. de Lamartine en piu- a lant de ceux de Dijon et de (Ihàlons, sont le tocsin n de I opinion. Onehpielois ils fra|)|)enl juste, cpiel- " •jucf«)is ils brisent le métal. Il \ a ru dans ces " inanilestations des paroles qui Tout lrend)ler le « sol et des souvenirs qui rappellent ce que la dé- << mocralie actuellr doit faire oublier. Pounjuoi u reprendn* (Tun lem|)s ce (pii doit être enseveli « avec ce tenq)> lui-même? Pourquoi ces imita- a lions, nous dirions |)res(pic, ces parodies de 1793? « V aurait-il donc unr li\rée de la libelle connue il « y aNail une livre*» «les cours? Je «lis, moi, «pu; a c'(»st là non-s(>ulement une puérilité mais un « contre-sons. (Mi donne ainsi ,\ la démocratie ré- «• lîulièn» et s«»ns<'e de TaNenir rapparenee et la i« couleur de I;i démagogie passée. Cela travestit I i\ lu I'Ui;m ii;h i.'^ «« l'cspril public v\ tii le li.i\<'slissanl («'la Ir lait « inecounailit!. dAn iii|)|i('llt' ( rucllrinciit ans iiii> « la |)i(|uc sous lai|iu;llo leurs pores sont niorls. à u ceux-ci leurs propriéles dispersées, à ceux-là H leurs temples profanes, à tous des ioin>> île tris- « lesse, de. deuil, île teneur (jui oui laisse une u ombre sur la patrie. Cluujue époque doit ètro con- « forme à elle-même, nous ne sommes pas ITîKi; « nous sommes IS'iT; c'est-à-dire: nous sommes M une nation qui a tra\erse la Mer ruiKjo e< qui ne « veut pas la travers«'r de nou\eau. une nation (pii « a mis le pied sni- le iivat;e et ipii \eut marcher a encore, mais (pii veut marcliei' en ordre et en « paix vers ses institutions democralicpies. une u nation dont le liouvernement se trompe et (pu ic \eut 1 a\eitii, Jnai^ cpii v\\ içrossissanl sa \oix u pour se faire entendre île lui ne veut elïrayer ni c< les citoyens paisibles ni les intérêts lionnètes, u ni les o[)inions Ici^itimes. Prenons garde, nous, « ho»imes de la démocratie ri'|j;ulière. Si innis u sommes confondus avec les démaij;o.uu(;s, nous « sommes perdus dans la raison puhiiipie. On dira « de nous: « ils ont leur coulein, donc ils ont l(Mir M délire. » Xl\. Sui- le banipiet eoniniunisle d Auliin , .M. de La- martine s'exprimait le 1 'j noNembii; a\ec la même libeité. ki RKVOLniON l»K Mi8. • Cli;i(|ii<' i t;t'f.«< |)ai' roj)iiiioii il\ iiasti(Hi(' X' imillipliaiciit dans le nord tlu royauiiio. M. Utlilon liai roi y Taisait en- tendre des paroles graves, relléeliies, probes, mais eonlenues coinine son caractère. Il alhiiiiail ainsi que ses amis le feu de Topposition parlemenlaire. Cependant ees discours soule^ aient contre le j^'ou- vernemenl plus ilindii^nation (jue n'en pouvait con- tenir une salle de bancpiet. Le peuple écoulait aux portes, acclamait les orateurs, leur Taisait cortège à l'entrée ou à la sortie des \illes. Il s'Iiahituait à intervenir entre les ministres et les tribuns. A la tin de laulumne lus promoteurs de ces émotions anti- ministérielles essayaient en vain de les modérer. Ils étaient partis pour recruter des forces à M. Thiers, à M. Harrot et à l'opposition, ils avaient recruté pour la révolution. L'impulsion du peuple dépasse toujours le but assigné par les hommes politi(iues. La raison ou l'ambition calculent, la passion dé- borde. Le peuple est toujours passion. L'ojjposition dynasti(jue n'a\ait \oulu cpruii ( liangement de ministère oj)éré sous la pression des masses; le peuple couvait deja un changement de gouverne- ment. Derrière le peuple, des sectes plus radicales rêvaient un bouleversement complet de la société. MVÏU- DF.rXll.ME. l T('ll(» v[i\\i la silualion (l»^ osprits on Franco à la fin (le IS47, lorsijuo loroi ('onvocjua los (liïainbn's. le iiiinistoro cl le roi donnes, mais non alarnx^s (le ces (Icrnonsiralions iTopinion les reij;a niaient coninie des symptômes entièremerU rartires. comme (III mécontentement de paroh'S et de parade (|ni n'existait pas, selon enx, dans les esprits. Ils se conliaient dans rimmense majorité (pie le ijouver- neiiienl possédait dans les (^hand)res, ilans la fulé- lilé de l'armée commandée par les princes, dans les intérêts innombrables d'ordre , de propriété, d'industrie, de cnmmorce (pii Ions réjinunaient au clianp'meiil. (iouvernement matérialiste, ils mé- prisaient les éléments intellectuels d'opj)osition. A leurs yeii\ , M. Odilon liarrot n'était (pi'nne élo- (pience liomiète sans xolonle. M. I.edni-Hollin (priiiir popularité sonore jetant le deli de la repu- ltli(pie, sans.y croire, jtour désorienter l't dépayser l'opposition, la j)resse et les ban(]nets (juiine con- I.IVHK DKlTXIfiME T 8|>irali(>ii d iimliitioiis iiiiiuitiiiitcs faisant appi'l aii\ passions île la place» piiblicjue par ressentiniont do Inir iin|>iiissaiiiM' dans la ropréscntalion du pays. ^l. (Ini/ol l'iait rassure |>ar la ronliance on lui- niriiu' et par le dédain du \ uk'airo (jiii fiiisaicnl !«' lond dr sa naluro. M. Duiliàtcl piir riiahilo nianicnuMd «Us partis parlementaires et par le frt'in des \ (»(('> (pi'il tenait avec souplesse daîis Si» main, le roi par le liesoin ipie la France avait de lui en IS.'U), par sa solidarité avec l'ordre eu- ropéen (pii reposait sin la stabilité de son trône, et entin |)ar ce sourire constant de la fortune (pii à force de le servir et de Ti^blouir avait fini par TaNenuler. C<'s trois hommes en (pii reposaient le presliiïe , la force et l'tijlresse du cabinet atten- daient donc avec une iidaillilile confiance que tout ce mouvement et tout ce bruit de Tojjposition vins- sent expirer au pied du trône et au pied de la tri- bune devant l'elocpience de M. Guizot, devant la tactique de M. Ducliàtel et devant la vieille auto- rité du loi. H- ne doutaient pas que la majorité dan> les deux (lliambres ne doiuiAt un éclatant dé- menti aux agitations et aux menaces des partis. Ils résolurent de provo(|ucr ce démenti en quali- fiant eux-mêmes dans le discours du loi au\ (!liand)res la conduite de> députés et des jiairs ipii axaient assisté au\ bani: ihim. II. Le (lisroui"S ihi roi ;m\ (,liiiiiil)res conforiuil nix' phrase (ini .ipinlait lio-lilr- ou aveugles Jo lioinnics associés aux iiiouvciiiciils des i)aii(]uets réformistes. Il y (Ml aval! hcaiicoiip dans la clianibre des dé- pnh's, (Hi(l(|ii(s-uii?. daii> la diainhic dos pairs. Ces mots iiiij)ni(lriils st'r\ir<'iit do lc\to principal à la discussit)n de ladrosse. Elle fui vive, ardotile, irritée. M. Iliiors lli'liil la pnlili(pi(' elrantière (|iii liMail la Suisse el lltalie. M. de Laniai- liiie ( araclérisa do son pctint de vue celte poli- ti(pie exclusivement (lynasti(pie, aulrieliix'nno à Roino, sacerdotale à Heine, russe à ('rae(»\ie, conlre-révoluliounaire partout. Sur la (juestion des banijuels, M. Odilon lîarmt parla avec ranlorilé d'un ( lief d'opposition e(»nslilulionnelle I.aniar- line, l)ien (pi'il m(^ se lut pas associe aux hancpiots de sa personne, soutint (puî le ministère de\ail relier ut non supprimer brutalement l'oxercice du droit do reunion. « Non, Messieurs, répondit-il aux ministres, « ne vou> \ trompez pas; ce n'est pas ici, connue « \ou-lo dites, une aiiitation artilieielle. (le loyer « n'est pas soufflé avec un souflle d'homme. Il « n'aurait pas ou celte univei'salité, ce caractère un |»Ji\s palienl de- « nuis (li\->«'|>l ;ins .' (!e iilnMioniène vient de vo « que le j)a\s s e^t eiilin icndii coniitl"' de I til)-.li- « nation du fnux systèino par lequel on renliiiine. « en (Iflidis de tontes ses li^Mies ;i rinicrieur, en « dehors de touti^ sa politi(jne . de >a diiiiiile, o[ « nu^ujo de sa snrele a l'extérieur. Mais le jour oii « a|)n''sa\(>ir nn^reinenl reilt'clii . il >'en est (Mdin « rendu eoinpte, (|nand il a \n ce système obstiné u do n^strietion lej^ale au dedans, de \éritable oli- « t;areiiie se fondant à la plaeo do la |j;rando dénio- <( eratie ré.uulière promise pai- ISliO, ipiand il a \ ii « que ce système changeait de mains sans elian.;j;er « d'action, et qu'il revoyait toujours les mêmes « choses sous d'antres honunes; quand il a vu la « corruption monter cette; année connue un Ilot (( impur juscjuc sous les j)ieds des pouvoirs pu- « blics, l'écume des vices les plus sordides suriiiir « à la surface de la société politicpie an lien de « retomber connue elle le fait ordinairement dans » la lie des nations; quand il a \ ii la |)oliti(pie « étrangère de ces dix-sept ans, politicpie a la- « quelle vous l'aviez \ous-memes laborieusement et u glorieusement attaché, la politique de la pai\ « sapée tout à coup par vos propres mains, pour u un intciet de famille, |»our un bénéfice dynas- « tique, par les mariages espagnols; (piand il a \u « -acritier ses alliances naturelles et constitution- I. 4 r,i) Hf.VO|.rTH»N l>l i«ar vous dans une » IVontiere de eontre-n'volulions, oh! alors, oui, il « s'est emu! Kl il a nionlré par reUe émotion nu^nie (( qu'il était un sa ire et |)ru(leiit pays! « Klipiaurie/.-Nous dune peiiM-, cpiauriez-vous a dcmc dit, si, au lieu de ma ni l'ester celte inquiétude, « celle agitation en plein jour, il avait attendu dans « un silence perl'ule, (jue les jjjernies de désaffection « semés par vous depuis tant d'années, eussent « couvé dans l'esprit du peuple, et (pi'à un jour «donné, au lieu de celle ai^italion conslitulion- u nelle, au lieu de celle opinion (jui i;ronde en « plein ciel , vous eussiez eu des mines ecla- « tant partout sous les pas du ijouvernement? Oh « alors, oui, vous pourriez accuser! Oh alors, oui, « vous pourriez dire ; — \ ous agissez comme des « factieux, vous agissez comme des conspirateurs. fl vous trompez le gouvernement en imposant un « perfide silence au mécontentement de l'opinion. M — Va voilà ce que vous accusez ' Voilà pounpioi (» vous menacez non pas de vous servir de ces lois « évi«lentes devant lescpielles tout bon citoyen »« baiss<^ le front, mais siins lois, avec des lois <' e(|uivo(pies au moins, (jiie dis-je contre toutes les « lois existantes, voila |)oiinpu)i vous menacez la t i.iviiK i)i:r\iF.Mi:. 51 « n'pivseiitaliori ollc-iiiriiu* de venir mcttn! la iiiiiiii « lie la police sur la bouche du pa\s! « Le i:ouvi'riierii('iil a\ail cl a encore iarMic de la « loi. lleconnaissanl (pi'il n'elail pas arme |iar la (< vieille lé{j;islation contre un lait iioiiNeati (pii se « présentait a\ec cette uni\ersalilt' cl ct'tli! interjsité « dans le pays, il pouvait présentei une; loi libérale, « n'irulalrice, constatant le droit, ne Taneantissanl « |)as, loi (pie nous discuterions loyalement et de- M vaut laciut'ilc (piaïul elle aurait été portée, nous «« nous inclinerions, comme le doit faire tout bon « citoven. » [^ grande majorité de la (iiiiimbie ap[)Uuulissait à ses paroles et demandait la présentation d'une loi sur le droit de réunion. Les conservateurs eux- mêmes sentaient le danger d'un défi prolongé porté pai- les ministres a la leprésentation. « Souvenez- c« vous (pie vous allez créer un grand péril, dii « Lamartine aux ministres en finissant son discours. M Souvenez-vous ilu Jeu de l'aume et de ses suites. «< Ou'est-ce (pic le jeu de paume do, Versailles en « 178*.>? Le jeu de paume ne lut (pi'un lien de « réunion politicpie des Klats Généraux lérme pai- « des ministres et louNcrl par la inaru de la nation " à la représentation outragée du pays. » M. (iuizot soutint contre >ï. Duvergier de llaii- rannc et M, Hairol, le droit du i:iMi\eiiiement cl de l.i (iliambre de renvoyer lletrissuii! pour lleirissuie, 52 Hf" VOUTION DP tsls. et (le caraclôriser I inimilic ou ravoui,'lrsairo roiDinc M. riiicrs ri M DiiliiiiK' de Tai^iliilioii tics liiiii- (|in»ls, ni' |i('nl lolcicr riiiiiiiilialinn d uiir nMiaitc >ans hoiuHMir pour ro|)iiiioii lilicralc. Il icpoiid soudainciiiciil a M. McrruT (|ui a\ail adinirahU-- niciil proloslc sans coiiclun'. (' Kn ocoiilaiil l'Iioiuual)!»' M. Ucminci , dil-il. (|iii « V(>ii> oMNiail Idiil a riiciirc si franclicineitt cl si « «*lo(pi(Minm'iil sa uraiide àntr, je nio rendais frf)p « bien conijjlc do st'S lirsilalions d honinio de bi«'n, '< du SOS aii\i('lc>i palrioliipios, de ses elTorls d'es- « prit |)()ur trouver le droit , la vérité et la liunière « dans la Icirilile eriso où la démenée d'un ininis- « tère aijressir |)laec les bons citoyens, à (pielrpie u opinion nationale (ju'ils aj)partienncnl. je recon- « naissais mes pensées dans les siennes, je retrou- « vais mon pro|)re cœur dans le sien. « i.l iiioi aussi, j'ai nicdilc coinnic lui. coinnie « vous tous, sur le |)arli le |)lus lionoiable, le " plus national , le plus prudent à la fois et le plus « ferm(»à j)ren(lr(Mlans raifernative cruelle où n(Mis u sonunes conm»e emprisonnes par la circonstance. a et moi aussi j'ai aperçu les cond)inaisons des a partis divers, complicpianl pour nous le> diflicid- (« tés du moment et de l'aNcnir. et moi aussi, j'ai « vu (|McI(jU(\s vides dans nos ran.ys depuis (jue le « moment approche, mais Je ne m'y suis pas arn'M*'. » Que nous importent l(;s absents dans des erise^s i.nin; ui-i Mf.Mi ^j « (!«' CL'U»' iiatiiii'l Jt' ne icuanh' jamais on xiiil Icis « ou U'Is li(»niiiu's, je iTi^anU' où soiil les droils de « mon pays ! « Ou nous ilil : La crise ost loi le , les cinon- « stances son! Iciiducs , les (laii^'cis jx'UNciiI clic « i:iaii(i> jioui la rcspousabililc des lioiiiiiics Icniics « i|iii inarciient en (cic, au nom de leur pa\s. .Mes- <( sieurs, j'en suis plus coinaincn ipic les pn'opi- « liants, i-o serait un a\i'UL:lrmi'tit (pic de ne |ias les u \oir. ce serait une l'aihlesse (pie de; \ous les dis- « simuler. La foule est toujouo un peiil . luèiiie « (|uaud elle est rassemblée par le senlimeiil le « plus just(^ cl le pins leiritime de son devoir et de « son droit. Nous le savons; nous connaissons le; (( mot si Mai de Tanticpiite : « Quiconque asscuible « le peuj)le l'i-meut par son seul lassemblemenl ! » «Oui, riiori/.on politicpie, riioii/on rapproche, « I liori/on de cette semaine e^t i'hari;e d'an.xiét^'s c< et d cvenlualités, dans iesciuelles mon es|)rit s'est u arr(M('' et s'antMe comme vous. Oui. j'ai reflf'elii M et je rcllt'clus encore en ce moment, dans une « cruelle |)erple\ile, devant moi-même et dexanl « vous. Oui, >ur un doute si jx'sant pour notre « responsabilité d liommes de bien et d'hommes de M cœur, je n'inlerroiïc pas mon intelliiçence seule- u ment, je descends |)lus prolondemeni en iiioi- « même, je l'rajjpo sur ma poitrine, j'inlerroire ma « conscience de\ant le jui^e .'•upiême dc^ intentions -16 lltNOLL lin\ lU I s m u et (les iicles, el jo me \h)m\ ainsi l.i (jiuslion sur .< liKun'Ilf vous (It'libt'roz ; (Sonsiilion.) K nucllf csl notn* siliialion? M Nous soiiuues placi's par la provocalion du M gouvjMFKMuent eiUrr la honte el le péril. u Voilà le mot vrai de la eiironslancc ! Jo le ro- < connais, et votre assentiment me |)ronve (pie j'ai <• loucln' juste! Oiu , oui., Non> .-sommes placés " entre la honte et le péril. (Adhésion.) « l.a iionte, messieurs! peut-être serions-nous «assez uenerenx, assez i^rands, assez devouc'S, « pour r;itTe|)ler |)our nous-mémos. Oui , je sens « (pu- |>(>Mr ma part je Taocepterais, j'accepterais a mon millième ou mon cent-millième de honte; je « l'accepterais en rouiiissant , mais glorieusement, « pour éviter à ce prix (piiiin^ commotion acci- (' dentelle n'ebranlàt le sol de ma j)atrie, cl (ju'ime « iîout te de ce généreux sanir d'un eitoven français « ne (achat seulement un |)a\c de Paris! « Je me sens capable, vous vous sentez tous la- « pables de ce sacrifice ! Oui , notre honlc plutôt (' (piiine L'ontte de sanp; du peuple on des trou|)es « sur notre responsabilité! « Mais la honte de notre pays, messieurs.-' Mais « la honte de la cause, de la liberté constitnfion- « nelle.* .Mais la honte du caractère et du droit de « la nation? N(»n, non, non, nous ne le |)ou\ons (' pas, nous ne devons pas, ni en honneur ni en I i\ m; iu:i\iiMi: 57 « con«icion«<', ractrpici' l.c «iujuliMc, U* tlioit , « riioiincui' (le la nation n<- < no.- tlcpai- « Icinents à ceux qui nous onl confie la dcfensc de « leurs droits et le soin de leur dii^nite de peuple « libre ? Quelle serai! notre attitude, (piel serait « notre rôle devant eux ? Quoi! nous avons exercé « axec eux, sur la loi de l'usage et du dioil de « icunion chez tous les peuples libres, sur la foi de a la restauration, sur la foi des ministres de la ic- « \olution de Juillet eux-mêmes cjni nous onl i« donne l'exemple, ce droit léiral de réunion poli- « ticpie ; nous a\ uns autorise i)ar notre présence « ou, comme moi, j)ar notre consentement sinon I pai notre présence, ces réunions pacifiques où « l'opinion constitutionnelle se fait entendre des « députes ou des pou\oirs; nous avons encourajue « les citoyens à prati(juer constitutionnellement, «sainement, modérément, ce droit de l'émotion « publicpie; nous leur a\<)ns dit ; Si on attaipic « en voiis ce droit, nous le défendrons, nous le « sauNcrons pour vous, nous vous le rapporterons « tout entier, ou du nioin> in\esti des ij;aranties et « des rèiilcs (ju'il a|)j)artient à la loi seule de lui « donner |)Our en reiiler l'exvrcice!... « Oui, \(iil;i (0 qin» nous liuir Jivons dil. cl ;ni- «< jounriiiii , rcdaiit liM-liniit'iil . non \m\> ■,\ tiiio loi « (|U(^ j'ai (lriiiiin(lr(> inoi-inriiu' a la < liamhrc. mais « à mu* capricictisc ri anouaiito injonction d'un « niinislrr du liant de la tiiliiini>, nous ixcndrions. « son interdiction arhitiairc pour loi? nous lui « livrerions sans constatation Ici^alc de notrcî résis- « lance a la lorco, nous rendrions à l'arbitraire nos « armes constiliilionnelles? nous déserterions nos « eni:ai;pni(nits cl ce (pic nous croyons la i;aranti<' « londanicntali^ cl la liberté de la nation? Nous la .< laisserions sans procès-verbal au moins de spo- (' liation, nous la laisserions dépouiller de celle de «< ses libertés qui est la trarantie de toutes les autres, « la libert<' de ropinion? (M nous rentrerions dan> (« no> \illes, dans nos départements, en «lisant à (' nos commettants : .' Voilà ce tpie nous nous « i'ap|)orlons de ce champ de bataille lc_ral ou " vous nous ave/, cnvoves condiallic iioiir \oii>: « les débris de votre constitution, les rmnes de « voile liberté d'oiiimonî l'arbiliairc ministériel à « la place du droit national ! v« Non> a\ons mis le col i\r la liancc^ sons les <« pied> d lin ministre! (Acclamations.) « Non, non, cela n'ol pas possible ! Nous ne se- « rions plus dc> lionnnesî ce ne serait plus un « peuple! Nous devrions donner a I in>lanl notre « démission et disparaître, cl nous anéantir dans l.l\ \{\: llKl Ml. Ml ri!l (« la (Ifconsidcnilidii |uil»li(nit'I i Nouxclk's an-la- u inalioiis. ) B Ht ne cniNcz |)a> (|u il \ ;iil «laiis ces paroh's, « conliiiua-l-il , un iiiis4'!ai)l<^ seiiliuiciil irorf^tiril «1 (XMSoniii'l ; je le rcpclc, nous (Iccoiisidcrcr. ii(Hi> « aiH'aiilii", nous, ce n'csl i im ! NLiis dcconsidcici , c( mais anéantir notre (>a\s. \oilii hi lionlc! \oilà M Iccriino! voilà rinfainic (pic nou^ ne pouNons << pas arroptor! « Mossicnirs , parlons do sanu-l'roid ; le nioinciil tt lo rrclaino. Le procès est im|)osant entre 1(^ i^on- u vcrnement et nous. Sachons bien ce (jue nous « Nouions faire accomplir njardi à la Krance. Est- « ce une st'dition .* Non. Ksl-ce une révolulicm.^ « Non. Quo Dieu en écarte le plus loni;teinps pos- « silile la nécessite j)our notre |)a\s! Qu'est-ce « donc .•• Un acte de foi cl île noIomIc nationale dans (« la l<)ute - puissance du dioil leiial d'un i^rand « pays! La France, messieurs, a fait souvent, trop i< souvent , trop iin|)elMeuserneM( peut-être dejiuis « cin({uante ans, des actes rexolulionnaircs; elle « n'a pas l'ail encore un .mand acte national de « citovens ! C'est un acic de citcnens que nous \ou- « Ions accoinplii pour elle; un acte de résistance « léfîale à ces arbitiaircs dont elU; n'a pas su se " «lefcndre assez JU^(Ju"i( i par des moyens consti- « tulionnels et sans armes autres que son attitude '« et sii volonté! (Oui, oui.) fiO Fll%V(H.l llnN lit IHIH. « (j'esl donc un acto rlo ritoyon-. (jmi- imii- \tni- «« Ions fairi; cl <»ii la liauce veut (''In; iiolrr Irnioiii a jiar 1rs yeux (:(»' cl non a la \ iolencc nous donneriez la tentation de les bra\erî II « ne dépendra pas de nous de les écarter de cette «manifestation j)ar foutes les modérations, les « réserves, les prudences d'actions et fie paroles u reconunandees par votre comité Ix; reste n'est i< plus dans nos mains, messieurs; le reste est dans « les mains de Dieu. Lui seul |>eut ins|)irer res|)rit « (rordr(^ et de paix à ce peuple qui se pressera en M foule pour assister à la manifestation paciliipie cl » conscrN alrice de ses institutions. Trions- le de I INIIK DKlIMRMr. [iroirivs de-» |it'ii|»lt'>, «'I de picM'- « iiir li>uti' collision luiiott' entre les cilo>ens en « armes et les ciloNens désarmes. Espérons, eon- K jurons tous les eiloyens (jn'il en soil ainsi. Ahan- (( donnons le reste à la I'iun idenee et a la respon- H sahilité ilu i^'ouvernemenl , (pu prosocpie el cpii « ainèno seul la nécessite de cette danizeieuse ina- (' nifeslalion. Je ne sais pas si les armes conliei's à i( nos l)ra\es soldais seront toutes maniées [)ar des » m. lins prudentes, je le crois, je l'espère; mais si « les baïonnettes viennent à déchirer la loi, si les « fusils ont des bulles, ce que je sais, messieurs, « c'est que nous défendrons de nos voix d'abord, (( (le nos poitrines ensuite, les institutions et Tave- u nir du jjeuple, el (piil faudra (pie ces ball<»s u brisent nos poitrines pour en arracher les droits « du pays! Ne délibérons plus, aijissons. » fV. Telles furent le> paroles de Lamartine, [/en- thousiasme les lui arracha plus qm; la lellevion. Lamartine avait pousse jus(pie-là le scrupule jiis- (pTà blàmei- à haute voix l'agitation des bampiets comme une amorce aux révolutions. Au dernier momenl il paraissait chaiii^er de langai^e. Il ne saisissait plus il e>t \rai d un hanipiel réformiste. C2 Uf:V tlii (lioil lie iciiiiion l('i;al coiiloslc ,\ Wuti* ouvtMlo par tU's ministres à tirs dj'pnfcs. Lifi(»n de toute miaiicc et In ifouvpr- iK'iiu'iil st> pi'rsoiiiiiliiiit dans ce duel politicpic I.amarlim' cntsait y Noir riiomuMir de l'o|)posili toutes l«*s autres Ojijiositions (pielle avait ronipro- mises dans ses manœuvres et dans ses manifesta- tions. Lamartine ii'a\ail janiais l'ait |)ailie do cette o|)p()siti()n. Il la Iroiaait plus personnelle (pic na- tionale, plus aiid)ili(Mise (pie politique. I^ satis- faction secrèliî d«î j»rendre une fois i\o. jdus celte oppositi(»n en flairiani ilelit de faiblesse, Tor^iieil d(; la dépasser et de la couNaincre (rincons('(pience, étaient peut-être à son insu pour (pielcpie chose dans la chaleur de son discours. Ce feu de colère s'c'vapora dans ces paroh^s. l/oj)|)osition du centre gauche iiiollil une fois di' plus et ahandomia le haïKpiet. Les conséipiences (pii pouvaicMit dL'couler du discours d"' M. de Lamartine furent donc (^car- tée8. Il ne fut |)()ur rien dans la suites du mou- vement (pii (irif un autre cours. Mais si ces considérations excusent cette faute de Lamartine, elles ne suflisent pas |>our l'ahsoudre. L'élan (piil axait donne à l'opposition aurait pu aboutir a un conllil aulaiil «pie l'obstinalion du I i\ KK i)i:r\i(:Mi . g» irouM'riicmi'iil. Laiiiiii liiic liMiiil (|iiilijiir cIkix' an hasai'l. I.ii xt'ilii ii<- li\ri' rifii tiii à \;\ |»rii(l(»iU"e, (|uaii(l il s iiiiil (lu rcjHts des Klal> ri de l,i \ ic des liomiin's. H Inilail Dieu i-t !•■ iiciiplr. I.amailiiic se it'proclia depuis s»'\ùi('iiM'iil crllr laiilr (".'••>l la seule (lui |»e>a >ui >a ( onxieiice dans (oui le cdurs de sa vie |)olili(|ue. Il ne eliercha ii rattenuei ni a lui-uiôuie m an\ aniies. C'est un Inil i:ia\e de ren\(t\er a Dieu ce i|ue Dieu a laisse à Ihoinuie dKtal : la responsabilité, d \ a\ait la un deli a la ProNidenee. I lioniuie saj^e ne iloil jamais délier la fortune, mais la piévoir el la conjurei-. V. Le soir (juehpies députés et (juehpies pairs se n'unireiit sponlaneiuent chez Lamarline au noiid)re de sept a huit. \\> priienl la résolution d'accepter seuls le déli porté par le iiouveineiuenl, relusc! par roppo>itii)ii du centre tranche el de se rendre au banquet pour [)rolesler par leur présence contre rinterdiclion arbitraire des ministres. Ils convin- rent de se réunir le lendemain chez M. le lUn- d'ilai- court. Queltjues inslaids plus lard ils appiireid quaucun bancpiet nauiait lien. Ils se si'parôrent. Cependant 1(^ i!;ou\erneiuent dans la prévoyance des événements (pu pouvaient suri^ir dune telh? agitation et dune telle lensiiui des esj)rits, avait 64 RfiVOLlTION I)K l«iK rt'um (lis l'oncs considcraltlos il;nis l';iri> r[ juiloiii (le Piiiis. Hii |('s r\";ilii;iif ;i ciiKiiiiinli'-ciiKi mille lioriiiiHs. I.arlillcric de Vincuiiiics «Icviiil >•• [lorter .111 prcinirr j»|)j)cl ;i rmlive du fiiulxxir^ Siiiiit- Anloino. dos dis|M)sili()ii> l()iiuti>in|)s cl Iwdtiirniciil cliidicis (lt'])iiis )S.'{0 av;ii(Mil iissiinic, en cas de soidcNcmcnt, des posles str€«t('.i;i(jii('s aii\ diflV'n'iits corps dans lc> dinV'icuts (piarlicrs. loule éiiiciitc int compagnies du i^enie, vin,::t escadrons, (pialrc mille liommos de i^arde inunici|)ale et de vétérans, cin(| halteries d'arlillerie lormaiont la i^ainison de la capitale. VI. 1.1 nuit fui muettP ronune uno \ille rpii relleeliit a\aul d ni- la place do la Madcieino. A ce chant le peuple éleclrisé ré- pond. Leur colonne tirossil , traNcrse la plaee de ladoncorde, IVancliit le Pont-Ko\al. luice lesi^rilles du palais de la (]liand)i e des Députes encore déserte, el se répand sans ^uide et sans but dans les jar(lin> du palais el >im les (puiis. Un reii;inu>nt i\c draii;ons s'avance [tar le (piai el disperse cette jeunesse au pas el sans résistance. L inlanterie arrive. Taitil- lerie prend position dans la rue de Bouiyogne. le ponl e>l Uiililairenienl défendu. Les députés, attristés mais non iiupiiels, se réu- nissaient sans être insultés dans leur palais. Ils montaient sur les i^radins du péristyle qui lail lace au pont, el contemplaienl de là les forces ciois- sanles donl la monarchie disposait et les pre- mières values de la nudtilude ipie la eavalerie refoulait dan> la i ue Htivale. On n'entendait ni cri ni un coup de feu. la musicpie dim ivi^iment de chasseurs faisait éclater des lanlaies paciti(pies de- \aiit les grilles de la (Ihamhre des députes. L(î ccmtraste entre ces airs de léte el l'appareil de <'(Uid)al (pii eouM'ail- le (piai froissait les âmes el pKidiusail lUic dissonan<'e «'iilie l'oreille el le>\e(i\ des citosens. I. 5 ♦i(. HKVOI.UTION HE 18 18. VII A rinlrririM , M. H.mol dcpo^n siii le hurcini fin |>rosi(liMil un iirlc il ;irrii>aliiMi conlre les mi- fiislrcs. M. (iiii/(»l Noviinl crt arlo tl('|M)S(' (]iiill;i xui Imik , tiiontn ,\\\ ItiiriMU. lut racciisiition. et soiiril (le (|ri|;||||. H il\ i\\\ |)<>aill'OI||) lll ot llCHlKOlip (MTJl I liisloin'. Son ànic forlo cl lutiile on ainiHil les jj;ran(ls ilnimcs. Son «'loquonco rechcnliail lo8 ocrasioiis nMonlissantcs dans ra\»'nir. Son rotrard aspiiail Iccoinbat. Il l)ra\ail une acrusation lonlrc la(jM<'ll»' il riait dclcndii dans renreinle pai un»' majorité incorporée ri sa personne, el couverl an deliors par une inonarehie et par une armée. 1^ chaiîd)rc distraite di>irnla pnratlilu« doute en ob«.cr\a- lion plu> ijuen aition. L'action bonicc d im con- spirateur cpu ne dispose jamais ipie d Un petit nombie de \)[,\< n'a d'iMlliiciice (pie (|Mand elle sert 1.IVIU-: DEUX m: M h: »,? une idt'c iLiuiiciiilc on mic piission |»H'«'\isUinU'. Ix's gouvernenjeMl>;mli(nit's. lyrannics ou dcspotismos, |)OUvaiont [X'rir piii un conipldl. S()u> les i^ouNcr iiOFiUMits lilufs le «(luiiilol s'ÔNapoic. I.c seul con- s|>inil«MM loul-puissani des »'lals ui(kI(Mii('S, c'osl ropiniou. La nuit louilta sans (pu* U'sanu;ort( coule Kllcliil niucllc connue le joui, iriipiictc coiuiuc la \i>j|le «l'un ovtMKMUcnl. (Icpciulaut la nouNclic d'un cliaii- vciucnl probahicdc luinislcic (pii dcicfidait la silua- lion rassurait les cildNciis. Les lioiipo l)i\(tua- quèrenl >ur les [)laccs cl dans les rues. Quel(jue> bancs el quelques chaises des Champs-Elysées in- cendiés par les enfants éclairaient l'horizon d'une illuntination de désordre. Le gouvernement était niaitre partout du pa\ é de Paris excepté dans l'es- |)èce de citadelle tortillée par la nature des con- structions et la tortuosité étroite des rues autour du cloître Saint-Mery, centre de Paris. Là, (pielques républicains infatigables el intrépides, (pii épiaient tout et ne déses|K>raient de rien, s'étaient concen- trés soit par tacticpie préconçue, soit par la spon- tanéité des lllèlne^ in>liii(l'- re\ olulioiniaires. Leurs chefs même désapprous aient leur obstination et leur témérité. (»n en e\alue le nombre à (piatre ou ciiKj certl^ huil ,iii plu- I ii aiilre detacliement de républicains >ans chels desarma dans la nuit les gardes nationaux des Matignolles, incendia le po>te 68 nftVOLlTION DK «8i8. il«- l.i liarriri'o, ol se fortitii! {\.u\> un i li.inliri Noisin pour iillriKirc rcM'iuMiicnt. Oii ne (nila piis i\v. les A I aur(>r(t !('.> louUv^ ({iii al)i)iiti»('iit aux jioi'ics (io Paris, otaienl coiivorles do colonnes do ravalcric, d'iiifautcric et irartillcrip (\\\v ]o< oidrc^ du ironvor- nt'iMcnt a\aii>Mt appelés. (!<'> Iroupes ctaicul impo- santes, obcissantos, disciplincos, mais hisles cl sil(Mi(i(Misos. I.ii ilitdlt'ui des guerres intestines as- sond>rissail leurs Ironls. Klles prenaient siu'cessi- venienl position iuix jjirands enduancliemeiil- des (piartiers (pii desersenl les |)opulalion> de Paris. I.a mullilude ne comhatlait en masse sur aucun point. Des iiroupes dissémines et insaisissables desir- Fuaient seulement les postes isolés, cidbn(.aM.'nl les boulitpies d'armuriers, et tiraient invisil>lcs des coups de feu perdus sur les troupes, l-es barricades partiinl du rentre de ret!;lise Sainl-.Mer\ , s'élevaient en ra\onnanl et en se multipliant de proche en pnxlie pres(jue sous les pas de l'armé»' A peine élevées elles étaient abamlonnees. Les troupes n'a\ aient «|ue des pierres à cond^attre. trelail une bat.iiJIe silencieuse dont on sentait les proij'rès sans entendre le bruil. I^ tjarde nationale appelei- pai un laidil i.ippel, se réunissait lei:ioti par h'uion. Klle rr>slail iieuln» ,'| se lioin.iil il > inici po-er entre le> troupes el U». peuple en denianil.inl a liante \oi\ Ir icrnoi de< I I\ IIH DFlXlkMi:. 69 iniiiisli'cs (>t la rrtoMiic. Klie sers ail ain^i de bod- clici ,\ \i\ if\ (iliilioii. Mil. Tel clail \e 24 février au lever tlii jour r»'lal ilc Paris. Les troupes, faliiiuéis la- iKMUiaieiil lidèles mais uioi nés ajeiirs dilTéreuls postes. Les i^tMiéraux et les ollieiers s'eutreleiiaient à voi\ basse dé rine\plieal)le iiuU'cisiou des i'\e- neraeiits. On rencontrait aux. issues des prineipales rues des |)elotons d(^ eavaliers -enveloppés dans leurs manteaux .i:ris, le sabre nu à la main, immo- biles depuis trenttî-six heures à la même plaee, et laissant doiniir sous eux leurs chevaux frissonnant de froid et de faim. Des officiers d'ordctunance pas- saient au i^alop de moments en moments, portant d'nn point de Paris à l'autre des ordres et des contre-ordres. On entendait dans le lointain du côté de rhùtel de ville et dans les lab\rinthes profonds et tortueux des rues adjacentes, quelques feux de peloton qui paraissaient se ralentir et s'éteindre à mesure ipie la journ('*e s'avançait. Le peuple était peu nond)reux dans les rues. Il semblait laisser combattre pom lui l'esprit invisible de la re\olulion el ce petit nond)re de condtattanls obstines «pii mouraient pour elle au c(eur de Paris. On eût dil 70 RfVOLrTION DE 1«4h. quenlre ces masses du |H'uple el ce groupe de républicains, il y avail un stfrel mol d'ordre, une intelligence muette qui disait aux uns : Résistez encore qnoI(|ues heures, et aux autres : Vous n'avez pas besoin de vous mêler à la lutte et de verser le sant: français. Le génie de la révolution conjbat jKiur tous. Lii monarchie est sur sa |K'nle. Il su (lit de la |K>usser. Avant que le soleil s«' couche la Republique aura tiiomphe. IX Le sort de la journée etail dans les silions de la !;arde nationale. Le gouvernement jusque-là n'avait |>as voulu sonder ses dispositions équi- vr»ques, en lui demandant de prendre une part active aux événements et de faire feu sur le |)euple de Paris. Le général Jacqueminot >(m commandant en chef, intrépide et aventureux de sa persr)nne, mais malade, ne doutait pas de trouver dans ses officiers et dans ses soldats la résolution martiale et deNOuée qu'il sentait en lui-même. 1^ Roi «jui j)en- dant dix-huit ans avait serré homme par homme la main de cette garde civique de Paris, et qui sa- vait mieux que persf)nne quelle profonde solidarité existait entre leurs intérêts et les siens, se crevait sûr lie leurs cœurs et de leurs baïonnettes. \ji pn'fet de Paris, comte de Rambuleau, très- LIVRE DEUXIEME 71 alliu lie à lii famille ruyaU', mais incapable ort> journaliers a>ec k* comnierce lie Paris il'oii sortaient pre>que U>us les colonels el les ofliciers de ce corps, lui avaient révélé depuis quelque temps un meconlen- teiitent sourd, uoe désaflection ingrate peut-être, mais réelle, qui ne Rendrait pas en sé riiomim'. Kllc vosail en lui iliilMitil lin (-(Mii|iliiisai)l, |iiii> un luinolriir ini- (tiiidcnl (le I .\ni;l('lt'rn'. l'illc lui n'jHochail la |»ai\ l!0|) «-litMvniiMit aclietcc par dos sorvilil<'»s pulili(jii(»s en PoiliiLial. ••Ile lui reprochait la guerre ln)|) Irinc- rairciiiciil iixpicr pour I auranilissciuciil il<- la f'annllo d'Orléans à Madrid. Elle se réjoiiissail de la «'IhiIc ol i\v riiurniliation de ro ministre ('valcriionf iîiipopulairc |>ar la paix fl juir la uMierro. I']llt' no s alarniail pa> lr<»p de Noir co p ICnM'ntc s.in-^ ohjt'l ne st'vaiHtnîl (rt'Ilr-nH'nK' t'I iw se «lianut'àl coiiini(> la veilk' en cris de Juio el cii illuinina(i(>n>. \I I^ cliainbro des dépulés ôlait icnnii» dopiiis liiiil hoiiros du malin, ponr attendre les ((iniinnniralions que le Uoi anrail a lui faire adresser pai ses ini- nislres. Klle était aussi j)leine de sécurité ipie \c Hoi lui-ini^ine. La majorité confiante dans sa force, dans le nond)re*des trou|)es, dans leur lidelit»', s'entretenait |»aisil)kMnenl sur ses bancs, de- dilVe- renles comhinaisons ministérielles que Tlieure j)ro- cliaine \iendrait icveler aii\ deiiules. On \ovait un cliani^ement de |)()U\oir imminent, nul ne voyait encore un ciian^enjenl de i^ouvernement. Les amis rassasiés de l'ancien ministère ('taienl consternes. Les andiitieux rayonnaient de leur prochaine for- tune. Les hommes indépendants contemplaient avec tristesse cette lutte entre deu\ partis acharnés d'où |iou\ait sortir la ruine du pays. Lue ati\iete |»e- nible mais non dese>pere(; cependant . pesait sur rAs>end)lee. Clwnpie loi> ipi Un homme important entrait dans la salle, on se i;r(mpait auloui de lui. coinim- poui lui anaclu.'r d a\ anci' le mol du destin. 7i inVOI TTION I)F «HlH 0'p»Mi(liiiil iiii (If r»'s lioiiiiiM's an\i|ii«'ls l;i Pro- \i(leiu»* rrs«M\;iil m»»' pari darjs rcNciu'iiM'ut , ne prcvowiil pas encore la raUistrophr «pii allait en- i;loulii 1,1 iiioiiarrliic «lans «piclipirs liciircs. ccl liointne était l.aniai tinc. I^iinarlini' <>tail lil> «lut) irriililhoiiniir de pro- \in»M», (les 1)1)1 »i> tic la Sa(')uc. Sa prciiiiiM'c jeuness<^ avait (''t('' ohscnrc. Il Taxait (N'ponsce CM cIikUs, cm Noyaj^es, en retrait»-^ a la caiiipaiiiic. Il axait hcauconp converse a\ec la nalurc, avec les livres, avec son cœur, avec ses ptînst'cs. Il avait eto nourri dans la haine de THni- pire. cette servitude n'était a;lorieu.->e (ju'au dehors, elle était morne et terne au dedans. I>a lecture de Tacite soulevait son cœur conln; cette tyrannie du nouv(\ui César. Issu dune race militaire reliiîieus«i et roxahste, l.auiarline elail (iiUc dans les i^ardes du Hoi au retour des Bourbons, comme tous les lils de l'ancienne noblesse de province. L'impa- tience et le defîoAt du service en temps de paix l'en avaient fait sortir. Il avait repris son in(lep(în- dance et s<îs cours(^s a travers le monde. Des |M>é- siespres(puMn\olontaires avaient répandu son nom. (ielte illustration précoce l'avait lait ac( iieillir par les hommes poiiliipies du jour, M. de Talleyrand, M. I*a-(pn»i, M. Mounier, M Ho>,er-(]ollard, M. de Mroi^die, M. de ItoiiaM, M. Laine surtout, il était entre •^ous leurs auspices d.iii> la diplomali»' S*»s i.ivnr iM-rxir-MF- 78 (>|)iiiioits ilrs 1(11- liU'ialf» r[ ('(iiistitulioiiiu'lh's cuiiiiiic colles lie sa raiiiill<>, a\ai(>nt drplii a la cour. Son indcpcndaiicc asail nui à son a\an<-('- intMiL l'ji \K\0 il \(>nait seulement diHre nomme nnnisli'e plempotenliaiie en (ii'eee. Apres la re\oluti(iii «le juillet, il donna sa dé- mission par un sentiment de respect envers la foi- lune cKiiilaiile de la maison des rois (jn'il a\ail ser\is, el de réserves envers la lorlune ascendante des rois nouveaux (pii s'élevaient. Il avait employ»' den\ ans à \o\ai;er en Orient, l/iiori/on du monde agrandit la pensée. Le spectacle des ruines des em- pires attriste mais lortilie la |)liiloso|)liie. On voit conmie des hauteurs d'un laîte tîé()j^iaplii(|ue, sui- iiii, i^randii et se perdre les races, les idées, les religions, les empires. Les peuples disparaissent. On n'aperçoit plus que rinimanite traçant son cours, et multipliant ses halles -iir la roule de Tin- lini. On discerne plus clairement Dieu au hoiit de cette route de la cara\ane des nations. On elierche à se rendre compte du dessein di\in de la ci\ilisa- lion. on l'entrevoit. On prend la loi du progrès indelini des choses humaines. La |)oliti(jiie momen- tanée et locale se rapetisse vi s'évanouit, la poli- tic pie uni\erselle et éternelle apparaît . On était parti homme, on resienl philoM)phe. On n'esl plus (jue du parti de Dieu. L'opinion devient une philoso- phie. La polili(pie, une reli|.rion. Voilà Tellet des 70 Rf:VOLUTI()N 1>K IhIh hniiïs voyagi^ et des profomUs penï^os ;i Iravors rOrienl. On ne tiécouvre le fond do rahinte et les sei'rels du lit de l'Océan, (juapres (pie TOcéan lui- iiH*'nie est tari. Il en est ainsi dn lit des |MMiples. riiistoire ne U^ romprend qu'après qu'ils ne sont plus. XII. Pendant son voyage en Orient , I>amarline avait été niunme tiepulé jwr le d«'parlement du Nord. Il avait siéue isolé des (wrtis |iendanl douze ans. cherchant la route de la vérité , et la lumière de la pliilnsophie, parlant tour à tour, pour ou contre les \ues du ijouvernemenl. sans haine comme sans amour pour la nouvelle dynastie, la reiiardant ré- gner, prêt à l'aider si elle voulait gouverner dans le sens de la démocratie croissante en droit comme en puissance, prêt à lui résister, si elle reprenait la roule du passé. I^es princ ij>es politiques de I^martine étaient ceux de Téternelle vérité dont l'Évangile est une page, l'égalité des hommes devant Dieu . n-alisée sur la terre par les lois et les formes de gouverne- ment qui donnent au plus grand nombre et l)ient(jt a I universalité des citosens la part la plus cgale d'inter>ention personnelle dans le gouvernement, et par là bientAt dans les bénéfices moraux et ma- tériels de la soci«*té humaine. LIVRE DEL'XlkMK. 77 L ncaiiiiioiiis re<'oiiiiaissiiil le i;<)ii\t>riu'- iiu'iit (lo lii raison comiiK' su|HMieui à la hnitale souxeraiiu'U' ilii nombre, car à ses veux, la raison élanl la réverbération de Uieu sur le genre humain, la souveraineté de la raison était la souveraineté de Dieu. Il no poussait point jusqu'à la chimère ses aspirations à Tei^alisiition siolente et actuelle- ment impassible des conditions sociales. Il ne com- prenait aucune société civilisée sans ces trois bases qui semblent (lumu'es par I instinct même, ce e;rand révélateur des vérités éternelles: IKtat, la famille, la propriété. Le communisme des biens qui amène nécessairement le comnmnisme de la femme, de Penfant , du |>ère et de la mère , et l'abrutissement de l'espèce, lui faisait horreur. Le soeialisme dans ses différentes formules, saint-sîmonisme, fourrié- risme, expropriation du capital, sous prétexte d'affranchir et de multiplier le produit , lui faisait pitié. La j)ropriété sans doute lui paraissait , comme toute chose perfectible par les institu- tions qui la de\cl(j|>pent au lieu de la détruire ; mais le salaire protéiié était pour lui la ftirme la plus libre et la plus parfaite de l'association entre le capital et le travail, puisque le salaire est la proportion exacte librement débattue entre la va- leur du travail et les besoins du capital. pro|K)rli«»n exprimci dans tout |>avs de liberté par ce (pi'on appelle concurrence. 7^ iiKvoi.nidN m-: ihu. N«'iinnn»ius coinirH' If tiaNiiilltMii piTSM» \),\\ l loiijoiits ri iiiuniMliatrniciil >ii lilintc coiiiplrli' (le ilchalliT son dinil cl il"' |ii<)p(»rti()n- nrr ainsi lo |)ri\ de son liaNail an sfTvico (|iril roiiii an lapilal , l.ainarlinc ailincltait dans nno cerUiiiU! incsuic, l'Klal (onnnr arbitre, oii coinnir lo iirand Pnid^homnir, onlrv, les exigences contraires des d(Mi\ contractants. Il \onlail i\i' |»lns (pic rKtal, prn\ ifioncfMios forts cl des laihlcs. loiunît dans certains cas oxtrcnies, dclcrniincs par l'adininislralion . dn imrnil d'nssis- hiricc, an\ lia\aill(Mirs sans ancnne possihiliti' de 80 procurer le pain de leurs familles. Il demandait une ffi.rr ifcs pnurrrs. Il lu^ voulait pas (pie le der- nier mol d'nne société civilis<''e à Ponvrier man- (|iiaiil d'alimenls cl d'alui. l'Ai l'ahandon cl la iiioit. il \oulail (pii! ce dciiiiei mot IVit du tia\ail cl dn pain ! l-lntin pénètre des avanlaii;es de la propriété, ce véritable droit de cit»^ des temps modernes, il as- pirait à éteindre tîradnellement le proh'tariat , en ajtpelant a la |)ropriete jiliis universalis(*e le plus trrantl nomlue et enlin rimi\ersalit«' des citoyens. Mais la preniière condition de cet a|)pel successif à une pari de pi()|)riele daii> la main de Ions, etail le n^|>ecl de la propriété dans lc-« mains de-» proprié- taires, dc^ neuoeianis , des indn un pio^irs, Illai^ iiiir >|H»Iiati(Mi iiiiiiciisc [tour Ions. Tollt'S (Maiciil x'S idées -.m le cote social de hi ivvoliilioii à «ircomplir, ou plnhil liu i^ouNeineiiienl à |)ei'tee(ioimei' au prolil des uiassos. Quant a la foniUMnènie du i;ou\ei uement . \\ axait eciit (lan> son li\rodo VUisloirc des C.irutuiins sa \iai(! pensée. sur la forme nionai(lii(pie on sni' la l'oiine icpuMi- caiiie. Nous la lepiddiiisons '. (j's paijes conlien- nent TlionniK^. XllI. On le \oit paréos |)ai;es, la (piestion do liouvcr- ./ nenienl était pour Laniaitine, nne (pioslion de eir- l'onslant-e, plutôt (pio de piineipe. Il est é\ident que; si le gouverueiuenl eonslitulionnel de Louis-Pliilipjie eiU lendu à aeeomplir a;raduellonient et siuecrenient les deux ou trois Lriauds jxMfeetionnenionts moraux ou inaU'Tieis demandes par rejXKpic, l.aruaitine eût défendu la monarchie, (lar dans son appri-eialion calme et laisonneo du boidienr des nations et des individus, la stabilité et l'ordic; lui |>araissaient eeiiaiueui<'nl d immenses conditions de repos. Or le lepos est un liicn. Mais Lamartine savait (pie les pouvoirs assis selon re\pressi«>n donl il soi seiM dans les (lirondins, se refusent prescjue in- 1 . \ (III a la lin d»- ce voliiinc. M lil \ nll I |(>\ HK I HlS. \ iiii ihlcmcnl a tes "u;uMe> kÏv lrim>fi»rniati(>ii i|iii vsoiil loiijoiirs «les s«'« oiisses. Toiil en se rdusiiiil |Mr n)nscieiK*e , à proNotjuir lui-iiu^mo iiiu; re\o- liition, il ii(-(-r|iliiit «liins siin esinit rcxeiitii.ililc «rime ivvolutioii iiiN«»l«)iilaire, si la force «li'sehoses en e«)iil«'iiiiil jamais une. Il elait r«'s«)lii à en brav«T l«'s «nap's el les périls, pour la faire coiuomir (I lin «Ole à raejompiisseiiM'nl K'.>^ bornes «le la jus- lice, (l«' la prmience et de rhumanil«'. Les (lt'U\ idée* prin(ipale> (jue i.amarline croyait assez saintes et assez mûres poiu' \aloir l'elVorl «1 iinere\olution,«'taiententier«'menl «lesinl«Tessees. Elles ne pntlilaient (pià Dieu et a rimmanile. Klles ne satisfaisaient en rien ses int«M«Ms on ses passions pers«)nnelles. ou du moins «'«Maient l«^s passions «l'un |>hilosoj)li«% o\ non eell«'s d un aminlieux. Il n'avait rien à v cauner. Il avait beau("Oup à v ixm- «Ire. Il ne deman«lail à cette n'volutiou esentuelle «pie de la servir et do lui donner son cœur, sa rai- son. piMit-élre sa vie. Ces <1«mi\ i«lees ('laienl dii:nes «1 un tel sacrifiée. L'nne était l'aviMiement «les niasst^s an «Iroit poli- ti«pi«', poiw pn'parei de là Irui a\en«'ment pro- i;n*ssif, inol1«Misifet n'iiulier a la )usti«e, cV.st-à-«lire à r«'iîHlile «le niNosé entre Dieu et la eonseience humaine. Les icli- Sfions, de leur cote , lui |iaraissaieul altérées ou j)r(il"anoes, en deseendanl ainsi de leur majesté de orovanees volontaires, à la condition servile de maî^istratures politi(pies. « La révolution de 80, a avait-il dit a la tribune, a eon(piis la liheite pour « tout le monde, excepté pour Dieu. La vérité reli- « gieuse est captive de la loi , ou captée par les « salaires et les faveurs partiale^ des îjouvorno- u ments. II faut lui restituer son indépeiulance et « rabaudonner à son rayonnement naturel sur l'es- « prit humain. En deNenanl plus libre, elle de- « viendra plus vraie, en devenant plus \raie, elle « deviendra plus sainte. En devenant |»lus sainte c et plus libre, elle deviendra plus ellicace. Elle « n'est que loi, elle sera foi. Elle n'est (jue lettre, « elle sera esj)rit. Elle n'est (juc formule, elle seia « action. » Lamartine avait été créé relij^ieux, connue l'air a été crée transparent. Le sentiment de Dieu clail Hâ ni'.voi.i iiiiN i)K «sis. tflhMuonl imliNi>il»l«' tl<' son ùiiu', (ju'il ctail impos- sihlo (lu (listinj^Min- fil lui la polilique de la icliiiion. Toul proifiTS qui u'alioulissail pas pour riioinnio à une coiinaissiuirt' plus lununeus<î el ù une adoralion plus acIiNf «lu ( n-alfur source; el lin de rhuinaiiité, lui i)araissiul une. uiarclii' ;i làluns et sans hul dans le néant. Mais en apptliuil île toutes ses aspirations, et de tous ses actes, un |)rogrèsdans la foi el dans Tado- ration, Lunailine no voulail ci' profères (pio par l'action de la raison t^enerale sur tous, et de clia- cun sur s- poctait le sarordoco, jiduimi (jui; ce sacerdoce frtl la uiaiîistraliirtî volontaire de l'Aine armoe de la foi et noïJ (le la loi. Son nxslrrnc Ac la liltcrlo de-; ciillr^ par la seule association était rationnel, pieux, et anti-re\olutionnain'. dans le iiiaii\ais sens du mol. XIV C'étaient là les deux |)rineipanx nioldles secrets (jui |ioussaient Lamartine^ non a faire, mais à accepter une ir\olution, on du moins un comjiie- ment do re\(jlution. Car, il ne se dissimniail nnlle- nient les difficultés, les dani:;crs et les malheurs cpie tonte ré\olntion entraîne a|)rès elle. Il aimait la démocratie, comme la justice. 11 abhorrait la dema- |L!;oi,Me, comme la tyrannie de la multitude. Dieu a composé rhumanil(î comme il a compc^é Ihounne d'un principe de bien et d'im princi|)e de mal. Il y a une dose de vertu et une dose de vice et de crime dans les masses comme dans les individus. (!<^ \ iee et ce crime s'ai,'itent et s'exaltent dans les révolu- tions. Tout ce qui les met en mouvement paraît les nmltiplier, juscju'à ce (jue le calme renaisse, et que leur nature les entraine au fond. C'est la L;u(Mre de r(''eume contre l'océan. L'océan en se calmant triomphe toujours et eui^loutit l'écume. Mais il n'en a pas moins été souille. Lamaitine savait cela. Il 84 RfiVOLlTION I)i: IKiH. Iivinhiail (l'av.ince des excrs de la drina^oirio. Il était nsolii à lui irsislcr ot à mourir au besoin, pour j)n'S(MV«'r de ses délires cl de ses fureurs le parti pur du peuple, et la niajeslé calme d'une révolution. XV. Or, pendant ipril (Voulait et (juil reixardait sans l»ien le comprendre, le mouvenuMit plus send)lal)Ie à une émeute qu'à une n'volulioti , (jui se con- centrait dans (juehjues rues du centre de Paris, voici ce (pii s'était accompli. Ixî 23 au soir, peu de moments après la chute du jour, la foule satisfaite d'un clianizement de ministère, inondait les boulcNaiils et les rues en battant des mains aux illuminations (jui etince- laient sur les façades des maisons. Un sentiment de paix et de joie infinie reposait au fond du cœur des citovens. C'était comme une proclamation n»ueltc de réconciliation et de concorde après une colère avortée entre le Roi et le Peuple. On savait (jue le Hoi non vaincu mais ébranlé, faisait a|)peler successivement aux Tuileries M. .^lole, M. Tliiers, >l. I5;iir(.t. M. .Mole, lionune de tempérament iiolilicpie, exercé aux crises, agréable aux cours, estime des conservateurs, aimé de la haute boura;eoisie, une de ces aristocraties de naissance el de caractère, ijviu-: i)i;i \ii:mk. 85 dont I;i su|M'ri(>?it(' osl si iKilincllf , (|iii' la dcino- cratif la plus jalouse; s'Iiomoic de les riTonuailic cl de les aimer. M. riiiers, cliel' d<' l'opposition personnelle au Hoi, lionini<> dont le talent pr('-t a tout, et (-apai)le des évolutions les plus inattendues, pou\ait cirale- ment étonnei- les conservateurs, tioniiner le iloi, ou laseiner le pen|)le. M. Burrol , inapplicable jusipic-ia an irouNcinc- ment à cause do rinflexibililé et de la popularité de ses principes, mais (jue l'extrémitc* du datiiier ren- dait aujourdliiii nécessaire , et dont le nom seul promettait au pcu|)l(> la dernière administration possible entre la royauté et la répul)li(|ue. Ses opinions plaçaient M. iîarrot sur les der- nières limites de la monarchie, (rétait le Lafayette de I8A8. Son éUxpuMice était de nature à faire la force cl l'éclat d'un ministère. Son caractère, d'une pureté incontestée, (lueUiuelbis fléchi par des complaisances et des indécisions d'esprit, jamais par des faiblesses de cœur, faisait de lui une idole sérieuse et presque inviolable du peuple. Celait i'oppl l«iH. D'autres i;i()U|K's . en prlil iioinhic apparaissaij'iil à rcinboiicliurc ili'S rues (pii (uiMcnt de. la (haus- sée (rAiilin sur 1rs boulcNards. Va"» doux nalun*s «le iiroupcs claicut dislincts par lo cosluuio ol par l'atlitudr. l.cs uns claicMit coiu- posés di' jtnnu's l;«mis appai Iriianl aux (lasses riches et élégantes di' la bourgeoisie, auxt-culcs, au cora- nieree, à la garde nationale, à la lilleralure et au journalisrni' surfont. (rMX-lii iiaranguaicnt le peu- ple, exaltai(Mit sa colère contre le roi, le luinistcre, les chambres, parlaient de rabaissement de la Kraïue ii r«'trangei', des trahisons diplomati(jues de la coin-, de la eori-U|)lion et «le la servilité insolent»^ des députés \endus à la discrétion de Louis-Philippe. Il- discutaient à haute voix entre »'U\ les noms des ministres |)0|)ulaires (pic l'insur- rection de\ail imposer aux Tuileri(*s. Les ncjuibreux promeneurs et les passants curieux de nouveautés s'arrêtaient autour des orateurs et applaudissaient ;> leurs motions. Les autres étaient formes d'honnues du |)eu|)le, sortis de le»irs ateliers depuis deux joins au bruit de la rusillade. Leurs vestes de travail >ur leurs épaules, leurs chemises bleues débraillées, leurs mains noircies encore de la lumée du charbon. Ceux-ci descendaient en silence par pilil> pelotons rasant les murailles des rues qui dégorgent (llichy, la Villette, le canal de rOurcci. Un ou deux uu\riers I.l\ Hi; DKlXIKMi:. 89 mieux \iMus (luc les autns d'une Nuslcile drap, ou (l'unt' n'diii^olt' à longues bascuios , inanhaii'iil tlc\anl t'ii\ , leur pailaiciit à \(ii\ IjasM', cl sciii- l)lai(Mil It'iir ddiiiicr le mol d'ordres (^'étaicid les chels des scclioijs des Dioits de riltiiiiiiic, on dos Familles. La société des Hioils di^ rUoiimu^ el dos Familles était une sorte de ma(;omierie democia- ti(jue instituée depuis IS.'U), par (pieicpies repuhli- cains actifs. Ces soeii'les (•()M>ei\ aient sous des noms divei*s, depuis la destruelion de la première républicpio \r.\v Bonaparte, les lancnncs de la liitci-té tralii(î et aussi cpieUpies traditions de Jacobinisme transmises de Babeuf ii Buonarotti , et de Buona- rotti aux jeunes républicains de cette école. Les membres de ces sociétés j)urement poli(i(pies étaient recrutés piescjue tous panni les chefs d'ateliers mécaniciens, serruriers, ébénistes, typoi^raphes, menuisiers, charpentiers, (hî Paris. i'arallèlemt'iit à ces conjurations permanentes contre la royauté, clé de voùle du priviléi:;e, s'organisaient des sociétés philosophiques compo- sées à peu près des mêmes éléments, les unes sous les auspices de Saint-Simon, les autres de Fourrier, celles-là de Cabet , celles-ci de Haspail, de Pierre Leroux, de Louis Blanc. C'étaient des conjurations à ciel ouvert j)ar la seule proj)ajLrande de la |)arole, de l'association et du journalisme. Sectes juscjue-là yo KÉVOLUTIO.N Uh 4 84«. pacifiques, ces sociétés disrut.jiont et faisaionl dis- (iitrr lilnvHKMil leurs dogmes. Ces ilo^mcs doiil le jjiincipe ctail une frator- nilt' chiiiH'riipie réalisée sur la lerro, tendaient tdus à la sup|»i('»i(>ii de la propriel*» individuelle. Ils tendaient par uni' consécpienee directe à la sup- pression de la fainill»,'. I.a faniille est la trinit*; du père, de la mère et de l'enfanl. Le père, la mèro et lenlant qui les perpétue, renouvellent sans cesse cette trinité qui seule complète et continue l'homme. Sans la propricMc personnelle et hcTédi- taire, cette famille, source, délices, et continuation d(! riiuinanité, n'a aucune base pour t^ernier et se periM'tuer ici-bas. Lhomnio est un niAIe, la femme une femelle, reniant un petit du Iroujieau humain. Le sol sans maître cesse d'être fertile. La civilisa- tion, produit de la richesse, du loisir et de l'émula- tion, s'évanouit. Le\pr()|)riation de la famille est le suicide du i:;enre humain. Ces vérités élémentaires étaient reléguées au nombre des préjugés et insultées des noms de tyrannie par les ditîérents niaitrcs de ces écoles. Philosophes ou sophistes, aventuriers d'idées, ces honunes la plupart honnêtes, convaincus, fana- tiqu(>s de leurs propres chimères, s'étaient lancés par limagination plus loin que le monde social ne porte les pieds de riiommc. Ils s'égaraient élo- quemmenl dans le chaos des .systèmes, ils y éga- I.IVHK DHUXlk.ME 91 rait'iil mallu'unnisenioiit avec eux des hoiimics simples, soulTrants, eretlules, à pensées eourtes, à inlenlions droites, à idées faussées par la misère et par le resstnUiinenl eonlre le inonde réel, (les gys- Uîmes étaient la poésie du eoinnuinisme enivrant des aspirations des utopistes, et la ven^'cnnce des mécontent.^ de l'ordre soeial. Le (XMipIr nomade dea ateliers, dépaysé do son sol natal et do ses vé- rités de laniille, s'y jetait sans en apereeNoir le néant, il s'iiritait de la lenteur du temps à réaliser les promesses de ses maîtres. Tout ébranlement du gouvernement paraissait auK m(;mbres de ces so- ciétés anti-sociales un avènement de leurs rêves. Sans partager en rien le doume purement répu- blicain et niveleur de la société des Droits de rilomme et de la société des Familles, les socia- listes se joignaient de cœur aux combattants, es|M'rant trouver leur trésor sous une ruine. La différence entre ces deux natures de révolution- naires est que les premiers étaient ins|)irés par la haine de la royauté, les seconds par le prov;rès de l'humanité. La Uépublitpie et Légalité étaient le but {\e> uns; la rénovation sociale et la fraternité, le but des autres. Ils n'avaient de conuuun cpie l'impatience contre ce qui exisUiit, et l'espérance de ce qu'ils voyaient poindre dans une prochaine ré- volution. ')i UKVJH.UTIU.N l»i; Isls. W II Vers dix liouivs du soir, une petite colonne de n'publiciiins de l;i jeunesse l)()uri;e()ise , dcltouclia l>;ii lii rue LejK'lletier, elle se LfroujHi en silenre à la porte du journal le I^alional eomnio si un rendez- vous eAt été assiiiné. Dans toutes nos réNolulions, le eonseil ss à tra\ers la fenêtre basse et irrillée de la loire du portier. La colonne inspirée du feu (pii venait de lui être comnnuujpié, s'avança aux cris de vive la réforme! à bas les ministres! vers le boulevard. A peine avait-elle (piille la liauteurdu bureau du ^'a^ionaly (pi'une autre colonne d'ouvriers et d'hom- mes du piHiple s'y présenta et s'y arrêta à la voix de son chef, tille semblait y être attendue. On lui battit des mains de l'intérieur de la maison, puis un homme jeune, de petite taille, le feu concentré dans les rejzards, les lèvres ajîitées |)ar Tenthou- siasme, les cheveux ai^ités par le souflle de l'inspi- ration, monta sur le mur d'appui intérieur de la i.i\i«i: Dr.iMKMi;. 93 feiR^lre et liai;iny;ua ceUc imillitiKlf. Lo^; s|)(Mta(t'iir8 ne vinMit (juc les ijesles, irenlendin'nl (juo le son de voix, et (jin'l(|uos nlirascs Niltianlcs, accciituées par une boiulic iiiéiidionalc. \a' Ion de eetic élo- (juenfc l'tait populain', mais ci'tlc itupularilc sa- \anle cl iniai^cf n"a\ail licii dctiixial. Mlle L'k'\ail la rue de Paris à la haiilt'ui- du loiiiiu de Rome. C'était la passion moderne sur les lùvies (ruii iiomme noiini de I aiilitjuité. On crut recoiinaîtic- a la lueur dnnc lampe, riiommc lettre sous le tribun. C'était, dit-on, M. Marrast , hî rédacteur tour à tour enjoué ou foudroyant des sarcasmes, ou des colères de l'opposition républicaine. Le contre-coup de cette haranirue se faisait res- sentir ilans les imiiatiences, dans les attitudes, dans les fiximissements muets de ce groupe de combat- tants. Ils partirent pour rejoindre le premier groupe (jui semblait les diriger. Deu\ autres groupes sil(Mi- cieu\ aussi, s"a\ançaient au même instant, comme un coips détaché vers une position indicpiée d'a- \ance. L'un paraissait venir des (piartiers populeux et toujours frémissants du boulevard de la Bastille. L'autre par le centre de Paris, ayant formé son noyau dans le bureau du journal la /lé forme. 'ïivm- IK'S dans l'àme des conspirateurs les plus infati- gables contnt la rovaulc, a la tèle (les(piels marchaient des honnues de plus d'actit)n (pie de paroles, ceux là axaient des aimes sous leuis lia- 94 Uf:VOLUTION |)K ««48. bits. Ils inarchiiicnt roiiiinc une tr(iu|>(> a|.'ucrri(> o\ vioiliio au fou, dont chaque combattant s*appuie avec contîaiico sur lo bras rpnum'' «l»- son conii);!- ijnon (rarnu's. Li colonne tait plus nombreuse, mais moins compacio et moins virile. Elle rappelait ces procession» révolution- naires du même peuple descendant dans Paris aux jours décisifs de nos premiers troubles civils. On y Noyait beaucoup de fenmies et d'enfants en haillons, miti:rations des faubourp;s qui viennent de temps en temps étonner le centre riche et volup- tueux des capitales par le spectacle do l'indicence et de la virilité du |)euplc primitif. Ces c:rou[)es plus populaires ont besoin de symboles visibles et éclatants pour se rallier. Ils tiennent des troupeaux, il leur faut un jzuide. Ils tiennent de Tarmeo, il leur faut un drapeau et des tand)ours, des couleurs et (hi bruit. Ils portaient deux ou trois drapeaux déchirés dans les luttes de la veille et du jour. On y lisait (piel([ues iuq)recalions triviales irravées sur la bande blanche des trois couleurs. Lu homme d'environ quarante ans, grand, maif^rc, les cheveux bouclés et flottant jusque sur le cou, vêtu (l'un paletot blanc use et t^che de boue, marchait en tétc au pas militaire. Ses liras étaient croises sur sa poitrine. Sa télé un peu jteii- chée en avant, comme un homme (|ui va alTronfer I.IVllE DEUXlR.Mi:. 95 les hallos a\('c rcllcxion, ot (|ui marcho à la iikmI, lier (If luuuiu. Lv> \ru\ d»' cl Imiuun' coiinu dtî la loulo, concentraient tout lu Icu dune nSoliilioii. Sa plivsionoTnii! dail re\|)ression d'im dcli (jiii brave la ruirc. Ses lèvres, perpi'tiiellcment aiiilces par la parolf iiilcrieurc, étaient pj'iles et treni- Maiites. dépendant sa ti,uure tonte martiale a\ail, au Tond, (juchpui ehostî de rtHeur, de triste et de compatissant , (pii excluait tonte idée do cruauté dans le couraiie. Il y avait pinlùl dans sa |)oso, dans son attitude et dans ses traits, un fanatisme dans le de\uuenienl, un éi^aremenl dans Vhr- roïsmo, qui rappelait les Delhys de TOrient eni\rés d'opium pour se précipiter dans la mort. On disait ([ue son nom était Lagrange. Vers le cale Tortoni, rendez-vous d'oisifs, ces trois colonnes se massèrent. Elles Tendirent sous leurs poids la Ibule de curieux et de désœuN rés (pii flottaient au içré de Toscillation naturelle des foules au\ izrands carrefours des boule\ards. l'ne parti(! du peuple inoffensif sui\il maeliinalenu'iil les lianes de cette colonne muette. Un petit déta- chement composé d'ouvriers armés de sabres et de j»i(iucs, se sé|)aia du corps principal à In hauteur de la rue de Choiseul , et s'enfonça sans bruit, dans cette rue. ('e détachement paraissait a\oir pour mission d'aller tourner l'Iiotel des alfaires étrangères occupé |)ai les troupes, pendant (pic la 96 Hf:V(>LUTl(tN DE 1H4K. It^le (le la colonne les yijorderail en lace. Lu |ilan invisible conihinnit «'videmnKMit ro^ niniivonicnts. Le soulîle unanime d une révolution souk'\e les niasses. Des i oujurés seuls |)eu\ent en jj;ouverner avec tant de précision li'S hasards et en diri^'er ainsi les evc^lulions. XVIII. L n drapeau rouiie flollail au milieu de la fumée des lorclies sur les premiers rangs de cette mul- titude. Elle continuait à s'avancer en sépaissis- sant. l'nc curiosité sinistre s'attachait à ce nuage d'hommes cjui semblait porter le mystère de la journée. Kn face de riiolel des affaires étrangères, un bataillon de ligne range en bataille, les armes char- gées, son commaiulant en tète, barrait le boule- vard. La colonne sarrète tout à coup devant cette haie d(! baïonnelles. Le flottement du drapeau et la lueur des torches font cabrer le cheNal du commandant. Le cheval, pivotant d'effroi sur ses jarrets, se rejette vers le bataillon cpii s'ouvre pour euNelopper son chef. L'n coup de feu retentit dans la confusion de ce mouvement. Était-il parti comme on le «lit d'une main cachée et [)ervei'se, tiré sur le peuple |)ar ini agitateur du peuple, pour raviver i.i\ Ki; i>i:l"\ikmk. 97 par la xuc ilu saiii: ranli'iir de hi lultc (iiii .s'oloi- unait ? ('lait-il pai'li de la 111:1111 (rim di"^ insnrtïés sur la ti()ii|ic .' |-]iitiii ce (|iii i'>t jibis \ laisciiihlalilc, ('lail-il parti ilc liii-iinMiu' du iikuin l'iiu'iil d'iiix^ ariiu^ (.'liaiitee ou de la main d un di's soldais ( ro\ anl son conniiandaid ria|tpc tii \(i\aiit ICllVoi do son clicNal? Nul mt le sait, (rinn- ou hasard ce coup de feu ralluma une révolution. Los soldats so crovant altacpics niottont louis fusils on joue, une trainôo Av l'on jaillit sur toute la lii^no. La dooharijc roporoutoo par les liaulos niaisfuis ot piu' los ruos profondos i\i' ce oontro dr Paris ohranlo. tout lo ltoido\ard. La oolonno des peuplos dos lanhourirs tondxî dôciuiôo |)ar les liallos. Dos dis i\v mort ot des géniissenients do l)lossi»s se iniMont au\ 01 is irolTroi des curieux, des foninios, des onlants (pii s'cnruiont. ils se procipi- lont dans les maisons voisines, dans les ruos basses, sous los portes cochères. A la luoui- des toiclios (pii s'oteiiiuonl dans le saut; sui \c [niw ou dis- tini^ue des j^roupes de cadavres jonchant çà ot là la chaussée. La foule ép(nnantéc se croyant poui- suivie reflue eu criaid \oui;eauce juscjuo \ois la rue Lalilto, laissant le \ide, lo silence et la nuit entre elle et les bataillons. XI\. La foule cro\ait a\oir elo Iraîtrousumout l'on- I. 7 98 nrvni TTioN 1)1-: isis. (Iroyén «huis iiiir (U'iiionslration do joi»* ot do con- conlc pitiir le cliaMiit'iiicnt des niinistros. sa raî^c SP toiiriKiit roiitro. ces ministres assez jx-rlides |)()iir \eni;rr leur clnilc |»;ii des torrents ih- san^;, sur ce roi assez obstine pour frapper ee niùnie penpio qui l'avait eouronné de son propre sans: en iSiiO. Dr Iciii- cùti' les soMals fLiiciif ronstcrrus de ee carnaiie involontaire. Personne n'a\ail donné Tordre de tirer. On n'a\ail entendu (pie Tordre de croiser les baïonnettes, pour opposer le fer à Telan du peuple. I-a nuit, le trouble, le hasard, la pnri- pitation avaient tout l'ait, le sanir inondait les pieds des soldats, les blesses se tiaînaient pour mourir entre les jand)es de leurs meurtrier-s et rontre les murs (le Tliôtel. des larmes de desespoir tond)aienl des yeux du eonimandant. Les ofliciers ^moussaient la pointe de leurs sabres sur le pavi^, en déplorant ee crime du hasard. Ils sentaient d'avance le con- tre-couj> de ce meurtre involontaire du p(Uiple sur Tespril de la population de Paris. Le coimnandanl se lij^la de prévenir ee malentendu en entrant en exjilication avec le peuple, il ordonna à un lieute- nant d'aller |)orter à la foule irroupee au coin de la rue Laflitte {\v> paroles de regrets et des éclair- eissement>. L'oflieier se présente au café Torloiii ipii loinie Tanirle de cette rue et du liouh^vard. Il \eul |>arler. la foule Tentoure et Tj'coule. mais a peine a-l-il I.IVUR DEUXlfeMI- M prot'cro (|U('l(|U('s mots, (|u un lioiniiic aiiiu* d un fusil , tnlrtî, ocaiU'. les spectateurs et ajuste l<^ pai- lenieulain'. des gardes ualiouauv relè\eut rarrne, repoussent ii; meurtrier et ramèiienl 1 Dllicier a son hataillon. \\ Cependant le récit (l(^ rcvcnomcnt s'était propagé avec la rapidil»' du In ml dr la dctliari^'e sur- toute la lii^ne des boulevards, et dans la moitié de Paris. \a\ colonne des lauhouigs un moment refoulée <^t dispersée était revenue sur ses pas ramasser ses morts, irimmenses tombereaux tout attelés, s'é- taient trouvés sous sa main à cette heure avancée ile la nuit comme s'ils eussent été préparés d'avance pour promener dans Paris les cada\res, destinés à rallumer par les yeux la fureui- du j»euple. On ra- masse les cadavres, on les |j;ioupc sur ces londie- reaux les bras pendants hors du char, les blessuics découvertes, le Simjj; pleuvant sur les roues. Ou les promène à la lueur des torches devant le buK au du Art//o;/a/ comme un troi)hee de \eni;eance pro- «haine, étalé près de ce berceau de la icpublicpie. A[»rès cette lui:ubie station, le < liar s'ache- mine vers la rue .Montmartre, et s'arrête de\aul If bureau du joiuual la licfurim'. NouncI appt'l a \"\v\v- conciliabilite de la n-piddicpie et do la uionanhie. Des (lis r;uupies et coiunn' i-efoulés par l'indiiiua- 100 RflVOLUTlUN DE Uls. tinn Pt |);ir le Siiiiirlol inlPiicm iii|>s «Ml lenips (In monceau des morts !•' cad. i\i<' d'imo f«Miiint', If inonlro à la foidc v\ \o. rerouche sur le lil sanglant. A cet aspcc i hi pitic dos passants se chaiii,'»' l'ii tiiKMii , ils comoiil s'arnicr dans Icni-s maisons. I.os nios se vidcMit. l ne haie d'Iiomini'S armi's de l'nsils nmicln' autoni" des roiirs, ils sCn- fonronf dans k's mes obscures du centre populeux lie Paris, vers le carré Sainf-Mardn ce ]Mont-\vcn- tin lin jxMipIc. Ils frappent de |>oilc en poite pour a|)i)<'ler des cond)altants nouveaux à la venii^eance. Au spectacle de ces victimes r(^prochées à la royauté, ces ipiartiers se lèvent, courent aux ilo- ches, soiuient le tocsin, dcpaxent les rues, élèvent el jnnllij)li<'nt les barricades. De temps en t('inj)S les con|)s d(* feu retentissent poin* eni|)i^cher le soinniiMl (Tassoupii r.inxielc el la colère de la ^il^'. Les cloches portent u- lait airir. il disiiait se reronrilier pronipteuKtnt a\ec <»lle pai" des eonressions. seuNuiieul coinine un pi)liti(pie avise et tk^onoine il niarchandail axec lui- ni«''me et avec r(>()ini(>n jiour obtenir cette rt'iconci- liation au iiioindn> détriment |)ossil>le de son système et de sa diijnite. il croyait avoir bien de.s dei^n-s de jiojjularile à descendre encore, a>ant ccu\ du Irône. I.e reste de la luiil lui paraissait ini espace |)lus (pie sullisant pour tromper les exigences de la situation dont le menaçait le jour. 11. Pans celte disposition d'es|)rit le roi attendait M. Mole avec (pii il s'était entretenu déjà dans la journ«'e. Les événements de la soirée l'avaicnl pli«» à quel(jue, transaction. M. Moli* (jui clail |»rudence et mesure par nature aurait sans doute trois jours plus tôt proportionné avec justesse ce que deinan- LIVKE IHOlSIKMi;. I03 liait la i-onseiAatioM du |)iin(ij)t' luoiiiiichujui- au- quel il a\ail de atlaclir loute sa \i«*, a\ec ce que couiiuaiulaieul les irritations de rupinion parle- mentaire. Mais M. Mole découratie par Tentretien de la matinée précédente ne \inl pas. Le roi alors enNo\a cliertlier M, Tliiers. ce mi- nistre ne avec la royauté de juillet, comhic d<'> laveurs de la couronne, cher au parlement pai s(ui éloquence, souvent nu'content, qucNpicloisaijilateur de Irilnine, jamais irréconciliable, de\ail son cœui et Si! parole aux périls de la dynastie (pii Taxail adopte. Uelrempe ilans une op[)osition tic Mpl ans, M. Ihiers pouvait ramener au roi, a des conditions monarchiques, loute cette partie du pays dont le rejiuhli<"anisme n'était que de l'humeur. Le nom de M. ihiers si|j;niliait la \ictoire de roj)position sur Tobstination personnelle du roi. Mais il ne signi- liait |)as une victoire sur la royauté. Inqmse déjà au roi en 1840 par une coalition pres(|ue séditieuse des ililTerenls partis de la cliand)re , M. Ihiers avait montre qu'il n'abuserait pas du trionq)he. .Maître du roi alors il s'était laisse honorablement \aincre à son tour par le roi. il avait resii^ne le ministère entre les mains de M. Guizot et des con- servateurs, à ce moment où il pouNait forcer le roi à le {tarder et l'Kurope à se bouleverser dans l'in- lerét de son ambition. Il n'avait pas voulu être le iSi'ckerdc la dynastie d'Orléans quand l'imprudence loi HKVOI.ITION DM 18 in. (les oppositions coalis('>es lui iuait fait le rùlo (t'tin niinistrc niaitro de son maître. II s'r't.nl l)orn<* à sonir lo loj dans sa fausse pensée de placer la ro\aute dans une eiladelie en forlilianl la capitale, et (Tai^'iter diploniati(pieni(>nl rKuro|)e jusrpi'aiix limites extrêmes do la i^uerrc, jmur rattacher un |)eu de po|»ularite hellicpieuso à sa cause dans les néiïociations relatives à lOrient. f.elte «onception malheureuse du cabinet français aurait ahouti à une retraite du ministère on à une i;uerre univer- selle sans allies poui la France. M. Ihiers (jui a\ait marché résolument à rahlme de loin, s'elait arrêté en le voyant sous ses pieds. Il n'avait pas eu l'ob- stination criminelle de son erreur, il a\ait effacé sa personnalité (hnant le danger de son pays, il n'avait |)as voulu illustrer eon nom du sanijj de l'Europe; ce re|)entir avait honoré sa chute aux yeux des hommes de bien, il s'était retiré abaisse' dans la pensée des iiommes d'Ktat, depopularise dans l'es- prit des factions extrêmes, mais relevé dans l'es- time des hommes impartiaux, ("/est ainsi du moins que nous comprîmes son avènement téméraire, son ministère ajjité, sa retraite honorable, l'histoire doit admettre la conscience dans l'appréciation de rhf)mme d'Rtaf. 111. ^I riiiers appelé au milieu de la nuit n'hésite I l\ IIK THOISIKMI:. 105 pas à accourir, la l'n)\iiK'iue; M'uililail 1 a\()ii- prô- (lostinc à nssisln au hiM'cfau et au\ limciaillcs de celle moiiairliic. Au iiKHiitiit ou M. Tliicis rutrait aux Tuileries, M. (iiu/nt rtiiil ruroïc a\('<- Ir loi. l.'illusioii sur la ualurc ilii MiouNeiiinil cl l;i (dii- liaiice iiupcilurlialtlc daus la puissaiicc df sa Nolonlc tt (lau> rinlailliltililc tic ses desseins n(3 pernielleni pas de jjeiiser (pi'aMcuu retour sur ses pa«-. (piaucuii reproelio à soi-même, ail fait lie- silcr Uïèmo d.ius ce supitMuc uiouicul I àuic du ministre. Sou dernier acte lut un deli à Topiiiiou. Ku s»' rotiiaut il la |iro\o(piail encoi'C. l-<^ roi cl le minisire mi'contenis des dispositions mili- taires confiées aux mains du i^énéral Jac(juemiuol et du irénéral Tiburce Sehastiani , Ncnaienl de signer la nomination du niareelial lUii:eaud au conunandemenl ndlitaiic de Paris. Ke maréchal Hui.'eand était alors tout à la fois Thonnue de la confiance de Tannée et ITionmie de l'impopula- rilé de Paris, son nom était une déclaration de aruerre extrême à la transaction. Simple colonel en 1830, illustre dans ce grade par une braNoure lieroujue et par une intolliij:enc(^ instinctive de l'art de la i.rnerre , le maréchal Hugeaud s'était dévoue sans restriction à la nou- \elle dynastie, commandaul du Tort de Mla\e. il a\ait eu pour prisonnièie la duchesse de Herri. rintorlunée captive était sortie de prison respec- KM, HKVOLITIDN Dli 4 848. U'v. ilaiis Miii litToisiMM d« prinrcftRe, mais ble88t»e (I.Hi> son Imiiiniii île rpninic (loll»' «li\ iiLMlion (I iiiit' liiiMcssi' ilf cdMir ;i\;iil sri\i l;i |iolili(|(iO (lt> la ilyiiasliif li'OrIcaiis, inai> rlli> avait «oii- trisle la n.ilnro. 1^^ i)ian><-liiliiatioii un niiiH'. Ln prolond ressentiiueiit sul)âistail eoiitie. lui a dater de eette époque, dans l'opinion royalislij. depuis il avait traite disait-on (pi(,>l(|ues (piartiers (le Paris en ville assiégée plus qu'eu capitale, dans les euKMites (pii sitrnalèrent les dernières tentatives du parti repuMicain. (m parti n'oubliait jamais le nom dii maréchal dans ses imprécations contre les riij^ieurs monarchiques, mais le commandement gênerai de l'Ali^erie exerce maiçistralcment |)endanl cimi aii>. la soumission ut la pacification de l'AlVi- que, des campagnes infatigables, une bataille illus- trée parle non» d'Isly, l'administration absolue mais detciillee do la jjrovince. li S(dlicitude du jM're. au- tant (pie du ifeneral iiourTarmee, l'amour (lu soldat, avaient reconcilie la France avec le nom du maré- chal Hiiu'raud. son intelliiience avait |)aru s'élever et s'élara;ir à la proportion doses honneurs. Il y avait LIN IIK THOISIEMK. t07 (lnn> son oxlerieur, dans son slylo, dans Sii |)ai(>l« brcNoijui ti'imchait sanshlrsx-i-, une rnsticilr scii^cc, uno iVaiR'liiso niililairo cl iiiio autorité iic (iiiiiiiian- doiiiciil (jui iinpiiniai(Mit rattcation au\ masses, la conliaiicc aux lr(>u|)('S, la Uîncur aux «'iiuciiiis. un tel hoininn |)lar«' la veille, a la («Mo dos soixanh^ mille hommes do rarnuHî d(î Paris aurait rendu la NJctoim du |)eu|)liî ou iiu|)()ssil)le, ou sani:lanto. ajipele au moment ou le minislio lleeliissail ,. son nom était un contru-sens a\ee l(;s coneessions. il les icndail suspectes du cAlé de la royauté, inac- t'cplablus du côté du peuple. IV. M. Tliiers et M. (juizot se rencontrèrent l'un sor- liinl. l'autre entrant, à la porte du cabinet du roi. L un et laulre semblaient ap[)eles inutilement au secours d'un règne que leurs deux politiques a\ aient éiralenient ust*. M, Tliiers se chari^ea de composer un ministère, à la condition (pi(^ M. Odilon Harrot elief de l'op- position la plus ancienne et la plus lar.ij;e y serait admis. l*oui' rasseoir h; |)ouvoir nu)nai-elu(jue il fallait entièrement le déplacer. Une révoluti(tn |)ar- lementaire pou\ait seule arrèt(M- uik; résolution <08 RÉVOLUTION Di: IHIS. populaire. I.o sonl in>ifiii(i du >.iliil (•oiiniiiiiiilaif celle iiicsjirc. Le roi y «•oiiscntit. Le HOUX (MU iniiiisln* (•om|)ril di- |)liis (pic l;i iio- inii)ation ilii inarccliiil Hu;.;(>aii(l an (oiiiuiaïuicinciil içciuMal (les Iroupos paraitrail désormais une pro- vocalioii il passioitncrail davaiitai^e le coinhal. Il Noulail iiiie trêve j)()ur nei^oeior avoe l'o|)inion. il ordonna la suspension des lioslililes pour le lende- main, d rédigea uix^ |)i oclamalion an peuple. (!etlu proclamalion euNoyee a la police fui aflichée avant le jour. Rassure par ces mesures de pacification (|n'il (l('\ail (Toii-c enicaces M. Iliiers se retira. M. (iui/oi (pii n'elail pas soili du palais rentra dans le cahinel du loi. il n resta un(> l;eure encore en entretien intime avec ce prince. On itrnore robjet de celle dernière enticNue entre le prince et son ministre. Ce furent sans doute i\p^ |)revisions sur l'avenir, plus (pie des retours sur le jiasst'». les vo- lonlés fortes ont des illusions , jamais de repentir. Le génie de M. Guizot était surtout la volonté, celte volont('' pouvait être brist'e, mais non pli('e, même |)ar la main di' Dieu. V. En ce moment Paris semblait assoupi dans le silence et la lassitude. Le tocsin avait cessé de son- ner, une armée muette concentrée dans le cœur de LIVUK THOISIKMK. 409 lu \ieillo \ill(! iiutour du carre Saint -Ahu lia defoii- i;ail l«s rues, aiiKUicflail les pavrs ces forlilicalious de caiiipauiic du peupli'. d innoiubialtUs Ijanicades s'élevaient partout, des coups dr leu se répercu- laienl île loin eu loin aux preuiières lueurs du jour. Les Tuileries se réveillent an bruit de la fu>il- lade. La pr(»elainatiou tardive aflichee avee peine dans les (piartiers soulincs n'était pas même si- gnée. Le [K'uple y \oit un piéi^e anouNine pour le faire trébueher dans la lutte. Au lieu de se désar- mer, il s'arme, se recrute, se rallie, et se groupe ici CI» attroupements, là en colonne d'action. M. Thiers se rend aux Tuileries pour com[)oser déliniti\e- ment son ministère. Les j)rincipaux membres de l'opposition consti- tutionnelle attaches à la liberté par principe, a la royauté |)ar dévouement, s'v trouvent réimis à queUpies généraux (pii olïrent leur épée pour les p'rils du jour. On y voit successivement arriver le maréchal Gérard vétéran de l'empire attaché de cœur à la personne du roi, conseil et ami des jours difficiles: le g(''n(''ral Lamoricière revêtu du prestige ipie son nom a mérite en Afriipie et qui commande une brigade de l'armée de Paris; M. Duvergier de llauranne homme éminent du parlement dont l'am- bition est dinspirer plutôt (pie de manier \o [)ou- voir; M. de Hemusat ministre sous M. Thiers; no Hf:voLrTioN de 4 s is .M. (licimrux, M. (I(j l^isloyric , j)lusieurs nuiros jiipmbics {\o< deux clianibrcs. le ihintrcM* seinMi' r;j|)|n'liT nmsi ;iu\ luilcrifs des liomnios (jui iTcii avai(M)t \y,\> traiirhi le seuil di-piiis l()iii;l(Mn|»s. Ilo- noi iihlc iiiiiis inipiiissiiiit cUbrl pdiir soulciiir ce. (]ui va s't'croulcr. LU conseil lumiiltiKMix iiiti;! rompu a chaque rnimile |)ar de nouveaux surveuaiils, et iiuMiilié sîiiis rtîSvSe par des renscii^uemenls con- liadictoires rapportes du dehors sur les disposi- lions de la capitale et sur les procrès de liiisur- reclioii, t'C lient dans ItîS salons (jui précèdent le cabinet du roi. Ce prince harassé des inquiétudes de la veille et des agitations de la nuit repose (piel- ((ues ]ieur(>> tout habille sur un canapé au nuinnure des conversations ou Ion discul<' sa victoire, sa (léfaite ou son abdication. VI. Pendant ce court instant du re|)()s du roi, les heures apportaient de nou\ elles forces à linsurrec- lioii. le bruit d un massacre du peuple sur le bou- le\ard avait couru et cuu\e loule la nuit dans les cojurs. Le tocsin avait repanilu juscpie dans les fau- bourgs ce spasme fébrile (jui ne laisse à Dionime aucim sommeil et aucune intmobiliti'. chacun elait debout, arme, prêt aux resolutions extrêmes. Ix's étudiants de. Paris cettii intelligence (hi |)euple. qui 1.1VIU-: THOlSIi: MR. Ml pivnd iliUliielleiiiciil la iliiritjou ilc lii riiirc aM'Uf^lc (les iua>>-rs, s'iiiritnicnl dans rinti'rictir drs iiiin-sd»^ leurs t'colos. ils l'orçaicut les porlcs, ds sorlaitMit par pelotons i\o l'école polylecliiiiiiue , ils IVatenii- saient avec les bandes «l'oiiviiers , ils se luellaiciit à leur ti>t^ et (lesceiulaient, an (liant de la Marseil- laise et des Girondins, de leur (piailler élevé au cunr de Paris, l ne insi)iralioii ijénerah^ de l'Ame d'un peuple semblait les porter d'eux-mêmes aux positions militaires ([ni pou\ aient le plus embar- rasser les troupes et dominer la journée, chaque inimité rétrécissait le cercle de fer et de pierres dont les barricades cernaient le palais et bîs abords des Tuileries, on eut (Ht (jue le sol des rues se sou- levait de soi-même pour ensevelir la royauté sous ses pavés. Kntre dix et onze heures du malin les troupes concentrées sur les deux flancs du Louvre, sur la l)lace du Palais- Uoyal et sur la |)lace de la (lon- eorde, entendaient (^t coidemplaienl immobiles hs clameurs et les assauts de la multitude, qui i^ios- sissaient autour du palais des Tuileries et des prin- cipaux li(')tels du tijouvernement. L'attitude de ces troupes était celle de l'etonnement, de la lassitude et de la tristesse. L(^ soklat qui na.i^'il pas |)erd toute la force de renlhousiasme et de Telan. il est plus (lillicile (TalteiKbMi la nimt (pie de la bravcîr. La t!;arde nationale. \isiblem(!nt divis«.;e se iikmi- finit on ppfit îiomhro, essayait par son cxhorlation (II' piicilitM" la loiili- cl (ParrcMcr l«'S insurircs, |ini^ n'diiiil a la |ti('Ssion df l.i masse, ii la roiilairion onvcnt soili de cc sonil cil I 7S'.) ((inime du berceau de la Hcxolnlion française, et (|ni cljiil \cmi \ clicrclicr un roi (>n IS3t), \ rentrait après un demi-siècle coFume une \(Miueauce (rinie, funeste popularité, les meubles, les tableaux, les statues étaient saccaizes pai- la colèi'c plus (pic |)ar le pillairc. un bataillon d'iii- l'antcrie (pii axait c\a( ne la coui- et traverse la place sous le feu des fenêtres s'était retire dans le poste du ChAte;iu-d'Kan di'jà remj)li A*' irardes mimici- paiiN blesses, une cai)ilulation les avait bientôt après laissés SOI tir. !.(! feu dévorait cet édiliee, el (piebjnes blesses inca|)ables de mouvement expi- raient, dit-on, dans les llammes. Tout cela se passait a (picbpies pas de nond)reux rassemblements de troupes immobiles et comme MVHK TIUMSikMi:. «H aSullN \i»'»'S (1 rldlllicilli'lit >(tll> \r> olilri.'^ {[{' iljt'l> i\ (]tii le lioi cl SOI! ntm\('iiii iniiiislic (IcfriKliiinit ilo i-oinl)alli >'. l.a jilaci' (lu ( .11 i()us«'l cl la ((Hii des Tiiilrrii's c'Iaictil (»((U|)t'('> jMi" (le riiilaiilt'iit', «le la (a\alrii(( et tic l'arlillcrie. On siiiililail aUcndic axer si'cuiilé (laio riiilcriciir du |ialais i|iic hi iioiiM'Ilc du cliaii- j;»»m»'iit de miiiislics cl le-- ((Hicessions |n«»mis(»s pacilia^scnl (»|)idaii('> de la i^ardc iialiunalc. il es[K'ruit ([iic son nom, sa pivsencc, sa paroicî l't son a\«MU'in('iil au pouvoir sciaicnl un sij^ne visible et un fraise sullisant de Nitloirc cl de concorde poui* l'opinion. Mais déjà Tai^ilalion prolonirec du [)euple soulevé dans les hancpiels de son parli, debordail celle jionnèle et courai^euse po|)ularile; il se de- \ouail au peiil de la dsnaslie. M. Hanoi pailoul re>peele comme homme a\ail éU* repousse connue coneiliateur. il icnliail lii.^le- nient dans sa demeure. 11 se préparait à prendre au ministère de linlerieur a I ap[>el du iioi, un pouvoir brisé d'a\ance dans ses mains, au même moment lin bra\e oiïicier M. tIePrebois, l)rùlanl du désir irarréler reffusion du sant;, ao |)recipiliiil par la se»de impulsion de st)n dcNouemenl au-de\;iiit dcîs flots du peuple arme (pii débordait de la plact' du Palais-K()\al poui- alhupier le llarrousel. Oiu' d(î- I. « Ili HKVOl.l I ION Dl- 1848. niiindt'Z - VOUS? l«Mir disnit-il. (jiin vous faut-il pour V(uis (Icsiinnor (l(* ces arruis fralriridrs? la HoyauU» fait à ro|Muinn toulos les conrcssions qui ppuvont vous sntisfain'. VoiisnouIc/ la n'iormo? On vous la pnuucl. Vous demandez le renvoi dos ministres? ils sontconi,'('dit's. Quels sont donr les hommes de votre eonlianciî entre les mains de qui vous trouvez vos lihertj's en silreté et vos volontés satisfaites? Lv Uoi vient do nommer M. Thiers. fites-vous contents? — Non, non, répondait la foule — Il nommera M. Har- rot? — Non. non,s'eeriaient lescond)attants. — Mais, reprit le paeilieateur, dcposeriez-vous lesarme» si le roi prenait >I. d(^ l.amartine? — Kamarfine? Vive Lamartine ! s'éeria la nudtiliide. Oui, oui, voilà rhonnne (pi'il nous faut. Qi\c le Roi nous donne Lamartine;, et tout pourra s'arranizer enrore. Nous avons confiance en celui-là. — Tant Tisolemcnt de Lamartine dans une Chambre des députés étroite, faisait éclater sa popularité alors dans le large et profond sentiment du peuple. Mais ni le roi, ni la (■hand)re, ni l'opposition de M. Thiei-s, ni l'opposition de M. Barrot, ni même le parti n'pul)lirain du JSntioual on de la Réforme, ne songeait à présenter Lamartine au peuph^ pour ministre, pour pariticateur ou pour tribun. Il n'était ni Ihouime des Tuileries, ni l'homme des journaux vu(' du pctiplc l'apix-hiil <'ii <■(> iiioiikmiI par son nom. M. lUi l'ivhois ccluippaiil aux j/rou- |M?S arin(^s qui rontouraicnt revint axcc jtciruï aux Tuileries raconter à (piehjuos courtisans ce (|imI venait de voir et d'entendi-e. mais ce n'était pin- riieure de, delilu'rer sur lo choix de te! ou Id luininie eloijLrne de la coni'. I.e roi clail Dhliiré de |)rendre j)recipitanunent ce (piil a\ait sous la main, «l'aillcurs Lamartine, était \c dernier d(;s lioinmes (pic 1(^ roi eut apjiele an |i(Mi\()ir, dans une heure d'anijoissc. ce prince n'aimait pas .M. de l.a- marline. il le comprenait encore moins, voici les niolils de cet éloiirnement. VII. I.a famille maternelle de .M. de Lamartine avait ele attachée sous l'ancien régime à la maison d'ih- léans. elle en avait reçu des honneurs, des faveurs, «les bienfaits. M. de I,a?nartine avait étt» nom ri dans des sentiments de respect et de reconnaissance pour cette branche de la fannlh; rovale. 11 n'avait iamais oublié ce (]ue sa mère lui avait connnandé de sou- venirs pieux envers cette race, mais la famille pa- ternelle de M. de Lauiartine était lovaliste constiln- tionnelle, ennemie par cons»'(pient ;iir I;i \r\r lin dur irOilciiiii*. C(>|M>ii(l|)(>. il jMiil iniU)ili' |ii)iii lui !<■> loïK-lions iriiidc de (-iiiii|) ou (rollicici d'ordouuiuict' au|)rôs (J(> s le piiuce, mais saus Ireniper en rien dans les eonliilences ni dans les espéranees de règne qui s'a;:ifaieMf auloiii de ecî soleil levant. NoiuiIk' à la (iliandne |(ln> laid, il s'elail tenu (lan> um- indépendance complète, et dans une reserve respectueuse vis-à-\is(lu nouveau roi. I.e roi en avait sans doute conclu (pie M. d(> [,a- martine etail un ennemi dt; sa maison ou (piil était une intelliirenec polilicpie bornée préférant des cliimei(>s aii\ nlile> realités (le la puissance. I.e prince depuis celte époque, bien (pie le députe lui rendit (piel(|uefois hununaiie, etsoii\ejd ser\ieeii la tribune, avait toujours |)arlé de M. île Lamartine comme d'un lèxeiir dont les ailes ne toiuMiaient jamais terre . cl dont !\eil ne sa\ait |)as dis- eeiner lis ombres dL':^' realites. le roi tenait en cela les pi'opos de \,\ boiui^eoisie. l''ll<' ne j)ar- tlonne pas à certains hommes Ar n'avoir pus les Il vin: THoisir.ME. ht nH'ilioci ilt*"> xircs «lu Iciiips. \.v nom (!<' M. (!<' LaiiiarliiHM'tiiil le dcniicr (|ui \n\\ \(Miir sur It's l»'\ its (lu loi. le |)Oii|)l(' seul ixnivail iH^nsiM* à lui. »'l l'iKorc c(^ itciiplr rcpctail-il ce nom au liasaid, comme uurcho icdil !<' iiiol (pi'ou lui a \ III. Au nxuuciit ou (-(' nom letnitissail ainsi |)om' la première lois au milieu le xeslihule du Palais, M. Guizol resté en réserve dans im ai rieic-eubinet du rtn eommo pour épier jus(|u'à la dernière mi- nute un retour de forluue de la monarcliie, sortait eulin furti\enient des Tuileries pour luii la révolu- tion acharnée à son nom. reconnu en sortant du iïuiciiet du (Carrousel, (|uols coups de feu lui ti- rent rebrousser chemin, il se jeta comme dans un asile dans la partie du Louvre occupée par l'état- niajor. il y resta caciié juscpi'à l'heure oîi les ombres de la nuit lui permirent d'aller chercher un plus secret abri chez une femme ai liste dexouée à la pitié. Il put contempler des fenêtres du Louvre ou\erles sur le Carrousel l'invasion du peuple, la défection des i^ardes nationaux, rinunobilite des trou|)es, lauitation im|iuissante des généraux , la dernière revue du roi, la fuite à pied de toute cette famille, et la rapide ai^'onie de cette dynastie, à MK UÈV«il.UTI(»N DE 48iK. Ia(|iu'll(^ il c ()l)slinalion do dùvouniiient. Qiiollo scène pour mii hiuiinif d'État! (juel ttMTiblo rcsunu* d'une vie daub une lunnc! i|ue d'erreurs ne soraiciil |)as expiées, (jue de MMii^'eances ne seraient pas satisfaites ol iiu^nic attendries par cet écroulement des pensées do riioiunio sous ses propres yeux! justes ou faus- ses CCS pensées de l'Iioinnie. d'Klat aboulisM'nl ton- les au\ mêmes ruines et à la ménu^ pitié, il ne reste souvent après peu de temps aux honunes diktat jetés dans etis tempêtes que la conscience do s'être lrom|)é de bonne foi. IX Que se passail-il cependant au château pendant le débordement de l'insurrection i^'rossissant tou- jours.^ Le roi avait donné Tordre de cesser le feu el do conserver seulement les positions, le maréchal liui;eand «lejà monté à cheval pour ccmibattre en était redescendu à l'annonce de sa n'^vocation des fonctions de commandant de Paris. M. Tliiers en désarmant ainsi la résistance croyait avoir dés- armé ratrression. \a*. duc do Nemours réitérait [par- tout l'ordre d'arrêter les hostilités. \ai duchesse d'Orléans était abandonnée dans ses appartements ^ LIVHE TUOlSlEMi:. Il<.) iiii\ iiiixiétés «le son esprit et au\ iiuetiituili's «le son soii. La reine «loiil le c^œur avait du saiiti de .Marie- riierèse, ili; .Mai ir-Antuiiiellc el d.- la reine de Naplos, uionlrait eo eourage viril «jui oiddie l«s pintlences de la politifpie. Allez, disait-elle an Kti, H in«»ntrez-\«)us au\ troupes abattues, à la j^anle na- « tionale indtrise. je nie plac«'rai au bali'on avee nies « petils-eiiiants el mes princesses, et je vous verrai « ui«»nrir «'i^al à vous-nu^nie, au trône et à nos nial- « heurs! » La ])h\siononiiede cette tipouse aimée el de cette mère si loni^lemps heureuse, s'animait pour la première l'ois de l'énî^r^ie de son «louble senti- ment pDur son mari el pour ses enfants, toute sa tendresse pour eux se concentrait et se passionnait dans le souci de leur honneur, leur vie ne venait (pi'après «lans son amour, ses cheveux blancs con- traslanl avec le feu de ses regards et avec l'anima- tion colorée de ses joues imprimaient à son visai^e «pit'l(jue chose de traiiitjue et de saint, entre l'A- thalie et la Niobé. le roi la calmail pai- des pa- roles «le confiance «lans son expérience et dans sa sag«5sse, «jui ne ra\ aient encore jamais liompé. .\ onze heures il se cro\ail tellement sûr de dominer le niouvemenf et de réduire la crise à une modifi- cation «1«^ ministère acceptée par le peuple , qu'il descendit le \isaire souriant et en costume néj^lii^é d'intérieur «lans la salle à manizer pour le déjeuner de famille. 1 ijo iM:v(iirni».\ i»r; isjh. X. A |)oin(' le rcp;»"- diiil-il romim'nc»' (|uo l«i j)orlo s'oiiNiit cl (pitMi Ml tiiiiri j)r(( i|)ii;iiiinn'iil ih'xw ronsoilI«TS iiitim«*s «'1 dcsinlf^resscs {\v la comonnn tlcsi^nt's. «lit-on, ))iii M. riiicrs pour le ininislm'. CVlainil MNl. i\i' l{riiiu>;ii cl l)u\eri:irr do llaii- raniio. Ils prit'init le «lue de .Montpensior nu toi ol ;"i l;i roino, ol courut \ors los d(Mi\ noi;()«iat«'urs. .Mais le roi et la roino no ))ou- >ant contonir Irur iiupationce so io\ôront au luonin iiiouiont. inlorrotroanl dos youx .M. i\o itouiusat. — « Siro, dit oclui-oi, il faut «pio lo roisaohola vôrilô, « la taire dai)> un |t.U(ll nioiuont serait se rendre « eoinpiioo do rov(Miomoiil. Votre sécurité prouve « que vous (Mes Ironipo. A trois cents pas de « votre |)alais les dragons ecliani^eut lrur> sabres « et les soldats leurs fusils avec W |)euple. — C'est (( impossible, s'écria le roi en reculant d'étonne- «( ment. '^ ï n ofllcior d'ordorniancc >|. (\c LAubcpiii »« dit respectueusement au loi : J ai^u. " A ci'> mots toute- la famille s(^ leva «le table. Le roi remonta, rev«''til son uniforme cl UMUita a clie- \al. ses deux lils le duc de Nemours, le duc di» Montpensier et un i:roupe de jiénérauv litlèles l'ai'- eompaunaient. d passa icnlcment en revue les I 1\ IIK THOlSIKMi:. Hl troiip'S ot les l»:it;iill<>iis pou iioiiiltrciix do gjjrdos nalioii;iu\ (jiii sliitiomiaiciil sur la \A:\ro du (iar- rousrl rt (lan> la coui dts Tuileries. L'atliludo du roi était découragée, celle des troupes froide, celle de la içarde ualioiiale iudécise. Ouehjues cris de Vive le Ihi, unMes aux cris de Vive lu lié forme, partaieut des raiiirs. I.a n'ine et les |)riucesses dcliout à un Italcou du palais, eounue Marie-Autoi- riette a l'aulie du 1(1 iioùl, suivaient des yeux et du cd'ur le roi et les piiuces, elles voyaient les saints militaires des soldats ajjjitanl leurs sabres sur le front des lignes, elles entendaient nussi le sourd eciio des cris dont elles ne pouvaient distinguer les mots, elles rrurent à un retour d'enthousiasme et refjtrèrent pleines de joie dans les appartements. Mais le roi ne pouvait se tromper à la froideur de l'accueil, il avait vu les j)liysionomies incjuiètes ou hostiles. Il avait entendu les cris de Vive la liêfornip et d'à bas les Ministres partir au pied de son cheval comme un ohus de la révolte, (jui éclatait jus(|u'aux portes de son palais. Il lenlra abaldi et consleine, craignant également de provoquer la lulte ou de l'attendre; dans celte iinmohilit*' forc(''e (pii saisit les hommes et (pli les enserre; par iU':^ dilticultés égales des deux côtés, situations où l'action scude peut sauver, mais où l'action elle-même est im- possible, le désj'spoir est le génie des circonstances (iése8|M'rées. Le malhein* du roi l'ut de ne j>as dés- \ii HEVOLIITION DK 484». c>j)i>riir ii»v/. loi. Il oUiil liiil>itui! au Itoiiliciir. ('43 loi)!:: bonlunir do sa luii.^uc vio truiii|ia U; (iernier jour lit', son ivi^nc. XI .M. riiijMs témoin de celte catastrophe aceélérée atU'iuiail le Hoi |ioiir lui reniellre K^ pouNoii (}ui s'échappait de ses mains avant (pi'il Teùt saisi et exercé. Il sentit glisser la i)opularilé liigiliNt; d'une seule iniit de son nom sur un autre nom. Il indiqua au Hoi M. Barrot seul, ou ne pouvait pas aller plus loin dans ropposilion sans sortir de la monarchie. M. Itarrot avait déjà é|)rouvé devant le pcu|)le du lioule\artl rim|)uissanceet la IVjijzililed'un nom. Il se dévouait néanmoins au Roi et à la pacitication sans considérer (pfil allait dépenser en (pielques lieures une popularité de dix-huit ans. Ce dévouement à rinstantde rabaiulon de la fortune était une iïénéro- sité de caractère et de couraiie cpii relève un homnie dans la conscience de l'avenir. Texte de raillerie pour les hommes légers du jour, titre d'estime pour l'impartiale postérité. M. Barrot instruit quelipies njoments après de sa nomination par le Roi, n'hé- sita pas à aller prendre possession du ministère de l'intérieur et à saisir le timon brisé. Kn ce moment le Roi aux Tuileries était tout son conseil, trois ministères s'étaient tondus sous sa LIVUK TUOISIKMK. \ii iiiaiii t'ii (|iul(iii('s lieuit's. M. (iiii/ol, M. .Mole, M* Thiers. La Kuiiu;, IfS l'riuccs, les iK'|)iiU's, \iiiè> {généraux, les simples olliciers de rarmce et do la garde nationale se pressaient auluur du lui. on Tas- siégeait d'informations et d'avis intorrompus jiar dos inlormalions et des avis contraires. La jtàleur était sur les joues, les larmes dans les yeux des remmes. les enfants de la raniille ro\alc attendii>- saient les cœurs pai- l'iuiiorance et par la sécurité répandues sur leurs traits, tout traliissait dans les gestes, les altitudes, l'agitation et les paroles cette lluctualidii d'idées et de résolution qui donne du temps au malheur et qui décourage la lidélilé. les portes et les fenêtres de l'appartement du rez-de- chaussée ouvertes sur la coui- laissaient les soldats et les gardes nationaux assistiM- de \\v\\ et de l'oreille, à cette détresse, leur dis[)osilion morale pou\ail en être ébranlée. Il fallait jeter un voile sur ce désordre des pen- sées du Roi et sur cette confusion desa famille, pour qu'un découragement contagieux n'amollit pas les baïonnettes. Un citoyen de la garde nationale (jui était de faction sous le péristyle du cabi- net du Roi fut attendri jusqu'aux laiines à ce spectacle. Honnne d'opposition presque républi- caine, mais homme sensible et loyal a\ant tout, il désirait le progrès sans aspirer aux ruines. 11 ne \ oulail pas surtout que la cause de la liberté dût son r.'» nl^:v(ii I Ti(i\ iii: ikîr. triompha ;i ini liulii' ,ili;iiiiliiii d un \ irill.iid, de rniiiiirs cl (1 tiiriinls. j);ir r('[\\ (\\\\ rtjiiciit ( hariît's (1(3 les proici;»'!-. Il sjipprocliii d un liriit<'iiiiiit-i:<'n('riil (jui conmijnnlait les lioiipcs — (iciK'iJil, lui dil-il à \iii\ liassf» cl avec um- ruiMiion ipir racrcnl n-udail im|)(Mi('US(', faites ('•loiiriu'r vos troupes lioi» la por- téo (l(î vos scènes de deuil. Il lie laut pi:> (pu' les soldats \ oient raiiouic des rois! — Le i:i'neral (oiuprit U.' >cns ilc cc> paiolo. il lit iceulei' les ba- taillons. XII. I.e Roi renioiit*' dans son cabinel eeontnit oneoro, et ioui a loui , les a\ is do M. Tliiers, de M. de l.;iino- ricièro, de M. (l(>Heninsat et du due de Monlj)ensier son jihis jeune (ils, (piand une fusillade pioloni^éo éclata à re\tr(Mnile du Carrousel du e(')te de la place dii Palais-Ho\ al. à ce hiuit la porte du ealànet s'oiixieet M, de (iiiardin se prcieipile \ers le Hoi. M. de (iiiaidin naijuère dc'puir», enenn^ publi- cisle, moins lioniine (rop|)ositioii (|u"lioinnie d'idc'es, moins lioninie de re\olulion (|u lioruiiie di* crise, s'elail piccipite dans reveneinent oii il \ a\;ul dan- tjer, perijx'lie, izrandeui'. il était du j)ctit nombre (le ces caracicres (]ui cherchent toujours l'occasion pour entrer en se(*ne a\ee le lia-aid. parce (ju'ils ont rim|)alience de leur activité, de leur cnerc:ie et de leur talent cl (pi'ils se sentent a la iiantcur des LlVUli TKiiISlCME. MU .(•irronr;tanrr> ot (l. il u'aiiiiail l'actiiMi. Aiiil)iti<'ii\. supcriorili' iiilcllccliicllc pins (jin- do siliialion, de i(M«' j)lns (juc dr imissancc, il était accouru do lui-inèinc sans antre mandat (jue ccîlui de sa propre impulsion, l.e jonrnal la Presse qu'il ix'diiïeait lui donnait une notoriétc en Europ(^ et une publicité dans Paris qui le metlait-nt continuello- inent eu ilialoiJi;ue avec l'oj)inion. c'était un de ces lionnnes (jni j)ensent ton! liant an indien d'un jieuple, et dont cliacpie pensée e>l l'eNenemeid ou la con- Iroverse du jour. Lanticpiitc n'a\ait (pie les ora- teurs (lu forum, le journalisme a créé ces orateurs du foyer. .M. lie Girardin en paroles brèves et saccadées (pii abrèiicnl les minutes et (|ui tranchent les objec- tions, dit au lioi avec un doidouieu\ respect (pie les tâtonnements de noms ministériels n'étaient plus lie saison, que l'heure enq)orlait le tn'me avec les conseils, et cju'il n'y avait plus (pinn mot (pii cor- respondît à l'ur^'cnce du soule\ement ; L'abilica- lioii! Le Hoi était dans un de ces moments où les vérités frappent sans ollenser. Il laissa néamnoins tondx'r de >es mani> la |)lume: a\ec lacpielle il combinait des noms de jidnistres sur le papiei . H \oulid disiuler. M. de (Jirardin pressé conmie le Iî« REVOLUTION DE IRiR tomps, impitoyable roiiimo l'c^vidonre, n'.idmit pas mrmo la discussion. — Siro, dit-il, l'abdiriition du « Roi ou l'abdiration do la monarchie, voilà lo di- « lenimo. lo temps ne laisse pas mùme la minute « pour chercher une troisième issue à révonement.» En parlant ainsi M de Girardin présenta au Roi un projet de proclamation qu'il venait de rédiger d'avance et d'envoyer à l'impression. Cette procla» malion concise comme un fait, ne contenait (|ue ces quatre lignes dont il fallait frapper à l'instant et partout l'œil du peuple Abdication du Roi. Régence de madame la duchesse d'Orléans. Dissolution de la Chambre. Amnistie générale. Le Roi hésitait. Le duc de Montpensier son lîls entraîné sans doute par l'expression énergique de la physionomie, du geste et des paroles de >f. de Girardin, pressa son père avec plus de précipitation peut-être que la royauté, l'âge et l'infortune ne le (M'rmettaient au respect d'un tils. La plume fut présentée, le règne arraché par une impatience qui n'attenilit pas la pleine et libre conviction du Roi. La rudesse de la fortune envers le Roi , ne devait pas se faire sentir dans la précipitation du conseil. D'un autre côté le sang coulait, le trône glissait, les jours même du Roi et de sa famille étaient enga- gés, tout peut s'expliquer même par la sollicitude LIVFIE TROISIÈME et pnr la tondrosso «le* c(»nst (|(i<> II' |icti|)l<- est iiiiilionliiMc ;\\\\ ronsoils. Sur Ifs pjis ilo Lainnriririi- le |Mii[)|t» en rflct dc- bonliMlc la nie de Holiaii >iii Ir Carrons»'!, il pailc- iiMMih' a\(H* los soldais. Les soldats iclliiciil en «K'sukIh' et >L' |)ii'ci|»il('nt dans la tuiir des Tui- leries. Le roi cciit au hi iiil d»* l'iiisMrn'ition (|iii uioiito ces mois ; « J"al)di(|u<' ru laxcurdc niou ptlil-lils \o coiulc de i'aiis. Jo dt-siro (|u il soil plus lu'inciix (]ui' moi. » MV. Ce prince ne s\x|)li(piail pas sur la rcajence. Klail-ic par n^spccl pour la loi (piil avait fait voter «Il r,i\('ur tlt' la i«'i:t'n(.-(' do sou lil> le duc de Ne- mours.' ctail-ii! pour laisser entre le peuple et les minisires une dernière concession à débattre et à la disputer pour iîatçner du temps? efait-ee pour re- tenir encore après lui a sa maison une jMiissance jalouse (pi'il n'avait pas voulu laisser aller selon la naturtî «M selon la vraie jmlitiijue à la mère du couile de Paris son j)elil-lils.M)n l'iiincue. M. Thiers avait serN i la pensi'e du roi en se prononçant a\ee une partie de l'opposition conln^ la régence de niadame la duchesse dOrleans. M. de Lamartine axait ener- i.'i- leiiu'Ht raison. I.e dm de Nemours rei^eiit désigne, (|U()i(|Ue jeune. Iii.inc, iii>tiiiil, laborieux, iiClail pasainie du iieuple. la nature en lui donnant I in- lclliy;tMU'e, la sai^csse précoco et le eourajue de sa race, lui avait i-elusi*ro\pansi()n (jui attire lesccrurs. Le lointain n'etiiil pas favorable à ses (jualites. Ou ne le> non ait ijue de pies. (!e n'e?t pas une l'aute pour uu particulier, c'est un malheur pour un prince. Tout ce (|ui posede\ant lepeu[)l(î doit avoir du prestii^e. i.e duc de Nemours n'avait (pie de Tes- liine. On vovait en lui une continuation des vertus et des (K'fauts de son père, en chanij;eant de roi , on ne chani,'erait pas de rèi,Mie. Les peuples veulent chan.^'er. Cette faute du roi et de >L Tliiers d'aNoii arrache la iéi{ence à la jeune mère d'un roi enlant pesait falalenu'iit ^ur celte dernière heure du rèirne. Louis Philippe et son ministre périssaient sous rimpie- voyance de cet acte. Si au lieu de jeter au peuple celte abdication and»ii:uë ipii ne s'e\pli(piait pas sur la rei^ence et (pii laissait cnlieNoir aux combat- tants le duc de iNemours derrière l'abdication, .M. de (iiiardin porteur de cet acte a\ait fait aper- ceNoir à rimaiiination et au (ceur de la nation, I. 9 • 30 Rf:V()LLTl()N Dl- 184R. imr jounn vouvo «'l uim* jounn riiôro r(''.iïii;mt j);ir l.i iîiAco et par la pcipiilariU' sous U^ nom ll(>-ni(^rno dans les cours du |>alais o\ prcsculc son cnraiil à l'adoption du |»ay8, il UN a pas de doutr quo la nature nVAl triornplu' du peuple, rar la natuni aurait IrouNc un coniplict; dans In cœur et dans lo reuard de rluupjc corii- batlant. Ainsi donnent loniitcnips les fautes dos rois et (les hommes d'Ktat pour venir les (Traser inopi- iK^'ment à l'heure ou ils les croient oubliées. \V. Mais la duchesse d'Orh^ans UH^nie î\ cette heure suprême était reletruée avec ses enfants dans les appartements du château (ju'elle liahilail. Le roi eraii^nail riniluence de cette femme jeune, belle, sérieuse, enveloppée dans son deuil, irréprochable dans sa conduite, exilée volontairement du monde pour (pie le rayonnement involontaire de sa loyauté, de sa izriice et de son esprit n'attirAt pas la pens('»e du pa\s sur elle et ne la sicnahU pas à la jalousie de la cour. Cette princesse vi\ait rtMifermee dans sa maternité et dans sa douleur. Klle ne pouvait s'empèeher cepi^ndanl (TentreN oir les 'ernières fautes du rei:ne et de salai mer sur l'avenir de ses enfants. Klle a\ail dû reSvSentir douloureusement aussi la LIVIir. THoiSir.MK. 131 «lur«'t('' dvnjjsliiiuc tlf ((Mlcloi de it'uoiicc (It'iiiaiKh'O il Nutéo contri' elle cl (|iii lui enlcxail a\('c la liiU-ie |i(ilili(|uc lie son tils J'ocTiisioii (l(^ iiionlrcr au nioiiHo les urandt's (pialilcs ddtil (Ile ctail douce. Mais colle aincilurnc couNail dans son cd'ur sans Irans- pircr au dehors. Ses lèvres Ji'aN aient ianiai> laisse échapjuïr une seule plainlc. clic niellait son ori!;u(iil dans sa résignation, son mérilc dans son silence. M. deLainarline le défenseur inconnu pour (^llc i]r. ses droils naturels dans la discussion de la loi de régence n'avait jamais eu aucun ra|)|)oil a\ec celle princesse, il n'avait pas même reçu d'elle un signe (rassenlimcnl ou de reconnaissance poui- riioin- inage désintéressé et tout politiipie cpi'il lui avait rendu à la tribune, on assurait que depuis (picNpie temps M. Tliiers mécontent de la cour et repentant peut-être du parti ipiil asail |tiis |)our la régence du duc de Nemours tournait ses pensées vers cette princesse. 11 esl possible que la désaflectiou crois- sant envers les princes eùl l'ail rellccliir cet liomine iiiii>. Ocpiiis il :u:iil \ II iiiir lui-. ni;i(l.iiii)' l.i (Inclicssc di Jrlcaus. il iivail rapport»' se. Janiai- néanmoins nnseni mot drlle n'avait révèle une amliilion sonlïianlcon nue amci- Iiniif raeliee. Ses (lonl(.'iii> ctimiil pures non-sen- lement de tont eom|)l()l mais même de toute ainhilion. Klle a\;iil montré la s(''r(''nit('' <'l le dés- intere.-semenl dune mère (pii s'oid)lie entièrement elle-même entre les souvenirs d(î st)n e|K)n\ et les espérances de son (ils. Néanmoins on piiil supposer (|u'en arrachant avec tant de pr«'cipilalion au roi cett(* abdication \auue (jui ne remettait le réirne a personne, M. de (iiiardin el peut-être M. Tliiers avec lui taisaient un relom inNolontaire \ers la régence de la jeune \eu\e et s'attendaient à la \()ir j)roclamei' par la \t)i\ du peuple. XVI. Cette idée, si ell(> existait, avorta a\anl de naître. Lue erreur la lit évanouir. I.a précipitai i(Ui naturelle dans de pareils moments avait tait ou- blier d'ap|)oser aucune signature à cette procla- mation (pie M. de (lirardin jetait à la foule sur le (Carrousel el sur la place du Palais-Ho\al. \\u \.nn il bravait le Ter et le feu pour obtenir cette trêve. Li r<)ii!<* iipivs jiNoir lu, ru* voyant aucune saiiclioii aux ju'ornesses nianuscrilcs d'alKlication , les jucnail pour un \m'iic et avançait toujours. Lo lils de I ami- ral Haudiii paili axer M. de (lirardin pour aller rc- pamln' (t's pnielainations sur la place de la (Con- corde était repousse par la même incrédulité et par les luênies périls. I.e roi se consumait d'impatience, il eut un dernier rayon d'espoir |iar Tarrixee d'un \ifu\ st'i\il('ur devenu l'ami du roi et reste l'ami du peuple (!<• l'aris. (l'était le maréchal Geraitl , iionnne simple et anticpicî passé des champs de l)a- taille de reni|)iie dans cette cour sans y avoir perdu la mémoire de la liberté. Dévoué depuis lon.^temps au roi par le cœur il n"a\ait perdu ni l'indépen- dance ni la couleur de ses oj)inions. brave comme un soldat, populaiic comme un tiibuu. le maré- chal Géranl était bien Ihomme de llieuie ^uprème. «( Allez au-devant de ces masses, lui dit le roi, et u annoncez-leur mon abdication. » l.e maréchal, \ètu iTun habit du matin de forme bourtîeoise et de couleur terne, coillédun chapeau lond, monte le cheval (pie le maréchal liuiieaud ve- nait de laisser dans la cour. Le général Duchant biillant oUiciei- de l'empire, célèbre par sa beauté martiale et j)ar sa bia\oure, accompagne le maré- chal (jérard. Ils sortent dr la i^rille. Ils sont a( - cueillis ]>ar les cris de « \ i\ eut les braves » . Le vieux niaicclial reconnait dans la Ibulu le cuIomcI D-i- i.n Hi:v()i.rT!(iN m: uis. iiioiiliii , aiii ici) ollicin de r(>iiip<>i'('iii . Iioiniiic ii\«!nliii<'ii\ (|iio lo vnliutMlii liii «'ntraiiic et (jiu'. !« inoiiM'iiii'iit «'niMc, il r|)t!llt> |»in son nom. - Vi- ce Ions, lui (lil-il. iiioii clin Diiiiioiiliii, \Milii I iilnli- <( ciiliun (lu ri)i cl la r('i;«*nc(\ ro(lama- tioii d(; la main du général et dis|)arait sans la com- muui(juci au p<'upl(^ (le geste enleva la rét^ence cl le tr«\ne à la dynastie d'Orléans. La n'pid)li(jiic se lût peut-être arrêtée devant «in nom de fenune. Wll. Cependant le roi qui a\ail promis d abdi(pi(;r a M. de Girardin, à son lils et aux ministres (jui l'en- touraient de U^ur terreur, n'avait pas encore achevé d'écrire formellement son abdicati(^n. Il semblait attendre un autre conseil plus conlorme à Sii tem- porisation liabiluoUe, et disjmtcr encore avec la nécessité. Une circonstance faillit (lonn<'r raison à ses lenteurs et le rasseoir lui et sa dynastie sur le trùne. Ix' maréchal IJuj^eaud Iraxcrsant d(î nouveau la cour des Tuileries au i,'alop en revenant (Tune nouvelle reconnaissance -se précipita de son cheval (il entra presque de force dans le rabiiuM plein du désordre, d«* n)ini^trt'^ poslliunies el (1»^ conseil lei*:) de fait autour du ntonaripu'. Il fendit les ^rou|>es et bti lit jour justprau roi. Ucuiontonsirune nuit, cl \{»yons (puîlle avait élé jii8quc-lii la part (Taction du maicchal Ikii^eainl. Le niareclial comme on l'a vu pins haut a\ail ou quelifues instante le connnandement général de la garde nationale et des troupes. A deux heures du matin on était venu lui ap()orter sa nomination à co jK)ste. Aussitôt il était monté à cheval et s'était rendu à l'etal-major son (juartier général pour faire son plan et doimer ses ordres de bataille. L'état- niajor était vide, généraux, olficiers et soldats, tout reposait des fatigues des deux journées précédentes, endormis dans leurs manteaux sur la place ou dans les entresols et dans les mansardes de l'imniense Louvre. Le maréchal avait perdu bien du temps avant d'avoir pu appeler à lui (juelques généraux et (pielques ofliciers d'etat-major et d'avoir pu prendre coimaissance du nondjre et de remplace- ment des troupes sous ses ordres. Le nond)re de ces troupes (pfon crosait d'au moins cin([uante mille liomuR's no s'élevait pas à |)lus de trente-cinq mille hommes actifs, en dt'fal(|iiant le nombre des sohlats destinés à garder les forts, les casernes, et ceux qui sont hors du service pour des causes quelconques on ne trouvait tpi environ \ingt-cin(j 436 nf:v(ii.rnnN dk irih. inillc roiiihattiiiits de toulcs aiiin.'S. troujK's sufVi- Siinlps ('outre «!•'> masses cparses et confuses (|irau- ruiK' (li>(i|)lin<' ne solitlilii' erUre elles el (|iii >e fon- Jent ((Uiiii Ile- s(> loiineiit. mais lroii|)es déjà ust'es pai- (juaiaute-liuit lie(ire> ih^ slationiiemnit (lan^ la iKUie. eni:mirflies du froid, «'pniséosde laim, travaillées de doute, ineerlaines oii etnif l(> droit, honteuses de déserter le roi, consternées de taire la i?uerreau |)euj)le, regardant pour se régler sur son altitude la garde nationale (jui flottait elle-même entre les deux armées. I.e maréchal avec son instinct militaire, mûri par la réflexion el éclairé par l'expérience du ma- niement des trou|)es, savait (pie rimmohilite est la défaite du moral des armées. Il a\ail changé à l'instant le plan ou le hasard suivi jusque-là. 11 avait app<'le a lui les deux généraux (jui com- mandaient ces corps. I/nn elail Tihurce Sehastiani frère du maréchal do ce nom, otiicier dévoué el calme. L'autre était le général P.edeau grandi en Afri(]u<^ et (\\\\ apportait un nom tout lait au respect de ses compagnons d'armes à Paris. Il leur avad or- donné de former deux «olonnes (h^ trois mille ciiK] cents honunes chacune et de s'avancer au cœui de Paris l'une j)ar les rues cpu longent les houlevards et aboulissent a lllotel de Ville, l'autre par les rues \)\u< rapprochées des cpiais. Chacune de ces co- lonnes a\ail de l'artillerie, les g(>n(Manx devaient I.IVKI-; IHUlMKMi;. «37 eiiiporlcr on JiNaii<;iiiil loulcs les Ijarrirjulcs (m'ils rciH'oiiln'rait'ut ileNiUil ('ii\, «'iïacci' («'s foitcres-ses de riijsurn'ctiou , halavLM' les niasses et se eoncen- Irer à l'll<»l<'l de Ville, posilioii décisive de la jour- née. Le ueiH'ial I.aiin)rieière dexail (((miiiandcr la rf'serve d'environ neni' mille liounnes antour du palais. I.e roi et M. Thiers avaient d(''jà appelé et nommé Lamorieièrc comme une renonnnée neuve et jeune impatient de se signaler avant l'arrivée du maré- ciial à l'état-major. Ce jeune général et le maré- chal Bui^eaud avaient eu de craves dissentiments en AtVi(pie. La coopération du chef et du lieutenant pouvait avoir des froissements et des dangers s'ils n'eussent pas mis l'un et l'autre leur ressentiment au-dessous de leur dévouement au roi. Ils l'avaient fait avec une cordialité militaire digne d'eux. Le niarck'hal en voyant paraître Lamoricière dans le groupe des officiers généraux sous ses ordres , s'était avancé vers lui, et lui avait tendu la main. <« J'espère, lui a\ ait-il dit, mon cher lieutenant, (« que nous avons laisse nos dilTerends en Alii(jue « et que nous n'avons ici que notre estime nnituelle « et notre dévouement à nos devoirs de soldat. » I^ujoricière digne de comprendre de telles panjles avait été emu juscpi'aux larmes. Le^ larme> du soldat UL'suijt que du courage. Emu jusipi au cœur, i.{K m \ oLU i ION IU-: I6 4S. l.iiiiiuri(-i(Mi; avait iluiiiiii loul Ip biui) aux in>|iiia- tioiis (lu iiiuiiM'Iial. XVIII. A l'aul)!'. ilii jour los deux colonnes iHaicnl pai- ties. (le nioiiKMils (mi moments des ofticicrs d'ctal- niajor «Iciriiibcs en Ixmriicois ou en artisans rap- porlait'iil (l(îs nouu'llob ut leurs progrès au tiénéral «'h chef. (;es colonnes ne nuicontrèrcnt point de ré- sistance juscpi'aux abordsd"' rHùlcl (IcNilIr. Kilos rendaient la foule ipii s'ouvrait aux eris de « vivo rarniée! vivela réfomn;! » Elles franchissaient sans obstacle les connuencenicnts (les harricadi^s eiïa- cées sons leurs pieds. De nouvelles masses de |)euple arme mais inolVensil ?e présentaient devant elles à tous les grands débouchés des rues, sans prétexte |)our les combattre les deux ijéncraux n'osaient les dissii)cr par la baïonnette ou par le canon. Les troupes et le pr'uple restés ainsi en pré- sence, lesdialoiiu<îs s'établissaient, les fausses nou- \elles circulaient, l'instinct de i)ai\ qui traxaille les cœurs entre citoyens d'une mèuKi patrie, dune même pensée, Ihorreur du sang inutilement Ners*; a rilùl»'l do Ville pendant (pi'aux luilerieson était dejii reconcilie peut-être j)ar les cond)inaisons poli- tiques, ou |»ar une abdication, paralysaient les LIVIiK TUoiSlfiUB- ll'i onlrts dans Ici cu'ur des j^iiiôraux, les iiiiUL> d«iii;) la main des soldats. I .■ iiiaivciial coiitiaiiil pai- los ordres réitères du roi avait eiuoyé à ses lieutenants ordri^ de ro\(Miir. Le fîi'néral lîedeau as ail fait r«'|)lier les l»atailh)ns. (jueltjues soldats, dit-on, renvei^sèrent leurs fusils en siîjjne de desarnuMuent frattïrnel di'\anl la popula- tion. Leur retour ainsi à travers Pari> axait l'air d'une défeetion ou d une asant-itarde de la révo- lution elle-mùniq marchant vers les Tuileries, te troupes déjà vaincues par co ^este ét la me lr;nisu. les avait harant!:u(»s, et était revenu Naincu, luais ho- nore dans ses efforts de pacificatit)!!. Pendant ces scènes sur le Carrousel, les insur^('*s trouvant le boulevard el la ruedela Madeleine libres, s'accumulaient jus(]u'à rendtouelmre de la jdace de la Concorde, incendiaient les corps de iiarde (jui bordent les Champs-Elysées, tiraient sur les postes et massacraient les u;ardes municipaux odieux au peuple parce <^u'ils étaient la répression N isible de tous les désorilres et de toutes les émo- tions de. Paris. Ces malheureux soldats allaient expirer sous le fer de leurs meurtriers dans les postes et dans l'hôtel du ministère de la marine. l>eurs cris de détresse appelaient des défenseurs et des vena;eurs. les bataillons et les escadrons sta- tionnaient à proximité. Les ofliciers et les soldat> pro\o(juaienl l'ordre de marcher sur les meurtriers. les chefs enchaînés par la consii;ne hésitaient à re- pousser CCS ass^ullanl< et se bornaient à sauver la Nie des tardes nmnicipaux sou^ I abri de leurs sa- I.l \ m- THOISIKMK. lii bres. T;mt le-; niinisln's c'iaiy;iiai«'nl de doiuicr piir In rôsislaiicc un préluxtc h rcinhrjiseiniMil j^ciicral tic l*aiis. Mais vv. saiii; iiiipiiiii ne r«'l('ii:Mil pas. il ne lil (|in' l'altiscM', et il constcnia à la lois l.i \ ic- loiro (>( la ildaitc. Il ('lait ou/.o liouros; à ce inoincrit ou ctail \<>mi aiinoiuTi' coup sur coup iiii inarcclial (pic le loi Paxail n'Nocpic de son coniinaïKlcmcnl cl (|uc le inarcclial (icranl coinmaiulait a sa place. Il a\ail cédc iiiipiiliciiiiiicnl a ces ordres, il était accouru chez le roi pour lui rcjircsenlcr le dani^er d'ahdi- (juer dans une (lelaile. en eiiliaiit dans les Tuileries on lui a\ait annoncé labdicalion. Il s'clail pn'ci- pilc coinine nous Tax ons \ n dans le cabinet, il elait à cote du roi. XX. % Ce prince assis devant une table tenait la |»lunie. il ecri\iiil lenlenien! son abdication avec un soin et une syniétcie de callygraphe, en lettres majuscules qui send)laient porter sur le pajjier la majesté de la main ro\;ile. Les ministres de la veille, de la nuit et du jour, les courtisans, les conseillers ollicieux, les princes, les princesses, les enfants de la famille royale remplissaient de foule, (le confusions, de dialo.uues, de chuchotemerds, de ijroupes agités l'apiiartement. Les visai^es portaient l'expression de rellVoi ipii précipite les résolutions \\i inVOI.T'TlON OF I SU. cl (|iii hrisr les caraclrros. on riait à une do ros heures supn^iiics on 1rs cdMirs se révMcnl dans leur nnditc. on Ir nias(|n(' dn rani;, dn tilrc, de la di- i^nite, londie (l(»s visiTiîOS ci laisse voir la nalin*o son\rnl tleizrailee par la peur. < )n frilendail de loin a lra\('is les rnnunis de lu chambre les coups de feu retonlissants déjà» à Pexlrémité de la cour du Louvre, l'ne i)allo siffle disfincfenjent à roreiJIo exoreée, du maréchal, elle \a se perdre dans les toits. Le nuireehal ne dit pas à ceux qui Tenlou- raienf la sinisire signification dccel)ruit. Le|)alais des rois |)ouvait devenir ini champ i\r bataille, à SCS yeux c'était le moFuent de combatif! oX non de capituler. « Kh quoi, sire, dil-d an roi, on o.se vous (( conseiller «labdiciuer jini inilicii diin coinhal.' « Ignore-ton donc que c'est xous conseiller |)lns (« (jue la ruine, la honte? l'abdication dans le calme « et dans la liberté de la délibération, c'est (pielque- (( fois le saint d'nn ein|)ire et la sairesse d'un loi. u I/abdication sous le feu cela ressemble toujours à (' une faiblesse, et de plus, ajouta-t-il, cet le faiblesse (( (pie \os ennemis traduiraient en lâcheté, serait (( irnitile en ce moment. Le condtat est enj^agé, il n'y " a aticnn moyen d'annoncer cette abdication an\ (( niasses nombienses (pii se lèvent et dont un mol (( jelc des aNanl-posles ne saurait arrêter riin|»ul- MViu: TuuisK'.Mi:. H3 tt sion. rétablissons l'onlre dahord cl (IcIiluToiis i< ensuite, n « Kli l)i(Mi, (lit lo roi se lc\an( à ces paroles el pressant de ses mains eniues les mains dn maréchal, \()ns me défende/ donc d'abdlipicr, \ousî — Oui, sire, rcjuil a\cc nni^ respeelnense éneri^ie le brav<*. soldat. j'os(^ NOUS conseillei' de ne pas lédei" en n'. moment du moins, à nn avis ipii no sauvera rien et (jui peut tout perdre. » I,e roi parut rayonnant de joie en voyant son scn- limenl partai:é et autorise'' pai- la paiole ferme et martiale de son irénéral. « Maréchal, lui dil-il avee u attendrissement el d'un Ion pies(jU(; suppliant, « i)ai(lonne/-moi d'avoir brise votre épée dans vos (( mains en vous retirant voln; eonunandement ])our « le donner à Gérard. Il était plus populaire (pie « nous! — Sire, réplitpuile général Buueaud, (pTil « sauve Votre Majesté et je ne lui en\ ie rien de volrc » confiance. » Le roi ne se rapprochait plus de la table et paraissait renoncer à Vu\vo de l'aljdication. les groupes de ses conseillers parurent consternés, ils attachaient à cette idée, les uns leur salut, les autres le Sidut de In royauté, (juehpies-uns de secrètes ambitions i)eut-étrc. Tous du moins y voyaient une «le ces solutions (pii lonl diversion (Tun inomenl .Hi\ ( rises, et (pii soulatrenl l'esprit du poids des lonirues iîU'ertitudes. ui iiftvoLi:TiON ni- isis. I.r (lue (Ir M(iiit|)(Misi)>r liU du roi, (|iii piiraissail |»lll■^ (loiniiic riicorc (jiic !(•> ;iulr«'s jKir riin|uitit'nce il iiii lii'iKHiciiiriii, s ;itl;i(li;i «If |tlii> prôsà son |)('n', l'assu'içea ilinslaïuos et ilu i^'cstos i)H'>(iin' iiii|H'- tionx |)i»iir ItnizavMT à so rasseoir et à sii^ucr. OHc iiltiliitic. (■•'> iiiiiolcs, rcstèmil dans la iiii'iiioire des assistants <(imnii' niif «les plus doulotinMisos impressions de celle sctMie. La reine seule dans ce luniulle et dans rel enlralnenienl de conseils timides conseiNa la ^u'iandeur, le san^-tVoid, el la résolution de son ran:; d'épouse, de mèreet do reine. Après avoir cond)allu a\ec le maréchal la pensée d'une abdication i)recipitee. elle céda à la pression de la joule, elle se retira dans ICndirasurc d'une feiuMre d'oii elle conlemiilait le roi a\ec lindiuiia- tioM sur les le\ rcs el de ij;rosses larmes dan> les \ eux. I.e roi i-emit son abdication à ses ministres et rejoignit la reine dans l'cMnhrasure du salon. IF n'était plus roi. mais personne n'avait autorite leij;ale pour saisir le règne. Le peuple uv marchait déjà |)lus au cond)at coidre le roi , niais contre la royauté, en un uiot il était trop tôt ou trop tard. Le niareclial Buf^eaud en lit encore l'observation res|)ectueuse au roi avant de seloitiner. » Je lésais, « maredi.il, dit le K.i. mais je ne \cu\ pas (pu; le « sani; coide plu> longtemps pour ma cause. ■> Le roi était brave de sa peisonne. (>e nu)t n'était donc |t;is I.IVin- TR(MSir.MK. ^ir, ui) prôli'xte dont il coin rail sa tuile ni im»' làchiUé. Ce mot doit consoler l'exil, et attendrir riii>loiro. Co (jue Dieu a|»|irou\e, les hommes ne doivent pas le lletrir. \\l. Le roi ola son unilorme et ses plaques, il déposa son ejMM' sur la lal)le. il rev(Mit un simple li.il)il noir et donna le l)ras a la reine jtonr laisser li; palais au rèiîue nouveau. Les sanglots etoulVes des spectateurs interrom- paient seuls le silence de ce dernier moment. Sans prestige éclatant comme roi, ce prince étail aimé comme homme. Sa \ieille expérience ras- surait les esj)rits. sa familiarité attentive attachait lie j)res les (-(curs. Sa \ieillesse abandonnée ime seule t'ois pai' la fortune renniait la |)itie. liie supei'Slition poliliipu' s'elVi avait de la \ ue de ce deiriiei" fuiritit" du liône. on cicnait \()ii" sT'Ioiirne?' a\ec lui la sai^esse de lempire. La reine suspendue à son liras se montrait lière de tomber à sa |)lace avec l'époux et avec le roi cpii avait été et qui res- tait sans tronc et sans patrie sur hi terre. Ce coupic! de vieillards inséparables dans le bonheur et dans l'exil était plus touchant sous ses cheveux blanchis jpi'un couple de jeunes souverains entrant dans le palais de leur puissance et de leur aNcnii'. L'es- pérance et h' boidieui" sont un éclat, la \ieillesseel I 10 44ti HfVni ITION DE «818. 1(3 lualluuir sont «ituix inajesU». L'un (>l)loui(, I autii; alleiuirit. hos n'piihiicaiiis nic^inn aiiraioiil ()i(Min> ais;iit leurs mains. 0:1 tl hien entemiu , n'est-ce j)as , (|ue la u reiience appartient à madame la duchesse d"()r- o leans ? » « Non, repondit le roi, la loi donne la réiïence « au duc de Nemours n)«)n lils, il ne m'ap[>artient « pas de changer une loi. c'est à la nation île faire « à cet éiîai'd ce tjui conviendra à sa xolonté et à « son salut. » et il continua de maiclier en laissant derrière lui un problème. La réiïence «lècernèe à son (i\ï^ avait été un des soucis de son rèirne. il était humilie de laisser après lui le ijouvernement de quehjues amn'es à une t'enmie étrangère à sa race. Peut-ètie aussi >a prévision lointaine lui faisait-elle redouter (jue la diflèrence de reliixion (pii existait entre la ihuliesse et la nali«)n ne présaiiejit des troubles à l'État el des aversions à son petit-tils. Ce prince relleclii par nature a\ait eu de |)Ius MUiil ans de solitude d e\il et de réflexion sur l'aNcnir. La prudence ilail sou ii8 i{f:\()i iTioN ni: ix is. nciiii», clic ctail iiiissi son dchiiil. On |Hiit iluc ;i\.'c \crilc(iii(' trois cxccs ilc prudence (In niisli(|iic lii- iciil les trois principales causes de Sii perle, f.ps Ibrtilications de V,\v\> ipn Miriiaccn-nt de loin hi libelle, le niaiiai;e dd du» dr .Moiilpensicr en Ks|)aj.;nc, prcsat;c de iiuerrc (!(• succession dan» ini inl«'r(H dynaslicpic. eidin la rciience doiince an *\[u- de .Nctnonrs, cjni cidr\;i ;i la cause de la monar- chie en ce nionieni I innocence dune jeune te/nnie et rinter(M poiu' un enlaiil, ces picstitres infaillihles -nr le peuple. WIN. I.a duclu'sse aiicnouiliéc devanl le roi resta lon:»'- lenips dans celle atliltide. On axait en\o\e en pa^^anl sur la |ila(e du Carrou- sel, une dechari^e des insuri^és a\ait tue U; pi(pieur (pu allait les cliei-clier, H fallut renoncera ce nioven de de|)art. I.e loi >()rlit pai" la porte il'ini souterrain (pii couuniuii(pie de ses appartements au jaidin d(>s Tuilerie-. Il traversa à |)icd ce même jardin cpie Louis \VI. Marie - Antoinell«> et leurs curants a\ aient tra\ersé à l'aurore du 10 aoùl en se refu- ;,'ianl .1 I Assemblée nationale . rliemin d'cchalaud ou d r\d ipii' les roi> ne rel'onl jamais. i.a reine consolait le roi de (piehpies mol> pro- I 1\ !IF TIunSlfMF:. 149 nonrésà V(»i\ luiss»-. tiii i;roii|u' (losciNilcuis (idok^, (rollicicrs, (!<■ IViiiiii<"> cl (rcnraiits, >iii\ait m si- IcMuv. |)«Mi\ jx'lilcs Noilurcs de place |)iis('s iiii luisai'il par mi oUici»'!' (Iciïuisé dans les iih's ou elles slationnaienl pour le ser\ice du pid)lic ctaicnl aposUVs à i'issuo des Tuileries à rextn'Miiilr do la terrasse. Les forées surexritees piii- la l()iijj:ue erise a\aieul dcrailli an uraiid ;iii dans les neils d<' la reine. Klle sanulolait, elle chaneelail . elle Irchu- < liait au ilerniei' pas. il fallut (pir le roi la soldes At dans ses bras pour la plaeer dans la voiture, il y monta après elle. La duehesse de Nemours, grAee et !)eauté de cette cour, monta eploiee a\ec ses enfants dans la seconde voilure, eliercliant d'un umI inquiet son mari reste au\ prises avec les dif- licullés et les périls de son devoir. Vn escadron de cuirassiers envelopi)a les deux voitures, elles par- tirent au iralo)) sur le (piai de Passy. A Textré- mite des (lliamps-Élysees queUjues cou|)s de feu saluèrent de loin le cortétie et abattirent deux elie\aux de Pescorte sous les yeux du roi. on fuyait vers Saint-dloud. XXIV. Le duc de .Nemoui> dait resté auprès A<' la du- cliesse d'Orléans, jjIus attentif au sort de celte princesse et de ses neveux i |iriii('«' iiii|)()|)iil;iii-(> se moiilni seul pjir son (lesinlcn^sscriHMit ci u;w son conn».:.'»' diuiif di» popnhirilc. \o (Ijinoiiscl pf If's coins rhncnl (Irsornuiis sans «Iflcnsciirs Le. (liAUiau loKc pou\ait (>lre l(i tonilxiau do la du- chosso d'Orlc^ans et de ses enfants; In dur do Nn- motirs nvnif désormais In rnsponsnhililc de loiilos ces vies et du sani; du poiiplo. Dos parlomonlaires ra!)ordrren( sous le péristyle du pa\illonde Tllor- lofçe. ils le somnièrenl de retirer les Inmpcs d di> livrer Ir palais à la i,'arde nationale. Ce prince convaincu ipic le poujjle armé et vainquein- dans la niilic(MM\i(pi(> pouvait seul ini|)oser au |)euplc in- surgé donna l'ordre. Les troupes se retirèrent i-ii silence et se replièrent jjar le jardin. Le duc de Neinoius resta l<^ dernier pour |)roteirer le dèpaïf de la duchesse d'Orléans. Pendant rpie revaciiatiou du chAteau par les troupes R'op<)u compai^non Noioulaire d'exil à Sainte-Hélène , ac- coutuuH' au malheur et à la lidelile. un fils du ma- réchal Ney M. d KIchin-en , .M.M. i\o. .M(uit.uuvon Villaïune/. et de |{(>is .Milon. Trois <'oups de caiKui LIVUE IROISIEMK. ir,4 tin'iit trcinir l(»s vitres (If r.ippart(Mii(Miss;i lin cri. rY'tail rarlilh^io en retraite (|ui lirait sut le |)eii|ile (Irboiuiiant du <|iiui sur le (larrousel. La princesse envoya le içénéral (.iourj^aiid arrt'^ler le feu. les canonniers élei|UMiirenl les mèches en sit;ne- de paix. Le général Gt)ur|j;aud rentra. .M. Dupiii le suivait. M. Dupin moins juriste (pie léi^islaleur, longtemps président do la chambre des députés, orateur émi- nent, tradition vivante do l'esprit de résistimce et de liberté légale dans la monarcliie (pii avait ( a- ract«'risé jadis les Harlay, les iMoie, les l'Ilopilal, démocrate de mœurs c^t de costume, ro\alisle «riiabitude et de sentiment, avait été depuis 181.") le conseil domeslicpie et Tami tour à tour rude, et caressant du duc d'Orléans devenu roi. L'austérité de sa parole, Tàpreté de ses sarcasmes, avaient cou- \ert aux yeux du |)ays les condescendances de son atlachemeiil personnel à la laniilie ro\ale. il se vengeait sur les ministres de la couronne de ses facilités avec le roi. Sa popularité compromise par la cour lui revenait |)ar son indépendance dans h; parlement. Sa\ant, el(Kpient, habile, oracle de la magistrature, inflexible de ton, pliant aux révolu- tions, redouté des faibles, considéré des forts, égal aux éNcnements, .M. hupiii clail une des grandes autorites de ropinion. la ou il passait, beaucou[) d'autres passaient après lui. il se présenta à l'heure loi KfiVULUTlON Di: lsl8 (lrcisi\t' (Ml hi icx oliilKtii cluTiliail un (Irjipcim. il le pril iiiitMri'lIcmriit «lans celle femme el diiiis cel eiif'iiiit. mille iniiii) ii'ctnil |)lus propre ;i \r Icnii- et il le fiiii-f' iidnptrr. La (iiiclit'sx' le \il ('Mirer CDmiiic un .niirurc de forée cl de |tiii\. «Aii! Monsieur, i\uv venez-\ous iiic dire, s'«M'ria-l-elle ? — Jas un instanl a perdr(\ Allons à la (^liamlire i\r< de|nites. » (!"elail en elTel le seul parti a prendre pour la duchesse. I.a reiience déjii |)erdue dans les riu^s pouNail se retrouvera la Chamhre des députes, >i la (Ihami)re des déjuites discréditée |)ai l'espril de cour dans la nation, eût coii>er\e assez d'aseendanl pour arrêter la monarchie sur sa penle. la |)resei)ee dune femme, les £î;ràees et rinnoeenee d un eiifanl. étaient plus entraînants (pie tous le> discours, i/i'lo- quem'e en aetion c'est la pilie. Le manleau sanc:lant (le César étalé à la triliimc est moins émouxani qu'une larme de l'enime jeune el belle présentant \\u un enlaiil oiplieliii aux rejin'senlaiils dim jx'iiplc sensihle. Le duc de Nemours après avoir reçu les aei)(ian( (|ue le dernier bataillon des troupes du Carrousel défilait par le jardin et par le (piai. \X\. I.a duchesse se mil en niaiclu'. elle tenait par la inuin le comte de Paris son lils aîné, le due de Chartres son antre eidaiil était poite dans les hras d'un aide de eani|). Le duc de Nemours prêt à tous les sacriiices pour sau\er sa belle-sœur et la royauté de son pupille, marc liait à côté de la |)rin- cesse. M. Dnpin s'entretenait avec elle de l'antre côti". Quelijues olliciers de la maison suivaient en silence. Un valet de cliand)re nonuné Hubert atta- che an\ enfants était toute rescortc de cotte re- j^ence. ce rei;ne n'a\ait a parcourii' a\ant de s'en- gloutir avec le tr6ne que l'espace de ce jardin des rois an Palais de la représentation. A peine la |)rincesse était-elle aux deux tiers du jardin (ju'une colonne de républicains (pii condjat- tait depuis la veille en se grossissant et en se rap- |)rocliant toujours, entrait malgré les troupes dans le palais, inondait les salles, balayait les traces de la ro\aule, pioclamait la icpublicpie , enle\ait le drapeau cpii servait de dais au trône, et ne faisant ipi une courte halle dans le palais emporte, se re- if.t m Vdi.rrinN dk ixih. lormiiil îuissitAl |i()iir iiianlKT sur In (!li;imliro des (Irpiilrs sur Ifs jKis de la rcijrnUv (i'claiJ la rcildiine ( otiiiiiaïuliM' par \o capilaiiH* Dumovim', qui so niul- li|)iia dans rcltr journéo. Li\ TiK ()r\TriH:>iK. I. Hcinoiiloiis (le (jiiolqups instnnls lo cours ra])i(l(î cl iiuillipU^ lies cNciiciiiciils, cl laconloiis ce qui se. pass noms et sur les projets des iiiinislres imposes au roi par une sédition pro- loMiree. \ dix heures et deniie cependant un de ses amis accourut lui annoncer (pie l'on red(»utait une in\asioii du peuple a la (lliambre t\i'> depulj's. Lamartine se Ie\a à cette; nouvelle, i)ien (piil crut |M 11 à une telli' impuissance des cin(|uante mille hommes (le troupes (|u'on croyait concentrc's dans Paris. Mais le dani;er (pidn pou\ait prcMiii poui" ses collèijiies lui faisait un (h^voir de le partauer. La popularité d'estime doni il jouissait dans la (]haml)i"e l't au deliors pouxail rendre sa |)resence utile et son inter\(Mition |)rotectri(T pour la \ ie des citoyens ou des de|)utes. La qut^slion politi(jue lui sendtlait \ idée pour le moment. Il sortit par instinct d'honneur et non par la politi(pi(\ Il cro\ait la crise dénouée, k La journée d'hier a été un (« 20 juin, dit-il eu sortant. Klle j)n''saG;e certaine- (f ment un 10 aoAt. une rovaute désarmée (jui (( capitule .-DUS le leu n t'.>t plus une royauté, le '< 10 août est sur nos pas, mais il est loin encore. » Il se rendit seid à |)ied a la Chambre des dt'-- putes. lui ciel |(;i> et sond>re perc(3 de temps en l.l\ UK (,11 Al UN. Ml.. 4r»7 Icmps iiiiiiilr;ni\ lilaïK's, la ln'ide sur le (dii tfiidii (le leiii> clicNaiix (Mcupaieiit eu pilil iminhic Us eii\iiiiii> de la (iliaiidire. Ils le laissèrei»! passer. Kii Innersaiil la place; du l'alais de 1 Assemble'»» il t'iileudil le louleineut d'une Noiluie, eUlescrisde (( \i\e Maiint, \i\e la icroiuu' », lui firent détourner la iT'le. il >"aii(Ma. une ealèelif de plact; dislocjue*; ri houeuse tiaînee avec peine par deuv clieNauv harassis du poids, passa (le\aiit lui. il reconnut sur le siéi;e à eolé du cocher M. Paiinerre picsident du couiile de ro|)posilion de Paris, derrière la \oi- lure deux ou tiois citoyens bien vôtus aiiitaienl leur chapeau e( leur uiouclir)ir et iaisaicint siirno aux passants que tout était calme. Un petit groujxî de peuple composé surtout déjeunes gens <'t «l'en- fants suivait les roues eu |)(iussant des cris de joie. Au fond de la \oiture la liiiure pensi\(' et pAle de M. Odilon Barrot lemoifj;nai( île l'agitation de ses pensées et de l'insomnie de sa nuit, il se ren- dait couraueusement à son poste au ministère i\o. linterieur, incertain s'il \ était sui\i par la paci- lication ou par te soulèvemeiil de la multiknb'. Il savait le roi en tuile et le palais forcé, mais il pour- .>m\iUl >on ileNuii >an> rej^aider derrière Un. une 458 HKYOIITION l>l-: «s 18. pan'illc luniro niclicU^ liit'ii liiii:iiil dan^' son (' opiiii(»ns r<'pul)li('ain(.*s coi- respouciaiiles à celles du lounial If ^dliaiial. M. de l^niartiue n'avait jamais l'.u de relations avec ce journal. Tinjustice de ses rédacteurs à son éij;ard ressend)lait souvent à unc^ sourde liostililc. le Aa- //o/ la (iliaiiihir. (Juanl aux joiirnnlislcs de la Hrfonne , Lainar- lino n«^ les connaissait (|n*' |)ar les dôniiîrenionts cl lt>s IravpsfissonKMits (|U«' rc journal plus fraiir do Ion , mais excessif el acerbe d'opinions, fai- sait (!»' -t'< discours. Il a\ait eu seulerueni Poc- casion de voir cinq ou six fois son collèu'ue à la (Ihand)re M. i.cdru-Hollin, rins|)iraleur et Ihonime |)oliti(pie de ce journal. Os rapports elraniiers à la politi(jue ne l'aN aient rapproché sur aucun j)oiul do l'esprit de la Réforme, il avait refusé de s'asso- ci«'r aux haurpicts de Dijon cl Ar (!liàlon.-> présides par M. lA'dru-Hollin et |)ar M. Flocon. Il avait l)lànié énergiqiiemenl dans le journal de sou dépar- tement les sicnes néfastes, les appellations pos- ihiunes, les jiaroles acerbes de ces ban(juets. il n"a\ait loué dans le parti de la Réforme (jue la fran- chise de roj)|)osition et le talent, il avait rompu d'avance avec les doctrines. III. \je î?roup«* de républicains tjui entoura Lauiar- tine à son entrée dans les couloirs de la (llwunbre, liu demanda un entretien secret et uri:ent dans une salle écartée du palais. M. dr l.amailinc l»*s LIVRE 01' A TU II: ME. |f,| y COnduisil. On Ifiin;! Ir> portes, hi |ilii|);irl d.- ces hoiiiiins ne lui ctaicnl coiiims (|U(' de \i«.;ii:t'. l/im d'eux piil la parole an nom de tous. « L'Iu'ure presse, dit-il, lesévéuemenls sont suspen- « dus sur rinconiui. nous sommes n'piihlicaiiis. « nos convictions, nos jx-nsees, nos \ les sont de- i< vouées a la repul)li(pi('. (]e ne-l |)a> an moment » où nos amis xerscnt leur sani» (le|)uis trois jours « pour cette ciuise commune au peuple et à nous « que nous la désiivoueHons. elle sera toujours M l'Ame de nos Ames, le hut su{)rème de nos espé- (' rances, la tendance obstinée de nos actes et de « nos écrits, en un mot nous ne lahandonnerons « jamais, mais nous |)ouvons l'ajourner et la sus- c< pendre devant des intérêts supérieurs à nos yeux M à la république niéme, les intérêts de la patrie. « La France est-elle mure pour cette forme de « gouvernement? l'accepterait-elle .sans résistance? «ou s'y plierait-elle sans violence? I^n un mot, « n'y a-t-il j)as plus de dani^er peut-être à la lancer K lui faisant désirer avec plus de « passion? Voilà Tetat de nos esprits, \oila nos u scrupules. icsoKons-les. Non?, ne \ousconnais- « sons pa>, nous ne vous flattons pas, mais nous «vous estimons. Le peuple invoque \otn' nom. « Il a confiance en nous, vous êtes à nos veu\ '• Il ir,2 Rr-VOLITION \)V. 18 48. u l'homino dv la circonslami*. O (jur nous direz « sera «lit. vous noikIioz sera lail. Le n'iîhft « ili- I.oiii- IMiilippp, (»sl l'mi. aucune rrcoiicilialion u n'est possihii' rutn* lui cl uous. Mais \\\w couli- u luialion (lo royauté lonijMJraire sous le nom d'uu ciilanl. sous la main laihl»^ dune fouunc, cl sous (( la dircclion d'un ministre |)()|)idair<;, mandataire u du pcuiile, cher au\ républicains, peut-oile « flore, la crise , et inilior la nation à la n'pu- u bliquo sous lo vain nom do monarchie? Voulez- H vous èUo le minisire? le tulour de la royauté (f mourante et de la liberté naissante, en ^'0u\er- (c nant relie femme, cet enfant, ce peuple? Le parti « républicain se donn(^ aiilhenlicpiemenl à vous « par nos \(>i\. Nous sonunes prêts à prendre (( reuiiagement formel de vous jmrter au pou- « voir par la main désormais in\ incible de la n- '< \olulion (pn .-ronde à ces portes, de vous y u soutenir, de vou> s perpétuer par nos voles, par « nos journaux, par nos sociétés secrètes, par nos (( forces disci|)Iinees dans le fond du peuple. Voire (( cause sera la notre. Miiuslre dune régence pour a la France, et pour rLur()|)e, \ous serez le mi- « nisire de la \raie répuhli(pie |)<»ur nous. » IV. L'oratem- enui et conscien .-es uiain>. d in\o(pia luenlaleiuenl les inspiration.'» de celui (|ui seul uc se trompe pas. il rellechit presijuo sans re>- pirer ein(| ou six niituiles. Les républicains étaient re-sle> debout en lace de lui et j^ioupes autour de, la table. Lamartine écarta eidin ses mains, rele\a sa tét(^ et leur ilit : « Messieurs, nos situations, nos antéeéiients, sont t( bien dilVerents, et nos rôles ici sont bien etrani^es. « Vous êtes (Tanciens républicains à tout pri\. .le « ne suis |)as républicain, de cette race, moi. i'^l « cependant c'est moi ipn \ais èlre en ce moment «plus républicain que sous. Enteudous-noii>. .le « rejî;ar(ie comme vous liî liouvernement repidjli- o cain, c'est-à-dire le gouvernement des peuples « par l(îui- pro|)re raisoîi (>f par leur propic \olonfe, « commis le seid but et la seule lin des grandes •< civilisations, connue le seul instrument de Tavé- « nement des grandes vérités générales qu'un « peujde veut inau.uuicr dans ses htis. Les autres o gouvernements sont i\i'> tulèles, dc> a\eu\ de. M l'éternelle minoiite des peuples, des imperféc- « lions d(;vanl la pliilosopliie, des humiliations de- % ir.l Kf-.VOLITION DE <8lK. H \;iiit riii-ldiri'. iiiJiis jr n'ai aïK uin- im|)ali«MU'0 « «riKiiiiiiic. xoiilanl iiianlicr plus \il<' (jnc 1»»!^ « i(l('«'>. aucun lanatisinr al»-nlu pour lolle ou tclUî « loiiuc ilo i;()U\«MU»'unMil. tout ce (nw j<' v(Mi\ r'pst :( que ces formes |)r()iiPS5.tMit cl (|u Cllcs se tieiiucul a toujours, non en ;i\anl, ni eu arrière de la tèle a (!(• coloiMïc (lu |)cu|)Ic, mais à la liauttMu- juste des « iM' de eiloxeus a « accuuudt" dis llols d'idées, d iiupaliences ré\(»lu- « tionnaires, de rancunes et de lessenliinents dinis (( la nation (pii demanderont au iiou\eau rei;ne des « satislaelions impossibles, l.a reforme indéfinie (( (|ui triomphe aujourd'hui dan- la lue, ne pourra « se delinir, se limiter, sans rejeter à l'instant dans « l'agression toutes les classes du peu|ile (pii seront « rejolées en dehors de la souveraineté. He|)ul)li- « cains, léiiitiniistes, socialistes, conununisles, ter- « rorisles, séparés de but, s'uniront de colères pour « renverser la faible barrièie (pTun gouvernement u de trêve tentera eu vain de leur opposer. La (( chambre des pairs j)aiticipo à la haine que le (( peuple nourrit contre la cour. La chambre des « députes a perdu toute autorité morale par la « double action de la corruption (pii la décredite « et de la presse qui la depopularise. Les électeurs i< ne sont (pi'une imperceptible olii^archie dans « l'État. L'armée est déconcertée et craint de coiu- (( mettre un parricide, en touinant ses armes contre u les citoyens. La irarde nationale, force impar- u liale, a j)ris parti |ioiu- r()j)position. Le \ieu\ « respect poui le roi ot violé dans les cœuis, par « sotï ob>tinalion et pai- sa d(''laife. De fjuelle foi"ce 466 HKVOI.UTION l)K 4 848. » l'iitoiiivrcz-voiis «loiiiain «r liAiie relevé pour y (( faire asseoir un enfant.* La Refornie? mais elle « n'esl (|u tiii drapeau (pii caclK^ la H('pul)li(iue. Ke « suflVaiîe univei-sel? mais il est une éniiiine d il « contif-nt tin nivstère. D'un mot et d'un çreste il (( eniîloutira •»« nstr de inonarehie, ee fa^t(^nle « d'opposition, ces oinlms de ministres cpii au- « roni cru !(> dominer. Son second mol poiura être a nK)narclueou empire, son |)remiei- mot sera repu- « l>li(|ue. Vous n'aurez fait (pie lui |)réparei une « proie royale à dévorer. Qui soutiendra la reiîencc? «« Sera-re la irrande propriété.* mais elle ap|)artit de la j)i()- u priété, ce cauchemar des utopistes, deviendra la (r réalité momentanée de la |)atrie. Pour avoir u voulu arnMer une femme et un enfant sur la pente « d'un detrùnement paciii(iue, vous ferez rouler la K.H HKVOLUTIUN I)K IK48. « Kniiu'c. la proprictc , la laiiiillt' dans un abimc « (raiiarcliie et de sang. » Lt's \ is«iîj;<'S |iar;ussai(Mif (Mims. I.ainarlinc ron- tiiiiia. (< 'Juaiil à moi je \(MS trop claircnieiit la série « (le calaslroplu's «onîjocutives (jue je |)n'parorais u à moi) |)a\s pour essayer d'arrôler ravalauche (( (111111' KNoliilioii pareille sur une pente ou au- M eune force dynasti(pie ne pourra la retenir sans « accumuler sa masse, son poids, les ruines de sa « chute. Il n'y a, je \ous le répèle, (jirune seule « force capable de préserver le peuple des dahijers « qu'une révolution dans de telles conditions « sociales, va lui faire courir, c'est la force du « jH'uple lui-même, c'est la liberté tout entière. « c'est le sulTraiie, la \olonle, la raison, l'intérêt, « la main . larme de tous! c'est la rejiublique! {( Oui c'(^st la républi(jU(\ continua-t-il av(^c un « accent d'intime conviction, (|iii peut seule au- a jourd'hui vous sauver de l'anarchie, de la jjuerre « civile, de la i^uerre étranijère, de la spoliation, (( de l'ei haulaud , de la décimation de la pro- « priélé, du bouleversement de la société, et de « l'invasion ctranj^ère. Le remède est héroïque, « je le sais, mais à des crises de temps et d'idées I l\ IU-: Ol ATIUKMI'; 169 « COUIIIK' C't'Ilt'S ou nous \ i\ , il UN .1 (le [ )( )|il i( jUC u cllicaci' (|u'uiu' i)()liti()U(* iiiiiiulc et ;uiilaci«'us(5 « connu»' la crise t'Ilc-inriuc. Kn doiniant dcniain la u i-L'|)ubli(|U(' par son nom, au |)i'U|ilc. \()u> le « (lésarinc/ à l'inslanf du mol (jui Tai^ilc. Oue « dis-jt'.' \ou«« cliaiii:»'/ a rin>lanl sa colt'ii' en «joie, sa l'uicur en cntliousiasmc. Tout ce (|iii a a lo seiitiineid irpnhiiiain dans le comu', tout cr u (jui a If rùve de rt'|)ul)li(|n(' dans riniai:ina(ion , M tout ce (jui rci^relle, loni ce qui aspire, tout C(3 t( (jui |•ai^onne. loul ce (jui \ù\c en France, rejui- « blicains îles sociétés secrètes, rej)ul)licains mi- (( lilanls, re|)nblicains sjjécuiatifs, |)euj)le, Iriimns, « jeunesse, écoles, journalistes, hommes do main, « liommes de pensée, ne poussent qu'un cri, se ran- « gent autour do leur drapeau, s'arment j)our le de- « fendre, se rallient confusément d'abord, en ordre a ensuite, pour protéger le gouvernement et pour « préserver la société elle-même derrière ce gouver- « nement de tous. Force sujjrème (jui peut aN oir ses « agitations, jamais ses detr(inements ou ses écrou- i< lements; car C(^ gouveinemenl porte sur le fond « même de la nation, il fait seul a|)i)el à tous. M Lui seul peut se conserseï', lui seul peut se mo- (( dérer, lui seul |)eut apporter |)ar la voix et par t< la main de Ions, la raison, la xolonic, les suf- « liages ni'cessaires, et les aimes j)()ur sau\er K non-seulement la nation de la servitude, mais la no Hl.SULL IIUN l)L <84S. a socioU», la famille, la propriclf, la imnalc, mc- « na(MM»s |)ar \o (alaclysiiic ilidrt's (|ui reriiiciitoiil H sous les IoiuUmiu'uIs de ir(M- pour une « demi-révolution, je ne conspire pour aucune. « mais s'il doit y en avoir une je l'accepterai tout « entière, et je me déciderai pour la républiciue! » « Mais, ajouta-t-il en se levant, j'espere en«ore « {\\\o. Dieu e|)aru;nera cette crise à mon pays, car « j'accepte les révolutions, mais je ne les fais pas. « Pour prendre la responsabilité d'un peuple, il (( faut être un scélérat, un fou, ou un Dieu. » « Lamariine a raison s'ôcria un des inlerlocu- « Unirs. Plus impartial (pu* nous il a cependant u plus de foi dans nos idées cpiu nous-mêmes. ' i.iN m: orATiUKMK. i7i H Nous soiiuiM'S coiuaimus, s'ôciionMil-ils lous. ,« — S('|>iii(tiis-ii(»iis, cl lijilcs, iijoiili'icnl-ils ni tt s'ailri'ssuul u l,;iiiiiirliiif, ci- (|ti(' les (•iri()ii>laii(Cï> ef vous iiisj)ir(»n)nl de mieux. >■ \ I l'ciuliinl (|uo. ceci so passait dans un des bureaux «If la (ihaudd'c, une scèiie analoiïuc^so passait dans un bnirau \()i>in. •L'n jeuiu' iiuinnic accieilili' mal:;!».' ses annces parmi les républicains plus avancés en âge, y\. Kmmanuel Arairo iiis de I illustre citoyen qui axait créé ce nom, s'elTonail d'entraîner M. Odilon Barrot au parti de la iépubli(iue. .M. Knnnanuel Aratîo sorti (piebpies moments avant du bureau du Afl//o/?fl/ où il avait harangué le peuple par une fenêtre, a\ait entraîné par son nom et par sa \oi\ des ijroupes de combattants sur la place (le la Concorde, arrêté à l'issue de la rue l{i)\ale par des masses de troupes (jui stationnaient sur cette place il avait demandé à parler au général Bedeau. Le général était accouru au galop et l'avait laissé passer comme un parlementaire du peuple venant apporter à la (;hand)re des conseils et ih'r^ informations propres à susjK'udre la lutte. M. Kmn»a- imel Ara.uo pailementail en effet avec des dej)utes I7i Kl. \ OLM ilt.N l)i: IsiH. (Ir loul<' iin.'iiicc dans ce l)iir('aii loixiuc M. Odilnii Itaiiol j)mN()(]iU'|)arsesaiiii>\ rcnlra. M. IJiiniaiincI Araijo cl SCS aiiii> rcdaclcurs du journal la llrfonnc ne j)nrcnt cniraînt r M. Odilon llanol. Son opinion |i(iii\ail t'Iic lloltanlc. Son dc\oii- clail précis. Il t'iail niinislir. Ses concessions auraient clé des tra- lii&un>. Il rc-la a\cc (()iirai:c, il cul l'ehxjuencc (lu caiaclcrc. Il v a des Ih)Mimic> (iiii .-c iclouiiicnl et (|ui .mandissent au bord i\o l'abîme. M. lianul lui un d(> ((^s lionHiK^s. il cul le déses|)oir liéroï(|ue el des accents dii;nes(le lanticpiilé. Kaniaitine après a\ oir (juitte les républicains (pii venaient de rcntourer reidra dans la Cliaiid)re. Ml. Les tribunes étaient pleines et mornes, les bancs i\c la salle peu ;«'arnis de députés. Les physio- nomies ptiles el alïaissces révélaient les iusonuiies i\r la dernière nuit, les présages du jour. Les députes chassés à chacjuc instant de leur banc par laiiitalion inteiicurcde leur pensée, causaient à voi\ basse, lançant sur les députes d'opinion contraire des regards scrutateurs, ou cherchait à lire sur le xisage des mend)res de roi)i)<>siti(in le dcsiiu de la journée. Ouchpies-uns allaicut aux iulormations dans les couhjirs, d'autres montai(Mil sur la jdale- loriuc du |)eristyle, pour contemjjler de plus haut i.iVHK ur\THii:Mi:. n% les iiiouNi'mont- iiiinltlIiuiliN's ilti pcnpli» et ilrs Iroupt'S sni' lii place "le la Cniieoiili'. j).- niiinilt; en iniiuil»' les (leloiialions loiiilaiiies, «les lusillades faisaieiil iVeiiiir les \itres «lu dùme el pàlii \r> feimiies dans les triitnnes. I.ainai liiie s'assit seul à son banc ileseit. Il irechanuea nii niot avec ancim de ses eollègues pendant los doux heuies de eette séance. Sa erainte était muette eoniine son espé- rance, ou jdutnl il ne >a\ail pas s'il erai.^nail ou s'il espérait, il sattri>tail. Les révolutions sont îles sphinx. Elles ont un mot (pi'on ntî leui- demande pas sans terreui'. VllI. M. Tliiers parut un moment dans la salle (pii précède, l'enceinte, la tète nue, le visaee boule- versé par le contre-coup des scènes dont il vient d'être l'acteur ou le témoin au départ ilu roi. Les «leputés monaicliiques se trroupent autour de lui, et le pressent d'inlerroiïations. 11 s'incline comme sous le poids de la destinée, i)uis se redressant, et élevant son chapeau de sa main droite au-dessus de .>a tète a\ec le geste d'un pilote en perdition. « La marée monte, monte, s'écrie-t-il, » et il se per- dit dans la foule. (!e mot consterna ceux (pii reii- lendirent. Celait le cri de la détresse (jui s'ahime dans la résignation. 174 lU'VOLUTION 1>F 1848. \r. rnr les traits l«' jin^hSPntimcnt dr la st'anro, la Iristosstî des IniuMailles do la dynastie. Pas un seul ministre aux bancs dn irons crncnienl. ( >ii \ (»\ail rintcrrètino parloul. les ynx de la (iliam- bre rlicrchaicnt nn honuiu* à inlcrro^'cr, nn ^iiiua do j)«)nv<)ir à environner. Le silence retenait. Ln jenne depntc, M. Lallitle, nom fatal an\ trônes, monte à la ItilMinc. Il s'adresse à tous les partis, à l'opposition suiIomI, irenriciise puiscpi'elle est trioni|)lianti'. ri demande (pie la cliambre préoccu|)ee du salut commiiM se tieclare en permanence. C'est le siiçnal des moments extrc^mes. La chambre à l'iinanimilr'' ado|)le celte motion. Mais les (le|)utes monarclii- (pios se bornent à celte mesure. Aucune initiati\o cnt'r.ui(pie ne part de leurs rangs. L'heure est perdue dans iiiH' \aine attent(;. Cependant un odicier en unilornie est introduit prccipitannnenl dans la salle. Il monte l'escalier de la tribune et j)arle à r(treille de M. San/.et. M. Sauzet se lève, iiivotpie le silence, il annonce d une \oi\ ferme mais cmue, que madame la duchesse d Or- léans et ses enfants vont entrer dans la salle. L'an- nonce d*^ l'ai ri\ee de la princesse aiïite sans étonner. On presaueail l'abdicatioii. On s'allendail à la pro- i.ivuK uuATiUKMi:. r,r^ el«iniation <\i' In rcj-'cncc (h» iiiixnait la fuiU' ihi roi. Oïl IniiiNJiil naturel (|in' la |)rincoss(Mu^n» du jouno roi NÎul prcsculcr son lils a ra(lo|»tion du pas s |iar la ciiaiiiltii* (l. I.cs hoinincs do service raniicnl deux chaises et un l'auleuil au pied de la liibuuc en lace de ^Ass('I^l)le(^ lii i«'si>('(iu('U\ silence s'établit sur tous le> hancs. Les députes descendent d«'S hauteurs de la salle j)()ur se rappro- cher de la sceni;. Les spectateurs dans les trihunes se penclienl le corps en avant, li!s \i^al;es tendus vers les portes. L'attitude universelle est pleine do la décence du lieu el de l'anxiété du spectacle. IX. La lari^e porte (jui s'ouvre en face de la li ihune a la hauteur des hancs les plus élevés de la salle, s'ouvre. Une feninie parait, c'est la duchesse d'Or- léans. Elle est vêtue de tieuil. Son Noile r«'le\é à demi sur son cha[)eau laisse conti'inpler son \ isa.ue empreint d une émotion oi d une tristesse qui (MI relèvent la jeunesse el la beauté. Ses joues pâles sont tracées des larmes de la veuve, et des anxiétés de la mère. Il est impossible à un regard d'homme de se reposer sur ces traits, sans attendrissement. Tout ressentiment contre la monaichie s'é\apore de rame, les yeu\ bleus de la princesse errent dans l'espace dont ils sont un niouK/nt éblouis, comme I7(i HKVOI.nioN DK IH4H. |)(»m y (IcMiiaiitlt'i" st'toms ,t (oiis les rcijards. Sa taitlt! IriMe ol élanréo s'iiicliiif au hniit des applaii- ili^sPiiuMit^ rjui l'acciKMlli'iil. l III' l('ir("'ir roiii:»'!!!', liKMii" (l'('>|K'raii(r (liiii> la cliiilr l't (le \(no dans le. (Iriiil colore ses joues. Son sourire do reroniiais- sance cclalo sous les larmes. On \oit (|u'('llo se sent entonréc d'amis. Klle lient de la main droite le jcMine roi «lui lichuelie sur les marelu^s, et de la main iiaucho so!i aiilic lils le petit due de Chartres. IJi- fanls |)our (|ui leur eatastrojihe est un -pectaele. Ils sont tous (leu\ n ètu> dune \ este courtr de drap noir. Une collerette blanche retond)»', de leur cou. «»ur leurs V(Memenls. portraits de Wandiek vivants et sortis de la toile des eid'ants de (iharles V . I.e due de Nemours marche à côte de la duchesse d'Orléans, lidèle a la mémoire de son frère dans ses n«'\eu\. Protecteur ipii aina bientôt besoin d\Hre |>i()le:.:e lui-MKMiie. I,a lip;ure de ce prince, ennoblir par le niallieur, res|iire la satisfaction courageus(î mais modeste d'un de\oir accom|)li au |)eril (le son ambition cl de ses jours. Oiiehpios ^'(•neraiiv en uniforme, des otliciers de la i;arde nationale descendent sur la trace de la princesse. Kllc salue a\ec une i.,'ràcc limid(( IWssemblee. im- mobile, elle s'asseoit (Mitre ses deux enfant» au |>ied de la tiibun(% innocente accusée de\anl un tribunal sans apjiel (pu \ ient entendre plaider la cause de la rovaule. Dans ce moment cette cause LIVHK UlATIMKMK. 177 ôtait tjauiu't' iliiii> If^ mux iI ^\,^\\> les (•(i'iii> (le tous. La nalurc trioiiniliti.i loujoiirs ilc hi |)(ilili([U(î dans uni' as>('nil)lt'(' (l'Iinninies cmiis j)ar 1rs trois |)liis L'iaiidcs Inicfs il»' la fciiinu' >iii' If cdMir Ini- inaiii : la jriiiicsM'. la malcrnilc. l'I la pilic. Ou soinblf allcntirc uni' parole, l.a tribune dos orateurs est \i(le. Qui oserait parler en lace d'un par«'il speetaele? On laisse pailer la scène oilo- iiièuie. On se recueille dans son émotion. Cependant I heure |)iet iuaii([ué. Un cri de l'àinc, un geste militaire de M. I.acrosse, auraient entraîné rAssomblée. l'n i,'rand orateur la .^lace. Tout est dans riieure. Ce n'«'tni( pas l'heure de M. hnpin. C'était celle d'un seutinieid inculte mais cominuni- calif. Lacrosse avait ce sentiment dans le cœur et l'aurait trouve dans la voix. M. Diipin le sentait lui-même et il avait l'inslincl du silence. « Je n'ai pas demande la parole », dit-il a\ee etonnement. Mais l'Assendjlee impa- tiente lui montrait du doii:! la trihune. Il y monte. (c Messieurs dit-il d un lun ou l'on sentait trem- « hier la monarchie dans sa voix : vous connaissez « la situation de la capitale, les manifestations (|ui u ont eu lieu, l'aies ont eu pour résultat l'abdication « de sa majesté Louis Philippe (pii a déclare (pi il « déposait le pou\(>iret (pi il le laissait à sa libre (( transmission >iii la tète du comte de Paris avec <( la iH'j^ence de madame la duchesse d'UrU'ans. » Les amis de la dsiiastie se hâtent d'applaudir, comme pour saisir d'un premier mouvement de mii- prise , ( cite R'i;ence <|ue la discussion peut leiii euleser. ils feiijnent de prendre jiour iiiXizc d'une I l\ UK yLATHIKMK. <79 nous dit' iMuiiai'iiiit; iiiaii.miico 1rs cris do ixs|)('('- turu\ iitl(Mi(lriss('iiu>nl ([tii ^aliiciil un mlanl (-( iiiie feinniu dos noms do ro.iîoiilc cl de loi. .M. I)u|)iii voul oiirogislior (os cris sur la Uibime uiùujo, t'oinnu' pour les roiuire irrévotublos. « Me*;- H sieurs, dit-il, cos acclaiiialions si nnMio< nom » lo itouNoau roi ol pour uiadainc la ro^oiito, ii*- u sunl pas ios prouiiôres (jui laionl saluée. Kilo a - travorso à jiiod les Puilorios o( la plac»^ de la (](ui- « l'ordo, oscorU'O par lo peuple, par la ,i,'ardi' iia- u tioiiale, expriiiiaut eovœu. (ioiuine il est au fond " de son oceur do n'adniinistior rares icpoudeiil a ces j)ar()les. I/eidhousiasme n'a cpi un eelair eouune la loiidre. si on se relève, on y a éeha|)pé, M. Sau/el essaie do le ressaisir, (f >fessi(uns, i. dit-il , a son tour, il me seudile que la (lliandtre, 'f par SOS aeclamations unanimes » On ne le laisse, pas aeluner. Un bruit imisilé éclate à la porte de gauche au pied de la tribune. des inconnus, des icardes nationaux o.n armes, des hommes du peuple on costunios de travail eidon- (eut la |)orte, coudoient les huissiers ftroupés aii pied de l;i Irdiuue, eu\ahissenl a demi riii'mie\cle! 180 n^^vnî,^TI(>^ ni- uis. et iii(('!|>('ll«MU (le sonrdfS vocifrijitioiis le duc de Nemours. Ou('l(|iii's d('|»iil»'S se |»i('( ipilciil aii-(l('\;iiil d'eux \U)\\v l'aire un rempail ilc Irm corps à l.i pi iiise. .M. .M.iuuuiii (iiliiif t'I la It'tr liaiili' les n'Cdiilr du î^este el de la poitriue. L(> i:euei-al Oudiuot leur parle avec uue colère uiartiale. Il lia\erse eusuilo cette joule poiu' aller iii\o(piei daus la c(^ur l'appui delà i^'arde uationale. Il rap|>ellc riuviola- liilile de rasseud)lee cl le resjX'cl dû a une |iiiu- cesse et il une l'eiuiue , sous les baioinielles tiaii- raises. Los t^ardes ualionaux recouteni, l'eiiiueut do ressentir sou indimialiou, mais preiuieiil len!(>mont leurs armes cl liuisseut par temporiser avec Téve- iiemenl. Oudiuot indique iculre daus la salle. Ses opi- iii(Mis de députe iuceilaiues euveis la duiaslie, ue sont plus (pie. daus son cœur. Iioiuiuo et soldai , il lioiidil devant l'insulte à uue renime. I.a séance iiitei rompiuî par celle demi-invasion du peuple reprend. Les députes se soulèvent C(Uitre l'insinuation du président tater i'acelamation de (piehjues-uns , comnu^ li' \<>te do tous, ils se j)ressent pour protester au\ pitMis des deux escali(!rs de la tribune. .M. Marie orateur im|>osaut et (aime, d'une opposition sévère mais modérée, paiMciit a y monter, d'autres lui dis- pulenl l espace de son ij;este cl le Imiil de sa \oix. i.i\ IU-; (,(1 Al Kl) \ii:. <«i Il crijise les bras sui' sii iioilriiic cl Mitcnd xm droil. l/c'sliiiic (jui cnloiiit' son cjnacliTc nMl<»ul»l»' l'iii- fliUMUM» (le ses discoiiis. Sa taille élevée, ses Irails aeceiitiH's (|U«ii(iin' brefs. im|>riiiienl à sa personne (|uel(|ue chose de trai:i(|ue (|ui lappelle le buste lo- inain. Il eontenipl»' l'oraj^e sans lui céder, mais >an-' le \ainere. Lamartine sent que la di'liln'ralion \a perdre de Sii liberté si on discute la régence au-dessus de |;i léte de la n'\irenle et de ses enlants. Il a eut sau\er à la l'ois l'esprit do l'assemblcM^ de l'oppression d iiii sentiment et la duchesse de la j)i()ranation de son malheui-. Il se lève de son banc et s'adressant à M. Sauzet. « Je demande, dit-il, à >I. le prési- « dent de suspendre la séance par le double niolil M du respect dû à la repijsentation nationale et du « respect dû à l'auf^'uste piincesse qui est ici devant « nous. » XI. Le président obéit à ce conseil (pii rend a la lois la diirnité nu vote, la d(''eence au rani;, au sexe, au malheur. .Madame la «luchesse d'Oileans hésite à se retirer. Elle send)le pressenlii- (pie sa présence est le seul tîajLTC (pii reste au rétablissement de la loyaidé. Le général Oudinot s'élance à la tribune pour ralen- tir le départ de la princesse ou pour l'honorer d'un <«i HKVDLUTION DK 4Kt8. (U'micr siiliit. n On lail i\\)\uA n tous les sciili- « nnMilsf;('n('nMi\,(lil 1«> bniNo soldai. l.a princesse, « ou vous la ilil, a travorsc los Tuileries et la place « (!«' la (lonconlo, seule, à pied, avec sos enfants « au milieu des acclamalions pul)li(|ues. Si elie.j.- « sire se nMirer, (jne les jxnles lui soient ou\erU's, « (jiie nos rospeels renlourent , comme eli(> «-lail « cnlomve loul à llieim' des respccls i\v la \ille de « Paris. » Aucune n«clamali(Mi ne se laisanl entendre eontr»'. le de|)art de la princesse, mali;n'> les habiles allu- sions de roraleui' à l'amour du ptMipIc^ : (c Accom- paiiiions-la où elle \eul allei-, reprend-il. » La i)riiHL'S>e n'axait (jua dire : Je \('u\ aller aux Tuileries; la Cliamhreen niasse, le peuple einu du spectacle l'y aurait lamenée du mc^me Ilot (pu ^enait de Vvi\ cliasser. l'ilie nOsa interrompre. Oudinot semblait al- lendr»' ce tnot. Son épée, sans doul<\ aurait cou- \ert la \euve et les eidants. « Si elle demande à « rester dans cett(^ enceinte, (pi'elle. reste, pour- « suivit-il , (pi'fdle reste et elle aura raison, ajouta- (' l-il avec un accent (pu send>lait clouer la |)rin- « cesse à sa place, car elle y sera protégée par notre, « dévouement. » XII. Mai-^ le tuiiinlle grossissant aux ileii\ poite- et ^^^r I.IVIIK OL'ATinKMK. «M3 ail |>i(Ml de la trilnmc, la (luclicsso n,»s|HM-lu('US«*- iiiL'iil cntraiiKV par les oni<'i(M"S de sa siiili' . j»ai le (lue de Neiuours cl par lo dcpiiU's du («'iilrt', (|iiiltc sa place, monte les i;5radinsparl('S(iin'ls ('lit' esl desciMuluo tout à riipuip, ot s'asseoit sur un de ces derniers bancs en laee di- la lril)une. l'n i,M()up(^ de dt'putés debout la protéine. Des rumeurs croissantes vieniu'iil du dehors s'entroulTrer dans reneeinic. M. Marie brave la |)resenc<^ de rauirusle cliente d(^ rAsseiublée. « Messieurs, dit- il , dans la silualiou où est (« Paris NOUS n'avez pas une heun^ à |)erdre \um\- a prendre des mesures ipii puissent avoir aul(jrilé « sur la population. Depuis ce matin le mal a u fait d'immenses progrès, quel parti prendre.* « On xicnt de proclamer la régence de madame la « duchesse d'Orléans ; mais vous avez une loi (|ui « nomme régent M. !<' duc de Nemours. Vous ne « pouvez pas aujourd'hui faire une régence. Il faut « que vous obéissiez à la loi. Ce[)endant il faut « aviser. Il faut à la télé de la capitale conmie la « tête de tout le royaume, d'abord un gouverne- t( ment imposant. Jf demander qu'un gouvernement « provisoire soit institué. » Pas un murmure ne s'élève à ce mol décisif. Tout règne, tout(» n'agence sont déjà écroulés dans les esprits. Les amis complaisants de la régence du tils aîné du roi, consternes maintenant, sentent ««4 KKVOLiriDN DK I8i8. (]iielio fiiulo ils ont fHite en violiint la loi de la nalmc i|iii noininait la duchosse d'Orh-ans. Il n'y aurait pas aujourd'hui un vide à coinl>l(>r par uiiu loi iiouvello , une constitution à \iolor, un inler- \all«Mle temps nccessidiT pour drfaire cette loi et pour la refaire, une monarchie à jeter au ^'oulïrc a\< a I fiai |)o)>iiluiri% en so rrlciianl l(jiij«)iiis ati InNne. Il faiil qu'il clioisisse. cctlo lieuro rmimo ot iiitr'rntir»' sa \ie. Klle lui dcinandt^ iinj)it()yahl«Miu'nt le (lernier mot iju't'llc a (Icniandi' en is;i() à I.a- faNcUe à rHolel de Ville. M. Hanoi esl le LaiaNetle des oraleiirs. La re|>ul)li(|ue ou la iiioiiareliie sont >ii>|)cndues a ses lèvres. « Jamais, dil-il , nous u'aNOiis eu pitis hesoiii di- « «uiji-lioid ri de prudence. l*uissie/-vous èlre (« lous unis ilan> un ini^me senlimenl, eelui de sau- i< \vi le paNS du plus deleslable des llean\ , la « guerre civile! Les ualions ne muurenl pas! mais « eJles peuvent s'affaiblir dans les dissensions inles- " lines, el januiis la Fraïue n'eut plus besoin de « toute sa ijrandeur et de toute sa force! Notre de- « voir est tout tracé. Il a lieureusenient cette sim- « plieité qui saisit toute une nation. Il s'adresse à a ce qu'elle a de plus généreux et de plus intime, « son courage el son honneur. La couronm; de « Juillet repose sur la tète dun enfant et iluno « femme. » Le centre de l'assemblée où siègent les amis de la dynastie, salue de nuu\eau ces paroles de Ik - nétiques applaudissements. Là où penche la popu- larité de -M. liarrot, ils croient voir pencher Ui destin. La duchesse elle-même par un innueux in- stinct de reconnaissance se lève et salue la tribune. Chacun de ses gestes imprinn^ un mou\ement de I^» HK\ lil.l I ION l»L «S4H. ciiriositr ««l une oxprossion (!»• ttMnlrc intnvt im\ ;il- liliidcscl ;m\ > isjiiH's. KII»' sr mssroil. Lo jeune roi se lève an siiinc •!•' I;i |)rin(M>i}Mî et snliie il son Imii (imin (|iii ont n|)|)l;iii(li >:i inere. Ia* (lue (le Nemours pjirle ;i l'oreille «le In ducliesse. Klle se relcNj» (ietnouNeiin -.wor une tiinidih* jilus \isil)l(>. Kll*> lient un |);i|)ier dans sa main. Klle l'aiiilc en le montrant au président. L'ne voix fcmi- nine, elaire, vibrante, mais éloiiffée par réniotion soil du irroupe (jiii l'entoure et fait courir iwoc un frisson un leirer tintement -lu' rassend>lée. (^est la iluehesse cpii demand»' a parler aux représentants (le la nation. Qui aurait n'sisti' à eette\oix.' (|ui n'aurait senti tomber sni- son cœur les larmes dont elle eût été sans dout(^ entrecoupée? C'en était fait de la discussion. Le président ne voit pas ce geste, n'entend pas cette voix, ou alTecte de ne pas voir ou de ne pas entendre pour laisser les esprits à M. Barrot. La duchesse interdite et effrayée de son audace se rasseoit. La nature vaincue, reste muette, (pie pourra l'éloquence? M. Harrot re|)rend : » (Test au nom de la liberté (( politi(pie dans notre pays, c'est au nom des ff nécessités de l'ordre surtout, au nom de notre « union et de notre accord dans les circonstances lii> mon |tii\s>\ dcNoiH'ra « a\L'i' i-i)iirai:<'. nuaiil a moi y serai licuiciiv ili; « consanvr mon cxislcnic , loiil ir (jiir j ai ili' <« facultés dans ce iiioiido, à l'aiic Irioniplicr celle « cause qui est celle di' la \iaie libelle dan- mon M pays. « Est-co (jue par hasard, on prelondrail remellm « en (piL'stion ce (lue nou> a\on> décide |)ar la u révolution de juillet. Messieui-s, la circonstance a est dillitile, j'en conviens, mais il \ a dans ce « pays de tels éléments de i^iandeiii , de ijjénéro- « site et de bon sens, que je suis convaincu qu'il « sullit de leur faire appel |)oui- (pu; la population « de Paris se lève autour de cet étendard, il y a là « tous les moyens d'assurer toute la liberté à la- (. (pielle ce pays a le droit de prétendre, de la «< concilier a\ec toutes les nécessités de l'ordre ipii « lui sonl si nécessaires, de rallier t(jutes les forces « NJves de ce pays et de traverser les liçrandes « épreuves qui lui >ont peut-être réservées. Ce de- M voir est simple, trace par l'honneur, par les M véritables intérêts du pas s. Si nous ne savons « pas les remj)lir avec fermeté, persévérance, « courau;e, je ne sais ipielles peuvent en être les « conséquences. Mais soyez con\aincus, comiiK! « je le disais en conuiien(;anl, cpie celui qui a le « courage de preiulre la responsabiliti' d'uiu* iriieire l'jo HftVOLUIlU.N DE «K48. « cixilc, nu sein de nntro noblo Franco , rolui-IA a est coiiiKiblt' ;m |)nMiii«M' cliol, (•<>hii-là Cî^l cii- « luiiu»! rnscrs son i)Jiy8, t^nvn-s la liluMlé de la « France et du niomlr entier. Huant à moi , Mes- « sieurs, je ne puis prendre celte responsabilité. « Li réfîenc»^ do la duchesse d'Orléans, un ministère ce pris dans les opinions les plus éprouvées, vont «• donner plus de «aizes à la liberté: et puisse un « appel au pa\s, ^ Fopinion publiipie. dans loule M sa lilxîrlé se prononcer alors et se ()rononcer a sans s'égarer jusfprà des prétentions rivales de « la guerre civile, se prononcer au nom des inté- u rets du pays et de la vraie liberté. Voil«i mon avis, « Noilà mon oj)inion. J(î ne pourrais pas prendre la « responsabilil»' d'une autre situation. » XV. (le discours expira dans le silence ou dans les murnmres. I.e temps a\ait niarclie pendant (pie l'orateur parlait. M. Barrol était déjà dans le passe. Le |)reseMl n'elail |)lus à lui. L'avenir lui «•chap|)ait. \\. de Larocliejacpielein s'élança a la liibunc Fil> «les licros de la Vendée M. de Laroclieja- (pielein acceptait la lesponsabilile de la cause «-l de la gloire de son père. Mais Vendéen par le clus que nioi, dit-il, en s'inclinant leiière- « ment devant la duchesse d'Orléans, nul plus qu(^ « moi ne lespecte el ne sent plus profondément ce. « qu'il y a de beau dan^ de certaines situations. Je « n'en suis pas à ma première épreuve! Je nv. - \ iens pas éle\er lolicniotit ici des prétentions a conlraiics à celles auxcpu'lles .M. Bariol a fait •< allusion. Non. mais je crois (pie M. lîarrot n a pas \'M Hf:v()i.rTi(»N nr \ais M sorvi comme il auniil \oiilii les sciNir les inUM(Ms u {\u\\ juirait voulu s;iu\ n'êtes (( rien, reprend l'impassible orateur, je ne croyais « pas soide\er tant d'orai^es. Ce n'est i)as moi, (( député, (jui NOUS dirais (pie vous n'existez |)lus « comme députes, je dis (pie la Chamhre iTexi-le .c plus comme » Le peuple se charité d'achever la phrase suspen- due de l'orateur. On entend heurter contre la jiorte de ijaucheau pied de la tribune. Des clicpietis d'ar- mes, d(^s cris, des interpellations, - stMït dans les corridors. I.a salle et les tribunes se le\enl d un seul bond. De-. Iiomme-i li^ bras tendus, des baïonnettes, des m^^ LIVRE Ol^'ATRIF.MF. 11'3 sabros, «les Ik»it«'s de f«M', musée, dont la garde est formée par un pain de munition traversé pai la longue lame, un modèle \i\anl d'ateliers de peintre; d'autres vagabonds signalés aux regards par les lambeaux et par l'etrangelé de leurs cos- tumes et de leurs armes, se placent d'eux-mêmes en tète des gardes nationaux et des cond)attants, comme autant d'éruptions des soulèvements du volcan du peu|)le. Des élèves de l'école polytech- nicpie marchent (>ntre ces honunes et la colonne. Elle s'avance au pas de course. Les avant-|)osles de ligue croisent en vain la baïonnette, les repu- w"^mi^p«rT~wi I.IVRK (,)l AiUlKMK. <9r> |j|i(-itii)s abaissent les armes des soMals, les IVaii- cliisst'nt , apciroixi'iil les voilures de la (our (|iii atteiuleul I.i (hiclicsso aux portes de la eliainlire. Ils craii^iient (jue les su|tpli(ati()ijs (;l le> larnio de l'enHue ne leur enlèvent la révolulioii. Ils s'avancent en tiuiiulte jiis(|u\'i la ^M'ille (pii t'ait l'aee au pont. Le> deuN. nidle hc»lullU'^ en halaill(î cunnuandés par le général Gourmand \os arrêtant sans les repousser. On les raisonne en \ain. Ou l(>s somme de respecte! rinviolaliilile de la représentation, u Kli (juoi ! « repond l'un d'eux, nos pères ont IVanclii lanl de « fois U' seuil de rAsseiublée nationale cl de la « (À)nvenlion, et nous ne franchirions pas \\\ui fois V le seuil «le la corruption des cours? » XVII. Le i^énèral (jourizaud se présente et les liarani^ue. Il s'efforce de temporiser au moins a\ec eux. .Vt- lendez leur dit-il, je vais all«'r nioi-inéme dans la salle et je nous rendrai compte des événements. Pendaid la courte absence du p'ueral, une partie des re|)ublicains î.;ra\it et franchit le iniir d'enceinte extérieure, les izradins du péristyle, et lenle de forcer les ouvertures qui j)rennent jour sous les colonnes de la façade. » .Vrrèlez, enfants, « s'écrie (jourtiaud (pii revient a eux. M. (jcmieux u est à la tribune. Il cond)at en ce ntomeni la 400 lu- voi.rTKtN nr i s ts. «« n*2;«Mi('«». M. M.iiu' iit vous ronuaissoz !<• nom. « nii (IcfcnsiMir iiicorniplihlf lr«* rjmsc \i\ » venir nous rjnniomci" lui-nn'Fnt'. « Onéroutc ;ivec resp«Mt lo iioin «le .Mjirif. La liiiuro iuililain> «lu m'iiiMal, !»• \vW\ du iioiu de Napoléon >ur son nom, parlent |)s orateurs, et posant la hampe du drapeau sur le marbre de la tribune, il semble attendre cpi un orateur le suive pour \ prochuner la révo- lution. j P« j\ 1 1\ Ui; ni U IllIM I 197 Ail |iicil (le lii liiliuiic, M)ii> lr> |(|i- ilii (lra|)<'aii, un \ icilliiiil ;i Li tii^uif tloiicc ri talin»' ««';i|i|niit' sur le |)()iiiiii)Mii tliiii loiii: >iil)r«- iiii. toiniiii' uik* ('iU'iatiil)' iiu.if;!' du |irti|ilr \aiu(|U('iu d ii|Ku>('. Le ii;arv(in lioudici' xiu ( «uilciui n la main, lia- \ei*se seul rcsjjacc xiilf cutit' la li ihuuc l't \v> gra- dins. Les (Icputi'S |-('llu('ul (111(11 leur, se pivscrN ciit (lu coutact tlo ses vi^temciits cusanirlaulcs. Ils loi- nit'ut un irioupc j)lus épais >ui les haiics supérieurs, autour (le la diiehesse d'Orléans. I.a j)rineesse, sans s'inliinidei-, prend do ii(ili'> au ciaxon sur ses tjenouv. Klle elierelio sans doulc dans son propre. cœur les paroles qui sauNcront le mieux ses (ils. Aucini ijesle, aucun (M'i (\o> en\aliiss('urs n(* tentait d'imposer leur Noionte a la repi'ésentation natio- nale Ils seinhiaient être \enus en spectateurs plus (ju'eii maîtres du sort que rAsseinblée leur ferait. Tout jiaraissail suspendu et comme pt'trilie dans rallente eonunune. \\ III. Le lnuit s(î répand dans la tribune des journa- listes que la re\olulion e.•^l trompée, qu au\ \ain- queurs des Tuileries se sont mêlés, en entrant dans la salle, des honnnes amenés et suscités j)ar les par- tisans de la reiçemc pour ei^arer ou amortir le dé- nouement. Cett(î rumeur |)arait l'ondée. Un k j)uljli- I9H RfiVOI ITKtN m-: «H4H. rjlill clMiiiif (le crllc .i|);illiic des prcilliiTS i^lOUpCS iiiliodiiiN ihiiis lii (ili.iiiilii'c, M. Miinasl, s'(>laii(^e iU\ la liiliiiiuî d(\s journaIi»! le faux |)(Mi|)|f, s'ccrir-l-il «(Ml lia\('i>anl !«' couloir, je \ais ap|)('lci Ir (' \ rai ! » Pcnilaiit (priin nouveau IIaI (rinvasion |)opiilairo s'iinionc«'ll(i au dehors, an dedans io silenco ol liii- diM'isioii eoiitituienl. M. I.edru Hollin, drhoiil an pied lie la tribune à gauche s'efforce d'en gravir les dei^rés. Pres(pie seul repid)lieain (laii> I Assenihiee, de- puis qu((l(pies années (ju'il y siège, inspiratein- île la presse répid)liraine, orateur des l»aiii|iieis diMiio- craticpios. ad\ersaiie diMlan' des itions, des réticences «les denii-ai,'italio!is de la gauche il\- nasti(pie, poussant l'opposition dans la (Iharnliie jusipTanx ternies oii la faction coninienc(î; hors de la (iliainhre, jiisipi'anx limites où elle devifMidrail sédition; M. Ledrn Hollin, jeune, grand, sanguin de visage, fougueux de voix et de geste, mais con- ser\ant le sang- froid relluclii du |)()litique, sous l'enipoitenient apparent de l'oraleiir, send)lail riioninie |)reparé et attendu par revénement. Sa parole fortement empreinte par l'élude des formes de relocjuence jjleheienne, avait l'accent un peu posthume de la Convention. On sentait dans ses discours la lampe de Danton. On voyait ipie son iiiia.u;iiiati()ii iiiohil»' rt lirlit' s'ôlail souxcii! Idiinu'u vers le passé, poiii \ moilrlei" I aNcuii, cl (|ii'il lo- «rrctfail les occasions pcnliies de luîtes, «le j^luiro, ari- tion re\ olutionnaire, à leur oreille (|n un eclio so- nore dun temps à jamais enseveli et muet. Tout à coup les rôles changeaient. C'étaient ses collègues (jui fuyaient dans le passé, c'était l'impossiblo qui devenait la realité. « Au nom du peuple partout eu armes, dit-il avec (' le geste dun cher(pii montre ses soldats derrière « lui, au nom du peuple maître de Paris, quoi (ju'on « lasse, je viens jirotester contre l'espèce de gou- « verneineni (pion est venu j)ro|)oser à cette tri- ce l)tmr. Je ne lais pas comme \oiis une chose nou- « velle, car en 1842 lors de la discussion de la loi « de régence, seul dans cette enceinte j'ai déclaré « (pie cette loi ne pouvait être faite sans im appel « an |)ays... I)e|>uis deux jours nous nous battons u pour le droit; eh liien! si nous résistez, si nous « prcleiulez (pi'un gon\eiiiement pai" acclamation, « un i40uvernement éphémère (pi'emporle la colère 200 in':\ (Il i I iiiN HK i.His. « K'x (tlulidiinairc rxislc, nous nous l)unr()ns encore c( au nom de la constitution dv 17'.)i (|ni plane sur « le pays, (|ui |)lane sur notre histoire I... V,\> de « regenci» possible d iint- iaron iisnipaliice !... Je « proteste au udui du pcuph^ conlie. celle, usuipa- (( lion. \ous pailez d'oidie. (relTusif)n do sanj; .' « Ah 1 rel'i'usion ilii saii;^' nous louche, car nous (' l'aN ons \ ne d aussi juès (|ue personne. Trois mille « iionnnes xinl morts ! » A ces mots lu i^arçon boucher s'elanee sans doute |i()ur veni^er ses frères sur les i:radin> ipii nienciii au hanc de la dueiie^se d Orléans. « Il tant (( «Ml linir dil-il entre ses dents. » M. de Morna\ i^M-ndic du mareelwd Soidl, honune d Opposiliiin mais criMicrcux cl iiilrcpidc, letieul le l»(iu(her|)ar son Nclement. Les députes lui harienl la roule cl le ?e|)()ussent avec un soidèvemeni diu- diiiualioii. On ecarle cci honune. .M. l.edru Hollin reprend, il parle, il dexeloppe et il j)roloni;e Imp le inème ar,i;umenl. I.e sentiment est ini|)alie/il «■(uunie la minute. « Pressez donc l;i ipieslion liu « crie .M. Herrver et con e |ieianees et le d(Miou«Mnent. M. Ledru Hollin continue, d elle les ahdieations 1.1 V m-; or A ikii-mi;. hw «lu .\iH>oU'()M il de {^l^u^l^'^ \. louU's doux lroiii|)('('s. I/Assii\ oiis Tliis- « tuiro. » .M. I.nli'ii Holliii coim-IiiI nilin en dciimii- «lant lii iioiiiiiiiilioii (('1111 !^'ou\rni*>iiu'i)l prusisoirc par le peuple et une (iuuscutiou. Ltb (.lej;res (les deux e de la liihune >(jul as- siégés de gardées naliouauv, déjeunes hommes iU'> écoles, de combattants et d'orateurs. Lamartine! Lamartine! s'eerie le jxniple et une partie de l'as- semblée. Kaites parler Lamartine! Des députés de tous les bancs de la Chambre se presseut autour de Lamartine, d'autres lui l'ont des signes d'inlelli- gence en lui moidraid du doiij;! la tribune, les uns dans l'intention de l'y voir monter pour achever la re\olulion, les autres |)our la modérer et la ré' j-'ulariser en s'y jetant. Limartine imiuobile et muet depuis le commen- cement de la séance trend)lail de pailer. il sentait (pi'tm mot entraîneiait la ié\olution iiulécise vers une republi(pu' pleine de problèmes ou vers une réiîeace pleine d'anarchie, lu troisième élément d'irrésolution faisait hésiter lion ses con\ictions mais son ame. c'éUiit la pitié. Sollicite plusieurs l'ois de paraître à la cour de iOi H EVOLUTION DK IHls. iiiadiiiiK- l;i iliiclu'.sx' «I Oi l('itiis(|ui iiiiiiail l('^ Icttros, il s'était scvrrvrncnf iiifoidil m hii-iiK^mc tfnil rapport aviH'cflIc |niii('esse, At un jour sa lilu-rtc |)olili\t' la loyauté (|ue la pcrspeetive , de la maternité (|iic les soucis. On la disait eualc en tout a sa desti- née par lu i;enie, par I àmu, par li!s larmes. Sa phy- sionomie révélait tous ecis mystères. Sa beauté eon- tenait sa j)ensée. Le cœur de Lamartine devait avoir (''t('' tentecent fois desedévouer ii cetlepoésic^ n ivanle et de lui faire restituer le rèi^ne ra\ i par riiii(piit«' de la loi. iN'etait-elle pas reine dans l'imai^ination ? Le moment était venu de réaliser ee rêve. Il n'y avait pour cela (pi'à jeter à la tribune le cri (pii était au fond de tous les cœurs. Les c^estes et les \oi\ (pii \'\ poussaient faisaient de Lamartine l'ar-» luire de la fortune, rimparlialite un peu austère (pTil a\ail inonlreejus([U(^-l;i donnail une autorité entraî- nante à sa décision. La présence de la ducln'sse, sa |»àleiir, son retçard suppliant, ces enfants pressés sur son cceur ««taient la moitié de l'élocpience né- cessaire |)our subjutruer une assemblée d'Iionunes sensibles. Jamais orateur n'eut derrière lui une pa- reille client<î et de pareils clients. Ils rap|)elaient ces — r . ^«*~«'« I.1VHI-: (jr ATKIKMK in l rortt'ges iUt r«Miiiiies et (rcnliints dctinnôs (jin^ U'.s orateurs ('tnlai par la mic, par les lariiirs, par K-s mois ciilnMoupL's «le la «liichesse, |>ar li-nraiil élevé sur les l)ra> île sa mère et apjxnh' sur la trilMine. Lainarliiie aurait entrante l' Assemblée et (juehpies ^'ardes nationaux |)resents au palais à la >uite de la |Mineesse sui' la iilale-forme «lu p('ri>l\le. De là il aiiiail montre la \euv«M't reniant au |)euple indé- cis, aii\ troupes lidéles. Les acclamations étaient certaines. Ce cortéi^e grossi de torrents de gardes nalionauv et de j)euple dans sa marche ramenait la dncliesse et ses enlanls aux luilerit'S. Il j)rocla- mait la régenee. Quelle péripétie! Quel drame! Quel (h'nouement I Quel trionjplie du cteur >ur la raison ! de la nature sur l,i p()lili(|ue I XXII. Lamartine avait ces mots sur les lè\res, ce geste dans la main, cet acte dans l'imagination, ces larmes dans les yeux. Il ne céda j)as à ces nobles t(>jdations de Tliotun^e d'imagination. H arracha son lœur de sa poitrine, il le contint sous sa main poui- nVcouter que sa raison. Sa raison lui rappelait plus fortement (>ncore ce qu'il venait di'dire deux heures avant au conseil des républicains. la régence au milieu d'une crise qui a\ait soulevé le peuple, entraîne» la garde nationale, dissous l'ar- n»ée, renversé le trAne, expulsé le roi, provoqué le I.IVHF OUATRir-MF. ?0r> siifl'niuo \inivers('l, suspciKlii li' (lavail, joie dcuv (•(Mit iiiillt' ouMiiTsaffaiiusdedroils cl (l«> pain sur le pavt*, n'était pas la paix, c'était une tivNc ((uirtc cl a^itcc. La ri-voliilioii saiijnlanhî n'ctail pas Unie. Klh; commençait. Terriblo conviilsixe, insatiable, a\ec ce faible pouverneinent de senlimeiil (*t de siir|)rise. Lamartine eût san\e le jour, |)eiilii Jaxtnii-. sou- lage Sun émotion , ruine son |>a\ s. Il ne se crut pas le droit de satisfaire son cœur au\ dépens de son pays et de perdre des milliers de vies pour jouer un beau rôle d'un moment dans le drame effiMuiné d'une j)olili(pie de sentiment. Il (M*it été facile, il lui eût été «lou\ de verser sur la tribune cettci larnie (pi'il axait comme tout \o monde dans b'S yeux. Mais cette larme serait devenue un toricnl de sani< des citovens. il la retint. C'est là une des sévérités du cœur qui coula le plus à la iinlui<\ Ce n'est pas une faute de conscience dont il se repente jamais. Il aurait perdu non-seulement la i('publi(pie mais les victimes mêmes de la catastroplu' cpi'il aurait dévouées en les couromiant. XXIII. Il monte enlln , ou plulùt on le porte à la tri- bune. In profond silence s'établit aussitôt cpi On eut jelo le nom de l'orateur au peuple. Il n'osait lexcr les veux >urla priMci'sse de peui" (pTun reiraiil i06 n ÉVOLUTION |)K 18 1k. uv lil Irrhuclu.T si paiolc ou cli'laillir .sa priiible résoliilioii. D'imc \i)i\ M)ur(l(' comiiic l'iiliiiiUMl»; la destine*' (|n il all;iit sonder : » .Mr>>iriii-, dil-il. je partage u aussi pKitondenient (|ue qui (|ue ce soit parmi « vous le double .sentiment *pii a remu(> tout à «c l'heure vvXie enceinte en ^oyanl un tU'r^ specla- i< des les plus tou( liant> (|iir puissent présenter les (( annales humaines, celui d'une princesse aufs'uste u dans son malheur S(; couvrant de riiuiocence de « son lils, et venant se jeter du sein dun palais u envahi cl ab.iiidoiiiu' dans le >cin de l'asile de la « représentation du peupli^! » A ces mots où les uns pn'juijpnt une invocation à la j>itie, les autres unci faiblesse de. |)atriolisme, un nuunnue d'applaudissement d(îs centres, de mé- contentement du |)(iiple s'élève et se confond en un(^ léiïère rumeur. Lanjartine s'en aperçoit et pro- menant >iM les centres et le peuple un regard où l'on III' peut lire encore sa pensée. «Je di'mande, « dil-il, (pi'on me laisse achever ma phrase, et je « prie d'attendre celle (pu \a la suivre. >' On redouble de silence et d'anxiété. « Je disais, " Messieurs, que j'avai? ]iartaij^é avec vous le senti- n ujent (|ui avait aiîite tout ;i l'heure cette enceinte. « et ici, je ne distinirue pas entre cette représentation (( nationale présente en nous et cette représentation « du jx'uple de Paris mêle à nous sur ces bancs! I.IVIU-; g U M III KM K. i07 V C'est le iiioiiieiil ilt* ri'i;aliU', ri ii'llc t'jialilf, j'i-ii u suis sûr, ue servira (|u'ù faire reconuaitre voloii- « lairement en nous \y.\y le |)eii|)lc le droit do rela- « blir la concorde el \,[ |>;ii\ |Md)li(|ne! » (Oui, oui, s écrient les f;rou|)es île coniljaltants delxiiil ;i la droite de l'orateur au pied île hi Iriljune.; * o Mais, Messieurs, reprend Lamartine, si je pai - o tage celle émotion (pi'inspire ratt(M»drissanl spec- ci tacle des plus izrandes catastioplies liiimaincs; si « je parlaiîe ce res|H'ct aucpiel rinloitune ajoute en- a core en nous, quelles que soient nos opinions pu- « liliques; je ne partage pas avec moins de vivacité « le respect dii à ce peuple combattant depuis trois « jours pour renverser un gouveinemenl letroiirade, « et pour rétablir sur une base désormais inebran- « lable Tenqjire de l'ordre el l'empire d<' la liberté, u el pour cela je ne me fais pas à moi-même l'illusion a qu'on se faisait tout à l'heure à cette tribune. Je n(î a me ligure pas qu'une acclamation momentanée M arrachée |)ar une honorable émotion a une assem- « blée attendrie j)ai un sentimenL naturel, puisse « fonder un gouxernement solide et incontesté pour u trente-six. uiillionsd'honnnes. Jesaisqueceqn'une a acclamation appoite une autre acclamation peut « renqjorler. Je sais N i)K i«iH. « à loutcs les (-la.'>S(3S «!<* I<'i |)(i|)iil.ili(iii , à (-(>ii\-Ii'i « snrifint (pii ont wr-^r (|iitl(|ii(< •.'oiillt-^ ili- Inii- « saiiï;; iliiiis (-cite, lii(t<>, il Icui' iiiiixitlc d'iiNoii' « cimiMilc (If <•(' sani: nnn un ijoiiveriH'Hicnl cjtlit'- « iii(>r(\ iiiai> (III chililissciiM'iil stnl)li', iiiitioiuil, « |)()|)uliiir*> . incliraiiliilil)' ('iiliii ! Oui, oui, s'ônicnl les coniliallants en a.i.'ilaiil leurs (lraj)('aii\ . en lnaiidi^aiil leurs aiiiits, on nionlranl les Iracj'S du sanu cl de la poudre sur leurs mains. « Kli hieiiî ') reprend I.iiinarlmc avec une l'uer- irio de ivlloxioii plus alTei mie dans la voi\ : « coîd- « uienf \ |)arvenir? comuieiit lioiiNer un i:oii\ern(;- « meut parmi ces éléments llotlanis de ce iiaiifrai^o « «lans celle lem|)èleoii nous souimns tous emporU»s « ou \i\n\ Najiue populaire \i(Mil t^rossir à eliaipio « mimile jus(|ue dans celle, euceinle la vaaue (pii .( nous a suliiiuM'iïôs.' couiiiuMit trouver celle l)ase » im'ltranlahle.* comment Messieurs? Kii îillant ju>- (( (pi "au fond du peuple cl du j)ays. Kii allant e\- « Irairu du di(ul national ce irraiid nnstère île la « souveraineté universelle d'où sortent tout ordre, « toute liiierte . toute v(^rifé. CVst yiour cela que « loin d a\oir recours à ces suhlerfuires, a ces sur- « prises, a ces émotions An moment à ces lictions « dont un pays, \(iu> le voyez, se repenl loi ou (' lard ipiaiid cesliilions s'évanouissent, c'est pour t< cela «pie je viens apj»u\er la double motion «pie IIVHR nf ATH li: M K 209 « esl laite, cl (|in' jauriiis lailt- le inciiiier à rv{{e <• tribiiiic, l.i i)i'()|>()>iti()ii irahonl d'iiii i.'i)ii\ cnir- « iiicnl (ruru;rn(0, (le iit'ccssih' ilc circoiislaiicc, (i'iiii u i^ouNt'i iiciiiciil ({tii ctaiulic Ir satiu (|iii <-(iiiir. « (11111 i;tiii\riii('iii('iil i|iii >ii>|M'ml(' lii i:iiriit' n- «< Nilc L'iiUo Ils riluNcns! » XXIV. A cps mots commo si la ponsrc» de I.aiiiarliiic • 'ùl clc iiiu' pioclaiiialioii de |>ai\ acccplt'c pai- Ir |M'iij»l(' , le |)('ii[)lc bal (les mains. |)ar un i;osto si- irnilicalir de ceUe at'crptatioii de la trè\e, le vieil- lard a lonjiue barbes dchoul an pied de roi'afcur remet solennellement son sal)re dans le fourreau. Lamartine ie[)rend « d'un i;ou\ernement (|ui « éclaircisse le iiialentondu terrible qui existe de- « puis quelques années entre les dilTérentes classes (' (les cilovens et (pii en nous em|>(^flianf de Fions a fonilie l'I de nous reconnaître en un seul pciiple « nous empèclie de nous aimer et de nous (Mnbras- « ,st,*r < Il une véritable unité. « Je demande donc (pie l'on constitue à rinslanl, (f (lu droit de la pai\ publi(jiie, du droit du saiiîj; « (}ui coulti ! du droit . III (le iMts (h'sirs. ni de nets colcirs o acIiK'lIcs sur la iialnrc ilu troiivcrncmoni «lôfinifif « iju'il jtlaiia a la iiatidii de sp diuincr (piaiiil clic u aura de iiitcndj^'cc.» (^.Milic luiuos celaient a cotle rcsoiN c (les tlr()it> Af la nation. 1 « (l'est cela, c'est n cola! » s'ccrie le peuple lui-ni(^nie. « noniine/ , (( nomme/! nomme/ les mcmhics de eo içouverne- f( ment! » — « Attende/ reprend lOratiMir. eo uouvorne- « ment aura poiii' priMuièrc mission d'elal)lir la « frèvo uririMite entre les ritoyens. Scooiidcmenl de u conNocjucr le pa\s électoral tout entier et (piand « jo dis tout (Mitier j'entends tout ce ii])i(', l'ii>il. lt;uTc I,;t \()Ùli' liriiil)l(' (Ir (('> ciis. I>a iiK^mc iini|ilinii ('«lait' ri toiinr |»ai Irs lartros polies (It'jà ohsiriurs (jui sOin i fiil iiii |ii('<| de la lii- l)iim'. I.r ( lu'f (le la (•(ylonii»'. le < a|iitaiiii' Duiioyor auilc aii-(l(»u> (If la l<"'l(' des oialriirs le drapeau Iriroloir aux fraiiues dOi li opiicf du Irùiir luiiv itsi' aii\ liidoiies. Les di'puU'S consterii('«s pàlissoni ii » •' t('moii;naG:o de la victoire du penpli-. «« Ce (Iraj)eaii « s'i'ciie le capilaiiie Dimoyer \(Hi- allf-^h» (|iril n'\ « a plus ici d'aulre voloide ;pif la notre el au tU'- « liors il \ a ceid mille condMttaul- ipii ne suhi- « raient jilus de rois ni df léiienee' » De nombreux de|)utés so jilissenl de leurs bancs et se retirent un a un |)ai- toutes les issues! u Place aux traîtres'. Iioide aux lAcliesî » vocifère le jx'uple des tribunes. La dll(•ll»•^^e dOrleans reste proscpie découverte et abandonnée, pâle et trcndjlanle pour >e> eid'ants le peuple ne la voit pas cachée par un rideau de de|)utes. XXVI. Lamartine est toujours d(>bout à la tribune (pie lui disjjutenl sans cesse de nouvcîaux cnssaillanis. I.r jucsideid Sau/.et se cou\re en signe d(! détresse et (1(; \iolation de lAssemblee. sii:ne tardil. A ce siijne le peuple irrite monaco le |tresidenl de la ,i.mi ^ ^ f J JJ > . %vr*- I l\ KK grATHlKMi:. il3 vni\ ol (kl gesto. Un homiin' ^'claiirc mms lui t-l lui Ole son chapeau pour sauver si vi«», par ce si.ffne i|p respect forcé à la vicloire. A ce niomt'ul, le hruil >iiu>trt' (runr lutfe sourde fait lever tous les regards sur une dts trihunes de droite, un groupe de conihallanls s'y précipite» connue à la brèche d'une \ ille prise d'assaut. Leurs armes, leurs gestes, h'urs cris (i'iui|)atience, y mani- festent la dernière cl l.i plus criiuinelle résolution. D'autres coiidjallanls lurics a (•cux-ia cherclienl en vain à les cunleuir. On xoil ()iuK)\cr le canon des fusils et l'acier des baïonnettes en sens contraiie comme des éj)is agités par des vents opposés. « Où « est-elle? ou est-elle? » crient cpielques cond)at- lants plus curieu\ (jue malintentionnés pendant (pi'ils indiipicnl du doigt la j)lace au centre où la ducliesso d'Orléans et ses enfants sont encore ou- blies et connue ensevelis sou- un groujx» à peine suflisant «le députés. A ces cris, à ces gestes, la princesse est entraînée hors de la salle, elle tombe avec sa faible suite et ses enfants au milieu du lumulle d'assaillants cpii dé- borde des corridors extérieurs des tribunes. Elle échappe avec jioine à l'instdte, à rc'touffemenl, à la mort, grAce à son sexe, a son \oile (jui rempéche d'être reconnue et aux bras de (piclques députés (•(Muagenx, parmi lesfjuels on distingue encore M. de Mornay. .Mais sc'pan'e par l'ondoiement des groupes :M> llfiVOI r ri(>\ Dl- lHl«. (\vi S«'S tlni\ cnraiilsfl du iiri?('»s cl ù descendro los escaliers (|iii oiimchi sm- la dos pas ncrdiis la lie iKHiNcllo-. \af;ii('s de poiiplo r('ii\r|(t|>- pMl)iiiorf;oiil , la Innl llollci' d un mur a l'autro couiMK' un di'bris «ians une lciH[)rl('. Il- la jcllonl onlin à drmi ctduncc cl proscpio cvanouic conlrr uni' |i(>ih' Nilicc dont les carreaux se l>ii- senl sous lo choc de ce frcle corps (\v Icninio Hevenue à elle, elle ne voit plus ses entants, elle les ap|)cll(', on les lui pronn'i, on coinl les eliciclier sou.-ï les pieds de la loule. Pendant ce tenips>la, ou |>arvienl à former un groupe dt; (jueUpies amis an- luui' de la piincesse. On ouvre une d(>s |)ortes \itreesde jdain-pied avec U^jardin di; la présidence de la ('hainhre. On l'entraîne en siirelé j)ar ce jar- din jusipie dans le palais dn président pour y attendre son sort cl y recueillir ses enfants. Lo comte de Paris arraché par le tunudie à sa mère et désigne'' au peu[»le connue le' roi futur a\ait ete hiutaleuienl saisi à la liorge j)ar un honune d'une taille colossale. La main énorme et osseu.sc de ce frénétique étouffa il presipie le |)auvre enfant en faisant dans un jeu sinistre le geste de l'étran- gler. In i,'arde national (pii cherchait ronfani, témoin de cette odieuse profanalion, rabattit d'un coup de poing vigoureusement assène, lo bras^le LlVUli 0^ ATHlkME. iir, cel lumiiiio sans unie, il lui anatlia \o jeune piiuco l'I le |»urla tout ln'uililant ci tout souille >iir les pas lie sa mère, (|iii l'oiulil en laruu'> m ii'iii- brassiiul. Mais il luamiuait à sa inèro sou aulrt^ lils; U\ petit (lue (It^ C.harties. Elle l'appelait à j^rands cris et so collait aux \itres du jardin pour le voir ia|>|>oil«'r i\v plus loin. L'eulaut était touduî sous la uiasso tumultueux' du [xMiple eu passant de la tribune tians les eorridors. il était tbule aux pieds de la inuililuile dont le bruit ne laissait pas même enten- dre ses cris étoulfés. il lui un moment éij;aré. Le due de Nemours séparé ét^'alement de la |)rin- cesse |>ar la foule était parvenu à la Iraxi-rser sans insulte. Il s'était réfugié dans un l)ureau de la Chambre. On lui prêta des habits pour s(; travestii- (ît pour sortir sans être reeonnu. XXVll. Dantres honuues venaient (Tentrei- dans les cou- loirs, ils parlaient, ils élevaient dans leurs mains les t^asipies, les boniu3ts à poil, les sabres encoro ensanglantés des gardes munieipau.v immoles sur la jïlaee de la Concorde. Quelques-uns étaient ai mes de fusils. L'un d'eux, ouvrier en veste, à manches noircies par le travail, à la ligure é^iarée, au -este brusipie et saccadé comme la démence, se peicho il6 HKVOLUTKiN ln; ««48. >nr le rclxMil Ar l.i nw^mc tiiluiiK^ d'oti !('< nioiincfs t'IaiiMil |);iili('s coiilrt' l.i priiw •'--.(•. Il ajiislt' le juc- si(l«Mit. Mille cris s'clùvcnl pour avcriii M. Sau/cl. M. Sau/t't lit' p.'ilil pas, mais il ipiittt' ruWu son faii- l(Miil |)()iii' exiler im piclexle an allc. Au même instant le jeune ouvrier no voyant j)lus de pnsjilenl an rauleuil , iiiai> apercevant La- mailine seul en \(''lt'iiienl iioii- an centre di' la Iri- hnne au milieu des armes et des drapeaux, croit (pie ("est un autre président ou un orat(Mn- eimemi (In p('npl(\ il I ainslc l(Mit(Mnont comme nii clias-^cnr (pii \i-c a loi>ir. Le capitaine Dunoyer j)lacc a la iianclie de .M. ilc Lamartine s'efforce de le couNTii- de son corps cl lui ci ie : « Klïacez-vons, on lire sur « vous. — Je vois le fusil >nr ma poitrine re|)ond « en souriant Lamartine, mais il \ise mal, il ne iik^ « touchera pas. daillcnrs (pi'imporle (ju'on me tue.' « si je meurs à la tribune en ce moment je meurs « à mon poste. » De toutes part> les bras se le\enl \ers la i;a- lorie du second étage d'où plongent les canons de fusils. (( Ne tirez pas c'est Lamartine. » crie le j)eupl(* d'en bas au peupi(^ d'en haut. L'IiomuK^ armé n'écoute rien. Le serçrent de irarde nationale, dn Villard, se précipite sur lui et relève le coup. D'au- tres braves cond)atlanls le desarment. Ils l'entraî- nent maliire ses cris de raue hors de la salle où il !.1\ UK gt'ATUIKMi: fl7 xouitlit eu.-auiilaiilci la tiilumc cl iI<'>Ii(»m(>|('I' la i«'- Noliitioii. \ \ \ I II Pros(jU(' Ions les (h-pulcs des ct'Mlies se sont ivlirt'S apiùï; le tirparl «lu lursidcul, aptvs la fuite (le la (liiciicsse e( apivs la sciMie «les fusils. Un ceiiain nombre (rhoniiues inlicpidcs parmi Icscpieis on remaniue M. de I aseases, cœur ferme dans un faible eorps, iU'^ mendjics df l'opposilion restent confonilus >iii- leurs banes aNcc la loul(^ du peu|il(' et les sardes nalionau\ (pu 1rs oui cuNaliis. l.a tri- bune elle-ni(>nie est assiégée et redescendue tour à (tiur |)ar un assaut d'orateurs ('trangers à la Cham- bre, ils Nienncnt \ l'aire (jueUpies gestes de ••ombal, de \ ietoire, de eonmiandement, y vociférer queltpies motions rendues dans un tumulte de imposant de « la France lilterale cl républicaine, c'est le tli|-ec- « leur de 1 Cstime publi(pn\ il n'y a plus de force u en ce moment (pie le respect, ce vieillard coura- « .neuv aura au\ ycu\ de ce peuple linxiolabilité « de la vénération. Son nom doniuMa le sceau de « Tautorité morale et de la vertu au\ actes (pu^ nous « allons tenter pour rétablir Tordre. Si sii modestie u refuse, faites violence à ses clieveux blancs et « entraînez-le maliiié lui au fauteuil. (Test riiomme « nécessaire, la Providence Ta i^ardé pour ce jour.» I.es jeunes t^ens obéissent, ils portent l)ui)out de rEiue au fauteuil, à son aspcul les télés se décou- vrent. Les mains applaudissent. Les visaj^es se re- cueillent. La nnolution a un modérateur. Le peu- ple a une conscience dilns vson soulèxemenl. la tri- bune une voix dii^'ne de prononcer ses \olontcs. XXIX. Lamartine se dresse sur la pointe i\o,> |)ie(is ri (lil a \<»i\ ltas>«! a Dupont de lEure : « Hàte/.-Nous .1 de proclamer les noms des membres du aiouver- LiVIlK yl ATRIKMK. 219 « lu'iiu'iit |)H)\is()iiH' t|uc \a dési^imr racclaiiialion o des (li'putt's cl (lu |i('ii|)l('. Pressez le temps ii\aal « (jiril nous eiliapiic. ■> Dupual de l'Eure la lùlo iiielinéo vci*s Lauiarlinc lail ua signe d'assentiini'al. Des voix ((infuses (hMiinudaieut à irrands en- la noiaiaalioa du i^oiisn ncinciit |ir(i\i>(>iic. On ap- poiUî a Laaiaitine plusieurs listes de aoais dressées à la iiiile [)ar des jeunes içeas (pii les éeriNeat au hasard sur leurs yieaoux. Laniarliae } jelle un coup d'teil rapide, déchire ceu\-(i, élague eeu\-là. La cdalusioa et rinipalieaee se aielteal daas les raai;s du ptuiple. Les plus ra[)proehesde la tiihuiu'! crient : u Nonuaez-les, uonnaez-les ! proelanu'Z-xuus nous- « aiùuie, i) lui crient les plus véhéaieats. Lamar- tine résiste, il ne veut pas décréditer d'avance le scrutin du penph^ en imprimant aux noms désignes l'autorité arhilraiie du choix d'un seul homme. Il se borne à souiller tout bas aux scrutateurs les noms (jui se présentent le plus naturellement à son esprit et ipii lui semblent les i)lns appropiiés à l'œuvre de fusion du peuple dans un noyau com- mun d(! pouNoir et d'ordre. Après de longs efforts de .MM. Crémieux, Carnot, Dumoulin pour obtenir le calme. Dupont de l'Eure proclame les aoais des membres du gouvernement provisoire : O' sont MM. Dupont dv. l'Iùnc, La- martine, Arago, Maiic, (iaiiiicr Images, Ledru Hol- Im, (jemieux. La proclamation de chacun de ces ?*0 IU;\ nl.l lldN Di: isis. noms ost raliliée pjii- uiif sjilvc (r;i|)pl;m(lissomonts. toiitos les mijinces d'oiMiiioiis populjiiros y Irou- vaioiit l(Mir rcprcscnl.ilioii. rrliiil l;i lrr\<' iii'crs- sairo soudaiiu'iiuMil pcrsomiilicf dan- les divtMsili's (Ir liallHC dOliL'ilK' ri d'nj)ini(ill, riiiiilc pln\ i- soirv diitlioii dans la Naiiclc j)assc'M' cl l'ulun' do tondancos. un ^ouvciiu'iiu'iil di' l'ail poiii allciuln) «'I préparer un i^oinorneiuenl (!•> droit, l'explosion d'une r(>\()liili()n avani ipie le irnips en ait ^(''pnré et refroidi les elemenls contraires. L'instinct du peuple le sentait, ses aeelaniations présac:oaient la sajj^esse vA la force sous cette appa- rente confusion de personnes. Dupont de l'Mnre la \erlu publi(pie. Lamartine la fraternité des classos dans la déniocralie. Arairo la i^loire de l'intelli- gence. (iarni(M- Pacès restinie héréditaire et la re- connaissance du |)enple pour ini lond)eau. Maricj raustéril(» dans la modération. Ledru Rollin la fou- gue, r(M)lraînement, el |)enl-(''lr(^ r(>\rès de la repu- lili(pie. (irenueux la parole utile ii tout, et la liherlc de conscience personnifiée dans le gouNernemenl. XXX. A peine ces noms etaient-ils proclames cpie des réclamations connneneèreni à s'élever dans la foule. On eiiliquait celui-ci. On craiirnail celui-là. On \oulaiL relr. nicher ou ajonlei- de.«, noms a la liste. ^Trrrmr^'** l.i\ lu; ni \ I i;ii Ml . -îïi trois ou (|iiatn' voiv |ii(»iu)iut'rt'iit relui ilo M. \a)ui> Blanc. (^)ui'l(]u<'s mains l\'crivir(Mil. Laniatlinr !•• |)assii sous silence. Il cuuiiaissail la imissancc de |Ki|iulaiil(' lie ce jeune écri\ain «t il a|nti(( i.iil son laleiil. mais il redoutait respril de système dan> un j;uu\ crncnunt (le paeilieatioii et de con- corde. Les idées absolues (juand elle.>. sont Maie> rendent les irouverneinents im()rali(al»Ies. (jiiand elles sont laus>es elles les lont ec liouei. Lamar- tine iu> \()ulait |)as (]ue la re|iul)li(|ni- eeliouAt dans une utopie, il sentit i\no si Ton jirolonireait la dis- cussion les exitrencesde la inidlitude s'accroîtiaient à cluupie non\eau nom |)roiu)nce dans la foule et (pie le is'OUNernement provisoire s(^ déconiposerait avant d'être forme. Il descuntlit precipilanunenl ele la liibune. il se perdit dans la masse des combattants des ijardes nationaux et du peuple cpii obstruait la salle. On Noulait le eonduiie dans le palais du picsident de la (.iliand)re pour y installer le trouvernenuMd. « Non, H non, dit-il, à rilôtel de Ville! — « A rHùtiîl de Ville! » repèle la foule. On refoula péniblement la houle du peuple (pu inondait les salles et les corridors. On pai\int à la porte de la i;rille ou\ rant sur le (puii. Laniailiiie a\ail eumpiis d in.-liiul tpie ^i ce lluu- veinement provisoire s'installait à la Cliamlue i\c> dt'piiti's ou au miuistèie de rint(''rieur, ce irouxcrne- . .\'*'.''y • «V /*•-•« 2Î2 HkVOLLTloN lU. Isi8. ment sentit priil-i^lrc at(ii(|n(> <>( anciinli a\iint la nuit, la iiiuMic ciNilc ctriiilr par la liroclaniation de CQ s:oMvorn«MiH>nt m» ralluincrail lo soir owiw doux tfoint'riuiiH'iil.» opposi's. . l/llolil de Vdl»' (|iiarli\(>lution, palais du peuple, nioiil Avenliu des séditions était occupe |)ar le> iuuoin- !)ral)les cokmnes du peuple des (piarlieis enxiion- nanls et des fanhourirs armes, (^es niasses diii^ees |)ar les Imiumes les plus entreprenants <'t I«îs plus intrépides ne pouvaient niancpier «piand elles a|>- prendraient la (K't'aite des rois, la liiitc i\o la ré- ijence, li^ triomphe de la re\oluti(tn de se nommer à elles-mêmes un ii;ouvernement. Les anarchies et les lyrannios san.u;lantes des conununes de Paris sous la première ré|)ul)lique devaient natun^lleinenl s'offrir à la pensée de Lamartine. Il les entrevit à rin>laiil dans toute leur horreur augmentées encore des cléments de juuerre sociale (pie les «loctrines sourdes de socialisme, de conununisme et d'expro- j>riation faisaient fermontcM- et allaient faire l'clater dans ces masses d'ouvriers sans |>ain, mais non sans for. donner une heure à la proclamation dun irouvornement municipal et socialiste à riiôtel iU' \ille, c'était laisèer s'orizaniser la ;.,'ueire sor\il»» au milieu de la t;uorro politique. C'était ouvrir la veincî do la France à des flots de sang. Garnier Pages homme (pii a toutes les illinuinations du co'ur. l'axait ( ouipns comme Lamailme ^an^ lui avoir n k %"• 1.1 VKK gUATUII.ME. 2iS jamais paiK'. il s'ctail liAtr tic se rciulre à l'Holfl (!«» Ville cl «iy prendre du droit do sa prcvovaru'c le j)oste tlo maire de Paris. Son n(^ni calait mie innirisirainre dans ces (|nar- tiers. il lappclail an peuple deux p(»|>ulaiiles en un seul lionune. (laruici- l*ai;è!v/tail le IVère du jeune député républicain premier de ce ncmi enle\é dans sa ilcui par une mort récente. Cet orateur dont la renom- mée s'elaruissail a cha(|ue discours était à la h i- l)une ce (|ue Carrel était «(ans le journalisme, un mouxenient \ers l'avenir. Son iVère a\ail hérité de sa Hneur et de ses principes modérés encore en lui par un caractère plus cordial <'t plus gracieux. Ses lortes éludes dans les questions économicpies et tinancièi"es , sa paroh» (pii montait du cœur aux lèvres, sii laborieuse prol)ité qui avait lutté lonu;- lemps et honorablement avec la fortuiu» avant de l.i vainciv, sa voix sympalhicpie, sa physionomie rayoïujante de sén'nite dans Tardeur, son geste (pu ouNrait S(»n ùme aux yeux, rendaient (iarnier Pages puissant pai la première des juiissances sur les masses : la bonté. Cette bonté visible nenicNail rien à la forcj; dans Garnier Pages. L'intrépidité était une naïveté de plus dans sa nature, il n'avait pas besoin d'elTorls pour se dévouer, c'était l'intrépidité dans l'entaut. hupctnl df IKure. .\ra;^o. Cremieux. Lamartine 221 n!:\ ni r I |(iN hi iM is. claicnl parvenus a s«' n'jijindic a la porlc du [lalais. Pcndaiil (jn'ils altcndaicnt au iiiilxii des acclama- li(>n> du |i('ii|>l«' e\l«'ri(Mir leurs colU'ijuo cj.Mns daii> l('>>allrs, la trihuiir laisscjîdcsciicderrit'ri' i'u\ scisail d»'ja de di\ ision au\ combatlantsreslcsdiins ! ciiieiulc. Des hoiiinics aiiiics en coshimo d'oii- vritM*s \ inontaietil tour a (tuii pdiu \ joiici le lole des (ira((Miîs disparu^. « Plus de liste ri\ de disait un « indiiîenl. — Plus de rovaule disait un \ieillard '< lier (le se souvenir d'aNoir \ecu sans roi dans sa « jeunesse» aux (euip> ranlasiicjues de la liherle. « — Déchirons les toiles ui\ la rovaule reirne « encore en iniai^eî sVcriaienI iWs homme.-, du « culte nouveau. » llss'elançaienf déjà sur la plaie-forme du fauleuil «lu président poui dépecer le lahleau du couronne- nirnl de \^'M), (piand un ouvrier armé d'un fusil double: » Attendez dit-il je \ais faiic justic»' des " rois. » Au nièuK! moment il lire ses deux citups de feu dans la toile, (les balles régicides en efliizie percent le cordon rouiie (pu décorait la |)oitrine du roi. la dévastation et la mutilation conunencent. In jeune honmie nonune Théodore Six ou\rier lui- inénie Fuonte à la li d)une : « Respect aux monu- « menls! in\iolabilite aux pro|)riétes nalionah^s! « décence et ordre dans la \icloire s'ecrie-l-il. » La multitude applaudit, lu peuple de Paris pro- di;.: Il' M)n >an;^' est «'conome de d(«vaslafions I I\ HK OI'ATHIKMK iV vi >in)»'isliti('ii\ pour les ails. I.t> (i'ii\if> «le liii- l»'llii.MMU"e lui inspircMil \o nspccl coiniiii* au peuple il Alliènes. il scmlile coMipreiKlre (pie rinlellijL'euce ost sa roxaute (lésant l'Iiisloire et (le\aiil le teiiip>. I.a salle es! exacutT. Le capitaine DunoNer et le rolouel Duiiiouliii iTSies jus(pie-l;i a la tribune nvoc l«*ui> (li.ipeaux pour \ protéger le palais de la ropri'SCMilafion nationale vont reprendre à ('(Me de 1-iiiiiarline et de ses colleifiies la t(Me de la coIoihk^ 4pii part |)()ur liiolel de Ville. ^ IJVIU ( INOIIIMK. I. % !,(' poiiple nsppclucux pour les clievcux bhmcs ;i\;iit ('le clicrcluM un «abriolcl df pl;i('(^ traÎMc |)ar un seul (-li('\al. il > ii\;)it t'ail nioiitrr Dupont ilc rKure et Aint^o. (iarnicr Paiiès clait à IHôttl (|i> Ville. MM. Marie et Lediu Uollin n'ianléset étoufTés sous la foule (TlioiunK^s (pii oiuloyait dans linlc- riiMu (lu palais. Lamartine inarchail seul à pird en lùfe de larniet! du peuple entouré de tpu'Ujues nKMubres de l'assemblée qui se confiaient à la for- tune de la journée, de huit ou dix gardes nationaux ralliés par leur clitT, et duu courant croissant de |)iuplt', lionuncs, fennnes, enfants battant des mains brandissant des armes et poussant par moments des rris de Nictoire et de paix. M.drémieux \int bientôt se joindre à lui. sa co- lonne était faible de tionduc et d'armes, elle était composu\ tMneiiR'nl (riKclaination. I.aiiiailiiic el ses coUrj^ues ne se le- ilis.siiim- laifiit |tas. ils s'etaieiil dévoués sans regarder der- rière eux a li)ul»'> les ehaiices de leur deNoiiciiiciit. Ils n'avaient d'autre droit que leur eouseience. Le Si rutiu arhilrairi^, particulier, borné à «m petit nombre d insurp's iiii pied d'une Iribunc cii\ahic n était (piune usur|)ati()n , puissante irintention, vaine d'autorité sous un simulacre d'élection. On |tou\ail leur contester leur titre au nom de la royauté, on Uî pouNail au nom du peuple. Derrière eux aux Tuileries, de\anl eux à l'Hôtel de Ville tout était illej.Lal. leur envahissement du |)()UVoir suprême élail en apparence un douhli' attentat, ils n'a\aienl rien ù répondre à ceux qui leur auraient demandé leur mandat, ils n'avaient (pi'à montrer la ville en armes, le trône vide, les chambres expulsées, les édifices en l'eu, le peuple condtattant contre h*. pcuple, lesanij;sur les pavés et a dire : « Nous pre- « nous le t;ou\ernement pour suspendre ces dés- a astres, éteindre ce léu, étancheu' ce sang, sauver « ce peuple. Nous le pienons du droit d'un passant «i (pii se jette généreusement (pioique sans litre « entre deux homnjes (pii s'égorgent. c<; passant m a « pas de dioit écrit dans la main, mais il a un de\oir a élernellcnuMil eiiit dans .>()ii c(eur : c est celui de '- sa«i\ei" ses frères. Sou dictit est le nôtre, (londam- 22X iti \ tii rri(t\ hi-: isu. « lU'Z-nous si \()iis xoiilr/. ihmi-. nr icsistcioii-. \i,\< «' il lii Icllrr (II' NO" iuiri'iiiciils. nous coiiscnlnns « sciominnil à d\ro los NJctiiiKS de la loirirjut' |i(tui « «Mrc les pacilicalciirs i\c' ce pfMijilc. » II l'!\(t'|)ti' ce (jui \rii;iil (le se passer ;mi\ Tuileries el à la C.liaiiihre, oii iiïnorait foui. I.a diirhesso trOilcaus pou\ail (Mre aii\ ('lianips-Klysécs ou >iw I Csplauade des iuxalides eulouréo des princes ses i)eau\-rrères à la (ète d'iui <\oi^ corps d'ariiK'O. Les l'uileries et les (iliamps-Klysées étaieul encore cou- V(mIs de reuiiuents. les roi(> auUuu' de Paiis de- vaient rei^'ortïer de munitions, de soldais el d'arlil- leije. Viuceruies était sans ui l'aidn^ rive. Les pavés étaient glissants de fange el de sang, çà et là (l(>s cadavres d'houunes et deche\aux joneliaient le. (piai et faisaient détourner la lète de la colonne. Ou aiiis.i a la liauleiu de la ea-^erue du (piai (TOreas-les draj^'oiis (pii roeciipineul a\aieul terme la i;rillt'. la » olcic du |i(U|iK' pouNail m' riilluiiM'r a l'aspect des soldais (|iii ravairnt «liaiirc dcjniis trois joiii>. Vu »'()U|) de Icii pouvait viir le siijnal d'un massacre pareil à cchii des iiardes municipaux. Lamartine pressa le pas et s'appmeha de la |)oi-te de la caserne, il s'arrcMa. exténue depuis le matin de pensées, d(^ paroles et d'actions, il a\ail soil. il teignit plu> d altération encore ()m il n'en éprou- vait, et s'adressani aux drauons presses devaiil la jirillc : « Soldats, dit-il, un \ erre de \in! » (x'Ile demande répétée à l'instanl par lu .i;roujie. un cabriolet (pii suixil la Noilinc de 230 HKVOI.rTION DE «8 48. Dupont (Ir I l!iin'. I.jiiu.irfino rontiniui de mjirriior seul il |iii'il ;i l;i t(M<' ^\o \i\ coloniw. I.;i uno jcnno ffMiirnr \iii ijanlc miinicipjil égorge ol (le|Hiuill(' :iu p;il;iis dos Tuileries. s'«'lanc;;i ;ilt.uits le sabre à la main vers Lainarline en eriani Virr In Hr/nihli(iur ! Kilo veut embrasser l'orateur. Lamartine la repousse. « Les femmes ne a eon)l)atlenl (>as dit-il à Tamazono. elles sunl du « parti de tous les blessés, allez les relever et les ff porter sans distinction anx ambulances. » \jï jeune femme embrasse un des gardes nationaux et rentre dans la foule aux bravos du peuj»le. Au milieu du quai de la Mégisserie des barricades élevées de distance en dislance arrêtent les voi- lures. nu|)ont de lEure forcé de descendre s'avance soutenu par deux combattants. Son nom et son Age, le respect et l'admiration, servirent puissamment à imprimer la décence à la multitude, la vénération fpi'on avait poui ce vieillard rejaillit sur le gouver- nement et contribua beaucoup à le faire accepter. A chaque pas on était oblige de soulever Dupont (le l'Kure pour franchir les cadavres dhonmies et de chevaux, les tronçons d'armes, les placpies de sang qui jonchaient les abords de la |)lace de THotel de Ville. Des brancards portant (hs blessés et des morts se frayaient lentement la roule vers les hùpi- laiix élevés sur les épaules de leurs frères d'à rines. LIN ni: ciNgLitMi:. î^i IV. Au lomnanl du (juai sui- la \)\:ur de rirèvo, lN i)i: i8i«. (A'pi'ndiuit les non».-» ilc Dupont de l'Eure ol d ,1- rago n»|H't»*s i\r bouclu' m honclio ronimnndè- rcnf uni' ntliliuir ii'spciiutnisc aux plus ivbrlN's à tout rrs|RHl. Ces noms avec ceux de leurs coi- lèi;ues «ourinenl proinpteincnt de i^roupe en i;roupe sui" loiile la suilace i\c celle mer et lirenl peu à ptii iduiiier tous les visai^es de la nmililiule vers le c()t<* de lii place où le icouvernemenl cliercliail à penelrer. mais la curiosité haletante de ce peu|)l(; encore chaud du combat et allendant un dénouement du ciel ou de> JUJuniics, le précipitait tellement vers les députés qui lui apportaient la victoire et la paix, (pie Dujiont de l'Eure et ses collr^ies faillirent être etoudes et renversés par \v relbuhMnent do celte masse, il fallut (pie la colonne que suivait le fiouvernement lui formât un rempart de ses hommes l(?s plus robustes et les plus intrépides, cette tiMe de colonne comme des pionniers qui démolissent l'ob- stacle (»u\rit lentemeni un sentier qui se refermait sans cesse à travers ce rem[)art \i\ant. Lamartine, Dupont du l'Eure, Arago,- Crémieux tant(jt reunis tantôt sépan's par les mouveuienls involontaires, convulsifs, irrésistibles de cette boule s'a\anc('n( ainsi obli(piement \ers le j)alais sous uue voùle de picpics. dr fusils rouilles, de sabres, de baïonnettes vuimanchées à de longs bâtons, di' coutelas et de poignards brandis au-dessus d'eux par des bras nus, poudreux, sanglants, tremblanls i.is m. i.iNgiii.Mi:. m L'iUHUc tli' lii li'N 1' bouches ouNcilcs pour jcici- des cris axor- laicnl en -ourds lAlcuiculs. on sentait (|ue ce peu- ple a\ail épuise di'puis soixante, lieures ses iorees, son sang, son haleine, sa voix. C'était ralTaissernent eneori' licvrciix (riinc nation debout sur sa couclio de santç pour \oii- |)asser ceux (pu lui api)oilcnt la coupe de ralVaîehisseuient et la trêve de mort. V. Après de h)niïs circuits à travers ce peuple; les uienihres du iiouvernenient touchent enlin a la irrande piule de lllott'l de \ille surmontée de la statue de bronze d'Henri IV. mais la masse des com- battants était si j)ressée et si frémissante sous la voùle de ces escaliers; une telle forél d'acier bruis- sait et sur les marches et dans la cour inti'rieure; (pie les ineud)res du gouNernement ne purent s'y faire jour maliric la loni:ue lutte cpu s'y établit entre les deux torrents contraires de ctnix (pu en- traient et de ceux (pu résistaient à leur poids. l ne ondulation in\ incible les icjeta a\ec leui- suite (je ^arde> nationaux el de citoxens vers une poile iM ni-:\i)\A i ION i)i: is is. |)lii>i i;i|)|irnrlM'c du llfMiVP cl lt'< ciiuoiinV;! (\;\t\<' iiiin coin l);jss(MMH'()iiil)n'o (l«> cliovaiix ;il);ni(l(»rni('s par leurs caxalit'rs iiioris, de blossôs ot do cadjurcs les pieds diiiis If saiii.'. I;i Innlc (|iii i<'mpli<->,iil déjà celle coiii", cell(^ (pii lr< -«iii\ ;iiL les tn''pii;iieiiicnls r\ l(*s lieiniisseiiieiilsdos clie\;ni\ i()îiij)a!d leiir-> luides e( «^c cjiliraul d'ellVoi . les c()iij)s de fcii partant de la |tl;icr cl {\t'<> i:alcrics sii[)criumcs, rciitasspraeiil cL le r<)iirniillenienf do milliers d'hommos sur l'osca lier reliniciil loiiirlcmps le-; di'ptifés sépari'S les uns dos fiutrcs cl coiiinie cnse\(^lis dans cette lonrnaiso do la rcNoInlion. à la lin après dos offoris surhumains dos Ibules ipii les sid)mori!;oaioiit , los renversaient, l(\s foulaionl, los rolevaieni, los |)ortaient en a\ant los i-e|)()rlaicnl en arrière comme des naulVai.M's sur la harre dim ecueil, ils arrivèicnl dans les loni;s corridors du |)remier étage qui desservent cet im- mense palais. VI. I.e lorrojil dMiommos armés (pii l(> l'cmpli^ail pour être plus resserre dans l'inteiieur n en elail (pie j)lu- impelueux. Dans l'impossibilité de se re- joindre et de sYnternlre, I)u|)onl de l'Hure. Araizo, Kodrn Hollin et leurs collèirues entrèrent vaine- ni'-nl loin- à loin- dans des salles et dans des cham- bres inconnues, toutes ('taient également encom- brées de peui)le, de blessés expirants sur la paille, I l\ Kl- ( INnilliMi: i3r> (roratoiirs rnoiil»'> sur les iiuMihhs ou sur 1rs n'hords «les fjMuMres tjesliculaiil ;i\;|)oir s'emparait (reu\. ils ne le, trahissaient pas siu" Ifiir visai^e. iU licinblaient (|iie la nuit arriN.'il avant (pi'ils fussent parvenus à se faire ivconnaître et accepter du pcuipic. une nuit j)aii'ille avec trois cent niillc hommes arinés, ivres de poudre, sur les ruines de tout iiouNernenient, dans une capitale de quinze cent mille hommes, le comltat, le meurtre, l'incendie (pii pou\ aient s'y perpétuer et s'étendre piMidant des heures de sani^ et de feu les faisaient frémir, ils llottaient a la merci de leur lassitude de leur impuissance et de leurs ancoisses. leur voix s'épuisait à demander le silenc<', un lieu de refnue contre le tumulte, une lable, une plume, uuo. feuille de papier pour lancer au peuple par les fenêtres un mot de saint, un si^ne d'autf)rite. Aucune parole humaine n'eiit {)u dominer du haut du balcon le mugissement de cent mille voix, le cli- quetis d'armes, les plaintes des mourants, les coups de fini prolongés en échos sous les voûtes, dans les escaIiriilii >;ii>i |iai le Itiiis d'iiiit' inaiii \i,:j(>iinMiS)'. il se rotniiriui. un iioiiiinc (mi liahil noir (riiiii' lii:iii(' intclli^MMitr , liiif ri j'orlc lui djl tout bas: «« J«* vais vous onvrii un n-tluil inocciijM' au u fond dfs a|)|)art('ni(Mil> du préfet de Paris, placez (' a renlréfî du conidor étroit (pii y mène uue forle « uanle de vos lioiuines armes, j'irai ensuite clier- « cliei' un a un \ os collè.uuc s dans la loulc. je les « conduirai a vous, vouh pourrez délibérer et « airir. ') Cet honune clail M. riottanl, employé de la préfeclun^ de Paris, il connaissait les détours du palais, il se jetait dans la foule comme dans sou élément, sa haute taille, ses fortes épaules, sa lèto fière , calme, jo\iale, dominant les autres tètes, lui rai>>ait dompter et fendre la multitude, écar- ter les baïonnettes de la main comme s'il eAt joue a\ec des épis dans un cliam|). le peu|)le seudjlait le connaître et lui permettre la familiarité liardi(^ et uu })eu brusfjue de ses gestes et de ses couunande- meiii-;. Il y avait du Danton dansée visai^e. mais du naiiloii a\aiil le crime de septendire. M. Flollard , (juchpies menjbres du i:ouverne- ment, parxinn'ul à rextremile d'un corridor à uue petite porte (pi'on enfonça, ils entrèienl dans uu IIVHI-: CINnril.MI 237 r;il>iiwl t'iioil inciil)!»' (rniu' IjiIiIi' rt de (|ii(>I(]ii(S rhaisos. ilî* forinrnMit uiio t'|)aisst' coloniif dr noIoii- liiiris arnics ilaiis le corridor pour en dispulrr l'cn- liïH». ils atftMidircnl ipic leurs aiilrrs colKiiius, a|)- polés par M. KIollard, fiissciil d<'li\ri'S ot anu'iiés à ce rendt'/.-\()US. \je conseil s'assit autour de la pctilcî lahic au fracas de- ronp> de feu dans les fenêtres, au niuds- soniont delà place, au hruit lU'^: \itres hiisies par les crosses d<' fusil et des j)()rles eidoncées sous h; poids dos ujasscs. \ NI. Dupont de Plùire, Arai;o, Ledru Rolliu, Marie, Crérnieux, (iarnier-Pa.iiès, LaFiiartine étaient accou- des sur le hois nu de la tahle l'ii'oilt; du conseil. De minutes en minutes des hommes nou\eau\ appe- lés par le dani^er et le patriotisme acconraienl à rifôlel de Ville, perçaient la loult', disaient leuis noms, elaieid introduits dans l'enceinte reseivce, et se lenani debout derrière les membres du irouver- nement ou adossés au mur otïraient leur concours en attendant l'emploi de leur courai;eu\. dévoue- ment. C'étaient des députés, des maires de Paris, des colonels de la uarde naticmale, des citoyens notables dans leur (piartiei-, dr<. journalistes de toutes les o|)inions libérales. On disliriimait j»anni eux M. Flo- 238 HKVOLUTION Di: I8i8. cou, K'diitit'iii (lu joiiiiial icpiihlKiiiii la HcfurmCy lioiniiic. (I<> inaiit luiriisso du roiiibiil iii;iis dans le coruhat îrayjiiit nomIii cniKjiKMii (|u iiur atitif (bcnie. de I Onlrc. M. Louis Ulanc disparaissant par Icxi- iiuitc de sa laillr dans les groupes mais en rcssoiiant liit'iih'tl pai le Irii soinbrr de son rci^ard, l"»''n('rt!;i«î do ses i;est(;s, ItMlal niclalliipic do sa voix, l'énorjîiti (\t' xolonic de ses motions. M. Manasl \isage posé et (l(tii(( nient saicasti(pie nn^'ine dans le leu de Tac- lion. M. Haslide redacleui- du Malional lii,Mne mili- taire eonscixanl dans la résolution d un Iroid cou- raja;e le silence et rininiobililé du soldat en faction. Lue foule d'autres visages tous empreints selon leur caractère de Tenori^ie ou de la i;ra^ité du ruouieul. auditoire pensif penche sur le fo\er d'une iiiande décision. IX. Les altitudes étaient aussi solennelles (|ue Teve- iK iiieiil. i liacuu se recueillait dans sa conscience, et roulait loniitemps sur ses lèvres le uiol (piil allait proiioMicr. On couuuence |)ar s'oritaniscr en conseil de irouM'itienicul , pai' se distriliuei* les fonction^, par nonuuer le> nunislres. il \\\ eut a cet eti;ar«l ni délibération ni scrutin, loul >e lit du premier mou- \(incul (le concert el d acclamation, chacun prit I.IVIIK CINnriKMn. 239 sans préférence el sans relus le rùle le mieux imJicjiK' pur SCS aptitudes au coiwcntjuncnt do ses collefiuiîs. Dupont dt" I Kurc lut président du conseil et du içonvernenienl j)ro\isoire. Ses cl ses vertus le noiuniaituil. Se déliant non de ses i'urcus d'i'inie, mais de ses forces physiques et de sa voix (laus les urai^es de la place publiipic, Dupont de rKure écrivit sur le Itoul de la laide ime délé- gation de la présidence en faveur de Lamartine, il aimait 1-amartinc (pii lui rendait en respect son afleclion. Dupont de I Llure autorisait son collègue à le remplacer en cas d'absence on d'iidirmilé. Lamartine reçut le ministère des alTaires étran- gères. Celui de l'intérieur lut donné à Ledru Hollin, licllimont jeune déj)uté de l'opposition constiiulion- nelle fut nomme ministre du conunerce et de l'auri- culture. Cœur pur, ùme calme, parole suave, Hctli- mont était la grâce de la révolution, on ne pouvait craindre un gou\ernement dont Teloquence de Uetlimont serait Toigane, dont sa pliysionouiie serait l'expression. L(} ministère de la justice échut à M. Crémieux, orateur, administrateur, aclil, infatigable' aux dis- cours et à la |)lume, universel comme l'avocat, <-onseiller attendri île la du( hesse d'Orléans le ma- lin, tie la re|iubli(pie le soir, toujours piesenl, popidaire {lartout. .M. Marie lut nomme nnnistie des travaux |ii|- iio lu. \ (»i r Tin\ m- issx blirs. (' i'Iiiil uni' loiit iion iiiniicDSc, une (liclHliii'c ilii lia\;Ml «In peuple tt dans ce uioiihmiI le» fvirula- l(MU il"' l'onlrr. niai< M. Marie lionune de hante Irilume et dt^ haute |)(tliti(pie (>lail trop supérieur par s«i nature intellectuelle à ce n)inislère do (hMail el dt> ineiiaire j>()ur s'y eourh»'!'. ce inniistère ne fut pour lui (|ut> le titre «le son entrée au conseil dont il était la solidité. .M. Arairo prit le ministère de la marine du droit de sa seiencp, de son autorité sur les armes savantes, de sa renommée aussi \asle (pie le tîlobe où son nom allait Holler. On eherehait un ministre de la guerre, diffirile à trouver le soir d'un jour où tous les |UM''nerau\ avaient eoud»atlu eontre le jx'uple. (.amarliue pio- posa le iïénéral Sul)er\io, àme républicaine de souvenir et d'ardeur sous des clieveux hlancs. On l'envoya eherrher. il accourut, il se dévoua. Ce choix blAnié d'abord par l'ignorance à cause dos années du brave soldat fut heureux, (piand la \ieillesse est verte elle est une jeunesse neuve. elle ne perd pas unc^ miette du lenips parce (pi'elle en sent le prix, pas une occasion de gloire parc<' ([ue la gloire échappe avec la vie. Si Subers ie éloi- gné plus tard |)ar un préjugé, fût resté ministre de la guerre, le gouM'rnemenl eut été plus militaire- ment ser\i. M. tHiiideliaux liampiier estime |)om- sa pidbite I.IVHE (.lN\)riKMi:. iH et ses lumi«'i(.'S cul les liiiaiicc-. xMi iMim LouscMsait l«' crédit (|iii liiil les it'Noliilidiis. .» Kiiliii (iainot fui aj)iu'le au iiiiriisU're de Tinstruc- lioii publiijue et dr> cultes, (laiiiot fils du Jaineiix conNeiitionurl de ce nom, avait de son |»èii' ce, (lu'il \ a d'iiicoiilestahle dans les verlus puhJKjues, Taniour des honinies, le culte des vérités, la con- sUince et la ruoderation. son xisaiçe doux de séré- nité, mâle d'e\j)ression, hieineillant de retïard , attrayant de sourire, rappelait un pliilosoplie de l'école d'Athènes, son nom révolutionnaire était un tîage aux républicains, sa philosophie reli- iïieuse un e;age de tolérance et de liberté aux cultes que la république voulait protéiier et affran- chir par respect pour Dieu. Apit's les ministres le gouvernement provisoire nomma des secretaiies pour enregistrer ses actes, mais surtout [)our faire place dans h' pouvoir nou- veau à toutes les forces actives de popularité (pii auraient pu se constituer en rivalité de puissance ou dinfluence en dehors de lui. .M. .Marrast était trop ceh'bre dans la presse républicaine. M. Flocon ti<)|) actif dans le journalisme et dans l'action. .M. Pagnerre trop important dans la propagande eonstitutionnelle de Paris. M. Louis lilanc trop en- treprenant d'idées et trop cliei aux secte< socialistes poui' être inq)uneMicnt exclus d ini i:ou\ ci nrniciit d'iinaniniitc poj)idairc. ils furent nonnnes secre- I. 10 242 HflVOI.rTION Di: isl«. liiin's (In i:(»ii\(;iiu'iin'i»l jiroNisoiro. il>('iii»Mil \oi\ consulliilix (• ,111 |)n'ini(T inonuMif , \ni\ (IcIiluMatix f' 1 lient At. L(Mii*s noms |)I;ï(«''s d'alxMil ;in has des di'crets avec ce litre de ««'cretaires se lapjJi'ocliènMil in- siMisihlt'nicnl des noms des meml)res dn uouver- nenn'nt provisoire en\-mAm('>. ils s'élevèrent par empit'Irment sur la papre juscpTà un ran^ (jui ne ienr appartenait |)as d'alxinl. jiersonne ne contesta cette usurpation consentie par tous. Sur ipiel litre \6iiii\ aurait pu s'appuyer le e;oiivernemenl |)oin- écarter ces nouveaux venus? il n'a\ail |)our titi»^ (|ue sa propre nsnr|)ation siu- lanareiiie et son cou- rage à se jeter entre la i,'uerrc civile et le peuple, les autres en avaient autant, on leur fit place dans l'audace et dans le danger. y\. Pagnerre seul resta inlaligaMement à la |)Iace où sa modestie seule le retint comme secrétaire général du conseil. M. HartlieleniN Saint-Hilaire savant illustre, j)a- role exercée, àmc intrépide, lui lut adjoint, ces deux hommes placés sur le second plan du gou- vernement en supportèrent souvent le j)oids sans on recueillir assez la gloire. MM. Hucliez et Rccurt, anciens républicains, organisèrent la mairie de Paris sous (larni(>r -Pages. Iionnnes de toutes les heures et de tous les |)érils. cachés dans les fonda- tions de la repuhliquc a l'Ilùtel de Ville, ils sou- LIVKK ClNQUlKME. 243 liiuenl obsciinMin'iil I'iissmuI ^le^ exigoncos, (l«s sommations cl (!(>> misères iln pouple de Paris (U'j)uis la prcmicri' liuuro jus(ju a la iluriiirro. M. (le (lourtais iiiciiihic de la Chamhro des députes, !j;eiiliiliomme du Hourhoiiiiais , aneieii ollicier de rarnieo royale lut nommé commandani giMU'ial lie la j^arde nationale; de Paris. La lavcun dont il jouissait dans l'opposition , son extérieur maitial, son- ueste >oldates(pie et populaiic lap- pelèrtiut à Lamartine ces généraux du peuple qui le conliennenl en le rudoyant. Courtais paraissait une de ces natures eréées pour la (■ireonstan«(î , entre Santerre et Mandat. Hude de restes eonune le premier, po|)ulaire comme le second. Lamartine le présenta à ce titre. On n'avait pas le temps de dé- battre des noms et d'étudier des aptitudes. Courtais fut nonnne. il ne marchanda pas avec le danger, sou rôle pouvait être immense dans une révolution. il lui donnait la direction militaiie de Paris pendant ()n\(>ir A iiK'suM' (|iruii iiiiiiistrc, un iicncial du un niioul (|U('l(-()i)(|iii' lie riiiilorilc clail monhik' il iccrviiit s»'s iiisliuctioiis soiiunaircs. il jKirlnil aiiiinc de l'es- |>ril (lu conseil , du \'r\i de liuiienc»'. il iirnnpail aulour de lui les pii'uiicrs \('nu> de la rcxolulion tombés sous sa main, il culrainait a sa suite une |)oi,unôo de ('oud)allanls lourmillant dans TliôltM de Ville ou sur la place, il courait à son poste, il halavail |)eu a peu le ministèri' des bandes armées el des a\enlurieis de pouNoir ipn s'en étaient em- parés d'eux-mêmes, il installait (piel(|ues secré- taires, il rap|ielail les employés épais, il relablis.saiJ un icrlain a|)pareil el une certaine autorite autour lie lui. il en\o\.ul dr< ordres, il informait par des estafettes incessantes le fjonvernement de létat des choses dans la \ille et dans la banlieue, il en r ce- vail à rinslant ilcs instructions et des impulsions, le ijouNernement siéiieanf sans cesse coordonnait ses rc'ponses entre elles pour (pi'un orflre ne (onfredîf pas un aulic ordre, les lils de celte vaste trame d'un ijouNernemeid de trente-six millions dhonunes se rentmaient tapidement un à un. les maires do Paris accouraient, peiçaient la foule, ilonnaient les Li\ Hi: ( iNi^ii ii:\ih i\:\ n'iiS('i|L:niMiK'iils, <'ii peu dr iiu)l>, sur Its (laiif;i'rs, les b«'s«)ins, les foires, les vivres «le leur {|u;n- lier. t»u «•liariu;eail t<'U\ ddiit le nom iMait liop désigne .ui resseutiiueiil |>.ir la l'aNeiu- «lu uou- verneiuenl louibc. ou eu uouuuait «l'autifs disi- i^nés pai la clauicur |iul)li(|ue. Ou se trompait, ou revenait un uioiunit après sur son clioi\ , ou ren- contrait uiit'u\. ou (lounail ch's pouvoirs d'urijence à des ei'ulaiues de eoniinissaires el sous -cominis- saires. ils n'avaient d'autres lilrrs (pi'uu nioreoau de |)aj)ier silène au «rayou d'uu uoui comui du peuple, à celui-ci les Tuileries que ineuaçaieut lade- \astation et la llaiume, à celui-là Veisailles entouré de bande."- (jui \oulaieul elVarer du sol ce idsU'. de la royauté; à l'un Neuilly tléjà à demi con- sume pai- le léu . à lautri' les chemins de fer i-oupes el Icuis p()iil> incendies, ici la circulation des routes à rétablir pour (|ue cette capitale de (|uin/<' (M'ul mille bouches ne mancjuAl pas de vi\res le lendemain: là les l)arri(ades à démolir a dciui pour (pic les a|)pro\ isionnements pussent passer sans (juc \r> obstacles au retour po.ssible des lioupes royales contre Paris russeul nixelés. Les alïann's de trois jours à nourrir, les blessés à recueillir, les morts à rec(Mmaître el à ense- velir, les soldats à protéger contre le peuj)l(', les caseriu's à évacuer, les armes el les che\au\ à sau\er, les monuments publics, hôpitaux, [)alai>. i46 IIKVOI.ITION DK . Cc> peuple de trois eeni mille lioiiiiiies h ciiliner, il piieilier. i\ faire refluer dans ses ateliers et dans ses fanboiiriis, les postes à étaliiii |iai tout avec les volontaires de l;i xiclojri' pour pn'server la vie ri hi |)roprieté des vaincus, tout cela était l'objet d'autant de, mesures qu'il surj^isstit de pen- st»es dans l'ospril du gouvernement, d'atilant do commissions données (pi'il se jjrésentail de mains p(»iM les rece\uir. Les élèves de rÉcoie polytechnique, celte mi- lice des jours de crise à (pii sa jeunesse donne ascendant sur le peuple et sa dis('i|)line autorité sur les masses; ceux de l'école de Saint-(Jvr, ofliciers sans troupes, doni l'uniforme se fait suivre d'in- slinct; ceux de IKcole normal(% dont la ijravilé impose à la mullilude tous accourus au bruit des coups de feu et se pressant autour du ,:^'ouverne- ment dans des alfitudts à la fois discij)linees, mar- tiales et modestes, attendaient ces ordres et les por- taient à travers les piques, les balles et les flammes, sur le théâtre des dévastations, ils faisaient avec des poignées de volontaires, d'ouvriers, de peuple. i;rou- pés au hasard sous leui*s mains, la cam|)airne de Tordre à rétablir, de la société à sauver, ils bivoua- ([uaienl aux |)orles des palais, sur les places, à rejnbranehement des rues, aux débarcadères des chemins de fer. ils rétablissaient les rails, ils étei- I.IVKIi CINyLlÈMK. Ul giuiioiH It Icii , il> plaçaienl des iiulii^eiith atlauiés à la partie des iueid)U5S prérieux et des trésors du riclie. On ei'kt dit d'une ruche iininense d'hoininus houidoiinant autour de lllotel de Ville, et suspen- dant le (Oinbat pour vuler au secours de la (-i\ili- salion ( oiiintunt'. il ne fallait (pi'uiic impulsion ré- glée à ce mouvement instinclif du peuple cpii le pousse au rétal)lisseniont d(; l'orcln^ par ses vertus. i'.c luouxenieut, les membres du i.'ou\ernemenl et les ministres commençaient à I imprimer, il ne fal- lait (pi'un centre à ce peuple, il le trouvait , le Ibr- liliait dans ces citoyens dévoués. XI. Le gouvernement devait d'abord parler au peu- ple et aux déparlements, afin d'instruire la nation des événements et de lui apprendre en même tem[)s (piels étaient les hommes qui s'étaient jetés à la t<>te du mouvement pour le refiler, pour le con- tenir et pour chan.iier la victoire en pacification, la révolution en institution. Lamartine prit la plume et écrivit la proclamation au peuple français : « Au noFii du peuple français, " b' fiîouvernemeni vient de s'enfuir en laissant « derrière lui une trace de sanu: (pii lui interdit d*- u revenir jamais sur sc« pas. Les membre> du i;ou- i4« iii.\ uLi ri(»N m; ui». « veriUMiicnt provisoin» n'ont pjis licsili' un instnni « il at'crpicr l;i mission pjiliiolicpic (|iii Icm* était <( iinposi'e d'urifonn'. Quand la ra|)i(al(' de la « Franco ost on fou, le tnand.il du ^ouxornonicnl (( jMOvisoiro osl dans lo >alul pui)lic. la Franco on- '< liôro lo comprendra ol lui pnMora concours, sous « lo uouNoi iiriiicnl populaire luul iilo\cn est nia- « «istral « Français, donnez au monde l'exemplo (|uo « Pari-i \.i donner à la IVanco, pr(''|)arcz-vous par « l'ordre» aii\ loi le- in-lilulions (jue vous allez vous (* donner. « Le lïouvernemoni provisoire veut la ropu- " l)li(juo sauf la ratilication du peu|tlt' (jui sera ini- « niodiatonient consulte. i< Il veut l'unilo lie la nation formée désormais i< do toutes les classes de citoyens (|ui composj'ul (( la nation, il \eul lo gouvernement de la nation « par ollc-niérae. La liberté, l'étçalité, la fraternité, V pour principes, lo potijdo pour mot d'ordre, voilà « le roij;imo domocraticpio (pie la Fiance se doit a « olle-mèine et que nos efforts sauront lui assu- « roi". » Otto proclamation iiii peuple fut lancée a\er profusion du haut des balcons sur la j)lare. elle fut suivie «piolcpios minutts après d iinc proclamation a rarniot'. 11 fallait à la fois lixer son suit, relever I 1\ KK CIN(,>I.II:MK. 249 son lii Ces proclamations jetées au peuple pai- les fe- nêtres fuient distribuées en masse à des pacilica- 2.iO Hf.VOI.lHKtN l»l-; IKi«. I('iir> \ (tloiiliiircs. ils coiinin'iii lo fjiirii iiiiprmiri' cl ariiclirr (laii.^ l()ii> Ic-^ (jiiiirlici>. Uc8 éli'ves des écoles iiiililiiires et des ouvriers les portèrent aux cîisornos ot !(»s oxpiMlirnnit aux rnrps do troiipos (jiii iclliiairtit (le Paii>. Déjà les principaux cliors (\r Parnico à (piol- (pics pailis (ju'ils appartinssent le malin, se rcn- daiciil encore tout poudreux de la liataille à riïAlcl de Ville. Ils traversaifMit penihienient mais sans insidlo les rancs de ceux (pfils comhallaient le matin. Ils venaient se presser autour du irouver- nenienf provisoire connue autour du mem- bres du gouvernement, sans exiger d'eux d'autres serments que leur patriotisme, les accueillaient en frères. Ils serraient cordialement la main de ces braves officiers et les renvoyaient à leurs divers commandements sans autre ordre que de rallier leurs soldats au drapeau, de pn'venir toute collision entre le peuple et la lijjjne. et de rétablir la si'kreté des conmuHiications, par de fortes colonnes circulant en deliors des barrières et sur les routes qui aboutissent à Paris. La ijrarnisori de Vincennes envoyait sa sou- mission au gouvernement. Le général l>u\i\ier, républicain de cœur avant la république . niais d'un reliirienx patriotisme surtout , le gj-niMal l^'- deau, le gMMieral Lamoricière, le bras en cciiarpe et lirùlanl de lièvre par suite de sa blessure du matin. lis KK (INUlilKMi:. J5« \a'. Ln'iu'vn\ V\H', xildiil (If lii incinii'i»' r('|tiil>li(|iit', (|p rcmpiro (M de la iiioiiarcliii', étini'f'laiil ilii Icii l'I (le r<'laii iiiililaiiii sons lo aniK'Os du \icillaid. nwo. juuh' d autres ollicicrs de tout ixradc et dr loiilo (lato, do Idulc opinion . de lonl nnilbiine, acctm- rairnt les nns an cri dn danijcr de la patiic, les anircs à ri'ndionsiasiiUMjUc. le mol r('|tidtli(|n(î ral- Inniail dans Icnr incnioins coux-ci à rcspcrancc d'niK' nonvcllc ère do j^loire, ct'nx-là à Tappcl iin- pailial de la Franco on fon. Ions h ce proinicr nion- M'inciil dn xildal ou du iilo\cn lran(;ai>, ipn proci- pite ce ponj)lo do ini-inônie an poste dn dôvononionl i\o< sorvices et du poril. I.os ofliriors, les soldais do la irardo nationale, les dopulosrôpni)lioains, nionarcliistes, léiïitinnsles, sans acception do rourets, do parli, d'ospéranco, afflnaiont do rninnto on ininnio, inonlranl lonr vi- sap;o, dovonant leurs cœurs, olïranl lonis bras, on ont dit ([ue le trône disparu avait enlevé tontes les harrièros entre les esprits et (jn'il n'y a\ail plus pour tous ces li(iiiiin('> df resolnlion (juiiiie opi- nion : le salul publie; (pinn devoir : le sacrilico ; (pi'nn parti : la Frjuico. Les cris, les ondulations dn peuple, la Innle, les coups de fen, la liienr des flarnincs, la contusion, le Inninlle, seinhlaionl ali- niontor rer)llionsiasnie. (i'élail la inèléodo la patrie. On \ (lisliniTuail entre mille, M. de Laroclioja(jne- lein , ce Vendéen de race resté inexorable aux se- (le la mon.'irchit' dr ISI{(>, Tut de sr coii- foiidn' a\('c lt'> K'piihliciiiiis, senaiil la iiiaii) aux roiiiballaiits, acclame «les ouMicrsdc la n'voliilion, leur jiailaiit de concorde, et d'iionnenr pour tons dans la liberté, ri oITraiit ainsi par sa mâle et mar- tiale allilude les\nd)(de de la réconciliation (les classes et de l'unité de la patrie. LIVHK SIXIKMK. I. Les (aul)()iiij4S et les banliciifs de IViris se prcci- |tilai»Mi( (llu'urc CM lieure en torrents plus éj)ais snr le ceiitic lie la xillc au hruil des événcnieiils de la soirée, ils suhniergeaient les places, les quais, les carrefours, les rues, les |)()ii(s, les immenses ave- nues d»' la l?n>tille |)ai- le (piaiticr Saint - Antoine. 1)«'U\ cent mille lioiiimes au moins enijoriieaient les rues et les abords de lliotel de Ville, les houles et les frémissementsdecep<'U[)lev(Mude tous les costumes, hérissé de toutes les armes, venant se hriser comme les vagues \i\antes sur un mùl«', lançant ses lames d'hommes sur les marches des perrons, sur la pointe des iirilles de hionze, sous les \e>til)ules et dans les escalier^ de ce palai- ijui les revomis- saienl l'instant d'après avec des cris, des j^esles, des explosions, des détonations de douleur, d'horicur ou de joie. Les cadavres apportés aux flambeaux ih'ii barricades par des hommes (pii fendaient lièrc' ment l.i Miulliludi* en faisant |)lace à leur fai'deau, h' 254 Ri^:V()I.rTI(>N DE « s 18. In-'iuissomt'iil iL'CUrilli ilc la l'oiik' se dccouManl la lùte el levant les mains en sijçne de re^peil et de \ en- geance. Les éclat» de voix des orateurs de f^roupe inonlcs sur In plinlho dos j)iliers, sur les parapets (lu IlouNo, sur les tablettes des fentMres, cl clier- rliaul \aiiieinent à jeter (]uel(|uos mots saisissables à ce tumulte qui assourdissait tout, à cet ondoie ment (jui cniportail tout, les drapeaux rouîmes ou noirs llottaul en laud)cau\ au bout {\c> l)aïoiuicttes. l'ar-dessus ces milliers de tOtes, lo visai^cî tourné vers les hautes fenêtres du |)alais, (piehjues lionunes à clu'Nal porteurs d'ordres ou de uicssai,'es cher- chant à se faire jour en broyant la foule, le tinte- ment luiîubre des cloches dans les clochers loin- tains ou le tocsin n'avait pas encore cess<* de battre, comme le pouls après la fièvre continuant encore ses pulsations, la p;Meui- et la rouireur altiM- nalive des visages, l'accent des paroles, le feu des regards, les vieillards, les femmes, les enfants aux fenêtres, aux lucarnes et jusipie sur les toits, accomi)agnant de gestes et de «'ris d'effroi les scènes de délire, de fureur ou de pitic (jui >e siu- cédaient sous leurs yeux; la nuit t}ui tombait avec ses transes; les rumeurs sinistres qui circulaient dans les masses; les récits altérés ou exagérés par la peur; Neuilly en flammes, le Louvre saccagé; 1rs luileries et le Palais-Hoyal allumés d«'jii par les lon-hes des incendiaires; les troupes royales i.iviiK si\n:.MK. ir.r. ii'Ncuaiil a\('c (lu t'aium sm It^ peuple; l'aris ihcAlit; (leiiiJiiii d'un carnciijc nouvoîiii ; los barricades s« relevant coniine (r(Ules-ni(^nios et crénelées de lam- pions pour erlnirer de loiîi les airrossfiurs; l'isno- rance sur le sort de la pairie et (!<• la société (|ui »'lait entre les mains d»' ipiehjues lioninies desunis peul-iMre entre eux; d'autres lioniines premiers M'nus de la \ieloire campes d'avance dans les étaui's de I llùlel de \ille, et riifusai»! , disait-on, de reconnaître l'autorité des députés; deux ou trois tîouNernements se disputant l'empire et se précipi- tant (oui à riieuro piuit-èlre des bakoiis de lllolel de Ville 1 tout imprimait à celte heure solennelle un caractère de double, de doute, d'anxiété, d'horreur et d'etTuti, (pii ne se présenta peut-être jamais au même deiire dans Thisloire des hommes, cette anxiété sortait et lentrait toul à la l'ois de rH(*>tel d<^ Ville, et venait à travers les mui^isse- ments de la foule, le cli(pi(^tis des sabres, les cris du délire, les injonctions de; la colère, les a;emis- seuKînts des bless<'»s , peser sur les mendjres du j^ouNcrnemenl lui-même iioncs, ballottes, perdus «lans cet océan. 11. A peine leur restait-il assez d'espace pour se con- certer rapidement, en se penelianl sur la table (pu les séparait el en rapj)roclianl leurs visages les uns 25« HKVOMTION DK <« If (Cl tic (li's l(Mes, «les bras Iciidiis, «les baïoiincltes, (!«• la loiilc diNorsfi cl luiimituciisc (leboul auloiir d i>ii\. ><)ii\i ni il;iii> riiiiixtssibilitc tic s'entendre ou séparés xioUimiicnl Us uus dos autres par les jjrouprs involonlairomont jetés entre eux, inlcrpcllcs, liaicclcs de doiiiandts uii-'cnlps, sonniiés de doiincr a la iiiiiniti' uiir soluliou, un ordre, une direction de sahil ind)iic ipii ne pouvait allcndrc, cliaciin d'ciix prenait liardinient sin lui seul la responsabilité de vie et de inorl. il saisissait une plume, arrachait une feuill(Mlc pa|)ier, écrivait sur son iicmm mi sur son cha|HMM le décret de- niandc, le si.enail el le reniellail à rexécnteur. Des milliers d'ordres de celle naliiie sicnés de Lamar- tine, «le Marie, d'Araj^o, de l.edru-Rollin, de Flocon, de I.oiiis Rlanc. cirenlaienl ;i Iravers les barricades. |)endant ces premières lieures. c'était la diclalurc morcelée (jue prend chaque niend>i(^ d'un conseil de guerre sur le chanij) de balaille. dicta- ture que le péril commande, (jue le dévc^iement saisit, qu(^ la conscience absout. Plus souvent à force de supplications et d'ef- forts désespérés de leurs poitrines et de leurs bras, les membres du gouNernemcnl parvenaienl a ob- tenir un instant de silence, à reconquérir un siège dispute autour du tapis, un peu d'espace entre les spectateurs et luix. ils délibéraient en peu de mois du regard et du geste plus (jue de la parole, rha- 1,1 VKK .sIMKMK. f57 Clin d t'u\ »HTi\ail M.)minairt'iiiiiil d une main ra- pide un des décrets cun\<'ini>. d l«' passait à ses collt'tçuos qui \ aj^posaicnt Itiii-' Mjjnalnres, en eclianiic dantn's dt'crels a signer ipùui lui pas- sait à lui-nirnie. Ces décrets ivclaines par les cris inipalienls de ceux (jui venaicnl < ii signaler l'nriJjOiK'e, amoncelés sur la lalilc, nallendaicnl souNenl pa> la sii^nalinc de tous pour élre enlevés et emportes à I impres- sion. Le secii'laiie jj;érjeral l'ai^^ncnc, admiiablu do sang-froiil, d'ordre, d'activité, suflisail à peine à en jircndre noie, et à en dresser le rapide et confus procès-verbal, la llamme, le sanij;, la faim, le dan- ger, n'altendaienl pas les lentes lornialités dune administration de calme. 3'étail le gouvernement de la tempête à l'éclair, la lueur sous le coup élec- trique et soudain de la nécessité, demander les conditions de la règle, de la maturité, de la ré- flexiort a la dictature de ces premières nuits et de ces premiers jours, c'est demander la legularilé au chaos. Tordre a la confusion, le siècle à la seconde, il fallait agir et sauver ou laisser tout s' e- crouleret périr, celait le gouveiiienjent de l'incen- die debout au milieu dti Icu. les hommes furent dignes de l inslanl. ils ne llcehiit'ui ni sous le péril en perspective, ni sou- la responsabilité l'uture a lacjuelle ils dev(juaieiil d'a\ance leurs vies el leurs I. 17 iîiM Hf:V(»irilnN Kl- IsiH. iHuiis. ils conscnlirenl Ions ;i so |H»r(lro sans regar- ilcr ni cIcMiirro. (MI\ ni «Irvanl rii\ pour sauver ini |HMiple. La pensée de se niénaijer une retraile par (le lAches prudences ou par d'Iiahiles temporisations n'approcha du canir daucim d Ciix. ils s'oiïraij^nt seieniMient et conraueusenient en virlinies de lin- juslire ou de liuiiratiludi^ des nations, si ce salut lie tous devait devenir un jour le crime de (luel- ques-nns. ils pressentaient ces incriminations, ils connaissaient par Thisloire ce retour des réxolu- tions sur leurs pas. ils les attendaient sans crainte. !\)ur (Mre utile à son pas s dans de si iirands mo- ments, la première condition est de se sacrifier en- tièrement soi-m^me. celui cpii veut sauver un nau- rraij;é doit commencer piir se livrer nu à l'Océan, lis s'étaient livrés. III. Ces hommes avaient cependant tous le sentiment réfléchi du sacrifice et du péril, sans autre force sur cette nation en convulsion que la popularité d'une heure, vent (jui chani^c d'autant plus vile (ju'il souille plus fort, sans défense orj^anisée possible contre l'armée de la royauté qui pouvait rentrer avec l'aurore dans Paris, ou ralïamer en huit jours en se concentriint sur ses routes, sans prévision pus.-d)le de l'elVet produit par une re\«>lulion si soudaine «lans les départements étonné», sans intel- I I V IM" SIM 1 : M i:. 259 lii-ciH-e avL'c l'Alj^eric il'oii une année de coni nulle lionnnes pouvait ramener des princes \eni;eiirs de la rluile de leur père, ces dielaleurs d'une nuit de- vaient iMre ou engloutis par le Noican même du peuple, dan^ letpiel ils s'étaient jetés |)onr Tetein- dre, ou frappés les premiers à la léte de la sédition (ju'ils avaient osé régulariser. Viclimes des impa- tiences du peuple ou des justes vengeances de la rovaute. ils n'avaient n\ examinant de sang froid leur situation (piii clioi-ir entre ees (\c\\\ alter- natives, rnai> ils na\ aient pas le temps de |)enser à eux. ces idées n'ellleurèrent (pi'une ou deux fois leurs lèvres, elles n'\ imprimèrent que le sourire de la résignation qui connaît son sort et (jui l'ac- cepte. Dans un de ces moments désespérés oii la foule armée donnait des assauts irrésistibles à Tllôtel de Ville, pénétrait jusque dans le dernier asile déjà en- combré où ils s'efforçaient de créer une autorité quelconque, quaml lii lioule biisait les portes, ren- versait les sièges du conseil, étouffait clans ce bruit la délibération; quand la turbulence devenait telle que la confusion et l'impuissance linalc réduisait les membres du gouvernement au silence à Timmo- bililé. « Avez-vous bien calculé disait Lamartine u à Arano de condiien de chantes nos tètes tiennent « uïoins à nos èj)aules (pie ce matin .* — Oui répon- M dait r illustre académicien avec le calme et le sou- ?r,n RF.Vni l'TION Dl- «8 18 « lire (l un (lolacliciiM'nl coiiiplel do l;i \ \r l(»iil('> lo (« niîuivaisos cIumuts sonl pour nous, mais il y en « ;i une |>(uii (|iio nous prôservions la nation de « sa perle celle-là nous suHit pour arcepler loules « les autres, » cl il secouait i\v la ni.iin s(;s cheveux blancs devant Kaniarlinc coninie pour Ini dlif la vie passe vile el importe peu. I.aiMarlincse ra|)pclant la séance dti '.) ihermi- ilur cpiil viiiiiil (le (lecrirc ilun> les (f»;*o/i(/j//ji- disait aussi à Dupont de IKurt» : « Ceci ressemble beau- f( couji à la nuit dn !l llirrniidor (piand la Conven- (( lion lit iiijuclit'i Miiiia-> conli'' la coinninne et « eloulïer la terreur dans son dernier conseil. Si la « royauté el la Chambre des députés or»! un Barras u c'en est fait de nous demain, car nous sommes « dans la situation de la commune de Paris; mais « nous sommes les conspirateurs de l'ordre el de t< la pacification. » IV. Ces cheveux blancsd'Arai^o imposaient an |)eiiple. L'àij;e el la léle romaine de I>u()ont de ll^nrc com- mandai<'nl aussi aux yeux une delerence mêlée d'attendrissement. Ce vieillard vert d'espril, droit «.'tail le but de Ions les yeux, ceux (pn penétraienl dans I i\ m: »i\ii.Mi ifi! I;i rli;iiiil»ic (lu consoil x' Ir raisaioiit iiidiitivr. piii ( ( ii\ (|iii l'avaionl \ ti ; (ui iiioiitail .siii- \e9> chaises et sur los canapés poiii le conteiiipler. <|iiel(|iier()is copentlaîil la \i(»leme des oiidiilalioiis lie la joule i-lail li-lle (pie Dupont de rKure louid (rannécs el pelil de taille cliancelail sur sa cliaiso el étail |)rès d'c^tro étoufn''. Dans ces inofiieiits d(^ turunlte et de ilaiii;cr |t()ur lui . une l'eniMie du |ieu|)l(i «pii ne (piittait pas lo dos do son sieu(î jetait des cris, s'adressait an peuple, lui re|)rocliail sa l)ruta- lilé, lui montrait les larmes aux veux, ce vieillard, lecouvrait dcson corps en se cramponnant à la table el l'entourait de tous les soins d'une lille ou d'une sœur pour un |)ère ou pour un frère en danj^er. cette pauvre femme avait le costume décent mais presque indigent des marchandes qui lrali([uent dans les lialles des faubouras de Paris Ai!;ée elle-même sa physionomie absorbée dans sa surveillance de Du- ponl de l'Kure exprimait la simplicité et In bonté File ne pensait plus à elle-même, l'aspect l\gs |)is- tolets, des fusils, des sabres, ses pro|)res vêtements déchirés et mis en landjeaux i)ar le froissement de la midlilude armée ne l'arrêtaient ni ne l'intitui- daient. Tout le monde croyait (juo c'était une femme de la familiarité de Dupont de l'Kure envoyée là pour soigner sa faiblesse. Klle ne le connaissait pas. Perdue dans la fourmilière d'hommes et de fenunes (pw traversaient le cortéize du u;ouvprneinent à son 26i Ilf:VOLUTI()N DK isls. entrée ii l'Ilùtol ()ntenu sous les lieux bras j)ar ses amis et allant recevoir l'as- saut do tout un peuple, elle avait été émue de pitié et de dévouement pour lui. elle avait pensé qu'il fallait un appui fiMuiniu ;i la vieillesse, nu (pie peut- <^lre l'intercession d'une fenwne de sa condition le siuivcrait du poij^'uard dnii séditieux, elle s'était attachée à ses pas elle était entrée avec lui jusqu'au conseil où elle i'envel()i)|)ait de sollicitude. I.a piété est une passion courageuse et la |)lus désintéressée des passions. V. Juscpi'à ce moment tous les actes, toutes les pro- clamations, tous les ordres du gouvernement pro- visoire avaient été lancés |)our ainsi dire au liasanl et au non» de la révolution plutôt qu'au nom d'un gouvernement défini, ils portaient en tête tantôt — (lu nom (hi Peuple français, tantôt — au nom de la talion. Les premières comumiiications du gouver- nement avec le |)euple avaient été reçues sous cette simple formule sans exciter l'attention ni les mur- mures. » Mais de sourdes rumeurs parcouraient déjà la nudtitude. Les cris de vive la republiffue! écla- taient avec une significative unanimité parmi les combattants, hv masses des faubourgs marchaient à ce cri sur 1 ll(\Ul de Ville. ;i (jnelques pas du gouverueincnt tl.iii.- dos salles luincipales oii la foule siegeail luiuullueuseinent la Ue[niLili(]ue (>(ail dôjà proclamée, il était temps pour le conseil lui- même (le prendre enlin un parti nl)><;lu pour ou l'onlre le ciianiçemenl de toruie du i^ouverneuituil. Son titre de i^onvernement provisoire disait assez jpi'il ne se reconnaissait au fond (piune autorité d luterrèiiue. mais encore fallait-il savoir au nom de quel primipe monarchique ou républicain cet inter- règne serait exercé, la nécessité soulevait et pres- sait la (juestion. La révolution avait renversé la lovautc dau^ la personne de Louis-Piiilij)pe. la régence dans la personne de M. le duc de Nemours qui était la seule légalité du moment, avait été tra- versée sans qu'on s'y arn'tàt. le duc de Nemours lui-même n'avait pas pu [)rolestcr si rapides avaient été les deux déchéances. La régence de la duchesse d'Oiléans n'était pas légale par l'imprévoyance du roi et de ses ministres, à peine proposée par .M. Dupin et par M. Barrot à la Chambre elle avait été écartée par la demande d'un gouvernement pro- visoire sans qu'aucun des ministres de la royauté sans que M. fhiers lui-nu^me ministre de l'heure suprême eût monté à la tribune pour la dis- cuter et la soutenir, une invasion soudaine l'a- vait étouffée, il ne restait debout en droit que la nation, il ne restait debout en fail «pie sept 2fii Rf:VO|,UTION DK IH48. Iiomrnos jinihuil cl ;ii:iss;nil m son lunn «l en sot» ;il)>(Mico jus(|ir;« rc (|ii't'llr pril icirlcr <^t iiiçir olle- iiième. ces liomincs n avaient cvidcininrnl pas l«* droit de cliansçer la forme du gouvernomont si un ironvornonionl avait exist('^ mais aucun ijotivoine- nionl n existait , exroptô le iïonvornpmont du |»lii- t('^n)('rain' ou du |)lns dévoué, dans rolto aliscnce total»' do lois constitutives, dans ce vide d'autorités dans ce néant dr droits, ces sept hommes dont le liasartl de l»Mir |)résence ici faisait toid le litre avaient certainement le devoir de reirarder autour d'eux d'n|)précier la situation dans son «Miseml>le cl de ilelibeier. il leur était loisible aussi d'adfneltre comme éléments de leurs délibérations leurs |)ro- pres opinions, leurs tendances personnelles, et de déclarer au pays s'ils allaient jnouvcrner provisni- remenl au nom de la monarchie écroulée sous leurs |)ieds, ou au nom de la repul)lique levée dans leurs eoMirs. VI. Tel était tout le fait et tout le droit de ce solen- nel débat dans le(iuel le dan.^er publie, le feu qui brillait, le sanj^ qui coulait, intervenaient certaine- ment dans la délibération comme de terribles inter- locuteurs, celui tpii ne les eût pas entendus ei'lt été iMi insensé, celui (jiii n'eût écoute fju'eux eût (■le Mil lAehe. on a sujipose. on a écrit (pie la peur I.INin ^IMKMR. 2f.r. iiil('i\iiil iliius retlo (IcIilx'nUioii r\ (ju'cllc (int la inaiiidc plusieurs des signataires de la Kcptiitliiiin'. Cela est faux de deux manières, faux «niaiil aux hommes, faux (jUiiiii aux choses, un (liliMiiriic h- prouve, les hommes (|ui >"etaient jcio diins ce cra- tère s'y étaient jetés |)ar un (!e ces deux molils : ou parce (ju'ils étaient re|tul)licains cl (|M'il- vou- laient aider la l{ei)idtli(pie l(Mir pensée |)ers()niielle à soitir irrésistililc ^\^' cette explosion, ou bien parce (\\\'\\^ étaient des citoyens dévoués s'oflrant en lioh)causte eux-mêmes au lover de l'incendie révolutiomiaiie pour le resserrer le contenir el em- pêcher leui' pa\s el le monde d en être consumé, si ces hommes élaienl des républicains fanatiques ce n'était donc pas la peur qui les faisait consentir à la Républitpie. si ces hommes étaient des vic- times dévouées s'olTranl |)oui' le salut de tous, ce n'était donc pas des caractères timides que la crainte pùl intimider. D'ailleurs il n'y avait aucune crainte de mort présente pour ceux (jiii auraient refusé de pro- noncer le mol de Républicpie. il n'y avait qu'à se retirer en sûreté dans sa demeure et à laisser une place enviée pat mille autres dans le cercle du gouvernement. I.a table du conseil abandonnée par un, plusieurs ou par tous les membres du gouver- nement ()rovisoire aurait été à l'instant envahie par des citovens (pii ne demandaient (]u à les renqdacer ibtt ni:\ iM 1 iiiiN i)i-: inm. ol ;i se compi oiiirllro ainsi (lr\ nnl l(^ |)('U|)le ol dovanl l.i |)(»>l«'ril('. \.o «limier rlail au coulraire «h; rcslor au i^ouvornonionl au milieu d'un luuiultc» «jui pou- vail (I une limic a lautro dovonir un niassano. Ko (laiii^'or notait pas de siMiluir. Ihistoire à cet éj?ard vu apjiello à cent mille lômoins de toute opinion (|ui assistaioiit pcn.lanl n^io, soirée et celle nuil lenihle aux eveiiemculs do l'inlériour de rilùlcl de Ville. Si les mombres du i^ouvernemenl |)iovi- soire furent rou|>al)lcs en ce moment, ce n'est donc pas dans la pour cju'il faut leur clierrher une excuse. Ils ne tremblèrent pas, ils raisonneront, ou plutôt les évônemonts raisonnaient jxtur eux dans la siliia- lion cpii les pressait, ils n'avaient que trois partis à prendre, ou n»' proclamer aucune forme do jj;ou- vernement. ou proclamer la monarchie, ou procla- mer la Hépubli(jue. VIL Due au peuple nous ne proclamons aucun ijou- vornoment; c était évidemment dire à tous les partis soulevés pour (»u contre tel ou tel i^ouvernemenl, continuez à verser votre sanj^ et celui do la France, à recruter vos forces, à aiguiser vos armes, et don- ne/ des assauts continuels à l'ordre provisoire et désarmé que nous établissons jiour lui arracher le triomphe de \oire faction. Ne rien proclamer du loiil ("elail donc on fait pro- I i\ lii >i\iKMi-:. ib7 clumei l'anairliio, la sodilion, la tîiieire ci\ ile en|uM- luain'iiio mitMi\ \alail iiiillc lois tjue ces hommes fusseiil restés immobiles et muets dans les raiii^s do-r. députes, que d'en être sortis au ncun du salut pultlu- |M>ur la perte de l()U>. Proclamer la mcuiardiie (le\;iii( dois cent iiiill<> hommes soulevés pour l.i (-oinlialtie, dcvaul la i;anle nationale désori;amsee ou ('omplie(\ dcNaiil l'armée étonnée ei dissoute, devant \r liôrie \i(lci, devant le roi absent, devant la rci^ence en fuite, de\ant les (Ihambres expulsées par la capitale, c'était évidenmienl proclamei la division à la face du peuple, ou plutôt c'était déserter le poste du péril et de direction où l'on s'était |)re(ipilé, et remettre à l'instant le i;ouvernemenl de cette tempête, non plus aux hommes modérateurs dont elle reconnais- sait j)ar miracle l'autorité, mais aux vents et aux foudres de celte tempête même. C'était livrer la France aux hommes de désordre d'ananhii* et de sani^. C'était pousser de ses propres mains la nation au fond de labùue des partis extrêmes, saniiui- naires, désespérés, au lieu de la retenir au ristjue d être écrasés sur les pentes modérées de la liberté el sous l'empire du >ull"rai^e universel dernier appel à la société sans loi et sans chef. Proclamer la républicpie provisoire sauf la rati- lication du pa\s imujédialemenl con\oqué dans son assendilée nationale, c'était donc la seule chose à 2fi8 nf:v(»i I I KtN i)i; \hu. \a fois n'voliilidim.iiri' cl |»r(''SPrvHlric(^ ;i Ciirr. l];w il 1111 ( iitc l;i H<'|iiil(li(|ii{' IciUi'c iivoc uiwuniiiilc <'t modi'iiilioii |>omlanl nu espace (le lcin|)S(|uelromiuc (Mîiil nn |)r()jj;n»s irntnrn^n nrmiis (hins Tordre des i^oiix tiiictiunls rntiomu'ls, ci des iiilon^ls popiilniros. diiii i\\\{u\ vMv si colle seconde HcpiiMifpic courue comme ni) conln>sle licureux et ('•clnlanl aii\ exc<*s • 1 aii\ crimes i\r la |)remière devait (^iro répudiée plus laid par la iialiuii rassomhiéo, elle doimail pour le momeni du moins au j:;ouvernemenl chnrj^é de sauNfi l'inlerrèi^iK», Tenlhousiasme du jxMiplo, le concours actif do tous les répul)licains la satis- lacliou aux (tpinion> renmantes, l'élonncmcul de 1 l'iiiiope, en un mot l'élan l'impulsion cl la force de traverser, jusrju'au uouv<'rn(Miieut defmilif, l'aliîmo sans fond dune révolution. vm. l/inslinct esl l'éclair du raisonnement il écrivait en éclairs d'évidence ces considérations dans l'es- |iiil de> lionimcs les |)lus modérés du irouverne- menl. aussi la delilx'ialion fut solennelle mais courte. c(uume une di'lil)éralion sur le cham|) de l)alaille un tour d'opinions et de vole sommaire demandant à clia(pi(^ meml)r(^ du iiouvernemenl provisoire sa conscience et sa pensée y suffit. Une n'Ilexion concentrant une vie dans une minute et LIVHK >l\IKMK i«' quelijui's paroles brèves »*l {;;iase> turiiKTiuil lo résullal m>aini)i»\ il y iiisljiuts do. relijiic'ust' hésilatioii (laii> le eœur. (Hiel(|iies l>all»u lieinenls sur les lè\res, (jiiehjues jiAleuis pensives >ui les fronls, (|uel(pies coups (I'umI (rinlelligenee s'inlerroiïèreiil Itien en envisai^eaiil la laii^eur el la profondeur de réléinenl repid)lieaiii, an inoiiieiil dequiller du pied la rive séculaire de la monarchie pt>ur s'élancer sur la mer ai;itée el imonniie de la République, les plus vieux el les plus termes cou- raties eurent bien (pielques gestes el quelques alli- tuiies d'irrésolulion momentanée et d'invocation se- crète à la proNÎdence des peuples n)ais a[)rès avoir regarde altciilivemenl en soi el autour de soi, au- cun ne recula dans l'anarchie certaine plutôt (pie d'avancer hardiment dans les hasards du salut com- mun, les uns par parti pris dès longtemps, les au- tres par satisfaction de leur système triomphant, ceux-ci par vieilles convictions ceux-là par rai- sons courageuses, plusieurs sans doute pai con- viclion seule de la nécessite, loua enlin par la prévision de l'heure et par l'évidence de linqjos- sibilile actuelle de toute autre solution, propo- sèrent. Notèrent, ou consentirent le (iUe de Ke- pul)li(|ue sur le froiili>pice du gouvernement de la révolution, seulement dès celle heure il fut dil el entendu (pic limmcnse majoiilé se refusait m- IleMblemenl à usurper au nom d'une \ille ou d une -'10 itf: voirnoN i»k «sis. liirlioii sur hi uiiliou loni ciitirrc, le dioil >\r lulôt (pn; de le contre-signer. il fut convenu (ju'onadopterail dans la rorniule dan> les actes et dans l'intcMprétalion le sens présenté dans la proclamation rédigée en ces termes par Lamartine. Le gouverncmcnl provisoire proclame la République sauf la ratification de la nation par une assemblée nationale immédiatement convoquée, ainsi la guerre civile [)ouvait être éteinte, la K'volution pouvait être accomjdic, le peuple pou- vait être dirigé par son propre frein, et cependant la nation restait maîtresse absolue souveraine de son gouvernement définitif. Kxcepté les monarciuste.- superslilieux ou les ré|»ublicains sectaires <]ui placeni le droit de leur comiction indixiduelle ou le Iriomplie de leur fac- iKin .lu-dessus de tout droit et il- tout peuple, tout le monde .--c déclara satisfait dune -olulion I.IVHK M\ll Mi:. J7I à la lois SI autliicRUise ul t^i Ici^ilime, ('t'iail la iiicil- k'ure solution pour la U('|Milili(jui' cllr-iiuMiic. (^ar on ne dorohi' pas la liltcrlc, on son «'iiipare eu j)k'iuo luuiiùre el en plciiu^ nation. Les institutions ^ul•pli^e■« (l un coup (le main dr iiiinoiile res- senililenl au fruit d'un larein. on en jouit mal v\ cllo durent peu. l.o iiommes sérieu\ partisan- du gouverncnienl déinocralique^ dans le eonseil du gouvernement provisoire voulaient (jue la Hepu- hiicpie fût un (IkmI et non une eseroipii'iie de la loree ou de la ruse d une taetion. Tue M('pultlii|ue imposée ne pouvait ètic lii|iir (Il l()iil(>« NMIns ;ni peuple dans \i\ procljwnalion rt darjs les mille alloculioijs de» I.amarlirie el de ses rollèijiios au peuple de IIImIi I de Ville fui le sens continu de Inules les |)aiolesdc Joules les pensées de tons les acles de celle dielalure re\ oliiliontiaire. la majorité ne laissa pas prescrire un seul jour eontit^ vo[[o siimilicaiiitii de ses actes de gouvernem(Mit. On retrouve ce eoMiMicnlaire ilo ses intentions non seulemeul dans les proclamations qui Ibndérent la Hepuhliijue sous la réserve de cela|)pel au peuple, non-seuleuKMit dans la convocation im- médiate de l'AssendjIee nationale, mais dans les in- nombrables dis(^ours que les nieir.bres de cette majo- rité adressèrent ou répondirent pendanticur dictature aii\ partis modérés (pii leur demandaient le suffrage libre, el aux partis extrêmes qui leur demandaient la tyrannie, les ennemis de la Kepid)li(pie en ont calomnié à c«M éiiard les fondateurs, ils ont voulu IrouNei- iiu larcin ou une ti-urpalion dans ses fon- dements, ils no trouveront ([uc trois choses dans les acles de la majorité de ce gouvernement, une die- lalure, la jilus courte possible a celle de servit an nom du (>éril com- mim. une inilialixe liar(be (pioique lemporaiic de la Hepubliipie conscicncieusemeni prise pour tentei la LIVRE SIXIKMK. 273 foilniic (!•' la lil>erlé, el pour rloullVr truiiicnco ranarchie sous l't'ntliou>iasiin' du peuple, enliii un inviolable respect de la souNeiaiiutc nationale, el un appel irnincilial el perpétuel au peuple. \oilà la verile loul enlière, voili'i le mérite, le crime ou la verlu lie ce iiouvernemenl. Aussitôt que la proclamation tle la Ré|)ul)li(|ue en ces lermes eut élé résolue à ruuauimile, on se liàla d'envoyer reprendre à rimprimerio nationale les décrets du iîouvernemenl (jui ne portaient pas jusque-là celle formule en litre. Puiscjue le gou- vernemenl s'élail prononce, il élail urgent tl'eidever aux factions exlrémes qui s'agitaienl sur la place ce grief exploité contre la pacitication du peuple. In drapea'i tricolore lut aiboré à une fenêtre el des centaines de morceaux de papier sur lescpiels étaient inscrits ces mois, I.a République est pro- clamée, volèrent sur la foule. On les lut. on se les passa de main en main. Ce mot vola de bouche en bouche, le doute les rixes cessèrent. Cent mille hommes élevèrent leurs armes vers le ciel, un cri unanime remonta de la Grève, des quais, des ponts, des rues adjacentes aux murs de rilùtel de Ville, il s'étendit et se multiplia de proche en proche jusjprà la Hastille et juscju'aux biiirières de Paris. I. 48 ?7i IM \ ni r rin\ ni' is ;s L'explosion de ce senliinonl coniprmu' depuis un (lotni-sièclc sur les lèvres et diins le cul)ordinalion dans leur admiiii-ilration. 271". iu:\ oi.L i iiKN i)i: 1 KiH. i|iirl(ju('s-mis revinronl piir inici \ ;illr |mhii ;i>-i>l('r .111 ( oiiscil (Iti iîouvcriKMiiciit m jJeiiiKincnce. Os |)rornirre? heures de la niiil lureiil un lii- iiiiilte |iliitùl )|irin) eoiiseil. il lallait sf; lever à (•Iia(|iie bniil du dehors, soulenir du |)(iid> de ses épaules les portes ébranlées par les eoups de crosse de tu>il ou par des l)ras inipatierils de résistance, Sf lairc jour a lra\i'r> les armes nues liaïaiiuuer, conjurer, sul)jUL:uer ces délachcnienls dr la niulli- lude, 1rs lefouler inoiti('' jiar relocpience nioilic par la l'orce, toujours par le calme du front, |»ar la cordialité (hi geste, par Téneri^ie de l'attitude ; en dé- tacher ainsi une partie pour combattre l'autre, puis le linnidte réprinié rentrer au milieu des acclama- tions (pii assourdissaient l'oreille des IVoissenients qui brisaient les mendjres, des end)ra>semenls qui eloulVaienl la resp.iration ; essuyer sa sueui-, l't re- prendre >a place de sanij;-froid à la table du conseil pt)ur réchi^er des proclamations et des décrets, ju>- qu'à ce qu'un nouvel assaut vînt ébranler les voûtes, secouer les ()ortcs, refouler les sentinelles, tordre les baïonnettes el rajjpelei les citoyens j^roupés autour du i;ouvernemenl et ses membres eux-mêmes aux mènics luttes, et aux mêmes harani;;ues, aux mêmes elTorls, aux mêmes dangers. Lamartine était pre^(p^e toujours provoqué par >ou nom. sa taille élevée el sa voix sonore le ren- daient plus apte à ces conllits avec la foule, il avait i.iviu: SI M K mi:. m ses véleiiuMils eu lauiboaiix. le fol mi, les che\t'U\ nii« i;rou|)es tic ntoyoïis, tle i^ardis nalionaiiv, iI'l'Iùvos dos l'coles, qui s'élai(MJl allacliés à ses pas sans (piil lesconnAl cominerclat-majordu dovoiio- moiil aulour d'un cliof sur le cliaiiii» d une révolu- tion. < Ml y rcmaicpiail un joiino professeur du colléi^c lie France, Payer dont l.amarline ne savait j)as même le nom, mais dont il admirait l'exaltation froide devaul \o daniierel le recueillement au milieu du tumulte, caractère des hommes de crise. On y reconnaissait aussi un jeune homme à l'œil bleu, à la chevelure blonde, à la voix tonnante, au geste impérieux, à la stature athléti(pie, dominant, pér- orant, rompant le sabre à la main les niasses de sa poitrine et qui prit dès le premier jour, dans l'in- lérieur, au dehors, à pied ou à cheval, un empire map:nétique sur la niullilude. (^L'iail ChAteau Re- naud. Lin jeune élève de l'École pol\ technique beau, calme, muet mais toujours debout comme une hlalue de la réflexion dans l'action, figure qui rap- |)elait le Bonaparte silencieux de vendémiaire. Le docteur Sanson préposé aux soins des bles- sés et à l'entas^emenl des cadavres enq)ilés dans les cours et dans les salles basses; Kaivre jeuni; 178 iir.voi.rnoN dk u4h. im'dt'ciii il l.i iiliysionoiiiit; «'xaileu par \c loiii- |)ill()ii (li> 1 action (>l |iai i'iiioc (]n il crosail vu Noir jaillir roiniiiL! la n'vclalion du peuple. Kninsl (jriîfioiro orateur, (lijtloiiialo et soldat des inassos, piopro à tout dans ces moments extiomos ou la disision des facultés cesse el «m la pensée la pa- role cl la main T intrépidité el l'adresse doivent se confondre dans un instinct aussi ra|)ide (pie les mouvements, aussi multiplie istance. Sa tête haute dédaigneusement tournée vers les agitateurs imposait même sans parole au tumulte. l.lVUli SIXlKMlî. 279 (jurnier-l'a.^ès di'jà l)risL' par la soiillrancf el |iar lo> elVorls (juil venait de l'aire pour cotupiéni el pour concentrer clans ses iiiam> la mairie ilo Paris, répundait à ilôts sur la inulliludc sa voix son Ame SOS y;est('s, sii suour. ses bras s'ouvraient et se vc- fenuaienl sur Sii poitrine comme |)our embrasser ce peuple, la honte, l'amour, le ('0ura|j;e illuminaient sa piivsiononiie j)Ale dun rayon d'ardeur (jui fon- dait les cœurs les plus exaspérés, il faisait plus que convaincre, il attendrissait. Lamartine cpii ne connaissait de Ciarnier-Paf^ès juscjue-là (|ue son nom et son mérite le contemplait avec admira- tion. « Ménagez votre vie, économisez vos forces, « ne donnez pas toute votre Ame à la fois, nous u aurons de longs jours à combattre, lui disait-il, u ne dépensez pas tout ce courage en une iiuil. » Mais Garnier-Pagès ne comj)tail j)asavec lui-même. Kxpirant il demandait encore des miracles à la nature. C'était le suicide de l'honnêteté, il tond)e enlin d'anéantissement sur le carreau pour reposer sa poitrine déchirée el retrouver un peu de voix dans une heure de sommeil, on le couvrit de son manteau, mais la li('\rf du bien publie le dévorait, il ne dormit pas el d'une voix rauque et cassée il ordonnait il conseillait il haranguait encore. Duclerc (pii paraissait son disciple et son énudo ne (juiltait pas (iarnier Pages c'était un rédacteur éuiinent du ^'atl(ln(ll pour les (jueslions de haiilf •.'HO ni\ m r MON 1)1-: iKis. fitMiire cl (l'ccoiiomio poliliijin». Joiinc, l)onn, irrave, lo roi^ard dniit li^ fionl plein, la l)(iiirli«> fcrrue il parlai! prii, il m ai;issait (|ii'à propos. ront'( lii infa- lii;al)|p allai)! au biil du piomior coup, il j)rrcisoil tout, rrlairail tout, formulait tout, il avait dans les traits roiiimo dans l'ospi i! plus do co!iuiiandon)ont que de persuasion, on sentait eu lui l'onlrt' in- carné ii)ipa!ienl de >()i!ir du desordre, il semblait épier les premiers symptômes d'un prouvcrnemenl reconstitué pour y prendre sa place naturelle à côté de son maître et de son ami. Lamartine dans les in- tervalles do repos se complaisait à rei:ar(lor et à voir aij:ir ce jeune liomme, ressource dans l'im- prévu, rèijie dans la confusion, décision dans l'embarras, Ukmh dans le chaos. Tel lui apparais- sait Duelerc. Marrast cpioicjue moins doué par la nature pour imposer |»;ii()1c> un .iiicion aide de camp do Lalayelto s nou- velles idées aujourd'hui oijalenïenl |)rùt a ce rire, à ayir, ou a haranguer. \ll Cependant la nuit était lond)6c. 1x3 bourdonne- ment sourd des (juartiors voisins du centre totnbait avec elle. Les citoyens rassurés sur l'existence dun i;ou\ernenient actif et ferme, ra|)pelés dans leur de- meure par riieurr du repos et par le besoin de tran- (juilliser leur famille commençaient à s'écouler. Il nu restait plus sur la place deGrève que les bivouacs les arrière-gardes de la révolution, les combattants harassés el chancelants i\o froid (>t de vin , (pii veil- laient la mèche allumée autour de quatre pièces de canon charijées à mitraille, et la masse tenace; exal- lée, fiévreuse, insatiable d'agitation, de motions, (pii campait, flottait, lumulluail , dans les coui-s, dans les escaliers, dans les salles de l'Hôtel de Ville. Ces masses se composaienl surtout des anc icns I.IN UK SIMKMK iHi ineiiibi os (le &ocii!lcs socrèles, année tlo c()n>|iira- teurs lie loules les tlales depuis 1815; des ii'\(»lii- lioiinaiivs sans repos lroni|t(''S dans leurs espérances en 18.W> parla révolution même cpiils avaient laite el (jui leur avait ecliappi'; enlin des eond)atlants des Irois jours dirii;es par les eomit»'S du journal la liéforine el cpn avaient espère ipio le içouvernement ap|)arlientlrail exclusivement à ceux à (pii apparte- nait une si grande pari du san.^ el de la vicloire. A ces trois uu cpialre nulle houunes animes de ressentiments el d'ambitions politiques, se joi^nail, mais en petit nombre encore, quelques adeptes so- cialistes el eommunisles qui voyaient dans l'explo- sion de la journée l'aurore d'une mine cliarj^ée sous les fondements même de l'ancienne société, et qui croyaient tenir dans leur fusil le j^'age de leur sys- tème et de la rénovation de l'humanité. Le reste se composait de ces forcenés qui n'ont ni système polili(pie dans leur esprit ni chimère sociale dans le cœui , mais cpii n'accej)tent une révolution (ju'à condition du désordre (pi'elle perj)etue, du sang qu'elle verse, de la terreur ([u'elle inspire. Des écrivains et des démagogues à froid les avaient nourris depuis vingt ans (ra deux sangs, (]iii llaiitMit le carnaizo on sortant de la dohanclio et (|ni no cessent jamais d'assiéiïcr roroille du peujtlo (|u'après qu'on leur a jolé un cadavre, ou (ju'on les a balayés dans los jirisons comme Top- probro ilo tous los partis, c'était l'écoulemont des liaiznos et des cacliots. MV. rcmlant (pio le. izouvornenient piolitait de ( os premiers niomonts d(> calme dans les rues pour multiplier >es ordres, pour ré.uulariser ses rapports avec les dilVéronts (piarliors et pour envoyer ses décrets aux départements et aux armées, ces hom- mes répudies du \rai p(>u|)Ie dans d'autres par- ties de ce vaste édifice flottaient à la voix (\o> ora- teurs domai:;op:nos, entre l'acceptation du nonvtMU t;ou\ ornement et l'installation d'aulaiil do i;ini\er- noinonl- qu'ils a\ai(Mil de cliimores, d'ambition, «le fureur ou do crimes dan> le cœur : des vociféra- I.IVIU: SIMKMK. 285 lions iiiiiiicnses s\>lo\ aient |)ar inlfi\alli> ilii lotid des cours jus(^n';m\ onillcv- du i:ouvernemenl |tr(>- visoifc. des di'cliaiiii's de ((niiis de fu>il élairnl les applaudisseiueuts des niuliuns !(> plus iucendiiures. Ici (Ml jiarlail d'arlioier le drapeau n>ui;e syudxile du Siinu (jui ne devait tarir (|u a|)rès (jue la |)eui- aurait affaisse tous les ennemis du desordie. Là, de déployer le drapeau noir siune de la misère et de la d«'i:radation de la raee prolétaire ou siano de deuil d'une soeiété souillante (pii ne de\ait se déclarer en paix (ju'après s'élrc vengée de la bour- geoisie et do la propriété. Les uns voulaient rpie le gouvernement fût volt» par un scrutin nocturne, que ses membres ne lus- sent pris (pie parmi les combattants des barricades. Les autres (jue les chefs des écoles socialistes les |)lus elTrénées y fussent seuls portés jiar la voi\ des ouxriers \ain(iueurs des dilîerentes sectes, (^euxci demandaient (pie le gouvernement quel (piil fût ne délibérât (juen présence et sous les baïonnettes de délégués choisis par eux épurateurs et vengeurs de tous ses actes. Ceux-là que le peuple se déclarât en permanence à l'Ilùtel de Ville et fiU à lui-même son propre gouvernement dans une assemblée inces- sante où Ton voterait toutes les mesures à l'accla- niation. Le fanatisme , le délire, la fièvre, rivress(î, je- taient au hasard ces motions sinistres ou absurdes ÎHfi Hf'VOf TTION m. IHIH. relevées çà «i I;i piir ili^s accliiiiwilions conftisos, puis rrloiiihiinl aussilAl sous le dfxçoiU de In iniilli- tudt' (jui les Irailnil avec horreur ou mépris à la voi\ duM bou cilovcn. W Un certain nombre de mécontents apjiarlcnaient au j)arti des comballants de la rrformr; ces répu- blicains plus exaltés s'étonnaient que les noms des écrivains ou des hommes d'action de ce parti (pii avaient tout fait j)our le triomphe ne figurassent pas ou ne figurassent (pie comme secrétaires dans le gouvernement, ils se refusaient à reconnaître un |)ouvoir accouru de la Chambre des députés comme pour confisquer la dépouille sans avoir combattu ni conspiré, ils ne voyaient dans ce gouvernement descendu d'en haut, aucun des noms (jii'ils a\aienl l'habitude de respecter dans les listes ou dans les conciliabules des conjurés contre la royauté. Ils y lisaient des noms suspects à leurs yeux d'ori- gine aristocratique, de pacte avec la monarchie, de comniunaule d'idées ou tl'inléréts avec la classe héréditaire de la société. De tous ces nonis au\- (piels on leur comniandait confiance, Dupont de l'Kure, Arago, Lamartine, (Irémieux, (iarnier- Pagès, Marie, un seul, celui de I.edru-Hollin , leur était familier el s\mpalhi(pie comme étant le nom I.IVHF SlMl.MK. 2«7 tl'iin oratoiir qui s'cljiit proclame r(''|>iil)li('aiii avant la i('|)iil>linu(' . et (]iii a\ail ci» r on xtiilllc (laii>' la liêfunne le fovcr dr coid'ii-^iun rt de hdidili s jtoiir ri'sisU'r jiii\ bandes eparses iriii>urij;t's, ol pour les refotdor en ba;^ par la parole ou par l'ohslacle que les poitrines «lu pelil nombre de défenseurs du nou- vernenienl provisoire ne cessaient de leur opposer. Lai^ranj^e, (pii s'elail installe au nom d Une dele- t^ation des comballanls, gouverneur de l'Holel de Ville, indécis encore sur la nature du i;ouverne- menl (piil rciiunKiiliail et (|u'il l'erail respecter, errait le sabre à la main, deux pistolets à la cein- ture, parmi les Ilots de cette multitude, elle recon- naissait en lui l'iniai^e de ses longues souffranc*'», de son triomphe cl de >on exaltation, le feu du cou- rage dans les yeux, le désordre de la jx'nsi^e géné- rale dans sa chevelure, le geste in)mcnse, la voix creuse, il haranguait les foules qui se pressaient autour de lui comme autour d'une a|)parition des cachots dans toutes ses allocutions à la fois fou- gueuses et paciliantes, il commandait plutôt la tem- porisation et la trêve du peiq)lo (ju d ne recomman- dait la déférence au nouveau pouvoir, on voyait qu'hésitant lui-même, et fort d'un autre mandat, il lardait à se subordonner coniplétement ; prêt à faire composer le gouvernement plutôt (pi'a lui (dtéir. Néanmoins ses discours resj)iraient , comme ses traits, le sentiment d'ardente charité pour les com- I.IVRF 'îlMIMi; «89 i)atlaiits, il«* pilic poui lo blessés, (lliorreur *lii saiii;, (11' rccoiicilialioii ciilic les classes, espèce il apotrc lie |>ai\ 1 arme à la main. Tel dans celle miil apparaissait uesliciilail cl iiaraiiL'uail La.i;iani;(;. Flocon allant cl vi-iianl sans cesse dv \ acùou an discours cl dn discours à l'aclion, faisait de i,'ene- reux efforts pour câliner ces sttnpçons, ces fureurs. indilTérent a la pari de gouvernement (jui r('\ien- drail à son parti personnel ponrxu (pic la rcpu- itlicjue triomphât, son stoique saniî-l'roid dans U'. tumulte ne laissait jamais ni son cou|t d'o'il, ni sa pensée, ni sa parole dévier du but. Sa voix de fer avait les notes métalliques de la crosse de fusil résonnant sur les dalles, sa pâleur virile, la concen- tration de ses traits, le port de sa télé (piil secouait, ses relations avec les plus intrépides soldats de la révolution qui l'avaient connu au feu, ses vêtements ouverts, dérliires, tachés de fumée de poudre, don- naient un souverain ascendant a ses conseils. Mai» déjà épuisé par trois jours et trois nuits de veilles, de combat, de maladie, sa voix ne portait pas aussi loin (jue sa volonté. Louis lilanc, sui\i il' Albert, circulail et pérorail aussi dans ces groupes. Son nom étail alors im- mensément |)opulaire. il réunissait sur lui le double prestige du parti politique exUL'incijuc lui donnaient ses relations avec la Reforme et de ses doctrines so- «•ialisles -nr l'associalion. C(>s lli(''ories fanatisaient I. l'i i9« lil.VoLUTlON l)K iKis. Its ouvriers pur des perspcclives (jii'ils croyaienl tenir eiilin à lu pointe de leui>» baïonnettes. Albert siiivuil Loui> lUiinc. oinrier lui-niôine, il était luuel derriùn: son niailre. mais sa figure con- vnineue, son visage pâle, ses gestes saccades, ses lr\n's pnlpilanles, exjiriniaient fortement le fana- tisme obslmi' pour linconnu. Sans parler, il clait un condiKleur de cette électricité morale dont Ix)uis blanc voulait charger le peuple |)our l'oudrover les vieilles conditions du travail. Louis blanc et ses amis ne prêchaient ni colère ni sang à ce peuple, leurs doctrines et leurs paroles étaient dans leurs bouches des doctrines cl des pa- roles de paix. Louis blanc s'efforçait avec une élo- quence pleine d images mais froide au foyer comme toute éloquence d'idée, de désarmer les bras en éblouissant les imaginations, il insinuait seulement au peuple de prendre ses gages dans le gouverne- ment en y introduisant ses amis, il se désignait lui- inèmc. il montrait Albert, il était admiré, applaudi plus (ju'obei. sa petite taille l'engloutissait dans la foule, le peuple s'c'tonnait de cette forte voix et de ces grands gestes sortant d'un si faible corps. La Miullilude, pai un irrésistible instinct, confond loujour? la fcuce et la grandeur du caractère et des idées avec la stature de l'orateur. Les aj)ùtres peu- vent être grêles, les tribuns doivent frapper le re- gard par la niassi^. et doîiiiner du front la place I i\ Ki: sixiKMi-: m publique. Le peuple mensuel uicsuie le^ hoiiiiiies par les yeux. Le désordre eroissail , l'insurreclion s'agij;ra\;iit. XVL Plii.^u'nrs fois elle élail \eiiue frapjxr aux porles du réduit où le gouvernerneiil provisoire siéiîeail, iiienaraiil do le précipiter et refusant toute obéis- sance à ses décrets. Créniieux d abord, Marie en- suite, étaient parvenus à force de fermeté uïélée il'lia- biles supplications à faire refluer ces bandes jus(jue dans les cours du jtalais. ils avaient reconqui^ laii- lorité morale au i^ouverneuienl. Sept fois depuis la nuit tombante, Lamartine awiil quitte la plume pour s élancer suivi de (piebjues lidèles cilovens dans les corridors, sur les paliers, jusipie sur les marches de rilùlel de Ville pour demander a ces niasses désordonnées l'obéissance ou la mort. Cha- que fois accueilli dabord [)ar des inq)recations el des murmures, il axait Uni par écarter à droite el à gauche les sabres, les |)oii:nards, les baïonnettes, brandis par des mains isres et éi;arées, par s'im- proviser une tribune d'une fenêtre, d'une balus- trade, dune marche des degrés, el par faire incliner les armes, taire les cris, éclater le.-> applauilisse- menls , couler les larmes d"enthou^iasme et de raison. La dernière fois, un mo't heureux de sanij-froid Î02 lir:VO!,UTI(>N i>i: U4«. cl (riiuilact' (]ni conlcnîiit ni» roproi.lio (l;in> udc plnis.mlt'iii' , Inviiil <;ni\('. imr iii;H«MrriU»e co.ii- vpiiil les m;>rclu'> df I ll«'it"'l de Nill'-. dr- cniips (\o l'util <()iiln' les feiuHres iiu'narjnciit ircxlciiiiiiior les faibles postes des volonlaiies (pii s'opposaient à cell»' invasion nou\elie dont Ir |>alais allai! rire (MU'ond)r(' juscprii retotilTenw'nt l'ontos les voix étaient éteintes, tous les liras lassés, tontes les supplications perdues, on vient eherclvr l.a- niartiiu', il sort ene()re. il arrive sur le palier du premier élagc là quelques j^'ardes nationaux, quel- (]ues élèves de l'Kcole jmlytechnique et quelques inlri'pides eitoven^^ luttaient corps à corps avec les envahisseurs. A son nom, i\ sou as|iect , la lutte cesse un in-tanl; la foule s'ouvre. Lamartine voit les marches du i^rand escalier couvertes à droite et à i^auclie de combattant^ qui forment un(^ haie d'acier jusques dans les cours et sur la |)lace. les uns amis et respectueux le couvrant de serrements de mains cl de heneilietions; le plus i^M'and nombre irrités, ombra-eux , au front ciiargé de doutes au regard plein de soupçons, aux gestes menaçants, aux demi- mols acerbes, il feint de ne |)as voir ces signes de colère, il descend juscpi'au ni\eau de la izrande courinlérieun' oii Ion a dei)ose des cadavres et où s'aL'ite une forêt de fer sur les tètes de milliers d'hommes armés, là un escalier i)lus lari;e descend à gauche vers la grande jioile d'Hemi IV (pu onvre i,i\ in. m\ii:mi-:. i«»3 ï'ur l;i pliico do liièvo el on le piiipU» s'euf;oulTic à inoilic. r'psl ii"i i\ur \r lldl de l'invasion (lui so rcii- conliv a\cc' le llol ilo^ dolViisriiis proiluil le plus de loiitusit)!!, de luiiuilU' L'I de cris. « Linnailine est un « liailrel — u'ccoutc/. pas Lainailiuc! — a bas l'cii- « donneur! — à la lanterne les Iraîlres! — la lèle, la « lùleile Laniarline! s'écrient queUjues forcenés tlont « il coudoie les arniesen passant.» Laniartines'arrélo un inoniiMit >nr la niairlie ilu premier (k'ure, el re- i^ardanl d un u'il a>suro el avec un sourire le|j;ère- ujenl sarcastique, mais nullement provocant les vo- ciféraleuis : « .Ma lùle, citoyens? leur dit-il, plùl à <( Dieu que vous l'eussiez tous en ce moment sur « vos épaules! vous seriez plus calmes et plus « sai;es, cl l'œuvre de votre révolution se ferait (( mieux! » A ces mots, les imprécations se cisan- ijent en éclats de rire, les menaces de mort en ser- rements de mains. Lamartine écarte avec vigueur un des chefs qui s'oppose à ce (ju il aille parler au |)euple sur la place : « Nous savon^s que lu es <« brave el honnête, lui dit ce jeune homme, à « la figure délirante, au geste tragiciue, mais lu « n'es pas fait pour le mesurer avec le peuple! « tu endormirais sa victoire; lu n'es qu'une lyre! (( va chanter! » — « Laisse-moi, lui répond La- (( marline, sans s'irriter de ses apostrophes, le « peuple a ma tête en gage ; si je le trahis, je me « trahis le premier, tu va» \uii .-•i j'ai 1 àme d un (< poêle on rrllo d'im cilovcn. >> Va (Icirni^r.int \i(»- loininont le collot do son li.ihit dos mniii< (|m le rolionnoiit, il dosronil, il h;nunî^iio \o peuple sur hi pIcHCO , il \r inrnôno il la raison, il l'cnlcvo à l'on- Ihonsiasmc. I.os applandis^enu'nts do la placo r«'- sonnonl jnscpie sons los voAlos du |)alais; ros bravos i\r dix iiiilh^ voix intiiiiidont los insnriçés du dodan<. il- conipirnnont cpic \o, ponpie est pour l-aniarlino. Lamartine rontre el remonte applanrii et élonffô d'oinhrassomonl- par ros ni<^mes liornrnos (jui dctnandaiont lants buttent leurs épaules contre ce fragile rempart, pour soutenir l'assaut et le poids des assaillants. .\ peine ces précautions desespérées étaient- I l\ lil. MMl.MI . i'j7 olles prises iju un tiiloiul U' luiniillc, !(.*> \ocifé- rali()n>, le ilitiiiclis (1rs iirines, les inler|i('llalioiis, les imprécations, les pas, les élans muihIs dr la colonne dans \c corridor extérieur. (Ieu\ (jui le defeiulenl sont ecarlés ou foules ;in\ pnd-. Les crosses de fu>il, les ponuneauv de >abre, les cou|)S de puin.u releulissenl eonlre la première porto. Les vitres dont elle est >uniionlee dans sa partie su- périeure frémissent, éclatent, tinleul sur les dalles, dans le couloir entre les deu\ h.iUants. Les cra- (pieuients ilu bois révèlent liiidoniplablo pression de la foule. La première porte cède et vole en éclats. La seconde \a être enfoncée de même. Un dialo|»ue sourd et [>ressé s'établit entre les assail- lants et les membres du i^ouvernemenl. Marie, Crémieux, (iarnier- Paires, leurs collègues, leurs amis refusent avec obstinali(Ju d'obéii' aux injonc- tions des envahisseurs. Une sorte de capitulation s'établit, on retire à demi les meubles. Ernest Grégoire, connu des deux canips enlr'ouvre la porte, il annonee cpie Lamartine va s'aboucher avec le peuple, qu il va sortir, le harani;uer et le convaincre des intentions du gouvernement. Au nom de Lamartine p^e^til5ieux alors sur le peuple, les imprécations se chariiient en acclama- lions de conliance et d'amour. Lamai line se içlisse sur les pas de Gréij;oire, de Payer, et se livre à demi étouffe piii la foule au llux et au lelUix de cette iW RflVOl.ll l(»N |)i: Mi M. rmillilud''. \A\o s'.ipjuso o\ snspond de prorlio en pioclio ses convulsions devant lui. sa laille ôlevéo lui peiinel de la dorniiicr An la iiMo. son visace serein l'apaise, sa voix, son ijeslo, la font s'ouvrir ou recultT. l n ronlre-rouranl s'élahlil el l'cniporle à travers le dédale obscur et inconnu des corridors et des degrés jusqu'à l'entrée de la salle des délibé- rations populaires. Le gouvernement provisoii-e, ainsi momentanément délivré, referme ses portes, place des postes el des sentinelles et se fortifie contre de nouveaux assauts, incertain toutefois si Lamar- tine remonterait \ain(pieur ou resterait vaincu dans sa lutte entre les deux peuples et les deux gouver- nements. \l\. I^ salle regorgeait de foule et de tumulte. Une lueur sinistre, des bouffées de chaleur humaine, émanation de cette fournaise d'hommes, des cla- meurs tant(St étotil'f(''es 1ant(^l stridentes en sor- taient. Il fallut longtem|)s à Lamartine et au groupe qui l'accompagait pour y pénétrer. Il entendait du seuil les voix de cpielques orateurs (]\\i l'annonçaient à la multitude, tantôt ces voix étaient couvertes d'api)laudissements, tantôt repous- sées par des termes de delianre, de colère el de «hMlain! — Oui, oui, — non, non! — écoutons Lamartine! — n'écoulons pas Lamartine, — vive i.i\ uh >i\iK.Mi-; rt» l^iiiiirline, — à bas I.ninnrtinoî — Ces cris ;ir- cijmp'^r"*^*^ d'ondulations, de iifsli's , do trôpiiine- nionls, d'iinn«>s élevées par-dessus la [r[<\ di- eoups de crosses de lusil lVai»|»anl le plancher, se conï- l»aUaienl à peu près par égale jiorlion dans lau- tliloiro. Pendant ce tumulte Lamartine se faisait penihle- iiienl jour a travers renlasscment de la |)oi te. il était soulevé en avant par îles hias vij^ouri;n\ jus- qu'au pied d'un petit escalier intérieur (jui con- duisait au sommet d'une estrade espèce de tribune d'où l'on parlait au peuple. Les ténèbres de la nuit mal dissipées par (juelques lueurs au centre de la salle, la vapeur des lampes allumées à ses pieds, ipii épaississait l'atmosphère, la fumée des coups de feu tires tout le jour dans les cours, et pénétrant de là par les fenêtres, l'espèce de brouillard (pie la transpiration lievreusc et l'haleine haletante dun millier d'hommes, répandait dans la salle, l'empê- chaient de discerner nettement, et l'ont toujours empoché de se retracer distinctement depuis, cette scène. 11 se souvient seulement qu'il dominait une foule frémissante à ses pieds, les visages pAlis par l'émotion et noircis par la poudre étaient éclairés au pied de l'estrade seulement , et tournés avec des expressions diverses de son côté, à l'exception de deux de ces visages tous lui étaient inconnus, l'un était la ligure fortement enqueinte de résolution île .{00 m \ oi.i 1 m.N i>K i»4». raïu'icn aide de iiiiii|» do l.afayello, Sarrans, écri- \ain ('oinbatlaiit cl oralciir .1 la lois de la liberté, raiilte elail relie do Cosle , ancien rédacleur du journal le Trinps, (|ue Laiiiarline avait connu jadis à Home. Gî visage aj)|taraissail après dix ans connue un auditeur [lassionné d'un nouveau forum au bas de ces nouveaux rostres. Au delà de ces premiers ranj^s de spectateurs de- bout les lueurs s'éteignaient |>ar degré dans l'ombre ne laissaient entrevoir sur le plain-picd au fond, autour, et sur des gradins adossés aux murs de la salle, (jue des ombres agitées et innond)rable> (jui se uiouvaient dans le crépuscule de cette demi-nuit, seulement les sabres, les canons de fusil, les baïon- nettes réverbérant çà et là les clartés des Uuupes sur le poli du Miélal, s'agitaient comme des gerbes de feu sur la léte de la niuililude à chaque frémisse- ment de l'auilitoire. Des cris contradictoires tiévreux frénétiques sor- taient à chaque motion de ces milliers de bouches, véritable tempête d'hommes où chaque vent d'idée parcourant la foule arrachait à rhacjue nouvelle vague un mugissement de voix. Lamartine jeté pour ainsi dire sur l'estrade comme sur un cap avancé au milieu de cette houle, la con- temphiil, incertain si elle allait le soulever ou l'en- gloutir, plusieurs orateurs se |)ressant autour de lui à droite et a gauche cl jusque sur les degrés de cette 1.1\ IlE SIXIKME. 301 e>pècc tic tribiino lui (li>|)iilaiiMit du corp-i ol de la voix la parole; ils lui)(,i»iei>l conruseinenl dis allo- cutions cl des inlerpellalions courles cl incendiaires à rassemUléc, Fiini- I.amarliiic clant parvenu à crar- ler ces rivaux de paroles, de la nwiiu cl de rcpaidc el à |»araîlre enfin isolé et libre devant les yeux du peuple, un silence entrecoupé de nnirnuins, de vociférations, d'apostroplies acerbes, s'établit enlin peu à peu. il essaya de pailer. W. « Citoyens s'écria-t-il de toute la poile<; d'une (( voix dont le danj^er de la patrie doublait leneri^ie « nie voici prèl à vous répondre, pourcpioi luavez- u vous appelé.' — Pour savoir de (julI droit nous u vous érii^iez en gouvernemenldu peuple et pour u connaître si nous avions alVaire à des traîtres, a M (ieslyrans ou à des citoyens dignes de la coii- « science de la révolution.* repondirent (pielques u \()ix du fond de l'auditoire ! « — De ({uel droit nous nous érigeons en gou- « vernement » repliipie Lamartine en s'avanvant ci en se découvrant liardinient aux regards aux armes aux murmuies, comme un homme (jui se livre en se désarmant. « Du droit du sang qui coule, do lin- « ccndie qui dévore vos édilices, de la nation sans « clief, du peuple sans guides, sans ordre, et demain Mii RRVOI.UTION I)K <84«. « |)('iil-rlre sans pam 1 ilu droil des plus dévouc'S el « (li's plus cDiiiiJut'ux 1 (lilujcus puir^qu il laul vous « le (liro; du diDil de ceux (jui livrenl les premiers (( Irui ànic aux sou|)çonf», leur saDi? à l'échafaud, « l(Mu trie a la vcn}j;oanco des pfMiples ou des rois M pour sauver Irur ualiou? \un\> r<'nvip/-vous ce (( ilroil? vous lavi!/ tous, prtMie/-lc connue nous! « nous ne vous le tlispulons pas. vous iMes lous « diiiues de vous dévouer au salul comuuin. nous (( navons do titre que celui ipic nous prenons dans « nos consciences el dans vos dangers, mais il laut « des chefs au peuple louibé d'un fiouvernemeiil « dans un iiilerri'f^neî les voix de ce peuple vain- (( qucur el tremblant de sa victoire au foyer mémo « du eombal , nous ont désignés nous ont apjMïlés (( par nos noms nous avons obéi.. . Voulez-vous donc (( prolonij^er un scrutin terrible et impossible au (( milieu du sang et du feu, vous en êtes les maîtres, « mais le sang et le feu retomberont sur vous, el la f( patrie vous maudira. " — Non, non non s'écrièrent des voix déjà u touchées et ramenées par cet abandon de tout u droil légal, et |)ar celte invocation au (IimIi du r( seul dévouement. — Si si répondirent dauUes (( voix plus obstinées, ils n'ont pas le droit de nous « gouverner, ils ne sont jias du peuple ils ne sor- « tenl pas dos barricades, ils sortent de ccUo assem- (( bléo vénale où ils ont respire Inir empesté de la LIVRE ?I\II:MI-. 303 M conu|)li()n, ils ont piolesU: conlro la corruplioii u (iiàeiit losuijs, lis y oui dcfoinhi la L-auseilu pi'uplo « ilisenl It'saulrcs, flibici» qu'ils ileclaronl au n»oins « quel gouvernoiiiL'nl ils proloiuienl nous Uoniier « s'écrient les plus modères, nous a\ons renversé u la monarchie, nous avons conquis la KcpuMitiue, « que Laniarlino s'e\pli(iup, veut-il on non nous « donner la HepiiMicpie ? » A celle inlerroiialion répétée qui jtart de Ions les groupes lie la salle Laniarline sourit dun demi- sourire qui aHeele de renlermer dans ses lèvres une indécision lèj^'èrementseeplique. expression de ligure (pii x'inlde j)ruvotpier un auditoire à arracher un dernier secret à l'àme d'un auditeur : a La Uèpulilique citoyens dil-il enlin asec le ( timbre d'une solennelle interrogation, qu'est-ce < (|ui a prononcé le mot de République? — Tous! < tous ! lui répomlirent des centaines de voix et des ( milliei's de mains agitant leurs armes en signe de < voloDlé et de joie sur leurs tètes. — I.a Uepu- « bli(iue .' citoyens reprend avec une gra\ité plus < pensive et presque triste Lamartine, savez-vous ce < que vous demandez? savez-vous ce que c'est que ( le gouvernement républicain ? — Dites-le dites-le.^ ( lui reptuid-on de toutes pails, — La l{c|)ubli(pie .^ < poursuit Lamartine; savez-vous que e est le gou- < vernemenl do la raison de tous, et vous senlez- ( vous assez murs pour n'aNoir d'autres maîtres (][io. ifti HfivoLUTioN m: ««ii* „ vous-iiu^mes el d'aulro iiouvcrnomcnl qno volro « propre raison .* — Oui oui ilil l«' ponpic — l.ii lU'- « publiiiue? savez-vous cpic l'ol le gouvernement 1» de la jusliceel vous senlcz-vous assez juàles pour « fniro droit nn^me l\ vos ennemis.* « Oui', oui! ouiî redit le peuple avec un accent « d'orisueil de lui-iuùme el de conscience dans la « voix, la Héi)ul)li(pi»^? reprend ï.amartine, savez- M vous que c'est le gouvernement de la vertu, et vous « sentez-vous assez vertueux, assez maunanimes, « assez cN'inents pour vous immoler aux autres, « pour oublier les injures, pour ne pas envier les « heureux, pour faire gnke à vos ennemis, pour (' désarmer vos cœurs de ces arrêts de mort , de c( ces proscriptions, de ces échafauds (pii ont dés- « honoré ce nom sous la tyrannie populaire qu'on cf a appelée du faux nom de Républifpie il y a un (f demi-siècle, el pour réconcilier la France a\ecce (' nom aujourd liui ? Interrogez-vous, sondez-vous, « el prononcez vous-mêmes votre pro|)re arrêt ou « votre propre gloire' !... » « — Oui oui oui nous nous sentons ca|ial)les de (( toutes ces vertus » s'écrièrent dans un unanime enthousiasme ces voix devenues recueillies et pres- (pic reliti;ieuses à la voix de l'orateur. " ^f^"-^ le I . l.is iioti-s (Je ce (lialogiiis oiU éU- roruoillioîJ sur place ot re- mis»^ ti'XliH'lli'mentîi riiiilo»ir|)ar(lpiix «les assisUinb;. MM. S;irrans l't Fin»»!*! Gn'soin'. LIVKIî SIMkMK. .iOfi M senlez.' vous le. juro/ ? vous vn allcslez co Dnu « qui se inauifesle dans les lieures comme celle-ci « par le cri el par linsliiicl clos peuples? » repreiul I^inarline avec une suspension dans 1 aicenl ((imimmî pour allendre la réponse. Un lonnerre d'alliriiKilinn répond à son iresle. « Eh bien dil-il ("esl nous (jiii « l'avez dil. vous serez Hépul>!i(iue! si vous èles « aussi dii^nes de la conserver que vous avez élé u héroïques pour la concpiérir. » La salle, les cours, les voûtes qui descendent sous les ve>lil)ules treni- blciil de l'écho prolongé des applaudissements. w — Mais entendons-nous re|)rend l.aiiiarlinc , « nous et vous, nous voulons la République; nuiis « nous serions vous et nous, iridii^nes du nom de « républicains si nous prétendions commencer la « liberté par la tyrannie ou dérober le gouverne- (( ment de la liberté de l'égalité de la justice de la « religion et du la vertu comme un larcin dans une « nuit de sédition et de confusion comme celle-ci. « nous n'avons qu'un droit celui de déclarer notre « pensée, notre volonté à nous peuple de Paris, « celui de prendre la glorieuse iiiiliativc du gouver- (« nemenl de liberté amené par les siècles, et de K dire au pays el au monde cpie nous prenons M sous notre responsabilité de proclamer la Hépu- « blique provisoire comme gouvernement du pays, « mais (Ml laissant au pays, à ses trente-six millions « d'i^nu-'S qui ne sont pas ici (pii ont le même droil I. 2(» : (lo l'oiisenlir, de |nvfiM'erou ilo n'-pudior « lolltîou lolle Ibrjiio d'iusliUilion, ou leur n'S<»rviinl « (lis-je ce {|ui l(Mir appjirlifnt , coimno notre pn'*- I. fcreiKo nous apparlionl à nous-iin^mes , c'est-à- u dire l'expression de leur volonté souvetaine dans H le suffrage univers»'l, premiôro vcrilé et srnle » base «le toute république nationale. » K — Oui oui c'est juste! c'est juste! répond l«^ « peuple la France n'est pas ici. Paris est la télé niais (' Paris doit tiuider ot non opprimer les membres. « Vive la Hrpubiicpir vive le gouvernement pro- « visoire vive Lamartine! que le gouvcmcment « provisoire nous sauve, il est digne de son mandat, » en choisir un antre serait diviser le |t(Miple et i< donner des heures à la tyrannie pour son re- w tour. » A ces cris Lamartine descend triomphant de l'os- trade au njilieu des applaudissements unanimes, il rétablit l'ordre, les pos'.es, les sentinelles, les canons dans les cours, il remonte assuré de la confiance du peuple et de l'unité du gouvernement provi- soire. Pendant son absence ses collègues Marie et (iar- nier-Pagès assistés de Pagnerre de Flotlard de Bas- tide de Paver de Barlhclemv-St-Hilnire de Marrasl et il'uii groupe de citoyens intrépides et infatigables I.IVRK SlXlkMK M)l avaient continuô atrie, les mem- bres du {i^oiivernemenl ne doiilaienl pas «pie ses «)rdres ne fussent obéis partout. Cependant le prince de Joinvillc aimé des ma- rins comnnuulail une escadre en mer. leducd'Au- male et le duc de .Montpensier commandaient cent mille hommes dans r.\li;erie. le Midi était roya- liste, la Ilot le pouvait se concerter avec l'armée et les princes, et ramener à Toulon une armée do soixante mille hommes en peu de jours, le roi dont on ignorait encore les desseins pouvait se retirer vers Lille, a|)pelcr à lui l'armée de Paris, celle du Nord, celle du Hliiii, et presser ainsi en peu de jours la capitale et le cceur de la ?^ance entre deux 1.,'uerres civiles. Le gouvernement envisageait ces éventualités d'un œil ferme, décidé à les prévenir par la rapi- dité «le ses mesures, ou à les vaincre par la prompte organisation des forces républicaines dans Paris, le succès même ne lui semblait pas douteux, contre toutes les hésitations des colonies et des provinces et contre ces reloiirs armés de la rovaalé il \ avait à Paris assez d'enthousiasme pour soulever la jtatrie enli«"'re sous les pas mêmes de la cour et des trou- ! I\ IIK SIXIP.MK. 30«» |»es. les changeiiuMiN de izonvciiiemeiit on rtiinoe sont des oxplosioiis et non des (•ninpa.encs. il n'y a jamais doux esprils à la fois dans ce grand peu- ple, les révolulions y sont soudaines, les longues guerres civiles ini|K)Ssil)les. C'est à la fois la Ira- gilit»' des gouvernements et le salut de la nation. Pendant (pie le petit nombre des membres du gouvernement restés la nuit sur le ( lianij) de ba- taille de rilôtel de Ville complétaient ainsi le>^ me- sures prises dans la soirée a\ec leurs collègues, le ministre de Pintérieur M. Ledru Rollin entouré des combattants des trois jours parcourait la capitale ralliant au gouvernement les conjurés du parti ré- publicain, il les paciliait |)ar la victoire, il les char- geait d'aller en porter la nouvelle à leurs frères des départements, il organisait son ministère, nommait à la liàle les premiers commissaires envoyés de Pa- ris pour remplacer les j)réfets de la monarchie ou pour reconnaître les administrateurs provisoires nue les villes s'étaient donnés d'elles-mêmes au premier bruit de la révolution. Caussidière, Louis Blanc, Albert, Flocon, por- tant chacun au pouvoir nouveau la part d'innucncc et la masse de clients que leur donnait leur parti dans les différentes régions du peuple, se groupaient autour du ministre de l'intérieur. Caussidière jeté à la préfecture de [)olice avec une masse armée cl confuse de cinq ou six mille hommes des sec- 310 UK\ ul.l I |(i\ Di; I s Is li()ii> iiiiiu'cs s'\ ili.^piiliiit un iiiiiiiK'iil 1 auloiilc rcvoliiliounaircavec Sobiier. I un ci I aulrc le sabre eru'oif .1 1.1 m;iin, l;i fiinii'P df^s cnmlinls sur le visaj^o, le Icu dans les y«ui\, 1»^ >ani; sur les vrlc- iHonls biv()ua(|uai(M)l avec louis coin|)ai;n()ns do liill(> dans les eours cl dans les rues adjaci^nles do la pr^^feclure. ils liMiaient leurs soldais sous les armes, ils gardaient leurs i)annières ne reconnais- saient (|u"cn liésilanl et en iniirmuranl le jjouver- ruMiient provisoinv ils se réservaient dOlxir ou de résister à ses ordres, ils semblaient \ouloir se rorlilier dans ce |)0ste , et ne ])oint licencier lu révolution armée sous leur main, mais en mémo temps qu'ils conservaient le noyau des cond)allanls de février autour d'eux, ils employaient avec éner- i;ie leur ascendant sur ces prétoriens de la révolu- tion mieux disciplinés d'avance et plus intrépides que les masses, à éteindre le feu, à desarmer le peuple, à j)unir les attentats individuels contre les personnes ou les propriétés, police arbitraire, ab- solue, irrésistible, faite par (cux-là même contre (pii s'exer^'ail depuis (piinze ans la police de la royauté. Ce camp île la [)refceture de police avec ses feux allumés, ses faisceaux d'armes, ses soldats en liaillon> dcVliirés et teints de sang, ses barricades éclairées au sommet par des lampions, ses vedettes, ses gardes avancées, ses escguades entrant et sor- I.IVHK SIMKMK H\ Uiiit |Miin (li'3 cxjii'cliliuiis rapides, iluiuinc (>ar \n sUtiue colu^ale el par lo geste saccade el par la voix cassée mais nniiiissante de Caussidièrc, ollrail l.i viMital)!»' iiiiaij;e de ce coinmencemonl d'ordre sorlaul avec désordre encore du chaos d'une société démolie. Oiieicpics membres du i^ouvernemeiU s'alarmaient (lu Noisinaijede cecamp el de la rivalitr anarclncpic du tçouvernement de Paris dispute (;ntre li; maire de Pai is et le nouveau préfet de police. Lamartine ne parlaijjea |)as ces inquiétudes, il se transporta >eiil au milieu de ce camp des montagnards, il vil à la physionomie de ces hommes, il comprit à leurs pro- pos, qu'ils étaient à la fois les instruments d'une révolution accomplie et les instruments dun ordn? nouveau à créer. rénerii;ie soldatesque mais hu- maine de Caussidièrc lui |)lut. il \ it que ce chef de parti avait le cœur aussi généreux qu'il avait la main forte il con)|)ril que sa luiesse n'otait rien à sa probité; (|u'il était satisfait el orgueilleux de la victoire; mais (|ue cel orgueil même lui faisait un point d'honneur de contenir tout excès, il résolut de soutenir Caussidière dans cette demi-soumission (|ui en lui concédant une sorte de suprématie sur le desordre l'engagerait plus sûrement à le répri- mer. Cau.ssidière de son côté avec cette di|»l()niatie d'instinct plus habile que lliabilelé apprise, atlecta AM llfcVOI I I ltt\ Dl-, IXIM a l.i l(tis il.iiis >o^ rjtppnrt^ a\i'c le irmiN n iiciiiciil provisoire une (Irlfrencc cl iiix^ iiKicpcndance (|ui laissaient floller les choses entre robéissance con»- plèle et l'insurrection occulte, ainsi I.aniarline se montra dès le premier jour ouvertement disposé à accorder à ('aussidicre tout ce (piil dcmandail le alTiUiu' do liberlô cominonrail ;i (Hro atTiiiiK' (lopain. qiicliiiios cilov en»; alarmés \innMU dire l'iMal (le la ville à I.amarliiio les in(|uielu(les du lende- main, les transes de l'avenir. Il se leva de la plaee oii il était occupé à redii^er les |)r()clamati()ns au l)euple el à l'armée il suivit ces citoyens dans une pièce voisine une fenêtre ouvrait sur la place de (irève el permettait à l'a^il d'a|)ercevoir les em- bouchures des rues du laul)ourt,' N DE l«ls. il lra\('i> uiu' ciiiMUilc ; ir ^l'^J)o^^uljlus lic leurs aclus par leur àîj[j)ai iliuu tic la f;ai(l<' iim- nicipale déciméo, celle recoinposilion forcée de la nouvelh' L'iinli' nationale, son ronlrolo, ses élec- lions, son aiinenxMil allaient laisser Paris pendant un temps indéterminé à la nxMei de lui-mi^me. la l^iierrc civile dans les provinces l'invasion possible sur les frontières pi>uvail exij^er des rccrnl(!menls soudains. Lamartine calcula duii reij;ard (|ue ces \inf;t-cin(| mille jeunes gens abandonnés au \aua- bondage cl à rémeute, ou (es viniit-rin(i mille jeunes soldats enrôlés ^uus la discipline et sous la main du gouvernement feraient une différence réelle de cinquante mille hommes pour la cause de l'or- dre contre la cause de l'anarclne. il rentra, il présenta en deux mots ces considérations rapides à ses collègues. Ils les sentirent sans les discuter, un signe de tète était tout le vole dans ces urgences. Ces nond)reux décrets signés en trois heures axaient épuisé la table du conseil, i'ayer lui procura vu lambeau de papier conunun déchiré d'une feuille (h'jà à demi écrite , Lamartine y rédigea le décret (pii instituait séance tenante vingt-quatre bataillons de garde mobile et passa le papier à ses collègues, ils le signèrent. La nuit même les enrôlements furent ouverts. Cette jeunesse se jeta en foule dans le premier corps de la Hépubliqu*' lièrc de son nom, digne bientôt de sou rôle dans la fondation de la liberté. 3i«i HKvoLirrioN 1)1-: i8 4h. \a\ force tlpslinôf ;'i sotttpuir ol rnntonir In rôvn- liilion fui ninsi cxlriiilo de lii rcvolnlion ollo-niAmo. vcrilahle nrmco ilnu |>(mi|)Ic niililaim onrcM('' |i;ir ronlliousiîjsinc , rccrulc j)ar hi inisrro, discipliiu! pjir son |)n)|)ro osprit, vôlue en partie do liaillons, el couvrant la porte et la propric^tf'» d'une ville de luxe. I^ ij;ar(le mobile devait sauver Paris du désordre pendant (piatrc mois et sauver la société du chaos le cinquième mois, sa création fut le |)ressenlimcnl (lu salut de la République aux journées de Juin, elle a subi dej)tiis I inijratilude des citoyens [)our lesquels elle a versé son sang. XXill. Ainsi en peu d'heures disputées aux agitations, aux secousses, aux assauts, aux menaces d une insurrection renaissante, au milieu d'un palais oc- cupé par vingt mille liommes armés, divises, bal- lottes, déchirés en pensées contraires, le gouverne- ment provisoire utilisant toutes les minutes, sondant tous les abîmes, épiant toutes les lueurs de salut public, ressaisissant tous les fils de la trame de l'au- torité anéantie, avait fait reconnaître en lui cette autorité dictatoriale, premier el dernier instinct «l'une société dissoute, il avait défendu dans son ilroit usurpe, mais usurpé sur l'anarchie, 1<; droit suprême de la nation en péril, li avait dissous, a MVRK SIXUlMi:. 3<7 force iraiulacc , les Itiilalives inU'sliues do subsli- liilion il'uii autre i^Diivoruenienl au >ii'ii ; il a\ail doroncerU' li»u-> les retours possililes du j^ouvci- ueineul vaincu llaIJ^ Paris, il as ail lail cesser le ieu. il avait lait ouNiirles barricades, il avait éteint rineendie , irlaMi les coniniiinication^ de Paris avec les pro\inces, iidornie et l'ionne les dépar- tements par la pi(tni|)lilu(le de ses résolutions, créé de nouveaux niai^istrats au peuple, eon- liriué les anciens, envoyé des aij;enls, re(;u I <»- béissance des troupes, j)our\u aux sulisislances de Paris, nonuné les ministres, reorganise la po- lice munieipaie, dissous la Chambre des députés, suspendu la (chambre des pairs, proclamé sa vo- lonté et celle du peuple de Paris de changer la monarchie en republique sous la ratification de la souveraineté du peuple, institue la gaide lepubli- caine pour force de police, la garde mobile pour force sociale, nommé les généraux, fait occuper les forts, reçu la soumission de Vineennes, et préservé cet arsenal. Il avait enfin secouru les blessés, ga- ranti les Tuileries en les convertissant pour un mo- ment en hospice du peuple, ordonné l'élargissement des cadres de la garde nationale, enrôlé le peu- ple, .celle force civique, la seule possible alors; il avait fait respecter les cultes et les propriétés, pro- elanie la fusion et la concorde des difféientes classes .sous le nom de fraternité, et changé presque ."ils Hi:v>itiidc du |)euple dcijont depuis vin.::t- ipialrc heures, le sani^-iVoid du i;ouvernenient et le dernier elTort de Laniai linc , avaient Uni par dé- l)layer l'Ilolel de Viljf et la Grève des tumultes dont elle était assiégée depuis le malin. Les hommes (jui Noulaienl la tyrannie d'un gouvernement de la vic- toire et de la commune de Paris, vaincus par le bon sens du peujjle et par les acclamations qui avaient sui\i l.iimartine, avaient renonce, pour cette nuit, à leurs desseins. L'enthousiasme avait tout entraîné, jusqu'aux pensées de résistance. Us y avaient eux- incriies participé, ils s'étaient retirés en mêlant leurs applaudissements à leurs murmures. Le rùve d'un gouvernement tumultueux et \iolent comme l'élément d'où il sortirait, leur avait échappé comme une proie au moment ou ils croyaient le saisir. Ils allaient conspirer pendant celte nuil pour l'arracher LIVRE SIXlf:Mi: 31. îi force (uivorte le IoiuIimiuiiii. Ni l.jiiKiiliiic , ni ks iiKMiibres du ^oovt'rntMnofil roslcs en petit nombre ;iv»H' lui ;i l'HôloI de \ illu no xiap^oniuiicnl (c re- tour si prochain et si inrnariint des périls (pi'ils venaient de ((Hijurer. \\\ Accablés de fatigue, épuisés de voix, sans autre couche pour reposer leurs corps que le parquet de la salle du conseil . sans autre aliment |)0ur réparer leurs forces cpi un morceau du pain rompu enln; eux sur la table du travail; sans autre boisson ipie quelques goulles de vin resté du déjeuner d'un huissier du préfet de Paris, et bues dans un tronçon de faïence cassée ramassé dans les débris du palais, ils commençaient enlin à respirer, en contemplant ce (ju'ils avaient déjà lait, en oubliant ce (jui leur les- lail a faire. I.es membres du gouvernement s'étaient retirés successivement un à un. Les collaborateurs qui les secondaient de tout leur courage et de tout leur zèle. Bûchez, Pagnerre, Barthélémy Saint-Hilaire, Hecurt, Flotlard, Payer, Bastide, Flocon, et cin- (juanle ou soixante autres citoyens intrépides étaient debout ut pourvoyaient d'inspiration à toutes les nécessités secondaires lenaissantes avec toutes les minutes. Mais les ttrandes choses étaient momenta- 320 Hf-VOILTION HF. IKl8. ncmenl arconiplios. d. mires couNinml thins les ombres de la imil. .Mario cl l.amarlino s'enleiulironl pour se |)arl«î;(M' los (iernicres veilles do celle nuit el pour aller tour à lour rnssuror un ninmonl leurs l'amillcs avant de revenir prendic li' \)n>[v oii Ir lendemain leur préparait de nouveaux assauts. I.amarline sortit ainsi à minuit de lllotel de Ville sans ùlre reconnu. Il elail aceompaiîné de Payer, ili'jupst Grt'yuirc, ilu docteur Fairre, intrepiilcs compaij;n()ns des dangers du jour, (pi" il ne connais- sait pas (]uel(iues heures avant. Il les avait vus au feu de la résolution, cela sullisail |)our attacher ces citoyens les uns aux autres, des heures pareilles révèlent les honunes plus que des années de vul- i^aires fiVupientations. I.a nuit était orai^euse el sombre. Le vent plu- vieux chassait les nuées basses dans le ciel, les fumées rampantes des lampions allumés sur la créle des barricades, el faisait j^émir sur les toits les gi- rouettes et les bouches de fer des cheminées. A l'entrée de toutes les rues, des factionnaires volon- taires du peuple, veillaient, le fusil chargé à la main, sans autre consigne cpie leur zèle spontané à défendre la sécurité de leur (piarlier. On eiU ilil (pi'ils surveillaient leur jiropre honneur, de peur que le crime ne déshonorât leur victoire. De dislance en distance, on Irouvail de grands feux allumes, autour descpiels bivouacpiaient sur un Ll\ Uh MXII.MI. iil poil de pjiillu des JJ;^{)U|K'^ (II- coiiihattîuit^ endormis. leurs senliiK'Iks olu'issjiitMJl comme des soldais dis- ciplines à des cliefs (piils avaienl choisis d'inslincl, ou reccMinus à leMdence d'une su|nMi(nile morale. Aucun desordre, aucun lumulle, aucune \ ocileralion menaçante, aucune injure, n'altristaienl ces altt(»u- pemenls. Ils demaiulaienl avec politesse des rensei- i^ueinents au\ ciloyen> (pii les traversaient. Ils s'informaient (\ot- nou\elle> de I heure, des résolu- lions et de> (It'ciels du f;ou\ finement. Ils applau- dissaient au nom de repuhliipie. ils juraient de l.i défendre el de I honorer par la mairnanimite et pai le pardon. Ils ne temoiii;naieiil m ressentiments, m colère, ni soif de ven.neance. Leur émotion n'était (jue l'enthousiasme el lesperance du bien. La t<'rre de\ait se contier, le ciel devail sourire aux senti- ments de ce peuple pendant une telle nuit De temps en temps seulement , cl de dislance en dislance, on enlendail de rares détonations el des balles sifflaient de loin en loin dans l'air. (Tétaient des postes de coudJatlant^ (pii tiraient au hasard pour avertir les troupes dont on ii^norail les dispo- sitions (pie l'armée du peuple était debout el(prune surprise était impossible. Lamartine et ses amis haranguèrent partout le> postes, les rassurèrent , el en Unenl accueilli> au\ cris de : Vive le gouvei - nemenl provisoire. Seulement à mesure cpie Idii ^'éloil^ndll de lliôlel de \ ille, leï« postes de\enaienl 1. >{ Tîî HRvin.iiiiiN m i «jv plus nues, (ai l'I \i\ {\\iv\>\\w^ c<>iiil)ii(Utiil> do trois j(nn> iM lintMil pjii j;r()ii|R«s sans chefs, «liins les rues cl >iii les (iiiiiis, ivres do f(Mi el do vin. ils p(iii>- saionl dos cris do Nicloire, ils fntppaionl les peu les lie la crosso i\c leurs fusils ou de l:i poiiiuée do leurs sabres, ils faisaient des fen\ de lile en slirnes de joie plulôl (pion siijnes de nioil. A rextrciiiile des p(inl> des liiiltMies, i\ rrnlrec de la luc du Mac el dans les ruesadjacenlos du fauhouruSainMterniain, ces feux de peloton se prolongèrent tonte la nnil. Lainartiiit' ne p;ii\iiil i\\\'.\ Iraxersce feu do lirad- lours à la porte do sa maison. Après avoir clianiié ses vêlements n>is en landu'a\i\ par les lumnllos de la journée, et pris deux on tiuis heures de sontmeil , il re|iartil à pied a (juatre heures du matin pour ! Hôtel de Vill(>. Les heures tardives de la nuit avaient assoupi plus complélomenl la nIIIo. Les feux s'éteignaient sur les barricades, les factionnaires du peuple dormaient le coude appuyé sur la bouche du canon de leurs fu- siU. On tMilondait un<' certaine rumeur sourde sor- tant des rues |)rofondes et noires (pii enlourenl la |)lace de Grève des groupes de cpiatre ou eintj honunes armes tra\<'rsaicnl çà el la le (piai , los rues, les places, il'un pas précipité, ils s'enlrelo- naient .1 voix basse en manhani , cornnu; dp*i con- jincs. ce> hommo rlairnl (ii f:tiitial «lutrenienl I i\ lu. --1 \it.Mh. ^*^ M'iiis <|iM' le rôle (lu |t('U|ilt'. ()»'< i(Miiii<;ol('> de tou- leui" soiiihic, «les ras(ju<î(l<*s dr di-ip noir ;i |wiss(>- poil rou^o, des |iai)Ud<>iis el de> Itollcs d une ct-r- laine éléijaiu'e, des l)arl)es touffues mh le nieuinn el sur les lèvres, soiiîiieuseineiil cdiipees cl pei- .y;nées, des mains déliealos el Maiielies plus laites pour lenir la plume (jue loulil, des rei^ards iutelli- fieuls niais S(Uip<;onneu\ el iud'-nts coiiMiie le eojii- plol , alle.-laienl ipie ces hommes ii ap|»ai leiiaieiil pas par leurs travaux du nmiiis, aux classes prolé- taires, mai< (pi'ils eu étaient les meneurs, les aiîita- teurs el les cliels. Lamailice eut apercevoir à la lueur des feux do l)iv(Uiac, (ju ils portaient des ru- bans rouges à leur boutonnière et des cocardes rouîmes à leur chapeau, il crut (jue c'était mm siujple signe de ralliement arboré pour se reconnaître entre eux pendant les jours de cond)at (jui venaient de s'écouler, il entra sans soupçon à lilôtel de Ville el releva son collègue Marie qui alla à son tour voir el rassurer les siens. Le calme, le silence el le sonuneil régnaient à celle heure dans toutes les parties de ce vaste édifice si tumultueux (pn'l(|ues heures avant. Ce silence n'était interrom|iu (pie par les gémissements et les rêves a haute voix île lagonie des blessés el des mourant» <|ui jonchaient la ^alle du Irôîie. Lamar- tine reprit -(tii |m»>Ic dan> l'euceinli' dm peu élargie à moitié évacuée et mieux pioléfice du gou\erne- isi in:\ ni.iTHiN m ihik iiu'iil |Mti\ isuiii'. il \ allciulil en iiitliiçcNiiil des ordres t'i m jinparaiil do!? décrois, la renaissance du jour el lo retour de n(s que les heures avancées ilo hi miil el smloul U; ( tô- |)uscule du malin ainenèrenl toujours dans les ron- vulsions mi^iuc des balailles ou des révolutions, un seul parti avait veillé ()our ressaisir avec toutes ses forces dans la journée suivante la victoire et la di- rection (jue le iîouverneinenl provisoire lui avait enlevées, comme on l'a vu, la veille. Pour bien com- prendre ce récit, il faut décomposer avec précision et avec justice les trois partis ipii avaient fait la révolution , et (pli la révolution une l'ois accomj)lie par la fuite ilu roi, s'étaient entendus pour procla- mer ou pour adopter la républiiiue. Ces trois partis étaient le parti libéral et national d'abord, composé de tous les amis de la liberlc el du proi^rès des institutions pris dans toutes les classes de la population sans acception de condition sociale ou de fortune. Le parti socialiste ensuite composé des |)artisans .Ji« HftVOI.UTION l)K t«l8 ronfoiiilii- iilm- en uiir mmiIc ;irm('?e. (les (lilVcrcuies socles, écoles, ou syslenies (|iii Icndiiieiil .1 une rc- iiovation plus ou moins radicale de lu ^ociclc jmi une dislrihiition nouvelle des eondition> du li;i\iul ii'> hases de la propriélé. Le parti revolulionnaire cidin, composé de ceux pour (pii les révolutions sont a elles-nu^nu'S leur propre l»ut. Iionunrs insoucieux de tout amour plu- losopluipicdu proi^re^, Midillrrciil- aux lèves d'amé- lioration radicale, se précipitant dans les révolution.*^ |)()ur leurs vertiges, n'ayant dans l'Ame ni la mora- lité dcvoiuM» de i^cii\ (pii considcreiil les i.'ou\ ciiu;- mcnls comme des instruments du bien des peuph^s; m dans rimaiîmalion les cliimères de, ceux (|ui croient qu On peut rénover en entier un ordre social sans ensevelir riiomme sous ses débris. Ces révolu- tionnaires sans foi, sans idée, mais pleins de |)as- sions et de tumultes en eux-mêmes veulent des convidsions a leur iinaiJi;e et iU trouvent dans les convulsions prolongécis leur seul idéal, ils aspir(;nl pour toute théorie à des gouvernements révolution- naires sans foi, sans loi, sans fin, sans paix, >ans trêve et -aii^ moralité comiiie eux. II. I.e premier de ces partis c'esl-à dire le parti na- lional et libéral jusipi";! la republiipie inclusivement, LIVRE SKPTIKMK. 3i? eUiit un loiul celui ({iii av;ii( le |)l(i> c(iiilrit)iK> à Ui rô\(ilu(i(>ii [ini' ^im ('l(iii;iR'iiM>nt liti pouvoir royal , |>;n r;ii;it;ilii)U i\v ses liaritjiiels rcfonnisles, par son opposition personnelle au roi dans les (lliainhns, (Milin par l'abandon de la ^arde nationale i\o. Paris ralliée par la reforme an peuple, par riininoliilile de I armée, et par la pKunple adhésion des f;entMau\ an non\eaii i;onvernement. G; parti sineèrenient grandi en libiMalisme depuis trente ans, pénétré des senlifnents de sa dignité de citoyen , se sentant ca- paltle de se passer de roi et de se gouverner lui- même, était entré de plain-pied dans la llépuhliipie. il se félicitait d'avoir franclii du premier élan I anarchie. I,a pO[>ularile, la promplilude et l'éner- gie du gouvernement provisoire avaient reconstitué en di\-huil heures des éléments dVjrdre en se je- tant >aus hésiter sous les décombres de Técroule- ment général. Le parti national ne s'occupait déjà plus dans ses pensées que de contenir et de régu- lariser une révolution acceptée par lui pourvu ipielle se contint et ?e régularisât elle-même dan> le cadre des grands intérêts généraux d'une société. II était prêt à appuyer de sa force le gouvernement pour accomplir et pour clore à la fois la révolution par une république, mais par une répidtlicpie ci- vilisée. III. I.^ second parti celui de:^ socialistes de tonte; doc- 3*8 REVOLUTION DE 18 18. Irino t'iail divisé en tVoles i iviiles. Ces écolos ne s'éliiienl i'mUmkIiios |us(|iio-l;i (\\w par h» rriliqne plus ou iiu»m> ladiialt' de lOnlro social cl liadi- lionnel des sociétés, leurs théories tendant loiiles à la iiipillcnire répartition des bénéOces, des charges, a la suppression d»> la propriété personnelle, à la coniiniinaulé des biens se dilTerenciaicnt néanmoins par les procédés et par la mesure dans les(juels ce niNclIcment radical de l'Iuimanilé devait s'accom- plir, les uns y tendant par ce (ju'ils appelaient l'or- ij;anisaliou du travail, c'est-à-dire larbitraire du iîouvernement s'établissant au liru de la libre con- «Mirrence entre le capital et le salaire, mosen infail- lible de les supprimer tous les dfu\. Ici était sur- tout l(^ caractère de l'école de .M. Louis Blanc, sorte de coiniiiunisme industriel et mobilier (pii ne dépos- sédait nominalement ni le propriétaire de sol, ni le pro|)riétaire de capital, mais (pii en les dépossédant de leur liberté les anéantissait réellement dans letir action et é(piivalait à une confiscation de tout ca- illai |)uis(pril était la confiscation de tout intérêt. Ce système modéré, et déguisé dans ses formules, fondé sur un |)rincipe réel de justice, d'égalité, de pilie pour les brutalités de la concurrence et pour les iniquités souvent réelles «lu capital , exposé par son auteur avec une conviction du soj)hisme com- muni(ati\e poin- l'iiinorance, et avec un talent de style et de parole «pii éblouissait la jeunesse et qui lelenlissail clans k'> masses, éUiit ilc loiis cçs sns- irrnes relui qui nvnil le plus de sectaires sérieux, le mot d'oriîanisalioii tlu ti;i\ nil ô!;iif (Irxcnu iirScv à robscurite des termes depuis dix ans le mot de la rroisaile des p roi »''ta ires contre l'étal politicpie cl social. Ce mol incompris par les classes lettrées avait à leurs veux le charme et le prestiirc du m\ stère, (l'élait le miraiie «le la philo>opliie 1 aux yeux des classes lal)orieus<'s de l'industrie ce mol voulait dire justice, réparation, espérance, et soulage- ment, trop peu éclairées pom le sonder jusqu'au fond et pour en découvrir les inqiossibilités, les dé- ceptions et les misères, ces classes s'y attachaient d'autant plus (prelles n'y voyaient qu'une amélio- ration praliipie, facile, inoffensive des conditions du travail, amélioration tompald)le dans leur pensée, avec la propriété, la richesse et le capital, auxtpiels elles ne voulaient point attenter pai la \iolenceet par la spoliation. Ce système, à une épocpie et dans des villes où l'industrie accumulait des masses flot- tantes el soulTranles de travailleurs oisifs ou exté- nués, devait rallier le plus vite une armée de pro- létaires sous son drapeau. Ce |)arti était l'avant- iiarde du communisme sous un nom qui trompait tout le monde uiéme ses pro|)res soldats. .130 RfiVOI.UTloN Dl- IHiH. I\ . Les aiilnvs imoIos socialistes olHionl i-rWr de l'()iiri'i(M'il ciltoitl, ni>u |>;ir Ir laiMJMMcmciil cl fii \iiiii lUMlllc^ par le ridicule (|iii seml)lai(>nl y allaclici davanlago ses seclalenrs. If nivstici^mo est Icciiiiciit Ar^ illusions, il lc> it'iul saillies aux \cu\ de ccu\ (|ui le- |)tU'UiL:t'ul. I culliousiasute csl iinuiahlc (|uaii(l l<>s entliousiasles se croieiil insj»ircs«l (juaud les inspi- rés st'cioicnl rnarlyrs. Si le t\)uiricrisuie a\ail (lan> >c> principaux a\ |)K lKi8. |>r;)li(|ui' lie la tldcliiin' coiiiiminr. de. rcxpi (i|ti la- lioii (!<' rhotnine indixiiliit'l en sociôté. les um> aiiop- lait'iil les i(^\('ri('> iiirnli('>ronlP> rt ronfnsns (\r< i<\'i- lit'iis sons la (liiTclion dr M. (laln'l. soilt» i\i' HalM-ul' postlininc mais liiiniaii). lanatisant pmu iiiic coni- iimiiaiili' agraire tous les nuH'ontonls du lia\ ail. Ions les proscrits do l:i rirliosso, tontoslos virlimcsdo l'in- (Iii-^lrip des \ illos. les anlros rherchnioiit à onln'Vfiir ipifl(jii(>s iniraiïos do sori('M('' noiivello on doliors dos irjslinols piitnordiaiix de lliorniiio dans los porspor- livcs iiuMapli\>i(pic.> de M. Pirrre Leroux oclaircos diin rayon do clnislianisme. les antres se coniplai- saiont par vonî^eance de lenr sitnation à snivie dans los ( rilicpios désespt^rées un i^rand sopliisle. (^esopliislo avouait son audace, il aspirait à la ruine cotnplôlo du monde pensant et polili(pu'. il so i\('- loctait dans les décombres du pi osent ot dans le chaos i\o l'avenir. C'était la Némésis des vieilles sociétés, il s"ai)pelail M. Proudlion. mais sa ruine au moins était savante, tout cf (pu; le sophisme peut avoir do i:(Miio, il l'axait, il jouait avec los men- sonijes et lo.^ vérités comme les enfants i^recs a\ec les osselets. Los autres onfin. véritablos barbares d(> la civili- sation, n'a\ aient ni doctrine, ni loi, ni rolii;ion so- ciale, ni maîtres, ni illusions, ni sectes. Ils avaient faim et soif de boulovorsoments. Un sentiment invétcTo de malaise aiijri en haine l l\ Uh SI. !• I IKMI-:. i.n el perverti m \ iccs IV-nuenliiil (l('|)ui> l itii- nêes ilaiis leui' àine. Ile seiilimeul les poussail a ravai;er du m(»iii> I iiisliliilion à la(ju('ll<' ils allri- Imaieiil leurs soulïranees ((uaïul ils n'auraient dû les allnliuer (juà riiiiperreetiou mhcreiile par notre nature des instilulions humaines. Ceux-là étaient peu nonil»reu\ cl eaelies dans les senlines de la capitale et do> f;iande> \ illes industrielles. Les autres chefs el les autres sectes socialistes que nous venons d'énumérer éUiient loin de res- send)l('r à ces désespérés oniicmenl, une vertu devant l.i < (iiisc ience. elle veut riiiipo>>ible mais elle ne le veut pas par le crime. Tel riail le vt'ril;>l)l(' caiiicU'ic «laiis co moiin'nl «1rs (liH(M('ntos fcoUîS socialisU'S, |tin(l.mi;»iil la Kcpii- liliijiir a\<'c les n'juiblicaiii--. Ain mn' (!<• ces secttîs aiHiiii (Ir CCS cliefs (I i(l»'«'s n a\ail dausja pcnsiM^do |i«)uss«*r la ll('|ml»li(|iit'aii\ houles orsemenls aux vi«»- Icncos, au sanu, poiii liniucidaiis ces ruines ri dans ce >aui; Ir inoMt'iiic \icl()ri(Mi\ «l(^ leur ôcolo. I."lii>- Ifiiic lie (loil pa- t alniiiiiifi des pensées (juiilcMii- reul des factions pliir- lard ; mais (jui alois ii^Maieni ipie des Pspeianees. elle doit (lir(^ ce ipi elle a \ii, a 1 honneur, a I e\eus(;, eoninie a l.i ( nndaninatioii des àoeialisles. \l. Un enlliousia>nie ^ineère et rolmieiix dan> li' plus i!;iau(l noinhre avail saisi en co, moment les socia- li>les des (lilTérentes sectes il soulevait les maîtres et les disciples au-dessus des mauvaises |»ensées, des al)jecles amhilions, et plus encore des férocités d'esprit qu'on letir a im|)utées depuis, l'enthou- siasme sanetilie momenlaïK'menl les cœurs, celui des socialistes el prinei|)alement des adeptes de Fourrier el de Haspail était enllamme jusipi'à l'extase, le moule du vieux monde I'mii |)araissail s'être fuiia- euleusemenl hrisé tout a coup devant eux. Ils esp«'- raient tous jeter plus lihremenl le monde renouvelé dau> MU nionli' plu-- on iii()in> coiiliti nie a leur pen- sée. Cette joie faisait éclater leureteur. il nCn -oi- I.IN Kl. >hl'l ll.Mi:. W5 tail ;i lors (jtn- (les eflnsions tie sentiin(Mil> liiiiiKiins, lrHl tlu i;(;u\erueiiienl pour les aidera inaintetiir l'ordre, à luiuiaui>er la resolulioM, a tlis- eipliiUM la Hépublique à déreudre les induslties, les lerres, les propriélés. ds \(tuliiieul une Iran-^fonua- linn maduee et lalioiuielle, non un calaelvsuie. il \\v. sortait pas de leurs lès res dans ces premières heu- res d'e\pl nii mol qui ne put être enregistré à l'houneui du i;eure humain, leur physionomie, leiu's \euv. leurs larmes, leurs gestes allestaienl la sincérité de leurs paroles, ils 06 songeaient certes pas à les démentir le lende- main par leurs actes. Voilà le témoignage, les membres du gouvernement (pii leur sont le plus opposés comme théorie, le doivent à l'histoire, aux honnne>, a Dieu. \ll !.»' troisième parti était celui ipii rouspirait déjà a>aul ipielle lui accomplie contre l.i ic^olittion (pi il .i\ail laite. :nt. m \ (»i i I ION i»li ihik. Il iiiipuiU' il I lii>t()irc a la imIkhi ri n I liiiiiKtinU- (le bici» iinalsser les ('Iniiriits de ce parli il n pertlu la |tit'mière iv|)ul)li(ni(' en s y imManl. il aspirait iU'> la première nuit a perdre la seeunde. ce parli cxisle partout coiniue élément de désordre et de crime, l'écume des peuples : il n'existe (juen France comme [)arli théorique el poliliipu; : le terrorisme. Voici sa source. la pirmièrc révolution hançaist' , pliil<»>«»|>lMc d'abord, cond)al ensuite entre le passe et I .nenir, eut des luttes terribles à soutenir cl à livrer pour eonipierir sur l'arisloeralic, sur le despotisme, el sur Tei^lise eo possession du vieux momie, léj^alité. la libeit»', la tolérance, et la portion de vérités appli- cables (jue la raison rran(.aise moderne voulait Caire passer dans la léi;islation el dans le gouvernement, dans cett(! triple |L;uerre civile des idées, des con- sciences, et des intérêts, (pii dura de I78'J a 17*Jb. tous les élemenls bons ou mauvais d'une révolution furent soulevés, mêlés, coidondus. les philosophes, les législateurs, les orateurs, les soldais les tribuns delà révolution combaltircnlf5éuéreusemenld'al)ord chacun a\ec ses opinions, chacun avec ses armes. .Mai> les événements boiiillonnèrenl , la colère, la \iolence, la tsrannie, la cruauté, le crime révolu lionnaire |)riienl leur rôle dans les jour>>inistre.-«. les diclatuies de la {lemai;oij;ie , les |»i(>scriptious, les coidiscations, le^ echalauds, les su[»[)lices, les as- i.l\ ItK Si:i'l IK.MK. .137 sassinats en Finisse enfin, comme ceux de scplemln'o, enreiil leurs journées cl leur aimee dans la révolu- lion. Ccséclipses (le la justice el (le la modération de riiumanité enrayèrent le monde, dé|)ojiularisèrenl la repuhliciue . déslionorèrenl le peuple, elles rt'- jouirenl certains esprits dérétriés el certain^ ro'urs pervers. Danton un jour fatal à son nom, Marat el ses complices toujours, Sainl-Jusl quehpiefois, ex- cusèrenl le crime, ils le glorifièrenl comme un instrument de l'audace, ils le vantèrent comme une victoire de la lot;i(juc sur la pitié, comme un triomphe méritoire de la volonté sur la conscience, le genre humain les laissa frapper el parler, el Ihor- reur de l'hisloire réfuta leurs sophismes. Otiaiid on analyse aujourd'hui de sani^-IVoid leur théorie du prétendu salul de la républicpie par le crime, on trouve que la répul)!i(]ue de 93 ne doil rien à ces crimes si ce n'est la ehule du principe, la réproba- tion des moyens, l'ajournement de la vraie répu- blique et le despotisme d'un sohial. Mais le sophisme plaît aux hommes lanlAt comme une nouveauté de l'esprit, tantôt comme une audace de la conscience, tantôt enlln comme un défi au sens du vulgaire. A peine le sang de la révolution était- il élanché cpi'il se trouva des |iublicistes el des his- ^ loriens, les uns pervers, les autres fatalistes, les autres seulement conqilai^ants pour le .•sophisme li()risii)es du Sainl-Ju.sl |>()ur eu faire la ihéorio Mes n'voliilinns ol le système siirliuni.iiii de riiistoire. ils anVclèrcnl une pilit' stiperix.' |Mnir les scrupules (le rhoniuHele el de rininianité. ils allri- huèreiU aux lioinines d'Klal en lemp- di' revolulimi je ne sais (piel droil supr(^me de contraindre, de proscrire, d'iiunjohM- leurs ennemis ou leurs rivaux, droit (jui les plaçait selon eux non-seulement au- dessus de toute justice écrit(> mais au-dessus mc^me de leipiite. ils rcuNei'sèrenl la iialure poiu donnei cré |uil)lic-iiiti (jLit' smilcvaiciil d lioireur dr pareilles llu'orirs. mais If iiarli cihin tiilKiiiiu'l cl lfmiii>lc qui a\ail pour mol croi'dK; la (Àtiivnitioii cl poiii- iilral la Teneur. Co parti laissiit Irnnspiror ces idées dall^ ses t'criU, dans ses journaux et dans ses tliseouts publies, il de\ail les dévoiler el les commenler |»lus Apiemenl encore dans (ju(!l(pies-un> de ses coni i- liabules el dans ses associations souterraines. La Je» noms de révolution et de lepuhliijue n'étaient plus connue dans les conseils des vrais républicains le SNnonvnje de la liberté, de Téi^alite, et de la mu- ralilé des citoyens sous un gouverneuicnt de raison el de droils unanimes, la révolulion el la ré[»u- bliqne sii^nifiaienl le triomphe violent d'une partie du peuple sur la nation tout entière. La domination Nengeresse d'une seule classe sur les aulres classes. la iNiannie d'en bas, sul)stituée à la tvrannie d'en liaul. L'arbiliaire pour loi, le ressentiment j)()ur jus- lice, la hache [)our t;ouvernemenl. Ce parti avait pour armée, outre ses adeptes en- rci^imentesel fanatisés ilans (jueUiues sections, toute celle partie ignorante, llottanle el dépaysée de la population déclassée des grandes capitales, popula- tion (pii se soulève aux bouillonnements de la so- ciété cl (pii couMc liMit .1 coup l;i siirt'.ice des rues el des places |»ubli(pu's de ses nnseres, de ses hail- lons el de ses agitations. C'est le tort de l'ancienne 340 HfiVOLUTION DE «848. sociélé de laisser sans luiiiitMc, sans oriianisalion, cl sans l)ipn-(Hrc, ce résidu >nuffranl dos populations nrhainos, los grands \ iccs^ornionl dans les jurandes nùsères. tout ce cpii croupit se rorrornpl, le crime est un niiasnio de l'iudiiionce et do l;i brutalité, la rcpul)li(pu» est faite pour éclairer, assainir et amé- liorer ces masses. Telle était l'armée de ce |)arli. il avait |)Our dra- pciiu, le drapciui roui^e. \ aiucu le soir dans les dernières convulsions de IHùtel de Ville par la résolution du i^ouvernement provisoire, par la coopération énergique de I^mar- tine, et par ses discours, le parti terroriste s'était retiré silencieux non résiijné. il avait renoncé pour le moment à disputer l'empire au .gouvernement inslallc par la double acclamation de la ('hambredes députés et de la |>lace de Grève, il n'avait point de noms à opposer à ces noms populaires de Dupont de IKuro, d'Arajîo, de Ledru Rollin, de Marie, de Cré- mieux, de Lamartine, les uns illustres par les luttes parlementaires les autres par les lettres, ceux-ci par la science, ceux là par le forum, quelques-uns par toutes ces célébrités à la fois, d'autres par la vertu publique cette illustration de la conscience première despo|)ularilés. des noms obscurs ou connus seule- ment des sectionnaires dans l'ombre de leurs sections auraient jeté l'étonnement, l'ht^silalion, et peut-être l'clTroi dans les départements. I.a Re|»ublique aurait LIVHF SEPTIÈME. 341 reculr d'iiicrétlulilô au idciuiei- pas. il fallail des içaraiils el des parrains à ce gouverneinenl nouveau puuriiu'on cn\l à sa réalilé, et pour (pi'on se con- tint à sa parole. Le parli terroriste était malp;ré lui forcé tie sentir cette vérité, il avait bien l'anihilion Ao. s'emparer du pouvoir, il le voulait pour lui seul, il n'ailnjcttail ni paix, ni coneorile, ni tolérance pour la tiarde nationale, la bourgeoisie, les dépar- tements, le clergé, la grande ou petite propriété, tout ce cpi'il a[»pclait raristocralie. son régime pré- médite nétait qu'un universel ostracisme, mais il avait la conscience de l'horreur (}u'il allait inspirer à la France en se produisant au grand jour, il résolut en désespoir d'audace de s'im[)oser sous l'anonyme à la France, en montrant ses forces le lendemain, en exerçant sur la capitale la fascination de la terreur, sur le gouvernement provisoire la pression de ses armes, en inliniidant ses membres ou en les préci- pitant, en introduisant quelques-uns do ses chefs dans le sein du gouvernement, et en forçant enfin la Hépublitpie à prendre dès le premier jour le dra- |)eau rouge, en signe d'acceptation de ses pen- sées el de complicité à sa domination. Les agents de ce parti s'étaient entendus pendant la nuit et répandus avant le crépuscule dans les conciliabules de conspirateurs, repafres de vices, dans les quartiers de l'indigence et de l'ignorance, \\i Uf:V(HrTI(t\ ni' Mis. pour V soulever et pour \ nM-rutei- lo:* (>l(^monts d'iiii second Ilot ri'Volulintuiain' ipii cniporlAl ce (pio le proinier (loi ujjlionjil avait resporlé, cl (|iii (Icuioiil co (pir l.i iiiixIcraliiiM du {iciipir a\ait l'onde. IX. Ils naNaicnl (pic trop bien rcnssi. I.a fermenla- lion iiiincrale ser\ail leurs desseins, tous les élé- incnls sains et corrompus ih' la p()|)ulalion étaient remués jiiscpi'au fond et confondus dans le bouil- lonnement des événements, il était facile de leur impriuMM- une im|)ulsi()n nouvelle et de dirii^er en- suite à son gré une immense sédition, savante et audacieuse dans ses chefs, aveugle et involontaire dans les masses. On pou\ail sous prélcxlc d ailie- ver la révolution entraîner ce peuple à la dépasser et à la détruire, tel était l'espoir des terroristes. Il y a toujours deux peuples dans un peuple, ou plutôt quelle que soit l'égalité dans les droits, il y a toujours inégalité dans les mœurs et dans les in- stincts. L'homme le plus vertueux porte dans sa nature certains éléments de vice et même certaines |)Ossibililés de crime qu'il subjugue et (pi'il anéantit en lui |)ar sa vertu. I/humanité est faite comme riiouuuc. elle ncsl (pic ihumme inidliplic |»ar mil- lions. Le crime est un eh'menl de rinimanile. il se retrouve dans une f;ilalc proportion dan-^ toute ; LIVRE SEPTik.M.F. 343 aggloni^nilion de poupic. c csl ["om rola (|u il \ a des lois et des forces pul)liqiics. C'est celle j).!!!!*^ vicitMise, fcroro d'instincts et criminelle du peuple, (pif le p;iili Icrrorisle ap- pelait en aide à ses lliéori»** ce jour l;i. il lui iiion- .Irail l'aliaissenienl de toutes les classes aisées coinim' une veniieance, 1»' désordre comme un rèj^ne, la société conmie une |)roie, l'expropriation comme une espérance, la suprématie dune classe sur toutes les autres, comme la seule démocratie réelle; la conliscation, la proscription comme ses armes légi- times, une Convention dominée par la démagogie de Paris comme la Répul)li(iue. les lril)uns pour législateurs, les bourreaux pour licteurs, la hache révolu lionnaiie pour dernière raison, pour seule conscience du peuple victorieux. X. ï>es hommes (jui entendaient ainsi la Uépuhlique étaient peu nombreux, c'étaient des conjurés jeunes pour la plupart, pîilis dans les veilles des sociétés secrètes, exaltés jinr les conciliabules nocturnes, sans pudeur, et sans responsabilité dans ces réu- nions où tout est fiévreux, empoisonnés dès leur enfance par ces évangiles de la (erreur, où Danton où Sainl-Jusl sont déifiés l'un pour son audace dans le meurtre, lautie pour son sang-froid dans l'im- 344 UftVOLUTION Di: 1848. iiioUilioii. (les lioiiiiiies ;ii|^ris par risol('iii(>nl de leurs pensées; d aulns lenles p.ir rimiUilioi» de ces allcnluls (ju'ils lruu\enl jj;iaiuls pareu qu'ils sonl rares; d'autres parodisles du drame de la première révolution, plaj^iaires de l'échafaud, ambitieux d'un inuii dans riii^loirc à (juelquc prix (jue la conscience nielle la renommée ; jaloux des célébrités du crime, hommes (pic rimmortalile de Marat et de Habeuf empêchait de doimir. on comprenait depuis plu- sieurs années à leurs propos et à leurs écrits, (jue des pensées sinistres transpiraient de leur Ame, et que si une révolution venait à leur ollrir l'occasion de leur perversité, ils ne s'arrêteraient devant au- (. un acte', comme ils ne s'arrêteraient devant aucune pensée et devant aucune réprobation de la con- science du genre humain, c'étaient les sophistes de l'échafaud, réchauffant à froid des colères éteintes, pour motiver des attentats posthumes, et |iour faire des victimes au lieu de faire des citoyens. Ces hommes ne pouvaient recruter leurs forces que dans le limon le plus profond et le plus mé- |»hili(pic de la population des grandes capitales, le crime ne fermente que dans ces aiïglomérations d'oisiveté, de débauches, de misère volontaire, et de vices, l'immoralile loin dui^rand jour où la dis- cipline et le travail de la société ne pénètrent \ms. T.:i masse de la population laborieuse et domiciliée a Paiis avait fait, en lumière en civilisation véritable LIVHK Sl-niKME. 345 el un \cilu |)raliiiiu',il iiuiiitn»cs proj^ivs ilfjmiscin- (|uanlu ans. L'égalih' l'avait ennoljlic, l'itidiisiric l'a- vait riHicIiic. I.o coiilatl a\('c les (lillcienlos classes (ju'oii a|)|)elail aiilrelbis la l)()uii,'eoisie, avait poli el adouci ses pensées sa laiij^uc et ses iikihis. I/instiuction j^'cncralisce, 1 ecoiioniic deveiuie une inslilulioii pai- les caisses d'cpaij^ne, les livres imil- lipliés, les journaux, les associations rratcrnelles ou religieuses, l'aisance (jui donne plus de loisir, le loisir (jui |)erniel la icllexion, lavaient lieureu>e- inenL Iransfoiinee. la coniniiiiiaiité d'inlérùls bie?» compris entre ce peuple et la bourgeoisie avec la- quelle il se confondait, avait mis en commun mi^me les idées, l/imniense masse de raison publicjue (jui s'était infiltrée par tous les organes dans ce peuple des ouvriers de Paris, le prémunissait d'avance contre rcntrainemenl et la domination des terro- ristes, les sou\enirs de la tcrreiii, des su|)plices, des proscriptions, des confiscations, des assignats des emprunts forcés, des maximum de la première république devenus familiers par la vulgarisation de 1 histoire à toutes les classes de la nation, n in- spiraient pas moins d'horreur aux pauvres, qu'aux riches, la conscience est quehiuefois plus juste dans les masses que dans l'élite des po|iulati()ns, |»arce que la conscience est prescjue le seul organe moral qu'elles exercent. Le sophisme n'est qu'à l'usage des savants, la nature ne le connaît |)as. 1-intre le 116 Rf.VOMTTION DF. «H48. peuple el les exd-^s aii\(piels on voiiUiil le nimener il V avait sa conscienre el sa ni^^moire. un «lemi- '^ièelr est \i\ molli»' d'une vii^ d'hoinme in;ii-; e'esl lin si eonrl inIcrNiillc dans la vie liunf nalion (pie iS^fS ne paraissait en réalité f|ne le londemain d»- 1 7!K{ et (pi'en regardant le \r,\\r île ses rues le pjMiple trcnililait de poser le pied sur les lraee< du santj de sa première répulilicjue. les terroristes de 184S ne pouvaient done faire a|)pel pour s'emparer de la seeon juisons et y rentraîit sans cesse, comme dans une fatale intermittence de délit el de eliàlimenl. Les hommes revomis par les ba- joues |)ervertis par le contact des cachots. Ceux (|ui vivent dans Paris des hasards du jour, des embi'iches cpiils tendent, des honteux commerces (pi'ils exercent dans une capitale corrompue. Ceux que la mauvaise renommée force à cacher leur vie rians la foule, ceux qui ayant perdu par le dés- ordre ne voulant pas concpicrir par le travail les conditions réiiulières de l'existence, se constituent en «Mat de haine et de guerre contre toute discipline i.i\ iiK si:i'I1i:mi-. 3i7 et loule soriolé. ceux (jui renversjinl en eux toutes les coiulitions de la moralité limnaine fout du \ iee wno profession cl (lu criiiH' une i^loire ; eeux enfin qui ont eu eux-uic^nies le viutii^e roulinn du des- ordre, lo souffle sans repos de l'aiiitalion , la no- iuptt» du chaos, la soif du sauj;. Tous ces hoiunies (pi'on rouuil d<' noiuinei du nièuie uoui ipie le j)euple, lonnenl une masse d'environ vinc:t mille vagabonds prt^ts à toute OMivre de ruine, inaperçus (hn^ les temps calmes, sortant de l'ombre et couvrant les rues dans les jours de bouillonnement ci\il. un sip:ne de leur chef, un appel nocturne à leurs complices, sudi- sent pour les rallier en nn moment. Ils étaient ralliés et debout d'avance par le bruit de la fusillade et par l'écroulement d'un gouver- nement depuis trois jours. C'étaient des bandes de cette armée (jui incendiaient en ce moment à Pu- te daiKs leur liiuuii. on i\à- v;nl (m'îi l';i-il<^r |'<>«n- les en faire ressortir. XI. Laiilre (M«*nionl (|iio lo p.irli lorrorislc avait (*e;a- Iniiriil à sa disposition et (|n il pouvait coiiduirc en le IroMipanlà lassant d'nn nouveau pouvoir, c'était non pas, comme nous l'avons \u, les ouvriers séduits enrc\qimcntt's, disciplinés sous les diiïcrenis chefs d'écoles socialistes, coux-la étaient honnéle- menl et héroïquement opposés alors à toute violence et à tout désordre, mais ceux qui appartenaient au parti brutal , ip:noranl et pervers des communistes, c'est-à-dire dos démolisseurs, des rava2;eurs, des ])arl)ares de la société, toutes leurs théories se l)or- naient à sentir leurs soulTrances et à les transformer en jouissances en faisant invasion dans les pro- priétés, dans les industries, dans les terres, dans les capitaux, dans les commerces, et à s'en dis- tribuer les dépouilles comme une légitime concjuéte d'une républi(jue alVamée sur une bourgeoisie dé- possédée, sans s'inquiéter du lendemain de la lé- gislation d'un tel ravage organisé. Ces deux éléments, l'un criminel, l'autre aveugle, se réunirent et se coalisèrent naturellement et sans préméditation sous la main de (pielques meneurs actifs, une mémo pensée les latliail dans une l.iVUK SKI' 11 1 M K. 349 riUMin' iiiipiilsioli, (jii(>i(|ii(' |>;n dc^» msliiicis (li(T(^- reiils, (tour nMiversci dims le t^oiivrincinciil pioxi- soin", l;i liani^rc (lui Nciiail de s'rk'vcr ((Uilro loiiis excès, ou |i d*; Paris cl des fauhourij^s, accouru la \eille au liruit (lu canon el réuni en masse iiunuiiltralile à la clarlc des lorclies sur rimmense place de la Bastille, ce m(»nl Avenlin ilcs révolutions, embranchomenl des vastes rues qui débouchent de tous les allluents de Paris. Sur cette place jus(iu'à minuit des groupes armés s'électrisaient eux-mêmes par Umii- nomhie, par leurs lluclualions, par ces murmures (jui sortent de ces (grandes masses d" hommes rassendilés, el qui décuplenl leurs forces comme les flols d'une mer qui monte accroissent la force (ks vents, ces groupes n'avaient aucune intention malfaisante contre la société, au contraire, ils étaient descendus armes iiour défendre le fover des citovens de Paris contre le retour des troujjcs (pii menaçaient, leur disait-on , «le la vengeance du roi la capitale. Mai- plus le danger de ce retour de la royauté el de l'armé»' leur paraissait redoutalile, plus la ré- \oluli(Ui acfiunplie leur était <-hère. plus aussi ils s'alarmaienl il s'indignaient des dangers de lai- 350 UfcVOLUTlON OK Uls bles8C ou lie lialiisoii ijuc reltc lévolulion leur puiaissail couru. Lo> nouvelles de lu Uiambru des ilepulés el do l'iiùtel de Ville circulaient ullérces p.nrdii eux. ils s'interrogcaical les uos les aulrcs sur la valeur dc^ iiouis (]ui eomposaicnl le gouvcr- ncnienl. coî. nom» passaienl ainsi de {groupe eu f^roupe, de bouche en lutuclu;, d orateur en ora- leur, par un orageux scrulin. Dupont de l'Eure était béni pour sa constance «l >ii \eilu, mais ac- cuse pour ses années. C)n se refusait à croire (lu'à qualre-viniil-deux an^ un homme put avoir du bord de sa vie politique, la puissance de volonté et de résistance suffisantes pour donner à son pays l'a- plomb et I impulsion dont un i;ouvernement révo- lutionnaire a besoin. Ce vieillard cependant devait donner un merveilleux démenti au temps. Le nom d Araiïo était salué d'acclamations utiu- nimes. il portait en lui les deux preslities qui fas- cinent un peuple intelligent, la science, sorte de droit dis in contre lequel les masses ne contestent pas en France, et le renom d'honnête homme qui fait incliner tous les fronts. Ledru Uollin leur donnait des gages éclalanls par le rôle de tribun de la démocratie militante qu'il avait pris dans le parlement dans les banquets, dans le journal radical la Hcformr. Son Age, sa fougue ré\o- lutionnaire dominée par une intelligence éloquente, sa ligure, son allilude, son geste, étaient la per- Il V HI-: si:i' rii;.\u:. ;»54 soiinilicitlioii cl une (U'uiocralio seluii leurs ^eu\ et selon leur cœur, (oui cela doniiail iiii imuii de Ledru Uolliii une sorlc d'iiivi()lal>ilile. s ils no I ac- ceplaienl pa.» coniinc un lioiiniie d'Ktal, ils le ro- connaissaienl comme leur persévérant complice en concpitMes révolutionnaires : ils ladmiraienl comme leur tnliun. Les noms de Marie el de (jemienx ne leur pre- senlaieul que des souvenirs d ()|)posilion , dinle- grilé, el de talent tlans la douhle arène i\u baneau et du parlement ils iiésilaienl ii les trouver sul'li- sammenl républicains. Le nom de Lamartine leur inspirait à la t'ois plus de faveur el plus d'ombraye. ils lloltaii^nt à son égard entre Taltrait et la icpulsion. il était libéral mais il était terni d'une tache d'aristocratie origi- nelle, il était de l'opposition depuis 183(1, mais il avait servi la restauration dans sa jeunesse, et il ne l'avait jamais insidtée depuis sa chute, il avait pro- fessé dans les Girondins une admiration ihéoriiiue pour l'avénemenl régulier du peuple à tous ses droits légitimes, mais il avait répudié el a la tri- bune et dans ses livres la démagogie et l'organisa- fjun du travail, il avait été impartial et juste pour les grandes pensées des |)remiers acteurs de la révo- lution, mais il avait impitoNablement signal<> leuis moindres esces et llelri sans excusi's tous leurs crimes, un. tel nom devait être \iolenunenl discuté VM HftVOLUTION I)K 4 84H (liMis l('s i:io!i(>es oxlr(^ni<'< r\ ^oiipcotiiuMix as dcvouei un ii<»ni déjà oclrbroau mé- •< pris i\o la poslcrilô. — Mai> ilost dn sani; do nos « ennemis, nuiis il aura des inrnaf^cMiienls à garder (« envers les classes nobles, rirliesjnopriétaires hoiir- (( f^eoises coiiiiik' lui. — ruais il a l'IioiTeur natale I. de ce q«ie ces aristocrates ap|)cllout l'anarchie. — « mais il .1 (Idcndu la ((inslilution représentative et « la paix sous le dernier régime. — Il a le sentiment « de la dignité nationale, sans doute, mais il aura « dc;* accointnodciiipnl^ a\ec les ral)inpt'=; (Mrangers t< et des aternioieîuents avec les trônes, ce ne sont « pas de tels liotnmes cpi'il ikmi- faut, il faut au » peuple en révolution, des complices, non des mo- « deraleurs. des lionunes (]ui partagent toiites ses « passions cl non des hommes qui les contiennent. « Se contenir pour une révolution, c'est se trahir! (( Délions-nous de pareils maîtres, ne laissons pas « dérober une seconde fois le sang de la révolution « h rilolel de Ville, souvenons-nous de Lafavelte! » Oaignons cpic Lamartine ne soil (|u'un Lafayelte (t républicain. S'il veut être avec nous, qu'il soit « noire olag'-. lorrons-le a mous scr\ ir comme nous " le Noulon^, ei lion (V)nmie il le \eul ! ou reiujila- <« vo'is ces noms pai îles noms sortis de nous, ou \A\ Hi: Shl'l IL. Ml.. S53 u îitljoii.'noiis-leur des Iioiiiiim's (iiii nous repirsen- u ItMU dans k'ur conseil et ({iii nous tciiondciil «(d'eux. soNons debout noiis-nii^nies denièrt' eu\ u l'armu à l.i iiuiin, cl no leur pernuUlons de de- " libérer (|n en présence des déleî^ués du peujtlc. u atin (]nc chacun ile leurs décrets soil réellenicnl « un picliiscile et ipie la haclic du pcnpki soit sans « cesse Nisiblo el suspendue >ui lo lèlcs de {-{'[w « qui en id^uuvernanl la révolution aniaiml la pen- « sée de la modérer cl la iierlidie do la lialiir. » \\ Ces propos lilléralcnient recueillis dans les grou- pes de la Bastille, étaient applaudis el volés d'accla- mation dans des scrutins tumultueux, des hommes plus animés, plus éloquents, plus remarcpiés (|uc les autres, fiuenl desii^nés au nond)ie de (jualor/e pour assister au iH)in du peuple aux deliberalioiis du i^ouvernement provisoire, ils vinrent à l'Ilùlcl de Ville, ils se décorèrent (juelques instants iWa signes de leur mission, ils voulurent se faire recon- naître dans leurs litres el dans leurs alliihulions |)ar les mend}res du irouvernemenl. leur voix se perdit au milieu du tumulte de motions diverses qui retentissaient sans cesse autour de la lahie du cdu- .seil. Le gouNernemenl tout entier s'insurgea contre celle prelenlion tsrannique d'enlever toute liberté I. 23 <5i HKVOI.l'TION l)K 1K48. • el toute iliii^nité ù ses délibcralious en 1 Oblii^ciinl à (li'liluTt^r > nno ;mtn' prossion (\{H' celle de sh constienceettio son pjilnolisme. (les deleiîués, à la tiite desquels était Diovel, homme discret el habile, furent «branles eux-nn^nies par les murmures de réprobation «jui s'élevèrent de toute part contre eux du sein des premiers «groupes dont le pouvernement était déjà sympallii(piementenlouré. Arago, Ledru- Hollin, Crémieux, Marie, les haranguèrent. Uunartine lui-même yat^na leur conliance par sa franchise, « ou ne me prenez pas, ou prenez-nuji « libre leur dit-il, en leur serrant la main, le peuple « est maître de sa confiance, mais je suis maitre de lille. \a^ dilliMcnls noyaux autour dcscjucis ces i^iou- pos daljord ôpars se rejoiiiiiin'ni, étaient formés de (piiii/eà viuiit luunnies jeunes, mais cependant mi'irs, et (pu paraissaient investis d une certaine autorité habituelle ou morale sur les autres, leur costume était le costume intermédiaire entre la hourateoisie et le peuple, leur visage était grave, leur teint |)Ale, leur regard concentré, leur altitude niarliale. ré- solus, disciplines, ils send)laient autant de postes avancés pour attendre avant d'agir que l'aimée à laquelle ils servaient de guides les eiil entourés, un des iiommes principaux de chacun de ces noyaux révolidionnaires |)ortail un drapeau rouge, lahri- qué à la hàle dans la nuil avec toutes les pièces delolTcs de celle couleur qu'on s'était dis|)ulées dans les magasins des rues voisines. Les chefs secon- daires avaient des brassards et des ceintures rouges, tous portaient au moins un ruban rouge à la bou- tonnière de leurs habits. A mesure que les bandes armées d armes de toute espèce, fusils, pistolets, sabres, piques, baïonnettes, |)oignards, arrivaient sur la |)lace, des hommo aj)osles déroulaient, déchiraient, dislii- 35li llKVOI.r I InN DK IHIK. I)ii;iipnt, j(M;ruMil ;i rrs inillicrs de iiKiins levées, des iiiorcL'iuix (1 rcarlat(î que les allroiipciiioiils s'om- pressaicnl il alLichcr à leurs vesles, à leurs elie- inises do loile Mené, i\ leurs chapeaux. Kii un uio- \ucu[ la couleur roui^e, c(uniiic autant d Ctincrlles jaillissant d<; mains l'ii mains cl do poitrines on |)oi- trini's, couiail sur dos zones «Milièros du ijuai, des riiis, (Ir la place de Grève, et éhlouissail ou con- slei nail les rei^ards des spectateurs placés aux le- nrlres de l'IIotel (h; Vdie. QuoUjues i;roupes d ouvriers, non inities au mouvement et accourant des (piarlicrs lointains |)Our otTrir leurs hras à la repuhlupic , di-hou- chaient par moments des ponts 1 1 îles cpiais, à la suite fliiM (Irapiati tricolore el aux cris de : Vive le gouvernement provisoire. Klonnes du i liange- menl d'étendards, ils s'enfonçaient lentement dans la foule pour sapproeher du jjorroii. A |>fMne avaient-ils fait quehpies pas (pi'ils étaient entourés, pressés, pr()VO(|ués. (pieNpiefois insultés par les i^roupe.-^ lerr()ri>les. On leui' taisait houle de ces couleurs (pii avaient porte* la liberté, le nom et la i^loire (le la Franco, on leur présentait un autre lîlendard. Les uns laccejjtaient par étonnenieni •■! par imitation, les autres hésitaient et rabaissaient. Ouelipies groupes le défendaient contre les in- sultes des bandes rouges. On \ oyait ces drapeaux tour à l'iur abattu- ou relevés aux gestes, aux <'ris 1.1 VUK S K ni KM H. .157 (If liin'iir ou il iiulii^nalion lvciJ)|•0(|lu•^, llolU'r vu laiiihraiix ou disparaîlre peu à peu sur les uMes «le la iiiultiHidc. Ils (lisparaissaienl aussi des fentHres el des tuits (les maisons ou ùwo. ils (Maiont remplacés par la couleur sinistre df la laclion xidorieuse. (|uel(pies bandes armées rranchissanl les j^rilles el se hissant au >oinmet du portail arl)oiaient. le dra- [k'au rouiiO à la |)laee du drapeau tricolore dans les mains de la slatiie d'IIenii IN . Deux ou trois de ces lambeaux d'ccarlale étaient ai,'it(!'s par des complices ou par de< hommes intimidés aux fe- nêtres de rani;le ilu palais, on les saluait par des coups de fusils charités à balles qui brisaient les vitres en ricochant jusque dans lès salles. Ceux des membres (hi gouvernement en j)etit nombre, (pii avaient passé la nuit dans IHotel de Ville, n'avaient pour se défendre (pie (piel- (pies braves citoyens unis à eux |)ai l'instinct du dévouenient et par l'attrait du daniçei- jiour les cœurs d'élite, quelques élèves calmes, actifs, in- trépides de l'Kcole polytechni(pie et de recelé de Saint-Cyr, et la masse confuse et inconnue des combatlauts de la veille couches a coté de leurs armes sur le pavé des cours ou sur les marches des escaliers. Mais malgré les efforts des colonels Rey, Lagrange , et de quelques autres chefs des com- battants qui avaient «'lé désignés ou «jui s'étaient Mistalles d eux-mêmes aux divers commandements 358 KKVÛMTION m- l8iK. (lu |)alal^ ilii |i uj)!»', ros a«:snillanls de In voillc, il«^- vemis lo3 (iéfensours (lu Icudnmain, ne pomuicnit r(^«is!or ni do cœur ni do main à celle seconde vague de lii n'Nolnlinn vonnnt rcfoulor et snlmiortfor la |)r(Mui(MO. C'clail des deux cAlé» les nK^nies lionimes, ]('> fui^ines coslumes, la iih^uu' lanijue, les m»^nies cris, des conipacndns de barricades de la nuil, se relronvant, non pour s(; condïallrc, mais pour se confondit' cl pour s'cxallcr nuitcllcnienl le malin. Le faiblf posle de gardes nalionaux, noyc dans cel océan d'hommes armés, n'était plus compose que de doux ou trois courageux citoyens dont les noms mcrileraienl la mention de l'histoire, ils \imenl offrir leurs baïonnettes cl demander des ordres. Lamartine leur ordonna de se replier dans l'inté- rieur en nllendanl (pie les maires de Paris, avertis par Marrasl et Marie, parvinssent à rassembler et à dirii^cr (piehjues détachements au secours du gou- vernement assailli. XIV. A p(!ine ces ordres étaient-ils partis, rpic les bandes d'hommes sordidement vôtus , recrutées dans les rues indijîcntes des faubourG;s et des !)an- lieucs les plus reculées de l'ouest et de l'est de Paris, aflluèrent avec de telles irruptions, de tels courants, de tels chants et liures des rues, les jardins, les cours, les escaliers, les corridors, les salles de l'IIùtel de Ville. L'entrée de celle niasse de peuple j)récédée par les principaux chefs qui l'avaient recrutée et qui lui avaient souille leures|)rit et donné leurs insignes, fut suivie des mu£!;issements et des clameurs d une marée qui a rompu sa digue. Les différents tronçons de cette foule se répan- dirent dans toutes les parties de l'édifice, en vo- ciférant, en tïcsliculant, en brandissant ses armes, ils liraient çà et là des coups de feu, sans autre direc- tion que l'éiîarement, sans autres intentions que de signaler leurs armes et leur ivresse. I.,es balles frap- paient les plafonds et déchiraient les entablements des fenêtres et des portes. La masse plus nondjreuse, mais qui n'avait pu pénétrer? chantait en clicjcur une Marseillaise sans lin. La place entière était une plaine de tètes pâles ou colorées d'émotions, tour- nées toutes vers la façade du palais, de mains levées et de drapeaux rouges agités sur ces tètes. On imposait par ce signe au gouvernement le sym- 360 Itl \ (>I lîTION Di; IH4S. holo ol la sii^iiilicalion de 1.» n'|)iil)li(|iie conviilsive qu'oïl Noiiliiil lui ('oinininidi'i'. Lu prlil iiouil)!!.' (I CIcMà (les croies, il lioninies tiévouos, (Je cornbiUlafUs de la veille, déjà un pou (ii-ripliné? par la mut, ol par la ronfianro qu<' le i:(»u\ t'iinMinMil l(Mira\iiit tcinoiinicc en sCnlouranl lomnio dos |)roini»MS proloricns ilc la rcpuhliijuo, s'olaionl replies devant celle fouie ils s'élaient rcfu- i?iés aux derniers paliers des escaliers, dans les cor- I idois clroils ol dans les pièces encond)roes de ci- loyous et do luniuUo (pii pn'»côdaionl lo siéççe du uouvorntMnont. Ces postes invincibles, par l'impos- siliilili' mumikmIo reculera cause {\v rinicotnhronient i^'eui'iid ol do la résislanco dos portos ol des murs, étaient vainement éloufl'és par les nouvelles co- lonnes armées (jui s'olanoaiont à l'assaut du pntiver- iioinont. Ils oj>posaiont un rouijtarl do corps humains à ces irruptions sans cesse renaissantes, sans cesse refoulées. On ontondail t\o la polilo oluunbro ilu conseil muuir la mullilude, éclater les rixes, monter les chants, frémir les v