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C. PLINII SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER VI.
SITDS , C ENTES , MARIA , OPPIDA, PORTUS , MONTES, FLUMINA,
MENSUIt/E, POPULI QUI SUNT, AOT FUERUNT.
Ponti et Maryandinorum.
I. i. Xontus Euxinus, antea ab inhospitali feritate
Axenos appellatus, peculiari invidia naturee sine ullo
fine indulgentis aviclitati maris, et ipse inter Euro-
pam Asiamque funditur. Non fuerat satis oceano am-
bisse terras, et partem earum aucta inanitate abstulisse :
non irrupisse fractis montibus, Calpeque Africa; avulsa
tanto majora absorbuisse, qnam reliquerit, spatia : non
per Hellespontum Propontida infudisse, iterum terris
devoratis : a Bosporo quoque in aliam vastitatem pan-
ditur nulla satietate , donec exspatianti lacus Maeotii ra-
pinam suam jungant. Invitis hoc accidisse terris, indieio
sunt tt angusti, atque tam parva naturae repugnantis
intervalla, ad Hellespontum octingentorum septuaginta
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE;
LIVRE VI.
POSITIONS, RACES, MERS, VILLES, PORTS, MONTS, FLEUVES, MESURES,
PEUPLES ANCIENS ET MODERNES COMPRIS DANS
Le Pont et le pays des Maryandines.
I. i. VJTrace la jalousie singulire de la nature,
toujours complaisante pour les empitemens de la mer;
le Pont-Euxin, jadis nomm Axne, cause des murs
inhospitalires de ses habitans, s'tend au loin entre
l'Europe et l'Asie. C'tait peu pour l'Ocan d'envelopper
la terre, et d'avoir augment, en en ravissant une partie,
la somme des lieux inhabitables; c'tait peu d'avoir en-
vahi les montagnes dchires, arrach Calp l'Afrique,
et submerg bien plus de terrain qu'il n'en reste d'inac-
cessible ses eaux; c'tait peu d'avoir, par l'Hellespont,
rpandu la Propontide sur le sol , derechef englouti :
au del du Bosphore s'ouvre encore une immense masse
d'eau, dont l'insatiable avidit va, dans ses excursions
lointaines, faire alliance avec les eaux, non moins spo-
liatrices, du Motis. Ces usurpations n'ont eu lieu qu'en
i.
4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
quinque passuum : ad Bosporos duos, vol bubus meabili
transitu : undc nomen arabobus, et jam quaedam in dis-
sociatione germanitas concors. Alitum quippe cantus,
canumque latratus invicem audiuntur : vocis etiam hu-
manae commercia, inter duos orbes manente colloquio,
nisi quum idipsum auferunt venti. Mensuram Ponti
a Bosporo ad Maeotium lacum quidam fecere xiv tri-
ginta oclo mill. d passuuni. Eratostbenes centum mino-
rem. Agrippa a Cbalcedone ad Pbasin x mill. Inde Bos-
porum Cimmerium trecenla sexaginta mill. Nos inter-
valla generatim ponemus comperta in nostro vo, quando
etiam in ipso ore Cimmerio pugnatum est.
Ergo a faueibus Bospori est. amnis Kliebas, quem ali-
qui Rhesum dixerunt. Deinde Psillis, portus Calpas.
Sagaris fluvius ex inclytis : oritur in Phrygia, accipit
vastos amiies, inter quos Tembrogium et Gallum : idem
Sangarius a plerisque dictus , a quo incipiunt Maryan-
dini sinus, oppidumque Heraclea Lyco flumini adposi-
tum. Abest a Ponti ore millibus ducentis : portus Acone,
veneno aconito dirus , specus Acherusia. Flumina : Pae-
dopides , Callichorum , Sonautes. Oppidum Tium , ab
Heraclea triginta octo millibus pass. Fluvius Billis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VT. 5
dpit du sol, tmoin tous ces dtroits, ces intervalles si
resserres que la rsistance de la nature forme, et l'He-
lespont, o le passage est de huit cent soixante- quinze
pas, et aux deux Bosphores, qu'un buf peut franchir
la nage, ce qui mme leur a valu ce nom. Au milieu de
tant de faits disparates, on sent encore la fraternit des
deux pays. D'un rivage l'autre, on entend le gazouille-
ment des oiseaux , les aboiemens des chiens ; des voix
humaines peuvent mme , dans ces deux mondes diff-
rens , nouer et soutenir un dialogue , moins que les
vents n'emportent les paroles. Le Pont, du Bosphore au
lac Motis, selon quelques auteurs, a quatorze cent trente-
huit milles et demi; ratosthne retranche cent milles
de ce calcul. De Chalcdoine au Phase , Agrippa compte
mille milles, auxquels il en ajoute trois cent soixante
autres, pour aller du Phase au Bosphore Gimmrien. Nous
donnerons en dtail le tableau des distances trouves par
nos contemporains, car on s'est battu nagure jusque sur
le Bosphore Cimmrien.
Au del du Bosphore coule le Rhbas, nomm par
quelques-uns Rhsus. Puis viennent Psillis, le port Cal-
pas, le Sagaris, rivire clbre qui prend sa source en
Phrygie, reoit, entre autres grands affluens, le Tem-
broge et le Gallus, et se nomme communment Saugare.
L commencent les golfes Maryandiniens. Sur le fleuve
Lycus est situe Hracle, douze cents pas de l'entre
du Pont. Arrivent ensuite le port Aconc , fameux et re-
doutable par l'aconit, la grotte Achcrusie , les rivires
Pdopide, Calliehore, Sonaute, la ville de Timn , trente-
huit milles d'Hracle, et le fleuve Billis.
6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Paphlagonum.
II. %. Ultra quem gens Paphlagonia, quam Pylaeme-
niam aliqui dixerunt, inclusam a tergo Galatia. Oppidum
Mastya Milesiorum, deinde Cromna. Quo loco Hene-
tos adjicit Nepos Cornlius, a quibus in Italia ortos
cognomines eorum Venetos credi postulat. Sesamum op-
pidum , quod nunc Amastris. Mous Cytorus a Tio lxiii
mill. passuum. Oppida : Gimolis, Stphane : amnis
Parthenius. Promontorium Carambis vasto excursu,
abest a Ponti ostio cccxxv mill. passuum : vel , ut aliis
placuit , cccl mill. Tantumdem a Cimmerio , aut ut
aliqui maluere , cccxn m d. Fuit et oppidum eodem no-
mine, et aliud inde Armene : nunc est colonia Sinope,
a Cytoro clxiv millibus. Flumen Evarchum : gens Cap-
padocum , oppidum Gaziura , et Gazelum : amnis Ha-
lys, a radicibus Tauri per Cataoniam Cappadociam-
que decurrens. Oppida : Gangre , Carusa , Amisum
liberum, a Sinope cxxx mill. passuum. Ejusdemque
nominis sinus tanti recessus, ut Asiam paene insulam
faciat, ce mill. passuum aut amplius per continentem
ad Issicum Ciliciae sinum. Quo in omni tractu prodi-
tur, trs tantum gentes Graecas jure dici, Doricam,
Ionicam, iEolicam, ceteras Barbarorum esse. Amiso
junctum fuit oppidum Eupatoria , a Mithridate con-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 7
La Paphlagonie.
II. 1. Par-del commence la Paphlagonie, selon quel-
ques-uns Pylmnie; la Galatic la termine par derrire.
On y voit les villes de Mastye, Milsienne d'origine, et
de Gromna, aprs laquelle Cornlius Nepos place les
Hntes, dont sont issus, dit-il, leurs homonymes italiens,
les Vntes. Suivent Ssame, aujourd'hui Amastris, le
mont Cytore, soixante-trois milles dcTium, les villes de
Cimolis et de Stphane, le Parthnius, le cap Carambis,
qui fait une vaste saillie en mer, et qui est trois cent
vingt-cinq, ou, comme le disent quelques-uns, trois
cent cinquante milles de l'entre du Pont; trois cent
cinquante milles aussi, ou, suivant quelques calculs,
trois cent douze milles et demi, le sparent du Bosphore
Cimmrien. Prs de l tait aussi une ville de Carambis,
puis Armne; aujourd'hui on ne voit que Sinope, colonie
cent soixante-quatre milles de Cytore. L'Evarque vient
ensuite, et aprs lui, chez les Cappadociens , les villes,
de Gaziure et de Gazle, le fleuve Halys, que le pied du
Taurus panche dans la Cataonie et la Cappadoce, les
villes de Gangre, de Caruse et d'Amise (celle-ci est libre
et cent trente milles de Sinope). L commence un golfe
de mme nom, si profond, qu'il fait de l'Asie une presqu'le,
dont l'isthme, entre la cte de l'Euxin et le golfe d'Issus,
en Cilicie, n'a que deux cents milles. Toute cette contre
ne prsente que trois peuples vraiment Grecs, des Do-
riens, des Ioniens, des Eoliens; le reste est complte-
ment barbare. A la ville d'Amise confinait Eupatorie,
8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
ditum. Victo eo , Pompeiopolis utrumque appellatum
est.
Cappadocum.
III. 3. Cappadocia intus habet coloniam Claudii C-
saris Archelaidem , quam praefluifHalys. Oppida : Co-
mana , quod Sarus : Neocaesaream , quod Lycus : Ama-
siam, quod Iris in rcgione Gazacena. In Colopena vero
Sebastiam et Sebastopolin. Haec parva, sed paria supra
dictis. Reliqua sui parte Melitam, a Semiramide con-
ditam, haud procul Euphrate : Diocsaream, Tyana,
Castabala, Magnopolim , Zelam : et sub monte Argo
Mazacam, quae nunc Csarea nominatur. Cappadociae
pars praetenta Armeniae majori, Melitene vocatur : Com-
magenae, Cataonia : Phrygi, Garsauritis , "Sargarau-
sene, Cammanene : Galatiae, Morimene : ubi dister-
minat eos Cappadox amnis, a quo nomen traxere, antea
Leucosyri dicti. A Neocaesarea supra dicta minorem
Armeniam Lycus amnis disterminat. Est et Ceraunus
intus clarus. In ora autem ab Amiso oppidum et flumen
Chadisia, Lycastum, a quo Themiscyrena regio.
Themiscyrena regio , et in ea gentes. - '->
IV. Iris flumen deferens Lycum. Civitas Ziela in-
tus, nobilis clade Triarii , et Victoria C. Csaris : in
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 9
btie par Mithridate; aprs sa dfaite, elles ne form-
rent plus qu'une mme ville , sous le nom de Pompio-
polis.
La Cappadoce.
III. 3. La Cappadoce, qui est dans les terres, nous
offre Archlade, sur PHalys, colonie de Claude, Co-
mane sur le Sare, Nocsare sur le Lycus, Amasie
sur l'Iris , dans la Gazacne ; dans la Colopne , Sbastie
et Sbastopolis , petites villes, ainsi que les prcdentes,
Mlite , fonde par Smiramis , peu de distance de
l'Euplirate, Diocsare, Tyane, Castabale, Magnopolis,
Zla, et, au pied de l'Arge, Mazaca, aujourd'hui Csa-
re. Les provinces de la Cappadoce sont, du ct de la
grande Armnie, la Mlitne; de la Commagne, la
Cataonie; de la Phrygie, la Garsauritide, la Sargarau-
sne, la Cammanne; de la Galatie, la Morimne. Sur
les bords du Cappadox, une des limites du pays auquel
il a donn son nom, les habitans ont celui de Leuco-
syres. Un peu au del de Nocsare, le Lycus forme la
borne du ct de la petite Armnie. Dans le centre du
pays, est encore la ville clbre de Craune. Sur la cte,
aprs Amise, se voient la ville de Chadisie, avec rivire
de mme nom , et Lycaste , laquelle confine la Thmis-
cyrne.
Le pays de Thmiscyre et ses habitans. *
IV. Le Lycus tombe dans l'Iris. Dans les terres, Zila
rst fameuse par la dfaite de Triarius et par la victoire de
o C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
ora amnis hermodon, ortus ad castellum, quod vocant
Phanaram, praeterque radies Amazonii montis lap-
sus. Fuit oppidum eodem nomine, et alia quinque, Ama-
zonium , Themiscyra , Sotira , Amasia , Comana : uuiic
Manteium.
4- Gentes Genetarum, Chalybum. Oppidum Cotyo-
rum. Gentes : Tibareni, Mossyni notis signantes cor-
pora. Gens , Macrocephali : oppidum Cerasus , portus
Chordule. Gentes : Bechires , Buzeri. Flumen , Mlas.
Gens , Macrones : Sidene , flumenque Sidenum , quo
adluitur oppidum Polemonium ab Amiso cxx mill. pass.
Inde flumina, Iasonium, Melanthium : et ab Amiso lxxx
mill. pass. Pharnacea oppidum , Tripolis castellum et
fluvius. Item Philocalea, et sine fluvio Liviopolis : et a
Pharnacea centum mill. passuum , Trapezus liberum ,
vasto monte clausum. Ultra quod gens Armenochalybes ,
a majore Armenia xxx mill. passuum distans. In ora
ante Trapezunta flumen Pyxites : ultra vero gens San-
norum Heniochorum. Flumen Absarum, cum castello
cognomine in faucibus, a Trapezunte cxl mill. passuum.
Ejus loci a tergo montium Iberia est : in ora vero He-
niochi, Ampreutae, Lazi. Flumina : Acampsis, Isis, Mo-
grus , ^athys. Gentes Golchorum. Oppidum Matium ,
flumen Heracleum , et promontorium eodem nomine ,
clarissimusque Ponti Phasis. Oritur in Moschis : naviga-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. n
Csar. La cte offre le Thermodon, qui prend sa source
prs du fort de Phanare, et descend le long et jusqu'au
pied des monts Amazones. Suivait une ville de mme
nom avec cinq autres , s Amazonium,Thmiscyre, Sotire,
Amasie, Comane. Aujourd'hui l'on y voit Mantium.
4. Nous rencontrons ensuite les Gentes, les Cha-
lybes, Cotyore, les Tibarnes, les Mossynes, qui se
latouent le corps; les Macrocphales, Crasonte, le port
de Chordule, les Bchires, les Buzres, le Mlas, les
Macrons, la Sidne, rgion baigne par un fleuve de
mme nom , qui passe Polmonium , cent vingt
milles d'Amise; Iasonium,Mlanthium; et quatre-vingt
milles d'Amise, Pharnace, le fort Tripoli, et Philocale,
sur une rivire de mme nom ; Liviopolis , qui n'a point
de fleuve ; et cent milles de Pharnace , Trapzonte , cit
libre, dont un vaste mont borne le territoire. Au del se
trouvent les Armnochalybes , qui sont trente milles
de la grande Armnie. La cte avant Trapzonte pr-
sente le Pyxite, et aprs Trapzonte les Sannes-Hnioques.
L'Absare, dont l'embouchure s'offre avec un fort de mme
nom, est cent quarante milles de Trapzonte. Aux mon-
tagnes de ces parages est adosse l'Ibrie. Sur la cte se
suivent les Hnioques , les Ampreutes , les Lazes , et les
fleuves Acampsis, Isis, Mogre, Bathys; puis les Colques,
Matium, l'Hracle, rivire avec promontoire de ce nom,
et enfin le Phase. Ce fleuve, le plus clbre du Pont,
prend sa source chez les Mosques; les gros vaisseaux le
remontent jusqu' trente-huit milles et demi, les petits
beaucoup plus haut; cent vingt ponts mettent ses deux
ia C PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
tur quamlibel. magnis navigiis xxxvm mill. d passuum.
Inde minoribus longo spatio, pontibus cxx pcrvius.
Oppida in ripis habuit complura : celeberrima , Tynda-
rida, Circaeum, Cygnum, et in faucibus Phasin. Maxime
autem inclaruit Ma. , xv mill. passuum a mari , ubi Hip-
pos et Cyaneos vasti amnes e diverso in eum confluunt.
Nunc liabet Surium tantum, et ipsum ab amne in-
fluente ibi cognominatum, usquequo magnarum navium
capacem esse diximus. Et alios accipit fluvios, magni-
tudine numeroque mirabiles, inter quos Glaucum. In
ore ejus , insulae sine nomine , ab Absaro lxx m. Inde
aliud flumen Charien. Gens Salae, antiquis Phthirophagi
dicti, et Suani. Flumen Cobum e Caucaso per Suanos
fluens. Dein Rhoas. Regio Ecrectice. Amnes : Singa-
mes, arsuras, Astelepbas, Chrysorrhoas. Gens Absilae,
castellum Sebastopolis , a Phaside centum mill. pass.
Gens Sannigarum, oppidum Cygnus, flumen et oppi-
dum Penius. Deinde multis nominibus Heniochorum
gentes.
Picgio Colica , et gentes Ach?eorum , et ceter* codera tractu
gentes.
V. 5. Subjicitur Ponti regio Colica , in qua juga
Gaucasi ad Riphos montes torquentur , ut dictum est ,
altero latere in Euxinum et Ma?otiu devexa, altero in
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i3
rives en communication. Sur ses bords taient beaucoup
tic villes, entre autres Tyndaride, Circ, Cygne, et
l'embouchure mme, Phase. Ea, la plus fameuse, tait
quinze milles de la cte, au confluent de deux grandes
rivires qui viennent de directions opposes, PHippos et
le Cyane. On ne voit aujourd'hui que Surium, ainsi
nomme d'un des tributaires du Phase; c'est l que s'ar-
rtent les gros vaisseaux. Bien d'autres belles rivires se
jettent encore dans le Phase, notamment le Glaucus. A
l'embouchure du premier , sont des les sans nom ,
soixante-dix milles d'Absare. Viennent ensuite le fleuve
Charien , les Sales, jadis Phthirophages, les Suanes, le
Cobe, qui descend du Caucase et arrose le pays des
Suanes , le Rhoas , le pays des Ecrectices , le Singame , le
Tarsure, l'Astlphas , le Chrysorrhoas , les Absiles, le
fort de Sbastopolis, cent milles du Phase, les San-
niges, Cygnonte, le Pnius et la ville de Pnius, enfin les
nombreuses tribus des Hnioques.
La Colique , les chens, et autres peuplades de ces parages.
V. 5. Au dessous est la rgion du Pont dite Colique,
caractrise par le flchissement du Caucase vers les
monts Riphes. Un de ses flancs alors regarde l'Euxin
i/i C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Caspium et Hyrcanium mare. Reliqua litora ferae na-
tiones tenent $ Melanchlaeni , Coraxi urbe Colchorum
Dioscuriade, juxta fluvium Anthemunta, nunc dserta :
quondam adeo clara, ut Timosthenes in eam ccc na-
tiones, dissimilibus linguis, descendere prodiderit. Et
postea a nostris cxxx interpretibus negotia ibi gesta.
Sunt qui conditam eam ab Amphito et Telchio, Castoris
ac Pollucis aurigis putent, a quibus ortam Heniochorum
gentem feram constat. A Dioscuriade oppidum Hera-
cleum : distat a Sebastopoli lxx mill. pass. Achi,
Mardi $ Cercet : post eos Serri , Cephalotomi. In intimo
eb tractu Pityus oppidum opulentissimum , ab Henio-
chis dirptum est. A tergo ejus Epageritae, Sarmatarum
populus in Caucasi jugis : post quem Sauromatae. Ad
hos profugerat Mithridates Claudio principe, narra vit-
que Thalos iis esse confines, qui ab oriente Caspii maris
fauces attingerent : siccari eas aestu recedente. In ora
autem juxta Cercetas, flumen Icarusa, cum oppido Hiero
et flumine, ab Heracleo cxxxvi mill. Inde promonto-
rium Crunae, a quo supercilium arduum tenent Toret.
Civitas Sindica, ab Hiero lxvii m d passuum. Flumen
Setheries.
6. Inde ad Bospori Cimmerii introitum lxxxvjii mill.
d passuum.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. VI. iS
et le Palus-Motide, tandis que l'autre a en face les mers
Hyrcanienne et Caspienne. Le reste de la cte est des
peuples sauvages, tels que les Mlanchlnes, les Coraxes ,
qui habitaientDioscuriade, ville Colque sur l'Anthmonte,
aujourd'hui abandonne, jadis clbre. Timosthne dit
qu'elle tait jadis le rendez-vous de trois cents nations qui
parlaient autant de langues diffrentes ; et nous-mmes
nous y avons eu cent trente interprtes. Quelques-uns
assurent qu'elle doit sa fondation Ampliite et Tel-
chius, cuyers de Castor et Pollux, et, de l'aveu una-
nime des auteurs , tiges de la nation hnioque. Au del
de Dioscuriade se suivent Hracle, soixante-dix milles
de Sbastopolis ; les Achens, les Mardes, les Cerctes,
puis les Serres, les Cphalotomes, et, au fond mme de
cette cte lointaine, Pityonte, cit opulente, dtruite
par les Hnioques. Derrire cette ville, les Epagrites,
tribu sarmate, habitent les flancs du Caucase, et prc-
dent les Sauromates. C'est chez eux que Mithridate se
rfugia sous le rgne de Claude; et, par lui, on a su
qu'aux Sauromates, du ct de l'est, confinent les Tha-
es, non loin du dtroit de la mer Caspienne, dtroit
qui est sec lors du reflux. Quant la cte, prs des
Cerctes, elle a encore le fleuve Icaruse, Hirum, ville,
et Hirum , rivire , cent trente-six milles d'Hracle ,
le cap Crunes, dont le sommet escarp est le sjour des
Tortes, Sindique, ville soixante-sept milles et demi
d'Hirum et le Sthries.
6. De l l'entre du Bosphore Cimmrien, il y a
quatre-vingt-huit milles et demi.
iG C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Bosporus Cimmerius.
VI. Sed ipsius peninsulae inter Pontum et Maeotim
lacum excurrentis, non amplior lxvii mill. d passuum
longitudo est : latitudo nusquam infra duo jugera. Eio-
nem vocant. Ora ipsa Bospori, utrimque ex Asia atque
Europa, curvatur in Mseotin. Oppida, in aditu Bospori
primo Hermonassa , dein Cepi Milesiorum. Mox Stra-
toclia, et Phanagoria, et paene desertum Apaturos, ulti-
moque in ostio Cimmerium , quod antea Cerberion
vocabatur.
7. Inde Maeotis lacus, in Europa dictus.
Maeotis, et gentes circa Maeotim.
VII. A Cimmerio S accolunt Motici , Vali , Serbi ,
Arrechi , Zingi , Psesii. Dein Tanain amnem , gemino
ore influentem, colunt Sarmat, Medorum (ut ferunt)
soboles, et ipsi in multa gnera divisi. Primo Sau-
romat Gynsccocratumeni. Amazonum connubia. Dein
Evazae, Cottae, Cicimeni, Messeniani, Costobocci, Choa-
trae, Zigae, Dandari, Tussagetae, Turcae, usque ad soli-
tudines saltuosis convallibus asperas : ultra quas Arim-
phi, qui ad Riphaeos pertinent montes. Tanain ipsum
Scyth Silin vocant , Motin Temerinda quo significant
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 17
Le Bosphore Cimmrien.
VI. La pninsule mme, qui est entre le Pont-Euxin
et le Motide, n'a que soixante-sept milles et demi de
long sur une largeur qui n'est jamais moins de deux ju-
gerums. Eon en est le nom. La cte du Bospfllfre se
recourbe sur le Motide , tant du ct de l'Asie que de
celui de l'Europe. Ses villes sont , l'entre mme du
Bosphore, Hermonasse, puis Cpes, cit d'origine mil-
sienne , Stratoclie, Phanagorie, Apature, dserte ou peu
s'en faut, et enfin, l'extrmit du dtroit, Cimmrium ,
jadis Ceberrium.
7. On entre ensuite dans le Motide, que nous avons
dcrit avec l'Europe.
**
Le Palus-Molide , et nations circonvoisines.
VII. Pass Cimmrium, la cte prsente les Moti-
ques, les Vales, les Serbes, les Arrques, les Zinges,
les Psses. Le Tanas, qui entre en mer par deux em-
bouchures, est habit par les Sarmates, qui, dit-on,
sont une branche de la nation mde, et qui , eux-mmes,
forment nombre de petites peuplades; les Sauromatcs
Gyncocratumnes paraissent d'abord (c'taient les maris
des Amazones) ; puis les Evases, les Cottes, les Cicimnes,
Messniens , les Costobocques , les Choatres , les Ziges , les
Dandares, les Tussagtes, les Turcs qui nous mnent
jusqu' d'pres vallons boiss et dserts; enfin les Arim-
phens, habitans des monts Riphes. Dans la langue
v.* 1
i S C. PLINII HIST. NAt. LB. VI.
matrem maris. Oppidum in Tanais quoque ostio fuit.
Tenuere finitima primi Cares, dein Glazomenii et Maeo-
ncs, poslea Panticapenss.
Sunt qui circa Maeotin ad Ceraunios montes has
tradant gentes : A litore Napitas : supraque Essedones
Colcbis junctos, montium cacuminibus. Dein Carmacas,
Oranos, Autacas, Mazacas, Cantocaptas, Agamathas,
Picos, Rhymozolos , Ascomarcos : et ad juga Caucasi
Icatalas , Imaduchos , Ramos , Anclaeas , Tydios , Ca-
rastaseos, Authiandas. Lagoum amnem ex montibus
Catheis, in quem defluit Opharus : ibi gentes Caucadas,
Opharitas : amnes, Menotharum, Imityem ex montibus
Cissiis, inter cdeos, Carnas, Uscardeos, Accisos, Ga-
bros , Gogaros. Circaque fontem Imityis , Imityos , et
Aparthenos. Alii influxisse eo Scythas Auchetas, Atar-
neos , Asampatas. Ab bis Tanaitas et Inapaeos viritim
deletos. Aliqui flumen Opbarium labi per Cantecos et
Sapeos : Tanain vero transisse Phatareos , Herticeos ,
Spondolicos , Synliietas , Amassos , Issos , Gatazetos ,
Tagoros , Catonos , Neripos , Agandeos , Mandareos .
Satarcheos, Spaleos.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. j 9
des Scythes, le Tanas s'appelle Silis et le Motis T-
mrinde, c'est--dire mre de l'Ocan. A l'embouchure
du Tanas tait jadis une ville ; le pays circonvoisin fut
occup d'abord par les Cariens, puis par les Clazom-
niens et les Moniens, enfin par ceux de Panticape.
Des environs du Motide aux monts Craunes quel-
ques auteurs placent d'abord les Napites peu de dis-
tance des cotes , et au dessus les Essdons et les Colques,
sur les cimes des montagnes; puis les Carmaques, les
Oranes, les Autaques, les Mazaques, les Cantocaptes,
les Agamathes, les Pics , les Rhymozoles, les Ascomar-
ques; et, vers les flancs du Caucase, les Icatales, les
Tmaduques, les Rames, les Anclaces, les Tydes, les Ca-
rastases, les Authiandes. Suivent le Lagos, qui descend
des monts Cathes et qui reoit l'Ophare, les Caucades
et les Opharites; dans le voisinage, le Mnothare, l'Imi-
tys, qu'panchent les monts Cissiens et qui baignent le
pays des Acdes, des Carnes, des U scardes , des Accises,
des Gabres, des Gogares; puis les Imityens et les Apar-
thnes aux sources de l'Imitys. D'autres disent que les
Scythes Auchtes, les Atarnens, les Asampates ayant
envahi le pays, dtruisirent totalement lesTanates et les
Inapes. Quelques-uns font couler l'Ophare chez les Can-
tces et les Sapens , et le Tanas chez les Phatares , les
Hertices, les Spondolices, les Synhites, les Amasses,
les Isses, les Cataztes, les Tagores, les Catones, les
Nripes, les Agandes, les Mandares, les Satarques, les
Spales.
ao C. PLIMI HTST. NAT. MB. VI.
Cnppadooire situs.
Y III. 8. Peracta est interior ora, omnesque accol :
nunc reddatur ingens in mediterraneo sinus : in quo
milita aliter, ac veteres, proditurum me non eo inf-
cias, anxia perquisita cura, rbus nuper in eo situ ges-
tis a Domitio Corbulone, regibusque inde missis sup-
plicibus, aut regum liberis obsidibus. Ordiemur autem
a Cappadocum gente. Longissime hc Ponticarum om-
nium introrsus recedens, minorem Armeniam, majorem-
que, et Commagenem laevo suo latere transit : dextra
vero omnes in Asia dictas gentes, plurimis superfusa
populis : magnoque impetu scandens ad ortum Solis et
auri juga, transit Lycaoniam, Pisidiam, Ciliciam : va-
dit super Antiochi tractum, et usque ad Cyrrhesticam
ejus regionem, parte sua, qu vocatur Cataonia, con-
tendit. Itaque ibi longitudo Asise xn quinquaginta milt.
passuum efBcit : latitudo, dcxl mill.
Armenia major et minor.
IX. 9. Armenia autem major incipiens a Paryadris
montibus, Eupbrate amne (ut dictum est) aufertur Cap-
padoci : et qua discedit Euphrates, Mesopotami, haud
minus claro amne Tigri. Utrumque fundit ipsa, et
initium Mesopotamiae facit, inter duos amnes itiirae.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 21
Position de la Cappadoce.
VIII. 8. Ici se terminent la cote intrieure et rmun-
ration des peuples qui l'habitent. Dcrivons l'immense
golfe de la Mditerrane. Si dans ce tableau je m'carte
souvent de mes devanciers, ce n'est que d'aprs des re-
cherches exactes et les connaissances acquises tant de
Corbulon, qui y a port dans ces derniers temps le th-
tre de la guerre, que des rois qui sont venus solliciter
Home, ou des princes qu'ils nous ont envoys en otages.
Nous commencerons par la Cappadoce. De tous les pays
qui bordent le Pont, c'est celui qui s'enfonce le plus
avant dans les terres; il dpasse gauche les deux Arm-
nies et la Commagne, droite toutes les nations asia-
tiques que nous avons dj nommes, et, charg lui-mme
de peuples nombreux, il s'lve rapidement vers les lieux
o naissent le soleil et la chane.du Taurus, traverse la
Lycaonie, la Pisidie, la Cilicie , atteint le voisinage d'An-
tioche, et jette jusqu'aux confins de la Cyrrhestique celle
de ses provinces qu'on a nomme Cataonie. L'Asie a,
dans cet endroit, douze cent cinquante milles de lon-
gueur sur six cent quarante de largeur.
La petite et la grande Armnie.
IX. 9. Aux monts Paryadres commence la grande
Armnie, que PEuphrate, comme nous l'avons dj dit,
spare de la Cappadoce, et que le Tigre, quand l'Euphrale
s'loigne, limite du ct de la Msopotamie. Tous deux
descendent de l'Armnie, au sein de laquelle commence
la Msopotamie , puisque la Msopotamie n'est que l'in-
il C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Quod iter est ibi , tenent Arabes Orei. Sic finem , usque
in Adiabenen perfert. Ab ea transversis jugis inclusa,
latitudinem in laeva pandit ad Cyrum amnem transversa
Araxem : longitudinem vero ad minorem usque Arme-
niam , Absaro amne in Pontum defluente , et Paryadris
niontibus , qui fundunt Absarum , discreta ab illa.
Cyrus fluvius , et Araxes.
X. Cyrus oritur in Heniochiis montibus, quos alii
Coraxicos vocavere : Araxes eodera monte , quo Eu-
phrates vi mill. passuum intervalle* : auctusque amne
Musi, et ipse (ut plures existimavere) a Cyro defertur in
Caspium mare.
Oppida celebrantur in minore, Caesarea, Aza, Nico-
polis : in majore, Armosata Euphrati proximum , Tigri
Carcathiocerta : in excelso autem Tigranocerta : at in
campis juxta Araxem Artaxata. Universae magnitudi-
nem Aufidius quinquagies centena mill. prodidit. Clau-
dius Csar longitudinem a Dascusa ad confinium Caspii
maris, xm mill. passuum : latitudinem dimidium ejus,
a Tigranocerta ad Iberiam. Dividitur ( quod certum est )
in prsefecturas , quas Hxpoyiyicc vocant , quasdam ex
iis vel siogula rgna quondam , barbaris nominibus cxx.
Claudunt eam ab oriente montes, sed non statim ,
Cerunii , nec Adiabene regio. Quod interest spatii ,
HISTOIRE NATURELLE, L1V. VI. 2 3
tervalle compris entre leurs eaux. Les Arabes Orens
habitent prs de l. Ainsi de ce ct l'Armnie s'tend
jusqu' l'Adiabne. L , une chane transversale l'arrte,
et elle s'tend gauche jusqu'au Cyrus, coupant l'Araxe
dans cette expansion ; tandis qu'en longueur elle va jus-
qu' la petite Armnie, dont la spareut et l'Absare qui
descend vers le Pont-Euxin , et les monts Paryadres d'o
sort l'Absare.
Le Cyrus et l'Araxe,,
X. Le Cyrus prend sa source dans les monts des H-
nioques, nomms par quelques auteurs monts Coraxi-
ques. L'Araxe s'chappe de la mme chane six milles
de la source de l'Euphrate, et grossi du Musis va lui-mme
tomber dans le Cyrus, qui le porte la mer Caspienne.
Dans la petite Armnie, les villes les plus connues
sont Csare, Aza, Nicopolis. Dans la grande, on dis-
tingue Armosate prs de l'Euphrate , Carcathiocerte sur
le Tigre, Tigranocerte sur des hauteurs, Artaxate dans
les plaines voisines de l'Araxe. Selon Aufidius, le pays
entier a cinq mille milles. Claude en compte , de Dascuse
la limite Caspienne, treize cents milles; la largeur de Tigra-
nocerte l'Ibrie serait de moiti. Un fait certain , c'est
qu'elle est divise en cent vingt prfectures , ou , comme ils
disent, stratgies, dont quelques-unes autrefois formaient
des royaumes. Tous ces noms sont barbares. A l'est, ses
bornes sont les monts Craunes et l'Adiabne, mais celle-
ci ne touche pas immdiatement l'Armnie : un espace in-
termdiaire appartient aux Sophncs, derrire lesquels
24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Sopheni tenent : ab Iris juga : ultra Adiabeni teneut.
Per convalles autem proximi Armeniae sunt Menobardi ,
et Moscheni. Adiabenen Tigris, et montes invii cin-
gunt. Ab laeva ejus regio Medorum est, et prospectus
Caspii maris. Ex oceano hoc (ut suo loco dicemus) in-
funditur, totumque Caucasiis montibus cingitur. Incolae
per confinium Armeniae nunc dicentur.
Albania , Iberae , et junctas gcntes.
*.
XI. 10. Planitiem omnem a Cyro usque, Albanorum
gens tenet : mox Iberum , discreta ab iis amne Alazone,
in Cyrum e Caucasiis montibus defluente. Praevalent
oppida, Albaniae, Cabalaca : Iberiae, Harmastis juxta
flumen, Neoris : regio Thasie, et Triare usque ad Pa-
i-yadras montes. Ultra sunt Colchicae solitudines , qua-
rum a latere ad Gerauuios verso, Armenochalybes habi-
tant et Moschorum tractus ad Iberum amnem in Cyrum
defluentem : et infra eos Sacassani, et deinde Macrones
ad flumen Absarum. Sic plana ac devexa obtinentur. Rur-
sus ab Albaniae confinio, tota montium fronte gentes
Silvorum fer, et infra Lubienorum : mox Diduri et
Sodii.
Portae Caucasiae.
\
XII. 1 1-, Ab iis sunt portae Caucasiae, magno errcrc
HISTOIRE NATURELLE, LTV. VI. a5
s'lvent les monts qu'occupe l'Adiabne. Les Muo-
bardes et les Moschnes habitent les valles voisines;
le Tigre et des monts inaccessibles forment comme une
ceinture l'Adiabne. A gauche paraissent les Mdes,
et dans le lointain la mer Caspienne, qui, comme nous
le dirons en temps et lieu, est aussi une manation de
l'Ocan , et qu'entourent les monts Caucases. Passons
aux habitans de l'Armnie.
L'Albanie , l'Ibrie : nations voisines.
XI. 10. La plaine, partir du Cyrus, est tout entire
occupe par les Albaniens, puis par les Ibriens , que s-
pare de ceux-ci l'Alazon coulant des pics du Caucase vers
le Cyrus. On remarque en Albanie Cabalaque, en Ibrie
Harmastis sur une rivire, Noris, le pays de Thasie, le
Triare qui va jusqu'aux monts Paryadres, pass lesquels
commencent les dserts de la Colchique. Sur le flanc qui
regarde les monts Craunes errent les Armnochalybes et
les Mosques, qui s'tendent jusqu' l'Iber, nouveau tri-
butaire du Cyrus. Au dessous de ceux-ci les Sacassanes,
et ensuite les Macrons nous ramnent l'Absare. Telles
sont les populations de la plaine et des lieux bas. Re-
tournant aux confins de l'Albanie et sur le devant de
toute la chane des montagnes, on trouve les sauvages
peuplades des Silves et des Lubiens, puis les Didures et
les Sodiens.
Portes Caucasiennes.
XII. ii. Un peu plus loin sont les portes Cauca-
v.6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
multis Caspiae dictae, ingens naturae opus montibus in-
terruptis repente, ubi fores obditae ferratis trabibus, sub-
ter mdias amne diri odoris fluente, citraque in rupe
castello (quod vocatur Cumania) communito ad arcen-
das transitu gentes innumeras : ibi loci , terrarum orbe
portis discluso , ex adverso maxime .Harmastis oppidi
Iberum.
A portis Caucasiis per montes Gordyaeos, Valli, Suarni
indomitoe gentes , auri tamen metalla fodiunt. Ab iis ad
Pontum usque Heniochorum plura gnera, mox Achaeo-
rum. Ita se habet terrarum sinus e clarissimis.
Aliqui inter Pontum et Caspium mare ccclxxv mill.
passuum, non amplius interesse tradiderunt : Cornlius
Nepos cgl mill. Tantis iterum angustiis infestatur Asia.
Claudius Caesar a Cimmerio Bosporo ad Caspium mare
cl mill. prodidit : eaque perfodere cogitasse Nicatorem
Seleucum , quo tempore a Ptolemo Cerauno sit inter-
fectus. A portis Caucasiis ad Pontum ce mill. passuum
esse constat fere.
Insnlae in Ponto.
.
XIII. 12. Insulae in Ponto Planctae, siveCyaue, sive
Symplegades. Deinde Apollonia, Thynias dicta, ut dis-
lingueretur ab ea quae est in Europa. Distat a continente
passibus mille : cingilur tribus mill. Et contra Pliarna-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. VI. 27
siennes et non Caspiennes, comme l'ont mal propos
crit quelques auteurs. Gigantesque construction de la
nature qui n'a point l juxta-pos les montagnes , ce
passage peut tre ferm par une porte compose de quel-
ques poutres charges de ferremens, et le fort de Cu-
manie lev sur un rocher dfend l'entre des lieux
des hordes innombrables. C'est l, c'est en face de la
ville ibrienne d'Harmastis qu'une porte isole deux par-
ties du monde.
Pass ces portes, on touche aux monts Gordyens, o
les Valls, les Suarnes, nations encore indomptes, ex-
ploitent des mines d'or. De l au Pont on rencontre en-
core des peuples Hnioques, puis les Achens. Telle est
celte clbre rgion du globe.
Du Pont la mer Caspienne quelques-uns ne mettent
que trois cent soixante-quinze milles. Cornlius Nepos en
compte deux cent cinquante, tant l'Asie est encore une
fois resserre par les eaux. Claude crit que du Bosphore
Cimmrien la mer Caspienne il y a cent cinquante
milles, et que Seleucus Nicator songeait unir les deux
mers lorsqu'il fut assassin par Ptolme Craune. On
s'accorde peu prs sur la distance de deux cents milles
suppose entre les portes Caucasiennes et le Pont.
Iles du Pont.
XIII. 12. Dans le Pont sont les les Plantes, Cya-
nes ou Symplgades; puis, un mille du continent,
Apollonie, surnomme hyniade, pour la distinguer de
l'Apollonie d'Europe (elle a trois milles de tour); et vis--
a8 C. PUNII HIST. NAT. LIB. VI.
ceara Chalceritis, quam Graeei Ariam dixerunl, sacram-
que Marti, et in ea volucres cum advenis pugnasse,
pennarum ictu.
Gentes a Scythico Oceano.
XIV; i3. Nunc omnibus, qu sunt interiora Asiae,
dictis, Riphaeos montes transcendt animus, dextraque
litori oceani incedat. Tribus hic partibus cli adlncns
Asiam : Scylhicus a septemtrione, ab oriente Eous, a
meridie Indicus vocatur, varieque per sinus et accolas
in complura nomina dividitur.
Verum Asiae quoque magna portio adposita septem-
trioni, injuria sideris rigentis, vastas solitudines habet.
Ab extremo Aquilone ad initium orientis aestivi , Scythse
sunt. Extra eos ultraque Aquilonis initia Hyperboreos
aliqui posuere, pluribus in Europa dictos. Primum inde
noscitur promontorium Celticae Lytarmis, fluvius Caram-
bucis , ubi lassata cum siderum vi Riphaeorum montium
deficiunt juga. Ibique Arimphaeos quosdam accepimus,
haud dissimilem Hyperboreis gentem. Sedes illis nemora,
alimenta baccae,capillus juxta feminis virisque in probro
existimatur : ritus clmentes. Itaque sacros haberi nar-
rant , inviolatosque esse etiam feris accolarum popidis :
nec ipsos modo, sed illos quoque, qui ad eos profuge-
rint. Ultra eos plane jam Scythae, Cimmerii, Cissianthi,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. ag
vis de Pharnace, Chalcritide, i'Arie dos Grecs, qui
l'ont consacre Mars, parce que les oiseaux, disent-
ils, y combattent les trangers coups d'ailes.
Nations voisines de l'Ocan Scythique.
XIV. i3. Maintenant que tout l'intrieur de l'Asie
est dcrit, franchissons en imagination les monts Ri-
phes, et ctoyons droite l'Ocan. Cette grande mer
baigne l'Asie de trois cots : au nord ocan Scythique,
ocan Oriental l'est , ocan des Indes au sud ; il prend
encore nombre d'autres noms selon les golfes qu'il forme
et les peuples qu'il voit sur ses ctes.
Vne vaste portion de l'Asie est expose au souffle du
nord , et en proie un froid glacial qui y cre aussi
d'immenses solitudes. Du point le plus proche de cette
rgion septentrionale l'est habitent les Scythes; plus
loin et au del des lieux o commence le nord sont les
Hyperborens , que presque tous les auteurs placent en
Europe. La se voient d'abord le cap Lytarmis en Cel-
tique, et le Carambucis dans les lieux o finissent puises
la rigueur du ciel et la chane mme des Riphes. En-
suite paraissent quelques Arimphens assez semblables
aux Hyperborens : ils habitent les bois et se nourrissent
de baies ; les deux sexes regardent de longs cheveux
comme un emblme de honte; leurs murs sont douces :
aussi assure-t-on que les peuples voisins , mme les plus
sauvages, ne leur font aucun mal, et que mme ils res-
pectent quiconque a cherch un asile dans leur pays. A
leur suite on rencontre les Scythes, les Cimmriens, les
3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Georgi , et Amazonum gens. Haec usque ad Gaspium et
Hyrcanium mare.
Caspium et Hyrcanium mare.
XV. Nam et irrumpit e Scythico oceano in aversa
Asiae, pluribus nominibus accolarum appellatum, cele-
berrimis duobus, Caspio et Hyrcani. Non minus hoc
esse quam Pontum Euxinum , Clitarchus putat. Eratos-
thenes ponit et mensuram : ab exortu et meridie, per
Gadusiae et Albaniae oram quinquies mille cccc stadia.
Inde per Anariacas, Amardos, Hyrcanos, ad ostium Oxi
fluminis , quater mille dccc stad. Ab eo ad ostium Jaxar-
tis, mm cccc. Quae summa efficit quindecies centena
septuaginta quinque mill. passuum. Artemidorus hinc
detrahit viginti quinque mill. passuum. Agrippa Caspium
mare, gentesque quae circa sunt, et cum his Armeniam
determinans, ab oriente oceano Serico , ab occidente Cau-
casi jugis, a meridie Tauri, a septemtrione oceano Scy-
thico, patere qua cognitum est, ccccxc m passuum, in
longitudinem : ccxc m in latitudinem prodidit. Non de-
sunt vero qui ejus maris universum circuitum a freto
xxv mill. pass. tradunt.
Irrumpit autem arctis faucibus , et in longitudinem
spatiosis. At ubi cpit in latitudinem pandi, lunatis obli-
quatur cornibus : velut ad Maeotium lacum ab ore des-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 3i
Cissianthes , les Georges, les Amazones, puis les mers
Caspienne et Hyrcanienne.
Mers Caspienne et Hyrcanienne.
XV. Des noms divers donns par les peuples rive-
rains cette mer qui de l'ocan Scythique pntre au
cur de l'Asie , tels sont en effet les deux plus clbres.
Selon Clitarque, la mer Caspienne n'a pas moins d'ten-
due que la mer Noire : Eratostline mme en donne la
mesure, qu'il fixe cinq mille quatre cents stades pour
les ctes de la Cadusie et de l'Albanie, quatre mille huit
cents pour celles des Anariaques , des Amardes , des
Hyrcaniens jusqu' l'embouchure de l'Oxus, deux mille
quatre cents jusqu' celle du Jaxarte , en tout quinze
cent soixante-quinze milles. Artmidore retranche vingt-
cinq milles cette somme. Agrippa , qui enferme la mer
Caspienne, les peuples circonvoisins et l'Armnie entre
l'Ocan Srique l'est, la chane du Caucase l'ouest, le
Taurus au sud et l'ocan Scythique.au nord, value la
surface connue de cette contre quatre cent quatre-
vingt-dix milles de long sur deux cent quatre-vingt-dix
de large. Quelques auteurs ont port le circuit de toute
cette mer, partir du dtroit, deux mille cinq cents
milles.
Un bras de mer troit, mais extraordinairement long,
aide l'invasion des eaux. A peine commencent-elles
prendre de la largeur, qu'elles se recourbent de chaque
3% C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
cendcns, sicilis (ut auctor est M. Varro) similitudine.
Primus sinus appellatur Scythicus : utrimque enim ac-
colunt Scythse, et per angustias inter se commeant : hinc
Nomades, et Sauromatae multis nominibus, illinc Abzoae
non paucioribus. Ab introitu dextra, mucronem ipsum
faucium tenent Udini Scytharum populus. Dein per oram
Albani (ut ferunt), ab Iasone orti : ante quos mare quod
est, Albanum nominatur. Hc gens superfusa montibus
Caucasiis, ad Cyrum amnem, Armenise confinium atque
Iberiae descendit, ut dictum est. Supra maritima ejus
Udinorumque gentem , Sarmat , Utidorsi , Aroteres
prtenduntur : quorum a tergo indicatse jam Amazones
Sauromatides. Flumina per Albaniam decurrunt in mare,
Casius et Albanus : deinde Cambyses in Caucasiis ortus
montibus : mox Cyrus in Coraxicis, ut diximus. Oram
omnem a Casio praltis rupibus inaccessam, patere
ccccxxv mill. passuum auctor est Agrippa, A Cyro Cas-
pium mare vocari incipit : accohmt Caspii.
Corrigendus est error in hoc loco multorum, eorum
etiam , qui in Armenia res proxime cum Corbulone ges-
sere. Namque hi Caspias appellayere portas Iberiae , quas
Caucasias diximus vocari : situsque depicti et inde missi,
hoc nomen inscriptum habent. EtNeronis principiscom-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 33
cot en croissant, comme pour descendre dans leMotide
par l'entre ordinaire, et affectent, comme le dit Varron,
la forme d'une sicilis. Le premier golfe s'appelle Scythique ;
et, effectivement, sur chaque rive sont des Scythes qui
communiquent par le dtroit: ce sont les Nomades et les
Sauromates d'un ct, les Abzoas de l'autre; ces deux races
se subdivisent en nombre de peuplades. A droite de l'en-
tre et la pointe mme du bras de mer habitent les
Udins, aussi d'origine scythique, puis sur la cote les Al-
bains prtendus descendans de Jason (les eaux voisines
prennent d'eux le nom de mer d'Albanie). Le peuple dis-
smin sur la chane du Caucase descend , comme nous
l'avons dit , jusqu'aux frontires de l'Armnie et de l'Ib-
rie. Au dessus de la cte qu'il occupe et des Udins s'ten-
dent les Sarmates , les Utidorses , les Arotres , derrire
lesquels se trouvent les Amazones Sauromatides dj
cites. Les fleuves qui traversent l'Albanie pour se rendre
la mer sont le Casius, l'Albanus, le Cambyse qui sort
du Caucase, le Cyrus qui a sa source dans les monts
Coraxiques. Toute cette cte, qui, partir du Casius,
est hrisse de rochers inaccessibles, a, selon Agrippa ,
quatre cent vingt-cinq milles. Au Cyrus la mer prend le
nom de Caspienne , et en effet les Caspiens habitent la
cte partir de l.
Relevons ici une erreur commune, mme chez ceux
qui dernirement ont fait la guerre en Armnie avec
Corbulon. Ils ont donn le nom de Caspiennes aux portes
ibriques, dont plus haut nous avons annonc que le
nom vritable est portes Caucasiennes, et le premier de
ces noms se trouve sur les plans qu'ils ont dessines sur
v.* 3
34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
minatio, ad Caspias portas tendere dicebatur : quum
peteret illas, quae per Iberiam in Sarmatas tendunt, vix
ullo propter adpositos montes aditu ad Caspium mare.
Sunt autem aliae, Caspiis gentibus junctae : quod di-
gnosci non potest , nisi coraitatu rerum Alexandri Ma-
gni.
Adiabene.
XVI. Namque Persarum rgna, quae nunc Partho-
rum intelligimus , inter duo maria, Persicum et Hyrca-
nium Caucasiis jugis adtolluntur. Utrimque per devexa
laterum Armeni majori, a frontis parte, quae vergit in
Commagenen, Sophene (ut diximus) copulatur, eique
Adiabene Assyriorum initium : cujus pars est Arbelitis ?
ubi Darium Alexander debellavit, proxima Syriae. To-
tam eam Macedones Mygdoniam cognominaverunt , a
similitudine. Oppida : Alexandria, item Antiochia, quam
Nisibin vocant. Abest ab Artaxatis dccl m passuum. Fuit
et Ninus imposita Tigri , ad solis occasum spectans ,
quondam clarissima. Reliqua vero fronte , qua tendit ad
Caspium mare, Atropatene, ab Armeniae Otene regione
discreta Araxe. Oppidum ejus Gazae, ab Artaxatis ccccl
m passuum : totidem ab Ecbatanis Medorum , quorum
pars sunt Atropateni.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 35
les lieux et envoys ici. Les prparatifs menaans de
Nron avaient, dit-on, pour but les portes Caspienncs;
le but vritable tait le passage qui mne de l'ibrie cbcz
les Sarmates ; l'exacte juxta-position des montagnes n'en
laisse aucun qui mne la mer Caspienne. Il est vrai
qu'il y a de vritables portes Caspiennes cbez la nation
de ce nom; mais on ne peut en prendre connaissance
que dans les relations des compagnons d'Alexandre.
Adiabne.
XVI. L'empire Perse, aujourd'hui empire Parthe,
s'lve entre les mers Hyrcanienne et Persique, et sur
le dos de la chane Caucasique abaisse de chaque cot.
A la grande Armnie dont le front penche vers la Com-
magne se lie la xSophne, que continue pareillement
l'Adiabne, vestibule de l'Assyrie : l'Arblitide, si cl-
bre par la victoire dfinitive d'Alexandre sur Darius en
fait partie et est voisine de la Syrie. Toute la contre fut
nomme Mygdonie par les Macdoniens , cause de sa
ressemblance avec la Mygdonie d'Europe. Ses villes sont
Alexandrie, Antioche, autrement Nisibis, sept cent
cinquante milles d'Artaxate , Ninus sur le Tigre , ville
jadis fameuse, expose au couchant. La ligne extrieure
de l'empire Parthe prsente encore l'Atropatne, spare
par l'Araxe de l'Otne en Armnie; Gaza, sa ville prin-
cipale, est quatre cent cinquante milles tant d'Artaxate
que d'Ecbatane en Mdie, dont l'Atropatne est une
province.
3.
36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
4
Media , et port* Caspiae.
XVII. i4- Ecbatana caput Mediae Seleucus rex con-
didit : a Seleucia magna dccl m passuum : a portis vero
Caspiis xx M. Reliqua Medorum oppida, Phazaca, Agan-
zaga , Apamia Rhaphane cognominata. Causa portarum
nominis eadem , quae supra , interruptis angusto transitu
jugis , ita ut vix singula meent plaustra, longitudine vin
mill. passuum , toto opre manu facto. Dextera laevaque
ambustis similes impendent scopuli, sitiente tractu per
xxviii mill. passuum. Angustias impedit corrivatus salis
e cautibus liquor, atque eadem emissus. Prasterea ser-
pentium multitudo , nisi hieme, transitum non sinit.
i5. Adiabenis connectuntur Carduchi quondam dicti,
nunc Cordueni, praefluente Tigri : his Pratitae, zccpcSov
appellati, qui tenent Caspias portas. lis a latere altero
occurrunt dserta Parthiae, et Citheni juga. Mox ejusdem
Parthiae amnissimus sinus, qui vocatur Choara. Duae
urbes ibi Parthorum, opposita? quondam Mdis, Cal-
liope , et alia in rupe Issatis quondam. Ipsius vero Par-
thiae caput Hecatompylos abest a portis cxxxm mill. pas-
suum. Ita Parthorum quoque rgna foribus discluduntur.
Egressos portis excipit protinus gens Caspia , ad litora
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 3 7
Mdie et portes Caspiennes.
XVII. i4- Ecbatane, capitale de la Mdie, fonde
par Sleucus, est sept cent cinquante milles de Sleucie
et vingt milles des portes Caspiennes. Les autres villes
de ce pays sont Phazaca, Aganzaga, Apame Rhaphane.
Le nom de ces dernires portes vient comme prcdem-
ment d'un passage troit que laisse l'interruption de la
chane : peine les chariots passent-ils un un dans la
route qu'y a mnage la main de l'homme , et qui a huit
milles de longueur. A droite et gauche s'lvent d'-
normes rochers qui semblent calcins. On fait ainsi vingt-
huit milles sans trouver d'eau. Le passage est en outre
difficile par l'humidit que laisse chapper des rochers
le sel dont ils abondent , et cependant le trajet ne peut
se faire qu'en hiver cause de la multitude de serpens
qui infestent ces lieux.
i5. Aux Adiabnes confinent les ci-devant Cardu-
ques, aujourd'hui Cordunes, dont le Tigre baigne le
pays ; derrire ceux-ci sont les Pratites , Par Odon , qui
occupent les portes Caspiennes. De l'autre cot se prsen-
tent les dserts de la Parthine et la chane du Cithne;
puis le golfe Choara , le plus dlicieux de la Parthine ,
avec deux villes parthes jadis ennemies des Mdes, Cal-
liope et Issatide : cette dernire, aujourd'hui ruine,
tait sur un rocher. Hcatompylos, capitale de la Par-
thine, est cent trente-trois milles des portes Caspiennes,
qui par consquent isolent l'une de l'autre des provinces
du mme empire. Sorti des portes Caspiennes, on se
38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
usque, quae nomen portis et mari ddit. Lva, raon-
tuosa. Ab ea gente retrorsus ad Cyrum amnem produn-
tur cxxv mill. pass. Ab eodem amne si subeatur ad
portas, dcc millia passuum. Hune enim cardinem Alexan-
dri Magni itinera fecere, ab iis portis ad Indise princi-
pium, stadia xv m sexcenta octoginta prodendo : ad
Bactra oppidum, quod appellant Zariaspa, mmm septin-
genta. Inde ad Jaxartem amnem, v millia.
Gentes circa Hyrcanium mare.
XVIII. 16. A Caspiis ad orientem versus regio est,
Apavortene dicta, et in ea fertilitatis inclytae locus Da-
reium. Mox gentes Tapyri, Anariacae, Stauri, Hyrcani,
a quorum litoribus idem mare Hyrcanium vocari incipit,
a flumine Sideri. Citra id amnes Maxeras, Stratos, omnia
ex Caucaso. Sequitur regio Margiane,apricitatis inclytae,
sola in eo tractu vitifera, undique inclusa montibus
amnis , ambitu stadiorum mille quingentorum , diffici-
lis aditu propter arenosas solitudines per cxx mill. pas-
suum , et ipsa contra Parthi tractum sita : in qua Alexan-
der Alexandriam condiderat. Qua diruta a barbaris, An-
tiochus Seleuci filius , eodem loco restituit Syriam. Nam
interfluente Margo, qui corrivatur in Zotale, is maluerat
illam Antiocham appellari. Urbis amplitudo circuitu
lxx stad. In liane Orodes Romanos, Crassiana clade
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 3 9
trouve chez les-Caspiens, qui occupent le pays jusqu'
la cte, et qui ont donn leur nom la mer comme au
dfil. A gauche s'lvent des montagnes. De cette r-
gion au Cyrus il y a , dit-on, cent vingt-cinq milles; du
fleuve aux Portes on en compte sept cents. Les itinraires
d'Alexandre font de ce lieu le point de dpart universel,
et comptent , de l aux frontires de l'Inde , quinze mille
six cent quatre-vingts stades ; Bactres , vulgairement
Zariaspe , trois mille sept cents; l'Iarxate, cinq mille.
Nations ranges autour de la mer Hyrcanienne.
XVIII. 16. A l'est de la mer Caspienne, l'Apavor-
tne contient la plaine Darium , d'une extrme fertilit.
Suivent les Tapyres, les Anariaces, les Staures , les Hyr-
caniens , dont la cte , au fleuve Sidris , indique l'ins-
tant o la mer Caspienne prend le nom d'Hyrcanienne.
En de de ce fleuve sont le Maxeras, le Stratos : toutes
ces rivires viennent du Caucase. La Margiane dveloppe
ensuite ses plaines riches et chries du soleil , ses vigno-
bles, les seuls que possde la Parthine, les montagnes
dlicieuses qui forment autour d'elle une ceinture de
quinze cents stades, dont l'abord est presque rendu inac-
cessible par des dserts de cent vingt milles. Elle est vis--
vis de la Parthine. C'est l qu'Alexandre fonda Alexan-
drie, et qu'aprs la destruction de cette ville Antiochus,
fils de Seleucus, voulut reproduire en ces lieux la Syrie;
en effet , il donna le nom d'Antioche la ville , cause
du fleuve Margus qui la traverse, et qui forme de nom-
breux canaux Zotale. La ville a soixante-dix stades de
40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
captos deduxit. Ab hujus excelsis per juga Caucasi pro-
tenditur ad Bactros usque gens Mardorum , fera , sui
juris. Ab eo tractu gentes Ochani, Chomari, Berdrigei,
Harmatotrophi, Bomarei, Comani, Marucaei, Mandrueni,
Iatii. Flumina : Mandrum , Gridinum : ultraque Cho-
rasmii , Candari, Attasini , Paricani, Sarang, Parrha-
sini , Maratiani , Nasotiani , Aorsi , Gelae , quos Grci
Cadusios appellavere, Matiani. Oppidum Heraclea, ab
Alexandro conditum : quod deinde subversum ac resti-
tutum, Anliochus Achaida appellavit: Derbices, quorum
medios fines secat Oxus amnis , ortus in lacu Oxo : Syr-
matae, Oxydrac, Heniochi, Bateni, Saraparae, Bactri,
quorum oppidum Zariaspe ( quod postea Bactrum ) a
flumine appellatum est. Gens haec obtinet aversa montis
Paropamisi , ex adversus fontes Indi : includitur flumine
Ocho. Ultra Sogdiani , oppidum Panda , et in ultimis
eorum finibus Alexandria ab Alexandro Magno conditum.
Aree ibi sunt ab Hercule ac Libero ptre constitutae, item
Cyro , et Semiramide , atque Alexandro : finis omnium
eorum ductus ab illa parte terrarum, includente flumine
Jaxarte , quod Scyth Silin vocant : Alexander milites-
que ejus , Tanain putavere esse. Transcindit eum am-
nem Demodamas, Seleuci et Antiochi regum dux, quem
maxime sequimur in iis : arasque Apollini Didymaeo
statuit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 41
tour. C'est l qu'Orode conduisit les Romains faits
prisonniers la dfaite de Crassus. De ces sommits
jusqu' Bactres, et toujours sur les pentes du Caucase,
sont rpandus les Mardes , nation sauvage et indpen-
dante que suivent les Ochanes, les Chomares, les Ber-
driges , les Harmatotrophes , les Bomares , les Co-
manes, les Marucens, les Mandrunes, les Iatiens, les
fleuves Mandre et Gridine, puis les Chorasmiens, les
Candares, les ttasins, les Paricans, les Saranges, les
Parrhasins, les Maratiens, les Nasotiens, les Aorses, les
Gles (chez les Grecs, Cadusiens) et les Matiens. Hra-
cle, btie par Alexandre, ensuite dtruite , puis rebtie,
reut d'Antiochus le nom d'Achade. Les Derbices habi-
tent des deux cts de l'Oxus , qui prend sa source dans
un lac de mme nom, et prcdent les Syrmates, les
Oxydraques , les Hnioques , les Batnes , les Sarapares ,
les Bactriens, dont la capitale Zariaspe a pris du fleuve
sur lequel elle est situe ce nom qu'elle a depuis chang
en celui de Bactres. Ce peuple, adoss aux monts Paro-
pamises, l'opposite des sources de Tlndus, a pour li-
mites l'Ochus , pass lequel on entre en Sogdiane. L se
voient Panda, et, l'extrmit du pays une Alexandrie
fonde par Alexandre ; puis des autels fonds par Hercule
et Bacchus, Cyrus, Smiramis, Alexandre : car tous ces
conqurans s'arrtrent ce point devant les eaux de
l'Iaxarte, que les Scythes nomment Silis, et qu'Alexan-
dre et ses soldats prirent pour le Tanas. Ce fleuve fut
franchi parDmodamas, gnral de Sleucus et d'Antio-
chus , qui nous nous attachons surtout pour ces dtails ,
et qui leva sur ses bords un autel Apollon Didymen.
!>i C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Scytharum gentes et situs ab Oceano Eoo.
XIX. 17. Ultra sunt Scytharum populi. Persse illos
Sacas in universum appellavere a proxima gente , anti-
qui Aramaeos. Scythae ipsi Persas, Chorsaros : et Cau-
casum montem, Groucasum, hoc est, nive candidum.
Multitudo populorum innumera : et quae cum Parthis
ex. quo degat. Celeberrimi eorum Sacae, Massagetae,
Dahae, Essedones, Ariacae, Rhymmici, Psicae, Amardi,
Histi, Edones, Camae, Camacse, Euchatae, Cotieri, An-
tariani, Pialae, Arimaspi, antea Cacidari, Asaei, Oetei.
Ibi Napaei interiisse dicuntur, et Apellaei. Nobilia apud
eos flumina, Mandrageum et Caspasium. Nec in alia
parte major auctorum inconstantia : credo propter innu-
meras vagasque gentes. Haustum ipsius maris dulcem
esse et Alexander Magnus prodidit : et M. Varro, talem
perlatum Pompeio, juxta res grent i Mi thridatico bello,
magnitudine haud dubie influentium amnium victo sale.
Adjicit idem, Pompeii ductu exploratum, in Bactros
septem diebus ex India perveniri ad Icarum flumen , quod
in Oxum influt , et ex eo per Caspium in Cyrum sub-
vectas, quinque non amplius dierum terreno itinere, ad
Phasin in Pontum Indictas posse devehi merces. Insula?
toto eo mari multae, vulgata una maxime Tazata.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 43
Peuplades scythes le long de l'ocan Oriental ; leur position
gographique.
XIX. 1 7. Au-del de ce fleuve habitent les Scythes ,
qui les Perses appliquent en gnral le nom de Saces,
particulier une nation voisine, et que l'antiquit nom-
mait Aramens. A leur tour les Scythes appellent les
Perses Chorsares et le Caucase Groucase, c'est--dire
blanc de neige. Ils se composent d'une foule de peuples,
et peuvent traiter de pair avec les Parthes. Les plus
connus sont les Saces, les Massagtes, les Dahes, les
Essdons , les Ariaques , les Rhymmiques , les Psices ,
les Amardes, les Histes, les Edons, les Cames, les Ca-
maces, les Euchates, les Cotires, les Antarianes, les
Piales, les Arimaspes, jadis Cacidares, les Ases, les
tes. Les Napes et les Apelles ne sont plus aujour-
d'hui. Les rivires les plus connues de nos jours sont la
Mandrage et la Caspasie. Au reste, il n'est point de
pays sur lequel les auteurs s'accordent moins ; la cause
en est, je crois, le grand nombre et la vie errante de
ces nations. L'eau de cette mer est douce, au rapport
d'Alexandre-le-Grand et de Varron, qui en vit porter
Pompe pendant la guerre de Mithridate : sans doute
c'est l'norme masse d'eaux apportes par les fleuves tri-
butaires qui neutralise la salure. Varron ajoute que l'on
reconnut, sous Pompe, qu'on peut en sept jours trans-
porter des marchandises indiennes de l'Inde la Bac-
triane et au fleuve Icare, tributaire de l'Oxiis; puis
passer par la mer Caspienne dans les eaux du Cyrus,
et au bout d'un voyage terrestre de cinq jours au plus ,
44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Seres.
XX. A Caspio mari Scythicoque oceano, in Eoum
cursus inflectitur, ad orientem conversa litorum fronte.
Inhabitabilis ejus prima pars, a Scythico promontorio,
ob nives : proxima inculta , saevitia geritium. Anthropo-
phagi Scythae insident, humanis corporibus vescentes.
Ideojuxta vastae solitudines, ferarumque multitudo, haud
dissimilem hominum immanitatem obsidens. Iterum deinde
Scythae. Iterumque dserta cum belluis, usque ad jugum
incubans mari , quod vocant Tabin. Nec ante dimidiam
ferme longitudinem ejus orae quae spectat stivum orien-
tem, inhabitatur illa regio.
Primi sunt hominum, qui noscantur, Seres, lanicio
silvarum nobiles, perfusam aqua depectentcs frondium
canitiem : unde geminus feminis nostris labor redor-
diendi fila, rursumque texendi. Tam multiplici opre,
tam longinquo orbe petitur , ut in publico matrona trans-
luceat. Seres mites quidem , sed et ipsis feris persimiles
ctum reliquorum mortalium fugiunt, commercia ex-
spectant. Primum eorum noscitur flumen Psitaras, proxi-
mum Gambari : tertium Lanos, a quo . promontorium
HISTOIRE NATURELLE , LIV. VI. 45
dboucher dans le Pont par le Phase. Toute cette mer
est seme d'les, dont la plus connue est Tazate.
Les Sres.
XX. Aprs la mer Caspienne et l'ocan Scythique
notre course se dirige vers l'est , car telle est aussi le
sens dans lequel s'inflchissent les rivages. La premire
portion, partir du cap Scythique, est totalement in-
habitable cause des neiges ; la suivante ne l'est gure
moins, grce la barbarie des nations qui l'habitent, de ces
Scythes dits anthropophages, parce qu'ils se nourrissent
de chair humaine. De l ces immenses solitudes, cette
population innombrable de btes farouches qui assigent
l'espce humaine , leur rivale en cruaut. Ensuite parais-
sent encore des Scythes et encore des dserts peupls
d'animaux sauvages jusqu' une montagne qui domine
la mer, et qu'on nomme Tabis. Ce n'est qu'environ
moiti de la longueur de la cote qui regarde l'orient d't
que le pays devient habitable.
Les Sres sont le premier peuple que l'on y connaisse :
leurs forts laine les ont rendus clbres : l, les feuilles
sont pares d'un duvet qu'on imbibe d'eau pour en d-
tacher les blancs filamens : nos Europennes ont ensuite la
peine de rassortir les fils et de rtablir le tissu. Travaux
nombreux, voyages immenses, dont le rsultat est dfaire
paratre des Romaines en robes diaphanes. A des murs
inoffensives, les Sres joignent quelque chose de sau-
vage : ils fuient l'approche de tous les hommes , si ce
n'est des marchands. On connat chez eux le Psitaras ,
46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Chryse : sinus Cyrnaba : flumen Atianos : sinus, et gens
hominum Attacorum , apricis ab omni noxio adflatu se-
clusa collibus, eadem, qua Hyperborci degunt, tempe-
rie. De iis privatim condidit volumen Amometus, sicut
Hecataeus de Hyperboreis. Ab Attacoris gentes Phruri,
et Tochari : et jam Indorum Casiri, introrsus ad Sey-
thas versi , humanis corporibus vescuntur. Nomades quel-
que Indiae vagantur. Sunt qui ab Aquilone contingi ab
ipsis et Ciconas dixere, et Brysanos.
Indi.
XXI. Sed unde plane constent gentes , Emodi montes
adsurgunt, Indorumque gens incipit, non Eoo tantum
mari adjacens, verum et meridiano, quod Indicum ap-
pellavimus; quque pars orienti adversa recto pr-
tenditur spatio, ad flexum et initium Indici maris
xvin lxxv mill. pass. colligit. Deinde qua flectitur in
meridiem xxiv lxxv mill. pass. ut Eratosthenes tradit,
usque ad Indum amnem , qui est ab occidente finis In-
di. Complures autem totam ipsius longitudinem xl die-
rum noctiumque velifico navium cursu determinavere :
et a septemtrione ad meridiem xxvm quinquaginta mill.
passuum. Agrippa longitudinis xxxm latitudinis xxm pro-
didit. Posidonius ab stivo solis ortu ad hibernum exor-
tum metatus est eam, adversam Galli statuens, quam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 47
Cambaris, prs de ce fleuve Lanos, pass laquelle s'lve
le cap Chrys, le golfe Cyrnabe, l'Atiane, le golfe At-
tacorique, les Attacores, que des collines^ exposes au
soleil protgent contre tout vent nuisible. Amomte a
crit sur ce peuple un volume ex prof es so , comme Hca-
te sur les Hyperborens. LesPhrures, lesTochares pa-
raissent ensuite. Les Casiriens, qui font dj partie de
l'Inde et qui confinent au dedans la Scythie , mangent
de la chair humaine. Les Nomades indiens mnent une
vie errante. Quelques auteurs disent qu'au nord de ces
peuples habitent et les Cicones et les Brysanes.
Les Indiens.
XXI. Mais c'est partir du lieu o s'lvent les
monts Emodes que paraissent de vritables nations et
que se dveloppe l'Inde borde non-seulement par la
mer Orientale , mais par la mer du Sud , que nous avons
appele mer Indique. La cote qui regarde vers l'est , et
qui s'tend en longue ligne droite, jusqu'au coude o
commence l'Ocan indien , a mille huit cent soixante-
quinze milles ; de ce coude que l'Asie fait vers le sud
l'embouchure de l'Indus, limite occidentale de l'Inde,
Eratosthne compte deux mille quatre cent soixante-
quinze milles. Beaucoup d'auteurs expriment cette di-
mension en disant qu'un vaisseau ferait le tour en qua-
rante jours et quarante nuits de navigation. Du sud au
nord ils comptent deux mille huit cent cinquante milles.
Selon Agrippa , le pays a trois mille trois cents milles
le long sur deux mille trois cents de large. Posidoniu^
48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
ab occidente aestivo ad occidentem hibernum metabatur
totam a Favonio. Itaque adversam ejus venti adflatu ju-
vari Indiam, salubremque fieri, haud dubia ratione do-
cuit. Alia illius caeli facis, alii siderum ortus : binae aes-
tates in anno , binae messes , mdia inter illas hieme Ete-
siarum flatu : nostra vero l)ruma lenes ibi auras , mare
navigabile. Gentes ibi et urbes innumerabiles, si quis
omnes persequi velit. Etenim patefacta est non modo
Alexandri Magni armis, regumque, qui ei successere,
circumvectis etiam in Hyrcanium mare, et Caspium, Se-
leucho et Antiocho , praefectoque classis eorum Patrocle :
verum et aliis auctoribus graecis , qui cum regibus Indi-
cis morati (sicut Megasthenes , et Dionysius a Philadelpho
missus ex ea causa) vires quoque gentium prodidere. Non
tamen est diligentiae locus, adeo diversa et incredibilia
traduntur. Alexandri Magni comits in eo tractu Indiae,
quem armis subegerant, scripserunt quinque millia op-
pidorum fuisse, nullum Co minus, gentes ix. Indiamque
tertiam partem esse terrarum omnium , multitudinem
populorum innumeram , probabili sane ratione. Indi enim
prope gentium soli nunquam migravere finibus suis. Col-
liguntur a Libero ptre ad Alexandrum Magnum reges
eorum cliv annis v[ m ccccli adjiciunt et menses trs.
Amnium mira vastitas. Proditur Alexandrum nullo die
minus stadia sexcenta navigasse in Indo, nec potuisse
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. /,g
regarde l'Inde comme tant situe vis--vis de la Gaule , et
donne celle-l une direction , tandis que celle-ci , dit-il ,
se dirige de l'occident d't l'occident d'hiver, et tout
l'ouest de l'Inde. De l , selon lui , ce climat dlicieux et
salubre, d incontestablement ce vent d'ouest qui souffle
ainsi sur les Indes. Un autre ciel , d'autres astres brillent
dans ces beaux lieux ; spars par un hiver pendant lequel
soufflent les vents tsiens, deux ts y produisent deux
rcoltes par an, et quand nous sommes au solstice d't,
ils jouissent de brises charmantes et voient la mer s'ouvrir
la navigation. Les peuples , les villes s'y comptent par
milliers. L'Inde nous a t rvle , non-seulement par
Alexandre-le-Grand et divers rois ses successeurs dont les
armes y ont pntr, mais encore par les voyages que firent
dans les mersHyrcanienne et Caspienne, Seleucus, Antio-
chus, etPatrocle, amiral de leurs flottes, et par des Grecs
qui sont rests long-temps dans les cours indiennes (tels
sont entre autresMgasthneetDenys, quePhiladelphe y
envoya cet effet) , et qui nous ont dcrit la puissance des
indignes. Cependant la divergence et l'invraisemblance
des rcits rend ici la critique impossible. Les compagnons
d'Alexandre ont crit que dans la rgion de l'Inde soumise
par leurs armes taient cinq mille villes au moins de la gran-
deur de Cos, neuf grandes nations, une foule innombrable
de peuples. L'Inde, ajoutent-ils, est une troisime partie
du monde. On peut admettre ceci. Seuls ou presque seuls
parmi les nations , les Indiens n'ont point abandonn leur
pays. De Bacchus Alexandre ils comptent cent cinquante-
quatre rois, qui ensemble ont rgn six mille quatre cent
cinquante-un ans et trois mois. Les fleuves sont immenses.
4
5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
ante menses quinque enavigare, adjectis paucis diebus :
et tamen minorem Gange esse constat. Seneca etiam apud
nos tentata Indiae commentatione sexaginta amnes ejus
prodidit, gentes duodeviginti centumque. Par labor sit
montes enumerare. Junguntur inter se Imaus , Emodus ,
Paropamisus , Caucasus , a quibus tota decurrit in plani-
tiem immensam , et iEgypto similem.
Verum utterrena demonstratio intelligatur , Alexandri
Magni vestigiis insistamus. Diognetus et Baeton itinerum
ejus mensores , scripsere , a portis Caspiis Hecatompylon
Parthorum, quot diximus millia esse : inde Alexandriam
Arion , quam urbem is rex condidit , dlxxv mill. Inde
ad Prophthasiam Drangarum cxcix mill. Inde ad Ara-
chosiorum oppidum dlxv mill. Inde Ortospanum clxxv
mill. Alexandri oppidum quinquaginta mill. In quibusdam
exemplaribus diversi numeri reperiuntur : hanc urbem sub
ipso Caucaso esse positam. Ab ea ad flumen Copheta , et oppi-
dum IndorumPeucolaitin, ccxxvumill. Inde adflumen In-
dum et oppidum Taxila, sexaginta mill. Ad Hydaspen flu-
vium clarum, cxxmill. Ad Hypasin non ignobiliorem, xxix
mill. cccxc; qui fuit Alexandri itinerum terminus, exsupe-
rato tamen amne, arisque in ad versa ripa dicatis.Epistolae
quoque rgis ipsius consentiunt bis. Reliqua inde Seleuco
Nicatori peragrata sunt : ad Hesidrum, clxix mill. Jo-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 5i
Alexandre navigua cinq mois et quelques jours sur l'Indus
sans pouvoir sortir des eaux de ce fleuve, et jamais ce-
pendant il ne ft moins de six cents stades par jour. L'In-
dus pourtant le cde encore au Gange. Snque, qui a
essay une description de l'Indus, lui donne soixante af-
fluens , et place sur ses bords cent dix-huit peuples. L'-
numration des montagnes ne serait pas moins longue.
Imas, Emodes , Paropamise, Caucase, toutes ces chanes
sont lies ensemble, et parleur abaissement graduel for-
ment une plaine immense semblable l'Egypte.
Cependant il faut prendre connaissance des dimen-
sions de l'Inde par terre : suivons les traces d'Alexandre.
Selon Diognte et Bton, chargs de tracer ses itin-
raires, des portes Caspiennes Hcatompylos, chez les
Parthes, il y a, comme nous l'avons dit, cent trente-
trois milles. On compte de l Alexandrie l'Arienne,
ville fonde encore par Alexandre, cinq cent soixante-
quinze milles; d'Alexandrie Prophthasie la Drangienne,
cent quatre-vingt-dix-neuf milles , de Prophthasie Ara-
chosie, cinq cent soixante-cinq; d'Arachosie Ortos-
pane, cent soixante-quinze, et de l la ville d'Alexan-
dre, cinquante milles. (Ici les chiffres diffrent dans
quelques exemplaires : la ville mme est au pied du Cau-
case). De cette dernire au Cophte et la ville indienne
Peucolate, on a deux cent vingt-sept milles; de Peuco-
laite l'Indus et Taxile , soixante ; de Taxile la clbre
rivire d'Hydaspe, cent vingt; de l'Hydaspe l'Hypase,
qui n'est pas moins fameux, vingt-neuf milles, plus trois
cent quatre-vingt-dix pas. L s'arrta Alexandre, qui
pourtant traversa le fleuve et leva un autel sur la rive
4-
5a C. PLINII IIIST. NAT. LIB. VI.
manem amnem tantumdem. Exemplaria aliqua adjiciunt
quinque millia pass. Inde ad Gangem cxn mill. Ad Rho-
dapham cxix mill. Alii cccxxv mill. in hoc spatio pro-
dunt. AdCalinipaxa oppidum, clxvii d, alii cclxv mill.
Inde ad confluentem Jomanis amnis , et Gangis , dcxxv
mill. , plerique adjiciunt xm mill. d; ad oppidumque Pa-
libothra ccccxxv. Ad ostium Gangis dccxxxvii mill. d
passuum.
Gentes, quas memorare non piget, a montibus Emo-
dis, quorum promontorium Imaus vocatur, incolarum
lingua nivosum significante, Isari , Cosyri, Izgi, et per
juga Chirotosagi , multarumque gentium cognomen Brach-
man , quorum Maccocalingae. Flumina : Prinas , et Cai-
nas (quod in Gangem influit), ambo navigabilia. Gentes :
Galingae proximi mari, et supra Mandei, Malli, quorum
mons Mallus , finisque ejus tractus est Ganges.
Ganges.
XXII. 18. Hune alii incertis fontibus, ut Nilum, ri-
gantemque vicina eodem modo, alii in Scythicis monti-
bus nasci dixerunt. Influere in eum xix amnes. Ex iis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 53
oppose. Les lettres de ce prince sont d'accord avec ces
calculs. C'est par Seleucus Nicator que ces excursions ont
t continues. En voici le rsultat : de l'Hypase l'H-
sidre, cent soixante-neuf milles; de l'Hsidre au Jomanes,
cent soixante-neuf (ou, selon quelques exemplaires, cent
soixante-quatorze); du Jomans au Gange, cent douze;
du Gange au Rhodaphe, cent dix-neuf ( selon d'autres,
trois cent vingt-cinq); du Rhodaphe Calinipaxa, cent
soixante-sept et demi ( selon d'autres , deux cent soixante-
cinq ) ; de Calinipaxa au confluent du Jomanes et du
Gange , six cent vingt - cinq ( la plupart des auteurs
comptent six cent trente-huit et demi), et la ville de
Palibothra , quatre cent vingt-cinq. De l aux bouches du
Gange, sept cent trente-sept milles et demi.
Les peuples nommer sont partir des monts Emodes,
dont la cime se nomme Imas , c'est--dire , en indien , nei-
geux , les Isares, les Cosyres , les Izges , les Chirotosages , au
milieu des monts ; les Brachmanes , dnomination com-
mune beaucoup de peuplades particulires, parmi les-
quelles les Maccocalinges. Rivires : le Prinas et le Cai-
nas affluent du Gange ( toutes deux portent bateau).
Nations : les Calinges au bord de la mer, et plus haut
les Mandens, les Malles, chez qui se trouve le mont
Mallus. Cette contre se termine au Gange.
Le Gange.
XXII. 18. Selon les uns, ce fleuve s'chappe comme
le Nil de sources inconnues, et inonde de mme dans le
voisinage : selon les autres , il sort des monts de la Scy-
54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
navigabiles, praeter jam dictos, Condochatem, Eranno-
boam, Cosoagum, Sonum. Alii cum magno fragore ip-
sius statim fontis erumpere, dejectumque per scopulosa
et abrupta, ubi primum molles planities contingat, in
quodain lacu hospitari : inde lenem fluere, ubi mini-
mum , vin millia passuum latitudine : ubi modicum , sta-
diorum centum : altitudine nusquam minore passuum
xx : novissima gente Gangaridum Calingarum : regia Par-
thalis vocatur.
19. Rgi lx mill. peditum, quits mille, elephanti
dcc in procinctu bellorum excubant.
Namque vita mitioribus pdpulis Indorum multipartita
degitur. Alii tellurem exercent, militiam alii capessunt,
merces alii suas evehunt : res publicas optimi ditissimi-
que temprant, judicia reddunt, regibus adsident. Quin-
tum genus celebratae illic, et prope in religionem vers
sapientiae deditum, voluntaria semper morte vitam ac-
censo prius rogo finit. Unum super haec est semiferum ac
plnum laboris immensi, et quo supra dicta continen-
tur, venandi elephantes domandique. lis arant,iis vehun
tur, haec maxime novere pecuaria : iis militant, dimi-
cautque, pro finibus. Delectum in bella, vires, et aetas,
atque maguitudo faciunt.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. VI. 55
thie; dix-neuf rivires lui portent leurs eaux. Celles qui
portent bateau sont, outre celles que nous avons nommes,
le Condochate, l'Erannoboas, leCossage, le Sonus. Les
uns disent qu'au lieu mme de sa source il s'lance avec
fracas, roule au milieu de rochers et de lieux escarps;
puis, sitt qu'il rencontre des plaines moins rapides,
s'arrte quelque temps dans une espce de lac, au sortir
duquel il coule avec lenteur. Sa inoindre largeur est de
huit milles , sa largeur moyenne de cent stades , sa pro-
fondeur d'au moins vingt pas. La dernire nation que
l'on rencontre s'appelle Calinges : Parthalis est le nom
du palais.
19. Le roi entretient une arme de soixante mille
hommes d'infanterie, mille cavaliers et sept cents l-
phans.
Les peuples civiliss de l'Inde se divisent en plusieurs
classes. Quant aux professions, la premire se compose
d'agriculteurs, la seconde de guerriers, la troisime de
marchands ; la quatrime comprend les plus sages de la
nation : ils administrent l'tat, rendent la justice, en-
tourent la personne des rois. Une cinquime classe ,
vante dans les Indes, est celle des hommes qui se livrent
l'tude de la sagesse, qui, chez eux, est presque la re-
ligion , et qui finissent par prir volontairement sur un
bcher allum par leurs mains. Enfin, viennent ceux
qui sont chargs de prendre et de dompter les lphans.
Cette classe demi sauvage et condamne aux plus rudes
travaux est pourtant la plus ncessaire. Car, dans l'Inde,
c'est l'lphant qui laboure, qui transporte, qui forme
la base des troupeaux : il partage le service militaire et
58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Austrinum polum Indi Dramasa vocant. Amnis Joma-
nes in Gangem per Palibothros decurrit inter oppida
Methora et Clisobora. A Gauge versa ad meridiem
plaga, tinguutur Sole populi, jam quidem infecti, non-
dum tamen .thiopuin modo exusti : quantum ad In-
dum accedunt, tantum colore praeferunt sidus. Indus
statim a Prasiorum gente, quorum in montants Pygmaei
traduntur. Artemidorus inter duos amnes xxi interesse
tradit.
Indus.
f XXIII. 20. Indus incolis Sindus appellatus, in jugo
Gaucasi montis, quod vocatur Paropamisus, adversus
Solis ortum effusus , et ipse undeviginti recipit amnes.
Sed clarissimos , Hydaspen , quatuor alios adferentem :
Cantabram , trs. Per se vero navigabiles Acesnem , et
Hypasin : quadam tamen aquarum modestia nusquam
latior quinquaginta stadiis, aut altior x.v passus : am-
plissimam insulam efficiens, qua3 Prasiane nominatur;
et aliam minoi*em, qua? Patale. Ipse per x cl m. pas-
suum (parcissimis auctoiibus]) navigatus, et quodam
Solis comitatu in occasum versus, oceano infunditur.
Mensuram in ora ad eum ponam, ut invenio, genera-
tim, quamquam inter se nul Le congruunt. Ab ostio
Gangis ad promontorium Caliiigou, et oppidum Dan-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 5q
i^isthne dit de beaucoup d'autres localits dans l'Inde.
Le ple sud se nomme en indien Dramasa. Le Jomanes
traverse le pays de Palibothra, et vient tomber dans le
Gange entre les villes de Mthora et de Clisobora. Au
sud du Gange, l'ardeur du soleil altre dj le teint des
hommes, qui commencent tre basans, quoique loin
d'tre brls par ses rayons comme les Ethiopiens. Mais
mesure que l'on se rapproche de l'Indus , on voit les
visages noircir. C'est ce fleuve qui sert de limite aux Pra-
siens, dont fait partie une race de Pygmes montagnards.
Artmidore met d'un fleuve l'autre vingt-un milles.
L'Indus.
XXIII. 20. L'Indus, Sind dans la langue du pays,
sort de la chane du Caucase Paropamise, coule d'abord
l'est, et reoit aussi dix-neuf rivires. L'Hydaspe et le
Cantabre, qui sont les plus connues, en apportent avec
eux, l'un quatre et l'autre trois. L'Acsine et l'Hypase
portent bateau. Toujours modeste cependant, l'Indus n'a
jamais plus de cinquante stades de largeur et de quinze
pas de profondeur. Il forme deux les, l'une trs-grande,
que l'on nomme Prasiane, et l'autre plus petite, qui porte le
nom dePatale. Les auteurs les moins exagrs le disent na-
vigable au moins pendant mille deux cent quarante milles.
Vers la fin de son cours il suit en quelque sorte la marche
du soleil, coule l'ouest et va tomber dans l'Ocan. Indi-
quons ici, malgr l'impossibilit de les accorder, les di-
verses distances de cette embouchure aux lieux les plus
saillans de la cote. On compte des bouches du Gange au
6o C. PLINII HIST. NA. LIB. VI.
dagula dcxxv m passuum. Ad Tropina x xxv mili. pas-
suum. Ad Perimulae promontorium, ubi est celeberri-
mura Indiae emporium, dccl. Ad oppidum in insula,
quam supra diximus , Patalam , dcxx.
Gentes montanae inter eum et Jomanem , Cesi , Ce-
triboni silvestres : deinde Megall, quorum rgi quin-
genti elephanti, peditum equitumque numerus incertus :
Chrysei, Parasangae, Asangae, tigri fera scatentes. Ar-
mant peditum xxx mill., elephantos ccc, quits dccc.
Hos includit Indus, montium corona circumdatos et
solitudinibus per dcxxv m. Infra solitudines, Dari,
Surae, iterumque solitudines per clxxxvii mill. pass.
plerumque arenis ambientibus haud alio modo, quam
insulas mari. Infra dserta haec Maltecorae , Singae, Ma-
robas , Rarungae , Moruni. Hi montium , qui perpetuo
tractu oceani orae praetenti, incolae, liberi et regum ex-
pertes, multis urbibus montanos obtinent colles. Na-
reae deinde, quos claudit mons altissimus Indicorum
Capitalia. Hujus incolae, alio latere late auri et argenti
metalla fodiunt. Ab iis Oraturae , quorum rgi eleplianti
quidem decem , sed amplae vires peditum : Varetatae ,
qui sub rege elephantos non alunt, fiducia equitum pe-
ditumque. Odomboerae , Salabastrae. Horatae urbe pul-
chra, fossis palustribus munita:per quas crocodili, hu-
mani corporis avidissimi, aditum nisi ponte non dant.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. (Ji
cap Calingique et Dandagule, six cent vingt-cinq
milles; Tropine, mille deux cent vingt-cinq; au cap
Primule, prs duquel est le plus clbre entrept dos
Indes, sept cent cinquante; enfin, Patale, dans l'le
de ce nom , six cent vingt.
De l'Indus au Jomanes on rencontre dans les montagnes
les Cses , les Ctribons , habitant d'paisses forts ; les
Mgalles, dont le roi a cinq cents lphans et une arme
de fantassins et de cavaliers dont on ne connat pas le
nombre; les Chryses, les Parasnges , les Asanges, dont
le territoire nourrit des milliers de tigres. Leur force mi-
litaire monte trente mille fantassins, trois cents lphans,
huit cents cavaliers. Ils ont pour bornes l'Indus et une
ceinture de montagnes leves avec un dsert de six cent
vingt-cinq milles. Au del de ce vaste espace sont les Dares,
les Sures; puis encore cent quatre-vingt-sept milles de d-
serts o quelques lieux fertiles se trouvent au milieu d'une
mer de sable comme des les dans l'Ocan. Au dessous de ces
derniers habitent les Maltcores, les Singes, lesMarohes,
les Rarunges, les Moruns, peuple libre et rpublicain,
matre des monts dont la chane borde sans interruption
la cte de l'Ocan, et sur la pente desquels il a beau-
coup de villes. Les Narens s'tendent jusqu'au Capitalia ,
la plus haute des montagnes de l'Inde. Du ct oppos
aux Narens on y exploite de riches mines d'or et d'argent.
Suivent les Oratures, dont le roi n'a que dix lphans, mais
commande une nombreuse infanterie; les Vartates, qui,
forts de leur infanterie et de leur cavalerie , n'lvent poin!
d'lphans ; les Odombores, les Salabastres, les Horates,
dont la ville magnifique est entoure de fosss que l'on ne
Qi C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Et aliud apud illos laudatur oppidum Automela, impo-
situm litori quinque amnium in unum confluente con-
cursu, emporio nobili. Rgi eorum elephanti m dc, pe-
ditum cl M , equitum quinque m. Pauperior Charmarum
rex clephantos lx parvasque reliquas vires habet. Ab iis
gens Pandae , sola Indorum rgna ta feminis. Unam Her-
culi sexus ejus genitam ferunt, ob idque gratiorem prae-
cipuo regno donatam. Ab ea deducentes originem im-
peritant ccc oppidis, peditum cl mill., elephantis quin-
gentis. Post banc trecentarum urbium Syrieni, De-
rangae , Posingae, Buzae, Gogiarei, Umbrae, Nereae,
Brancosi , Nobundae , Cocondae , Nesei , Pedatrirae , So-
lobriasae, Olostr Patalen insulam attingentes : a eujus
extremo litore ad Gaspias portas xx xxv mill. pro-
duntur.
Hic deinde accolunt Indum adversum evidenti de-
monstratione Amatae , Bolingae , Gallitalutae , Dimuri ,
Megari, Ordab, Mesae. Ab his Uri, Sileni : mox d-
serta in ccl mill. passuum. Quibus exsuperatis Orga-
nag, Aabortae, Sibar, Suert : et ab iis solitudines
prioribus pares. Dein Saropbages, Sorgae, Baraomatae,
Umbrittaeque, quorum xn nationes, singulisque binae
urbes. Aseni trium urbium incolae. Caput eorum Buce-
phala , Alexandri rgis equo (cui fuerat boc nomen) ibi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 63
peut passer que sur ua pont, cause d'une foule de cro-
codiles excessivement avides de chair humaine. Automle,
comptoir clbre situ sur la cote au confluent de cinq
rivires , est aussi aux Horates. Leur roi a mille six cents
lphans, cent cinquante mille fantassins, cinq mille ca-
valiers. Moins puissant , le roi des Charmes ne possde
que soixante lphans et une arme trs-infrieure. Plus
loin paraissent les Pandes, seule nation qui obisse
des femmes. Hercule , dit-on , eut une fille dans ce pays ,
et ce peuple, rempli de respect pour sa haute naissance,
lui donna la couronne : les femmes issues de son sang lui
ont succd, et commandent encore aujourd'hui trois
cents villes, cent cinquante mille soldats ; elles ont , de plus ,
cinq cents lphans. On trouve ensuite les Syrines, qui
possdent trois cents villes, les Dranges, les Posinges,
les Buzes, les Gogiares, les Umbres, les NFens, les
Brancoses, les Nobundes, les Cocondes, les Nses, les
Pdatrires , les Solobriases , les Olostres , dans le voisinage
de Patale. De l'extrmit de cette le aux portes Caspien-
nes, la distance est de mille neuf cent vingt-cinq milles.
Plus loin et le long de la rive orientale, dans des po-
sitions non contestes, habitent les Amates, les Bo-
linges, les Gallitalutes , lesDimures, les Mgares, les
Ordabes, les Mses, puis les Ures, les Silnes; vient en-
suite un dsert de deux cent cinquante milles, qui nous
mne chez les Organages, les Aabortes, les Sibares, les
Suertes. L nouveaux dserts, puis les Sarophages, les
Sorges , les Baraomates , les Umbrittes diviss en douze
peuples, dont chacun a deux villes; les Asnes, qui en
habitent trois, et dont la capitale est Bucphale, clbre
64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
sepulto conditum. Montani super hos Gaucaso subjecti ,
Soleadae , Sondrae : transgressisque Indum , et cum eo
decurrentibus Samarabriae, Sambruceni, Bisambritae,
Osii , Antixeni , Taxillae , cum urbe celebri , jam in plana
demisso tractu, cui universo nomen Amandae. Populi
quatuor, Peucolaitae, Arsagalitae, Geretae, Asoi.
Etenim plerique ab occidente non Indo amne dter-
minant, sed adjieiunt quatuor satrapias, Gedrosos, Ara-
chotas, Arios, Paropamisadas, ultimo fine Cophete flu-
vio : quae omnia Ariorum esse, aliis placet.
1 1 . Nec non et Nysam urbem plerique Indiae adscri-
bunt , montemque Merum , Libero patri sacro : unde
origo fabulae, Jovis femine editum. Item Astacanos gen-
tem, vitis, et lauri, et buxi, pomorumque omnium in
Graecia nascentium fertilem, Qu memoranda, et prope
fabulosa, de fertilitate terras, ac gnre frugum arbo-
rumque, aut ferarum, aut volucrum, et aliorum ani-
malium traduntur, suis quaeque locis in reliqua parte
operis commemorabuntur. Quatuor vero satrapiae mox
paulo, ad Taprobanen insulam festinante animo.
Sed ante sunt aliae, Patale, quam significavimus in
ipsis faucibus Indi, triquetra figura, ccxx m passuum
latitudine. Extra ostium Indi, Chryse , et Argyre, fer-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 65
par la spulture du cheval d'Alexandre , qui avait port
ce nom. Plus haut et sur le Caucase habitent des peu-
ples montagnards , les Solades , les Sondres , et de l'autre
ct de l'Indus, en suivant le cours et la pente des eaux,
les Samarabres, les Sambrucnes, les Bisambrites , les
Osiens, les Antixnes, les Taxilles, qui ont une ville c-
lbre du mme nom au milieu d'un plateau moins lev
dont l'ensemble se nomme Amande. Ajoutons encore
quatre peuples, les Peucolates, les Arsagalites, les G-
rtes , les Asos.
La plupart des gographes mme ne fixent pas la li-
mite de l'Inde la rive occidentale de l'Indus , et ils y
ajoutent quatre satrapies, la Gdrosie, l'Arachosie,
l'Arie, la Paropamisie , que borne le Cophte. Selon quel-
ques-uns toutes ces contres forment l'Arie.
ai. La plupart des savans mettent aussi dans l'Inde
Nysa et le mont Mros, consacr Bacchus, d'o la
fable qui fait natre ce Dieu d'une cuisse de Jupiter. Le
pays des Astacanes produit des vignes, du laurier, du
buis, et gnralement tous les arbres qui naissent en
Grce. Quant toutes ces particularits merveilleuses,
je dirais presque fabuleuses, sur l'extrme fertilit du
sol , sur ses grains , ses arbres , ses btes sauvages , ses oi-
seaux , en un mot sur tous les animaux qu'elle contient ,
je les consignerai chacune leur place dans la suite de
l'ouvrage ; je ne parlerai mme que plus bas des satra-
pies. Taprobane est maintenant le but de nos dsirs.
Mais quelques les se trouvent sur notre route; Pa-
tate, l'embouchure de l'Indus est un triangle dont la
base a deux cent vingt milles. Pass l'embouchure se pr-
v.* 5
64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
sepulto conditum. Montani super hos Caucaso subjecti ,
Soleadae , Sondr : transgressisque Indum , et cum eo
decurrentibus Samarabri, Sambruceni, Bisambritae,
Osii , Antixeni , Taxillae , cum urbe celebri , jam in plana
demisso tractu, cui universo nomen Amandae. Populi
quatuor, Peucolait, Arsagalitae, Geretae, Asoi.
Etenim plerique ab occidente non Indo amne dter-
minant, sed adjieiunt quatuor satrapias, Gedrosos, Ara-
chotas, Arios, Paropamisadas, ultimo fine Copbete flu-
vio : quae omnia Ariorum esse, aliis placet.
1 1 . Nec non et Nysam urbem plerique Indiae adscri-
bunt , montemque Merum , Libero patri sacro : unde
origo fabula?, Jovis femine editum. Item Astacanos gen-
tem, vitis, et lauri, et buxi, pomorumque omnium in
Graecia nascentium fertilem, Quae memoranda, et prope
fabulosa, de fertilitate terrae, ac gnre frugum arbo-
rumque, aut ferarum, aut volucrum, et aliorum ani-
malium traduntur, suis quasque locis in reliqua parte
operis commemorabuntur. Quatuor vero salxapiae mox
paulo, ad Taprobanen insulam festinante animo.
Sed ante sunt ali, Patale, quam significavimus in
ipsis faucibus Indi , triquetra figura, ccxx m passuum
latitudine. Extra ostium Indi, Chryse , et Argyre, fer-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 65
par la spulture du cheval d'Alexandre, qui avait port
ce nom. Plus haut et sur le Caucase habitent des peu-
ples montagnards , les Solades , les Sondres , et de l'autre
ct de l'Indus, en suivant le cours et la pente des eaux,
les Samarabres, les Sambrucnes, les Bisambrites , les
Osiens, les Antixnes, les Taxilles, qui ont une ville c-
lbre du mme nom au milieu d'un plateau moins lev
dont l'ensemble se nomme Amande. Ajoutons encore
quatre peuples, les Peucolates, les Arsagalites, les G-
rtes , les Asos.
La plupart des gographes mme ne fixent pas la li-
mite de l'Inde la rive occidentale de l'Indus , et ils y
ajoutent quatre satrapies, la Gdrosie, l'Arachosie,
l'Arie, la Paropamisie , que borne le Cophte. Selon quel-
ques-uns toutes ces contres forment l'Arie.
ai. La plupart des savans mettent aussi dans l'Inde
Nysa et le mont Mros, consacr Bacchus, d'o la
fable qui fait natre ce Dieu d'une cuisse de Jupiter. Le
pays des Astacanes produit des vignes, du laurier, du
buis, et gnralement tous les arbres qui naissent en
Grce. Quant toutes ces particularits merveilleuses,
je dirais presque fabuleuses, sur l'extrme fertilit du
sol, sur ses grains, ses arbres, ses btes sauvages, ses oi-
seaux , en un mot sur tous les animaux qu'elle contient ,
je les consignerai chacune leur place dans la suite de
l'ouvrage ; je ne parlerai mme que plus bas des satra-
pies. Taprobane est maintenant le but de nos dsirs.
Mais quelques les se trouvent sur notre route; Pa-
tale, l'embouchure de l'Indus est un triangle dont la
base a deux cent vingt milles. Pass l'embouchure se pr-
v.* 5
66 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. VI.
tiles metallis , ut credo. Nam quod aliqui tradidere, au-
reum argenteumque iis solum esse, haud facile credi-
derim. Ab iis xx m pass. Crocala. Ab ea xn m pass. Bi-
baga , ostreis et conchyliis referta. Deinde Coralliba ix
m pass. a supra dicta, multaeque ignobiles.
Taprobane.
XXIY. 11. Taprobanen alterum orbem terrarum esse ,
diu existimatum est, Antichthonum appellatione. Ut
liqueret insulam esse, Alexandri Magni tas resque
praestitere. Onesicritus classis ejus praefectus, elephantos
ibi majores bellicosioresque, quam inlndia, gigni scrip-
sit : Megasthenes flumine dividi, incolasque Palogo-
nos appellari, auri margaritarumque grandium fertilio-
res , quam Indos. Eratosthenes et mensuram prodidit ,
longitudinis vu m stad., latitudinis quinque m, nec ur-
bes esse, sed vicos septingentos. Incipit ab Eoo mari ,
inter ortum occasumque Solis Indiae prae tenta, et quon-
dam crdita xx dierum navigatione a Prasiana gnie
distare : mox, quia papyraceis navibus, annamentisque
Nili peteretur, ad nostrarum navium cursus, vu dierum
intervallo taxato. Mare interest vadosum, senis non
amplius altitudiiiis passibus, sed certis canalibus ita
profundum, ut null ancorae sidant : ob id navibus
utrimque prorae, ne per angustias alvei circumagi sit
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 67
sentent Chrys et Argyre, o abondent les mines, car je
ne peux croire, comme le disent quelques crivains, que
le sol mme est de l'or et de l'argent. A vingt milles de
l s'lve Crocale, et douze milles plus loin Bibaga, riche
en hutres et en coquillages de toute espce. Coralliba
n'en est qu'a neuf milles ; elle est suivie d'une foule d'ilts
peu connus.
Taprobane.
XXIV. 11. Taprobane a long-temps pass pour un
autre monde, pour le monde des Antipodes. C'est du
temps d'iUexandre, et grce ses armes, qu'on s'est
assur qu'elle est une le. Onsicrite , amiral de la
flotte macdonienne, a crit que la race des lphans y
tait plus grosse et plus belliqueuse que dans l'Inde.
Selon Mgasthne , un fleuve la traverse : ses habitans
se nomment Palogones ; on y recueille plus d'or et des
perles plus belles qu'en Inde. Eratosthne value sa sur-
face sept mille stades de long sur cinq de large, et lui
donne sept cents bourgs sans aucune ville. Taprobane
commence dans la mer Orientale et se dveloppe le long
de l'Inde entre l'ouest et l'est. De ses ctes Prasiane on
comptait jadis vingt jours de traverse. Aujourd'hui que
nos vaisseaux ont remplac les btimens de papyrus bons
pour la navigation du Nil , on a rduit ce nombre sept.
La mer qui la spare du continent est pleine de bas-
fonds; la hauteur des eaux n'est que ce six pas, sauf
en certains canaux o la profondeur est telle que nulle
ancre ne trouve de sol o mordre , mais si troits qu'on
donne deux proues aux navires, parce qu'ils ne pour-
5.
68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
necesse. Magnitiulo ad terna millia amphorum. Side-
ruin in navigando nulla observatio. Septentrio non cer-
nitur : sed volucres secum vehunt, emittentes saepius,
meatumque earum terrain petentium comitantur. Nec
plus quaternis mensibus anno navigant. Cavent a solsti-
tio maxime centum dies, tum illo mari hiberno.
Hactenus a priscis memorata : nobis diligentior no-
titia Claudii principatu contigit, legatis etiam ex insula
adveclis. Id accidit hoc modo : Annii Plocami , qui ma-
ris Rubri vectigal a fisco redemerat , libertus circa Ara-
biam navigans, Aqilonibu^aptus praeter Carmauiam,
xv die Hippuros portum ejus invectus, hospitali rgis
clementia sex mensium tempore imbutus adloquio , per-
cunctanti postea narravit Romanos et Caesarem. Mirum
in modum in auditis justitiam ille suspexit , quod pares
pondre denarii essent in captiva pecunia , cum diversae
imagines indicarent a pluribus factos. Et hoc maxime
sollicitatus ad amicitiam, legatos quatuor misit, prin-
cipe eorum Rachia. Ex iis cognitum d esse oppida,
portum contra ^ meridiem, adpositum oppido Palaesi-
mundo, omnium ibi clarissimo, ac regiam ce mill. pie-
bis. Stagnum intus Megisba, ccclxxv mill. passuum am-
bitu p insulas pabuli tantum fertiles complexum. Ex eo
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. G 9
raient revirer de bord. Le btiment ne doit tre que de
trois mille amphores. La navigation ne se dirige point
d'aprs l'inspection des astres. On ne voit point la grande
ourse. Mais l'quipage emporte des oiseaux auxquels on
donne la vole, et comme ils se dirigent vers la terre, on
suit la direction que prennent leurs ailes. Le trajet n'est
possible que pendant quatre mois de l'anne. C'est sur-
tout pendant les cent jours les plus voisins du solstice
de juin qu'on vite la mer ; car c'est alors que l'hiver sou-
lve la mer Indique.
Jusqu'ici nous ne faisons que transcrire nos devan-
ciers; mais des ambassadeurs venus de l'le mme, sous
le rgne de Claude, nous ont donn des notions plus
compltes. Voici comment: Annius Plocamus, affranchi
qui avait achet du fisc les revenus de la mer Rouge, c-
toyait l'Arabie , lorsque les aquilons le portrent le long
de la Carmanie en quinze jours jusqu' Hippures, o il
fut accueilli hospitalircment par le roi, et o, au bout
de six mois, ayant appris la langue du pays, il rpondit
aux questions du prince par des dtails sur Rome et sur
Csar. Ce qui frappa surtout le royal auditeur, c'est que
le poids de l'argent de son captif tait toujours le mme ,
quoique les effigies indiquassent par leur diversit des
souverains diffrens. Ce motif surtout l'excita recher-
cher l'amiti des Romains , et il nous envoya quatre d-
puts , dont le chef s'appelait Rachia. D'aprs le rcit
de ceux-ci , Taprobane a cinq cents villes , et au sud un
port prs duquel est Palsimonde , la plus belle ville de
l'le. Le palais du roi renferme deux cent mille mes. Le
lac Mgisba , dans le centre , a trois cent soixante-quinze
7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
duos amnes emmpere : Palaesimundum , juxta oppidum
ejusdem nominis, influentem in portum tribus alveis,
quinque stadiorum arctissimo , xv amplissimo : alterum
ad septentriones Indiamque versum , Cydara nomine.
Proximum esse Indiae promontorium , quod vocetur Co-
liacum, quatridui navigatione, medio in cursu Solis in-
sula occurrente. Mare id colore perviridi, praeterea fru-
ticosum arboribus, jubas earum gubernaculis deteren-
tibus. Septentriones Vergiliasque apud nos, veluti novo
clo , mirabantur. Ne lunam quidem apud ipsos , nisi ab
octava ad xvi supra. terram aspici fatentes. Canopum lu-
cere noctibus , sidus ingens et clarum. Sed maxime mi-
rum iis erat, umbras suas in nostrum caelum cadere, non
in suum: solemque a laeva oriri, et in dexteram occidere
potius, quam e diverso. Iidem narra vere, latus insulae,
quod praetenderetur Indiae , x mill. stad. esse ab oriente
hiberno. Ultra montes Emodos, Seras quoque ab ipsis as-
pici, notos etiam commercio : patrem Rachiae commeasse
eo : advenis sibi Seras occursare. Ipsos vero excedere ho-
minum magnitudinem/rutilis comis, cruleis oculis, oris
sono truci , nullo commercio linguae. Cetera eadem , quae
nostri negotiatores. Fluminis ulteriore ripa merces positas
juxta venalia tolli ab his , si placeat permutatio : non
aliter odio justiore luxuriae , quam * si 'perducta mens
illuc usque cogitet , quid , et quo petatur, et quare.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 7 i
milles de tour, et contient des les o il ne crot que des
pturages. Deux fleuves y coulent. Le premier, qui se
nomme Palsimonde, se jette dans la mer prs de la
ville de mme nom par trois embouchures , dont la moin-
dre a cinq stades de largeur et la plus grande quinze ; le
second s'appelle Cydara et coule vers le nord et vers
l'Inde. Du cap Coliaque, le plus voisin de l'Inde, la
terre ferme, la traverse est de quatre jours. On ren-
contre au milieu l'le du Soleil. La mer est l d'une cou-
leur extrmement verte; des arbres croissent au fond des
eaux , et leurs sommits sont souvent froisses par les
vaisseaux. Les Taprobaniens Rome voyaient avec ton-
nement la grande ourse, les Vergilies ; c'tait pour eux un
ciel nouveau. La lune mme, disaient-ils, ne se montre
chez eux que de la huitime la seizime heure. La
grande et brillante Canope les claire toutes les nuits.
Mais ce qui mettait le comble leur tonnement, c'est
la direction des ombres vers le ple arctique et non vers
le ple austral ; et la position du soleil se levant gauche
et se couchant droite, tandis que chez eux c'est tout
le contraire. Ils ajoutaient que la cte de Taprobane qui
regarde l'Inde a dix mille stades et est l'orient d'hiver.
De l'le mme on voit au del des monts Emodes, les Sres,
si connus par leur commerce; le pre de Rachia avait t
dans leur pays; et les habitans, assurrent-ils, allaient
d'eux - mmes au devant des trangers. Leur stature
colossale , des cheveux blonds , des yeux bleus , des sons
rudes et rauques , point d'idiome pour se communi-
quer leur pense , voil ce qui les caractrise. Du
reste, ils ressemblent nos marchands : si les marchau-
C PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Sed ne Taprobane quidem, quamvis extra orbem a
natura relegata, nostris vitiis caret. Aurum argentum-
que et ibi in pretio. Marmor testudinis simile, gemmae
margaritaeque in honore multo prstantiores : et totius
luxuriae nostrae cumulus. Ipsorum opes majores esse di-
cebant , sed apud nos opulentiae majorem usum.
Servum nemini : non in diem aut interdiu somnum :
aedificia modice ab humo exstantia, annonam numquam
augeri , non fora litesve esse : coli Herculem : eligi regem
a populo snecta clementiaque , liberos non habentem : et
si postea gignat , abdicari , ne fit hereditarium regnum.
Rectores ei a populo xxx dari : nec nisi plurium sen-
tentia quemquam capitis damnari : sic quoque appella-
tionem esse ad populum ; et septuaginta judices dari : si
librent ii reum, amplius triginta, bis nullam esse dig-
nationem , gravissimo probro. Rgi cultum Liberi pa-
tris , ceteris Arabum. Regem , si quid delinquat , morte
multari , nullo interimente , aversantibus cunctis , et
commercia etiam sermonis negantibus. Festa venatione
absumi, gratissimam eam tigribus elephantisque con-
stare. Agros diligenter coli : vitis usum non esse, pomis
abundare. Esse et in piscatu voluptatem, testudinum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 7 3
lises offertes leur plaisent, ils en posent les retours sur
la rive ultrieure du fleuve. Nouvelle occasion de har
le luxe encore plus que jamais, pour peu qu'on songe et
aux objets que l'on va chercher et aux lieux et au but.
Taprobane mme, quoique isole du monde par la
nature , n'est pas trangre nos vices. On y estime l'or
et l'argent. Ses marbres, qui ont la beaut de l'caill,
ses perles, ses pierreries magnifiques sont des plus es-
tims ; enfin , c'est notre luxe dans toute son exagra-
tion. Mais, disaient-ils, s'ils ont plus de richesses, l'art
chez nous tire mieux parti des ntres.
Taprobane n'a point d'esclaves : on n'y dort ni tout
le jour ni une partie du jour; les difices s'lvent peu
au dessus du sol : le prix des denres ne varie pas; on
ne connat ni barreau , ni procs. Hercule est le dieu du
pays. Le peuple lit pour roi un vieillard recommanda-
ble par sa douceur, et sans enfans; s'il devient pre, il
abdique pour que l'empire ne devienne pas hrditaire. On
lui donne de plus trente conseillers , et on ne condamne
mort que sur l'avis de la majorit. L'appel au peuple existe
aussi ; on nomme alors soixante-dix juges ; et si ceux-ci
absolvent l'accus, les trente courtisans sont dgrads et
deviennent des objets de mpris. Le roi porte le costume
de Bacchus ; le peuple s'habille comme les Arabes. Si le
roi devient coupable de quelque grand crime , on le con-
damne mort ; mais personne n'excute la sentence , cha-
cun le fuit , on refuse mme d'changer un mot avec lui , et
on le laisse prir dans une grande et magnifique chasse
contre les lphans et les tigres. L'agriculture est trs-
soigne : on ne cultive pas la vigne , les fruits abondent.
ft C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
maxime , quarum superficie familias habitantium con-
tegi : tanta reperiri magnitudine. Vitam hominum cen-
tum annis modicam. Haec comperta de Taprobane.
Ariani et junctae gentes.
XXV. Quatuor satrapi r quas in hune locum distu-
limus , ita se habent.
1 3. A proximis Indo gentibus, montana. Capissene
habuit Capissam urbem , quam diruit Cyrus. Arachosia
cum oppido et flumine ejusdem nominis, quod quidam
Cophen dixere, a Semiramide conditum. Amnis Ery-
manthus praefluens Parabesten Arachosiorum. Proximos
iis a meridie ad partem Arachotarum faciunt Gedrosos ,
et a septentrione Paropamisadas : Cartana oppidum
sub Caucaso, quod postea Tetragonis dictum. Hc re-
gio est ex adverso. Bactrianorum deinde, cujus- oppidum
Alexandria, a conditore dictum. Syndraci, Dangal,
Parapiani , Cantaces , Maci. Ad Caucasum , Cadrusi :
oppidum ab Alexandro conditum.
Infra ha3C omnia, ora ab Indo : Ariana regio ambusta
Fervoribus, desertisque circumdata, multa tamen inter-
fusa opacitate : cultores congregat circaduos maxime
(luvios , Tonderon et Ai^osapen. Oppidum Artacoana.
Arius amnis , qui praefluit Alexandiiam ab Alexandro
conditam. Patet oppidum stadia xxx, multoque pulcrius,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. ?5
Les habilans aiment la pche, surtout celle des tortues,
dont la carapace sert d'abri une famille entire, tant
on en trouve d'normes. Une vie de cent ans ne passe point
pour longue. Voil ce que nous savons de Taprobane.
Les Ariens , et les peuples voisins.
XXV. Passons aux quatre satrapies dont nous avons
jusqu'ici remis la description.
2 3. Aprs les peuples les plus voisins de l'Indus est un
pays montueux, nomm Capissne. Capisse, sa capitale,
fut dtruite par Cyrus. L'Arachosie a une ville et un
fleuve de mme nom , que quelquefois on appelle Cophs.
La ville doit sa fondation Smiramis. Une autre ville
arachosienne, Parabeste, est arrose par l'Erymanthe.
LaGdrosie au sud , les Paropamisades au nord confinent
aux Arachosiens : sous le Caucase est Cartane, depuis
dite Ttragonide. Ces pays font face l'Arachosie. Vient
ensuite la Bactriane , o une ville d'Alexandrie a reu le
nom du prince son fondateur, puis les Syndraces, les
Dangales, les Parapianes, les Cantaces, les Maces, les
Cadruses prs du Caucase ; ceux-ci ont une ville btie par
Alexandre.
Au dessous s'tend la cote l'ouest de l'Indus. L'Ariane
d'abord y dploie ses plaines brles par la chaleur, ses
vastes dserts et les les nombreuses dont ils sont par-
sems : deux rivires principales, le Tondre et l'Aro-
sape, rassemblent des habitans autour de leurs rives. On.
y voit de plus Artacoane, l'Arius, dont les eaux baignent
une autre Alexandrie, cration d'Alexandre (cette ville a
76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
sicut antiquius , Artacabane : iterum ab Antiocho muni-
tum, stadia l. Dorisci gens. Amnes : Pharnacotis, Ophra-
dus. Prophthasia oppidum Zariasparum : Drangae , E ver-
gete, Zarangae, Gedrusi. Oppida : Peucolais, Lym-
phorta : Methoricorum desertum. Aranis Manais : Au-
gutturi gens. Flumen Borru : gens Urbi. Fluraen navi-
gabile Pomanus Pandarum finibus. Item Cabirus Suaro-
rum, ostio portuosus. Oppidum Condigramma. Flumen
Cophes. Influunt in eum navigabilia Sadarus , Parospus,
Sodinus.
Ari^nae partem esse Daritin aliqui volunt, mensu-
ramque produnt utriusque longitudine xx L, latitudine
dimidio minore, quam Indiae. Alii Gedrusos, et Pasires
posuere per cxxxiv mill. passuum. Mox Ichthyophagos
Oritas, propria, non Indorum, lingua loquentes, per
ce mill. pass. Inde posuere Arbiorum gentem per ce
mill. Ichthyophagos omnes Alexander vetuit piscibus
vivere. Ultra dserta : deinde Carmania , ac Persis , at-
que Arabia.
Navigationes in Indiam.
XXVI. Sed priusquam he generatim persequamur.
indicare convenit, quae prodit Onesicritus, classe Alexan-
dri circumvectus in mediterranea Persidis ex India , nar-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 77
trente stades), Artacabane, beaucoup plus belle et plus
ancienne que la prcdente; fortifie postrieurement par
Antiochus , elle a cinquante stades. Suivent les Dorisques.
Rivires : le Pharnacotide , l'Ophrade. Prophthasie est
aux Zariaspes. Peuples : les Dranges, les Evergtes, les
Zaranges, les Gdruses. Villes: Peucolas, Lymphorte,
puis le dsert des Mthorices. Le Manas , les Augut-
tures, le Borru, les Urbes, le Pomane, qui porte bateau
et qui touche aux confins des Pandes, le Cabire chez
les Suares (celui-ci a un port son embouchure), Con-
digramme, le Cophs grossi de trois rivires navigables:
le Sadare , le Parospe , le Sodin compltent ce tableau.
Dans l'Ariane , quelques-uns comprennent la Daritide
et donnent aux deux pays ensemble mille neuf cent cin-
quante milles de long sur une largeur de moiti infrieure
celle de l'Inde. Selon d'autres , les Gdruses et les Pa-
sires s'tendent sur une longueur de cent trente-quatre
milles : les Ichthyophages Orites , qui parlent non l'indien ,
mais une langue particulire, occupent deux cents milles
de pays. Les Arbiens qui les suivent ont de mme une
cte de deux cents milles. Alexandre avait interdit l'usage
exclusif du poisson tous ces Ichthyophages. Les dserts
qui commencent immdiatement aprs mnent la Car-
manie, la Perse et l'Arabie.
Voyages par mer aux Indes.
XXVI. Mais avant de s'appesantir sur ces dtails , sui-
vons les traces d'Onsicrite , amiral d'Alexandre, qui
de l'Inde alla parcourir l'intrieur du golfe de Perse , et
78 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
rata proxime a Juba : dein eam navigationera , quae his
annis comperta servatur hodie.'
Onesicriti et Nearchi navigatio* nec nomina habet
mansionum, nec spatia : primumque Xylenepolis ab
Alexandro condita, unde ceperunt exordium, juxta
quod flumen , aut ubi fuerit , non satis explanatur. Haec
tamen digna memoratu produntur. Arbis oppidum a
Nearcho conditum in navigatione ea. Flumen Nabrum
navium capax : contra insula distans lxx stad. Alexan-
dria condita a Leonnato jussu Alexandri in finibus gen-
tis , Argenus portu salubri. Flumen Tuberum naviga-
bile, circa quod Pasirae. Deinde Ichthyophagi tam longo
tractu , ut xx [dierum spatio praenavigaverint. Insula ,
quae Solis appellatur, et eadem cubile Nympharum, ru-
bens, in qua nullum non animal absumitur, incertis
causis. Ori gens : flumen Carmaniae Hytanis portuo-
sum , et auro fertile. Ab eo primum septentriones ap-
paruisse adnotavere. Arcturum nec omnibus cerni noc-
tibus , nec totis umquam. Achasmenidas usque illo te-
nuisse. iEris et ferri metalla , et arsenici , et minii exer-
ceri. Inde promontorium Carmaniae est, ex quo in ad-
versa ora ad gentem Arabiae Macas trajectus distat l
mill. pass. Insulae trs , quarum Oracla tantum habita-
tur aquosa, a continenti xxv mill. pass. Insulae iv jam in
sinu ante Persida. Circa lias hydri marini vicenum eu-
r / r f
HISTOIRE NATURELLE , LIV. VI. 79
dont Juba a parl nagure. Nous traiterons ensuite de la
navigation aujourd'hui en usage.
Le voyage d'Onsicrite et de Narque n'indique ni dis-
tances ni points de repos. On n'explique pas mme suf-
fisamment o et sur quelle rivire est Xylnpolis, ville
fonde par Alexandre, et d'o partirent les deux ami-
raux. Voici pourtant les points les plus dignes de remar-
que. Arbis, fonde par Narque pendant le voyage; le
Nabre, o remontent les vaisseaux ; vis--vis et soixante-
dix stades une le ; Alexandrie , fonde sur l'ordre du
conqurant, par Lonnat, aux extrmits du pays; Ar-
gne avec un bon port , le ubre , rivire navigable ,
dont les bords sont habits par les Pasires , la cte des
Ichthyophages, si longue qu'il faut vingt jours pour la
parcourir , l'le du Soleil , autrement lit des Nymphes ( la
terre en est rouge et des causes inconnues y font prir -
tous les animaux), le peuple des Ores, l'Hytanis, qui coule
en Carmanie et forme un port. L'or abonde aux environs.
C'est l que l'quipage commena revoir la grande
ourse. L'Arcture ne se montre ni toutes les nuits , ni la
nuit entire. L s'arrtait l'empire des Achmnides. On
y exploite le cuivre, le fer, l'arsenic, le minium. Vient
ensuite le cap de Carmanie, cinquante milles des
Maces, peuple arabe de la rive oppose. A vingt-cinq
milles du continent sont trois les, dont une seule, Ora-
cla, a de l'eau et des habitans. A l'entre du golfe et
devant la Perside sont quatre les. L on vit avec effroi
des hydres marines de vingt coudes venir la nage
vers les vaisseaux. Les les Acrotade et Gaurates vien-
nent ensuite. Dans la dernire sont les Chianes. Au mi-
1 1 I ,(
8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
bitorum adnatantes terruere classem. Insula, Acrota-
dus : item Gauratae, in quibus Chiani gens. Flumen Hy-
peris in medio sinu Persico ., onerariarum navium capax.
Flumen Sitiogagus, quo Pasargadas septimo die naviga-
tur. Flumen navigabile Heratemis : insula sine nomine.
Flumen Granis modicarum navium capax, per Susianen
fluit : dextra ejus accolunt Deximontani, qui bit union
perficiunt. Flumen Zarotis ostio difficili, nisi peritis : in-
sulae duae parvae : inde vadosa navigatio palustri similis ,
per euripos tamen quosdam peragitur. Ostium Euphratis.
Lacus, quem faciunt Eulaeus et Tigris juxta Cbaracem.
Inde Tigri Susa. Festos dies ibi agentem Alexandrum in-
venerunt septimo mense, postquam digressus ab iis fue-
rat Patalis; tertio navigationis. Sic Alexandri classis na-
vigavit. Postea a Syagro Arabiae promontorio Patalen
Favonio, quem Hippalum ibi vocant, peti certissimum
videbatur xiii xxxii mill. passuum aestimatione.
Secuta tas propiorem cursum tutioremque judica-
vit, si ab eodem promontorio Zigerum portum Indiae
peteret. Diuque ita navigatum est, donec compendia
invenit mercator, lucroque India admota est. Quippe
omnibus annis navigatur, sagittariorum cobortibus im-
positis : etenim piratae maxime infestant. Nec pigebit
totum cursum ab ^Egypto exponere , nunc primum certa
notitia patescente. Digna res, nullo anno imperii nostri
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 81
lieu du golfe Persique dbouche l'Hypris , qui reoit les
btimens de transport ; puis viennent le Sitiogage , qui
mne en sept jours Pasargades, l'Hratmis, navigable
aussi, une le sans nom, le Granis, qui coule en Susiane
et o ne voguent que de petits vaisseaux (sur la droite
de ce fleuve sont les Deximontanes , qui travaillent le
bitume); l'embouchure du Zarote est difficile pour tout
autre qu'un habile navigateur; prs de l sont deux pe-
tites les ; on vogue ensuite sur des eaux semes de bas-
fonds et d'euripes : on dirait des marcages. De l , re-
montant l'embouchure de l'Euphrate , puis un lac form
par le Tigre et l'Eule , auprs de Charax , on arrive par
le Tigre Suse. L les deux amiraux trouvrent Alexandre
au milieu des festins , sept mois aprs son dpart de
Patale, et le troisime mois de leur embarquement. Tel
fut le trajet de la flotte d'Alexandre. Dans la suite on a
dcouvert qu'un vent nomm Hippale transporte en ligne
directe du cap Syagre, en Arabie, Patale, course qui
est de treize cent trente-deux milles.
La gnration suivante trouva plus d'avantage, de
sret et de brivet se rendre de ce mme cap au
port Zigre en Inde; et tel a t long-temps l'itinraire
maritime jusqu' ce qu'un marchand, en l'abrgeant, ait
mis l'Inde la porte de notre cupidit. Chaque anne
maintenant on fait un voyage dans l'Inde; mais les flottes
sont garnies d'archers , car les pirates infestent ces mers.
Traons ici l'itinraire tout entier, partir de l'Egypte ,
puisque l'on n'a que depuis peu des notions exactes sur
ce point, qui certes est digne d'attention, car il n'est pas
v.* G
82 C. PLINII fflST. NAT. LIB. VI.
minus h-s quingenties exhauriente Jndia, et merces re-
mittente, quae apud nos centuplicato veneant.
Duo millia passuum ab Alexandria abest oppidum Ju-
liopolis. Inde navigant Nilo Coptum ceem mill. pas-
suum , qui cursus Etesiis flantibus peragitu'r xii diebus.
A Copto camelis itur, aquationum ratione mansionibus
dispositis. Prima appellatur Hydreum , xxxn mill. Se-
cunda in monte, diei itinere. Tertia in altero Hydreu-
mate, a Copto xcv mill. Deinde in monte. Mox ad Hy-
dreum Apollinis, a Copto clxxxiv mill. passuum. Rursus
in monte. Mox ad novum Hydreum a Copto ccxxxiu
mill. passuum. Est et aliud Hydreum vtus . Troglody-
ticum nominatur, ubi praesidium excubat diverticulo
duum millium. Distat a novo Hydreumate iv mill. pas-
suum. Inde Brnice oppidum , ubi portus Rubri ma-
ris, a Copto cclviii mill. passuum. Sed quia major pars
itineris conficitur noctibus propter aestus , et stativis
dies absumuntur, totum a Copto Berenicen iter duo-
decimo conficitur die.
Navigare incipiunt aestate mdia ante Canis ortum ,
aut ab exortu protinus , veniuntque circiter xxx die
Ocelim Arabise, aut Canen thuriferae regionis. Est et
tertius portus , qui vocatur Muza, quem Indica naviga-
tio non petit , nec nisi thuris odorumque Arabicorum
mercatores. Intus oppidum, regia ejus appellatur Saphar,
I I
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 83
d'anne o l'Inde ne ravisse Rome cinquante millions
de sesterces , et ne nous donne en retour des marchan-
dises qui chez nous se vendent cent fois cette somme.
D'Alexandrie Juliopolis on compte deux milles; de
l 4e Nil et les vents tsiens mnent en douze jours
Coptos, trois cent trois milles plus loin : l on prend
des chameaux , et l'on s'arrte , pour prendre de l'eau ,
des relais disposs sur la route. Hydreum, le premier,
est trente-deux milles ; le second, dans une montagne,
se dcouvre aprs un jour de marche; Hydreuma, le troi-
sime, est quatre-vingt-quinze milles de Coptos. Qua-
trime station, sur une montagne; cinquime, Hy-
dreum d'Apollon (cent quatre-vingt-quatre milles de
Coptos). Nouvelle montagne; de celle-ci on va Novum
Hydreum (deux cent trente-trois milles de Coptos). A
quatre lieues de l est l'ancienne Hydreum, dite aussi
Hydreum la Troglodytique, o se trouve de ^uoi loger
deux mille hommes. Enfin, on arrive Brnice, port
sur la mer Rouge, situ deux cent cinquante-huit milles
de Coptos ; mais comme on ne marche gure que la nuit,
et que le jour est consacr au repos , toute cette route se
fait en douze jours.
La navigation commence vers le milieu de l't, quel-
que temps avant ou immdiatement aprs le lever de la
canicule; trente jours suffisent pour atteindre Oclis en
Arahie, ou Cane dans le pays de l'encens. Muza, le troi-
sime port de ces parages , n'est hant que par ceux qui
trafiquent de l'encens et des aromates de l'Arabie; ja-
mais ceux qui vojtt* aux Indes n'y relchent. Dans les
6:
mu
84 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
aliudque Save. Indos autem petentibus utilissimum est ab
Oceli egredi. Inde vento Hippalo navigant diebus qua-
draginta ad primum emporium Indi Muzirim, non
expetendum propter vicinos Piratas , qui obtinent lo-
cum nomine Nitrias : neque est abundans mercibus.
Prterea longe a terra abest navium statio, lintribus-
que adferuntur onera, et regeruntur. Regnabat ibi , cum
proderem hc , Celebothras. Alius utilior portus gentis
Necanidon , qui vocatur Barace. Ibi rgnt Pandion ,
longe ab emporio mediterraneo distante oppido, quod
vocatur Modusa. Regio autem ex qua piper monoxylis
lintribus Baracen convehunt , vocatur Cottonara : qu
omnia gerttium , portuumve , aut oppidorum nomina
apud neminem priorum reperiuntur. Quo apparet mu-
tari locorum status. Kx India renavigant mense iEgyp-
tio Tybi incipiente, nostro decembri : aut utique Mechi-
ris iEgyptii intra diem sextura, quod fit intra Idus Ja-
nuarias nostras : ita evenit , ut eodem anno remeent.
Navigant autem ex India vento Vulturno : et cum in-
travere Rubrum mare, Africo vel Austro.
Nunc revertemur ad propositum.
W > ' Carmania.-
j ,
XXVII. Carmanise oram patere duodecies entena l
mill. passuum> Nearchus scripsit. Ab initio ejus ad flu-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 85
terres est une ville dont le palais s'appelle Saphar. Une
autre ville encore se nomme Save. Le plus avantageux,
c'est de repartir d'Oclis. Le vent Hippale porte ensuite
le vaisseau en quarante jours Muziris , premire ville
marchande que prsente l'Inde. Mais on ne se dirige
gure vers ce point , tant cause des pirates voisins qui
occupent le lieu dit Nitria, et du peu d'abondance des
marchandises , que parce que les navires stationnent loin
du rivage , et qu'il faut des bateaux pour emporter et
rapporter les marchandises. Cette cte, au moment o
j'cris, obit au roi Clbothre. Le port de Barace, chez
les Ncanides , est beaucoup meilleur. Le roi du pays se
nomme Pandion. Le march est quelque distance de la
capitale , qu'on nomme Moduse. La contre d'o l'on ap-
porte Barace , sur des canots d'une seule pice de bois ,
des cargaisons de poivre, s'appelle Cottonara. Nul autre
jusqu'ici n'a donn ces noms de villes, de ports ou de
nations, ce qui indique des changemens de dnomination.
Pour revenir de l'Inde, on part au commencement du
mois gyptien Tybi , qui rpond notre dcembre , ou le
6 de Mchiris, ce qui revient nos ides de janvier, de
sorte que l'aller et le retour ont lieu dans l'anne. Le vent
qui ramne de l'Inde est le Vulturne, et quand on est dans
les eaux du golfe Arabique, c'est l'Africus ou l'Auster,
Revenons notre objet.
-
Carmanie.
XXVlI. La cte de la Carmanie a, selon Narqtie,
douze cent cinquante milles d'tendue. Du point o
86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
men Sabin centum mill. passuum. Inde vineas coli et
arva ad flumcn An dan in xxv mill. spatio. Regio voca-
tur Armuzia. Oppida Carmani, Zethis, et Alexandria.
... * i
Sinus Prsicus et Arabicus.
XXVIII. Irrumpit dende et in hac parte geminum
mare terras, quod Rubrum dixere nostri, Graeci Ery-
thraeum a rege Erythra, aut (ut alii) solis repercussu
talem reddi colorera existimantes : alii ab arena terra-
que, alii tali aquae ipsius natura.
i[\. Sed in duos dividitur sinus. Is qui ab oriente est,
Prsicus appellatur, xxv m. passuum circuitu , ut Erato-
sthenes tradit. Ex adverso est Arabia, cujus xn mill.
passuum est longitudo. Rursus altero ambitur sinu ,
Arabico nominato. Oceanum qui influit , Azanium appel-
lant. Persicum introitum v mill. passuum latitudinis, alii
quatuor fecerunt. Ab eo ad intimum sinum recto cursu
x xxv mill. propemodum constat esse, et situm ejus
humani capitis effigie. Onesicritus et Nearchus ab Indo
amne in sinum Persicum, atque illinc Babylonem Eu-
phratis paludibus , scripserunt xvn mill. passuum esse.
In Carmaniae angulo sunt Chelonopbagi , testudinum
superficie casas tegentes, carne vescentes. A flumine Arbi
HISTOIRE NATURELLE, L1V. VI. 87
elle commence jusqu'au Sabis on compte cent milles.
Des vignobles, des champs ensemencs s'tendent sur
un espace de vingt-cinq milles, jusqu' l'Andanis. Le
pays lui-mme se nomme Armuzie. On voit en Carmanie
les villes de Zthis et d'Alexandrie.
Golfes Persique et Arabique.
XXVIII. La terre ensuite est envahie par une double
mer nomme chez nous mer Rouge , et chez les Grecs
Erythre, soit cause du roi Erythras, soit parce que
la rverbration ds rayons solaires donne cette nuance
aux eaux , soit cause de celle du sable et de la terre ,
soit enfin pour indiquer la nature mme des eaux.
i[\. Elle se divise en deux golfes. Le plus oriental est le
golfe Persique. Eratosthne lui donne deux mille cinq
cents milles de circonfrence. Vis--vis est l'Arabie, qui
a douze cents milles de longueur ; l'autre est le golfe Ara-
bique, qui communique avec l'Ocan parle golfe d'Azanie.
L'entre du golfe Persique a cinq milles de large , ou , selon
quelques-uns , quatre. De l au fond du golfe il y a , en
ligne directe , onze cent vingt-cinq milles ; sa figure re-
prsente une tte humaine. Selon Onsicrite et Narque,
de l'Indus au golfe Persique, et de l Babylone, en
remontant les marcages que forme l'Euphrate, il y a
dix-sept milles.
A l'extrmit de la Carmanie sont les Chlonophages,
qui mangent la chair de la tortue et transforment en
ss c plevh msT. nat. lib. vi.
promontorium ipsum inhabitant , praeter capita toto cor-
pore hirti, coriisque piscium vestiti.
a5. Ab horum traclu Indiam versus Caicandrus d-
serta insula in oceano, l mill. passuum traditur : juxta-
que eam freto interfluente Stoidis, quaestuosa margaritis.
A promontorio Carmanis junguntur Armozei. Quidam
interponunt Arbios, ccccxn millia passuum toto litore.
H>i portus Macedonum , et ara? Alexandri in promonto-
rio. Amnes : Saganos \ dein Daras, et Salsos. Ab eo
promontorium. Themisteas, insula Aphrodisias habitatur.
Inde Persidis initium ad fiumen Oroatin. quo dividitur
ab Elymaide. Contra Persidem insulae. Philos Casan-
dra, Aracia cum monte praealto Neptuno sacra. Ipsa
Persis adversus oceasum , sita obtinet litora dl mill.
passuum retiam in luxum dives, l Parthorum jam pri-
dem translata nomen. Horum de imperio nunc paucis.
Parthomm rgna.
XXIX. Rgna Parthorum duodevigintf sunt innia ;
ita enim dividunt provincias, circa duo (ut' diximus)
maria, Rubrum a mrdie, Hyrcanum a septentrione.
Ex iis undecim , quae superiora dicuntur, incipiunt a
confinio Armeniae. Caspiisque li ton bus : pertinent ad
Scvthas, cum quibus ex aequo degunt. Reliqua scptem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 8,j
nul sa carapace. Passe le fleuve Arbis, et sur le promon-
toire mme, ou trouve un peuple dont tout le corps est
velu, sauf la tte, et qui se revt de peau de poissons.
25. Plus loin et vers l'Urne est, dit-on, l'le dserte de
Cacandre, au milieu de l'Ocan, cinquante inillos. Un
modique dtroit la spare de Stode , o l'on s'enrichit par
la pche des perles. Pass le promontoire, les Armozens
confinent aux Carmaniens : quelques-uns cependant pla-
cent entre ces deux peuples les Arbiens : la cte entire
a quatre cent douze milles. Ensuite viennent, sur un cap,
et la cte macdonienne , et les autels d'Alexandre. Les
fleuves Saganes, Dare, Salse, prcdent le cap Thmi-
stas et l'le Aphrodisiade , qui a des habitans. Au del
commence la Perside, que l'Oroatis spare de l'Elymade.
Vis--vis de la Perside sont les les de Phitas , de Ca-
sandrc, d'Aracie, avec"une haute montagne. Aracie est
consacre Neptune. L'tendue de la Perside est de cinq
cent cinquante miltes; sa direction est occidentale. L'o-
pulence d cette contre va jusqu'au Juxe ; mais il y a
VI.
mill. passuum. Sic fieri ad apertum mare xvni lxxv
mill. passuum. Reliqui omnes propter Solis ardorem na-
vigari posse non putaverunt. Quin et commercia ipsa
infestant ex insulis Arabes Ascitae appellati, quoniam
bubulos utres binos sternentes ponte piraticam exercent
sagittis venenatis. Gentes Troglodytarum idem Juba
tradit Therothoas a venatu dictos, mir velocitatis : sicut
Ichthyophagos , natantes ceu maris animalia : Barge-
nos, Zageras, Chalybas, Saxinas, Syrecas, Daremas,
Domazanes. Quin et accolas Nili a Syene non iEthio-
pum populos, sed Arabumesse dicit usque Meroen. Solis
quoque oppidum, quod non procul Memphi iniEgypti situ
diximus, Arabas conditores habere. Sunt et qui ulterio-
rem ripam iEthiopiae auferant adnectantque Africae , ri-
pas autem incolere propter aquam. Nos relicto cuique
intelligendi arbitrio , oppida quo traduntur ordine utrim-
que ponemus.
iEthiopia.
XXXV. A Syene , et prius Arabiae latere, gens Cata-
dupi. Deinde Syenitae. Oppida : Tacompson, quam qui-
dam appellaverunt Thathicen , Aranium, Sesanium, San-
dura, Nasaudum , Anadoma, Cumara, Peta et Bochiana,
Leuphithorga , Tantarene, Mchindira, Noa, Gophoa,
Gystatae, Megeda, Lea, Rhemnia, Nupsia, Direa, Pa~
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i33
pensent que l'extrme ardeur du soleil rendrait impossi-
ble une navigation ultrieure. Il y a plus ; le commerce ,
dans ces parages, est troubl par les Arabes Ascites, in-
sulaires qui, jetant un pont sur des outres accouples
deux deux , font voler de l des flches empoisonnes
et exercent la piraterie. Juba compte encore parmi les Tro-
glodytes les Throthos , ainsi nomms de leurs chasses
continuelles et de leur extrme agilit ; les Ichthyophages ,
qui nagent comme des animaux marins ; les Bargnes ,
les Zagres , les Chalybes , les Saxines , les Syrques , les
Darmes , les Domazanes. Selon lui , les peuples qui bor-
dent le Nil , de Syne Mro , ne sont point des Ethio-
piens , mais des Arabes. Hliopolis mme , cette Hlio-
polis voisine de Memphis , et ci-dessus mentionne , a
t , dit-il , btie par les Arabes. Quelques auteurs d-
tachent de l'Ethiopie , pour la donner l'Afrique , la rive
orientale du Nil , qu'ils prtendent habite par des races
africaines passes sur l'autre bord, disent-ils , pour avoir
l'eau leur porte. Sans prendre part ce dbat , nous
allons nommer les villes dans l'ordre o elles se trouvent.
Ethiopie.
XXXV. Partant de Syne , et du ct de l'Arabie, on a ,
outre les Catadupes et les Synites, les villes suivantes :
Tacompso, quelquefois Thathice, Aranium, Sesanium,
Sandure , Nasaude , Anadoma , Cumare , Pta , Bochiana ,
Leuphithorge , Tantarne , Mchindira , Noa , Gophoa ,
Gystates, Mgde, La, Rhemnie, Nupsie, Dire, Pa-
tage , Bagade, Dumane, Rhadate, o l'on adorait comme
i34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
taga , Bagada, Dumana, Rhadata', in quo felis aurea
pro deo colebatur. Boron in mediterraneo , Mallos ,
proximum Meroae : sic prodidit Bion.
Juba aliter : Oppidum in monte Megatiehos , inter
./Egyptum et iEthiopiam, quod Arabes Myrson voca-
vere. Deinde Tacompson, Aranium, Sesanium, Piden,
Mamuda, Corambin , juxta eam bituminis fontem : Ham-
modara, Prosda, Parenta, Marna, Tessara, Gallas, Zo-
ton, Graucomen, Emeum, Pidibotas, Hebdomeconta-
cometas, Nomadas in tabernaculis viventes : Gysten,
Pemmam, Gadagalen, Paloin , Primin, Nupsin, Dase-
lin, Patin, Gambreves, Magasen, Segasmala, Cranda,
Denna, Gadeuma, Thena, Catha, Alana , Macum, Scam-
mos, Goram in insula : ab iis Abala, Androcalim, Se-
ren , Mallos , Agocen.
Ex Africae latere tradita sunt eodem nomine Tacomp-
sos altra, sive pars prioris : Magora, Sea, Edosa, Pe-
lenaria, Pyndis, Magusa, Bauma, Linitima, Spintum,
Sydopta, Gensoa, Pindicitora, Agugo, Orsima, Suasa,
Maumarum, Urbim , Mulon , quod oppidum Graeci Hy-
paton vocarunt : Pagoargas, Zamnes, unde 'elephanti
incipiant : Mamblia, Berresa, Cetuma. Fuit quondam
et Epis oppidum contra Meroen , antequam Bion scri-
beret, deletum.
Haec sunt prodita usque Meroen : ex quibus hoc
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i35
dieu un chat d'or, Boron dans les terres , Mallos prs de
Mro. Telle est la liste de Bion.
Jtiba compose ainsi la sienne : sur le mont Mgati-
chos , entre l'Egypte et l'Ethiopie , une ville dite Myrse
par les Arabes , puis Tacompso , Aranium , Ssauium ,
Pide , Mamuda , Corambis ; prs de celle-ci une source
de bitume ; Hammodare , Prosde , Parente , Marne , Tcs-
sare , Galles , Zotum , Graucome , Eme , Pidibotes ,
Hebdomcontacomtes ; des Nomades qui vivent sous
des tentes ; Cyste , Pemma , Gadagalc , Palos , Primis ,
Nupsis , Daslis , Patis , Gambrvc , Magase , Sgasmale,
Grande , Denna , Cadeume , Thnc , Cathe , Alane , Ma-
cum, Scammos, Gora dans l'le; ensuite Abala, Andro-
ealis, Sr, Mallos, Agoce.
Sur la rive africaine sont d'abord une autre Tacomp*
so, peut-tre partie de la premire, Magore, Se,
dose, Pclnaria, Pyndis , Maguse, Baume, Linitime,
Spinte , Sydopte , Gensoa, Pindicitore , Agugo, Orshne,
Suase, Maumare, Urbis, Mule, ou, comme l'appellent
les Grecs, Hypate; Pagoargas, Zamnes, o commence
la contre des lphans ; Mamblia , Berrse , Gtume.
Jadis , vis--vis de Mro , existait Epis. Mais cette ville
fut dtruite avant l'poque o Bion crivait.
De toutes les villes qui se trouvaient avant Mro, au-
1 36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
tempore nullum prope utroque latere exstat. Certe soli-
tudines nuper renuntiavere principi Neroni , missi ab
eo milites praetoriani cum tribuno ad explorandum , in-
ter reliqua bella et thiopicum cogitanti. Intravere au-
tem et eo arma romana divi Augusti temporibus, duce
P. Petronio, et ipso equestris ordinis praefecto iEgypti.
Is oppida eorum expugnavit, quae sola invenerat, quo
dicemus ordine : Pselcin, Primin, Aboccin, Phthurin,
Cambusin, Attevan, Stadisin, ubi Nilus prcipitans se,
fragore auditum accolis aufert. Diripuit et Napata. Lon-
gissime autem a Syene progressifs est dcccclxx mill.
passuum. Nec tamen arma romana ibi solitudinem fece-
runt. iEgyptiorum bellis attrita est .ZEthiopia, vicissim
imperitando serviendoque , clara et potens etiam usque
ad Trojana bella Memnone rgnante : et Syri imperi-
tasse eam , nostroque litori , aetate rgis Cephei patet
Andromedae fabulis.
Simili modo et de mensura ejus varia prodidere : pri-
mus Dation ultra Meroen longe subvectus : Mox Aris-
tocreon, et Bion, et Basilis : Simonides minor etiam,
quinquennio in Meroe moratus , cum de jEtbiopia scri-
beret. Nam Timosthenes classium Philadelplii praefectus,
sine mensura, dierum lx a Syene Meroen iter prodidit:
Eratosthenes dcxxv mill. Artemidorus dc mill. Sebosus
ab iEgypti extremis sedecies centena lxxv mill. pas-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i3 7
cune presque n'existe aujourd'hui. Du moins les prto-
riens envoys par Nron avec un tribun pour reconnatre
le pays ne parlrent que de dserts ce prince, qui
entre autres guerres mditait celle d'Ethiopie. Les armes
romaines pntrrent en ce pays sous Auguste. Le g-
nral tait Ptrone , chevalier et prfet d'Egypte. Il con-
quit tout ce qu'il y trouva de villes , et dans l'ordre sui-
vant : Pselcis, Primis, Aboccis, Phthuris, Cambusis,
Attvan , Stadisis, o les cataractes du Nil rendent sourds
les habitans. Il pilla aussi Napata, et s'avana neuf cent
soixante-dix milles au sud de Syne. Cependant ce n'est
point par les armes romaines que l'Ethiopie est devenue
un dsert ; ce sont ses guerres contre l'Egypte , guerres
fcondes et en victoires et en revers , qui l'ont crase.
L'Ethiopie avait t puissante et illustre jusqu'au temps
de la guerre de Troie sous Memnon ; et sous le roi C-
phe elle commandait, comme le prouvent les fables
d'Andromde, et la Syrie et nos cotes.
De mme on a vari sur sa mesure. Dalion , le pre-
mier, alla fort loin au del de Mro. Aristocron , Bion ,
Basile suivirent ses traces, ainsi que Simonide le jeune,
qui fit Mro un sjour de cinq ans lorsqu'il crivit
sur l'Ethiopie. Timosthne, amiral de Philadelphe,
compte, sans employer de mesures prcises, soixante
journes de Syne Mro : Eratosthne dit six cent
vingt -cinq, Artmidore six cents milles: Sbose, en
partant de l'extrmit de l'Egypte, compte seize cent
soixante-quinze milles : ces derniers n'en admettent que
i38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
suum : unde proxime dicti xn l. Verum omnis ha?e
fnita nuper disputatio est , quoniam a Syene dccclxxiii
mill. Neronis exploratores renuntiavere his modis :
A Syene Hieran Sycaminon liv mill. passuum. Inde
Tama lxxii millia pass. Regionem Evonymiton jEthio-
pum primam, cxx. Acinam liv. mill. Pitaran xxv. Ter-
gedum cvi mill. Insulam Gagauden esse in medio eo
tractu. Inde primum visas aves psittacos, et ab altra
(quae vocatur Artigula) animal sphingion, a Tergedo
cynocephalos. Inde Napata lxxx mill. Oppidum id par-
vum inter prdicta solum. Ab eo ad insulam Meroen
ccclx mill. Herbas circa Meroen demum viridiores , sil-
varumque aliquid apparuisse, et rhinocerotum elephan-
torumque vestigia. Ipsum oppidum Meroen ab introitu
insulae abesse lxx mill. passuum : juxtaque aliam insu-
lam Tadu dextro subeuntibus alveo , quae portum face-
ret. iEdificia oppidi pauca. Regnare feminam Canda-
ccrn , quod nomen multis jam annis ad reginas transiit.
Delubrum Hammonis et ibi religiosum, et toto tractu
sacella. Cetetum cum potirentur rerum iEtliiopcs, in-
sula ea magn elaritatis fuit. Tradunt armatorum ccl
mill. dare solitam, artificum cccc mill. alere. Reges
/Ethiopum xlv et hodie traduntur.
3o. Universa vero gens iEtheria appcllata est, deinde
Atlantia, mox a Vulcani fdio iEthiope ^Ethiopia.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i3o
douze cent cinquante. Mais toutes ces discussions ont t
termines dsormais par le rapport des envoys de N-
ron, qui comptent, de Syne jusqu' Mro, huit cent
soixante-treize milles , savoir : de Syne Hira Syca-
minos, cinquante-quatre ; de l Tama, soixante-douze;
au pays des Evonymites, premire contre de l'Ethiopie,
cent vingt; Acine, cinquante-quatre; Pitare , vingt-
cinq; Tergde, cent six. Au milieu de cette rgion est
l'le de Gagaude. L les envoys virent les premiers per-
roquets : Tergde commencrent les cynocphales , et
une le nomme Artigule, les sphingies. De Tergde
Napate, seule petite ville qu'ils aperurent, il y a quatre-
vingt milles ; enfin , de l Mro , trois cent soixante.
Enfin, Mro, l'herbe devint plus verte, on vit quelques
bois ; des traces de rhinocros , d'lphans se montrrent.
Mro mme est soixante-dix milles de l'entre de l'le,
et prs d'une autre le qu'on appelle Tadu , et qui forme
un port en remontant le bras droit du Nil. La ville a
peu de maisons. Elle obissait une reine Candace, mais
depuis long-temps toutes les souveraines y portent ce
nom. On y voit un temple d'Hammon clbre. D'autres
temples sont sems dans tout le pays. Au reste, rien n'a
t plus fameux que cette le , tant que les Ethiopiens
eux-mmes l'ont t. Elle fournissait deux cent cinquante
mille guerriers et nourrissait quatre cent mille artisans.
On dit qu'encore aujourd'hui l'Ethiopie est partage entre
quarante-cinq rois.
3o. Le pays entier a t appel successivement Eth-
rte , Atlantic, enfin Ethiopie, d'Ethiops, fils de Vulcain.
i*o C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Animalium hominumque effigies monstriferas circa
extremitates ejus gigni minime mirum, artifci ad for-
manda corpora effigiesque caelandas mobilitate ignea.
Ferunt certe ab orientis parte intima gentes esse sine
naribus, aequali totius oris planitie. Alias superiore la-
bro orbas, alias sine linguis. Pars etiam ore concreto et
naribus carens, uno tantum foramine spirat, potumque
calamis avenae trahit, et grana ejusdem avenae sponte
provenientis ad vescendum. Quibusdam jpro sermone
nutus motusque membrorum est. Quibusdam ante Pto-
lemaeum Lathurum regem iEgypti ignotus fuit usus
ignium. Quidam et Pygmaeorum gentem prodiderunt in-
ter paludes , ex quibus Nilus oriretur.
In ora autem, ubi desiimus, continui montes, arden-
tibus similes rubent. Troglodytis et Rubro mari a Me-
roe tractus omnis superponitur : a Napata tridui itinere
ad Rubrum litus , aqua pluvia ad usum compluribus
locis servatur, fertilissima regione, quae interest, auri.
Ulteriora Atabuli , ^Etbiopum gens tenet. Deinde contra
Meroen Megabari , quos aliqui Adiabaras nominavere ,
oppidum habent Apollinis. Pars eorum Nomades, qua?
elephantis vescitur. Ex adverso in Africae parte Macrobii.
Rursus a Megabaris Memnones et Davelli, dierumque
viginti intervallo Critensi. Ultra eos Dochi, deinde Gym-
netes semper nudi. Mox Ander, Mathit, Mesagebes,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. 141
A ses extrmits naissent, et l'on ne doit nullement s'en
tonner, des animaux et des hommes de formes monstrueu-
ses ; l'excessive mobilit des feux solaires varie les corpr
et multiplie les types l'infini. On assure qu' l'extrmit
orientale on trouve des peuples sans nez, et dont le vi-
sage est tout plat. D'autres n'ont point de lvres sup-
rieures, ou point de langue; d'autres, sans bouche et
sans narines , ne respirent que par une ouverture , boi-
vent l'aide d'un tuyau d'avoine, et n'ont d'autre ali-
ment que les grains de cette mme avoine, production
spontane du pays. Quelques-uns n'ont d'autre langage
que les gestes et les signes; quelques-uns, avant le roi
d'Egypte Ptolme Lathure, ignoraient l'usage du feu.
Plusieurs crivains placent aussi en Ethiopie, et au mi-
lieu des marais qui forment la source du Nil , le peuple
pygme.
Sur la cte , l'endroit o nous nous sommes arrts,
s'lve un long cordon de montagnes rougeatres et qu'on
dirait embrases ; elles dominent Mro d'un ct, et s'-
tendent jusqu'aux Troglodytes et la mer Rouge de l'autre:
deNapate la mer Rouge, qui se trouve trois journes de
distance, on conserve l'eau de pluie pour diffrens usages.
Le pays intermdiaire abonde en or. Au del sont les
Atabules , peuple d'Ethiopie. Vis--vis de Mro habitent
les Mgabares , que quelques-uns ont nomm Adiabares ,
et qui ont une ville d'Apollon. A ce peuple appartient
une horde nomade qui se nourrit d'lphans. Vis--vis
et dans la partie africaine se prsentent les Macrobes.
Aux Mgabares confinent les Memnones, que suivent les
Davelles, et vingt journes de ceux-ci les Crilenses,
i4a C. PLINII HIST. NA.T. LIB. VI.
Hippore, atri coloris tota corpora rubrica illinunt. At
ex Africae parte Medimni. Deinde Nomades cynocepha-
"lorum lact viventes, Olabi, Syrbot, qui octonum cu-
bitorum esse dicuntur.
Aristocreon Lybiae latere a Meroe oppidum Tolen
dierum quinque itinere tradit. Inde dierum duode-
cim Esar yEgyptiorum oppidum , qui Psammeticum
fugerint : in eo produntur annis trecentis habitasse.
Contra in Arabico latere Daron oppidum esse eorum.
Bion autem Sapen vocat, quod ille Esar, et ipso no-
mine advenas ait significari. Caput eorum in insula,
Sembobitin : et tertium in Arabia, Sai. Inter montes
autem et Nilum Symbari sunt, Phaliges : in ipsis vero
montibus Asachae multis nationibus. Abesse a mari di-
cuntur dierum quinque itinere. Vivunt elephantorum
Tenatu. Insula in Nilo Semberritarum , reginae paret. Ab
ea Nubei iEthiopes dierum octo itinere. Oppidum eorum
Nilo impositum, Tenupsis. Sambri, apud quos quadru-
pdes omnes sine auribus, etiam elephanti. At ex AfrieaB
parte Ptoembari, Ptoemphan, qui canem pro rege ha-
bent, motu ejus imperia augurantes : Arusbi oppido
longe a Nilo sito. Postea Achisarmi, Phalliges, Mari-
geri , Casamarri.
Bion alia oppida in insulis tradit, a Sembobiti Me-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. ift
les Doques plus loin encore, les Gymntes toujours nus y
les Andres , les Mathites , les Msagbes , les Hippores ,
qui ont tout le corps noir et qui le frottent de rouge ,
les Mdimnes dans la partie africaine, les Nomades, qui
vivent du lait des cynocphales, lesOlabes, les Syrbotes,
qui , dit-on , ont huit coudes.
Selon Aristocron , au del de Mro et du ct de la
Lybie, est cinq lieues Tol, puis douze journes
sar, ville gyptienne fonde par des bannis qui chap-
paient Psammtique (cet tablissement subsista trois
cents ans), et sur la cte oppose Darum, ville arabe.
L'sar d' Aristocron est nomme Sap chez Bion, qui
traduit ce nom par trangers. Il ajoute que leur capitale
tait Sembobites , dans une le , et qu'ils avaient en Arabie
une troisime ville du nom de Sais. Entre les montagnes
et le Nil habitent les Symbares et les Phaliges : les mon-
tagnes mme donnent asile aux nombreuses peuplades
des Asaques. Celles-ci sont, dit-on, cinq journes de
la mer, et vivent des lphans auxquels ils donnent la
chasse. Dans le Nil est l'le des Semberrites, soumise
la domination d'une reine. L commence le pays des
Nubes Ethiopiens, qu'on traverse en huit journes, et o
est une ville de Tnupsis , sur le Nil. Suivent les Sambres,
chez qui tous les quadrupdes, mme les lphans, sont
sans oreilles. Dans la partie africaine se prsentent les
Ptoembares, les Ptoemphanes, qui ont pour roi un chien
dont ils consultent les divers mouvemens, les Arusbes,
avec une ville situe loin du Nil , puis les Achisarmes ,
les Phalliges, les Marigres, les Gasamarres.
Bion place d'autres villes dans des les qu'il nous
i/,4 C. PLINII fflST. NAT. LIB, VI.
roen versus dierum toto itinere vigiuti. Proximae insul.t
oppidum Semberritarum sub regina : et aliud Asar :
alterius oppidum Daron. Tertiam Medoen vocant, in
qua oppidum Asel. Quartam eodem , quo oppidum , no-
mine Garoden. Inde per ripas oppida : Navos, Modun-
dam , Andatim, Secundum, Colligat, Secande, Navec-
tabe, Cumi, Agrospi, iEgipam, Candrogari , Arabam ,
Summaram. 1
Regio supra Sirbitum , ubi desinunt montes , traditur
a quibusdam habere maritimos iEthiopas, Nisicastes 7
Nisitas , quod significat ternum et quaternum oculorum
viros : non quia sic sint , sed quia sagittis praecipua con-
templatione utantur. Ab ea vero parte Nili, quae supra
Syrtes majores oceanumque meridianum protenditur,
Dalion vocatos esse dicit, pluvia tantum aqua utentes
Cisoros, Longoporos. Ab OEcalicibus dierum quinque
itinere Usibalcos, Isuelos, Pharusos, Valios, Cispios.
Reliqua dserta. Deinde fabulosa. Ad occidentem versus
Nigr , quorum rex unum oculum habeat in fronte.
Agriophagi, pantherarum et Ieonum carnibus maxime
viventes. Pamphagi , omnia mandentes. Anthropophagi ,
humana carne vescentes. Cynamolgi, caninis capitibus.
Artabatit quadrupedum ferarum modo vagi. Deinde
Hesperii, Perorsi, quos in Mauritanie confinio diximus.
Pars qudam yEthiopum locustis tantum vivit, fumo et
HISTOIRE NATURELLE, LTV. VI. i/,5
montre de Sembobitis Mro , sur une ligne de vingt
journes. Dans les premires est la ville des Semberrites,
soumise une reine, puis Asar. Dans une autre le est
Daron. Mdo, la troisime, a la ville d'Asel; la qua-
trime, nomme Garode, a une capitale de mme nom.
Sur les rivages sont Navos , Modunde , Andatis , Scunde ,
Colligat, Scande, Navectabe, Cumes, Agrospe, gipa,
Candrogares , Araba , Summara.
Pass Sirbite, o cessent les monts, quelques auteurs
placent des Ethiopiens maritimes, les Nisicastes, les Ni-
sites, ce qui veut dire hommes trois yeux ou quatre
yeux, non que telle soit leur conformation, mais parce
qu'ils excellent tirer de l'arc. Vers la partie du Nil ,
qui s'tend au dessus des grandes Syrtes et de .l'ocan
Mridional , Dalion dit qu'il y a des peuples qui ne
boivent que l'eau de pluie , et les nomme Cisores et Lon-
gopores. A cinq journes des calices sont les Usibalques,
les Isules, les Pharuses, les Valies, les Cispies, puis
d'immenses dserts, des sables. A l'ouest sont les Ngres,
dont le roi n'aurait qu'un il au milieu du front; les
Agriophages , qui se nourrissent surtout de la chair de
lion et de panthre ; les Pamphagcs , omnivores ; les An-
thropophages, qui mangent de la chair humaine; les Cv-
namolges, qui ont la tte du chien; les Artabatites , qui
errent comme les btes sauvages; les Hespriens, les P-
rorses, qui habitent aux confins de la Mauritanie. Une
partie des Ethiopiens n'a d'autres alimens que des sau-
terelles , qu'ils salent et fument pour l'anne. La plus
longue vie, chez eux, est de quarante ans.
v.* 10
i-4G C. PLINII HIST. NA.T. LIB. VI.
sale duratis in annua alimenta : ii quadragesimum an-
num vitae non excedunt.
iEtbiopum terram universam cum mari Rubro patere
in longitudinem semel et vicies centena lxx mill. pas-
suum : in latitudinem cum superiore iEgypto duodecies
centena xcviii mill. Agrippa existimavit. Quidam lon-
gitudinem ita diviserunt : a Meroe Sirbitum, xn die-
rum navigationem. Ab ea xn ad Davellos. Ab his ad
Ocan um iEthiopicum sex dierum iter. In totum autem
ab Oceano ad Meroen dcxxv mill. passuum esse inter
auctores fere convenit : inde Syenen , quantum diximus.
Si ta est yEthibpia ab oriente hiberno ad occidentem hi-
bernum. Meridiano cardine silvae ebeno maxime virent :
a mdia ejus parte imminens mari mons excelsus, ter-
nis ardet ignibus, Theon ochema dictus Graecis : a quo
navigatio quatridui ad promontorium , quod Hesperion
ceras vocatur, confine Africae juxta iEthiopas Hespe-
rios. Quidam et in eo tractu modicos colles amna opa-
citate vestitos iEgipanum Satyrorumque produnt.
Insulae ^Ethiopici maris.
XXXVI. 3i. Insulas toto eo mari et Ephorus com-
plures esse tradidit, et Eudoxus, et Timosthenes : Cli-
tarchus vero Alexandro rgi renuntiatam adeo divitem,
ut -equos incolae talentis auri permutarent. Alteram ,
HISTOIRE NATURELLE, UV. VI. i/,7
Selon Agrippa , toute l'Ethiopie , avec la mer Rouge ,
a de longueur deux mille cent soixante-dix milles , et de
largeur, avec l'Egypte suprieure, douze cent quatre-
vingt-dix-huit. Quelques-uns dtaillent ainsi la longueur :
de Mro Sirbite, douze jours de navigation; de l
chez les Davelles, douze jours; de chez ceux-ci l'Ocan
Ethiopique , six jours : et en tout , de l'Ocan Mro ,
six cent vingt-cinq milles (car telle est peu prs l'opinion
unanime); de Mro Syne , la distance ci-dessus indi-
que. L'Ethiopie se dirige de l'orient d'hiver l'occident
d'hiver. Au sud s'tendent de vertes forts d'bne : au
centre de cette cote s'lve une montagne qui domine la
mer et qu'embrasent des flammes ternelles. Les Grecs
l'appellent Then Ochma. De l au cap dit Hesprion
Cras, qui confine l'Afrique, chez les Ethiopiens Hes-
priens , il y a quatre journes de navigation. Dans ces
parages sont , dit-on , quelques petites collines ombrages
de bois charmans, qu'habitent les Egipans et les Satyres.
Iles de la mer d'Ethiopie.
XXXVI. 3i. Ephore, Eudoxe, Timosthne, disent
que cette mer est pleine d'les. Selon Clitarque , on an-
nona Alexandre que dans une d'elles la richesse tait
telle, que les habitans donnaient un talent d'or pour un
chefca'li : Dans une autre, sur une montagne sacre qu'om-
10.
i48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
ubi sacer nions opacus silva repertus esset , distillantibus
arboribus odore mir suavitatis. Contra sinum Persicum
Cerne nominatur insula adversa iEthiopiae, cujus neque
magnitudo , neque intervallum a continente constat ,
iEthiopas tantum populos habere proditur. Ephorus
auctor est, a Rubro mari navigantes in eam non posse
propter ardores ultra quasdam columnas (ita appellan-
tur parvae insula* ) provehi. Polybius in extrema Mauri-
tania contra inontem Atlantem a terra stadia octo abesse
prodidit Cernen. Nepos Cornlius ex adverso maxime
Carthaginis a continente passus mille : non ampliorem
circuitu duobus millibus. Traditur et alia insula contra
montem Atlantem , et ipsa Atlantis appellata. Ab ea
quinque dierum navigatione solitudines ad iEthiopas
Hesperios , et promontorium , quod vocavimus He-
sperion ceras , inde primum circumagente se terra-
rum fronte in occasum, ac mare Atlanticum. Contra
boc quoque promontorium Gorgades insulae narrantur,
Gorgonum quondam domus, bidui navigatione distan-
tes a continente, ut tradit Xenophon Lampsacenus.
Penetravit in eas Hanno Pnorum imperator , prodidit-
que hirta feminarum corpora , viros pernicitate evasisse :
duarumque Gorgonum etes argumenti et miraculi gra-
tia in Junonis templo posuit ,. spectatas usque ad Cartha-
ginem captam. Ultra has etiamnum duae Hesperidum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. fi. x4 9
brageait une fort , les arbres distillaient les parfums les
plus dlicieux. A l'opposite du golfe Persique et vis--vis
de l'Ethiopie est l'le de Cern, dont on ne connat exac-
tement ni la grandeur ni la distance qui la spare du
continent. On sait seulement qu'elle est habite par des
thiopiens. Ephore dit que ceux qui viennent de la mer
Rouge ne peuvent, cause de l'excessive chaleur, avan-
cer au del de certaines colonnes, tel est le nom qu'on
donne de petites les. Polybe place Cern l'extrmit
de la Mauritanie, vis--vis du mont Atlas, huit stades
de la cte. Cornlius Nepos la met un mille du conti-
neut , et prcisment en face de Carthage , et ne lui donne
que deux milles de tour. Vis--vis du mont Atlas se trouve,
dit-on, une autre le du nom d'Atlantide, aprs laquelle
on ne trouve, pendant cinq journes de navigation,
jusqu'aux Ethiopiens Hespriens et au cap d'Hesprion
Cras, que des dserts. lia, la cote commence se cour-
ber vers l'ouest et la mer Atlantique. Vis--vis de ce cap
sont encore, assure-t-on, les les Gorgades, jadis de-
meures des Gorgones. Xnophon de Lampsaque les met
deux journes de navigation du continent. Hannon ,
l'amiral carthaginois, y pntra, et rapporte que les
femmes y ont tout le corps velu, que les hommes lui
chapprent par leur agilit: les peaux de deux gorgones
furent, tant comme preuve que comme monument mer-
veilleux, suspendues dans le temple de Junon, o on les
vit jusqu' la prise de Carthage. On parle encore aussi de
deux les des Hesprides, situes au del des prcdentes.
Mais telle est l'incertitude sur tous ces points , que Stace
Sbose, qui compte quarante jours de navigation des les
i5o C. PLINII tilST. NAT. LIB. VI.
insulte narrantur. Adeoque omnia circa haee incerta
sunt , ut Statius Sebosus a Gorgonum insulis praenavi-
gatione Atlantis dierum xl ad Hesperidum insulas cur-
sum prodiderit, ab iis ad Hesperu ceras unius. Nec Mau-
ritanie insularum certior fama est. Paucas modo constat
esse ex adverso utololum , a Juba repertas , in quibus
Gtulicam purpuram lingere instituerat.
De insulis Fortunatis.
XXXVII. 32. Sunt qui ultra eas Fortunatas putant
esse , quasdamque alias : quarum numro idem Sebosus
etiam spatia complexus , Junoniam abesse a Gadibus
dccl mill. passuum tradit. Ab ea tantumdem ad occa-
sum versus Pluvialiam, Caprariamque : in Pluvialia non
esse aquam, nisi ex imbribus. Ab iis ccl mill. pass.
Fortunatas contra laeva Mauritanie in ix horam solis :
vocari Convallem a convexitate, et Planariam aspecie :
Convallis circuitum , ccc mill. passuum, Arborum ibi
proceritatem ad centum xiv pedes adolescere.
Juba de Fortunatis ita inquisivit : sub meridie quoque
positas esse prope occasum, a Purpurariis dcxxv mill.
passuum , sic ut ccl supra occasum navigetur : deinde
per ccclxxv mill. passuum ortus petatur. Primam vo-
cari Ombrion nullis aedificiorum vestigiis : habere in
niontibus stagnum, arbores similes frule : ex quibus
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i5i
des Gorgones celles des Hesprides le long du mont
Atlas, n'en compte qu'un de celles-ci l'Hesprion C-
ras. Les les de la Mauritanie ne sont pas mieux connues.
On sait seulement que Juba en avait dcouvert quelques-
unes vis--vis des Autololes, et qu'il y avait tabli des
manufactures de pourpre de Gtulie.
Les les Fortunes.
XXXVII. 3a. Quelques auteurs croient que plus loin
encore est l'archipel des les Fortunes avec quelques
autres, dontSbose fixe mme les distances. DeGades Ju-
nonia, dit-il , il ya sept cent cinquante milles. De celle-ci
Pluvialia et Capraria, l'ouest, mme distance. Plu-
vialia n'a d'autre eau que l'eau de pluie. A deux cent
cinquante milles de celles-ci sont les les Fortunes , situes
gauche de la Mauritanie, sur la ligne de la neuvime
heure du soleil. L'une a eu le nom deConvallis cause de
son terrain montueux, l'autre celui de Planaria cause
de ses plaines. Convallis a trois cents milles de tour.
Les arbres y atteignent cent quatorze pieds de hauteur.
Juba a fait aussi ses recherches sur les les Fortunes.
Elles se trouvent, dit-il, au sud-ouest, six cent vingt-
cinq milles des Purpuraries , savoir , deux cent cin-
quante en tirant vers l'ouest, et trois cent soixante-
quinze en se dirigeant l'est. La premire s'appelle Om-
brios, et n'a point de maisons; dans ses montagnes est
un lac : elle a des arbres semblables la frule, les uns
i5a C. PLIM1 HIS. HAT. LIB. VI.
aqua exprimatur, ex nigris amara , ex candidioribus po-
tui jucunda. Alteram insulam Junoniam appellari, in
ea aediculam esse tantum lapide exstructam. Ab ea in
vicino eodem nomine minorem. Deinde Caprariam la-
certis grandibus refertam. In conspectu earum esse Ni-
variara , quae hoc nomen accepit a perptua nive , nebu-
losam. Proximam ei Canariam vocari a multitudine ca-
num ingentis magnitudinis : ex quibus perducti sunt
Jubae duo : apparentque ibi vestigia aedificiorum. Quum
autem omnes copia pomorum et avium omnis generis
abundent, hanc et palmetis caryotas ferentibus, ac nuce
pinea abundare. Esse copiam et mellis. Papyrum quo-
que et siluros in amnibus gigni. Infestari eas beluis ,
quae expellantur assidue, putrescentibus.
Terrae per inensuras compart.
XXXVIII. At abunde orbe lerrarum extra intra in-
dicato , colligenda in arctum mensura aequorum videtur.
33. Polybius a Gaditano freto longitudinem directo
cursu ad os Maeotis xxxiv xxxvn mill. d passuum pro-
didit. Ab eodem initio ad orientem recto cursu Siciliam
x lx mill. d passuum, Cretam cxxlxxv mill. passuum,
Rhodum clxxxvii mill. d passuum : Chelidonias tan-
tumdem : Cyprum ccxxn mill. passuum. Inde Syriae Se-
leuciam Pieriam cxv mill. passuum. Quae computatio
HISTOIRE NATURELLE , LIV. VI. 1 53
blancs , les autres noirs : ceux-ci donnent une eau amre,
ceux-l une boisson agrable. La seconde, nomme
Junonia , possde un petit temple de pierre. Un ilt
ct porte le mme nom. Arrive ensuite Capraria ,.
remplie de grands lzards; vis--vis s'lve Nivaria,
ainsi nomme de ses neiges ternelles. Elle est couverte
dbrouillards. La plus voisine s'appelle Canarie, cause
de ses normes et nombreux chiens; on en amena deux
Juba ; Canarie a quelques restes d'difices. Toutes ces les
abondent en fruits et oiseaux de toute espce : Canarie a
de plus des bois de palmiers dattes et des pommes de
pin. Elles abondent aussi en miel. Les fleuves produisent
du papyrus et des silures. Mais elles sont infectes des
cadavres des animaux marins , que le flot vomit sur les
rives et qui y pourrissent. . v
Dimensions compares des diverses parties du monde.
XXXVIII. Maintenant que nous avons suffisamment
dtaill l'extrieur et l'intrieur du globe, donnons un
prcis de la dimension de ses mers.
33. Selon Polybe, du dtroit de Gades l'entre du
Palus-Motide , en ligne droite, il y a trois mille quatre
cent trente-sept milles et demi. Du mme point la Sicile,
l'est et toujours en ligne droite, douze cent soixante et
demi; la Crte, trois cent soixante-quinze; Rhodes,
cent quatre-vingt-sept et demi ; aux Chlidonies , cent
quatre-vingt-sept et demi ; Cypre, deux cent vingt-
deux ; Sleucie Piria, en Syrie, cent quinze : total ,
i54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
efficit vicies ter centena xl mill. passuum. Agrippa hoc
idem intervallum a freto Gaditano ad sinum Issicum per
longitudinem directam xxxiv xl passuum mill. taxt, in
quo haud scio an sit error numeri , quoniam idem a Si-
culo freto Alexandriam cursu x l mill. passuum tra-
didit. Uni versus autem circuitus per sinus dictos ab
eodem exordio colligit ad Maeotim lacum, c lvi mill.
passuum. Artemidorus adjicit dccliii mill. Idem cum
Maeotide clxxiii xc mill. passuum esse tradit. Haec est
mensura inermium , et pacata audacia fortunam provo-
cantium hominum.
Nunc ipsarum partium magnitudo comparabitur, ut-
cumque difficultatem afferet auctorum diversitas. Ap-
tissime tamen spectabitur ad longitudinem latitudine
addita. Est ergo ad hoc praescriptum Europae magni-
tudo lxxxii xciv mill. passuum. Africae (ut mdia ex
omni varietate prodentium sumatur computatio) efficit
longitudo xxxvii xcviii mill. Latitudo, qua colitur, nus-
quam ducenta quinquaginta millia passuum excedit.
Sed quoniam a Cyrenaica ejus parte nonagentorum de-
cem millium passuum eam fecit Agrippa , dserta ejus
ad Garamantas usque, qua noscebantur, complectens;
universam mensuram, quae venit in computationem ,
xlv vin mill. passuum efficit. Asi longitudo in con-
fesso est lxTi lxxv mill. passuum. Latitudo sane coin-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i55
deux mille trois cent quarante milles. Agrippa value ce
mme intervalle du dtroit de Gades au golfe d'Issus,
en ligne droite, trois mille quatre cent quarante milles ;
rsultat o peut-tre il y a erreur de chiffres, puisque
le mme auteur ne eompte que douze cent cinquante
milles du dtroit de Sicile Alexandrie. Tout le tour de
la mer, en suivant les golfes ci-dessus, du dtroit de Gades
au Palus -Motide, serait de dix mille cinquante -six
milles. Artmidore en ajoute sept cent cinquante-trois,
et dit qu'en y comprenant le Palus-Motide il porterait
le total dix-sept mille trois cent quatre-vingt-dix milles.
Telles sont les mesures qu'a fixes l'audace humaine pai*
sible , sans armes et dfiant la fortune.
Comparons maintenant les graudeurs des diverses par-
ties du monde , quelque obstacle qu'y oppose la diver-
sit des auteurs , et songeons que le meilleur moyen de
marquer la grandeur d'un pays est d'ajouter la largeur
la longueur. Ceci pos, l'Europe a huit mille deux cent
quatre-vingt-quatorze milles. L'Afrique , pour prendre la
moyenne des divers calculs , a trois mille sept cent quatre-
vingt-dix-huit milles de longueur : nulle part la largeur de
la partie habite n'excde (\eux cent cinquante milles ; mais
comme Agrippa lui donne, du cot de la Cyrnaque et y
compris tous les dserts connus jusqu'aux Garamantes,
neuf cent dix milles de large , la dimension totale dont
nous cherchons le chiffre sera de quatre mille six cent
huit milles. Quant l'Asie , on porte unanimement sa
longueur six mille trois cent soixante-quinze milles; sa
largeur, de la mer d'Ethiopie Alexandrie, prs du Nil,
en passant par Syne et Mro , serait de mille huit
i56 C. PLINU HIST. NAT. LIB. VI.
putetur ab iEthiopico mari Alexandriam juxta Nilum
sitam , ut per Meroen et Syenen mensura currat ,
xvin lxxv mill. passuum. Apparet ergo Europam paulo
minus dimidia Asiae parte majorem esse, quam Asiam.
Eamdem altero tanto et sexta parte Africae , ampliorem
quam Africam. Quod si misceantur omnes summae,
liquido patebit Europam totius terrae tertiam esse par-
tem et octavam paulo amplius : Asiam vero quartam et
quartamdecimam : Africam autem quintam et insuper
sexagesimam.
Digestio terrarum in parallelos et uinbras pares.
XXXIX. His addemus etiamnum unam Graecae inven-
tionis sententiam vel exquisitissimae subtilitatis , ut nihil
desit in spectando terrarum situ : indicatisque regioni-
bus noscatur, et cum qua cuique earum societas sit ,
sive cognatio dierum ac noctium , quibusque inter se
pares umbrae et aequa mundi convexitas. Ergo reddetur
hoc etiam, terraeque universae in membra caeli digeren-
tur. Plura sunt autem haee segmenta mundi, quae nostri
circulos appellavere, Graeci parallelos.
34- Principium habet Indiae pars versa ad austrum.
Patet usque Arabiam et Rubri maris accolas. Continen-
turGedrosi, Persae, Carmani, Elymaei, Parthyene, Aria,
Susiane, Mesopotaniia , Seleucia coguominata Babyl<>-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i5 7
cent soixante-quinze milles. Il est donc clair que l'Europe
est un peu moins de moiti plus considrable que l'Asie,
et qu'elle est une fois et un sixime plus grande que
l'Afrique. Si l'on runissait toutes ces sommes en une
seule, l'Europe fournirait au total gnral un tiers, un
huitime et quelque chose; l'Asie un quart et un qua-
torzime; l'Afrique un cinquime et un soixantime.
Division de la terre en parallles et en ombres gales.
XXXIX. Couronnons tout ceci par l'exposition d'une d-
couverte minemment ingnieuse des Grecs, afin qu'il ne
manque rien cette description , et qu'aprs avoir par-
couru les diverses rgions on apprenne de plus leurs liai-
sons entre elles, le rapport de leurs jours et de leurs
nuits, la parit de leurs ombres, et la similitude de leurs
positions relativement la convexit du monde. Rappor-
tons ainsi la terre des portions correspondantes dans le
ciel. Ces lignes qui coupent le monde et qu'on nomme
en grec parallles , chez nous cercles , sont nombreuses.
34. La premire commence la partie sud de l'Inde,
s'tend jusqu' l'Arabie et aux ctes de la mer Rouge ,
comprend Gdrosie , Perside, Carmanie, Elymiotide,
Parthyne , Ariane , Susiane , Msopotamie , Sleu-
cie Babylonienne, Arabie jusqu' Ptra , Cel - Syrie ,
1 58 C v PL1NII HIST. NAT. LIB. VI.
nia, Arabia ad Petras usque, Syria Cle, Pelusiuin ,
iEgypti inferiora, quae X.poc vocatur Alexandriae, Africae
maritima, Cyrenaica oppida omnia , Thapsus, Adrume-
tum , Clupea, Carthago, Utica, uterque Hippo, Numi-
dia, Mauritania u traque , Atlanticum mare, columnse
Herculis. In hoc caeli circumflexu quinoctii die mdia,
umbilicus, quem Gnomonem vocant, vu pedes longus,
umbram non amplius iv pedes longam reddit. Noctis
vero dieique longissima spatia horas xiv quinoctiales
habent , brevissima e contrario x.
Sequens circulus incipit ab India vergente ad occa-
sum , vadit per medios Parthos , Persepolin , citima
Persidis, Arabiam citeriorem, Judam, Libani montis
accolas. Amplectitur Babylonem, lduinseam, Samariam,
Hierosolymam , Ascalonem , Joppen , Caesaream, Phni-
cen , Ptolemaidem , Sidonem , Tyrum , Berytum , Bo-
tryn, Tripolin, Biblum , Antiochiam, Laodiceam , Se-
leuciam, Ciliciae maritima, Cypri austrina, Cretam,
Lilybaeum in Sicilia, septentrionalia Africae et Numi-
diae. Umbilicus aequinoctio xxxvpedum, umbram viginti
quatuor pedes longam facit. Dies autem noxque maxima
quatuordecim horarum aequinoctialium est, accedente
iis quinta parte unius horae.
Tertius circulus ab Indis Imao proximis oritur. Ten-
dit per Caspias portas Mediae proximas , Cataoniam ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i5g
Pluse, Basse-Egypte ou parages d'Alexandrie, Afrique
maritime, Cyrnaque avec toutes ses villes, Thapse,
Adrumte , Clupe , Carthage , Utique , les deux Hippones ,
Numidie, les deux Mauritanies, mer Atlantique et. co-
lonnes d'Hercule. Sous cet aspect de la vote cleste,
l'poque de l'quinoxe midi , une verge ou gnomon de
sept pieds de long ne projette que quatre pieds d'ombre.
La nuit et le jour les plus longs ont quatorze heures qui-
noxiales; les plus courts, au contraire, n'en ont que dix.
La seconde zone part de l'Inde occidentale, traverse
la Parthyne, Perspolis, ctoie le nord de la Perse et
contient l'Arabie suprieure , la Jude , le Liban et tous
ses habitans. Babylone, Idume, Samarie, Jrusalem,
Ascalon, Jopp, Csare, laPhnicie, Ptolmas, Sidon,
Tyr, Bryte , Botrys , Tripoli , Biblos, Antioche, Laodi-
ce, Sleucie, la cte de Cilicie, le sud de Cypre, la
Crte, Lilybe en Sicile, le nord de l'Afrique et de la
Numidie en font partie. A l'quinoxe, un gnomon de
trente-cinq pieds aurait l'ombre de vingt-quatre. La nuit
et le jour les plus longs sont de quatorze heures qui-
noxiales et un cinquime.
La troisime zone a son origine l'Inde voisine des
monts Imas , passe par les portes Caspiennes prs de la
160 C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Cappadociam , Taurum, Amanum, Issum, Cilicias por-
tas, Solos, Tarsum, Cyprum, Pisidiam, Pamphyliae Si-
den , Lycaoniam , Lyciae Patara , Xanthum , Caunum ,
Rhodum , Coum , Halicarnassum , Gnidum , Dorida ,
Chium, Delum, Cycladas mdias, Gythium, Maleam,
Argos, Laconiam, Elin, Olympiam, Messeniam Pelo-
ponnesi , Syracusas, Catinam, Siciliam mediam, Sar-
diniae austrina , Carteiam , Gades. Gnomonis centum
unciae, umbram septuaginta septem unciarum faciunt.
Longissimus dies est aequinoctialium horarum qua-
tuordecim atque dimidiae , cura tricesima parte unius
hor.
Quarto subjacent circulo , quae sunt ab altero latere
Imai, Cappadocise austrina, Galatia, Mysia, Sardis,
Smyrna, Sipylus, Tmolus mons Lydia3, Caria, Ionia,
Trallis, Colophon, Ephesus , Miletos, Samos , Chios,
Icarium mare, Cycladum septentrionales, Athenae, Me-
gara, Corinthus, Sicyon, Achaia, Patrae, Isthmos, Epi-
rus, septentrionalia Sieilise, Narbonensis Galliae exor-
tiva , Hispaniae maritima a Carthagine nova , et inde ad
occasum. Gnomoni xxi pedum respondent umbrae xvi
pedum : longissimus dies habet quinoctiales horas qua-
tuordecim, et tertias duas unius horae.
Quinto continentur segmento ab introitu Gaspii ma-
ris , Bactra, lberia, Armenia, Mysia, Phrygia, Helles-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. itti
Mdie, comprend Cataonie , Cappadoce, TaUrus, Amanc,
Issus, portes de Cilicie, Soles, Tarse, Cypre, Pisidie,
Side en Pamphylie , Lycaonie , Patare en Lycie , Xanthe ,
Caune , Rhodes, Cos, Halicarnasse, Gnide, Doride, Chios,
Dlos, le milieu desCyclades, Gythium, Male, Argos,
Laconie , Elis , Olympie , Messnie en Ploponnse, Syra-
cuse, Catine, le milieu de la Sicile, le sud de la Sar-
daigne , Carte, Gades. Un gnomon de huit pieds quatre
douzimes donne six pieds cinq douzimes d'ombre. Le
plus long jour a quatorze heures quinoxiales et demie,
plus un trentime.
La quatrime zone commence de l'autre ct de l'I-
mas. Elle coupe le sud de la Cappadoce, la Galatie, la
Mysie, Sardes, Smyrne, Sipyle, le mont Tmole en Ly-
die, la Carie, l'Ionie, Tralls, Colophon, phse, Milet,
Samos, Chios, la mer* Icarienne, les Cyclades septentrio-
nales, Athnes, Mgare, Corinthe, Sicyone, l'Achae,
,Patras, l'Isthme, l'Epire, le nord del Sicile, l'est de la
Gaule Narbonaise , la cte d'Espagne depuis Cartha-
gne en fuyant l'ouest. Un gnomon de vingt-un pieds
donne seize pieds d'ombre; et le plus long jour a quatorze
heures quinoxiales deux tiers.
Dans la cinquime zone, qui part de l'entre de la mer
Caspienne, sont Bactres, l'Ibrie, l'Armnie, la Mysie , la
i6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
pontus, Troas, Tenedus, Abydos, Scepsis, llium , Ida
mons , Cyzicura , Lampsacum , Sinope , Amisum , Hera-
clea inPonto, Paphlagonia, Lemnus, Imbrus, Thasus,
Cassandria, Thessalia , Macedonia, Larissa, Amphipo-
lis, Thessalonice , Pella,iEdessa, Bera, Pharsalia, Ca-
rystum, Euba Botum, Chalcis, Delphi, Acarnania,
iEtolia, Apollonia, Brundisium, Tarentum, Thurii, Lo-
cri, Rhegium , Lucani , Neapolis, Puteoli, Tuscum mare,
Corsica, Balares, Hispania mdia. Gnomoni septem
pedes , umbr sex. Magnitudo diei summa horarum
aequinoctialium quindecim.
Sexta comprehensio, qua continetur urbs Roma, ara-
plectitur Caspias gentes, Caucasum, septentrionalia
Armeniae, Apolloniam supra Rhyndacum, Nicomediam ,
Nicaeam , Chalcedonem , Byzantium , Lysimachiam ,
Cherronesum, Melanem sinum, Abderam, Samothra-
ciam , Maroneam , iEnum , Bessicam , Thraciam , Mae-
diam,Paeoniam,Illyrios, Dyrrachium, Canusium, Apu-
liae extima, Campaniam, Etruriam, Pisas, Lunam, Lu-
cam , Genuam, Liguriam , Antipolin, Massiliam, Nar-
bonem , Tarraconem , Hispaniam Tarraconensem me-
diam, et inde per Lusitaniam. Gnomoni pedes novem,
umbrae octo. Longissima diei spatia, horarum aequinoc-
tialium quindecim, addita nona parte unius horae : aut,
ut Nigidio placuit , quinta.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. VI. i63
Phrygie, l'Hellespont, la Troade, Tndos, Abydos, Scep-
sis, Ilium , le mont Ida , Cyzique, Lampsaque , Sinope ,
Amise, Hracle de Pont , la Paphlagonie, Lemnos, Im-
bros, Thasos, Cassandrie, la Thessalie, la Macdoine,
Larisse, Amphipolis, Thessalonique , Pella , Edesse,
Bre, Pharsale , Caryste, Eube la Botienne, Chalcis,
Delphes, l'Acarnanie, l'Etolie, Apollonie, Brindes, Ta-
rente, Thurium, Locres, Rhegium , la Lucanie, Naples,
Putoles , la mer de Toscane , la Corse , les les Balares ,
le milieu de l'Espagne. Gnomon de sept pieds et ombre
de six. Le plus long jour est de quinze heures quinoxiales.
Sous la sixime division se rangent Rome, les peuples
caspiens , le Caucase , le nord de l'Armnie , Apollo-
nie sur Rhyndaque, Nicomdie , Nice, Chalcdoine,
Byzancc , Lysimachie , la Chersonse , le golfe Mlane ,
Abdre, Samothrace, Marone, Enos, la Bessique, la
Thrace , la Mdie , la Ponie , l'Illyrie , Dyrrachium ,
Canusium , l'extrme Apulie, la Campanie, l'Etrurie , Pise ,
Luna , Lucques , Gnes , la Ligurie , Antipolis , Mar-
seille, Narbonne, Tarragone, le milieu de l'Espagne
tarragonaise, et enfin la Lusitanie. Neuf pieds de gno-
mon, huit d'ombre. Longueur du plus grand jour de
l'anne, quinze heures quinoxiales et un neuvime, ou,
selon Nigidius, un cinquime.
1 1
i6/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. VI.
Septima divisio ab altra Caspii maris ora incipit ;
vaditque supra Calatim , Bosphorum , Borysthenem ,
Tomos , Thraci aversa , Triballos , lllyrici reliqua ,
Adriaticum mare, Aquileiam, Allinum, Venetiam, Vi-
cetiam , Patavium , Veronam , Cremonam , Ravennam ,
Anconam, Picenum , Marsos, Pelignos, Sabinos, Um-
briam , Ariminum , Bononiam , Placentiam , Mediola-
uum, omniaque ab Apennino : transque Alpes Galliam
Aquitanicam, Viennam , Pyrenaeum , Celtiberiam. Uin-
bilico triginta quinque pedum, umbrae triginta sex, ut
tamen in parte Venetise exaequetur umbra gnomoni :
amplissima dies horarum quiuoctialium quindecim, et
quintarum partium borae trium.
Hactenus antiquorum exacta celebravimus. Sequen-
tium diligentissimi , quod superest terrarum tribus as-
signavere segmentis. A Tanai per Maeotin lacum et
Sarmatas usque Borystbenem , atque ita per Dacos par-
temque Germniae , Gallias, Oceani litora amplexi, quod
esset horarum sedecim.' Alterum per Hyperboreos et
Britanniam , borarum decem et septem. Postremum
Scythicum a Ripliaeis jugis inThulen, in quo dies con-
tinuarentur (ut diximus) noctesque per vices. Iidem et
ante principia , quse fecimus , posuere circulos duos.
Primum per insulam Meroen , et Ptolemaiden , in Ru-
bro mari ad elepbantorum venatus oonditam : ubi Ion-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. VI. i65
A la septime zone, qui commence l'autre extrmit
de la mer Caspienne, appartiennent Calatis, le Bosphore,
le Borysthne, Tomes, le nord de la Thrace, les Triballes,
lerestedel'Illyrie , la mer Adriatique, Aquile, Altinum,
la Vntie , Vicence , Pa doue , Vrone , Crmone , Ra venue,
Ancne, lePicnum, lesMarses, les Phgnes, les Sabins,
l'Ombrie, Arimini, Bologne, Plaisance, Milan et tout
le pays au pied de l'Apennin; et au del des Alpes,
l'Aquitaine, Vienne, les Pyrnes, la Celtibrie. Gnomon
de trente-cinq pieds et ombre de trente-six, sauf dans la
partie de laVntie, o l'ombre est gale. Le plus long
jour est de quinze heures quinoxiales et trois cinquimes.
Jusqu'ici j'ai transcrit d'anciens auteurs. Les modernes
les plus exacts ont rang sous trois climats le reste du
inonde. D'abord ils embrassent , du Tanas par le lac
Meotis et la Sarmatie, jusqu'au Borysthne ; et de l,
par la Dacie, une partie de la Germanie, et les Gaules
jusqu'aux rives de l'Ocan : ce climat est de seize heures;
l'autre passe par les Hyperborens et la Bretagne : climat
de dix-sept heures ; enfin des monts Riphes Thul
on a le climat de la Scythie : une longue suite de jours
y succde, comme je l'ai dit, une longue suite de nuits.
Les mmes auteurs ont fait prcder de deux climats
l'chelle vulgaire. Le premier passe par l'le de Mro et
par la ville de Ptolmas sur la mer Rouge, destine la
chasse des lphans. Le jour le plus long y est de douze
iGG C. PLINII HIST. NA. LIB. VI.
gissimus clies duodecim horarum esset , dimidia hora
amplior. Secundum per Syenem iEgypti eimtem , qui
esset horarum tredecim. Iidemque singulis dimidia ho-
rarum spatia usque ad ultimum adjecere circulis.
Et hactenus de terris.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. VI. 167
heures et demie. Le second traverse Syne en Egypte ;
il est de treize heures. Ces mmes auteurs ont ajout
graduellement une demi-heure, jusqu' ce qu'ils arri-
vassent atteindre le plus haut climat.
Mais ici finit la gographie.
NOTES
DU LIVRE SIXIME.
Chap. I , page 2 , ligne 7.
Pontus Eux/nus, anlea ab inhospitali, etc., etc.. Inde Bospho-
rum Cimmerium irecenta sexaginta millia. Dans les phrases que
Pline accumule ici sur le Pont-Euxin , il y a plus de subtilits et
de recherches que de vrits. On peut aussi blmer l'auteur
de sembler en quelque sorte reprocher la mer ces envahisse-
mens salutaires , ces dtroits , ces golfes , toutes ces sinuosits
auxquelles l'Europe mridionale et l'Asie Mineure doivent la fa-
cilit des transports, des voyages, du commerce. Qu'il y a loin
de ces ridicules mcontentemens inspirs, on le croirait, par le c-
lbre passage d'Horace ,
Nequicquam dcus abscidit
Prudens Oceano dissociabili
Terras
qu'il y a loin , disons-nous , de ces expressions banales et si peu
en rapport avec la ralit des faits , ce bel aphorisme de Pascal :
Les rivires sont des routes mobiles qui portent l'homme et
ses vaisseaux.
Tout le monde sait que le Pont-Euxin se nomme aujourd'hui
mer Noire. Situ entre l'Europe et l'Asie dont il forme la limite,
partir du canal de Constantinople jusqu' la saillie occidentale du
Caucase, il communique avec la Propontide ou mer de Marmara par
ce mme dtroit de Constantinople (anciennement Bosphore de
Thrace)etavecles Palus Motides ou mer d'Azofpar le Bosphore
Cimmrien (dtroit de Zabache). Le nom d ,v fi^evos , inhospitalier,
qui lui fut donn originairement cause de la frocit des peu-
plades voisines, notamment de celles qui habitaient la Colchide
et le Caucase, fut chang en celui d'Euxin , Ev^itvor, hospitalier,
NOTES DU LIVRE VI. \ 169
non point comme on le dit vulgairement, lorsque les murs de
ces hordes sauvages se furent adoucies (car on ne voit pas claire-
ment qu'elles l'aient jamais t, mme de nos jours), et moins
encore par antiphrase, mais par euphmisme et afin d'viter une
ide dsagrable. Jamais, aux yeux des Grecs, le Pont-Euxin ne
fut une mer hospitalire ; mais on put dsirer de le trouver hos-
pitalier; de l l'expression d'Ev^eivos. C'est ainsi que les Furies
ont t appeles Eumnides , Y.vjueveTs , bienveillantes , bienfai-
santes , non point certes par antiphrase (qui, chez les anciens,
une poque recule , et os plaisanter sur le compte de ces re-
doutables desses?), mais parce que, dans les invocations fr-
quentes que l'effroi des mortels leur adressait , revenaient souvent
ces mots ev/uevss ale , ei , desses , soyez bienveillantes : le
souhait devint bientt une appellation gnrale.
Les dimensions relles du Pont-Euxin sont quatre cent dix-neuf
lieues et demie dans la plus grande longueur, et cent vingt-quatre
lieues un tiers de largeur. On sait le mot d'un vieux soldat, assis
au parterre des Franais, un soir que l'on jouait Mithridate.
l'instant o le vieux prince dit ses deux fils :
Doulez-vous cjuc rEuxin ne me porle en deux jours
Aux lieux o le Danube y vient finir son cours ?
Oui certainement j'en doute, s'cria le vtran. Et en effet,
s'il et t dans l'intention du pote de faire l un cours de go-
graphie ancienne , il et commis une faute grave; car la distance
de Panticape, o se passe la scne, l'embouchure du Danube
(distance qui est. peu prs les trois cinquimes de la plus grande
longueur du Pont-Euxin) est beaucoup trop grande pour qu'un
vaisseau, fin voilier et parfaitement servi par les vents, mme
de nos jours et sur la mer la plus favorable la navigation, puisse
la parcourir.
Chap. I, page 4-, l'gne i3.
Ergo a faucibus Bosphori est amnis Rhebas... Fluvius Billis. Le
Rhbas, aulremeut Rhebeus et Rhebanus, 'P(Sas-, 'Pne/os- , C P-
C&vs, est un de ces ruisseaux qui, comme le Xanthe, le Lignon
et tant d'autres, doivent toute leur clbrit aux chants des po-
%
170 NOTES DU LIVRE VI.
tes. Son cours n'est gure que de trois milles gographiques , et
sa largeur, comme on peut le penser, rpond la longueur de
son cours. Cependant Scylax et les divers auteurs de Priples le
nomment tout aussi bien qu'Orphe (v. 711) et Apoll. de Rho-
des (liv. il, v. 652. Cf. Avienus , v. 974, 175, et Den. le P-
RlG., v. 794). Tournefort (lettre xvi) et d'nville, dans ses
cartes, le nomment aujourd'hui Riva. On voit que c'est absolu-
ment le mme nom prononc la grecque , la disparition de
Y s prs.
Chap. I , page 4 > ligne 14.
Psillideest nomme aussi par Strabon (liv. xil), par Ptolme
(liv. v, n. 1) et par d'autres ; mais l'on varie sur l'orthographe,
le premier crivant 'YiKMs, le second ^ihxis, le troisime 'Vlxis.
Nous ignorons le nom moderne qui y rpond. Probablement ce
n'tait qu'un bourg obscur et sans importance. Le port de Cal-
pas ou Calp , qui suit immdiatement (KaA-ar M/unv d'Etienne de
Byzance), se nomme maintenant , selon d'Anville , Kerbek.
Ligne i5.
Sagaris. Il a dj t dit un mot du Sagaris ou Sangarius, dont
le nom se retrouve sous la forme moderne Sakaria. Il prenait sa
source prs de Sangia, en Phrygie, arrosait la partie occidentale
de la Galatie, traversait la Bithynie et se jetait dans le Pont-
Euxin. C'est, en grandeur, le second fleuve de l'Asie Mineure,
et il ne le cde qu' l'Halys ou Qisil-Ermak. De ses deux tribu-
taires , le Tembrogius (Thymbres de Tite-Live, liv. xxxvill ,
11. 18) , qu'il ne faut pas confondre avec le Qv^pios de Strabon
(liv. Xlll), est videmment le Sursak; le Gallus, moins connu,
nous semble tre l'Alhaur, affluent bien plus recul dans les ter-
res, et par consquent bien plus voisin de la source du fleuve;
ce qui, pour le dire en passant, confirme encore notre conjec-
ture, puisque Pline, dcrivant ici la cte, doit, lorsqu'il s'carte
un instant du littoral, nommer d'abord les dtails les plus voi-
sins de la mer dont il suit les sinuosits. Nous ne devons point
quitter le fleuve Sangarius sans rappeler au lecteur la fable clbre
d'Atys et de la nymphe Sangaride.
NOTES DU LIVRE VI. 171
Chap. I, page 4i ligne 17.
Les Maryandyniens dont le nom se relrouve chez presque tous
les gographes de l'antiquit , sont trs-peu connus et ont donn
lieu aux conjectures les plus diverses. Les uns , frapps de la res-
semblance des noms Thyni , Bi-Thyni , Maryan-Dyni , et soup-
onnant dans ce dernier une dpravation indigne de Maryan-
Tyni , ont vu , dans ces trois peuples habitans de la Bithynie , les
trois rameaux d'une mme souche. Selon d'autres , les Maryandy-
niens seraient venus d'une contre plus orientale de l'Asie, ainsi
que les Paphlagoniens leurs voisins (HROD., liv. IV, n. 38).
Parmi les preuves qui viennent l'appui de cette opinion , on
remarque surtout celle-ci , que les Maryandyniens furent soumis
au joug de la rpublique d'Hracle , et traits par les vainqueurs
peu prs comme les Ilotes par les Spartiates , ce qui jamais n'ar-
riva aux vritables Bithyniens. Le golfe des Maryandyniens se
nomme aujourd'hui golfe de Sakaria du nom du fleuve qui s'y
jette.
Ligne 1 8.
Hracle du Pont , aujourd'hui Erekli , ville maritime et puis-
sante, fonde, selon M. Raoul-Rochette, Histoire des Colonies
grecques, tome Il , pag. 3oo , etc. , par les Mgariens j ce qu'at-
testent en effet Xnophon (Retraite des dix mille, liv. VI,
pag. 220, dit. d'Henri Etienne), Diod. de Sicile (liv. xiv), Ar-
rien , (Pripl. du Ponl-Euxiii) , Pausanias (liv. V, n. 26). Ceux
qui , comme Justin (liv. Xiv, n. 3) et Etienne de Byzance (arti-
cle n attribuent la fondation d'Hracle des Botiens ,
ne s'loignent que mdiocrement de la tradition gnralement
reue : car il parait, d'aprs le passage de Pausanias ci-dessus in-
diqu , que des Tanagrens de Botie s'taient associs aux Mga-
riens pour la fondation de la colonie. (Cf. Scymn. DE Cmo,
Fragmens, v. 23o, tome II , page 56.) Hracle devint, dans
la suite, une ville trs-florissante, et donna naissance d'autres
colonies, savoir : Arciroessa , Calatis, Chersonse, Panle. La
Callantia d'Arrien n'est autre que Calatis.
i;a NOTES DU LIVRE VI.
Chai. I, page 4? ligne 20.
Acone , 'Akvui dans Etienne de Byzance. Solin et Martien ne
se servent que du singulier.
Specus Acherusia. Ce que Pline nomme Specus Acherusia tait
un antre ouvert dans le promontoire de mme nom. Ce promon-
toire s'avanait en forme de presqu'le et couvrait le golfe au
fond duquel est situe la ville d'Hraele. C'est par cette caverne
que , selon la fable , Hercule descendit aux enfers.
Ligne 22.
Tium, Tov ou T/of, aujourd'hui Falios, treize lieues au
nord-est d'Hracle, sur une pointe avance en mer, prs de
l'embouchure du Billus , avait t fonde par des Milsiens
(Arrien , Priple du Pont-Euxin, page i4 du tomei, dition
Hudson ; Philon, dans Et. DE Byz. , art. T/oj; Mla, liv. I,
ri. 20), et avait reu son nom d'un certain Tius , personnage de
race sacerdotale et chef de la colonie milsienne. Il paratrait
que , pendant quelque temps , ium , ainsi que les villes de S-
same , de Cytore et de Cromne, fut soumise la domination
d'Amastris (Vojez ScYMN. DE Ch. , Fragm., tom. il, p. 55, 56.
Cf. STRAR., liv. XII, Pripl. Anon. du Pont-Euxin; ARRIEN,
Pripl.) ; mais elle ne tarda pas se sparer de la confdration
et forma toujours depuis une ville indpendante, jusqu' l'poque
de la toute-puissance romaine. Le fleuve Billis ou Billus se
nomme Falios comme'la ville. .
Chap. II , page 6 , ligne 2.
Ultra quem gens Paphlagonia... Galatia. La Paphlagonie est une
des provinces septentrionales de l'Asie Mineure. Le Pont-Euxin
au nord , le fleuve Halys l'est et du ct du Pont , le Parth-
nius l'ouest et du ct de l'ouest, dessinent trs-nettement ses
limites , qui , du ct du midi , sont plus difficiles spcifier. Il
parat que la chane des monts Olympes orientaux et du Magaba
la sparait de la Galatie. On peut fixer sa latitude 4-0 35' d'une
NOTES DU LIVRE VI. i 7 3
part et 2 8' de l'autre. La superficie totale ne s'loignait pas
de dix-neuf cents lieues carres. Ce pays rpond aujourd'hui aux
sandjiakats de Kaslamouni et de Boli en Anadholi et une partie
de celui de Dsjanik.
Selon la fable , Paphlagon , fils de Plane et petit-fils d'Ag-
nor, donna son nom au pays. Diverses peuplades barbares occu-
paient le pays. Les Hnles ou Vntes , la plus illustre de ces
tribus incivilises, habitaient entre le penchant septentrional des
monts Cytore et la mer. C'est de Pylmne, leur chef, que le
pays prit le nom de Pylmnic. Au reste, il ne faut pas croire
que le nom de Pylmne ait l particulier un de leurs rois,
par exemple, celui qui vint porter des secours aux royens
(Hom., liv. il , Caialog.) : tous les princes qui rgnrent, dans ce
pays le portrent; de sorte que le nom propre devint vraiment
un nom appellatif, comme plus tard il en fut des Ptolme, des
Arsace , des Csar, etc.
Le pays travers par une chane de montagnes courant succes-
sivement du sud au nord, puis l'ouest, puis encore au nord
pour se reporter vers l'ouest, peu prs paralllement la cte,
prsentait des aspects trs-varis. Les plaines taient fertiles et
riches. L'olivier y donnait des produits abondans. L'intrieur du
pays lait bois : les montagnes fournissaient d'excellent cinabre.
Strabon parle des poissons fossiles que l'on trouve dans les
terrains secs et levs de cette province.
Gnralement les anciens parlent des Paphlagoniens comme
d'un peuple incivilis, stupide et crdule l'excs.
Du reste, Papblagoniens, Hnles et autres, vivaient . peu
prs indpendans , quand l'ambition de Crsus recula les bornes
de l'empire de Lydie presqu'au fleuve Halys. Dans la suite , ils
furent soumis aux lois de l'empire mdo- persan, et rgis au
nom des successeurs de Cyrus par des Satrapes dont pourtant
ils finirent par secouer le joug, lors de l'invasion de l'Asie par
Alexandre. Us russirent mme s'emparer d'une partie de la
Cappadoce , et eurent des rois particuliers jusqu' ce qu'enfin les
discordes intestines , et la proximit de deux puissans voisins, les
rois dePont et deBithynie, qui chacun de leur ct convoitaient
cette proie, les forcrent consentir tre protgs par les R omains,
174 NOTES DU LIVRE VI.
Ceux-ci les laissrent encore quelque temps se gouverner par
leurs propres lois , et obir des rois de leur sang. Mais la dy-
nastie royale s'tant teinte sous Auguste , dans la personne de
Castor, fils de Djotare, un dcret imprial dcida la runion
de la Paphlagonie aux provinces immdiates de l'empire.
Chap. II , page 6 , ligne 3.
Oppidum Mastjra Milesiorum... P ompeiopolis uirumque appella-
tion est. Mastya , qu'Hardouin a tort de souponner identique
la ville nomme par Ptolme (liv. V, chap. 6) Moson ou
Moston , puisque celle-ci tait dans la Galatie, avait t effecti-
vement fonde par les Milsiens en mme temps que Cromne.
Il est probable que , comme Cromne , Cytore et Ssame , elle
tait enferme dans l'enceinte d'Amastris. M. Raoul-Rochette
(Hist. des Colonies grecques, tom. III, pag. 33j) prsume que ce
fut en remplacement de Tios qui en avait t bannie ou qui s'en
tait spare.
Ligne 4-
Cromna. Cromne, Kpfitvu. d'Etienne de Byzance et Martien
d'Hracle, avait t fonde, comme nous venons de le dire,
par les Milsiens. Comprise plus tard dans Amastris , elle forma
le corps de cette ville. (Cf. le Grand Etjmologiste , art. Amastris.)
Quo loco Heneios adjicit Nepos Cornlius. Les Hntes ou V-
ntes, que nous avons dj nomms comme la tribu la plus illus-
tre de la Paphlagonie , et dont nous avons indiqu la demeure ,
le long des monts Cytore , ne sont gure connus que par le pas-
sage d'Homre {Iliade, il, catalogue des vaisseaux). Strabon con-
jecture que , s'tant tablis en Thrace, et de l s'lant de plus en
plus avancs vers l'est, ils s'tablirent dans la Vntie italienne
(liv. xil); mais, dans le livre IV, il annonce que les Vntes de
l'Italie doivent leur origine aux Vntes gaulois des environs de
Vannes. La premire opinion semble la plus probable, parce que
les Vntes d'Italie parlaient une langue radicalement diffrente
de tous les dialectes latins et celtes, et que d'autre part les Pa-
phlagoniens avaient un idiome trs-loign de ceux de tous les
NOTES DU LIVRE VI. 17S
peuples environnans. Voyez Strahion (liv. XI i) qui donne une
petite liste de mots paphlagoniens.
Chap. II , page 6 , ligne 6.
Sesamum oppidum. Ssame ne doit pas tre tout--fait confon-
due avec Amastris , dont originairement elle tait distincte ; il est
vrai que plus tard elle y fut enclave et devint son Acropole. Cf
ce qui a t dit plus haut de Cromne et la note suivante sur
Amastris.
Ligne 7.
Amastris. Amastris, dans une petite pninsule, seize lieues nord-
est de Bithynium, dut sa fondation la femme d'un tyran d'Hra-
cle , qui runit dans une mme enceinte plusieurs villes voisines,
savoir : Cromne , Cytore et Ssame. La ville de Tios ou Tium
en Bithynie ne fut jamais enclave dans ses murs; mais elle fut
cense faire partie de la mme cit ou confdration. Elle s'en
spara dans la suite, et nous avons remarqu que c'est aprs cette
poque que Mastya dut tre annexe la ville d 1 Amastris.
Amastris fut prise par Triarius , lieutenant de Cotta, et passa
ds-lors sous la domination des Romains. L se termina le faible
rle politique que cette ville avait jou en Asie. On a d' Amastris
quantit de mdailles, les unes la gloire des divinits du paga-
nisme , les autres en l'honneur des empereurs romains. Amas-
tris se nomme aujourd'hui Amasrh.
Mons yiorus a Tio , etc. Le mont Cytore, aujourd'hui Ku-
dros , s'tend de l'ouest l'est , peu prs paralllement la
cte du Pont-Euxin, et va rejoindre lest a chane des Olgazes.
Il tait couvert de buis (Voyez Virg., Gorg., liv. Il , v. 4^7).
Une ville de mme nom se voit sur la cte peu prs gale dis-
tance de Cromne et du promontoire de Carambis dont il sera
bientt question.
Ligne 8.
Cirnolis , KI/Uwa/ de. Strabon (liv. XII ), KifiaxU de Martien
d'Hracle , s'appelle aujourd'hui Kimoli. Elle est l'est du pro-
montoire de Carambis.
176 NOTES DU LIVRE VI.
Chap. II , page 6, ligne 8.
Stphane, Zleqxvn de Mart. Hracl., 21s*v/f d'Etienne de
Byzance , avait t fonde par les Maryandyniens. Elle se nomme
aujourd'hui Istephan.
Amnis Parthenius. Le Parthnius prenait sa source au mont
Olympe , sur les confins de la Galatie et de la Bithynie. Le nom
actuel Bartin reprsente assez bien le nom ancien , que l'on a
mme conserv intact en disant Parlhni.
Ligne 9.
P runiontorium Carambis vasto excursu. Encore une de ces
images familires au style minemment pittoresque, mais souvent
inexact de Pline. Le cap Carambis, aujourd'hui Keremph,
n'est point, beaucoup prs, le plus remarquable de cette cte.
Le Lepte Acra, aujourd'hui cap Indj , s'avance encore plus au
nord dans la mer. Il est vrai que, comme l'indiquent ses noms
grecs et turcs , il n'a point les vastes dimensions du Keremph.
La ville de Carambis est aussi nomme par Scylax.
Ligne i3.
Armene, > kp/j.ivn dans Scylax et dans Strabon , appartenait
la ville de Sinope , dont probablement elle tait une colonie, et
qui elle servait de port. (Voyez Xnoph., Retr., liv. vi). Il ne
faut pas croire , avec Pomponius Mla , que jamais cette ville ait
t la limite de la Paphlagonie. Cette ville tait dj dtruite du
temps de Pline. Etienne de Byzance, qui en parle en deux en-
droits, lui donne une fois le nom d'Almne.
Sinope, aujourd'hui Sinoub, huit lieues sud de Stphane,
et seize d'Aboni-tichos , avait eu pour premier souverain Apis,
surnomm Inachus; elle fut ou fonde de nouveau ou notable-
ment augmente par les Argonautes Autolycus , Phlogius et Di-
lon {Voyez Strab. , Gog., Iiv. XII, p. 54.6. Cf. Apoll., liv. I,
chap. ix, 16; Schol. d' Apoll. de Rh. , liv. il, v. 94.7 et 9^8;
Val. Flacc, liv. v, v. 108: Plut., Vie e Luadlus) ; enfin une
f f ( / r v
: mi
f f / ('/
NOTES DU LIVRE VI. 177
colonie milsienne vint s'y tablir (l'an 741 avant J.-C, selon
M. Raoul-Rochette) , et c'est alors qu'elle arrita la plus haute
puissance. Elle donna naissance plusieurs colonies , telles
qu'Odinius, Bechirias, Trapzonte, Cherades , Lycaste , Cra-
sonte , Armne , etc. C'est principalement aux riches mines de
fer dont tait remplie la contre des environs , et la pche du
thon , que les Sinopens devaient leur prosprit. Quelque d-
chue que soit la ville , il s'y fait encore un commerce considra-
ble de poissons. Sinope a donn naissance plusieurs hommes
distingus, parmi lesquels il faut remarquer Mithridate, si fameux
par ses guerres contre les Romains, Diogne le Cynique, et
Aquila , auteur d'une version grecque de l'Ancien Testament*
Chap. Il , page 6 , ligne i4
L'Evarque , Evup^os d'Hracl. et d'Etienne de Byzance , est
une des petites rivires ctires l'ouest de l'Halys, et par cons-
quent il ne faut pas s'imaginer avec Etienne de Byzance qu'il ait
jamais spar la Paphlagonie de la Cappadoce. L'erreur du lexi-
cographe vient sans doute de ce qu'il y avait dans le voisinage
une peuplade cappadocienne, et que l'Evarque formait la limite
entre celle-ci et les Paphlagoniens.
Ligne i5.
Gaziure et Gazel se nomment aujourd'hui, selon d'Anville,
Gudes et Aladjiam.
L'Halys , seul fleuve un peu considrable de l'Asie Mineure,
prenait sa source dans l'Armnie Mineure, coupait la Cappadoce
de l'est l'ouest, et, aprs de trs-grands circuits, allait se jeter
dans le Pont-Euxin. Parmi ses affluens principaux , il faut remar-
quer une autre rivire qui coule dans la partie sud de la Cappa-
doce , peu prs de l'est l'ouest, puis flchit vers le nord pour
se joindre au courant principal. Celle-ci se nommait aussi Halys.
Aujourd'hui les noms des deux fleuves sont diffrens. Le grand
Halys s'appelle Qisil-Ermak, et le petit Halys, Eusdent. L'Halys'
est surtout clbre dans l'histoire par la bataille qui eut lieu sur
v*. 12
11
\ s /.m ra
10 Yl IN il
178 NOTES DU LIVRE VL
ses bords, enlrc les Mdes et les Lydiens, et pendant laquelle
eut lieu une clipse de soleil prdite par Thaes.
Chap. H , page 6 , ligne i5.
Gangre, Tiyypa. d'Etienne de Byzance , au sud-ouest et fort
avant dans les terres, sur les confins de la Galatie, fut la rsi-
dence d'un roi indigne nomm Morses , et du prince galale
Djotare. Sous les Romains, elle eut le rang de mtropole de la
Paphlagonie, et il s'y tint un concile au quatrime sicle; on la
nomme aujourd'hui Kiangari.
Ligne 17.
Caruse, KctpvvixoM,xeta. d' Arrien (Prip.), Ko)t<*-
*lct de Ptolme , mais probablement par une erreur de copiste.
Et a Pharnacea... Ileniochorum gentes. Pharnace ou Pharnacie ,
$a.pvKX.ei& d' Arrien, Qapvcutta. de Ptolme (liv. v, n. 6), remar-
quable par la mort de Monime.D'Anville prtend qu'elle ne faisait
qu'un avec Crasonte. Mais rien ne prouve cette assertion.
Ligne i5.
Trapzonte , Trapezus, en grec r paveX ) ovs (gn. ovvloi) , au-
*88 NOTES DU LIVRE VI.
jourd'hui Tarbosan ou Tarabesoun, quatorze lieues nord-est
de Carassa, dix-neuf ouest de Rhizum (Riseh) : une des plus
commerantes et des plus riches de ces contres barbares, est
une de celles sur l'origine de laquelle on a le plus discut. Voici
comment M. Raoul-Rochette (Hist. des colonies grecques) rsume
et juge les diverses opinions nonces ce sujet.
Je fixe la fondation de Trapzonte l'an 747 avant notre re
quoique le Syncelle, qui m'a servi de guide, ne donne point
(Sync, Chronog., pag. 212) une date prcise. Cet auteur rap-
porte la fondation de Trapzonte dans le Pont , entre celle de
Cyrne par les Threns, et celle de Naxos. Or, selon Eusbe
(Chronic., il, p. n3), que le Syncelle suit et copie pour tout
ce qui regarde les colonies grecques, la fondation de Cyrne
tombe en la troisime anne de la cinquime olympiade , et
celle de Naxos , en la premire anne de la onzime olympiade :
le terme moyen entre ces deux dates me donne la deuxime an-
ne de la huitime olympiade pour l'poque approximative de la
colonie de Trapzonte ; et , quoique ce calcul ne soit pas in-
faillible , on peut du moins s'assurer qu'il s'loigne fort peu
de la vritable poque. Au reste , la plupart des anciens s'ac-
< cordent attribuer l'origine des Trapzontins une colonie
de Sinope : c'tait l'opinion de Diodore et de Xnophon cits
par Eustathe ( sur Benys le Prigle , v. 775 et suivans ,
tome IV , page i36; et v. 587 , ibid. , page t23) ; et les ouvra-
ges de ces auteurs , tels qu'ils nous sont parvenus , confir-
ment la citation d'Eustathe (Diodore de Sicile, liv. xiv,
chap. 3i ; XNOPHON, Retr., liv. VI, chap. 8, 17). Strabon
(liv. xii, page 548) et Scylax (PripL, page 33, tome 1) don-
nent simplement cette ville le titre de ville grecque ; mais
Etienne de Byzance (art. T/>enreoy8 NOTES DU LIVRE VI.
observations ne deviendront importantes que lorsque nous au-
rons le moyen de classer distinctement les diverses hordes de
Zigeunes , et de distinguer les nuances qui certainement doivent
les sparer. Le verbe auxiliaire se rattache entirement aux lan-
gues indo-plasgiques ; mais la grammaire zigeune nous a paru
offrir quelques rapports remarquables avec le persan pour les
pronoms , et avec le turc pour les dclinaisons des noms sub-
stantifs.
Quel rsultat tirerons-nous de ces faits ? Le savant Grell-
mann et son ami Buttner, qui nous devons tant de renseigne-
mens, n'ont pas hsit regarder les Zigeunes comme une des
basses castes indiennes , chasse par quelque grande rvolution
de sa patrie , et devenue nomade. Le caractre incontestablement
indou de leur langue , leurs qualits physiques , et le nom de
Sinte qu'ils se donnent, sont les trois argumens solides sur les-
quels on fonde cette hypothse gnralement admise. On a cher-
ch dterminer l'poque de leur sortie et le lieu prcis de leur
demeure ancienne ; les dvastations de l'Inde sousTamerlan, vers
l'an i/{.oo, paraissent fournir un motif plausible de leur fuite.
On considre aussi comme certain que leur patrie doit tre cher-
che dans l'Inde occidentale , non loin des bords de l'Indus ou
du Sinde ; mais Pallas trouve que leur dialecte indique comme
leur ancien pays le Moultan, d'o sont originaires les marchands
indous vivant Astrakhan. Fra Bartholomeo croit au contraire
qu'ils viennent du Guzerate, spcialement des environs de Tatta,
o demeure une peuplade de pirates appels Tchinganes. Enfin ,
D. Richardson s'est flatt de les avoir retrouvs dans la caste des
Bazigurs , espce de mntriers et de danseurs vagabonds. Si
l'on voulait les chercher parmi les petites castes des Indous ,
aucune, selon nous , ne leur ressemblerait plus que la subdivi-
sion des Soudras, nomme Correwa's, gens errans , qui n'ont
aucune demeure fixe , qui logent sous des tentes , et dont le
principal mtier est de tresser des corbeilles ou de faire des
couvercles de chaudrons, tandis que leurs femmes gagnent beau-
coup d'argent dire la bonne aventure. Voil prcisment
nos Bohmiens et nos Bohmiennes , dira-t-on ; pourquoi cher-
cher plus long-temps ?
NOTES DU LIVRE VI. 19^
Une difficult plus gnrale , c'est de concevoir pourquoi ,
venus de l'Indoustan vers l'an 14.00, les Zigeuues se montrent, en
i5o , par essaims nombreux et concentrs en Valachie, Hon-
grie et Pologne , sans qu'on puisse indiquer aucun rassemble-
ment considrable de leurs bordes en Perse , en Tartarie , dans
le Caucase.
M. .liasse , savant rempli d'ides originales , a dvelopp
une bypothse diffrente sur l'origine des -Zigeunes. Il dmontre
que depuis trois mille ans il a exist en Europe des tribus er-
rantes portant le nom de Sigynes ou Zigeunes , en mme temps
que celui de Sinties ou Sinti. Il voit dans nos Zigeunes ou Sintes
les descendans immdiats de ces peuplades anciennes. D'un autre
ct , M.Lolewel, gographe polonais, a dmontr que ds l'au-
rore de l'histoire , il a demeur sur le Bosphore Cimmrien, et
mme en Europe , notamment en Thrace , des nations indoues.
Nous allons combiner ce qui nous a paru bon dans l'un et l'autre
systme avec nos propres aperus.
Un peuple qui porte le mme nom que les Zigeunes est
mentionn par l'histoire la plus ancienne de l'Europe. Les Si-
<> gynes , semblables aux Mdes par l'habillement , demeurent au
nord de l'Ister , dans un pays qui parat dsert ; du moins ce
sont les seuls habitans sur lesquels j'aie pu avoir quelques ren-
seignemens. lis ont de trs-petits chevaux long poil , qui ne
sauraient porter des hommes , mais qui tranent un char avec
la plus grande rapidit. Leurs frontires vont jusqu' celles des
Hntes de l'Adriatique. On dit qu'ils sont les descendans des
Mdes , ce que je ne conois pas ; mais tout est possible avec
le laps du temps. Les Liguriens entendent par le mot Sigyne
un marchand ambulant ; les Cypriens nomment ainsi un genre
" de javelots. Tel est le tmoignage du pre de l'histoire pro-
fane. Strabon applique les mmes traits , mais avec des circon-
stances nouvelles, aux Sigynii, peuplade murs persanes, dans
les montagnes de l'Hyrcanie , au sud de la Caspienne. Les Si-
gynni d'Apollonius de Rhodes habitaient prs de l'embouchure du
Danube , et ceux du faux Orphe demeuraient dans le royaume
du Pont. Ces trois positions , quoique loignes les unes des
autres , indiquent une de ces migrations anciennes dont la go-
aoo NOTES DU LIVRE VI.
graphie seule conserve des traces. Le trait physique qui caract-
rise les chevaux des Sigynes est un indice important. Les che-
vaux sauvages de la plaine scythique , et quelques-uns de ceux
de Baschkires, ont du poil plus ou moins long ; mais nous ne
dciderons pas si les Zingi caucasiens de Pline , et les Singae in-
diens du mme auteur, font partie de la chane des peuplades
zigeunes ou zinganes, ni si la ville deZigana en Cappadoce est une
trace des migrations de ces nomades.
La seconde souche de ces tribus vagabondes se trouve dans
les Sindi ou Sinti , voisins du Bosphore Cimmrien , et habitans
de la Sindica , dont le nom, dans les manuscrits, est crit In-
dica. Comme ces mots Sind, Hind et Ind sont presque synonymes,
et constamment confondus par les Orientaux , nous ne discute-
rons pas ces variantes. Hesychius concilie les opinions des an-
ciens , en disant : Les Sindi , peuple indien. Les traditions
sur l'industrie commerciale de ce peuple ; sur leur extrme l-
chet, s'tant laiss vaincre par les Scythes, leurs anciens matres,
coups de fouets ; sur la prostitution de leurs femmes , dont le
nom mme devient infme , tout concide trs-bien avec l'opi-
nion qui en fait descendre les Zigeunes , ou Sinties de nos jours.
Le trait le plus singulier, c'est la figure des parties sexuelles , le
lingam , qui , d'aprs Etienne de Byzance , semblerait y avoir t
porte publiquement comme dans l'Indoustan. Cette peuplade
parat s'tre rpandue jusqu'en Macdoine , o nous trouvons
une rgion sintique ; et jusqu' Lemnos , o les Sinties taient
les ouvriers de Vulcain ; trait qui rappelle le mtier des Sintes-
Zigeunes.
Mais les Sinties et les Sigynnii ne sont pas les seules nations
asiatiques que nous trouvons disperses en Europe ou sur les
confins de cette partie du monde ; les Scythes de la tribu royale
ou dominante taient Mdes d'origine, et les noms gographiques
de l'ancienne Scyihie s'expliquent par la langue zend. Nous revien-
drons sur ce fait. En abandonnant l'origine tartare des Gtes, sou-
tenue par d'Anville ; en attendant les claircissemens que M. de
Saint-Martin fait esprer au monde savant sur l'Inde europenne
des auteurs armniens , nous ferons observer que le bas Danube
a port anciennement le nom de Matous, qui semble rappeler le
NOTES DU LIVRE VI. 20 1
hros indien Madhou, antagoniste de Krischna, ou le mot madhur,
eau douce. Une ville d'Aigypsos , et dans Scylax Aigyptos , fon-
de, selon Ovide , par un Caspien l'entre du delta du Danube,
nous parat aussi un monument ethnographique trs-remar-
quable. Mais l'existence ancienne des Indi dans l'Asie Mineure ,
entre les Cariens et les Ciliciens , est atteste par l' Histoire des
Macchabes , et parfaitement dmontre dans un mmoire sp-
cial.
D'aprs tous ces indices runis, nous croyons que l'on peut
soutenir, sans tre tax de tmrit, que des tribus de race in-
doue se sont trouves errantes , ou tablies en Europe , ou sur
ses confins , ds les premiers sicles historiques. Comment s'y
trouveraient-elles ? taient-ce des migrations de l'Inde antrieures
l'histoire ? taient-ce les ennemis exils de Krischna, ce qui expli-
querait d'une manire inattendue la singulire prtention des
Zigeunes d'avoir jadis abandonn le Christ? tait-ce une branche
des Indouwan Berber, que le Schah-Nam place dans les r-
gions Hyperborennes ? taient-ce des colonies transportes des
rives de l'Indus par les despotes de la Perse ? C'est aux historiens,
aux orientalistes discuter ces possibilits. La gographie des
peuples a fait son devoir ; elle trouve en Europe mme des tribus
qui paraissent tre la souche des Zigeunes ou Sintes ; elle se
tient ce fait remarquable , et n'est pas embarrasse pour expli-
quer comment ces petites hordes ont pu rester long-temps inaper-
ues au milieu de tant d'autres nomades et sauvages englobs
dans l'empire romain d'Orient. Ne se seraient-ils pas nomms
Roma , comme sujets des Romains? n'ont-ils pas pu errer dans
les marais de la basse Valachie? La petite Egypte , o ils disent
avoir form un tat , ne seraient-ce pas les environs de la ville
d'Aigypsos? Les Zigeunes, les Sintes, les Gypsies , les Tchin-
ganes ne peuvent-ils pas tre des tribus distinctes par leur dia-
lecte , leur origine spciale , leurs migrations locales ? C'est
surtout de ce point que nous engageons les savans partir pour
les recherches ultrieures.
ao* NOTES DU LIVRE VI.
ClUP. VI, page 16, ligne 2.
Sed ipsius peninsul inler P ontum et Motiin lacum... in Europa
didus. La Chersonnse Taurique, depuis Crime, et aujourd'hui
Tauride, s'avance, en effet, entre la mer d'Asow, qui en baigne
la partie orientale , et la mer Noire, qui se droule autour des
ctes ouest et sud. La partie mridionale en est extrmement
fertile: de belles forts, les oraugers, les citronniers, les vignes,
l'olivier, les plantes tinctoriales y croissent ou peuvent y crotre
avec uu peu de culture.
Les villes de Cpi, d'Hermonasse, de Phanagorie, devaient
leur fondation aux Grecs {Vojez Scyl., Pripl., p. 3i ; Amm.
Marc. , liv. xxn , c. 8 ; et Cate dans Et. i>e Byz. , art. $a,v&-
yopsiet). Nous ne dciderons point ici si c'est aux iens , aux
Poniens ou auxEoliens, qu'il faut en attribuer la fondation.
Du reste, nous remarquerons qu'il existait aussi une le de Pha-
nagorie (Voyez Et. de Byz., art. Tett/pijtn). Sur Hermonasse,
consultez Stuck sur Arrien, Priple du Pont-Euxin. Cpi,
ainsi nomme probablement par allusion la beaut et la ri-
chesse des paysages environnans , qui en faisaient comme le jar-
din du Bosphore, fut dtruite par les barbares du temps de Pro-
ope (Proc, Guerre des Goihs, liv. IV, c. 5).
Il est noter que toutes ces les se trouvaient dans le pays des
Siutes, et que mme ceux-ci possdaient sur le rivage dit de
leur nom Sindicus Portns.
Le nom d'Apatnros, 'A.'&tfovpo? de Strabon, et Appatura du
gographe de Ravenne , a fait penser aux Apaturies et la Vnus
'K.tsklovpos des Grecs , en latin Venus Dolosa.
Cimmerium , autrement Cerbcrium , a donn naissance au nom
de Bosphore Cimmrien, donn toute la contre environnante.
Le nom moderne de Crim ou Crime en vient certainement.
Quels liens unissaient les Cimmriens aux Kimri ou Cimbres
rpandus dans les plaines basses qui avoisinent la Baltique et le
nord? A quelle poque ces hordes errantes vinrent-elles s'tablir
sur les ctes de l'Euxin ? A quel degr de puissance parvinrent-
elles? Toutes ces questions , encore ensevelies dans de profondes
NOTES DU LIVRE VI. aoi
tnbres, ue peuvent tre discutes ici. nous devons seulement
prendre note de la parent qui unit tous ces peuples et des mi-
grations qui, incontestablement, amenrent ou les Cimbres du
Bosphore dans la Germanie, ou les Cimbres de la Germanie dans
le Bospbore. En vain des savans estimables ont pens que les
Cimmriens n'taient qu'un peuple imaginaire, et ont cru en
trouver une preuve dans le nom mme de Cerberium, videm-
ment mythologique, disent-ils. Qu'importe l'origine mythologi-
que d'un mot? un peuple superstitieux n'a-t-il pu placer dans
une ville relle le thtre de quelques-unes des fables qu'il se
plaisait raconter ? Le voyage d'Oreste en Tauride , la dlivrance
d'Iphignie, la statue vole au roi Thoas empchent-elles que la
Crime irait exist? et parce que quelques lgendes auront plac
sur une pointe de cetle pninsule le lieu o Hercule vint faire
voir le jour Cerbre , arrach des enfers , s'ensuit-il que le lieu ,
prtendu tmoin du prodige, soit aussi imaginaire que Cerbre
lui-mme ?
Chap. VII, page 16 , ligne i3.
A Cimmerio accolunl Motici... Spaleos. Les nombreuses peu-
plades ici numres par Pline, ne furent sans doute presque tou-
tes que des tribus nomades : il serait donc peu prs superflu de
vouloir rechercher soit leur origine et leur filiation, soit leurs
habitations. D'ailleurs, il est indubitable que beaucoup de ces
noms sont dfigurs ; les manuscrits de Pline mme ne s'accor-
dent pas sur la manire dont on doit les crire ; tmoin, pour se
borner un seul chantillon, la note 3i , page 6o4, tome il de
l'dition Lemaire. Ajoutons que Pline, copiant des auteurs de
diffrens ges, n'a pas toujours eu gard l'poque des rensei-
gnemens qu'il se bornait transcrire , et que de l rsultrent
certainement des doubles emplois. Ainsi Ton ne peut gure dou-
ter que ses Zingi ne soient les mmes que les Zigae.
Cependant , parmi ces peuples , nous remarquerons :
i. Les Serbes qui, s'avanant successivement vers l'est, s'ta-*
Mirent d'abord en Macdoine, o le nom de la ville de Servitza ,
atteste encore leur sjour, puis se fixrent sur les bords de la
ao/| NOTES DU LIVRE VI.
Morava et de la Drina. Le pays qu'ils occupent se nomme aujour-
d'hui Servie.
3. Les Sauromates Gyncocratymnes , Tvva.iKOKpct.1ov/iiSvot,
tribu sarmate, ainsi nomme probablement de ce que, pendant
quelques annes, elle obissait la veuve d'un chef pendant
l'enfance de son fils. Cette particularit, qui ne dut tre que
passagre, est sans doute ce qui donna lieu la dnomination
impose la tribu par les Grecs ; mais si le voyageur qui
fabriqua le nom de Gyncocratymnes ft pass une quinzaine
d'annes plus tard dans le mme pays, il est probable qu'il n'aurait
point retrouv de peuple gouvern par des femmes. Nous avons
parl dans d'autres endroits des Sarmates. Une des meilleures
preuves du peu de choix que Pline mettait dans la recherche de
ses renseignemens, est certainement ce nom ancien et fautif de
Sauromate qu'il donne au peuple sarmate, quand dj, depuis
long-temps, les auteurs romains avaient renonc cette vieille
orthographe, ainsi que l'apposition Amazonum connubia, quand,
depuis si long-temps , nul homme de sens ne croyait l'exis-
tence des Amazones.
3. Les Turcs , nomms aussi par Pomponius Mla et dont
quelques tribus s'taient ds-lors rpandues hors du Turkestan.
4. Les Ziges , Ziches et Zches des auteurs byzantins {Voyez
STIPTEU , Memori populorum , art. Zecchica), probablement
tribu circassienne, puisque zig en circassien signifie homme. Il
est probable qu'il ne faut pas confondre ces peuples avec les
Zigeunes ou Sintes , dont il a t question dans la note prc-
dente.
5. Les Auchtes , aujourd'hui Osstes , qui sont diviss en
plusieurs tribus , et habitent depuis les sources du Terek jus-
qu'aux branches septentrionales du Kour.
Cuap. IX , page ?o , ligne ig.
Armenia autern major... cingilur. L'Armnie, divise comme le
faisaient vulgairement les anciens en Grande et Petite Armnie ,
ne formait point une rgion naturelle. Quiconque veut se faire
des ides nettes sur les grandes divisions du globe , doit donc
NOTES DU LIVRE VI. ao5
laisser de ct cette distinction, et regarder comme synonyme
d'Armnie le mot de Grande Armnie.
Celle-ci, situe l'est de l'Euplirate , avait pour limites : au
nord , la ligne qui , partant du lia Ion mi (Bathys), au nord-est de
Gonieh , sur la mer Noire, remontait cette rivire et le Gour-
goro, suivait jusqu'au nord du lac Sbanga (Lychnitis) la chane
de montagnes qui forme le versant des eaux de l'Aras (Araxe) et
du Kour ( Cyrus) qu'elle longeait alors jusqu'au confluent de ces
deux rivires : la ligne qui, de ce confluent, remontait l'Aras,
jusqu'un peu au dessous de Nakhivan , et de ce point allait sui-
vre la chane de montagnes qui passe entre, les lacs de Van (Ar-
sissa) et d'Ourmiah (Spauta) pour aboutir au Tigre, un peu
au dessous de Mossoul , formait la limite septentrionale de l'Ar-
mnie et la sparait de la Mdie et de l'Assyrie. Elle avait au sud
la Msopotamie, dont elle tait spare par le Tigre et le mont
Taurus jusqu' l'Euplirate. Elle formait ainsi un quadrilatre ir-
rgulier, dont la plus grande diagonale avait cent quatre-vingt-
dix lieues du nord-est au sud-ouest, et la plus petite cent dix
lieues.
Quanta la Petite Armnie, situe l'ouest de TEuphrate,
elle se trouvait dans la Cappadoce , dont elle formait la lisire
orientale. Nous avons dit ci-dessus qu'elle contenait trois petites
provinces : l'Orbalisne , la Lanisne et la Mlitne. Dans la
suite, ces provinces furent portes quatre et mme cinq,
mais seulement par les modifications dans les circonscriptions
territoriales.
L'Armnie est actuellement partage entre les empires russe,
turk , persan, et quelques princes kourdes, soumis la domina-
tion ottomane. L'Armnie russe forme une partie du gouverne-
ment russe de Gorgie ; l'Armnie perse est comprise dans l'Iraq-
Adjmi , dont elle forme la partie nord ; l'Armnie turque se di-
vise en cinq pacbaliks ou grands gouvernemens , savoir : Akhal-
zikh , Kars , Erz-Roum , Diarbkir et Van.
Quant aux divisions des anciens , elles sont fort peu connues ;
cependant, en rassemblant les noms pars d'un ct dans les cri-
vains grecs et romains , de l'autre , dans YHist. armnienne de
Mose de Chornc , auteur du cinquime sicle, on est arriv au
aoG NOTKS DU LIVRE VI.
tableau suivant, qui peut jeter du jour sur les chapitres de Pline
que nous examinons en ee moment.
GRANDES DIVIS.
PROVINCES.
PETITES DIVIS.
SELON MOISfl
I.
Hadte Armnie,
sur
le haut Euphratc.
II. I
4 e Armnie,
lisire depuis Kars(
jusqu'
Diarbkir. I
III.
Alznia ,
sur le Tigre.
IV.
TuRNBERANIA ,
entre le Mourad
et le lac Van.
v.
Moca,
entre les provinces
m et iv, '
Carina.
jSpra. . .
Derzane.
Eklsia. . .
^Et 5 autres.
'Chorzne. .
Hasiiane.. .
Balahuwitia.
Zopha
Schadacha.
Hansita. . . .
Et 3 autres.
Arzne
Ncphercerta.
Et 8 autres..
Taron
Harkh
Corchorunia.
Reznunia. . . .
Et 1 3 autres.
Ishensis
Et 8 autres. .
'Corduza. . . .
VI.
Corze, 1 Atrovana. .
le nord \ Garthunisia.
du Kourdistan. I Albacia.
iEt 4 autres..
VII. .
Persarmnie, ) Maria
partie \ Zarchuwi-n. .
de PAdjcrbadjn. 'Et 7 autres..
DIVISIONS
GRECQUBSClROMAINES.
Caranitis.
Hispratis
Xerxne ou Der-
Akilisne
Inconnues
Chorzne
Astianne, Ansta-
nitis
Bolbne?
Sophne
Soducne ?
Asti'ne,Ansit(jne.
Inconnues
Arzanne
Incertaine
Inconnues
Tauranitium. . .
( Basilissne?).
Incertaine.
Inconnue..
Inconnues.
Moxone..
Isenchi
Incertaines
Gordyne , Cor-
dut ne
Atropatne propre
Gordynsi*
Inconnue
Inconnues. .
Marund .
Inconnue .
Inconnues.
NOMS MODERNES
CORRESPONDANT.
Erzeroum ( terri-
toire).
Isper , ville.
Au sud d'Erze-
roura.
Egklis.
Inconnus.
Kars.
Incertains.
Incertain.
Partie du Diarb-
kir.
Incertain.
Incertains.
Inconnus.
Arzen.
Meiafarikain ,
ville.
Incertains.
Taro.
Vers les sources du
Mourad.
Hali-Carcara.
Sur le lacdeVan.
Incertains.
Moucb, prs le lac
de Van.
Inconnu.
Inconnus.
Dans le Kourdis-
tan.
TAdjerbadjn.
le Kourdistan.
Albak, ville Schiacassne .
[Et 10 autres..
Colbophoria
Thrlia
Cangaria .. .
Taschira. . . .
Arlavania. ..
Zavachia . . .
El 3 autres..
Colba
Asurta
Y.l 6 autres..
Basnia
Arsarunia. . .
Siracia
Bagrvanda .
Vanandia . . .
Malaza
Et 4 autres.
Artaxata..
Coltcne. . .
Naxuana. .
Inconnues.
Inconnue .
Sibacne ?.
Inconnues
Incertaine..
Incertaine..
Incertaines.
Bagravandne..
Inconnue
Inconnues
Olne . . . .
Sacassne .
Van.
Ardjis ( territoi-
re ).
Incertain.
Incertain.
Nachtchiwan.
Incertains^
Siunikh , district
au sud-ouest du
lac Erivn.
Incertain.
Incertains.
Erivn , nomm
aussi Iran.
Mogban ?
Incertains.
Dansl'Adjerbad-
jn.
Dans TErivn.
Incertain.
Inconnues Incertains.
Gogarne ....
Gholobtne ?.
Incertaine. . . .
Gangara. . ,
Inconnue . .
Inconnue . .
Inconnue . .
Inconnues. .
Cholua. . . .
Surta
Incertaines.
Inconnue . .
Inconnue . .
Inconnue ....
Bagravandne.
Phannc?. . . .
Incertaine. . . .
Incertaines. . .
Gurgistn.
Inconnu.
Trialtie ( Gor-
_ g J )-.
Incertain.
Taschir (Gorg.).
Arlawand fGor.)
Zavach (Gorgie).
Incertains.
SurlehautKour?
Idem.
Incertains.
Pasin-Sufla.
Sur TAraxe, auN.
d'Eschmiazin.
Sur le Sanki.
Incertain.
Incertain.
Mlaskerd , ville.
Incertains.
ao8 NOTES DU LIVRE VI.
On voit qu'au lieu de cent vingt stratgies que Pline donne
l'Armnie, et dont Ptolme nomme vingt-une (Cf. Strabon
et Tacite qui en nomment aussi quelques-unes), Mose de Cho-
rne indique quinze grandes provinces et cent quatre-vingt-sept
sous-divisions. 11 nous est peu prs dmontr qu'il a mal class
les sous-divisions ; aussi tous les efforts choueront long-temps
encore dans l'explication de cette bizarre topographie ; mais les
rsultats choisis que prsente ce tableau peuvent mettre sur la
voie des rectifications , en montrant la correspondance d'un grand
nombre de circonscriptions. La Chorzne de Mose et de la plu-
part des anciens est probablement la Katarzue de Ptolme ;
mais il ne faut pas la confondre avec la Chorzane ou Choriazne
de Procope (de Mdif., il , 3; de Bello Pers., il, 2^) qui doit
tre tout--fait au midi de l'Armnie , ct de la Sophne
(Mannert).
Entrons maintenant dans quelques dtails topographiques.
I. Dans l'Armnie Mineure :
Nicopolis , primitivement Tphrice , dix-neuf lieues nord-
est de Novus, se nomme aujourd'hui Diniki. Elle avait t ainsi
nomme par Pompe , en mmoire de sa victoire (yUti) sur Mi-
thridate Synorie, l'an 66 avant J.-C. Dans la suite, Pharnace,
roi de Pont, remporta, prs de cette ville, une victoire sur
Domitius Calvinus, lieutenant de Csar.
Aza , ou plutt Gaza ou Gazaca , peut-tre colonie de la Gaza
mdique , aujourd'hui Tauris.
Pline aurait d, pour complter sa nomenclature , ajouter aux
trois noms qu'il donne :
Cabire ou Sbaste , aujourd'hui Sivas ;
Novus, aujourd'hui Hesen-Nov ou Kodj- Hassar ;
Synoria ou Sinibra , aujourd'hui Snarvier;
Satala, aujourd'hui Arzingan ;
Camaches , aujourd'hui Kamak.
II. Dans l'Armnie Majeure :
Arsamosate, au sud-ouest d'Artagicerta , tait une ville ex-
trmement forte (Tacite , Annales, liv. xv, n. 10). On l'appelle
aujourd'hui Simsat ou Simchat.
NOTES DU LIVRE VI. 209
[Les auteurs anciens varient sur la position de la ville d'Arsa-
niosate, et ce qu'on ferait pour concilierleurs sentimens , laisse-
rait encore quelque chose dsirer.
Un historien des Croisades (Aleert. Aquens, Hist. Hierosol.,
lib. 3, pag. 2-22) parle d'un chteau nomm Samusart, qui
tait situ auprs de ce fleuve, et qui parait ne pas devoir
tre distingu de la ville d'Arsamosate ; il ne doit pas l'tre
non plus de la ville de Ximxath , que les auteurs arabes met-
tent deux journes de Malatih vers l'Orient (Golius, in
yflfergan. , pag. 24.8). Ces autorits ne permettraient gure
d'hsiter sur l'endroit prcis o se trouvait la ville d'Arsamo-
sate , si elles pouvaient se concilier avec la Table de Peutinger
et l'anonyme de Ravenne.
Dans la Table, on voit une route qui va depuis l'Euphrate jus-
qu'au Tigre, dans cet ordre : Ad Aras, Thirtonia, Mahara,
Colchis, Corvilu, Arsinia, Coissa ; vient ensuite une station
considrable, qui n'est dsigne par aucun nom de ville : or,
c'est vraisemblablement cette station inconnue et place au-
prs du Tigre qui, dans l'anonyme de Ravenne, est appele
Arsamosate. Voici la route que cet auteur nous a laisse , et
qu'il prend d'orient en occident : Arsamosathi, Arsinia, Gor-
bilon , Choleis , Mazara , Thertoiiia. Il suivrait de l que la
ville d'Arsamosate tait auprs du Tigre, ou mme qu'il y
avait, en Armnie , deux villes du mme nom, l'une auprs
de ce dernier fleuve , et l'autre auprs de l'Euphrate. En atten-
dant que ce point de gographie soit clairci, j'ai cru qu'il
suffisait de placer la ville dont parle Polybe dans une des parties
mridionales de l'Armnie Majeure (Barthlemi).
Quant aux raisons qui nous ont fait prfrer Arsamorata
Armosta, le passage suivant, extrait du mme auteur, suffira
pour le faire apprcier.
En citant les monumens qui concernent la ville d'Arsamosate,
je n'ai pas fait usage d'une mdaille qu'on lui avait attribue ,
et qui se trouve dans le cabinet du grand-duc. Elle reprsente
d'un ct la tte de Marc-Aurle , et au revers ou a lu ce mot
APMOCAITTHNN, autour d'une figure d'Hercule.
T.* l4
V
ao NOTES DU LIVRE VI.
M. Spauheim et le pre Hardouin l'ont cite d'aprs Holstnius:
mais le premier, aprs l'avoir explique assez au long dans
l'dition du livre de Usu et prsiantia numismatum , qu'il donna
en Hollande en 1671, n'en a pas parl dans la nouvelle di-
tion, donne en Angleterre en 1706; et le second, c'est--
dire le pre Hardouin , qui l'avait cite dans l'dition in-4- de
son Pline, l'a dclare suspecte dans l'dition in-folio. Il y a
lieu de croire qu'ils s'taient repentis l'un et l'autre d'avoir
si lgrement ajout foi la citation d'Holstnius. La mdaille
qu'ils avaient d'abord attribue la ville d'Arsamosate , est,
selon toutes les apparences , une mdaille des Sattes , ville
situe dans la Lydie, auprs du fleuve Hermus; M. Vaillant
( Num grc. , p. 56 ) , qui l'avait vue dans le cabinet du
grand-duc , l'a dcrite dans le recueil qu'il a donn des m-
dailles frappes par les villes grecques : elle reprsente, au re-
vers de la tte de Marc-Aurle , une figure d'Hercule avec
cette lgende : En. AIA. HPKAANOY. APX. A. CAITTHNQN. EP-
MOC. En cbangeant la premire lettre du mot EPMOC, qui est
le nom du fleuve , et en le joignant avec celui de CAlTTHNftN,
qui est le nom de la ville, on avait fait APMOAITTHNnN , qui
marquait que la mdaille avait t frappe Arsamosate.
Sur la foi de ce monument , M. Spanbeim avana que la ville
d'Arsamosate devait s'appeler Armosate , et le pre Hardouin
mit Armosata dans le texte de Pline , au lieu d'Arsamote qu'il
avait trouve dans les premires ditions de cet auteur; ils
s'taient aussi appuys sur le fragment de Polybe, dans lequel
on trouve Armosata.
Le nombre des auteurs qui l'ont appele Arsamosate est beau-
coup plus grand, et ce sont des auteurs qui ont crit en diffrens
temps et en diffrentes langues : tels sont Tacite , Ptolme ,
l'anonyme de Ravenne, Denys, patriarche des Jacobites, cri-
vain du huitime sicle , et Aboul-Farage , qui vivait dans le
treizime; sur quoi il faut observer que les tmoignages des
deux derniers mritent d'autant plus d'attention , que ces deux
crivains ont vcu dans des pays voisins de l'Armnie , et que
le premier ayant t patriarche des Jacobites, et le second
primat de cette secte , ils ont d connatre mieux que personne
NOTES DU LIVRE VI. an
le nom d'une ville dont l'vque tait de leur dpendance. Il
parat donc qu'on doit plutt se dterminer pour le nom
d'Arsamosate que pour celui d'Armosate , moins qu'on ne
suppose que cette ville a port les deux noms la fois, comme
celle d'Artaxata qui, suivant Strabon ( lib. Il, p. 5a8), s'ap-
pelait aussi Artaxiasata ; mais alors il faudrait convenir qu'elle
a t beaucoup plus connue sous le nom d'Arsamosate que
sous celui d'Armosate. ]
Arcathiocerta , depuis Amide , Constantia du temps o l'em-
pereur Constance II la fit fortifier pour couvrir de ce ct la
frontire de l'empire; et aujourd'hui encore Amid, Kara-Amid,
Diarbekir, douze lieues sud-est d'Argne, et quinze sud-ouest
d'Artazierta , fut, dans le quatrime sicle, mtropole d'une pro-
vince particulire en Msopotamie. Les rois Sassanides de Perse
et les empereurs grecs s'en disputrent long-temps la possession.
Elle finit par tre prise par les Sarrasins sous Hraclius en 63g.
Tigranocertapa , ville de Tigrane (cerla en armnien signifiait
ville, et on doit remarquer la consanguinit de tous ces mots de
i karta, phnicien, cirt en africain, certa, armnien; 2 gherd,
ghard, persan , gorod, grod, grad dans les langues slaves , et peut-
tre hirt , kir, ker dans les idiomes celtiques), avait t fonde
par Tigrane , gendre de Mithridate, qui fit d'normes dpenses,
tant pour la construire que pour la peupler, et qui l'rigea en
capitale de l'Armnie. On la nomme aujourd'hui Cered.
Artaxata, anciennement capitale de l'Armnie sur un coude de
l'Araxe , six lieues sud-ouest de Tibium (Tvin) et douze lieues
est d'Armavria (Armavir), avait t btie par Artaxies , d'aprs
le conseil d'Annibal. Brle et rase par Corbulon , gnral de
Nron , elle fut ensuite rebtie par les ordres du prince, qui lui
donna le nom de Nronie. Elle n'existe plus aujourd'hui.
Nous ajouterons au trop court catalogue de Pline, qui, quoi
qu'il en dise , ne nous semble pas avoir fait grand usage des m-
moires de Corbulon,
Arze, soixante lieues est de Trapezonte, aujourd'hui Erz-
Roum;
Elegia, trois lieues nord-ouest d'Arze, aujourd'hui Ilija ;
( Voyez tome IV ).
14.
a la NOTES DU LIVRE VI.
Gymnias, sept lieues nord -ouest d'Elegia, aujourd'hui
Gennis ;
Theodosiopolis, sept lieues est d'Arze, aujourd'hui Hassan-
Cala ou Cali-Cala ;
Phasiane , aujourd'hui Pasiani ou Pasan ;
Hispiratis , vingt lieues nord-ouest d'Adranutzium , aujour-
d'hui Epira ;
Adranutzium, aujourd'hui Arnadoudji ;
Chorsa (d'o la Chorzne) , aujourd'hui Kars ;
Abnicum, dix-sept lieues ouest de Chorsa, aujourd'hui Anisi ;
Valarsapat, vingt-cinq lieues ouest de Chorsa, aujourd'hui
ksmiazin ;
Haxuana , trente-six lieues d'Artaxate , aujourd'hui Nak-
chivan ;
Signa, aujourd'hui Baiazid ;
Daudyana , dix lieues sud-ouest de Sigua, aujourd'hui
Diadine ;
Artagicerta (Artazera de MELA, liv. II, n. 102) , aujourd'hui
Ardis;
Charpote, treize lieues sud-ouest d'Artazicerta , aujourd'hui
Khar-Birt ;
Elegia (distincte de la premire ville de ce nom ) , sept lieues
sud-ouest d'Arsamosate , aujourd'hui Ilija ;
Martyropolis , dix-sept lieues nord-est d'Amide , aujour-
d'hui Miafarkin ;
Thospia, depuis Arzaniorum Oppidum, douze lieues sud-
est de Martyropolis , aujourd'hui Hesn-Keif.
Les fleuves Cyrus, Araxe et Arsanias ont, peu de lettres
prs , les mmes noms , et s'appellent aujourd'hui Kour, Aras et
Arsen.
Chap. XI , page 24. , ligne 9.
Planitiem omnem a Cyro usque.... Diduri et Sodii. L'Albanie se
nomme aujourd'hui Daghistan et Chirvan ; l'Ibrie , que l'on dis-
tingue de l'Espagne , 'Ij8/>/et des Grecs dans les temps anciens ,
par l'pithte d'Asiatique , est la Gorgie actuelle (dans laquelle
l'Imirtie ou Imireti rappelle le nom d'Ibrie) ; les autres petites
VOTES DU LIVRE VI. ai
contres limitrophes font partie de l'Aderbaidjan et du Mazend-
ran en Iran.
Rien de pins maigre que tout te que Pline dit de ces rgions
asiatiques, ainsi que de toutes les provinces qui ont t com-
prises dans l'empire mdo-persan , au del de l'Euphrate.
Dans l'Albanie, o il ne nomme que Cabalaca , autrement
Cabala, et aujourd'hui Kablas-Var, Ptolme cite une tren-
taine de villes parmi lesquelles Albana , Getara , Nias-Abad ou
Der-Bend, et Bakou tenaient le premier rang.
Dans l'Ibrie , outre Harmastis, qui ne peut tre autre qu'Har-
moza sur le Cyrus, et probablement dans le voisinage de la ville
actuelle d'Akhalzikh, chef-lieu d'un pachalik turco-armnien
( Voyez les notes sur les chap. IX et x) ; et Noris , dont on ne
connat pas la position, il et t propos de nommer
Zalissa , capitale environ quarante-cinq lieues nord-est d'Har-
mozica ;
Phryxus, depuis Ideessa , trente-huit lieues ouest de Zalissa
sur l'extrme frontire de la Colchide ;
Seumara , place forte sur l'Aragus, deux lieues nord d'Har-
mozica ;
Cumania, dont au reste il a parl chap. Il, et dont le nom
rappelle les Kumuks modernes.
L'Alazon n'a point chang de nom puisque celui d'Alazan ,
qu'il porte encore aujourd'hui, n'en diffre que par une Jetlre.
Chap. XII , page 24. , ligne 23.
Ab is sunt porl Caucasi , etc. Nous runirons ici tout ce
que nous avons dire d'utile sur le Caucase , considr comme
systme de montagnes et non comme rgion.
On sait que ces montagnes ont t clbres chez les anciens,
tant sous le rapport historique que sous le rapport mythologique.
La fable place sur leur sommet le lieu tmoin du supplice ternel
de Promthe ; et leur base la cour d'Ets et le thtre des
exploits de Jason ; l'histoire nous montre dans cette haute chane
la barrire qui sparait l'empire, romain de l'Asie Suprieure , efc
la civilisation d'avec la barbarie.
*
2i4 NOTES DU LIVRE VI.
Le nom mme de la montagne est aussi ancien que l'histoire.
Les opinions sur son origine et sur sa signification sont trs-
partages , l'explication la plus ancienne se trouve dans Pline.
Cet auteur drive ce mot du scythe Graucasus , qu'il explique
par blanchi par la neige. Le mot Caucase, actuellement inconnu
aux habitans de ces montagnes , drive vraisemblablement du
persan koh kf, c'est--dire le montKf , dont l'ancienne forme
parat avoir t kohkafsp. En Perse, toutes les hautes monta-
gnes, formant les limites du pays, sont encore aujourd'hui
appeles Kf. Pour exprimer la totalit des possessions du
m schah , on dit tout ce qui se trouve d'un kf l'autre. C'est par
cette raison que les gographes anciens , adoptant le nom
donn par les Perses ou Mdes qui frquentaient ces contres ,
ont appel Caucase , non-seulement la chane de montagnes
qui se trouve entre la mer Noire et la mer Caspienne , mais
aussi les hautes chanes de l'Afghanistan de l'Inde. Les Arm-
niens donnent cette montagne les noms de Kov-Kas , Kau-
kas et Kavkas. Les Gorgiens ont adopt dans leurs livres les
mmes dnominations , mais ordinairement ils se servent de
celle de Jal-Bouz , qui est turque , et signifie crinire de glace.
Les Persans appellent le Caucase Elbrouz , nom dsignant
des montagnes trs-leves qui forment des pics. LesNoga, les
Kumuks et autres tribus turques qui avoisinent le Caucase , le
nomment communment Jal-Bouz et Jedi- Jal-Bouz (les sept
crinires de glace) ; ils changent quelquefois ce nom en Jel-
Bouz (vent et glace). Ils l'appellent aussi Jeldis-Daghlas, ou
montagne des Astres. Une autre dnomination commune en
Gorgie est celle de Themi. {Dictionnaire gographique uni?.,
tom. il, 2 e part, pag. 6t4-)
En effet , le milieu de cette chane est d'une lvation telle,
que souvent les anciens l'ont compar aux Alpes sous le rapport
de l'lvation , comme les modernes aux Pyrnes , tant cause
de la situation dans un isthme trs-vaste , qu' cause des cour-
bures et des coudes frquens du fate. Le milieu du systme est
hriss de glaciers ou couvert de neiges ternelles (Voyez Gul-
DENSTEDt, Voy., I, 4^4 (en allem.); REINES, Description du
Cauc. , etc., I, 16 (ail.) : Cf. PkoC, Guerre des Goths. liv. IV.
NOTES jju JLivivjc vi. ai5
n. 3.) Une note officielle du nivellement baromtrique de la route
qui conduit de Mozdok Tillis, nivellement excut aux mois de
septembre et d'octobre 1818 par les officiers du corps des in-
gnieurs de l'arme russe, donne, entre autres rsultats, les
mesures suivantes :
Bords duTrek Mizdok (lat. 43 44' 5"). . . 81 7a toises.
Premire lvniion depuis Mizdok 160 3o
Montagne de la Cabardah 4 '{3 10
Kailonkhova ou Tchim infrieur j58 01
Ecroulemens de 1817 861 18
Stephantzmiuda ( lat. 4a ai' a" 7 ) 995 4
Ghergheti 1,029 57
Couvent de Sioni i,a64 4*
Kobi (couvent en ruines) 1,1 43 69
Montagne de la Croix 1,829 49
et il s'en faut de beaucoup que les points calculs soient les plus
hauts de la chane. M. Vichnevski porte 2,783 toises au dessus
du niveau de la mer l'lvation de l'Albordj.
La longueur gnrale du Caucase, depuis l'embouchure du
Kouban dans le Pont-Euxin , par quarante-quatre degrs latitude
nord et trente-cinq degrs longitude est jusqu'au cap Apchron
dans la mer Caspienne (quarante degrs vingt-une minutes lati-
tude nord et quarante-sept degrs trente minutes longitude est)
est de deux cent douze lieues , et, en ayant gard aux sinuosits
du fate , de deux cent quatre-vingt-dix. Treize versans ou bassins
principaux, dont sept au nord et six au sud, tablissent le relief
gnral du Caucase. Le plus important des dtails consigner ici
est la dviation de la chane vers le nord-ouest, l'instant o
il approche de la mer Noire ; au lieu de suivre la ligne ouest-
nord-ouest ou ouest-quart-nord-ouest qu'il affectait antrieu-
rement, il s'tend paralllement fw long des ctes de la mer
Noire, sparant ainsi les Abazes actuels, autrefois Abasci, de la
Circassie.
A l'occident , la haute chane se termine brusquement au nord
de la Mingrlie, par des montagnes escarpes, les monts C-
raunii des anciens ; celles qui sparent les Abasci des Cerctes se
nommaient Coraxici des Coraki leurs habitans. Enfin , un cap qui
2i6 NOTES DL LIVRE VI.
se projette dans la Circassie actuelle, si riche en bons chevaux ,
se nommait Hippici Montes, et porte encore aujourd'hui le nom
de Beeck-Tau.
Plusieurs passages ou dfils traversent le Caucase et condui-
sent d'Europe en Asie. Les modernes les plus exacts en comptent
trois ou cinq dans le Caucase occidental , sept dans le Caucase
central , et quatre dans le Caucase oriental. Sans entrer dans des
dtails qui, presque tous, furent inconnus Pline et aux anciens,
bornons-nous indiquer les quatre passes principales dont ils
font mention , et runissons ainsi dans cette note la plus grande
parlie des remarques que l'on pourrait faire sur le chap. xvil de
ce livre.
Les deux principaux passages du Caucase , dit Maltebrun ,
sont dsigns chez les anciens sous le nom de Portes Caspiennes
et Albaniennes. Le premier est sans contredit le dfil qui conduit
de Modot Tifls ; c'est l'troit vallon de quatre journes, o ,
selon Strabon, coulait la rivire Aragon, aujourd'hui Arakui
(Strab. , liv. xi). C'est, comme Pline dit, un norme ouvrage de
la nature , qui a taill une longue ouverture parmi les rochers,
ouverture qu'une porte de fer grille suffirait encore pour inter-
cepter (Plin. , lib. VI, c. 2). C'est le passage par lequel, selon
Priscus , les barbares du Nord menaaient galement l'empire ro-
main et celui des Persans (Prisc. , de Lgation., pag. 23; comp.
Proc, Vers., I, 20). Le chteau fort qui fermait ce passage re-
oit divers noms chez les anciens ; celui qui subsiste aujourd'hui
se nomme Dariel. Les Portes albaniennes des anciens seraient,
selon l'opinion commune, la Passe de Derbend, le long de la
mer Caspienne ; mais si l'on compare avec soin tous les indices
que nous ont laisss les anciens ; si on rflchit sur le silence qui
est gard dans les descriptifs de ce passage , l'gard de la mer
Caspienne ; si on se rappelle que Ptolme place expressment
les Portes d'Albanie prs les sources du fleuve Kasius , qui ,
d'aprs l'ensemble de sa gographie , est le Koisu ; si on observe
que le mme gographe place les Diduri voisins des usci, prs
des Portes Sarmatiques , et que ces deux tribus , sous les noms de
Didos et de Tusches, demeurent encore prs d'un dfil qui
passe par le territoire d'Ouma-Khan, le long de la frontire
NOTES DU LIVRE VI. 217
du Daghestan , et traverse ensuite le district de Kagmamcharie
(Lapie, Carte du Caucase, Annales des Voyages, XI 1), on res-
tera persuad que c'est l qu'il faut chercher les Portes Alba-
niennes ou Sarmatiques, jusqu'ici mconnues. Le nom de Portes
Caspiennes , appartenant en propre un dfil prs de Thran ,
dans l'ancienne Mdie , est appliqu par Tacite et quelques au-
tres anciens, diverses passes du Caucase. D'avec toutes ces
passes qui traversent la chane du sud au nord , il faut distinguer
les Portes Ibriennes, ou le dfil des Parapaux , aujourd'hui
Schaourapo , par lequel on arrive de l'Imirtie en Kartalinie ; d-
fil o , du temps de Strabon, on franchissait des abmes et des
prcipices , mais que les Persans , dans le quatrime sicle , ont
rendu praticable aux armes (Proc, Bell. Goih., pag. 600 ; Gui.r
DENSTEDT, lib. I, 3l40-
Chap. XIII , page 26, ligue ai.
Insul in Ponto Planct... pennamm iclu. Tout a t dit de-
puis long-temps sur les deux cueils nomms par les anciens
tantt les Cyanes , cause de la couleur bleutre des eaux
avec lesquels ils se confondaient; tantt Symplgades (2 v/f<5rAW-
y.S'ei), parce que, de loin, ils semblaient se runir et ne former
qu'un mme ilt ; effet naturel , que l'imagination potique des
Grecs ou la peur transforma en chocs brusques destins pres-
ser et craser les vaisseaux engags dans le passage ; tantt enfin
Plantes, c'est--dire errantes.
L'le Apollonia Thynias ne se trouve point sur les cartes, et
nul gographe ne fait mention d'une le du Pont qui porte ce
nom. Il est prsumable que Pline, en lisant le mot Thynias,
synonyme , ou peu prs , de Bithynienne , aura , par inadvertance
ou par prcipitation, cru qu'une le de la Bithynie ne pouvait
tre que dans l'Euxn ; car la Bithynie n'a de ctes que sur cette
mer. 11 n'a point song au lac Apolloniatide sur les confins de la
Bithynie et de la Mysie , lac au milieu duquel tait une ville
d'Apollonie , sise sur une le laquelle elle donnait son nom.
L'Apollonia Thynias n'est probablement pas autre chose que
cette le.
ai8 NOTES DU LIVRE VI.
L'ile Chalcritide, selon Hardouin, aurait t ainsi appele du
nom mme des oiseaux auxquels il donne celui de yjLXKhpns.
Mais qu'est-ce que les Chalcres? Il est bien plus probable qu'il
s'agit ici d'un ilt dans lequel les Grecs virent ou crurent voir
du cuivre. Quant au nom moderne de l'le, il faudrait commencer
par s'assurer de la position exacte de Pharnacie, et probablement
d'ailleurs il n'est ici question que d'un ilt ou d'un cueil abso-
lument sans importance. On ne conoit gure comment Pline,
qui passe sous silence tant de lieux remarquables , transcrit aussi
religieusement le journal des Argonautes.
Chap. XIV , page 28 , ligne 5.
Nunc... Rfphccos montes transcendt animus... Hc usque ad Cas
pium et Ujrrcanium mare. Ce paragraphe , d'une insignifiante
brivet , est , de plus , rempli d'erreurs et de confusion. On ne
peut approuver tout au plus que la manire rapide et nette dont
il dessine et jette la presque totalit des mers autour des ctes.
En runissant par la pense ce qu'il dit ici ce qu'il a nonc
prcdemment sur les mers occidentales, nous voyons la mme
masse d'eau entourer tout le continent connu , et prendre succes-
sivement , selon les quatre points du monde qu'elle parcourt ,
quatre noms divers : Atlantique, le long des ctes occidentales
d'Europe; Scythique, au nord de la Scythie, tant europenne
qu'asiatique; Oriental, l'orient; enfin, Indique ou Indico-
Africaine, le long des ctes de l'Inde, de l'empire perse, de
l'Arabie et de l'Afrique mridionale : mais c'est tort que notre
auteur se reprsente , comme tous les anciens , l'ocan Scythique
courant un peu au nord de la mer Caspienne , dont (comme nous
le verrons dans le chapitre suivant) on prenait la plus grande
longueur de l'ouest l'est, pour le rabattre rapidement du nord
au sud, et revenir ensuite vers l'ouest ; car, quoiqu'il ne marque
pas expressment les dimensions de chaque ocan, qui peut dou-
ter que, s'il eut souponn l'immense tendue de toute cette cte
Norvgienne, Russe, Sibrienne, Mantchourienne , Chinoise
et Indochinoise , qu'il faudrait suivre pour revenir par le nord
et l'est l'embouchure du Gange, il n'et employ une , et mme
NOTES DU LIVRE VI. a 19
plus d'une, de se expressions favorites : irnmenso undarum amlitu,
immenso litorum et sinuum flexn, etc. ? La suite d'ailleurs nous fera
voir clairement jusqu' quel point Pline, comme tous ses con-
temporains, ignoraient les vritables proportions et la grandeur
de l'Asie, tant au septentrion qu' l'orient.
De plus, remarquons,
i. Que les monts Riphes ou Rhipe , comme les appellent
les auteurs les plus anciens, Eschyle, PindareJ, etc. , n'avaient ja-
mais eu d'existence que dans la fabuleuse imagination des potes ;
que probablement le nom de Rhipe lui-mme n'tait qu'un mot
gnrique dsignant, dans quelque idiome barbare, toute cime
ou chane de montagnes ; que tour tour le Balkhan , les rgions
o nat le Danube, les Alpes, les Pyrnes, les monts Hercy-
niens, le Taurus mme et le Caucase , ont t dcors de ce nom,
que sans cesse le progrs des connaissances forait relguer
plus au nord avec le cortge de fables qui l'avait toujours ac-
compagn. ^
2 . Qu'il faut en dire autant des Hyperborcns, ce peuple si
heureux, si riche, si sage, si merveilleusement couvert du
froid, quoique situ sous le ple, puisqu'il avait un jour de six
mois. Plac au pied des monts Riphes qui, selon la plaisante
physique du temps, le prservait des vents glacs du nord , il de-
vait suivre en tout le destin de ces montagnes ambulantes. Hro-
dote, dit Malte Brun , regrette beaucoup de n'avoir pu en dcou-
vrir la moindre trace. Il et bien voulu demander de leurs
nouvelles leurs voisins les Arimaspes , gens trs-clairvoyans ,
quoique n'ayant qu'un seul il; mais on ne sut pas plus lui indi-
quer la demeure de ceux-ci (Hrod., liv. IV, n. n).
3. Que les Scythes qui , selon toutes les apparences , avaient
rempli de leurs tablissemens toute la moiti septentrionale de
la Russie actuelle , entre le Danube et le Tanas , et mme quel-
ques contres de l'Asie, puisque les Macdoniens d'Alexandre
en rencontrrent au dessus de la Colchide et de Tlbrie , avaient
disparu de l'Europe vers le temps de Mithridate qui , aid des
Roxolans, des Iazyges et des Bastarnes, anantit leur puissance
et fora leurs faibles restes se disperser ou se retirer dans le
nord-est. Toutes les qualits physiques donnes par Hippocrale
?20 NOTES DU LIVRE VI.
aux Scythes, se retrouvent chez les Permiens , les Finnois, et
autres peuples des gouvernemens d'Archangel, de Vologda, etc. ;
de plus, tous ces peuples sont nomms Tchoudes par les Slaves.
Or les Gtes et les Daces, de qui il est probable que les Grecs
apprirent l'existence des Scythes, parlaient indubitablement une
langue slave. On peut donc aujourd'hui regarder comme certai-
nes, et l'existence d'un empire scylhique dans la Russie mridio-
nale, du VI e au i er sicle avant J-C. , et l'anantissement de cet
empire par Milhridate. Hrodote a nomm, avec une exactitude
rare pour un temps si recul , les tribus principales de la race scy thi-
que ; Thucydide, Diodore de Sicile, Justin, Slrabon, en font men-
tion dans la gographie et dans l'histoire. Mais, partir de cette
poque , tous les crivains qui mettent de la prcision dans leurs
rcits ne nomment plus dans ces rgions que les Iaxamates, les
Iazyges , les Roxolans, etc. ; partout le nom de Sarmates ou de
hordes sarmatiques a remplac le nom de Scythes : et ce n'est
que par une trange confusion des temps et des races que Pline,
Mla et d'autres mlent encore les vastes espaces entre la Bal-
tique et l'Euxin avec les noms des Budini , des Geloni , des
Scythes, Basilides, Arotres , autrement Georgi, ou cultiva-
teurs.
Nous avons indiqu plus haut (page ?o4 ) ce que pouvaient
tre les Amazones.
Les Cimmriens, dj aperus dans la Tauride , ne figurent l
probablement que parce que l'crivain trancrit par Pline les aura
dplacs et transports un peu au nord-ouest : l'auteur latin,
sans chercher lequel des deux avait raison, aura conclu en met-
tant des Cimmriens dans la Pninsule et hors de la Pninsule.
Le cap Lytarmis est le Domnes-Ness et le Carambucis parat
rpondre au Nimen.
Chap. XV , page 3o , ligne 4-.
Nam et irrumpit e Scyihico Oceano in aversa Asi , elc. Peu de
points en gographie ont donn lieu plus de discussions que la mer
Caspienne. Sa grandeur extraordinaire (nul lac au monde ne l'gale
en surface , mme ceux de l'Amrique septentrionale) ; la multipli-
NOTES DU LIVRE VI. a a r
cit des nations , tribus et hordes errantes qui ont camp ou qui
campent sur ses bords, et par suite la multiplicit des noms par
lesquels on la dsigne; les erreurs de tout genre auxquelles ont
donn lieu et sa configuration , et sa dimension , et sa direction
et ses communications, soit extrieures et visibles, soit souter-
raines avec l'ocan scythque ou avec le Pont-Euxin ; la qualit
ainsi que l'immense quantit de poissons qu'elle fournit (quinze
cent mille terlets pris en un an ont valu un million de roubles) ;
enfin la masse d'eaux qu'y roulent sans cesse des fleuves im-
menses , tout a contribu exciter la curiosit mme des per-
sonnes les plus trangres la gographie sur cette mer sin-
gulire ; et il est certain qu'une monographie consacre l'exa-
men des questions qu'on a souleves sur elle pourrait intresser
des gens du monde.
Parlons d'abord des noms qu'elle a ports : mer Caspienne (en
latin mare Caspium) , et dans la partie voisine de l'Hyrcanie ,
mer Hyrcanienne* Le premier de ces noms' venait sans doute de
kasp, montagne, nom donn au Caucase. Les Arabes du moyen
ge lui donnaient les noms de mer des Khasoars ou Khazars , mer
de Djordjan , mer de Dilem, mer de Ghilan, mer de Thabaristan
et mer de Bakou. Les historiens chinois du temps de J.-C. l'ap-
pelaient Si-Hai ou mer Occidentale ; les annalistes' russes du
dixime sicle la connaissaient sous le nom de Cuavelinskoe ou
Khvalinskoe more, d'aprs les Khvalisses, peuple qui habitait
aux bouches du Volga. Dans les cartes du moyen ge , une po-
que que nous ne pouvons fixer, on voit le nom de mar di Sala
que Wahl {Asien., i, 679, etc.) veut traduire par mer de Sel :
peut-tre vaudrait-il mieux attribuer l'origine de cette dno-
mination la ville de Sara ou Sara, capitale du Kaptchak, men-
tionne par Pegoletti (Itin.) et dsigne quelquefois par le nom
de Sala. On lui donne aussi le nom de mer d'Astrakhan. Les dif-
frentes tribus turques qui vivent sur ses bords l'appellent com-
munment Kosghoun Denghizi , dnomination que l'on traduit
de diverses manires , dont nulle ne donne de sens raisonnable.
Les Persans la connaissaient sous la dnomination de Kolzoum ,
et les Turcs sous celle de Bahri-Ghouz ou Bahri-Ghaze. Chez
les Armniens, elle porte le nom de Gasbits-Dzov , et chez le*
222 NOTES DU LIVRE VI.
Gorgiens ceux de Kaspis-Sgva (mer Caspienne) et de mer de
Daroubandi ou Derbend. Le plus curieux cependant de tous ces
noms divers est celui que l'on trouve dans le Zend-Avesta,
Tchekaet Daeti, c'est--dire la grande eau du jugement Est-ce,
dit Malte Brun, que le dluge de No, si fameux dans l'Orient,
aurait quelque rapport avec les affaissemens qui ont pu con-
courir la formation de la mer Caspienne :'
Cette mer est situe entre 36 4o' et 47 20' de latitude nord,
et entre 44 et ^2 de longitude est , et s'tend mme jusqu'
54, si l'on y comprend le lac amer de Kouli-Deria ou Adji-
Kouassi, qui communique avec elle par le dtroit de Karabo-
ghaz. Sa longueur, du nord au sud , est de deux cent soixante-
cinq lieues, et sa largeur moyenne de soixante-cinq soixante-
dix lieues.
Quant l'tendue et la forme de la mer Caspienne , on ne
peut se figurer combien d'erreurs elle a donn lieu. Pendant
trs-long- temps on a cru que la plus grande longueur devait se
prendre de l'est l'ouest , et toutes les cartes du dix-septime
sicle nous montrent la mer Caspienne de cette direction. Ce ne
fut qu'au dix-huitime sicle , quand la possession de la ville
d'Astrakhan et les vastes projets politiques de Pierre- le-Grand
attirrent enfin l'attention des Russes sur cette mer , qu'enfin
des bauches encore grossires , mais dj bien suprieures tous
les anciens travaux, commencrent rectifier les ides sur ce
point.
Cependant de savans dfenseurs des anciens ont cru pouvoir
justifier leurs ides sur la mer Caspienne en admettant des modi-
fications considrables dans son tendue : Il n'est plus douteux,
dit l'auteur de l'art. Caspienne , dans le Dictionnaire universel
gographique , que la mer Caspienne a t anciennement beau-
coup plus tendue. Pallas a mme cherch prouver que, vers le
nord , elle se prolongeait cent vingt-cinq lieues de plus ; qu'elle
se runissait l'est la mer d'Aral , et l'ouest la mer d'Asof ,
l'endroit o coule actuellement le Manyteh. Guldenstedt ajoute
que , vers l'embouchure de la Kouma et du Trek , elle devait
couvrir une tendue de cinquante lieues : mais qu'ensuite la
quantit d'eau apporte par les fleuves ne suffisant pas pour cou-
NOTES DU LIVRE VI. aa3
vrir un espace aussi considrable en raison de la quantit qui
s'en perdait par l'vaporation , les eaux s'taient retires dans
leurs limites actuelles. Les observations rcentes faites par les
voyageurs russes , qui ont visit les contres situes l'est de la
mer Caspienne , donnent lieu de penser que cette mer tait autre-
fois beaucoup plus tendue de ce ct , et que la mer d'Aral en
faisait partie. Le desschement graduel des lacs et des rivires
dans la partie occidentale de l'Asie moyenne donne beaucoup de
probabilit cette supposition; en effet, M. de Mouravier a re-
connu les anciens bords de la mer Caspienne , entre les ctes ac-
tuelles et la pointe mridionale de la mer d'Aral. Le Djn-
Deria, ou le bras mridional et le plus fort des trois par lesquels
le Sir (Iaxartes) se jette dans ce lac, a sch depuis dix ans, et
le Kouvan-Deria , formant le bras du milieu, a diminu consid-
rablement en cent ans. Les environs de l'Aral dmontrent claire-
ment que les bords de cette mer se sont rtrcis , et que les sa-
bles mouvans contribuent puissamment lui faire perdre de sa
surface. Les mmes observations ont t faites pour les lacs de
la Baraba , contre de la Sibrie occidentale. Ces faits prouvent
que les auteurs anciens n'avaient pas tort de donner la mer
Caspienne une tendue beaucoup plus grande de l'ouest l'est
qu'elle ne l'a de nos jours, et de ne pas parler de l'Aral , qui ,
en effet , n'tait , de leur temps , que la partie orientale de cette
mer. Du temps d'Hrodote , le bras principal du Sir, qu'il appelle
Araxe, tombait dans la mer Caspienne ; trente-neuf autres bras
de ce fleuve se perdaient dans des marcages qui , vraisemblable-
ment, ont sch, et qui font partie de la Steppe des Kirghiz.
C'est donc un espace gagn par les sables sur la partie de la mer'
Caspienne devenue plus tard l'Aral.
Cette mer est, de tous cts, entoure par la terre, et ne
communique avec aucune autre, malgr l'opinion de quelques
naturalistes , qui lui supposent des communications souterraines
avec la mer Noire ou mme avec le golfe Persique.
Ces raisons , que nous ne prsentons en dtail que parce
qu'elles sont fortes , et peuvent sembler de nature entraner la
conviction , ont t au moins branles par des argumens non
moins solides, desquels il rsulterait qu'admis de grandes modi-
124 NOTES DU LIVRE VI.
fications dans la mer Caspienne, ces modifications remonteraient
sinon une poque antdiluvienne , au moins une poque ant-
historique , et que, trs-certainement la mer Caspienne, l'isthme
Caucasien et la Tatarie avaient, au temps d'Hrodote comme
de Ptolme, leurs formes actuelles. Maltebrun (Prcis de Gogr.,
tom. ni , pag, 296 et suiv.) a donn un excellent rsum de toute
cette discussion.
La communication de la mer Caspienne avec l'ocan Scythique
ou Glacial, est une nouvelle erreur, et n'eut d'autre fondement
que l'ide alors en vogue parmi les gographes du voisinage de
ce mme ocan. En Europe , ce que l'on connaissait de la Balti-
que passait pour tre la partie mridionale de cet ocan Scythique.
Quoi de plus naturel que de conclure de l qu'en Asie, peu
prs la mme latitude , s'tendait le mme ocan , et que la
mer Caspienne n'en tait qu'un golfe.
C'est tort que Brottier et Hardouin ont introduit dans le
texte Oxi au lieu de Zoni. Oxus est bien le nom ancien vulgaire
du fleuve dont veut parler notre auteur. Mais le Zonus, lvot,
dont le radical prsente si videmment le mot indigne Ozioun,
Djioun (vulgairement et tort travesti par les Europens en
Gihon) est trs-curieux et doit tre prcieusement conserv dans
le texte.
Chap. XV , page 32 , lign 3.
Hinc Nomades... Amazones Sauromatides. Dans la premire
phrase de ce passage sont probablement indiques trois races,
savoir :
i. Par Nomades, des Kalmouks ou des Mongols , les ou-
lousses de cette race ayant de temps immmorial plant leurs
cabanes et fait errer leurs troupeaux dans les steppes entre le
Volga et le Don;
2 . Des Sarmates ;
3. Des Tatars , car nul autre peuple trs-nombreux , c'est--
dire divis en nombreuses tribus, ne parat, aprs les deux que
nous venons de nommer, avoir occup ce pays.
Les Udini, qui paraissent ensuite, peuvent faire penser aux an-
ciens Budini d'Hrodote. Peut-tre cependant faudrait-il cher-
NOTES DU LIVRE VI. 2*5
cher l'origine de ce mot dans le slave vod, voda, eau , en raison
de la position maritime de la peuplade accule en quelque sorte
dans la pninsule d'Abakansko, et presque partout cerne par
les flots de la mer Caspienne.
Les Utiderses , dont le nom s'est dj rencontr liv. IV, n. 1 1
et 25, Adorses de Tacite (Ann., liv. XII , n. i5); et Aorses de
Strabon (liv. XII , 778) et des autres auteurs; et que l'on nous
reprsente comme une nation extrmement remarquable , puis-
qu'ils pouvaient mettre jusqu' vingt mille hommes sous les
armes , et qu'ils entretenaient d'ailleurs des relations commer-
ciales suivies avec les Armniens et les Mdes : les Utiderses ,
dis-je, occupaient, le long des ctes septentrionales de la mer
Caspienne, absolument les mmes contres que celles o Denys
le Prigte place les Ouni , parens des Chuni Borysthnites de
Plolme (Rommel, Kankasus,-. 68), et probablement des trop
clbres Huns ou Hiong-Nous. Or, aior signifiait hommes dans la
langue des- Scythes, et il ne parat pas que le nom des Huns ait
eu d'autre sens. Ces considrations ont fait souponner ( un peu
lgrement , selon nous) que les Utiderses appartenaient la
grande nation hunnique.
Chap. XVI , page 34 , ligne 8.
Namque Persarum rgna, qu, etc. Pline, ayant pour but de faire
le tour de l'Asie , absolument de la mme manire qu'il a fait
celui d'Europe , et s'imaginant , comme nous le verrons , que le
continent Asiatique se terminait un peu au nord de la mer Cas-
pienne, et un peu l'est des Indes, va nous faire parcourir les
provinces septentrionales de l'ancien empire mdo-persan, don-
nera une nomenclature aussi complte qu'il le pourra des peu-
plades du monde barbare, dont il ne souponnait pas l'tendue,
et qui comprenait la Tatarie, la Mongolie, la Kalmoukie et la
Sibrie, s'appesantira sur le peu qu'il connat de l'Inde ; et enfin,
revenant l'occident par les ctes mridionales de ce mme em-
pire perse , par lequel il commence sa longue excursion, il nous
amnera dans l'Arabie, d'o il passera en Afrique pour revenir
au dtroit de Gades.
v*. i5
a 26 NOTES DU LIVRE VI.
L'empire part lie, ou monarchie persane des Arsacides , con
tenait la plus grande partie des provinces qu'avait possdes, au
temps de sa plus haute puissance, la dynastie achmnide (d'o
cette espce de parenthse , qu nunc Parthorum intelligimus) : il
faut en excepter seulement l'Asie Mineure, l'Egypte, la Syrie et
partie de l'Armnie. Nous croyons donc tre utile eu plaant la
tte des notes sur cette grande rgion , le tableau de ses divisions
principales, moins les quatre pays que nous venons d'excepter.
Babylonie. i
Assyrie > aujourd'hui la Turquie.
Chalde )
Perside
Drangiane
c ? l'Iran ou Perse occidentale,
ousiane
Partacne
Carmanie
Gdrosie
Paropamises
Arachosie
Parthie
Bactriane
Sogdiaue ^ l'Iran.
Hyrcanie
Albanie
Chap. XIX, page ^.2 , ligne 2.
Ultra sunt Scyiharum populi.... Tazala. Pline dbute encore
par une erreur. Il est visible qu'il ne s'agira pas uniquement des
hordes scytbes dans tout ce qui va suivre , et qu'il entassera ple-
mle des Mongols, des Tatars , selon qu'ils se rencontreront dans
les auteurs qu'il compulse , et comme en effet les rencontrait le
voyageur.
Ligne 3.
Sacas.... appelavere. Les Saces (Voyez Asiedt d'Anville, pre-
NOTES DU LIVRE VI. 227
mire feuille, et Asie de Walb ,1,417) habitaient dans le canton
de la Boukharie , encore aujourd'hui nomm Sakita. C'est ce que
confirme le prsent passage de Pline ; car o trouver mieux que
dans la Boukharie des voisins barbares aux Perses civiliss?
Chap. XIX , page 4-2 , ligne 4*
Aramos. Le nom d'Aramens est videmment le mme que
celui d'Arimas donn par Homre aux peuples du nord, et d'Aram,
anciennement consacr dsigner la Scythie. 11 est probable que ce
nom avait une signification gnrale telle que les peuples du midi
s'en servissent naturellement pour indiquer leurs voisins du
nord. Le mot Arimaspe n'est pas autre chose que ce mme mot
Arim ou Aram, joint la dsinence asp, si frquente chez les
anciens Persans (de l les noms de Gustasp , Lohrasp , Hystaspe :
asp dans l'ancien zend ou le pelhvi signifiait cheval, et pro-
bablement les Persans , l'exemple des Grecs , pour qui c'tait
affaire majeure que d'avoir le radical hipp.... dans leur nom, re-
gardaient comme noble et distingu un nom termin par le radical
asp).
Ligne 7.
Massagetce. Massagtes signifie Grands Gtes. Leur demeure
principale tait au del du Jaxarte ( Iak) et dans le voisinage des
marais qui forment les bouches du fleuve. Le nom propre de Gt
est demeur une vaste contre qui s'tend jusqu' la Srique.
Ligne 8.
Dah. Les Dahes, au sud de l'Astabne, en Hyrcanie.
Essedones. Les Essdons ou Issdons, au nord-est des Saces
(Ptol. , 1. vi), et vis--vis des Massagtes (HROD., 1. 1 , n. 201),
vivaient, dit-on, sur des chariots (esseda), ainsi que l'indique
leur nom. Si, comme l'affirme Elien (Hisi. des animaux , liv. ni,
n. 4) 1 ils occupaient le mme pays que les Myrmides (ces fabu-
leuses fourmis indiennes occupes ramasser de l'or), il faudrait
placer leur demeure dans l'Igour, et vers les monts Alta.
Ligne 9.
liisti , Edones. Les Histes et les dones , dont il est parl
i5.
aa8 NOTES DU LIVRE VI.
plus bas, n'ont probablement d'existence que par la dcomposi-
tion vicieuse du mot Histiedones en Histi et Edones , et par un
double emploi , qui , malgr la trs-lgre diffrence des noms
Histiedones et Issdones , n'a point t souponn par Pline.
Chap. XIX , page 42 , ligne 9.
Euchat. Les Euchatae ont t placs par d' Anville Koten ,
dans la Petite Boukharie. Mais on peut aussi souponner qu'ils
occuprent une valle de l'Himmalaa vers les sources de l'Indus ,
au milieu d'un pays nomm Cathai , c'est--dire dsert. ( C TlE-
FENTHALER , et WALH , Hindostan, II , 4&4 , 4-74-
Chap. XX , page 44 1 ligne 7.
Ideo juxta vast solitudines , ferarumque mullitudo , etc. On
regarde en effet l'Asie centrale comme un foyer d'o nombre
d'espces animales se sont rpandues dans les contres environ-
nantes. D'une part on y retrouve beaucoup d'animaux fourrure
de la Sibrie : l'hermine, la zibeline, l'cureuil stri, la loutre
qui fourmille sur les bords des lacs si frquens dans la Kalmou-
kie , et le porte-musc, amant des vastes solitudes ; de l'autre se
voient le chameau deux bosses , le kousau ou ne sauvage , le
cheval sauvage , nomm takia chez les Kalmouks , et iahi chez
les Mantchoux ; le djiggeta ou hermine , qui erre par bandes
innombrables dans le dsert de Kobi ; l'iak , ou buf grognant
sauvage (vacca grunniens de Gmel. Nov. comm. Pelr. , v , tab. 7),
remarquable par sa queue de cheval , ses cornes tournes en ar-
rire et son long poil soyeux ; enfin , au milieu de ces herbi-
vores inoffensifs se reconnaissent aussi des espces froces et re-
doutables : l'ours brun et noir, le karakal (proprement kara-kulak,
c'est--dire oreille noire. Voyez Gdldenstedt , No*, comm.
Petr., XX, p.5oo), le manoul, le korsak, le karagan, l'irgis ou
lynx blanc , l'once , et mme , selon quelques auteurs , le tigre.
( Cf. GEORGI , Russie , tom. IX , p. i64g SlEVERS , Lettr. sur la
Sibrie, dans les Nouveaux Mm. du Nord; P ALLAS, Act. Peirop. ,
1777 ; Noue. Mm. sur le Nord, II, 6, etc.)
NOTES DU LIVRE VI. a 29
Chap. XX , page 44 > ligne 9.
Usque ad fugum incubons mari quod vocant Tobin. Ce prtendu
promontoire , cens terminer l'Asie au nord-est , et , si l'on
fait attention aux expressions de Pline , peu prs dans le pays
des Igours , a t suppos par les gographes anciens, par suite
de la fausse opinion qu'ils avaient, sur le voisinage de l'ocan
Septentrional, opinion fonde, tant sur le cours des rivires que
sur la vue du lac Palcati-Nor. Le mot Tabis est probablement
identique au mot mongol Daba, qui signifie montagne en gn-
ral ; peut-tre quelques-uns le rapprocheront-ils de Tibet.
Ligne 20.
Primi sunt hominum, qui noscantur, Seres... et Ciconas dixere, et
Brjsanos. La Srique ou pays des Sres est extrmement remar-
quable en ce qu'elle forme la limite des pays intrieurs de l'Asie
visits par les anciens. Aussi , depuis deux mille ans , n'a-t-on
cess d'en parler et d'accumuler sur le compte de cette contre,
et les disparates et les erreurs. Ptolme , tablissant arbitraire-
ment ses longitudes d'aprs un itinraire des caravanes mar-
cbandes , la porta infiniment trop Test. De l les ides exagres
des anciens sur l'extrme loignement oriental des Sres. De l
aussi les opinions errones des modernes qui ont t chercher les
Sres jusqu' la Chine.
Avant d'aller plus loin cependant, il est ncessaire de distin-
guer deux Sriques , l'une dans la partie mridionale du Dckhan,
et peu de distance de Ceilan , l'autre , dans le nord de l'in-
doustan et s'avanant mme au nord des montagnes qui servent
de barrire la pninsule Indoustanique.
La fausse opinion d'Eratosthne sur l'existence d'un ocan
Oriental o le Gange allait se perdre , n'avait pas tard tre
combattue. Hipparque (Strab., lib. 1) , prs de cent cinquante
ans avant J.-C. , soutint que la mer des Indes , qu'il tendait
jusqu' la Chine, ne communiquait point avec les autres mers,
et que le Gange y terminait son cours dans un golfe particulier.
Aprs l'embouchure de ce fleuve , au lieu de remonter la cte
a3o NOTES DU LIVRE VI.
de l'Asie au nord, comme Eratosthne le faisait, Hipparque la des-
cendait au midi, et la ramenant l'ouest jusqu' ce qu'elle joignt
les rivages orientaux de l'Afrique , il formait de la mer Erythre
un vaste bassin entour dans toute sa circonfrence et isol de
toutes les autres mers.
Quoique ce nouveau systme , n Alexandrie , adopt par
Marin de Tyr et soutenu par Ptolme ( Gog. , lib. Vil , cap. 3-5 ;
Goss. , Gog. des Grecs analyse) , ne ft qu'une erreur substitue
celle d'Eratosthne , il ne prsente pas moins la certitude
que les peuples qui , alors , naviguaient le plus dans l'Inde , reje-
taient toute ide , tout rapport qui semblait annoncer qu'on tait
parvenu jusque dans un ocan Oriental, c'est--dire dans les
mers de la Chine et du Japon ; et il en rsulte qu'il n'existait ,
parmi ces peuples , aucune relation authentique , aucun itin-
raire qui donnt connaissance des pays situs au del des ctes
occidentales du royaume de Siam. Au temps de Ptolme , le
terme le plus loign de la navigation des Grecs et des Romains,
dans ces parages, tait Thin et Catigara, connues maintenant
sous les noms de Tana-Sriin et de Chligua.
Les changemens faits cette poque par les gographes , dans
la direction qu'ils supposaient aux ctes mridionales de l'Inde ,
n'influrent point sur la disposition donne par leurs cartes aux
contres situes au nord de la chane du Taurus. Ces monts y
conservrent dans toute leur tendue la latitude du trente-
sixime degr environ, qu'ralosthne leur avait assigne; et
la Srique resta place la mme hauteur qu'elle avait occupe
jusqu' ce moment, c'est--dire que Marin de Tyr et Ptolme
la laissrent sur les confins immdiats de l'Inde , au nord de cette
contre et l'orient de la Scythie. Seulement, au lieu de dter-
miner la Srique au levant par la mer, ils ajoutrent, vers cette
partie du monde, des terres inconnues qui firent rentrer la Sri-
que dans l'intrieur de l'Asie, et ds-lors l'ocan Oriental,
l'ocan Srique, l'ocan Scylhique, ainsi que les promontoires
imaginaires, dont on avait suppos l'existence, disparurent de
leurs cartes.
Ce nouveau plan n'tait plus aussi hypothtique que celui
d'Eratosthne ; il tait fond sur les indications et le rapport des
NOTES DU LIVRE VI. i
voyageurs. Les Grecs, ds le commencement de l're chrtienne,
faisaient un commerce direct avec la Srique ; la route qui y
conduisait tait connue ; on en avait mme publi des itinraires ;
mais aucun malheureusement n'est parvenu entier jusqu' nous.
Le seul , dont il reste une trs-petite partie , se trouve dans la
Gograph.'de Plolme (lib. I, cap. il, 12), qui l'avait extrait de
celle de Marin de Tyr : encore, au del de Bactres, est-il tel-
lement dnu de circonstances locales et laisse-t-il tant d'incer-
titudes sur le lieu qui doit rpondre Sera , que les Sansons ont
cru pouvoir reculer cette ville jusque dans la partie orientale de
la Tartarie chinoise; que Guillaume de Lisle a transport Sera
Pkin, et d'Anville Kantchou dans le Tangut. (Voyez VOrbis
vtus et Asia vtus des Sansons, publis en i65o, i65y, 1667 et
1679; VOrbis vtus de G. de Lisle et VOrbis veteribus notus de
d'Anville , mais plus particulirement ses Recherches sur la Sri-
que des anciens dans les Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et
Belles-Lettres, tome XXXII, ou dans son Antiquit gographique
de l'Inde; Malte-Brun, Prcis de gographie ancienne et moderne,
tome I. )
Remarquons d'abord que Mla dit formellement : Les Sres
demeurent au milieu des rgions orientales dont les Scythes et
les Indiens occupent les deux extrmits ; ce que confirme ici
Pline lui-mme. C'est d'ailleurs ce qui rsulterait videmment
de la collation attentive des divers passages o il est ques-
tion des relations commerciales qui attiraient les Occidentaux
en ces pays loigns. On allait y chercher du fer, des toffes,
des pelleteries, de la soie, et une laine renomme, tellement
fine , que les femmes grecques et romaines la filaient en vte-
mens diaphanes. Cette laine , que M. Gossellin ne veut qu'on
prenne ni pour du coton , ni pour un tissu de soie, serait, selon
lui, celle que nous fournissent aujourd'hui les chvres tibtaines.
Quoi qu'il en soit de cette hypothse qui ne nous semble pas suf-
fisamment justifie , toujours est-il qu'il faut chercher les Sres
dans une contre telle que, d'un ct , le climat permette l'du-
cation des vers soie , tandis que de l'autre, on trouve des pel-
leteries en abondance; c'est--dire, comme le disent les deux
auteurs prcdemment cits, entre la Scythie et l'Inde. Or, comme
a32 NOTES DU LIVRE VI.
selon eux, l'Asie se terminait un peu l'est du Gange et un peu
au nord de la mer Caspienne , il devient vident que le seul em-
placement qui convienne la Srique est le Tibet et la lisire m-
ridionale voisine. hes dtails donns par Pline , dit Maltebrun ,
confirment cette explication. Aprs avoir nomm quatre rivires ,
Psitaras , Carnabi , Lanos et Cyrbanas , qu'il dirige vers son
ocan Srique , mais qui , dans la ralit , paraissent reprsenter
quelques rivires mridionales de la Bucharie , dont les eaux se
perdent dans les sables du grand dsert, limite naturelle des con-
naissances des anciens , Pline nous indique lesTochari, les Thyri,
les Casiri et les Attacori , comme les principales nations de la
Srique. La premire de ces tribus est place par Ptolme dans
la Bactriane (Ptol. , lib. vi) , o elle a laiss son nom la con-
tre de Tocaristan , partie de la grande Bucharie. Les Thyri rap-
pellent la ville de Kaspatyros d'Hrodote ( liv. III , n. 102 , lib. iv,
n. 44 1 lib. vil, n. 67, 68, 85), situe non loin de la contre
Paktyka , voisine de la Bactriane et de l'Inde. Tyr ouThyr signifie,
en persan , porte ; Kasp est le nom gnrique des montagnes
(Walh , Hindostan, liv. H, n. 47 2 > not.) ; Thouran est encore
aujourd'hui le nom d'un district au nord de Candahar. Les Ca-
siri , qui , selon Pline , pouvaient dj tre censs faire partie de
l'Inde , sont probablement les Caspiri ou habitans de Kachemire.
D'aprs l'ensemble de ces positions , l'heureuse valle des Atta-
cori , garantie contre les frimats du nord et les vapeurs pestifres
du midi , doit tre cherche dans le royaume de Latak. Le nom
mme des Attacori parat tenir la langue sanskrite (altak ,
dfendu) ; et cette remarque commune la plupart des noms de
la Srique, concourt, avec tant d'autres circonstances, placer
ce pays prs des sources de l'Indus et du Gange, o les anciens
livres sanskrits nous dpeignent le pays sacr , le sjour de l'abon-
dance et de la flicit, le fameux Siri-Nagur (Walh , Hindostan,
lib. il , n. 445, 5n, etc.). On peut mme croire que la tradition
sur la longue vie des Sres (DlON., Perieg., v. 753. Schol. Expos.
tt. Mundi , in Geog. Grc. minor. , lib. III, n. 1), porte deux
cents ans , ou du moins cent vingt , avait t puise dans les fa-
bles sacres des Bramins. Il est probable que les Cyrni , Indiens
dont Pline vante la longvit (Plin., lib. vu, cap. 2), demeu-
NOTES DU LIVRE VI. a33
raient sur les bords du fleuve Cyrnabas , dans la Srique , peut-
tre le Kiria de la petite Bucharie.
Les auteurs contemporains de Pline s'accordent parfaitement
avec cet expos. Denys le Prigte rapproche les Sres des To-
cliari ; selon le Priple de la mer Erythre, les marchandises de
la Srique arrivaient dans les ports de l'Inde par la route de Bac-
tres, aussi bien que par celle du Gange (Peripl. mar. Eryth., 36).
Tous ces indices ne conviennent qu'au Tibet.
Ptolme, comme on l'a indiqu plus haut, ne diffre de ces
auteurs que par suite de son systme de graduation longitudi-
nale. Mais au milieu de ces erreurs, dues la logique rigoureuse
de l'astronome gographe, percent des lueurs de vrit dues aux
observations positives des voyageurs , ou aux rcits des indignes :
c'est que la Srique (Ptol. , liv. I, n. n ; liv. IV, n. 12) tait
borne l'est par des terres inconnues : ce n'tait donc point la
Chine baigne l'est par des mers : au sud, les monis Emodus
et Ottorocorras la sparaient de l'Inde. Or, l'Emodus et l'Imaiis
des anciens est la chane nomme Emod, Hema et Himmala par
les Indiens modernes (Wai.h, liindostan , lib. Il, n. 709); le
nom Ottorocorras est videmment compos des mots sanskrits
uttara-curu, qui signifient pays du nord ( WlLFORD, Asiatic.
research. , lib. VI , n. 4 , 1 ) > e * ce nom reste encore , avec peu de
changement, la partie septentrionale du royaume d'scham
(Walh, n. 52g-532 , d'aprs les Asiatic. research.). Ces circon-
stances fixent la position de la Srique au nord de l'Inde. Quand
nous aurons ajout , d'aprs Ammien Marcellin , que les Sres
taient voisins de l'Ariane ( Amjyi. Marc. , lib. xxm, n. 6),
c'est--dire de la partie orientale de la Perse, et que la Srique
tait un plateau trs-lev, couronn de hautes montagnes et
versant ses eaux de tous les cts {Contra orientalem plagam , in
orbis speciem consert celsorum aggerum summitales ambiunt Seras.
.... liane itaque planiiiem undique prona declivitate prruptam , etc.
ylmm. Marc, loco citato), il ne peut rester douteux que ce vaste
pays n'ait compris une bonne partie du grand et petit Tibet, avec
une lisire de la petite Bucharie, le Kachemire et quelques autres
valles des pays montagneux o naissent ITndus et le Gange.
C'est ce que confirment , de la manire la plus claire , les
a34 NOTES DU LIVRE VI.
noms de Seri-Nagar, c'est--dire (puisque nagar en sanskrit est
un titre honorifique dsignant les villes du premier rang) Sera
Metropolis, et de Serici Montes, aujourd'hui Serra-Lik, mon-
tagnes qui sparaient la Srique de l'Inde , et qui effectivement
forment la harrire entre le Tihet et l'Indoustan.
Mais cette Srique transhmalaenne ( qu'on nous passe le
mot) ii faut unir une Srique en de de l'Hmalaa, une Srique
que l'on trouve dans l'Indoustan et immdiatement voisine de
la premire, une Srique dont la temprature douce permette au
ver soie de se dvelopper. Or, c'est justement ce qui se ren-
contre sur le versant mridional des montagnes de l'Indoustan ,
et le pays situ au del de l'Hypasis , dit Strabon , est le meilleur
de l'Inde : certains animaux , et mme des hoinmes , y ont des
proprits extraordinaires ; les Sres , par exemple , vivent au
del de deux cents ans. Ds le temps de Julien on voit paratre
comme dputs de nations indiques des Indi et des Serindi
(Amm. Marc, liv. xxn, n. 7). Selon Procope, les moines qui
importrent dans l'empire grec ce secret de l'ducation des vers
soie sjournrent dans la Srinde, province de l'Inde.
e,c -)
Les Prasiens , dont les innombrables chariots et les lphans
inspirrent l'effroi aux Macdoniens , sont clairement indiqus
dans les livres sanskrits sous le nom de Pragi ou empire d'O-
rient , tandis que les Gangarides, non moins redouts par leur
valeur , et plus clbres encore par leur justice et leur fli-
cit , se retrouvent dans les mmes ouvrages sous le nom de
Gangaradessa ou royaume du Gange ( Voyez Wilford , Asiat.
Research. , IV, Chronology of ihe Indous}. 11 existe sur Palibothra,
leur capitale , trois opinions diffrentes : d'Anville , Robertson
et autres savans l'identifient avec l'Allahabad moderne, jadis
nomme Prase et dcore du titre de reine des villes saintes (Cf.
Aen Akberi ,ii, 35, m, 255) ; selon Rennel {Mem.. etc., 9)
et Will. Jones {Asiat. Research., iv), elle aurait perptu son
NOTES DU LIVRE VI. a5i
nom dans Patelponter ou Patalipoutra auprs de Patna ; enfin de
nouveaux documens rvls par Wahl (Hind., I, 370) et par
Wilford {Asiat. Research) inclineraient nous montrer cette
antique capitale dans Radjemal , jadis Balipoutra ou liengale.
Les Sandres ne peuvent tre que les Soudras , quatrime caste
Indoue , compose de vritables serfs qui ne peuvent , sous au-
cun prtexte , user de leur libert personnelle, acqurir, poss-
der, se marier hors de leur caste, sous peine de voir les fruits
de leur union assimils aux Parias. Et que l'on ne s'tonne pas
de cette confusion qui fait d'un nom de caste un nom de peuple :
nous avons dj vu ci-dessus multarumque genlium cognomen
Brachman ; et l'on conjecture avec raison que les Chatens
d'Arrien (Expdit. d 'Alexand. , liv. VI, 9, i3), les Cathares de
Diodore de Sicile (liv. XVII , n. 92) et les Chatries de Ptol-
me dsignent les Rasbuttes modernes , qui sont principalement
de la caste des Kotteri ou propritaires de biens-fonds, et de celle
des Kchatrya ou guerriers.
Les Peucalates se retrouvent dans le canton de Pekheli ,
quoique la ville de ce nom ne dpende point de l'ancienne capi-
tale Peucela.
Les Coraucases , tant pour le nom que la position , correspon-
dent au pays de Gorka.
Les Suertes, ailleurs Soretanes, Soringes , ou Sores, une des
principales nations de la cte Orientale, rappellent le nom de
Tchoramandalam ou royaume des Tcliores , aujourd'hui Coro-
mandel.
Les Calinges sont videmment les habitans du district de Ca-
lingapatnam, comme la Msolie dsigne le pays de Mazulipatnam.
Les Asauges, les Mgalles, les Thalutes , les Andares , dont
Pline nous donne si bien la statistique , nous sont parfaitement
inconnus, moins que lisant , comme le conjecture Maltebrun,
Odanes ( le Brahmapoutre ) pour Iomaues , et Imaiis pour In-
dus, nous ne saluions les habitans du royaume d'Asham dans
les Asauges , dans les Mgalles , les habitans du royaume de
Mecklcy, et dans les Thaluctes les Indo-Chinois des bords du
Thalouan , dans l'Ava oriental.
a5a NOTES DU LIVRE VI.
Ciiap. XXII, page 52, ligne 18.
Hune alii incertis fontibus , ut Nilum novissima gnie Gan-
garidum Calingarum. En effet , la source du Gange n'a t dfi-
nitivement fixe qu'en 1808 par Webb, et en 1817 par Hudson,
qui l'ont trouve quelques lieues au nord de Gangoutre , sur
le grand versant mridional de l'IIimalaa, vers les 3i 4' de lati-
tude nord, et 7 5 o/ de longitude est. Long-temps auparavant,
cependant, on avait fait des tentatives pour la dcouvrir ; mais
ni les lamas envoys par l'empereur chinois Tanghi , ni les re-
cherches du savant Tieffenthaler , n'avaient produit de rsultat
satisfaisant. L'incertitude de sa source, si long- temps inconnue
et du reste si facile expliquer, tant par l'extrme longueur de
son cours , qui n'a pas moins de six cents lieues, que par le nom-
bre considrable de ses affluens, dont plus d'un a d tre pris par
les voyageurs pour le bras principal ; cette incertitude , disons-
nous , n'est pas le seul trait commun du-Nil et du Gange. Comme
tous les grands fleuves de la zone torride , ce dernier fertilise
par dos dbordemens priodiques , d'avril octobre, les contres
qu'il parcourt , et vers la fin de juillet toute la partie basse du
Bengale est inonde sur une tendue d'environ trente lieues.
Enfin, on sait que ses eaux, minemment salubres comme celles
du Nil , sont sacres aux yeux des Indous , pour qui la desse
Ganga (tel est en bengali le nom du Gange) est une des pre-
mires divinits. Le mot Ganga, d'ailleurs, signifie fleuve, et
est commun plusieurs autres rivires de l'Inde, parmi lesquelles
le Godaveri dans le Dkzan , et le Movil-Ganga dans l'le de
Ceilan ; mais le Gange du nord, le Gange bengalique, est le fleuve,
le Ganga par excellence.
11 s'en faut de beaucoup que Pline nomme tous les affluens prin-
cipaux du Gange , car nous ne retrouvons chez lui nulle trace
du Baghirati , du Callineddi , de la Tousa", de la Gogre , du
Goumti , du Foulgo , du Dommondah , du Bogmotti , de la Ma-
hanada et de la Tistah ; mais nous reconnaissons :
i. Le Djemnah dans le lomanes;
2 . La Cane dans le Canas ;
NOTES DU LIVRE VI. a 53
3. Le Sone (Soaue en angl. ) dans le Sonus;
4-. Le Ram-Gongu.(ou fleuve de Ramas) dans l'rannoboas,
mot videmment dfigur , et d'ailleurs compos de deux radi-
caux , dont le premier, quoique along d'un e initial , et mo-
difi la fin par le changement de Vm en n, ne prsente pas
moins tout homme habitu la physionomie des syllabes in-
diennes , le nom du hros favori des mythologies indiques ,
Rama ;
5. Le Gemdouk dans le Condochates ;
6. Le Coss ou Cosi dans le Cosoage.
Il ne nous reste donc que le Prinas , dont nous ne pouvons re-
connatre l'quivalent moderne.
Le Gange forme en effet plusieurs cataractes que les anciens
n'ont point distingues suffisamment , mais dont la premire ,
surnomme Bouche de la vache, tant l'objet d'une vnration
particulire et le but de nombreux plerinages chez les pieux
Indous , a d tre mentionne en leur prsence. Cette chute est
dans les monts Himalaa; les deux autres se Irouvent Deuprag
et auprs de Hourdvar.
La largeur donne au Gange par notre auteur est videmment
exagre , au moins dans la partie suprieure de son cours. 11
est vrai cependant qu'aprs avoir reu la Djemnah il devient con-
sidrable , et que dans les environs de son embouchure il arrive
une largeur de prs d'une lieue , les non comprises. A trente
lieues de la mer il se divise, et forme un vaste delta que traver-
sent nombre de petits bras , et qu'enferment les deux rameaux-
principaux , dits Megna ( celle-ci se confond avec le Bramah-
poutre , CataBda des anciens) et Hougli. C'est ce grand delta
que Pline appelle Modogalingam , probablement pour Mahaca-
linga.
Ptolme nomme cinq embouchures du Gange, savoir:
Cambuswn, embouchure occidentale du Gange ou Gande-
vari.
Magnum , embouchure du Ganga, confondue avec l'embou-
chure occidentale du Gange.
a 5', NOTES DU LIVRE VI.
P scudostomum.
Anlibole , rivire d'Houringotta.
Cataheda, M3gna ou Bramapoutre.
Chap. XXIII, page 58, ligne n.
Indus incolis Sindus appelatus , in jugo Caucasi..... oceano in-
funditur. Effectivement le vritable nom de l'Indus est Sind ou
Sint. Dans le nord de son cours cependant il porte les noms
de, i Rilab, ou eau bleue ; 2 Attok chez les indignes , et
Mekran chez les Occidentaux , lorsqu'il traverse les monts Tau.
Sa source , pour dire franchement les choses , n'est pas en-
core trs-exactement connue. On la place gnralement sur le
revers occidental des monts Blour ; mais le fait est que quand on
a remont le fleuve jusqu'au del des monts qui ferment au nord
le Pendjab, on ne sait plus quelle branche on doit regarder comme
(a principale, question qu'il faudrait pralablement, et avant toute
recherche ultrieure , dcider d'une manire irrvocable.
Les quatre rivires clbres nommes par Pline ne peuvent tre
considres toutes comme des affluens directs. Nons ignorons si
c'est ainsi qu'il les a vues toutes les quatre ; ce qu'il y a de cer-
tain , c'est qu'au moins les deux premires sont dans ce cas ses
yeux , et qu'il a tort pour l'une des deux.
Remarquons que , selon toutes les apparences , notre auteur
n'a point pens aux eaux tributaires de la rive droite, qui, i sont
gnralement moins majestueuses ; 2 se rendent dans le Sindh
suprieur , et par consquent traversent des pays bien moins ac-
cessibles aux anciens , et bien plus rarement visits par eux.
11 s'agit donc ici des quatre rivires qui arrosent le Pendjab ,
et qui , avec le Sindh , ont donn naissance au nom mme de
Pendjab , ou cinq rivires.
Or , de ces quatre rivires , une seulement est affluent direct
du Sindh ; les trois autres se rendent dans cet affluent principal ,
et ne roulent leurs eaux dans le Sindh qu'aprs les^ avoir roules
dans les siennes.
A moins donc que l'on ne suppose que par les mots quatuor
alios adfereniem trs (sous-entendu adfereniem} , Pline n'ait
NOTES DU LIVRE VI. aj5
indiqu des rivires extrmement petites , on doit admettre qne
Pline s'est tromp dans ce passage ; mais tout--l'heure nous
allons expliquer son erreur , et montrer comment elle drive
de renseignemens peu prs exacts.
Les quatre rivires secondaires du Pendjab se nomment Behut,
Chen-Ab, Ravci et Setledje (nous suivons ici l'ordre dans lequel
elles se prsentent de l'ouest l'est) ; or, d'aprs les documens
les plus exacts , selon nous le Chen-Ab reoit le Behut, et plus
bas le Ravei ; il tombe ensuite dans Je Setledje , tributaire im-
mdiat du Gange.
Ds-lors, qui empche de dire, i que le Chen-Ab roule dans
son sein les eaux de trois rivires (les siennes d'abord, puis
celles du Behut et du Ravei) , trs defert amnes ? 2 que le Set-
ledje roule en lui quatre rivires, quatuor defert? (Cf. cependant
la fin de la note.)
Pline serait donc parfaitement exact , quoique un peu am-
bigu , si le Chen-Ab reprsentait le Canlabre , et si l'Hyphase
se retrouvait dans le Setledje.
Or, l'identit de Cantabre avec Chen-Ab, Chent-Ab ne sem-
blera plus chose douteuse si l'on songe la manie qu'avaient les
anciens de torturer les noms anciens pour les faire ressembler
ceux qu'ils connaissaient dj. Travestir le Khen-Ab ou Khent-
Ab en Cantabre tait donc pour eux une transformation des
plus naturelles et des plus innocentes.
Quant l'Hydaspe , il est reconnu que c'est le Behut ; et
comme incontestablement l'Acesines est le Ravei, l'Hyphase ne
peut tre que le Sctlejde. Mais oulre qu'il n'est nullement trange
qu'au sein de contres si lointaines et si peu connues on se soit
tromp sur l'importance relative des diverses eaux d'un mme
bassin , la ressemblance des noms Hydaspe et Hyphase ( que
probablement on prononait Hyphasdes , Hypasdes , de telle
sorte que les deux mots 'TS'clo-ths , 'T-reto- fus n'taient que des
anagrammes l'un de l'autre) a pu aisment donner naissance
celte erreur.
Les deux deltas mentionns par Pline ont t reconnus de nos
jours -, le plus petit est l'est , et reprsente Patale. Divers
canaux secondaires parcourent les deux les fluviales. Ptolme
a 56 NOTES DU LIVRE VI.
nomme sept branches principales , dont voici , selon- M. Gos-
sellin , les
NOMS ANCIENS.
Sagapa.. . .
Sinthum. .
Aurcum. ..
Chariphri.
Saparages.
Sabalassa .
Lonibares .
NOMS MODERNES.
Rivire de Pilti.
Rivire de Darraou.
Rivire d'Haid-Jamani.
Rivire Fetta.
Rivire Poagedami.
Rivire d'Assarpour.
Nous joindrons cette note les dtails suivans sur les rivires du
Panje-Ab. Ils sont extraits du Voyage de Narque , trad. Billecocq.
Les cinq fleuves du Panje-Ab, qui se dchargent dans l'Indus,
sont , en suivant leur ordre commencer de l'ouest , l'Hy-
daspe , l'Acsines , l'Hydraotes , l'Hyphasis et le Saranges. Outre
ces fleuves , Arrien , d'aprs Mgasthne , fait tomber le Sinarus
dans l'Hydaspe , le ootapus dans l'Acsines , et le Nendrus dans
le Saranges; la vrit , il dclare ne parler qu'avec dfiance des
deux derniers, attendu que les Macdoniens n'en eurent point
connaissance ; et quant au Sinarus et au Tootapus, c'est la seule
fois qu'il en fasse mention. De ces cinq fleuves , l'Acsines est le
principal : il reoit l'Hydaspe l'ouest ; l'Hydraotes vient le
joindre de l'est, ainsi que l'Hyphasis, le Saranges et le Nendrus ,
qui se jette pareillement de l'est dans ce fleuve , au rapport
d'Arrien , avant qu'il se dcharge dans l'Indus. En donnant la
prfrence l'Hydaspe, et en mettant" son nom le premier de
tous, Ptolme cause une confusion qui n'a pas laiss que d'em-
barrasser beaucoup , et les commentateurs et Mercator, qui a cor-
rig ses cartes : mais Arrien conserve l'Acsines l'honneur de
la primaut ; il assure formellement que tous les autres fleuves
perdent leurs noms en se joignant lui, et que cette prminence
lui reste jusqu'au moment o il se jette dans l'Indus. L'opinion
d'Arrien parat d'autant plus vraisemblable, que le Chen-Ab mo-
derne, qui n'est autre chose que l'Acsines des anciens , rclame
encore aujourd'hui mme cette prminence.
Mais si Ptolme s'est tromp dans une circonstance particu-
NOTES DU LIVRE VI. ifc?
Hre, il est d'accord avec Arrien et Strabon pour indiquer dans
le mme ordre les rivires du Panje-Ab ; et Pline, qui nglige
de parler de quelques fleuves intermdiaires , n'avance rien qui
contredise ces auteurs. Ainsi donc , sous ce rapport , la go-
graphie ancienne est uniforme ; et si les modernes ne s'accordent
pas , soit entre eux , soit avec eux-mmes , nous devons imputer
leurs mprises cette varit infinie de dnominations sous les-
quelles la plupart des rivires dont il s : agit sont dsignes , ou
bien la diversit mme des noms qu'elles reoivent dans les di-
vers langages, mogol, tatare , persan ou indou.
L'Hydaspe est le premier dans l'ordre tabli ; c'est le Chelum
des gographes modernes : il coule entre l'Indus l'ouest , et
l'Acsines l'est. On peut citer ce fleuve comme l'exemple le
plus remarquable de la varit de dsignations dont je parlais
tout--1'heure. Ptolme ne nous sera pas moins utile ici que
dans toutes les autres occasions ; il formera le point de rap-
prochement entre l'orthographe des Macdoniens et le sanskrit,
distribuant la lumire de l'un et de l'autre ct , et brillant lui-
mme au centre comme l'astre qui la dispense.
Hydaspes , Arrien, Strabon et Ptolme.
Bidaspes , Ptolme.
Bedusta , le sanskrit, suivant l'Ayeen-Akbary.
Veiasta , le sanskrit , selon Tieffenthaler.
Dindana , au bas des montagnes de Kachemire (Tieffen-
thaler ).
Chelum, persan ou mogol (Cheref-Eddin).
Zalam , Forster , etc.
Jalam ou Jalum , idem.
Djalam , idem.
Zeloom, entre Arungabad et Rotas (Tieffenthaler).
Jamad, d'une le ainsi nomme , et qui se trouve sur une
partie de son cours ( Tieffenthaler).
Behut , dans l'indostan , suivant l'Ayeen-Akbary.
Telle est cette liste , qui prsente douze noms pour un seul
v.* 17
a58 NOTES DU LIVRE VI.
fleuve | et qui suffit pour expliquer ,et mme pour rendre excu-
sables les erreurs auxquelles aurait pu donner lieu une pareille
varit. Toutefois , Zeloom , Zalam, Jalam ou Djalam, Chelum.
sont la mme consonnance modifie par le dj persan. Dindana
est un nom du fleuve dans une. partie de son cours, et Jamad
dans une autre. Behut est la dnomination en usage parmi les
Mogols ; elle a un rapport vident avec le Bedusta ou Vetasta
du sanskrit , comme avec le Bidaspe ou Hvdaspe des Grecs ; et
toutes ces ressemblances proviennent de la relation qui existe
entre les voyelles a et dans l'orlbograplie orientale, ou de l'af-
finit des consonnes h et v avec l'A aspire.
D'Anville a pris ce fleuve pour l'indus d' Arrien ; une erreur
premire est devenue ainsi la source de toutes les autres : mais
la position de l'Hydaspe est dtermine d'une manire trop pr-
cise dans I'Ayeen-Akbary, pour qu'on puisse l'avenir com-
mettre de semblables mprises. Nous y voyons que l'Hydaspe a
sa source dans la province de Kacbemire , et qu'il est navigable
pour des vaisseaux de deux cents tonneaux, jusqu' Syrin-Nagar,
capitale de cette province. Arrien , ainsi que nous l'avons dit ,
fait tomber son fleuve Sinarus dans cette rivire ; mais quel
endroit s'y dcbargerait-il ? serait-ce de l'est , ou de l'ouest ?
en dedans des limites de Kachemire , ou au bas des montagnes ?
c'est ce qu'il parat impossible de dcouvrir ; mais Arrien se
fonde sur l'autorit de Mgasthne , et ne parle pas d'aprs les
instructions des Macdoniens ; il ne connat rien de ce qui concerne
Kacbemire , et pourtant je crois apercevoir un certain rapport
de ce nom avec celui de la rivire appele Syrin-Nagar, qui est
renferme dans les limites de cette province. Quoi qu'il en puisse
tre , le fleuve , aprs avoir pass les montagnes , et tre descendu
jusqu'au Pergunnah de Shoor, joint l'Acsines an Chen-Ab , et
vingt coss plus bas il reoit le Ravei ou Hydraotes ZufFrabad:
l , les trois rivires runies prolongent leur cours soixante
coss au del , et oprent leur jonction avec l'indus Outche ,
l'Oxydracie des Macdoniens. Voil ce que nous apprend I'Ayeen-
Akbary, que le Doo-Ab , ou l'tendue de pays qui spare l'Hy-
daspe de l'indus , est dsign sous le nom de Sind-Sagur par les
Mogols , et qu'on estime sa largeur de soixante coss ou cent
NOTES DU LIVRE VI. iSij
quatorze milles. Le terme moyen de cette largeur est pris, autant
que je peux le reconnatre , au point o la route traverse le
Doo-Ab, et, comme tel, il doit tre valu dans les calculs qui
suivent. La largeur entire du Panje-Ab , en y comprenant tous
les Doo-Abs depuis l'Indus jusqu'au Satludj , est fixe cent
quatre-vingts coss , on environ trois cent cinquante milles. Les
mesures positives font cette largeur de cent quatre-vingt-cinq
coss.
Cheref-Eddin ne diffre pas beaucoup de l'Ayeen-Akbary ; car
il dit que le Chelum sort de la fontaine Vir, ou Syrin-Nagar, et
qu'aprs avoir pass les montagnes il reoit le nom de Dindana
et de Jamad ; il entre alors dans le Gen-Ave , et au dessus de
Moultan les deux fleuves joignent le Ravei, qui baigne les murs
d'un autre Moultan. Ces fleuves, ainsi runis, sont encore grossis
par le Biah , et le tout va se dcbarger dans l'Indus Outche.
La mention que fait Cheref-Eddin de deux Moultans s'accorde
avec ce que nous connaissons des anciens Malles et du Moltan
moderne ; et il est digne de remarque que cet auteur, comme
Arrien , fait arriver l'Hyphasis ou Biah dans le Chen-Ab avant
que cette rivire opre sa jonction avec l'Indus.
Le second fleuve est :
ISAcesines ou ATtesines d'Arrien, Pline, Strabon, Quinte-
Curce.
Le Chen-Ab de l'indostan et de l'Ayeen-Akbary.
Le Yen-Auh ou Chen-Aub du persan et de Rennell.
Le Gen-Ave de Cheref-Eddin.
Le Tchen-Ave de d'Anville.
Le Tchen-dar-Bargar du sanskrit et de Tieffenthaler.
Le Chun-der-Bahka du sanskrit et de l'Ayeen-Akbary.
Le San-da-Bala de Ptolme.
Le Shan-Trou de Bernier et de d'Anville.
A la seule inspection de ces dix noms diffrens , on aperoit
le rapport qu'ils ont pour la plupart les uns avec les autres , of-
6o NOTES DU LIVRE VI.
frant tous, except YAksines, soit la syllabe tchen , soit une
modification plus ou moins forte de cette syllabe ; et je ne puis
m'empcher de croire que c'est par erreur dans la manire d'en-
tendre, ou bien par le dsir d'adoucir un son rude et barbare,
que les Grecs ont crit Ake-sin-es pour Akhen-ises , ou A-
cesin-es pour Ab-tchenes. Justin parle d'une tribu situe sur ce
fleuve, et qu'il appelle Hia-cen-sanas, nom dans lequel la syllabe
prdominante se trouve conserve. La lettre initiale, venue jus-
qu' nous par le moyen du dj persan , occasione toute cette
varit qu'on remarque dans djen, djan, tschan, tschen, chan ,
chen , chin , j'en , gen , tchun , chun , shan , san.
C'est Ptolme qu'appartient l'honneur d'avoir conserv
cette consonnance : et soit que nous fassions driver le san-da-
hala de ce gographe, de san-ab ou chan, soit que nous tirions
tout le mot sanda-bala de CAandabahka , la correspondance du
nom avec celui du fleuve en langue sanstrite est galement facile
reconnatre. L'Ayeen-Akbary tablit comme un fait certain que
Chun-der etBahka sont deux fleuves qui sortent de la mme mon-
tagne , dans cette chane, dsigne sous le nom de Cutwar ou
Kishtewar, et qui confondent leurs eaux et leurs noms. J'en con-
clus que c'est dans le second de ces fleuves que nous devons
chercher le ootapus d'Arrien, cette rivire que, d'aprs l'au-
torit de Mgasthne , l'historien grec fait arriver dans l'Ac-
sines, presque ds le commencement de son cours.
De l'aveu de tous les gographes, tant anciens que modernes ,
l'Acsines est le premier des fleuves du Panje-Ab ; tous sont
d'accord sur ce point qu'il reoit l'Hydasp ou Chelum de
l'ouest , et que l'Hydraotes ou Ravei vient le joindre de l'est.
Quant la question de savoir s'il reoit de mme le Biah et le
Satludj , ou si ces rivires oprent leur jonction avec l'Indus
sans communiquer avec l'Acsines , c'est encore aujourd'hui un
problme gographique. Arrien assure partout que l'Hyphasis ,
le Saranges et le Nendrus, c'est--dire le Biah, le Satludj et le
Cal , se runissent l'Acsines, soit directement, soit par l'in-
tervention de l'Hydraotes : mais l'Ayeen-Akbary les fait dchar-
ger dans l'Indus sans le secours d'aucun fleuve intermdiaire,
beaucoup au dessous de Moultan, et c'est l l'autorit sur la-
NOTES DU LIVRE VI. util
quelle se fonde le major Rennell. Tieffenlhaler, si je 'le com-
prends bien , n'est pas consquent avec lui-mme ; car, dans un
endroit, il s'accorde avec Rennell et PAyeen-Akbary, et dans un
autre il prtend que le Biah et le Satludj vont se joindre au Ra-
vei. Ce qui justifie le major Rennell d'avoir prfr l'autorit de
l'Ayeen-Akbary celle d'Arrien , c'est qu'Arrien convient lui-
mme qu'au del de l'Hyphasis ou Biah , il n'a point de donnes
positives sur lesquelles il puisse se rgler, et qu'il ne suit plus
ses guides macdoniens , mais seulement Mgasthne. De la
Rochette s'est rang , dans cette circonstance particulire ,
l'opinion de d'Anville , et la position qu'il assigne la ville
d'Ayjodin, ainsi qu'aux pays adjacens, s'accorde mieux avec la
marche de Tymour, teUe qu'elle est rapporte par Cheref-
Eddin , qu'aucun autre systme topographique dont j'aie eu con-
naissance. Il est assez extraordinaire que d'Anville, qui se trompe
plus souvent parce qu'il recherche les lymologies que parce
qu'il les nglige, n'ait pas observ que Shan-Trou a la mme
racine que Shan-Ab (le Tchen-Ave de ce gographe). Mais c'est
une erreur sur laquelle j'ai trop insist.
L'Acsines a donc l'avantage, ainsi que je l'ai fait remarquer,
de conserver son nom jusqu'au moment o il se joint l'Indus.
Arrien indique encore ce fleuve comme le seul du Panje-Ab qui
ne soit guable en aucun temps de l'anne , tandis que tous
les autres le sont aprs la saison des pluies. La province de Doo-
Ab, qui spare l'Acsines de l'Hydaspe ou Chelum, se nomme
Jenhat ou Jenhut ; et sa largeur n'est estime que vingt coss ou
environ trente-six milles , quoiqu'il nous faille chercher dans
cette province le royaume de Porus , et une population qui ait
pu fournir ce monarque indien une arme de quarante mille
hommes. Quelque exagration qu'il paraisse y avoir dans ce der-
nier fait, racont par les historiens, l'Ayeen-Akbary nous le
confirme ; car, une poque et dans un sicle o nous avons
suppos que la population tait diminue , Aboul-Fazil assure
que le contingent de troupes pour Jenhut est de trois mille sept
cent trente hommes de cavalerie, quarante-quatre mille deux
cents fantassins, et que le revenu de la province s'lve
2o3, iG4 Hv. slerlings (plus de cinq millions).
26a NOTES DU LIVRE VI.
Le troisime fleuve est :
LTJjdraotes d'Arrien.
L' Hyarotes de Strabon et de Quinte-Cnrce.
Y? lyrawuiti du sanskrit et de l'Ayeen-Akbary.
JJIearatli du sanskrit et de Tieffenthaler.
Le Rhuadis de Ptolme.
UAd/is et Adaris des commentateurs de Ptolme.
Le Rave ou Race du persan ou de l'indostan.
Il parat, par cette liste, que, de la terminaison ravatti, ra-
waiti , ou rawutti , drivent le Rhuadis de Ptolme et le Ravei
des modernes ; de mme que l'Iyrawutti est l'Hyarotes de Stra-
bon et l'Hydraotes d'Arrien. Ou le connat mieux aujourd'hui
comme la rivire de .Lahore , ce qui rend plus extraordinaire
l'erreur que d'Anville a commise , en plaant Lahore sur l'Ac-
sines, Lahore qui est une ville dont la clbrit gale presque
celle de Dehly mme. Les routes de Kaboul, Candahr, Attok
et Moultan vont toutes aboutir Lahore , comme un centre
plac entre chacune d'elles et la capitale ; et la fameuse avenue
qui se prolongeait dans une tendue de plus de trois cents milles,
depuis cette ville jusqu' Dehly, et qui ne subsiste peut-tre plus
que dans les pages de l'histoire , dpose non-seulement d'une
communication habituelle , mais encore de l'importance des rela-
tions qu'entretenaient avec l'une et l'autre ville les voyageurs
qui parcouraient celte route, ainsi que de leur nombre et de
leurs richesses. La communication l'ouest , de Nice jusqu'
cette ville, telle que la reconnut Alexandre, est probablement
toujours ouverte aujourd'hui. En effet, bien que la route depuis
Attok traverse prsent Rotas dans une ligne plus septentrio-
nale , le rapport que je dmontrerai ci -aprs exister entre
l'le de Jamad et Nice, donnera penser qu'un gouvernement
tabli dans cette le, soit qu'il ft tributaire d'un autre, soit
qu'il jout d'une entire indpendance, ouvrirait naturellement
une route vers une capitale telle que Lahore ; et comme une
ligne tire d'Atlok au travers de Jamad est toujours plus directe
que celle qui traverse Rotas, il ne semble pas impossible que,
NOTES DU LIVRE VI. i63
dans les temps les plus recals, cette ligne ft le moyen de
communication. Qu'Alexandre soit vritablement parvenu jus-
qu' Lahore , que cette ville existt de son temps , c'est de quoi
nous avons des preuves assez fortes ; car le nom crit Lehaner,
une poque dj loigne, tait, dans les sicles plus anciens
encore , Lack-onore et Lo-pore ; onore et pore, tant des terminai-
sons qui expriment, en langue indienne, une ville ou une forte-
resse, nous fournissent une raison pour qu'Alexandre ait trouv
un Por-us sur l'Hydaspe, un second Por-us sur l'Hydraotes ,
prenant tous deux leur nom du pays qu'ils gouvernaient, comme
Taxile de Taxila, et ayant perdu l'un et l'autre leur distinction
naturelle, originaire, par le dfaut d'attention des Grecs. Ainsi
donc, dans Lo-pore, nom primitif de Lahore, nous pouvons
conjecturer, avec quelque vraisemblance , que nous avons la
ville du second Porus. Une remarque de Tieffenthaler confirme
l'anciennet de ce lieu ; il observe qu'une des douze portes de
Lahore est appele encore Taxili : il dit que cette porte est
l'ouest ; et il n'y a pas de doute que la route qui la traversait
ne conduist au Taxila des Macdoniens, comme les portes de
Kaboul et de Dehly mnent ces villes. Le mdecin Bernier vint
de Dehly Lahore, la suite d'un Omrah qui se rendait auprs
d'Aurengzeb; et s'il avait t aussi curieux de recueillir des ma-
triaux pour l'histoire et la gographie , que la connaissance
particulire de la langue persane lui en facilitait les moyens, nous
aurions pu recevoir de lui beaucoup d'instructions et de ren-
seignemens trs-utiles : mais il a rempli son livre tout entier
des dtails de la puissance et de la grandeur mogoles. La seule
circonstance intressante qu'il rapporte de Lahore est la dca-
dence de cette ville cause par le changement du cours du
Ravei , qui coule aujourd'hui quelques milles de distance.
Tavernier dpose galement de ce fait ; et peut-tre n'a-t-il rien
qui doive nous sembler extraordinaire, lorsqu'il s'agit de fleuves
dont le dbordement est toujours occasion par les pluies p-
riodiques qui inondent le pays. Tieffenthaler parle d'un canal
qu'on a creus depuis, du fleuve jusqu' la ville : mais a-t-il pro-
duit l'heureux effet de rendre Lahore sa premire splendeur?
C'est ce qui me parat fort douteux. Lahore tait encore une
264 NOTES DU LIVRE VI.
place importante sous l'empire de Ndir-Schah ; mais ce conqu-
rant la perdit par trahison. Elle se trouve aujourd'hui en la pos-
session des Siks, qui sont, dans le sicle actuel, les distes et
les dmocrates de l'Indostan. Cheref-Eddin , gographe toujours
exact lorsqu'il suit Tymour dans sa marche, s'est tromp en
confondant le Biah avec le Ravei, erreur dans laquelle je n'ai
pu me persuader qu'il ft tomb, que lorsque j'ai reconnu qu'il
avait plac Lahore sur le Biah. Le Ravei, au rapport de Bernier,
est aussi large que la Loire; mais cela dpend de la saison o
l'on voit ce fleuve. Quoi qu'il en soit , les vaisseaux construits
sur le Bavei Lahore sont grands et trs-propres la navigation
en mer, non pas, la vrit, par la manire dont ils sont
btis, mais par leur force et leur volume.
La province qui spare le Ravei du Chen-Ab se nomme Ret-
chna ; elle a trente coss de largeur.
La quatrime rivire du Panje-Ab est :
Y? Hyphasis d'Arrien.
UHjpasis de Pline (liv. vu, chap. 17).
LSHjpams de Strabon (liv. xv).
Le Beascha du sanskrit et de Tieffenthaler.
Le Bejpasha du sanskrit et de l'Ayeen-Akbary.
Le Bibasis ou Bipasis de Ptolme.
Le Beah, Bea, Beand } Biah du persan ou de l'indostan.
Le Bipasis de Ptolme est encore ici le point de rapproche-
ment entre le Beypasha du sanskrit et l'Hyphasis des Macdo-
niens , qui fixent constamment les bornes de leur expdition ce
fleuve. L'erreur de d'Anville , qui le place le dernier dans Tordre
o il range les rivires du Panje-Ab, a malheureusement en-
tran Bernouilli , Tieffenthaler et de la Rochette dans son sys-
tme, ce qui est d'autant plus extraordinaire que tous ils recon-
naissent le Setledj , et pourtant ils n'ont pu dcouvrir que la
quatrime rivire, quelle qu'elle fut, devait tre le terme de
l'expdition. Cette rivire prend sa source dans le Pergunnah de
Shoor, et sort de cette partie de la chane septentrionale nomme
NOTES DU LIVRE VI. a65
Keloo , puis va joindre le Setledj ou Satludj , prs de Feerouz-
Poor. Au dessous de cette jonction , le fleuve se partage de nou-
veau, prs d'Ayjodin, en quatre branches appeles Har, Haray,
Doond et Hoorny. Ces quatre divisions se runissent encore en
approchant de Moultan, et, selon Rennell , se dchargent dans
l'Indus, environ cinquante milles au dessous de cette ville.
Arrien , ainsi que je l'ai dj observ , les fait arriver jusque dans
l'Acsines ou Chen-Ah. Son autorit est suivie par de la Ro-
chette. Dans quels crivains modernes ce dernier a-t-il trouv
la confirmation du systme d' Arrien ? Je ne le devine pas ,
moins que ce ne soit dans Cheref-Eddin , qui fournit, il est
vrai , une preuve directe ; car l'Ayeen-Akbary, bien qu'il semble
implicitement favoriser l'opinion du major Rennell, manque de
prcision au moment mme o la prcision devient le plus nces-
saire. Entre le Ravei et cette rivire , Alexandre soumit les
Cathens , mais dans une position beaucoup plus basse que celle
o passait la route depuis Lahore , ainsi que je le conclus de
l'erreur de Strabon , lequel a confondu les Cathens avec Sopi-
ths, dont le territoire tait situ, n'en pas douter, prs du
confluent des deux rivires, quel que. puisse tre le lieu o ce
confluent sera fix ci-aprs.
Ici l'arme refusa de continuer sa marche : mais Alexandre,
qui s'tait procur des renseignemens relatifs l'existence d'un
royaume puissant, situ sur les bords du Gange, royaume que
nous retrouvons jusqu' un certain point dans les diffrentes di-
visions de l'empire moderne ; Alexandre , dis-je , ne pouvait se
rassasier de conqutes. La rvolte, aprs tout, se borna une
dsobissance momentane des Macdoniens : ils firent entendre
des plaintes et manifestrent de la mauvaise humeur ; mais aucun
excs ne fut commis ; et le parti que prit le roi d'acquiescer
leur demande prouve que sa prudence galait son courage. En
cet endroit donc, comme au terme de ses progrs, il leva
des autels , et retourna vers l'Hydaspe , sur lequel il devait s'em-
barquer avec ses troupes et aller reconnatre l'Indus son embou-
chure.
De la Rochelte a plac ces autels sur le Setledj , et au point
o la route de Lahore Dehly traverse ce fleuve ; mais ils furent
*66 NOTES DU LIVRE VI.
construits sur le Biah, non sur le Setledj, et plus bas que cette
route , si la position des Cathens est exacte.
La province qui spare le Biah du Ravei se nomme Bari , et
n'a que dix-sept coss de largeur; le nombre des troupes, qui
excde cent soixante mille hommes, et le revenu considrable
de cette province, marquent une population capable d'opposer
la rsistance qu'Alexandre prouva dans le pays. L se termin-
rent ses conqutes ; et mon objet n'est pas d'aller plus loin.
Mais comme il reste encore une rivire pour complter la srie
des fleuves du Panje-Ab, il ne peut tre inutile ni dsagrable
pour le lecteur de la connatre tout entire, ainsi que la liaison
des parties de ce tout entre elles.
La cinquime rivire est donc :
Le Saranga ou Sa/anges d'Arrien.
\? Hesudrus de Pline.
Le Zadadrus, Zaradrus, Zardrus de Plolme.
Le Shatoodes, Shetoodes du sanskrit et de l'Aycen-Akbary.
Le Satludj , Setlooge et Satluz de Tieffenthaler.
Le Selle] , Setledge de Rennell.
Le Seteluj du persan et de l'indostan.
Dans le Shetoodes du sanskrit , nous trouvons l'Hesudrus
de Pline ; et dans le Satludj ou Satluz, le Zardrus de Ptolme.
Anquetil du Perron nous apprend que Zardluz est l'orthographe
propre de ce nom en langue persane , et que le mot crit en ca-
ractres grecs donnerait ncessairement Zardrus. La source de
cette rivire est fort loigne au nord-est, dans les montagnes
de Ohaloo : en descendant de ces montagnes, il prcipite son
cours jusqu' Feerouz-Poor, o il reoit le Biah ; et les deux
fleuves , ainsi runis , vont se dcharger, soit dans le Chen-Ab ,
soit dans l'Indus lui-mme , comme je l'ai dj fait remarquer.
Arrien parle d'une rivire nomme Hesudrus , qui se joint au
Saranges ; mais il ne nous donne aucun indice particulier, l'aide
duquel nous puissions dcouvrir quelle est celte rivire. Peut-tre
est-ce le Cal qui , selon de la Rochette , sort du Setldej , puis
NOTES DU LIVRE VI. 267
va s'y rejoindre , ou qui , suivant d'autres auteurs , a une source
spare , et vient du nord-est se runir ce fleuve. Comme Ar-
rien dclare n'avoir que des doutes sur tout ce qui concerne la
gographie par del l'Hyphasis , et que , dans le fait , nous
n'avons aucun intrt dterminer le vritable cours du Set-
ledj, il devient assez inutile de pousser plus loin ces recherches.
Je me contenterai d'ajouter que Plolme joint le Zardrus avec
le Bipasis , c'est--dire le Setlej avec le Biah , et fait arriver
leurs eaux ainsi confondues, non pas dans l'Indus, mais dans le
Chen-Ab. '
La province qui spare le Setledj du Biah , est nomme Beyt
Jalindhar ; elle a cinquante coss de largeur. ,
Tel est l'ordre dans lequel se suivent les cinq fleuves du
Panje-Ab; et lorsque l'Ayeen-Akbary en compte six, soit dans
la province de Lahore, soit dans Moultan, c'est toujours en y
comprenant l'Indus, sans admettre jamais le Setledj comme com-
pos de deux rivires. Cette numration de noms sera de quel-
que utilit pour la gographie , en ce qu'elle prviendra toute
espce d'erreur l'avenir; non que je croie en avoir complt
la liste , car il est probable que les voyageurs qui , par la suite ,
traverseront ce pays en diffrentes latitudes , parviendront re-
cueillir un plus grand nombre de noms de localits ; mais c'est
un cadre qui pourra tre rempli mesure que les dcouvertes fu-
tures en fourniront les moyens. Aucun intrt ne nous attache
donc aujourd'hui cet objet, qui n'est que secondaire. Toute-
fois on doit regarder comme digne , jusqu' un certain point, de
la curiosit des savans, un travail qui prouve l'analogie des d-
nominations donnes par les Macdoniens ces fleuves, toutes
dfigures qu'elles sont avec leurs noms naturels , et qui offre
un chantillon, si je puis m'exprimer ainsi, du succs avec lequel
les personnes verses dans la connaissance des langues orientales
peuvent se livrer des recherches plus approfondies.
Mais , aprs avoir conduit chacune de ces rivires dans l'Indus ,
j'estime que quelques observations gnrales sont ncessaires
pour le complment de mon travail. Les sources de tous les
fleuves qui se dchargent dans le grand canal de l'Indus .sont
places au midi de celte longue chane de montagnes , appele
a68 NOTES DU LIVRE VI.
Hindoo-Khoo , qui spare la Tartarie de l'Indostan. L'Indus lui-
mme, ce que prtendent le major Rennell et l'Ayeen-Akbary,
coupe cette chane , comme le Gange et le Burhampootes ; sa
dernire source reste toujours inconnue. La chane de montagnes
qui se prolonge par Candahr, le Paropamisus des anciens , et
la rsidence des Aghvans ou Afghans de nos jours , s'tend vers
le nord jusqu' Kaboul, et recle la source de ces rivires qui
viennent de l'ouest se jeter dans l'Indus ; si cette chane est
coupe par l'Indus , elle s'lve encore du ct oriental de ce
fleuve , et , se partageant pour former un cercle autour de Kache-
mire , elle laisse chapper le Chelum ou Hydaspe de sa partie
septentrionale, tandis que, de sa partie mridionale, sortent
l'Acsines , l'Hydraotes et l'Hyphasis. Les montagnes qui cou-
vrent Kachemire l'est , paraissent se diviser de nouveau en deux
chanes , nommes Tchamon par Cheref-Eddin et Jemma par
les modernes. Entre ces deux chanes de montagnes est la route
que suivit Tymour dans son retour de Dehly ; c'est aussi dans
leur sein que nous devons trouver, selon toute probabilit, les
sources du Setledj.
Les pluies qui tombent dans ces montagnes grossissent tous
les fleuves qui joignent l'Indus de l'ouest ou de l'est, environ
vers le solstice d't ; et c'est ce qui fit qu'Alexandre et Tymour,
lesquels avaient form l'un et l'autre le plan d'une campagne
d't, prouvrent tous les inconvniens de la saison d'hiver.
On peut indiquer Moultan comme la limite au del de laquelle
ces pluies ne s'tendent pas ; et depuis Moultan , l'Indus , comme
le Nil , coule vers la mer travers un pays que rafrachissent
rarement des ondes bienfaisantes, ou une rose salutaire, et
qui semble condamn une strilit ternelle, si l'on en excepte
toutefois une langue de terre troite qu'arrosent les eaux du
fleuve.
En suivant la flotte dans sa navigation travers cette partie
abandonne, il est difficile de dcouvrir une situation topogra-
phique pour les tribus qu'Alexandre trouva conqurir. Nous
recueillerons bien ce sujet quelques lumires parses dans
l'Ayeen-Akbary, dans les ouvrages de d'Auville et du major l\eu-
nell ;mais, moins de supposer qu'un meilleur gouvernement et
NOTES DU LIVRE VI. 269
une plus grande industrie avaient produit de son temps une po-
pulation suprieure en nombre celle dont nous parlent les rela-
tions des auteurs ou voyageurs modernes, la conqute dut tre
un objet de trs-peu, d'importance pour ce hros.
Mou intention a t de dmontrer que l'ordre des fleuves du
Panje-Ab est le mme dans Arrien , Ptolme et l'Ayeen-Akbary,
et que les noms conservs dans Ptolme correspondent tous ceux
du sanskrit. Pour que la preuve ft complte , il fallait se reporter
une poque o le sanskrit tait la langue naturelle du pays , o
la communication avec des peuples trangers ne l'avait point en-
core altr, o enfin les invasions des Grecs, des Tatares ou
des Perses , n'avaient pas produit encore le fcheux effet de le
corrompre. Je conclus de tout ceci que les divers noms de ces
fleuves, vrifis d'aprs Ptolme, Arrien et le sanskrit, sont
tels que les prsente le tableau suivant :
ARRIEN.
PTOLME.
LE SANSKRIT.
Zadadrns ( Hesudrus ,
Bidasta ou Bedusta.
Chemdar-Bahka.
Izrawutti.
Beypasha.
g6S
Shatoodes ou Satludj.
Chap. XXII, page 56, ligue 18.
1. MONTS MALEES.
Quorum mons Maleus, in quo umbr ad seplentrionem, etc.. Per-
senos montes. Il s'agit ici certainement des monts Ghates occiden-
taux qui , situs l'ouest du plateau du Dekhan , s'tendent de
vingt degrs trente minutes de latitude nord sept degrs cin-
quante-six minutes par soixante-onze degrs quarante minutes
et soixante-quinze degrs douze minutes longitude est. On va-
lue leur hauteur moyenne huit mille quatre cents pieds au ni-
veau de la mer ; quelques-uns s'lvent infiniment au dessus.
a-o NOTES DU LIVRE VI.
Ce que dit Pline de la direction de l'ombre six mois au nord et
six mois au sud , n'est que trs-lgrement exagr , vu l'extrme
voisinage de la partie sud de cette chane et de l'quateur. Au
reste, le nom de Male , que notre auteur donne aux Ghauts,
est un nom gnrique, mala en indien signifiant montagne. De
l les noms de Malvah et de Malabar (Mal dans Cosmas, Ma-
laaca dans la langue des indignes) donns diverses parties de
la cte et celui de Malayes que portent les habitans.
2. MODES.
Les autres Emodes sont, comme l'indique le nom, les Hmat,
Himmaleh, Himla, Himia, Himva , Himalaa, clbres aujour-
d'hui par leur lvation qui n'a point de pareille sur le globe :
vingt-cinq sommets de cette chane surpassent en hauteur le
Chimborao (Voyez Revue encyclopdique , tom. XIII, pag. 4-5g ,
et Asiat. Research., tom. xiv, n 6). Ce vaste systme de monts
que l'on peut regarder comme le noyau de toutes les chanes de
l'ancien continent, et qui tend au loin ses longs rameaux sous
les noms d'Imaus, Mustag, Hmus , Hymette , n'est pas moins
remarquable par le privilge qu'on semble lui reconnatre aujour-
d'hui d'avoir t le berceau commun des peuples et des religions,
si tant est que , comme beaucoup de savans semblent aujourd'hui
disposs l'admettre , les religions et les peuples descendent d'un
mme centre.
3. Paropamises.
Les Paropamises se trouvent encore dsignes dans la gogra-
phie moderne par ce nom , que cependant on restreint d'ordi-
naire la chane de montagnes qui s'tend entre Hrat et Banian,
en traversant diagonalement le Khoraan actuel , et qui , par
consquent , unit les monts Turok aux Indou-Koch. On ne peut
douter que les anciens n'aient compris sous cette dnomination,
et les Paropamises des modernes , et l'Indou-Koch , au moins
jusqu' la rivire de Kachgar. Beaucoup de sommets de cette
chane conservent des neiges ternelles ; c'est elles que la
Bactriane et la Sogdiane , places du trente-cinquime au qua-
rante-unime degr de latitude nord , ont d , chez les anciens ,
NOTES DU LIVRE VI. 271
leur rputation de septentrionalit. En effet , outre l'lvation
dj assez considrable du sol , on doit remarquer que ces mon-
tagnes , places au sud des deux contres en question , intercep-
taient les vents du sud. Quant aux dtails de la chane, on ne doit
pas omettre que la clbre INisa de la mythologie grecque est pro-
bablement , ou un sommet particulier, ou un fragment des Paropa-
mises. Nisa avait t place tour tour dans l'Egypte , dans l'Arabie ;
Euripide lui-mme, en voulant soumettre le monde entier son
Bacchus, n'avait pu le conduire que jusqu'aux murailles de Bac-
tres, quand les conqutes d'Alexandre , apprenant l'occident civi-
lis l'existence d'une ville de Nisa , donnrent lieu la fable qui
nous montre dans Bacchus le conqurant de l'Inde. Des savans
profonds, l'aide de ce mot, mais peut-tre trop peu en garde
contre la sduction des artifices tymologiques, ont reconnu
dans Deva-Nicha , ou le dieu de Nicha, le Aivvo-of des Grecs.
Le clbre mont Mrou, colonne et axe du monde, a t la cuisse
(/unpi) o fut enferm Bacchus ; ce que , du reste , les anciens
pressentaient ou affimaient dj. ( Voyez Pline mme , dans ce
livre, page 64-, lign. 12 et i3.) Siva et Baghis donnent, par leur
combinaison, le mystique surnom de Sebazius ; Bacchus est le
mme nom que Baghis : enfin , qui ne distingue , ou du moins
qui ne souponne dans ces noms de Paropamises, Paropanises,
Parnisse , les monts ( Pareli) Nisa ou Nicha? Voir Miiller
( Gl. d. ait. vielk. ) , Grres ( Mjthengesch. , tome I , page 4-7 ,
note 1) , Langls (Recherches asiatiques , tome I , pages 261 ,
268 , etc. , etc. ).
Chap. XXIII , page 64. , ligne 6.
Etenim plerique, etc. Effectivement, dans les temps anciens, on
a regard comme faisant partie de l'Inde beaucoup de contres
l'ouest du Sind ; et mme, de nos jours , nous trouvons des
Indiens jusque dans les provinces de la Perse , particulirement
dans le Mkran , pays que les gographes orientaux compren-
nent souvent dans leur Sindistan.
Nous allons donner ici , d'aprs M. Gossellin , la description
des ctes indiques de l'Indus au Gange , c'est--dire le nom des
a 7 2 NOTES DU LIVRE VI.
lieux principaux , avec les points modernes correspondons , et
l'indication des distances. t
I.
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Lonibarc Indi oslium.
Bardaxima civilas.
Syraslra vicus. . . .
Monoglossum cmporium.
Mophides fluvius
Pacidare oppidum
Namadus fluvius
Malaenm vel Balaeum prom.
Catuane
Nusaripa
Pulipula
Supara
Goaris fluvius
Dunga
Binda tluvius
Simylla emporium et prom.
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Embouchure de Flndus
Assarpour
Sundar, port de Bardiano. .
Vers le fond du golfe de
Cutch
A l'embouchure de la ri-
vire de Morwe
Bivire de Noanagar
Bivire de Canswa
Pointe de Din.
Kerrah
Vers la pointe Groapnaut.
Vis--vis Pulo-Pram.. . .
Embouchure du Mahi, ou
fleuve de Godra
Gungar
Embouch. du Nerbuddah .
Cap et port de Souhali ,
prs Surate
en degrs.
Minutes.
O
1-j
IOO
i5o
172
3 7
377
447
485
54
5 7 6
6i5
677
710
en s!.-.i.-
de
O
3i5
1,167
i,75o
2,007
3,698
4,398
5,21 5
5,658
5,997
6,720
7> I 7~>
7.898
8,283
11.
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Sini \ lia emporium et prom.
Hippocura
Balipatna
Mandagara
Byzanlium
Chersonnesus. . . .
Nanaguna fluvius.
Arinagara
iNitri emporium.
Tyndis civilas. . .
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Cap et port de Souhali ,
prs Surate
Bacaim
Dabul
Bajaponr
Presqu'le de Dewgur.
Dans la baie de Goa. .
Sur le cap Ramas.
112
2o3
263
3o3
3^8
3 7 4
Carwar ; 394
Toundry ! 4 a ^
DISTANCE
en degrs.
en stades
de
-00.
Stades.
i,3o~
2,368
3,o68
3,535
4.060
4.363
4,5q 7
4, 9 58
NOTES DU LIVRE VI.
27^
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Bramagara
Callicaris extrema
Modiris (velMuziris) emp.
Pseudostomus fluvius
Podoperura
Semne
Coreura
Bacare
Baris fluvius
Melenda
Elancorum emporium. . . .
Cotliara uietrepolis
Banibala
Comaria prom. et civitas.
(Simylla promontorium).
Irliiizigeris iasula
Heptanesia iusula
Tncadiba insula
Peperina
Tnnesia iusula
Leuce insula
Nanigeris insula
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Mulki
Rivire de Manealor.
Corry
Parone
Rivire de Cranganor.
Cochin
Anjenga
Belingoum
Cap et forter. de Comorin
Cap de Souhali
Ile de Bombay
Ile de Sunderdon
Ile de Goa
Ile d'Onor
Iles et rocs de Parmra. .
Ile ou roc des Sacrifices.
Ile d'Eniam
en stades
en degrs. de
5i6
53o
i35
34
348
437
610
5a3
85o
6,030
6,i83
622
7,257
672
7,81
700
8,167
8,435
723
)>
8i3
9,485
8^7
q,88a
885
io,325
o
1,574
3,663
4,060
5,098
5,g5o
7,268
9,9i7
III.
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Comaria prom. et civitas
Sosicure
Colcbi emporium
Solenus fluvius
Cory vel Calligicum prom
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Cap et forter. de Comorin
Idinjacarey
Col-Patnam
Veyp-Arrou
Cap de Ramanan-Cor- . .
Cory insula | Ile de Ramanan-Cor
en degrs.
3o
56
i45
en stades
de
Mil 1/9.
o
556
1,037
1,611
2,685
18
*74
NOTES DU LIVRE VI.
IV.
POSITIONS ANCIENNES
selon Plolme.
Cory vel Calligicum proin.
Argari civita-
Salur emporium.
Nigama metropoiis
Tbelchyr
Curura vel Corula civilas.
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Cap de Ramanan-Cor. . . .
Artingari
Shatur
Nga-Palnam
Tolesca-Pajnam
A Temb. sept, du Cavry ,
nomme Coin-Ram. . . .
POSITIONS ANCIENNES
selon Plolme.
Curura vel Corula eivilas.
Cbaberis fluvius
Chaberis emporium
Sobura emporium
Poduce emporium
Mlange emporium
Tyna fluvius.
Cotlis
Maliarapha
Maesolus fluvius
Contacossyla emporium.. .
Coddura
Allosygne emporium
Locusundesolvunt inChry-
sen navigantes
Palura civitas
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Pointe de Callimre, prise
pour Curura
Embouchure du Cavry,
Nga-Patnam
Cavry-Patnam
Subarayen
Emb. de la riv. de Carv-
Pondi ou du Paliar. . . .
Mliapour ou Sem-Thom.
Rivire d'Arimgon
Cotta-Patnam
A l'embouchure de la riv.
Je Mare la
Emb. occid. du Krichna. . .
Cotta-Pollam
Gundur, prsdu lacColair.
ElJor, prs du lac Col air. .
Sortie du lac Colair prs de
Muglatore
Palicol ou Palicole
en degrs
ai
49
120
i3o
169
225
233
3o4
364
384
416
456
49
5i3
en stade
de
38g
97
2,222
2,407
3,i3o
4,167
4,3i5
5,63o
6,:4i
7,m
7.704
8,445
9.09 3
9,5oo
NOTES DU LIVRE VI.
VI.
375
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Palura civitas.
Nanigsena
Caiicardamna.. .
Cannagara
Manda lluvius. .
Cottobara
Sippara
Tandis fluvius. .
Mapura
Minagara
Dosaron lluvius.
Cocala
A damas fluvius.
Cosamba
Canibusum G angis ostium .
Palura civitas
Magnum Gangis ostium..
Camberichum Gangis ost.
Tilogrammum civitas. . . .
Pseudostomum Gangis ost.
Antibole Gangis ostium..
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Pointe de Kalliinre , prise
pour Palura
Nga-Patnaoi
Karical
Marcana, rivire.
Penta polis
Catabeda fluvius.
Mopur, entre de la rivire,
Sinagrua-Palam
Sicca-Collam
Embouchure du Krichna
Ja pointe de Divi
Kaumbole , prs du lac Go
lair
Embouch. occid. du Ganga
ou Gandewary
Palikol ou Palicole. . . .
Emb. du Ganga, prise pour
IVmbouchurtoccidentale
du Ganse
Ancienne emb. du Gange,
nomme rivire d'Hou-
ringolta
en degrs.
Baracura emporium.
Tocasanna fluvius. .
Sambra civitas
Sadus fluvius
Sada civitas
Embouchure du Megna, ou
Brama-Poutrn
Rerracoum.
Rivire de Ramou
Rivire d'Aracan
Embouchure d'une rivire
ai
33
n5
a5o
308
M
38a
399
44a
493
5i3
5-28
640
;50
80
883
97 2
i,oao
en stade
de
Il 1 1 KO-
Stades.
O
38g
611
V
a,i3o
4,63o
5,333
7>74
7,38 9
8,185
g,i3o
y,5oo
9-778
11, 85a
1 3,88g
i5,i85
i6,35a
18,000
i8,88g
18.
276
NOTES DU LIVRE VI.
VII.
POSITIONS ANCIENNES
selon Plolme.
Sada civitas
Barabonna emporium .
Temala fluvius
Temala civilas
Temala civitas.
Tacola emporium
Pour les dtails intermd. ,
voyez le tabl. n VIII.
Tacola emporium
Zabae civitas
Pour les dtails intermd. ,
voyez le tabl. n IX.
Zabae civitas..
Catigara Sinaruni statio .
Pour les dtails intermd. ,
voyez fin du tabl. n IX ,
et les tabl. nX, XI.
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Embouchure d'une rivire.
A l'embouchure de la riv.
de Dornbac
A l'embouchure de la riv,
de Dombac
Dans la baie de Ngras . .
Dans la baie de Ngras.
Tavai
Tavai
A l'embouchure de la riv.
de Chtigua
DISTANCE
en degrs.
190
O
87
O
480
o
195
en stades
de
1111 1/9.
Stades.
O
3,5ig
o
1,611
8,889
3,6ii
VIII.
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
DIST
en degrs.
ANCE
en stades
de
5oo.
A l'embouchure de la riv.
Minutes.
O
?
167
35o
38o
840
Stades.
Promontorium post ipsam.
A l'embouchure de la riv*
A l'embouch. d'une rivire
725
I,3 9 2
2,917
3,l67
Promontorium post ipsam.
Dans la baie de Bangri. . .
7,000
NOTES DU LIVRE VI.
IX.
277
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Tacoia emporium
Promont, post Tacolam.
Chrysoana fluvius
Sabana emporium
Palandas fluvius
Malaeucolon promont. . .
Attabas fluvius
Coli civitas
Perimula
Perimulus sinus
Saramande
Pagrasa
Sobannus fluvius
Pitlionobaste emporium.
Acadra
Zabae civitas
Magnum promonto iuin
POSITIONS MODEKNES
correspondante.
Dans la baie de Ba
ngn.
SnmaSaminang,prsducap
d'OuIor el des les Sam-
bilong
Prs de Malaca.
Pointe de Ligor.
X.
DISTANCE
en degrs.
485
6 7 5
t. ,55
en stades
de
5oo.
Stade
4,042
5,625
12,542
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Magnum promontorium . .
Thagora
Balonga metropolis
Throana
Daona fluvius
Corgatha metropolis. . . .
Sinda civitas
Pagrasa
Dorius fluvius
Aganagara
Serus fluvius.. i
Limes magni sinus versus
Sinas
Aspilhra fluvius
Bramma civitas
Ambastus fluvius
Rhabana civitas
Sentis fluvius
Notium promontorium. . .
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Pointe de Ligor.
Cini
Embouchure du Mnam.
Emb. de la riv. d'Ogno . .
Rivire de Chantban. . .
A remb.de la riv. Menotte,
Rivire de Cancao
Pointe de Camboja
en degrs
264
430
468
5 7 5
745
780
8/9
Sude
4,889
8,667
10,6^6
13,796
14,444
16,278
278
NOTES DU LIVRE VI.
XI.
POSITIONS ANCIENNES
selon Ptolme.
Notium promonlorium. .
Ferinus sinus
Satyrorum prooiontorium
Sinarum sinus
Cotiaris fluvius
Catigara Sinarum statio. .
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Cap de Martaban
Golfe de Martaban
Cap Quekmi
Vers l'embouchure de la ri-
vire de Tavai
Emb. mr. du Tama-Srirn
E ml), del riv. de Clic Ligua
en degrs.
5o
125
23o
356
4o5
en stades
de
mi 11a.
Stades.
o
926
2,3 1 5
4,2DQ
6,5q3
7,5oo
Chap. XXIV , page 66 , ligne 7.
Taprobanen alterum Hc comperta de Taprobane. Quoi qu'en
dise Poinsinet, Taprobane ne peut tre autre que Ceilan. C'est ce
que prouvent positivement,
i p . Leur voisinage d'une cte indostanique ( voisinage tel ,
que des montagnes qui dominaient l'le on apercevait les mon-
tagnes du continent , et sans lequel d'ailleurs il et t impossi-
ble aux anciens d'y arriver) ;
2 L'identit de Taprobane et de la Sielen-Dive, de Cosmas
l'indicopleuste (or, Dive , en sanskrit et dans toutes les langues
indiennes , signifie le ; Sielen-Dive est donc l'le Sielen ou
Geilan , dont on reconnatra maintenant avec la plus grande fa-
cilit les lettres radicales sous les formes plus ou moins altres
de Serandlves d'Ammien Marcellin, Serandib ou Serendib de l'a-
rabe , et mme Simunda, lisez Silunda, de Ptolme , Pline , etc.) ;
3. La suite des positions dtermines par M. Gossellin, et par
le tableau desquelles nous terminerons cette note.
Outre les noms ci-dessus indiqus , Ceilan a port ceux de
Salabha , ou le riche (que l'on reconnat dans le Salike de
Ptolme) , et de Langa en sanskrit. On la nomme vulgairement
Singala ou Chingala , c'est--dire le des lions : de l le nom de
Chingulais donn aux habitans.
Quant aux renseignemens donns , ou soi-disant, par les am-
NOTES DU LIVRE VI. 79
bassadcurs de la Taprobane , ces dtails , dit Gossellin , ren-
ferment des fables et des mprises videntes , dont une partie
doit tre attribue la fausse interprtation donne par les Ro-
mains aux rcits des ambassadeurs de la Taprobane.
11 n'est pas vraisemblable , par exemple , qu'ils aient dit que
de leur le ils dcouvraient le pays des Sres par del les monts
Emodes. De Ceilau ces montagnes , qui font partie de la grande
chane que traverse le Gange pour entrer dans l'Inde, il y a quatre
cent vingt lieues en ligne droite , et plus encore jusqu' Sri-
Nagar, l'ancienne Sara, capitale du pays des Sres de la Scythie,
dont Pline veut parler dans cet endroit. Une pareille distance
serait seule un motif suffisant pour persuader que des insu-
laires , babitans d'un pays trs-chaud et trs-fertile , devaient
ignorer jusqu'au nom d'une contre place au milieu des hautes
montagnes du Tibet, o le froid est si rigoureux : cette contre,
d'ailleurs, n'offrait aux commerans d'alors , comme ceux d'au-
jourd'hui, que des pelleteries et des laines, dont les Taprobaniens
n'avaient aucun besoin.
Il faut donc qu'il soit ici question d'un peuple de Sres fort
diffrent de celui de la Scythie et de celui du Ser-Hind. Les Sres
qu'avait visits le pre de Rachias devaient exister dans le conti-
nent de l'Inde qui avoisine Ceilan; et, en effet, les lieux qu'ils
habitaient nous sont indiqus par les noms de Sera , que portent
encore aujourd'hui une ville et une province entire de Maissur,
situes au del des montagnes qui terminent, l'ouest, les plaines
du Carnate. Ces montagnes sont environ quarante lieues de
Ceilan , et il est possible qu'on les dcouvre des hauteurs de
cette le. Ainsi , tout annonce videmment que Pline , tromp
par la rptition du nom de Sres, confond ici en une seule
nation les diffrens peuples de ce nom , et c'est lui qui , en
attribuant aux Sres du Maissur les mmes murs qu'aux
Sres de la Scythie , a cru voir les monts Emodes dans les mon-
tagnes du Carnate, dont parlaient les ambassadeurs de la Tapro-
bane.
Les Sres dont il est question pouvaient bien , il y a dix-huit
sicles , ne pas tre confins dans la seule province qu'ils occu-
pent maintenant ; et nous croyons entrevoir des vestiges d'une
a8o NOTES DU LIVRE VI.
domination plus tendue dans les noms qu'ils semblent avoir lais-
ss Sringa-Patnam , capitale actuelle du Maissur , et la ville
de Sringham , situe sur le fleuve Cavry, au sommet du delta
form par ses embouchures.
On doit mettre au rang des fables, ou plutt au nombre des
choses mal comprises par ceux qui interrogeaient les ambassa-
deurs de la Taprobane, les phnomnes rapports sur le lever et
le coucher du soleil , sur la direction des ombres , sur la dispa-
rition de la lune pendant les deux tiers de sa rvolution , sur
leur tonnement la vue des Pliades et de la grande Ourse.
De leur temps la claire des Pliades avait environ i6 i5' de
dclinaison borale ; elle s'levait par consquent, sur l'horizon
du centre de Ceilan , d'environ 8i 35' ; et il tait impossible
que cette constellation y ft inconnue. La grande Ourse se cou-
chait pour cette le. Les Taprobaniens auront remarqu Rome
qu'elle y restait visible pendant toutes les nuits , et ils ont pu
tre frapps de ce phnomne aprs avoir vu disparatre , durant
leur voyage , Canope et les autres toiles comprises entre le
quarante-huitime et le quatre-vingt-deuxime degr sud. Quant
la direction des ombres , ils peuvent avoir dit que chez eux
elles se prolongeaient , vers le nord , pendant environ sept mois ;
vers le midi , dans le reste de l'anne ; et , sous cet aspect , leur
rapport tait exact.
Les renseignemens qu'ils donnrent sur quelques localits de
la Taprobane prsentent aussi des difficults. On trouve bien
dans Ptolme que cette le avait port avant lui le nom de
Simundi ou Palsimundi insula ; on y voit mme un cap An-
drasimundi : mais cet auteur n'a connu ni la ville de Palsesi-
mundi , ni le fleuve du mme nom , ni celui de Cydara , ni le
lac Megisba , ni le port dTippuri , o l'affranchi de Plocamus
disait avoir abord ; et nos connaissances actuelles ne donnent
aucun moyen pour s'assurer de l'emplacement de ces lieux. On
sait seulement que dans la partie septentrionale de Ceilan il
existe un lac nomm Padiwiel-Colam d'o sortent deux fleuves,
dont l'un dirige son cours vers le nord-est pour tomber dans le
golfe de Cuklay , et l'autre au sud-est pour se rendre dans la
baie de Trinquemale. Deux autres fleuves ont aussi leurs sources
NOTES DU LIVRE VI. 281
l'ouest et prs de ce lac ; l'un se porte directement au nord ,
l'autre au nord-ouest , jusque dans les environs de l'le Ma-
naar, o il se perd vis--vis les ctes de l'Inde. Si l'on pou-
vait croire que l'indication vague d'un fleuve qui coulait vers le
midi aurait fait penser aux Romains , et Pline en particu-
lier, qu'il devait aboutir la cte mridionale de l'le , on en
conclurait que la baie de Trinquemale est l'ancien port de Pal -
simundum , et le Cydara l'un des fleuves dont nous venons de
parler.
A nos veux , cette terminaison de simundum , frquemment
donne aux noms de lieux de l'le de Ceilan par les Grecs et les
Romains , doit tre regarde comme trangre au nom vritable.
C'est ainsi que nombre de gens , chez nous , disent Lille en
Flandre , Rennes en Rretagne , quoique rien au monde ne soit
plus inutile que cette addition.
Malte-Brun et d'autres disent que l'annexe Val , qui se
trouve devant simunda dans Palsimunda ou Palsimundum,
n'est que l'adverve grec tskxm , comme si l'on disait h ix.x&i
*,t/u.vvo ou lip.ovvS'os. Nous souponnons que cet affixe initial
pourrait fort bien reprsenter le mot baii, parfait ou sacr. On
sait , du reste , que c'est principalement dans le Dkhan mri-
dional et dans l'le de Ceilan que fut parl l'antique idiome de ce
nom.
Le mot Rachias , que Pline donne comme nom propre du
prince qui envoyait Claude les ambassadeurs , n'est videm-
ment que le mot Radjah , titre gnrique des souverains , et
identique , comme l'on sait , au rex , reg-is des Latins.
Quant la distance de sept ou vingt jours que Pline admet
entre Ceilan et la cte indostanique , elle doit tre compte ,
non pas de l'le au cap Ramanan-Cor , qui est le plus voisin ,
mais du cap Comorin Ceilan , en passant devant Ramanan-
Cor , car la distance alors est de soixante-cinq soixante-dix
lieues ; et ds-lors on conoit que les vaisseaux grecs , faisant
de neuf dix lieues par jour, aient mis sept jours traverser
cet espace. Les pirogues des Indiens allaient beaucoup plus len-
tement.
Nous finissons , comme nous l'avons annonc , par le tableau
282 NOTES DU LIVRE VI.
des principales localits et positions de Ceilan d'aprs Ptolme ,
expliqu et rectifi par M. Gossellin.
POSITIONS ANCIENNES
selon Plolnie.
POSITIONS MODERNES
correspondantes.
Borum promontoriuin. . .
Galiba extrema
Margana civiias
Iogana civiias
Andrasiimmdi promont.. .
Soana fluvius
Sindocanda civitas
Priapidis porlus
Anubingara
Prasodcs sinus
Jovis exirerna
Nubarta
Azanus fluvius
Odoca civitas
Orneon extrema
Dagaua civitas sacra lun.
Corcoba
Dionysii civitas
Cctaeum promontoriutn. . .
Baracus fluvius
Bocana civitas
Marduli porlus
Abaralha civitas in extrein.
Solis porlus
Procuri civitas in promont.
Rhizala porlus
Oxia promoulorium
Ganges fluvius
Spatana portus
Nagadiba civitas
Pasi sinus
Anubingara civiias
Modulti emporium
Phasis fluvius. ? .
Talacori emporium
Borum promontorium.. .
Cap Calasnane
Cap, et 1 le Galttc
Rivire
Arripo
Cap de Monche-Catty. . . .
Rivire de Pompairpo. . . .
Ounavelij
Chilow
Ngornbo
Lagunes de Ngombo. . . .
Pointe de Colombo
Caitoura ,
Rivire d 1 Hingame
Gendore
Cap Dondra
Tangale .
Baie d'Hoenne-Recelewel .
Emb. de FAudoen-Oroen.
Pointe d'Arraegamen
Embouch du INardel-Aar
Paykiri-Chene
Koderipoe
Batacolo , sur une pointe.
Compaposieren
en degrs.
Cap de Coliar
Mowil-Ganga , fleuve. . . .
Embouchure deRio-Serto,
Cuklay
Golfe de Ramskerk
Moeltave , . . . .
Madam
Rivire
Tiagam
Cap Calasnane
45
68
86
io4
127
144
166
174
184
2o5
238
25o
277
293
317
347
385
49
416
428
44o
458
5o6
535
542
55 1
56 1
5 7 6
591
606
62a
n -li.de>
de
III 1,9.
5oo
833
1,259
1,593
2,352
2,667
3,074
3,2 '22
3,407
3,796
4/l7
4,63o
5,i3o
5,426
5.870
6,426
7,i3o
7^74
7^o4
7.926
8,148
8,481
9,222
9.370
*9'77
10,037
IO,3o4
10,38g
10,667
io .94
11,222
11,574
NOTES DU LIVRE VI. a83
Chap. XXV, page 74, ligne 6.
Capissen , aujourd'hui Corden et ses environs. P.
Ligne 7.
Arachosia, aujourd'hui Chatzan, selon le pre Hardouin , qui
blme ceux qui en font Candahar. Je serais tent d'en faire Sia-
rank , dont le mot Aranchosia ou Arachosia ne me parait tre
que l'anagramme. P.
C'est Hardouin qui a raison. En effet , comme l'Arachosie se
trouvait entre la Drangiane l'ouest, la Gdrosie, la Choarine,
les Oriles au sud , la Paropamisade au nord , et diverses con-
tres de l'Inde l'est, il est vident, d'aprs les cartes modernes
compares avec les cartes anciennes, qu'on peut regarder ce pays
comme reprsent , i par le Siouistan ou Sivistan , qui fait
partie du Kaboul propre ; 2 par le Saraouan , dans le Belou-
tchistan. Le nom d'Arachosie s'est conserv dans celui d'Arro-
khage ( Voyez la note suivante) ; mais il ne faudrait pas s'imaginer
que ce district, assez petit, reproduise 1'.tendue de la province
ancienne. V. P.
Ligne 8.
Cum oppido , aujourd'hui Candahar et Hacan, selon le pre
Hardouin. P.
Candahar est beaucoup trop au nord pour convenir la po-
sition de la ville d'Arachosie ou Arachote ; d'ailleurs , on sait
que ce nom appartient Alexandrie la Paropamisique. Arachosie,
ville , est aujourd'hui Rokhage ; et le nom d'Arrokhage , donn
au territoire environnant , n'est autre chose que Rokhage prcd
de l'article al. La rivire homonyme , que consquemment on
nomme indiffremment Arachosie ou Arachote , s'appelle
prsent Lara. V. P.
Ligne 9.
Amnis Erjmanthus. Le fleuve ou plutt la rivire qui passe
entre la ville nomme Chabul et la rgion nomme Cabul. Voyez
la carte de l'Asie par Van-Lochom. P.
a84 NOTES DU LIVRE VI.
Il n'est pas impossible que l'Erymauthe doive tre identifi
avec l'Etymander de quelques auteurs anciens , aujourd'hui Hel-
mende ( Voyez Saumaise , ex. Pline sur Solin ; et cf. Arrien ,
Expdition d 'Alexandre , liv. IV ; PoLYBE , LXI , etc.); dans tous
les cas , ce serait un de ses affluens : c'est une grave erreur que
d'y voir, avec Poinsinet , la rivire de Kaboul. V. P.
Chap. XXV, page 74, ligne 10.
Parabesten Arachosiorum. Cette ville, dont le nom signifie
valle , n'est autre que Chabul , ville qu'il ne faut pas confondre
avec la contre de Cabul l'orient de laquelle elle est situe. P.
Ligne 11.
Gedrosi, aujourd'hui Circan et Macron , ou Makheran , selon
le pre Hardouin. P.
Voyez la note sur le chapitre cs5 , ligne 12.
Ligne 12.
Paropamisad. Peuples des montagnes adosses au Circan.
P.
Cartanu, aujourd'hui Birusen, et non pas Chabul , comme se
l'est figur le pre Hardouin. P.
Ligne i3.
Regio... Bactrianorum. Cette contre se nomme aujourd'hui
Tarbakan , comme je l'ai dj observ. P.
Le vrai nom est Balkan , ainsi nomm de Balk , capitale qui
* succd Bactres. V. P.
Ligne i-4-
Cujus oppidum Alexandria , a conditore dictum. 11 y a beaucoup
d'incertitude sur cette Alexandrie , que les uns regardent comme
la mme qu'Alexandrie la Paropamisique , tandis que d'autres ,
au contraire, la confondent avec Alexandreschate ('Axe%&vfpeta.
gvKavKa.ix.6To sis *h.xs%cLV-
fpeictv vrxiv vfo KTStt, "Apet ,"Ap& , "Apov , etc.
V. P.
NOTES DU LIVRE VI. 287
Chap. XXV, page 74, ligne 21.
Ariacoana, aujourd'hui Cosana ou Casana. P.
Ligne 22.
Arius amnis. C'est un fleuve qui tombe dans le Pultinalon. P.
"Apeiof d'Arrien (Hv. iv), 'Apelcte de Ptolme ( liv. vil, ch. 1 7)*
'A.pi&s deStrabon (liv. xi), est videmment l'Heri-Roud. V. P.
Ligne 1^.
Artatabane. C'est cette ville ou celle d'Artacoana qui r-
pond , chez les anciens , la ville de Cosana ou Casana des mo-
dernes. P.
Page 76 , ligne t.
Dorisci gens, aujourd'hui ceux de la ville et du lac Burgion.
Pharnacoiis. Ce fleuve et l'Ophrade qui suit sont deux ri-
vires indiques dans la carte de la Perse par Hondius , dont
l'une passe l'orient de Babachi , et l'autre l'occident de Cor-
carchistan, et qui, toutes deux, se jettent dans le lac Burgion.
P.
Ligne 2.
P rophtasi , aujourd'hui Corcarchistan au voisinage de Tar-
bakan que j'ai dit rpondre la contre des Bactres Zariaspes.
P.
Cf. la note suivante sur Drang. V. P.
Drang. Tout le pays situ entre Corcarchistan et Eudras.
P.
Ap&yycii de Strabon (liv. XI : &pkyya.t eSrpos- TlepriKtis). On
dit non moins communment Zaranges , et c'est de ce nom qu'il
s'est conserv des traces jusque chez les modernes, la Prophtha-
sie , ci-dessus nomme , n'tant autre que Zarange dans le
Sedjistan. V. P.
Evergei , aujourd'hui Eudras, synonyme d'Euvergte. P.
Ligne 3.
Gedrusi, aujourd'hui Bassar. Le pre Hardouin confond mal
propos ces Gdruses avec les Gdroses. P.
288 NOTES DU LIVRE VI.
Chap. XXV , page 76, ligne 3.
Lymphoria , Pecolais. Ces deux villes sont inconnues aux mo-
dernes ; elles font sans doute aujourd'hui partie des dserts
Mlhoriques , c'est--dire situs au pied du mont Maugracot ,
o l' Indus prend sa source. Au reste les noms de ces deux villes
sont altrs dans le texte. Cinq manuscrits portent Peucopolis,
Siphorta. P.
Ligne 4--
Melhoricum desertum , aujourd'hui la contre dserte nomme
l'Eremaer, l'orient du mont Maugracot. P.
Ammis Manain. Ici Pline reprend la cte , puisqu'il va tre
question d'un port; mais la rivire dont il s'agit et tous les noms
topographiques qui suivent sont sans aucun rapport avec l'tat
actuel de noire topographie moderne , sans doute faute de bon-
nes cartes , ou plutt faute de bons mmoires. P.
Ligne 5.
Flumen Borru. De trois manuscrits l'un porte flumen eorum ,
et les deux autres flumen horum : tout le reste flumen Borru. P.
Ligne 6.
Cabirus Suarorum. Au texte la plupart des diteurs lisent Ca-
beron Sorarum au lieu de Cabirus Suarorum , qui est la leon con-
stante des meilleurs manuscrits. P.
Ligne 7.
Flumen Copha. Ce fleuve est trs-diffrent d'un autre du mme
nom dont on a parl plus haut. Le pre Hardouin en fait le mme
fleuve que l'Arbis, c'est--dire selon lui, l'Ilment des cartes
modernes , qui se jette dans l'ocan Indique , aprs avoir reu
le Sal, le Ghir et l'Ilmentel. P.
Ligne 10.
Dariiin. C'est la partie de la Mdie qui regarde l'orient, et
qui confine la Carmanie. P.
NOTES Dl LIVRE VI. *$
Chap. XXV , page 76 , ligne 12.
Gedrosos. Peuples de la cte maritime de l'Ariane, c'est--dire
de la cte en de de l'Indus. [Voyez ci-dessus , note sur le cha-
pitre a5 , page 76 , ligne 4--) P-
Pasires. La carte moderne de l'Asie par Van-Lochom nous
montre une ville de Pasir situe entre deux fleuves qui bornent
la partie occidentale de la contre de Circan. P.
La relation de Narque marquait aussi , vers le commence-
ment de la cte des Ichthyophages , un village du nom de Padira,
avec un assez bon port. 11 est par 6/j. 5j' de longitude orien-
tale de Paris , et 25 26' de latitude nord. Entre la baie qui
forme son port et un petit golfe plus l'ouest , s'avance une
pninsule dsigne par le nom arabe de Bagasira (Gasira, Djesirah,
dans cette langue, signifie le ; et l'on a remarqu que toutes les fois
que l'on trouve la syllabe ba la tte d'un nom gographique dans
ces parages , on est peu prs sr de rencontrer une baie prs
de l ). V. P. v
Ligne i3.
Ichthyophagos. C'est--dire mangeurs de poissons'. Leur con-
tre est celle o se voient aujourd'hui les villes de Como, de
Dulcidan et de Goadel. Cette contre est borne l'occident par
une chane de montagnes , d'o ces Ichlhyophages taient nomms
Orites, c'est--dire montagnards. P.
On s'en fera une ide encore plus juste en se figurant qu'elle
s'tend sur une longueur de quajre cent cinquante milles en ligne
droite , ou en suivant les dtours de la cte d'environ six cent
vingt-cinq milles de Malana , aujourd'hui Malan , au Carum-
Badir, aujourd'hui cap Jask ou Djask. C'est aujourd'hui la cte
du Beloutchistan , moins le Lottsa , province sud-est de cette
grande contre. Le nom d'Ichthyophages , comme on" le devine
aisment , ne dsigne point un peuple particulier , mais seule-
ment le genre habituel , ou plutt unique , de nourriture des
habitans, nourriture laquelle les rduisaient ou les conduisaient
et la strilit des ctes , et l'abondance de la pche maritime dans
ces parages.
290 NOTES DU LIVRE VI.
Cha. XXV, page 76, ligne i.
Oritas. Arricn fixc.;,,Malana la limile du territoire des Orites.
Selon lui, l'tendue de la cte est de seize cents stades. L'on
peut, d'aprs cela , tablir d'une manire plus prcise , le rap-
port de ce gographe avec nos mesures modernes , en con-
sultant la carte de Dalrymple , qui met entre l'Arabie ( limite
orientale) et le cap Malana une distance de quatre-vingt-cinq
milles gographiques. Le total des dislances partielles, marques
chaque jour sur le journal de Nrque, ne s'lve,, il est vrai ,
qu' quinze cents stades ; mais le manuscrit de Gronovius don-
nant entre Pagala et Kabala une distance de quatre cent trente
stades , au lieu de trois cents marques par le premier entre les
mmes points , il en rsulte une distance totale de seize cent
trente stades , ce qui s'accorde avec l'valuation donne par Ar-
rien , ce dernier ne fixant la distance qu'en nombre rond et
sans fractions. On voit d'aprs ces observations , que le mme
journal peut servir dterminer avec prcision les positions
de Pagala , Kabala et Krakola. La carte du commodore Robinson
donne les noms d'Arrah, de'Cuderab et de Kindarah ; mais on
ne peut tablir avec certitude la conformit de positions de ces
lieux , ni celle de leur nombre. Arrien nous prsente les Orites,
hahitans de celle cte , arms et habills comme les tribus in-
diennes, mais il croit voir dans leurs mofturs et leurs usages une
race diffrente de ces dernires.
Le pays des Orites , selon, Arrien , est born l'est par
l'Arabis , au nord par une ehane de montagnes qui s'tend
paralllement aux bords de la mer, l'ouest par une partie de
cette mme chane , qui va jusqu' la mer vers Malana ou le
cap Moran; ce cap, qui semble peu saillant et peu lev, se joint
probablement au cap Arrabah , la distance d'environ trente
milles vers l'ouest, par des terres d'une certaine lvation. Nous
retrouvons dans le nom du cap Arrabah la dnomination origi-
naire des Rloutches Arabites de J'antiquit. Le lieutenant Porter
dit que la cte porte , jusqu'au cap Guadel , le nom de Bloache
( pays des Bloaches) , et celui de Brodia depuis ce cap jusqu'au
NOTES DU LIVRE VI. agi
golfe Persique. Ou ne peut do nc d^ ter que ces montagnards ,
franchissant les limites qn aligne leur tribu , n'aient
tendu leur puissance travers e pavs des Orites jusqu'au cap
Guadel, et laiss leur nom au^^^Arrabah comme une trace de
leur excursion vers l'occident ; et , si l'on connaissait le nom
qu'ils se donnent entre eux , peut-tre leur langue naturelle of-
frirait-elle quelque rapport avec leur dnomination primilive.
D' Anville fait de Hailr la capitale moderne de cette province ,
et croit voir dans cette ville l'Ora des anciens; il semble suivre
en cela le gographe de Nuhie , qui fait passer par Har une
route trace depuis l'Indus jusqu' Firabuz dans le Mkran et la
Gdrosie : nous ne pouvons sur ce point puiser aucun renseigne-
ment exact dans l'auteur du Priple ; car cet crivain , qui tra-
versa l'ocan sans approcher des ctes de la Gdrosie , parle de
la baie de Thrabdon et d l'Indus, qu'il appelle Sinthus, mais
ne dit que deux mots sur Orsea. 11 place cette ville l'embou-
chure d'une rivire et dans une baie, tandis que cette baie se
termine Guadel , et qu'Oraea est bien plus avanc l'est de
Guadel ; son erreur est donc manifeste , si , par Ora , il a voulu
dsigner l'Ora des anciens. Ptolme place l'Ora 102 20' de
longitude , et io 4.0' de latitude. Les gographes anciens ap-
pellent Gdrosie toute la cte qui s'tend entre la Carmanie et
l'Indus, et que les Orientaux nomment aujourd'hui. Mkran ;
mais on doit distinguer les parties dsertes de ce pays , de celles
qui sont peuples.
Les dtails donns par Arrien sur la cte des Orites n'offrent
que trois points fixes et bien marqus : ce sont l'Arabis, le To-
roerus et le cap Malana ou Moran. Thyenot , qui parle du cap
Malan , sans cependant s'en tre, approch assez pour le voir,
prouve du moins que le nom existe toujours dans la langue du
pays ; mais , d'autre part , la position du cap Moran , donne
par le lieutenant Porte, et la ressemblance de ce nom avec celui
de Malan , nous obligent reconnatre l'identit de ces dnomi-
nations , surtout si l'on observe que notre oreille confond sou-
vent les deux sons / et r dans les idiomes trangers. Porter, ainsi
qu' Arrien, fait mention de trois noms d'endroits diffrens sur
cette cte, Arrah , Kudjerah et les rochers de Kingal.Kudjerah
9-
agi NOTES DU LIVRE VI.
est peut-tre le mme noMque Krokala , dont parle Narque ,
car la langue grecque n'alBk: son nui rponde au ch an-
>AmeKrc
m
> ressemblai
glais. Ces deux mots ne diflj^^Bpas beaucoup l'un de l'autre
pour la prononciation. Ces refWnblances , la conformit de posi-
tions et de distances doivent fixer notre opinion. La Rochette croit
voir dans Kingala moderne ce que les anciens appelaient Kabana.
Strabon donne cette cte dix-buit cents stades d'tendue,
et diffre ainsi de cent soixante-dix stades avec Arrien , diff-
rence extraordinaire , si ces deux historiens ont pris tous deux
pour base de leur calcul le journal original du voyage de Narque,
mais que l'on doit peut-ire attribuera l'inexactitude des chiffres
dans les manuscrits grecs. Dans le manuscrit de Gronovius , les
stades d'Arrien , corrigs , sont de cent deux milles ; ceux de
Strabon, cent treize; le commodore Robinson tablit ce nombre
un peu plus de cent milles , ce qui s'accorde tellement avec
les deux premiers calculs , que les navigateurs ne pourraient es-
prer un rsultat plus exact sans le secours des iustrumens que pos-
sdent les modernes. (Extr. du Voy. de Narque, trad. Billecocq.)
Cn.\P. XXV, page 76, ligne i5.
Inde posuere Arbiorum gen'em. . . Par del les Ichthyophages ,
vers l'oceident, ces auteurs comptent encore un intervalle de
deux ceuts milles jusqu' la nation des Arbiens , lequel intervalle
est rempli non-seulement par les dserts qui sont au couchant
des Ichthyophages, mais encore par la nation des Chlonophages,
intermdiaire entre l'Arbis et la nation propre des Arbiens. P.
Ichthfophagos omnes Alexander vluit piscibus vivere. C'est
ainsi que Nabuchodonosor et d'autres conqurans essayrent ,
mais en pure perte, de faire cesser l'abstinence du porc chez les
Juifs. II est trs-facile de soumettre avec la force une nation quel-
conque, mais il n'y a point de force qui puisse prvaloir contre
le prjug et l'obstinalion , soit religieuse, soit superstitieuse.
Les infructueuses dragonnades de Louis xiv en sont une preuve
bien sensible. P.
La dfense d'Alexandre tait fort sage dans le fond, mais elle
-supposait bien d'autres mesures sur lesquelles on ne dit rien. Il
NOTES DU LIVRE VI. i* 9 3
fallait, par exemple, habituer les Ichthyophages la culture de
quelques arbres qui pouvaient crotre sur leurs ctes arides , ou-
vrir des routes au commerce, etc., etc. ; sans cela il tait dri-
soire d'interdire le poisson des hordes ncessairement tran-
gres l'agriculture et l'industrie. -Leur dfendre de vivre de
pche, c'tait leur dfendre de manger. V. P.
Chap. XXVI , page 76, ligne 19.
Sed priusquam Africo vel... Auslro. Dans cette note que nous ti-
rons de Maltebrun , nous nous bornons strictement exposer
l'historique des navigations des anciens dams la merdes Indes
jusqu'aux environs de l'poque de Pline. Les positions qu'il indi-
que , d'aprs Onsicrite et Narque , se retrouveront dans les
tableaux annexs aux notes sur la Carmanie (chap. 0.7), le golfe
Persique (chap. *8) et le golfe Arabique (chap. 32).
Long-temps la navigation de la mer des Indes parat tre res-
te dans l'tat o fut celle de la mer du sud, avant l'arrive des
Europens. Les voyages des Phniciens et des Hbreux, soit vers
la ville d'Ophir, en Arabie, soit vers la terre inconnue d'Ophir,
offrent trop peu de certitude historique et de prcision gogra-
phique, pour qu'un crivain de bonne foi puisse se permettre
d'en tirer des conclusions'. Les premiers Gres qui pntrrent
jusqu'aux rivages de la mer des Indes, nomme mer ry-
threnne ou Rouge , trouvrent les Arabes-Sabens en posses-
sion du commerce de l'Inde (Aga.thar.ch. , 65; Strabon.,
lib. xvi, pag. 124., dit. Alinel ; DlODOR. SlCUL. , lib. ni)-
C'tait de ces Arabes, nous disent-ils, que les Phniciens
avaient tir les marchandises qui , pendant des sicles , avaient
enrichi Tyr et Sidon (Agatharch., lib. i). De mme les con-
qutes de Ssostris, si elles sont relles, ne s'tendirent que
jusqu'au promontoire Mosylon, vis--vis de la cte des Sa-
bens. Il ne reste donc que les Indiens auxquels on puisse at-
tribuer la priorit sur les Arabes dans la navigation de ces pa-
rages ; mais les lois de Meou dfendent aux Indous d'aller en
'< haute mer ; et nous venons en outre d'apprendre que tous les
noms de gros navires, usits dans l'Indostan, sont d'origine
Sgi NOTES DU LIVRE VI.
-arabe (note de M. Solvins, auteur de la Description des In-
dous); circonstance qui semble devoir faire rejeter toute ide
d'anciennes navigations lointaines, excutes par des Indiens.
Quoique les Arabes n'eussent que des barques couvertes de!
cuir, et dans la construction desquelles il n'entrait pas mme
un clou de fer {Priple de lamer Erjth. , passim; Si'RhV. , 1. xvi,
chap. ; Procop., Pers., liv. l), leiirs voyages dans l'Inde doi-
c vent remonter une haute antiquit, puisque les denres de ce
dernier pays parvenaient Jrusalem et Tyr, du temps
de Salomon. Les trsors accumuls par les, Sabens, et qui
excitaient la cupidit de l'empereur Auguste , ne purent tre
que les fruits d'un monopole long-temps concentr dans les
mains de ce peuple. L'existence des pirates trs-hardis que les
Grecs trouvrent sur la cte mridionale d'Arabie (Diod. ,
liv. III ; Stkab. , liv; xvi , ch. ) offre une preuve subsidiaire
de l'antiquit de la navigation chez cette nation ; car l'avidit
des pirates nat de la contemplation des richesses qu'amasse
l'industrie du commerant. Mais quand on voit ces pirates et
leurs imitateurs ou descendais, sur la cte de Malabar, tablir
leurs repaires parmi des bas-fonds , et mme des Ascites d'Ara-
bie aller attaquer des, navires, et n'avoir que des radeaux,
soulevs par des outres (Plin., VI, 29), on ne peut gure
douter que les navigateurs arabes suivaient les ctes, et que,
mme avec la connaissance des vents priodiques rguliers ,
ils n'osaient confier la haute mer leurs frles navires. Rien ne
prouve que sous les Ptolmes , les Grecs d'Egypte aient fait
directement, le commerce de l'Inde ; et, s'ils le faisaient, c'tait
certainement au moyen d'un cabotage semblable celui des
Arabes {Camp. Vincent, Periplus ofihe Erythrean sea; HeE-
REN , Grcccorum de India notitia , dans les Comm. societ. Gott. ).
Les projets d'Eudoxus et de Jambusus pour aller droit dans
l'Inde ne nous sont connus que par les rapports des crivains
quLles tournent en ridicule ou les surchargent de circonstances
fabuleuses (STRAB. , DlOD. ; comp. Eichhorn, llist. du comm.
de l'Inde, pag. 37). Hippalus, plus intelligent ou plus heureux,
procura aux Grecs d'Egypte la connaissance parfaite de ces
vents irrguliers qui fixent invariablement la navigation de
NOTES DU LIVRE VI. a 9 5
l'Inde, et que nous nommons moussons {Priple de la mer Erj th.,
pag. 32 , dans la coll. des Geog. min.'). Celui du. sud-ouest, qui
conduit vers l'Inde les blimens sortis du golfe Arabique, reut
le nom d'Hippalus. Alors toute la navigation changea de face; le
marin , plus hardi , traversa rapidement les mers de l'Arabie ,
aborda dans la pninsule indienne, et revint l'aide du mousson
contraire. Ce fut sous Auguste que la navigation vers l'Inde
prouva ce grand changement. Alors.-AElius Gallus, gouverneur
d'Egypte, fit partir du port de la Souris, en grec Mjos Hor-
mos , situ sur la cote gyptienne du golfe Arabique , une flotte
marchande compose de cent vingt navires. Les Romains , flatts
du profit immense qu'ils tiraient de ce ngoce, le cultivrent
avec avidit. 11 tait trs-considrable d temps de Pline
Une autre branche de commerce de l'Inde remonte probable-
ment une poque extrmement ancienne. Patala, versl'embou-
chure de l'indus, recevait par caravanes et par bateaux les toiles
fines, dont la fabrication est trs-ancienne dans l'Inde. Les
Gerrhens venaient chercher ces marchandises, ainsi que l'encens
et la myrrhe de l'Arabie mridionale (Narque, Priple, 3j ;
" Agatharch. , 65 ; Suidas) : ils transportaient ces objets, soit
Babylone, et plus tard Ratn (Amm.-Marcell. , 1. xiv, c. 3)
sur l'Euphrate , soit , travers le grand dsert , Palmyre en
Syrie, et plus anciennement Tyr, o toute la contre de Gerrha
tait connue sous le nom de Daden (EzCHiEL , XXVII, i5).
Une troisime route vers l'Inde nous est indique par des
relations contradictoires et obscures. Selon Pline , on avait
dit Pompe que les marchandises de l'Inde pouvaient tre
embarques sur Plcharus , rivire qui se jetait dans l'Oxus ;
ce dernier , d'aprs une hypothse des anciens , s'coulait dans
la mer Caspienne. Les marchandises pouvaient ensuite tre
transportes l'embouchure du Cyrus, et de l sur les bords
du Phase , dans la Colchide ( Comparez Prgcope , Pers. : ,
Il , 25). Strabon assure, d'aprs Patrocle, que les marchan-
dises de l'Inde taient transportes par l'Oxus dans l'Hvr-
canie, et ensuite , par les fleuves , jusqu'aux bords du Pont-
Euxin (STRABON, liv. II, page 5o ; liv. XI , page 35 1 , dition
Casaubon). Le mme auteur affirme (liv. XI , pages 5o6 , 5ocj,
296 NOTES DU LIVRE VI.
dit. Almelon) que les Aorsi , peuple habitant au nord-ouest
de la mer Caspienne, transportaient sur les rivages du Pont,
et l'aide de leurs chameaux, les marchandises indiennes qu'.ils
recevaient, des Armniens et des Mdes.
On a expliqu de plusieurs manires ces passages obscurs
( Heeren , sur le Commerce de l'Inde , dans les Comment, soc.
Gotting. , XI , etc. ; MANNERT -, Gogr. des Grecs et des Ro-
mains; SPRENGEL, Histoire del gographie). D'abord, ceux qui
croient une ancienne embouchure de l'Oxus dans la mer
Caspienne pensent qu'on doit entendre' la lettre les ou-dire
de Pline ; mais l'Oxus a probablement toujours eu son era-
bouchure au mme endroit o elle se trouve aujourd'hui
( Confrez la deuxime partie de cette note ) ; c'est ce qu'on
peut conclure indirectement du passage o Strabon dit que
l'Iaxartes , notre Sir-Daria , s'coule aussi dans la mer Cas-
pienne (Strab. , loco cit.). Qu'on regarde tine carte, et on
se convaincra que l'Iaxartes n'a jamais pu s'couler directe-
nient dans notre mer Caspienne : ainsi , les marchandises de
' l'Inde ont d tre transportes par terre des bords de l'Oxus
leur- destination ultrieure. Il se prsentait naturellement
deux routes , l'une par l'Ochus ou le Tedjen , la mer Cas-
<< pienne , le Cyrus et le Phasis ; c'est probablement celle que
Strabon dsigne lorsqu'il parle des fleuves par o ce com-
merce se dirigeait. L'autre route naturelle , c'tait de tourner
<( la mer Caspienne par le nord. Nous osons presque affirmer
que c'tait la route que suivaient les Aorsi monts sur leurs
chameaux , quoique Strabon prtende leur faire traverser les
prcipices du Cauca-se , o les chameaux ne sauraient tre em-
ploys avec succs. C'tait la route habituelle des ngocians du
moyen ge ; c'tait encore celle qu'ont d suivre les anciens
voyageurs grecs qui firent connatre Hrodote la vraie na-
lure de la mer Caspienne. Une fausse hypothse sur la mer
Caspienne parat avoir induit en erreur et Patrocle et Pompe,
et ceux qui parlaient d'aprs eux. Le dtroit imaginaire qui ,
selon la plupart des anciens, unissait cette mer l'ocan Sep-
tentrional, les forait tracer au sud la route commerciale qui
rellement a d exister au nord.
NOTES DU LIVRE VI. 29-?
Nous ajoutons cette note le fragment suivant, aussi de
Malte-Brun (Prcis , tome ni), sur l'embouchure de l'Oxus.
Si on se borne lire superficiellement les gographes grecs
et romains ; si au lieu de peser leurs tmoignages on les compte,
on ne remarquera qu'une opinion assez unanime au sujet de
l'Oxus : il est cens s'couler dans la mer Caspienne , en allant
droit de l'est l'occident. Strabon et Pline le supposent ; Pto-
lme le dit expressment ; mais diverses circonstances enlvent
cet accord des auteurs tout ce qu'il offre d'imposant. D'abord ,
Pexlension trop grande donne par ces gographes la mer
Caspienne du ct de l'est , et leur silence l'gard du lac Aral ,
doivent faire croire qu'ils regardaient ce lac comme une partie
de la mer Caspienne , et que , par la prtendue jonction de
l'Oxus avec cette dernire mer , ils n'entendaient parler que de
sa jonction relle avec ce lac : c'est ce qui paratra surtout pro-
bable ceux qui , la carte la main , rflchiront sur le passage
o Strabon affirme que l'Iaxartes ou le Sir-Dria s'coule ga-
lement dans la mer Caspienne ; chose que la direction du cours
de ce dernier fleuve a d de tout temps rendre impossible: donc
l'erreur vidente qui a exist au sujet de ce fleuve a facilement pu
s'tendre l'Oxus ; ce qui tait fabuleux l'gard de l'un , l'est
galement l'gard de l'autre. Il existe d'ailleurs un tmoignage
formel d'un ancien , qui marque le cours de l'Oxus conform-
ment l'tat actuel des lieux ; c'est celui de Pomponius Mla ,
qui , aprs avoir fait couler ce fleuve de l'orient en occident , le
conduit directement au nord , et lui donne une embouchure dans
le golfe Scylhique. Il est vident que , pour arriver la mer Cas-
pienne, le fleuve devait continuer couler dans la direction est
et ouest; s'il tournait au nord , il ne pouvait rencontrer d'autre
bassin que celui "du lac Aral, considr sans doute , par les au-
teurs que suivait Mla , comme un golfe de l'ocan Septentrio-
nal ou Scythique. L'ordre dans lequel Denys le Prigte nomme
l'Oxus indique que \ bien qu'il le fasse couler dans la mer Cas-
pienne , il place son embouchure dans la Sogdiane ou dans la
Chorasmie , et non pas chez les Dcrbices , peuple qui occupait
les environs du lac Balkan; il semble donc avoir connu Pinflexon
du cours de ce fleuve vers le nord.
*g& NOTES DU LIVRE VI.
Un passage trs-important de Patrocle , cit par Strabon ,
prouve encore d'une manire formelle que l'Oxus avait son em-
bouchure au mme endroit o nous la trouvons. < Les uns disent
< que l'Ochus (le Tedjen) coule au travers de la Bactriane ;
< les autres le font couler sur la limite de ce pays : ceux-ci le
considrent comme diffrent de l'Oxus jusqu' son embou-
chure, et plus mridional que celui-ci , quoique tous les deux
< ils aient leur coulement dans la mer en Hyrcanie ; ceux-l
>< conviennent que, ds l'origine, ce sont des fleuves diff-
'< rens , mais qu'ils se runissent, et que le lit de l'Oxus a sou-
vent six sept stades de large. Il est du moins sr que l'Iaxar-
tes , ds le commencement jusqu' la fin , est diffrent de
l'Oxus, quoiqu'il s'coule dans la mme mr. Patrocle dit que
leurs embouchures sont loignes l'une de l'autre de quatre-
vingts farsangs ; mais le farang persan est , selon les uns , de
soixante stades , selon d'autres de trente , et selon quelques-
< uns de quarante. Kn mesurant , l'ouverture de compas ,
!a distance actuelle entre l'embouchure -la plus mridionale de
! laxartes ou Sir-Daria , et la plus orientale de l'Oxus ou Gihon,
ou trouve deux degrs et vingt minutes , quivalant deux
mille cinq cent quatre-vingt-douze stades de 1 1 1 1 i/g au de-
gr; or, le farsang tant prs <\e trente stades, la distance, selon
Patrocle, serait de deux mille quatre cents stades': c'est pr-
cisment le nombre de stades que donne Eratosthne , cit par
Strabon un peu plus haut. Ainsi , les distances anciennes et
modernes s'accordent peu de. chose prs. Cet accord paratra
encore plus surprenant si on examine les mmes distances prises
le long des rives du lac Aral ' r on les trouve alors de trois mille
trois cent vingt stades , ou de quatre-vingt-trois farsangs
quarante stades. Enfin , si on prend pour termes extrmes l'em-
bouchure la plus occidentale du Gihon , et la plus septentrio-
nale du Sir-Daria , on aura quatre-vingt-deux farsangs soixante
stades. Ainsi , les trois indications donues par Patrocle , ou
plutt par les Persans qu'il avait consults , concourent d-
montrer que les deux embouchures de Y Oxus et de l'Iaxartes taient
la mme distance l'une de l'autre o elles sont aujourd'hui: donc
l'un et l'autre s'coulaient dans le lac Aral.
NOTES DU LIVRE VI. i 90
< 11 reste donc prouv que les Grecs et les Koiuaius n'ont eu
par eux-mmes aucune notion sre et positive sur l'embouchure
de l'Oxus ; mais les traditions qu'ils ont recueillies , et quelques
donnes gographiques qui leur sont parvenues , rendent pro-
bable que ce fleuve avait alors le mme cours et la mme em-
bouchure qu'aujourd'hui ; les Grecs et les Romains ne Tout
conduit dans la mer Caspienne que par une consquence nces-
saire de leur faux svstme sur l'tendue de celte mer.
Les Orientaux fourniraient sans doute quelques lumires
sur cette matire obscure ; mais , ne pouvant consulter leurs
crits dans les langues orientales , nous ne pouvons entrer dans
une discussion dtaille de leurs opinions. lbn-Hankal, suivi par
Aboulfda, dcrit le cours du fleuve Gihon conformment nos
cartes modernes, et lui assigne son embouchure dans le lac
Khowarezm , que nous appelons la mer d'Aral. Aboulfda cite ,
mais sans l'approuver , l'assertion de Rasm' Olmamouri , selon
lequel un bras du Gihon se jetterait dans la mer Verte , c'est-
-dire dans le golfe Persique. Le gographe turc Hadji-Khalfat
dit , d'aprs ^lamdoulah, gographe persan, qu'un bras de l'Oxus
se dirige vers la mer Caspienne, en traversante grand bruit la
valle de kherlawah. Le voyageur Abd'oul-Kcrim, qui visita les
lieux eu i^o- iy4o i affirme que le Gihon, loin d'arriver dans
le Mazandcru (THyrcanie), comme l'ont dit quelques auteurs,
n'arrive pas mme jusqu'au lac de Khowarezni , attendu que de
frquentes saignes , rclames par les besoins de l'agriculture ,
en absorbent entirement les eaux.
Les voyageurs europens des seizime et dix-septime sicles
nous paraissent avoir vu les faits , moins par leurs propres yeux
qu' travers le prisme trompeur que leur prsentait la gogra-
phie de Ptolme. S'il n'en et pas t ainsi , ces voyageurs se-
raient-ils tombs dans tant de contradictions ? Hanway , Bruce
et Jenkinson prtendent connatre un bras dessch de l'Oxus ,
qui autrefois en conduisait les eaux, ou du moins une partie de
ses eaux , dans la mer Caspienne ; mais l'un d'eux trouve l'em-
bouchure de ce bras prs de Sellisoure, par quarante-deux degrs
et demi, l'autre dans la grande baie de Balkan , par trente-neuf
degrs ; le grand atlas russe , qui vient de paratre , le fixe au
3oo NOTES DU LIVRE VI.
petit golfe de Balkan. On n'est pas plus d'accord sur l'endroit
o ce bras de l 'Oxus se dtache du bras qui coule dans le lac
Aral; les uns placent le point de dpart Hazarasp, les autres
Vazirkend ; il y en a qui descendent jusqu' Urghenz. Enfin,
l'poque du prtendu desschement de ce bras par les Tatares
est galement un sujet d'incertitude et d'assertions contradic-
toires. Les Arabes que nous venons de citer n'admettent point
l'ide d'un desschement moderne ; il a d tre antrieur lbn-
Hankal , c'est--dire au dixime sicle : les Russes, au contraire,
prtendent qu'il a t fait vers l'an 1719, pour empcher leurs
projets de conqute.
Examinons en dtail le rcit des Russes, au sujet de cette
prtendue drivation des eaux du Gihon.
Pierre^-le-Grand avait entendu parler des sables d'or que
roule le Kisil-Daria , fleuve qui, venant de l'est, se jette dans
le Gihon, et que l'on confond quelquefois avec celui-ci. Il r-
solut de s'emparer d'un pays o il esprait trouver des mines
trs-riches , et par lequel il pouvait d'aill urs ouvrir un com-
merce avec J'Inde. Des marins furent envoys chercher l'embou-
chure du Kisil-Daria , que l'on supposait se jeter dans la mer
Caspienne. On trouva une rivire quelconque, peut-tre le
Tedjen , qu'on prit pour le Kisil-Daria : les savans , consults ,
dirent que c'tait l'Oxus. Une expdition fut rsolue et prpa-
re ; Alexandre Beckewitz, fils d'un prince circassien , capitaine
de la garde du czar , et sachant la langue tatare , fut charg de
conduire un corps de trois mille hommes aux prtendues em-
bouchures du Kisil-Daria , et de le mettre en possession des
contres adjacentes. Les Tatares , inquiets de voir les Russes
revenir plusieurs fois ce mme endroit, dtournrent, dit-on,
le cours du fleuve en le barrant par une forte digue, et le con-
duisant par trois canaux dans le lac Aral. Beckewiiz arrive avec
son arme, et cherche en vain le fleuve par o il comptait re-
monter jusqu' Khiwa; il ne se laisse point effrayer par ce contre-
temps : il construit en pierre calcaire , cimente de chaux et de
coquillages , sur le promontoire Karagansko , un fort qui devait
lui servir de place d'armes , et avance ensuite avec ses troupes
contre Khiwa. Le khan marche sa rencontre avec une nom-
NOTES DU LIVRE VI. Soi
breuse arme ; l'artillerie europenne dcide promptement la
victoire. Le khan, vaincu et priv d'espoir, envoie demander
au gnral russe quels sont les griefs de la Russie , et quels
sacrifices on exige de lui. Beckewitz , plein de l'ide de la pr-
tendue drivation du fleuve Kisil-Daria, demande au khan de
faire abattre les digues qui empchaient le fleuve de couler vers
la mer Caspienne , et de lui rendre son ancien cours. Le prince
tatare rpond que cette opration est au dessus de ses forces,
et qu'il n'est plus possible de fermer les canaux dans lesquels le
fleuve a^ dj pris sa nouvelle direction. Beckewitz dclare alors
qu'il excutera cet ouvrage avec ses propres gens , pourvu qu'on
garantisse sa sret en lui donnant des otages. Les Tatares ac-
cdent avec plaisir celte proposition : les otages sont donns ,
et servent en mme temps de guides l'arme russe, qui marche
pendant cinq jours vers le prtendu lit dessch du fleuve ; par-
tout on ne rencontrait que de petites mares d'eau stagnante. La
soif dvorait les soldats. Les guides , dans les vues les plus per-
fides , proposent aux Russes de se sparer en petites troupes , et
de suivre diffrentes routes. La ncessit force le chef des Russes
suivre le conseil des ennemis. A peine l'arme russe s'est-elle
dissmine dans ces dserts mal connus, que les Tatares qui la
quittaient attaquent de toutes parts ces faibles dtachemens: les
uns prissent sous le glaive, les autres sont rduits en esclavage ;
l'infortun Beckewits , conduit devant le khan , est hach en
morceaux ; un tambour, couvert des lambeaux de sa peau cor-
che, et conserv Khiwa comme trophe, atteste la post-
rit la dsastreuse issue de cette expdition ,' conue et conduite
sans prudence. La Russie apprit ces vnemens par ceux des
soldats qui , laisss dans le fort Karagansko, purent se sauver
bord des btimens qui les avaient amens.
Ce rcit doit-il nous faire changer d'opinion l'gard de
l'ancien cours de l'Oxus :' Il nous semble qu'il est impossible
d'admettre qu'une faible nation tatare ait pu ,. en une ou deux
annes , excuter les travaux immenses qu'et exigs la drivation
d'un grand fleuve. 11 est plus facile concevoir qu'un dtache-
ment russe , envoy en avant pour reconnatre la prtendue em-
bouchure du Kisil-Daria , ait pu se tromper, en se contentant de
3oa NOTES DU LIVRE VI.
remonter pendant une lieue ou deux le premier torrent gonfl
d'eau de pluie qu'il aura rencontr. Les Tartares, voyant Beckewitz
obstin suivre un projet chimrique, se seront bien gards de
lui dire la vrit', puisque l'erreur leur devait tre utile.
Toutes ces questions seraient dcides si un voyageur, le
baromtre la main , pouvait aller par terre de Guriew As-
trabad , en tournant la mer Caspienne par l'orient. Les cartes
russes admettent des valles sablonneuses entre le cours actuel
de l'Oxus et la mer Caspienne. Mais sur quelles autorits se
fondent-elles ? Georgi dans sa Description de la Russie, et Gmelin
dans ses Voyages, reprsentent ce pays comme rempli d'une
chane de montagnes qui, sortant de la Steppe des Kirguis , se
continue jusqu' Astrabad , en sparant entirement le bassin du
lac Aral de celui de la mer Caspienne.
Nous ne pouvons juger ce procs ; mais nous en avons fait
un rapport aussi clair que les connaissances actuelles le per-
mettent.
Chap. XXVI , page 76 , ligne ai.
Mediterraneo Persidis. Perside ou Perse sont des dnomina-
tions synonymes ; cependant quelques-uns entendent par la Per-
side la cte maritime de la Perse , et par la Perse l'intrieur du
pays. P.
Cette distinction est vaine. D'autres ont voulu , avec un peu
plus de raison , que la Perside fut la province, originairement
royaume vassal de la Mdie ; et la Perse , le grand empire
fond par Cyrus , et lev au plus haut degr de puissance et de
gloire par Cambyse et par Darius I. La Perside se nomme au-
jourd'hui Fars ou Farsistan. V. P.
Chap. XXVI, page 84, ligne i5.
f x India renavigant mense JEgyptio Tybi incipienle , nostro de-
cembri : aut utique Meckiris JEgyptii intra diein sexlum , quod fit
intra Idus Januarias nostras. Il rsulte de ce passage que Pline a
crit ce chapitre entre les annes 4-8 et 5 1 de J.-C. , ou plutt qu'il
a emprunt cette notice un auteur qui crivait cette poque.
En effet , la concidence du 6 mchir et des ides de janvier ne
NOTES DU LIVRE VI. 3o3
jietit pas avoir lieu dans une anne 'Je la priode caniculaire au Ire
que celle dont le premier Thoth, ou le commencement , tombe
sur le 1 1 aot ; mais ces aimes sont l'an ^8 , 4g , 5o ou 5i
de J. - C. , puisque la priode caniculaire avait commenc le
20 juillet de l'an i32 2 avant J.-C. Les dates gyptiennes rela-
tives la navigation du golfe Arabique et de la mer Indienne ,
qu'on lit dans le Priple de la mer Erythre, appartiennent aux
annes 60 65 de J.-C. On voit donc que l'auteur de ce Priple
a crit aprs Pline , ou du moins aprs la personne de laquelle
le naturaliste romain tient ce qu'il dit sur l'poque des voyages
dans l'ocan Indien. Mannert ( Geogr. der.Griech. und Rm , 1. 1 ,
p. i63) a dit le contraire. ' L.. M.
Chap. XXVII ,. page 84, ligne 22.
Carmania. La Carmanie , aujourd'hui Kerman , s'tendait le
long des ctes du golfe Persique et de la mer Erythre (aujour-
d'hui partie de la mer des Indes ). Les douze cent cinquante
milles que Pline donne la cte quivalent dix mille stades ;
d'autres auteurs , au contraire, n'valuent la longueur d ce lit-
toral qu' six mille stades. La raison de cette diffrence vient
certainement de ce que les limites orientales de la Carmanie n'ont
point toujours t les mmes. On ne peut douter qu'une grande
partie du Mkran n'y ait t autrefois comprise ; et , dans les pre-
miers sicles de l're chrtienne, la Carmanie, loin de se terminer
au cap Capella (cap de Jask) , l'extrmit septentrionale du
golfe Persique , s'tendait sur les bords de l'Ocan jusque vers
le cap Mlan actuel. Divisant maintenant par la pense la tota-
lit de la cte carmanienne en trois parties , l'une orientale , voi-
sine des Arbites et de l'Inde ; l'autre occidentale , le long du
golfe Persique ; la troisime centrale , nous aurions , d'aprs les
autorits combines de Narque dans Arrien , de Strabon et de
Plolme ,
i. Pour la cte orientale.. . 4,ooo stades.
2 . Pour la cte centrale. . . . 2,600
3. Pour la cte occidentale. 3,700
Tota io,3od stades. = i,25o milles.
M OU LH UV*E fi
La tlumimt se drynak Carawme propre en maritime H
Cimum Dserte. La prtmwht tait Itertile. surtout en vin ; les
mi'- Tar^eat . de nm , de m'arm les paillettes dfordaes les
miin t' i mil > i notrn tmiiit dr intr r f 1 1 iiain Di
serte tait aride, et. ainsi ye I m i Snot son wm, dpourvue d*ba-
fc i HT Mme -fJi l md m mM um msmntSon entre les denasob-
drrens A. pare par les mots Jndr mm* 4r et mtm W>m *
xxv awK. jpnao . Ntee sll iliiwil a entendre eau
vingt- cmj mines en ne t tawatu m vign an lu > plaines
(ms
IfansWpavsnn tinnrna m IT Mmniiiuetens'cHranssillMtmoeie,
tait ne iifc de mme nom. ao jonrdf hoi Gomrom o Bender-
Abassi , a joaate-see tteees snd-est 4e Pasarsades. Le
de cette ville et dn pays semble avoir ne origine commune arec
cerna d^Qeemane, Otemande on Tlnimiidi . le boa principe
selon les dnchinea 4k roroasterme.
Cependant 3 paratrait fcs.Toss. , Aefc sm- Poxvositrs Mla.
p. S8o) ne. dans te dmlecte parle sur ces ctes, fin i m
h mme ebose jue le mrtxo* des Grecs oe
des Latins , c est-*-00
23oo
i._l)C
2-5oc
3o6
NOTES DU LIVRE VI.
selon Ploliue
Achidana fluv.
Carius fluvius.
Dara flav..
POSITIONS
selon iVarnue.
Une le consacre a
Nepinne.
Surplus de la Ion
gueur d'Oaracta.
Une le 3oo stades
du continent..
Pylora, le dserte.
Sidodona, pet. ville.
Le prom. Tarsias.
Cataea , le vis-a-vis
les limites de la
l'erse.
La petite le An-
gan
Roud - Chionr , on
Rivi-re sale. . . .
Surplus de la lon-
gueur de Vroct .
Riv. prs Bender-
Congo
L'le Maloro .....
L'le Ploro
Le cap Gherd. . . .
Riv. prs de Siraf.
L'le de Keish ....
DISTANCES
stades de (111 i|)
an degr.
particu-
lires.
4oO
4oO
3ao
3 20
II.
Cales de La Perse.
Bagradas fluv..
Rrisoanafluv.
Ionaca civitas.
Brisoanafluv.
Chersonesuui pr.
Front, de la Perse ,
vis--vis l'le Ca-
taea.
lia, ville vis--vis
l'le Caicandros.
Une le habite o
l'on pche des per-
les
Un promontoire de
4o stades.
Un port au pied du
mont Ochns.
Le port Apostana
Un golf, dont les ri-
vages son t habi ts.
Gogana, l'emb.du
fleuve Aron.
Cotes du Fars.
Le rivage vis--vis
l'le de Keish. . . .
Gilla, ville vis--vis
l'le Andarvia. , .
L'le Schifwar..
Le cap Dara-Bin. .
Le port Nachlo..
Bender-Tibben . . .
Le golfe d'AsIo. . .
Iakau
La vi I . de Congon,
l'euib. d'un fleuve,
qui est la rivire
de Congon.
Presqu'le d'Aboti-
Chahar
390
3io
46o
440
58o
NOTES DU LIVRE VI.
307
POSITIONS
Hhogomanes fluv
Taoce extrema . ,
Oroatis fluv
Le fleuve Sitactis.
LefleuveHratmis
etlavil.d'Hiratis.
La presqu'le M-
sambria jusqu'au
fleuve Padargus.
Taoce, sur le fleuve
Granis.
Le fleuve Rogonis.
Le petit fl. Brizana,
et ensuite lu fleuve
Arosis, le plus gr.
de tout le trajet.
Gran , rivire. . . .
Le fleuve Si ta. . . .
Le cap de Bendcr-
Rcigli
Ab-Chirin
Le fleuve et la ville
de Kirazin
La presqu'le d'A-
bou-Schahar jus-
qu'au fleuve
La vil. de Tag, sur
le fleuve de Grn.
La rivire de Regh.
Embouch. de PAb-
Chirin
DISTANCES
en
stades de lin il,,
au degr.
particu-
lires.
810
49
200
200
4oo
2,8ao
2 >99
3,170
3,420
3,73o
4,220
4,620
5,020
III.
Cotes de la Susiane.
Oroalis fluv.. .
Tenagos arenosus,
Eulaeus fluvius.
Pelodes sinus..
Mosus fluvius.
Charax
Tigridis ost. or. .
Tigridis ost. occ,
Le fleuve Arosis,
frontire de la Su
sianc.
Le golfe ou le lac
Cataderbis.
Une mer vaseuse
pendant
Dirido'.is, l'einb.
de l'Euphratc.
Ct. du Khs-Istan.
Embouch.de l'Ab-
Cliirin
Le golfe de Dlem.
Bender-Regh
Une mer vaseuse
pendant
Ab-Cbirin
Golfe de Dlem.. .
Ancienne embouc.
de rEujihrate. . .
Mes , ou Rivire
d'Endian
A l'einb. de la riv.
de Karun
louch. E. du Tigre.
Boucb.O. du Tigre.
5oo
600
5oo
890
1,100
1,290
1,790
2,200
2,320
2,840
3,08o
3,700
uo.
3o8 NOTES DU LIVRE VI.
Chap. XXVIII, page 86, ligne n.
XXV mill. passuwn circuitu. Ce passage , qui jusqu'ici a tou-
jours sembl un des plus difficiles de Pline , offre des variantes
considrables dans les divers manuscrits et ditions. Le manuscrit
de Chifflet ( Voyez note d'Hardouin) porte XV M p ( lisez xv M p) ;
Saumaise {Ex. Plin., p. 83;) lit xvil M p (lisez xvn M p). Har-
douin veut qu'au lieu de xxv M P on lise xxv M p, c'est--dire qu'au
lieu de vingt-cinq milles on en ait deux mille cinq cents. La pre-
mire distance tait en effet visiblement trop petite ; mais la seconde,
quoique beaucoup plus considrable, l'est encore trop peu, compa-
re la ralit. En effet, les deux mille cinq cents milles de Pline
ne reprsentent encore , dans l'ide de cet auteur, que vingt
mille stades. Or , les distances prises par Narque le long des
ctes , de l'emboucbure de l'Indus celle de l'Euphrate seule-
ment, s'lvent dj vingt-deux mille sept cents stades suivant
Arrien , vingt-un mille trois cents suivant Strabon , enfin
dix- neuf mille cinq cents si l'on s'en rapporte d'autres passades
de Pline ; de plus , tous trois affirment que Narque comptait
encore trois mille trois cents stades depuis l'embouchure de l'Eu-
phrate jusqu' Babylone. {Voyez NARQUE dans Arrien, Indos.,
n. 4-i ; Pline , ch. 3o , o il dit ccccxn m p = 3,2g6 stades ;
Strabon, liv. il , xv, xvi.) 11 est donc clair que la mesure de
Pline , si l'on s'en tenait son texte , serait trop courte. Or on
remdierait d'une manire bien simple l'erreur , en crivant
stades au lieu de pas : on aurait alors, au lieu de vingt-cinq mille
pas , vingt-cinq mille stades , dont les dtails se trouveraient avoir
t donns par Narque , savoir :
Cte des Arbiens (corrige selon Gossellin). i ,ooo stades.
Cte des Orites (Pline, vi, 25) i,6oo
Cte de la Carmanie (/