- H H .,,,,.5 i : .'*"': I Tft.tti CTOS FOU VF tp:-'asjr"3 PARIS MPRlM^Hfe DE C -L..P. PANCKOlCKIi **J'"-ri",Y,JS THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY** 182.9 N/.8 7 PonsS fort"!!"! ^-/"erial is re - l-e5tOa t es t a m ped b :, n or " M " the APR 30 /IPR 2 2 ! AUG 2 1 1; Aueon L161 Q-1096 mu: irr \ i r f BIBLIOTHQUE LATINE-FRANAISE PUBLIE PAR C. L. F. PANCKOUCKE. Exegi monumentum re perennius. (Mo'. Od. Jib. m, ode 3c>.; i 1 IJJI)ftll>J ; WJI' PARIS IMPRIMERIE PANCKOCCKE, Rue des Puilerins, 14. nuM! ii r i ' i' ' HISTOIRE NATURELLE DE PLINE TRADUCTION NOUVELLE PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER, DAUNOU, MERIC DAVID, DESCURET, DO, E. DOLO , DUSOATE , FE, L. FOUCH, FOURIER, GUIBOURT, LOI JOHANNEAU, LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE, L. MARCUS, MONGS, C. L. F. PANCK.OUCK.E , VALENTIN PARISOT , QUATREMRE DEQUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGNE. TOME HUITIEME. PARIS C. L. F. PANCKOUCKE MEMBRE DE I.'ORDRK ROTAI. DE LA LEGION d'hoNNEIIK DITEUR, RUE DES POITEVINS, N l4 M DCCC XXX. \.m\ Y. % HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE ONZIEME. 454166 ' II t1MMWVVW(MMmWUiUaiVlt^MVM%iVI^^ V\*/W%fW%*/WM'WWW\WV* C. PLINII SECUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XI. INSECTORUM ANIMALIUM GENERA. Subtilitas in liis rbus naturae. I. i. IYjLulta. hc et multigenera, terrestrium volu- crumque vita. Alia pennata, utapes : alia utroque modo, ut formicae: aliqua et pennis et pedibus carentia; et jure omnia insecta appellata ab incisuris, quae nunc cervicum loco , nunc pectorum atque alvi, praecincta sparant membra , tenui modo fistula cohrentia. Aliquibus vero non tota incisura, eam ambiente ruga: sed in alvo, aut superne tantum , imbricatis flexili vertebris , nusquam alibi spectatiore naturae rerum artificio. i. In magnis siquidem corporibus , aut certe majo- ribus , facilis offieina sequaci materia fuit. In lus tam WVVYVVV%*X/VVVV\/VV%<\/V\VV*V%*/V^VVV\.V%.VV%/VVV%/VV\/\JV* HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XI. DES DIVERSES ESPECES D'iNSECTES. Extrme petitesse de ces tres. I. i. Jues insectes sont en grand nombre, et forment une multitude de genres diffrens qui vivent sur la terre et dans l'air. Les uns sont ails , comme les abeilles ; les autres ont le vol et la marche, comme les fourmis : quelques-uns sont dnus la fois d'ailes et de pieds ; mais tous , avec raison , sont appels insectes cause des incisions qui partagent, soit au cou, soit la poi- trine ou au ventre, les parties de leur corps qui n'adhrent les unes aux autres que par un tube fort troit. Dans quelques-uns l'incision n'est pas entire, mais recouverte d'une enveloppe ride ; cependant cette zone flexible , compose de vertbres imbriques , recouvre seulement ou le ventre ou le dos. Nulle part l'industrie de la na- ture ne s'est montre plus admirable. i. Dans les grands corps, ou du moins dans ceux qui sont plus grands , la matire obissait et se prtait sans I. 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. parvis, atque tam nullis, quae ratio, quanta vis, quani inextricabilis perfectio ? ubi tt sensus collocavit in cu- lice? et sunt alia tlictu minora. Sed ubi visum in eo praetendit? ubi gustatum adplicavit? ubi odoratum in- seruit ? ubi vero truculentam illam et portione maxi- mam vocem ingeneravit? qua subtilitate pennas ad- nexuit? praelongavit pedum crura ? disposuit jejunam caveam , uti alvum ? avidatn sanguinis , et potissimum humani, sitim accendit ? Telum vero perfodiendo ter- gori, quo spiculavit ingenio? Atque ut in capaci, quum cerni non possit exilitas , ita reciproca generavit arte , ut fodiendo acuminatum pariter , sorbendoque fistulo- sum esset. Quos teredini ad perforanda robora cum sono teste dents adfixit , potissimumque e ligno cibatum fecit ? Sed turrigeros elephantorum miramur humeros , taurorumque colla , et truces in sublime jactus : tigrium rapinas , leonum jubas , quum rerum natura nusquam magis , quam in minimis, tota sit. Quapropter, quaeso, ne nostra legentes , quoniam ex his spernunt multa , etiam relata fastidio damnent, quum in contemplatione naturae nihil possit videri supervacuum. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5 peine ses desseins ; mais pour faonner ces tres si petits , que d'intelligence ! quelle puissance , quelle in- concevable perfection ! o la nature a-t-elle plac tant de sens dans le cousin ? et bien d'autres sont plus pe- tits encore. Mais enfin , dans cet insecte , o a-t-elle plac l'organe de la vue ? o a-t-elle fix le got , in- sinu l'odorat ? d'o fait-elle partir cette voix terrible et prodigieuse en raison de la petitesse de l'animal? avec quelle dextrit a-t-elle attach les ailes , allong les pattes, dispos en forme d'estomac cette cavit qui sent le besoin des alimens , allum cette soif avide de sang , et surtout de sang humain ? Mais le dard qui doit percer la peau , avec quelle adresse l'a-t-elle aiguis ? et , par un art d'autant plus grand que l'objet , par sa finesse , chappe la vue , elle a travaill comme si les dimen- sions eussent t plus grandes, et rendu tout la fois le trait aigu pour percer , et creux pour pomper. Quelles dents a-t-elle donnes au trdo pour ronger avec tant de bruit les chnes les plus durs , dont elle a voulu qu'il ft sa principale nourriture ? Mais nous admirons les paules des lphans charges de tours, le cou nerveux des taureaux, et leur force effrayante pour lancer dans les airs; la rapacit des tigres, la crinire des lions ; et cependant la nature n'est nulle part plus grande que dans les tres les plus petits. Ainsi donc, je prie mes lec- teurs , qui mprisent la plupart de ces animaux , de ne pas repousser avec le mme ddain les observations que je leur prsente; car rien ne peut paratre superflu dans l'tude de la nature. 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. An spirent , an habeant sanguinem. IL 3. Insecta multi negarunt spirare , idque ratione persuadentes , quoniam in viscera interiora nexus spi- rabilis non iuesset. Itaque vivere ut fruges, arboresque: sed plurimum interesse, spiret aliquid, an vivat. Eadem de causa nec sanguinem iis esse , qui sit nullis caren- tibus corde atque jecore. Sic nec spirare ea , quibus pulmo desit. Unde numerosa quaestionum sries exori- tur. Iidem enim et vocem esse his negant , in tanto murmure apium, cicadarum sono, et aliis quaesuis aesti- mabuntur locis. Nam mihi contuenti se persuasit rerum natura , nihil incredibile existimare de ea. Nec video , cur magis possint non trahere animam talia, et vivere, quam spirare sine visceribus : quod etiam in marinis docuimus, quamvis arcente spiratum densitate et alti- tudine humoris. Volare quidem aliqua , et animatu ca- rere in ipso spiritu viventia, habere sensum victus, ge- nerationis , operis , atque etiam de futuro curam : et quamvis non sint membra , quae, velut carina, sensus invehant, esse tamen his auditum, olfactum, gustatum, eximia praeterea naturse dona , solertiam , animum , ar- tem , quis facile crediderit? Sanguinem non 1 esse his fateor , sicut ne terrestribus quidem cunctis , verum si- mile quiddam. Ut sepiae in mari sanguinis vicem atra- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 7 Les insectes respirent-ils ? ont-ils du sang ? IL 3. Plusieurs auteurs nient que les insectes respi- rent ; la raison qu'ils en donnent , c'est qu'on ne trouve pas dans leurs viscres le conduit de la respiration. Ils disent donc que ces animaux vivent comme les plantes et les arbres ; mais que respirer et vivre sont deux choses trs-diffrentes. D'aprs le mme principe , ils prtendent que les insectes n'ont point de sang , parce que ce liquide manque chez tous les animaux privs du cur et du foie ; et qu'ils ne respirent pas non plus , parce qu'ils n'ont pas de poumon. De l dcoule une srie nombreuse de questions : par exemple , les mmes auteurs nient que les insectes aient la voix, malgr le bourdonnement des abeilles , le chant des cigales , et les sons de plusieurs autres dont nous parlerons en leur lieu. Pour moi, une tude approfondie de la nature m'a convaincu que rien ne lui est impossible. Je ne vois pas pourquoi les animaux de ce genre pourraient plutt vivre sans respirer que respirer sans poumons , comme nous l'avons dit des animaux marins , quoique la den- sit et la profondeur de l'eau interdisent toute commu- nication avec l'air. Peut-on se rsoudre croire que des animaux qui volent, ne respirent pas l'air au sein duquel ils vivent, et soient capables de se nourrir, de se repro- duire, de suivre des travaux, de s'occuper mme de l'ave- nir; et que, privs des membres qui servent transmettre les sensations, ils jouissent cependant de l'oue, de l'odo- rat et du got; je dis plus, qu'ils possdent l'adresse, le courage, l'industrie, ces dons prcieux de la nature? 8 G. PLINII HIST. NAT. L1B. XI. mentum obtinet , purpurarum generi infector ille suc- cus : sic et insectis quisquis est vitalis humor, hic erit et sanguis , donec aestimatio sua cuique sit. Nobis pro- positum est , naturas rerum manifestas indicare , non causas judicare dubias. De corpore eorum. III. 4* Insecta, ut intelligi possit, non videntur ner- vos habere, nec ossa , nec spinas, nec cartilaginem, nec pinguia , nec carnes , ne crustam quidem fragilem, ut quaedam marina, nec quae jure dicatur cutis : sed mediae cujusdam inter omnia haec naturae corpus, arenti simile, nervo mollius , in reliquis partibus siccius vere , quam durius. Et hoc solum his est , nec prterea aliud. Nihil intus, nisi admodum paucis intestinum implicatum. Ita- que divulsis praecipua vivacitas , et partium singularum palpitatio. Quia quaecumque est ratio vitalis , illa non certis inest membris, sed toto in corpore, minime tamen capite , solumque non movetur, nisi cum pectore avul- sum. In nullo gnre plures sunt pedes. Et quibusex his plurimi, diutius vivunt divulsa, ut in scolopendris vide- mus. Habent autem oculos, praeterque e sensibus tactum atque gustatum : aliqua et odoratum, pauca et auditum. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 9 J'avoue que les insectes, que mme tous les insectes ter- restres, n'ont point de sang ; mais ils ont quelque chose d'quivalent. Ainsi que l'encre de la sche et le suc qu'on extrait des pourpres pour la teinture tiennent lieu de sang chez ces animaux marins , de mme chez les in- sectes , quelle que soit cette humeur vitale , je la nom- merai leur sang, laissant chacun la libert de la dfinir son gr. Mon but est d'indiquer des faits constans, non de juger des questions douteuses. Du corps des insectes, III. /[. Les insectes , autant qu'il est possible de s'en assurer, ne paraissent avoir ni nerfs, ni os, ni artes, ni cartilage, ni graisse, ni chair , ni mme cette crote fragile qui revt quelques animaux marins , ni peau proprement dite. La nature de leur corps tient, en quel- que sorte, le milieu entre toutes ces matires; c'est une substance aride, plus molle que le nerf (tendons) , et plutt sche que dure dans les parties extrieures : voil tout ce qu'ils ont , et rien de plus. Dans l'intrieur on ne trouve rien , si ce n'est, dans un trs-petit nombre, un intestin qui forme plusieurs replis. Aussi les insectes, coups en morceaux, vivent encore long-temps, et chaque partie palpite sparment, parce que, chez eux, la force vitale, quelle qu'elle soit, n'est pas fixe dans tel ou tel membre, mais rpandue dans tout le corps, moins toute- fois dans la tte que partout ailleurs. La tte seule , une fois spare , n'a plus de mouvement , moins qu'elle n'ait t arrache avec le corselet. Aucun genre d'aui- io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. De apibus. IV. 5. Sed inter omnia ea principatus apibus, et jure praecipua admiratio, solis ex eo gnre hominum causa genitis. Mella contrahunt, succumque dulcissimum at- que subtilissimum , ac saluberrimum. Favos confingunt et ceras , mille ad usus vitae : laborem tolrant , opra conficiunt, rempublicam habent , consilia privatim , ac duces gregatim : et quod maxime mirum sit , mores habent. Praeterea , quum sint neque mansueti generis , neque feri, tamen tanta est natura rerum, ut prope ex umbra minimi animalis , incomparabile effecerit quid- dam. Quos efficaci industrique tantae comparemus nervos ? quas vires ? quos rationi mdius fidius viros ? hoc certe prasstantioribus , quo nihil novere , nisi com- mune. Non sit de anima quaestio : constet et de sanguine, quantulum tamen esse in tantulis potest ? iEstimemus postea ingenium. HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL n maux n'a t pourvu d'un plus grand nombre de pieds; ceux qui en ont le plus survivent le plus long-temps la sparation de leurs membres, comme nous le voyons dans les scolopendres. Les insectes ont des yeux, et, en outre, le toucher et le got : quelques-uns ont encore l'odorat ; mais peu sont dous du sens de l'oue. Des abeilles. IV. 5. Parmi tous les insectes , les abeilles tiennent le premier rang et ont le plus de droit notre admira- tion , puisque , seules de ce genre , elles ont t cres pour l'homme. Elles recueillent le miel , le plus doux , le plus subtil , le plus salubre de tous les sucs. Elles fa- briquent les rayons et la cire pour une infinit d'usages domestiques; elles supportent le travail, excutent des ouvrages, forment une rpublique, tiennent des conseils, ont descbefs, et, ce qui est le plus merveilleux, des murs. Bien qu'elles n'appartiennent ni la classe des animaux domestiques ni celle des animaux sauvages, telle est pourtant la puissance del nature, que de l'ombre, pour ainsi dire , d'un animal trs-petit , elle a su former un chef-d'uvre incomparable. A leur infatigable et fconde industrie , quels nerfs , quelles forces , quel gnie hu- main pourrions-nous comparer? Du moins ont-elles cet avantage, que chez elles tout est commun. Ecartons la question de leur respiration ; accordons mme qu'elles ont du sang : toutefois , combien peu doit-il y en avoir dans de si petits tres ? N'envisageons que leur instinct. 17. C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Quis ordo in opre earum. V. 6. Hieme conduntur : unde enim ad pruinas ni- vesque, et aquilonum flatus perferendos vires? Sane et insecta omnia : sed minus diu , quae parietibus nostris occultata , mature tepefiunt. Circa apes aut temporum locorumve ratio mutata est , aut erraverunt priores. Conduntur a Vergiliarum occasu , sed latent ultra exor- tum : adeo non ad veris initium , ut dixere , nec quis- quam in Italia de alvis existimat. Ante fabas florentes exeunt ad opra et labores, nullusque , quum per caelum licuit , otio prit dies. Primum fa vos construunt, ceram fingunt , hoc est, domos cellasque faciunt. Deinde so- bolem , postea mella , ceram ex floribus , melliginem e lacrymis arborum, quae glutinum pariunt, salicis, ulmi, arundinis , succo , gummi , rsina. His primum alveum ipsum intus totum , ut quodam tectorio , illinunt , et aliis amarioribus succis contra aliarum bestiolarum avi- ditates : id se facturas consciae , quod concupisci possit. His deinde fores quoque latiores circumstruunt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i'. Ordre des travaux des abeilles. V. 6. Elles s'enferment pendant l'hiver : en effet , pourraient-elles rsister aux frimas, aux neiges, la violence des aquilons? Il en est de mme de tous les in- sectes; mais ceux qui vivent dans nos habitations res- tent moins long-temps cachs, et se rchauffent de bonne heure. Quant aux abeilles, ou les lieux et les temps sont changs , ou les anciens taient dans l'erreur. Elles se renferment ds le coucher , et restent caches jusqu'a- prs le lever des Pliades ; elles ne reparaissent donc pas au retour du printemps , comme l'ont dit ces auteurs ; cette opinion , d'ailleurs, n'est adopte par personne en Italie. Elles sortent pour se mettre l'ouvrage avant la floraison des fves ; et, pourvu que le temps le permette, elles ne perdent pas un seul jour dans l'oisivet. Elles commencent par construire les rayons et fabriquer la cire, c'est--dire quelles btissent leurs maisons et leurs cellules ; ensuite elles s'occupent de la reproduction , puis elles font le miel : elles extraient la cire des fleurs ; elles tirent le melligo des larmes de tous les arbres onc- tueux , du suc, de la gomme, de la rsine du saule, de l'orme, du roseau. Avec cette matire elles commencent a enduire tout l'intrieur de la ruche , comme d'une es- pce de vernis. Elles emploient encore d'autres sucs plus amers pour se garantir de l'avidit des petits animaux, car elles savent que l'ouvrage qu'elles vont faire pourra exciter la cupidit; ensuite, avec la mme matire, elles rtrcissent les portes de la ruche qui sont trop larges. 14 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Quid sit in eo commosis , pissoceros , propolis. VI. 7. Prima fundamenta commosin vocant periti , secunda pissoceron , tertia propolin , inter coria ceras- que : magni ad medicamina usus. Commosis crusta est prima , saporis atnari. Pissoceros super eam venit , pi- cantium modo , ceu dilutior cera. E vitium , populorum- que mitiore gummi propolis , crassioris jam materiae , additis floribus, nondum tamen cera , sed favorum sta- bilimentum , qua omnes frigoris aut injuria? aditus ob- struuntur , odore et ipsa etiamnum gravi , ut qua ple- rique pro galbano utantur. Quid erithace , sive sandaraca , sive cerinthos. VII. Praeter haec conveliitur erithace , quam aliqui sandaracam, alii cerinthum vocant. Hic erit apium, dum operantur, cibus, qui saepe invenitur in favorum inani- tatibus sepositus, et ipse amari saporis. Gignitur autem rore verno, et arborum succo, gummium modo, Africi minor, Austri flatu nigrior, aquilonibus melior et rubeus, plurimus in graecis nucibus. Menecrates florem esse di- cit , sed nemo praeter eum. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i5 Ce que c'est que la commosis , la pissocros , la propolis. VL 7. Ceux qui s'occupent des abeilles appellent commosis le premier fondement des rayons , pissocros le second , propolis le troisime. La propolis se trouve entre les autres couches et la cire : elle est d'un grand usage en mdecine. La commosis, d'un got amer, forme la premire couche. La pissocros, comme une couche de poix , s'tend par-dessus , et ressemble une cire liquide. La propolis provient de la gomme douce des vignes et des peupliers; sa substance, dans la composi- tion de laquelle entre le suc des fleurs, est plus paisse; toutefois ce n'est pas encore la cire , mais le soutien des rayons, ce qui les garantit du froid et de toute injure; elle est en outre d'une odeur forte, et l'on s'en sert com- munment au lieu de galbanum. rithaque , sandaraque ou crinthe. VIL Les abeilles transportent aussi dans leurs ruches l'rithaque , que quelques-uns nomment sandaraque, et d'autres crinthe : ce sera leur nourriture pendant qu'elles travailleront. On la trouve souvent mise en r- serve dans les rayons vides ; elle est d'un got amer. Elle se forme de la rose du printemps et du suc des arbres, comme les gommes; en moindre quantit quand l'Africus souffle, plus noire quand c'est le vent du midi , rouge et d'une meilleure qualit par le vent du nord , trs-abondante sur les noyers grecs. Mncrate prtend que c'est une fleur, mais il est seul de son avis. i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL Ex quibus floribus opra fiant. VIII. 8. Ceras ex omnium arborum satorumque flo- ribus confingunt, excepta rumice et echinopode. Her- barum haec gnera. Falso excipitur et spartum , quippe quum in Hispania multa in spartariis niella herbam eam sapiant. Falso et oleas excipi arbitror, quippe olivse pro- ventu plurima examina gigni certum est. Fructibus nul- lis nocetur. Mortuis ne floribus quidem , non modo corporibus insidunt. Operantur intra sexaginta passus : et subinde eonsumptis in proximo floribus , speculato- res ad pabula ulteriora mittunt. Noctu deprehensae in expeditione excubant supinae, ut alas a rore protegant. Apium studio capti. IX. 9. Ne quis miretur amore earum captos, Aristo- machum Solensem duodesexaginta annis nihil aliud egisse : Philiscum vero Thasium in desertis apes colen- tem Agrium cognominatum : qui ambo scripsere de his. HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 17 Choix des fleurs pour la confection du travail. VIII. 8. Elles extraient la cire des fleurs de tous les arbres et de toutes les plantes , except le rumex et l'- chinopode, deux espces d'herbes. On excepte aussi le spart , mais tort , puisqu'en Espagne , dans les con- tres qui produisent cette plante , le miel en a souvent le got. Je pense qu'on a galement tort d'excepter l'olivier , car il est certain que les essaims ne sont ja- mais plus nombreux que lorsque les olives sont abon- dantes. Elles ne nuisent point aux fruits. Elles ne se posent jamais sur des cadavres , ni mme sur des fleurs dessches. Elles travaillent dans une circonfrence de soixante pas : mesure que les fleurs sont puises , elles envoient des claireurs pour reconnatre de nou- veaux pturages. Surprises par la nuit pendant leurs expditions, elles veillent couches sur le dos, afin de garantir leurs ailes de la rose. Noms de quelques hommes pris de l'tude des abeilles. IX. 9. Qu'on ne s'tonne pas que des hommes se soient passionns pour elles ; comme Aristomaque de Soles , qui , pendant cinquante-huit ans , ne fit rien autre chose que d'tudier les abeilles ; et Philiscus de Thasos , qui fut surnomm Agrius , parce qu'il vcut au milieu des dserts, occup du mme soin. Tous deux ont crit sur les abeilles. VIII. 18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL Ratio operis. X. 10. Ratio operis. Interdiu stadio ad portas more castrorum , noctu quies in matutinum , donec una exci- tet gemino aut tiplici bombo, ut buccino aliquo. Tune universae provolant , si dies mitis futurus est. Praedivi- nant enim ventos imbresque , et se continent tectis. Ita- que temperie caeli (et hoc inter praescita habent), quum agmen ad opra processit , aliae flores aggerunt pedibus, aliae aquamore, guttasque lanugine totius corporis. Qui- bus est earum adolescentia, ad opra exeunt , et supra- dicta convehunt : seniores intus operantur. Quae flores comportant, prioribus pedibus femina onerant, propter id natura scabra , pedes priores rostro : totaeque onustae remeant sarcina pandatae. Excipiunteasternae, quaternae- que, et exonrant. Sunt enim intus quoque officia divisa. Aliae struunt, aliae poliunt, aliae suggerunt, aliae cibum comparant ex eo , quod adlatum est. Neque enim separatim vescuntur, ne inaequalitas operis et cibi fit et temporis. Struunt orsae a concameratione alvei , textumque velut a summa tela deducunt, limitibus binis circa singulos actus, ut aliis intrent , aliis exeant. Favi superiore parte adfixi , et paulum etiam lateribus simul haerent , et pendent una. Alveum non contingunt , nunc obliqui , nunc ro- tundi , qualiter poposcit alveus : aliquando et duorum HISTOIRE NATURELLE, LIT. XL 19 Manire de travailler des abeilles. X 10. Voici l'ordre du travail. Pendant le jour, une garde veille aux portes comme dans un camp ; la nuit, tout repose jusqu'au matin : alors une d'elles veille les autres par deux ou trois bourdonnemens , comme par le son d'une trompette. Alors elles s'envolent toutes la fois si le jour doit tre sereirr, car elles pressentent les vents et la pluie , et alors elles se tiennent sous leur toit. Lorsque, par un temps favorable, ce qu'elles savent aussi prvoir , la troupe est partie pour le travail , les unes ramassent avec leurs pieds la poussire des fleurs, les autres remplissent leur trompe d'eau, ou elles en im- bibent les poils dont tout leur corps est couvert. Les jeunes seulement sortent pour recueillir et voiturer ces approvisionnemens : les vieilles travaillent dans l'int- rieur. Celles qui apportent les fleurs se servent des pieds antrieurs pour cbarger leurs cuisses , que, dans cette vue , la nature a faites raboteuses ; et de leur trompe pour cbarger leurs pieds antrieurs. Quand leur charge est complte, elles reviennent ployant sous le faix. Trois ou quatre ouvrires les reoivent et les dchargent ; car, dans l'intrieur, les fonctions sont pareillement r- parties. Les unes btissent, les autres polissent, d'autres fournissent les matriaux, d'autres prparent , pour le repas, quelques-unes des provisions qui ont t appor- tes ; en effet, elles ne mangent pas sparment, pour prvenir l'ingale distribution de travail , de nourriture et de temps. Elles btissent en commenant par la vote 2. ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. generum : quurn duo examina concordibus populis dis- similes habuere ritus. Ruentes ceras fulciunt, pilarum intergerinis sic a solo fornicatis , ne desit aditus ad sar- ciendum. Primi fere trs versus inanes struuntur , ne promptum sit quod invitet furantem. Novissimi maxime implentur melle : ideoque aversa alvo favi eximuntur. Gerulae secundos flatus captant. Si cooriatur procella ; adprehensi pondusculo lapilli se librant. Quidam in nu- mros eum imponi tradunt. Juxta vero terram volant in adverso flatu vepribus evitatis. Mira observatio ope- ris. Cessantium inertiam notant, castigant mox, et pu- niunt morte. Mira munditia. Amoliuntur omnia e me- dio , nullaeque inter opra spurcitiae jacent. Quin et excrementa operantium intus, ne longius recdant, unum congesta in locum, turbidis diebus et operis otio ege- runt. Quum advesperascit , in alveo strepunt minus ac minus , donec una circumvolet eodem , quo excitavit , bombo, ceu quietem capere imperans : et hoc castrorum more. Tune repente omnes conticescunt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. *i de la ruche , et , comme dans la fabrication d'une toile , conduisent de haut en bas la chane de leurs cellules , mnageant deux sentiers chaque rayon , pour entrer par l'un et sortir par l'autre. Les rayons , attachs la ruche par leur sommit, et mme un peu par leurs cts, tiennent ensemble et sont galement suspendus. Ils ne touchent pas le sol ; ils sont anguleux ou ronds , selon la forme del ruche; quelquefois de l'une et de l'autre sorte, lorsque deux essaims, demeurant ensemble, ne procdent pas de la mme manire. Elles tayent les rayons qui menacent ruine, au moyen de piliers massifs qui partent du bas de la ruche, et sont construits en arcades, afin de laisser un passage pour les rparations. Les deux ou trois premiers rangs demeurent vides, pour ne rien mon- trer qui excite la cupidit des voleurs. Les derniers sont les plus remplis de miel; c'est pourquoi, quand on veut tailler la ruche , on l'ouvre par derrire. Les abeilles qui apportent les fardeaux recherchent les vents favorables. S'il s'lve un orage, elles saisissent de petits graviers qui leur servent de contre-poids : quelques auteurs avan- cent qu'elles les posent sur leurs paules. Dans les vents contraires, elles volent prs de terre, vitant les buissons. Le travail est surveill d'une manire tonnante : elles remarquent les paresseuses, les chtient sur-le-champ, les punissent mme de mort. Leur propret est admirable: elles enlvent soigneusement de la ruche tous les corps trangers, et ne souffrent aucune immondice dans leurs travaux : les ordures mme que les ouvrires, pour ne pas trop s'loigner, dposent dans un lieu commun au dedans de la ruche, sont transportes au dehors les jours do C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. il. Domos primum plebei exaedificant, deinde regi- bus. Si speratur largior proventus, adjiciuntur contu- bernia et fucis. Hae cellarum minimae, sed ipsi majores apibus. De facis. XI. Sunt autem fuci , sine aculeo , velut imperfectae apes, novissimaeque , a fessis et jam emeritis inchoatae, serotinus ftus , et quasi servitia verarum apium : quam- obrem imperant iis , primosque in opra expellunt : tar- dantes sine clementia puniunt. Neque in opre tantum, sed in ftu quoque adjuvant eas , multum ad calorem conferente turba. Certe quo major eorum fuit multitudo, hoc major fiet examinum proventus. Quum mella cpe- runt maturescere, abigunt eos: multaeque singulos ad- gressae trucidant. Nec id genus , nisi vere , conspicitur. Fucus ademptis alis in alveum rejectus , ipse ceteris adimit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL a 3 mauvais temps et pendant la cessation des travaux. Quand la nuit arrive, le bruit dans la ruche diminue de moment en moment, jusqu' ce qu'une abeille, voltigeant l'en- tour avec un bourdonnement pareil celui qui annonce le rveil, semble donner l'ordre du repos, comme il se pratique encore dans les camps : alors tout coup , et la fois, elles se taisent. 1 1 . Elles btissent des logemens , d'abord pour le peuple, ensuite pour les rois ; si elles esprent une anne abondante, elles en construisent aussi pour les bourdons: ce sont les plus petites cellules , quoiqu'ils soient eux- mmes plus grands que les abeilles. Des bourdons. XI. Dpourvus d'aiguillon , les bourdons sont des abeilles imparfaites, produit tardif, dernier effort de la vieillesse puise, et pour ainsi dire les esclaves des vri- tables abeilles: aussi elles leur commandent, les envoient les premiers l'ouvrage , et punissent leur paresse sans piti. Les bourdons ne les aident pas seulement dans le travail, mais encore pour la multiplication de l'espce, parce que la grande quantit des habitans sert beaucoup chauffer la ruche. Ce qui est certain , c'est que plus ils sont nombreux, plus les essaims sont abondans. Lorsque le miel commence mrir, elles les chassent, et, se jetant plusieurs sur un seul , elles les tuent. On ne voit cette espce que pendant le printemps. Un bourdon qu'on a rejet dans la ruche aprs lui avoir arrach les ailes, les arrache lui-mme aux autres. i h C PLINII HIST. NAT LIB. XL Quae natura mellis. XII. Regias imperatoribus futuris in ima parte alvei exstruunt amplas , magnificas , separatas , tuberculo eminentes : quod si exprimatur, non gignuntur soboles. Sexangulae omnes cellae , singulorum eae pedum opre. Nihil horum stato tempore , sed rapiunt diebus serenis munia. Et melle uno alterove ad summum die cellas replent. 12. Venit hoc ex are, et maxime siderum exortu , prcipueque ipso Sirio exsplendescente fit, nec omnino prius Vergiliarum exortu, sublucanis temporibus. Itaque tum prima aurora folia arborum melle roscida inveniun- tur : ac si qui matutino sub dio fuere , unctas liqore vestes , capillumque concretum sentiunt. Sive ille est caeli sudor, sive qusedam siderum saliva, sive purgantis se aeris succus , utinamque esset et purus ac liquidus , et suae naturae , qualis defluit primo : nunc vero e tanta cadens altitudine, multumque dum venit, sordescens, et obvio terrae halitu infectus, prterea e fronde ac pabu- lis potus, et in utriculo congestus apium (ore enim eum vomunt): ad haec succo florum corruptus, et alveis ma- ceratus, totiesque mutatus, magnam lamen caelestis na- turae voluptatem adfert. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. a 5 Nature du miel. XII. Les abeilles, dans la partie infrieure del ruche, construisent, pour les rois natre, des palais vastes, magnifiques , spars, et surmonts d'une sorte de dme ; cette prominence dtruite, leur naissance n'a pas lieu. Toutes les cellules sont hexagones , parce qu'elles y tra- vaillent avec tous leurs pieds la fois. Il n'y a point d'- poques dtermines pour aucun de ces ouvrages : elles y travaillent la hte, profitant de tous les jours se- reins. En une ou deux journes au plus elles remplissent les cellules de miel. 12. Le miel vient de l'air, gnralement au lever des astres , et principalement sous la constellation de Sirius, jamais avant le lever des Pliades, vers l'aube du jour; aussi , la naissance de l'aurore, les feuilles des arbres sont-elles alors humectes de miel; et ceux qui se trou- vent le matin dans les champs sentent leurs habits et leurs cheveux enduits d'une liqueur onctueuse. Au sur- plus, que le miel soit une transpiration du ciel, une rose des astres , un suc de l'air qui s'pure, plt aux dieux qu'il nous parvnt sans mlange, liquide, naturel, tel qu'il a coul d'abord ! Aujourd'hui mme, qu'il tombe d'une si grande hauteur, souill mille fois sur sa route, infect par les exhalaisons terrestres qu'il rencontre; ensuite re- cueilli sur les feuilles et les herbes, entass dans l'esto- mac des abeilles , car elles le dgorgent par leur trompe ; en outre, corrompu par le suc des fleurs, macr dans les ruches ; enfin, tant de fois chang, il conserve cependant un got dlicieux qui dcle encore une nature cleste. J.6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Quae o])tima mella. XIII. i3. Ibi optimus semper, ubi optimorum doliolis florum conditur. Atticae regionis hoc , et Siculae , Hy- metto , et Hybla, ab locis : mox Calydna insula. Est au- tem initio mel , ut aqua, dilutum, et primis diebus fer- vet , ut musta , seque purgat : vicesimo die crassescit , mox obducitur tenui membrana , quae fervoris ipsius spuma concrescit. Sorbetur optimum, et minime fronde infectum, e quercus, tiliae, arundinum foliis. Quae gnera mellis in singulis locis. XIV. i4- Summa quidem bonitatis natione constat (ut supra diximus) , pluribus modis : aliubi enim favi cera spectabiles gignuntur , ut in Pelignis, Sicilia : aliubi mellis copia, ut, in Greta, Cypro, Africa: aliubi magni- tudine , ut in septentrionalibus , viso jam in Germania octo pedum longitudinis favo , in cava parte nigro. In quocumque tamen tractu terna sunt mellis gnera. Vernum ex floribus constructo favo, quod ideo vocatur anthinum. Hoc quidam attingi vtant, ul iargo alimento valida exeat soboles. VI i ex nullo minus apibus relin- HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 27 Quel est le meilleur miel. XIII. i3. Le meilleur miel est toujours celui des contres o il se dpose dans le calice des fleurs les plus suaves. Les lieux les plus renomms sont les monts Hymte dans 1'A.ttique , et Hybla en Sicile, ensuite l'le de Calydna. Le miel est d'abord liquide comme l'eau ; les premiers jours il fermente comme le mot, et s'- pure. Le vingtime jour il s'paissit , et bientt il se couvre d'une pellicule forme par l'cume du bouillon- nement. Le plus agrable au got , et le moins altr par le feuillage , est celui qui provient des feuilles du chne , du tilleul , des roseaux. Quels lieux donnent telle ou telle espce de miel. XIV. i4- La bont du miel dpend du pays, ainsi que nous venons de le dire; mais la rcolte n'est pas la mme partout. En certains lieux , comme chez les Plignes et dans la Sicile, les rayons sont plus chargs de cire; -en d'autres pays ils contiennent plus de miel , comme dans la Crte, l'le de Cypre et l'Afrique; ailleurs, comme dans les rgions septentrionales, ils sont remarquables par leur grandeur. En Germanie , on a vu un rayon de huit pieds, dont toute la partie creuse tait noire. Toutefois, en quelque contre que ce soit, on dis- tingue trois sortes de miel : la premire est celui du printemps; il est form de la substance des fleurs, et par cette raison on l'appelle anthinum. Quelques-uns a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. quunt , quoniam magna sequatur ubertas , magnorum siderum exortu. Praeterea solstitio , quum tlrymum et uva florere incipiunt , praecipua cellarum materia. Est autem in eximendis favis necessaria dispensatio , quo- niam inopia cibi desperant , inoriunturque , aut diffu- giunt : contra copia ignaviam adfert: acjam nielle, non erithace pascuntur. Ergo diligentiores ex hac vindemia duodecimam partem apibus relinquunt. Dies status in- choandae, ut quadam lege naturae, si scire aut observare homines velint , tricesimus ab educto examine : fereque maio mense includitur haec vindemia. Alterum genus est mellis aestivi , quod ideo vocatur paov, a tempestivitate praecipua, ipso Sirio exsplen- descente post solstitium diebus tricenis fere. Immensa circa hoc subtilitas naturae mortalibus patefacta est, nisi fraus hominum cuncta pernicie corrumperet. Namque ab exortu sideris cujuscumque , sed nobilium maxime , aut caelestis arcus , si non sequantur imbres , sed ros tepescat Solis radiis, medicamenta, non mella, gignun- tur , oculis , ulceribus , internisque visceribus , dona caelestia. Quod si servetur hoc Sirio exoriente, casuque HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 29 dfendent qu'on y touche , afin qu'une nourriture co- pieuse rende les essaims plus vigoureux. D'autres , au contraire, n'en laissent qu'une faible partie aux abeilles, parce qu'un produit abondant doit avoir lieu au lever des grandes constellations. Au reste , c'est pendant le solstice , lorsque le thym et la vigne commencent fleu- rir, que les cellules sont le mieux approvisionnes. Mais il faut une sage conomie dans la taille des ruches, car le manque de nourriture dsespre les abeilles, les fait mourir ou les disperse ; d'un autre ct , l'abondance amne la paresse : et alors , ddaignant l'rithaque , elles mangent le miel pur ; aussi un bon conome leur abandonne le douzime de cette rcolte. Le jour o l'on doit la commencer semble tre fix par une loi de la nature ; si l'on veut l'observer et le savoir pr- cisment , c'est le trentime aprs la sortie de l'essaim. Elle se fait presque toujours dans le courant du mois de mai. La seconde sorte est le miel d't; on l'appelle horaion, parce qu'il se forme dans la saison la plus convenable, quand Sirius brille de tout son clat , environ trente jours aprs le solstice. Cette production de la nature serait le plus prcieux de ses bienfaits, si la perversit de l'homme n'altrait et ne corrompait tout. En effet , lorsque les astres, et surtout les astres du premier rang, se lvent, ou que l'arc-en-ciel se dploie, s'il ne survient point de pluie, et que la rose soit chauffe par les rayons du soleil, ce n'est plus un miel qui se forme, mais un baume salutaire, prsent cleste pour les yeux, pour les ulcres et pour toutes les parties internes. Si on le recueille au 3o C. PLI1NII HIST. NAT. LIB. XI. congruat in eumdem diem, ut saepe, Veneris aut Jovis, Mercuriive exortus , non alia suavitas , visque morta- lium malis a morte vocandis , quam divini neotaris , fit. Quomodo probentur. De erice, sive tetralice , sive sisirum. XV. i5. Mel plenilunio uberius capitur, sercna die pinguius. In omni melle, quod per se fluxit, ut mustum oleumque , appellatur acetum. Maxime laudabile est etiam omne rutilum , vel sic auribus aptissimum. In aestimatu est e tbymo , coloris aurei, saporis gratissimi. Quod fit palam doliolis , pingue : marino e rore , spis- sum. Quod concrescit autem , minime laudatur. Thymo- sum non coit , et tactu praetenuia fila mittit : quod pri- mum gravitatis argumentum est. Abrumpi statim et resilire guttas , vilitatis indicium habetur. Sequens pro- batio, ut sit odoratum, et ex dulci acre, glutinosum, perlucidum. vEstiva mellatione decimam partem Cassio Dionysio apibus relinqui place t , si plenae fuerint alvi : si minus, pro rata portion e : aut si inanes, omnino non attingi. Huic vindemiae Attici signum dedere initium caprifici : alii diem Vulcano sacrum. 16. Tertium genus mellis, minime probatum, silvestre, quod ericaeum vocant. Convehitur post primos autumni HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 3i lever de Sirius, et que le lever de Vnus, de Jupiter ou de Mercure, ce qui arrive souvent, tombe le mme jour, sa douceur et sa vertu pour gurir les mortels, et mme les rappeler la vie, sont celles mmes du divin nectar. Manire d'prouver le miel. De l'rice, ttralice ou sisire. XV. i5. La rcolte du miel est plus riche dans la pleine lune ; le miel est plus gras dans un jour serein. Celui qui a coul de lui-mme, comme le mot et l'huile , est appel acetum. Le rouge est d'une qualit sup- rieure , et le meilleur pour les oreilles. On estime celui qui provient du thym : il est de couleur d'or et d'un got trs-agrable. Celui qui se forme dans les calices des fleurs est gras; celui du romarin est pais; celui qui se fige est le moins recherch. Le miel du thym ne se coa- gule pas; quand on le touche, il file trs-menu ; c'est le premier indice de sa pesanteur : quand il se dtache sans filer, et que les gouttes rejaillissent, c'est un signe de son infriorit. Quant aux autres qualits, on exige qu'il soit odorant , aigre-doux , gluant , transparent. Cassius Dionysius veut qu'on laisse aux abeilles le dixime de la rcolte d't si les ruches sont pleines, et une part proportionne si elles ne le sont pas entire- ment ; ou, si elles sont presque vides, qu'on n'y touche pas. Les habitans de TAttique ont fix l'poque de cette rcolte au commencement de la caprification ; les autres, aux ftes de Vulcain. 16. La troisime sorte, la moins estime, est le miel sauvage, qu'on appelle rice. Les abeilles le recueillent 3 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. imbres , quum erice sola floret in silvis , ob id arenoso simile. Gignitur id maxime Arcturi exortu ex ante pridie idus septembris. Quidam aestivam mellationem ad Arcturi exortum proferunt , quoniam ad aequinoctium autumni ab eo supersint dies quatuordecim : et ab aequinoctio ad Vergiliarum occasum diebus xlviii plurima sit erice. Athenienses tetralicem appellant, Euba sisirum ; pu- tan tque apibus esse gratissimam , fortassis quia tune nulla alia sit copia. Haec ergo mellatio , fine vindemiae et Vergiliarum occasu, idibus novembris fere includitur. Relinqui ex ea duas partes apibus ratio persuadet , et semper eas partes favorum , quae habeant erithacen. A bruma ad Arcturi exortum diebus lx somno aluntur sine ullo cibo. Ab Arcturi exortu ad aequinoctium vernum tepidiore tractu jam vigilant : sed etiam tune alveo se continent, servatosque in id tempus cibos repetunt. In Ilalia vero hoc idem a Vergiliarum exortu faciunt : in eum dormiunt. Alvos quidam in eximendo melle expendunt , ita di- rimentes quantum relinquant. ^Equitas siquidem etiam in eis obstringitur : feruntque societate fraudata alvos mori. In primis ergo praecipitur ut loti , purique eximant HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 33 aprs les premires pluies d'automne, lorsque la bruyre seule fleurit dans les forts ; voil pourquoi il a l'aspect granuleux. Il se produit principalement au lever de l'Arcture, deux jours avant les ides de septembre. Quel- ques-uns diffrent la rcolte d't jusqu'au lever de l'Arcture, parce que de l il reste quatorze jours jus- qu' l'quinoxe d'automne, et que, dans les quarante- huit jours depuis l'quinoxe jusqu'au coucher des Pliades, il y a le plus de bruyre en fleur. Les Athniens appellent cet arbrisseau ttralice , les Eubens sisire. Ils pensent qu'il est trs-agrable aux abeilles, peut-tre parce qu'alors il n'y a point d'autres plantes en fleur. Cette rcolte se termine donc la fin des vendanges et au coucher des Pliades , vers les ides de novembre. L'exprience d- montre qu'il faut en laisser aux abeilles les deux tiers , et , dans tous les cas, les parties de rayons qui contiennent l'rithaque. Depuis le solstice d'hiver jusqu'au lever de l'Arcture, pendant soixante jours, le sommeil leur tient lieu de toute nourriture. Depuis le lever de l'Arcture jus- qu' l'quinoxe du printemps, quand la temprature est plus douce, elles se rveillent; mais elles se tiennent en- core dans la ruche, et ont recours aux provisions qu'elles ont rserves pour ce temps. Mais en Italie elles font la mme chose au lever des Pliades; elles dorment jusqu' cette poque. Quelques-uns en rcoltent le miel, psent les rayons, et n'en prennent qu'autant qu'ils en laissent; car l'quit doit tre observe leur gard, et on prtend qu'elles meurent si le partage est frauduleux. On recommande avant tout, aux personnes charges de cette rcolte, le vin. 3 34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. mella. Et furem mulierumque menses odere. Quum exi inuntur mella , apes abigi fumo utilissimum, ne irascan- tur, aut ipsae avide vorent. Fumo crebriore etiam ignavia earum excitatur ad opra. Nain nisi incubavere, favos lividos faciunt. Rursus nimio fumo inficiunlur : quarum injuriam celerrime sentiunt mella, vel minimo contactu roris acescentia. Et ob id inter gnera servatur, quod acapnon voeant. i Quomodo apes gnrent. XVI. Ftus quonam modo progenerarent , magna inter eruditos etsubtilis qustio fuit. Apium enim coitus visus est numquam. Plures existimavere oportere con- fici floribus compositis apte atque utiliter. Aliqui coitu unius, qui rex in quoque appellatur examine. Hune esse solum marem, prsecipua magnitudine, ne fatiscat. Ideo fetum sine eo non edi : apesque reliquas, tamquam ma- rem feminas comitari, non tamquam ducem: quam pro- babilem alias sententiam fucorum proventus coarguit. Qu enim ratio, ut idem coitus alios perfectos, imper- fectos generet alios ? Propior vero prior existimatio fe- ret,ni rursus alia difficultas occurreret. Quippcnascun- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 35 bain et une extrme propret. Les abeilles ont en haine les voleurs, et les femmes dans l'tat de menstruation. Lorsqu'on taille les ruches , il est trs-utile d'en chasser les abeilles par la fume, pour prvenir leur fureur, ou empcher qu'elles ne dvorent elles-mmes le miel. Sou- vent on a recours au mme moyen pour exciter au travail les mouches paresseuses ; car si elles ne restent pas sur les gteaux, elles font des rayons livides. D'un autre ct, l'emploi trop frquent de la fume les infecte , et le mal qu'on leur fait tourne au dtriment du miel , qui s'aigrit mme au plus lger contact de la rose; aussi distingue- t-on , parmi les diffrentes sortes de miel , celui qu'on nomme acapnon. Reproduction des abeilles. XVI. La gnration des abeilles a t , parmi les sa- vans , le sujet d'une grande et subtile question , parce qu'on ne les a jamais vues s'accoupler. Plusieurs ont pens qu'elles devaient ncessairement tre formes par une combinaison de fleurs disposes d'une manire con- venable cette reproduction : quelques autres croient qu'elles proviennent de l'accouplement d'un seul individu, que nous appelons le roi de l'essaim. Ils disent que lui seul est mle, qu'il est plus grand pour qu'il rsiste mieux la fatigue ; que, par consquent, la reproduction n'a pas lieu sans lui, et que les autres abeilles l'accompagnent comme leur mle, non comme leur chef: opinion assez probable d'ailleurs , mais rfute par la gnration des bourdons. Par quelle raison, en effet, le mme accouple- ment produirait-il des tres parfaits et d'autres imparfaits? 3. 30 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. tur aliquando in extremis favis apes grandiores , qua: ceteras fugant. Oestrus vocatur hoc malum : quonam modo nascens, si ipsae fingunt? Quod certum est, gallinarum modo incubant. Id quod exclusum est, primum vermiculus videtur candidus, ja- cens transversus , adhrensque ita ut pars cer videa- tur. Rex statim mellei coloris , ut electo flore ex omni copia factus , neque vermiculus , sed statim penniger. Cetera turba quum formam capere cpit, nymphae vo- cantur : ut fuci , sirnes , aut cephenes. Si quis alterutris capita demat , priusquam pennas habeant, pro gratis- simo sunt pabulo malribus. Tempore procedente instil- lant cibos , atque incubant, maxime murmurantes, ca- loris (ut putant) faciendi gratia, necessarii excludendis pullis , donec ruptis membranis , quae singulos cingunt ovorum modo , universum agmen emergat. Spectatum hoc Romae consularis cujusdam suburbano, alveis cornu laternae translucido factis. Ftus intra xlv diem peragi- tur. Fit in favis quibusdam, qui vocatur clavus, amarae duritia cer , quum fetum inde non eduxere morbo aut ignavia , aut infecunditate naturali. Hic est abortus apium. Protinus autem educti operantur quadam disci- plina cum matribus : regemque juvenem qualis turba comitatur. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL :i 7 La premire hypothse serait plus vraisemblable, si l'on n'y trouvait une autre difficult : c'est qu'il nat quel- quefois, dans les derniers rayons, des abeilles plus grandes qui chassent les autres. Cette espce nuisible se nomme strus. Comment nat-elle, si les abeilles se produisent elles-mmes ? Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles couvent la manire des poules. Ce qui clt ressemble d'abord un vermisseau blanc, couch de travers et tellement adh- rent qu'il semble faire partie de la cire. Le roi, ds-lors, est de la couleur du miel, comme tant form du choix de toutes les fleurs : il ne passe point par l'tat de ver , mais en naissant il est pourvu d'ailes. Les autres abeilles, lorsqu'elles commencent prendre une forme, s'appellent nymphes, comme les bourdons se nomment sirnes ou cphnes. Si Ion arrache la tte l'une ou l'autre es- pce avant qu'elle ait des ailes, c'est le mets le plus friand pour les mres. Au bout de quelque temps elles leur versent la nourriture goutte goutte, et les couvent en bourdonnant continuellement, afin de produire, ce que l'on pense , la chaleur ncessaire pour faire clore leurs petits; jusqu' ce que, rompant la pellicule qui enve- loppe chacun d'eux, comme le poussin dans l'uf, tout l'essaim la fois sorte des cellules. Ce phnomne a t observ prs de Rome, la campagne d'un consulaire, qui avait fait construire des ruches avec de la corne transparente. Au quarante-cinquime jour les petits sont parvenus l'tat parfait. Dans quelques rayons, l'endur- cissement d'une cire a mre produit ce qu'on appelle clou, lorsque les abeilles n'ont pas conduit le couvain terme , 38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Reges plures inchoantur, ne desiot. Postea ex his so- boles quum adulta esse cpit, concordi suffragio deter- rimos necant, ne distrahant agmina. Duo autem gnera eorum : melior niger variusque. Omnibus forma semper egregia, et duplo quam ceteris major, pennae breviores, crura recta , ingressus celsior, in fronte macula quodam diademate candicans. Multum etiam nitore a vulgo dif- ferunt. Quae regiminis ratio. XVII. 17. Quaerat nunc aliquis ,' unusne Hercules fuerit , et quot Liberi patres, et reliqua vetustatis situ obruta ? Ecce in re parva, villisque nostris adnexa, cujus assidua copia est, non constat inter auctores : rex nullumne solus habeat aculeum , majestate tantum ar- matus : an dederit eum quidem natura , sed usum ejus illi tantum negaverit. Ulud constat, imperatorem aculeo non uti. Mira plebei circa eum obedientia.Quum procedit, una est totum examen, circaque eum globatur, cingit, protegit , cerni non patitur. Reliquo tempore , quum populus in labore est , ipse opra intus circuit, similis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 3 9 par maladie, ou par paresse, ou par infcondit naturelle. C'est l'avortement des abeilles. Les petits , aussitt qu'ils sontclos, travaillent avec les mres, comme pour s'in- struire leur cole. Le jeune roi emmne sa suite l'essaim du mme ge. Elles lvent d'abord plusieurs rois , dans la crainte d'en manquer; ensuite, lorsqu'ils sont adultes, elles tuent les moins parfaits d'un commun accord, de peur qu'ils ne divisent la ruche. Or, il y en a de deux sortes : le meilleur est noir et tachet. Tous sont d'une forme dis- tingue, et deux fois plus grands que les autres abeilles. Leurs ailes sont plus courtes, leurs jambes droites, leur dmarche fire, et leur front porte une tache blanchtre en guise de diadme. Ils diffrent aussi beaucoup des plbiennes par leur clat. Gouvernement des abeilles. XVII. 17. Qu'on recherche maintenant, s'il n'a exist qu'un Hercule, combien il y a eu de Bacchus., et tant d'autres choses ensevelies sous la rouille des sicles ! Voici un fait bien simple qui se prsente dans toutes nos campagnes, que nous pouvons vrifier tous les jours , et sur lequel cependant les auteurs ne sont point d'accord. Le roi des abeilles est-il seul dpourvu d'aiguillon, et arm uniquement de sa propre majest; ou bien la nature lui a-t-elle donn un aiguillon et en a-t-elle refus l'usage lui seul ? Ce qui est certain , c'est que le roi ne se sert pas d'aiguillon. Son peuple est envers lui d'une obissance admirable. Lorsqu'il sort, l'essaim entier l'accompagne, forme un groupe autour de lui , l'enveloppe, le couvre 40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. exhortanti, sol us immunis. Circa eum satellites quidam lictoresque , assidui custodes auctoritatis. Procedit foras non nisi migraturo examine. Id multo intelligitur ante, aliquot diebus murmure intus strepente , apparatus in- dice diem tempestivum eligentium. Si quis alam ei de- truncet , non fugiet examen. Quum processere , se quae- que proximam illi cupit esse , et in officio conspici gau- det. Fessum humeris sublevant : validius fatigatum ex toto portant. Si qua lassata dficit , aut forte aberravit , odore persequitur. Ubicumque ille consedit, ibi cuncta- rum castra sunt. Aliquando et laetum omen esse examinum. XVIII. Tune ostenta faciunt privata ac publica , uva dependente in domibus templisve, saepe expiata magnis eventibus. Sedere in ore infantis tum etiam Platonis , suavitatem illam praedulcis eloquii portendentes. Sedere in castris Drusi imperatoris, quum prosperrime pugna- tum apud Arbalonem est, haud quaquam perptua aru- spicum conjectura , qui dirum id ostentum existimant semper. Duce prehenso totum tenetur agmen : amisso HISTOIRE NATURELLE, UV. XL > 4* et le drobe tous les regards. Le reste du temps, lorsque le peuple est ses travaux, il parcourt les ouvrages dans l'intrieur, comme pour exhorter au travail, dont il est seul exempt. Autour de lui marchent des satellites et des licteurs, gardes assidus de son autorit. Il ne sort jamais que lorsque l'essaim doit quitter la ruche : le dpart est annonc long-temps d'avance par un bourdonnement qui se fait entendre plusieurs jours de suite dans la ruche , signe certain que les abeilles font leurs apprts, et n'at- tendent qu'un jour favorable. Si l'on arrache une aile au roi , l'essaim ne partira pas. Lorsqu'elles sont en marche , chacune ambitionne d'tre le plus prs du roi ; leur joie est d'en tre vues remplissant leur devoir. Lass , elles le soutiennent avec leurs paules; trop fatigu, elles le portent tout--fait. Celles qui restent en arrire par lassitude, ou qui viennent s'garer, suivent, guides par l'odorat. En quelque lieu que le roi s'arrte, l'arme tout entire tablit son camp. Heureux prsage qu'on peut quelquefois tirer de l'aspect d'un essaim. XVIII. Alors elles forment des prsages privs et pu- blics quand elles sont suspendues en grappes dans les maisons ou dans les temples; prsages souvent accom- plis par de grands vnemens. Elles se posrent sur la bouche de Platon encore enfant , pour annoncer la dou- ceur de son loquence enchanteresse : elles se posrent dans le camp de Drusus , chef de l'arme romaine , lors- que l'on combattit , avec le plus heureux succs , auprs d'Arbalon. La science des aruspices n'est donc pas ton- 4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. dilabitur, migratque ad alios. Esse utique sine regc non possunt. Invit autem interimunt eos , quura plures fuere, potiusque nascentium domos diruunt, si proven- tus desperatur : tune et fucos 'abigunt. Quamquam jde iis video dubitari , propriumque iis genus esse aliquos existimare, sicut furibus grandissimis inter illas, sed ni- gris, lataque alvo: ita appellatis, quia furtim dvorent mella. Certum est , ab apibus fucos interfici. Utique re- gem non habent. Sed quomodo sine aculeo nascantur, in quaestione est. Humido vere raelior ftus : sicco, mel copiosius. Quod si defecerit aliquas al vos cibus, impetum in proximas faciunt rapinae proposito. A.t illae contra dirigunt aciem : et si custos adsit, alterutra pars , quae sibi fa vere sentit, non apptit eum. Ex aliis quoque saepe dimicant eau- sis, easque acies contrarias duo imperatores instruunt, maxime rixa in convebendis floribus exorta , et suos quibusque evocantibus : quae dimicatio injectu pulveris , aut fumo tota discutitur. Reconciliatur vero lact vel aqua niulsa. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. /,3 jours infaillible , puisqu'ils pensent qu'un tel prsage est toujours sinistre. En prenant le roi, on est matre de tout l'essaim : les abeilles l'ont-elles perdu , elles se dispersent et vont se joindre d'autres chefs : jamais elles ne peuvent tre sans roi. Elles les tuent regret lorsqu'il y en a plusieurs; elles prfrent dtruire les cellules o ils doivent natre , quand elles dsesprent d'une anne abondante; alors elles chassent aussi les bourdons. Quant ces derniers , je vois qu'on ne s'accorde, pas sur leur nature : suivant quelques auteurs , ils forment une es- pce particulire, comme cette grande espce noire, large ventre, qui se rencontre parmi les abeilles , et qu'on nomme larronne, parce qu'elle dvore furtivement le miel. Il est certain que les abeilles tuent les bour- dons. Ils n'ont point de roi. Mais comment naissent-ils sans aiguillon? c'est encore une question rsoudre. Si le printemps est humide , les essaims multiplient davantage; s'il est sec, le miel est plus abondant. Si la nourriture manque dans quelques ruches , les abeilles se jettent sur les ruches les plus voisines pour les piller. Celles qu'on attaque les repoussent en bataille ; et , si le gardien des ruches se trouve l , le parti qui le croit favorable sa cause s'abstient de toute hostilit son gard. Elles se font aussi la guerre pour d'autres motifs ; deux gnraux rangent en bataille les armes ennemies : le transport des fleurs est la cause la plus ordinaire des rixes , et chacune appelle ses compagnes son secours. U n peu de poussire ou de fume spare les combattans. On les rconcilie avec du lait ou de l'eau mielle. 44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL Gnera apium. XIX. 18. Apes sunt et rusticae silvestresque, horridae aspectu, multo iracundiores, sed opre ac labore prses- tantes. Urbanarum duo gnera : optimae brves , variae- que , et in rotunditatem compactiles : dtriores long , et quibus similitudo vesparum : etiamnun deterrimae ex iis pilosae. In Ponto sunt quaedam albae, qu bis in mense mella faciunt. Circa Thermodoontem autem flu- vium duo gnera: aliarum, qu in arboribus mellificant: aliarum , quae sub terra, triplici cerarum ordine, uber- rimi proventus. Aculeum apibus natura ddit ventri consertum. Ad unum ictum hoc infixo, quidam eas statim emori pu- tant. Aliqui non nisi in tantum adacto , ut intestin i quidpiam sequatur : sed fucos postea esse , nec melia facere , velut castratis viribus , pariterque et nocere et prodesse desinere. Est in exemplis , equos ab iis oc- cisos. V Odere fdos odores, proculque fugiunt, sed et fictos. Itaque unguenta redolentes infestant, ipsae plurimorum animalium iujuriis obnoxi. Impugnant eas naturae ejus- dem dgnres vespae , atque crabrones , _etiam e culi- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XI. 4 5 Des diverses espces d'abeilles. XIX. 18. On trouve aussi, dans les campagnes et les forts, des abeilles sauvages d'un aspect rude, beaucoup plus irascibles, mais plus habiles et plus laborieuses. Les abeilles domestiques sont de deux sortes : les meilleures sont courtes , nuances et ramasses dans leur corpu- lence ; les autres, moins bonnes , sont longues et sem- blables aux gupes ; les pires de toutes , parmi ces der- nires, sont celles qui sont velues. Il y a dans le Pont des abeilles blanches qui font du miel deux fois par mois. Aux environs du fleuve Thermodon , on en trouve une espce qui fait son miel dans les arbres, et une autre qui le fait sous terre, avec trois rangs de rayons; elles sont d'un trs -grand produit. La nature a donn aux abeilles un aiguillon attach au ventre. Quelques-uns pensent qu'au premier coup qu'elles en donnent il reste dans la blessure , et qu'elles meurent aussitt ; d'autres croient qu'elles ne meurent que lorsqu'elles l'ont enfonc assez avant pour qu'il en- trane une portion de l'intestin ; qu'au reste , perdant leurs forces avec leur aiguillon , elles deviennent de simples bourdons et ne font plus de miel , dsormais impuissantes pour nuire ou pour tre utiles. H y a des exemples de chevaux tus par les abeilles. Elles dtestent et fuient les mauvaises odeurs, et mme les odeurs factices ; aussi les voit-on harceler ceux qui portent des parfums , ayant d'ailleurs se dfendre elles-mmes contre plusieurs animaux. Les gupes, es- 46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. cura gnre, qui vocantur muliones : populantur hi- ruudines , et quaedam aliae aves. Insidiantur aquantibus ranae, quae maxima earum est operatio tum,'quum so- bolem faciuut. Nec hae tantum , quae stagna rivosque obsident, verum etrubelae veniunt ultro, adrepentesque foribus per eas suflant : ad hoc [provolant , confestim- que abripiuntur. Nec sentire ictus apium ranae tradun- tur. Inimicae et oves , difficile se a lanis earum expli- cantibus. Cancrorum etiam odore, si quis juxta coquat, exanimantur. De morbis apium. XX. Quin et morbos suapte natura sentiunt. Index eorum tristitia torpens , et quum ante fores in teporem solis promotis aliae cibos ministrant , quum defunctas progerunt, funerantiumque more comitantur exsequias. Rege ea peste consumpto maeret plebs ignavo dolore , non cibos convehens , non procedens , tristi tantum murmure glomeratur circa corpus ejus. Subtrahitur ita- que diducta multitudine : alias spectantes exanimem , luctum non minuunt. Tune quoque ni subveniatur, fam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. /, 7 pce btarde du mme genre ; les frelons , et l'espce de cousins qu'on nomme mulions , leur font la guerre. Les hirondelles et quelques autres oiseaux les dtruisent en grande partie. Les grenouilles leur tendent des embus- cades lorsqu'elles vont chercher de l'eau , ce qui est leur plus grande occupation dans le temps qu'elles lvent leurs petits. Je ne parle pas seulement de celles qui les attendent au bord des tangs et des ruisseaux : mais les grenouilles buissonnires viennent aussi les chercher; et, se glissant prs des ruches, elles soufflent par les portes. ce bruit les abeilles sortent et sont saisies l'instant. On dit que les grenouilles sont insensibles la piqre des abeilles. Les moutons sont encore dangereux pour elles , parce qu'elles ont de la peine se dgager de leur laine. L'odeur des crevisses , si l'on en fait cuire dans le voisinage , les fait mourir. Maladies des abeilles. XX. Elles ont aussi leurs maladies particulires. Elles paraissent alors tristes et engourdies : on les voit offrir des alimens celles qu'elles ont exposes la chaleur du soleil devant la porte de la ruche, emporter celles qui sont mortes , et accompagner leur corps comme pour leur rendre les derniers devoirs. Si le roi succombe la maladie, le peuple constern s'abandonne la dou- leur ; les travaux cessent , personne ne sort , toutes s'attroupent en bourdonnant tristement autour de son corps. On l'enlve donc en cartant la multitude, autre- ment la vue du cadavre entrelient leur deuil ; mme, si 48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. moriuntur. Hilaritate igitur, et nitore sanitas aesti- natur. 19. Sunt et operis morbi : quum favos non expient, claron vocant. Item blapsigoniam , si fetum non pera- gunt. Quae inimica apibus. XXI. Inimica est et cho resultanti sono, qui pavi- das alterno pulset ictu : inimjca et nebula. Aranei quo- que vel maxime hostiles , quum praevaluere ut intexant , enecant alveos. Papilio etiam ignavus et inhonoratus, luminibus accensis advolitans, pestifer, nec uno modo. Nam et ipse ceras depascitur, et relinquit excrementa, quibus teredines gignuntur : fila etiam araneosa , qua- cumque incessit, alarum maxime lanugine obtexit. Nas- cuntur et in ipso ligno teredines , quae ceras praecipue appetunt. Infestt et aviditas pastus , nimia florum sa- tietate , verno maxime tempore : alvo cita. Oleo quidem non apes tantum , sed omnia insecta exanimantur, prae- cipue si capite uncto in sole ponantur. Aliquando et ipsae contrahunt mortis sibi causas , quum sensere eximi mella, avide vorantes. Cetero praeparcae, et quae alioqui prodigas atque edaces , non secus ac pigras atque igna- vas proturbent. Nocent et sua mella ipsis, illitaeque ab HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 49 l'on n ? a soin de pourvoir leur subsistance, elles se laissent mourir de faim. La gat et la fracheur sont donc chez elles les signes de la sant. 19. Leurs ouvrages ont aussi des maladies : celle qu'on nomme elaros, lorsque les abeilles n'emplissent pas leurs rayons; et celle qu'on appelle blapsigonie, lors- qu'elles n'amnent pas le couvain terme. Ce qui est contraire aux abeilles. XXI. L'cho leur est galement contraire par ce son retentissant et alternatif, qui les frappe et les effraie. Le brouillard ne leur est pas moins nuisible ; mais leur en- nemi le plus redoutable, c'est l'araigne, qui dtruit la ruche entire quand elle est parvenue y tendre sa toile. Ce lche et vil papillon , qui voltige autour des flam- beaux allums , leur nuit aussi de plus d'une manire. Il mange la cire, et laisse des ordures o s'engendrent les trdo ; de plus, il masque les fils d'araigne, qu'il couvre du duvet de ses ailes partout o il passe. Dans le bois naissent aussi des trdo, qui attaquent parti- culirement la cire. Leur propre intemprance leur est funeste : les fleurs qu'elles mangent avec excs, sur- tout au printemps , leur donnent le flux de ventre. L'huile tue les abeilles, ainsi que tous les insectes, prin- cipalement lorsque, aprs leur en avoir enduit la tte, on les expose au soleil. Quelquefois elles deviennent elles-mmes la cause de leur mort , en dvorant le miel quand elles s'aperoivent qu'on l'enlve. Du reste, elles sont trs-mnagres : les prodigues et les gourmandes , vin. 4 5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. adversa parte moriunlur. Tt hostibus, tt casibus , (et quotam portionem eorum commemoro ? ) tam munifi- cum animal expositum est. Remdia dicemus suis locis: nunc enim sermo de natura est. De continendis apibus. XXII. 20. Gaudent plausu atque tinnitu aeris, eoque convocantur. Quo manifestum est, auditus quoque inesse sensum. Effecto opre , educto ftu , functo munere omni, exercitationem tum solemnem habent : spatia- taeque in aperto , et in altum data? , gyris volatu editis , tum demum ad cibum redeunt. Vita eis longissima , ut prospre inimica ac fortuita cdant , septenis annis uni- versa. Alvos numquam ultra decem annos durasse pro- ditur. Sunt qui mortuas , si intra tectum hieme serven- tur, deinde sole verno torreantur, ac ficulneo cinere toto die foveantur, putent revivescere. De reparandis. XXIII. In totum vero amissas reparari ventribus bu- bulis recentibus cum fmo obrutis : Virgilius juvencorum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5i comme les lches et les paresseuses , sont impitoyable- ment chasses. Leur miel mme leur est funeste ; quand on en frotte la partie antrieure de leur corps , elles meurent. A combien d'ennemis, combien d'accidens ( et encore n'en cit-je qu'une faible partie ) est expos un animal que sa munificence nous rend si prcieux ! Nous indiquerons les remdes en leur lieu , car mainte- nant nous ne traitons que de leur nature. "Moyen de contenir les abeilles. XXII. 7.0. Le tintement de l'airain les rjouit , et ce son les rallie; ce qui dmontre qu'elles ont aussi le sens de l'oue. Les ouvrages achevs , les petits clos , toutes leurs fonctions remplies , elles se livrent alors aux exer- cices d'usage. Rpandues dans la plaine , leves dans les airs, elles volent en tournoyant, et ne rentrent que pour le repas. Leur vie la plus longue , si elles ont le bonheur d'chapper tous les ennemis , tous les ac- cidens , est de sept ans en tout. On prtend que jamais ruche n'a dur plus de dix ans. Suivant quelques au- teurs , les abeilles mortes , gardes pendant l'hiver la maison , exposes ensuite au soleil du printemps , et chauffes pendant un jour dans la cendre de figuier, sont rappeles la vie. Moyen de repeupler les ruches. I I XX!^ Si l'espce est totalement dtruite , on peut la reproduire avec le ventre d'un buf tu rcemment , 4- 5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. corpore exanimato, sicut equorum vespas atque crabro- nes, sicut asinorum scarabaeos, mutante natura ex alis quaedam in alia. Sed horuin omnium coitus cernuntur. Et tamen in ftu eadein prope natura , quae apibus. De vcspis et crabronibus. Quae animalia ex alieno suum faciant. XXIV. 21. Vespae in sublimi e luto nidos faciunt , et in his ceras : crabrones in cavernis , aut sub terra. Et borum omnium sexangulae cellae. Cera autem corti- cea et araneosa. Ftus ipso iuaequalis, et barbarus; alius evolat , alius in nympba est , alius in vermiculo. Et au- tumno , non verno , omuia ea. Plenilunio maxime cres- eunt. Vespae , quae icbneumones vocantur ( sunt autem minores, quam aliae), nnum genus ex araneis perimunt, phalangium appellatum , et in nidos suos ferunt , deinde illinunt, et ex iis incubando suum genus procrant. Praeterea omnes carne vescuntur , contra quam apes , quae nullum corpus attingunt. Sed vespae muscas gran- diores venantur : et amputato iis capite, reliquum corpus auferunt. Crabronum silvestres in arborum cavernis de- gunt : hieme, ut cetera insecta conduntur : vita biiua.| tum non transit. Ictus eorum baud temere sine febri est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 53 et enterr dans le fumier. Suivant Virgile , le corps d'un jeune buf, qu'on a fait expirer sous les coups, produit des abeilles , comme le corps d'un cheval produit les gupes et les frelons, et celui d'un ne les scarabes , la nature changeant certains animaux en d'autres. Mais on voit l'accouplement de ces dernires espces ; nan- moins elles lvent leurs petits presque la manire des abeilles. Des gupes , des frelons. Animaux qui s'approprient le fruit du travail d'autrui. XXIV. 1 1 . Les gupes font leurs nids avec de la bouc dans un lieu lev et y construisent des gteaux. Les frelons s'tablissent dans des trous ou sous terre. Toutes leurs alvoles sont hexagones. Leur cire tient de l'corce et de la toile d'araigne. Leurs petits closent sans rgularit et sans ordre. Les uns volent, tandis que les autres sont encore l'tat de nymphe ou de ver ; et tout cela s'opre en automne, et non au printemps. Us prennent , dans la pleine lune , leur plus grand ac- croissement. Les gupes qu'on nomme iclmeumons (elles sont plus petites que les autres ) tuent une'espce d'arai- gne qu'on appelle phalangium , la portent dans leurs nids , pondent dans le cadavre , qu'elles enduisent de boue , et , en couvant , font clore leurs petits. Au surplus, toutes se nourrissent de chair, au lieu que les abeilles ne touchent aucun cadavre. Les gupes font la chasse aux grosses mouches ; et, aprs leur avoir- t la tte , elles emportent le reste du corps. Les frelons des bois vivent dans des creux d'arbres ; l'hiver 54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. uctores sunt, ter novenis punctis interfici hominem. Aliorum , qui mitiores videntur, duo gnera : opifices , minores corpore , qui raoriuntur hieme : matres , quae biennio durant: ii et clmentes. Nidos vere faciunt, fere quadrifores , in quibus opifices generentur. lis eductis , alios deinde nidos majores fingunt , in quibus matres futuras producant. Jam tum opifices funguntur munere, et pascunt eas. Latior matrum species : dubiumque an habeant aculeos , quia non^ egrediuntur. Et his sui fuci. Quidam opinantur omnibus his ad hiemem decidere aculeos. Nec crabronum autem , nec vesparum gcneri reges, aut examina : sed subinde renovatur multitudo sobole. De bombyce assyria. XXV. 22. Quartum inter hc genus est bombycurn, in Assyria proveniens , majus quam supra dicta. Nidos luto fingunt, salis specie , adplcatos lapidi, tanta du- ritie, ut spiculis pcrforari vix possitit. In iis et ceras lar- gius, quam apes, faciunt : deinde majorem vermiculuin. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 55 ils se renferment, comme les autres insectes ; leur vie n'excde pas deux ans. Il est rare que leur piqre ne cause pas la fivre: vingt-sept de ces piqres, suivant quelques auteurs , suffisent pour tuer un homme. D'autres fre- lons , qui semblent plus doux, se divisent en deux es- pces : les travailleurs, plus petits, qui meurent l'hiver; et les frelons-mres, qui vivent deux ans, et ne font point de mal. Au printemps , elles construisent des nids qui , d'ordinaire , ont quatre ouvertures , et o elles enfantent les travailleurs. Lorsque ceux-ci sont levs , elles font d'autres nids plus grands , pour y produire celles qui doivent tre mres. Ds-lors les travailleurs remplissent leur fonction et les nourrissent. Les mres sont d'une forme plus grande : il est douteux qu'elles aient un aiguillon , car elles ne le montrent pas. Les frelons ont aussi leurs bourdons. Quelques-uns croient que tous ces insectes perdent leur aiguillon l'approche de l'hiver. Ni les frelons ni les gupes n'ont de rois et ne jettent d'essaims : l'espce se renouvelle successive- ment par des reproductions individuelles. Du bombyce d'Assyrie. XXV. 11. Une quatrime espce , dans ce genre d'in- sectes, est celle des bombyces, qui appartiennent l'As- syrie, et sont plus grands que les prcdens. Ils btissent, avec de la boue contre les pierres , des nids qui ont l'aspect du sel , et d'une telle duret, qu'on peut peine les percer avec un javelot. Ils y font de la cire en plus grande quantit que les abeilles , et le ver qu'ils pro- duisent est aussi plus gros. 56 C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XI. De bombyliis necydalis. Quae prima invenerit bombycinam vestem. XXVI. Et alia horum origo : e grandiore vermiculo, gemina protendente sui generis cornua, primum eruca ft : deinde quod vocatur bombylius : ex eo necydalus : ex hoc in sex mensibus. Bombyces telas araneorum modo texunt ad vesteni'luxumque feminarum, quae bombycina appellatur. Prima eas redordiri , rursusque texere inve- nit in Ceo mulier Pamphila, Latoi filia, non fraudanda gloria excogitalas rationis , ut denudet feminas vestis. De bombyce Coa. Quomodo conficiatur Coa vestis. XXVII. a3. Bombycas et in Co insula nasci traduut, eupressi , terebinthi , fraxini , quercus florem imbribus decussum terrae halitu animante. Fieri autem primo pa- piliones parvos , nudosque : mox frigorum impatientia villis inhorrescere , et adversum hiemem tunicas sibi instaurare densas , pedum asperitate radentes foliorum lanuginem vellere : banc ab bis cogi unguium carmi- natione , mox trahi inter ramos , tenuari ceu pectine. Postea adprehensam corpori involvi nido volubili. Tu m ab homine tolli, fictilibusque vasis tepore et furfurum esca nutriri : atque ita subnasci sui generis plumas , p HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 7 Des ncydales bombyliennes. Inventeur des toffes bombycines. XXVI. On connat encore des bombyles d'une origine diffrente : ils proviennent d'un gros ver, arm de deux cornes d'espce particulire , qui d'abord devient che- nille, puis bombyle, enfin ncydale, et cela dans l'espace de six mois. Les bombyces , la manire des araignes , ourdissent, pour l'habillement et la parure des femmes, une toile qui s'appelle bombycine. L'art de dvider cette toile et d'en faire des tissus fut invent dans l'le deCos, par la fille de La tous, Pamphila, qui nous ne devons pas drober la gloire d'avoir trouv pour les femmes un vtement qui les montre nues. Du bombyce de Cos. Comment se font les tissus de Cos. XXVII. 23. On dit qu'il nat aussi des bombyces dans l'le de Cos , o la vapeur de la terre anime les fleurs que les pluies ont fait tomber du cyprs, du trbinthe, du frne et du chne. Il se forme d'abord de petits pa- pillons qui sont nus; bientt, pour se garantir du froid, ils se couvrent de poils , et se fabriquent d'paisses tu- niques contre la rigueur de l'hiver, en arrachant le duvet des feuilles, qu'ils grattent avec les asprits de leurs pieds ; ils le ramassent en un tas, le cardent avec leurs ongles, le tranent sur les branches, et l'effilent comme avec un peigne; ensuite ils saisissent les brins, et en for- ment une couverture qu'ils roulent autour d'eux. Alors on les emporte , on les dpose dans des vases de terre , 53 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI. quibus vestitos ad alia pensa dimitti. Quae vero coepta sint lanificia , humore lentescere : mox in fila tenuari junceo fuso. Nec puduit lias vestes usurpare etiam vi- ros , levitatem propter aestivara. In tantum a lorica ge- renda discessere mores, ut oneri sit etiam vestis. Assyria tamen bombyce adhuc feminis cedimus. De araneis : qui ex his texant : quae materiae natura ad texendum. XXVIII. il\. Araneorum his non absurde jungatur natura , digna vel praecipue admiratione. Plura autem sunt gnera, nec dictu necessaria in tan ta notitia. Pha- langia ex his appellantur, quorum noxii morsus, corpus exiguum, varium, acuminatum, adsultim ingredientium. Altra eorum species , nigri , prioribus cruribus longis- simis. Omnibus internodia terna in cruribus. Luporum minimi, non texunt. Majores interna et cavernis exigua vestibula praepandunt. Tertium eorumdem genus eru- dita operatione conspicuum. Orditur telas , tantique operis materiae utrus ipsius sufficit : sive ita corrupta alvi natura stato tempore , ut Democrito placet : sive est quaedam intus lanigera fertilitas : tam moderato un- gue , tam tereti filo , et tam aequali deducit stamina , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 9 o ils sont entretenus par une douce chaleur, et nourris avec du son. Il leur pousse des ailes d'une espce parti- culire. Dans cet tat, on leur rend la libert pour qu'ils entreprennent d'autres travaux. Jete dans l'eau , la toile qu'ils ont ourdie s'amollit, puis on la file avec un fuseau de jonc. Les hommes n'ont pas eu honte d'usurper ces toffes, parce qu'elles sont lgres pour l't. Il est si loin de nos murs de porter la cuirasse , que nos vtemens mme sont une charge incommode. Toutefois , nous lais- sons encore aux femmes la bombyee assyrienne. Des araignes : quelles espces parmi elles font de la toile, et quelle est la matire du tissu. XXVIII. il\. Ici se place convenablement l'histoire des araignes, sujet assurment digne d'admiration. Il y en a plusieurs espces , trop connues pour qu'il soit n- cessaire d'en parler avec dtail. On nomme phalangium celles dont la morsure est venimeuse, le corps bigarr, court, effil, et qui marchent en sautant. Dans cette es- pce il en est de noires, dont les jambes antrieures sont trs-allonges. Toutes ont trois articulations aux jambes. Les araignes-loups de la petite espce ne filent point; les grandes tendent de petites toiles l'entre et au dedans de leurs trous. Une troisime espce est remarquable par son savant travail : elle ourdit des toiles , et son ventre fournit seul la matire d'un si grand ouvrage, soit que les parties dont il est form se dcomposent poque fixe , comme le prtend Dmocrite , soit qu'elle possde intrieurement la facult de produire cette espce de laine. 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL ipso se pondre usus. Texere a medio incipit , eireinato orbe subtegmina adnectens maculasque paribus semper intervallis , sed subinde crescentibus , ex angusto dila- tans indissolubili nodo implicat. Quanta arte celt pe- dicas , ac scutulato rete grassantes ! quam non ad hoc videtur pertinere crebrataepexitas telae , et quadam po- liturae arte , ipsa per se tenax ratio tramoe ! quam laxus ad flatus, ac non respuenda quae veniant, sinus! Dere- licta lasso praetendi summa parte arbitrere licia : at illa difficile cernuntur, atque ut in plagis lineae offensae, prae- cipitant in sinum. Specus ipse qua concameratur archi- tectura ! et contra frigora quanto villosior ! quam remo- tus a medio, aliudque agentis similis! inclusus vero sic, ut sit, nec ne, intus aliquis, cerni non possit! Age, fir- mitas : quanto rumpentibus ventis? qua pulverum mole degravante ? Latitudo telae saepe inter duas arbores , quum exercet artem et discit texere : longitudo fili a cul- mine, ac rursus a terra per illud ipsum velox recipro- catio : subitque pariter ac fila deducit. Quum vero ca- ptura incidit,quam vigilans et paratus adcursum? licet extrema hreat plaga , semper in mdium currit: quia sic maxime totum concutiendo implicat. Scissa protinus reficit , ad polituram sarciens. Namque et lacertarum catulos venautur : os primum tela involventes , et tune demum labra utraque morsu adprehendeutes , amphi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 61 Quelle rgularit, quelle galit dans ces fils que son ongle arrondit et faonne en tissus ! et cependant son propre poids lui tient lieu de fuseau. Elle commence son tissu par le milieu , puis elle tend la trame en forme circu- laire ; largissant les mailles intervalles gaux et pro- gressivement croissans, elle les runit par un nud in- dissoluble. Avec quel art elle cache les lacets meurtriers que forment ses rseaux ! Qui souponnerait que cette loile moelleuse et garnie d'un long duvet, que cette trame ferme et solide, dont l'art semble avoir poli la surface, ne sont en ralit qu'un pige trompeur ? Au centre , quelle souplesse, pour se prter au souffle du vent , et ne pas rejeter les objets qui se prsentent ! On croirait que les fils tendus aux extrmits ont t abandonns par l'ou- vrire puise de fatigue ; mais ces fils sont difficilement aperus, et, comme les cordons de nos toiles de chasse, prcipitent dans le filet l'animal qui les rencontre ! La caverne elle-mme, avec quelle savante architecture elle est vote ! et combien , plus que le reste , elle est rem- bourre contre le froid ! Comme l'araigne se tient carte du centre, paraissant occupe de tout autre chose, et tellement renferme, qu'il est impossible devoir si le lieu est ou n'est pas habit! Observez la fermet de l'ouvrage : quels vents peuvent le briser, quels amas de poussire le rompre? La largeur de la toile s'tend souvent d'un arbre l'autre, lorsque l'araigne s'exerce et fait apprentissage de son art. En longueur, l'araigne tend son fil du som- met de l'arbre la surface du sol, et, tout en remontant rapidement le long de ce mme fil , elle en ramne un nouveau , puis elle redescend en continuant la mme 6i C. PLINII HLST. NAT. LIB. XI. theatrali spectaculo , quum contigit. Sunt ex eo et au- guria. Quippe incremento amnium futuro telas suas allius tollunt. Iidem sereno non texunt, nubilo texunt. Ideoque multa arauea imbrium sigua sunt. Feminam putant esse quae texat , marem qui venetur : ita paria fieri mrita conjugio. Generatio araneorum. XXIX. Aranei conveniunt clunibus : pariunt vermi- culos ovis similes. Nam nec horum differri potest geni- tura , quoniam insectorum vix ulla alia narratio est. Pariunt autem ova ea in telas, sed sparsa, quiasaliunt, atque ita emittunt. Phalangia tantum in ipso specu in- cubant magnum numerum : qui ut emersit, matrem consumit , saepe et patrem : adjuvat enim incubare. Pa- riunt autem et trecenos , cetera? pauciores. Et incubant triduo. Consummantur aranei quater septenis diebus. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 63 manuvre. Si quelque animal s'est pris au filet, quelle vi- gilance ! quelle promptitude accourir! La proie est-elle arrte l'une des extrmits, elle court toujours au cen- tre ; car c'est en agitant la toile dans toutes ses parties qu'elle enlace le plus l'animal. La toile est-elle dchire , elle la raccommode l'instant, sans qu'il paraisse aucune reprise. Les araignes prennent mme de petits lzards : elles commencent par leur museler la gueule avec leur fil, puis elles leur saisissent et leur mordent les lvres : spec- tacle comparable ceux du Cirque , quand un heureux hasard l'offre nos yeux! On en tire aussi des prsages. Quand il doit survenir une crue d'eau , elles portent plus haut leurs toiles. Elles ne filent pas dans les temps sereins, elles filent dans les temps nbuleux; aussi le grand nombre de toiles d'araigne est-il un signe de pluie. On pense que c'est la femelle qui file, et le mle qui chasse : ainsi , dans le mnage, chacun contribue galement au bien commun. Gnration des araignes. -,4| XXIX. Les araignes s'accouplent par derrire, et pro- duisent de petits vers semblables des ufs. Je ne puis en effet tarder plus long-temps parler de leur gnra- tion , puisque nous n'aurons presque rien dire de celle des autres insectes. Elles rpandent les ufs sur leurs toiles; ils sont pars et l , parce qu'elles les jettent en sautant. Les phalangium seulement en couvent dans leur trou un grand nombre. Ds que les petits sontclos, ils dvorent la mre, et souvent mme le pre; car il par- tage avec elle les fonctions de l'incubation. Elles produi- sent jusqu' trois cents petits, les autres espces un plus 6ft C. PLINI HIST. NAT. LIB. XI. De scorpionibus. XXX. i5. Similiter his et scorpiones terrestres, ver- miculos ovorum specie pariunt , similiterque pereunt : pestis importuna, veneni serpentium, nisi quocl gravioro supplieio lenta per triduum morte conficiunt, virginibus letali semper ictu , et feminis fere in totum : viris autem matutino, exeuntes cavernis, priusquam aliquo fortuito ictu jjunum egerant venenum. Semper cauda in ictu est : nulloque momento meditari cesst, ne quando desit occasioni. Ferit et obliquo ictu , et inflexu. Venenum ab iis candidum fundi Apollodorus auctor est, in novem gnera descriptis , per colores maxime : super vacuo , quoniam non est scire , quos minime exitiales prdixe- rit. Geminos quibusdam aculeos esse : maresque saevis- simos. Nam coitum iis tribuit. Intelligi autem gracilitate et longitudine. Venenum omnibus medio die , quum in- candueresolisardoribus : itemquequum sitiunt, inexpie- biles potu. Constat et septena caudse internodia saeviora esse : pluribus enim sena sunt. Hoc malum Afric vo- lucre etiam austri faciunt, pandentibus brachia , ut re- migia sublevantes. Apollodorus idem , plane quibusdam inesse pennas tradit. Saepe Psylli, qui reliquarum venena HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL G 5 petit nombre. L'incubation dure trois jours : au bout de vingt-huit , les araignes ont pris leur accroissement. Des scorpions. XXX. 2 5. Ainsi que les araignes , les scorpions terrestres produisent de petits vers qui ont l'apparence d'oeufs, et ils prissent de la mme manire: peste mau- dite, qui porte le poison des serpens, mais dont la pi- qre , par un supplice plus cruel, fait endurer pendant trois jours les angoisses d'une mort lente , est toujours fatale aux jeunes filles , et presque toujours aux femmes : elle est mortelle pour les hommes le matin , lorsque l'in- secte , sortant jeun de son trou , n'a pas trouv l'oc- casion de rpandre son venin. Sa queue est toujours prte frapper, et l'animal est continuellement attentif pour ne pas manquer l'occasion. Il frappe, et de biais et en se repliant. Le venin de cet insecte est blanc, sui- vant Apollodore , qui dcrit neuf espces de scorpions , en les distinguant principalement par leurs couleurs : dtail superflu , puisqu'on ne peut savoir lesquels il a signals comme les moins nuisibles. Il prtend que cer- taines espces ont un double aiguillon , et que les mles sont les plus dangereux, car il leur attribue la facult de s'accoupler. On les reconnat ce qu'ils sont plus minces et plus longs que les femelles. Tous sont gale- ment venimeux au milieu du jour, lorsqu'ils ont t chauffs par l'ardeur du soleil. Quand ils ont soif, ils ne peuvent se rassasier de boire. Il est certain que ceux qui ont sept noeuds la queue sont les plus redoutables; vm. fit 66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. terrarum invehentes quaestus sui causa peregrinis malis impie vere Italiam , hos quoque importare conati sunt : sed vivere intra Siculi caeli regionem non potuere. Vi- suntur tamen aliquando in 1 talia . sed innocui, multis- que aliis in locis , ut circa Pharum in iEgypto. In Scy- thia interimunt etiain sues, alioqui vivaciores contra venena talia : nigras quidem celerius , si in aquam se immerserint. Homini icto putatur esse remedio ipsorum cinis potus in vino. Magnam adversitatem oleo mersis, et stellionibus putant esse , innocuis dumtaxat iis , qui et ipsi carent sanguine , lacertarum figura. Atque scor- piones in totum nullis nocere , quibus non sit sanguis. Quidam et ab ipsis fetum devorari arbitrantur. Unum modo relinqui solertissimum , et qui se ipsius matris clunibus imponendo , tutus et a cauda et a morsu loco fit. Hune esse reliquorum ultorem , qui postremo ge- nitores superne conficiat. Pariuntur autem undeni. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 67 la plupart n'en ont que six. Ce flau de l'Afrique em- prunte des ailes au vent du midi , en tendant ses bras, qu'il agite comme des rames. Le mme Apollodore rapporte qu'il y a des scorpions vraiment ails. Sou- vent les Psylles, qui font mtier de transporter les poi- sons de contres en contres , et qui ont rempli l'Italie de flaux trangers, ont essay d'y importer les scor- pions volans ; mais ceux-ci n'ont pu vivre sous le climat de la Sicile : cependant on en voit quelquefois en Italie , mais qui ne font point de mal; et en beaucoup d'autres lieux, comme aux environs de Pharos en Egypte. Dans la Scythie, ils tuent mme les porcs, qui, d'ailleurs, rsistent le mieux ces sortes de venins , et les noirs plus vite que les autres, s'ils se plongent dans l'eau aprs avoir t piqus. On pense que la cendre du scorpion , prise dans du vin , est un remde pour l'homme bless. L'huile est , dit-on , un poison mortel pour les scorpions et pour les stellions ; ceux-ci n'- pargnent que les animaux, comme eux privs de sang; leur forme est celle du lzard. Les scorpions, en gn- ral , ne font point non plus de mal aux animaux qui n'ont pas de sang. Quelques-uns pensent qu'ils dvo- rent leurs petits ; que le plus adroit chappe seul , en se plaant sur la croupe de la mre , o il n'a rien craindre de sa piqre et de sa morsure ; qu'il est le vengeur de tous les autres , car il finit par tuer le pre et la mre. Les scorpions font ordinairement onze petits. 5. 68 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XI. De stellionibus. XXXI. 16. Chamaeleonum stelliones quodammodo naturam habent, rore tantum vi ventes, praeterque ara- neis. De cicadis : sine ore esse , exitu cibi. XXXII. Similis cicadis vita : quarum duo gnera : minores, quae prim proveniunt, et novissimae pereunt: suut autem mutae. Sequens est volatu rara. Quae ca- nunt, vocantur achetae : et quae minores ex his sunt, tettigoniae : sed illae magis canorae. Mares canunt in utroque gnre : feminae silent : gentes vescuntur iis ad Orientem , etiam Parthi opibus abundantibus. Ante coi- tum mares praeferunt , a coitu feminas , ovis earum conceptis , quae sunt candida. Coitus supinis. Asperitas jacuta in dorso, qua excavant fetur locum in terra. Fit primo vermiculus, dein ex eo, quae vocatur teltigo- metra , cujus cortice rupto circa solstitia evolant , noctu semper : primum nigrae atque durae. Unum hoc ex iis quae vivunt , et sine ore est. Pro eo quiddam aculeata- rum linguis simile , et hoc in pectore , quo rorem lam- bunt. Pectus ipsum fistulosum : hoc canunt achetae , ut diximus. De cetero in ventre nihil est. Excitatae quum subvolant , humorem reddunt , quod solum argumen- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 69 Des stellions. XXXI. 26. Les stellions tiennent de la nature des ca- mlons, ne vivant que de rose et d'araignes. Des cigales : absence de la bouche et de l'anus chez ces animaux. XXXII. Les cigales vivent de la mme manire , el forment deux espces : les petites, qui naissent les pre- mires et meurent les dernires ; elles sont muettes : l'autre espce vole rarement. Celles qui chantent sont nommes achtes, el les plus petites tettigonies; mais les autres ont plus de voix. Dans les deux espces , les mles chantent , les femelles sont muettes. Les peuples de l'O- rient, mme les Parthes, qui vivent au sein de l'abon- dance, mangent les cigales. Ils prfrent les mles avant l'accouplement, et les femelles aprs, et lorsqu'elles onl conu leurs ufs , qui sont blancs. Elles s'accouplent renverses. Elles ont au dos une saillie aigu, avec la- quelle elles creusent la terre pour y dposer leurs ufs. Il se forme d'abord un vermisseau , qui devient ce qu'on nomme tettigomtre; vers le solstice, les petits rompent leur enveloppe et s'envolent , ce qui arrive toujours la nuit. Les cigales sont d'abord noires et dures. De tous les tres vivans, c'est le seul qui n'ait point de bouche; mais elles ont la poitrine quelque chose qui ressemble la langue des insectes arms d'aiguillon , et qui leur sert pomper la rose. La poitrine elle-mme n'est qu'une espce de tuyau : c'est l que se forme la voix 70 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. tum est rore eas ali. Iisdem solis, nullum ad excrementa corporis foramen. Oculi tam hebetes, ut si quis digi- tum contrahens ac remittens iis adpropinquet , transeant velut in folia. Quidam duo alia gnera faciunt earum : surculariam, quse sit grandior : frumentariam|, quam alii avenariam vocant. Apparet enim simul cum frumentis arescentibus. 17. Cicadae non nascuntur in raritate arborum : id- circo non sunt Cyrenis circa oppidum : nec in campis , nec in frigidis aut umbrosis nemoribus. Est quaedam et iis locorum differentia. In Milesia regione paucis sunt locis. Sed in Cephalenia amnis quidam penuriam earum et copiam dirimit. At in rhegino agro silent omnes : ultra flumen in Locrensi canunt. Pennarum illis natura quae apibus , sed pro corpore amplior. De pinnis insectorum. XXXIII. 1 8. Insectorum autem quaedam binas gerunt pumas, ut muscae: quaedam quaternas, ut apes. Mem- branis et cicadae volant. Quaternas habent, quae aculeis in alvo armantur. Nullum , cui telum in ore , pluribus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 71 des achtes, comme nous l'avons dit. Du reste, le ventre ne contient rien. Lorsqu'on les contraint de voler, elles rendent une humeur qui , seule , prouve qu'elles se nourrissent de rose. C'est aussi le seul animal qui n'ait pas d'ouverture pour jeter ses excrmens. Leurs yeux sont si mauvais , que si on leur prsente le doigt, en l'a- vanant et en le retirant, elles sautent dessus comme sur une feuille. Quelques-uns en tablissent deux autres espces , savoir la surculaire , qui est la plus grande ; la frumentaire , que d'autres appellent avenire , parce qu'elle parat au moment que les fromens jaunissent. 27. Les cigales ne naissent point dans les lieux d- pourvus d'arbres ; aussi n'y en a-t-il pas aux environs de la ville de Cyrne , ni dans les plaines, ni dans les bois pais ou froids ; elles prfrent mme certains cantons. Dans le pays de Milet , elles ne se trouvent qu'en peu d'endroits. A Cphalnie, une rivire spare des cantons remplis de cigales, d'autres cantons o l'on n'en voit aucune. Dans le territoire de Rhges , elles sont toutes muettes ; au del du fleuve , dans la campagne de Locres, elles chantent. Leurs ailes sont de la mme na- ture que celles des abeilles , mais plus grandes pro- portion de leur corps. Ailes des insectes. XXXIII. 28. Quelques insectes ont deux ailes , comme les mouches; d'autres en ont quatre, comme les abeilles. Les ailes des cigales sont membraneuses. Les insectes qui sont arms d'aiguillon au ventre ont 7-i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. quam binis advolat permis. Illis enim ultionis causa datum est , his aviditatis. Nullis eorum peauae revi- viscunt avulsae. Nullum , cui aculeus in alvo . bipenne est. De scarabaeis. Lampyrides. Reliqua scarabaeorum genem. XXXIV. Quibusdam pennarum tutelae crusta super- venit, ut scarabaeis, quorum tenuior fragiliorque penna. His negatus aculeus : sed in quodam gnre eorum grandi, cornua praelonga, bisulcis dentata forcipibus in cacumine, quum libuit ad morsum coeuntibus , infan- tium etiam remediis ex, cervice suspenduntur. Lucanos vocat hos Nigidius. Aliud rursus eorum genus , qui e fimo ingentes pilas aversi pedibus volutant , parvosque in iis contra rigorem hiemis vermiculos ftus sui nidu- lantur. Volitant alii magno cum murmure ac mugitu. Alii focos et prata crebris foraminibus excavant , no- cturno stridore vocales. Lucent ignium modo noctu , la- terum et clunium colore lampyrides , nunc pennarum hiatu refulgentes , nunc vero compressu obumbrat , non ante matura pabula , aut post desecta conspicuae. E contrario tenebrarum alumna blattis vita , lucemque fugiunt , in balineis maxime humido vapore prognatae. Fodiunt ex eodem gnre rutili atque praegrandes sca- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. ?3 quatre ailes. Nul de ceux dont l'aiguillon est plac dans la bouche n'en a plus de deux ; car les premiers l'ont reu pour se dfendre , les seconds pour se nour- rir. Les ailes , une fois arraches , ne repoussent jamais Tous les insectes dont l'aiguillon est plac au ventre ont plus de deux ailes. Des scarabes. Des lampyides. Des autres espces de scarabes. XXXIV. Dans quelques-uns , les ailes sont garanties par une substance crustace , comme dans les scarabes , dont l'aile est plus mince et plus fragile. Ils n'ont point d'aiguillon ; mais on connat une grande espce cornes trs-longues , dont les extrmits , fourchues et dente- les, se ferment volont pour saisir les objets, et qu'on suspend au cou des enfans comme remdes contre cer- taines maladies. Nigidius l'appelle lucanus. Une autre espce marche reculons , roulant de grosses boules de fiente dans lesquelles elle dpose les petits vers qui doivent perptuer sa race , et les garantit ainsi de la ligueur de l'hiver. D'autres volent avec un bourdon- nement trs-fort ; d'autres creusent une multitude de trous dans les foyers et dans les prs , et font entendre pendant la nuit un bruit aigre et perant. Pendant la nuit les lampyrides brillent comme des feux , par la couleur clatante de leurs flancs et de leur croupe ; tincelans lorsqu'ils dploient leurs ailes, cachs dans l'ombre lorsqu'ils les ferment. On ne les aperoit , ni avant que les fourrages soient mrs , ni aprs qu'on les ait fauchs. Au contraire , les blattes vivent dans les t- 74 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XI. rabaei tellurem aridam , favosque parv ac fistulosae modo spongiae, medicato melle fngunt. InThracia juxtaOlyn- thum locus est parvus, in quo unum hoc animal exani- matur , ob hoc Cantharolethrus appellatus. Pennae insectis omnibus sine scissura : nulli cauda nisi scorpioni. Hic eorum solus et brachia habet , et in cauda spiculum. Reliquorum quibusdam aculeus in ore, ut asilo , sive tabanum dici placet : item culici , et qui- busdam muscis. Omnibus autem his in ore et pro lingua sunt hi aculei. Quibusdam hebetes, neque ad punctum, sed ad suctum, ut muscarum generi, in quo lingua evi- dens fistula est. Nec sunt talibus dents. Aliis cornicula ante oculos prsetenduntur ignava , ut papilionibus. Quae- dam insecta carent pennis , ut scolopendra. De locustis. XXXV. Insectorum pedes quibus sunt, in obliquum moventur. Quorumdam extremi longiores foris curvan- tur, ut locustis. 29. Hae pariunt in terram demisso spinae caule , ova condensa, autumni tempore. Ea durant hiemesub terra. Subsquente anno exitu veris emittunt parvas , nigran- HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 7 5 nbres et fuient la lumire; nes de la vapeur humide, principalement dans les bains. Des scarabes du mme genre, dors et trs-grands, creusent les terres arides et y construisent des rayons qui ont la forme d'une petite ponge poreuse ; leur miel est drastique. En Thrace , prs d'Olynthe, est un petit canton o nul de ces in- sectes ne peut vivre , ce qui l'a fait nommer Cantharo- lethrus. Tous les insectes ont les ailes sans division ; nul n'a de queue, si ce n'est le scorpion; c'est aussi le seul qui ait la fois et des bras et un dard la queue. Parmi les autres , quelques-uns , tels que l'asilus ou tabanum , le cousin et certaines mouches , ont un aiguillon plac dans la bouche, qui leur tient lieu de langue. A plusieurs l'aiguillon est mou et sans pointe , et ne sert qu' sucer, comme chez les mouches , dont la langue est videm- ment une trompe. Tous ceux de cette espce n'ont point de dents ; d'autres ont tendues au devant des yeux de petites cornes tendres; tels sont les papillons. Quelques insectes manquent d'aile , par exemple , la scolopendre. Des sauterelles. XXXV. Les insectes qui ont des pieds les meuvent obliquement. Quelques-uns ont les pieds de derrire plus longs et courbs en dehors , comme les sauterelles. 29. Celles-ci enfoncent dans la terre la pointe de leur queue, pour y dposer, en automne, des ufs ramasss en tas. Ils se conservent enfouis tout l'hiver. L'anne sui- 76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. tes et sine cruribus , pennisque rep tantes. Itaque ver- nis aquis intereunt ova : siccoque vere major proventus. Alii duplicem earum fetum , geminum exitium tradunt: Vergiliarum exortu parre, deinde ad Canis ortum ob- ire , et alias renasci. Quidam Arcturi occasu renasci. Mori matres quum pepererint, certum est, vermicide- statim circa fauces enascente, qui eas strangulat. Eodem tempore mares obeunt. Tarn frivola ratione morientes, serpentem , quum libuit, necant singulae , faucibus ejus apprehensis mordicus. Non nascuntur nisi rimosis locis. In India ternum pedum longitudinis esse traduntur, cru- ribus et feminibus serrarum usum praebere, quum ina- ruerint. Est et alius earum obitus. Gregatim sublatae vento in maria aut stagna decidunt. Forte hoc casuque evenit, non (ut prisci existimavere) madefactis nocturno humore alis. Iidem quippe nec volare eas noctibus pro- pter frigora tradiderunt : ignari etiam longinqua maria ab iis transiri, continuata plurium dierum ( quod maxime miremur) fam quoque, quam propter externa pabula pe- tere sciunt. Deorum ir pestis ea intelligitur. Namque et grandiores cernuntur, et tanto volant pennarumstridore, ut aliae alites credantur : solemqueobumbrant, sollicitis suspectantibus populis , ne suas operiant terras. Suffi- ciunt quippe vires: et tamquam paru m sitmaria trans- isse , immensos tractus permeant , diraque messibus HISTOIRE NATl RELIE, L1V. XI. 77 vante, la fin flu printemps, il en elt de petites sau- terelles noirtres , sans jambes , et qui se tranent l'aide de leurs ailes. Dans un printemps pluvieux, les ufs prissent ; dans un printemps sec, le produit est plus abon- dant. Des auteurs prtendent que l'espce se renouvelle et se dtruit deux fois par an ; qu'elles produisent au lever des Pliades ; qu'ensuite, au lever de la Canicule, elles meurent , et que d'autres renaissent. Selon quel- ques autres , elles renaissent au coucher de l'Arcture. Les femelles meurent aprs qu'elles ont jet leurs ufs , c'est un fait certain : un petit ver qui leur vient la gorge les trangle. Les mles meurent la mme poque. Quoiqu'elles prissent par une cause si frivole, une seule peut tuer un serpent en le saisissant et le mordant au cou. Elles ne naissent que dans les lieux crevasss. On raconte que dans l'Inde elles ont trois pieds de long, et que leurs jambes et leurs cuisses, s- ches , servent de scies. Il est encore pour elles un autre genre de mort : enleves en masse par le vent , elles tom- bent dans la mer ou dans les tangs, et leur destruction n'a lieu que par des circonstances fortuites, et non (comme les anciens l'ont pens ) parce qu'elles auraient eu les ailes mouilles par l'humidit de la nuit. Ils ont dit aussi qu'elles ne volent pas la nuit , cause du froid ; ils ignoraient qu'elles traversent mme une vaste tendue de mers, en supportant la faim pendant plusieurs jours, ce qui est plus merveilleux, dans le dessein de gagner des pturages lointains. On les regarde comme un flau de la colre divine. On en voit en effet d'une grandeur dmesure ; le bruit de leurs ailes est si grand , qu'on les 7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. eontegunt nube, multa contactu adurentes : omnia vero morsu erodentes, et fores quoque tectorum. Italiam ex Africa maxime coort infestant , saepe populo ad Sibyl- lina coacto remdia confugere , inopiae metu. In Cyre- naica regione lex etiam est ter anno debellandi eas , primo ova obterendo, deinde fetum, postremo adultas: desertoris pna in eum , qui cessaverit. Et in Lemno insula certa mensura praefinita est, quam singuli ene- catarum ad magistratus rfrant. Graculos quoque ob id colunt, adverso volatu occurrentes earum exitio. Ne- care et in Syria militari imperio coguntur. Tt orbis partibus vagatur id malum. Parthis et hae in cibo gratae. Vox earum proficisci ab occipitio videtur. Eo loco in commissura scapularum habere quasi dents existiman- tur, eosque inter se terendo stridorem edere , circa duo aequinoctia maxime, sicut cicadae circa solstitium. Coi- tus locustarum , qui et insectorum omnium quae coeunt , marem portante femina, in eum feminarum ultimo caudae reflexo , tardoque digressu. Minores autem in omni hoc gnre feminis mares. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 79 prendrait pour une espce d'oiseaux : elles obscurcissent mme le soleil , et les peuples inquiets les suivent de l'il, tremblant qu'elles ne couvrent en effet leur pays. Elles ont assez de force dans le vol ; et , comme si c'tait peu d'avoir franchi les mers, elles traversent des contres immenses, qu'elles couvrent d'une nue funeste aux moissons, br- lant ce qu'elles touchent, rongeant tout, jusqu'aux portes des maisons. Celles qui s'lvent d'Afrique infestent sur- tout l'Italie, et plus d'une fois le peuple romain, me- nac de la famine, fut oblig de recourir aux remdes sibyllins. Dans la Cyrnaque , une loi ordonne de leur faire la guerre trois fois l'anne , d'abord en crasant leurs ufs , ensuite en tuant les petits , enfin en extermi- nant les grandes : on punit comme dserteur quiconque nglige ce devoir. Dans l'le de Lemnos , on a dtermin une mesure que chaque habitant doit apporter au ma- gistrat, remplie de sauterelles tues. Par cette raison , ces peuples rvrent le graculus (choucas), qui vole la rencontre des sauterelles pour les dtruire. En Syrie on est oblig , pour les tuer , d'employer le secours des troupes ; car ce flau est rpandu sur presque toutes les parties du globe ! Les Parthes les regardent comme un mets agrable. La voix des sauterelles semble sortir de l'occiput. On pense qu' la jointure des paules elles ont comme des dents , dont le frottement produit le son aigre et perant qu'elles rendent , surtout aux deux quinoxes , comme les cigales aux solstices. L'accouplement des sau- terelles se fait comme celui de tous les insectes chez qui la copulation a lieu : la femelle porte le mle , en re- pliant contre lui l'extrmit de la queue ; elles restent 8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. De formicis. XXKVI. 3o. Plurima insectorum vermiculum gignunt. Nam et formicae similem ovis vere : et hae communi- cantes laborem : sed apes utiles faciunt cibos , hae con- dunt. Ac si quis comparet onera corporibus earum , fa- teatur nullis portione vires esse majores. Gerunt ea morsu. Majora aversae postremis pedibus moliuntur, humeris obnixae. Et iis reipublicae ratio, memoria, cura. Semina arrosa condunt, ne rursus in fruges exeant e terra. Majora ad introitum dividunt. Madefacta imbre proferunt atque siccant. Operantur et noctu plena luna : eaedem interlunio cessant. Jam in opre qui labor? quae sedulitas ? Et quoniam ex diverso convehunt altra al- terius ignara, certi dies ad recognitionem mutuam nun- dinis dantur. Quae tune earum concursatio? quam dili- gens cum obviis qudam collocutio atque percunctatio? Silices itinere earum adtritos videmus , et in opre se- mitam factam, ne quis dubitet qualibet in re quid pos- sit quantulacumque assiduitas. Sepeliunt inter se viven- tium solae , praeter hominem. Non sunt in Sicilia pen- natae. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 81 long-temps accoupls. Dans toute cette espce les mles sont plus petits que les femelles. Des fourmis. XXXVI. 3o. La plupart des insectes engendrent de petits vers. Les fourmis , au printemps , produisent les leurs sous forme d'ufs. Elles travaillent aussi en com- mun ; mais les abeilles composent elles-mmes leur nour- riture , les fourmis ne font que ramasser la leur. Si l'on compare leurs fardeaux avec le volume de leur corps, on conviendra que , proportion garde , nul animal n'a plus de force. Elles les portent avec leur bouche. Quand la charge est trop lourde , elles se retournent , la pous- sent avec les pieds de derrire , en faisant effort avec les paules contre un point d'appui. Chez elles aussi vous trouvez une forme de rpublique , de la mmoire , de la prvoyance. Elles rongent les grains avant que de les serrer, de peur qu'ils ne germent. Elles divisent ceux qui sont trop grands pour entrer dans le magasin. S'ils sont mouills par la pluie , elles les portent dehors et les font scher. Pendant la pleine lune , elles travaillent mme la nuit, et se reposent la nouvelle lune. Mais, au moment du travail , quelle ardeur ! quelle activit ! Et comme chacune charrie de son ct sans voir celles qui sont occupes ailleurs , elles ont leurs jours de march pour se reconnatre mutuellement. Quel con- cours alors ! avec quel empressement elles arrtent et interrogent celles qu'elles rencontrent ! Nous voyons des cailloux uss par leur passage, des sentiers battus dans le terrain qu'elles traversent pour aller l'ouvrage : vin. G 8* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 3i. Indic formic eornua, Erythris in aede Herculis fixa, miraculo fuere. Aurum ex cavernis egerunt terrae, in regione septentrionalium Indorum , qui Dardae vo- cantur. Ipsis color felium, magnitudo iEgypti luporum. Erutum hoc ab iis tempore hiberno , Indi furantur aes- tivo fervore , conditis propter vaporem in cuniculos for- micis : quse tamen odore sollicitt provolant , crebro- que lacrant, quamvis praevelocibus camelis fugientes. Tanta pernicitas feritasque est cum a more au ri. Chrysallides. XXXVII. 3a. Multa autem insecta et aliter nascun- tur , atque in primis ex rore. Insidet hic raphani folio primo vere, et spissatus sole in magnitudinem milii co- gitur. Inde porrigitur vermiculus parvus, et triduo eruca: quae adjectis diebus adcrescit, immobilis , duro cortice: ad tactum tantum movetur, araneo adcreta, quam chry- sallidem appellant : rupto deinde cortice volt papilio. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 83 grand exemple de ce que peut en toute chose la conti- nuit du plus petit effort! De tous les tres vivans, elles seules, avec l'homme, ensevelissent leurs morts. Il n'y a point en Sicile de fourmis ailes. 3i. Les cornes d'une fourmi de l'Inde, attaches dans le temple d'Hercule Erythres, ont t une merveille. Les fourmis tirent l'or des mines dans le pays des Indiens septentrionaux, qu'on appelle Dardes. Elles ont la couleur du chat , et la grandeur du loup d'Egypte. Le mtal qu'elles ont extrait pendant l'hiver , les Indiens le leur drobent pendant les ardeurs de l't , lorsqu'elles sont retires dans des souterrains , cause de la cha- leur : toutefois , averties par l'odorat , elles s'lancent sur les ravisseurs , et souvent les mettent en pices , malgr la rapidit des chameaux qui servent leur fuite. Telles sont la vitesse et la frocit qui se joignent en elles la passion de l'or. Chrysalides. XXXVII. 32. Beaucoup d'insectes ont une origine diffrente; et, d'abord, la rose en produit. Au commen- cement du printemps elle s'attache la feuille du rapha- nus, et, condense par le soleil , elle se rduit la gros- seur d'un grain de millet; de l sort un tout petit ver qui, trois jours aprs , est une chenille. Celle-ci, pen- dant quelques jours, prend de l'accroissement, reste immobile , revtue d'une pellicule dure : elle ne remue que lorsqu'on la touche ; elle est enveloppe d'un tissu qui ressemble une toile d'araigne , et on la nomme 6. 8/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL f De his animalibus, quae ex Hgno, aut in ligno nascuntur. XXXVIII. 33. Sic quaedam ex imbre generantur in terra : quaedam et in ligno. Nec enim cossi tantum in eo, sed etiam tabani ex eo nascuntur : et alia, ubicum- que humor est nimius : sicut intra hominem taeniae trice- num pedum, aliquando et plurium longitudine. Sordium hominis animalia. Quod animal minimum : etiam in cera animalia. XXXIX. Jam in carne exanimi, et viventium quoque hominum capillo : qua fditate et Sulla dictator , et Alcman ex clarissimis Grciee poetis, obiere. Hoc qui- dem et aves infestt : phasianas vero interimit , nisi pulverantes sese. Pilos habentium asinum tantum im munem hoc malo credunt , et oves. Gignuntur autem et vestis gnre, praecipue lanicio interemptarum a lupis ovium. Aquas quoque quasdam , quibus lavamur, ferti- liores ejus generis, iuvenio apud autores. Quippe quum etiam cerae id gignant , quod animalium minimum exis- timatur. Alia rursus generantur sordibus a radio solis, posteriorum lascivia crurum petauristae. Alia pulvere humido in cavernis , volucria. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 85 alors chrysalide : enfin , de la pellicule rompue s'envole un papillon. Des animaux qui naissent du bois ou dans le bois. XXXVIII. 33. Il y a de mme des insectes que la pluie engendre dans la terre ; quelques autres sont en- gendrs dans le bois ; non-seulement le cossus y prend naissance , mais le tabanus provient du bois mme ; d'autres naissent partout o l'humide est surabondant : ainsi le tnia , long de trente pieds , et quelquefois da- vantage , se forme dans l'intrieur de l'homme. Animaux parasites de l'homme. Quel est le plus petit des animaux. Animaux habitans de la cire mme. XXXIX. On trouve des insectes mme dans la chair morte , et jusque dans la chevelure de l'homme vivant : vermine dgotante , par laquelle moururent le dicta- teur Sylla et Alcman , l'un des plus illustres potes de la Grce. Elle tourmente aussi les oiseaux , et tue mme les faisans , moins qu'ils ne se roulent dans la pous- sire. On croit que , parmi les animaux poil, l'ne seu- lement en est exempt, ainsi que les moutons. Cependant elle s'engendre dans quelques toffes , surtout dans celles qui sont faites avec de la laine de moutons tus par le loup. Je trouve aussi chez les auteurs que certaines eaux o nous nous baignons produisent beaucoup de ces in- sectes. La cire mme en produit un que l'on croit tre le plus petit des animaux. Les rayons du soleil engendrent dans les ordures d'autres insectes qui , par la force de 86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Animal cui cibi exitus non est. XL. 34- Est animal ejusdem temporis, infixo semper sanguini capite vivens , atque ita intumescens , unum animalium cui cibi non sit exitus : dehiscitque nimia satietate, alimento ipso moriens. Numquam hoc in ju- mentis gignitur , in bubus frequens , in canibus ali- quando , in quibus omnia. In ovibus et in capris hoc solum. iEque mira sanguinis et hirudinum generi in palustri aqua sitis. Namque et h toto capite conduntur. Est et volucre canibus peculiare suum malum , aures maxime lancinans, quae defendi morsu non queunt. Tineae , cantbarides , culices. Nivis animal. XLI. 35. Idem pulvis in lanis et veste tineas crt , praecipue si araneus una includatur. Sitit enim , et om- nem humorem absorbens, ariditatem ampliat. Hoc et in chartis nascitur. Est earum genus tunicas suas tra- hentium, quo cochleae modo. Sed harum pedes cernun- tur. Spoliatae exspirant. Si adcrevere, faciunt chrysalli- HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 87 leurs jambes postrieures , bondissent comme des sau- teurs ; d'autres naissent dans la poussire humide des cavernes , et sont ails. Animal sins conduit pour les excrmens. XL. 34. Dans la mme saison se voit un animal qui vit la tte toujours plonge dans le sang, dont il se gorge, et c'est le seul en qui les alimens n'aient point d'issue : il crve de rpltion , et se donne la mort en se nourrissant. On ne le trouve jamais sur les btes de somme, mais souvent sur les bufs, quelquefois sur les chiens , sujets toute espce de vermine : c'est le seul qui attaque les brebis et les chvres. Les sang- sues, qui vivent dans les marais , ont une soif du sang aussi tonnante, car elles y plongent pareillement leur tte tout entire. Il est encore une sorte de flau ail qui s'attache spcialement aux chiens , leur dchire surtout les oreilles, qu'ils ne peuvent dfendre avec leur gueule. Teignes , cantharides , cousins. L'animal de la neige. XLI. 35. De mme la poussire produit les teignes dans la laine et dans les toffes, surtout lorsqu'une arai- gne s'y trouve en mme temps renferme : celle-ci , tou- jours altre, et absorbant toute l'humidit , augmente la scheresse. Les teignes s'engendrent aussi dans les livres. Il en est une espce qui trane sa tunique la manire des limaons; mais on aperoit ses pieds. Dnudes , elles 88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. dem. Ficarios culices caprificus gnrt. Cantharidas vermiculi ficorum et piri , et peuces , et cynacanthae , et rosae. Venenum hoc aise medicantur : quibus demptis , ltale est. Rursus alia gnera culicum acescens natura gignit. Quippe quum et in nive candidi inveniantur, et vetustiore vermiculi : in mdia quidem altitudine rutili (nam et ipsa nix vetustate rubescit), hirti pilis, gran- diores , torpentesque. Ignium animal : pyralis, sive pyraustes. XLII. 36. Gignit aliqua et contrarium naturae ele- mentum. Siquidem in Cypri rariis fornacibus, et medio igni, majoris muscae magnitudinis volt pennatum qua- drupes : appellatur pyralis, a quibusdam pyrausta. Quam- diu est in ign, vivit : quum evasit longiore paulo volatu, emoritur. Hemerobion. XLIII. Hypanis fluvius in Ponto, circa solstitium de- fert acinorum effigie tenues membranas : quibus erum- pit volucre quadrupes supradicti modo, nec ultra unum diem vivit, unde hemerobion vocatur. Reliquis talium ab initio ad finem septenarii sunt numeri : culici et ver- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 89 meurent ; parvenues leur entier accroissement , elles deviennent chrysalides. Le caprifguier produit le cousin appel ficarien. Les cantharides proviennent des petits vers des figuiers, du poirier, du peuce, de la cynacanthe et de la rose. Les ailes de ces insectes venimeux sont leur contre-poison : si on les enlve , le poison est mortel. D'un autre ct, la fermentation acide produit d'autres espces de moucherons. On en trouve de blancs jusque dans la neige; et lorsque la neige est vieille, elle prsente aussi de petits vers : ceux-ci sont rouges une profondeur moyenne (la neige elle-mme rougit en vieillissant), hris- ss de poils, d'une grande taille, et presque immobiles. L'animal qui se trouve dans les flammes : pyralis ou pyrauste. XLII. 36. L'lment destructeur de la nature produit aussi quelques animaux. Dans les fourneaux pour le bronze, en Chypre, on voit voler au milieu des flammes un quadrupde ail qui a la taille d'une grosse mouche: on l'appelle pyralis ; d'autres le nomment pyrauste. Il vit tant qu'il est dans le feu ; s'il s'envole quelque distance, il meurt. Hmrobion. XLIII. Vers le solstice d't , l'Hypanis , fleuve du Pont , entrane dans ses eaux des membranes lgres qui ont la forme de grains de raisin, et dont il sort une mouche quatre pieds , semblable au pyrauste , et qui ne vit qu'un jour , ce qui l'a fait nommer hmrobion. Dans les autres espces de cette classe, la dure est marque go C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. miculo ter septeni : corpus ~parientibus, quater septeni. Mutationes, et in alias figuras transitas, trinis aut qua- drinis diebus. Cetera ex his pennata , autumno fere mo- riuntur : tabani quidem etiam caecitate. Muscis humore exanimatis , si cinere condantur , redit vita. Animalium omnium per singula membra , naturae , et historiae. Quae apices habent, quae cristas. XLIV. 37. Nunc per singulas corporis partes, praeter jam dicta , membratim tractetur historia. Caput habent cuncta , quae sanguinem. In capite paucis animalium , nec nisi volucribus , apices , diversi quidem generis : Phnici plumarum srie, e medio eo exeunte alio : pavonibus , crinitis arbusculis : stympha- lidi , cirro : phasiana? , corniculis. Praeterea parvae avi , quae ab illo galerita appellata quondam , postea gallico vocabulo etiam legioni nomen dederat alaudae. Diximus et cui plicatilem cristam dedisset natura : per mdium caput a rostro residentem et fulicarum generi ddit : cirros pico quoque Martio, et grui Balearicae. Sed spec- tatissimum insigne gallinaceis , corporeum , serratum : nec carnem id esse, nec cartilaginem , nec callum jure dixerimus, verum peculiare. Draconum enim cristas qui viderit, non reperitur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 91 par les nombres septnaires : pour le cousin et le ver- misseau, trois fois sept jours; pour les vivipares, quatre fois sept ; les transformations et mtamorphoses se font en trois ou quatre jours. Ceux qui sont ails prissent presque tous en automne : les tabanus meurent quelque- fois aveugles. On rappelle la vie les mouches qui sont noyes , si on les couvre de cendres. Caractres et histoire des animaux compars membres membres. Chez qui se trouvent les aigrettes , les crtes. X.LIV. 37. A tout ce qui a t dit, joignons l'histoire dtaille de chacune des parties du corps. Tous les animaux qui ont du sang ont une tte ; un petit nombre d'entre eux , et seulement parmi les oi- seaux, ont la tte surmonte de panaches de diffrentes sortes. Le phnix porte un rang de plumes , du mi- lieu duquel il s'en lve un antre ; les paons , une ai- grette filets ramifis ; le stymphalide , une huppe ; les faisans , de petites cornes. Citons , de plus , le petit oiseau que ce genre d'ornement a fait appeler autrefois galrita , et qui , depuis , a donn une lgion son nom gaulois alauda. Nous avons indiqu celui qui a reu de la nature une crte qui se replie volont; elle a donn aux foulques une bande qui s'tend depuis le bec jus- qu'au milieu de la tte ; au pic de Mars et la grue balarique, une huppe. Mais rien de plus remarquable que la crte charnue et festonne des coqs : on ne saurait dire que ce soit une chair , ni un cartilage , ni une callosit; c'est une substance particulire. Quant 9 a C PLINII HIST. NAT, LIB. XI. Cornuum gnera. Quibus mobilia. XLV. Cornua multis quidem et aquatilium , et ma- rinorum , et serpentum , variis data sunt modis : sed qu jure cornua intelligantur, quadrupedum generi tan- tum. Actaeonem enim , et Cipum etiam in latina his- toria , fabulosos reor. Nec alibi major natur lascivia. Lusit animalium armis. Sparsit haec in ramos, ut cer- vorum. Aliis simplicia tribuit, ut in eodem gnre su- bulonibus ex argumento dictis. Aliorum fnxit in palmas, digitosque emisit ex iis : unde platycerotas vocant. Ddit ramosa capreis, sed parva: nec fecit decidua. Convoluta in anfractum arietum generi, ceu caestus daret: infesta, tauris. In hoc quidem gnre, et feminis tribuit : in mul- tis , tantum maribus. Rupicapris in dorsum adunca , damis in adversum. Erecta autem, rugaruraque ambitu contorta, et in lev fastigium exacuta,ut lyras diceres, strepsiceroti , quem addacem Africa appellat. Mobilia eadem, ut aures, Phrygiae armentis: troglodytarum, in terram directa : qua de causa obliqua cervice pascuntur. Aliis singula, et haec medio capite, aut naribus, ut dixi- mus. Jam quidem aliis ad incursum robusta , aliis ad ictum : aliis adunca , aliis redunca : aliis ad jactum , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 9 3 aux crtes des dragons, on ne trouve personne qui les ait vues. Des diverses espces de cornes : chez quels animaux elles sont mobiles. XLV. Des cornes de diffrentes sortes ont t don- nes beaucoup d'animaux , tant fluviatiles que marins et rampans ; mais les cornes proprement dites sont r- serves aux quadrupdes ; car l'aventure d'Acton , et mme celle de Cipus, dont parlent les historiens latins, ne me paraissent que des fables. Nulle part la nature ne s'est montre plus foltre. Les armes des animaux sont un de ses jeux : tantt elle les a divises en rameaux , comme celles des cerfs; tantt elle les a faites simples, comme les porte cette espce de cerfs qu'on a, par cette raison, nomms subulons; d'autres fois elle leur a donn la forme de mains : elle en a fait sortir des doigts; de l le nom du platycros. Elle a donn au chevreuil des cornes rameuses , mais petites , et qui ne tombent pas ; au blier des cornes torses, comme si elle et voulu l'armer decestes; au taureau, des cornes diriges en avant. Dans cette dernire espce, les femelles en sont pourvues; dans le plus grand nombre , la nature n'en a donn qu'aux mles. Les cornes du chamois sont courbes en arrire , celles du daim le sont en avant. Le strepsicros , que l'Afrique appelle addax , a les siennes dresses , contour- nes, termines en pointe, et semblables la forme d'une lyre. Les bufs de la Phrygie ont les cornes mobiles comme les oreilles ; ceux des troglodytes les ont diri- ges vers la terre , c'est pourquoi ils paissent oblique- [h \ C. PLINII HIST. NAT. LTB. XI. pluribus modis : supina , convexa , conversa , omnia in mucronem migrantia. In quodam gnre pro mani- bus ad scabendum corpus. Cochleis ad praetentandum iter: corporea haec, sicut cerastis: aliquando et singula. Cocbleis semper bina : et ut proteudantur, ac rsiliant. Urorum cornibus barbari septentrionales potant : ur- ' naque bina capitis unius cornua implent. Alii praefixa bastilia cuspidant. pud nos in laminas secta trans- lucent , atque etiam lumen inclusum latius fundunt : multasque alias ad delicias conferuntur , nunc tincta , nuiic sublita , nunc quae cestrota picturae gnre di- cuntur. Omnibus autcm cava, et in mucrone dmuni concreta sunt. Cervis autem tota solida , et omnibus nnis decidua. Boum attritis ungulis , cornua unguendo arvina, medentur agricol. Adeoque sequax natura est, ut in ipsis vventium corporibus ferveuti cera flectan- tur, atque incisa nascentium in diversas partes tor- queantur, ut singulis capitibus quaterna fiant. Tenuiora feminis plerumque sunt, ut in pcore multis ovium nulla , nec cervarum , nec quibus multifidi pedes, nec solidipedum ulli, excepto asino Indico, qui uno armatus est cornu. Bisulcis bina tribuit natura : nulla superne primores habenti dents. Qui putant eos in cornua ab- sumi, facile coarguuntur cervarum natura, quae neque dents habent , ut neque mares , nec tamen cornua. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. <)5 ment. D'autres animaux n'en ont qu'une seule, plaee au milieu de la tte ou sur le nez, comme nous l'avons dit. Chez les uns, leur force est dans l'lan de l'animal; chez d'autres , dans le coup qu'il porte. Tantt la pointe est courbe en avant, tantt elle se dirige en arrire. Chez quelques-uns , les cornes sont disposes pour lancer les corps, et prsentent diverses formes : elles sont couches, courbes, renverses, mais toujours termines en pointe. Certaine espce s'en sert comme de mains pour se gratter. Celles du limaon lui servent sonder son chemin : elles sont charnues comme celles des crastes; quelquefois aussi elles sont simples ; mais le limaon en a toujours deux , qu'il tend ou retire volont. Les barbares du Nord boivent dans des cornes d'urus, dont chaque paire contient une urne : d'autres en forment la pointe de leurs traits. Chez nous, divises par lames, elles sont transparentes, et mme alors elles rpandent plus au loin la lumire qu'elles renferment. Elles sont encore employes diffrens usages du luxe , colores, vernies ou ornes du genre de peinture qu'on appelle cestrote. Chez tous les animaux elles sont creuses par le bas , et massives seulement la pointe. Le bois du cerf est entirement solide, et tombe chaque anne. Quand l'ongle du buf est us, les cultiva- teurs y remdient en lui graissant les cornes. Leur duc- tilit est telle , que , mme sur l'animal vivant , on les rend flexibles avec de la cire bouillante, et qu'au moyen d'une incision faite dans le jeune ge, on les partage et les tourne de manire que chaque tte en porte quatre. Celles des femelles sont , pour l'ordinaire , plus minces et plus courtes. Dans le menu btail , beaucoup de brebis 9 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL Ceterorum ossibus adhaerent, cervorum tantum cutibus enascuntur. -* De capitibus, et quibus nulla. 1 ' m* * XLVI. Capita piscibus portione corporum maxima , fortassis ut mergantur. Ostrearum generi nulla , nec spongiis, nec aliis fere, quibus solus ex sensibus tactus est. Quibusdam indiscretum caput est, ut cancris. De capillo. XL VII. In capite cunctorum animalium homini plu- rimus pilus, jam quidem promiscue maribus ac feminis, apud intonsas utique gentes. Atque etiam nomina ex eo Capillatis Alpium incolis , Galliae Comatae : ut tamen sit aliqua in hoc terrarum differentia : quippe Myconii carentes eo gignuntur, sicut in Cauno lienosi. Et quae- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 97 en sont dpourvues , ainsi que les biches, les digits et les solipdes , except l'ne indien , qui est arm d'une corne. La nature en a donn deux aux bisulces ; elle n'en a point donn aux animaux qui ont des dents in- cisives la mchoire suprieure. Ceux qui pensent que la matire de ces dents est employe la formation des cornes sont facilement rfuts par l'organisation des biches, qui manquent de dents suprieures, ainsi que leurs mles , et pourtant n'ont point de cornes. Celles des autres animaux adhrent aux os ; le bois des cerfs tient seulement la peau. Des ttes : animaux acphales. XLVI. Les poissons ont une trs-grosse tte pro- portion de leur corps , peut-tre afin qu'ils puissent plonger. Cette partie manque aux hutres, aux ponges, et presque tous les animaux qui n'ont que le sens du toucher. Chez quelques-uns , tels que les cancres , elle n'est pas distincte du reste du corps. t Chevelure. XLVII. De tous les animaux, l'homme, et sous ce titre je comprends aussi la femme, est celui dont la tte est le plus garnie de poil, comme on le voit chez les nations qui laissent crotre leurs cheveux : de l mme le nom de chevelus donn aux habitans des Alpes , et celui de Gaule Chevelue. Il y a nanmoins sous ce rapport des diffrences locales : les Myconiens naissent sans Cheveux, vin. 7 98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. dam animalium naturaliter calvent, sicut struthiocameli, et corvi aquatici , quibus apud Graecos nomen est inde. Defluvium eorum in muliere rarum , in spadonibus non visum , nec in ullo ante Veneris usum. Nec infra cere- brum , aut infra verticem , aut circa tempora , atque aures. Calvitium uni tantum animalium homini , prae- terquam innatum. Canities homini tantum et equis: sed homini semper a [priori parte capitis : tum deinde ab aversa. De ossibus capitis. XL VIII. Vertices bini hominum tantum aliquibus. Capitis ossa plana, tenuia, sine medullis, serratis pecti- natim structa compagibus. Perfracta non queunt soli- dari : sed exempta modice non sunt letalia , in vicem eorum succedente corporea cicatrice. Infirmissima esse ursis , durissima psittacis , suo diximus loco. I;- > ;l ] De cerebro. XLIX. Cerebrum omniajiabent animalia quas sangui- nem : etiam in mari, quae mollia appellavimus, quamvis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 99 comme les Cauniens naissent affects de la rate. Certains animaux aussi sont naturellement chauves ; tels sont les autruches et le corbeau aquatique, qui en a tir son nom chez les Grecs. La femme perd rarement ses cheveux , l'eunuque jamais, et aucun homme avant l'usage des plaisirs de l'amour. Les cheveux qui garnissent les par- ties infrieures de la tte , et la rgion des tempes et des oreilles , ne tombent pas. L'homme est le seul des ani- maux qui devienne chauve , l'exception de ceux qui le sont naturellement. L'homme est aussi le seul, avec le cheval , qui le poil blanchisse; mais, dans l'homme, les cheveux de la partie antrieure de la tte blanchis- sent toujours les premiers , ensuite ceux de la partie postrieure. Des os de la tte. XLVIII. Chez un trs-petit nombre d'hommes le crne se partage en deux sur le sommet de la tte. Les os du crne sont plats , minces , dpourvus de moelle , et joints ensemble par des sutures denteles. Une fois briss , ils ne peuvent plus se runir; mais on peut en enlever une partie sans causer la mort : une cicatrice la remplace. Nous avons dit que le crne est trs-faible dans l'ours , trs-dur dans le perroquet, lorsque nous avons trait de ces animaux. Du cerveau. XLIX. Tous les animaux qui ont du sang ont un cer- veau ; ceux mme de la mer que nous avons appels 7- ioo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. careant sanguine , ut polypi. Sed homo portione maxi- mum et humidissimum , omnium que viscerum frigidis- simum , duabus supra subterque membranis velatum , quarum alterutram rumpi mortiferum est. Cetero viri , quam femin , majus. Hominibus hoc sine sanguine , sine venis, et reliquis sine pingui. Aliud esse quam me- dullam eruditi docent , quoniam coquendo durescat. Omnium cerebro medio insunt ossicula parva. Uni ho- mini in infantia palpitt, nec corroboratur ante primum sermonis exordium. Hoc est viscerum excelsissimum , proximumque clo capitis , sine carne , sine cruore , sine sordibus. Hanc habent sensus arcem : hue venarum omnis a corde vis tendit , hic desinit : hic culmen al- tissimum, hic mentis est regimen. Omnium autem ani- malium in priora pronum, quia et sensus ante nos ten- dunt. Ab eo proficiscitur somnus : hinc capitis nutatio. Qu cerebrum non habent , non dormiunt. Cervis in capite inesse vermiculi sub linguae inanitate, et circa articulum , qua caput jungitur , numro viginti pro- duntur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 101 mollusques, tels que les polypes, en ont un, quoiqu'ils n'aient pas de sang. Celui de l'homme est proportion- nellement le plus grand et le plus humide ; c'est le plus froid des viscres , et les deux membranes qui l'enve- loppent par dessus et par dessous ne peuvent tre rom- pues ni l'une ni l'autre sans causer la mort. Du reste , l'homme a le cerveau plus grand que la femme. Dans l'homme et dans les autres animaux, le cerveau n'a point de sang, ni de veines , ni de graisse. Des auteurs in- struits enseignent qu'il diffre de la moelle , parce qu'il se durcit par la cuisson. On trouve de trs-petits os au milieu de la cervelle de tous les animaux. L'homme est le seul qui le cerveau palpite dans l'enfance ; il ne prend de consistance qu'aprs les premiers essais de la parole. C'est de tous les viscres le plus lev, le plus voisin de la vote de la tte, et le seul qui n'ait ni chair, ni sang, ni souillures. C'est le poste lev o sigent les sens ; c'est l que se rendent et se terminent toutes les veines qui partent du cur ; c'est le point culminant , l'organe rgulateur de l'entendement. Dans tous les animaux, il est plac la partie antrieure, parce que les sens se dirigent en avant. Il est la cause du sommeil , et par suite de l'affaissement de la tte. Les animaux dpour- vus de cerveau ne dorment point. On dit que les cerfs ont dans la tte, tant sous la concavit de la langue qu'auprs de la vertbre qui joint la tte au cou , de petits vers qui sont au nombre de vingt. loi C PLINII HIST. NAT. LIB. XL De auribus : quae sine auribus, et sine foraminibus audiant. L. Aures homini tantum immobiles. Ab iis Flacco- rum cognomina. Nec in alia parte feminis majus im- pendum, margaritis dependentibus. In Oriente quidem et viris, aurum gestare eo loci , decus existimatur. Ani- malium aliis majores , aliis minores. Cervis tantum scissse, ac velut divisae : sorici pilosae. Sed auriculae omnibus animal dumtaxat generantibus , excepto vitulo marino , atque delphino , et qu cartilaginea appella- vimus , et viperis. Haec cavernas tantum habent aurium loco , praeter cartilaginea , et delphinum , quem tamen audire manifestum est. Nam et cantu mulcentur , et capiuntur attoniti sono. Quanam audiant, mirum. Iidem nec olfactus vestigia habent, quum olfaciant sagacissime. Pennatorum animalium buboni tantum et oto plumae, velut aures : ceteris cavernae ad auditum. Simili modo squamigeris, atque serpentibus. In equis et omnium ju- mentorum gnre indicia animi prferunt : fessis mar- cidae , micantes pavidis , subrectae furentibus , resolutae gris. HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL io3 Des oreilles : animaux qui entendent sans oreilles et sans trous auditifs. L. L'homme seul a les oreilles immobiles. Le surnom de Flaccus vient de cette partie du corps. Il n'en est au- cune autre pour laquelle les femmes prodiguent plus de dpenses , par les perles qu'elles y suspendent. Dans l'Orient, les hommes eux-mmes se font gloire de porter de l'or leurs oreilles. Suivant les diffrentes espces d'animaux, elles sont plus ou moins grandes : fendues et comme partages chez les cerfs seuls, et bordes de poil chez les souris. Tous les vivipares ont l'organe ext- rieur de l'oue, except le veau marin , le dauphin, ceux que nous avons appels cartilagineux , et les vipres. Ces derniers, l'exception des cartilagineux et du dauphin, ont des trous auditifs au lieu d'oreilles : cependant il est manifeste que le dauphin entend, car la musique le charme , et il se laisse prendre , tonn par le bruit. Comment entend-il? c'est ce qu'on a peine concevoir. 11 n'a pas non plus l'organe de l'odorat, et cependant ce sens est chez lui trs-fin. Parmi les animaux ails, le bubo et l'otus seuls ont des plumes en faon d'oreil- les; les autres ont des trous auditifs. Il en est de mme des animaux cailles et des serpens. Dans les chevaux ot toutes les btes de somme, les oreilles indiquent les affections intrieures : flasques, tressaillantes, dresses ou pendantes, selon que l'animal est fatigu, effray, furieux ou malade. io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. De facie, de fronte, et superciliis. LI. Facis homini tantum , ceteris os , aut rostra. Frons et aliis, sed homini tantum trstitiae , hilaritatis , clementiae , severitatis index. In animo sensus ejus. Su- percilia homini , et pariter et alterne mobilia , et in iis pars animi. Negamus, an annuimus? Hc maxime indi- cant factum. Superbia aliubi conceptaculum , sed hic sedem habet. In corde nascitur, hue subit, hic pendel. Nihil altius simul abruptiusque invenit in corpore, ubi solitaria esset. De oculis: quae sine oculis animalia : quae singulos oculos tantum habeant. LII. Subjacent oculi, pars corporis pretiosissima, et qui lucis usu vitam distinguant a morte. Non omnibus animalium hi : ostreis nulli : quibusdam concharum dubii. Pectines enim , si quis digitos adversum hiantes eos moveat , contrahuntur , ut videntes. Et solenes fu- giunt admota ferramenta. Quadrupedum talpis visus non est : oculorum effigies inest , si quis praetentam detrahat membranam. Et inter aves ardeolarum gnre, quos leucos vocant, altero oculo carere tradunt. Optimi augurii , quum ad austrum volant , septentrionemve : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ic>5 De la face , du front et des sourcils. LI. L'homme seul a une face; les autres animaux ont un museau ou un bec. Quelques-uns ont un front; mais dans l'homme seul il indique la tristesse, la joie, la cl- mence , la svrit. Il est le miroir de l'me. L'homme a deux sourcils qui se meuvent ensemble ou alterna- tivement : une partie de l'me y rside aussi. Voulons- nous refuser ou consentir, c'est par eux surtout que s'exprime notre intention. Le germe de l'orgueil est ailleurs, mais son sige est l. Il nat dans le cur; mais il monte, il s'attache aux sourcils. Dans tout le corps il n'a pas trouv de place plus leve et plus escarpe o il pt s'tablir sans partage. Des yeux : animaux sans yeux ou qui n'ont qu'un il. LII. Les yeux sont au dessous; c'est la partie la plus prcieuse du corps , et qui , par l'usage de la lumire , distingue la vie de la mort. Ils n'ont pas t donns tous les animaux : les hutres n'en ont pas; pour certains coquillages, la chose est douteuse. Les ptoncles, si l'on remue les doigts devant leur coquille ouverte, se re- ferment, comme s'ils voyaient. Les solnes fuient l'ap- proche d'un instrument de fer. Parmi les quadrupdes, les taupes n'ont point le sens de la vue ; mais on trouve l'apparence des yeux , si l'on enlve une membrane ten- due au devant de cet organe. Parmi les oiseaux, on dit que dans l'espce des hrons, ceux qu'on appelle leucos io6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. solvi enim pericula et metus narrant. Nigidius nec lo- custis nec cicadis esse dicit. Cochleis oculorum vicem cornicula bina praetentatu implent. Nec lumbricis ulli sunt, vermiumve generi. De diversitate oculorum. LUI. Oculi homini tantum diverso colore : cleris in suo cuique gnre similes. Et equorum quibusdam glauci. Sed in homine numerosissimae varietatis atque differentiae : grandiores, modici, parvi, prominentes , quos hebetiores putant : conditi, quos clarissime cer- nere : sicut in colore caprinos. Quae ratio visus. Noctu videntes. LIV. Praeterea alii contuentur longinqua ; alii nisi prope admota, non cernunt. Multorum visus fulgore solis constat, nubilo die non cernentium , nec post oc- casus. Alii interdiu hebetiores , noctu pr33ter ceteros cernunt. De geminis pupillis, aut quibus noxii visus es- sent , satis diximus. Caesii in tenebris clariores. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 107 ne voient que d'un il : ils sont d'un trs-bon augure lorsqu'ils volent vers le midi ou vers le nord, car ils annoncent que les dangers et les alarmes se dissipent. Nigidius dit que les sauterelles et les cigales n'ont point d'yeux. Chez les limaons , cet organe est remplac par deux petites cornes qui sondent le chemin. Les lombrics, <;t tous les vers gnralement, n'ont point d'yeux. De la diversit des yeux. LUI. Dans l'espce humaine seulement, la couleur des yeux varie : dans les autres espces d'animaux elle est la mme pour tous les individus. Quelques chevaux les ont verddtres. Mais dans l'homme les varits et les dif- frences sont trs-nombreuses : grands, moyens, petits, saillans; on croit ceux-ci plus faibles; enfoncs, ceux-l passent pour les meilleurs , comme les yeux qui , par la couleur, ressemblent ceux de la chvre. ? Thorie de la vue. De ceux qui voient la nuit. LIV. En outre, il est des hommes qui voient les objets de loin , d'autres ne les distinguent que de trs-prs. La vue de beaucoup d'hommes a besoin de la lumire clatante du soleil, et ne distingue rien dans un temps nbuleux, ni aprs le soleil couch. Quelques-uns ont la vue mauvaise pendant le jour, et voient mieux que les autres pendant la nuit. Quant aux pupilles doubles et aux regards nuisibles, nous en avons parl suffisamment. Les yeux bleus voient mieux dans l'obscurit. io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Ferunt Tiberio Caesari, nec alii genitorum mortalium, fuisse naturam , ut expergefactus noctu paulisper, haud alio modo , quam luce clara , contueretur omnia , pau- latim tenebris sese obducentibus. Divo Augusto equorum modo glauci fuere , superque hominem albicantis ma- gniludinis. Quam ob causam diligentius spectari eos , iracunde ferebat. Claudio Caesari ab angulis candore carnoso sanguineis venis subinde suffusi : Caio principi rigentes. Neroni, nisi quum conniveret, ad prope ad- mota hebetes. Viginti gladiatorum paria in Caii prin- cipis ludo fuere : in iis duo omnino , qui contra corn- minationem aliquam non conniverent , et ob id in- victi. Tantae hoc difficultatis est homini. Plerisqe vero naturale , ut nictari non cessent , quos pavidiores acce- pimus. Oculus unicolor nulli : cum candore omnibus mdius color differens. Neque ulla ex parte majora animi in- dicia cunctis animalibus : sed homini maxime , id est , moderationis , clementi , misericordiae , odii, amoris, tristitiae, laetitiae. Contuitu quoque multiformes, truces, torvi , flagrantes , graves , transversi , limi , summissi , blandi. Profecto in oculis animus habitat. Ardent , in- tenduntur, humectant, connivent. Hinc illa misericor- diae lacrima. Hos quum osculamur, animum ipsum vi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 109 On rapporte, et l'exemple est unique parmi les mor- tels , que l'empereur Tibre avait la facult , lorsqu'il s'veillait la nuit , de voir les objets aussi clairement qu'en plein jour ; peu peu les tnbres enveloppaient tout. Le divin Auguste avait les yeux verdtres comme ceux des chevaux , et le blanc des yeux d'une grandeur extraordinaire ; aussi se fchait-il lorsqu'on les regardait avec trop d'attention. L'empereur Claude avait l'angle de l'il une blancheur charnue, qui se couvrait quel- quefois de veines couleur de sang. Les yeux de l'empe- reur Caligula taient fixes. Nron , moins qu'il ne clignt les yeux , ne distinguait pas les objets les plus proches. Sur vingt couples de gladiateurs entretenus par Caligula deux seulement parmi eux bravaient toutes les menaces sans cligner l'il ; aussi furent-ils invincibles : tant cette fermet est difficile l'homme ! Le clignote- ment, au contraire, est si naturel la plupart des hommes, qu'ils ne peuvent le discontinuer : on prtend que c'est un signe de timidit. Nul n'a l'il d'une seule couleur : celle de la prunelle tranche toujours avec le blanc qui l'environne. Aucune autre partie du corps ne dcle mieux les sentimens chez tous les animaux ; mais, dans l'homme surtout, les yeux expriment la modration, la clmence, la compassion , la haine, l'amour, la tristesse, la joie. Le regard aussi en varie l'expression et les rend farouches , menaans , tincelans, svres, hagards, ddaigneux, soumis, ca- ressans. Sans doute l'me habite dans les yeux. Ils s'en- flamment, se fixent, s'humectent, se voilent. De l coulent les larmes de la piti. Le baiser que nous leur donnons no C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. demur attingere. Hinc fletus et rigantes ora rivi. Quis ille humor est, in dolore tam fecundus et paratus? aut ubi reliquo tempore ? Animo autem videmus : animo cernimus : oculi, ceu vasa qudam, visibilem ejus par- tem accipiunt, atque transmittunt. Sic magna cogitatio obcsecat, abducto intus visu. Sic in morbo comitiali aperti nibil cernunt , animo caligante. Quin et patenti- bus dormiunt lepores , multique hominum , quos aopv- QtxvTiv Graeci dicunt. Tenuibus multisque membranis eos natura composuit, callosis contra frigora caloresque in extimo tuuicis , quas subinde purificant lacrimatio- n u m salivis, lubricos propter incursantia, et mobiles. De natura pupillae. Quae non conniveant. LV. Media eorum cornua fenestravit pupilla, cujus angustiae non sinunt vagari incertam aciem , et velut canali dirigunt , obiterque incidentia facile dclinant : aliis nigri , aliis ravi , aliis glauci coloris orbibus circum- datis : ut habili mixtura et accipiatur circumjecto can- dore lux , et temperato repercussu non obstrepat. Adeo- que iis absoluta vis speculi , ut tam parva illa pupilla totam imaginera reddat hominis. Ea causa est, ut pie- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL in nous parat pntrer jusqu' l'me. De l coulent les pleurs et les ruisseaux qui baignent notre visage. Quel est donc ce liquide si abondant et toujours prt dans la douleur? o se tient-il en rserve le reste du temps? C'est par l'me que nous voyons, par l'me que nous discernons. Les yeux , comme des canaux, reoivent et transmettent sa partie visuelle. Voil pourquoi une m- ditation profonde nous empche de voir : la vue tout en- tire se concentre l'intrieur. De mme, dans le mal ca- duc , les yeux , quoique ouverts , n'aperoivent rien , l'me tant enveloppe d'un nuage pais. Bien plus, les livres et beaucoup d'hommes dorment les yeux ouverts, ce que les Grecs appellent zopvQavri^u. La nature a com- pos les yeux de plusieurs membranes dlies , de tu- niques calleuses l'extrieur contre le froid et le chaud, et de temps en temps purifies par l'effusion de l'hu- meur lacrymale : pour les garantir de ce qui pourrait les blesser, elle les a rendus glissans et mobiles. De la nature de la pupille. Yeux qui ne se ferment point. LV. La pupille, comme une fentre, rpond au centre de la corne ; ses limites troites ne permettent pas que les rayons s'cartent : elle sert de canal pour les diriger ; et, par un lger mouvement, elle vite le choc des corps trangers ; elle est entoure de cercles de diverses cou- leurs , les uns noirs , les autres jaunes ou verts, afin qu' l'aide d'une heureuse combinaison , la lumire reue au milieu du blanc ne fatigue pas l'il par un reflet trop brusque. Les yeux sont un miroir tellement parfait, que la lia C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XL rasque alitum e manibus hominum oculos potissimum appetant , quod effigiem suam in iis cmentes , velut ad cognata desideria sua tendunt. Veterina tantum quaedam, ad crementa lunae morbos sentiunt. Sed homo solus emisso humore caecitate libe- ratur. Post vicesimum annum multis restitutus est visus. Quibusdam statim nascentibus uegatus, nullo oculorum vitio : multis repente ablatus simili modo , nulla pr- cedente injuria. Venas ab iis pertinere ad cerebrum , pe- ritissimi auctores tradunt : ego et ad stomachum credi- derim. Certe nulli sine redundatione ejus eruitur oculus. Morientibus operire , rursusque in rogo palefacere , Quiritium ritu sacrum est : ita more condito , ut neque ab homine supremum eos spectari fas sit , et eaelo non ostendi , nefas. Uni animalium homini depravantur : unde cognomina Strabonum et Paetorum. Ab iisdem qui altero lumine orbi nascerentur , Coclites vocabantur : qui parvis utrisque, Ocellae : Luscini injuriae cognomen habuerunt. Nocturnorum animalium, veluti felium, in tenebris fulgent,radiantque oculi, ut contueri non sit: et caprae, lupoque splendent, lucemque jaculantur. Vituli marini, et hyaenae, in mille colores transeunt subinde. Quin et in tenebris multorum piscium refulgent aridi, sicut ro- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n3 pupille , toute petite qu'elle est , rend l'image de l'homme tout entire. Voil pourquoi les oiseaux que nous tenons dans nos mains cherchent surtout nous becqueter les yeux, parce qu'y voyant leur image, ils s'y portent comme vers les objets de leurs affections naturelles. Quelques btes de somme, en petit nombre, ont mal aux yeux vers les accroissemens de la lune ; mais l'homme seul est dlivr de la ccit par l'vacuation de l'hu- meur. Plusieurs ont recouvr la vue au bout de vingt ans. Quelques enfans naissent aveugles , sans que l'il ait aucun vice ; d'autres le sont devenus tout coup , sans aucun accident antrieur. Des auteurs trs-habiles disent que des veines se rendent des yeux au cerveau ; quant moi , je croirais qu'elles se rendent aussi l'esto- mac : du moins, l'il n'est jamais arrach sans vomisse- ment. Fermer les yeux aux mourans, et les rouvrir sur le bcher, est un usage sacr des Romains , qui en interdit le dernier aspect l'homme, et le rserve religieuse- ment pour le ciel. L'homme est le seul des animaux dont les yeux subissent des difformits. De l les sur- noms de Strabons et de Ptus. On nommait Cocls ceux qui naissaient privs d'un il ; Ocella , celui qui avait les yeux petits ; Luscinus , l'homme borgne par accident. Les yeux des animaux nocturnes, tels que les chats, brillent et rayonnent dans l'obscurit , au point qu'on ne peut les regarder fixement; chez la chvre et le loup, ils resplendissent et tincellent; dans le veau marin et l'hyne, ils prsentent successivement mille couleurs; bien plus , les yeux de beaucoup de poissons , tant des- viii. 8 u4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. busti caudices vetustate putres. Non connivere diximus , quae non obliquis oculis , sed circumacto capite cern- rent. Chamseleonis oculos ipsos circumagi totos tradunt. Cancri in obliquum aspiciunt. Crusta fragili inclusis , rigentes. Locustis squillisque magna ex parte sub eodem munimento praeduri eminent. Quorum duri sunt, minus cernunt, quam quorum humidi. Serpentium catulis, et hirundinum pullis , si quis eruat , renasci tradunt. In- sectorum omnium , et testacei operimenti , oculi moven- tur, sicut quadrupedum aures. Quibus fragilia operi- menta, iis oculi duri. Omnia talia, et pisces, et insecta, non habent gnas, nec integunt oculos. Omnibus niera- brana vitri modo translucida obtenditur. De palpebris, et quibus non sint : quibus ab altra tant uni parte. LVI. Palpebrae in genis homini utrimque. Mulieri- bus vero etiam infecta? quotidiano. Tanta est decoris adfectatio , ut tingantur oculi quoque. Alia de causa hoc natura dederat, ceu vallum quoddam visus, et pro- minens munimentum contra occursantia animajia , aut alia fortuitu incidentia. Defluere eas haud immerito V- nre abundantibus tradunt. Ex ceteris nulli sunt , nisi HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n5 schs, brillent dans les tnbres, comme le chne pourri de vtust. Nous avons dit que les animaux qui ne voient de ct qu'en tournant la tte, ne clignent point les yeux. On prtend que le camlon tourne les siens tout entiers. Les cancres regardent obliquement. Les yeux des animaux renferms dans un test fragile sont durs. Les langoustes et les squilles , recouvertes presque en- tirement d'une enveloppe semblable , les ont saillans et trs-durs. Les animaux dont les yeux sont durs voient moins bien que ceux qui les ont humides. On prtend que si on arrache les yeux aux petits des serpens et des hirondelles , il en renat d'autres. Les yeux de tous les insectes et des testacs sont mobiles, comme les oreilles des quadrupdes. Ceux dont l'enveloppe est fragile ont les yeux durs. Tous ces animaux, ainsi que les poissons et les insectes, n'ont point de paupires et ne ferment point leurs yeux ; ils les ont couverts d'une membrane transparente comme le verre. Des paupires : chez quels animaux il n'y en a pas ; chez lesquels on n'en voit que d'un ct. LVI. L'homme a des cils aux deux paupires ; les femmes mme ne passent pas de jour sans les peindre. Quelle recherche de la parure ! peindre mme les yeux ! La nature, dans une autre intention, avait plac les cils comme une palissade pour les yeux , comme un ouvrage avanc , contre les insectes et les corps trangers qui pourraient se rencontrer. On prtend, non sans raison, qu'ils tombent ceux qui abusent dos plaisirs dv Va- 8. n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL quibus et in reliquo corpore pili. Sed quadrupedibus in superiore tantum gna , volucribus in inferiore : et qui- bus molle tergus, ut serpentibus : et quadrupedum quae ova pariunt, ut laeert. Strutbiocamelus alitum sola, ut homo , utrimque palpebras habet. Quibus genae non sint. LVII. Nec gense quidem omnibus : ideo neque nicta- tiones iis, quae animal gnrant. Graviores alitum infe- riore gna connivent. Edem nictantur, ab angulis mem- brana obeunte. Columbae et similia utraque connivent. At quadrupdes qu ova pariunt, ut testudines, croco- dili , inferiore tantum , sine ulla nictatione , propter praeduros oculos. Extremum ambitum gen superioris, antiqui cilium vocavere : unde et supercilia. Hoc vulnere aliquo diductum non coalescit , ut in paucis humani corporis membris. De malis. LVIII. Infra oculos malae bomini tantum, quas prisci gnas vocabant , xn Tabularum interdicto radi a femi- HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 117 mour. Parmi les autres animaux, ceux-l seuls ont des cils, qui ont tout le corps garni de poil. Mais les qua- drupdes n'en ont qu' la paupire suprieure, et les oiseaux la paupire infrieure, ainsi que les animaux qui ont la peau molle , comme les serpens et les qua- drupdes ovipares, tels que les lzards. L'autruche seule, parmi les oiseaux, a, de mme que l'homme, des cils en haut et en bas. Animaux sans paupires. LVll. Tous les animaux n'ont pas des paupires; c'est pourquoi ceux qui sont vivipares ne clignent jamais l'il. Les gros oiseaux ferment les yeux en levant la paupire infrieure; ils clignotent au moyen d'une mem- brane qui part du coin de l'il. Dans les pigeons , et autres espces semblables , les deux paupires sont mo- biles ; mais dans les quadrupdes ovipares , tels que les tortues et les crocodiles , il n'y a que la paupire inf- rieure qui le soit, et sans clignotement, cause de la duret de l'il. Les anciens nommaient cilium ( cil ) le bord de la paupire suprieure , d'o est venu le mot siipercilia (sourcils). Une blessure la paupire ne se referme point, non plus que dans quelques autres par- lies du corps humain. Des joues. LVIII. Au dessous des yeux sont les joues, qui n'ap- partiennent qu' l'homme, et que les anciens nommaient n8 C. PLINI1 HIST. NAT. UB. XI. nis eas vtantes. Pudoris haec sedes. Ibi maxime os- tenditur rubor. De naribus. LIX. Intra eas hilaritatem risumque indicantes buccae. Et altior homini tantum , quem novi mores subdolae ir- risioni dicavere, nasus. Non alii animalium nares emi- nent: avibus, serpentibus, piscibus foramina tantum ad olfactus , sine naribus. Et hinc cognomina Simorum , Silonum. Septimo mense genitis saepenumero foramina aurium et narium defuere. De buccis , ] abris , mentis, maxillis. LX. Labra, a quibus Broccbi, Labeones dicti. Et os probum duriusve, animal generantibus : pro iis cornea et acuta volucribus rostra. Eadem rapto viventibus ad- unca : colleeto , recta : herbas eruentibus limumque , lata, ut suum generi. Jumentis vice manus ad colligenda pabula ora : apertiora laniatu viventibus. Mentum nulli praeter hominem, nec malas. Maxillas crocodilus tantum superiorcs movet : terrestres quadrupdes, eodem, quo cetera, more, praeterque in obliquum. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 119 gen , comme on le voit dans la loi des Douze-Tables qui dfendait aux femmes de se les raser. Elles sont le sige de la pudeur. C'est l principalement que la rou- geur se montre. Des narines. LIX. Vers le milieu des joues se forme cette fossette qui indique le ris et la gat. L'homme seul a un nez prominent , et qui , dans nos murs , a t consacr au persiflage. Chez nul autre animal cette partie n'est saillante. Les oiseaux , les serpens , les poissons ont des conduits pour l'odorat , mais point de narines. De l les surnoms de Simus (camus) et de Silo (nez retrouss"). On a vu souvent des enfans natre sept mois , avec les ouvertures des oreilles et des narines fermes. Des bouches , lvres , mentons , mchoires. LX. Les lvres ont fait donner aux Brocchus le sur- nom de Labon. Les animaux vivipares ont une bouche ferme, ou mme trs-dure. Au lieu de bouche, les oi- seaux ont un bec corn et aigu , recourb dans les oiseaux de proie, droit dans ceux qui prennent la nour- riture en becquetant , large chez ceux qui fouillent dans les herbes et dans la vase , comme font les pour- ceaux. Les btes de somme se servent de leur bouche comme d'une main pour ramasser leur pture; les ani- maux carnassiers ont la bouche plus fendue. Il n'y a que l'homme qui ait un menton et des joues. Le croco- dile n'a que la mchoire suprieure mobile : les quadru- C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. De dentibns : quae gnera eorum : quibus non utraque parte sint : quibus cavi. LXI. Dentium tria gnera : serrati , aut continui , aut exserti. Serrati pectinatim coeuntes , ne contrario oc- cursu atterantur : ut serpentibus , piscibus , canibus. Continui, ut homini , equo. Exserti, ut apro, hippopo- tamo , elephanto. Continuorum , qui digerunt cibum , lati et acuti: qui conficiunt, duplices : qui discriminant eos, canini appellantur. Hi sunt serratis longissimi. Con- tinui, aut utraque parte oris sunt, ut equo : aut supe- riore primores non sunt, ut bubus, ovibus, omnibus- que, quae ruminant. Caprae superiores non sunt, praeter primores geminos. Nulli exserti , quibus serrati. Raro feminae, ettamen sine usu. Itaque quum apri percutiant, feminae sues mordent. Nulli , cui cornua , exserti : sed omnibus concavi, ceteris dents solidi. Piscium omni- bus serrati , pragter scarum : huic uni aquatilium plani. Cetero multis eorum in lingua et toto ore : ut turba vulnerum molliant, quae attritu subigere non queunt. Multis et in palato, atque etiam in cauda. Praeterea in os vergentes, ne excidant cibi, nullum habentibus reti- nendi adminiculum. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 121 pdes terrestres remuent , comme les autres animaux , la mchoire infrieure, qui, de plus, a un mouvement oblique. Des dents : leurs espces; chez quels animaux il n'y en a point des deux cts ; chez qui elles sont creuses. LXI. Les dents sont de trois sortes, en forme de scie, continues, ou saillantes : spares, passant les unes entre les autres, pour ne point s'user par leur frottement mu- tuel , comme dans les serpens , les poissons , les chiens ; continues, comme dans l'homme, le cheval; saillantes, comme dans le sanglier, l'hippopotame, l'lphant. Celles des dents continues qui divisent les alimens sont larges et tranchantes; celles qui les broient sont doubles ; celles qui sparent ces deux sortes de dents se nomment ca- nines : ces dernires sont trs-longues dans les animaux qui ont les dents disposes en forme de scie. Quant aux dents continues , ou elles sont en bas et en haut, comme dans le cheval ; ou les incisives suprieures manquent , comme dans le buf, la brebis et tous les ruminans. La chvre n'a de dents suprieures que les deux premires. Nul animal qui a les dents comme une scie n'en a de saillantes : les femelles en ont rarement , et encore n'en font-elles point usage : ainsi le sanglier frappe , sa fe- melle mord. Nul animal cornes n'a les dents saillantes; mais dans tous elles sont creuses , et solides dans les au- tres. Tous les poissons ont les dents disposes en forme de scie, except le scare : lui seul de tous les aquatiques lsa planes. Au reste, beaucoup de ces animaux ont des dents la langue et dans toute la bouche, afin de r- C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. De serpentium dentibus : de veneno eorum. Cui volucri dents. LXII. Similes aspidi , et serpentibus : sed duo in su- pera parte , dextera laevaque longissimi , tenui fistula perforati, ut scorpionum aculei , venenum infundentes. Non aliud hoc esse quam fel serpentium , et inde venis sub spina ad hos pervenire, diligentissimi auctores scri- bunt. Quidam unum esse eum : et quia sit aduncus , resupinari , quum momorderit. Aliqui , tune decidere eum , rursusque recrescere, facilem decussu : et sine eo esse , quas tractari cernamus. Scorpionis caudae inesse eum, et plerisque ternos. Viperae dents gingivis con- duntur. Hase eodem praegnans veneno, impresso dentium repulsu virus fundit in morsus. Volucrum nulli dents, praeter vespertilionem. Camelus un a ex iis , quae non sunt cornigera, in superiori maxilla primores non habet. Cornua habentium nulli serrati. Et cochleae dents ha- bent : indicio est etiam a minimis earum derosa vitis. At in marinis crustata et cartilaginea primores habere , item echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ii tluire , par la multitude des blessures , ce qu'ils ne peu- vent briser en broyant ; plusieurs mme en ont au pa- lais , et mme la queue : en outre , ces dents sont recourbes vers l'intrieur de la bouche, pour empcher les alimens de s'chapper ; ils n'ont d'autre moyen de les retenir. Des dents de serpens : de leur venin. Oiseau qui a des dents. LXIT. L'aspic et les serpens ont des dents sembla- bles, mais ils en ont encore la partie suprieure, tant droite qu' gauche , deux trs-longues , perces d'un petit trou, et qui rpandent le venin comme l'aiguillon des scorpions. Des auteurs trs-exacts crivent que ce venin n'est autre chose que le fiel des serpens, et qu'il est conduit la bouche par des veines places au dessous de l'pine. Quelques-uns disent qu'il n'y a qu'une dent venimeuse , et qui , tant crochue , se renverse aprs avoir mordu. D'autres prtendent que cette dent, facile arracher , tombe au moment de la morsure , et re- pousse ensuite ; qu'elle manque aux serpens que nous voyons manier impunment. Us ajoutent qu'elle se trouve la queue du scorpion r et que la plupart en ont trois. Les dents de la vipre sont enfonces dans ses gencives. Toujours pleine de poison , elle verse son venin dans les morsures par la pression de ses alvoles. La chauve -souris est le seul oiseau qui ait des dents. Le chameau est le seul des animaux sans cornes qui n'ait point de dents incisives la mchoire suprieur*'. Aucun cornigre n'a les dents en scie. Les limaons 1 24 C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. Dentium vice aculeus insectis. Simiae dents, ut homini. Elephanto intus ad mandendum quatuor : prterque eos, qui prominent, masculis reflexi, feminis recti atque proni. Musculus marinus, qui balnam antecedit , nul- los habet : sed pro iis, setis intus os hirlum, et linguam etiam, ac palatum. Terrestrium minutis quadrupedibus, primores bini utrimque longissimi. Mirabilia dentium. LXIII. Ceteris cum ipsis nascuntur : homini , post- quam natus est, septimo mense. Reliquis perpetuo ma- nent. Mutantur homini, leoni, jumento, cani, et ru- minantibus. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati. Lupi dexter caninus , in magnis habetur operibus. Maxil- lares , qui sunt a caninis, nullum animal mutt. Homini novissimi, qui genuini vocantur , circiter vicesimum an- num gignuntur : multis et octogesimo, feminis quoque : sed quibus in juventa non fuere nati. Decidere in se- necta , et mox renasci certum est. Zoclen Samothrace- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ia5 ont aussi des dents ; la vigne , que l'on voit ronger par les plus petits d'entre eux, en est la preuve. Je ne sais d'o vient l'opinion que , parmi les animaux ma- rins , les crustacs et les cartilagineux ont les dents in- cisives , et que l'oursin en a cinq. Au lieu de dents , les insectes ont un aiguillon. Le singe a les dents comme l'homme. L'lphant a dans l'intrieur quatre dents qui lui servent pour manger, et en outre les deux saillantes , qui sont recourbes chez le mle, droites et inclines en avant chez la femelle. Le muscule marin , qui prcde la haleine, n'en a point; mais, au lieu de dents, il a l'in- trieur de la bouche , la langue mme et le palais , h- risss de soies. Parmi les animaux terrestres , les petits quadrupdes ont, en bas et en haut, les deux premires dents trs-longues. Circonstances merveilleuses de la dentition. LXI1I. Les autres animaux naissent avec leurs dents; celles de l'homme commencent paratre le septime mois aprs sa naissance. Les dents des autres animaux ne tombent point : toutefois le lion, les btes de somme, le chien et les ruminans changent leurs dents aussi bien que l'homme ; mais le lion et le chien ne changent que les dents appeles canines. La canine droite du loup s'emploie des ouvrages importans. Les molaires , qui sont aprs les canines , ne tombent aucun animal. Les dernires dents qui poussent l'homme, et qu'on nomme gnuines (de sagesse), sortent ordinairement vers vingt, et quelquefois quatre-vingts ans, mme chez les femmes, i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL num , eui renati essent post centum et quatuor annos , Mucianus visum a se prodidit. Cetero maribus plures, quam feminis , in homine , pecude , capris , sue. Timar- ehus Nicoclis flius Paphii duos ordines habuit maxilla- rum. Frater ejus non mutavit primores , ideoque pr- trivit. Est exemplum dentis, homini et in palato geniti. At canini amissi casu aliquo , numquam renascuntur. Ceteris senecta rubescunt , equo tantum candidiores fiunt. /Etas animantium ab his. LXIV. iEtas veterinorum dentibus indicatur. Equo sunt numro xl. Amittit tricesimo mense primores utrim- que binos : sequenti anno totidem proximos, quum sub- eunt dicti columellares. Quinto anno incipiente binos amittit, qui sexto anno renascuntur. Septimo omnes habet et renatos , et immutabiles. Equo easlrato prius, non decidunt dents. Asinorum genus tricesimo mense similiter amittit , deinde senis mensibus. Quod si non prius peperere, quam dcidant postremi, sterilitas certa. Boves bimi mutant. Siiibus decidunt numquam. Ab- HISTOIRE NATURELLE, UV. XI. 127 mais seulement dans les individus chez qui elles n'avaient point paru pendant la jeunesse. Il est certain que les dents tombent dans la vieillesse, et sont quelquefois bientt rem- places par d'autres. Mucien rapporte qu'il a vu Zocls de Samothrace , qui elles taient revenues plus de cent quatre ans. Au reste, les mles ont plus de dents que les femelles chez l'homme , le mouton , la chvre et le porc. Timarque , fils de Nicocls de Paphos , eut deux rangs de dents chaque mchoire. Son frre ne perdit pas les incisives ; en consquence il fut oblig de les limer. On a l'exemple d'un homme qui il poussa une dent au palais. Si les canines tombent par quelque accident , elles ne reviennent jamais. Dans les autres animaux les dents rougissent en vieillissant ; dans le cheval seul elles blanchissent. On estime l'ge des animaux d'aprs les dents. LXIV. L'ge des btes de somme est indiqu par leurs dents. Le cheval en a quarante : il perd au trentime mois les deux premires incisives de chaque mchoire ; l'anne suivante, quatre autres la suite des premires, lorsque poussent celles qu'on nomme columellaires (cro- chets) ; au commencement de la cinquime anne il en perd deux en haut et en bas , qui repoussent la sixime anne ; la septime il a toutes ses dents , tant celles qui ont t remplaces que celles qui ne tombent pas. Les dents d'un cheval qui a t coup avant ces poques ne tombent pas. L'ne perd de mme ses premires dents au trentime mois , et les autres de six mois en six mois ; ia8 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XL sumpia hac observationc , senectus in equis, et ceteris veterinis, intelligitur dentium brochitate, superciliorum canitie , et circa ea lacunis , quum fere sedecim anno- rum existimanttir. Hominum dentibus quoddam inest virus. Namque et speculi nitorem ex adverso nudati be- betant, et columbarum ftus implumes necant. Reliqua de iis in generatione hominum dicta sunt. Erumpenti- bus , morbi corpora infantium accipiunt. Reliqua ani- malia , qu serratos habent , saevissima dentibus. De lingtia , et quae sine ea : de rannrum sono. De palato. LXV. Linguae non omnibus eodem modo. Tenuissima serpentibus et trisulea , vibrans, atri coloris, et, si extra- bas, praelonga : lacertis bifida et pilosa: vitulis quoque marinis duplex : sed supra dictis capillamenti tenuitate : ceteris ad circumlambenda ora. Piscibus paulo minus tota adhaerens, crocodilis tota. Sed in gustatu, linguae vice carnosum aquatilibus palatum. Leonibus , pardis , omnibusque generis ejus , etiam felibus , imbricat as- peritatis, ac limae similis, attenuansque lambendo cutem HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 129 s'il n'a point produit avant la chute des dernires dents , il demeure strile. Les bufs en changent deux ans. Chez les porcs , elles ne tombent jamais. Lorsque ce moyen manque , on reconnat la vieillesse , dans les chevaux et dans les autres btes de somme , au dchaus- sement des dents, la blancheur des sourcils et l'en- foncement des salires : l'animal est rput alors avoir seize ans. Les dents de l'homme portent avec elles un poison : prsentes un miroir nu , elles en ternissent l'clat. Elles font prir les pigeons qui n'ont pas en- core de plumes. Ce qu'on peut ajouter ce sujet a t dit dans la gnration de l'homme. Quand elles com- mencent pousser , qjles causent des maladies aux en- fans. Les animaux qui ont les dents en scie font les morsures les plus cruelles. De la langue : animaux sans langue. Bruit que font les grenouilles. Du palais. LXV. La forme de la langue n'est pas toujours la mme. Chez les serpens elle est trs-mince et trois pointes , vibrante, noire, et trs-longue quand elle est arrache; chez les lzards elle est partage en deux, et. velue; chez les veaux marins elle est fendue de mme : mais dans les premiers elle est fine comme un cheveu ; les autres s'en servent pour se lcher le museau. Celle des poissons est presque entirement adhrente; celle des crocodiles l'est tout--fait. Pour le sens du got, les animaux aqua- tiques ont un palais charnu qui supple la langue. Les lions, les pards et tous les animaux de ce genre, mme vin. 9 i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. hominis. Quae causa etiam mansuefacta, ubi ad vicinum sanguinem pervenit saliva , invitt ad rabiem. De pur- purarum Iinguis diximus. Ranis prima cohaeret, intima absoluta a gutture , qua vocem mittunt mares , quum vocantur ololygones. Stato id tempore evenit, cientibus ad coitum feminas. Tum siquidem inferiore labro de- misso, ad libramentum modicae aquae receptae in fauces, palpitante ibi lingua ululatus elicitur. Tune extenti buc- carum sinus perlucent , oculi flagrant labore propulsi. Quibus in posteriori parte aculei, et iis dents et lingua. Apibus etiam praelonga, eminens ($ cicadis. Quibus acu- leus in ore fistulosus , iis nec lingua , nec dents. Qui- busdam insectis intus lingua, ut formicis. Ceterum lata elephanto praecipue. Reliquis in suo gnre semper ab- soluta : homini tantum ita saepe constricta venis, ut in- tercidi eas necesse sit. Metellum pontificem adeo inex- planatae fuisse accepimus , ut multis mensibus tortus credatur , dum meditatur in dedicanda de Opis vere dieere. Ceteris septimo ferme anno sermonem exprimit. Multis vero talis ejus ars contingit, ut avium et anima- lium vocis indiscrte edatur imitatio. Intellectus saporum est ceteris in prima lingua , homini et in paiato. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3r les chats, ont la langue pre, semblable une lime, et capable, en lchant, d'attnuer la peau de l'homme. Il rsulte de l que si la salive de ces animaux , mme apprivoiss, pntre jusqu'au sang, elle excite la fureur. Nous avons parl de la langue des pourpres. Dans les grenouilles , elle adhre par la partie ant- rieure , et se trouve libre du ct du gosier. L se for- ment les sons que font entendre les mles lorsqu'on les nomme ololygons (hurleurs), ce qui arrive des poques rgulires , quand ils appellent leurs femelles ; alors , abaissant la lvre infrieure pour frapper de la langue . une petite quantit d'eau qu'ils ont fait entrer dans leur gosier, ils rendent une sorte de hurlement. Pendant ce temps , les plis de leur bouche sont gonfls et luisans ; leurs yeux tincellent , pousss au dehors par l'effort qu'ils font. Les animaux qui ont un aiguillon la partie postrieure ont. aussi des dents et une langue. Les abeilles en ont une trs-longue ; celle des cigales est mme saillante. Ceux qui ont la bouche un aiguillon creux n'ont ni dents ni langue. Quelques insectes ont une langue dans l'intrieur de la bouche: telles sont les fourmis. Celle de l'lphant est principalement en lar- geur. Les autres animaux ont tous , chacun dans son genre, la langue libre; celle de l'homme seul est souvent lie par des filets, au point qu'il est ncessaire de les couper. Le pontife Metellus avait la langue si embar- rasse, suivant ce qu'on rapporte , que pendant plu- sieurs mois il se mit la torture, s'tudiant prononcer nettement pour la ddicace du lemple d'Ops. En gn- ral , l'homme parle distinctement sept ans. Plusieurs 9- \ lia C. PLINI1 HIST. NAT. L1B. XI. De tonsillis. Uva , epiglossis , arteriae , gula. LXV1. Tonsillse in homine, in sue glandulse. Quod inter eas, uvae nomine, ultimo dependet palato, homini tantum est. Sub ea minor lingua, epiglossis appellata, nulli ova generantium. Opra ejus gemina, duabus in- terposit fistulis. Interior earum appellatur arteria , ad pulmonem atque cor pertinens. Hanc operit in epu- lando, ne spiritu ac voce illac meante , si potus cibusve in alienum deerraverit tramitem, torqueat. Altra exte- rior appelletur sane gula , qua cibus atque potus devo- ratur. Tendit haec ad stomachum , is ad ventrem. Hanc per vices operit , quum spiritns tantum aut vox com- meat , ne restagnatio intempestiva alvi obstrepat. Ex cartilagine et carne arteria, gula nervo et carne con- stat. Cervix , collum , spina. IjXVII. Cervix nulli, nisi quibus u traque liaec. Ceteris HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL i5 ont une telle flexibilit de langue, qu'ils imitent parfai- tement la voix des oiseaux et des animaux. Le sens du got, dans les autres animaux, esta l'extrmit de la langue; chez l'homme, il est aussi dans le palais. Des amygdales. Luette, piglotte, trache- artre , sophage. LXVI. L'homme a des amygdales , le porc de petites glandes. La luette, suspendue entre les amygdales l'ex- trmit du palais , ne se trouve que dans l'homme. Au dessous d'elle est une languette, nomme piglotte, qui manque tous les ovipares : destine une double fonc- tion , elle est place entre deux canaux. Le canal int- rieur s'appelle trache-artre, aboutit au poumon et au cur. L'piglotte le couvre quand nous mangeons , de peur que , le passage de la respiration et de la voix restant ouvert, la boisson et la nourriture, dtournes de leur route naturelle, ne nous causent les plus vives douleurs. L'autre, extrieur, s'appelle proprement so- phage , par o sont absorbs les alimens liquides et solides. Il aboutit l'estomac , celui-ci au ventre. L'piglotte le couvre son tour, lorsque la respiration seulement ou la voix se font passage , pour empcher que les alimens, remontant dans la bouche , ne troublent ces fonctions. La trache-artre est compose de cartilage et de chair, l'sophage de nerf et de chair. Nuque , cou , opine dorsale. LXVII. La nuque existe seulement dans les animaux i34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL collum, quibus tantum gula. Sed quibus cervix, e multis vertebratisque orbiculatim ossibus flexilis , ad circum- spectum, articulorum nodis jungitur. Leoni tantum , et lupo , et hyaenae , ex singulis rectisque ossibus rigens. Cetero spinae adnectitur , spina lumbis , ossea : sed te- reti structura , per mdia foramina a cerebro medulla descendente. Eamdem esse ei naturam , quam cerebro , colligunt : quoniam prtenui ejus membrana modo in- cisa statim exspiretur. Quibus longa crura , iis longa et colla. Item aquaticis, quamvis brevia crura habentibus: simili modo uncos ungues. Guttur , fauces , stomachus. LXVIII. Guttur homini tantum, et suibus intumescit, aquarum quae potantur plerumque vitio. Summum gula? fauces vocantur, extremum stomachus. Hoc nomine est sub arteria jam carnosa inanitas adnexa spinae, et lati- tudine ac longitudine lacunse modo fusa. Quibus fauces non sunt, ne stomachus quidem est, nec colla, nec gut- tur, ut piscibus , et ora ventribus junguntur. Testudini marinas lingua nulla, nec dents: rostri acie comminuit omnia. Postea arteria et stomachus denticulatus callo , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i35 qui ont ces deux conduits ; ceux qui n'ont que l'so- phage ont un cou. Chez ceux qui ont la nuque, elle est compose de plusieurs vertbres arrondies , se fl- chit aisment , et le jeu des articulations donne ces animaux le moyen de regarder autour d'eux. Il n'y a que le lion , le loup et l'hyne qui aient le cou form d'un seul os rigide et inflexible. Au surplus, le cou est attach l'pine , et l'pine aux lombes. Celle-ci est osseuse, arrondie dans sa structure, et perce dans son milieu , pour donner passage la moelle qui descend du cerveau. On conclut que la moelle pinire est de la mme nature que le cerveau , parce que la membrane trs-mince qui l'enveloppe tant une fois entame , on expire aussitt. Les animaux qui ont les jambes longues ont aussi un long cou. Les oiseaux aquatiques , encore qu'ils aient les jambes courtes, ont aussi le cou long, de mme que ceux dont les ongles sont crochus. Gosier , gorge , estomac. LXVIII. L'homme et le porc seuls sont sujets au goitre, caus le plus souvent par la mauvaise qualit des eaux qu'ils boivent. La partie suprieure de l'so- phage se nomme le gosier , la partie infrieure est l'estomac. Il faut entendre par ce mot une cavit char- nue place sous la trache-artre, attache l'pine, qui s'tend en largeur et en longueur en forme de sac. Ceux qui sont dpourvus de gosier n'ont point d'esto- mac; ils n'ont point de cou , point de gorge : tels sont les poissons , chez qui la bouche se joint l'estomac. i36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL in modum rubi , ad conficiendos cibos , decrescentibus crenis : quidquid adpropinquat ventri , novissima asperi- tas , ut scobina fabris. De corde , sanguine , animo. LXIX. Cor animalibus ceteris in medio pectore est : homini tantum infra laevam papillam , turbinato mucrone in priora eminens. Piscibus solis ad os spectat. Hoc pri- mum nascentibus formari in utero tradunt : deinde cere- brum , sicut tardissime oculos. Sed bos primum emori , cor novissime. Huic prcipuus calor. Palpitt certe , et quasi alterum movetur intra animal , praemolli firmoque opertum membranae involucro , munitum costarum et pectoris muro, ut parit praecipuam vitae causam et ori- ginem. Prima domicilia intra se animo et sanguini prae- bet, sinuoso specu, et in magnis animalibus triplici, in nullo non gemino : ibi mens habitat. Ex hoc fonte duae grandes venae in priora et terga discurrunt , sparsaque ramorum srie , per alias minores omnibus membris vitalem sanguinem rigant. Solum hoc viscerum vitiis non maceratur, nec supplicia vitae trahit : laesumque mortem illico adfert. Ceteris corruptis, vitalitas in corde durt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 7 La tortue marine n'a ni langue ni dents ; elle brise tout avec la pointe de son museau. Elle a une trache-artre, et un sophage qui, pour achever de broyer les alimens, est dentel de callosits semblables aux pines d'une ronce , et qui vont toujours en dcroissant. La partie qui s'approche de l'estomac est rude comme une lime. Du cur, du sang , de l'me. LXIX. Dans les autres animaux, le cur est plac au milieu de la poitrine : dans l'homme seulement il est au dessous du mamelon gauche , termin en pointe et dirig en avant. Dans les poissons seuls il est tourn vers la bouche. On prtend que cette partie se forme la premire dans le sein de la mre , ensuite le cerveau , et en dernier lieu les yeux, mais que ceux-ci meurent les premiers , et le cur le dernier. C'est au cur que se trouve la chaleur principale. Il a une palpitation prononce ; c'est comme un autre animal renferm dans l'animal mme. Il est envelopp d'une membrane trs- molle, mais forte. Les ctes et la poitrine forment un rempart autour de lui , comme tant la cause et la source de la vie. C'est une cavit sinueuse, triple dans les grands animaux , double dans tous les autres. En lui se trouve le premier foyer de la chaleur et du sang : l'me y rside. De cette source deux grandes veines se portent en avant et en arrire, et, formant une multitude de ramifications , rpandent , par d'autres vaisseaux plus petits , le sang vital dans tous les membres. Seul des viscres , le cur n'prouve point de maladies , et ne i38 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI. Quibus maxima corda : quibus minima : quibus bina. LXX. Bruta existimantur animalium , quibus durum riget : audacia , quibus parvum est : pavida , quibus preegrande. Maximum autem est portione muribus , le- pori, asino , cervo , panther, mustelis, hysenis, et om- nibus timidis, aut propter metum maleficis. In Paphla- gonia bina perdicibus corda. In equorum corde et boum ossa reperiuntur interdum. Augeri id per singulos annos in homine, ac binas drachmas ponderis ad quinquage- simum accedere : ab eo detrahi tantumdem , et ideo non vivere bominem ultra centesimum annum defectu cor- dis, iEgyptii existimant, quibus mos est cadavera ad- servare medicata. Hirto corde gigni quosdam homines proditur,-neque alios fortiores esse industria, sicut Aristo- menem Messenium, qui ccc occidit Lacedmonios. Ipse convulneratus et captus, semel per cavernam lautumia- rum evasit , angustos vulpium aditus secutus. Iterum captus , sopitis custodibus somno, ad ignem advolutus lora cum corpore exussit. Tertio capto Lacedmonii pectus dissecuere viventi , hirsutumque cor repertum est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 9 prolonge point les supplices de la vie. Pour lui , toute blessure porte la mort avec elle. Toutes les autres parties tant mortes, la force vitale subsiste encore dans le cur. Chez quels animaux on trouve un cur trs-gros ou trs-petit; chez lesquels on en a vu deux. LXX. On rpute stupides les animaux qui ont le cur dur; courageux, ceux qui l'ont petit ; craintifs, ceux qui l'ont fort grand. Il est trs-grand , en proportion de leur corps, dans les rats, le livre, l'ne , le cerf, la panthre, la belette, l'hyne, et tous les animaux timides ou malfaisans par crainte. Dans la Paphlagonie , les per- drix ont deux curs. On trouve quelquefois des os dans celui des chevaux et des bufs. Dans l'homme , il aug- mente chaque anne de deux drachmes, jusqu' l'ge de cinquante ans; partir de cette poque, il dcrot de la mme manire ; et l'homme ne vit pas au del de cent ans, parce qu'il ne lui reste rien du cur, suivant l'opinion des Egyptiens, qui sont dans l'usage d'embau- mer les cadavres. On dit que quelques hommes naissent avec un cur velu , et qu'on n'en voit pas de plus braves et de plus ingnieux : tel fut Aristomne le Mes- snien, qui tua trois cents Lacdmoniens. Bless et fait prisonnier , il s'chappa une premire fois par un trou de carrire, en suivant les passages pratiqus par les renards. Pris une seconde fois, il se trana vers le feu pendant le sommeil de ses gardes , brla ses liens , en se brlant lui-mme une partie du corps. Pris une troisime fois , les Lacdmoniens l'ouvrirent tout vi- vant, et lui trouvrent le cur velu. i4o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. * Qnando in extis aspici cpta. LXXI. In corde summo pinguitudo est qudam , laetis extis. Non semper autem in parte extorum habi- tum est. L. Postumio Albino, rege sacrorum, post cen- tesimam vicesimam sextam olympiadem , quum rex Pyrrhus ex Italia discessisset , cor in extis aruspices in- spicere cperunt. Caesari dictatori, quo die primum veste purpurea processit, atque in sella aurea sedit, sacrifi- canti bis in extis defuit. Unde quaestio magna de divi- natione argumentantibus , potueritne sine illo viscre hostia vivere , an ad tempus amiserit. Negatur cremari posse in iis , qui cardiaco morbo obierint ; negatur et veneno interemptis. Certe exstat oratio Vitellii , qua reum Pisonem ejus sceleris coarguit, hoc usus argu- mento : palamque testatus, non potuisse ob venenum cor Germanici v Csaris cremari. Contra gnre morbi defensus est Piso. De pulmone : et quibus maximus , quibus minimus : quibus nihil aliud quam pulmo intus : quae causa velocitatis animalium. LXXII. Sub eo pulmo est , spirandique officina , at- trahens ac reddens animam, idcirco spongiosus, ac fistu- lis inanibus cavus. Pauca eum (ut dictum est) habent HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 141 Depuis quand on examine le cur dans l'inspection des entrailles. LXXI. Certaine graisse se trouve la sommit du cur dans les victimes d'heureux prsage. Cependant le cur n'a pas toujours t regard comme partie des en- trailles. C'est lorsque L. Postumius Albinus tait roi des sacrifices , aprs la cent vingt-sixime olympiade, et lorsque Pyrrhus se fut retir de l'Italie , que les aru- spices commencrent observer le cur avec les en- trailles. Le premier jour o le dictateur Csar parut en robe de pourpre , et sur un sige d'or, deux fois il ne se trouva point de cur dans les victimes ; de l une grande question entre les aruspices : l'animal avait -il pu vivre sans ce viscre , ou l'avait-il perdu momenta- nment? On prtend que le cur des hommes morts du mal cardiaque ne peut tre brl ; on dit la mme chose de ceux qui ont pri par le poison. Nous avons encore le discours dans lequel Vitellius accuse Pison de ce crime, en lui opposant cette preuve. Il attesta publique- ment que le cur de Germanicus Csar n'avait pu tre brl cause du poison ; au contraire , la nature de la maladie fut allgue pour la dfense de Pison. Du poumon : chez qui ses dimensions atteignent l'extrme petitesse ou l'extrme grandeur ; chez qui les poumons occupent tout l'intrieur du corps : cause de l'agilit de quelques animaux. LXXII. Au dessous est le poumon , organe de la res- piration , qui attire et renvoie l'air, et cause de cela est spongieux et cribl de tuyaux vides. Peu d'animaux. i4a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. aquatilia. At cetera ova parientia exiguum , spumosum, nec sanguineum : ideo non sitiunt. Eadem est causa, quare sub aqua diu ranae et phoc urinentur. Testudo quoque , quamvis pracgrandem et sub toto tegumento habeat, sine sanguine tamen habet. Quanto minor hic rorporibus , tanto velocitas major. Chamseleoni portione maximus , et nihil aliud intus. De jecinore, et quibus animalibus, et inquibus locis bina jecora. LXX1IL Jecur in dextra parte est : in eo quod caput extorum vocant , magnae varielatis. M. Marcello circa mortem , quum periit ab Annibale , defuit in extis. Se- quenti deinde die geminum repertum est. Defuit et C. Mario , quum immolaret Uticae : item Caio principi kalend. januariis , quum iniret consulatum, quo anno interfectus est : Claudio successori ejus , quo mense in- teremptus est veneno. Divo Augusto Spoleti sacrificanti primo potestatis suse die, sex victimarum jecora re- plicata intrinsecus ab ima fibra reperta sunt : respon- sumque duplicaturum intra annum imperium. Caput extorum tristis ostenti csum quoque est, prlerquam in sollicitudine ac metu : tune enim perimit cura: Bina HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i/,3 aquatiques , comme il a t dit , ont ce viscre. Les autres ovipares ont un poumon petit, fongueux et non sanguin ; c'est pourquoi ils ne sont pas sujets la soif. C'est aussi par cette raison que les grenouilles et les phoques restent long-temps plongs sous l'eau. Le pou- mon de la tortue , quoiqu'il soit trs - grand et qu'il s'tende tout le long de son caille , ne contient point de sang. Plus il est petit, relativement au corps, plus l'animal est lger. Le camlon est celui qui a le poumon proportionnellement plus grand : il n'a point d'autre viscre. Du foie : en quels lieux et chez quels animaux il s'en est trouv deux. LXXIII. Le foie est au ct droit : ce qu'on appelle en lui la tte des entrailles est sujet beaucoup de va- rits. M. Marcellus, non loin de la mort, lorsqu'il fut tu par Annibal , ne trouva pas ce viscre parmi les en- trailles ; le lendemain on le trouva double. Il manqua aussi C. Marius , offrant un sacrifice dans Utique ; de mme qu' l'empereur Caus , aux calendes de janvier, quand il prit possession du consulat, l'anne o il fut tu; et Claude son successeur, le mois o il prit par le poison. Le divin Auguste, sacrifiant Spolette le pre- mier jour de sa puissance , les foies de six victimes se trouvrent replis vers le bord infrieur : il fut rpondu que, dans l'anne, son autorit crotrait de moiti. L'in- cision de la tte des entrailles est encore d'un sinistre augure, except dans l'inquitude et la crainte, car alors i44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. jecora leporibus circa Briletum et Tharnen , et in Chersoneso ad Propontidem. Mirumque translatis alio interit alterum. De felle : ubi , et in quibus geminum. Quibus animalium non sit : et quibus alibi quam in jecore. LXXIV. In eodem est fel , non omnibus datum ani- malibus. In Eubae Chalcide nullum pecori. In Naxo praegrande geminumque, ut prodigii loco utrumque ad- ven. Equi , muli , asini , cervi , capreae , apri , cameli , delpbini non habent. Murium aliqui habent. Honiinum paucis non est , quorum valetudo firmior , et vita lon- gior. Sunt qui equo non quidem in jecore esse > sed m alvo putent : et cervo in cauda , aut intestinis. Ideo tantam habent amaritudinem, ut a canibus non attin- gantur. Est autem nihil aliud, quam purgamentum pes- simumque sanguinis , et ideo amarum est. Certe jecur nulli est, nisi sanguinem habentibus. Accipit hoc a corde, cui jungitur : funditque in venas. Quae vis ejus. LXXV. Sed in felle nigro insania? causa homini , morsque toto reddito. Hinc et in mores crimen , bilis % i r / HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i/,5 elle dissipe les soucis. Les livres ont deux foies aux en- virons de Briletum et de Tharne , et dans la Chersonnse voisine de la Propontide : chose merveilleuse ! transpor- ts ailleurs , ils en perdent un. Du fiel : o et chez qui il est double. Animaux sans fiel ; animaux dont le fiel n'est point log dans le foie. LXXIV. Dans le foie est le fiel, qui n'a pas t donn tous les animaux. A Chalcis d'Eube , le menu btail n'en a pas. A Naxos , il a un fiel trs-grand et double ; en sorte que, sous ces deux rapports, il est un prodige pour les trangers. Les chevaux , les mulets , les nes , les cerfs, les chevreuils, les sangliers, les chameaux, les dauphins n'ont pas de fiel. Quelques rats en ont. Des hommes, en petit nombre, en sont dpourvus, et ceux-l jouissent d'une sant plus robuste et vivent plus long- temps. Il y en a qui pensent que le fiel du cheval est , non dans le foie , mais dans le ventre , et celui du cerf dans la queue ou dans les intestins ; aussi sont-ils tellement amers, que les chiens n'y touchent pas. Le fiel n'est autre chose qu'une excrtion , et la partie la plus vicieuse du sang , et c'est pour cela qu'il est amer. Au moins le foie n'existe-t-il que dans les animaux qui ont du sang. Il le reoit du cur, auquel il est attach, et le rpand dans les veines. Vertu du fiel. LXXV. La bile noire cause la folie l'homme , et la mort si elle est rejete totalement : aussi est-ce tablir vin. 10 /ii,. 146 C. PLINII HIST. NAT. LIB. X. nomine. Adeo magnum est in hac parte virus , quum se fundit in animum. Quin et toto corpore vagum , co- lorem quoque oculis aufert : illud quidem redditum , etiam ahenis : nigrescuntque contacta eo : ne quis mi- retur id venenum esse serpentium. Carent eo , qui ab- sinthium vescuntur in Ponto. Sed renibus et, parte tan- tum altra intestino jungitur, in corvis , coturnicibus , phasianis : quibusdam intestino tantum , ut columbis , accipitri , muraenis. Paucis avium in jecore. Serpenti- bus portione maxime copiosum , et piscibus. Est autem plerisque toto intestino , sicut accipitri, milvo. Prseterea in jecore est et cetis omnibus : vitulis quidem marinis ad multa quoque nobile. Taurorum felle aureus ducitur color. Aruspices id Neptuno ut humoris potentiae dica- vere : geminumque fuit divo Augusto , quo die apud Actium vicit. Quibus crescat cum luna et decrescat jecur. Aruspicum circa ca observationes , et prodigia mira. LXXVI. Murium jecusculis fibr ad numerum lunae in mense congruere dicuntur , totidemque inveniri , quotum lumen ejus sit : prterea bruma increscere. Cu- niculorum in Btica saepe gemin reperiuntur. Rana- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 147 une prvention fclieu se contre le caractre d'un homme, que de dire , il a de la bile ; tant le poison de cette vsicule est funeste lorsqu'il exerce son action sur l'me ! Epau- chpar tout le corps, il change mme la couleur des yeux; rejet au dehors, il ternit l'airain: tout se noircit par son contact. Qu'on ne s'tonne donc pas que ce soit l le venin des serpens : dans le Pont , ceux qui se nourrissent d'absinthe , n'en ont pas. Il est attach aux reins , et tient seulement par un ct l'intestin dans les corbeaux , les cailles, les faisans; l'intestin seule- ment dans quelques animaux, comme les pigeons, l'- pervier , les murnes. Peu d'oiseaux ont le fiel dans le foie. Celui des serpens et des poissons est proportion- nellement plus grand ; dans la plupart des oiseaux il s'tend tout le long de l'intestin , comme dans l'pervier et le milan. De plus, tous les ctacs ont le fiel dans le foie : celui des veaux marins est vant pour plusieurs usages. De celui des taureaux on tire une couleur d'or. Les aruspices ont consacr le fiel Neptune , comme au souverain de l'humide lment. Il se trouva double dans la victime offerte par le divin Auguste, le jour o il vainquit Actium. Animaux dont le foie crot et dcrot avec la lune. Observations des aruspices , et prodiges qui s'y rapportent. LXXVI. On dit que dans le foie des rats, le nombre des lobes correspond au mois de la lune, qu'on en trouve autant que la lune a de jours; qu'en outre ils grossissent au solstice d'hiver. Dans la Btique, on trouve souvent 10. m ! 148 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. rum rubetarum altra fibra a formicis non attingitur , propter veneuum , ut arbitrantur. Jecur maxime vetusta- tis patiens, septenis.durare annis, obsidionum exempla prodidere. . Prsecordia. Risus natura. 1 LXXVII. Exta serpentibus et lacertis longa. Caecinae Volaterrano dracones emicuisse de extis lseto prodigio traditur : et profecto nihil incredibile sit , existimanti- bus, Pyrrho rgi, quo die periit, prcisa hostiarum ca- pita repsisse, sanguinem suum lambentia. Exta homini ab inferiore viscerum parte separantur membrana , quse prsecordia appellant, quia cordi pretenditur, quod Grci appellaverunt cppevx. Omnia quidem principalia vis- cera, membranis propriis, ac velut vaginis inclusit pro- videns natura : in hac fuit et peculiaris causa vicinitas alvi, ne cibo supprimeretur animus. Huic certe refertur accepta subtilitas mentis : ideo nulla est ei caro , sed nervosa exilitas. In eadem prcipua hilaritatis sedes , quod titillatu maxime intelligitur alarum, ad quas subit, non alibi tenuiore cute humana, ideo scabendi dulce- dine ibi promixa. Ob hoc in prliis gladiatorumque spectaculis mortem cum risu itrajecta prcordia adtu- lerunt. I HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 1*9 deux lobes au foie des lapins. Les fourmis ne touchent jamais au second lobe de* grenouilles rubtes , cause du poison qu'il contient , ce que l'on croit. Le foie se garde trs-long-temps, et des siges nous ont fourni des exemples de foies conservs sept ans. Diaphragme. "Nature du rire. LXXVII. Les viscres des serpens et des lzards sont allongs. On rapporte que Ccina de Volaterre vit, par un prodige heureux , des serpens sortir des entrailles d'une victime ; et , certes , le fait n'aura rien d'incroyable pour ceux qui admettent que le jour o prit le roi Pyrrhus, les ttes des victimes, spares du corps, se tranrent en lchant leur propre sang. Les entrailles de l'homme sont spares de la partie infrieure des viscres par une membrane que nous nommons prcordia ( dia- phragme) , parce qu'elle s'tend au devant du cur, et que les Grecs ont appele !. EV7/ p.v neyet , ftiKpv. Keqaxhv S" %ei {j.sy.xtiv ko.) qS'qvtcis. (Hist. des Plantes , liv. V, p. 52 1 , dit. d'Amst. , i6440 G. C. a*4 NOTES DU LIVRE XI. II , page 6 , ligne 2. Insecta mxdti negarunt spirare. Les insectes respirent par des orifices nomms stigmates , percs le long des cts de leur corps , et qui laissent pntrer l'air dans des tra- ches ou vaisseaux lastiques qui , en se ramifiant l'infini , le conduisent sur tous les points du corps. Le corps de l'insecte est en quelque sorte tout entier un poumon. G. CuviER. Ligne 9. Vocem esse his negant. Les diffrens bruits , chants , bourdonnemens que les divers insectes font entendre ne sont pas des voix proprement dites, en ce qu'ils ne sont pas produits par l'air sortant par un larynx, mais bien par le frottement ou le choc de quelques-unes de leurs parties solides les unes contre les autres. Dans les cigales , c'est un instrument particulier, la base de l'abdomen ; dans les grillons , le frottement des cuisses contre les couvertures des ailes ; dans les cousins , le frottement de ses ailes dans l'air ; dans le crambyx , le frottement du cor- selet contre l'abdomen , etc. G. C. Ligne 22. Sangunem non esse. Les insectes , comme tous les autres animaux , ont un fluide nourricier qui leur tient lieu de sang; mais il est blanc, et ne circule point dans un systme de vaisseaux. 11 transsude de leur canal intestinal , et baigne toutes leurs parties ; cependant M. Carus a observ une certaine rgu- larit dans ses mouvemens. G. C. Ligne a^. Sepi in mari sanguinis vicem alramentum. L'encre de la sche n'est pas du sang, mais. une liqueur excrmentitielle. Ce mollusque a du sang nanmoins , et un appareil circulatoire trs-complet. Ce sang est transparent et bleutre. G. C. Page 8, ligne 1. Purpurarum generi infector ille suais. La pourpre est aussi une liqueur excrmentitielle, et non pas le sang du murex ; son vrai sang est transparent , comme dans tous les mollusques. G. C. III , page 8 , ligne 7. Insecta non videntur nervos habere. Quelque sens qu'ait ici le mot nervi, la proposition est inexacte. Tous les insectes ont un cerveau , une espce de moelle pinire et des nerfs. Leur moelle est un cordon nerveux double , qui rampe le long du ventre , et a , d'intervalle en intervalle , des nuds d'o partent les rameaux nerveux. G. C. NOTES DU LIVRE XI. 5 Page 8 , ligne 8. Nec pinguia. Les insectes ne sont point d- pourvus de graisse , et mme dans leur premier tat , celui de larve , ils en ont une grande quantit , qui doit leur servir de provision et d'aliment pendant qu'ils seront l'tat de chry- salide. G. Cuvier. Ligne g. Nec carnes. Les insectes ont de la chair , c'est--dire des muscles pour leurs mouvemens , comme les animaux sup- rieurs ; il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir le corselet d'un scarabe ou les cuisses d'une sauterelle. Cette chair est fibreuse comme toute autre , mais sa couleur est blanche comme celle de leur sang. G. C. Lign en. Corpus... siccius.... quam durius. Et hoc solum his est. Pline ne dcrit l que l'enveloppe membraneuse ou corne qui tient lieu la fois , aux insectes , de peau et de squelette ; mais cette enveloppe contient l'intrieur des viscres, des traches, des nerfs , en un mot, une organisation trs-complique et trs- admirable. Voyez le Trait de Lyonnet sur la chenille du bois de saule, et celui de M. Straus sur le hanneton. G. C. IV, page 10 , ligne 1. De apibus. L'conomie des abeilles est dcrite ici avec plus d'loquence que d'exactitude. N'ayant pu les observer qu'au travers de ruches de cornes , et n'y ayant pas mis une grande suite , les anciens ont laiss chapper plusieurs faits ; ce qui est d'autant plus excusable , que la patience des modernes n'est mme parvenue en dcouvrir quelques-uns que dans ces dernires annes , Schirach et Huber ayant ajout beaucoup ce que Raumur avait constat. G. C. VI , page i4-t ligne 1. Commosn... pissoceron... propolin. Quel- ques manuscrits portent commisin ; l'dition de Parme offre le diminutif mityn. Dans Aristote, chez qui Pline a emprunt pres- que tout ce qu'il dit des abeilles , on lit ( llist. des anim. , liv. ix, chap. 64 ) Kvva-i ; mais dans Hsychius ( Lexicon , p. 546 ) on trouve K6/xjua>o-is o Hune esse solum marem. C'est au contraire la seule femelle. G. C. Page 36 , ligne 2. Oestrus vocatur hoc malum. 11 parat que ceux dont Pline emprunte cette observation ont voulu parler NOTES DU LIVRE XI. 229 des/uci, ou des mles dont ils ne connaissaient pas bien la na- ture. G. Cuvier. Page 36 , ligne /,.. Gallinarwn modo incubant. Les abeilles prennent soin de loger les ufs , mais ne les couvent pas prci- sment. G. C. Quod excusum est , primwn vermkulus. C'est le premier tat de l'insecte , la larve. G-. C. Ligne 7. Rex statim penniger. Cela n'est point exact : la reine commence par tre une larve , ainsi que toutes les autres abeilles, et mme c'est une larve d'abeille ouvrire qui, choisie, place dans une cellule plus grande , et nourrie autrement , d- veloppe son sexe et devient reine. G. C. Ligne 9. Njmphcc. Les nymphes ou chrysalides sont l'tat in- termdiaire entre celui de larve et l'tat parfait. Le pins grand nombre des insectes, quand il est dans cet tat, perd toute mo- bilit. La reine des abeilles est oblige d'y passer comme ses sujets. G. C. Ligne 1 5. Ruptis membranis , qu singulos cingunt. La nymphe a les mmes membres que l'insecte parfait , aux ailes prs , qui ne sont pas encore dveloppes ; mais ces membres sont replis et envelopps d'une membrane que l'insecte dchire pour se mon- trer au dehors. G. C. Ligne 23. Regemque juvenem qualis turba comitatur. Chaque essaim est conduit par une reine , mais souvent c'est l'ancienne reine de la ruche qui part avec lui. Quand deux reines s'y trouvent , l'essaim se partage. Quelquefois l'une des deux divi- sions , se trouvant trop petite , abandonne la reine qu'elle avait suivie , pour se joindre l'autre. G. C. Page 38 , ligne 2. Deterrimos necant. Ce ne sont pas les abeilles neutres qui tuent les reines surnumraires , mais les reines elles-mmes , lorsqu'il en clt dans une ruche plusieurs la fois. Elles se livrent des combats outrance. La premire reine closc va mme dtruire dans leurs cellules celles qui ne le sont pas encore. Si Ton introduit dans une ruche une reine trangre , la reine rgnante se jette sur elle ; mais si , aprs avoir priv les abeilles de leur reine , on attend vingt-quatre 2*o NOTES DU LIVRE XI. heures pour leur en donner une autre , elles l'accueillent bien. {Voyez HuBER, Observ., I , p. 169 et suiv.) G. CuviER. Page 38 , ligne 4- Forma.... quant ceteris major, penn breviores. La reine des abeilles est plus grande que les mles et que les neutres ; et son abdomen , qui est rempli d'oeufs , est plus long propor- tion, ce qui fait paratre ses ailes plus courtes. G. C. Ligne 8. Il y a quelques additions d'imagination dans cette description des fonctions de la reine ; mais , au total , elle est exacte. G. C. XVII , page 38 , ligne i5. An dederit eum quidem natura. La reine des abeilles a un aiguillon comme les abeilles neutres , mais elle s'en sert plus rarement, et parat en tout d'un naturel plus tranquille. G. C. XVIII , page 4- 2 1 ligne i5. Ex aliis spe dimicant causis. Ces combats ont t dcrits par plusieurs observateurs , surtout par Raumur ( tome IV ). La plupart ont pour but de repousser des essaims trangers , qui veulent se loger dans des ruches dj habites. On voit aussi des luttes acharnes entre les indivi- dus. G. C. XIX , page 4-4 ligne 12. Ad unum ictum hoc infixo , etc. L'ai- guillon de l'abeille , ayant des dentelures recourbes en arrire , est souvent retenu dans la piqre qu'il a faite , et alors l'insecte prit , parce qu'il est dchir. Il ne se change point en fucus. Nous avons dit que le fucus n'est que l'abeille mle. G. C. Ligne 17. Est in exemplis , eqnos ab iis occsos. On vient de publier rcemment encore, dans les journaux, qu'un essaim d'a- beilles , en se jetant avec fureur sur des chevaux et sur des hommes , les a fait prir. G. C. Ligne 2 1 . Natur ejusdem dgnres vesp , atque crabrones. Les gupes et les frelons sont des insectes cruels , de la mme classe que les abeilles , mais non pas des dgnrations de leur espce. Il est trs -vrai qu'ils leur livrent une guerre acharne. G. C. XX , page 4-6, ligne 16. Rege... consumpto mret plebs. La pr- NOTES DU LIVRE XI. rti sence de la reine est le stimulant ncessaire de l'activit des neutres. La reine morte ou enleve, toute la ruche se disperse bientt , moins qu'on ne la ferme lorsque dj il y a des larves closes. Les abeilles alors choisissent une de ces larves , lui con- struisent une cellule royale, et lui donnent la nourriture n- cessaire pour dvelopper son sexe et en faire une reine. G. Cuvier. Page 48, ligne 4- Cleron vocant. Claros est, comme on voit, un nom de maladie. Linnseus en a fait le nom d'un insecte dont la larve pntre dans les rayons, et attaque les larves des abeil- les. G. C. XXI , page 4-8 , ligne 10. Papilio , etc. C'est la teigne des ruches , dont la chenille creuse dans la cire des canaux qui tra- versent les rayons , et s'y tisse une enveloppe de soie avant de se mtamorphoser. Il y en a deux espces (phalcena tinea mello- nella , L. , et phalna tortrix Cereana , L. ). G. C. Ligne 17. Oleo quidem non apes tantum , sed omnia insecla exanimantur. L'huile tue tous les insectes , en bouchant leurs stigmates et en les empchant de respirer. G. C. XXII , page 5o , ligne 11. Vita eis septenis annis universa. Alvos numquam ultra decem annos durasse. Il est fort douteux que les abeilles vivent aussi long-temps, et l'on a russi conserver des ruches trente ans et au del. G. C. XXIII, page 5o , ligne 18. 11 n'est pas ncessaire de dire que , malgr l'autorit de Virgile , ce chapitre entier est fa- buleux. G. C. XXIV, page 52 , ligne 6. Vesp... crabrones. Les gupes con- struisent souvent sous des toits , mais il y en a aussi qui con- struisent sous terre. Les frelons construisent souvent dans des creux d'arbre. G. C. Ligne 8. Sexangu cell. Elles sont en effet en prisme hexa- gone , mais leur fond n'est pas , comme celui des abeilles , en pyramide tridre. . G. C. Cera autan corticea et araneosa, La matire des ruches des a3* NOTES DU LIVRE XI. gupes et des frelons n'est pas de la cire , mais les fibres du bois ou de l'corce des plantes. G. Cuvier. Page 52 , ligne 9. Ftus ipse inqualis. On trouve en effet dans les gupiers des petits en diffrens tats, mais cela a lieu aussi dans les ruches. G. C. Ligne 12. Vesp , qu ichneumones , etc. L'auteur dcrit ici l'industrie d'un genre d'insectes appels sphex par Linnaeus , qui enterrent avec leurs ufs des insectes qu'ils ont blesss , et qui doivent servir de pture leurs larves quand elles seront closes. G. C. Page 54- , ligne 2. Opifices maires. Ceci est encore trs- bien observ. Une gupe femelle pleine , chappe de l'hiver , commence son nid; elle y pond des ufs dont les produits sont des individus neutres et plus petits , qui l'aident l'agrandir: pendant tout l't il n'en nat pas d'autres. Ce n'est qu'en au- tomne qu'il se produit des mles et des femelles , et quelques- unes de ces dernires seulement perptuent l'espce au printemps suivant. G. C. Ligne 4- H et clmentes. Ce ne sont pas les femelles , mais les mles , qui manquent d'aiguillons. G. C. Ligne 1 1 . Nec crabronum autem , nec vesparum generi reges. La socit des gupes n'est point monarchique. 11 y a plusieurs mles et plusieurs femelles la fois. G. C. XXV, page 54- , ligne i5. Quartum inter hc genus est. Cette phrase annonce qu'il va parler encore d'insectes de la famille des abeilles et des gupes, ou , comme on les nomme, d'hy- mnoptres. G. G Bombycum, in Assyria proveniens.... Nidos luto fingunt , salis.... adplicatos lapidi... In Us et ceras , etc. Dans ce peu de mots , Pline dcrit fort bien l'industrie des abeilles maonnes , qui construi- sent leur nid contre un mur, en terre et en sable bien masti- qu , lequel ne contient que quelques cellules ovales bien plus grandes que celles des abeilles communes , et dont chacune con- tient une larve avec sa provision d'alimens. Aristote raconte peu prs les mmes faits (liv. v, ch. 2^.) > mais il ne les trans- porte point en Assyrie. G. C. NOTES DU LIVRE XI. a33 XXVI , page 56 , ligne 2. Et alla horum origo , etc. Dans cet endroit , emprunt aussi d'Aristote ( liv. v, ch. 19), Pline d- crit un animal d'un tout autre genre que le prcdent , un v- ritable ver soie , d'abord chenille , puis chrysalide , et enfin papillon ; mais il y a quelque confusion , puisque c'est sa premire forme , celle de ver , qu'il attribue des cornes , c'est--dire des antennes , qui n'appartiennent qu'au papillon. Il multiplie aussi les formes au del du vrai , car il n'y en a que trois comme dans tous les insectes. Quoi qu'il en soit , ce pas- sage nous apprend que , ds avant Aristote , on filait dans la Grce la soie d'une chenille pour en faire des toffes. G. Cuvier. XXVII , page 56 , ligne 1 1 . Bombycas et in Co , etc. Ce cha- pitre prouve encore que l'on tirait parti de la soie des chenilles de la Grce, et mme, ce qu'il parat, de celles de quatre arbres diffrens , le chne , le frne , le cyprs et le trbinthe. Quelque obscurit qu'il y ait dans la description de ces insectes et de leurs mtamorphoses , on ne peut douter que ce ne fussent des che- nilles. Aujourd'hui celle du mrier blanc, apporte Constan- tinople du temps de Justinien, a fait ngliger toutes les autres, parce que sa soie est plus belle, plus facile dvider , et que l'on peut en recueillir une plus grande quantit. C'est peut-tre celle-l dont Pline dit, la fin du chapitre, qu'on laisse encore le bom- byx d'Assyrie aux femmes. G. C. XXVIII , page 58, ligne i4- Luporum. Les araignes-loups, qui chassent aux mouches en courant ou sautant aprs elles , et ne font de toile que pour envelopper leurs ufs, qu'elles portent avec elles. G. C. Ligne 20. Qudam inlus lanigera fertilitas. Pline a souponn la vrit. Les modernes ont dcouvert et dcrit, dans les plus petits dtails, l'appareil dont la nature a pourvu l'araigne pour fabriquer sa toile ; Roesel, surtout, en a donn de trs -bonnes figures. J'emprunte au naturaliste franais Olivier la description qu'il ligne 5. Nulli cauda nisi scorpioni. La panorpe a une queue assez semblable celle du scorpion. Les pbmres , les ichneumons , etc. , en ont d'autres sortes. Aristote (loco citato) s'tait born dire , ce qui est vrai , que les insectes ne se ser- vent pas de leur queue pour diriger leur vol. G. CuviER. Ligne 6. Solus et brachia habeL Ce que l'on nomme bras dans les scorpions , ne sont que les palpes de leurs mcboires. La pince , vulgairement appele scorpion des livres ( phalangium cancroides , L. ) , en a de pareils. G. C. Solus.... et in cauda spiculum. Ceci est exact. G. C. Ligne 8. Asilo... culici.... quibusdam muscis in ore et pro iingua sunt hi aculei. Tous les insectes deux ailes , qui ont un aiguillon , l'ont attach la bouche , mais il sert entamer la peau; et ce n'est pas son aide, mais avec le secours de la langue elle-mme , qu'ils sucent. G. C. Ligne 12. Nec sunt talibus dents. Aucun diptre n'a de m- choires propres mordre et diviser les corps ; ce sont ces or- ganes qui ont pris , chez eux , la forme d'aiguillon. G. C. XXXV, page 7 4 -, ligne 18. Locustis. Hpariunt in terram d- misse) spin coule. Les sauterelles femelles ont l'abdomen ter- min par un organe long , pointu et tranchant , qui leur sert percer la terre pour y dposer leurs ufs. G. C. Page 76 , ligne 1. Sine cruribus, pennisque itptantes. Les petites sauterelles, au sortir de l'uf, n'ont point encore d'ailes; mais elles ont dj des pieds , et mme des cuisses propres sauter. G. C. Ligne 7. Qui eas strangulat. En gnral les insectes et les sau- terelles , comme les autres , meurent aprs avoir opr la re- production; mais le ver dont il est ici question est imaginaire. Il est possible que l'on ait vu un ver dvorer la gorge d'un ca- davre de sauterelle , et que de l soit ne cette fable. L'attaque de la sauterelle contre le serpent en est une de la mme cat- gorie. G. C. Ligne \\. In India ternum pedum... serrarum usum prccbere. Les grandes sauterelles ont les dentelures de leurs jambes assez fortes 16. a/, 4 NOTES DU LIVRE XL pour qu'on s'en serve scier des objets de peu de duret. Il y en a de prs d'un pied de longueur, mais nous n'en connaissons pas de trois pieds. G. CuviER. Page 76 , ligne 20. Deorum ires pestis ea intelligitur, etc. C'est l'histoire de la sauterelle voyageuse (gryllus migratorius , L.) , l'un des plus affreux flaux des campagnes dans les pays mridio- naux. G. C. XXXVI, page 80, ligne 1. Cette histoire de l'conomie des fourmis est un peu vague , et n'est gure plus exacte que celle des abeilles. G. C. Ligne 2. Vermiculum... similem ovis vere. Ce qu'on appelle vul- gairement ufs de fourmis sont en effet leurs larves ou vers , et leurs nymphes. Ces dernires , enveloppes dans leur tunique , ont quelque ressemblance avec des grains de bl ; c'est ce qui a fait dire que la fourmi amasse du bl pour sa nourriture d'hiver. Elle ne mange point l'hiver ; et si elle porte des grains dans sa fourmilire , c'est, comme d'autres petits corps, pour en soutenir les diffrentes alles. G. C. Ligne 4- Apes utiles faciunt cibos , h condunt. Les abeilles font du miel qui nous est utile ; les fourmis , au contraire , ne font rien , mais viennent enlever des parcelles de fruits, des brins de viande , et d'autres substances alimentaires , pour les porter dans leur fourmilire , et nourrir leurs larves des sucs qu'elles en expriment. G. C. Ligne 10. Madefacta imbre proferunt atque siccant. Elles ont le plus grand soin d'exposer leurs larves au soleil et l'air pour les scher, de les dfendre contre toutes les attaques , d'aider les nymphes sortir de leurs enveloppes , etc. C'est , comme dans le genre des abeilles , aux seules fourmis neutres et sans ailes , aux ouvrires , que tout ce travail est dvolu. Les mles et les femelles ont des ailes. A peine ont-ils pris leur tat parfait , qu'ils s'accouplent, quelques exceptions prs, hors de la four- milire, dans l'air, et s'y montrent alors en essaims nombreux. Les mles sont pkis petits, les femelles plus grandes et pour- vues de longues ailes, dont elles se dpouillent aprs l'accou- plement. Celles qui sont restes dans la fourmilire y perptuent NOTES DU LIVRE XL a45 l'espce ; celles qui se sont accouples dans l'air vont former de nouveaux tahlissemens , o elles commencent par prendre soin de leurs petits, comme les ouvrires le feront par la suite. G. Cuvier. Page 80, ligne i5. Qu tune earum concarsalio ? Ces im- menses concours de fourmis ont lieu surtout lorsque les mles et les femelles chappent ; mais on voit aussi quelquefois cer- taines fourmis marcher en colonnes serres et innombrables , soit pour tablir une nouvelle colonie , soit pour spolier une autre fourmilire, et y prendre des larves et des nymphes qu'elles rapportent dans la leur. G. C. Quam diligens cum obviis qudam coocutio atque percundatio ? Les observateurs modernes prtendent avoir remarqu , comme les anciens, que les fourmis paraissent s'instruire , par le tou- cher et par l'odorat , du succs de leurs recherches , et s'en- courager et s'aider mutuellement. Consultez , sur les fourmis, les belles Recherches de M. Huber fds. Genve, 1810, in-8. G. C. Page 82 , ligne 2. Aurum ex cavernis egerunt terr. C'est encore ici un de ces contes sur l'origine des marchandises loignes , que les marchands rpandaient pour cacher la vraie source de leurs richesses. Cependant on a pens que quelque ressemblance fortuite de nom avait pu donner lieu l'erreur, et faire pren- dre par un voyageur pour une fourmi ce qui , dans l'intention de celui qui lui parlait , tait un quadrupde , et , par exemple , quelqu'un de ceux qui , se creusant des tanires, peuvent, dans les terrains qui contiennent de l'or, en mettre des grains au jour. M. de Veltheim trouve que le corsac ou petit renard de l'Inde {canis corsac, Gm.) rpond assez cette indication. Peut- tre , lorsqu'on connatra mieux les montagnes du nord de l'Inde, et les hahitudes des animaux qui l'habitent , trouvera-t-on quelque chose d'encore plus prcis. G. C. XXXVII , page 82 , ligne 12. Raphani* C'est l'histoire du pa- pillon du chou ou du raifort, assez exacte (papilio brassic , ou papilio raphani , L. ). G. C. 246 NOTES DU LIVRE XI. ^k i P a g 86 , ligne i. Histoire assez exacte de la tique des chiens ( acarus ricinus , L. ) et de celle des bufs ( acarus redu- pius , SciIRANK.). G. ClJVIER. Ligne io. Est et volucre canbus peculiare suum malum. Des mouches deux ailes , du genre des cynips de Liun. , s'attachent quelquefois en si grand nombre aux oreilles des chiens, qu'elles les font ulcrer. G. C. 4 XLI , page 86 , ligne 12. Toutes ces origines d'insectes at- tribues la gnration spontane sont imaginaires. Les teignes sont les chenilles de papillons de nuit bien con- nus, qui se filent une enveloppe dans laquelle elles se tiennent. Non-seulement elles se changent en chrysalides , mais celles-ci deviennent des papillons semblables ceux dont les ufs ont donn des chenilles. L'insecte qui nat dans les fleurs du figuier , et qui aide sa fcondation , est du genre des galles : c'est le cynips psenes , L. Sous le nom de cantharies, Pline entend diffrens coloptres, dont plusieurs ne sont pas du genre des cantharides , tel qu'on l'a fix aujourd'hui, mais qui, toutes, ont leur gnration bien connue , et une succession de mtamorphoses bien rgulires : elles ont donc un uf , une larve , une nymphe , et un insecte parfait qui reproduit l'espce , et toujours dans la mme succes- sion. G. C. Page 88, ligne 5. Et in nive vermiculi. Des observations plus rcentes ont t faites sur la neige rouge qui se trouve dans les montagnes. De Saussure, pendant son voyage dans les Alpes, ayant rencontr de la neige rouge, et en mme temps des fleurs qui avaient la mme couleur , il attribua la teinte que la neige avait contracte aux tamines de ces mmes fleurs. Plus tard , Ramond ( Voyage au mont Perdu ) observa le mme phnomne, et l'attribua au mica. Plus rcemment encore on a mis une autre opinion , et on a cru que cette teinte provenait du champignon du genre uredo. ( Voyez la note qui se trouve dans le second vo- lume de Pline, page 385, sur les pluies de sang.) XLI1I , page 88, ligne 17. Hypanis fluvius , etc. C'est ici NOTES DU LIVRE XI. 247 l'histoire de l'phmre, ou d'une de ces petites friganes, qui ne vivent pas plus long-temps l'tat parfait que les phmres. Ce qui me fait donner la prfrence une frigane (phryganea , L.), c'est l'espce d'tui dont Aristote , l'auteur original , le fait sor- tir. Les friganes se construisent de ces tuis avec des brins d'her- bes , de petites coquilles , et d'autres petits corps. Au reste , ces sortes d'insectes ne sont pas particuliers au Bog ou Hjpanis : il y en a dans toutes nos eaux. G. Cuvier. Page 90 , ligne 4-> Tabani quidem eliam ccilate. Les taons ont les yeux si singulirement colors , avec des bandes et des taches sur des fonds brillans , que l'on est port les croire aveugles. Linnseus en a nomm un tabanus ccutiens. G. C. Muscis... si cinere condantur, redit vita. Le froid , l'immersion dans un liquide engourdissent beaucoup d'insectes , et Ton peut leur rendre le mouvement en les faisant chauffer et scher. Tout le monde a entendu parler de ces mouches trouves par Franklin dans du vin d'Espagne, et qui ressuscitrent ds qu'elles furent exposes l'air. G. C. XLIV, page 90 , ligne 6. Ici commence une espce d'anato- mie compare , o l'on suit sparment chaque organe dans les diffrens animaux auxquels il a t accord. G. . Ligne 8. Nunc per singulas corporis partes. Au premier coup d'ceil, le corps de l'homme, et des animaux qui s'en rapprochent le plus , semble form , dans les deux moitis de sa longueur , par des parties analogues ; mais cette ressemblance suppose ne s'tend pas au del des apparences : une anatomie attentive y dmontre bientt de grandes diffrences dans l'organisation, n- cessites par les diffrences dans les fonctions. Les membres suprieurs ou thorachiques , et les membres infrieurs ou pelviens , ont entre eux des analogies frappantes que l'homme le moins clairvoyant aperoit d'abord : il en est d'autres que la rflexion et une comparaison scrupuleuse peuvent encore y faire dcouvrir ; mais , nanmoins , il n'est pas juste de prtendre que ce sont les mmes membres. D'abord , l'os de l'paule n'a point d'analogue aux extrmits infrieures : tels le comparent l'ilium , que d'autres comparent aux os latraux de 248 NOTES DU LIVRE XI. la face. L'humrus diffre considrablement du fmur dans toutes ses parties. Le membre suprieur n'a point de rotule ; les deux os de l'avant-bras tournent l'un sur l'autre ; le tibia et le p- ron , la jambe , sont souds l'un l'autre. Le pied diffre encore plus de la main. L'analogue de l'ischion n'existe d'au- cune manire dans l'extrmit suprieure. Ceux qui comparent l'omoplate l'ilium veulent trouver de la ressemblance entre la clavicule suprieurement , et le pubis infrieurement ; mais le premier de ces os ne s'articule pas , comme l'autre , avec l'os correspondant du ct oppos. La clavicule ne concourt que m- diatement l'articulation du bras avec l'paule ; le pubis con- court directement , avec l'ilium et l'ischion , celle de la cuisse avec le bassin , et il en rsulte plus de solidit dans les mem- bres infrieurs , plus de mobilit dans les suprieurs. La clavi- cule , en dedans , est mobile sur le sternum ; le pubis ne l'est pas sensiblement sur l'ischion. La clavicule , enfin , ne s'unit que par des ligamens l'apophyse coracode ; le pubis finit par se confondre avec l'ischion : de l encore plus de mobilit dans le membre suprieur, plus de solidit dans l'infrieur. La moiti suprieure du corps est en effet compose de plu- sieurs vertbres thorachiques ou dorsales , des ctes suprieures et de l'extrmit correspondante du sternum, puis des vertbres cervicales , enfin du crne , que l'on compare un assemblage de vertbres , et des os de la face , que l'on a compars ceux du bassin. Dans la moiti infrieure on trouve galement des vertbres thorachiques , plusieurs ctes , et l'extrmit infrieure du sternum , puis les vertbres lombaires , enfin le sacrum et le coccyx , qui reprsentent videmment une srie de vertbres runies , et les os du bassin. On ne peut nier, sans doute , qu'il n'y ait quelque similitude entre ces deux systmes ; mais quand ensuite on compare toutes les choses attentivement , on est tonn de voir que les parties les plus videmment analogues diffrent cependant beaucoup : ce qui dtruit la symtrie des deux moitis longitudinales du corps. En effet, les deux extrmits du sternum ne sont pas sem- blables : de plus , toutes les vertbres dorsales ont leurs apo- NOTES DU LIVRE XI. 2 /, 9 physes pineuses et leurs lames osseuses diriges vers le bassin. Toutes les ctes sont inclines , dans ce sens aussi , sur la co- lonne vertbrale. Pour que la symtrie de construction et lieu , il faudrait que les six dernires vertbres du dos et les six ctes abdominales fussent diriges en sens oppos ; il faudrait aussi que les vertbres infrieures fussent diriges en sens in- verse , c'est--dire vers le milieu du corps , comme les cervi- cales ; il faudrait enfin que les parties comparables fussent nu- mriquement les mmes. Le sacrum n'est pas sans quelques ressemblances loignes avec le crne ; mais, dire le vrai, les diffrences l'emportent sur les ressemblances. On ne trouve que trois ou , tout au plus , quatre vertbres la base du crne , en y comprenant le vo- mer ; mais les vertbres sacres sont bien plus nombreuses : elles ont une figure bien diffrente , et la manire dont s'y termine le canal vertbral ou racbidien n'est pas mme compa- rable ce qui a lieu l'autre extrmit. Pour les os du bassin , ils forment un difice que l'on peut comparer, si l'on veut , l'difice osseux que prsente la face l'extrmit suprieure ; mais , en y regardant de prs , il est difficile de saisir une autre analogie que la grossire ressemblance de position aux deux extrmits opposes du corps. On peut encore comparer ( car quelle comparaison n'a-t-on pas faite ) le coccyx et le vomer ; mais cette comparaison mme ne peut gure tre propose que cbez l'homme , puisque chez les animaux le coccyx , par son grand dveloppement , formant la queue , reste sans analogue. Enfin , pour ne rien dire de plus , si l'on persistait vouloir rapprocher les os latraux du bassin de ceux de la face , on serait hors d'tat de trouver ensuite , dans les membres infrieurs , les analogues de l'paule , la premire partie du membre suprieur, dont nous avons suffisamment parl. Les anciens ont visiblement connu la similitude des deux moitis latrales du corps, et en ont dduit plusieurs cons- quences lgitimes. Les modernes, et seulement les plus rcens, ont voulu tablir une pareille similitude en ce qu'ils ont appel les deux moitis longitudinales: le lecteur peut juger de l'impor- tance de cette dcouverte. Do. a5o NOTES DU LIVRE XI. Page 90, ligne 12. Phnici. Nous avons dj vu que c'est le faisan dor. G. CuviER. Page go, ligne i3. Pavonibus , crinilis arbuscidis. La crte du paon se compose de petites plumes dont la tige est nue et le sommet a des barbes vertes , ce qui les fait ressembler de petits arbres. G. C. Stymphalidi , cirrho. On voit, par ce qu'il dit plus bas du pic , que cirrus , pour Pline, signifie une huppe courte et pointue; et par la descrplion que Pausanias (Arcade) donne de certains oiseaux d'Arabie , que l'on appelait de son temps stymphalides , et qui taient de la taille des grues , de la forme des ibis , mais avaient le bec droit et assez dur pour percer toutes les armures , on voit que c'tait quelque espce de hron ou de cigogne bec fort. Je n'ai pas besoin de dire que ce n'taient pas pour cela les oiseaux du lac Stymphale, dtruits par Hercule; mais on avait, comme pour d'autres espces , transport un oiseau rel le nom d'un oiseau mythologique. G. C. Ligne i5. Galerita. Le cochevis (alauda cristata , L. , enl. 5o3). G. C. Ligne 16. Diximus et cui plicatilem crislam. La huppe (upupa epops , L. , enl. 52 ). G. C. Ligne 18. Et fulicarum generi ddit. Le fulica de cet endroit ne peut tre la foulque , qui n'a point d'aigrette. G. C. Ligne 19. Et gmi Balearic. Aldrovande a cru que la grue balarique de Pline pouvait tre l'oiseau royal ( ardea paeonina , enl. 265 ). D'aprs la comparaison que fait ici Pline de ses ai- grettes avec celles du grand pic , je ne doute pas que ce ne soit bien plutt la demoiselle de Numidie {ardea virgo, L. , enl. 24.1). L'oiseau royal ne vient que du Sngal ; la demoiselle est , au contraire , commune sur la cte de Barbarie , d'o elle a pu s'chapper souvent jusqu'aux Balares. Les danses bizarres qu'elle fait expliquent d'ailleurs bien ce vers de Laberius , cit par No- nius : Virum tn hune grucm balearicam an hominem putas esse ? M. Savigny, dans ses Recherclies sur le systme des oiseaux d'Egypte , de Syrie , reconnat la mme synonymie. G. C. NOTES DU LIVRE XT. a5i XLV, page 92, ligne 8. Subidonibus. Les difficults leves sur ce mot me paraissent imaginaires. Pourquoi ne serait-ce pas le daguet , ou cerf de seconde anne , qui a les bois simples comme des poinons? G. CuviER. Ligne 10. Platjceroias. Les daims (cervus dama , L.). G. C. Ligne 11. Capreis. Les chevreuils. G. C. Ligne i4 Rupicapris. Les chamois. G. C. Ligne i5. Damis. On croit que c'est le nagor {antilope re- dunca, L.). G. C. Ligne 17. Strepsiceroti, quem addacem Africa appellat. Plusieurs gazelles peuvent prtendre ces deux noms , car il en est beau- coup qui ont les cornes en forme de lyre. Le premier a t donn une espce du Cap , probablement inconnue aux anciens , le condoma, Buff. (antilope strep s icero s , Gm. ). On a appliqu r- cemment le second une espce dcouverte depuis peu en Nubie {antilope addax , Mus. Francof.). G. C. Mobilia... ut aines , Phrygien armentis. Il y a des varits de bufs o les cornes , qui sont rduites une petite dimension, n'adhrent qu' la peau , et non pas au crne. G. C. Page g4, ligne 4- Cerastis. La vipre craste (coluber crastes, L.) du nord de l'Afrique , qui a sur chaque paupire une protub- rance en forme de corne. G. C. Ligne 11. Cestrota pictur gnre dicuntur. C'est une manire de buriner dont Pline parle au livre xxxv, chapitre 4-1- Avant Har- douin , on lisait cerostrata; mais il est vident, par le passage de Pline du trente-cinquime livre , que la leon d'Hardouin est prfrable. Ligne 21. Asino Indico. Le rhinocros. ( Voyez ce que j'en ai dit sur le ch. 3o, du liv. VIII. ) G. C. Ligne i'6. Qui pulant eos in cornua absumi , facile coarguuntur cenarum natura, qu neque dnies habent , ut neque mares , nec ta men cornua. Cette rflexion , trs-juste , n'a pas empch de re- produire tout nouvellement ce ridicule systme sur le change- ment des incisives suprieures des ruminans en cornes ou en bois. G. C. XLVIII, page 98, ligne i5. Infirmiss'ima esse ursis , durissima a5a NOTES DU LIVRE XL psitlacis. Les ours n'ont pas le crne moins solide proportion que les autres quadrupdes de leur taille ; mais les perroquets l'ont en effet un peu plus pais, proportion, que beaucoup d'au- tres oiseaux. G. Cuvier. XL1X, page 98, ligne 18. Cerebrum.... poljpi. Les poulpes, les sches , et en gnral tous les mollusques , ont un cerveau distinct. ( Voyez nos Mmoires pour servir l'anatomie de cette classe.) G. C. Page 100, ligne 17. Cereis.... vermiculi. Ce sont des larves d'stres (strus , L. ), insectes deux ailes, qui pondent sur les bords des lvres ou de l'anus des quadrupdes , et dont les larves pntrent et s'tablissent dans diverses cavits, selon leurs es- pces. G. C. L, page 102, ligne 11. Delphinum. Le dauphin etac a des orifices extrieurs ses oreilles , comme les phoques , mais trs- petits. G. C. LU, page io4, ligne i3. Subfacent cculi. Dans tous les temps, le sens de la vue a occup l'attention des mdecins , des physi- ciens , des mathmaticiens et des philosophes. Le sens de la vue dans son tat primitif, avant son ducation et le dveloppement des facults intellectuelles , nous donne des connaissances que nous rapportons nous-mmes. Il n'y a point alors distinction entre le subjectif et l'objectif, tout est subjectif; mais , ds que le sens s'exerce , l'homme apprend k distinguer les perceptions internes , constantes , subjectives des perceptions externes, variables et objectives. L'il nous donne les sensations de la lumire et des couleurs. Ces nergies ne sont pas inhrentes aux objets extrieurs , causes d'excitation , mais l'organe du sens lui-mme. Cet organe ne peut tre affect que dans les nergies qui lui sont propres. La lumire , les couleurs n'existent pas comme tels au dehors du sens ; mais l'organe sensitif , mis en rapport avec un stimulus quelconque , est affect , et l'impression qu'il prouve devient sensation dans les nergies de la lumire ou des couleurs. Une NOTES DU LIVRE XL 2 5 3 action mcanique , l'impression du froid et du chaud , le galva- nisme et l'lectricit , les ractifs chimiques , les pulsations dans l'organe mme , l'inflammation de la rtine , les sympathies de l'il avec les autres parties, sont des stimulus de l'action vi- suelle , tout aussi bien que la lumire. Elle n'a sur les autres aucun avantage dans la production des nergies subjectives, car la sensation de lumire produite par la percussion ou le frotte- ment de l'il n'est pas produite par une lumire extrieure, qui traverserait des milieux rfringens de l'il. La phosphorescence des yeux de certains animaux , dans l'obscurit , est un phnomne qui ne dpend point d'une lumire produite dans l'il , mais uniquement de la lumire extrieure , rflchie par le tapis qui recouvre la chorode. L'il , dans l'tat de repos , prouve la sensation de l'obscur ; mais l'obscurit mme est aussi peu inh- rente aux corps que la qualit lumineuse. Dans la transition d'une affection vive l'tat de repos , se manifestent , comme phnomnes intermdiaires , les couleurs subjectives. La posi- tion renverse des objets sur la rtine est une chose absolument ncessaire , et ne saurait devenir un problme rsoudre pour la physiologie ; c'est au contraire une des vrits les plus belles et les plus fcondes dans l'importante fonction de la vision. Quant la grandeur des objets que nous voyons , quelque dis- tance qu'elles s'offrent notre il , elles ne sont qu'apparentes : nous ne voyons que la grandeur naturelle et relle de notre r- tine , grandeur qui est toujours gale la somme de toutes les grandeurs apparentes de tous les objets compris en une seule fois dans le champ de la vision. C'est au philosophe Berkley que nous devons la dcouverte de ces vrits , confirmes par l'anatomie. Suivant M. J. Millier, professeur Bonn ( Recherches sur la phjsiol. compare du sens de la vision*), il y a unit subjective dans les deux champs de la vision chez l'homme. Les deux r- tines de l'il ne forment qu'un seul organe subjectif; toutes les parties situes dans un certain mridien , et une distance d- termine du centre d'un il , sont identiques avec les parties correspondantes de l'autre. L'affection simultane de deux points identiques ou semblables dans les deux yeux , produit le mme 254 NOTES DU LIVRE XI. phnomne : l'affection de deux points diffrens produit aussi une sensation de lumire localement diffrente. L'image d'un objet qui se produit en mme temps sur les parties identiques des deux rtines ne peut tre vu que simple. 11 y a au contraire vi- sion double si l'image est produite sur des points subjective- ment diffrens. Les deux rtines sont identiques sous le rapport de l'espace , mais non sous celui de l'impression ; car un il clair par du jaune et du bleu en mme temps reoit l'impres- sion du vert , tandis que les deux couleurs sont perues distinc- tement si un il voit travers le bleu, et l'autre travers le jaune. L'identit subjective de certaines parties des deux rtines , et leur diffrence subjective d'avec toutes les autres parties , se retrouvent aussi dans les nerfs optiques et dans leur cbiasma : elles y prexistent. Tous les lmens de l'un des nerfs optiques, diffrens entre eux-mmes , sont ncessairement unis , leur origine , aux lmens du nerf oppos , qui leur sont exclusive- ment identiques , mais galement diffrens entre eux-mmes. Telle est l'ide physiologique du chiasma. Les racines du cbiasma, ou ses deux extrmits centrales , ne renferment que des parties absolument diffrentes entre elles. Les nerfs optiques ou bran- ches , extrmits priphriques du chiasma , au contraire , se composent d'lmens djffrens entre eux dans le mme nerf, mais semblables des lmens correspondais dans l'autre nerf. Chaque racine du cbiasma s'y divise en deux parties semblables , qui se rendent chacune un il diffrent. Si l'une des racines du cbiasma est paralyse , il en rsulte une paralysie des parties identiques ou semblables des deux rtines, qui en tirent leur ori- gine , c'est--dire que la partie externe de la rtine d'un il , et la partie interne de la rtine de l'autre il , sont frappes de paralysie. Pourquoi les animaux, avec des yeux divergens et sous des ( onditions qui produisent la vision double, ont-ils la vue simple? comment peuvent-ils fixer des objets situs dans la direction de l'axe de leurcorps, et s'en saisir mme dans la course et au saut? Chez l'homme , les centres des deux rtines sont semblables , chez les animaux ils sont diffrens; mais chez l'homme les axes NOTES DU LIVRE XI. a55 oculaires et les axes visuels concident entre eux ; chez les ani- maux qui ont le regard mobile, ces axes se croisent sous diff- rens angles. Les axes visuels, chez les animaux , sont les lignes qui vont de l'objet fix travers le centre du cristallin , o ils se croisent avec les axes divergens des yeux , pour aller tomber dans la partie postrieure externe de chaque il , sur un point de la rtine situ dans le mme mridien , et une gale dis- tance du centre , c'est--dire sur deux points subjectivement identiques. Ces deux points sont, dans l'il de l'animal , ce que le centre des rtines est dans celui de l'homme. Chez les singes , les axes visuels et oculaires semblent concider comme chez l'homme. Chez les autres animaux, la divergence des axes ocu- laires crot de plus en plus, et avec elle diminue aussi l'tendue des points identiques dans la partie externe et postrieure de la rtine. Chez les ctacs et chez la plupart des poissons osseux , o la position des yeux est entirement latrale , l'identit par- tielle des deux rtines cesse tout--fait. Toutes ces diffrences se retrouvent dans l'organisation du chiasma et des nerfs optiques. Dans les poissons , qui n'ont point la convergence mobile des axes visuels , il n'existe point de chiasma. La divergence des yeux varie beaucoup dans les espces d'un mme genre ; elle varie aussi suivant les diffrens ges de l'animal ; elle parat aller en croissant avec les annes. Quant aux conditions de convergence , relativement la vi- sion distincte diffrentes dislances , l'inclinaison des axes vi- suels dpend de l'tat de rfraction de l'il , sous l'influence des nerfs ciliaires, et rciproquement l'tat de rfraction de l'il dpend de l'inclinaison des axes visuels , proportionne la dis- tance des objets, toutefois dans certaines limites. Lorsque la rtine est paralyse , la partie centrale de l'organe visuel peut encore produire la sensation lumineuse par l'effet de causes internes. Ce phnomne s'observe chez beaucoup d'a- veugles. La rtine est l'expansion du nerf optique ; c'est elle- mme que nous voyons, dans son tat d'affection, sous le nom de champ de la vision , dans tous les phnomnes visuels. Les stimulus organiques internes , telles , par exemple , les excitations de l'organe crbral dans les parties qui prsident l'imagina- a5G NOTES DU LIVRE XI. ton , l'entendement , etc. , n'y peuvent produire que la sen- sation de la lumire. son tour le nerf optique , dans son tat d'affection , agit comme un puissant stimulus sur l'organe c- rbral , et le fait ragir dans son nergie propre. Lorsque l'exci- tation extrieure manque , celle de l'intrieur devient plus puis- sante : de l la frquence des phnomnes lumineux dans l'il au milieu de l'obscurit. Ces phnomnes , d'abord vagues et obscurs , prennent une forme dtermine , et deviennent lumi- neux sous l'action de l'organe de l'imagination. Le sige de ces phnomnes peut tre au del de la rtine , ce qui est prouv par l'exemple de beaucoup d'aveugles. Les hallucinations vi- suelles dans le dlire , et les images produites dans les songes , ont le plus ordinairement leur sige dans les parties les plus centrales de l'organe du sens; c'est ce qui est prouv par l'im- mobilit de ces images. Celles qui suivent les mouvemens des yeux ont , au contraire , leur sige dans la rtine. L'imagination dtermine dans le champ de la vision , obscur ou clair , des images qui ne sont dessines que par leurs con- tours , sans lumire propre. Elle modifie aussi les impressions sensitives , internes ou externes , qui donnent lieu des formes plastiques ou des images lumineuses dans la clairvoyance entre les tats de veille et de sommeil , ou dans les rves. Le somnambulisme magntique produit aussi , dans le champ de la vision , des images lumineuses qu'on appelle clairvoyance magntique. Il y a encore production d'images fantastiques dans l'extase et dans les tats de passion vive , en gnral avec croyance la ralit objective de l'image : vision extatique , re- ligieuse , magique , dmoniaque, etc. , qui varie suivant les ides particulires du visionnaire. En outre , des images lumineuses se forment , dans le champ de la vision , par l'effet de moyens externes , et c'est la clairvoyance narcotique , ou en cons- quence d'affections idiopathiques et sympathiques du cerveau et du systme nerveux , ou dans l'tat d'alination mentale. Enfin , il y a des images fantastiques , produites en plein jour par l'in- fluence de l'imagination , sans qu'on croie leur ralit objec- tive , et des images fantastiques volontaires , mais qui se modi- fient lorsqu'elles sont dveloppes. NOTES DU LIVRE XI. 5 La clairvoyance nocturne de Tibre , et dont les modernes ont plusieurs exemples , est regarde par les physiologistes comme un des caractres les plus frappans de l'nergie vitale. Possde comme condition essentielle par la plupart des animaux noctur- nes , elle s'est rencontre diffrens degrs , mme chez des in- dividus de notre espce , distingus d'ailleurs par de grandes fa- cults. On cite, entre autres, Cardan, Scaliger le pre, Thodore de Bze , le physicien Mairan , le publiciste Camille Desmoulins. Deux maladies contraires , la nyctalopie et l'hmralopie , auxquelles l'il est sujet, sont trangement confondues dans le langage. Les uns disent que la nyctalopie empche de voir la lumire faible du crpuscule , lorsque le soleil se couche ; les autres , que la nyctalopie empche de voir le jour, et non la nuit. Le sens de l'autre mot varie suivant ces deux acceptions. H. Etienne les donne d'aprs l'auteur grec de l'Isagoge ( Ths, ling. Grc. , inf. , tom. II). Le terme WKTa.xcc'jiet est communment employ par les m- decins grecs , postrieurs Hippocrate , pour la maladie qui empche de voir aprs le coucher du soleil , suivant le langage de Pline. Le mot hmralopie est nouveau , et nous pourrions nous en passer ; mais l'Acadmie ayant pris le mot nyclalopie dans l'acception contraire, qui parat tre celle des livres d'Hippocrate, il est ncessaire de conserver ces deux mots : nyclalopie , vision distincte dans les tnbres , nulle pendant le jour ; hmralopie , au contraire. Do. Page io4 , ligne 18. Talpis visus non est. Aristote et tous les philosophes grecs ont cru la taupe aveugle. Galien, au contraire, soutient que la taupe voit. Il affirme qu'elle a tous les organes connus de la vision. Les naturalistes modernes ont trouv l'il de l'animal. 11 est trs-petit, tout au plus du volume d'un grain de millet , dur au toucher , et rsiste l'effort des doigts qui tentent de le comprimer. Sa couleur est d'un noir d'bne. Outre la paupire qui le recouvre , il est dfendu par de longs poils qui , se croisant les uns sur les autres , forment au devant un bandeau pais et serr. Buffon (tom. vu, p. 323) nie express- ment que la taupe soit aveugle. Cependant les anatomistes mo- dernes , ne trouvant pas le nerf optique, ressuscitrent l'opinion vin. 1 7 2 r >8 NOTES DU LIVRE XL d'Aristofe ; et nous avons entendu professer que , malgr son il , la taupe ne voit pas , et que , dans cet animal , l'organe de la vision n'est qu'un point rudimentaire , sans usage. Des expriences directes , qu'a fait faire depuis M. le profes- seur Geoffroy Saint-Hilaire , ont paru dmontrer que la taupe se servait de ses yeux , puisqu'elle se dtournait pour viter les obstacles placs sur sa route. Mais, si la taupe voit, comment se fait-il qu'elle n'ait pas de nerf optique ? M. Serres avait pens que ce nerf tait, chez elle , suppl par un rameau suprieur de la cinquime paire, celui que l'on peut regarder comme l'analogue de la branche ophthalmique de Willis. Suivant M. Geoffroy ( Mmoire lu l'Acadmie des sciences, i5 septembre 1828) , ce transport de fonction sur un nerf qui , naturellement , n'est pas destin la remplir , n'existe pas. La taupe voit l'aide d'un nerf particulier, par une exception unique dans le rgne animal ; car ce nerf ne pouvant, cause du trop grand dveloppement de l'appareil olfactif qui obstrue le trou optique, suivre le trajet le long duquel il se rend , dans les autres ani- maux , aux tubercules quadrijumeaux , suit une autre direction , et s'anastomose avec le nerf de la cinquime paire , qui est le plus prs. La taupe possde deux sortes de systmes nerveux pour l'or- gane de la vue , un nerf principal qui rpond au nerf optique des autres animaux , et un nerf accessoire. Indpendamment du nerf qui occupe le fond de l'il , et que cette position doit faire considrer comme le principal , il en est un autre qui , venant de la cinquime paire , se rend , ds son origine , au pourtour du globe oculaire. Ces deux nerfs sont renferms dans une gane commune , dans le mme nvrilme. Do. Page io4 , ligne 21. /Utero oculo cogre. On reconnat en- core ici quelque dire d'augure. G. CuviER. LV, page ii4i ligne 11. Pisces non habeni gnas. Dans la plupart des poissons il n'y a aucune paupire mobile ; seule- ment, daus quelques-uns, la peau passe devant l'il sans for- mer un repli : d'autres (les poissons osseux) ont chaque angle de l'il un voile vertical et immobile qui n'en recouvre qu'une NOTES DU LIVRE XI. a5 9 petite partie. L'il du poisson -lune peut tre recouvert en- tirement par une paupire , perce circulairement, qui se ferme au moyen d'un sphincter. Cinq muscles rayonnes, qui s'attachent au fond de l'orbite, en dilatent l'ouverture. Vergne. LVI , page 116, ligne i. Quadrupedibus in superiorc ianium gna , volucribus in injeriore : et quibus , etc. Pline , qui a em- prunt Aristote {Parties des animaux , liv. II, ch. i3 et i4) ce qu'il rapporte ici des cils et des paupires , a mal rendu l'ide du philosophe grec , car celui-ci dit tout le contraire : Bhecpa.piS'ets tT' ir) tcv Qxetykpuv e%ei , os-ec rpi'/jts %yji' opviQe etc - ( cn - *40 G. Cuvier. LIX, page 118, ligne 7. Avbus, serpenlibus, piscibus fora- mina... sine naribus. Dans les oiseaux, l'ouverture des narines n'est jamais munie des cartilages et des muscles qui forment le nez dans l'homme ; l'ouverture en est seulement rtrcie par des portions plus ou moins tendues de la peau qui recouvre le bec. Dans les reptiles, il existe seulement, l'ouverture des narines, quelques couches charnues qui peuvent dilater ou rtrcir cette ouverture. Dans les poissons , l'entre de la fosse qui forme la narine est plus troite que cette fosse mme : la petite membrane qui l'entoure peut se redresser au gr de l'animal en un tube courbe. Dans les oiseaux et les reptiles , les narines ont le double usage de la respiration et de l'olfaction; dans les poissons, c'est un sac qui ne sert qu' l'olfaction. Vergne. LXI , page 120, ligne 4- Serrati peclinatim coeuntes, ne contra- rio occursu atterantur : ut serpenlibus, piscibus, canibus. Beaucoup d'animaux ont une ou plusieurs de leurs dents qui s'entrecroi- sent avec les dents de la mchoire oppose ; mais il y a toujours assez de frottement pour user ces dents, et l'exemple du chien donn par Pline est tout--fait inexact. Quant aux serpens et aux poissons, leurs dents se renouvellent mesure qu'elles manquent. Ligne 6. Exserli , ut apro , hippopotamo , elephanlo. Non- seulement ces animaux , mais encore le dugong , le babiroussa , le muntjac, le chevrotin , etc. Em. Rousseau. T 7- 2 Go NOTES DU LIVRE XI. Page 120 , ligne g. Hi sunt serralis longissimi/Foutcs les dents canines sont plus longues que toutes autres espces de dents , sans distinction de sparation. Em. Rousseau. Ligne 12. Capr superiores non sunt, prter primores geminos. La chvre n'a point de dents suprieures , except les molaires qui correspondent celles de la mchoire infrieure. Em. R. Ligne i3. Nulli exserti, quibus serrait. Le morse, le dugong offrent un exemple contraire. Em. R. Raro femin , et iamen sine usu. Les femelles de l'lphant, du morse, du dugong, du chevrotin, du muntjac ont, comme leur mle, des dents apparentes et qui servent aux mmes usages ; seulement elles sont moins fortes. Em. R. Ligne 16. Sed omnibus concavi. Il est vrai que les dents sail- lantes n'ont pas toujours l'extrmit radiculaire ferme , et ceci s'applique toute dent qui crot continuellement, comme cela se remarque dans toutes les incisives des rongeurs , les dfenses de l'lphant, les canines et incisives de l'hippopotame, etc. Mais cependant les dents canines des lions, des chiens, des ours, etc., sont trs-longues et fermes leur extrmit, quand ces ani- maux ont un degr d'ge. Em. R. Ceteris dents. D'aprs ce qui a t dit la note prcdente , il est facile de prvoir que toute dent qui ne doit plus crotre sera ncessairement ferme sa partie radiculaire, ou du moins elle ne sera justement perfore que pour y laisser arriver les vais- seaux et nerfs nourriciers. Em. R. Piscium omnibus serrati, prter scarum, etc. Il serait trop long de nommer tous les poissons qui n'ont pas les dents en forme de scie. Pline a probablement donn ce nom celles qui sont ran- ges sur une ligne droite : c'est une mauvaise dnomination. Em. R. Ligne 17. Huicuniaquatilium plani. Les mchoires suprieures et infrieures des scares reprsentent assez bien le bec des perro- quets ; et, dans l'paisseur de ce bec, il y a une trs-grande quantit de petites dents arranges symtriquement en forme de mosaque, et mesure que celles qui occupent les bords libres de ce bec viennent s'user, elles sont remplaces par d'autres dents qui glissent de l'intrieur absolument la manire des anneaux NOTES DU LIVRE XL 261 du jeu de bague ; en sorte que les bords des mcboires de ce pois- son reprsentent fort bien des dents de scie uses. Em. Rousseau. Page 120, ligne 18. Mullis eorum in lingua ettoto ore... Muftis et in palato , atque etiam in couda. Quoi qu'en dise Hardouin , la correction de Rondelet est juste et ncessaire. Beaucoup de pois- sons , et mme presque tous ceux que nous appelons osseux, ont des dents dans le pharynx. 11 est ridicule de leur en supposer la queue. G. Cuvier. Prterea in os vergentes, ne excidant cibi , etc. Beaucoup de pois- sons ont des dents trs-longues et pointues sans tre courbes vers la cavit gutturale ; nous citerons les scombres, plusieurs es- pces de sphyrnes et de ctacs. Em. Rousseau. LXII , page 122, ligne 8. Aliqui, tune decidere eum, rursusque recrescere, facilem decussu : et sine eo esse , quas traciari cernamus. Les serpens venimeux ont tous des crochets supports par l'os maxillaire proprement dit : il n'y a qu'un seul de ces crochets qui y soit soud; mais, derrire lui, il y en a d'autres pour le remplacer, en cas qu'il vienne manquer, soit par vtust ou par des efforts propres le rompre ; les crochets remplaais sont d'autant plus grands qu'ils sont prs du crochet soud, et ceux-ci ne sont maintenus cet os maxillaire que par un pdi- cule membraneux. Em. R. Ligne 1 1. Viper dents gingivis conduntur. Toutes les dents des serpens sont soudes aux os maxillaires et aux palatins ; elles sont souvent remplaces par d'autres, quand l'animal les perd. 11 n'y a que les crochets secondaires qui ne se soudent pas, moins qu'ils ne remplacent le crochet soud ; comme je l'ai remarqu la note prcdente, ces crochets sont renferms et cachs dans un repli des gencives , et se dveloppent d'autant plus que le serpent carte ses crochets. Mais ces dents ne sont pas simplement enfon- ces , car elles traversent au contraire cette membrane de part en part. Em. R. Ligne 1 3. Volucrum nulli dents , prter vespertilionern. Les chauve-souris sont des mammifres bien caractriss : les trois ordres de dents chez ces animaux sont bien videns. Le licau travail que le professeur Geoffroy Saint - Hilaire a6a NOTES DU LIVRE XI. a publi sur les dents cornes des oiseaux, ne laisse aucun doute sur l'existence de cet organe dans toute la classe de l'ornitholo- gie. Em. Rousseau. Page 122, ligne i. Camelus una ex iis, qunon sunt corrigera, in superori maxilla primores non habet. Les chameaux et les lamas ont un os incisif garni d'une dent incisive chaque ct ; de plus, ces animaux ont des canines et des molaires ; ce qui dtruit le fait avanc par Pline comme rgle absolue. Em. R. Ligne 16. Cornua habentium nulli serrati. Je ne puis compren- dre comment Pline a pu dire que tout animal portant des cornes n'a pas les dents spares, lorsque nous leur voyons au contraire les molaires tre spares des incisives infrieures par un espace trs-considrable appel barre ; et si la mchoire suprieure , o il n'y a jamais de dents incisives, il existe chez quelques es- pces de ces animaux une dent canine suprieure, alors il y a de cette dent la premire molaire une distance assez considrable : ces dernires, la vrit, sont ranges sur une ligne et se tou- cbent ; les incisives se touchent galement entre elles, et forment ordinairement l'ventail dploy. Em. R. Ligne 19. Echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror. Cela n'tait pas difficile ; c'est en y regardant. Les cinq dents des oursins sont trs-apparentes. G. CuviER. Page 124., ligne 1. Simi dents, ut homini. Tous les singes ont trois ordres de dents, c'est--dire des incisives, des ca- nines et des molaires : les incisives sont, pour le nombre, quelques diffrences prs, les mmes que celles de l'homme : les canines en diffrent pour la forme, mais non pour le nombre. Quant aux molaires , il y a galement une ressemblance plus ou moins grande , nanmoins leur nombre varie chez quelques espces; les alouats, les atles, les sajous et les samiris ont trente-six dents : cette diffrence n'est que pour les molaires , qui sont chez ceux-ci de quatre en plus. Em. Rousseau. Ligne 2. Elephanto intus admanendum quatuor : prterque eos, qui prominent , masculi reflexi , feminis recii atque proni. Il est pro- bable que Pline n'a voulu parler que des lphans de l'Inde qui n'ont, la vrit, que quatre dents molaires, deux la m- choire suprieure, et deux l'infrieure ; mais les lphans NOTES DU LIVRE XI. a63 d'Afrique en ont le double, c'est--dire quatre suprieures et quatre infrieures ; quant aux dfenses qui sont au nombre de deux, elles ne prsentent pas de diffrence pour la courbure chez les deux sexes. Em. Rousseau. Page 1 24 , ligne 4- Muscuus marinus , qui balnam antecedit , nullos habet. Voyez la note 70 du livre IX. Ligne 6. Terresirium minutis quadrupedibus , primores bini utrim- que longissimi. La taupe qui peut tre range parmi les carnas- siers terrestres, a six petites incisives la mchoire suprieure, et huit la mchoire infrieure , quatre canines trs-grandes et trs-aigus, et vingt-huit molaires : en tout quarante-quatre. Em. R. LX11I, page 124, ligne g. Ceteris cum ipsis nascuntur. Il est trs-peu d'animaux qui, dans l'tat naturel, naissent avec des dents apparentes : les singes, les chiens , les chats, etc., n'ont pas de dents au moment de la naissance. Em. R. ' Ilomini , postquam natus est, septimo mense. Pline prcise trop, car c'est ordinairement du quatrime au huitime mois que nous voyons paratre les quatre incisives centrales : et ceux qui ont observ cette opration de la nature sur un certain nombre d'enfans doivent avoir t frapps de la variation de leur appari- tion. Em. R. Ligne 11. Mutantur homini, leoni , jumenio , cani, et ruminanti- bus. Tous les animaux en gnral changent leurs dents de lait ; aussi ai-je fait voir, dans mon Anatomie compare du systme den- taire, que les rongeurs qui n'ont que trois molaires chaque ct des mchoires, n'en changent pas. Em. R. Ligne 12. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati. Pline in- duit dans une trs-grande erreur, en ne faisant changer que les dents canines chez les lions et les chiens; car un lger examen aurait fait voir que ces animaux changent galement toutes leurs incisives et molaires de lait. Em. R. Ligne i3. Lupi dexter caninus in magnis habetur operibus. Les notes prcdentes donnent le degr de confiance que l'on doit accorder cette assertion. Em. R. MaxiUares, qui sunt a caninis, nullum animal muiat. Toutes les 264 NOTES DU LIVRE XI. fois qu'il y a des dents canines, il y a derrire elles, mais jamais en avant , des dents molaires ; ces dents , si elles sont de lait , tombent un certain ge : par exemple , le lion change les trois molaires de lait de la mchoire suprieure et les deux de la m- choire infrieure. Les chiens changent les trois premires mo- laires de l'une et de l'autre mchoire (nous entendons que cela s'opre chaque ct des os maxillaires). Em. Rousseau. Page 126, ligne 2. Cetero maribus plures, quam feminis, in ho- mme, pecudc, capr'is, sue. Le nombre de dents chez l'homme est le mme que chez la femme ; les variations ont lieu chez l'un comme chez l'autre. Il en est de mme pour les moutons , les chvres , les porcs. Em. R. Ligne 6. Est exemplum dentis homini et in palato geniti. Cette dviation anomale n'est pas trs-rare, .car nous l'avons vue plu- sieurs fois dans la belle collection de M. Morand, l'un de nos dentistes les plus distingus. Em. R. Ligne 7. At canini amissi casualiquo numquam renascuntur. Nous avons dj fait remarquer, par les prcdentes notes, que les canines de lait se remplacent, quoiqu'elles soient tombes par accident ; mais les canines de seconde dentition ne se remplacent jamais. Em. R. LXIV, page 126, ligne 11. Mias veterinomm dentbus indica- tur. Il n'y a que le cheval et l'ne chez lesquels on puisse relle- ment juger l'ge d'une manire approximative par les dents inci- sives. Em. R. Equo sunt numro XL. Pline dit juste en ne donnant que qua- rante dents au cheval : cependant des auteurs modernes en ad- mettent quarante-deux , mais cette erreur vient sans doute de ce qu'il y a une petite molaire de lait au maxillaire suprieur, qui n'est que supplmentaire dans le premier ge, et qui, quelque- fois , ne tombe que parce qu'elle se trouve pince entre le bord alvolaire et la premire molaire de seconde dentition. Em. R. Ligne 16. Equo castrato prius, non deci durit dents. La castra- tion n'empche pas les dents de la seconde dentition de repara- tre et de suivre leur marche naturelle. Em. R. Ligne 18. Quod si non prius peperere, quam dcidant postremi , NOTES DU LIVRE XL 265 sierilitas certa. Les animaux qui ont fait toutes leurs dents sont au contraire , en gnral , plus forts et plus aptes la gnration. Em. Rousseau. Page 126, ligne 20. Suibus dcidant numquam. Ces animaux suivent la loi commune et changent toutes leurs dents de lait. Em. R. Page 1 28 , ligne 3. Qurnn fere sedecim annorum exstimantur. On peut juger, jusqu' vingt-quatre ans et au del , de l'ge du cheval, par l'inspection d'une espce de cornet osseux, garni d'mail, qui se trouve dans chacune des incisives, par le plus ou moins d'usure qu'il a subie: les autres signes ne sont qu'acces- soires et beaucoup moins positifs. Em. R. Ligne 4- Hominum dentibus quoddam inest virus. Cette fable n'est plus de notre sicle. Em. R. Ligne 5. Namque et speculi nitorem ex aiverso nudati hebe- tant, etc. Si l'on prsente une dent isole devant une glace , elle n'agira pas ; il n'y a que l'exhalation des poumons qui en hu- mecte le poli et la rende terne. Em. R. Ligne 6. Et columbarum ftus implumes necant. Ce conte n'est plus de nos jours. Em. R. LXV, page 128, ligne 11. Lingu non omnibus eodem modo. Les anciens , au rapport d'Ambroise Par , considraient la lan- gue comme une quatrime chair. Aristote , au livre des Animaux , dit seulement que c'est une chair molle et spongieuse. Galien {de Dissectione muscuorum, tom. I, cap. i4, pag- Ifi, Venetiis, 162 5) a manifestement dcrit les muscles stylo-glosses , les gnio-glosses et les hyo-glosses. Vsale a reconnu, de plus, des fibres longitu- dinales , obliques, droites et transverses, tellement confondues, qu'elles ne peuvent tre ni suivies par les yeux , ni rendues par la peinture. Fabrice d'Aquapendente et Casserius, son disciple, ont dcrit et figur les muscles glosso-piglottiques. M. Mal- pighi a indiqu le lingual superficiel et des fibres transversales, perpendiculaires et obliques dans le milieu de la langue, dont G. Bidioo , dans sa Grande anatomie , a donn une figure. En 1804, Ant. et FI. Caldani en ont publi de nouvelles figures, plus belles que celles de leurs prdcesseurs ; ils ont dcrit le raph *66 NOTES DU LIVRE XI. mdian de la langue , qui est dsign dans leur splendide ouvrage sous le nom de linea alescens. Enfin, en 182 1 , M. P. N. Gerdy a tent de rsoudre l'inextricable tissu de cet organe , suivant et dcrivant les muscles intrinsques dans toute leur tendue , les extrinsques dans leurs connexions immdiate, et dterminant la forme du tissu jaune lingual et la nature de la surface adhrente de la membrane linguale. De ces recherches consignes dans un mmoire prsent l'Acadmie royale de mdecine , il rsulte que la structure in- time de la langue est forme i d'une membrane propre; 2 d'un tissu jaune particulier ; 3 d'un muscle lingual superficiel ; 4 de deux muscles linguaux profonds ; 5 des muscles linguaux trans- verses; 6 des linguaux verticaux, qui sont autant de muscles intrinsques ; 7 des deux muscles stylo-glosses ; 8 des deux hyo- glosses; 9 des deux genio-glosses ; io des deux glosso-staphy- lins ; ii des faisceaux hyo-glosso-piglottiques , qui sont des muscles extrinsques. La membrane linguale est dense , comme cartilagineuse sa surface adhrente. Cette disposition donne beaucoup de solidit aux insertions des fibres musculaires sous-jacentes. Le tissu jaune recouvre la base de la langue : il y tapisse la membrane d'enveloppe, qui n'est point cartilagineuse en cette rgion. Ce tissu adhre l'hyode, lpiglolte et beaucoup de fibres musculaires : il contient des follicules dans son paisseur, et prsente beaucoup d'analogie avec le tissu de la pointe de l'piglotte , le tissu jaune artriel et celui de la prostate. Le muscle lingual superficiel recouvre la surface suprieure et les bords de la langue. Ses fibres se portent d'arrire en avant, les unes sur la face suprieure de la langue , en convergeant vers la ligne mdiane; les autres suivant les bords, suprieurement et infrieurement , jusqu' la pointe. Les linguaux profonds sont au nombre de deux , placs de chaque ct sous les deux tiers postrieurs de la langue. Les linguaux transverses, en nombre pair, traversent toute la largeur de la langue , croisant angle droit les fibres latrales du muscle lingual superficiel , diviss sur la ligne mdiane par un raph fibro -cellulaire ou albugin, courbes de plus en plus en avanant vers la base de la langue. NOTES DU LIVRE XI. 2 6>7 Les linguaux verticaux s'tendent de la face suprieure la face infrieure de la membrane propre de la langue, traversant toute l'paisseur de cet organe, recourbs et de plus en plus obliques vers sa base. Leurs fibres s'entrecroisent avec celles des muscles transverses , peu prs comme les fils de nos toiles. Les muscles hyo-glosso-piglottiques sont de petits faisceaux musculaires , presque invisibles chez l'homme, mais trs-sensibles chez le buf et d'autres grands animaux. Les uns vont de l'hyode au tissu jaune, les autres de ce tissu l'piglotte; d'autres de l' pi- glotte l'hyode, et forment une masse commune qui a des connexions avec les linguaux profonds , pour les innombrables mouvemens de la langue. Do. Page 128, ligne 11. Tenuissima serpentibus et trisidca. La lan- gue des serpens n'est rellement divise qu'en deux pointes qui paraissent cornes et lisses. L'erreur peut venir de l'agilit avec laquelle ils la meuvent. Vergne. Ligne i3. Lacer tis bifia et pilosa. Cette langue est bifide , mais non velue. V. Vituis quoque marinis duplex. Cette langue n'est pas bifurque. Elle est lisse et sans papilles distinctes. V. Ligne 18. Imbricat asperitatis. La rugosit de la langue des chats, tigres, lions, etc., a en effet un certain nombre de pa- pilles coniques trs-prononces , cornes , pointues , et dont l'extrmit est dirige en arrire, de telle sorte que quand ils lchent ils dchirent comme avec une lime. V. Page i3o, ligne 3. Intima absoluta a gulture. Cela est vrai, ainsi que pour les crapeaux , les pipas , etc. Ligne 8. Palpitante ibi lingua ululalus dicilur. Leur voix est le rsultat du passage de l'air expir, mis en tat de vibration dans le larynx suprieur et dans des sacs , qui ont leur entre dans la gorge. V. LXVI, page i32, ligne 2. Quod... uv nomine... iantum est. Chez les singes, le bord libre du voile du palais se prolonge en pointe pour former la luette. Ligne 4- Epiglossis... mdli ova generantium. La valvule carti- 268 NOTES DU LIVRE XL lagineuse place au dessus de la glotte, qu'on appelle piglotte, est, quelques exceptions prs, particulire aux mammifres. On trouve dans quelques reptiles , tels que le scinque schned- rien , l'iguane et les crocodiles , un prolongement analogue l'piglotte. Vergne. Page i32, ligne 6. Interior, earumappellaturarteriaadpulmonem atque cor pertinens... Altra exterior appellatur sane gula, qua cibus atque potus devoratur. Tendit hc ad stomachum , is ad ventrem, etc. On est extrmement embarrass quand il s'agit de donner des sy- nonymes aux termes anatomiques employs par Pline. Il ne se fai- sait qu'une ide trs-inexacte ( quand il dit , par exemple , que la trache se rend au cur ) d'une science qui n'tait pour ainsi dire pas encore dans l'enfance : aussi emploie-t-il vaguement le mme mot pour exprimer , tantt une chose , tantt une autre. En outre , ses mots ne correspondent nullement ceux qui , dans notre langue , paraissent tre les synonymes naturels : comme stomachus , qui, chez lui, ne dsigne pas l'estomac. Il en est de mme pour le mot venter , qui est le viscre auquel nous donnons le nom d'estomac. Mais on est encore fort embarrass pour ce mot quand on trouve celui ventriculus , qui semble dsigner aussi l'es- tomac. Malheureusement la difficult augmente encore quand on veut recourir Aristote , chez qui Pline a pris la plupart des ides anatomiques qu'il exprime, car la synonymie est encore dif- frente, et Pline prend souvent dans un sens un mot qu' Aristote avait pris dans un autre. Ligne 7. Ad pulmonem atque cor pertinens. Il n'existe pas de rapport entre l'piglotte et le cur. Hanc operit in epulando... torqueat. Dans ces derniers temps , M. Magendie a conclu de quelques expriences et de l'observa- tion de faits pathologiques , que l'piglotte n'avait pas pour usage principal de fermer l'ouverture du larynx durant la dglutition; mais nous croyons que sa conclusion n'est pas rigoureuse. Ligne 11. Hanc per vices operit. L'piglotte ne peut pas fermer le pharynx, ni s'opposer au retour de ce qui pourrait refluer de l'estomac. V. LXVII, page i34, ligne 3. Leoni ianlum, etc.,. ex singulis NOTES DU LIVRE XI. 269 rectisque ossibus rigens. Tous ces animaux , et jusqu' la girafe , ont sept vertbres dans le cou. Page i34-, ligne 8. Membrana modo incisa statim expiretur. Non- seulement les membranes d'enveloppes , mais la moelle pinire elle-mme peut tre dtruite au dessous de son renflement ant- rieur, sans que mort s'ensuive immdiatement. Vergne. LXVHI, page i34, ligne 16. Sub arleria... adnexa spin. L'estomac ne se trouve pas au dessous de la trache -artre, et n'est point fix la colonne vertbrale. V. Ligne 19. Tesludini marin lingua nulla, nec dents. Les tortues ont une langue ; et , au lieu de dents , elles ont les mchoires garnies d'une substance corne analogue celle du bec des oi- seaux. V. Page i36, ligne 1. Decrescenlibus crenis. Ce passage, qui avait tant embarrass le pre Hardouin , qu'il dit : Locum siquis aut plane intelligere , ant sanare ausit , lamapdem trado , nous pa- rat trs-facile expliquer , en admettant la conjecture trs- probable de crenis au lieu de renis , qui non-seulement ne pour- rait pas s'entendre , mais encore ne serait pas latin. En outre , le mot crena est pour ainsi dire un terme technique par lequel on dsigne les asprits calleuses de l'estomac. Nous avons rejet le mot venis, qui se trouve dans quelques ditions (celle de Lyon entre autres) , parce qu'il ne peut nullement convenir dans ce passage. LXIX, page i36, ligne 5. Cor anirnalibus cleris in medio pectore est : homini tantum infra lvam papillam. Les anciens n'ont pas connu sa structure ; Aristote n'a rien dit de plus que ce que Pline lui emprunte ici. L'auteur du livre du Cur, attribu Hip- pocrate, et Galien en ont laiss chacun une description savante pour leur temps, o les principales parties , qui tombent imm- diatement sous la vue , sont exposes avec clart ; mais leur des- cription mme est incomplte en cela. Vsale, le prince des anatomistes modernes', doit avoir l'hon- neur de cette dcouverte. Outre les artres, les veines et les nerfs du cur, il a reconnu dj, dans son organisation, un 270 NOTES DU LIVRE XI. double rang de fibres longitudinales, obliques et transversales, qui tablit la distinction des tissus fibreux et musculeux dont elle est forme. R. Lower, et aprs Lancisi , ont dcrit ces deux tissus , dont Winslow et Wolf ont depuis publi de bonnes figures. M. P. N. Gerdy a encore examin le cur aprs ces babiles anatomistes ; et, dans le Bulletin de la Facult de mdecine , 1820, n 5, il a insr un mmoire original , qui offre une description du tissu musculeux, qui est le principal, plus exacte et plus simple, surtout pour les ventricules, que toutes celles qu'on avait donnes avant lui. Il est constant, aujourd'hui, que la structure propre du cur rsulte de deux tissus diffrens , dont l'un , fibreux ou albugin, revt l'autre intrieurement. Celui-l forme une zone d'une faon contigu' , autour de chaque orifice auriculaire et artriel ; des bordures aux festons d'origine des artres aorte et pulmonaire ; des lames triangulaires dans les intervalles de ces festons ; des tendons placs entre les lames des valvules sigmodes , et parmi lesquels ceux de leur bord se fixent au fibro -cartilage valvulaire ; enfin , un rseau blanchtre entre les lames des valvules ventri- culaires , qui reoit les tendons des ventricules et s'attache aux zones auriculaires. Le cur est le principal agent de la circulation du sang. Le sang va de toutes les parties du corps par les veines gnrales, les cavits droites du cur et l'artre pulmonaire aux poumons ; et des poumons toutes les parties du corps par les veines pul- monaires , les cavits gauches du cur et les artres gnrales. Ainsi il passe et repasse dans les mmes organes sans revenir sur ses pas, comme s'il tait en mouvement dans un appareil circu- laire. C'est cette succession de mouvemens qui s'appelle cir- culation. Le mouvement du sang pouss hors des capillaires se com- munique de proche en proche, et s'tend probablement depuis ces vaisseaux jusque dans les branches veineuses. Il agit sur le sang des veines en raison de la quantit de son mouvement et des rsistances qu'il prouve. La quantit du mouvement du sang est donne par sa masse et sa vitesse. La masse du sang NOTES DU LIVRE XI. 171 mouvoir rsiste dans les veines ascendantes aux masses mo- trices chasses des capillaires, et par la force d'inertie et par sa pesanteur. L'tendue des surfaces rsiste en multipliant les points de contact, et par consquent les frottemens. Le changement de direction des veines n'est pas, par lui-mme, un obstacle la circulation veineuse; et si cette cause n'augmentait pas la longueur des vaisseaux , elle serait sans influence. L'exp- rience le prouve : un corps de pompe horizontal, perc au mme niveau, son fond et sur les cots, d'ouvertures gales par leur tendue et l'paisseur de leur bord, donne la mme quantit de liquide par chacune d'elles, lorsqu'on pousse le piston. Les veines loignes de l'oreillette droite , et o le reflux au- riculaire ne se fait point sentir, pressent le sang d'une manire continue par leur lasticit et par une contraction vitale lente qui, pendant la vie, la suite d'accidens, resserre peu peu les veines et finit par les rduire en ligamens. 11 en rsulte que ces vaisseaux restent immobiles, appliqus sur le sang, comme un tuyau rsistance fixe , et que la multiplicit et l'troitesse des veines multiplient les obstacles , sans augmenter peut-tre la puissance. Diffrentes sortes de compressions accidentelles, comme celles des muscles et des intestins, ou rgulires comme celles du dia- phragme, htent la circulation des veines; parce que, sous ces influences, il est toujours plus difficile au sang de rtrograder que d'avancer. La pesanteur favorise d'autant plus la circulation veineuse qu'elle est plus directement descendante. Enfin, l'action des artres , celle des capillaires , et peut-tre aussi celle du cur, y concourent plus puissamment encore. Comme le sang se prcipite alternativement des veines dans l'oreillette droite, et comme il en est alternativement repouss, en partie , par la contraction de l'oreillette l'encontre des co- lonnes qui s'avancent, il les heurte brusquement, les repousse son tour, et les veines se gonflent, s rigent , forces par l'effort de deux colonnes opposes qui s'entrechoquent dans leur sein. Le reflux qui en rsulte apporte une diffrence de vitesse alternative dans la circulation veineuse. 11 se fait ingalement %7* NOTES DU LIVRE XL sentir, en raison des obstacles la circulation , de l'extensibilit des veines, et de leurs valvules, des espaces, des anastomoses et des compressions. Lorsqu'enfin le ressort des veines est band autant que possible par le reflux auriculaire , elles reviennent sur elles-mmes, et repoussent de nouveau le sang vers l'oreil- lette avec une vitesse diffrente, suivant les obstacles dans les diverses veines , la diminution d'espace dans leur longueur, les anastomoses et les compressions accidentelles. La multiplicit des veines , qui augmente les obstacles , est compense dans celles que le reflux met en action par la multiplicit des puissances. Lorsque l'oreillette se contracte , le sang , press de la circon- frence au centre, se partage en trois portions : l'une rcurrente, qui reflue pniblement dans les veines caves , en y occasionant le mouvement rtrograde, dont j'ai parl; l'autre progressive, qui s'lance dans le ventricule droit ; une autre intermdiaire , qui reste d'abord immobile, en quilibre entre les deux autres, et dont les parties deviennent ensuite successivement progres- sives , mesure que la seconde s'avance. L'oreillette se con- tracte, t dans sa circonfrence, par l'action du plan de fibres superficielles charnues, qui l'entourent sa base ; 2 de haut en bas , par l'action des anses musculeuses et des faisceaux charnus rticuls; 3 autour de la veine cave suprieure, par l'action du sphincter de ce vaisseau et sur les cts de la cave infrieure par celle des anses charnues voisines. Lorsque le ventricule droit , distendu et stimul par le sang qu'y a chass l'oreillette, se contracte, le sang se divise encore en trois portions : l'une rtrograde, l'autre progressive, la troi- sime intermdiaire. Il se contracte par l'action des anses char- nues qui l'unissent au ventricule gauche et celle de ses anses pro- pres. Comme le mouvement rtrograde du sang de l'oreillette se partage dans les veines , de mme son mouvement progressif se divise dans l'artre pulmonaire, entre les masses de fluide qu'il choque et les vaisseaux qu'il froisse, et dont il bande les res- sorts. Bientt la raction est gale et enfin suprieure l'action : alors les artres se resserrent soudain par leur lasticit. Ce mou- vement est alternatif, parce qu'il est produit par l'action du ven- tricule, qui est alternative , et qu'il est dtruit chaque fois par mwmvM NOTES DU LIVRE XI. 27* les obstacles qui s'opposent la libre circulation. Les artres pulmonaires ne rsistent pas plus que les veines par leur change- ment de direction ; cependant leurs courbures offrent une rsis- tance relle, car elles se dplacent dans la systole. Cette rsistance est duc ce que les courbures augmentent les frottemens par d- faut d'exteusion dans le sens de leur concavit. Le sang circule de moins en moins rapidement entre l'origine de l'artre pulmonaire et ses divisions extrmes ; parce que les artres, en se dilatant suc- cessivement, et d'autant plus qu'elles sont plus rapproches du ventricule, recueillent, chacune, une portion de l'onde lance par le cur dans le tronc artriel ; et qu'enfin l'espace augmente dans les artres pulmonaires, et depuis leur origine jusqu'aux ca- pillaires des poumons. Les obstacles ne contribuent pas le moins du monde ce dcroissement de vitesse, car le sang ne se ralen- tit pas graduellement, comme la bille lance sur le tapis du bil- lard. Toute la masse du liquide est branle la fois , et le sys- tme artriel rend, d'une contraction l'autre, aux capillaires autant de sang qu'il en a reu du cur. Galien, un demi-sicle environ aprs Pline, est le seul des anciens qui ait reconnu quelques parties du cours du sang. On peut dire que sa dcouverte des valvules du cur et son exp- rience de la ligature des vaisseaux ont ouvert la route qui a men la dcouverte de la circulation. C'est inutilement que plusieurs modernes ont essay de la trouver dans les crits d'Hippocrate , o il n'est question que du mouvement gnral des parties conte- nantes et contenues. Au commencent du seizime sicle, l'infortun Servet soup- onna et annona, dans un livre thologique, que le cours du sang se fait depuis le ventricule droit jusqu'aux poumons ; et depuis ces organes dans tout le corps par le systme vasculaire sang rouge. L. Levasseur, Columbus, Arantius eurent peu prs les mmes ides; mais Cesalpin osa aller plus loin : frapp du gonflement des veines au dessous des ligatures , il admit tout hasard que le sang revient des artres au ventricule droit par cet intermdiaire. Ces opinions , qui n'taient encore que des suppositions pour le public et mme pour leurs auteurs, devin- rent la vrit quand la main du gnie leur en eut imprim la forme. VIII. 18 VI IH 274 NOTES DU LIVRE XI. Ce fut Guillaume Harvey qui fit cette dmonstration en 1628. Le philosophe Descartes fut un des premiers qui embrassrent la nouvelle thorie ; et, quoi qu'il l'ait un peu dfigure, l'auto- rit de son nom contribua beaucoup la faire recevoir dans les coles. M. Malpighi dmontra, en 1661 , la circulation capillaire, l'aide du microscope. Ruysch oprait dans le mme temps ses admirables injections. Par ce procd subtil , Blancard , en 167 1 , prouva l'anastomose des artres avec les veines. Molyneux, Leuwenhock , Hewson , Dlia Torre , tudirent la circula- tion capillaire dans ses rapports avec la forme des globules du sang. Weitbrecht reconnut une force vitale particulire dans les petits vaisseaux. Quant la vitesse relative du sang dans les organes circulatoires, Keill , Haies, Cheyne , Michelotti, Ro- binson, Morgan, l'ont en vain cherche. Haller lui-mme parat avoir cru , mais tort , que le sang se ralentit en s'loignant du cur, et par l'augmentation d'espace, et cause des obstacles. Richat sentit confusment que le ralentissement progressif du sang n'existe pas de cette sorte; mais il est tomb, faute d'at- tention , dans une erreur plus grave , en tablissant une compa- raison trop rigoureuse entre nos organes circulatoires et un sys- tme de tuyaux inertes , ainsi que l'a fait voir M. le professeur Gerdy. Do. Page 1 36 , ligne 6. Homini iantum infra leam papillam. Chez l'homme , le cur se trouve aussi sur la ligne mdiane; mais sa pointe tant tourne gauche, y fait sentir ses pulsations. Ligne i5. In magnis animalbus triplex. Dans tous les mammi- fres et les oiseaux, le cur a quatre cavits, deux de chaque cts, oreillette et ventricule, qui sont adosses avec leurs ana- logues. Parmi les reptiles, les sauriens, les chloniens et les ophi- diens ont trois cavits, deux oreillettes et un ventricule. Les ba- traciens et les poissons n'ont qu'une oreillette et un ventricule. LXXIX, page i5o, ligne i5. Idcirco nyigis avidi ciborum, rjuibus ab alvo longius. La longueur du canal intestinal dans tous les vertbrs est toujours en rapport avec l'espce de nourriture. Elle est, en gnral, beaucoup plus grande dans les herbivores que dans les carnivores: dans les omnivores elle tient le milieu. . Wl NOTES DU LIVRE XL *:5 Gnralement plus grande dans les mammifres, elle diminue successivement dans les oiseaux , les reptiles , les poissons , re- lativement celle du corps. VergnE. Page i5o, ligne i5. Iidem minus soieries , quibus obesissimus venter. Cette observation est juste dans beaucoup de cas , o l'accumulation de la graisse dans le msentre tient une irri- tation chronique du tube intestinal. V. Aees quoque geminos sinus habcnt quccdam. Voyez la note, chap. lxxviii. Page i52, ligne 8. Venter solidipedum. Des deux portions de la surface interne de l'estomac des solipdes , limites par tin pli dentel , la gauche est lisse , la droite veloute : ni l'une ni l'autre n'est dure et raboteuse. Ligne 8. Terrestrium aliis denticulat asperitatis. Ce sont les papilles de la muqueuse. Ligne io. Quibus neque dents utrimque. Dans tous les animaux c'est l'estomac qui digre. Dans ceux qui n'ont pas de dents l'organisation du ventricule y supple. Ligne 16. Insatiabilia animalium , quibus a ventre protinus recto intestino iranseunt cibi , ut lupis , etc. Nous avons traduit recto intestino par intestins non replis au lieu ft intestin rectum, sens qu'on a toujours donn cette phrase. Nous croyons avoir saisi le vritable sens de l'auteur ; puisque c'est le mot mot de sa phrase , et qu'en outre la chose est trs-vraie. Personne n'ignore que chez les animaux carnassiers les intestins ont beaucoup moins de longueur, sont moins replis que dans les herbivores : il y a mme des hommes chez qui la longueur du tube digestif a une moins grande dimension que chez d'autres, et nous ne serions pas loigns de croire que cela ne se trouve que chez des individus qui mangent la viande de prfrence tout autre ali- ment. En outre , il n'y a aucun animal chez qui l'estomac abou- tisse immdiatement au rectum. Ce serait donc prter Pline une erreur grossire que de lui faire dire que la chose est ainsi. Ligne 18. Ventres elephanto quatuor. C'est--dire que l'esto- mac de l'lphant prsente cinq larges replis transversaux. V. Ligne 11. In juvencarum secundo ventre pil rotunditate nigri- cans tofus , nullo pondre. Pline dsigne, par cette description, 18. 9.76 NOTES DU LIVRE XI. l'espce de concrtion laquelle on a donn le nom d'gagropile. Non-seulement on en rencontre dans le deuxime estomac du buf, mais encore dans le premier, ainsi que dans les deux esto- macs et les intestins de plusieurs animaux ruminans. Ces pelotes rsultent du feutrage des poils que les animaux ont avals, et la forme sphrique est donne par la pression laquelle elles sont soumises dans les intestins. LXXX , page i54 , ligne a. Ventriculus atqiie intestina. C'est le repli de la membrane prilonale qu'on nomme grand piploon. Ligue 4- Lien in sinistra parte. Malgr le progrs des sicles, nous ignorons encore la nature et l'usage de la rate. M. Malpigbi, l'un des premiers auteurs de la fine anatomie, au milieu du dix- septime sicle, enseigne que cet organe est form principale- ment de cellules ou vsicules garnies intrieurement de diff- rentes petites glandes, jointes ensemble, et dont six, sept ou huit forment une espce de glande conglomre, o paraissent se terminer les artres et les veines. Sans parler d'une artre trs-volumineuse , ni d'une veine non moins considrable que les anciens ont connues ; sans parler des nerfs nombreux fournis par le plexus solaire , ni des vaisseaux lymphatiques qui sont en petit nombre , ni d'une enve- loppe pritonale trs-adhrente, qui se rflchit sur les vais- seaux splniques, et va se confondre avec les piploons, il entre dans la structure de la rate une membrane fibro-celluleuse , que les branches vasculaires entranent avec eHes, et dont la face interne fournit une multitude de filamens, qui se croisent et for- ment un rseau, assez compliqu dans l'intrieur de l'organe, o l'on trouve de plus des granulations blanchtres, que Malpighi a appeles glandes. Nos anatomistes n'ont pas su dterminer la nature de ces gra- nulations. Us n'ont point encore suffisamment dbrouill la com- position ou la structure du rseau intrieur, que quelques-uns seulement considrent comme un tissu ou corps rectile, et d'au- tres comme un lacis, simulant un plexus nerveux, d'aprs les observations de M. Slraus. La rate qui se trouve chez la plupart des animaux ne parat NOTES DU LIVRE XI. 277 distinctement chez l'homme qu'aprs le premier mois de la con- ception : elle se dveloppe par une srie de lobules qui parais- sent tre d'abord de simples renflemens des extrmits vaseu- laires , mais qui se runissent bientt aprs pour former une masse homogne, rougetre ou mme d'un brun assez fonc. Quelquefois, un ou plusieurs de ces lobules restent distincts jusqu' la naissance; et de l ces histoires nombreuses de rates multiples, observes l'ouverture des cadavres. Mille hypothses ont t imagines pour expliquer les fonc- tions de la rate. Aprs avoir t considre, dans les sicles pas- ss , comme l'organe de la bile noire ou mlancolie , du suc gas- trique ou fluide nutritif, elle est regarde de nos jours comme un diverticule du systme sanguin, comme une sorte de ganglion qui agit sur le sang de la mme manire que les ganglions lym- phatiques agissent sur la lymphe. Do. Page i54 , ligne 8. Mgocephalo avi II est extrmement pro- bable que l'gocphale de Pline est une des espces du genre limosa de Brisson , dmembrement du genre scolopax de Lin- nseus ; mais on ne saurait assurer que ce soit la barge aegoc- phale {limosa gocephala ; scolopax gocephala , L.) , dont Buffon a donn la figure (pi. enl.916) sous le nom de grande barge rouge. Ligne 11. Et per vulnus etiam exempto. On peut, en effet, enlever impunment la rate aux chiens et autres animaux. Vergne. LXXXI,page i56, ligne 2. Al... quaterni rens cervis. Tous les mammifres n'ont que deux reins analogues, pour la structure intime , ceux de l'homme. Mais ils peuvent tre diviss en plu- sieurs mamelons. V. Ligne 3. Contra pennatis , squamosisque nulli. Les oiseaux ont des reins situs derrire le pritoine, dans des enfoncemens de la face suprieure du bassin, mais ils sont de forme irrgulire, diviss en lobes par des scissures et non composs de deux sub- stances distinctes , comme ceux des mammifres. Les reptiles ont aussi des reins dont la grandeur, la forme , la position va- rient dans les diffrens ordres, mais on n'y peut distinguer les deux substances : ils manquent en outre de calice ou de bas- sinet. V. 278 NOTES DU LIVRE XL LXXXI1I , page i58, ligne 2. Infra alvum est a priore parle vesica , qu nulli ova gigneniium , prter testudinem. Parmi les oiseaux, l'autruche et le casoar sont les seuls dont le cloaque soit organis de manire servir de vessie. Parmi les reptiles , les cbeloniens et les batraciens en ont une. Elle manque dans les crocodiles, les lzards, les agames , genre de l'ordre des sau- riens , et dans les ophidiens. Vergne. Ligne 8. Vesica membrana constat, qu vulnerata cicatrice non solidescit. C'est une erreur, les plaies de la vessie se cicatrisent trs-bien. V. LXXXIV, page i58, ligne i5. Hoc in reliquis animalibus vul- vam. On appelle vulve l'entre du vagin dans toutes les femelles des mammifres ; toutes ont une matrice qui peut tre simple , double , triple et quadruple , et la fois complique. Ligne 18. Funebris (utrus), quoties versa spiritum inclusit. Voici encore un passage pour lequel nous avons adopt un sens diffrent de celui que tous nos devanciers avaient suivi. En effet, on ne conoit pas comment le renversement de la matrice peut arrter la respiration et causer la mort par ce fait. Nous croyons , au con- traire , que Pline veut dire tout simplement que de l'air s'intro- duit quelquefois dans ce viscre pendant le renversement , et cause la mort. Mais, comme il peut s'introduire de l'air sans produire des accidens mortels , nous serions plutt ports ad- mettre la leon , l'appui de laquelle certains manuscrits sem- blent venir, et qui &omi, funesta. Du reste Hippocrate (Maladies des femmes, liv. i), 7*SEtius (ch. LXXVII1 de Uteri inplatione), nous ont dtermin adopter le sens que nous avons suivi. LXXXV11I, page 164., ligne 17. Nereiorsia corde. C'est l'opi- nion d'Arstote. Dans ces temps reculs, qu'on peut considrer comme le premier ge, ou l'enfance de l'anatomie, ceux qui la cultivaient, n'ayant pas de lumires plus tendues que celles de nos bouchers, confondaient indiffremment les nerfs, les vaisseaux et les tendons. 11 n'est donc pas tonnant qu'Aristote, le premier de tous les anatomistes , ait assign aux nerfs cette origine. Galien , au livre de la Dissection des nerfs, chap. I , dmontre que les nerfs des sens et du mouvement drivent du cerveau im- NOTES DU LIVRE XI. 279 mdiatement ou mdiatement. Depuis cette poque aucun auato- miste ne leur a donn une autre origine. Les nerfs, mconnus au premier ge de l'anatomie, font au- jourd'hui le principal objet de l'tude des anatomistes. Le Gallois, un des plus clbres de ce sicle , considrait le systme nerveux comme la trame premire et la partie principale de la structure des animaux. Quelques naturalistes l'ont critiqu , d'aprs l'ob- servation des animaux infrieurs, o parait manquer absolument le systme nerveux ; mais l'analogie ne suffit-elle pas pour nous persuader? Conoit-on l'existence d'un organisme animal, sans un mode quelconque de mouvement et de sentiment ? Et ce mode, quel qu'il soit, peut-il avoir lieu sans nerfs ? Les anatomistes modernes les plus rcens font trois classes de nerfs : i nerfs crbraux, i nerfs racbidiens, 3 nerfs ganglion- naires. Les deux premires ont t long-temps runies, et en- core aujourd'hui on applique l'une et l'autre les mmes con- sidrations. D'ailleurs le systme de ces deux sortes de nerfs est le plus anciennement connu et tudi , et celui qui a donn lieu au plus grand nombre d'observations. L'tude du systme ganglion- naire n'est pas dj bien ancienne , et nous possdons encore peu de documens sur ce sujet embrouill. Je dois nanmoins citer l' A natomie analytique de Manec, deuxime livraison ; Paris, 182g. La sensibilit du systme nerveux est hors de doute. Les nerfs sont minemment sensibles : on croit que cette proprit rside dans la substance propre du nerf. Les opinions sont partages sur la sensibilit de la substance du cerveau. Quelques physiolo- gistes refusent cette proprit tout l'organe. Haller pense que les parties profondes sont sensibles , tandis que les couches ext- rieures ne le sont pas. Le systme nerveux est form de fibres qui courent dans une direction longitudinale. C'est surtout dans les nerfs que cette structure fibreuse est vidente. Ils sont composs pour la plupart d'un nombre plus ou moins grand de faisceaux visibles l'il nu , forms eux-mmes de cordons ou faisceaux plus petits , les- quels rsultent d'un assemblage de filamens trs-dlis. Les fais- ceaux , les cordons et les filamens se ramifient de diverses ma- nires et forment entre eux des anastomoses multiplies. Jamais 28o NOTES DU LIVRE XL un faisceau ne parcourt en ligne directe une grande tendue T mais le nombre des ramifications et des communications ner- veuses est moins grand vers les extrmits qu'au milieu. L'pais- seur des faisceaux varie depuis un dixime de ligne jusqu' une et plusieurs lignes. Tous ces filamens paraissent tre composs d'une substance mdullaire , ou pulpe , semblable celle du cer- veau, enveloppe d'une gane ou nvrilme qui reprsente un tube de la mme forme que le nerf lui-mme. On s'accorde dire que le nvrilme n'est que du tissu cellulaire ; quelques ana- tomistes seulement disent aussi que la substance mdullaire est de la mme nature. Les travaux entrepris sur la composition du systme nerveux semblent dmontrer qu'elle est forme de glo- bules divers , runis par une matire demi-fluide. La figure de tous les nerfs est cylindrique. Les fils dont ils rsultent s'entrelacent entre eux dans la structure intime des nerfs , et au dehors pendant leur trajet. Ces dernires communi- cations se rapportent trois formes principales : l'anastomose ou anse , le plexus et le ganglion. L'anastomose se fait entre des branches spares et distinctes, peu prs de mme grosseur. Il se forme , en outre , des anses anastomotiques autour des vaisseaux. Tantt elles proviennent des divers filets du mme tronc , tantt elles rsultent de l'union entre des filets appartenant des nerfs diffrens. Les plexus sont des anastomoses disposes diversement , et formes par les cordons* de plusieurs nerfs. Les ganglions d'une structure plus complexe ont un volume plus considrable que les nerfs et les plexus. Ordinairement ronds, un peu aplatis, et d'une substance dense et ferme lorsqu'on l'incise , les uns ne paraissent tre que les dveloppemens des filets nerveux; les autres doivent tre considrs comme des centres ou des points de runion de plusieurs nerfs. Le systme nerveux de l'homme est plus constamment le mme que celui des animaux. Vicq-d'Azyr avait d'abord soup- onn cette vrit dont Wentzel a donn la dmonstration : il a observ que, dans les quadrupdes, les deux moitis du systme nerveux rpondent moins parfaitement l'une l'autre , et que les dviations de structure sont moins rares que dans l'homme. NOTES DU LIVRE XI. 281 Le corps de l'animal est, dans les premiers temps de sa for- mation , compos de deux moitis latrales trs-distincles. Cette division se voit aussi trs-bien dans le systme nerveux. La s- paration s'aperoit sur la ligne mdiane; elle existe non-seule- ment pour le cordon rachidien , mais encore pour le cerveau et pour toutes les branches nerveuses du systme priphrique. Les deux moitis latrales se correspondent trs- exactement dans la plus grande partie du systme nerveux, de sorte qu'il y a, entre l'une et l'autre, sous le rapport de la situation, de la forme et du volume , moins de diffrences que dans les autres organes. La structure et la disposition du systme nerveux sont peu sujettes varier. Les nerfs ganglionnaires, ou systme du grand sympathique , varient plus souvent , et dans des degrs beaucoup plus remarquables que les nerfs crbraux et rachidiens. On pense assez gnralement que les nerfs rachidiens sortent de la moelle pinire dont ils sont les prolongemens. On a mme prsum que la substance mdullaire se trouvait en dehors sur le cordon rachidien , pour que les nerfs qui en sortent eussent un plus petit trajet parcourir, et n'eussent pas de substance grise traverser ; mais un examen attentif fait reconnatre que tous les nerfs communiquent plus ou moins avec la substance cendre. Vicq-d'Azyr a , depuis long-temps , indiqu ces connexions. M. Gall a dmontr que cette disposition est gnrale, et que la naissance d'un nerf correspond toujours la prsence de la sub- stance cendre. On a long-temps agit la question de savoir si les nerfs des deux premires classes naissent du mme ct des centres crnio- rachidiens, que celui o ils se distribuent aux organes, ou bien s'ils se croisent. M. G. Breschet (Encyc. mthod. mdec, tome x , page 575) pense que l'opposition des sentimens sur ce point pro- vient des diffrens degrs d'exactitude que l'on a apports dans les recherches. Cet habile anatomiste assure qu'il n'y a pas d'autre entrecroisement que celui des faisceaux nerveux que l'on voit la partie suprieure du cordon rachidien. Les nerfs se terminent presque partout de la mme manire. Il faut excepter le nerf optique, qui ne forme pas de branches 282 NOTES DU LIVRE XL ni de ramifications : il s'panouit et produit une expansion mem- braneuse. Le nerf auditif offre une terminaison analogue ; elle en diffre par son apparence plexiforme. Ce nerf se perd dans une membrane, mais ne la constitue pas essentiellement. La termi- naison des autres nerfs est difficile apprcier, car ils se confon- dent avec la substance propre des organes. On observe facilement que les nerfs deviennent trs-mous dans leurs ramifications , et paraissent perdre leurs enveloppes en totalit ou en partie. Le systme nerveux , aux diverses poques de la vie , prsente des diffrences trs -remarquables , soigneusement notes dans les livres d'anatomie. Ce systme existe un des premiers; mais c'est une question aujourd'hui fort controverse de savoir si les diverses parties de l'appareil nerveux se dveloppent simultan- ment ou les unes aprs les autres. Les auteurs les plus rcens pensent que le dveloppement est successif, que la moelle pi nire nat la premire , ensuite le cerveau , etc. Do. XC1V, page 174.} lignes 11 et 12. Congeniii autem non desi- nunt, sicut nec feminis magnopere. Aristote, dont Pline a emprunt tout ce qu'il rapporte sur les poils, dh(Hist. des Anim., liv. III, chap. 11) que ceux qui sont apports par l'homme en naissant, sont les cheveux , les cils et les sourcils ; ceux qui viennent avec l'ge sont d'abord les poils des parties naturelles, puis ceux des aisselles, et enfin ceux du menton. Mais Pline, dans la phrase en question, est en contradiction avec un autre passage qui se trouve quelques lignes plus bas (mme chapitre) : libidi- nosis congeniti, maturius defluunl. Il y a donc ici une corruption du texte; et dans Aristote on trouve deux passages (liv. ni, chap. 1 1) qui semblent indiquer la correction faire : On ne voit ni enfant, ni femme, ni eunuque chauve; seulement, l'gard des eunuques, si on les rend tels avant l'ge de pubert , les poils que cet ge devait amener ne leur viennent jamais. Le second passage est dans le liv. IX, chap. 7g; et Aristote dit : ... A l'gard des autres poils qu'on apporte en naissant, ils ne tombent point, car jamais un eunuque ne devient chauve. D'aprs cette dernire citation, Hardouin avait conjectur qu'il serait mieux de lire : Congeniti autem non desinunt eunuchis, nec NOTES DU LIVRE XI. a83 feminis magnopere. Cette leon, si elle ne renferme pas un sens conforme ce qui se passe dans la nature, aurait au moins l'avantage de faire disparatre une contradiction vidente ; ce- pendant nous n'avons pas voulu la risquer dans notre texte. XCV, page 176, ligne 9. Esse in malediclis jam antiquis stri- gem convenu : sed qu sit avium, consiare non arbitror. Quoique Pline n'ait pas connu l'animal auquel les anciens donnaient le nom de strige , cela n'a point empch les modernes de chercher dterminer l'espce et le nom de cet animal fabuleux. Brotier, s'appuyant de l'autorit d'Asselquist {Voyage dans h Levant, tome il, page 19), pense que c'est le hibou d'Orient, oiseau si vorace qu'il entre dans les maisons et dchire les enfans pendant la nuit, ce que prtend cet auteur. Poinsinet de Sivry, dans une longue note o il accumule des soi-disant tymologies slavonnes et allemandes , s'exprime ainsi : On demande quelle sorte d'oi- seau est le strige ? je rponds que c'est le stryz des Slavons, c'est--dire notre grimpereau, qui est un oiseau de passage, et qu'on nomme aussi torche-pot, dnomination injurieuse , assez convenable aux nourrices d'emprunt, et qui semble tre la source trs-ancienne du sens vaguement injurieux attach , selon Pline, tout ce qui portait le nom strix , etc., etc. Il est inu- tile de rfuter cette dernire opinion. L'autre est plus raison- nable , puisque l'on voit par Festus que les anciens dsignaient sous ce nom un oiseau nocturne dont le cri et le vol avaient quelque chose d'effrayant : Striges, dit-il , aves nocturnas, ut ait Verrius, grci yji/a.ho5 , et Seranus , de Infanlibus dentientibus aut strige vexatis. CIII, page 190, ligne 12. Nemesios {tju dea latinvm nomen ne in Capitolio quidem invenit). Pline parle encore de Nmsis (liv. XXVIII, chap. 2) : cu/'us Rom simulacrum in Capitolio est, quamis latinum nomen non sit. Cette desse tait celle qui pu- nissait les indiscrtions. Elle avait pour attribut une querre et un mors , comme on le voit par deux anciens vers grecs. CV , page 102 , ligne 2. Omnia animalia a dextris partibus incedunt. Selon Aristote {de Animalium incessu, cap. 2, 3, g) les principes du mouvement de translation per locum sont l'im- pulsion et la traction. Les animaux se meuvent par tout le corps la fois ou par parties , comme dans la marche. Ce qui est mu l'est toujours par le moyen de deux parties organiques dont l'une comprime l'autre. Dans la marche de l'homme et des ani- maux, il y a des parties qui se reposent, tandis que d'autres se meuvent ; car Faction de marcher, de voler ou de nager ne peut avoir lieu sans flexion. Tout ce qui a des pieds se tient alterna- NOTES DU LIVRE XL 2 85 tvement sur les deux jambes ; il est donc ncessaire de flchir l'une tandis que l'autre avance , puisque les membres opposs sont gaux en longueur. Aussi est-il ncessaire que ce qui re- pose s'inflchisse dans le jarret , ou ce qui en tient lieu , si l'ani- mal qui marche manque de genou. Galien ( de Usu pariium ) remarque que , lorsque l'homme marche , la jambe qui le soutient porte le double du poids qu'elle soutenait dans la station. Il ajoute que , dans le transport de la jambe , les muscles , qui flchissent , agissent plus que ceux qui tendent , et que la force de leur tension empche la chute du corps. Fabrice d'Aquapendente ( de Motu locali animalium secundum totum, 1618) enseigne que les mouvemens se font en haut et en bas, en avant et en arrire, a droite et gauche : le mouvement compos , qui s'opre en rond , forme une septime espce. Tous ces mouvemens sont oprs par les os tte ronde , mais non par les os dont la rondeur est imparfaite. Les flchisseurs agis- sent quand la jambe se porte en avant, et les extenseurs quand elle se tient debout; ensorte qu'ils se reposent alternativement. Dans la marche , la translation est opre par une jambe , l'appui est fourni par l'autre. Toute translation de la jambe se fait par une flexion et une extension. Dans cet acte , la jambe se flchit et se porte en avant. Tandis que le transport d'une jambe s'opre, l'autre, qui est applique terre, s'tend. Ainsi la marche consiste dans la translation et l'appui alternatifs des jambes : la translation s'opre par la flexion des articulations , et l'appui par leur extension ; enfin l'extension et la flexion pro- viennent de l'action des muscles. Telle est la srie de ces phno- mnes : contraction des muscles , flexion et extension des articu- lations , appui et marche. Le clbre Borelli a montr {de Motu animalium, c. 19, p. 1, prop. i56) que, lorsque le corps se porte en avant, il se meut l'extrmit d'un rayon form par la jambe qui le soutient; qu'alors il obit au mouvement rflchi du pied qui presse le sol, comme la barque du batelier , lorsqu'elle s'loigne du rivage qu'il presse de sa perche ; que la flexion de la tte et du corps en avant favorise ce mouvement , en portant la ligne de gravit au iS6 NOTES DU LIVRE XI. del du pied appuy sur le sol; qu'alors la chute, devenue immi- nente , est prvenue par le transport rapide du pied de derrire au del de celte ligne. Le philosophe Gassendi a observ , aprs Fabrice , les deux mouvemens circulaires , en sens contraire , que le pied excute sur sa pointe avant le transport de la jambe; et sur son talon, aprs ce transport. ( Barthez, Nouvel, mcaniq. , in-4", p. 52.) Hamberger, ensuite, a tabli que la rsistance du sol est la cause prochaine de la marche, de la course, du saut; et que la rsistance de la terre pousse par la jambe , dont le pied s'tend , la partie du bassin auquel elle est articule {ibidem). Barthez consacre , l'explication de la marche , douze pages in-4 de sa Nouvelle mcanique animale, qui contiennent un trsor d'rudition , mais qui n'ajoutent rien aux richesses de la science. M. J. Chabrier, ancien officier suprieur (Bull, des se. m., tom. XIII, 71), lut, l'Acadmie royale des Sciences, le 20 aot 1827, un mmoire sur la locomotion, dans lequel, ayant principalement en vue de faire concevoir le moyen le plus simple que l'on puisse imaginer pour donner l'homme la possibilit de voyager au milieu des airs, comme les oiseaux, il a dvelopp une opinion diffrente de celle qui est gnralement admise sur le mode d'action des muscles , et qui n'a pas paru appuye sur des observations positives. Il condamne Borelli pour avoir pris en considration la rsistance du sol ; il ne pense pas qu'on doive dans la mcanique animale employer la comparaison des res- sorts, etc. M. le docteur Gerdy, dont on attend avec impatience le Trait de Physiologie , a publi , dans le Journal de physiologie expri- mentale , un mmoire sur le mcanisme de la marche de l'homme , qui en offre la thorie la plus plausible. Sa dmonstration tablit les dix points suivans : i. Le pied qui se spare du sol, ne s'en spare, mme dans le premier pas , qu'aprs s'tre dcharg de sa part du poids du corps. 2 . Le membre, appuy sur le plan qui le soutient, se meut d'arrire en avant , comme un rayon sur l'astragale. 3. Il existe dans la marche une concidence remarquable entre NOTES DU LIVRE XI. 287 le moment o la ligne de gravit sort de la base de sustentation que lui offrait le pied de derrire , et le moment o le pied de devant s'applique sur le sol. 4-. Le tronc est le thtre de huit mouvemens diffrens : mou- vement d'lvation et d'abaissement alternatifs ; translation obli- que du corps droite et gauche alternativement ; rotation du bassin ; mouvement inverse des paules; inclinaison latrale des axes du bassin et de la colonne vertbrale , l'un sur l'autre ; effort d'lvation et de station dans les muscles vertbraux. 5. Le balancement des bras est d la rotation des paules et de la poitrine. 6. Les changemens de direction dans la marche sont dus presque tous une rotation plus ou moins considrable , ainsi qu' un mouvement de conversion. 7 . La marche dans l'obscurit prsente au moins deux genres diffrens de faux pas. 8. La marche sur une surface glissante n'offre des chutes fr- quentes que par la dcomposition de la pression des pieds sur la surface. 9. L'enfant qui se remue sur ses quatre membres la fois , ne marche point sur ses pieds comme les quadrupdes , mais se trane sur ses genoux et ses jambes. io. La marche prsente aux diffrens ges des modifications considrables : l'impuissance de la marche chez l'enfant et chez le vieillard est occasione par la faiblesse des muscles principa- lement. Do. Page 19 a , ligne 9. Namque et hinc cognomina inventa, Planci, Plauii , Pans , Scauri. Plancus et Plautus signifient pied-plat: Scaurus , celui qui a le talon tortu , et sur lequel la jambe porte faux: Pansa, pied large : Varus , celui qui a les jambes arques en dehors: Varia , celui qui a les jambes arques en dedans : Va- tinius , celui qui a les jambes contournes. GuEROULT. CIX, page 198, ligne ig. Porlentis. Aristote, le pre de l'his- toire naturelle, considre les monstres comme des exceptions aux lois gnrales. Jusqu' nos jours les naturalistes et les m- decins mmes avaient fait peu d'attention cet objet , auquel 288 NOTES DU LIVRE XI. quelques contemporains veulent attacher une trs-grande impor- tance. Tout rcemment on a prtendu faire de l'tude des mons- tres une zoologie nouvelle, parallle la zoologie des tres r- guliers. On a jug applicables la classification des monstres, et la mthode catgorique , et la nomenclature binaire de Linne , et gnralement toutes les rgles inventes par les naturalistes. Le Pline franais, Buffon , a, le premier, propos une classi- fication des monstruosits. Il dit qu'on peut rduire trois classes tous les monstres possibles : i les monstres par excs ; 2 les monstres par dfaut ; 3 ceux qui offrent quelques irrgularits dans la grandeur, la situation respective et la structure des parties. Le philosophe Bonnet {Considrt, sur les corps organiss, tom. vu, pag. 73) tablit quatre classes de monstruosits : la premire renferme les vices de conformation extraordinaire de quelques organes ; la deuxime , les vices o les organes ou les membres ont une situation irrgulire ; la troisime les dviations organiques par dfaut ; la quatrime enfin les monstruosits par excs , que les parties soient ou ne soient pas suivant le type normal de l'espce. Blumenbach , dans son Manuel d'histoire naturelle, rapporte aussi les dviations organiques ou monstruosits quatre modi- fications principales : i changemens de forme ou forme irrgu- lire des parties individuelles; 2 changemens de situation des organes; 3 vices par dfaut ; 4 vices par excs. Le professeur Huber tablit neuf classes de monstruosits; Voigtel dix et Malacarne seize. Mais Treviranus (Biolog., tom. III, pag. 4-25) les rduit deux : monstruosits qualitatives et quan- titatives. J. Fr. Meckel, auteur d'une Anatomie pathologique esti- me , revient la division de Buffon , ajoutant seulement une quatrime classe pour les hermaphrodites. MM. Chaussier et Adelon {Diction, des Sciences mdicales, tom. xxxi) la reprodui- sent avec moins de changemens encore. Enfin , M. G. Breschet (Dict. de Md., tom. Vl), considrant les monstruosits comme une classe de maladies, dviations organiques ou caco genses, la divise en quatre ordres , subdiviss en un nombre prodigieux de genres et d'espces. L'ordre premier est celui des agnses. NOTES DU LIVRE XI. 289 dviation organique avec diminution de la force formatrice ; le deuxime , des hypergnses , dviation organique avec augmen- tation de la force formatrice ; le troisime , des diplognses , dviation organique avec runion des germes ; le quatrime , des htrognses , dviation organique avec qualits trangres du produit de la gnration. Voil par quel progrs l'esprit humain a tent 8 C. PLIiNII HIST. NAT. LIB. XII. pendere solitos. Tanla ebori auctoritas erat , Urbis nostr trecentesimo decimo anno : tune enim auctor ille bistoriam eam condidit Thuriis in Italia. Quo magis mirum est , quod eidem credimus , qui Padum amnem vidisset , neminem ad id tempus Asiae Graeciaeque , aut sibi cognitum. iEtbiopiae forma, ut diximus, nuper al- lata Neroni principi , raram arborem Meroen usque a Syene fine imperii , per dccc xcvi m passuum, nullam- que nisi palmarura generis esse docuit. Ideo fortassis in tributi auctoritate tertia res fuerit ebenus. Quando primum Romae visa ebenus. Qine gnera ejus. IX. Romae eam Magnus Pompeius in triumpho Mi- tbridatico ostendit. Accendi Fabianus negat : uritur ta- men odore jucundo. Duo gnera ejus : rarum id , quod melius , arboreum, trunco enodi, materie nigri splen- doris , ac vel sine arte protinus jucundi : alterum fru- ticosum cytisi modo , et tota India dispersum est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. *o 9 en tribut vingt grandes dents d'lphant. Le prix de l'ivoire tait donc dj bien lev vers l'an 3io de Rome; car c'est cette poque qu'il crivait son histoire Thu- rium , en Italie. N'est-il pas surprenant qu'on ajoute foi cet auteur , quand il dit que personne jusqu'alors , parmi les habitans de la Grce ou de l'Asie, du moins sa connaissance , n'avait vu les rives du P ? La carte d'Ethio- pie nouvellement apporte, comme nous l'avons dit plus haut, l'empereur Nron, nous a instruits que depuis Syne, qui borne notre empire, jusqu' Mro, c'est-- dire dans l'tendue de huit cent quatre-vingt-seize milles, la vgtation est rare , et qu'il n'existe presque pas d'autres arbres que ceux du genre des palmiers. C'est peut-tre pour cela que l'bne , parmi les tributs , te- nait le troisime rang. Quand Rome vit l'bne pour la premire fois. Diverses espces d'bne. IX. Le grand Pompe fit voir l'bne Rome dans son triomphe sur Mithridate. Fabianus dit que ce bois ne s'enflamme point; il se consume pourtant, en rpen- dant une odeur agrable. Il y a deux sortes d'b- niers : le meilleur et le plus rare est un arbre dont le tronc n'a point de nuds, et dont le bois n'a pas besoin du secours de l'art pour tre beau ; l'autre est un arbris- seau qui ressemble au cytise, et qui est commun dans toute l'tendue des Indes. 3io C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XII. Spina Indica. X. 5. Ibi et spina similis , sed deprehensa vel lucer- nis, igni protinus transiliente. Nunc eas exponam, quas mirata est Alexandri Magni victoria , orbe eo patefacto. Ficus Indica. . XL Ficus ibi exiiia poma habet. Ipsa se semper se- rens , vastis diffunditur ramis : quorum imi adeo in terram curvantur , ut annuo spatio infigantur , novam- que sibi propaginem faciant circa parentem in orbem, quodam opre topiario. Intra sepem eam aestivant pas- tores, opacam pariter et munitam vallo arboris, dcora specie subter intuenti, proculve, fornicato ambitu. Su- periores ejusdem rami in excelsum emicant , silvosa multitudine, vasto matris corpore, ut lx passus pleri- que orbe colligant, umbra vero bina stadia operiant. Foliorum latitudo peltae effigiem Amazonicae habet : hac causa fructum integens , crescere prohibet. Rarusque est , nec fabae magnitudinem excedens : sed per folia solibus coctus prdulci sapore , dignus miraculo arbo- ris : gignitur circa Acesinen maxime amnem. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3n pine indienne. X. 5. Il y a aussi dans les Indes une sorte d'pine qui lui ressemble , mais qui s'en distingue , parce que , expose mme la flamme d'une lampe, elle laisse aus- sitt passer la lumire. Nous allons maintenant parler des arbres qui firent l'admiration d'Alexandre-le-Grand lorsque ce monde lui fut ouvert par la victoire. Figuier indien. XI. Le figuier y porte des fruits trs-petits. Cet arbre, se multipliant toujours par lui-mme , tend de vastes branches, dont les plus basses se courbent vers la terre, au point qu'elles y prennent racine dans l'espace d'un an, et qu'elles forment une nouvelle plantation autour du tronc principal, comme si elles avaient t disposes par l'art du jardinier. Les bergers se retirent l't dans cette enceinte, ombrage la fois et fortifie par l'arbre mme , et qui , l'intrieur ou de loin , est agrable l'il , par les arcades de sa circonfrence. Les bran- ches suprieures se portent en haut , et leur multi- tude forme une fort au dessus de l'norme tige mater- nelle , de manire ce que l'ensemble s'arrondisse en un cercle de soixante pas , et dont l'ombre couvre deux stades. La largeur de la feuille reprsente un bouclier d'amazone ; et , en cachant le fruit , elle l'empche de crotre. Les figues sont peu nombreuses , et n'excdent pas la grosseur d'une fve ; mais , cuites par le soleil travers le feuillage, elles sont trs-douces, et dignes de 3 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 4 Arbor pala : pomum ariena. XII. 6. Major alia : porno et suavitate praecellentior, quo sapientes Indorum vivunt. Folium alas avium imi- tatur, longitudine trium cubitorum , latitudine duum. Fructum cortice mittit , admirabilem succi dulcedine , ut uno quaternos satiet. Arbori nomen palae , pomo arienae. Plurima est in Sydracis, expeditionum Alexan- dri termino. Est et alia similis huic , dulcior pomo , sed interaneorum valetudini infesta. Edixerat Alexander, ne quis agminis sui id pomum attingeret. Indicarum arborum forraae sine nominibus. Liniferae Indiae arbores. XIII. Gnera arborum Macedones narra vere , majore ex parte sine nominibus. Est et terebintho similis ce- tera , pomo amygdalis , minore tantum magnitudine , proecipuae suavitatis. In Bactris utique hanc aliqui tere- binthum esse proprii generis potius, quam similem ei, putaverunt. Sed unde vestes lineas faciunt , foliis moro similis, calycepomi, cynorrhodo. Serunt eam in campis, nec est gratior villarum prospectus. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i3 l'arbre merveilleux qui les produit. Ce figuier se trouve spcialement aux environs du fleuve Acsine. L'arbre pala : le fruit arina. XII. 6. Il y en a un autre plus grand, qui l'emporte par la grosseur et la douceur de son fruit, dont les sages de l'Inde se nourrissent. La feuille imite une aile d'oiseau. Elle a trois coudes de long et deux de large. Le fruit sort de l'corce , est d'un got exquis , et un seul suffit pour rassasier quatre personnes. Cet arbre se nomme pala , et son fruit arina. Il est en grand nom- bre dans la Sydracie , terme des expditions d'Alexandre. Il existe encore un autre arbre semblable celui-ci, dont le fruit est plus doux , mais cause la dysenterie. Alexandre avait expressment dfendu son arme d'y toucher. Description d'arbres indiens anonymes. Arbres indiens qui portent du lin. XIII. Les Macdoniens parlaient de plusieurs autres arbres , sans assigner de nom au plus grand nombre d'entre eux. Il en est un qui ressemble au trbinthe pour tout le reste, mais dont le fruit , moins gros qu'une amande , a une saveur exquise. Quelques-uns ont pens que cet arbre, qui se trouve dans la Bactriane, est plu- tt le trbinthe qu'un autre qui lui soit semblable. Celui d'o l'on tire les habits de lin ressemble au mrier par ses feuilles, et au cynorrhodon (glantier) par la cou- 3i4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XII. Piperis arbores. Gnera piperis : brechma. Zingiberi, sive zimpiberi. XIV. 7. Oliva Indise sterilis , praeterquam oleastri fructu. Passim vero quae piper gignunt, juniperis nostris similes : quamquam in fronte Caucasi solibus opposita gigni tantum eas aliqui tradidere. Semina a junipero distant parvulis siliquis, quales in faseolis videmus. H, priusquam dehiscant , decerpt , tostaeque sole , faciunt quod vocatur piper longum : paulatim vero dhiscentes maturitate, ostendunt candidum piper : quod deinde tostum solibus , colore rugisque mutatur. Verum et iis sua injuria est , alque cli intemprie carbunculantur , fiuntque Semina cassa et inania , quod vocant brechma , sic Indorum lingua significante abortum. Hoc ex omni gnre asperrimum est, levissimumque , et pallidum. Gratius nigrum : lenius utroque candidum. Non est hu- jus arboris radix, ut aliqui existimavere, quod vocant zimpiberi, alii vero zingiberi, quamquam sapore simile. Id enim in Arabia atque Troglodytica in villis nascitur, parv herbae , radice candida. Celeriter ea cariem sen- tit , quamvis in tanta amaritudine. Pretium ejus in li- bras, vi. Piper longum facillime adulteratur Alexan- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i5 ronne de son fruit. On le plante en pleine terre , et il donne un aspect des plus agrables aux campagnes. Poivriers. Des diverses espces de poivre. Brechma. Zingiberi et zimpiberi. XIV. 7. Les oliviers de l'Inde sont striles, except les oliviers sauvages. Les arbres qui portent le poivre y sont communs , et ressemblent nos genvriers : quel- ques-uns prtendent cependant qu'ils ne croissent que sur la partie du mont Caucase qui est le plus expose au soleil. Leurs graines diffrent du genivre par leurs petites gousses , semblables celles des fasoles. Si on cueille ces gousses avant qu'elles s'ouvrent , elles don- nent, sches au soleil , ce qu'on nomme poivre-long. Si , au contraire, elles s'ouvrent peu peu en mrissant, elles donnent le poivre blanc , qui , dessch ensuite au soleil , se ride et change de couleur. Elles prou- vent aussi des altrations ; elles sont brouies par les intempries de l'air, et leurs fruits deviennent alors creux et vides , ce que les Indiens nomment brechma , terme qui, dans leur langue, indique l'avortement. Le poivre est , dans ce cas , trs-acre , trs-lger et ple. Le poivre noir est d'un got plus agrable; le blanc est moins pi- quant que les deux autres. Ce n'est pas la racine du poi- vrier, comme quelques crivains l'ont pens, qui porte le nom de zimpiberi, ou, suivant d'autres, celui de zingiberi , quoique la saveur soit la mme, car le gin- gembre crot dans l'Arabie et dans le pays des Troglo- dytes. C'est une racine blanche qui appartient une 3i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. drino sinapi. Emitur in libras, x, xv. Album , x, vir ; nigrum, x, iv. Usum ejus adeo placuisse mirum est. In aliis quippe suavitas cepit , in aliis species invitavit : huic nec pomi nec baccae commendatio est aliqua : sola placere amaritudine , et hanc in Indos peti. Quis illa primus experiri cibis voluit? aut cui in appetenda avi- ditate esurire non fuit satis ? Utrumque silvestre genti- bus suis est , et tamen pondre emitur , ut aurum vel argentum. Piperis arborem jam et Italia habet majorem myrto , nec absimilem. Amaritudo grano eadem quae piperi musteo creditur esse. Deest tosta illa maturitas , ideoque et rugarum colorisque similitudo. Adulteratur juniperi t baccis mire vim trahentibus. In pondre qui- dem multis modis. Caryophyllon. Lycium, sive pyxacanthum chironiuin. XV. Est etiamnum in India piperis grani simile , quod vocatur garyophyllon, grandius fragiliusque. Tra- dunt in Indico luco id gigui. Advhitur odoris gratia. HISTOIRE NATURELLE, LIY. XII. 3i7 plante herbace. Malgr sa saveur , d'une grande cret , cette racine se moisit en peu de temps. Elle se vend six deniers la livre. Le poivre-long est trs-ais falsifier avec le sinapi d'Alexandrie. Ce poivre se vend quinze deniers la livre; le poivre blanc en cote sept, et le poivre noir seulement quatre. Il est , du reste , tonnant que l'usage du poivre ait tant d'attrait. 11 y a des choses qui se font dsirer par leur suavit, d'autres par leur beaut; le poivre n'a aucun titre cette faveur, comme fruit ni comme baie ; il ne plat que par son cret , et c'est elle qu'on va chercher jusqu'aux Indes. Qui le premier osa l'essayer dans ses alimens, ou qui, pour se procurer l'apptit, n'eut pas assez de la dite? Le poivre et le gingembre sont regards comme des productions sau- vages dans le pays o ils croissent, et pourtant on les vend au poids , de mme que l'or et l'argent. L'Italie a maintenant des poivriers qui sont un peu plus grands que le myrte, et lui ressemblent assez. On croit que leur fruit a l'cret du poivre des Indes nouvellement cueilli. Mais ne mrissant pas, comme lui, sous un soleil qui le torrfie , il n'a non plus ni les mmes rides , ni la mme couleur. On falsifie le poivre en y mlant des baies de genivre, qui en contractent trs-bien l'cret. On se sert de plusieurs artifices pour le rendre plus pesant. Caryophylle. Lycium ou pyxacanthe chironien. XV. H y a aussi dans l'Inde une graine aromatique semblable au poivre, mais plus grosse et plus fragile, que Ion nomme garyophy lion (girofle). On dit qu'elle 3i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. Fert et in spinis piperis similitudinem , praecipua ama- ritudine , foliis parvis densisque , cypri modo , ramis trium cubitorum, cortice pallido, radie lata, lignosaque, buxei coloris. Hac in aqua cum semine excepta in aereo vase medicamentum fit , quod vocatur lycion. Ea spina et in Pelio monte nascitur , adulteratque medicamen- tum. Item asphodeli radix, aut fel bubulum, aut absin- thium , vel rhus , vel amurca. Lycion aptissimum me- dicinae, quod est spumosum. Indi in utribus camelorum aut rhinocerotum id mittunt. Spinam ipsam in Graecia quidam pyxacanthum Chironkim vocant. Macir. XVI. 8. Et macir ex India advehitur, cortex rubens radicis magnae , nomine arboris suae : qualis sit ea , in- compertum habeo. Corticis melle decocti usus in medi- cina ad dysentericos praecipuus habetur. Saccharon. XVII. Saccharon et Arabia fert, sed laudatius India: est autem mel in arundinibus collectum , gummium HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3 19 crot dans une fort sacre de l'Inde. On ne l'apporte qu' cause de son parfum. L'Inde produit encore un arbre pineux qui porte un fruit semblable au poivre , et d'une grande cret. Ses feuilles sont petites et ramasses, comme celles du cypre; ses branches ont trois coudes de longueur; son corce est ple; sa racine est aplatie, ligneuse, et de la couleur du buis. De cette racine in- fuse dans l'eau avec la graine, dans un vase de cuivre, on fait un mdicament appel lycion. La mme pine crot sur le mont Plion , et sert falsifier ce remde. On emploie galement c^t effet la racine d'asphodle , le fiel de buf, l'absinthe, le rhus (sumac) et le marc d'huile. Le lycion le plus convenable la mdecine est cumeux. Les Indiens l'envoient dans des outres de peaux de chameaux ou de rhinocros. Quelques personnes donnent , en Grce , le nom de pyxacanthe chironien l'pine elle-mme. Macir. XVI. 8. Le macir s'apporte aussi des Indes : c'est l'corce rouge d'une grande racine qui porte le mme nom que son arbre. Mais quel est cet arbre ? c'est ce que je n'ai pu dcouvrir. Cette racine , bouillie avec du miel , est principalement employe contre la dysenterie. Sucre. XVII. L'Arabie produit du sucre, mais celui des Indes est prfr. C'est une espce de miel qui s'amasse 3ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. modo candidum dentibus fragile , amplissimum nucis avellanae magnitudine , ad medicinae tantum usum. Arbores Arianae gentis. Item Gedrosiae : item Hyrcania?. XVIII. Contermina Indis gens Ariana appellatur, cu- jus spina lacrymarum pretiosa , myrrhae similis, accessu propter aculeos anxio. Ibi et frutex pestilens raphani , folio lauri , odore equos invitante , qui paene equitatu orbavit Alexandrum primo introitu : quod et in Gedro- sis accidit. Item laurino folio et ibi spina tradita est , cujus liquor aspersus oculis , caecitatem infert omnibus animalibus. Necnon et herba praecipui odoris referta minutis serpentibus , quarum ietu protinus moriendum esset. Onesicritus tradit in Hyrcaniae convallibus ficis similes esse arbores , quae vocentur occhi , ex quibus defluat mel horis matutinis duabus. Item Bactriae. Bdellium, sive brochon, sive malacham, sive mal- dacon. Scordacti. In omnibus odoribus aut condimentis di- cuntur adulterationes , exprimenta, pretia. XIX. 9. Vicina et Bactriana , in qua bdellium nomi- natissimum. Arbor nigra est , magnitudine oleae , folio HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a i sur des roseaux. Il est blanc comme de la gomme, et se casse sous la dent. Les plus gros morceaux sont de la grosseur d'une aveline. La mdecine seule en fait usage. Arbres de l'Ariane , de la Gdrose , de l'Hyrcanie. XVIII. Dans l'Ariane, province limitrophe des Indes, on trouve un arbre pineux , et par cela mme d'un abord difficile, d'o dcoule une liqueur prcieuse, sem- blable la myrrhe. H y a dans la mme contre un ar- brisseau vnneux dont la racine ressemble au raifort, et la feuille celle du laurier, donf l'odeur attire les che- vaux, ce qui fut cause que , ds son entre en cette pro- vince , Alexandre perdit presque toute sa cavalerie ; accident qui se renouvela dans la Gdrosie. 11 se trouve aussi dans l'Ariane une autre plante pineuse qui a la feuille du laurier, et dont le suc, rpandu sur les yeux, fait perdre la vue tous les animaux. On y rencontre aussi une herbe d'une odeur singulire, couverte de pe- tits serpens, dont la morsure fait mourir sur-le-champ. Onsicrite dit que , dans les valles d'Hyrcanie , on trouve des espces de figuiers nomms occhi , dont il dcoule du miel , tous les matins , pendant deux heures. Arbres de la Bactriane. Bdellium ou brochon, autrement malacham ou maldacon. Scordactes. Falsifications qu'on fait subir aux aromates et aux pices ; vrification des denres ; leur prix. XIX. 9. Non loin de l, dans la Bactriane, se trouve le bdellion trs-renomm. L'arbre qui le produit est noir, vin. 21 3*2 C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XII. roboris, fructu caprifici naluraque. Gummi alii brochon appellant , alii malacham , alii maldacon. Nigrum vero et in offas convolutum , adrobolon. Esse autem dbet translucidum , simile cer, odoratum, et quum fricatur, pingue, gustu amarum citra acorem. In sacris vino per- fusum , odoratius. Nascitur et in Arabia , Indiaque , et Media, ac Babylone. Aliqui peraticum vocant ex Media advectum. Fragilius hoc et crustosius,amariusque: at In- dicum humidius et gumminosum. Adulteratur amygdala nuce. Cetera ejus gnera cortice et scordasti. Ita voca- tur arbor mulo gummi. Sed deprehenduntur (quod semel dixisse et in ceteros odores satis sit ) odore , co- lore , pondre , gustu , ign. Bactriano nitor siccus , mul tique candidi ungues. Praeterea suum pondus, quod gravius esse aut levius non debeat. Pretium sincero in libras x terni. Persidis arbores. XX. Gentes supra dictas Persis attingit, Rubro mari ( quod ibi Persicum vocavimus ) longe in terra aestus agente , mira arborum natura. Namque erosae sale , in- vectis derelictisque similes , sicco litore radicibus nudis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a3 de la grandeur d'un olivier, feuilles de chne ; mais, par sa nature et par son fruit , il tient du figuier sau- vage. Sa gomme est appele par les uns brochon , par les autres malacha , et quelquefois maldacon. Le bdel- lion noir, rassembl en masses, est l'adrobolon. Au reste , cette gomme doit tre translucide , couleur de cire et odorante , surtout quand on la frotte ; grasse , arrire au got , mais sans aigreur. Employe dans les sacrifices, on l'arrose de vin, ce qui augmente son par- fum. Elle nat aussi dans l'Arabie, dans l'Inde, dans la Mdie et Babylone. Quelques-uns appellent pra tique le bdellion qu'on apporte de Mdie. Il est plus fragile , plus cailleux et plus amer que les autres; celui des Indes est plus humide et gommeux. On le falsifie avec des aman- des , et les autres espces avec l'corce du scordaste , arbre dont la gomme ressemble au bdellion ; mais la falsification , de mme que celle des autres parfums , ce que nous dirons une fois pour toutes , se dcouvre par l'odeur, la couleur, le poids, le got et le feu. Le bdellion de la Bactriane est sec , luisant , et parsem de taches blanches comme celles de l'ongle. Il se reconnat en outre un certain poids dont il ne s'carte jamais en plus ou en moins. Il cote trois deniers la livre. Arbres de Perse. XX. La Perse avoisine les rgions dont nous venons de parler ; et la mer Rouge , que nous avons dsigne plus haut sous le nom de golfe Persique , poussant ses mares au loin sur les terres, y dtermine des propri- 21. 3a/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. polyporum modo amplexae striles arenas spectantur. Eaedem mari adveniente fluctibus pulsatae, resistunt im- mobiles. Quin et pleno aestu operiuntur totae : apparet- que rerum argumentis asperitate aquarum illas ali. Ma- gnitudo miranda est , species similis unedoni , pomum amygdalis extra , intus contortis nueleis. Persici maris insularum arbores. Gossympinum arbor. XXI. io. Tylos insula in eodem sinu est, repleta silvis, qua spectat Orientem, quaque et ipsa stu maris perfunditur. Magnitudo singulis arboribus fici, flos sua- vitate inenarrabili , pomum lupino simile , propter as- peritatem intactum omnibus animalibus. Ejusdem in- sula? excelsiore suggestu lanigerae arbores alio modo , quam Srum. His folia infecunda : quae , ni minora es- sent, vitium poterant videri. Ferunt cotonei mali am- plitudine cucurbitas , quae maturitate ruptas ostendunt lanuginis pilas, ex quibus vestes pretioso linteo faciunt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a5 ts singulires dans les vgtaux ; car on voit des arbres, rongs par le sel , qui paraissent avoir t apports et dlaisss sur le rivage, et qui , lorsque la plage est sec, embrassent de leurs racines nues, la manire des polypes, les sables striles. Lorsque la mare revient, ils rsistent , immobiles , au choc des vagues. Ils sont quelquefois entirement couverts par les eaux , et la chose elle-mme prouve que l'amertume de ces eaux les nourrit. Ils sont d'une grandeur surprenante, ils res- semblent des arbousiers; leur fruit est, au dehors, comme celui de l'amandier ; mais , l'intrieur , leur noyau est contourn. Arbres des iles de la mer Persique. Le gossympin. XXI. 10. L'le de Tylos , situe dans le mme golfe , est remplie de forts du ct de l'orient , partie qui est couverte des eaux de la mer dans le temps du flux. Les arbres qu'on y voit sont de la grandeur du figuier. Leurs fleurs ont une odeur ravissante ; leur fruit est semblable au lupin ; mais il est si pre , qu'au- cun animal n'en veut manger. Dans la partie la plus leve de l'le, on trouve des arbres qui produisent du duvet diffrent de celui des Sres. Leurs feuilles ne pro- duisent rien , et l'on pourrait les confondre avec celles de la vigne , si elles n'taient plus petites. Ces arbres produisent des courges de la grosseur d'un coing , qui se rompent en mrissant, et donnent des pelottes lai- neuses dont on fabrique des toiles prcieuses pour faire des vtemens. 326 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 1 1. Arbores vocant gossympinos: fertiliore etiam Tylo minore, quae distat x m pass. Chynas arbor. Ex quibus arboribus lina in Oriente fiant. XXII. Juba circa fruticem lanugines esse tradit , lin- teaque ea Indicis prstantiora. Arabiae autem arbores , ex quibus vestes faciant , cynas vocari , folio palmae si- mili. Sic Indos suae arbores vestiunt. In Tylis autem et alia arbor floret albae violae specie , sed magnitudine quadruplici , sine odore , quod miremur in eo tractu. Quo in loco arborum nulla folia dcidant. XXIII. Est et alia similis , foliosior tamen , roseique floris : quem noctu comprimens , aperire incipit solis exortu , meridie expandit. Incolae dormire eum dieunt. Fert eadem insula et palmas, oleasque, ac vites, et cum reliquo pomorum gnre ficos. Nulli arborum folia ibi decidunt. Rigaturque gelidis fontibus , et imbres ac- cipit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 327 1 1. On nomme ces arbres gossympins. La petite le de Tylos , loigne de dix mille pas de celle du mme nom dont nous avons parl , est encore plus fertile en cette sorte de production. Le chynas. De quels arbres on fait des tissus en Orient. XXII. Juba rapporte que sur un certain arbrisseau se trouve un duvet dont on fait des toiles plus belles que celles des Indes. Il ajoute que les arbres d'Arabie qui fournissent des vtemens se nomment cynes , et qu'ils ont la feuille comme les palmiers. Les Indiens tirent pareillement de leurs arbres de quoi se vtir. On trouve dans les les de Tylos un autre arbre semblable au violier, mais quatre fois plus grand, et sans odeur, ce qui est surprenant dans ce climat. Lieux o les arbres ne perdent point leur feuillage. XXIII. On y trouve galement un autre arbre sem- blable au prcdent , mais plus charg de feuilles. Sa fleur a l'apparence' d'une rose : elle se ferme la nuit, commence s'ouvrir au lever du soleil , et s'panouit midi ; ce qui fait dire aux insulaires que cette fleur a la facult de dormir. Celte le produit aussi des palmiers, des oliviers, des vignes, des figuiers, et gnralement toute sorte de fruits. Aucun arbre n'y perd ses feuilles. Le pays est arros par des fontaines dont l'eau est trs- froide , et par des pluies assez frquentes. 3a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. Quibus modis constent arborum fructas. XXIV. Vicina his Arabia flagilat quamdam generum distinctionem , quoniam fructus iis constat radice , fru- tice , cortice , succo , lacryma , ligno , surculo , flore , folio , porno. De costo. XXV. 11. Radix et folium Indis est maximo pretio. Radix costi gustu fervens , odore eximio , frutice alias inutili. Primo statim introitu amnis Indi in Patale in- sula , duo sunt ejus gnera : nigrum , et quod melius , candicans. Pretium in libras x. vi. De nardo. Differentiae ejus xu. XXVI. De folio nardi plura dici par est , ut princi- pali in unguentis. Frutex est gravi et crassa radice, sed brevi ac nigra , fragilique , quamvis pingui , situm re- dolente, ut cyperi, aspero sapore, folio parvo densoque. Cacumina in aristas se spargunt : ideo gemina dote nardi spicas ac folia clbrant. Alterum ejus genus apud Gangem nascens , damnatur in totum , ozaenitidis no- mine, virus redolens. Adulteratur et pseudonardo herba, quae ubique nascitur crassiore atque latiore folio , et HISTOIRE NATURELLE, L1V. XII. 3o Des produits utiles des arbres. XXIV. Non loin se trouve l'Arabie , qui rclame quelque intrt pour ses productions, consistant en di- verses espces de racines , de branches , d'corces , de sucs , de gommes, de bois, de rejetons, de fleurs et de fruits. Du costus. XXV. 12. La racine du costus et les feuilles du nard sont fort estimes dans les Indes. Cette racine a une saveur brlante et une excellente odeur ; le reste de la plante est inutile. A l'embouchure du fleuve Indus, dans l'le de Patale, il y a deux sortes de costus , le noir et le blanc : ce dernier est le meilleur. Son prix est de six deniers la livre. Du nard : douze varits de cette plante. XXVI. Quant aux feuilles du nard, il convient d'en traiter un peu au long , parce qu'elles sont la base des parfums. Le nard est un arbrisseau dont la racine, paisse, pesante, courte et noire, aise rompre, bien qu'elle soit grasse, joint une saveur pre, une odeur aussi dsagrable que celle du cyperus. Ses feuilles sont petites et touffues. Son sommet se termine en barbe , et cette partie est aussi estime que les feuilles. Il y a une autre sorte de nard qui n'est d'aucun usage, et qui crot auprs du Gange , on le nomme oznitide , 33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. colore languido in candidum vergente. Item sua radie permixta ponderis causa, et gummi, spumaque argenti, aut stibio , ac cypero , cyperive cortice. Sincerum qui- dem levitate deprebenditur, et colore rufo , odorisque suavitate, et gustu maxime siccante os, sapore jucundo. Pretium spicse in libras x. c. Folii divisere annonam : ab amplitudinehadrosphaerum vocatur majoribus foliis, x. l. Quod minore folio est, mesosphaerum appellatur : emi- tur x. lx. Laudatissimum microspliserum e minimis fo- lium: pretium ejus x. lxxv. Odoris gratia omnibus ma- jor recentibus. Nardo color qui inveteraverit , nigriori melior. In nostro orbe proxime laudatur Syriacum , mox Gallicum, tertio loco Creticum , quod aliqui agrium vo- cant, alii phu, folio olusatri, caule cubitali , geniculato, in purpura albicante, radice obliqua villosaque, et imi- tante avium pedes. Baccharis vocatur nardum rusticum, de quo dicemus inter flores. Sunt autem ea omnia herb prter Indicum. Ex iis Gallicum et cum radice velli- tur, abluiturque vino. Siccatur in umbra , alligatur fa- sciculis in charta , non multum ab Indico differens , Syriaco tamen levius. Pretium x. m. In his probatio una, ne sint fragilia , et arida potius, quam sicca folia. CumGallico nardo semper nascitur herba, quae hirculus vocatur, a gravitate odoris et similitudine, qua maxime adulteratur. Distat , quod sine cauliculo est , et quod HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 1 cause de sa mauvaise odeur. Le nard se falsifie avec une herbe trs-commune, nomme faux-nard, dont la feuille est plus large et plus paisse, et dont la couleur peu pro- nonce tire sur le blanc. Pour rendre le nard plus pesant , on y mle de sa racine, de la gomme , de la litharge, de l'antimoine , du cyperus , ou de l'corce de cyperus. On reconnat le nard pur sa lgret , sa couleur rousse , sa bonne odeur et sa saveur agrable, la proprit qu'il a de desscher la bouche. Les pis se vendent cent deniers la livre. Les feuilles font varier le prix de cette denre : l'adrosphaeron , ou nard grandes feuilles , se vend cinquante deniers la livre ; le mso- sphron, c'est--dire moyennes feuilles, cote soixante deniers; enfin le plus renomm, le microsphaeron , ou petites feuilles , vaut soixante-quinze deniers. L'odeur du nard , quelle qu'en soit l'espce , est plus agrable quand il est nouveau; s'il a vieilli, le plus noir est pr- frable. Parmi ceux qui croissent dans notre empire , le plus renomm est celui de Syrie ; vient ensuite celui des Gaules, puis celui de Crte, que quelques-uns ap- pellent nard sauvage ? et d'autres phu. Cette troisime espce a la feuille comme celle de l'olusatrum , la tige haute d'une coude , garnie de nuds , et de couleur pourpre ple. Sa racine est tortue , couverte de poil , et ressemble au pied d'un oiseau. On appelle baccharis le nard des champs ; nous en parlerons en traitant des fleurs. Tous ces diffrens nards sont des herbes, l'exception de celui des Indes. Le nard des Gaules s'ar- rache avec sa racine ; on le lave ensuite dans du vin. Aprs l'avoir fait scher l'ombre, on le met en petites 33a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. minoribus foliis , quodque radicis neque amarae , neque odorat. Asaron. XXVII. 1 3. Nardi vim habet et asarum : quod et ip- sum aliqui silvestre nardum appellant. Est autem ederae foliis , rotundioribus tantum mollioribusque, flore pur- pureo , radie Gallici nardi : semen acinosum , saporis calidi ac vinosi. Montibus in umbrosis bis anno floret. Optimum in Ponto , proximum in Phrygia , tertium in Illyrico. Foditur quum folia mittere incipit , et in sole siccatur, celeriter situm trahens, ac senescens. Inventa nuper et in Thracia herba est , cujus folia nihil ab In- dico nardo distant. Amomum : amomis. XXVIII. Amomi uva in usu est, Indica vite labrusca: HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 333 bottes dans du papier. Il diffre peu de celui des Indes ; mais il est plus lger que celui de Syrie, et se vend trois deniers la livre. Le seul moyen de les connatre , c'est qu'elles ne soient pas fragiles et dessches , mais seulement sches. On trouve toujours auprs du nard des Gaules une herbe qui lui ressemble , et que son odeur forte et analogue celle du bouc a fait surnom- mer hircule : on s'en sert pour le falsifier. Elle en diffre en ce qu'elle n'a point de tige , que ses feuilles sont plus petites , et que sa racine n'est ni amre ni odorante. Asaron. XXVII. i3. L'asarum a les mmes proprits que le nard ; aussi quelques-uns l'appellent-ils nard sauvage. Ses feuilles ressemblent celles du lierre , mais elles sont plus rondes et plus flexibles. Sa fleur est pourpre , sa racine est semblable celle du nard gaulois , et sa graine, remplie de suc, a une saveur chaude et vineuse. Il crot sur les montagnes ombrages, et fleurit deux fois l'an. La premire qualit se recueille dans le Pont , la seconde dans la Phrygie , et la troisime en lllyrie. On l'arrache quand ses feuilles commencent paratre , on le sche au soleil, autrement il se gte bientt et con- tracte une mauvaise odeur. On a trouv depuis peu dans la Thrace une herbe dont les feuilles sont tout--fait semblables celles du nard des Indes. L'amome ; l'amomide. XXVIII. La grappe d'amomum est d'un frquent 334 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. ut alii existimavere, frutice myrtuoso, palmi altitudine: carpiturque cum radice , manipulatim leniter componi- tur, protinus fragile. Laudatur quam maxime Punici mali foliis simile , nec rugosis , colore rufo. Secunda bonitas pallido. Herbaceum pejus, pessimumque candi- dum , quod et vetustate evenit. Pretium uv in libras x. lx; friato vero amomo x. xlviii. Nascitur et in Arme- niae parte, quae vocatur Otene, et in Media, et in Ponto. Adulteratur foliis Punicis, et gummi liquido , ut cohae- reat convolvatque se in uv modum. Est et quae voca- tur amomis , minus venosa atque durior , ac minus odorata : quo apparet , aut aliud esse, aut colligi imma- turum. Cardamomum. XXIX. Simile his et nomine et frutice cardamomum, semine oblongo. Metitur eodem modo et in Arabia. Quatuor ejus gnera : viridissimum ac pingue , acutis angulis , contumax frianti , quod maxime laudatur : proximum e rufo candicans : tertium brevius atque ni- grius. Pejus tamen varium et facile tritu , odorisque HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 335 usage : c'est le fruit d'une vigne sauvage des Indes, ou, comme d'autres le prtendent , le produit d'un arbris- seau qui ressemble au myrte , et n'a qu'un palme de hauteur. On l'enlve avec sa racine , et on l'assemble en faisceau avec prcaution , car il se brise aisment. Celui dont on fait le plus de cas a les feuilles, comme le pommier punique (grenadier?), rousses et sans rides. On accorde le second rang celui qui est ple ; celui qui ressemble de l'herbe est encore infrieur ; enfin , le blanc est le pire de tous , et cette couleur lui vient en vieillissant. En grappe , il vaut soixante deniers la livre ; mais quand il est gren il ne se vend que quarante-huit. Cet arbrisseau crot dans la partie de l'Armnie qu'on nomme Otne, dans la Mdie et dans le Pont. On le falsifie avec des feuilles de grenadier , qu'on y adapte l'aide de la gomme liquide, en les rou- lant en forme de grappe. Il y a un autre aromate appel amomide, mais moins veineux, plus dur et moins odo- rant; ce qui montre que c'est une espce diffrente, ou que c'est l'amome cueilli avant sa maturit. Le cardamome. XXIX. Le cardamome leur ressemble tous deux par son nom et par sa figure : sa graine est oblongue. On le recueille de la mme manire en Arabie. Il y en a de quatre sortes. En premire ligne on distin- gue celui qui , gras et d'une couleur verte trs-pronon- ce, a les angles aigus, et est difficile briser. Le se- cond est d'un blanc roux ; le troisime est plus petit et 336 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. parvi : qui verus, costo vicinus esse dbet. Hoc et apud Medos nascitur. Pretium optimi in libras x. duodecim. De thurifera regione. XXX. Cinnamomo proxima gentilitas erat, ni prius Arabiae divitias indicari conveniret , causasque , quae cognomen illi felicis ac beatae dedere. Principalia ergo in illa thus , et myrrha : haec et cum Troglodytis com- munis. i4- Thura, praeter Arabiam , nullis , ac ne Arabiae quidem universae. In medio ejus fere sunt Atramitae , pagus Saborum , capite regni Sabota, in monte excelso, a quo octo mansionibus distat regio eorum thurifera , Saba appellata. (Hoc significare Graeci mysterium di- cunt. ) Spectat ortus solis aestivi , undique rupibus in- via, et a dextra mari scopulis inaccesso. Id solum e rubro lacteum traditur. Silvarum longitudo est, schni xx latitudo dimidium ejus. Schnus patet Eratosthenis ratione , stadia xl hoc est , passuum quinque millibus : aliqui xxxn stadia singulis schnis dedere. Attolluntur colles alti , decurruntque et in plana arbores sponte nata?. Terram argillosam esse convenit , raris fonlibus HISTOIRE NATURELLE , LIV. XII. 33 7 plus brun ; le quatrime enfin , et le pire , a des cou- leurs diverses, peu d'odeur et beaucoup de friabilit. Le bon cardamome doit avoir une odeur approchant de celle du costus. On le trouve aussi dans la Mjdie. Le meilleur se vend douze deniers la livre. Du pays de l'encens. XXX. L'affinit de nom nous engagerait parler ds prsent du cinnamome , si nous ne trouvions plus convenable de traiter auparavant des richesses, de l'Arabie, et des causes qui l'ont fait surnommer fertile et heureuse. Ses principales productions sont l'encens et la myrrhe : cette dernire se trouve aussi dans le pays des Troglodytes. i4- L'encens appartient exclusivement l'Arabie, encore ne le trouve-t-on pas dans toute cette contre. Vers le milieu du pays sont les Atramites, qui habitent un canton des Sabens, et dont la capitale est Sabota. Cette ville est btie sur une haute montagne , huit journes de la province o crot l'encens , lieu qu'on nomme Saba ; ce qui, chez les Grecs, signifie mystre. Ce canton, situ au levant d't , est environn de ro- chers inaccessibles, et droite la mer, par ses cueils, le rend inabordable. On dit que ce terroir est d'un rouge laiteux. Les forts qui produisent l'encens ont vingt schnes de longueur et moiti de largeur. Le schne, au rapport d'ratosthne , contient quarante stades, 'est--dire cinq mille pas ; d'autres ne lui ont donn que trente-deux stades. De hautes collines s'y lvent. VI 11. 22 338 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. ac nitrosis. Attingunt et Mini , pagus alius , per quos evehitur uno tramite a^igusto. Hi primi commercium thuris fecere, maximeque exercent : a quibus et Minum dictum est. Nec prterea Arabum alii thuris arborem vident , ae ne horum quidem omnes. Feruntque mmm non amplius esse familiarun) , qu jus per successiones id sibi vindicent. Sacros vocari ob id , nec ullo congressu feminarum, funerumque,quum incidant eas arbores aut metant, pollui : atque ita religione merces augeri. Qui- dam promiscuum jus iis populis esse tradunt in silvis : alii per vices annorum dividi. Quse arbores thus ferant. XXXI. Nec arboris ipsius quse sit facis , constat. Res in Arabia gessimus , et romana arma in magnam partem ejus penetravere : Caius etiam Caesar, Augusli filius, inde gloriam petiit, nec tamen ab ullo (quod equi- dem sciam) Latino arborum earum tradita facis. Gr- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 9 Les arbres, ns spontanment, se prolongent dans la plaine. On convient gnralement que cette terre est argileuse , et que les fontaines , qui s'y trouvent en petit nombre , sont nitreuses. A peu de distance est le pays des Minens , autre canton travers lequel on apporte l'encens par un seul chemin fort troit. Ce peuple fut le premier qui en fit commerce , et mainte- nant encore il s'en occupe presque exclusivement , ce qui fait que l'encens a t appel minen. Il n'est pas permis aux. autres Arabes de voir l'arbre de l'encens , et les Sabens eux-mmes n'ont pas tous cette faveur. On prtend qu'il n'y a que trois mille familles qui , par droit de succession , s'arrogent ce privilge. On dit , pour cette raison , qu'ils sont sacrs ; et quand ils sont sur le point de tailler leurs arbres ou d'en faire la r- colte, ils se gardent bien de se souiller par le commerce des femmes ou en assistant aux funrailles , attendant de cette observation religieuse l'augmentation de leurs richesses. Quelques-uns disent que tous ceux de cette nation ont toujours un gal droit sur ces forts; d'autres assurent qu'ils en jouissent annuellement, chacun leur tour. Arbres qui portent l'encens. XXXI. On ne s'accorde point sur la forme de l'arbre. Nous avons combattu en Arabie , et les armes ro- maines ont pntr dans une grande partie de ce pays : Caus Csar, fils d'Auguste, s'y est mme acquis de la gloire , et cependant nul auteur latin , du moins ma connaissance , ne nous a donn la description de cet 22. 34o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. corum exempla variant. Alii folio piri, minore dumtaxat, et herbidi coloris prodidere. Alii lentisco similem sub- rutilo. Quidam terebinthum esse, et hoc visum Antigono rgi allato frutice. Jubarex iis voluminibus, quae scripsit ad C. Caesarem, Augusti filium, ardentem fama Arabiae, tradit contorti esse caudicis, ramis aceris maxime Pon- tici , succum amygdala modo emittere : talesque in Car- mania apparere, et in iEgypto satas studio Ptolemseo- rum regnantium. Cortice lauri esse constat : quidam et folium simile dixere. Talis certefuit arbor Sardibus. INam et Asiae reges serendi curam habuerunt. Qui mea aetate legati ex Arabia venerunt , omnia incertiora fecerunt , quod jure miremur, virgis etiam thuris ad nos commean- tibus : quibus credi potest, matrem quoque terete et enodi fruticare trunco. Quae natura thuris , et quse gnera. XXXII. Meti semel anno solebat, minore occasione vendendi. Jam quaBstus alteram vindemiam afFert. Prior atque naturalis vindemia circa Canis ortum flagrantis- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,l arbre. Quant aux rcits des Grecs , ils varient : les uns disent que ses feuilles ressemblent au poirier, quoique un peu plus petites , et de couleur herbace ; les autres , qu'il est semblable au lentisque, et d'un roux tant soit peu ardent; d'autres enfin, que c'est une sorte de trbinthe, et que le roi Antigone fut de cet avis quand on lui en apporta un arbrisseau. Dans les ouvrages que le roi Juba composa pour satisfaire l'ardeur que la clbrit de l'Ara- bie avait inspire Caus Csar, fils d'Auguste , ce mo- narque rapporte que l'arbre de l'encens a le tronc tor- tueux , que ses branches ressemblent celles de l'rable du Pont , qu'il jette une gomme semblable celle de l'a- mandier ; qu'on voit enfin de tels arbres dans la Carma- nie, ainsi qu'en Egypte, o ils ont t plants par les soins des rois Ptolmes. Il est certain qu'il ressemble au laurier par son corce, quelques-uns disent aussi par sa feuille : du moins , tels taient les arbres qu'on voyait Sardes ; car les rois d'Asie ne ngligrent pas non plus d'en faire planter. Les ambassadeurs qui, de mon temps, sont venus d'Arabie n'ont fait que rendre, sur ce sujet, nos connaissances plus obscures encore. Cette incertitude est surprenante, car on nous apporte mme des branches d'encens , par lesquelles on peut juger que le tronc de l'arbre est uni et sans aucun nud. Nature de l'encens ; ses espces. XXXII. La vente en tant autrefois moins suivie, on ne faisait qu'une rcolte par an ; aujourd'hui l'appt du gain en fait faire deux. La premire et la plus naturelle 3e 3/|2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. simo aestu , incidentibus qua maxime videatur esse prae.- gnans , tenuissimusque tendi cortex. Laxatur hic plaga , non adimitur. Inde prosilit spuma pinguis. Haec concreta densatur , ubi loci natura poscat , tegete palmea exci- piente, aliubi area circumpavita. Purius illo modo, sed hoc ponderosius. Quod in arbore haesit , ferro depec- titur, ideo corticosum. Silva divisa certis portionibus mutua innocentia tuta est : neque ullus saucias arbores custodit : nemo furatur alteri. At hercules Alexandriae, ubi tjiura interpolantur , nulla satis custodit diligentia ofcinas. Subligaria signantur opifici : persona adjicitur capiti , densusve reticulus : nudi emittuntur. Tanto mi- nus fidei apud nos pna, quam apud illos silvse habent. Autumno legitur ab aestivo partu. Hoc, purissimum, can- didum. Secunda vindemia est vere, ad eam hieme cor- ticibus incisis. Rufumhocexit, nec comparandum priori. Illud carpheotum , hoc dathiatum vocant. Creditur et novellae arboris candidius , sed veteris odoratius. Qui- dam et in insulis melius putant gigni. Juba in insulis negat nasci. Quod ex eo rotunditate gutjt pependit , masculum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3*3 ces rcoltes se fait , au lever de la Canicule , dans les plus violentes chaleurs, par une incision la partie qui parat la mieux nourrie , la plus mince et la plus tendue de l'- corce. On dilate la plaie en l'ouvrant, mais sans rien enle- ver. Il s'en chappe une cume onctueuse qui s'paissit et se coagule , reue sur une natte de palmier , si la nature du lieu le permet, ou sur une aire battue autour de l'arbre. L'encens qui tombe sur les nattes est plus pur, l'autre est plus pesant. Ce qui reste adhrent l'arbre se racle avec le fer : aussi est -il rempli d'corce. La fort , divise en un certain nombre de parties , est en sret sous la bonne foi rciproque. Personne ne garde les arbres inciss, le vol tant sans exemple. Mais dans la ville d'Alexandrie , o on falsifie l'en- cens , la plus active surveillance peut peine garan- tir les laboratoires. On appose un cachet sur le cale- on de l'ouvrier; on lui couvre le visage d'un masque ou d'un rseau trs-pais ; on le fait sortir nu : tant il est vrai que la rigueur des lois donne moins de sret dans nos villes que la seule bonne foi dans ces forts. On ramasse en automne les productions de l't. Celui-ci, trs-pur, est blanc. La seconde rcolte a lieu au prin- temps , par suite des incisions faites en hiver. Cet encens est roux , et n'est pas comparable l'autre. On l'appelle dathiate, et le premier se nomme carphote. On prtend que l'encens d'un jeune arbre est plus blanc, mais que celui d'un vieil arbre a plus d'odeur. Quelques-uns disent que l'encens des les est le meilleur ; Juba prtend que les les n'en fournissent point. L'encens qui reste suspendu sous la forme arrondie 3/, 4 C PLINII IIIST. NAT. LIB. XII. vocamus, quum alias non fere mas vocetur, nbi non sit femina. Religioni tributum, ne sexus alter usurparetur. Masculum aliqui putant a specie testium dictum. Prae- cipua autem gratia est mammoso, quum haerente lacryma priore consecuta alia miseuit se. Singula haec manum implere solita invenio, quum minore diripiendi aviditate lentius nasci liceret. Grci stagoniam et atomum tali modo appellant : minorem autem orobiam. Micas cou- cussu elisas mannam vocamus. Etiamnum tamen inve- niuntur gutt, qu tertiam partem minae, hoc est xxvm denariorum pondus aequent. Alexandro magno in pue- ritia sine parsimonia thura ingerenti aris , paedagogus Leonides dixerat, ut illo modo, quum devicisset thuri- feras gentes, supplicaret. At ille Arabia potitus , thure onustam navem misit ci , exliortatus ut large deos ado- raret. Thus colectum Sabota camelis convehitur, porta ad id una patente. Degredi via capitale leges fecere. Ibi d- cimas deo, quem vocant Sabin, mensura, non pondre sacerdotes capiunt. Nec ante mercari licet: inde impensa? HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,f> de gouttes est appel maie , quoique ordinairement ee nom ne s'emploie pas lorsqu'il n'existe point de femelle. C'est par un principe religieux qu'on lui a donn ce nom , pour qu'il ne ft pas dsign par l'autre sexe. Quelques-uns pensent que c'est sa ressemblance avec un testicule que cet encens doit cette dnomination. On estime surtout celui qui a la forme de mamelle, ce qui arrive quand une premire larme, arrte pendant qu'elle coule, est suivie d'une autre qui se mle avec elle. Chaque grain tait , dit-on , capable de remplir la main , lors- qu'on tait moins avide de cueillir l'encens , et qu'on le laissait crotre plus lentement. Les Grecs nomment ces boules stagonies et atomes; ils appellent orobie l'encens dont les globules sont menus. Nous appelons manne les parcelles qui se dtachent par le frottement. Au reste , on trouve encore aujourd'hui des gouttes d'en- cens qui psent le tiers d'une mine, c'est--dire vingt -huit deniers. Un jour qu'Alexandre -le -Grand, jeune encore , prodiguait l'encens dans un sacrifice , Lonide , son gouverneur, lui dit d'attendre, pour en user de la sorte , qu'il et subjugu les pays qui pro- duisent ce parfum. Devenu matre de l'Arabie, ce con- qurant envoya Lonide un vaisseau charg d'encens , en l'exhortant ne plus l'pargner sur les autels des dieux. La rcolte entire se transporte Sabota sur des chameaux. Une seule porte est ouverte pour cet usage. S'carter de la route est un crime capital aux yeux de la loi. Les prtres y prlvent, pour le dieu qu'ils nomment Sabis , la dme, non au poids, mais la me- 3/, 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. publicae tolerantur. Nam et bnigne certo itinerum nu- mro deus hospites pascit. Evehi non potest , nisi per Gebanitas : itaque et horum rgi penditur vectigai. Caput eorum Thomna abest a Gaza nostri litoris in Judsea op- pido xliv xxxvi millia passuum, quod dividitur in man- siones camelorum lxv. Sunt et quse sacerdotibus dantur portiones, scribisque regum certae. Sed praeter hos et custodes, satellitesque , et ostiarii, et ministri populan- tur. Jam quacumque iter est , aliubi pro aqua, aliubi pro pabulo, autpro mansionibus, variisque portoriis pendunt, ut sumptus in singulos camelos denarium dclxxxviii ad nostrum litus colligat : iterumque imperii nostri publi- canis penditur. Itaque optimi thuris libra x. vi pretium habet; secunda x. v; tertia x. m. Apud nos adulteratur rsine candidae gemma perquam simili : sed deprehendi- tur, quibus dictum est, modis. Probatur candore, am- plitudine, fragilitate, carbone, ut statim ardeat. Item ne dentem recipiat potius , quam in micas frietur. De myrrha. XXXIII. 1 5. Myrrham in iisdem silvis permixtam ar- borem nasci tradidere aliqui , plures separatim : quippe HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 37 sure : la vente ne peut commencer avant cette forma- lit. Cette dme acquitte les dpenses publiques; car le dieu dfraie gnreusement les voyageurs pendant un certain nombre de journes. L'encens ne peut s'expor- ter que par le pays des Gbanites : aussi paie-t-on un tribut leur roi. De Thomna, leur capitale, Gaza, sur notre cte en Jude , la distance est de quatre millions quatre cent trente-six mille pas , ce qui fait soixante-cinq journes de marche pour les chameaux. Outre le tribut , il y a la part des prtres et celle des secrtaires du roi , sans compter ce qui revient encore aux gardiens, aux soldats, aux douaniers, aux divers employs, et pendant toute la route on paie, tantt pour l'eau, tantt pour le fourrage; ici pour le gte, l pour quelque page : en sorte que les frais sont de six cent quatre-vingt-huit deniers pour chaque chameau, jusqu' nos frontires ; l , il faut payer encore aux fermiers de l'empire : aussi l'encens d'lite se vend-il six deniers la livre, celui de seconde qualit cinq, et le moindre trois deniers. Chez nous on falsifie l'encens avec des larmes de rsine blanche, qui lui ressemble parfaitement ; mais on reconnat la fraude aux moyens que nous avons in- diqus. Le bon encens est blanc , gros , cassant ; il s'en- flamme promptement sur un charbon ; et , ds qu'on le met sous la dent , il se rduit en poussire. De la myrrhe. XXXIII. i5. L'arbre qui produit la myrrhe, suivant quelques auteurs , crot dans les mmes forts que l'en- 348 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. multis in locis Arabiae gignitur , ut apparebit in gene- ribus. Convehitur et ex insulis laudata , petuutque eam etiam ad Troglodytas Sabi transitu maris. Sativa quo- que provenit , multum silvestri praelata. Gaudet rastris atque ablaqueationibus , melior radie refrigerata. De arboribus quae ferunt eam. XXXIV. Arbori altitudo ad quinque cubita, nec sine spina , caudice duro et intorto , crassiore , quam thuris , et ab radie etiam, quam reliqua sui parte. Corticem lvem , similemque unedoni : scabrum alt , spinosum- que dixere. Folium olivae , verum crispius , et aculea- tum: Juba olusatri. Aliqui similem junipero, scabriorem tantum spinisque horridam, folio rotundiore, sed sapore juniperi. Nec non fuere , qui e thuris arbore utrumque nasci mentirentur. Natura et gnera myrrhae. XXXV. Inciduntur bis et ipsae , iisdemque tempori- bus, sed a radie usque ad ramos qui valent. Sudant HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 349 cens ; mais, selon le plus grand nombre , ces deux arbres sont rarement runis. La myrrhe crot en effet dans plu- sieurs contres de l'Arabie, comme on le verra quand nous dcrirons ses diverses espces. Il en vient de fort bonne des les , et mme les Sabens en vont chercher au del des mers, dans le pays des Troglodytes. L'arbre est susceptible de culture. Le hoyau lui est favorable; et le dchaussement lui fait du bien , en rafrachissant ses racines. Arbres qui produisent la myrrhe. XXXIV. Cet arbre a jusqu' cinq coudes de haut, et est pineux ; son tronc, dur et tortueux, est plus gros que celui qui produit l'encens , et mme prs de sa racine plus que dans le reste de son tendue. L'corce, selon les uns , est lisse , et semblable celle de l'arbou- sier ; selon les autres, elle est raboteuse et garnie d'pi- nes. La feuille est celle de l'olivier , mais plus ingale et piquante. Juba le compare l'olusatrum, quelques- uns au genvrier; mais il est, selon eux, plus raboteux et hriss d'pines, et sa feuille, d'une saveur analogue, est plus ronde. D'autres ont avanc faussement que l'encens et la myrrhe venaient tous deux d'un mme arbre. Nature de la myrrhe , et ses espces. XXXV. On fait ces arbres des incisions deux fois l'anne, comme ceux de l'encens, et dans les mmes 35o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. autem spoute prius quani incidantur, stacten dictam, cui nulla praefertur. Ab hac sativa , et in silvestri quo- que melior aestiva. Non dant ex myrrha portiones deo, quoniam et apud alios nascitur. Rgi tamen Gebanita- rum quartas partes ejus pendunt. Cetero passim a vulgo coemptam in folles conferciunt, nostrique unguentarii digerunt haud diffculter odoris atqne pinguedinis argu- ments. 16. Gnera complura: Troglodytica silvestrium prima. Sequens minaea, in qua et atramitica est, et ausaritis Gebanitarum regno. Tertia dianitis. Quarta collatitia. Quinta sembracena , a civitate regni Sabaeorum mari proxima. Sexta , quam dusaritin vocant. Est et candida uno tantum loco , quae in Messalum oppidum confertur. Probatur Troglodytica pinguedine , et quod aspectu ari- dior est, sordidaque ac barbara, sed acrior ceteris. Sem- bracena praedictis caret vitiis , ante alias hilaris , sed vi- ribus tenuis; in plnum autem probatio est minutis gle- bis , nec rotundis , in concretu albicantis succi et tabe- scentis ; utque fracta candidos ungues habeat, gustu le- niter amara. Secunda bonitas intus varia. Pessima, intus nigra : pejor, si etiam foris. Pretia ex occasione emen- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 35i saisons; mais on les fait depuis la racine jusqu'aux branches qui ont assez de force. Ils rendent d'eux-mmes, avant toute incision , la liqueur appele stact , qui est la myrrhe la plus prcieuse. On donne le second rang celle qui vient des arbres cultivs, et dans l'espce sauvage elle-mme la meilleure est celle qui dcoule en t. On ne paie pas la dme au dieu pour cette produc- tion , parce qu'elle crot aussi en d'autres contres ; mais on en donne en tribut la quatrime partie au roi des Gbanites. On entasse dans des sacs de cuir la myrrhe achete en difierens lieux; mais nos parfumeurs la spa- rent aisment , cause de son odeur et de son onctuo- sit. 16. Il y en a plusieurs espces : celle du pays des Troglodytes est la meilleure myrrhe sauvage. On place au second rang la minenne , l'atramitique et l'ausarite, dans le royaume des Gbanites. La dianite est la troi- sime. Celle qui se trouve mlange est la quatrime. Celle de Sambrace , ville maritime du royaume des Sa- bens, est la cinquime. Enfin, celle qu'on nomme du- sarite est la sixime. On trouve aussi de la myrrhe blanche, mais dans un seul endroit, d'o on la trans- porte dans la ville de Messale. La myrrhe du pays des Troglodytes se connat en ce qu'elle est grasse, et qu'elle parat sche , sale et grossire , tout en ayant plus d'cret que les autres. Celle de Sambrace n'a point les dfauts apparens de la prcdente; elle est au contraire fort belle, mais elle manque de force. En gnral on reconnat la bonne myrrhe aux morceaux menus , non arrondis,