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TRADUCTION iVOVKI.
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THE UNIVERSITY
OF ILLINOIS
LIBRARY
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182-9
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BIBLIOTHEQUE
LATINE -FRANAISE
PUBLIEE
C. L. F. PANCKOUCKE.
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PARIS, IMPRIMERIE DE C. L. F. PAtfCKOUCKE .
Roe des Poitevins, v. )J.
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE
TRADUCTION NOUVELLE
PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE
PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER,
DAUNOU, MERIC DAVID, DESCURET, DOE, E. DOLO , DUSGATE,
FE, L. FOUCH, FOURIER , GUIBOURT, LOI JOHANNEAU,
LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE,
L. MARCUS, MONGS,
C. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT ,
QUATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET,
H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERONE.
TOME NEUVIEME.
PARIS
C. L. F. PANCKOUCKE
MEMBRE DE L'ORDRE ROYAL DE r,A I.KfiinN n'iIONNM I
DITEUR, RUE DES POITEVINS, N I [\
M DCCC XXXI.
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE TREIZIEME.
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C. PLINII SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XIII.
HISTORIE DF. PEREGRINTS ARBORIBUS , ET UNCUENTIS.
De unguentis : quando cceperint.
I. 1J.ACTENDS in odoribus habent pretia silvae : erant-
que per se mira singula : juvitque luxuria omnia ea
miscere , et e cunctis unum odoreni facere : ita reperta
sunt unguenta.
i. Quis primus invenerit non traditur. Iliacis tem-
poribus non erant : nec thure supplicabatur : cedri tan-
tum et citri suorum fruticum in saeris fumo convolutum
nidorem noverant, jam rosae succo reperto : nominatur
enim quoque in olei laude. Unguentum Persarum genti
se dbet. Illi madent eo , et accersta commendatione ,
ingluvie natum virus extinguunt. Primum , quod equi-
dem inveniam , castris Darii rgis expugnatis, in reli-
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XIII.
HISTOIRE I>ES ARBRES ETRANGERS ET DES ESSENCES.
Des essences ; poque de leur apparition.
I. Jusqu'ici nous avons considr les forts sous le
rapport de leurs odeurs prcieuses : chacune d'elles tait
dj dlicieuse par elle-mme ; mais le luxe s'est plu
les combiner : de toutes les odeurs runies il n'en a fait
qu'une seule ; c'est ainsi que furent invents les par-
fums.
i. Qui trouva les parfums? on l'ignore: les beaux
jours de Troie ne les connurent point. L'encens, alors,
n'embaumait pas les sacrifices ; seulement des branches
du cdre et du citre s'levait un nuage odorant. Cepen-
dant on connaissait dj le suc de la rose, car il est in-
diqu pour relever le prix de l'huile. C'est aux Perses
qu'est d l'usage des parfums. Ils sont toujours humects
d'essences , et ont recours ces substances prcieuses pour
dtruire l'odeur ftide que produit la gourmandise. Le
premier exemple que je trouve de cet usage, c'est qu'
i.
4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
quoejusapparatuAlexandercepitscriniumunguentorum.
Postea voluptas ejus a nostris quoque inter laudatissima
atque etiam honestissima vitae bona admissa est : honos-
que et ad defunctos pertinere cpit. Quapropter plura
de eo dicemus. Quae ex his non erunt fruticum , ad
praesens nominibus tantura indicabuntur : natura vero
eorum suis reddetur locis.
Gnera eorum, et compositiones xu.
II. Unguenfis cognomina dedere aliis patriae , aliis
succi , aliis arbores , aliis eausae. Primumque id scire
convenit , mutatam auctoritatem , et spius transisse
gloriam. Laudatissimum fuit antiquitus in Delo insula:
postea Mendesium. Nec mixtura et eompositione tantum
hoc accidit : sed iidem sueci varie alibi ad qulibet prae-
valuere,aut degeneravere. Irinum Corinthi diu maxime
placuit, postea Cyzici : simili modo rhodinum Phaseli:
quam gloriam abstulere Neapolis , Capua , Praeneste.
Crocinum in Solis Ciliciae diu maxime laudatum , mox
Rhodi. OEnanthinum in Cypro , postea Adramytteo.
Amaracinum in Coo : postea eodem loco praelatum est
melinum. Cyprinum in Cypro , deinde in jEgypto , ubi
mendesium et metopium subito gratius factum est. Mox
haec abstulit Phnice , et cyprini laudem vEgypto reli-
quit. Panathenaicon suum Athenae perseveranter obti-
HISTOIRE NATURELLE, LTV. XIII. 5
la prise du camp de Darius, Alexandre, parmi les autres
objets de luxe, s'empara d'une bote parfums. Plus tard,
ce genre de luxe a t admis Rome , o il figure avec
clat et bonneur parmi les jouissances de la vie; la tombe
mme commence s'en dcorer. Parlons-en donc avec
dtail. Ceux des arbres parfums qu'on ne peut ranger
parmi les arbrisseaux ne seront que nomms ici ; leurs
caractres seront dcrits dans l'endroit convenable.
Leurs espces : douze compositions principales.
II. Les parfums tirent leurs noms , les uns du lieu
de leur origine, les autres du suc qui forme leur base,
d'autres encore de l'arbre mme , quelques-uns du mode
de confection. D'abord , il est bon de savoir que leur
crdit n'a pas toujours t le mme , et que souvent
leur gloire a t passagre. Le plus clbre dans la haute
antiquit venait de Dlos ; celui de Mends obtint en-
suite la prfrence. Ce ne fut pas uniquement le rsultat
du mlange ou des proportions ; mais les mmes ingr-
diens ont conserv ou perdu leur vogue selon les lieux et
les diffrens emplois. L'iris de Corinthe fut long-temps
la plus vante : celle de Cyzique l'emporta depuis. De
mme Phasle avait la palme pour l'essence de rose.
Naples, Capoue, Prneste la lui enlevrent. Soles, en
Cilicie, fournit long-temps la meilleure essence de safran :
ce fut ensuite Rhodes. On peut en dire autant de Cypre
et d'Adramytte pour l'essence d'nanthe. Cos , clbre
par ses parfums d'amaracus , a d ensuite sa principale
gloire au mlinum (essence de coing). Le cyprinum,
6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
nuere. Fuerat et pardalium in Tarso :' cujus etiam com-
positio et mixtura obliterata est. Narcissinum quoque ex
flore narcisso desiit componi.
Ratio faciendi duplex : succus, et corpus. Ille olei
generibus fere constat, hoc odorum. Haec stymmata vo-
cant, illa hedysmata. Tertius inter haec est colos, multis
neglectus, Hujus causa adduntur cinnabaris et anchusa.
Sal aspersus olei naturam coercet. Quibus anchusa ad-
jecta est, sal non additur. Rsina aut gummi adjiciuntur
ad continendum odorem in corpore. Gelerrime is eva-
nescit atque defluit , si non sunt haec addita.
nguentorum expeditissimum fuit, primumque, ut
verisimile est , e bryo et balanino oleo. Increvit deinde
mendesium balanino rsina mixta, magisque etiamnum
metopio. Oleum hoc est, amygdalis amaris expressum
in iEgypto. Gui addidere omphacium, cardamomum,
juncum, calamum, mel, vinum, myrrham, semen bal-
sami , galbanum , resinam terebinthinam. E vilissimis
quidem hodieque est , ob id credituni et in vetustissimis
esse , quod constat oleo myrteo , calamo , cupresso , cy-
pro, lentisco, malogranati cortice. Sed divulgata maxime
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 7
excellent Cypre , s'est ensuite trouv suprieur en
Egypte o bientt tout a cd au mendesium et au me-
topium ; mais la Phnicie s'empara de ces deux fabrica-
tions, et le cda l'Egypte pour le cyprinum. Athnes a
toujours t renomme par son panathnaque. Tarse
l'avait t par son pardalium, mais on a perdu le secret
du mlange et de la proportion des ingrdiens, et l'essence
de narcisse ne se retire plus de la fleur du mme nom.
On compose deux espces de parfums : ils sont li-
quides ou solides. Les premiers ne sont presque tou-
jours que des huiles , les autres de simples odeurs 'ap-
peles sty mintes : les huiles prennent le nom d'hdys-
mate. Le troisime lment est la couleur, que beaucoup
de personnes ngligent , et qui rsulte d'une addition de
cinabre et d'anchuse. On sale l'huile pour en conserver
les qualits. Le mlange o entre l'anchuse ne reoit
point de sel. De la rsine ou de la gomme servent
fixer la matire odorante dans le parfum solide; faute de
ces ingrdiens, bientt l'arme s'vapore et s'chappe.
Le plus simple et probablement le plus ancien des
parfums rsulte du bryon ml l'huile de balan (ben).
La composition du mendesium se compliqua par l'addi-
tion de la rsine, et, de nos jours, par celle du rae-
topium. C'est une huile gyptienne extraite d'amandes
amres et charge d'omphacium , de cardamome , de
jonc, de calamus, de miel, de vin , de myrrhe, de graines
de baume , de galbanum , de trbenthine. Parmi les
parfums les moins estims, et par l mme, selon toutes
les apparences, les plus anciens, figure celui dont les
lmens sont l'huile de myrte, le calamus, le cyprs, le
8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
unguenta crediderim rosae , quae plurima ubique gigni-
tur. Itaque simplicissima rhodini mixtura diu fuit, addi-
tis omphacio, flore rosae, crocino, cinnabari , calamo,
melle, junco, salis flore aut anchusa, vino. Similis ratio
et in crocino, additis cinnabari, anchusa, vino. Similis
et in sampsuchino , admixtis omphacio , calamo. Opti-
mum hoc in Cypro et Mitylenis , ubi plurima sampsu-
chus. Miscentur et viliora gnera olei e myrto , lauro ,
quibus additur sampsuchinum , lilium, fenum grcum ,
myrrha, casia, nardum , juncus, cinnamomum. E malis
quoque cotoneis et struthiis fit oleum (ut dicemus),
melinum, quod in unguenta transit, admixtis omphacio,
cyprino, sesamino , balsamo , junco, casia, abrotano.
Susinum tenuissimum omnium est. Constat ex liliis, ba-
lanino, calamo, melle, cinnamomo, croco, myrrha. Et
idem cyprinum ex cypro , et omphacio , et cardamomo ,
calamo, aspalatho, abrotano. Aliqui et in cyprinum ad-
dunt myrrham et panacem. Hoc optimum Sidone , mox
iEgypto , si non addatur sesaminum oleum. Durt et
quadriennio. Excitatur cinnamomo. Telinum fit ex oleo
recenti , cypero , calamo , meliloto , feno grseco , melle ,
maro, amaraco. Hoc erat celeberrimum Menandri poetae
comici aetate. Postea multo successit propter gloriam
appellatum megalium , ex oleo balanino , balsamo , ca-
lamo, junco, xylobalsamo, casia, rsina. Hujus proprie-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 9
cypre , le lentisque et l'corce de grenade. A mon avis ,
cependant, le parfum le plus gnralement rpandu est
l'essence de rose, car partout la rose crot en abondance.
Le procd le moins compliqu consiste joindre au
suc mme de la rose l'omphacium , la fleur de rose, le
crocinum, le cjnabre, le calamus, le miel, le jonc, la
fleur de sel ou l'anchuse, le vin. On prpare de mme
le crocinum en ajoutant l'essence de safran le cinabre,
l'anchuse et le vin. Il en est de mme du sampsuchi-
num , o entre l'omphacium et le calamus. Le meilleur
se fait dans l'le de Cypre et Mitylne , o le samp-
suque crot en abondance. On compose aussi des par-
fums moins recherchs avec le laurier, le myrte, aux-
quels on ajoute le sampsuchinum , le lis , le fenu-grec ,
la myrrhe, la casia , le nard, le jonc, le cinnamome.
Des coings ordinaires, et de l'espce du mme fruit ap-
pel struthium, on tire aussi, comme nous le dirons,
le melinum , que transforme en parfum un mlange
d'omphacium, d'huile de cypre et de ssame, de baume,
de jonc, de casia, d'abrotanum. Le susinum , o entrent
le lis, l'huile de balan , le calamus, le miel, le cinna-
mome , le safran , la myrrhe , est le plus fluide. Le cy-
prinum se fait avec le cypre , l'omphacium , le carda-
mome, le calamus, l'aspalathe, l'abrotanum. Quelques-
uns y ajoutent de la myrrhe et du panax. Le meilleur
est celui de Sidon , ensuite celui d'Egypte quand on
n'y mle pas d'huile de ssame. Il se conserve mme
quatre ans. Le cinnamome lui donne de la force. Dans
le telinum entrent l'huile frache, le cyperus, le ca-
lamus, le mlilot , le fenu-grec, le miel, le maron et
io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
tas , ut ventiletur in coquendo , donec desinat olere :
rursus refrigeratum odorem suum capit.
Singuli quoque succi nobilia unguenta faciunt. In
primis malobathrum : postea iris Illyrica , et Cyzicena
amaracus : herbaruin utraque. Pauca bis , et alia alii
miscent : qui plurima , alterutri mel, salis florem, om-
phacium, agni folia, panacem, externa omnia. Prodi-
giosa cinnamomino pretia. Adjicitur cinnamo balaninum
oleum, xylobalsamum, calamus, juncus, balsami semina,
myrrba, mel odoratum : unguentorum boc crassissimum.
Pretia ei a x. xxv ad x. ccc. Nardinum, sive foliatum,
constat ompbacio, balanino, junco, costo, nardo, amo-
mo, myrrba, balsamo. In boc gnre conveniet memi-
nisse, berbarum, quae nardum Indicum imitentur, spe-
cies novem a nobis esse dictas : tanta materia adulte-
randi est. Omnia autem acutiora fiunt costo , amomo ,
qua3 maxime nares feriunt: crassiora myrrba, suaviora-
que : medicinae autem utiliora croco : acerrima per se
amomo. Hoc et capitis dolores facit. Quidam satis ha-
bent adspergere, quae sunt pretiosissima, ceteris decoctis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. it
l'amaracus. C'tait le parfum le plus vant du temps du
pote comique Mnandre. Le premier rang fut ensuite
donn au megalium, qui dut ce nom son mrite. On
le faisait avec l'huile de balan , le baume, le calamus,
le jonc, le xylobalsainum, la casia et la rsine. Son ca-
ractre est de s'venter par la cuisson , jusqu'au point
de perdre son odeur, que le refroidissement lui rend
ensuite.
Il est des sucs qui seuls donnent des parfums clbres.
Ce sont d'abord le malobathre, ensuite l'iris d'Illyrie,
l'amaracus de Cyzique. Ces deux dernires sont des
herbes. On n'y mle que peu de substances trangres,
variables suivant les gots. Ceux qui compliquent le
plus ce mlange y introduisent le miel, la fleur de sel,
l'omphacium, la feuille d'agnus, le panax , presque tous
ingrdiens exotiques. L'huile de cinnamome ne se livre
qu' un prix exorbitant. Au cinname s'adjoignent l'huile
de balan , le xylobalsainum , le calamus , le jonc , la
graine de baume . la myrrhe , le miel odorant : c'est le
plus pais des parfums. Il cote de vingt-cinq trois
cents deniers. L'essence du nard, ou de la feuille indienne,
exige l'omphacium, l'huile de balan, le jonc, le costus,
le nard, l'amome, la myrrhe, le baume. A propos de
cette espce, il faut rappeler que nous avons dcrit neuf
herbes diffrentes, assez semblables au nard des Indiens :
quels lmens de falsification ! Le costus, l'amome, qui
portent si vite l'odorat , rendent tous les parfums plus
pntrans; la myrrhe leur donne plus de consistance et
de douceur; le safran les rend plus utiles en mdecine;
l'amome mme seul ajoute beaucoup leur activit t
ia C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Myrrha et per seunguentum facitsine oleo, stacte dum-
taxat : alioqui nimiam amaritudinem adfert. Cyprino vi-
ride fit, susino unguinosum, mendesio nigrum, rhodino
candidum , myrrha pallidum. Hc sunt antiquae inven-
tionis gnera, et postea officinarum furta. Nunc dicetur
cumulus ipse deliciarum , et summa auctoritas rei.
2. Ergo regale unguentum appellatum, quoniamPar-
thorum regibus ita temperatur : constat myrobalano ,
costo , amomo , cinnamo , comaco , cardamomo , nardi
spica, maro, myrrha, casia, styrace, ladano, opobalsa-
mo , calamo , junco , nanthe , malobathro , serichato ,
cypro , aspalatho , panace , croco , cypiro , amaraco ,
loto, melle, vino. Nihilque ejus rei causa in Italia vic-
trice omnium , in Europa vero tota , praeter irin Illyri-
cam, et nardum Gallicum, gignitur. Nam vinum, et
rosa, et myrti folia oleumque, communia fere omnium
terrarum intelliguntur.
Diapasmata , magma ta : et probatio unguenti.
III. Siccis odoribus constant, quae diapasmata vocan-
tur. Nam fsecem unguenti magma appellant. Inter om-
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XHI. i3
puisqu'il cause des maux de tte. Quelques fabricans se
bornent faire cuire les ingrdiens accessoires, aux-
quels ils mlent ensuite les Substances plus prcieuses.
La myrrhe fournit par elle-mme , et sans huile , un
parfum , mais on n'y emploie que la stact ; autrement il
serait trop amer. Le susinum rend les parfums onctueux;
le eyprinum les rend verts ; le mendesium , noirs ; l'es-
sence de rose , blancs ; la myrrhe , ples. Telles sont les
espces de parfums trouves par nos pres , et plus tard
les falsifications des fabricans. Maintenant suivons le luxe
jusqu' son comble , et voyons , de tous les parfums ,
le plus prcieux.
i. Le parfum royal , ainsi nomm parce qu'on le
prpare pour les rois des Parthes , se compose de my-
robalan , costus , amome , cinname , comacum , carda-
mome, pis de nard , maron , myrrhe, casia , styrax,
ladanum, opobalsamum, calamus, jonc, nanthe, malo-
bathre, srichate, cypre, aspalathe, panax, safran, cy-
pire, amaracus, lotos, miel et vin. De tous ces ingrdiens,
l'Italie, cette triomphatrice du monde, l'Europe mme,
ne produisent que l'iris en Illyrie et le nard dans les
Gaules; car je ne parle point du vin, de la rose, des
feuilles de myrte et de l'huile ; on sait que tous les pays
en produisent.
Diapasma ; magma : moyen de vrifier les essences.
III. Les parfums secs constituent ce qu'on nomme
diapasmate. La lie des parfums s'appelle magmate. Le
i4 C PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
ns potentissimus odor, quisquis novissime additur. Un-
guenta optime servantur in alabastris, odores in oleo:
quod diuturnitat eorum tanto utilius est, quanto pin-
guius, ut ex amygdalis. Et ipsa unguenta vetustate me-
liora. Sol inimicus bis : quamobrem in umbra coquuntur
plumbeis vasis. Experimentum eorum inversa manu ca-
pitur, ne carnosae partis calor vitiet.
Quanta in unguentis luxuria.
IV. 3. Ha?c est materia luxus e cunctis maxime su-
pervacui. Margarit enim gemmque ad heredem tamen
transeunt : vestes prorogant tertipus : unguenta illico
exspirant, ac suis moriuntur horis. Summa commenda-
tio eorum, ut transeunte femina odor invitet etiam aliud
agentes : exceduntque quadragenos denarios librae. Tanti
emitur voluptas alina : etenim odorem qui gerit, ipse
non sentit. Sed et hc aliqua differentia signanda sunt.
In M. Ciceronis monumentis invenitur, unguenta gra-
tiora esse , qu terrain , quam quse crocum sapiant :
quando etiam corruptissimo in gnre magis tamen juvat
qudam ipsius vitii severitas. Sed quosdam crassitudo
maxime delectat, spissum appellantes: Unique jam, non
solum perfundi , unguentis gaudent. Vidimus etiam ves-
tigia pedum tingui : quod M. Otbonem monstrasse Ne-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. i5
principe odorant le plus nergique est celui qu'on ajoute
le dernier. Les parfums se conservent merveille dans
les vases appels alabastres, et les odeurs dans l'huile; elle
est d'autant plus propre leur conservation qu'elle est
plus grasse : telle est celle d'amandes. Les parfums s'a-
mliorent en vieillissant. Le soleil leur nuit : aussi les
cuit-on l'ombre, dans des vases de plomb. Quand on
veut les prendre pour les examiner on retourne la main ,
pour que la chaleur de la partie charnue ne les altre
pas.
Excs du luxe en fait de parfums.
IV. 3. Tels sont les bizarres lmens du luxe le plus
superflu de tous. Au moins les perles et les pierreries
passent un hritier; les vtemens ont quelque dure; les
parfums s'vaporent et disparaissent au bout de quelques
heures. Leur plus grand mrite, c'est qu'au passage
d'une femme parfume ils attirent l'attention de l'homme ,
mme occup toute autre chose. La livre cote plus
de quatre cents deniers , somme norme donne au
plaisir d'autrui ; car celui qui porte des parfums ne les
sent pas. Ici cependant il faut tablir quelques distinc-
tions. On lit dans les mmoires de Cicron que mieux
vaut, pour les parfums, sentir la terre que le safran;
c'est--dire que, mme au sein de la corruption, un peu
de svrit plat encore au vice. Mais quelques hommes
veulent comme des empltres de parfums; c'est l ce
qu'ils nomment parfums pais. Ils ne veulent plus s'hu-
mecter d'essences , ils s'en imbibent : et mme , n'avons-
nous pas vu parfumer la plante des pieds, raffinement
16 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
roni principi ferebant. Quaeso ut qualiter sentlretur, ju-
varetque , ab ea parte corporis ? Nec non aliquem ex
privatis audivimus jussisse, spargi parietes balinearum
unguento : atque Gaium principem , solia temperari : ac
ne principale videatur hoc bonum , et postea quemdam ex
servis Neronis. Maxime tamen mirum est , hanc gratiam
pntrasse et in castra. Aquilae certe ac signa, pulveru-
lenta illa, et custodibus horrida, inungunturfestisdiebus:
utinamque dicere possemus, quis primus instituisset! Ita
est, nimirum hac mercede corruptae terrarum orbem de-
vicere aquilae. Ista patrocinia quaerimus vitiis, ut per
hoc jus sumantur sub casside unguenta.
Quando primum Romanis in usu.
V. Quando id primum ad Romanos penetraverit ,
non facile dixerim. Certum est Antiocho rege Asiaque
devictis, Urbis anno dlxv P. LiciniumCrassum, L. Ju-
lium Caesarem censores edixisse : Ne quis venderet un-
guenta exotica; sic enim appellavere. At hercules jam
quidam etiam in potus addunt: tantique amaritudo est,
ut odore prodigo fruantur ex utraque parte corporis.
L. Plotium , L. Planci bis consuiis censorisque fratrem ,
proscriptum a triumviris , in Salernitana latebra un-
guenti odore proditum constat : quo dedecore tota ab-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 17
qu'Othon enseigna , dit-on, au dernier des Csars? Mais,
je vous le demande , comment ce parfum pouvait-il tre
senti, et faire plaisir dans cette partie du corps? N'avons-
nous' pas vu un simple citoyen inonder de parfums les
murailles d'une salle de bains? Caligula n'en mlait-il
pas son bain de sige ? Et qu'on ne voie point ici un
privilge imprial : plus tard un esclave de Nron en fit
autant. Mais qui ne s'tonnerait de voir ce luxe pntrer
mme dans les camps? Ces aigles, ces drapeaux poudreux,
entours de gardes farouches , sont parfums les jours de
fte. Que ne puis-je dire qui le premier tablit cet usage!
Est-ce donc sous l'inspiration de ce prix corrupteur que
ces aigles ont fait la conqute du monde ? Nous avons
voulu donner un patronage nos vices, pour avoir droit
de nous parfumer sous le casque ?
Quand l'usage s'en"est introduit chez les Romains.
V. A quelle poque les parfums s'introduisirent-ils
Rome? Je serais embarrass de le dire. Le fait est, qu'a-
prs la dfaite d'Antiochus et la conqute de l'Asie,
l'an de Rome 565, les censeurs P. Licinius Crassus et
L. Julius Csar prohibrent la vente des parfums exo-
tiques. Telle fut la dnomination officielle. Aujourd'hui
on les mle aux boissons; et telle est la vogue d'un prin-
cipe amer, qu'on prodigue les parfums pour satisfaire
deux sens la fois. Proscrit par les triumvirs, L. Plotius,
fils de L. Plancus , deux fois consul et une fois cen-
seur , fut dcel , dans l'asile qu'il avait Salerne , par
l'odeur de ses parfums : tant d'opprobre absoudrait
ix. 1
t8 G PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
soluta proscriptio est. Quis enim non merito judicet
periisse taies?
De palmis.
VI. 4- Cetero terrarum omnium vEgyptus accommo-
datissima unguentis : ab ea Campania est , copia rosse.
Juda vero inclyta est vel magis palmis: quarum natura
nunc dicetur. Sunt quidem et in Europa, vulgoque Ita-
lia , sed striles. Ferunt in maritimis Hispaniae fructum ,
verum immitem : dulcem in Africa, sed statim evanes-
centem. Contra in Oriente ex his vina, gentiumque ali-
quibus panis : plurimis vero etiam quadrupedum cibus.
Quainobrem jure dicentur exlernae. Nulla est in Italia
sponte genita, nec in alia parte terrarum, nisi in calida :
frugifera vero nusquam, nisi in fer vida.
De natura earum. .
VII. Gignitur levi sabulosaque terra : majore in parte
et nitrosa. Gaudet et riguis , totoque anno bibere quum
amet, anno sitienti. A fimo quidem etiam laedi putant :
et Assyriorum pars aliqua , si non rivis misceatur. G-
nera earum plura : et prima fruticem non excedentia :
sterilem hune, aliubi et ipsum fertilem, brevique ramo-
l'iim orbe foliosum. Tectorii vicem hic parietibus pie-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. ig
la proscription ; car qui nierait la justice d'une telle
mort?
Des palmiers.
VI. 4- Au reste, l'Egypte est de toute la terre le pays
le plus apte produire les lmens des parfums. Ensuite
vient la Campanie, si fertile en roses; mais la Jude est
clbre surtout par ls palmiers. Dcrivons ici cet arbre.
Il se trouve des palmiers en Europe ; l'Italie en a beau-
coup, mais nul ne porte de fruits : les ctes d'Espagne
en produisent dont les fruits sont pres. Les dattes d'A-
frique sont douces , mais promptes perdre leur saveur.
En Orient, au contraire, ils fournissent du vin, du pain,
mme quelques tribus, et, dans beaucoup de cantons,
des alimens la plupart des quadrupdes. C'est donc le
palmier exotique qu'il faut dcrire. Aucune espce n'est
indigne en Italie; cet arbre n'a d'autre patrie que des
contres chaudes, et, pour qu'il se couronne de fruits,
cette patrie doit tre brlante.
Nature des palmiers.
VII. Un sol lger et sablonneux, le plus souvent mme
nitreux, le produit. Il aime tre arros, et doit l'tre toute
l'anne si elle est sche. Le fumier passe pour lui nuire :
beaucoup d'Assyriens le disent comme nous ; moins
qu'il ne soit abreuv d'eau. On en distingue diverses
espces. Les premiers n'atteignent que la taille des ar-
bustes. Ordinairement striles, quelquefois pourtant ils
portent des fruits , et se couronnent de rameaux courts
a.
ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
risque in locis praestat contra aspergines. Procerioribus
silva , arbore ex ipsa foliorum aculeo fruticante circa
totas pectinatim , quas silvestres intelligi necesse est.
Incerta tamen libidine etiam mitioribus se miscent. Re-
liquat teretes atque procerae, densis gradatisque corticum
pollicibus, ut orbibus, faciles se ad scandendum Orien-
tis populis praebent , vitilem sibi arborique indutis cir-
culum, mira pernicitate tum homine subeunte. Coma
omnis in cacumine, et pomum est : non inter folia hoc,
ut in ceteris : sed suis inter ramos palmitibus racemo-
sum , utraque natura uvae atque pomi. Folia cultrato
mucrone , lateribus in sese bifidatis , bella primum de-
monstravere gemina : nunc ad fmes, vitiliumque nexus,
et capitum levia umbracula finduntur.
Arboribus , immo potius omnibus quae terra gignat ,
herbisque etiam , utrumque sexum esse diligentissimi
naturae tradunt : quod in plnum satis sit dixisse hoc
in loco : nullis tamen arboribus manifestius. Mas in
palmite floret , femina citra florem germinat tantum
spicae modo. Utrisque autem prima nascitur pomi caro :
postea lignum intus , hoc est , semen ejus. Argumen-
tum , quod parvae sine hoc reperiuntur in eodem pal-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 21
et garnis de feuilles. Les maisons , en beaucoup de lieux ,
n'ont point d'autres toits pour les prserver des eaux
pluviales. Les plus levs de ces arbres forment des forts;
leur tronc mme est pourvu , dans toute sa circonf-
rence , de feuilles pointues , dployes en ventails. Tels
sont les palmiers sauvages. On ne sait par quel caprice
de la fcondation ils se mlent aux palmiers domes-
tiques. Les autres espces ont le tronc arrondi, lev,
garni de pointes disposes sur l'corce en gradins cir-
culaires, qui offrent aux Orientaux un escalier aisment
praticable. Aussi passent-ils autour de leur corps et du
tronc de l'arbre un cercle de sarment , par le moyen
duquel ils grimpent avec une prodigieuse clrit. La
cime seule porte le feuillage et le fruit; mais ce fruit
n'est pas eacli dans les feuilles , comme dans les autres
espces: suspendu par une branche particulire, au mi-
lieu des autres branches , il participe la fois de la grappe
et de la pomme. Les feuilles sont mucrones et ont les
cts bifides. Elles ont donn la premire ide d'une arme
faisant face des deux cts la fois: maintenant elles ser-
vent faire des cordes, des nattes, et des parasols lgers.
Selon les naturalistes les plus exacts, les arbres, ou pour
mieux dire tous les produits du sol, les herbes mmes,
ont deux sexes, assertion que pour l'instant il suffit de
transcrire ; mais nul arbre ne les montre plus claire-
ment. Le palmier mle produit un bouquet de fleurs;
le palmier femelle ne donne qu'une espce d'pi, mais
point de fleurs. Dans l'un et l'autre la chair du fruit est
produite la premire, le noyau ou graine se forme plus
tard. La preuve, c'est que fort souvent on trouve sur les
a a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
mite. Est autem oblongum : non, ut olivis, orbicula-
tum. Praeterea caesum a dorso pulvinata fissura , et in
alvo mdia plerisque umbilicatum, unde primum spar-
gitur radix. Seritur autem pronum, et bina juxta com-
posita semina, superque totidem, quoniam infirma sin-
gulis planta est : quaternae coalescunt. Multis candi-
disque lignum hoc a carnibus discernitur tunicis , aliis
corpori adhaerentibus : laxeque distans, tantum cacumini
filo adhaeret. Caro maturescit anno. Quibusdam tamen
in locis , ut in Cypro , quamquam ad maturitatem non
perveniat, grato sapore dulcis est: et folium ibi latius,
fructus quam reliquis rotundior, nec ut devoretur cor-
pus , verum ut exspuatur, succo modo expresso. Et in
Arabia languide dulces traduntur esse palmae : quam-
quam Juba apud Scenitas Arabas praefert omnibus sa-
poribus, quam vocant dablan. Cetero sine maribus non
gignere feminas sponte edito nemore confirmant : circa-
que singulos plures nutare in eum prnas blandioribus
comis. Illum erectis hispidum, adflatu visuque ipso et
pulvere etiam reliquas maritare : hujus arbore excisa
viduas post sterilescere feminas. Adeoque et Veneris
intellectus , ut coitus etiam excogitatus sit ab homine ,
ex maribus flore ac lanugine, intrim vero tantum pul-
vere insperso feminis.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIII. 3
tiges de jeunes dattes sans noyau. Ce noyau n'est pas
rond comme celui des olives , il est oblong. De plus, il
a sur le dos une fente bords renfls, et, sur la face
antrieure, presque toujours un ombilic d'o sort la ra-
dicule. Ou le plante couch , et l'on met deux graines
l'une prs de l'autre; au dessus on en place deux autres,
parce que chacune des graines ne produirait qu'une
plante trop faible ; toutes les quatre n'en forment plus
qu'une seule. Ce noyau se distingue de la chair par plu-
sieurs tuniques blanches, et par d'autres qui adhrent au
corps ; elles n'y adhrent pas troitement , mais seule-
ment par un fil plac au sommet. La chair mrit en un
an. En quelques lieux cependant, en Cypre, par exemple,
elle est agrable au got, quoiqu'elle n'atteigne pas sa
maturit ; sa feuille est plus large et son fruit plus
rond que les autres. Au lieu de manger le fruit , on le
rejette aprs en avoir exprim le suc. Les dattes d'Ara-
bie sont, dit-on, d'une douceur un peu fade ; cependant
Juba proclame la supriorit des dattes que nous envoient
les Arabes Scnites, et qu'ils nomment dablan. Du reste,
on assure que, dans une fort de palmiers, les pieds fe-
melles ne produisent pas s'ils manquent de pieds mles.
Autour de chaque mle on voit un certain nombre de
femelles* pencher en quelque sorte une chevelure ca-
ressante. Le palmier mle, hrissant sa chevelure fleurie,
fconde les autres par son haleine, par son aspect, et
mme par sa poussire. Coupe-t-on ce pied, les autres,
privs d'poux , deviennent striles. Les amours de ces
plantes sont si bien connues , que l'homme a imagin un
moyen de les fconder par la fleur et le duvet du mle,
a/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Quomodo serantur.
VIII. Seruntur autem palmae et trunco, duum cubi-
torum longitudine a cerebro ipsoarboris, fissuris diviso
atque defosso. Et ab radie avuls vitalis est satus, et
ramorum tenerrimis. In Assyria , ipsa quoque arbor in
solo humido tota radicatur, sed in frutices, non in ar-
borem. Ergo plantaria instituunt, anniculasque transf-
rant, et iterum bimas. Gaudent enim mutatione sedis,
verna alibi , in Assyria autem circa Canis ortus. Nec
ferro attingunt ibi novellas : sed religant comas , ut in
altitudinem exeant. Robustas dputant crassitudinis gra-
tia , semipedales ramorum relinquentes truncos , qui
decisi alibi necant matrem. Diximus salsum ab his solum
diligi. Ergo ubi non est taie, salem adspergunt, non ra-
dicibus, sed longius paulo. Qudam in Syria etiEgypto
in binos dividunt se truncos : in Creta et in ternos ,
qudamque et in quinos. Ferunt statim in trimatu. In
Cypro vero , Syria , ^Egypto , quadrimae : aliqu quin-
quennes , altitudine hominis , nullo intus pomi ligno ,
quamdiu sunt novellae , ob id spadonum accepto no-
mine.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 2 5
quelquefois aussi en secouant seulement la poussire sur
les femelles.
Comment on sme les palmiers.
VIII. On multiplie aussi les palmiers de bouture. On
coupe la tige deux coudes du sommet; on divise cette
partie, et on la met en terre. Les rejetons arrachs de la
racine,. et les branches encore tendres, peuvent tre
plants avec succs. En Assyrie on couche en terre l'arbre
tout entier dans le sol humide , et il prend racine ; mais
il ne donne que des arbrisseaux , et non des arbres. En
consquence on a form des ppinires , et l'on trans-
plante l'arbre , d'abord l'ge d'un an , ensuite deux
ans; car le palmier aime changer d'habitation, au
printemps dans certains pays, mais, en Assyrie, vers
le lever de la Canicule. On n'y taille point les jeunes
arbres , on se borne lier leur tte pour les faire crotre
en hauteur. On branche le palmier plus vigoureux,
pour le faire grossir, ne laissant aux branches que
la longueur d'un demi-pied, opration qui, ailleurs,
tuerait le tronc maternel. Nous avons dit que le pal-
mier aime une terre sale : lorsque le sol ne contient
point de principes salins on jette du sel , non sur les ra-
cines , mais un peu plus loin. Quelques palmiers, en
Syrie et en Egypte , se divisent en deux troncs : la
Crte en a qui se fendent en trois , et mme en cinq. Ils
rapportent ds l'ge de trois ans. En Cypre , en Syrie,
en Egypte, ils produisent quatre ans. Quelques-uns,
qui ne donnent de fruits qu' cinq ans, et dont la hau-
aS C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XIII.
Gnera earum , et insignia.
IX. Gnera earum multa. Sterilibus ad materias, ope-
rumque lautiora , utitur Assyria et tota Persis. Sunt et
caeduae palmarum quoque silvae , germinantes rdrsus ab
radice succis. Dulcis medulla earum in cacumine, quod
cerebrum appel lant : exemptaque vivunt , quod non alias.
Vocantur autem chamaerepes, folio latiore ac molli, ad
vitilia utilissimo. Copiosae in Creta , sed magis in Sici-
lia. E palmis prunae vivaces , ignisque lentus.
Fructiferarum aliis brevius lignum in porno , aliis
longius : his mollius , illis durius : quibusdam osseum
lunatumque, dente contra fascinantes religione politum.
Aliud pluribus vestitum paucioribusve tunicis : aliud
crassioribus tenuioribusve. Ita fiunt undequinquaginta
gnera , si quis omnium persequi velit nomina etiam
barbara, vinorumque ex iis differentias. Clarissimae om-
nium , quas regias appellavere ab honore , quoniam re-
gibus tantum Persidis servarentur, Babylone natae uno
in horto Bagou : ita enim vocant spadones, qui apud eos
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XIII. a 7
teur gale la taille de l'homme, n'ont, tant qu'ils sont
jeunes , qu'un fruit sans noyau : voil pourquoi on leur
donne le nom d'eunuques.
Leurs espces ; leur caractre distinctif.
IX. Il y a plusieurs espces de palmiers. Dans l'Assy-
rie et toute la Perse , on se sert de ceux qui sont striles
pour les charpentes et les ouvrages de luxe. On peut
aussi mettre en coupe certaines forts de palmiers, qui
repoussent de la racine aprs avoir t coups. A leur
cime se trouve une moelle douce, que l'on nomme cer-
velle : ils peuvent la perdre sans prir, ce qui n'arrive
point aux autres palmiers. On nomme chamrpes ceux
dont la feuille est large , molle , et trs-utile pour faire
des liens. Nombreux en Crte, ils le sont encore plus en
Sicile. Le palmier donne un charbon vivace et qui brle
lentement.
Le palmier fruits porte , dans l'intrieur de ses
dattes, un noyau plus ou moins long, plus ou moins
dur, quelquefois osseux, en forme de croissant, et que
la superstition polit avec l'ivoire pour prserver des
fascinations. Tantt le noyau est revtu d'un plus ou
moins grand nombre de tuniques : tantt elles sont plus
ou moins paisses : de l quarante-neuf espces de pal-
miers pour qui veut avoir la liste des noms que leur
donnent les barbares , et tenir compte de la diffrence
de leurs vins. Les plus clbres sont ceux qu'on appelle
palmiers royaux , parce qu'on les rservait pour les
rois de Perse. Un seul jardin , celui de Bagoas Baby-
28 C. PLINII UIST. NAT. LIB. XIII.
etiam regnavere. Hortus ille numquam nisi dominantis
in aula fuit. At in meridiano orbe praecipuam obtinent
nobilitatem syagri, proximamque margarides. Hae br-
ves , candidae , rotundae , aeinis , quam balanis , similio-
res. Quare et nomen a margaritis accepere. Una earum
arbor in Chora esse traditur :una et syagrorum. Mi-
rumque de ea accepimus cum phnice ave , quae puta-
tur ex hujus palmae argumento nomen accepisse, iterum
mori ac renasci ex seipsa : eratque , quum haec prode-
rem, fertilis. Ipsum pomum grande, durum, horridum,
et a ceteris generibus distans sapore ferino, quem ferme
in apris novimus : evidentissimeque causa est nominis.
Quarta auctoritas sandalidum, a similitudine appella-
tarum. Jam in iEthiopiae fine quinque earum nec plures
arbores tradunt , non raritate magis , quam suavilate
mirabiles.
Ab his caryotae maxime celebrantur , et cibo quidem ,
sed et succo uberrimae. Ex quibus praecipua vina Orienti ,
iniqu capiti, unde porno nomen. Sed ut copia ibi atque
fertilitas , ita nobilitas in Judaea , nec in tota , sed Hie-
ricunte maxime. Quamquam laudat et Archelaide , et
Phaselide, atque Liviade, gentis ejusdem convallibus.
Dos his praecipua succo pingui lactentibus : quodamque
vini sapore in melle praedulci. Sicciores in hoc gnre
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 29
lone, les produisait. Bagoas, en Perse , est le nom des
eunuques , et l'on sait qu'il en a mme rgn dans ce
pays. Ce jardin n'a toujours appartenu qu' la cour du
grand roi. Plus au sud , les syagres , puis les margarides ,
ont le premier rang. La dernire de ces deux espces est
petite, blanche, ronde ; ses fruits ressemblent des grains
de raisin plutt qu' des dattes : de l leur nom , tir de
celui de margarita ou perle. Le pays de Chora possde ,
dit-on, une margaride et un syagre. On nous a racont,
sur cette dernire espce , un fait merveilleux , c'est qu'il
meurt et renat de lui-mme en mme temps que le ph-
nix , qui , cause de cette particularit , a tir son nom
de ce palmier. Au moment o j'cris , cet arbre porte
des fruits. Le fruit est gros, dur, raboteux, se distingue
des autres dattes par un got sauvage, semblable celui
de la chair de sanglier, ce qui est l'origine vidente de
son nom. En quatrime lieu viennent les sandalides;
leur nom rappelle la chaussure dont elles prsentent
la forme. Sur les confins de l'Ethiopie se trouvent cinq
sandalides ; leur raret et leur got excellent les a ren-
dues clbres.
On vante ensuite les caryotes , qui fournissent en
abondance des alimens et du jus. En Orient on en fait
les meilleurs vins, qui portent la tte, circonstance
d'o le fruit a tir son nom. Si c'est l qu'ils sont sur-
tout nombreux et fertiles , c'est en Jude , et princi-
palement Jricho , que l'on trouve les plus beaux.
On vante aussi ceux de l'Archelade, de la Phaselide et
de Liviade, valles du mme pays. Ce qui les distingue,
c'est un suc gras, laiteux, de saveur analogue celle du
3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Nicolai , sed amplitudinis praecipuae , quaterni cubito-
rum longitudinem efficiunt. Minus specios, sed sapore
caryotarum sorores , ob hoc Adelphides dictae , proxi-
mam suavitatem habent, non tamen eamdem. Tertium
ex his genus patetae, nimio liquore abundat : rumpitque
se pomi ipsius , etiam in sua matre , ebrietas , calcatis
similis.
Suum genus e sicciore turba junceis , prlonga gra-
cilitate curvatis in terrain. Nam quas ex his honori deo-
rum dicamus , chyg'aeos appellavit Judaea , gens contu-
melia numinum insignis. In totum arentes Thebaidis
alque Arabia , macroque corpore exiles , et assiduo va-
pore torrentes, crustam verius, quamcutem, obducunt.
In ipsa quidem iEthiopia friatur (tantaest siccitas), et
farin modo spissatur in panem. Gignitur autem in fru-
lice ramis cubitalibus, folio latiore, porno rotundo, sed
majore, quam mali, amplitudine : coicas vocant. Trien-
nio maturescunt : semperque frutici pomum est subnas-
cente alio. Thebaidis fructus extemplo in cados conditur,
cum sui ardoris anima : ni ita fit , celeriter exspirat :
marcescitque non retostus furnis. Ex reliquo gnre ple-
beiae videntur. Syri et Juba tragemata appellant. Nam
in alia parte Phnices , Cilicique , populari etiam no-
mine a nobis appellantur balani. Eorum quoque plura
gnera. Differunt figura rotunditatis aut proceritatis.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIII. 3i
vin ml du miel trs-doux. Les caryotes de Nicolas
sont plus sches, mais plus grosses. Quatre de celte es-
pce , mises bout bout , ont une coude de long. Les
adelphides, ainsi nommes de ce que, par le got, elles
sont surs des caryotes, ont moins d'apparence; leur
saveur est analogue sans tre la mme. Une troisime
espce est celle des pattes. Elles sont si abondantes eu
suc, qu'elles crvent sur l'arbre, et rendent une liqueur
enivrante comme si elles avaient t foules.
Parmi les dattes qui ont peu de suc , quelques-unes ,
longues et effiles comme des joncs , penchent vers la
terre. Celles dont nous nous servons pour le culte sont
nommes chydes par les Juifs, nation clbre par son
mpris pour les dieux. Celles de la Thbade et de l'A-
rabie sont maigres, grles et totalement dessches ; la
chaleur continue qui les brle , fait qu'elles sont re-
vtues d'une crote plutt que d'une peau. Ce fruit est
si sec en Ethiopie, qu'il devient friable, et donne une
farine qu'on peut convertir en pain. Elles viennent sut-
un arbrisseau dont les branches, longues d'une coude,
portent de larges feuilles , un fruit rond , mais plus
gros qu'une pomme, et qu'on nomme cox; il faut trois
ans pour le mrir, et l'arbre porte sans cesse un fruit
naissant prs d'un fruit mr. Les fruits cueillis en Th-
bade sont mis en tonneaux sur-le-champ, sans qu'on
laisse vaporer leur esprit, qui se perdrait trs-vite sans
cette prcaution : on les sche ensuite au four , sans cela
ils se gtent. Les autres espces sont peu estimes. Juba r
avec les Syriens, les nomme tragmates (dessert). Ail-
leurs on nomme leurs dattes phniciennes, ciliciennes;
3* C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XIII.
Differunt et colore , nigriores ac rubentes. Nec paucio-
res fico traduntur colores. Maxime tamen placent can-
didi. Distant et magnitudine : prout multi cubitum ef-
fecere. Quidam sunt non ampliores faba. Servantur hi
demum , qui nascuntur in saisis atque sabulosis , ut in
Judaea, et Cyrenaica Africa. Non item in iEgypto, Cy-
pro, Syria et Seleucia Assyriae. Quamobrem sues et re-
liqua animalia ex his saginantur. Vitiati aut vetusti ejus
pomi signum est , cecidisse candidam verrucam , quae
racemo adhaeserit. Alexandri milites palmis viridibus
strangulati sunt. In Gedrosis id factum est pomi gnre,
alibi copia evenit. Est enim tanta musteis suavitas , ut
finis mandendi non nisi periculo fit.
Syriae arbores: pistacia, cottana, damascena, myxa.
X. 5. Syria praeter hanc peculiares habet arbores. In
nucum gnre pistacia nota. Prodesse adversus serpen-
tium traduntur morsus, et potu et cibo. In ficorum
autem , caricas, et minores ejus generis , quae cottana
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 33
mais , chez nous , on les appelle vulgairement dattes.
On en distingue aussi plusieurs espces : elles diffrent
par la rondeur, la longueur et la couleur. On en connat
de noires et de rouges ; on dit mme qu'on en trouve
d'autant de couleurs que les figues. Les blanches sont
plus estimes. On tablit la diffrence jdes dimensions
suivant le nombre ncessaire pour former une coude
de long; quelques-unes ne sont pas plus grosses que des
fves. Celles qui croissent dans les terres salines et sa-
blonneuses , en Jude par exemple ou en Cyrnaque , se
gardent mieux. Il n'en est point de mme de celles qu'en-
voie l'Egypte, Cypre, la Syrie et la Sleucide en Assyrie;
aussi les donne-t-on aux porcs et aux autres bestiaux
pour les engraisser. On reconnat que les dattes sont
vieilles ou gtes l'absence d'une espce de tumeur
blanche qui se trouve l'endroit par o elles tiennent
au pdicule. Des soldats d'Alexandre moururent touf-
fs par des dattes vertes. Ce fait , qui eut lieu en G-
drosie, provenait de la nature mme du fruit vert; ail-
leurs, l'excs avec lequel on en mange est la cause de
tout le mal. Les dattes fraches, en effet, ont un got si
agrable, qu'on ne cesse d'en manger que par crainte
du danger.
Arbres de la Syrie : pistachier, cottana , damascne, myxa.
X. 5. La Syrie possde en outre des arbres particu-
liers. Tel est , parmi les arbres noix , celui qui donne
la pistache. Son fruit est bon , dit-on , contre la morsure
des serpens , et on le prend en aliment ou en breuvage,
ix. 3
34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
vocant. Item prima in Damasco monte nata , et myxa :
utramque jam familiarem Italise. Ex myxis in ^Egypto
et vina fiunt.
Cedrus. Quae arbores trium annorum fructum pariter habeant.
XI. Juniperi similem habent Phnices et cedrum mi-
norem. Duo ejus gnera , Lycia et Phnicia , differunt
folio : nam quae durum, acutum, spinosum habet, oxy-
cedros vocatur, ramosa et nodis infesta : altra odore
praestat. Fructum ferunt myrti magnitudine, dulcem sa-
pore. Et majoris cedri duo gnera : quae floret , fructum
non fert : frugifera non floret : et in ea antecedentem
fructum occupt novus. Semen ejus cupresso simile.
Quidam cedrelatem vocant. Ex hac rsina laudatissima.
Materiae vero ipsi. aeternitas : itaque et simulaora deo-
rum ex ea factitaverunt. Cedrinus est Romae in delubro
Apollo Sosianus, Seleucia advectus. Cedro similis in Ar-
cadia est arbor : in Phrygia frutex vocatur.
Terebinthus.
XII. 6. Syria et terebinthum habet. Ex his mascula
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 35
Dans le genre figuier, on y trouve les figues cariques,
et des varits plus petites , nommes cottanes. Les
monts de Damas produisent la prune et le myxa , deux
fruits maintenant naturaliss eu Italie. Du dernier on
fait du vin en Egypte.
Cdres. Arbres qui portent des fruits de trois annes.
XI. La Phnicie produit un arbre semblable au gen-
vrier, et qu'on nomme petit cdre. Il y en a de deux
espces : celle de Lycie , et celle de Phnicie. On les
distingue la feuille, dure, piquante et pineuse dans
l'oxycdre , qui , de plus , est fort rameux et charg de
nuds. L'autre espce a une autre odeur plus agrable.
Sur toutes deux nat un fruit gros comme celui du myrte,
et de trs-bon got. H y a aussi deux sortes de grand
cdre. L'un fleurit et reste strile; l'autre porte des fruits,
mais point de fleurs , et sans cesse on voit un nouveau
fruit pousser cot du premier, dont la maturation est
plus avance. La graine du cdre ressemble celle du
cyprs ; quelques-uns donnent l'arbre le nom de c-
drlate. C'est lui qui donne la meilleure rsine. Son bois
dure ternellement : aussi jadis en faisait-on les statues
des dieux. On voit dans un temple de Rome un Apollon
de cdre , apport de Sleucie par Sosius. L'Arcadie
produit un arbre semblable au cdre , mais qui , en Phry-
gie, se nomme frutex (l'arbrisseau).
Trbinthe.
XII. 6. La Syrie possde aussi le trbinthe. Il v en
3.
36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
est sine fructu. Feminarum duo gnera. Alteri fructus
rubet lentis magnitudine : alteri pallidus, cum vite ma-
turescit, non grandior faba, odore jucundior, tactu re-
sinosus. Circa Idam Troadis, et in Macedonia brevis
arbor haec atque fruticosa , in Damasco Syri magna.
Materies ei admodum lenta , ac fidelis ad vetustatem ,
nigri splendoris : flos racemosus olivae modo, sed rubens :
folia densa. Fert et folliculos emittentes qudam anima-
lia , ceu culices , lentoremque resinosum , qui ex cortice
erumpit.
Rhus.
XUI. Etiam rhus Syriae mascula fert, sterili femiua,
folio ulmi paulo longiore et piloso , foliorum inter se
semper contrariis pediculis, gracili brevique ramo. Pel-
les candidae conficiuntur iis. Semen lenti simile , cum
uva rubescit , quod vocatur rhus , medicamentis neces-
sarium.
jEgypti arbores : ficus Alexandrina.
XIV. 7. Et jEgypto multa gnera , quae non alibi.
Ante omnia ficus , ob id iEgyptia cognominata. Arbor
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 3 7
a des pieds mles striles et des pieds femelles de deux
sortes ; dans l'un se voit un fruit rouge de la grosseur
d'une lentille ; l'autre porte un fruit ple , rsineux,
d'odeur agrable, dont la grosseur est celle d'une fve,
et qui mrit en mme temps que le raisin. Vers le mont
Ida en Troade, et dans la Macdoine, cet arbre est de la
taille d'un arbrisseau; Damas, en Syrie, il s'lve da-
vantage. Son bois est souple , d'un noir luisant , et se
conserve trs-long-temps. Ses fleurs, disposes en grappes
comme celles de l'olivier, sont rouges, et les feuilles
serres les unes contre les autres. Il produit certaines
vsicules , d'o sortent des animalcules analogues aux
moucherons , et de son corce s'chappe une liqueur
visqueuse semblable la rsine.
Rhus.
XIII. Le rhus (sumac) mle, en Syrie, donne une
graine; la femelle est strile. Les feuilles de cet arbre,
semblables celles de l'orme, sont plus longues, velues
et toujours opposes. Les branches sont effiles et cour-
tes ; elles servent prparer les peaux en blanc. La graine
ressemble des lentilles , et rougit en mme temps que
le raisin : on lui donne le nom de l'arbre mme , elle
est d'un grand usage en mdecine.
Arbres d'Egypte : figuier d'Alexandrie.
XIV. 7. L'Egypte possde aussi diverses espces d'ar-
bres qui ne se rencontrent pas ailleurs. Tel est, d'abord,
38 C. PLINH HIST. NA.T. LIB. XIII.
moro similis folio , magnitudine , aspectu. Pomum fort
non ramis, sed caudice ipso. Idque ipsum ficus est prae-
dulcis, sine granis interioribus , perquam fecundo pro-
ventu , scalpendo tantum ferreis unguibus : aliter non
maturescit. Sed quum factum est, quarto die demetitur,
alio subnascente : septeno ita numerosa partu, per sin-
gulas states multo lact abundante. Subnascitur, etiam
si non scalpatur, ftus quater state , prioremque ex-
pellit immaturum. Materies proprii generis inter utilis-
simas. Csa statim stagnis mergitur : hoc est ejus sic-
cari. Et primo sidit , postea fluitare incipit : certoque
sugit eam alienus humor, qui aliam omnem rigat. Quum
innatare cperit , tempestivae habet signum.
Ficus Cypria.
XV. Huic similis quadamtenus quee vocatur Cypria
ficus in Creta. Nam et illa in caudice ipso fert pomum,
et ramis, quum in crassitudinem adolevere. Sed haec
germina emittit sine ullis foliis : radice similis populo ,
folium ulmo. Fructus quaternos fundit : loties et ger-
minat. Sed grossus ejus non maturescit, nisi incisura
emisso lact. Suavitas et interiora , fici : magnitudo ,
sorbi.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 3 9
le figuier surnomm gyptien. Cet arbre ressemble, par
la feuille, au mrier, dont il a les dimensions et le port.
Son fruit n'est pas attach aux branches , mais au tronc
mme. C'est une figue trs-douce, sans graines au dedans,
trs-abondante ; il faut la gratter avec des ongles de fer
pour dterminer sa maturit. Quatre jours aprs cette
opration on la cueille, et un nouveau fruit commence
pousser. On fait ainsi jusqu' sept rcoltes , et en t
le fruit abonde en lait. Quand, faute d'tre gratts, les
fruits ne mrissent point , on fait cependant quatre r-
coltes, et des fruits nouveaux font tomber les prcdens
avant leur maturit. Le bois , d'une espce particulire ,
est trs-utile. A peine coup, on le plonge dans l'eau;
c'est ainsi qu'il sche. D'abord il va au fond , ensuite il
flotte: de sorte que l'eau, qui pntre tous les autres bois,
lui enlve au contraire son humidit. Quand il com-
mence nager sur l'eau , c'est un signe qu'il est bon
mettre en uvre.
Figuiers de Cypre.
XV. Le figuier de Cypre, dans l'le de Crte, res-
semble, jusqu' un certain point , au prcdent ; car il
porte aussi le fruit sur la tige et sur les rameaux lors-
qu'ils ont acquis une grosseur suffisante ; il pousse des
bourgeons sans aucune feuille. Sa racine ressemble
celle du peuplier , et sa feuille celle de l'orme. Il pro-
duit du fruit quatre fois l'anne, et bourgeonne un gal
nombre de fois ; mais son fruit ne mrit que si l'on y
pratique une incision pour lui faire jeter son lait. Il a
/,o C PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Siliqua ceraunia.
XVI. 8. Similis et quam Iones ceroniam vocnt :
trunco et ipsa fertilis , sed porno siliqu. Ob id quidam
/Egyptiam ficum dixere , errore manifesto. Non enim in
iEgypto nascitur, sed in Syria, Ioniaque, et circa Gni-
dum , atque in Rhodo : semper comantibus foliis , flore
candido , cum vehementia odoris : plantigera imis par-
tibus , et ideo superficie flavescens , succum auferente
sobole. Porno antecedentis anni circa Canis ortum de-
tracto, statim alterum parit : postea florem per Arctu-
rum : bieme ftus enutriente.
Persica arbor : et quibus arboribus subnascantur fructus.
XVII. 9. iEgyptus et Persicam arborem sui generis
habet, similem piro, folia retinentem. Fertilitas assidua
ei , subnascente crastino fructu : maturitas etesiarum
adflatu. Pomum longius piro , inclusum amygdal pu-
tamine , et corio , colore herbido : sed ubi nux illi ,
buic prunum, differens brevitate ac mollitie : et quam-
vis blandiatur prdulcis suavitas , innocuum. Materies
bonitate , firmitudine, nigritia quoque 'nihil differens a
loto. Simulacra ex ea factitavere. Non eadem gratia ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. /,i
le bon got de la figue , laquelle il ressemble en de-
dans. Sa grosseur est celle de la sorbe ( corme ).
Silique ceraunia.
XVI. 8. Le cronia des Ioniens ressemble aussi au sy-
comore: c'est galement son tronc qui porte des fruits
envelopps dans une gousse ; aussi l'a-t-on appel , mais
fort mal propos , figuier d'Egypte , car on n'en voit
point en Egypte , mais bien en Syrie , dans l'Ionie, les
environs de Gnide et l'le de Rhodes. Il est toujours
couronn de feuilles. Sa fleur est blanche et d'une odeur
trs-forte. Il est jauntre l'extrieur ; car les rejetons
du bas de la tige drobent le suc qui entretiendrait sa
verdure. Les fruits se cueillent vers le lever de la Cani-
cule, et sur-le-champ il en produit d'autres. Il fleurit
pendant l'rcture, et nourrit ses fruits pendant hiver.
Du persica ; sur quels arbres les fruits se succdent.
XVII. 9. L'Egypte produit. un persica d'espce par-
ticulire , qui ressemble au poirier , et conserve ses
feuilles. Il est toujours charg de fruits : la place de
celui qu'on cueille la veille , il en nat un autre le len-
demain. Ils mrissent au souffle des vents tesiens. Le
fruit est plus long qu'une poire, revtu d'une coquille
et d'une peau semblable celles de l'amande, et d'une
couleur verte ; mais , tandis que celle-ci a un noyau
l'intrieur, le persica donne un fruit plus petit et plus
tendre, et qui, tout en flattant le got par une saveur
42 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
quamquam fideli materie, ex arbore quam balanum ap-
pellavimus , magna ex parte contorta : navalis itaque
tantum est.
Cuci.
XVIII. At e diverso cuci in magno honore , palmae
similis quando et ejus foliis utuntur ad textilia. Differt
quod in brachia ramorum spargitur. Porno magnitudo ,
quae manum impleat, color fulvus, commendabilis succo
ex austero dulci. Lignum intus grande , firmaeque du-
ritiae , ex quo velares detornant anulos. In eo nucleus
dulcis , dum recens est : siccatus durescit ad infinitum ,
ut mandi non possit , nisi pluribus diebus maceratus.
Materies crispioris elegantiae, et ob id Persis gratis-
sinia.
Spina segyptia.
XIX. Nec minus spina celebratur in eadem gente
dumtaxat nigra, quoniam incorrupta etiam in aquis du-
rt, ob id utilissima navium costis. Candida facile pu-
trescit. Aculeus spinarum et in foliis. Semen in siliquis,
quo coria perficiuntur gallae vice. Flos et coronis ju-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 43
dlicieuse, ne peut cependant faire de mal. Le bois gale
celui du lotus en bont , en duret , et par la beaut de
son noir. On en faisait des statues. Celui de l'arbre dit
balane n'est point aussi recherch, quoiqu'il soit de
trs-longue dure. Ce bois est tortu pour la plus grande
partie ; aussi ne l'emploie-t-on que pour la construction
des vaisseaux.
Cuci.
XVIII. Au contraire, le cuci est Irs-estim ; il res-
semble au palmier , et l'on se sert aussi de ses feuilles
pour la vannerie ; mais il est plus branchu que le pal-
mier. Son fruit, de grosseur remplir la main, est rous-
slre , et se recommande par un suc aigre-doux. Au de-
dans du fruit est un gros noyau trs-dur, dont on fait,
sur le tour, des anneaux pour les voiles. L'amande qu'il
contient est tendre tant qu'elle est frache; sche, elle
se durcit au point qu'il est impossible de la mcher ,
moins qu'on ne la laisse tremper plusieurs jours. Le
bois du cuci a de trs -belles ronces ; aussi les Perses
l'aiment-ils beaucoup.
pine gyptienne.
XIX. Ils n'estiment pas moins l'pine noire ( l'acacia),
parce qu'il ne se gte jamais dans l'eau ; aussi en font-ils
grand usage pour les flancs des navires. La blanche se
pourrit aisment. Les deux espces sont garnies d'pines
jusque sur les feuilles. La graine est contenue dans des
gousses qui , comme la noix de galle , servent tanner
44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
cundus, et medicamentis utilis. Manat et gummi ex ea.
Sed praecipua utilitas , quod caesa anno tertio resurgit.
Circa Thebas liaec, ubi et quercus, etPersica, et oliva ,
ccc a Nilo stadiis , silvestri tractu , et suis fontibus
riguo.
10. Ibi et prunus iEgyptia, non dissimilis spinae
proxime dictae, porno mespili, maturescens bruma, nec
folia dimittens. Lignum in porno grande , sed corpus
ipsum natura copiaque , messium instar incolis. Purga-
tum enim tundunt, servantque ejus ofFas. Silvestris et
circa Memphim regio tam vastis arboribus , ut terni
non quirent circumplecti. Unius peculiari miraculo , nec
pomum propter, usumve aliquem , sed eventum , facis
est: spinae folia habet, ceu pennas, quae ? tactis ab ho-
mme ramis, cadunt protinus, ac postea renascuntur.
Gummium gnera ix. Sarcocolla.
XX. il. Gummim optimam esse ex iEgyptia spina
convenit, vermiculatam , colore glauco, puram, sine
cortice, dentibus adhaerentem. Pretium ejus in libras ,
x. ni. Deterior ex amygdalis amaris , et ceraso , pessima
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 45
les cuirs. La fleur fait de jolies couronnes, et sert en
mdecine. Cette pine distille une gomme. Son principal
avantage, c'est qu'aprs avoir t coupe elle repousse
en trois ans. Cet arbre se trouve aux environs deThbes,
trois cents stades du Nil, au milieu de forts compo-
ses de chnes , de persica , d'oliviers , et arroses de
quantit de ruisseaux.
10. Vers le mme lieu se trouve le prunier d'Egypte,
qui ressemble beaucoup l'pine dont nous venons de
parler. Son fruit , qui mrit vers le solstice d'hiver , a
quelque chose de la nfle. Cet arbre ne perd point ses
feuilles. Les fruits renferment un gros noyau ; mais la
partie charnue est d'une qualit et d'une abondance
telles , qu'il tient lieu de bl aux habitans ; aussi l'-
crasent-ils j et, aprs l'avoir mond, en font-ils des ptes
qu'ils conservent. Les forts des environs de Memphis
ont de si gros arbres, que trois hommes ne pourraient
en embrasser un seul. Une espce particulire se fait
remarquer, non par ses fruits ou par une utilit quel-
conque, mais par cette circonstance merveilleuse que les
feuilles, disposes comme des plumes d'oiseau , s'affaissent
ds qu'on touche les branches , et se relvent ensuite.
Neuf espces de gommes ; sarcocolle.
XX. i r . La meilleure gomme , de l'aveu de tout le
monde , est celle que donne l'pine d'Egypte : elle est
vermicule , de couleur verdtre , pure , sans mlan ge
d'corce , et s'attache aux dents. On la vend trois de-
niers la livre. L'amandier amer et le cerisier en four-
4 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XIII.
ex prunis. Fluit et ex vitibus , infantium ulceribus ap-
tissima : et aliquando ex olea , dentium dolori : ulmo
etiam in Coryco monte Ciliciae, ac junipero, ad nihil
utilis : ex ulmi vero gummi et culices ibi nascuntur. Fit
et ex sarcocolla (ita vocatur arbor) gummis utilissima
pictoribus ac medicis , similis pollini thuris : et ideo
candida , quam rufa, melior. Pretium ejus, quod supra.
De papyro : de charte usu : quando cperit.
XXI. Nondum palustria attigimus, ne frutices am-
nium. Prius tamen quam digrediamur ab iEgypto , et
papyri natura dicetur, quum chartae usu maxime huma-
nitas vitae constet et memoria. Et hanc Alexandri Magni
victoria repertam , auctor est M. Varro , condita in
jfgypto lexandria. Antea non fuisse chartarum usum :
in palmarum foliis primo scriptitatum : deinde quarum-
dam arborum libris. Postea publica monumenta plum-
beis voluminibus : mox et privata linteis confici cpta ,
aut ceris. Pugillarium enim usum fuisse etiam ante Tro-
jana tempora invenimus apud Homerum. Illo vero pro-
dente , ne terra quidem ipsa , qu nunc iEgyptus , in-
telligitur ( quum in Sebennytico saltem ejus nomo non-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 47
nissent de moins bonne qualit; celle du prunier est la
pire de toutes. La vigne donne une gomme excellente
pour les ulcres des enfans ; quelquefois l'olivier en
laisse chapper une qui est bonne pour les maux de
dents. Les ormes et les genvriers du mont Coryque ,
dans la Cilicie , en fournissent une qui n'a pas d'usage :
celle de l'orme contient mme de petits moucherons.
Le sarcocolle , tel est le nom d'un arbre , donne une
gomme trs-employe par les peintres et les mdecins.
Elle ressemble au pollen d'encens ; aussi la blanche est
plus estime que la rousse. Son prix est celui de la
gomme d'pine gyptienne.
Du papyrus : de l'usage du papier ; date de son origine.
XXI. Nous n'avons pas parl encore des plantes
marcageuses et des arbrisseaux de rivires. Avant de
quitter l'Egypte, cependant, nous parlerons de la na-
ture du papyrus , parce que sur les livres reposent la
civilisation et les souvenirs du pass. Selon M. Varron,
l'usage du papyrus commena lors des conqutes d'A-
lexandre-le-Grand , et de la fondation d'Alexandrie en
Egypte ; auparavant on ne connaissait pas le papier.
On crivit d'abord sur des feuilles de palmier , en-
suite sur l'corce de certains arbres. Plus tard des
feuilles de plomb reurent les actes publics ; la toile et
la cire furent ensuite consacres aux affaires particulires.
L'usage des tablettes tait connu avant la guerre de
Troie , si l'on s'en rapporte Homre. Ce mme pote
rapporte que la terre elle-mme que nous nommons au-
48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
nisi charta nascatur) : postea adaggerata Nilo. Siquidem
a Pharo insula , quae nunc Alexandriae ponte jungitur,
noctis dieique velifico navigii cursu terram fuisse pro-
didit. Mox aemulatione circa bibliothecas regum Ptole-
maei et Eumenis, supprimente chartas Ptolemaeo, idem
Varro membranas Pergami tradidit repertas. Postea
promiscue patuit usus rei , qua constat immortalitas bo-
minum.
Quomodo fit.
XXII. Papyrum ergo nascitur in palustribus iEgypti ,
aut quiescentibus Nili aquis, ubi evagata stagnant, duo
cubita non excedente altitudine gurgitum, brachiali ra-
dicis obliquae crassiludine , triangulis lateribus , decem
non amplius cubitorum longitudine in gracilitatem fas-
tigatum , tbyrsi modo cacumen includens semine nullo ,
aut usu ejus alio, quam floris ad deos coronandos. Ra-
dicibus incolse pro ligno utuntur : nec ignis tantum gra-
tia, sed ad alia quoque utensilia vasorum. Ex ipso qui-
dem papyro navigia texunt: et e libro vla, tegetesque,
nec non et. vestem , etiam stragulam , ac funes. Man-
dunt quoque crudum , decoctumque , succum tantum
dvorantes. Nascitur et in Syria , circa quem odoratus
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 49
jourd'hui Egypte (or le papyrus ne crot que dans le nome
Sbennytique ) n'existait pas encore , puisqu'elle n'est
qu'une alluvion du Nil , postrieure cette poque ; en
effet, de l'le du Phare, aujourd'hui jointe Alexandrie
par un pont, il fallait alors un jour et une nuit de na-
vigation pour arriver au continent. Varron ajoute que
les rois Ptolmeet Eumnes, ayant conu de la jalousie
l'un contre l'autre au sujet de leurs bibliothques, le
premier prohiba la sortie du papyrus , et qu'on inventa
alors Pergame le parchemin. Dans la suite ce papier,
qui donne l'immortalit aux hommes , devint d'un usage
trs-commun.
Fabrication du papier.
XXII. Le papyrus crot dans les marais d'Egypte ou
dans les eaux dormantes du Nil , lorsque, dbordes ,
elles demeurent stagnantes dans des creux qui n'ont
pas plus de deux coudes de profondeur. La racine est
grosse comme le bras , et tortue. Sa tige , triangulaire ,
ne s'lve pas plus de dix coudes , va en diminuant
jusqu' l'extrmit, o elle jette un bouquet semblable
un thyrse, mais qui ne contient point de graine , et ne
sert qu' faire des guirlandes pour les dieux. Les indi-
gnes emploient ses racines au lieu de bois , non-seule-
ment pour le feu , mais encore pour faire diffrens vases
de mnage. Avec le papyrus ils forment de petites
barques. Le liber fournit des voiles , des nattes , des
vtemens , des couvertures , des cordes. On mche la
tige crue ou cuite , mais seulement pour en exprimer
ix. 4
5o G. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
ille calamus , lacum. Neque aliis usus est, quam inde ,
funibus rex Antigonus in navalibus rbus , nondum
sparto communicato. Nuper et in Euphrate nascens circa
Babylonem papyrum intellectum est eumdem usum ha-
bere chartae. Et tameii adhuc malunt Parthi vestibus
literas intexere.
Gnera ejus x.
XXIII. 12. Praeparantur ex eo chartae, diviso acu in
praetenues, sed quam latissimas , philuras. Principatus
medio, atque inde scissuras ordine. Hieratica appellaba-
tur antiquitus , religiosis tantum voluminibus dicata ,
quae ablutione Augusti nomen accepit : sicut secunda
Liviae, a conjuge ejus. Ita descendit hieratica in tertium
nomen. Proximum amphitheatricae datum fuerat a con-
fecturae loco. Excepit hanc Romae Fannii sagax oficina,
tenuatamque curiosa interpolatioue principalem fecit e
plebeia, et nomen ei ddit. Quae non esset ita recurata,
in suo mansit amphitheatrica. Post hanc Saitica , ab op-
pido , ubi maxima fertilitas , ex vilioribus ramentis :
propiorque etiamnum cortici Leneotica , a vicino loco ,
pondre jam haec, non bonitate, venalis. Nam emporc-
tica inutilis scribendo , involucris chartarum , seges-
triumque in mercibus usum praebet : ideo a mercatoribus
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 5t
le jus. La Syrie fournit aussi du papyrus : on l'y trouve
le long du lac qui donne naissance au calamus aroma-
tique. Le roi Antigone n'employait pour cordages, dans
sa marine , que le papyrus ; car alors le sparte n'tait
pas rpandu. On a dcouvert, il y a peu de temps,
que le papyrus des environs de Babylone vaut celui
d'Egypte pour faire des livres ; cependant les Parthes
prfrent encore broder leurs lettres sur des toffes.
Ses neuf espces.
XXIIl. \i. On prpare le papier en divisant avec
l'aiguille l'eorce de l'arbre en feuilles trs-minces , mais
aussi larges que possible : la couche la plus voisine du
cur de l'arbre est la meilleure , les autres valent moins
mesure qu'elles s'en loignent. On appelait anciennement
hiratique le papier consacr aux matires religieuses.
Lav , il reut le nom de papier Auguste ; une seconde
qualit porta celui de Livie, sa femme; et, ainsi, l'hi-
ratique descendit au troisime rang. Venait ensuite le
papier amphithtrique , ainsi nomm du lieu o on le
confectionnait. Fannius le fabriqua ensuite avec une
telle supriorit , et incorpora si artistement d'autres
matires , que du dernier rang il passa au premier , sous
le nom de papier Fannien. L'amphithtrique , non re-
travaill, garda son ancien nom. Aprs celui-ci vient le
papier Satique, ainsi appel de la ville de Sais, o l'on
en fait une grande quantit ; il est compos de bandes
plus grossires. Le Lnotique, qui vient d'un lieu voi-
sin , se compose de bandes plus rapproches encore de
4-
5 2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
cognominata. Post hanc papyrum est, extremumque ejus
scirpo simile , ac ne funibus quidem , nisi in humore ,
utile.
Texuntur omnes , madente tabula Nili aqua : turbi-
tlus liquor glutinis pracbet vicera. Primo supina tabula
scheda adlinitur longitudine papyri , quae potuit esse ,
resegminibus utrimque amputatis : transversa postea
crates peragit. Premitur deinde praelis, et siccantur sole
plagulae, atque inter se junguntur, proxirnarum semper
bonitatis diminutione ad deterrimas. Numquam plures
scapo, quam vicen.
Probatio chartarum.
XXIV. Magna in latitudine earum differentia : xm di-
gitorum optimis : duo detrahuntur hieraticae : Fanniana
denos habet : et uno minus amphitheatriea : pauciores
Saitica : nec malleo sufficit : nam emporeticae brevitas
sex digitos non excedit. Praeterea spectantur in chartis,
tenuitas , densitas , candor , laevor. Primatum mutavit
Claudius Gaesar : nimia quippe Augustae tenuitas tole-
randis non sufficiebat calamis. Ad hoc transmittens lite-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 53
l'corce extrieure. On le vend au poids , sans avoir
gard la qualit. L'emportique ne vaut rien pour
crire, et ne sert qu' envelopper les autres papiers et
les marchandises : de l le nom d'emportique donn
par les marchands. Enfin arrive l'corce extrieure du
papyrus : elle ressemble celle du jonc, et ne peut servir
qu' faire des cordes qui vont dans l'eau.
Tous les papiers se fabriquent sur une table mouille
de l'eau du Nil ; car , comme cette eau est trouble , elle
tient lieu de colle. D'abord, sur la table incline, l'on
range des bandes de papyrus aussi longues qu'on peut
les avoir; on les rogne de chaque ct, et on en place
ensuite d'autres , qui forment une couche transversale ;
puis on les soumet la presse, et on les sche au soleil,
aprs quoi on les runit en feuilles. Les feuilles ext-
rieures sont toujours les meilleures , et la qualit dimi-
nue vers le centre. Jamais la main n'en contient plus
de vingt.
Comment on l'prouve;
XXIV. La largeur des feuilles diffre : les meilleures
ont treize doigts ; l'hiratique en a deux de moins ; le
papier fannien est de dix doigts ; l'amphithtrique , de
neuf; le satique, de moins encore, car il n'atteint pas la
largeur du marteau ; quant l'emportique , il n'excde
pas six doigts. On examine encore dans le papier sa
finesse, sa force, sa blancheur, son poli. Claude en-
leva le premier rang au papier auguste, dont la finesse
ne pouvait supporter la pression de la plume , et qui ,
54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
ras liturae metum adferebat ex aversis : et alias indecoro
visu pertranslucida. Igitur e secundo corio statumina
facta sunt : e primo , subtemina. Auxit et latitudinem.
Pedalis erat mensura, et cubitalis macrocollis: sed ratio
deprehendit vitium , unius schedae revulsione plures in-
festante paginas. Ob haec praelata omnibus Claudia (Au-
guste in epistolis auetoritas relicta : Liviana suam te-
nuit) : cui nihil primae erat , sed omnia secundae.
Vitia chartarum.
XXV. Scabritia laevigatur dente, conchave : sed ca-
ducae literae lunt. Minus sorbet politura charta, magis
splendet. Rebellt saepe humor inturiose datus primo ,
malleoque deprehenditur, aut etiam odore , quum fuerit
indiligentior. Deprehenditur et lentigo oculis : sed in-
serta mediis glutinamentis taenia, fungo papyri bibula,
vix nisi litera fundente se : tantum inest fraudis. Alius
igitur iterum texendis labor.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIII. 55
d'ailleurs, tant d'une transparence dsagrable l'il,
semblait rayer les caractres du verso. On fit donc un
papier dont la chane tait forme par les secondes bandes
du papyrus, et la trame par les premires. Il augmenta aussi
la largeur du papier : elle tait d'un pied pour les feuilles
ordinaires, et d'une coude pour les macrocolles. Mais
bientt l'exprience fit apercevoir un dfaut , c'est qu'en
tirant ce grand papier de la presse , les feuilles y adh-
raient et gtaient plusieurs pages : aussi le papier clau-
dien fut prfr tous les autres , l'auguste fut rserv
pour les missives, le livie garda le second rang; cepen-
dant ce dernier n'avait aucune bande de la premire
corce , toutes taient de la seconde.
Ses dfauts.
XXV. Les asprits du papier disparaissent par l'emploi
de l'ivoire ou de la coquille; mais l'criture dure moins
long-temps : le papier, bien plus luisant alors , ne prend
pas si bien l'encre. Souvent aussi le papier rsiste ,
cause de la ngligence avec laquelle on a rpandu l'eau
sur la table , ce que l'on reconnat , soit en battant le
papier avec un marteau , soit mme l'odeur. L'il d-
couvre aisment les taches ; mais quant aux raies qui
se trouvent dans le collage intermdiaire, et qui font
boire le papier; c'est ce qu'on ne peut apercevoir que
quand les lettres s'tendent d'une manire difforme ,
tant il existe de fraude ! On a donc eu recours un autre
procd de fabrication.
56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
De glutino chartarum.
XXVI. Glutinum vulgare e pollinis flore temperatur
fervente aqua, minimo aceti aspersu : nam fabrile, gum-
misque fragilia sunt. Diligentior cura : mollia panis fer-
mentati colata aqua fervente : minimum hoc modo in-
tergerii : atque etiam lini lenitas superatur. Omne au-
tem glutinum , nec vetustius esse dbet uno die , nec
recentius. Postea malleo tenuatur , et iterum glutino
percurritur, iterumque constricta erugatur, atque exten-
ditur malleo. Ita sunt longinqua monumenta Tiberii
Caiique Gracchorum manus, quae apud Pomponium Se-
cundum vatem civemque clarissimum vidi annos fere
post ce. Jam vero Giceronis, ac divi Augusti,'Virgiliique
saepenumero videmus.
De libris Numae.
XXVII. t3. Ingentia exempla contra Varronis sen-
tentiam de chartis reperiuntur. Namque Cassius Hemi-
na, vetustissimus auctor annalium, quarto eorum libro
prodidit , Cn. Terentium scribam agrum suum in Jani-
culo repastinantem , offendisse arcam , in qua Numa, qui
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 5 7
Colle du papier.
XXVI. La colle ordinaire est faite de fleur de farine
bouillie dans l'eau , avec un peu de vinaigre , car la
colle-forte et celle de gomme rendent le papier cassant.
Un meilleur procd, c'est d'employer de la mie de pain
lev , passe la chausse avec de l'eau bouillante : de l
une colle moins paisse entre les couches, et qui donne
un papier plus lisse que la toile de lin. Au reste, la colle,
quelle qu'elle soit , ne doit avoir ni plus ni moins d'un
jour. Le papier tant coll , on l'amincit avec le mar-
teau , ensuite on le colle de nouveau ; et , pour faire
disparatre les plis qui se reforment , on l'tend une
seconde fois sous le marteau. C'est sur ce papier que
depuis si long-temps Tiberius et Caus Gracchus ont
crit de leur propre main leurs mmoires, dont j'ai vu,
environ deux sicles aprs, l'autographe chez Pomponius
Secundus , citoyen et pote illustre. Cicron , Auguste
et Virgile s'en servaient aussi, et nous avons vu nombre
de fois leurs manuscrits.
Des livres de Numa.
XXVII. i3. Des faits marquans semblent repousser
l'opinion de Varron sur le papier. Cassius Hemina, un
de nos plus anciens auteurs d'annales , raconte, livre v,
que le greffier CneiusTerentius, faisant dfoncer, sur le
Janicule, un champ dont il tait propritaire, trouva une
bire qui aurait contenu le corps de Numa, ancien roi des
58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. Ail.
Romae regnavit , situs fuisset. In cadem libros ejus reper-
tos P. Cornelio L. F. Cethego , M. Baebio Q. F. Pamphilo
coss. ad quos a regno Numae colliguntur anni dxxxv et
lios fuisse e charta : majore etiamnum miraculo , quod
tt infossi duraverunt annis : quapropter in re tanta ip-
sius Heminae verba ponam. Mirabantur alii , quomodo
illi libri durare potuissent : ille ita rationem reddebat :
lapidem fuisse quadratum circiter in mdia arca vinctum
candelis quoquoversus. In eo lapide insuper libros im-
positos fuisse : propterea arbitrari eos non computruisse.
Et libros citratos fuisse : propterea arbitrarier tineas non
tetigisse. In his libris scripta erant philosophie Pytha-
goricae. Eosque combustos a Q. Petilio praetore , quia
philosophiae scripta essent. Hoc idem tradit L. Piso
censorius primo commentariorum : Sed libros septem
juris pontificii , totidemque Pythagoricos fuisse. Tudi-
tanus tertiodecimo : Numae decretorum fuisse. Ipse
Varro Humanarum antiquitatum sexto, Antias secundo,
duos pontificales Latinos , totidem Graecos praecepta
philosophiae continentes. Idem tertio ponit, quo com-
buri eos placuerit. Inter omnes vero convenit sibyllam
ad Tarquinium Superbum trs libros adtulisse : ex qui-
bus igni duo cremati ab ipsa, tertius cum Capitolio Sul-
lanis temporibus. Praeterea Mucianus ter consul prodi-
dit nuper se legisse, quum praesideret Lyciae, Sarpedo-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 5g
Romains. On y trouva, sous le consulat de Cornlius
Cethegus ( Publ. , fils de Luc. ) et Bbius Pamphilus
( M. , fils de Quint. ) , cinq cent trente-cinq ans aprs le
rgne de Numa , des livres de ce roi , et ils taient en
papier. Ce qui rend la chose plus merveilleuse encore,
c'est que, enfouis sous la terre, ils aient dur tant d'an-
nes; aussi, pour un fait de cette importance, je citerai
les paroles mmes d'Hemina : Quelques personnes s'-
tonnaient que ces livres eussent pu se conserver si long-
temps. Terentius l'expliquait , en disant qu'au milieu
de la bire tait une pierre carre, garnie de toutes
parts de cordes cires , et que les livres , renferms la
partie suprieure, se trouvaient, selon lui, l'abri de
la moisissure. De plus, ces livres avaient t protgs
par le citre , qui devait les prserver des teignes.
Ces livres contenaient les doctrines de Pythagore. Ils
furent brls par ordre du prteur Quintus Petilius ,
attendu que c'tait de la philosophie. Lucius Pison ,
ancien censeur , en dit autant dans ses Mmoires ,
livre i, en ajoutant seulement que sept volumes rou-
laient sur le droit pontifical , et sept sur la philo-
sophie pythagoricienne. Selon Tuditanus , livre xm ,
c'taient les lois de Numa. Varron , livre vi des Anti-
quits de l'espce humaine, Antias, livre u, s'accordent
dire que deux de ces livres, crits en latin, contenaient
les institutions pontificales , et que deux autres , crits
en grec , contenaient les dogmes de la philosophie. Dans
son troisime livre, il raconte la manire dont il plut au
consul de faire brler ces ouvrages. Du reste, il est reu
de tout le monde que la sibylle apporta Tarquin-le-
6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
nis a roja scriptam in quodam templo epistolae char-
tam. Quod eo magis miror, si etiamnum Homero con-
dente ./Egyptus non erat : aut cur, si jam hic erat usus ,
in ipsa illa Lycia Bellerophonti codicillos datos, non
epistolas , prodidit. Sterilitatem sentit hoc quoque : fac-
tumque jam Tiberio principe inopia chartae, ut e senatu
darentur arbitri dispensandae : alias in tumultu vita erat.
iEthiopiae arbores.
XXVIII. i4- iEthiopia, ^Egypto contermina, insignes
arbores non fere habet, praeter laniferas, quarum na-
tura in descriptione Indorum atque Arabiae dicta est.
Propior tamen huic natura lanae , majorque folliculus
granati modo mali : similesque et inter se arbores ipsae.
Praeter hanc palmae , quales retulimus. Insularum arbo-
res ambitu iEthiopiae , et nemora odorata , in mentione
earum dicta sunt.
^\.tlantica arbor. De citri arbore, et de citreis mensis.
XXIX. i5. Atlas mons peculiari proditur silva, de
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 61
Superbe trois livres , dont deux furent brls par elle-
mme ; le troisime prit. , du temps de Sylla , dans
l'incendie du Capitole. Mucien , trois fois consul , rap-
porte qu'tant prfet de Lycie , il lut , dans un temple,
une lettre crite sur papier par Sarpdon , et date de
Troie. Ce fait m'tonne d'autant plus , que , d'abord ,
l'Egypte n'existait pas au temps o Homre crivait;
qu'ensuite , admettant dj cette poque l'usage du
papier , Homre lui-mme , parlant de Bellrophon , fait
mention de tablettes , et non de lettres. Il y a quelque-
fois disette de papyrus : sous Tibre il devint tellement
rare , que le snat nomma des commissaires pour prsi-
der la distribution; car, autrement, les relations so-
ciales auraient t troubles.
Arbres d'Ethiopie.
XXVIII. i4- L'Ethiopie, limitrophe de l'Egypte, n'a
presque point d'arbres remarquables , sauf les arbres
laine dont il a t parl dans la description de l'Arabie
et de l'Inde. Le produit ressemble , plus que tout autre ,
la laine ; et l'enveloppe qui le contient est plus grosse
qu'une grenade, et en a la forme. Outre cet arbre, en
Ethiopie se trouvaient ces palmiers dont nous avons
parl. Les arbres que portent les les voisines de l'Ethio-
pie , ainsi que ses forts odorantes , ont dj t dcrits.
Arbre atlantique, mk citre , et des tables faites de ce bois.
XXIX. i5. Le mont Atlas possde, dit-on, une fort
6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
qua diximus. Confines ei Mauri , quibus purima arbor
citri , et mensarum insania , quas feminae viris contra
margaritas regerunt. Exstat hodie M. Ciceronis in illa
paupertate , et quod magis mirum est , illo vo empta
H-S x. Memoratur et Galli Asinii, H-S x. Venumdatae
sunt et duae a Juba rege pendentes : quarum alteri pre-
tium fuit H-S x, alteri paulo minus. Interiit nuper in-
cendio a Cethegis descendens, H-S xv permutata, lati-
fundii laxatione , si quis prdia tanti mercari malit.
Magnitudo amplissima adhuc fuit, unius commissae ex
orbibus dimidiats duobus , a rege Mauretaniae Ptole-
maeo, quatuor pedum et semipedis per mdium ambitum,
crassitudine quadrantali. Majusque miraculum in ea est
artis, latente junctura, quam potuisset esse naturae. So-
lidae autem a Nomio Csaris liberto cognomen tra-
hentis , tribus sicilicis infra quatuor pedes , totidemque
infra semipedem crassitudinis. Qua in re non omit-
tendum videtur , Tiberio principi mensam quatuor pe-
des sextante sicilico excedentem, tota vero crassitu-
dine sescunciali , operimento laminae vestitam fuisse ,
quum tam opima Nomio liberto ejus esset. Tuber hoc
est radicis, maximeque laudatum, quod sub terra to-
tum fuerit : et rarius quam quai superne , quaeque
gignuntur etiam inramis, propriequ-quod tanti eniitur,
arborum vitium est , quarum amplitudo ac radies aesti-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIII. 63
peuple d'arbres particuliers ; nous en avons trait. La
Mauritanie, pays limitrophe, abonde en citres, qui ont
fait natre l'extravagante manie des tables , que les
femmes reprochent aux hommes quand ceux-ci leur re-
prochent les perles. Celle de Cicron existe encore ;
et , chose trange , avec sa modique fortune et dans ce
sicle, il la paya un million de sesterces. Celle d'si-
nius Gallus en cota onze cent mille. Dans la succession
du roi Juba s'en trouvrent deux, dont l'une fut adjuge
douze cent mille sesterces, et l'autre un peu moins.
Un incendie en consuma nagure une qui venait de la fa-
mille des Cethegus, et que l'on vendit quatorze cent mille ,
c'est--dire la valeur d'un immense domaine, si tant est
que l'on voult mme payer si cher un domaine. La
plus grande table de citre que Ton connaisse est celle
que fit faire le roi de Mauritanie , Ptolme ; elle tait
compose de deux demi -ronds joints ensemble. Son
diamtre tait de quatre pieds et demi ; son paisseur de
trois pouces; et ce qui la rendait plus merveilleuse en-
core , c'est que l'art , en dissimulant la jointure , la
faisait paratre plus belle que si elle et t d'une seule
pice. Nomius , affranchi de Tibre , donna son nom
une table , dont le diamtre tait de quatre pieds moins
neuf lignes, et l'paisseur de cinq pouces trois lignes;
ajoutons que Tibre en avait une de quatre pieds deux
pouces et trois lignes de diamtre; mais l'paisseur n'al-
lait qu' un pouce et demi. Elle n'tait que plaque
d'une lame de ce bois , tandis que celle de son affranchi
tait si riche. On vante surtout les nuds de la racine,
qui sont entirement cachs en terre; ceux qui viennent
64 C. PLINII HIST. NAT. UB. XIII.
mari possunt ex orbibus. Sunt autem cupresso femina?
etiamnum silvestri similes folio , odore , caudice. Anco-
rarius mons vocatur citerioris Mauretaniae, qui lauda-
tissimam ddit citrum , jam exhaustus.
Quae probentur , aut vituperentur in his.
XXX. Mensis praecipua dos in venam crispis , vel in
vortices parvos. Illud oblongo evenit discursu, ideoque
tigrinum appellatur : hoc intorto , et ideo taies panthe-
rinae vocantur. Sunt et undatim crispae, majore gratia,
si pavonum caudae oculos imitentur. Magna vero post
has gratia , extra prdictas , crispis densa veluti grani
congerie, quas ob id a similitudine apiatas vocant. Summa
vero omnium in colore. Hic maxime mulsi placet , suis
refulgens venis. Post hc amplitudo est : jam toti cau-
dices juvant : pluresque in una.
Mensae vitia: lignum, ita vocatur materia surda, et
indigesta simplicitas, aut platani foliorum modo digesta :
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 65
au tronc ou aux branches sont moins recherchs. Ce que
nous achetons si cher n'est donc que la dfectuosit de
l'arbre, dont au reste on peut valuer la grandeur par
celle des cercles concentriques. Les citres ressemblent,
par leur feuillage, leur odeur et leur tronc, au cyprs
femelle , mme sauvage. Le mont Ancoraire , dans la
Mauritanie citrieure, fournissait les plus beaux citres;
mais le luxe l'a puis.
Reauts et dfauts de ces arbres.
XXX. Les plus belles tables sont celles qui sont ma-
dres , ou dont les veines se rpandent en petits tour-
billons. Dans les premires, on voit les veines courir ir-
rgulirement et indfiniment ; dans les secondes, elles
reviennent sur elles-mmes. Celles-ci se nomment pan-
thrines , et les autres tigrines. D'autres sont madres
par ondes ; elles ont du prix , surtout si elles imitent les
yeux sems sur la queue du paon. On estime aussi beau-
coup , moins pourtant que les prcdentes , celles dont
les veines ressemblent de petits grains entasss. Ce ca-
ractre leur a fait donner le nom d'apiates : leur mrite
consiste surtout dans la couleur. On estime principale-
ment la couleur du vin miell , lorsque les veines sont
brillantes. Aprs la nuance , ce qu'on aime le plus est
la grandeur. On exige surtout qu'elles soient formes
d'une seule pice ; on en fait cependant o entrent plu-
sieurs morceaux.
Leurs dfauts sont, i d'avoir ce qu'on appelle le bois,
c'est--dire un bois sans reflet ni veines, qui n'offre que
ix. 5
66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
item iligua? venae similitude* , vel coloris : et quibus
maxime obnoxias fecere aestus ventique , rimae , aut ca-
pillamenta rimas imitata. Postea murna nigro trans-
currens limite .: variisque cornicum punctis adprehen-
sus, papaverum nodo, et in totum atro propior colos,
maculaeve discolores. Virides terra condunt barbari, et
illiiiunt cera. Artifices vero frumenti acervis imponunt
septenis diebus , totidem intermissis : mirumque ponderi
quantum ita detrahatur. Naufragia docuere nuper, hanc
quoque materiam siccatam mari , duritie incorrupta
spissari, non ullo modo vehementius. Nutriuntur optime,
splendescuntque, manu sicca fricat a balineis maxime :
nec a vinis la)duntur , ut lus genitae.
16. Inter pauca nitidioris vit instrumenta haec arbor
est : quapropter insistendum ei quoque paulum videtur.
Nota etiam Homero fuit : thyon grce vocatur, ab aliis
thya. Hanc itaque inter odores uri tradit in deliciis Cir-
es, quam deam volebat intelligi, magno errore eorum,
qui odoramenta in eo vocabulo accipiunt , quum pr-
sertim eodem ver su cedrum laricemque una tradat : in
quo manifestum est de arboribus tantum locutum. Tho-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 67
des dessins insignifans , ou qui ressemblent la feuille
du platane ; 2 celui de ressembler , par les veines ou
la couleur , au bois d'yeuse , inconvnient auquel les
exposent le vent et la chaleur, en y formant des fentes,
ou des gerures qui ressemblent des fentes; 3 d'tre
comme traverses par une murne noire, ou bien poin-
tilles comme la corneille, ou encore d'avoir des nuds
semblables des pavots ; 4 d'avoir des taches de cou-
leurs diffrentes, ou d'tre presque entirement noires.
Les indignes enfouissent dans la terre le citre encore vert ,
puis le frottent de cire. Les ouvriers le laissent sept jours
sur des monceaux de bl, puis attendent sept autres jours
pour le mettre en uvre, et il est tonnant combien cette
prcaution lui fait perdre de son poids. Les naufrages
nous ont appris depuis peu que l'eau de la mer dessche
ce bois, et lui communique une duret incorruptible,
laquelle il ne parviendrait pas d'une autre manire. Pour
le maintenir dans sa beaut et dans son lustre, il faut le
frotter avec la main non mouille, surtout lorsque l'on
revient du bain. Le vin n'y fait point tache; on dirait
qu'il est n pour la table.
16. Comme cet arbre est devenu un des principaux
lmens du luxe, il esl propos d'en parler un peu plus
longuement. Le citre a t connu d'Homre : son nom
grec est thyon , ou encore ihya. Homre dit qu'il tait
du nombre des bois odorifrans brls par Circ, dont il
faisait une desse. On voit ici la grave erreur de ceux qui
ont voulu entendre par ce mot toute espce de parfums ,
d'autant plus que dans le mme vers il cite le cdre et le
larix , ce qui prouve clairement qu'il n'a voulu parler que
5.
68 C. PLINII HIST. NAT. LB. XIII.
phrastus ( qui primus a Magni Alexandri aetate scribit ,
quae circa urbis Romae quadringentesimum quadragesi-
iiium gesta sunt annum), magnum jam huic arbori ho-
norem tribuit , memoratas ex ea referens templorum
veterum contignationes , quamdamque immortalitatem
materiae in tectis contra vitia omnia incorruptae. Radice
nihil crispius, nec aliunde pretiosiora opra. Prcipuam
autem esse eam arborem circa Hammonis delubrum :
nasci et in inferiore Cyrenaic parte. De mensis tamen
tacuit : et alias nullius ante Ciceronianam vetustior me-
moria est, quae novitia apparet.
Malum citreum.
XXXI. Alia est arbor eodem nomine , malum ferens
exsecratum aliquibus odore et amaritudine , aliis expe-
titum , domos etiam decorans , nec dicenda verbosius.
Lotos.
XXXII. 17. Eadem Africa , qua vergit ad nos, in-
signem arborem loton gignit, quam vocant celtin , et
ipsam Itali familiarem , sed terra mutatam. Prcipua
est circa Syrtes atque Nasamonas. Magnitudo, qu piro:
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 69
d'arbres. Thophraste, le premier qui, partir du rgne
d'Alexantlre-le-Grand, nous ait laiss le rcit des faits qui se
sont passs vts l'an de Rome 44 > nomme dj cet arbre
avec estime, et rapporte qu'on en a parl comme d'un
bois employ dans la charpente des temples antiques ,
et il lui accorde , dans la construction des btimens , une
espce d'immortalit qui le prserve de toute destruction.
La racine surtout a des veines magnifiques, et c'est
d'elle qu'on tire les ouvrages les plus prcieux. Les plus
beaux de ces arbres, dit-il, se trouvent aux environs du
lemple d'Hammon. La Cyrnaque infrieure en produit
aussi. Thophraste, cependant, ne parle point de tables
de citre, et effectivement on ne fait mention d'aucune,
avant celle de Cicron , qui semble faite assez r-
cemment.
Du citron.
XXXI. Un autre arbre de mme nom porte des fruits
que leur odeur et leur amertume rendent, pour certaines
personnes , un objet d'excration ; quelques autres le
recherchent. L'arbre fait mme l'ornement des maisons.
Nous n'en parlerons pas davantage.
Du lotos.
XXXII. 17. L'Afrique, dans sa partie la plus voisine
de nous , produit le lotos ou celtis , arbre trs-remar-
quable, aujourd'hui commun en Italie, mais que le
changement de climat a modifi. Il abonde vers les Syrtes
et le pays des Nasamons. Sa taille est celle du poirier.
70 C. PLINII HIST. NA. LIB. XIII.
quamquam Nepos Cornlius brevem tradat. Incisur
folio crebriores , quse ilicis videntur. Differenti plures ,
eque maxime fructibus funt. Magniludo huic fab ,
color croci, sed ante maturitatem alius atque alius, sicut
in uvis. Nascitur densus in ramis myrti modo, non ut
in Italia , cerasi : tam dulci ibi cibo , ut nomen etiam
genti terrque dederit , nimis hospitali advenarum obli-
vione patri. Ferunt ventris non sentire morbum , qui
eura mandant. Melior sine interiore nucleo , qui in al-
tero gnre osseus videtur. Vinum quoque exprimitur
illi , simile mulso , quod ultra denos dies negat durare
idem Nepos : baccasque concisas cum alica ad cibos do-
liis condi. Quin et exercitus pastos eo accepimus, ultro
citroque commeantes per Africain. Ligno colos niger. Ad
tibiarum cantus expetitur. E radie cultellis capulos, bre-
vesque alios usus excogitant. Haec ibi natura arboris.
Est autem eodem nomine et herba , et in iEgypto
caulis in palustrium gnre. Recedentibus enim aquis
Nili riguis provenit similis fabse caule, foliisque densa
congerie stipatis, brevioribus tantum, gracilioribusque :
oui fructus in capite papaveri similis incisuris, omnique
alio modo : intus grana, ceu milium. Incolse capita in
acervis putrefaciunt : mox sparant lavando , et siccata
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 71
Cependant Cornlius Nepos dit qu'il est petit ; sa feuille ,
par ses nombreuses dcoupures , ressemble celle de
l'yeuse. Il en existe plusieurs espces ; on les distingue
surtout aux fruits, qui ont la grosseur de la fve et une
couleur de safran, mais qui, avant la maturit, varie
comme celle des diverses espces de raisins. Ils croissent
fort pais sur les branches, la faon des baies de myrte,
et non comme les cerises, ainsi qu'on le voit en Italie.
Il donne une nourriture si dlicieuse en Afrique, que le
peuple et le pays lui doivent le nom de lotophages , et
que cette hospitalit trop attrayante fait oublier aux
trangers leur patrie. Jamais, dit-on, ceux qui en man-
gent n'ont d'indisposition intestinale. On prfre l'espce
fruit sans noyau celle dont les fruits en contiennent
un. On en exprime un vin, semblable au vin miell,
mais qui, selon Nepos, ne se garde pas plus de dix jours.
Les fruits, hachs avec de l'alica, se gardent dans des
tonneaux pour la table. On dit mme que des armes ,
traversant en diffrens sens l'Afrique , ont vcu de ce
fruit. Son bois est noir; on le recherche pour les fltes.
La racine se taille en manche de couteau. On en fait
aussi divers petits ustensiles. Tel est le lotos, arbre.
Mais on donne aussi ce nom une herbe , et en Egypte
une tige qui crot dans les marais. Quand les eaux du
Nil se retirent, aprs avoir inond le pays, on voit la
tige qui pousse , semblable celle de la fve ; ses feuilles
sont nombreuses, fort entasses, mais plus courtes et
plus minces. La cime porte un fruit dont les dentelures
ressemblent celles du pavot , dont il a d'ailleurs tout
l'aspect. Le grain qu'il contient ressemble au millet. Les
72 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XIII.
tundunt, eoque pane utuntur. Mirum est, quod praeter
haec traditur : sole occidente papavera ea comprimi , et
integi foliis : ad ortum autem aperiri, ; donec matures-
cant , flosque, qui est candidus , dcidt.
18. Hoc amplius in Euphrate tradunt, et caput ipsum
et florem vespera mergi usque in mdias noctes , totum-
que abire in altum, ut ne demissa quidem manu possit
inveniri. Verti deinde, paulatimque subrigi, et ad exor-
tum solis emergere extra aquam , ac florem patefacere ,
atque etiamnum insurgere, ut plane ab aqua absit alte.
Radicem lotos haec habet mali cotonei magnitudine, oper-
tam nigro cortice , qualis et castaneas tegit. Interius
candidum corpus , gratum cibis , sed crudo gratius de-
coctum, sive aqua, sive pruna. Nec aliunde magis,
quam purgamentis ejus , sues crassescunt.
Cyrenaicae arbores : paliurus.
XXXIII. 19. Cyrenaica regio loton siue postponit pa-
liuro. Fruticosior haec, fructuque magis rubens , cujus
nucleus non simul mandatur , jucundus per se , atque
suavior e vino , quin et vina succo suo commendans.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 7 3
indignes laissent pourrir les ttes de cette plante en mon-
ceaux; ils sparent la graine par le lavage, et la broient,
quand elle est sche , pour en faire une sorte de pain. Une
autre particularit merveilleuse attribue cette plante ,
c'est qu'au coucher du soleil, ses ttes se resserrent et
sont recouvertes par les feuilles , et qu'elles se rouvrent
au lever de l'astre : ce qui a lieu jusqu' ce qu'elles ar-
rivent maturit, et que leur fleur, qui est blanche,
tombe d'elle-mme.
18. On dit encore que, dans l'Euphrate, la tte et la
fleur du lotos s'enfoncent le soir entirement dans l'eau
jusqu' minuit, et si profondment, que mme en plon-
geant la main dans le fleuve, on ne saurait les atteindre;
mais qu'aprs minuit elles se relvent peu peu, de
sorte qu'au lever du soleil elles flottent sur l'eau , pa-
nouissent leurs fleurs qui suivent encore l'ascension de
l'astre, et se trouvent bien au dessus du niveau de l'eau.
La racine du lotos est de la grosseur d'un coing ; elle est
couverte d'une corce noire, semblable celle des ch-
taignes. Le dedans est blanc et bon manger, meilleur
pourtant cuit dans l'eau ou sur la braise que cr. Rien
n'est meilleur que les pelures pour engraisser les porcs.
Arbres de la Cyrnaque. Le paliure.
XXXIII. 19. La Cyrnaque prfre son paliure au
lotos. Le paliure est plus branchu, et son fruit plus rouge.
On mange part le noyau, qui est fort bon par lui-mme,
et que rend encore meilleur le vin , auquel , son tour,
le suc du noyau communique un got excellent. L'Afri-
74 C PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Interior Africa ad Garamantas usque, et dserta, pal-
marum magnitudine , et suavitate constat , nobilibus
maxime circa delubrum Hammonis.
Pnici mali gnera ix. Balaustium.
XXXIV. Sed circa Carthaginem Punicum malum co-
gnomine sibi vindicat: aliqui granatum appellant. Divi-
sit et in gnera : apyrenum vocando , cui lignosus nu-
cleus abest: sed candidior ei natura, et blandiores sunt
acini, minusque amaris distincti membranis. Alia struc-
tura eorum quaedam , ut in favis , communis. Nucleos
habentium quinque species : dulcia, acria, mixta , acida,
vinosa. Samia et iEgyptia distinguuntur erythrococcis ,
et leucococcis. Corticis major usus ex acerbis ad perfi-
cienda coria. Flos balaustium vocatur, et medicinis ido-
neus , et tingendis vestibus , quarum color inde nomen
accepit.
Asiae et Graeciae arbores : epipactis , erice ; granum cnidium , sive
thymelaea, sive pyrosachne, sive cnestron, sive cneoron.
XXXV. 20. In Asia et Grcia nascuntur frutcies :
epipactis , quem alii elleborinen vocant , parvis foliis ,
quae pota contra venena prosunt , sicut erices contra ser-
pentes.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 7 5
que intrieure , jusqu'au pays' des Garamantes et aux
dserts, produit des palmiers excellens et magnifiques,
couverts de dattes dlicieuses : les plus beaux se trouvent
aux environs du temple d'Hammon.
Neuf espces de grenadiers. Du balauste.
XXXIV. Vers Carthage se trouve le grenadier (nomm
de cette ville pommier punique) : on en distingue aussi
plusieurs espces. On nomme apyrne celle dont le fruit,
sans noyau, est plus blanc que celui des autres, a des
grains plus doux, spars par des pellicules moins amres.
L'ensemble des loges distinctes de chaque grain peut se
comparer un rayon de miel. Celles qui ont des noyaux
se divisent en cinq espces : les douces , les pres , les
mitoyennes, les acides, les vineuses. On distingue les
grenades de Samos et d'Egypte leurs grains rouges ou
blancs. Encore vertes, leur corce est excellente pour
tanner les cuirs. La fleur se nomme balauste , et sert
beaucoup en mdecine : on l'emploie aussi en teinture et
elle donne son nom aux toffes ainsi prpares.
Arbres d'Asie et de Grce : l'pipactide , l'rice, le granum enidium
ou thymle , le pyrosachne , le cnestre , le cneorum.
XXXV. 20. En Asie et en Grce croissent les trois
arbrisseaux suivans : i l'pipactide, suivant quelques-
uns ellborine, feuille petite, excellente en breuvage
contre toute espce de poison ; i l'rice, antidote contre
la morsure des serpens ;
76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
ai. Et in quo nascitur granum Gnidium , quod ali-
qui linum vocant : fruticem vero thymelaeam , alii cha-
melaeam , alii pyrosachnen , alii cnestron , alii cneoron :
est similis oleastro, foliis angustioribus, gumminosis si
mordeantur, myrti magnitudine : semine, colore et specie
farris : ad medicinae tantum usum.
Tragion : tragacanthe.
XXXVI. Tragion fruticem sola Creta insula gignit ,
terebintho similem et semine, quod contra sagittarum
ictus effcacissimum tradunt. Eadem tragacanthen ,
spinae albae radice, multum prselata apud Medos aut in
Achaia nascenti. Pretium ejus in libras x. ni.
Tragos sive scorpio : myrice , sive brya ; ostrys.
XXXVII. Tragon et Asia fert , sive scorpionem , ve-
prem sine foliis, racemisrubentibus, ad medicin usum.
Myricen et Italia , quam alii tamaricen vocant : Achaia
autem bryam silvestrem : insigne in ea , quod sativa tan-
tum ferat gallse similem fructum. In Syria et in vEgypto
copiosa haec est, cujus infelicia ligna appellamus, quae
tamen infeliciora sunt Graeciae. Gignit enim arborem
ostryn, quam et ostryam vocant, solitariam circa saxa
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIII. 77
ai. 3 Le grain de Guide, autrement lin, dont l'arbuste
porte les noms de thymle, de chamle, de pyros-achn,
de cnestre , de cnore. 11 ressemble l'olivier sauvage ;
mais les feuilles plus troites ont l'aspect de celles du
myrte : elles sont gommeuses sous la dent; la graine
a la couleur et la forme du far ; elle ne sert qu'en m-
decine.
Le tragion , la tragacanthe.
XXXVI. Le tragium, arbrisseau particulier l'le de
Crte , a l'aspect et la graine du trbinthe : celle-ci est
un remde trs-efficace contre les coups de flche, La
mme le produit la tragacanthe, dont la racine est celle
de l'pine blanche ; mais on prise davantage celle que
fournissent l'Achae et la Mdie; elle se vend trois de-
niers la livre.
Le tragos ou scorpion ; la myrice ou brye ; l'ostrys.
XXXVII. Le tragos ou scorpion vient en Asie. C'est
une plante pineuse, sans feuilles, grappes rouges, em-
ploye en mdecine. L'Italie produit la myrice ou tama-
rice , et l'Achae la brye sauvage , remarquable en ce
que la brye domestique seule donne un fruit semblable
la galle. Elle abonde en Syrie et en Egypte, et nous
qualifions son bois de triste , quoique cependant la Grce
en produise de plus triste encore. Ella donne en effet
l'ostrys ou ostrya , arbre solitaire qu'on trouve autour
des rochers baigns d'eau, et dont l'corce, ainsi que
7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
aquosa , similem fraxino cortice , et ramis , folio piri ,
paulo tamen Iongioribus, crassioribusque, ac rugosis in-
cisuris, qu per tota discurrunt : semne hordeo simili
et colore. Materie est dura atque firma : qua in domtim
illata , difficiles partus fieri produnt , morlesque mi-
seras.
Evonymos.
XXXVIII. 22. Nec auspicatior in Lesbo insula arbor
quae vocatur evonymos , non absimilis Punic arbori ,
inter eam et laurum folii magnitudine , figura vero et
mollitiePunicae, flore candidiore, statim pestem denun-
tians. Fert siliquas sesamae similes : intus granum qua-
drangula figura, spissum , ltale animalibus : nec non
et in folio eadem vis. Succurrit aliquando praeceps alvi
exinanitio.
Eon arbor.
XXXIX. Alexander Cornlius arborem eonem appel-
lavit , ex qua facta esset Argo , similem robori viscum
ferenti , quae nec aqua nec igni possit corrumpi , sicuti
nec viscum : nulli alii cognitam , quod equidem sciam.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 79
les branches , rappellent le frne, et les feuilles le poirier ;
cependant elles sont un peu plus longues, plus paisses,
dcoupes et rugueuses dans toute leur tendue; la
graine a la forme et la couleur de l'orge ; le bois en est
dur et solide. Dans les maisons o l'on en apporte, les
femmes accouchent difficilement, et il survient des morts
funestes.
L'vonyme.
XXXVIII. 11. L'vonyme, arbre de l'le de Lesbos,
n'est gure moins fatal. 11 ressemble au grenadier; et,
pour la grandeur, ses feuilles tiennent le milieu entre
celles de cet arbre et celles du laurier, mais elles ont la
mollesse et la forme de celles du grenadier ; ses fleurs
sont plus blanches, et leur exhalaison signale aussitt
ses vertus funestes. L'arbre porte des gousses semblables
celles du ssame. Au dedans est un graine carre, paisse,
mortelle pour tous les animaux. Les feuilles ont la mme
proprit ; quelquefois une vacuation prompte sauve
ceux qui en ont got.
L'on.
XXXIX. Corneille Alexandre nomme on l'arbre dont
on fit le vaisseau des Argonautes. Cet arbre, dit -il,
ressemble au chne qui porte le gui , et rsiste l'eau
et au feu comme le gui. Je ne vois personne, autre que
lui , faire mention de cet arbre.
8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIIL
Andrachne.
XL. Adrachnen omnes fere Grci'portulac nomine
interpretantur , quum illa sit herba , et andrachne vo-
cetur, unius liter diversitate. Ceterum adrachne est sil-
vestris arbor, neque in planis nascens, similis unedoni,
folio tantum minore , et numquam decidente : cortice
non scabro quidem, sed qui circumgelatus videri possit,
tam tristis aspectu est.
Coccygia : apharce.
XLI. Similis et coccygia folio , magnitudine minor.
Proprietatem habet fructum amittendi lanugine (pappum
vocant), quod nulli alii arborum evenit. Similis et apharce,
bifera a^que quam adrachne. Priorem fructum incipiente
pubescere uva peragunt , alterum initio hiemis : quales
eos , non traditur.
Fcrula.
XLII. Et ferulam inter externas dixisse conveniat,
arborumque generi adscripsisse : quoniam quarumdam
naturae (sicut distinguimus) lignum omne corticis loco
habent, hoc est, forinsecus : ligni autem loco fungosam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 81
L'andrachn.
XL. Presque tous les Grecs nomment adrachn le
pourpier, qui est une herbe , et dont le vritable nom ,
diffrant seulement d'une lettre , est andrachn. L'a-
drachn est un arbre sauvage , qui ne crot pas en
plaine. Il ressemble l'arbousier; mais sa feuille, plus
petite, ne tombe jamais. Son corce n'est pas raboteuse,
mais elle semble comme gerce ; tant son aspect est
triste !
La coccygie ; l'apharc.
XLI. La coccygie est moins grande, mais elle lui res-
semble par son feuillage; elle a ceci de particulier, que
son fruit se perd en duvet, ce qui n'arrive aucun arbre.
Ce duvet se nomme pappus. L'apharc ressemble aussi
l'adrachn, et porte comme lui deux fois l'an. Le pre-
mier fruit parat lorsque les raisins sont en fleurs ; les
seconds se montrent l'entre de l'hiver : on ne dit pas
quels sont ces fruits.
La frule.
XLII. Parmi les arbres exotiques, nommons aussi la
frule ; nous la comptons parmi les arbres , car nous
distinguons diverses classes d'arbres : les uns ont tout
leur bois en dehors , la place de l'corce , et la place
du bois une moelle spongieuse , comme le sureau ;
ix. 6
8* C. PLINII HIST NAT. LIB. XIII.
intus medullam, ut sambuci : quaedam vero inanitatem,
ut arundines. Ferula calidis nascitur locis , atque trans
maria ; geniculatis nodata scapis. Duo ejus gnera : nar-
theca Graeci vocant, adsurgentem in altitudinem : nar-
thecyan vero semper humilem. A genibus exeuntia folia
maxima, ut quaeque terrae proxima. Cetero natura eadem,
quae anetho , et fructu similis. Nulli fruticum levitas
major : ob id gestatu facilior, baculorum usum senectuti
praebet.
Thapsia.
XLIII. Semen ferulse , thapsiam quidam vocavere :
decepti eo , quoniam ferula sine dubio est thapsia , sed
sui generis , foliis feniculi , inani caule , nec excedente
baculi longitudinem : semen quale ferulae, radix candida.
Incisa lact manat, et contusa succo : nec corticem ab-
dicant. Omnia ea venena : quippe etiam fodientibus no-
cet : si minima adspiret aura , intumescunt corpora : fa-
ciemque invadunt igns sacri : ob id cerato prius illinunt.
Quibusdam tamen morbis auxiliari dicunt medici, per-
mixtam aliis : item in alopeciis, sugillatisque, ac liven-
tibus : ceu vero remdia desint, ut scelera non tractent.
Sed ista praetexunt noxio instrumente : tantumque im-
pudentiae est, ut venenum artis esse persuadeant. Thapsia
est in Africa vehementissima. Quidam caulem incidunt
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 83
d'autres sont creux l'intrieur, comme le roseau. Le
caractre de la frule, qui d'ailleurs crot dans les r-
gions chaudes et au del des mers, est d'tre divis en
tiges partages par des nuds : il y en a deux espces.
Les Grecs nomment narthex celle qui s'lve en hauteur;
et narthcie , celle qui est toujours basse. Les feuilles
de la frule sortent de chaque nud , d'autant plus
grandes qu'elles sont plus voisines de terre. Du reste ,
la frule a les proprits et les fruits de l'aneth. Aucun
bois n'est plus lger ; aussi les vieillards en font-ils des
btons qu'ils portent avec la plus grande facilit.
La thapsie.
XLIII. Quelques auteurs ont nomm thapsie la graine
de frule ; c'est tort : la thapsie est une frule , mais
d'espce particulire , feuilles de fenouille, tige fistu-
leuse et n'excdant pas la hauteur d'un bton ; sa graine
est celle de la frule ; sa racine est blanche. Incise , elle
laisse couler du lait ; pile , elle donne un suc ; 1 ecorce est
mme employe : mais toutes ces substances sont vn-
neuses , car elles nuisent mme ceux qui arrachent la
plante. Si le vent leur souffle au visage , leur corps se
couvre de tumeurs , le feu sacr attaque leur visage :
aussi le frottent-ils pralablement de crat. Des mdecins
cependant disent que, combine avec d'autres ingrdiens,
la thapsie est utile dans quelques maladies , et aussi
contre l'alopcie, les contusions et les meurtrissures li-
vides; comme si nous manquions de remdes qui rendent
inutile l'emploi des poisons. Il est vrai qu'ils prtextent
6.
8/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
per messes, et in ipsa excavant radie, quo succus con-
flut ; arefactumque tollunt. Alii folia , caulem , radi-
cem tundunt in pila , et succum in sole coactum divi-
dunt in pastillos. Nero Csar claritatem ei ddit initio
imperii , nocturnis grassationibus converberatam faciem
illinens sibi cum thure , ceraque , et secuto die contra
famam cutem sineeram circumferens. Ignem ferulis op-
time servari certum est , easque in iEgypto prcellere.
Capparis, sive cynosbatoii, sive ophiostaphylon.
XL1V. 23. Ibi et capparis, firmioris ligni frutex, se-
minisque et cibi vulgati , caule quoque una plerumque
decerpto. Cavenda ejus gnera peregrina : siquidem Ara-
bium pestilens , Africum gingivis inimicum , Marmari-
cum vulvis , et omnium inflationibus. Apulum vomitus
facit : stomachum et alvum movet. Quidam id cynosbaton
vocant, alii opheostaphylen.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 85
cette absence pour justifier un agent dangereux; impu-
dence excessive, qui veut faire figurer le poison dans
l'art mdical. La thapsie d'Afrique est la plus violente.
Quelques-uns incisent la tige lors de la moisson , et mme
creusent la racine pour en dterminer l'afflux du suc
qu'ils tent lorsqu'il est sec; d'autres pilent les feuilles,
la tige et la racine dans un mortier, font paissir le suc au
soleil , et en font des trochisques. Nron , dans le commen-
cement de son rgne, mit en vogue cette plante. Aimant
faire dans Rome des courses nocturnes, il appliquait
sur ses meurtrissures du suc de thapsie , de l'encens et de
la cire, et le lendemain il opposait aux rumeurs de la
ville un visage sans contusions. JDu reste, il est certain
que le feu se conserve trs-bien dans la tige de la frule ,
et que la meilleure crot en Egypte.
La capparide ou cynosbate , autrement ophiostaphyle.
XLIV. 1 3. L'Egypte produit encore le cprier, arbris-
seau d'un bois trs-ferme ; sa graine est communment
employe dans les alimens. Presque toujours on cueille
la branche en mme temps. On doit faire attention aux
cpres trangres ; celles d'Arabie sont trs-mauvaises ;
celles d'Afrique font du mal aux gencives ; celles de la
Marmarique lsent la matrice , et en gnral causent des
gonflemens ; celles de l'Apouille font vomir, et causent
des maux d'estomac et le flux de ventre. Quelques-uns
l'appellent cynosbate, d'autres ophostaphyle.
86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Saripha.
XLV. Fruticosi est generis et sari , circa Nilum nas-
cens, duorum ferme cubitorum altitudine, pollicari cras-
situdine , coma papyri , similique manditur modo : ra-
die ferrariis officinis praecipua , carbonis usu , propter
duritiam.
Spina regia.
XL VI. i[\. Non omittendum est et quod Babylone
seritur in spinis , quoniam non aliubi vivit , sicut et
viscum in arboribus : sed illud in spina tantum , quae
regia vocatur. Mirum , quod eodem die germinat , quo
injectum est. Injicitur autem ipso Canis ortu , et celer-
rime arborem occupt. Condiunt eo vinum , et ideo se-
runt. Spina illa nascitur et Athenis in Longis mris.
Cytisus.
XLVII. Frutex est et cytisus , ab Aristomacho Athe-
niensi miris laudibus praedicatus pabulo ovium , aridus
vero etiam suum : spondetque jugero ejus annua H- S
vel mediocri solo reditus. Utilitas , quae ervo , sed ocior
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 87
La sariphe.
XL V. Je dois mentionner aussi le sari , arbrisseau qui
crot dans le voisinage du Nil; sa hauteur est d'envi-
ron deux coudes, sa grosseur d'un pouce. Son bouquet
est celui du papyrus , et on le mange de mme. Sa ra-
cine, fort dure, fournit un charbon excellent pour les
forges de fer.
L'pine royale.
XLYI. i[\. N'oublions pas non plus la plante qui
crot Babylone sur des pines , et ne peut vivre autre
part, comme le gui ne peut vivre que sur les arbres;
mais l'espce dont nous parlons ne crot que sur l'pine
appele royale. Ce qu'il y a de merveilleux , c'est qu'elle
germe le jour mme o elle a t seme; ce qui a lieu au
lever de la Canicule , et bientt elle envahit l'arbre en-
tier. On s'en sert pour assaisonner le vin , et on la sme
pour cet usage. Cette pine crot aussi Athnes , le
long des grandes murailles.
Le cytise.
XLVII. Parmi les arbustes figure aussi le cytise , qu' A-
ristomaque d'Athnes loue comme excellent pour nour-
rir les brebis : sec , il engraisse aussi les porcs. Un arpent
de cytise , dit-il , mme dans un terrain mdiocre , rendra
mille sesterces au propritaire. Le cytise est aussi bon
88 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XIII.
satietas, perquam modico pinguescente quadrupde, ita
ut jumenta hordeum spernant. Non ex alio pabulo lactis
major copia aut melior, super omnia pecudum medicina
a morbis omni usu praestante. Quin et nutricibus in de-
fectu lactis aridum , atque in aqua decoctum, potui cum
vino dari jubet : firmiores celsioresque infantes fore. Vi-
ridem etiam gallinis, aut si aruerit, madefactum. Apes
quoque numquam defore cytisi pabulo contingente , pro-
mittunt Democritus et Aristomachus. Nec aliud minori s
impendii est. Seritur cum hordeo : aut vere, semine,
utporrum : vel caule, autumno ante brumam. Si semine,
madidum : et si desint imbres, satum spargitur. Planta?
cubitales seruntur secrobe pedali. Sritur per aequinoctia
tenero frutice : perfcitur triennio : demetitur verno aequi-
noctio, quum florere desinit, velpueri vel anus vilissima
opra. Canus aspectu : breviterque, si quis exprimere si-
militudinem velit, angustioris trifolii frutex. Datur ani-
malibus post biduum semper : hieme vero quod inaruit ,
madidum. Satiant equos denas librae , et ad portionem
minora animalia : obiterque inter ordines allium et caepe
seri fertile est. Inventus hic frutex in Cythno insula ,
inde translatus est in omnes Cycladas , mox in urbes
Graecas, magno casei proventu : propter quod maxime
miror rarum esse in Italia. Non aestuum , non frigorum ,
non grandinum , aut ni vis injuriam expavescit. Adjicit
i-f rr f r v
HISTOIRE NATURELLE, LIV.X11I. kg V
que l'erve, mais il rassasie plus vite : en trs-peu de temps
il engraisse les animaux de telle sorte, que les btes de
somme ddaignent ensuite l'orge. Nul fourrage ne donne
plus de lait et de meilleur l'ait. En outre, de quelque
manire qu'on l'emploie, c'est un remde excellent contre
toutes les maladies des bestiaux. Aristomaque recommande
mme aux nourrices qui n'ont pas de lait de prendre du
cytise sec, bouilli dans l'eau et ml avec le vin. Les en-
fans, dit-il, en deviennent plus grands et plus forts. Il veut
qu'on donne la volaille cette plante frache, ou trempe
dans l'eau si elle est sche. Aristomaque et Dmocrite s'ac-
cordent dire que l o il y a du cytise, ne manqueront
jamais les abeilles. De plus, rien de moins coteux que
le soin du cytise ; on le sme en mme temps que l'orge,
ou bien au printemps, en graine, comme le porreau; ou
bien en tige pendant l'automne, avant le solstice d'hiver.
Pour le semer en graine il faut le mouiller, et, s'il ne pleut
pas, l'arroser aprs la semaille. Arriv une coude de
hauteur, on le replante dans des fosses d'un pied de
profondeur; on le transplante aussi vers les quinoxes,
lorsque ses rejetons sont tendres. Il atteint tout son d-
veloppement en trois ans. On le coupe l'quinoxe du
printemps. La floraison finie , un enfant ou une vieille
femme suffit tous les travaux qu'il exige. Le cytise est
blanc, et, pour exprimer en peu de mots quoi il res-
semble , il a l'aspect d'un trfle feuille plus troite. On
ne le donne au btail que tous les deux jours. Dans l'hiver
on le trempe dans l'eau, parce qu'il est sec; dix livres ras-
sasient un cheval : les rations sont proportionnes pour
les animaux plus petits. Entre les rangs de cytise on sme
9" C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Hyginus , ne hostium quidem , propter nullain gratiam
ligni.
Arbores et frutices in mari nostro. Phycos , sive prason , sive
zoster.
XLVIII. 2 5. Nascuntur et in mari frutices arbores-
que, minores in nostro. Rubrum enim, et totus Orientis
Oceanus refertus est silvis. Non habet lingua alia nomen,
quod Graeci vocant phycos : quoniam alga herbarum
magis vocabulum intelligitur : hic autem est frutex. Fo-
lia lata colore viridi gignit, quod quidam prason vocant,
alii zostera. Alterum genus ejusdem , capillaceo folio ,
simile feniculo, in saxis nascitur : superius in vadis haud
procul litore : verno utrumque : et interit autumno. Circa
Cretam insulam nato in ptris purpuras quoque infi-
ciunt, laudatissimo a parte Aquilonis, aut spongiis. Ter-
tium est gramini simile, radice geniculata etcaule, qua-
liter calami.
Il
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 91
avec avantage l'ail et l'ognon. Le cytise a t trouv
dans l'le de Cythnos , d'o on le transporta dans toutes
les Cyclades , et de l dans les villes grecques , ce qui a
beaucoup augment la quantit de fromage ; aussi je
suis surpris de sa raret en Italie, car il ne craint ni le
chaud ni le froid, ni la grle ni la neige. Hyginus ajoute
qu'il ne craint pas mme les ennemis , car son bois n'est
bon rien.
Arbres et arbustes de la Mditerrane. Le phycos ou prason ,
autrement zoster.
XLVIII. a5. Les mers donnent aussi naissance des
arbres et des arbrisseaux. Ceux de la mer Mditerrane
sont petits : la mer Rouge et tout l'Ocan oriental au
contraire abondent en forts. Le phycos des Grecs n'a
point de nom dans les autres langues , car la dnomina-
tion d'algue ne dsigne que des herbes , et le phycos
est frutescent. Les feuilles sont larges , vertes ; les uns
l'appellent prase et les autres zoster. Une seconde es-
pce a des feuilles effiles, semblables celles du fenouille.
Il crot parmi les rochers ; le premier se trouve sur les
bas-fonds , non loin du rivage , tous deux naissent au
printemps et meurent en automne. Celui qui crot dans
les rochers prs de l'le de Crte sert teindre en pourpre.
Le meilleur vient de la partie septentrionale, comme les
meilleures ponges. Une troisime espce ressemble au
gramen ; sa racine et sa tige ont des nuds comme le
roseau.
9 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Bryon marinum.
XLIX. Aliud genus fruticum bryon vocatur, folio
lactucae, rugosiore tantum , jam hoc interius nascens.
In alto vero abies et quercus cubitali altitudine. Ramis
earum adhaerent conchae. Quercu et tingi lanas tradunt.
Glandem etiam quasdam ferre in alto : naufragis hc
deprehensa urinantibusque. Et aliae traduntur prgran-
des circa Sicyonem : vitis enim passim nascitur : sed
ficus sine foliis , rubro cortice. Fit et palma fruticum
generis. Extra Herculis columnas porri fronde nascitur
frutex, et alius lauri, et thymi , qui ambo ejecti in pu-
micem transfigurantur.
In mari Rubro.
L. At in Oriente mirum est, statim a Copto per so-
litudines nibil gigni, prseter spinam , quae sitiens voca-
tur, et hanc raram admodum : in mari vero Rubro silvas
vivere , laurum maxime , et olivam ferentem baccas , et
quum pluat , fungos , qui sole tacti mutantur in pumi-
cem. Fruticum ipsorum magnitudo ternum cubitorum
est : caniculis referta , vix ut prospicere e navi tutum sit ,
rem os plerumque ipsos invadentibus.
I 1
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 9 3
Le bryon marin.
XLIX. Le bryon, autre arbrisseau marin, a la feuille
de la laitue, mais seulement plus rugueuse. Il crot prs
des ctes. En haute mer se voient les sapins et les chnes
marins d'une coude'e de haut. A leurs branches s'atta-
chent des coquillages : ces chnes servent aussi teindre
la laine. Quelques-uns portent des glands comme l'ont
reconnu des naufrags et des plongeurs. La mer de
Sicyone en produit de trs-grands. Dans toutes les mers
nat la vigne marine; mais le figuier manque de feuilles,
et a l'corce rouge. On voit aussi des palmiers de mer,
vritables arbrisseaux. Au del des colonnes d'Hercule,
naissent des arbrisseaux qui ont, les uns le feuillage du
porreau , les autres celui du laurier et du thym : jets
par les vagues sur le rivage, ils deviennent pierres
ponces.
Productions de la mer Rouge.
L. Chose tonnante , en Orient , immdiatement au
del de Coptos , se trouvent d'immenses dserts o ne
crot de loin en loin que l'pine dite altre. Dans la mer
Rouge s'lvent des forts , surtout de lauriers et d'oli-
viers pars d'olives. Pleut-il , ce sont des champignons
que le contact des rayons solaires change en pierres
ponces. Quant aux arbrisseaux ils ont trois coudes de
haut. Les chiens marins (mylandres?), dont ces mers
sont pleines , s'attaquent aux rames mmes , et il est dan-
gereux d'avancer la tte hors du vaisseau.
I I
94 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
Item in Indico.
LI. Qui navigavere in Indos Alexandri milites , fron-
dem marinarum arborum Iradidere in aqua viridem
fuisse , exemptam sole protinus in salem arescentem.
Juncos quoque lapideos perquam similes veris per li-
tora : et in alto quasdam arbusculas colore bubuli cor-
nus ramosas, et cacuminibus rubentes : quum tracta-
rentur , vitri modo fragiles , in ign autem ut ferrum
inardescentes , restinctis colore suo redeunte. Eodem
tractu insularum silvas operit eestus , quamquam altio-
res platanis populisque altissimis. Folia iis lauri , flos
viol et odore et colore. Bacc, ut oleis, et ipse odoris
jucundi , autumno nascentes , foliis numquam deciduis.
Harum minores totas integit mare. Maximarum cacu-
mina exstant, ad qu naves religantur, et quum recessit
stus, ad radies. Alias quoque arbores in alto ab eisdem
accepimus eodem in mari visas, semper folia retinentes:
fructu earum lupino simili.
Item Troglodytico : Isidis plocamos : charitoblepharon.
LU. Juba tradit , circa Troglodytarum insulas fruti-
cem in alto vocari , Isidis crinem, corallio similem, sine
I I
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. <)5
Productions de la mer des Indes.
LI. Les soldats d'Alexandre qui navigurent aux Indes
disent que le feuillage, d'abord verdoyant , de plusieurs
arbres marins retirs des eaux et mis au soleil , se con-
vertit en sel ; ils disent aussi que le long des ctes taient
des joncs de pierres semblables aux joncs vritables , et
que dans la haute mer taient des arbustes rouges
la cime, et du reste couleur de corne de buf: ds
qu'on les touchait , ils se cassaient comme du verre ; au
feu, ils prenaient la rougeur du fer; puis, le feu teint, ils
reprenaient leur couleur naturelle. Dans les mmes pa-
rages le flux couvre des forts, des les, quoique les arbres
surpassent en hauteur nos platanes et nos plus grands
peupliers. Leurs feuilles ressemblent celles du laurier ;
leurs fleurs reproduisent l'odeur et la nuance de la vio-
lette. Leurs fruits, qui naissent en automne sous des feuilles
toujours vertes, ont le got de l'olive et un parfum dli-
cieux. Les moins grands de ces arbres disparaissent sous
les eaux ; les grands lvent leur tte au dessus du niveau ,
et c'est cette tte qu'on attache les navires : au reflux
on les attache la racine. Les mmes soldats virent en
pleine mer des arbres dont la feuille ne tombe jamais,
et dont le fruit ressemble au lupin.
Productions de la Troglodytique ; la chevelure d'Isis ; le chari-
toblepharon.
LU. Juba rapporte que vers les les des Troglodytes ,
en haute mer, se trouve un arbrisseau dit chevelure d'I-
9 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIII.
foliis : praecisum mutato colore in nigrum durescere :
quum cadat , frangi. Item , alium qui vocatur charito-
blepharon , effcacem in amatoriis : spathalia eo facere
et monilia feminas : sentire eum se capi, durarique cor-
nus modo , et hebetare aciem ferri. Quod si fefellerint
iusidiae , in lapidem transfigurait.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIII. 97
sis ; il ressemble au corail , et n'a point de feuilles. Coup,
il change de couleur, devient noir et dur, et se brise ds
qu'il tombe. Selon le mme auteur, le charitoblpharon
est un puissant aphrodisiaque : on en fait des colliers et
des bracelets pour les femmes. Cet arbre sent qu'on veut
le prendre , il se durcit alors comme de la corne , et
mousse le tranchant du fer ; mais s'il est coup avant
d'avoir senti le danger, il se mtamorphose en pierre.
OK
.
IX.
NOTES
DU LIVRE TREIZIME.*
i. Chap. I , page 2 , ligne 8. lia reperla sunt vnguenta. Le
nom de parfum n'a certainement pas eu la mme signification dans
tous les temps ni dans tous les lieux. Les diverses compositions
odorantes dont parlera Pline plairaient fort peu nos dames ,
quoiqu'elles fissent les dlices des dames romaines. L'odeur du
safran est fatiguante pour nous , et nanmoins il parat qu'elle
n'incommodait point les Romains ; celle du poisson pourri, r-
voltante pour le nez des habitans des zones tempres , charme
l'odorat des Kamtschakadales , etc., etc. ; mais au moins tous les
peuples s'accordent ne donner le nom de parfum qu'aux corps
dont l'odeur est trs-prononce.
Les parfums sont mentionns dans les livres saints : le cha-
pitre XXX de X Exode , vers. 23 et 34 , donne mme la compo-
sition de l'huile pour la conscration des prtres , et celle du
parfum qui devait tre offert au seigneur. Ainsi que Pline le dit
plus loin, l'huile de roses tait connue du temps d'Homre, car
ce pote en fait mention , Iliad. , xxni , 186 :
Sed canes quidem abegit Jovis fxlia Venns
Die ac nocte ab Hectore , rosaceoqae unxit oleo
Divino , etc.
C'est donc mal propos que Pline dit le contraire.
2. Ligne 10. m/j primas ineeneril (ungiienla) non traditur.
Les parfums ont t , de temps immmorial , brls sur les autels
des .dieux. Il sembla juste de consacrer aux immortels les produc-
tions les plus prcieuses de la terre , puisque ces dons provenaient
* Toutes les notes des livres xn xxvn inclus sont dues M. Fe.
NOTES DU LIVRE XIII. 9g
d'eux. De l'emploi des substances simples aromatiques celui
des substances composes , c'est--dire rsultant de la combinai-
son des premires entre elles , il n'y a qu'un pas. Se demander
qui a invent l'art des parfums est une purilit. L'inventeur des arts
est le temps. C'est lui qui , en donnant de l'ge aux socits hu-
maines , permet l'intelligence d'oprer des miracles, et les arts
naissent d'eux-mmes. Seulement quelques hommes suprieurs
les portent rapidement vers la perfection, mais leur passage sur
la terre est en quelque sorte attendu. Supposez un instant que
la race humaine ait pri , et avec elle les arts, et que le sol, livr
une longue vgtation , soit de nouveau couvert de forts im-
pntrables ; placez-y, par la pense , un nouvel Adam et une nou-
velle Eve, et vous pourrez prdire coup sr que l'ordre natra un
jour de ce chaos, et qu'un monde civilis, comme l'est le ntre,
viendra tonner les habitans nombreux qui en couvriront la face.
3. Page 2 , ligne 11. Cedri fantum et citri suorum fruticum....
Ce cedrus n'est pas le Pinus Cedrus des botanistes ( Voyez note 81
de ce mme livre). Il en est de mme du citrus mentionn par
Pline dans ce mme passage ; on ne saurait y voir le citrus des
modernes.
Le bois du citronnier est presque inodore, et l'on ne peut
gure supposer qu'on l'ait brl dans les sacrifices (Voyez note
121 de ce mme livre). Le citrus dont il est ici question est une
conifre du genre thuya; le Thuya articult a des botanistes.
4- Ligne i/ t . Unguentum Persarum genti se dbet. Cette as-
sertion de notre auteur n'est qu'une hypothse ( Voyez la note
prcdente). Les parfums ont t probablement invents dans
l'Inde, si riche en aromates, en supposant toutefois, comme tout
dispose le croire , que l'Inde soit la premire contre qui ait
t peuple , et que ce soit l le berceau du genre humain.
5. II , page 4i ligne 12. Laudatissimum fuit antiquitus in
Delo insula: postea Mendesium. Dlos, le de la mer Ege, situe
au centre des Cyclades, tait fameuse par le culte qu'on rendait
Apollon. C'est cette vnration pour le dieu du jour qu'il faut
altribuer l'estime particulire, et non mrite, dans laquelle on
tenait les parfums de l'le de Dlos, dont les productions aroma-
7-
ioo NOTES DU LIVRE XIII.
tiques ne sont en ren suprieures celles des autres les de la
mer Ege.
Nous dirons plus loin un mot du parfum de Mends. Conf. la
note 21.
6. Page , ligne i5. Irinum Corinihi diu maxime placuit, postea
Cyzici. Les rhizomes de l'iris de Florence , Iris florentina des
botanistes, qui exhalent une odeur de violette, faisaient la base
de ce parfum dont Dioscoride , 1 , 67 , donne , comme il suit , la
composition : corce de dattier au moment o il est en florai-
son, vingt-six parties ; huile d'olives , cent quarante-cinq parties ;
eau , vingt-cinq parties. Faites cuire le tout et ajoutez -y la racine
d'iris. Ce mme auteur donne une seconde recette dans laquelle
entre la myrrhe , le xylobalsamum et le calamus aromaticus.
7. Ligne 16. Simili modo rhodinum Phaseli. Les fleurs de la
rose en faisaient la base ( Voyez note 23 ). Phaselus tait une
ville situe sur les confins de la Lycie et de la Pamphylie , o
l'on excellait faire ce parfum ( Confrez Apollon. , apud
Athn., XV, i5).
8. Ligne 18. Crocinum in Solis Cilici diu maxime lauda-
tum , mox Rhodi. Les stigmates du safran, Crocus sativus, en fai-
saient la base ( Voyez plus loin , note 23).
9. Ligne ig. nanthinum in Cypro, postea A dramytteo. Nous
traiterons de l'nanthe , note 206 du livre suivant. Ce mot ,
form du grec, signifie fleur de vigne. Cette fleur a une odeur
dlicieuse. Les modernes n'en tirent aucun parti. Dioscoride ,
I, 57, nous apprend que le parfum nanthinum n'tait autre
chose que la fleur de vigne (nanthe) mise en macration avec
Fomphacion , huile d'olives extraite la premire priode de la
maturit de ces fruits.
10. Ligne 20. Amaracinum in Coo. Ce parfum tirait son
nom de Xamaracus qui y entrait. On croit que Yamaracus est
YOriganum majoranoides des auteurs modernes {Voyez liv. XXI,
35). Cf. Diosc. , 1 , 5g , pour la composition de ce parfum. Cet
auteur affirme que le meilleur amaracinum se prparait Cyzi-
cus, tandis que Pline dit cela du parfum irinum. Les substances
principales qui y entraient taient les huiles d'olives et de Ben ,
le xvlobalsamum , le schnanthe, le calamus aromaticus, le
NOTES DU LIVRE XIII. lot
costus, l'amomum , la myrrhe, la cannelle, le spica-nard et le
carpobalsamum.
1 1. Page 4-, ligne 20. Postea eodern loco prlatum est melinum.
Les commentateurs demandent s'il faut entendre ici que ce par-
fum tait fait Melos , ou bien qu'il tait prpar avec le fruit du
coignassier , le coing , en grec , KvS'viov /uiiKov. Nous ne savons
pas commente passage pourrait donner lieu quelque doute dans
son interprtation. Dioscoride , 1 , 56 , auquel on doit une recette
de ce parfum, y fait entrer le coing ; la deuxime interprtation n'est
donc point hypothtique. Suivant Plaute , melinum signifie qui a
la couleur du coing; et Pline, au livre XXlll , chap. 54-, dit po-
sitivement , en parlant des coings, fit et oleum ex his r/uod melinum
vocamus. Cf. , au livre cit, la note 127.
12. Ligne 21. Cjprinum in Cypro. Ce parfum tire son nom
du cypre , Lawsonia inermis des modernes , en franais le henn,
dont les fleurs exhalent une douce odeur. Voyez note 99 du livre
prcdent. Dioscoride , lv. 1 , 66 , donne la recette de ce par-
fum ; on y faisait entrer l'aspalathe , le calamus af omaticus , la
myrrhe et le cardamomum. Cf. la note 34 au prsent livre.
i3. In Cypro... ubi mendesium et metopium subito qrtius fac-
tum est. Nous dirons plus loin (note 21 ) quel tait le parfum
de Mends. Pline nomme metopium l'huile d'amandes amres
obtenue par expression. Cette huile a une odeur trs-prononce
d'acide hydrocyanique; tait-elle la base du parfum metopium:'
cela est probable : naumoins Dioscoride (1, 72) dit que le meto-
pion tire son nom de l'arbre qui donne le galbanum , et que ce
parfum est compos d'amandes amres , d'omphacion ( huile
d'olives vertes), de cardamomum , de schnanthe , de' calamus
aromaticus , de carpobalsamum , de galbanum , de miel et de vin ,
et qu'on le prparait principalement en Egypte. Il rsulterait
de ce passage de Dioscoride que notre auteur donnerait l'huile
d'amandes amres un nom qui devrait tre exclusivement rserv
au galbanum. Cf. le chapitre 7 du livre XV, et le deuxime para-
graphe, page 6 de ce volume, o Pline nomme positivement me-
topium l'huile d'amandes amres. Oleum hoc (melopiurn) amygdalis
arnaris expressum in Aigypto. Voyez ce sujet la note 45 du livre
cit.
io2 NOTES DU LIVRE XIII.
i4- Page 4-5 ligne 24. Panalhenaicon siium Athen per-
severanter obtinuere. On trouve dans Athne ( Apollonius apud
Athen. f XV, i5) la composition de ce parfum.
i5. Page 6 , ligne 1. Fuerat et pardalium in Tarso. Les cri-
tiques paraissent penser que le parfum pardalium et le parfum
nardinum {Apollonius apud Athen. , loco cil.) sont les mmes. Poin-
sinet a cherch tablir que les mots pardus et nardus pourraient
bien avoir de l'analogie, et signifier ambr ou parfum; d'o il
suivrait que nardinum et pardalium auraient une mme origine.
Cette parent nous semble bien suspecte.
16. Ligne 2. Narcissinum tjuoque ex flore narcisso desiit com-
poni. Le Narcissus poeticus fait la base de ce parfum. Nous trai-
terons de celte fleur liv. XXI, 75. Dioscoride, I, 54, donne la
composition de Vunguentum narcissinum.
17. Ligne 4' Ratio faciendi duplex : succus, et corpus. Cette
distinction est assez rationnelle ; il serait mieux pourtant de diviser
les substances qui servent composer les parfums en aromatisans
et aromatiss. Dioscoride range parmi les stjmmata (succi) le
xylobalsamum , le juncus odoratus et le calamus , et dans les he-
dysmata (corpor), l'amomum, le nardum, la myrrhe, le baume,
le costus et l'amaracus. Par stymmates on doit entendre ce que
les anciens mdecins nommaient adjuvans ; on les introduisait
dans les parfums composs , indpendamment d'autres subtances
plus aromatiques {hedysmatd). Celles-ci servaient de base, pour
continuer de parler la langue mdicale. 11 y avait des parfums o
les stjmmata taient ngligs ; il n'y en avait point o l'on ou-
blit les hedjsmata.
18. Ligne 6. Tertius inter hc est colos, multis negleclus. Hu-
jus causa adduntur cinnabaris et anchusa. Les cosmtiques ne sont
jamais , de nos jours , coloris avec le cinabre , qui agirait sur
la peau en l'excoriant, mais bien avec Y anchusa, borragine tinc-
toriale dont nous parlerons ailleurs (xxil , 23) ; elle donne une
jolie couleur rouge aux corps gras.
ig. Ligne 8. Sal aspersus olei naturam coercet. L'orcanetle
ne peut empcher l'huile de rancir,, quoi qu'en dise Pline plus
loin. On ajoute le sel aux corps gras solides , au beurre par
exemple , pour relarder l'oxignation , rsultat certain du temps;
NOTES DU LIVRE XIII. io3
mis dans l'huile , il se prcipiterait sans se dissoudre, et nuirait
au lieu de servir.
20. Page 6, ligne 12. Unguentorumexpeditissimumfuit, pri-
mumque, ut verisimile est , e bryo et balanino oeo. Nous avons dit,
note 104. , lv. XII , que le mot brjon avait une signification trs-
tendue. Il parat non-seulement qu'on donnait ce nom quel-
ques usnes , mais encore aux bourgeons de diffrens arbres ,
ceux de quelquesconifres et ceux du peuplier blanc, par exem-
ple ; c'est de ces derniers qu'il nous semble que Pline veut parler
dans ce passage, car les usnes ou les mousses ne fourniraient
aucun principe odorant aux huiles fixes ; tandis que les bour-
geons du peuplier et ceux du sapin, riches en rsine, lui com-
muniqueraient une odeur trs-prononce.
Il a t parl plus haut de l'huile de Ben.
21. Ligne i3. Increvit deinde mendesium balanino rsina
mixia , magisque etiamnum metopio... Cui addidere omphacium ,
cardamomum, juncum, etc. Voici la synonymie moderne des sub-
stances qui entraient dans le parfum mendsien, tel que Pline le
dit compos :
Balaninum oleum. Huile de Ben ( huile fixe du moringa oleifer).
Voyez note g3 du livre prcdent.
Rsina. C'est la rsine des conifres europenne*.
Metophim. (Voyez plus haut , note t3). C'est, suivant Pline,
l'buile d'amandes amres; et, suivant Dioscoride, le galba-
num.
Omphacion. Huile d'olives non mres. Voyez livre XII , 60 ,
note 11 3.
Cardamomum. Fruit de V Amomum Cardamomum. Voyez liv. XII,
29 , note 69.
Juncus. Le schnanthe, Andropogon Schnanthus, L.
Caamus. Tiges d'une plante inconnue aux modernes. Voyez
note 95 du livre prcdent.
Myrrha. Gomme- rsine de l'amyride kataf et de l'amyride
myrrha (Balsamodendrun). Voyez livre prcdent, note 77.
Carpobalsamum. Fruit de l'amyride baumier. Voyez liv. XII , 54 ,
note io4-.
io/ f NOTES DU LIVRE XIII.
Galhanwn. Gomme-rsine du Babon Gabanum. Voyez XII , 56 ,
note 108.
Terebinthina. Rsine fluide des conifres d'Europe.
22. Page 6 , ligne 18. Vilissimis quidem hodieque est, ob id
creditum et in velustissimis esse , quod constat oleo myrteo , calamo ,
cupresso , ypro , etc. Ce parfum , infrieur au parfum de Mends ,
dont il est parl ici, avait dans sa composition, indpendamment
de quelques substances indiques dans la recette du vritable par-
fum de Mends , les substances suivantes :
Oleum mjrteum. Huile de myrte , Mjrtus cornmunis. Voyez liv. XV,
note 266.
Cupressus. Le cyprs toujours vert , Cupressus semper virens , L.
-Pline ne dit point ici quelle tait la partie de cet arbre qu'on
employait.
Lentiscus. Le lentisque , Pstacia Lentiscus , L. Nous en avons
trait, liv. XII, note 81.
Malum granatum. La grenade, Punica Granatum, L. Pline in-
dique ici l'corce du fruit ; Malicorium des pharmacologes.
Nous en dirons un mot plus loin , note i4-0.
yprus. Le henn , Lawsonia inermis , L. Dioscoride, qui donne
la composition de ce parfum , crit cyperos. Dans ce cas , il serait
question du Cjperus longus, L. , souchet odorant des pharma-
cies; ce qui est assez probable, car il s'agit d'un parfum vulgaire
et peu estim. Or le benne (cyprus), plante exotique,* tait d'un
prix bien plus lev que le cyperos (le souchet), plante indigne.
23. Page 8, ligne 2. ltaque simplicissima rhodini mixlura
diufuit, additis omphacio, flore ros , crocino, etc. Ce parfum tait
compos de dix substances que l'on doit rapporter comme il
suit la nomenclature moderne :
Omphacion. Voyez l'numration donne note 21 de ce mme
livre.
Ros flores. Les fleurs des diverses espces du genre rosa des
modernes.
Unguenium crocinum. Voyez la noie 8 du prsent livre.
Cinnabaris. Sulfure de mercure natif , cinabre ou vermillon ,
NOTES DU LIVRE XIII. io5
( Voyez liv. XXXIII , 38 ) mis dans ce parfum , ainsi que Van-
chusa orcanette , Anchusa tinctoria , L. , comme corps colo-
rant.
Juncus. Voyez plus haut la note 21.
Flos salis. Sel commun purifi : sous-hydrochlorale de soude.
24. Page 8 , ligne 5. Similis et in sampsuchino , admixtis om-
phacio, calamo. Les commentateurs pensent que le sampsuchus est
la mme plante que Yamaracus; ce qui n'est rien moins que cer-
tain , puisque Pline distingue un parfum ftamaracus et un par-
fum de sampsuchus. Nous traiterons cette question au liv. xxi ,
35. Cf. Dioscoride (1 , 5q ) pour la composition de ce parfum ;
elle diffre peu de celle donne pour le parfum d'amaracus.
25. Ligne 8. Miscentw et viliora geriera olei e mjrto, lauro ,
quibus additur sampsuchinum. Conf. , sur le myrte, la note 206,
au livre XV ; sur le laurier, la note 278 , au mme livre ; et sur le
sampsuchus , le livre xxi , 35.
26. Ligne 9. Quibus additur... lilium. Cf. plus loin la note 33
de ce mme livre.
27. Fenum grcum. Il s'agit ici d'une lgumineuse qui fait
partie du genre trigonella, fenu-grec ou trigonelle-fenu-grec en
franais. Voyez liv. XVIII , note 216.
28. Ligne 10. Casia. Nous en avons parl, note 88 du li-
vre prcdent; il s'agit ici de l'corce du Casia Lignea des phar-
maciens , Laurus Cassia des botanistes.
29. Nardum, juncus. C'est le nardus indicus dont il a t fait
mention note 57 du prcdent livre , X Andropogon Nardus, L. ,
gramine qui abonde dans l'Inde. Le juncus est le schnanthe ,
autre gramine commune dans le mme pays.
3a. Cinnamomum. Cf. la note 87 du livre douzime. Nous
y avons tabli qu'on ne pouvait reconnatre d'une manire posi-
live le vgtal auquel on devait le cinnamome, mais que ce n'tait
point l certainement notre cannelle.
3 1 . Malis quoque cotoneis et struthiis fit oleum (ut dicemus) ,
melinum. Les mala cotonea sont les coings, fruits du Cjdonia vul
garis des botanistes modernes. Pline en traitera liv. XXIII , 5/p
Cf. liv. xv, chap. 10 , note 84. Quant aux mala sirulhia, rTpov-
106 NOTES DU LIVRE *1II.
/W des Grecs, c'est une varit oblongue du mme fruit. Poin-
sinet traduit mal propos e malis cotoneis et struthiis par, des
pommes de coing grosses et petites. Voyez livre XXIII , 54- ; et
note 86 , livre XV.
32. Page 8, ligne 1 1. Oleum... melinum, quod in unguenia transit,
admixtis omphacio , cyprino , sesamino , balsamo , junco , casia , ab-
rotano. Il a t parl dans les notes prcdentes de la plupart des
substances qui donnaient leur nom ces parfums. Le ssame est
un arbre d'orient dont les semences sont olagineuses , les bota-
nistes le nomment Sesamum orientale, L. (Cf. le chapitre 22 du
livre XVIII , et le chapitre 54 du livre XXII ). Le balsamum
est la trbenthine de Gilead. Cf. au livre prcdent la note io4-
Quant l'abrotanum, c'est l'aurone connue des botanistes sous
le nom de Artemisia Abrotanum, L. Dioscoride donne (i, 61) la
recette d'un parfum d'abrotanum.
33. Ligne i4- Susinum lenuissimum omnium, est. Constat ex
liliis, balanino, calamo, mette, cinnamomo, croco, etc. Le lis de Suze
fait la base de ce parfum ; qu'entendaient les anciens par cette
varit ? sans doute le lis blanc plus odorant ou plus beau que
celui qui venait en Italie. Les horticulteurs modernes nomment
lis de Suze la Fritillaria persica , L. , liliace qui n'a aucun rap-
port avec le lis blanc, qui, quoique trs-odorant, ne cde son
odeur ni aux huiles fixes, ni l'eau, ni l'alcool , ni aux thers.
Presque toutes les substances dont il est ici parl ont dj t
numres par nous dans les notes prcdentes. Dioscoride donne
la composition de ce parfum (liv. 1 , 63 ). Le crocus des Latins est
le safran des modernes, Crocus sativus , L.
34. Ligne i5. Et idem cyprinum ex cypro, et omphacio, et
cardamomo , calamo , aspalatho , abrotano. Il a dj t parl ,
note 12 de ce mme livre , du parfum cyprinum ; quant Yaspa-
lathus, nous avons cherch tablir que c'tait le bois de Rhodes
des pharmacies , attribu , mais avec doute , au Convolvulus sco-
parius , L. Cf. la note io du livre prcdent.
35. Ligne 17. Aliqui et in cyprinum addunt myrrham et pa-
nacem. Il s'agit ici de la gomme-rsine opopanax qui dcoule
d'une ombellifre nomme Pastinaca Opopanax, L. Cf. la note 1 10,
au livre XII.
NOTES DU LIVRE XIII. 107
36. Page 8, ligne 20. Telinumfit ex oleo recenti, cjrpero, calamo,
melilolo,feno grco, melle, maro, amaraco. Telinum (jtiXivov) vient
de tHkis , nom grec du fenu-grec. Dioscoride (1, 58) donne la
recette de ce parfum , en indiquant les proportions des sub-
staoces qui le composent. Voyez, sur le fenu-grec, la note 116
du livre XVIII ; et sur la plupart des autres substances num-
res , les notes prcdentes. Le cyperus ici mentionn est le Cy-
perus odoratus, soucbet odorant des pharmacies. Cf. le liv. xxi ,
au cbap. 18. Le melilolus des anciens se rapporte une lgumi-
neuse du genre trifolium : Trifolium Melilotus, L. Voyez liv. XXI ,
ch. 3o. Quant au marum des anciens, c'est le Teiicrium Marum de
Linn, labie commune dans l'Europe australe. Voyez la note io3
du livre prcdent.
37. Ligne a3. Posiea multo successit propier gloriam appel-
lalum megalium. Les commentateurs , contre le sentiment de
Pline , s'accordent faire driver le nom de ce parfum de celui
de son inventeur Mgalos, qui tait parvenu lui donner un
grand degr de perfection. Toutes les drogues qui entrent dans sa
composition ont t numres dans les notes prcdentes ,
l'exception du xylobals amum. C'est le bois du baumicr, ainsi que
l'apprend l'tymologie grecque. Nous en avons dit un mot ,
note 106 du livre prcdent.
38. Page 10, ligne 1. Rursus rfrigration odurem suum ca-
pit. Cette particularit, de laquelle il rsulterait que le parfum
mgalien perdait son odeur pendant la coction, et la reprenait
par le refroidissement , n'est point fonde sur une saine thorie.
3g. Ligne 3. Singuli quoque succi nobilia unguenta fchait.
In primis malolathrwn. Voyez note 112 du livre prcdent. Le
malobathrwn ne peut tre rapport avec certitude aucune plante
connue. Il s'agit peut-tre ici de l'huile essentielle d'une laurine
voisine du laurier cannellier.
4.O. Ligne 5. Pauca his , et alla alii miscent : qui plurima...
agni folia... Il s'agit ici des feuilles du gatillier, Vitex Agnus
castus, L. Voyez livre XXIV, 38. L'introduction de ces feuilles
dans le parfum damaracus est insignifiante , car elles sont ino-
dores ; les fruits sont lgrement aromatiques.
4-1. Ligne 7. Prodigiosa cinnamomino pretia. Adjicitur cin~
io8 NOTES DU LIVRE XIII.
namo balaninum oleum.... Nous avons cherch tablir, Hv. XII ,
note 87, que le cinnamome ne pouvait tre la cannelle des mo-
dernes ; ce qu'on dit de l'lvation du prix ne permet pas de rien
prjuger de contraire l'opinion mise (Cf. la note cite). Quant
au parfum cinnamominum , il a emprunt son nom du cinnamome
qui en faisait la base. Dioscoride (Hv. 1, 75) donne la recette
de ce parfum.
4.2. Page 10 , ligne g. Balsami semina. C'est le carpobalsa-
mum des modernes. Pline lui donne ailleurs le nom de carpo-
balsamum. {Voyez plus haut, note 21.)
4-3. Ligne 11. Nardinum, sive foliatum, constat omphacio, ba-
lanino, junco nardu... Ce parfum tire sou nom du nard indien,
Andropogon Nardus des botanistes modernes. Voyez la note 57 du
livre prcdent. Pline lui donne le surnom de foliatum, parce
qu'on peut, dit-il, l'imiter avec neuf sortes d'herbes qui sout le
faux-nard, Attium Victorialis, L.; le nard de Syrie, varit du v-
ritable nard ; le nard de Crte, Valeriana italica, L. ; le cyperus
ou souchet , Cyperus longus, L. ; le cypirus ( Cf. livre XXI , 67 ) ,
le baccharis ou nard rustique (mme livre, ch. 16), Vhirculus, va-
rit du nard de Crte, Valeriana italica; et le cabaret, Asarum
europum, L. Ces plantes taient regardes par les anciens
comme assez voisines les unes des autres. Dioscoride donne la
recette de ce parfum, Hv. I, 76.
44- Ligne 12. Costo. C'est le Costus arabicus, L., sur lequel
nous avons donn une note, Hv. XII, note 56.
45. Amomo. L'amomum des anciens est fort mal connu , et
ne peut se rapporter avec certitude aucune plante moderne.
Cf. Hv. XII, note 67. Il est dit ici que son odeur est trs-pntrante,
et qu'elle porte la tte ; ce qui lui est commun avec toutes les
substances aromatiques.
46. Page 12, ligne 7. Ergo regale unguenlum appellation,
quoniam Parthorum regibus ita temperatur : constat myrobalano ,
costo, amomo... C'est le plus compliqu des parfums; nous avons
dj donn , dans les notes qui prcdent , des claircissemens
sur la plupart des drogues qui entrent dans sa composition. Cl-
ment d'Alexandrie {Pdag, II, 177), Crats {apud Athn.,
Hb. XV, i5), Galien (Hv. III, 1, 39) ont parl de ce parfum
NOTES DU LIVRE XIII. 109
clbre. Voici comment nous tablissons la synonymie des sub-
tances numres ici pour la premire fois :
Comacum. C'est une substance encore mal connue. Cf. le livre
prcdent, note 118, o nous discutons les probabilits re-
latives sa dtermination.
Nardi spica. C'est la mme chose que le nardus indicus. Cf. la
note 57 , au livre prcdent.
Styrax. C'est un baume qui dcoule de l'alibousier, Styrax offi-
cinale, L. , arbre de l'Europe australe. Cf. au douzime livre la
note 107.
Ladanum. Le ladanum ou labdanum est un produit rsineux qui
dcoule naturellement de divers cistes. Voyez la note 82 du
livre prcdent et le passage de Pline qui renvoie ce livre.
Serichatum. Le serichatum est un produit probablement rsineux
qu'on ne peut esprer de rapporter une substance connue
des modernes.
47. Page 12 , ligne i3. Loto. Peut-tre s'agit-il du Nympha
crulea de Saviguy, plante commune dans le Nil et dont la fleur
exhale une douce odeur. Voyez mme livre , chap. 18, note i3o.
Mais cette hypothse n'a rien de bien satisfaisant.
4.8. III , page 12 , ligne 19. Siccis odoribus constant, qu dia-
pasmata vocantur. Le mot de diapasmata signifie en gnral par-
fum sec; du moins est-ce bien l comment Thophraste (livre
des Odeurs, pag. i83) dfinit cette sorte de parfum : qui diapas-
mata componunt , sicca siccis; qui unguenta , humidis humida; un-
zuentarii myrepsici humida siccis miscent. Ces parfums taient ana-
logues aux poudres odorantes que l'on mettait nagure dans les
sachets.
4g. Ligne 20. Namfcem unguenti magma appellant. Ce mot
magma est pass dans la langue scientifique. 11 signifie en terme
de pharmacie le marc qui reste aprs l'expression des parties
les plus fluides.
5o. Page i4 ligne 6. Experimentum, etc. 11 est presque
inutile de prvenir que la fin de ce chapitre renferme plusieurs
inexactitudes ; la chaleur de la paume de la main dveloppe les
parties fragrantes des parfums; mais le terme vicier n'est pas - juste.
no NOTES DU LIVRE XIII.
5i. IV, page i4 ligne 17. In M. Ciceronis monumentis inee-
nitur, unguenta gratiora esse, qu ierram, quant qu crocwn sapiant. Il
est bien difficile de se rendre compte de ce que Pline, d'aprs Ci-
cron (de Oratore, sect. 69), a voulu dire ici. On sait que la terre,
lorsqu'elle est pure, est inodore et insipide ; et cependant notre
auteur dit positivement le contraire , et revient sur ce sujet
liv. XVII, 3 ; il annonce que si l'on veut savoir quelle odeur a
la terre , il faut se rappeler celle qui souvent se fait sentir un
peu avant le coucher du soleil, l'endroit o l'arc cleste a
pos ses extrmits , ou bien encore celle qu'on ressent quand il
est survenu une pluie qui a bien humect la terre. Le sol doit
son odeur aux plantes qui le couvrent ; s'il est nu il est inodore ,
sauf quelques circonstances exceptionnelles qui s'expliquent par
le dveloppement de certains gaz toujours ftides ; il ne se dgage
donc aucune de ces prtendues exhalaisons auxquelles nul parfum
ne saurait tre compar. Pline , et avant lui Cicron , au-
raient-ils regard comme une manation purement terrestre celle
qui se dgage des labies, du thym et du serpolet par exemple,
dont les terrains incultes sont couverts? autrement qiel moyen
d'expliquer cette phrase du liv. xvil , 3 : emittit iilum sutem Jiali-
tum dipinum ex sole conceptum , cui comparari suaviias nulla possit.
5a. Ligne 20. Sed quosdam crassitudo maxime deectat, spis-
sum appellantes. Quelques manuscrits portent spissum; aucun
parfum n'tait connu des anciens sous cette pithte isole ;
ainsi on ne peut adopter cette variante ; d'un autre ct , on ne
sait trop ce qu'on doit entendre par stypsis, , tte; et de vcofla., stupidit;
cela ne s'entend pas du fruit , mais du vin qu'on en obtient par
fermentation.
67. Ligne 24- Sicciores in hoc gnre Nicolai, sed amplilu-
NOTES DU LIVRE XIII. n5
dinis prcipu , quaterni cubitorum longitudinem. Athne (XIV, 22)
dit que ces fruits furent ainsi nomms par l'empereur Auguste,
parce que Nicolas de Damas, philosophe pripatticien , lui en
envoyait frquemment. La longueur que leur donne Pline est exa-
gre.
68. Page 3o, ligne 2. Minus specios , sed sapore caryota-
rum sorores , ob hoc Adelphides dict... 'A*.q>e& en grec signifie
soeur. L'tymologie que Pline donne est bien hypothtique : peut-
tre ces dattes avaient-elles le nom d'adelphides parce qu'elles
taient attaches deux deux sur un mme pdicule.
6g. Ligne 4- Tertium ex his genus patet, Poinsinet donne
sur ce mot une note curieuse : c'est plutt patses ou patases qu'il
faut lire , dit-il , car Trollien , liv. VII , 8 : Galien , liv. x , Meth.
medic, c. o, , et plusieurs autres auteurs en font mention sous le
nom de qoiviKav wcLTmwv. C'est tort que le pre Hardouin
fait driver patet du grec TJcLra, conculco. Il s'agit ici d'un mot
hbreu ou syriaque. Il me parat que la racine du mot en ques-
tion est patach, mot hbreu qui signifie expandere; ou bien le
mot hbreu pathah, qui est le nom de la premire voyelle h-
braque , dont la figure en effet reprsente plusieurs losanges,
et comme plusieurs crevasses , de manire imiter grossire-
ment un N-
70. Ligne g. Nam quas ex his honori deorum dicamus, chydos
appellavit Juda. Pline nous apprend ici qu'on offrait des dattes de
choix aux dieuxw Ce nom de chydes vient du grec yyS'ctos qui
signifie vulgaire. En hbreu guda ou goda signifie le peuple ou la
multitude. On doit penser que les Hbreux connaissaient le mot
barbare celto-scythe gut , god ou goth dans le sens de faux-dieu.
Ces dattes gudes ou chudes signifiaient donc dattes des gentils
ou des idoltres. ( Cf. Poussin. , Comm. Plin. , v, 38. )
71. Ligne 14. In ipsa quidem Mthiopia friatur coicas
votant. Ce passage est presque tout entier emprunt Tho-
phraste ; cet auteur nomme (1 , 16) l'arbrisseau qui donne les
dalles coiques, kvkcl; et quelques modernes le rapportent au
Cycas circinnalis , L. , espce de palmier qui a servi de type pour
la formation d'une famille nouvelle, les cycades. Il est difficile
de trouver dans le peu que disent les auteurs anciens du kvkccs,
ii6 NOTES DU LIVRE XIII.
des donnes suffisantes pour dcider si ce rapprochement est ou
non vraisemblable. Le cycas est un assez grand arbre sans bran-
ches , couronn par un faisceau de feuilles ailes , longues de
trois quatre pieds. Les fruits sont fort durs, nullement fria-
bles , et n'ont aucune analogie avec les dattes. Leur grosseur
est celle d'une petite orange ; ils renferment des amandes nourris-
sants d'une saveur agrable, et l'on retire du tronc une fcule
alibile (un sagou) qui peut servir faire du pain. Le cycas ne se
trouve que dans l'Inde. C'est donc tort que Sprengel ( Hist. Rei
herb., 1 , 106) attribue le kvkccs de Thophraste au Cycas circin-
nalis des modernes ; l'on doit se borner seulement regarder cet
arbre comme un palmier distinct du dattier.
72. Page 3o , ligne 21. Ex reliquo gnre plebei videntur.
Sjri et Juba tragemala appellant. Ce mot tragemata signifie pro-
pres tre servies au dessert.
73. Page 32; ligne 10. Alexandri milites palmis viridibus
strangulati sunt. Les dattes avant leur maturit sont fort dures et
fort acerbes. Leur saveur alors est tellement dsagrable qu'il est
douteux qu'on puisse en manger assez pour en tre incommod ;
elles ne renferment en elles aucun principe nuisible. On doit donc
regarder l'assertion de Pline, qui au reste est emprunte Tho-
phraste (Hist.pl., IV, 5) , comme un fait douteux.
74.' X, page 3a, ligne i5. Syria prter hanc perculiares habet
arbores. In nucum gnre pistacia nota. C'est bien laie pistachier ou
arbre pistaches, Pistacia vera , L. , Sp. i454- Le pistachier est
originaire d'Asie, et fut transport Rome sous le rgne de Ti-
bre. Les pistaches ne jouent aucun rle important en mdecine.
Ce sont des semences huileuses et consquemment mulsives. Il
est inutile de dire que leurs proprits contre la morsure des ser-
pens sont illusoires. Voici quelle est la concordance synonymi-
que du pistachier :
nirTKlei, ATHEN., XIV, 2g; Tta-TKlit, NlCAND., Ther., ISgo ',
DlOSC, I, 77. Pistacia, Pallad. , octob., tit. XII; Pistacia
vera, L. , Sp. , 1 4-54 5 Pistaciarum arbor , DoDON. Le
pistachier.
75. Ligne 17. In ficorum autem, caricas. Le figuier commun,
NOTES DU LIVRE XIII. 117
Ficus Carica des botanistes, fournit cette sorte de figue. Nous trai-
terons ailleurs du figuier. Cf. la note i38 et suiv. du liv. XV.
76. Page 32, ligne 18. Et minores ej'us generis, qu cottana
vocant. Varit fort petite de la figue ordinaire. Ce mot de cottana
se trouve crit dans les auteurs coctona , cottona et cotona; Mar-
tial les appelle (an loi cottana et tantt coctana; Juvnal l'orlo-
graphie de mme que Pline dans la fin de ce vers :
Quo prima et cottona venlo.
Cf. la note i38 du liv. xv.
77. Page 34 , ligne 1. Item pruna in Damasco monte nata.
Pline traitera des prunes, liv. XV, i3.
78. Ligne 2. Ex mjxis in JEgypto et vina fiant. Ce*s fruits
sont attribus au Cordia Mjxa , en franais sbestenier. Cf. la
note 97 du liv. xv.
7g. XI , page 34 , ligne 5. Juniperi.... Ljcia et Phnicia. Ces
deux genvriers doivent se rapporter aux Juniperus lycia et J.ph-
nicea, L. , espces trs-voisines , ne diffrant que par une simple
modification de forme dans les feuilles et croissant aux mmes
lieux. Les modernes les ont dsignes comme tant les arbres
auxquels on ^oit l'encens d'Afrique, mais rien n'est moins
certain.
Lmery dit que le mont Liban est la patrie de l'arbre l'en-
cens; mais il ne le nomme pas, et peut-tre est-ce le mot oli-
banum qui a dcid Iktuhin (Pin., 5oi)et ses contemporains
indiquer cette mme origine. L'arbre , suivant cet auteur,
se nomme en Arabie lavan , couder et katath ; le peu qu'on a
dit de sa forme est ml de contradictions : on le dit grand
et avec des branches semblables celles du poirier ( ho-
phraste) ; il est pareil 'acacia d'Egypte et a les feuilles d'un
saule (Diodore de Sicile); ses feuilles se rapprochent de celles
du lentisque ( Gardas ab horto), il ressemble aux pins (Thevet).
Les dcouvertes des voyageurs modernes n'ont donn aucun
rsultat positif. Hasselquitz dit que la rcolte de l'encens se fait
dans l'une et l'autre Arabie, qu'on le transporte en Egypte par la
mer Houge, et de l Marseille ; mais il ne dit rien de l'arbre qui
le produit. Forskahl dclare positivement qu'il dcoule une sorte
n 8 NOTES DU LIVRE XIII.
d'encens des amyris; et Sprengel dsigne particulirement VA
Kataf, qui donne une myrrhe.
y C'est sur l'autorit de Linn que les pharmacologties ont
adopt les Juniperus lycia , phnicea , et ihurifera , comme les ar-
bres qui donnent l'encens. Nous avons vainement cherch dans
les auteurs des preuves qui puissent appuyer l'opinion de Linn;
nous n'en avons trouv aucune. 11 nous semble donc raisonnable
de penser , avec Forskahl , que ce n'est pas une conifre , mais
bien une trbinthace qui produit l'encens ; les lois de l'analogie
appuient suffisamment cette opinion. Conf. la note 68 du livre
prcdent.
Nous, ferons remarquer en passant que les Grecs modernes
donnent le nom de x.iS'pos aux Juniperus phnicea et lycia. Il en
tait sans doute de mme chez les anciens Grecs et chez les
Latins. Cf. la note 8i de ce mme livre.
80. Page 34. ? ligne 5. Juniperi similem kabentPhnices... Duo
ejus gnera, Lycia et Phnicia, differunt folio : nam qu durum, acu-
tum, spinosum habet, oxycedros vocatur... Ce mot oxy cdre si-
gnifie cdre feuilles aigus; c'est le Juniperus Oxycedrus , L. ,
Spec. ilrfo. Cet arbre, distill la cornue donne une huile em-
pyreumalique , nomme dans nos pharmacies huil^ de cade; ses
baies s'importent en Angleterre pour la fabrication de l'eau-de-
vie de genivre. Les anciens le confondaient quelquefois avec le
cdre. Voici la concordance synonymique de cet arbre:
OJV1, Joh. , 3o, 4-, 1 ; Reg. , 19, 5. Keos- , Tbeoph\,
Hist., I, 16, 3, 12; DlOSC. , I, 106. Cedrusminor, Plin.,
XIII, 11 ; Cedrus magna seu cedrelate , Ejusd. , xxiv, 12;
Oxycedrus , Latinor. ; Juniperus Oxycedrus des botanistes.
Le genvrier oxycdre. Cf. , pour appuyer cette syno-
nymie, la note suivante.
81. Ligne 10. Et majoris cedri duo gnera.... Le cdre est
un grand arbre de la famille des conifres , qui appartient au
genre pinus, et qui est connu sous le nom de Pinus Cedrus dans
les ouvrages de botanique. Les anciens donnaient le nom de ce-
drus au vritable cdre du Liban et plusieurs autres couifres.
Nous avons dit, note prcdente, que les juniperus lycia, phnicea
NOTES DU LIVRE XIII. 1 19
et oxjcedrus, taient qualifis de petits cdres {cedri minores).
Les Arcadiens prtendaient que leur if, bien que son bois ft
noirtre, tait aussi un cdre. Yirgile a dsign comme des
cdres, des arbres qu'il ne faut pas tous runir au cdre du Liban,
tmoin ce passage des Gorgiques (m , /J-^) :
Disce et odoratutn stabulis accendere ccdrum.
et cet autre de V Enide (vil, i3) :
L rit odoratum nocturna in luinina cedriun,
o il est videmment question de quelque arbre rsineux des
genres juniperus ou pinus fort commun en Italie. Il n'existe dans
les auteurs grecs aucun passage qui permette de dcider d'une
manire absolue qu'ils connussent bien le cdre du Liban.
Thophraste nomme KtS'pos un arbre rsineux toujours vert ,
trs-estim pour les constructions et dont la Phnicie tait la
patrie ; quelques auteurs croient ces indications suffisantes pour
dcider qu'il s'agit du grand cdre ; la question , suivant nous ,
doit pourtant encore rester douteuse. Conf. les notes 79 et 80.
Les anciens connaissaient bien certainement le bois de cdre;
mais avaient-ils vu jamais l'arbre qui le produit, et ont-ils parl
de lui autrement que sur des donnes vagues et incertaines?
Pline lui-mme ne dit rien de satisfaisant sur le cdre du Liban.
La division des espces en strile et fructifre semble annoncer un
arbre dioque, et le cdre est monoque. 11 dclare que son cne
ressemble celui du cyprs, quoiqu'il en soit tout--fait dis-
tinct et huit dix fois plus gros. Au reste , cet auteur montre que
l'on n'avait pas d'ides bien fixes et bien arrtes sur le grand
cdre , puisqu'il dit au liv. XVI , 76 : Junipero eadem virlus qu
cedro. Or l'on sait qu'il y a des diffrences fort marques entre
les proprits du cdre et celles des genvriers. Ce n'est pas tout:
Dioscoride, I, 106, que Pline copie littralement au liv. XXIV, 2,
dit positivement que le cdre est un grand arbre qui donne des
fruits semblables aux baies du genivre , ronds , et de la grosseur
de celles du myrte. Certes , ceci ne peut se rapporter au cdre
dont les cnes sont normes , ligneux, etc. C'tait presque tou-
jours avec le vrai cdre que l'on fabriquait les statues des dieux ,
parce que ce bois, riche en rsine, rsistait long -temps aux
iao NOTES DU LIVRE XIII.
injures de l'air. Materia vero ipsi ceternitas, dit Pline dans le pas-
sage que nous commentons ; cependant on regarde le bois de
cdre comme infrieur au sapin qui se conserve plus long-temps
encore , et dont le grain est bien plus serr.
On doit conclure de tout ce que nous venon* de dire ici :
i. Que les anciens connaissaient le bois de cdre , mais que
probablement ils n'avaient point vu l'arbre ; 2 que , sous le nom
de cdre, ils confondaient videmment une foule de conifres , et
surtout des juniperus; 3 et enfin que la synonymie de cet arbre
est vacillante et incertaine. Nous allons cependant chercher
l'tablir sur les donnes les plus vraisemblables :
H, Bblia sacra. ij-^, tp, Arabum. KtTpo?, HEOPH.,
Hist. pi. , IV, 6 et 5; de Causis , 8, i. "VlRG. , JEneid.,
vil, 177 * ; Pinus Cedrus , L. , Spec. , 1420. Le cdre du
Liban.
Le cdre du Liban est le fameux pj< des Ecritures. En se
rappelant toutes les ides de grandeur et de majest attaches
par les Orientaux au cdre du Liban , toutes les comparaisons
qu'ils en ont faites aux monarques et aux grands de la terre,
peut-on ne pas reconnatre dans son nom la racine smitique
j^3, et notamment le nom d'action arabe kedroun, kedr, puis-
sance? Conf. Flore de Virgile des classiques latins , dit. Lemaire ,
tom. vin, pag. 35.
82. XII, page 34, ligne 19. Et terebinlhwn habet. Pline a
trs-bien connu le trbinthe. C'est un arbre dioque de la fa-
mille des trbinthaces laquelle il donne son nom. Garidel a
observ , aprs Pline , que son tronc produisait des vessies co-
riaces pleines d'une trbenthine claire et odorante , dans la-
quelle nagent des pucerons. Les deux varits de trbinthe fe-
melle dont parle Pline ne sont pas conserves par les botanistes
modernes. On doit au trbinthe une trbenthine onnue en
grec sous le nom de rep/xtvlvt), et en franais sous celui de t-
Dans ces vers :
Quin eliain Tcteriim effigies ex nrdne avorum
Antiqua e eedro.
NOTES DU LIVRE XIII. 121
rbenthine de Chios. Voici quelle est la concordance synonymique
du trbinthe:
Tp/uivQos, Hipp., Hist. , 888; Theoph., iii, i5 ; Diosc. , 1,
91 ; TgTpa/n/flos- , Grec mod. Terebinthus des Latins.
Termintn adhddgi des Turks. Pisiacia Terebinthus , L. ,
Spec, i455. Le trbinthe.
83. XIII, page 36, ligne 12. Eiiam rhus Syii mascula
fert, sierilifemina... Il est impossible de mconnatre ici le Rhus
Coriaria, L. , le sumac des corroyeurs, arbre de mdiocre lva-
tion , commun dans l'Europe australe et dans le Levant. Pline,
liv. XXIV, 1 1 , annonce que le Rhus erjthros des Grecs n'est pas
diffrent de cette espce. Les fruits qui ont une agrable acidit
entraient comme condiment dans la cuisine des anciens; et l'on
dit que , de nos jours , les Turks les emploient encore de cette
manire. Pline commet une erreur en distinguant un rhus mle et
un rhus femelle ; toutes les fleurs sont hermaphrodites et cons-
quemment fertiles. Voici quelle est la synonymie de cet arbre :
'Vovs pvph, Hipp., Nat. mul, 57 5 ; 'Pou?, Theoph., Hist. ,
III , 18 ; 'Povf (Zvpoxe pkrtia, Grec mod. Siliqua
et Ceronia, PlIN., liv. XIII, 16 ; Siliqua, EjUSD., XV, 26,6/
LATINOR. vw^j js-y ARAB. Alfaroba, CSTILL. (faroba
est le mme mot que kahrub; le changement de la lettre k
en f est frquent. ) Ceratonia Siliqua, L. , Spec. , i5i3.
Le caroubier. Famille des lgumineuses.
1 Ce mme auteur nomme le caroubier o-Snac a'iyiinios (Hist. , 1, a3;
iv, a ). Pline dit , dans le passage que nous commentons , que ce nom est
vicieux , parce que le caroubier ne vient point en Egypte. C'est une grande
erreur , car il y est fort abondant. Cependant le nom donn par Tfao-
phraste au caroubier est impropre: il ne ressemble point au figuier, et les
figues diffrent tout--fait des caroubes.
NOTES DU LIVRE XIII. ia3
87. XVII, page 4? ligne i3. JEgyplus et Persicam arborent
sui generis habet , similem piro , folia relinenlem. L'Ecluse avait
cru devoir attribuer cet arbre au Laurus Persea, L. , connu en
franais sous le nom d'avocatier; mais cette erreur tait vidente,
puisque cette laurine ne se trouve que dans l'Amrique. M. De-
lile, dans un mmoire lu l'Acadmie des Sciences en Tanne
181 8, a ebereb prouver que le Persea des anciens tait le
Xjmenia gjpliaca de Linn , dont il a fait un genre particulier
sous le nom de Balanites. Cette opinion a aujourd'hui prvalu.
C'est un arbre d'une taille mdiocre, toujours vert, garni de
branches munies de longues pines. Son fruit a la forme d'une
datte ; il renferme un fort gros noyau cinq ctes, sur lequel se
trouve un peu de ebair visqueuse, ayant une lgre saveur
amre qui n'a rien de dsagrable. 11 est trs-commun au pays de
Fzoql , et dans le sud, jusqu' Sennaar ; M. Caillaud dit l'avoir
vu sur les rives de la mer Rouge, o les Arabes nomment le
fruit datte du dsert. Voici quelle est la synonymie de cet arbre :
Ilifxri&v, Theoph., Hist. 11, 3 ; iv, 2 -, Strab. , liv. 17 ; Plu-
tarch. , Isis et Osjr., 378; Tlgpva,, DOSC, I, 187. El
heglyg, Arabum. El-kd, Lang. paen. Leback des cri-
vains arabes. Amygdalus gyptia, Plin. , XV, 28 ; Myro-
bolanus Chebulus, WESLING ; Agihalid, Prosp. Alpin. ; Ba-
lanites gypiiaca , Del. , FI. JEgyp., p. 77, tab. XXVIII.
Schreber {Usleris Mag. , v, 14.) a voulu prouver que le persica
des anciens tait le Cordia Sebestena , L. Sprcngel a adopt cet'e
opinion {Hist. Rei herb. , 1, 3o) ; mais elle est fautive, puisque
le Cordia Sebestena de Linn est un arbre des Antilles. Conf. la
noie 97 du livre xv.
88. XVIII , page 4-2, ligne 5. At e derso cuti in magno honore,
palrrue similis... Thopbraste {Ilisl. IV, 2) appelle cet arbre cu-
ciopbore, Kovxjo n g ne 1 7 Gummium optimam esse ex
JEgyptia spina convenit , vermiculatam , colore glauco , puram , sine
cortice, dentibus adhrentem. 11 s'agit bien ici de la gomme ara-
bique des modernes, dont une partie est encore aujourd'hui
fournie par l'Egypte. Toutefois nous critiquerons l'pithte ver-
miculatam qui lui est donne et qui ne lui convient pas de tout
point ; nous condamnerons encore Pline d'avoir crit qu'elle
avait une couleur glauque (couleur de mer), ce qui n'est pas
exact.
Voici la concordance synonymique de cette production c-
lbre :
liib/x/nt s w .KcvQtts , Theoph. , iv, 3; Diosc, I, i33;
Gal., Simpl., 7. Gummi ex spina gyptia, Plin. , loco cit. et
UCT. LAT.; Gummi acanthinum, CELS , V, 1 ; Olim Gummi
babylonicum et sarracenicum ; Gummi ex Acacia nilotica , L.
q^. Ligne 20. Delerior ex amjgdalis amaris , et ceraso pes-
sima ex prunis. La gomme du pays ou des rosaces dont parle
ici notre auteur, gomme de cerisier ou gomme de France, est,
en effet , infrieure la gomme arabique ; elle a diverses applica-
i6 NOTES DU LIVRE XIII.
lions utiles dans les arts, et diffre chimiquement de la gomme
arabique.
g5. Page ^6, ligne 1. Fluii (gummi) et ex vibus. La vigne ne
laisse exsuder naturellement ni artificiellement aucune gomme.
Lors de la premire ascension de la sve, elle donne abondam-
ment une scrtion qui se concrte quelquefois en laissant va-
porer toutes les parties aqueuses. Ce rsidu contient d'abord
de l'actate de potasse ; puis , par la dcomposition de ce sel ,
un carbonate de la mme base; on voit combien ce produit salin
s'loigne par sa nature de la gomme.
96. Ligne 2. Et aliquando (Jluit gummi) ex olea. La gomme
d'olivier n'est point une vraie gomme, mais un produit rsineux
d'une nature particulire. Les modernes lui donnent le nom
d'olivine. Conf. la note 80 du livre prcdent.
97. XJlmo e'iam in Corjco monte Cilici.... adnihil utilis. Les
ormesdistillent en abondance une sve qui laisse un dpt salin
sur les corces ; il est surtout form de carbonate de potasse.
Est-ce bien l ce que Pline appellerait une gomme , ou plutt
voudrait-il parler de cette manne accidentelle dont la prsence
est due certains insectes , et qui se trouve quelquefois sur
YArundo phragmiles , sur le saule, etc. D'un autre ct, s'il et
voulu parler de la manne, et-il dit adnihil utile?
98. Ligne 3. Ac junipero. Cette gomme du genvrier est bien
certainement un produit rsineux. Nous avons dj dit (note 79 de
ce livre) que l'encens d'Afrique tait attribu aux juniperus Ijcia et
phnicea, et l'on sait que toutes les conifres abondent en un suc
propre trbintbac qui se concrte avec assez de promptitude.
99. Ligne 4- Fit et ex sarcocolla (ita vocalur arbor). L'arbre et
le produit portent, comme on voit, le mme nom. Pline a emprunt
ce qu'il dit de la sarcocolle Dioscoride (ni, 99). C'est une
gomme-rsine qui, l'tat de puret, est considre comme un
principe immdiat des vgtaux , et qui a reu le nom de sarco-
colline ( Thompson , Chim. , iv, 37). Elle nous vient d'Abyssi-
nie et dcoule d'un arbre voisin des ricaces , nomm Pena
Sarcocolla par les botanistes. Ses usages mdicinaux sont aujour-
d'hui nuls ; son nom grec annonce qu'on la croyait propre
runir les plaies , fccf > chair, et xoAAet , colle.
NOTES DU LIVRE XIII. 127
100. XXI , page 46, ligne 11. Papyri. La plante avec la-
quelle les anciens fabriquaient le papier est une cyprace qui
appartient au genre Cyperus des botanistes. Elle se trouve , mais
bien rarement, dans le Nil : on l'a vue dans le Jourdain, en
Abyssinie , dans le Gange et mme en Sicile, dans certains lacs.
Voici quelle est la synonymie de cette plante clbre :
NQ3 , Esai , 18,2; Berd, JEgypt. Bv^Aor, Hom. , Odyss. ,
21 , 391 ; U'BVpos, Theoph. , Hist., iv, 9 ; Diosc. , 1,
116. Papyrus , Latinor. Babier en Syrie , suivant
Bruce. Cyperus Papyrus , L., Spec. , i33; Papyrus do~
meslicus seu antiquorum, OuoRUMD. Le papyrus.
L'usage du papier de papyrus remonte la plus haute anti-
quit, et cette opinion est dmontre par les livres saints et par
les crits d'Hsiode et d'Homre. Pline fortifie cette opinion au
chap. 27, en parlant des livres de Numa. Varron a donc eu
tort d'affirmer que l'invention du papier avait eu lieu lors de la
conqute de l'Egypte par Alexandre-le-Grand ; elle lui est fort
antrieure.
Le nombre des vgtaux qui ont servi fabriquer un papier
plus ou moins propre tracer l'criture est fort grand; nous
allons rapidement les passer en revue.
La feuille de divers palmiers a t mise en usage de temps im-
mmorial. Suidas a crit que les Cretois se vantaient de s'en
tre les premiers servis. Et comme un palmier se dit en grec
, sacrifico). Tous les auteurs confirment
cette tymologie: vov ovo/ua. fvS'pov (HSYCHlus) ; ov S'vS'poy
(EuSTAT. , sur VOdyss. , liv. 3 ) ; Tb .urh; des Grecs est le
Zizyphus Lotus ( Willd. ).
3 Sprengel traduit ( Antiq. bot. , Specim. 1 ) Jbliis incisis , serratis ,
velut ilicis Jolia. Je sais qu'on lit qjxxov KTn i HebRjEOR. , Secund. Clar. ; Cels. , Hierob. A-
Toyyav NecT/sor, Hom., Odjss., i, 84, 91 ; Hrod., iv,
177. ; ThOPH. , IV , 4- POLYB. , apud Athen. , Beipnos ,
XIV , 22. Lotophagorum arbor , LATINOR. ; Lotos impia,
VlRG. Lotos a/ricana, Plin. , XIII, 22 ; Lotos cacumine
ramosa , Ejusd., XVI , 53 ; Mella , IsiD. , Hisp. Arak ,
Arab. Rhamnus Lotus , L. , Spec, 281 ; Zizyphus Lotus,.
Desfont. , FI. ail. Le nerprun-lotus.
1 Plin. , Hist. nat. , xvi , 3a.
1 Idem., ibib.
i4o NOTES DU LIVRE XIII.
" '
En parlant du lotus prcdent, Thophrastc ajoute' que la
meilleure espce de fruit est celle qui n'a point de noyau; car,
dit-il , on en connat de ce genre. Pline rpte cette particularit
sans l'claircir '.
Robert'Constantin, partant de l'erreur qui lui fait prendre le
lolus et le celti^ pour une mme chose ; et, considrant le celtis
comme un alisier, croit trouver cette varit sans noyau dans
l'amlanchier, arbre dont le fruit se nomme amalenche en Savoie,
et ambrozelle en Provence.
Bodus de Stapel, pour qui cellis et lolus sont aussi deux ides
confondues, se contente d'observer que le lotus fruits sans
noyaux ne saurait tre, comme on lavait suppos, le lauro-
cerasus, ni mme le gaac de Padoue ( Diospjros Lotus) , sans d-
clarer s'il adopte l'opinion de R. Constantin.
Quanta Sprengel, il veut que cette espce seule soif la ju-
jube, et que le fruit du lotus noyau, du lotus wa/jios- ciaios ,
t j> , ou quelque
autre encore moms connue ? Le fait peut se vrifier sur les lieux.
Que les botanistes du midi l'claircissent.
Quand mme on ne trouverait pas de jujube entirement d-
' Hist. plant. , iv , \.
a Hist, nul. xiii, 32.
NOTES DU LIVRE XIII. 141
pourvue de noyau , il suffirait de choisir celle qui approche le
plus de ce caractre. Les anciens, en effet, n'employaient point
strictement , et la lettre, cette expression de fruits apyrnes ou
sans noyau. Le hasard veut que nous en ayons conserv la
preuve , dans une comparaison applique par Snque la mo-
rale : Sic sapiens imperturbatus dicitur, quomodo apjrina dicuntur,
NON QUIBUSNULLA EST DUP.1T1A GrANORUM, sed quilus minor*.
111.
Martyn a , dont l'article Lotus est un des plus incomplets et
des moins raisonnes que ce docte commentateur ait rdigs , ob-
serve pourtant une chose que Sprengel 3 a passe sous silence.
C'est que Thophraste perle d'un Awrbs- maLKioVpos. Le savant
Anglais pense qu'il s'agit du nabka des Arabes, du lotus de
Polybe, et du paliurus de Virgile.
Sans nous arrter remarquer que le nabka est un fruit , et
non point un arbre , nous dirons d'abord que le lotus de Polybe
ne saurait trouver place ici , puisque nous l'avons dj class au
paragraphe prcdent, et que c'est le Zizyphus Lotus (Willd).
Mais faut-il maintenant tablir, pour notre seconde espce , le
Rhamnus Paliurus, L. ?
Il y a aussi en Afrique , dit Thophraste 4, un lotus paliurc
qui diffre du lotus des Lotophages, ayant la tige plus entoure
de rejetons, et la feuille du paliure grec. Le fruit n'en est point
aplati , mais rond et rouge. Son noyau ressemble aux ppins de
la grenade. Ce fruit est suave ; on l'amliore encore en le faisant
macrer dans du vin , qu'il amliore son tour.
Pline exalte aussi le paliure d'Afrique : Cjrenaica regio loton
suas postponit paliuro .
Or, le vritable paliure, Rhamnus P'aliurus, L. , ne donne
pas d'assez bons fruits pour qu'on ait jamais pu lui accorder le
1 Senec. , Epistol. , 85.
2 Comm. in Georg. , 11 , 84.
3 Antiq, botaniq. , Specim. , 1.
4 Hist. plant. , iv , l\.
5 PI in. , xiii, 33.
i4* NOTES DU LIVRE XIII.
nom de lotus. Il est plus raisonnable de chercher un arbre ana-
logue. Ce ne sera point V Ilex Aquifolium , encore moins le Cor-
nus Gharaf? mais bien le Sder des Arabes , que son fruit rap-
proche du lotus , et ses pines du paliure.
Le sder ou sidr, J , dont le fruit, nalka, nbik , etc.,
doit tre servi par les houris aux bienheureux , et qu' la descrip -
tion donne soit par Abou-Hanif-Ed-Daynouri , soit par Ebn
Alwam , on reconnat bien devoir appartenir au genre des juju-
biers , est fort pineux , sans doute , tellement mme qu'au rap-
port d'Hasselquist , on croit, en Orient, que la couronne de
Jsus- Christ fut faite des branches de cet arbuste. Mais cette
qualit n'est point particulire au seul Rhamnus Paliurus. Les
pines sont un caractre trs-prononc du Rhamnus divaricatus
de Forskahl : le mme que Linn , d'aprs la tradition dont nous
venons de parler, a nomm R. Spina Christi , L.
Voil le sder des Orientaux , et le xarbs 'va.h.iovpos de Tho-
phraste.
Mais c'est une erreur de Razi x et d'Abou Ali Ren Siua * que
d'avoir confondu leur sder avec le AwtW de Dioscoride (Celtis
australis), plante toute diffrente , et dont nous allons parler.
Voici quelle est la synonymie du Lotus Paliurus :
A)to..
NOTES DU LIVRE XIII. i4&
Mathiole applique mal propos la figure au lotus de Dioscoride.
Ce diospyros n'est point le S~itr>?sVpos de Thophrasle , mais le
gaac d'Italie de Bauhiu , guayacana de Tournefort , nomm en
France plaqueminier. Son fruit, crasiformc, est Yuea d'India
qui se vend Florence.
Mais ne vaut-il pas mieux penser, avec Bodaeus de Stapel ,
que Pline , accoutum , comme les anciens botanistes , s'af-
franchir de toute mthode, a simplement trait de la mme
plante sous deux noms , et dans deux chapitres diffrens ? Quant
nous , la chose nous semble infiniment probable. Dj le fruit
de sa fve grecque est une cerise, comme le fruit de son Lotus-
Cellis. Il attribue ensuite l'corce et la racine de celte faba
grca une vertu colorante x qui se trouve dans le lotus de Dios-
coride, et qui se retrouve dans le Cellis australis des botanistes
modernes. Par une inconcevable erreur, Pline, xxiv, 2, attribue
au lotus d'Italie les proprits mdicales que Dioscoride attribue
au lolos , fve d'Egypte. Cette faute doit nous tenir en garde
contre les dcisions de cet auteur, qui compilait quelquefois
avec une ngligence qui passe toute croyance. Columelle, en
parlant de la fve grecque qu'il range parmi les arbres fruitiers,
ne lui donne aucun caractre qui la distingue du lotus italique
ordinaire. Concluons donc que cellis et faba grca n'taien^que
deux noms du micocoulier ou lotus d'Italie, Cellis australis, L.,
et que le peu de contradictions qui se remarquent sur ce point
de la botanique de Pline, tiennent uniquement au peu de soin
avec lequel travaillait cet auteur. (Cf. la note 11 au liv. xxiv.)
En terminant l'histoire des lotus arborescens, une remarque
importante se prsente nous. Va/juatica lotos d'Ovide ' est un
arbre; les mots truncum , ramos, ne permettent pas d'en douter.
Ailleurs il place encore le lotus avec le saule 3 . Voici donc un
lotus ligneux qui ne peut se rapporter aucune de nos cinq es-
pces , car aucune n'est aquatique. Il faut lui donner un para-
graphe spcial , et chercher quelle plante ce peut tre.
1 Hist. nat. , xvi , 3o.
* jyielcimorph. , ixj 34 1.
3 Idem. , x , p.
IX. IO
146 NOTES DU LIVRE XIII.
Mais nos travaux sur cette matire seraient les dissertations
sur la dent d'or. Jamais un tel lotus n'exista dans la nature. Au-
cun auteur, grec ou latin , pote ou prosateur, ne dit un mot
qui puisse en faire prsumer la ralit. Ovide seul , Ovide, cri-
vain aimable et superficiel , occup de raconter la mtamorphose
d'une nymphe, saus trop s'inquiter du reste, a pu donner un
lotus arborescent la qualit d'aquatique, qui n'appartient qu'
des lotus herbacs. *
SECONDE SECTION.
LOTUS, plante aquatique.
Cette famille de lotus est encore plus clbre que la prc-
dente ; et cependant l'obscurit qui y rgne est telle, que de Paw
lui-mme, dans l'ouvrage savant, judicieux, et peut-tre trop
peu vant, qu'il a consacr des recherches sur l'Egypte x , n'a
pu sortir de la confusion qui rgnait avant lui sur cette matire.
Blon et Prosper Alpin , n'avaient fait qu'embrouiller les noms
et les choses; c'est Mathiole, Dodonaeus et Clusius qui, jusqu'
nos jours, s'taient le plus approchs de la vrit, quand nos
campagnes d'Egypte sont venues fournir des renseignemens
prcieux.
VI.
Parlons d'abord du x,vet/uos aiyviTTiaLKor des anciens , de la
fve d'Egypte, le plus remarquable des lotus aquatiques.
Thophraste , qui dcrit cette plante 3 , la fait natre dans le
Nil, quoiqu'elle vienne aussi, dit-il, dans quelques marais de
Syrie , de Cilicie , etc. La racine en est pineuse au point de faire
fuir le crocodile , qui n'a pourtant que les yeux de vulnrables.
Passons sur cette fable, et voyons le reste. On mange cette
racine crue ou cuite. La fleur est rose , double de celle du pavot ;
le fruit , assez semblable un rayon de miel circulaire, contient ,
Recherches sur les gyptiens et les Chinois, 3 vol. in-8.
a TheophrasU , lib. iv, cap. 10.
NOTES DU LIVRE XIII. i/ l7
dans ses alvoles, une trentaine de fves propres servir d'ali-
ment, et qu'on a soin de semer dans du limon ml de paille,
pour propager la plante.
Hrodote l'appelle lys ros. Il en compare aussi le fruit du
miel en rayons. - ,
Galien vante, comme aliment, les fves que fournit le ki$co-
piov. On appelait Kificpiov le globe form par les capsules runies
du fruit de notre plante. On s'en servit comme de vase boire ;
et de l Ktfickiov prit , en grec , le sens de coupe x ; nous en avons
form notre mot ciboire, que sans cela on aurait cru pouvoir d-
river naturellement de cibus.
Atbne dit que la fve gyptienne se nomme aussi lotos ou
mlilotos*. Nicandre la surnomme colocase. Enfin Pline, parta-
geant l'erreur de Nicandre , confond avec la fve d'Egypte la
colocase qui pourtant en est bien distincte.
Quel est donc enfin le kvujuo &iyv>&Tiu.Ks des anciens ? c'est
le if^>j^i termous , des Arabes , le Njrmpha Nelumho de Linn,
le Nelumbium speciosurn de Willdenow.
C'est cette belle plante qui formait , au milieu du Nil , des
masses de verdure*, o l'on allait, au rapport de Strabon,
prendre des repas dlicieux. On amarrait aux touffes paisses
des nympbas les barques lgres, o, sur des lits voluptueux,
les convives, mollement couchs, jouissaient de la beaut" du
ciel et de la fracheur des eaux ; enivrs du parfum de ces
grandes plantes, et garantis des ardeurs du soleil par les larges
1 Sprengel prtend , il est vrai , que c'est le mot jc//3a>/>>y, coupe , qui
a fourni le nom de la plante gyptienne. Cette progression d'ides est peu
naturelle; et, d'ailleurs, Kt/Zpioi, qui ne drive d'aucune racine grecque,
offre toutes les apparences d'un emprunt fait aux trangers. Pourquoi ne
serait-ce pas un mot de la langue gyptienne ? Ne pourrait-il pas venir
de Keb, tte, l'un des radicaux les plus universels que l'on connaisse,
et d'Or (que nous appelons Orus) , divinit du pays?
On peut former, sur les mmes bases , beaucoup d'autres conjectures.
Cependant l'lymologie Kkb-or prendrait un degr de probabilit de
plus, s'il ne restait aucun doute sur l'assertion de Prosper Alpin , quand
il rapporte que le fruit du JSympha Lotus se nomme encore vulgaire-
ment tte du Nil.
1 Deipnosoph. , lib. m , cap. i.
IO.
148 NOTES DU LIVRE XIII.
feuilles que des ptioles, de dix pieds de longueur, balanaient
au dessus de leurs ttes.
C'est cette plante , la coiffure des sphinx , la parure d'Isis , le
sige d'Harpocrate , l'emblme du silence et de la perfection ;
c'est le iamara des Indes , portant Brahma sur l'abme des eaux
ternelles, ou servant de conque flottante la divine Lakchmi.
Elle ne se trouve plus en Egypte ; les fabeta du Nil ont dis-
paru ; mais elle existe encore dans les grands fleuves de l'Inde ,
et continue jouer, dans la religion des brahmes, le rle im-
portant qu'elle occupait dans celle de leurs imitateurs. Le mis-
sionnaire Just Huern, dont la relation se trouve insre dans
les Commentaires de Bodseus de Stapel sur Thophraste, l'avait
vue dans l'le de Java , et l'appelait Njmpha glandifera.
Voici la synonymie de ce lotus :
AtV, Kvet/wo/ eyvrsriAKts , Kiflpiov , Kifiltov, Herod.,
h, 92 ; Theoph. , iv, 10 ; Nicand. , in Ther. ; Strab. ,
XVII ; DlOSC. ,11, 128 ; Gal., de Alim, facidt. , 1 ; AtHEN.,
III, 1. Lotus sacra, Fala gyptiaca , Lat. ; Lotos radlce
magnitudine mali cotonei seu lotos euphratica , Plin. , XIII , 32.
Tamara des Indiens, Nymplia Nelumbo, L. , Spec. , 780.
VII.
Il est un autre lotus, voisin du prcdent, dont il a partag
la clbrit. Hrodote l'appelle simplement xaros. Il nat, dit-il,
dans les lieux inonds par le Nil. Son fruit, de la forme d'une
tte de pavot , contient des semences qu'on fait rtir pour en
prparer une sorte de pain. Sa racine bulbeuse, de la grosseur
d'un beau fruit, est galement comestible.
Thophraste dcrit, en outre , la fleur de ce lotus, blanche,
et semblable celle du lis. Il ajoute aussi qu'au soleil couchant
elle se replie, et s'enfonce sous les eaux pour ne reparatre
qu'au soleil levant; que les semences renfermes dans son fruit
papavrac , loin d'galer le volume des fves d'Egypte , ressem-
blent des grains de millet; qu'on entasse ses ttes pour en
laisser pourrir l'enveloppe , qu'ensuite on en spare la semence
par des lavages, et qu'on en fait du pain; qu'enfin la racine
NOTES DU LIVRE XIII. 149
du lotus est ronde, de la grosseur d'une pomme de coing, et
blanche, sous une corce brune ; qu'elle se nomme Kpjj^v> , baymaroum * : on y
voit clairement, en un mot, le Nympha Lotus de Linn.
Cependant Dioscoride, qui l'appelle, ainsi que plusieurs an-
ciens, KoxoKcurtV, la confond avec le xifipiov, et dit qu'on les
surnomme, l'une et l'autre, fve pontique. Pline fait bien
mieux : il transporte la tige du faba crgyptiaca ce que Tbo-
pbrasle avait dit de sa racine ; il attribue une seule et mme
plante (la colocase) deux particularits dont l'une, l'usage des
tiges comme aliment , ne concerne que le Njmpha Lotus, tandis
que l'autre, l'emploi des feuilles pour former des vases, ne
convient qu'au Nympha Nelumbo. 11 dit enfin qu'on la semait
en Italie de son temps, et ceci a rapport Y Arum Colocasia.
On peut tablir comme il suit la concordance synonymique de
cette plante :
Aa>T y 0S XSV)>?,Ko> i ox.cLov x.Vf>vKov , Gal. , de Alim.
facult., il , 14.7 ; Athen. , Deipnos , III, 1. Colocasium,
Virg. , Ed. iv, 20; Plin. , XXI, 5i ; Niliacum olus, Mart.,
vin et xiii. jil, Arab. Gingembre d'Egypte,
QUORUMD. Arum Colocasia , L. , Spec, i368. La co-
locase.
TROISIME SECTION.
LOTUS, plante terrestre.
x.
Homre fait mention , dans quatre ou cinq passages diffrens ,
' Cette raison me fait grandement douter de l'utilit d'une correction
que Sprengel propose au texte d'Avicenne. Il croit que le fruit du nilou-
far ne saurait s'appeler graine de l'poux ( el' arous) , mais de l'arum
(el' aroun). I/arum est birn la colocase koulhas , mais non la colocase
nympha ; et le nom de lgume aquatique , donn par Avicenne , ne lui
convient qu' moiti : ainsi , nul prtexte pour changer. Mais que signifie
habb el' arous? Qu'importe : ce pourrait tre un de ces noms insignifians
comme nous en avons mille ; et cependant , par bonheur, nous tenons le
fil qui doit nous guider dans cette explication : ce fil est l'expression aris
el Nil, cite dans la note 1 , page 3^9.
i5a NOTES DU LIVRE XIII.
d'un lotos qui couvrait les campagnes * et qui servait de fourrage
choisi pour les bestiaux. Les chevaux d'Achille*, les bufs que
droba Mercure 3 en taient nourris. On ne sait s'il faut attribuer
au hasard le voisinage que le pote tablit toujours entre cette
plante et quelque plante de marcages ; la mettant constam-
ment, dans ses numrations , ct du Kviffeipos ou du a-xivov
ehs&peT
T3{.
Aoito.
K'Ja ( uoc ttl-
yVTTTItLKO;.
Ao>to; X*
ko;.
Koxoziswov;
5 racine,
Kopiriov
AT0 0"Tf
-.
ATO M X.0
XOX.CLO-10)/ .
Aatro M/xi-
(orpiCph
X0.
MX;X'>to.
A&toc
^pjo.
AijSusv.
ARABES,
crits selon la
prononciation
franaise.
Arac?
et le fruit ,
onnb ?
Arac ? et le
fruit, brir?
ifzouf ?
Seder
ou Sidr,
et le fruit ,
nabka.
Ter
Rachpnine
et la r.tcine,
baymaroum
Linoufar,
Niloufar,
elc.
Koulkas.
Kadhb
LATINS.
Lotus.
Lotus
africanus.
Lotophago-
runi arbor.
Lotus
sine nucleo.
Lotus
Paliurus.
Paliurus
cyrenacus.
Lotus Iiali-
caCellis.
Lotus ,
sive faba
grca.
Lotus sacra
Faba
gypiiaca.
Lotus, sive
colocasium
Loltis. . . . :
(cyaneus.)
Colocasium
Niliacum
olus.
NOMS
BOTANIQUES.
Rhamnus
Lotus (L.),
Zizyphus
Lotus
(WlLLD.).
Rhamnus
Lotus (L.),
Tar. . .?
Rhamnus
Spina
ChristifL.).
Celtis
austraiis
(L).
Uiosf>yros
Lotus?
Celtis
austraiis?
Nymphaea
Nelumbo
(L.)-
Nympha
Lotus (L.).
JNytnphaea
caerulea
rSAvi.
Arum
Colocasia
(L.)-
Lotus.. . . ?
(praiensis.)
Idem
Melilotus
officinalis
(L.).
Melilotus
crulea
(L.).
NOTES DU LIVRE XIII. i57
i3i. Page 68, ligne 17. Eadem Africa, qua vergit ad nos...
loton gignit. Cf. sur ce lotos d'Afrique, Bhamnus Lotus, L. , le
I er . de la note prcdente.
i32. Ligne 18. Loion.... quant vocant celiin. Pline commet
ici une erreur grave en donnant le nom de celtis au lotos d'Afri-
que. Cf. la note cite plus haut, et au liv. xvi la note 266.
i33. Page 70, ligne 12. Baccasque {Loti) concisas cum alica.
C'est toujours du Rhamnus Lotus (i er . , note 128) qu'il est ici
question. V alica est une sorte de gruau. Cf. les notes 82 et 174,
au livre xvill.
i3. Ligne 17. Est autem eodem nomme et herba , et in
Mgypto coulis in palustrium gnre. Cf. la note cite plus haut.
Ce lotos d'Egypte est le Njmpha ISelumlo des botanistes.
l35. Page 72, ligne 1. Mimm est , quod prler hccc tradi-
iur, etc. L'observation de Pline relative au lotos n'a rien de bien
singulier ; l'action du soleil tend toujours panouir les fleurs
et taler les feuilles; peu de plantes sont entirement l'abri
de cette action qui s'exerce mme sur les pdoncules et sur les
ptioles (supports des fleurs et des feuilles).
i36. Ligue 5. Hoc amplius in Euphrate iradunt, et caput
ipsum et florem vespera mergi usque in mdias noctes. Cf. la note t 28
de ce livre au 6. Ce lotus de l'Euphrate n'est autre chose que
le Nelumio du Nil.
137. XXXIII, page 72, ligne 17. Cjrenaica. Cf. la note 128
de ce livre , au 3 e , o nous cherchons tablir qu'il s'agit
du Bhamnus Spina Christi , L.
i38. XXXIV, page 74? ligne 5. Punicum malum. Les bo-
tanistes connaissent le grenadier sous le nom de Punica Grana-
tum. Cet arbuste est l'objet d'une culture soigne, en Espagne,
en Italie et ailleurs. On voit qu'il existait autrefois un assez grand
nombre de varits de grenades , en tte desquelles se trouve la
grenade apyrne, c'est--dire sans noyau. Quelques auteurs
modernes paraissent vivement regretter cette varit : il est dou-
teux toutefois qu'elle ait jamais exist. Ce mot apyrne ne doit
jamais tre pris trop rigoureusement ; la culture parvient bien
rarement faire disparatre en entier le noyau , mais elle en di-
i58 NOTES DU LIVRE XIII.
iniiiiic souvent la grosseur et augmente le sarco carpe d'autant.
Snque (JEpist. 85, 368) a crit : Sic sapiens imperiurbatus di~
citur, quomodo apyrena dicuniur, non quia nulla inest uritia grano
mm, sed quibus minor. On ne connat maintenant que deux vari-
ts , l'une grains et suc jauntre , l'autre grains et suc roii-
gelre ; les autres varits sont uniquement dues aux fleurs qui
sont doubles, ou semi-doubles, jaunes, rouges, etc.
Voici quelle est la concordance synonymique du grenadier :
pOTi Deuieron., VIII, 8; Num. , XX, 5, etc. ; 'Pos,, Hom. ,
Odjss. , vil, io; Theophr. , Causs., I, 16 ; KoKMves
(grana) ; l(S~iov (l'corce du fruit, ou malicorium) , HlPP. ,
Morb. mul. , 1 , 606 ; S/cT/et, Diosc. , i , i54 ; B,\,vpov. . . x-tti Tcttti h x.viW, c'est--dire maudite.
Tragacantha , Plin. , loco cit.; Aslragalus crelicus , L. , Sp.
i44- Page 76, ligne 10.... Tragacanihen , spin alb radice.
Selon Dalchamp,l' Eryngium Bourgati, L. ; selon Lobel, YEchinops
strigosus, L. C'est une plante douteuse, dont la dtermination
prcise n'est gure possible. Pline nous dira -ailleurs que l'on en
mangeait les rejetons.
i4-5. XXXVII , page 76, ligne i^- Tragon et Asia, sive scor-
pionem. Nous en traiterons liv. XXV, en annotant le chap. i3.
Sprengel veut, Hist. Reiherb., 164., que le Salsola Tragus , L. ,
soit le tragon de Dioscoride, iv, 5 1 : or , le tragon de l'auteur
grec tant le mme que celui de l'auteur latin, la dsignation
devrait prsenter peu de difficult.
i46. Ligne 16. Mjrricen et Italia , quam alii tamaricen vocant.
11 parat prouv que les anciens runissaient sous un nom col-
lectif plusieurs plantes qui se rapprochaient les unes des autres,
sinon parles caractres botaniques, du moins par la physiono-
mie. Le myrica en est une preuve; car on le dit un arbre (Dios-
coride), une herbe (Favorinus), susceptible de fructifier (Dios-
coride), strile (Nicandre et Pline), petite (Virgile), grande
(Thophraste), etc.
Or, presque tous les commentateurs ont affirm qu'on n'avait
IX. Il
iG NOTES DU LIVRE XIII.
donn ce nom qu'an tamarisc. Le tamarisc l'a port sans doute :
pourquoi:' parce qu'on regardait cet arbrisseau comme la plus
grande espcede bruyre ; car, au fond, myrica ne voulait dire que
bruyre : aussi Lenaeus , au rapport de Pline , confondait-il e.rica
et myrica.
On peut, je crois, faire quatre classes principales des myrica
de l'antiquit :
i. Mt//>/x de hophraste ; premire Mvpixn de Dioscoride l ,
fruit cotonneux Tamarix gallica.
2. Secoude Mvpix.ii de Dioscoride, fruit
semblable une galle * , brya JEgypti et
Syri de Pline 3 Tamarix orienfalis ,
Delille.
!le Tamarix gallica.
et mme les grandes
bruyres lLnca viugaris.
ietrahx.
mditer ranea.
4*. Myrica de Lenaeus et de Favorinus. Erica , jusqu'aux plus
petites espces.
On prtend que juvputt vient de juvpa , couler, parce que l'ar-
brisseau dont nous parlons se plat au bord des eaux. La chose
est plus que douteuse. Mpa veut plutt dire laisser couler, r-
pandre ; il n'est pas sans analogie avec /nvpcv , essence liquide ;
jui/ppa, myrrhe; /uvpa, parfumer, etc.; mais ce dernier sens ne
s'accorderait pas mieux avec les faits, puisque Virgile regarde
comme impossible qu'une myrica distille des parfums.
Ma la fer an t quercus ; narcisse- floreat ahius ;
PlNGUIA CORTICIEITS SUDENT ELECTRA MYRIC-E ;
Gerlent et eyenis ululae.
1 Diosc. , lib. i , cap. 99.
2 Blon ( Singul., 11 , a58 ) dit que les tamariscs d'Egypte portent des
galles. nombreuses , appeles par les Arabes chersamel. Il est vraisem-
blable que cette plante est la seconde fjtvpix. de Dioscoride , qui pourrait
tre elle-mme ce nouveau tamarisc dsign par Delile , d'aprs Forskabl,
dans sa Flore de l'Egypte, n 35i , sous le nom spcifique d'orientalis.
3 Lib. xxiv, cap. ^1. Cf. , au livre cit , la note 94.
4 Lib. xxiv , cap. il. Ce texte parat plutt devoir faire rapporter 1<
myrica au tamarisc de France. Cf. la noie 90 . au livre cit.
NOTES DU LIVRE XIII. 103
L'tymologie , d'ailleurs, serait toujours mauvaise : car l'ac-
cent de /nVpUn , plac sur la pnultime , et non sur la dernire ,
comme dans tous les drivs en iKb, fait assez voir que cette der-
nire syllabe n'est point simplement accessoire , et que sa con-
sonne k fait partie intgrante du radical.
Dtruisons donc , avant tout , une assertion errone , quand
mme nous n'aurions rien pour la remplacer'; mais nous avons
pour erica une tymologie excellente qui , par l'addition usite
d'un a , servile, rend galement compte du myrica ; c'est la ra-
cine arabe Jjjj , hbreu pli , frondosus fuit utfrutex. Conf. la
note 178, livre xvi.
14.7. Page 76, ligne 16. Achaia autem bryam sihestrem: in-
signe in ea, quod saliva ianiwmferat gall similemfruclum. Nous avons
cherch prouver que le brya n'tait autre chose que le Tamarix
orienialis , Forsk. Cf. la note prcdente. Les anciens donnaient
l'pithte de malheureux, infelices, aux vgtaux striles, tmoin
Pline : Infelices arbores existimantur, damnatque religione, qua-
neque se'runlur unquam, neque fructum ferunt ; et ils qualifiaient de
striles ceux dont les fruits taient peu remarquables.
i48. Ligne 20. Gignit enim arborent ostrjn, quant et ostrjam
vocant. 11 rgne beaucoup d'obscurit dans les crits des anciens ,
relativement cette plante. Lobel voulait que ce ft le sorbier
des oiseleurs, Sorbus aucuparia. Dalchamp prtend que quelques
auteurs y voyaient le lilas , Syringa vulgaris, L. Clusius et Cordus
le reconnaissaient pour le Carpinus Betulus, et cette dernire opi-
nion a prvalu. Sprengel dsigne pour Vostrya , XOstrya vulga-
ris, Willd. {Carpinus. Osiry a, L.), plante d'Italie , de Grce et
du midi de l'Europe.
Voici, d'aprs ce systme, quelle est la synonymie de cet arbre:
"Otrtpvs et 'Oa-ipva. , ThOPH. , Hist., III ,4- 10. Plin. , loco
cit.; Ostrja vulgaris, WlLLD. , Spec. , IV, 4-6g ; Carpinus
Ostrya, L., Spec., i4 I 7- L'ostryer.
11 est inutile de rfuter l'assertion trange qui termiue ce
chapitre : nous voulons parler de celle qui est relative l'action
funeste du bois de l'ostrya sur les femmes en couche.
i49- XXXVIII, page 78, ligne 8. Nec auspicatior in f^esbo
1 1.
i64 NOTES DU LIVRE XIII.
insida arbor qu vocalur evonymos. Sprengel ( Hist. Rei herb., I ,
83 ) dsigne , d'aprs C. Bauhin (Pin., 468) , pour 1 evrv/no des
Grecs (lequel est le mme arbre que Y evonymus des Latins),
Y Evonymus europus des botanistes , contre l'opinion de Dal-
cbamp {Hisi. lugd.), etc. , qui veut que ce soit le Rhododendrum
ferrugineum , L. Nous ne voyons aucune raison qui doive nous
empcher de croire que notre fusain ne soit bien Vevonjmus des
anciens ; seulement nous dirons que X Evonymus latifolius est bien
plus commun en Grce que Y Evonymus europus. Ce que notre
auteur dit des proprits nuisibles du fusain est aujourd'hui de-
venu un objet de controverse parmi les modernes. 11 nous sem-
ble que son innocuit est dmontre, puisque M. Girard, pro-
fesseur Alfort, a nourri des moulons exclusivement avec les
feuilles du fusain , et que ces animaux se sont constamment bien
ports. L'opinion qui veut que celte plante soit un poison ne
daterait-elle pas de Pline ? Il est des erreurs accrdites chez
tous les peuples qui ne reconnaissent pas d'autre origine.
i5o. Ligne 12. Fert siliquas sesam similes. Le nom de
siliqu , appliqu aux fruits de Y evonymus , est de tout point vi-
cieux, mme dans l'acception que lui donnaient les anciens; ce
fruit ressemble assez exactement celui du ssame, ainsi que
l'assure Pline.
i5i. XXXIX , page 78, ligne 17. Alexander Cornlius ar-
borem eonem appellavit , ex qua facla esset Argo. Ce serait vaine-
ment qu'on chercherait savoir quel est cet arbre. Son existence
doit tre mise au rang des fables. Ne serait-ce pas quelque es-
pce de chne ?
i52. XL, page 80, ligne 2. Adtachnen omnes fere Grosci por-
iulac nomine interprelantur , quum illa sit herba, et andrachne.
Thophraste, I, i5, 3, 16, et vil, 3, nomme en effet le pourpier
et l'andrachn du mme nom. Dioscoride se tait sur l'une et sur
l'autre de ces plantes , et Mathiole veut que le texte de Tho-
phraste soit corrompu. Ainsi il croit qu'il faut lire, liv. I, i5,
et I!1 , 16, .p.'fcvt) , et dsigne le citronnier. Cette opinion est
inadmissible , puisqu'elle est fonde uniquement sur le rapport
NOTES DU LIVRE XIII. i65
qu'il y aurait eulre le mot /xs^v, araigne, et la disposition en
rseau de la feuille du citronnier : il faut donc abandonner cette
hypothse , et adopter la diffrence nominale indique par Pline.
Ainsi nous proposons les synonymies suivantes:
I. 'Avfptix > Theoph., i, i5, m, 16; 'AeutA*, Creten-
SlUM MOD. teste Clus. , Hist. pi. rar. , I, 3i, p. 4-8.
Adrachne Theophrasti, EJUSD. ; Arbutus integrifolia , Lamrk,
Tourn., Inst. R. herb. coroll. , . L'arbousier feuilles
entires.
Sprengel , Hist. Rei herb. , 1 , 90 , dsigne pour l'adrachn de
Thophraste , Y Arbutus Andrachne de Linn , ce qui est une er-
reur. Ce savant a t conduit commettre une pareille faute, en
adoptant sans la discuter l'opinion de Linn qui avait donn le
nom d'andrachn au premier arbutus des les de l'Archipel grec
qui fut connu en Europe. L'espce que nous dsignons parat
beaucoup se rapprocher de l'adrachn des anciens : elle crot sur
les montagnes ; tandis que l'adrachn des modernes se trouve
Samos dans les plaines.
II. 'Apfpkxvn , Theoph. , vu , 3 ; Gal. , de Fac. simpl., vi ,
4.3 ; Xo//)oj3oTavof , FAVORIN. Andrachne, CoLUM., Hort.,
X , 358 ; Portulaca et Porcastrum , LATINOR. ; Portulaca
oeracea, L. Le pourpier.
1 53. XLI , page 80 , ligne 1 o. Similis et coccjgia folio ,
viagnitudine minor. Il s'agit ici du Rhus Cotinus , L. , Spcc. , 383,
en franais le fustet , dont les feuilles sont ovales et les fleurs
striles; les panicules ont l'aspect de grosses houppes de duvet
dans le dernier ge, ce qui a fait dire notre auteur que son fruit
se perdait en duvet. Dioscoride remarque que le myrica (Vo/ez
note i5g) est dans le mme cas; et c'est cette circonstance qui
fortifie notre opinion sur la dtermination que nous donnons;
car les tamariscs ont des fruits soyeux , papposi.
i54 Ligne 12. Similis et apharce. Les commentateurs pen-
sent que cet arbre est le mme que l'alaterne de Pline ( Voyez
166 NOTES DU LIVRE XIII.
note 233 du livre xvi , o cette question est traite). Quelques
auteurs dsignent le Phjllirea angustifolia de Linn.
i55. XLII, page 80, ligne 17. Et ferulam inter externas
dixisse conveniat, arlorumquc generi adscripsisse. Les modernes
ont conserv le nom de/erula celui des genres qui renferme les
plus grandes ombellifres connues. On doit cette famille plu-
sieurs gommes-rsines clbres, la gomme ammoniaque, le sa-
gapenum et Yassa fetida. La frule des anciens parat certaine-
ment tre la frule commune, F erula commuais de Linn, plante
qui se plat dans l'Europe mridionale. Les bergers de la Pouille ,
nous crit M. le docteur Tenore de Naples, se servent encore
aujourd'hui des tiges de cette frule comme de gros btons sur
lesquels ils s'appuient. Elles ont jusqu' trois pouces de diam-
tre, prs du collet de la racine. Leur lgret est extrme ; elles
ne peuvent donc surcharger la main qui les porte.
Le mot fer ula vient eferire, frapper. On corrigeait les co-
liers avec la tige sche de cette plante , vraiment plus effrayante
que redoutable. Martial l'appelle le sceptre des pdagogues. Il
dit quelque part :
Invisae nimium pueris , grataeque magistris,
Clara Prometheo niunere ligna nemus.
Nous tablissons comme il suit la concordance synonymique
de cette plante clbre :
H,pfa% et Na/>fl;u<* , Theoph. , VI, 12 ; Na/>w , Diosc. ,
III, 91. Ferula, PlN. , XXII, 22 ; XXIV, 2 ; Ferula commu-
ais, L. , Spec, 355. Le vctptil des Grecs modernes est la
Ferula glauca , L. , loco cit.
1 56. Et ferulam inter externas dixisse conveniat , arborumque
generi adscripsisse. La frule ne runit aucune des conditions vou-
lues pour prendre rang parmi les arbres : c'est une herbe tige
annuelle dont la racine seule est bisannuelle.
' Sprengel ( Hhl. Rei herb., 1, 84 ) parat croire que ce dernier sy-
nonyme dsigne une plante diffrente, la Ferula meodes. Linn.
NOTES DU LIVRE XI. 167
i5y. XL1I1 , page 82 , ligne 1 1 . Semen ferul thapsiam qui-
dam vocavere : decepti eo , quoniam ferula sine dubio est thapsia , sed
sui generis. Sprengel dcide que la tbapsie des anciens est le
Thapsia Asclepium des modernes , dont Mathiole nous a le pre-
mier donn une figure ; tel n'est point notre avis. Pline dit bien
que les feuilles sont semblables celles du fenouil ; ce qui sem-
ble se rapporter l'espce dsigne par Sprengel, Hist. lie herb.,
1 , 86 ; mais si l'on consulte hophraste qui a trait de la
tbapsie (liv. IX , 10), on y verra qu'il tablit que les feuilles sont
semblables celles du fenouil , mais qu'elles sont plus larges ; ce
qui doit nous faire dsigner le Thapsia villosa; surtout si nous
rflcbissons qu'elle est plus commune en Italie que l'autre, et
que ses effets sont peu marqus , il ne peut exister un seul mo-
ment d'bsitation.
La plupart des proprits nuisibles de la tbapsie ont t v-
rifies par M. Poiret. Cf. la note suivante.
i58. Ligne 23. Thapsia est in Africa vehementissima. Galien
ne dit pas que cette plante soit vnneuse, mais seulement qu'elle
est trs-cbaude (Gal., de Fac. simpl. , vm, pag. 177). Cette
tbapsie d'Afrique est ou la Thapsia villosa du midi de l'Europe ,
ou la Thapsia garganica de Willdenow , rcoltes toutes deux
par Desfontaines sur les cotes de Barbarie dans les campagnes.
On fait scher dans le pays les racines de la Thapsia garganica,
aprs en avoir t le cur. Son action est excessivement violente.
Poiret dclare que les deux thapsies sont gales en vertu. 11 assure
avoir vu un Arabe qui, s'tant frott le visage avec le suc de la
tbapsie villeuse , eut une vive inflammation de la peau dans les
parties qui en avaient t touches. En Barbarie , cette plante a la
rputation de gurir les dartres. Il rsulte de tout ce que nous avons
dit jusqu'ici que le thapsia italica de Pline est le Thapsia villosa
des botanistes , et que le thapsia a/ricana peut tre rapport in-
diffremment aux Thapsia garganica et villosa, plantes peu dif-
frentes qui vivent aux mmes lieux , et dont les proprits sont
galement nergiques.
169. XL1V, page 84 , ligne 10. Ibi et capparis , fin;:ioris ligni
frulex, seminisque et cibi vulgati... Il s'agit surloul ici du Qipparis
i68 NOTES DU LIVRE XIII.
spinosa, L. , arbrisseau commun dans le midi de la France et de
l'Europe , et cultiv encore aujourd'hui en Egypte ; cependant
nous devons prvenir que, dans le passage de Pline comment,
plusieurs expressions semblent devoir se rapporter d'autres es-
pces moins connues, et peut-tre doit-on dsigner le Capparis
inermis (FoRSK., FI. gjpl.-arab.) qui abonde en Arabie ; le C. ovala
(Desf., Ail. , l, 44) qu'on trouve communment en Barbarie ; le
C. sina'ca (Duh. , 1 , 1 44 ) > remarquable par la grosseur de ses
fruits , et qui couvre les versans occidentaux du mont Sina; enfin
le C. gjptia (Lamrk., Encjcl. , 1 , 6o5), commun en Egypte dans
les localits o l'on voit le cprier pineux. M. Delille {Texte de
Voue, g/pl. , xix, 2g4) dit que ses rameaux sont fermes et affils;
nanmoins , et malgr ces diverses dsignations , il convient de
s'arrter seulement la premire espce , parce qu'elle est la plus
connue. C'est pourquoi nous croyons devoir tablir comme il suit
la synonymie du cprier de Pline :
Koctsiscipts , HlPP. , Hist. , 890 ; Gal. , Foc. simp., vil y 88 ;
ThEOPH., VI , IO -, DlOSC, II , 2o4- Capparis, Latinor.
Kbar et Kappar, ARAB. Alcaparas, PORTUG. et Es-
PAGN. Taprier en Provence. Capparis spinosa, L. ,
Spec. , 720; DuH.,///ij d. 2 e , v, 1 , pag. 187, t. 34-
Le cprier,
160. Page 84 , ligne 12. Caeenda e/us gnera peregrina. Ces
assertions de Pline, qui font pestilentielles les cpres d'Arabie,
ennemies des gencives celles d'Afrique , vomitives celles de la
Pouille, etc., sont fautives ; les proprits de ces bourgeons flo-
raux sont identiques dans toutes les espces et dnues d'activit.
161. Ligne i5. Quidam, id cjnosbaton vocant. Mres de
cbien. On ne peut, sans erreur, comparer les fruits du cprier
aux mres, mais on peut croire, avec Oribaze, que ce nom lui
a t donn cause des aiguillons dont la tige est arme; ils sont
recourbs la manire de ceux qu'on trouve sur les ronces.
162. Ligne 16. Alii opheostaphjlen. C'est--dire grappe
serpentine ou grimpante.
163. XLV, page 86, ligne 2, Fruticosi est generis et sari y
NOTES DU LIVRE XIII. 169
circa Nilum vascens. C. Bauhin (Pinax , 19) a cru que le sari
n'tait autre chose que le papyms de Sicile ( Papyrus sjrriaca
vel sicliana) , simple varit du papyrus du Nil {Papyrus nilotica
et gyptiaca, Cyperus Papyrus, L.) , dont il ne diffre que par
des proportions moindres. Il s'agit bien certainement ici d'un
souchet d'une grande taille; quel est -il? Sprengel dsigne le
Cyperus fastigiatus, L. , grande espce que Forskahl a vue dans
le Nil. Elle donne naissance de gros rhizomes qui pourraient ,
la rigueur, servir dans la fabrication d'un charbon. Rien ne s'op-
pose l'adoption de cette opinion. Ainsi donc la concordance sy-
nonymique du sari sera tablie comme il suit :
2a'/>/, TnEOPH. , Hist. , IV, 9. Sari , Pliis\ , loco citato; Cy-
perus fastigialus? FoRSK. , FI. gyp.-arab. , pag. l'4< Le
souchet racines fascicules.
164. XL VI, page 86, ligne 8. Non omittenum est et quod
Babylone serurin spinis... qu rgla vocatur. L'pine royale , ainsi
que la plante qu'on sme sur la tige, ne peuvent tre dtermines
faute de notions prcises. Ce que Pline nous en dit porte d'ail-
leurs le caractre d'une fable ; et , en effet , s'il s'agit d'une
plante parasite, il y a impossibilit de la semer, car le moyen de
fixer des semences sur la tige ou sur les rameaux d'une plante r
Quelques auteurs ont dsign , mais sans preuves valables , le
chardon toile, Centaurea solstitialis , L. , comme tant l'pine
royale. D'autres crivains, enchrissant sur cette ide, ont avanc
que la plante parasite dont Pline parle ici tait un champignon, de
ceux qui vivent parfois sur les chardons, et que Paulet, dans sa
bizarre nomenclature, a dcor du nom d'oreille; mais Pline n'a
point voulu parler d'une herbe en traitant de l'pine royale, puis-
qu'il dit (mme livre, au paragraphe suivant) que le cytise est
aussi un arbrisseau , frutex est et cytlsus ; d'ailleurs, arbre ou
herbe, comment y rgulariser la culture des champignons ou de
quelque autre plante parasite? Reste encore savoir si , dans
l'hypothse o Pline aurait t mal inform, relativement au mode
de reproduction de la plante qui vit sur l'pine royale , une
plante parasite qui nat spontanment ne pourrait pas tre dsigne.
Sprengel (Ilisl.Relhcrb.,\, 90) n'hsite pas, et indique le Cassyla
170 NOTES DU LIVRE XIII.
filiformis de Linn , plante parasite de l'Inde qui s'attache au-
tour des autres plantes la manire des cuscutes. Cette opinion
n'est pas dnue de raison ; il lui manque d'tre taye sur des
renseignemens que le texte de Pline et celui de Thophraste (de
Causis, II, 23) ne fournissent pas.
i65. XLVII, page 86, ligne 16. Frutex est et cytisus, ab
Aristomacho Atheniensi mris laudibus prdicatus pabulo oeium. Le
cytise, sur lequel les anciens nous ont laiss beaucoup de don-
nes , est une plante qu'il est pourtant difficile de dterminer
avec certitude. 11 s'agit d'une lgumineuse frutescente , feuilles
troites et trifolies, originaire de la Grce, o elle abondait
jadis, et devenue en Italie l'objet d'une culture soigne , cause
de l'emploi qu'on en faisait comme fourrage. Thophraste * nous
apprend que son bois est noirtre , Pline a dit qu'il se rapproche
de l'bne, enfin Dioscoride 3 affirme que ses tiges sont couvertes
d'un duvet blanchtre.
De tout ce qu'on lit dans les ouvrages des anciens touchant
le cytise, il nous semble qu'on peut hardiment conclure qu'un
mme nom s'applique deux plantes parfaitement distinctes :
l'une ligueuse , tirant toute son importance de son bois , l'autre
herbace ou sous-frtitescente , dont les feuilles et les jeunes
pousses servaient la nourriture des bestiaux , et dont la coupe
tait rgulire ainsi que la culture.
Quelles sont donc les lgumineuses auxquelles on doit rappor-
' ter ces deux cytises? Sera-ce l'aubours (Cjtisus Laburnum, L.) ; le
cytise feuilles sessiles (Cjtisus sessifolius, L. ) ; ou bien encore
la luzerne arborescente (Cjtisus Marant, Lob. )? Examinons
rapidement ce que ces diverses opinions prsentent de satis-
faisant :
L'aubours runit quelques prjugs favorables , et parat offrir
mme la plupart des conditions voulues. Son bois est noirtre ,
ce qui lui a valu le nom de faux-bnier ; les chvres y portent
1 Theophr. , Hist. plant. , i , 9 ; iv , 5 , de Causis , 6.
5 Et huic nigricans color , magisque ttiam cytiso , qu ptvxime acce-
dere ebenum videtur. PHn. , Hist. nat. , xvr , 76.
* Diosc. , iv, 11 3.
NOTES DU LIVRE XIII. 171
une dent avide , et en dvorent avec un gal plaisir les feuilles ,
les lgumes et les jeunes pousses; les vaches, les chevaux et les
nes les mangent volontiers : ainsi nulle raison de ne pas lui
appliquer les vers du prince des potes latins :
Non me pascente , capell,
Florentem cylisom carpetis.
Ed. 1, 79.
Florentem cytisum setmitur lasciva capella.
Ed. 11 , 64.
Remarquons ici que Virgile donne au cytise l'pithte plu-
sieurs fois rpte de florins, et que rien n'est plus gracieux en
effet que les belles fleurs qui, au printemps, chargent les au-
hours de leurs longues grappes dores. On sait que cet arbris-
seau abonde sur les versans mridionaux des Alpes , et mme
sur les montagnes sous-alpines , puisqu'on le trouve prs de
Genve , sur le mont Salve ; M. le docteur Tenore nous a appris
qu'il est aussi fort commun dans les haies du royaume de Na-
ples, sur les collines, lieux o paissent de nombreux troupeaux
de chvres. Les objections faire contre cette opinion n'ont pas
toutes la mme valeur. On a dit d'abord que les herbivores n'ai-
maient pas l'aubours ; mais nous nous sommes positivement
assurs du contraire. On a ajout avec plus de raison que les
abeilles ne butinaient pas les fleurs de cette lgumineuse : ce qui
n'aurait pas permis Virgile, aussi clbre par la grce de ses
tableaux que par leur vrit, d'crire le trentime vers de la
dixime glogue , o il affirme positivement qu'elles en sont
Irs-friandes :
Nec cytiso saturantur apes nec fronde capellae-
Cette objection , qui repose sur une observation juste , com-
mence faire douter que le cytise-fourrage soit bien notre au-
bours , et l'on se dcidera pour la ngative quand on saura que
cette plante,, dont les auteurs grecs ont parl dans les mmes
termes que les auteurs romains, ne se trouve point en Grce;
il faut donc chercher une autre lgumineuse qui y soit connue.
Le cytise feuilles sessiles {Cylisus sessifolius, L.) se prsente
172 NOTES DU LIVRE XIII.
d'abord ; mais cet arbrisseau est glabre , ses feuilles sont peu
nombreuses et portes sur des branches qui , de bonne heure ,
deviennent fortement ligneuses; son bois est blanchtre et inu-
sit , enfin il ne parat pas que ce cytise soit recherch par les
animaux herbivores. Voil bien des objections contre cette der-
nire opinion, et l'on va voir qu'un bien plus grand nombre
de probabilits se runit en faveur du Cjtisus Marant, connu
vulgairement sons le nom de luzerne arborescente.
Honorius Belli Vicentini , mdecin de Candie, est le premier
de tous les commentateurs qui ait dsign la luzerne arbores-
cente, comme tant le cytise des anciens; aprs lui Martyn et
Amoreux se sont empars de cette ide ; mais comme ce dernier
commentateur a dsign le Cjtisus Marant sous le nom de
Medicago arbotea, quelques personnes ont pens tort que ces
deux plantes tant diffrentes , l'opinion d'Amoreux tait nou-
velle ; nous adoptons notre tour l'ide d'Honorius Belli Vi-
centini, avec cette diffrence cependant que nous voyons seule-
ment dans la luzerne arborescente le cytise-fourrage des anciens,
et non le cytise bois noir de Thophraste et de Pline. La lu-
zerne en arbre a des feuilles trifolies, troites, velues, avide-
ment recherches par les herbivores qui leur doivent un lait
d'une saveur agrable ; les abeilles butinent volontiers ses fleurs :
enfin elle n'est pas rare en Italie , et abonde en Grce. Rien ne
s'oppose donc ce que ce soit l le cylisus apibus et capellis
gratus, distinct du cytise aubours que nous adoptions pour le
Cjtisus ligno nigricante ; si l'on persistait vouloir chercher dans
une lgumineuse seule tout ce que les anciens disent de leur cy-
tise , on serait forc d'en revenir au cytisus Laburnum qui , de
toutes les plantes dsignes , offre le plus de probabilits en sa
faveur, mais qui pourtant, suivant nous, est loin de lever toutes
les objections.
Si la distinction que nous faisons , et qui tend reconnatre
deux plantes dans tout ce que les anciens ont dit du cytise , tait
rejete , il resterait bien peu d'espoir de dcider jamais la ques-
tion botanique qui nous occupe , puisque, d'une part, il est peu
probable que le cytise-fourrage puisse se rapporter au cytise au-
bours , plante raie eu Grce , qui en outre est glabre, feuilles
NOTES DU LIVRE XIII. 17 3
larges, etc., et que, d'une autre part, la luzerne arborescente,
ou cytise de Maranta , ne peut , en aucune manire , tre re-
connue dans le cytise bois noir. Ces diverses considrations nous
dcident tablir comme il suit la concordance synonymique du
cytise :
I. Cytisus apibus et capeus gratus :
Kvt ts-os , Theoc, Idyl. , v, 128 ; Diosc. , iv, n3 ; Kvtkto? ,
Hesych., Lexic. Cytisus, VlRG., Ed. I, 79; il, 64;
x , 3o ; Georg. , n , 8 1 ; ni , 3^ ; Colum. , de Re rust. ,
v, 12; vu, 6, etc. ; Plin., Hist. nat. , XIII, 4g Me-
dicago arborea, L. , Sp. ; Cytisus Marant , Lob. , Icon. ,
t 2 , p. 4-6. La luzerne arborescente.
II. Cytisus ligno nigricanie :
Kt/Ti etc.; " KfittiXos oivyopot , Diosc. * , v, 1 ; Gal. , de
Alim.facult., II; ATHEN., Deipnos, II, 1. Vitis, CATULL.,
vill, 1, etc.; Colum. , III, IV, v ; Plin. , loco citato.
Le raisin , Bot/wj, CTeupvAM , Hesiod. , Oper.etdies, 611 ;
Sait. Herc. , 294, Athen. , xiv, 24. Uva , Latinor.
Nous parlerons ailleurs de la varit bumastus. Viiis
vinifera, L. , Spec. , 2g3 : la vigne cultive ; l'tat sauvage ,
elle constitue la varit a. des botanistes , Vitis sihestris La-
brusca, TOURTN". , Instit. , 6i3. 'kypikfAs , ThOPH. ,
IX, 22; Diosc. , iv, i83; v, 2. Il en nomme la fleur
oivkvQti.
Notre mot vigne vient du latin barbare vinia pour vinea, qui
n'tait point synonyme de vitis, et qui ne signifiait point le vg-
tal a.p.'jrexos, mais le lieu o on le plantait, ce mot n'tait au fond
que le fminin de l'adjectif vineus (vinea cultura), form de vinum.
Quant ce dernier mot , on voit bien qu'il drive d'opof , mais l
se brise entre nos mains le fil tymologique.
Les Romains laissaient la vigne parvenir toute sa hauteur,
et ne lui donnaient d'appui que les arbres : les Grecs prfraient
le systme des vignes basses, qui est le ntre, et qui se conserve
encore dans l'Archipel , o furent fondes les villes de la grande
Grce. Il ne faut pas perdre de vue cette diffrence, en lisant les
agronomes des deux nations ; car les prceptes qu'ils donnent
comme applicables l'un de ces systmes, ne conviennent pas
toujours l'autre.
Et qu'on n'aille pas croire qu'une telle lecture serait inutile :
faite avec soin , elle pourrait donner d'importantes lumires. Les
anciens, en effet, et surtout les Grecs, avaient pouss fort loin,
dans ce genre de culture , l'tude et l'observation; et, comme
l'a judicieusement remarqu M. Reynier, dans un excellent m-
1 Dioscoridc qualifie la vigne de aiv^opoc, pour la distinguer de la vigne
blanche , de la vigne noire et de la vigne sauvage , /xwixoc Xtun , Zl/a-
tiXoc /xiXokv* , i/A.irt\o ypltt. (Bryonia, Ta mus , cl Vilis Labrusca).
! |
a8a NOTES DU LIVRE XIV.
moire sur l'objet dont nous parlons, ils donnaient moins que
nous la routine. Toutefois, il conviendrait, en pareil cas, de
peser les diffrences motives par d'autres sols et par une autre
temprature. Des Franais, par exemple, n'iront jamais choisir
pour leurs vignes l'exposition du nord, malgr le conseil du
Carthaginois Magon, conseil relat par Columelle, et que l'on
a raison de suivre encore en Egypte, comme l'a vu pratiquer
M. Reynier aux environs d'Alexandrie.
6. Page 182 , ligne 17. Vtes... inter arbores numerabantur.
Thophraste, I, 5, range aussi la vigne parmi les arbres. Columelle
dit que cette plante n'est point un arbre , mais qu'elle est interm-
diaire entre l'arbre et l'arbuste. Les voyageurs modernes s'accor-
dent avec Pline sur les dimensions extraordinaires auxquelles peut
parvenir la vigne. On sait que les grandes portes de la cathdrale
de Ravenne sont construites en bois de vigne , dont les planches
ont plus de deux toises de hauteur, sur dix douze pouces de lar-
geur. On voyait nagure dans le chteau de Versailles , et dans
celui d'Ecouen, de grandes tables formes d'une seule planche de
ce bois. Il est mort en 1793 un pied de vigne dont le tronc avait
prs de six pieds de circonfrence. 11 existe en Bourgogne des
treilles monstrueuses. On voit prs de Cornillon , village du d-
partement du Gard, au lieu dit la Verune, sur le chemin deBarjac,
et auprs d'une fontaine, une vigne dont le tronc avait acquis la
grosseur d'un homme et dont les rameaux, ayant grimp sur un
grand chne, s'taient tendus sur toutes ses branches. Cette seule
vigne a produit jusqu' trois cent cinquante bouteilles d'un vin
fort agrable boire. On trouve en Italie, et dans quelques-unes
de nos provinces, des treilles de la grosseur du corps d'un enfant.
Lorsque, par des tailles successives, on rduit la vigne l'tat
de souche , elle acquiert aussi des dimensions trs-considrables.
7. Page 184, ligne 1. Nec est ligno ulli lernor natura. On
cite des treilles et des ceps qui dpassaient une dure de trois si-
cles. Il existe dans les vignes de la Cte-d'Or plusieurs vignobles
dont la plantation date de plus de quatre sicles. La fameuse
treille de Hampton-Court , prs de Londres, est aussi remar-
quable par sa longue dure que par sa fcondit. Elle occupe
une serre entire, et, dans les bonnes annes, rapporte jusqu'
Mfrrrv
NOTES DU LIVRE XIV. a8S
quatre mille grappes de raisin. Le roi Georges III en donna un
jour ses comdiens cent douzaines de grappes , et le jardinier
dclara qu'on pourrait en cueillir encore autant sans dpouiller
la treille. L'accroissement de la vigne est trs-lent. Son bois est
trs-dur, et n'est pas susceptible de carie comme celui de divers
arbres ; son corce , faiblement adhrente au liber, s'en dtache
continuellement , soit en cailles , soit en longs filamens ; elle se
rgnre tous les ans , et c'est cette rgnration qu'il faut at-
tribuer aussi en partie la grande dure de la vigne.
8. III , page 184. , ligne 4- H vtes tonsura annua coercen-
tur, et vis earum omnis eeocatur in palmites... C'est aussi tous les
ans qu'on pratique de nos jours la taille de la vigne. On dit,
mais ce fait doit tre rang parmi les fables , que ce fut une
chvre qui en donna l'ide. Cet animal ayant brout un cep ,
on remarqua qu'il produisit plus de raisin que les annes prc-
dentes. Que ce soit ainsi ou autrement qu'on ait connu cette pra-
tique , elle est du moins salutaire , car les grappes ne sortent
jamais que par les pousses de l'anne : plus ces pousses sont
fortes et nombreuses , et plus on doit esprer de fruits ; or, elles
le sont d'autant plus que les racines sont plus tendues et la tige
plus courte. Pline dit qu'on pratique diversement la taille en
raison du terroir et de la temprature des lieux o crot la vigne,
et cette pratique est encore suivie. On taille plus court dans les ter-
rains maigres que dans les gras , et plus long les jeunes vignes que
les vieilles. On doit aussi avoir gard la nature des divers plants.
9. Ligne 7. In Campano agro populis nulunt. Les ar-
bres servent de soutien la vigne dans un grand nombre de lo-
calits. Encore aujourd'hui, la vigne se marie au peuplier (Viag-
gio in alcuni luoghi dlia baslicala, TENORE, 1827) dans le
royaume de Naples ; elle entoure le tronc des arbres fruitiers ,
et notamment des pommiers, dans quelques lieux de la Picardie.
On emploie au mme usage, dans les tats de l'Eglise, l'olivier
et l'ormeau. On ne connat pas en Italie l'usage des chalas.
10. Ligne 11. Niillo fine crescunt, dieidique, aut potius
avelli nequeunt. Nous avons vu des vignes s'lever au del de cin-
quante pieds , et remplir l'gard des arbres , auprs desquels on
,,, V,/| M
a84 NOTES DU LIVRE XIV.
les plante , le mme rle que certaines lianes du tropique rem-
plissent l'gard des arbres auxquels elles s'attachent, c'est--
dire qu'elles nuisent leur dveloppement et les font prir.
il. Page 184, ligne i5. Una vitis Rom in Livi porticibus...
duodenis musli amphoris fecunda. Ces douze amphores quivalent
environ trois de nos pices , dites de Bourgogne , et le fait est
bien possible ; car on a eu en Brie l'exemple d'un cep de vigne
isol et soutenu par un pommier, lequel fournit, en 1755 , deux
pices de vin.
Cf., sur le portique de Livie, Sutone, dans la Vie d'Auguste.
12. Page 186 , ligne 1. Rumpotinus vocatur, et alio nominepo-
puhis. Cet arbre est mentionn par Columelle qui en parle en ces
termes, V, 7 : Est alterum genus arbusti gallici, quod vocatur rumpo-
tinum. Iddesiderat arborent humilem, necfrondosam: cui rei maxime
videtur idonea opidus ; ea est arbor corno similis, etc. Les deux Bau-
hin pensent que cet arbre est Y Acer Opulus , Willd. , Sp., iv,
3go , arbre trs-rameux et trs-touffu, qui crot naturellement
en Italie. On pense que cet arbre conviendrait merveilleusement
pour soutenir la vigne. Il tait connu en vieux franais sous le
nom de hautain.
i3. Ligne 7. El ali improbo reptalu , pampinorumque super-
fluitate, peritia domini, amplo discursu atria mdia complentes. Toutes
les varits de la vigne sont susceptibles de s'lever en treilles et
de garnir les murailles , les tonnelles , etc. , quand on laisse les
sarmens prendre toute la dimension qu'ils peuvent atteindre.
i4- Ligne g. Stat proeinciarum aliquarum per se vitis
sine ulio pedamento. On croit que c'est cette varit de vigne ,
nomme par les Grecs bpd./utfehos 1 qui abonde dans l'Anjou,
dans la Gascogne , Montpellier et ailleurs.
i5. Ligue i3. Excrescere ultra suos pollices prohibit ,
semperque pastinalis similes , herbarum modo vagantur per arva ,
ac succum terr passim uvis bibunt , qu ob id magnitudinem infan-
tium puerorum in interiore Afric parte exsuperant. Ces vignes
sont nommes vignes courantes. Telles sont celles du Berry et
de l'Anjou. Pline commet une erreur grossire en disant que ces
vignes sucent continuellement, par les pores de leurs raisins,
l'humidit de la terre. Les fonctions absorbantes sont entirement
I_f.<
NOTES DU LIVRE XIV. a85
rserves aux radicules pour le systme souterrain , aux feuilles et
autres parties vertes pour l systme arien. Ces raisins , d'une
grosseur norme , qui se trouvaient dans la partie intrieure de
l'Afrique , et que Pline nomme duracins , taient dus une va-
rit remarquable de la vigne. Il parat qu'on la trouve encore
dans le voisinage du Vsuve , et que les grosses grappes qu'elle
y donne font un trs-bel effet en pendant aux arbres qui lui
servent de soutien. Les termes extrmes de la grosseur des grap-
pes du raisin paraissent compris entre le poids d'une once et
demie deux onces que psent celles du morillon htif, et celui
du muscat d'Alexandrie , dont les grappes excdent quelquefois
le poids de douze livres. Cela est encore loin de ces raisins qui
ont la grosseur d'un enfant, et de la fameuse grappe dont parle
la Bible , et que deux hommes portrent sur un levier {Nombre,
c. i3, v. 24)-
16. Page 188, ligne 4- Tument vero mammarum modo bumasli.
C'tait un raisin remarquable par l'extrme grosseur de ses grap-
pes , compar par cette raison au pis d'une vache (Bous-, /uu,arb).
C'est la varit que Varron a nomm bumamma ( Cf. Varron ,
de Re rustica , il , 5. Macrob. , Saturn. , il , 16). Virgile en parle
dans les Gorgiques , II, 102:
Non ego te . .*.
Transierim tuinidis, bumaste, racemis.
17. Ligne 5. Prlongis dactyli porriguntur acinis. Ces raisins,
compars aux dattes , rentrent dans des varits connues , et qui
se distinguent des autres par la longueur et la grosseur de leur
grain.
18. Ligne 7. Leptoragas has vocant. Cette varit ne peut
tre facilement rapporte des varits connues, parce que plu-
sieurs plantes donnent des raisins petits fruits (leptoragas,
p&, grain de raisin, xsttv , dlicat). Les modernes cultivent
des varits de la vigne dont les raisins donnent des grains qui
ne sont pas plus gros que ceux de la groseille.
19. Ligne 8. Durant ali per hiemes , pensili concamerai nodo.
Alice in sua tantum continentur anima ollis ficiilibus , etc. La conser-
vation des raisins est un objet de grande importance. On y parvient
a86 NOTES DU LIVRE XIV.
en France par des moyens qui ne ressemblent gure ceux que
les Romains employaient et dont plusieurs semblent impratica-
bles ; on les suspend par tages des cercles quand ils sont s-
pars du cep; quelquefois, lorsque les grappes sont abondantes,
on les laisse aux ceps que l'on suspend aux solives, et cette
manire est bien voisine de celle de Pline 1 . Nous ne doutons
pas que des raisins renferms dans des tonneaux , et mis dans
des vases bors du contact de l'air, ne puissent se conserver, mais
ce moyen ne russirait pas toujours. Les raisins desschs la
fume acqureraient une saveur dtestable ; et s'ils taient esti-
ms chez les Romains , cela nous montre combien le got est ca-
pricieux et peut changer suivant les peuples et suivaut les temps.
20. Page 188, ligne 11. Uvafabrilis. On donnait ce nom aux
raisins exposs la fume. Horace en parle de la manire sui-
vante, liv. il , sat. 4, v. 72 :
Rectias albanam fumo duraveris uvam.
Cf. la prcdente note relative la conservation des raisins , et
UREL., iv, 3.
21. Ligne i5. Acinis dalur passis. Il s'agit ici des raisins secs
ou raisins de caisse qui sont aujourd'hui l'objet d'un grand com-
merce. Il parat que du temps de Pline on les soumettait une
grande chaleur pour les desscher. Maintenant on se contente
presque toujours du soleil dont l'action est suffisamment active
dans les pays mridionaux, qui seuls s'occupent de la dessicca-
tion des raisins. Il n'est pas du tout prouv par le passage de
Pline que Xuva passa soit bien notre raisin de caisse.
22. Conduntur et musio uv (acini)... Alice decocl in tnusto
didcescunt. Il devait rsulter d'une semblable opration un con-
dit semblable notre raisin.
23. Ligne 20. Jani inventa per se in vino picem resipiens ,
Horace fait mention de ces raisins suspendns , SaLyr. n, 2, v. 121 :
Tum pensilis uva secundas ,
Et nux ornabat raensas , etc.
Piaule en parle aussi , n Pnulo , acl. 1 , se. a , v. 99 :
Uva passa pensilis. . .ai . .
NOTES DU LIVRE XIV. 287
Viennensem agrum nobilitans, Arverno, Sequanoque, etc. Ce got de
poix n'est point naturel. Aucune espce de vin ne l'acquiert ,
moins qu'il n'ait t renferm dans des vases enduits de rsine,
ou qu'il n'ait subi l'opration connue sous le nom de poissage,
opration dont on se dispense presque partout, mais qui, se res-
sentant des temps d'ignorance et de barbarie , pouvait bien tre
pratique dans les Gaules du temps de Pline.
24.. IV, page 190 , ligne g. Gnera vitium numro compre-
hendiposse unus existimavit Democritus.... Cleri innumera atqne in-
finita esse prodiderunt... Le nombre des varits auxquelles la cul-
ture de la vigne a donn lieu est presque innombrable. Virgile
a dit (Georg., Il, io3) , en parlant de la quantit vraiment pro-
digieuse des varits de la vigne :
Sed neque quam muHae species , nec nomina qu sint,
Est numros; neque enim numro comprendere refert :
Quern qui scire velit, Libyci velit quoris idem
Discere quam mullae zephyro turbentur aren;
Aut, ubi navigiis violentior incidit Eurus ,
IMosse quot Ionii veniant ad littora fluctus.
Cupani , en 1696, a donn la description de quarante-huit va-
rits cultives en Sicile , dans le jardin botanique du prince
Catolica Misilmeri ; Garidel nous apprend que, de son temps,
on en cultivait quarante-six sortes. Dn. Simon Roxas Clmente
a donn une exacte description de cent vingt varits , observes
dans la seule province d'Andalousie. M. Audibert cultive dans
ses ppinires de onelle , prs de Tarascon , dpartement des
Bouches-du-Rhne , deux cent soixante-dix varits de vigue
dont on trouve l'numration dans le cinquante-huitime volume
du Dictionnaire des Sciences naturelles , dition de Levrault ;
enfin Bosc , charg par le gouvernement de l'tude et de la no-
menclature de toutes les varits de la vigne en France, en avait
runi quatorze cents dans le jardin du Luxembourg, encore
a-t-il eu soin de prvenir qu'il tait loin de les avoir toutes, et
pensait que ce n'tait gure que la moiti de celles qu'on cul-
tive aujourd'hui dans notre pays ; cependant la France ne possde
*'/)/,
288 NOTES DU LIVRE XIV.
gure que la vingtime partie du nombre total des vignes culti-
ves en Europe. C'est donc avec raison que le chantre de Man-
tone a dit que ces varits taient innombrables. On peut voir
que Pline en fait connatre environ quatre-vingts espces. Caton ,
le premier Romain qui ait crit sur l'agriculture, n'en avait
numr que cinquante-huit.
25. Page 192, ligne El. Amine vtes. Amine tait une
ville situe dans la Campanie , prs de Falerne. Cette vigne a t
clbre par plusieurs auteurs. C'est le gros plant dans quelques-
uns de nos dpartemens. Virgile en a parl :
Sunt et Aniin viles , firmissima vina.
Georg.,it, 97.
Ausone a dit aussi :
Solus qui Chium miscet, et Amineum.
Epist. 11 , ad Ursul.
C'tait avec le raisin aminen non mr qu'on faisait l'om-
phacion. Conf. Colum. , in , 2, p. 184 ; Macrob. , Saturn.,
XVI, 379. Il est impossible de rapportera des espces connues
les cinq varits de vignes aminennes. Nous doutons qu'il en
ait jamais exist une dont les grappes aient t gmines , la
culture ne pouvant exercer d'influence sur la position des bour-
geons floraux. On voit par ce que Pline dit de la huitime espce,
dont les feuilles sont laineuses , qu'il prenait la lettre le vers
de Virgile :
Velleraque ut foliis depectant teuuia Seres.
Cf. Flore de Virg. , Classiques latins, p. 7 4 , o nous tablissons
qu'il s'agit dans ce passage de la feuille de mrier et du cocon du
vers soie.
26. Ligne i3. Nomentanis rubente materia. Cette vigne d'Ita-
lie ne peut tre rapporte aucune espce connue. Columelle , de
Re insl. , III , 2 , confirme ce que Pline dit des vignes de No-
mente : ISomentan vini nobilitaie subsequuntur Amineas , fcun-
ditaie vero etiam prveniunl.
Macrobe , Saturn. , il , 1 6 , en parle dans des termes peu dif-
NOTES DU LIVRE XIV. 989
frens. Martial, I, Epigr. 106, fait l'loge de la vigne de No-
mente :
In nomenlanis, Ovidi, quod nas^itur agris,
Accessit quoties tempora lonpa merum,
Exuit annosa mores nomenque senecta ,
Et quidquid voluit, testa vocatur anus. .
On compte un grand nombre de vignes ayant le bois rouge.
Les modernes ne regardent pas ce caractre comme important.
27. Page 192 , ligne 20. Apianis, Par apianis on doit
entendre vignes aux abeilles, ab apibus, c'est--dire qui donne
des raisins dont les abeHles sont friandes. Cette origine est confir-
me par le savant vque de Sville, liv. xvn, 5. Columelle parle
de cette vigne , III , 2 : Plwiis ventisgjjt et apibus affenint prdam,
fjuarum vocabulo propier hanc expafthitionem cognominantur. Il
s'agit de notre raisin muscat. Nous devons faire remarquer que
la source tymologique du mot franais est double. Ce raisin est
trs-parfum et trs-sucr ; ainsi on peut croire que le nom de
muscat qui lui a t donn vient du mot musc, moschns , ou du
mot mouche, musca. On sait que les mouches sont friandes des
raisins sucrs. Nous prfrons nanmoins la premire hypothse.
28. Page ig4, ligne 6. Ceter advenere Chio, Thasove. Les vins
de Chio taient vants comme tant les meilleurs de toute la
Grce, surtout ceux du canton d'Ariuse, o l'on en faisait de
trois sortes. Ils sont encore estims. Cf. la note i5i de ce mme
livre pour le vin de Chio, et la note 64 pour le vin de Thasos.
29. Grcula. Les anciens subdivisaient la vigne grecque
en plusieurs sous -varits : en marotique, en thasienne, en
psytienne. Conf. Columelle, 111, 2. On est dispos croire
que c'est la vigne de Corinthe : Uv passe minores, vel passul
corinlhiac. La feuille est arrondie, paisse, cotonneuse en des-
sous, divise en un petit nombre delaciniures obtuses. Les raisins
sont doux, vineux, de couleur fauve ou brune.
30. Ligne 8. Eugeniam. Pline nous apprend que cette
vigne, cultive dans le territoire d'Albe , avait t apporte
de Sicile ; on la trouvait dans les environs de Taormina. Cette
ville , qui existe encore , se trouve sur la cle orientale du Val-
ix. 19
290 NOTES DU LIVRE XIV.
de-Mona , entre Catanc et Messine. Son territoire produit des
vins rouges fort estims, de la mme espce et de la mme qualit
que ceux de Mascoli , dans la rgion infrieure de l'Etna. Pline
affirme avec raison que l'exportation d'un plant dans un autre
terroir peut changer les qualits du vin ; il aurait pu ajouter que
le mode de culture dans un mme terroir suffit souvent. Notre
auteur est bien moins exact quand il parle plus loin du vin rouge
chang en vin blanc par la seule action du temps.
3i. Page ig4 -, ligne 17. Allobrogica. Voyez Columelle,
ni, 2.
32. Ligne 21. Fecenia. Les commentateurs estiment que
le nom de fecenia avait t donn cette varit de la vigne, parce
que le vin qu'on en obtenait laissait dposer une plus grande
quantit de lie que les autim.
33. Biturica. Est-ce mk Bourges ou de Bordeaux que cette
vigne tirait son origine ? Les manuscrits crivent tantt biturica
et tantt bituriaca ou bilurigiaca. Columelle, III , 2, dit ui> bi-
turic fructibus opim. On trouve parmi les plants cultivs dans
le Berry et l'Orlanais des espces qui produisent des grains clair-
sems ; mais cela peut arriver par avortement la plupart des
vignes. Dalchamp dit que c'est le plant d'Orlans.
34. J-.gae a5. Visula. Il n'est pas possible de rapporter
cette varit une vigne connue des modernes. H n'est gure
probable que ce mot visula vienne du latin vis, force, et uA.n,
matire qui fournirait beaucoup de bois ; ce compos bizarre
n'tant point form d'aprs les rgles tymologiques ordinaires.
35. Page 196, ligne 10. Helvol. Les botanistes modernes
entendent par color helvolus une couleur intermdiaire entre le
rose et le blanc ; telle est la couleur blonde du chaume des gra-
mines. Beaucoup de varits de raisin affectent cette couleur.
Varron , de Re rustica , Il , 5 , la dfinit de mme : color ru-
beurn et album. Columelle , de mme que Pline , dit que ce raisin
a une couleur intermdiaire entre le pourpre et le noir : Sunt et
helvol, quas nonnulli varias appellant, neque purpure , neque.
nigr, ab helvo, nisi fallor, colore vociiat. Melior est nigrior abun-
dantia vini; sed hc sapote pretiosior (CoLVM., III, 2). On voit que
les termes dans lesquels cette couleur est dtermine par Pline et
NOTES DU LIVRE XIV. a 9 i
Columelle n'ont point t adopts par les modernes. Le raisin de
couleur blonde donne un vin connu sous le nom de vin paillet.
36. Page ig6, ligne i3. Et precice....folium apio simie. Com-
parer les feuilles d'une varit de la vigne avec celles de Tache
n'est pas d'une grande exactitude; toutefois elles sont divises en
lobes dents et spars par des sinus. C. Bauhin, Pin. 455, dit
que Yuva precia (Columelle crit pretia) n'est autre chose que le
Ribes JJva crispa, L. , qu'il qualifie de Grossularia simplici acino ,
velspinosa sihestris. Mais cette opinion n'est gure fonde. Quel-
que ignorans que fussent les anciens en botanique, ils ne pou-
vaient confondre la vigne et le groseiller. Peut-tre veulent-ils
parler de la vigne feuilles lacinies.
37. Ligne 16. Cocolobin. Cette varit , si l'on en croit
Chrtien de Vaga, est cultive en abondance dans le royaume de
Grenade. Ce mot de cocolob signifie , suivant quelques commen-
tateurs , crte de coq. C'est un vieux mot espagnol , car Colu-
melle a dit : Basilicam... cocolubem vocant Hispani. Le mot coqueli-
cot aurait la mme origine , selon l'auteur espagnol. Voyez, sur
ce mot, les notes du livre XX, chap. 77.
38. Page 198 , ligne 6. Albuelis. Poinsinet prtend que
le mot albuelis signifie de montagne , du mot celtique alb ou
alp. 11 est certain que cette varit produit d'autant plus qu'elle
est plus leve au dessus du sol : Albuelis utilior, ut ait Celsus, in
colle quam in campo , in arbore quam in j'ugo , in summa arbore
quant in ima (Col. , III , 2). Nanmoins , ce nom ? albuelis parat
plutt driv de albus, blanc. On ne peut la rapporter une va-
rit connue des modernes.
39. Ligne 8. Inerticulam. lnerlicula iamen nigra , quam
quidam Grci juivirlov appellant, potest in secunda quasi tribu esse,
quod et boni vini est, et innoxia : unde etiam nomen traxit , quod
iners habetur in tentandis nervis , quamvis in gusiu non sit hebes
(Col. , m ,' 2). Cf. Isid. , xvu , 5.
4.0. Ligne 12. Hehenacam. Cette vigne, si l'on en croit
le pre Hardouin , est communment cultive dans le territoire
de Macerata, bourg des tats romains. Sa varit, la vigne marc,
vitis emarcum , avait reu ce nom des Gaulois , quod Galliarum
populi emarcum vocant, Colum. , III, 1. Poinsinet, cherchant
f 9-
292 NOTES DU LIVRE XIV.
une origine celto-scythe ce mot, dit qu'il signifie productions
auxquelles les vapeurs peuvent nuire; ce qui lui fait approuver
une correction propose par Dalchamp , qui lit quelques lignes
plus bas : Maritimo afjlatu gaudent; roscida odere , au lieu de ros-
cido odore que portent tous les manuscrits. Cette varit de raisin
pourrait bien rentrer dans les vignes sarmens rampans que l'on
cultive dans nos provinces centrales , et que l'on soutient , non
pas avec des chalas , mais avec de petites fourches. Pline , au
livre XXIII, 19 , dit que le vin helvnaque est capiteux.
4.1. Page 200, ligne 6. Spionia , quam quidam spineam
vocant. Pourquoi nommait-on ce raisin pineux? c'est ce qu'on
ne peut savoir. Cette vigne tait sans doute peu estime ; notre
auteur dit qu'elle russissait trs-bien Ravenne. Or les vignes
de ce territoire, cultives dans un terroir bas et humide, taient
de mauvaise qualit.
Sit cislcrna mini , quam vinea, malo Ravcnn,
Quum possim multo vendere pluris aquam ,
a dit Martial , m, pigr. 56. Aujourd'hui mme les vins de cette
partie de l'Italie ne jouissent d'aucune estime. Quelques per-
sonnes veulent qu'on lise uva scipiona du nom de Scipion.
4.2. Ligne 8. Veniculam.... , sirculam...., staculam. La plu-
part de ces noms donns une mme varit de raisin se trou-
vent confirms par Columelle , III , 2 , qui s'exprime en ces
termes : Ut Venucua , eadeinque schpula atque slicula. Le pre
Hardouin pense que ce raisin est le marzemina des Vnitiens.
Horace parle du vnucule :
Venucua convenu ollis.
Satyr. 11 , 4 7 '
On ignore d'o peut venir ce mot vnicule ou vnucule. 11 parat
que la vigne qui produisait ce raisin tait cultive dans une foule
de localits.
43. Ligne i3. Murgeniina. Murgente est une ville de Si-
cile voisine de Simaethe , aujourd'hui Agnuni, dans les envi-
rons duquel on rcolte encore d'excellens vins. Columelle , m,
i4- , parle de cette sorte de vigne: Ut Murgentina , eademque
Pompeiana.
STES DU LIVRE XIV. igt
44- Page 200, ligne i5. Ilorconia. Il est difficile de devi-
ner pourquoi le pre Hardonin prtend que c'est la mme varit
que la vigne arelaca de Columelle, dfinie par cet auteur ut omnium
ffuas cognovimus copiosissima.
4.5. Ligne 16. Merica. Chez Columelle, III, 2 , on lit ga-
lement merica. Quelques manuscrits portent metica.
46. Page 202 , ligne 1. Tudernis, atque.... Florentin. La vigne
tuderne est ainsi nomme, suivant le pre Hardouin , de la ville
de Tuderne en Toscane. Poinsinet cherche tablir que par Flo -
rentia Pline pourrait bien dsigner Florence, quoiqu'on appelt
autrefois cette ville Fluentia ; d'o il suivrait que la capitale
le la Toscane aurait eu alors deux noms , ce qui n'est pas sans
exemple.
Les vins toscans n'taient point estims chez les anciens ; Mar-
tial en a dit quelque chose :
Uva ncc in Tuscis nascuur ista jugis.
Epigr., lib. i, 27.
47. Ligne 2. Talpana. Le pre Hardouin cherche ta-
blir que cette vigne est ainsi qualifie cause de la couleur de
ses fruits que l'on compare celle de la taupe, en latin talpa;
cependant quelques manuscrits portent lalpona; la chose devient
donc douteuse.
48. Etesiaca. Le pre Hardouin dit que cette vigne tait
ainsi nomme des vents lsiens qui influaient beaucoup sur le
dveloppement de la grappe.
4g. Ligne 5. Conseminia. Conseminia vinea ea est qu
ex variis vilium seminibus generibusque constat. COLUMELLE ,
III, 21. Nous avons dit, note 46, que les anciens estimaient
fort peu les vins de Toscane; ces vins sont rhabilits dans
l'opinion des modernes, et plusieurs d'entre eux passent aujour-
d'hui pour tre les meilleurs de l'Italie.
5o. Ligne 7. TIujus folia , sicut Labrusc , priusquam dci-
dant , sanguineo colore mutantur. La plupart des varits de la
vigne colorent en rouge leurs feuilles avant leur chute. Le ph-
nomne de cette coloration a donn lieu a de nombreuses hypo-
thses que nous nous abstiendrons de rapporter ici.
294 NOTES DU LIVRE XIV.
5i. Page 202 , ligne 10. Irtioa. A. Baccius veut qu'on
lise ici itriola et pense que c'est la mme chose que cette vigne
fruits doux nomme irpbv par Aristophane , cit par Athne.
Ce mme savant croit que le raisin qu'elle produit est cette sorte
de raisins de passe si communs en Italie , surtout dans la valle
de Bevagna (Meoania de Pline); mais ces diverses hypothses
sont bien peu solides.
52. Ligne 11. Pumula. Quelle est cette varit cultive
Amiternum , aujourd'hui Amiterne ? il est impossible de le dire.
Que signifie cette qualification de pumula? on n'en sait rien. Pline
a le premier employ le mot pumilus pour dire arbre nain; ne se-
rait-il donc pas convenable de lire pumila, vigne naine, et d'at-
tribuer le mot pumula la ngligence des copistes ? Ce qui dis-
pose adopter cette hypothse, c'est que les manuscrits ne s'ac-
cordent pas tous sur la manire d'crire ce mot , et que le second
manuscrit colbertin orthographie pomula.
53. Bannanica. Poinsinet, qui cherche toujours les tymo
logies dans l'ancienne langue slawone, dit que le mot banna-
nica signifie royal , et s'appuie de ce que bannas , suivant Hsy-
chius , signifiait roi chez les anciens Italiens, et de ce que pan,
en langue slawone, signifie matre, seigneur, etc. Bannanica
vitis voudrait donc dire vigne royale , cause de la bont de ses
fruits et de l'excellence du vin qu'on en tire.
54. Ligne 12. Uvam Pompeii. Cette sorte de raisin a t ainsi
nomme parce qu'on le cultivait prs de Pompeia. Pline ignorait,
en traant cette partie de l'numration des diverses varits de
la vigne, que cette ville allait bientt disparatre par suite d'une
catastrophe qui devait lui coter la vie.
55. Ligne l4- Tiburles. Tibur, comme on sait, n'est autre
chose que Tivoli, qui, aujourd'hui, ne se recommande plus par
l'excellence de ses vins , mais seulement par ses souvenirs po-
tiques.
56. Oleaginam. Ce raisin a t nomme ainsi cause de sa
forme en olive. On voit par le texte qu'il remplaa le raisin ti-
burtin , cultiv Tibur, et Clusium , vers la source du Tibre,
aujourd'hui Chiusi.
57. Ligne 16. Vinaciolam. Baccius, III, 281, en parle en
NOTES DU LIVRE XIV. 29 5
ces termes : Vnaciola vilis in altis arboribus sublevata, tenue et
aquecc ferme substantiel vinum edebat. Laurentum , o l'on cultivait
cette varit de la* vigne , tait une ville du territoire d'Ostie et
voisine du Tibre. Or, de nos jours, on suit encore, dans les
tats romains , le mode de culture indiqu par Baccius. Les vins
qu'on rcolte dans le voisinage de Home sont aujourd'hui d'une
qualit fort mdiocre.
58. Page 202 , ligne 17. Gauranas. Cette varit de vigne
est aujourd'hui inconnue. On pense que le mont Gaurus n'est
autre chose que le monte Barbaro , dont le sol , trs-fertile ,
est d'origine volcanique. Le vin de Falerne avait une varit qua-
lifie de gauranum. Cf. , sur le falerne, la note 109 du prsent livre.
5g. Ligne 20. Uea capnia , bucconiata et tarrupia. Ces vignes
tardives sont mentionnes par Martial :
Non quae de tardis servantur vitibus nv.
Epigr. x , 44.
Peut-tre s'agit-il de ce raisin qui mrit si difficilement en
France et qu'on nomme le verjus ou rognon de coq. Luca bucco-
niata n'tait point connue des auteurs anciens. Pline seul la men-
tionne. Par uva capnia, on entend un raisin couleur de fume.
60. Ligne 22. Pharia. Ainsi nomm peut-tre de la ville
de Pharia sur les rivages de l'Illyrie. On pense que ce pour-
rait bien tre une varit de raisin nomme rognon de coq ,
qui , comme nous l'avons dit tout--l'heure, mrit rarement en
France. Quelques manuscrits portent paria.
61. Prusinia. Peut-tre nomm ainsi de Prusa, ville de
Bithynie, aujourd'hui Bursa, suivant le pre Hardoun , dans
l'Anatolie , au pied du mont Olympe , dont le territoire abonde
en excellens raisins.
62. Ligne 24. Streptos. La particularit qui aurait fait don-
ner ce raisin le nom de streptos , c'est--dire tournant , est
fausse. Quelques fleurs se dirigent vers le soleil , mais on ne
connat aucun fruit qui ait cette proprit. C'est que la fleur est
l'organe reproducteur, et le fruit l'organe reproduit, n'ayant plus
qu'une vie passive. On sait que poux' augmenter la quantit de
sucre qui se trouve daus les raisins, on les laisse le plus long-
29b* NOTES DU LIVRE XIV.
temps possible sur le cep, et que l'on tord la queuede la grappe.
Doit-on trouver dans cet usage, qui peut-tre tait connu des an-
ciens, l'origine du nom donn Vuva streplos, de ambrosiaca, duracina. Leraisin ambr
rentre sans doute dans nos raisins muscats. Le duracin pourrait
bien tre un chasselas. Pline dit que ces deux varits de raisin
se conservent long-temps sur le cep. Poinsinet veut que duracin
vienne du mot celtique dur, qui signifie humeur surabondante , et
dont les Latins auraient fait turgidus. On cultivait nagure , au
Jardin du Roi , des raisins nomms de Maroc ou maroquins ,
qu'on croit tre Yuva duracina. On les nomme vulgairement pied
de poule Montpellier.
66. Ligne 6. Orlhampelos. Cette varit a t ainsi nom-
me par les Grecs , parce qu'elle se soutient seule sans qu'il
soit besoin de recourir des chalas. Plusieurs vignes de France
sont dans ce cas ; c'est surtout dans l'Anjou qu'on les trouve. La
plupart des vignes de l'Hrault se soutiennent aussi sans chalas.
67. Ligne 7. Dacljliies. Varit peu distincte et qu'on
ne peut, faute de renseignemens , rapporter une espce con-
NOTES DU LIVRE XIV. 297
nue. Le mot dactjlitis, S'a.KivhnU, signifie aristoloche. Mais
comme Columelle crit dactjlis (III , 2) , il faut le faire driver
de S'o.ktvxi's, doigt , raisin de la grosseur du doigt.
68. Page 204 , ligne 7. Columbin. On ne sait quelle es-
pce il faut rapporter cette varit. Nanmoins on doit la trouver
parmi les raisins les plus volumineux et gros grain , diviss en
grappes secondaires nombreuses , et quelquefois traverses par
des feuilles ou de petits rameaux, ce qui avait fait nommer cette
vigne srtiqvxxeS'ef. Cf. la note 81.
6g. Ligne 8. Purpure. Voyez la note suivante.
70. Bimamm. Varit inconnue aux modernes , la-
quelle les anciens donnaient aussi le nom de purpurea. C'est la
mme varit que le vilis bumasta de Virgile (Gorg., Il, 65).
Le mot bimamma semble signifier que les grappes pouvaient tre
compares des mamelles, tant leur dimension tait consid-
rable.
71. Ligne g. Tripedanea. On ne sait point quelle est cette
varit tablie sur un caractre bien vague, celui de la dimen-
sion ; tripedanea signifie , qui a trois pieds de hauteur. C'est la
proportion moyenne de toutes les vignes.
72. Ligne 10. Scirpula. Cette varit devait sans doute
avoir de longs sarmens plus flexibles et plus arrondis que les
autres. On sait que le scirpus est une sorte de cyprace ou de
jonc pour parler le langage vulgaire. Les Romains nommaient le
jonc scirpus. Un manuscrit de Pline porte scripula. Cf. Hard.
73. Ligne 11. Rhtica. Le nombre des ppins dans cha-
que grain de raisin est ordinairement de cinq ; mais ce nombre
est susceptible de varier par la culture ; il n'arrive gure qu'on
trouve des grains dont le nombre des ppins soit complet; ajou-
tons cependant qu'il est rare de n'en trouver qu'un, et plus rare
encore de ne point en trouver du tout. Cette varit est mention-
ne par Virgile:
Et quo te carmin dicam,
IUitica ? Nec cellis ideo con tende Falcrnis.
Georg. ,11, v. q5.
Entre Narni et Terni, o se termine la chane des Apennins ,
9.08 NOTES DU LIVRE XIV.
six ou huit lieues de Spoleto, on rcolte des raisins sans ppins,
nomms uva passa et uva passerina : les grains en sont trs-petits
et ressemblent ceux du raisin de Corinthe , tant par leur forme
que par leur got.
74* Page 204, ligne i5. Nigra aminea. Varit fruit noir
de la vigne aminenne , nomme aussi Vitis sjriaca. Voyez la
note 2 5 du prsent livre.
75. Ligne 16. Syriac. Voyez la note qui prcde.
76. Hispania. On ne sait quelle varit il convient de
rapporter la vitis hispanica.
77. Page 206, ligne 2. JEgia. Ce nom lui a t donn
d'agios , ville d'Achae , dans le territoire de Corinthe. Peut-
tre cette varit est-elle la mme que celle qui aujourd'hui nous
fournit ces raisins petits grains qui se trouvent dans le com-
merce d'Europe sous le nom de raisin de Corinthe, et qu'on
trouve en abondance dans plusieurs les de la Grce.
78. Rhodia. Ce raisin jouissait d'une grande clbrit.
Virgile en parle (Gorg., II , 101) :
Non ago te mcnsis et dis accepta secundis
Transierim , Rhodia
Macrobe, Saturn., Il , 16, 279 ; Athne, I, 25, en font mention
On lui donnait aussi le nom de raisin hipponien. Les vins de
Rhodes, autrefois trs-estims , le sont encore beaucoup de nos
jours. Us ont un bon got, de la dlicatesse et un bouquet trs-
agrable.
7g. Uncialis. C'est VU va unciaria de Columelle , III, 2.
Cf. IsiD. , XVU, 5. Cette varit rentre dans celles gros grains.
80. Ligne 3. Picina. Ce raisin est ainsi nomm de pix ,
poix , cause de la couleur trs-fonce de ses grains. Nous pre-
nons quelquefois dans les langues modernes , comme dernier
terme de la couleur noire, la poix, et nous disons : noir comme
de la poix. On cultive en France un raisin nomm le noiraut ou
teinturier ; il se distingue des autres par une couleur trs -noire.
C'est l probablement VUva picina.
81. Ligne 4- Slephanitis. Cette varit paraissait plus
propre que les autres faire des couronnes. On voit quelque-
NOTES DU LIVRE XIV. 299
fois des grappes de raisin traverses accidentellement par des
feuilles. Ce qui leur donne plus de grce et permettrait d'en
faire des couronnes agrables la vue. Mais cette circonstance,
due au hasard, qui peut se reproduire pour toutes les varits,
ne se reproduit constamment pour aucune de celles que nous
cultivons. Cf. Colum., III, 2.
82. Page 206 , ligne 5. Forenses. Le pre Hardouin , ainsi
que Dalchamp , veulent qu'il s'agisse ici d'une varit de raisin
nomme foirard , cause d'une qualit laxative plus prononce
dans cette varit que dans les autres. Nous ne discuterons pas
cette bizarre opinion. Il en faudrait peu de semblables pour dis-
crditer tout--fait un auteur.
83. Ligne 7. Cinerea. 11 s'agit ici d'un raisin grains gri-
stres. Tous les peuples ont cherch distinguer les varits
du raisin par la couleur des grains. Nous avons le raisin ngrier,
le mlier vert, le muscat violet, etc. On en cultive aussi dont
la couleur est blanchtre ou gristre.
84.. Rabuscula. Varit de raisin de couleur brun-rou-
getre (a colore ravo , id est sub/usco) , si l'on veut adopter la
correction de rabuscula en ramscula propose par le pre Har-
douin , et fort admissible. Il est question trs-certainement d'un
raisin dont la couleur est fausse et dplaisante. {Voyez le texte.)
85. Asinusca. Aurait-on donn ce raisin ddaign cette
pithte comme mprisante? Pline dit que Y uva asinusca n'est
point estime. Dalchamp veut, au contraire , que ce raisin soit
nomm asinusca cause de sa couleur gristre qui rappelle la
nuance de couleur du poil de l'ne.
86. Ligne 8. Vulpinium. Cette varit n'est plus connue
des modernes. Je lis dans un auteur que c'est le raisin barbu ;
mais comme le r?.isin barbu est la cuscute , on ne peut s'arrter
cette ide. On donne le nom vulgaire de raisin de renard la pa-
risette, Paris quadrifolia, L. , plante qui n'a aucun rapport avec la
vigne. Dalchamp dit aussi que Vuva vulpina est le raisin barbu. Il
est simplement question d'une varit de raisin dont les grains
taient de la couleur du poil du renard , ou fauve , comme Vuva
asinusca tait couleur de celui de l'ne , c'est--dire gristre.
87. Alexandrina. Il est douteux qu'il s'agisse ici d'une va-
Soo NOTES DU LIVRE XIV.
rit distincte de la vigne ; car toutes les vignes ont des feuilles
dcoupes , et Pline dit que la vigne d'Alexandrie a des feuilles
petites , rondes et non dcoupes. Cette circonstance a dter-
min quelques commentateurs dsigner YArbutus Uva ursi , L. ,
vigna delt orso des Italiens de l'Apennin , kf>KroTTtt. ligne 10. Nec potari (vina) per se queunt, sinon
pervincat aqua , usque in amariludinem carie indomila. Les meilleurs
vins peuvent passer l'amer, et cette amertume acquiert souvent
une trs-grande intensit. Les vins de Bourgogne sont surtout
sujets ce mode d'altration. Thophraste, de Causis, vi , 10, a
donn de cette maladie une explication qui n'est pas admissible.
Pline dit, au livre XXIII , i : Quo generosius vinum est , hoc magis
vetustaie crassescil, et in amariludinem corpoii minime utilem coit;
et Catull., Carm. , 27 :
#
Minister vetuli , puer, Falcrni,
Inger mi calices amariorcs , etc.
Les mdecins modernes n'ont point essay les proprits mdi-
cales des vins passs l'amer : peut-tre devrait-on les admettre
dans la thrapeutique.
102. Ligne a3. Singulis lestis (vini) millia nummum. La
testa est une mesure inconnue des modernes , et sur laquelle les
anciens auteurs ne disent rien. Cf. la note 271 , sur le nom des
vases qui jadis renfermaient le vin des anciens.
io3. Page 216 , ligne 1. Idque vinum ( V iennensiurn) frigidius
reliquis exisiimatur infrigido potu. Il s'agit ici de Vienne en Dau-
phin. L'assertion de Pline relativement la qualit rfrigrante
des vins de Vienne est hasarde. Les modernes regardent
comme vins froids ceux qui contiennent le moins d'alcool , et le
vin du Dauphin en contient plus que beaucoup d'autres.
104. VII , page 216 , ligne 9. Cicula hominum venenum est ,
cicut vinum. Ce qui veut dire que le vin est un antidote de l'em-
poisonnement par la cigu ; mais ce liquide serait impuissant pour
en neutraliser l'action vireuse. Toutefois il est juste de dire que
le vinaigre est indiqu par quelques praticiens modernes comme
un contre-poison de la cigu; mais la cigu (plante) n'est pas
la cigu (breuvage), si clbre dans l'antiquit par la mort de
Socrate et de Philopmen.
3o4 NOTES DU LIVRE XIV.
io5. VIII , page 216 , ligne 20. Pucino vino. Ce vin
n'est pas encore aujourd'hui sans rputation. La plupart des vins
de Tlstrie, province dans laquelle se trouvait le territoire qui
produisait le vin pucinum , sont estims et recherchs par les
gourmets. Dalchamp dit que Pucinum se nomme actuellement
Pizzino d'istria. Pline , au liv. XVII , 3 , dit que les vins de Puci-
num proviennent de vignes cultives sur des rochers.
106. Page 218, ligne 2. Prcianum Hermolaiis
et Dalchamp crivent pyctanon. Il est certain que prcianum
n'est point un mot grec. Il y a donc videmment ici incorrec-
tion ; mais aucun manuscrit ne portant pyctanon , toute correc-
tion serait arbitraire.
107. Page 218 , ligue 3. Setinum. Sezza, l'ancienne Setia ,
situe dans le voisinage de Terracine , l'extrmit des ma-
rais Pontins, ne se recommande gure par la bont de son vin ,
et pourtant Silius Italicus, vm, 376, crit qu'il est digne d'tre
prsent Bacchus lui-mme.
Ipsius mensis seposta Lycaei ,
Setia
Martial dit qu'il se conservait long-temps :
Pendula pomptinos quae spectat Setia campes ,
Exigua vetulos misit ab urbe cados.
Epigr., lib. xm , 109.
Cet auteur en parle ailleurs (Epigr. , vi, 86) :
Setinum , dominque nives, densique trientes ,
Quando ego vos, medico non prohibenle, bibam ?
Juvnal le mentionne (x , v. 27 ) :
Et lato Setinum ardebil in auro.
108. Ligne 6. Ccubio. Dioscoride, v, 7, le juge inf-
rieur au vin d'Albanum. Le territoire de Ccube a perdu son
renom. 11 tait situ entre Fundi et Sessa , dans le royaume de
Naples, prs des frontires de l'tat romain. Les vins de ce can-
ton sont cependant encore assez agrables au got. Pline dit,
au liv. xxiii, 19, que le plant auquel on devait le ccube est
NOTES DU LIVRE XIV. 3o5
perdu , et qu'on ne le retrouve plus : coecuba jam non gignuntur ;
et pourtant, auliv. xvu, 3 , il assigne les Marais-Pontins comme
la localit o se trouvait la vigne ccube : Ccub vtes in Pon-
iinis paludibus madent.
iog. Page 218, ligne 11. Falerno agro. Quoique le vin de
Setia ft plac , dans l'estime de beaucoup de personnes , au dessus
du falerne, ce dernier a joui, nanmoins, de plus de clbrit, et
nous pourrions le prouver par des citations multiplies. Ce clos
si fameux n'a pas mme laiss de traces. On conjecture .pourtant
que le village de la Rocca Mandragone est bti sur ses ruines. Les
vins de Campanie n'ont plus leur ancienne rputation ; ils sont
pres et peu agrables au got. Cette dcadence, qui commen-
ait du temps de Pline , est aujourd'hui complte. Les vins de
Falerne devaient tre riches en alcool, si l'on en croit notre
auteur: il est le seul, dit-il, qui s'enflamme tant expos au
feu. Athne connaissait les deux premires sortes distingues
par Pline : vinum Falernum austerum et dulce. Il ne dit rien du
vinumfalernum tenue. Dioscoride, IV, 7, met le falerne au premier
rang des vins italiens. C'est aussi ce que fait Pline au liv. XXIII,
20, car il le met sur la mme ligne que le vin d'Albe : Surren-
tinum veteres maxime probavere : sequens tas Albanum erat
Falernum. J^
110. Page 220, ligne 1. Albana . Nous avons dit que les
vins du Latium taient autrefois plus estims qu'ils ne le sont
aujourd'hui. Pline dit ici qu'ils tenaient le troisime rang : Seti-
num , Falernum et Albanum; mais au livre XXIII, 'io, il donne
le premier rang au vin d' Albanum ; tait-ce comme vin mdi-
cinal i Dioscoride, 1 , 7, a crit que le vin d'Albanum tait plus
grossier que le falerne. Il ajoute qu'ils taient d'autant plus pres
qu'ils avaient vieilli davantage ; ce qui n'arrive plus aux vins des
modernes.
ni. Ligne 2. Surrentina. Ovide , Mtam., XV, 710 , parle
en ces termes du vin de Sorrente :
Et Surrcntino generosos palmite colles.
Martial en dit aussi quelque chose, XIU, Epigr. 110. Dioscoride
!e mentionne, V, 7.
ix. 20
3o6 NOTES DU LIVRE XIV.
Sorrente est une ville du royaume de Naples , et l'on sait
que le midi de l'Italie abonde en vins excellens. Si Sorrente
a conserv ses vins la saveur primitive, nous y voyons une
nouvelle preuve que les qualits qui faisaient jadis les bons
vins n'taient pas les mmes que celles qu'on exige aujourd'hui ,
puisque Tibre dclarait le sorrente un excellent vinaigre, et
Caligula un bon vin tourn (nobilem vappam). Nous dirons,
en passant, qu'Horace, l, Sat. 5, v. 16, a employ ce mot de
vappa :
.... Absentem canlat amicam
Multa prolulus vappa nauta.
On croyait bonifier ce vin en le mettant sur la lie du falerne dou-
cetre pour adoucir son pret native. Au liv. xxm , 20 , Pline dit
que ce vin occupait le premier rang dans l'estime* des anciens.
112. Page 220, ligne 7. Massica. Quelques commenta-
teurs regardant ce mot de massique comme un mot celto-scythe
qui signifie cep de vigne , prtendent que celle varit venait des
rgions celto-scylbes, Esclavonie , Pologne, Ukraine, etc. Les
vins de l'Ukraine sont estims.
Horace (Od. I, v. 19) a crit que le massique lait de garde:
Veleris pocula Massici.
Nous pensons que le lieu o l'on cultivait le massique tait le
vignoble nomm aujourd'hui les Champs-Elyses, prs de Baya.
On y rcolte d' excellens vins. Le massique tait un vin parfum :
il en tait de mme de plusieurs autres , et notamment du vinum
nardinum. Horace nous apprend , Sat. 4 , liv. Il , qu'on exposait
ce vin l'air pour l'purer. Les vins alcooliques dplaisaient aux
anciens comme aux modernes les vins aromatiss.
n3. Ligne 8. Monte Gauro. Ce mot gaurus , qui dans
les anciennes langues du nord signifiait mont, tait donn comme
pilhte plusieurs sortes de vins , au falerne , au massique , par
exemple. Voyez, note 89 , ce que nous disons touchant l'incerti-
tude de la nomenclature des vignobles.
n4- Ligne 9. Contermina Statana. Stata dans la Campanie
(terre de Labour) o les vins sont peu estims de nos jours.
NOTES DU LIVRE XIV. 3o 7
Pline dit pourtant, livre XXIII, 12 , que ces vins avaient peu
prs les mmes qualits que les vins d'Albe et que ceux de Fa-
lerne : ab his Statana non longo intervallo abfuerint.
n5. Page 220, ligne 12. Calera. On le rcoltait dans la
Campanie , prs de Gate , suivant quelques auteurs ; prs de
Calvi, suivant le pre Hardouin.
116. Ligne i3. Fundana. Les vignobles de Fundi produi-
sent aujourd'hui des vins d'ordinaire fort agrables. Athne les
mentionne honorablement. Les vins de Ccube se rcoltaient
dans son voisinage. Cf. la note 108.
117. Veliternina. Aujourd'hui Castel del Voltorno , bourg
qui n'est plus clbre comme autrefois sous le rapport des vins ,
quoique son territoire soit encore couvert de vignobles.
118. Ligne 14. Pivematiaque. Dans le territoire de Pi-
perno , frontire des tats de l'Eglise et du royaume de Naples.
Baccius mentionne ce vin, VI , 289 , ainsi que Galien. Confrez
Athen., 1, 24.
119. Signce. Le vin de Segni , ville des tats de l'Eglise,
treize lieues de Rome, ne figure plus parmi les vignobles
connus hors de leur territoire; Pline en reparlera au livre XXIII,
21 ; il le croyait astringent. Dioscoride, v, 7, dit que c'est un vin
blanc dans lequel on ne mlait point d'eau de mer.
120. Ligne 19. Mameriina. Il s'agit des vins de Messine
dont les habitans, comme on sait, se nommaient Mamertins.
Messine rcolte encore aujourd'hui de trs-bons vins qui s'expor-
tent au loin. Ce vin peut atteindre une trs-longue dure. Quand
il a vieilli pendant trois gnrations il peut aller de pair avec les
meilleurs vins et en prendre le nom.
Amphora n es (orra tibi M a nier lin a senecta
Si detur , quodvis nomert habere potest.
Mart. , Epigr., xni, 117.
Cf. Athen. , I, 24. Dioscoride, v, 7, dit qu'il se rapproche du
vin d'Adrianum.
121. Ligne 20. Polulana. Varit de l'espce prcdente.
Voyez le texte.
20.
3o8 NOTES DU LIVRE XIV.
122. Page 220 , ligne 22. Taurominilanis. Aujourd'hui
Taormina , sur la cte orientale du Val de Mona , entre Catane et
Messine. Son territoire produit d'excellens vins rouges , presque
aussi estims que ceux de Mascoli. ITs passent aujourd'hui avant
ceux de Messine.
1 23. Page 222 , ligne 1. Prtutia. On croit que ce vigno-
ble, situ prs d'Ancne, est celui qu'on connaissait vers le sicle
pass sous le nom de vin de Syrol. Andr Baccius, v, 25g, dit
que ce vin tait clbre.
124.. Ancone. Il est fait mention de ce vin dans Athne,
1 , 24. Les vins de l'ancienne rpublique de Venise o se trouve
Ancone sont estims ; mais on ne les exporte plus hors de leur
territoire.
125. Ligne 2. Palmensia. Varron donne le nom de Palma
au brin de sarment qui produit la grappe, et c'est aussi dans
ce sens que semble l'entendre Pline. Toutefois les commen-
tateurs estiment que c'est un nom de localit. Le territoire de
Palma , Palmensis ager, tait situ prs de Marano , sur la mer
Adriatique. On voit encore dans le voisinage une tour nomme
Torre di Palma. Les vins qu'on y rcolte sont assez agrables.
126. Ligne 3. Csenalia ac Mcenatiana. Les vins de la
Cezne moderne sont aujourd'hui sans rputation y mais on pense
que le mode de fabrication influe dfavorablement sur leur qualit.
Caton et Varron, de Re rusiica, vantent leur saveur. Il serait
possible qu'on et donn le nom de mcecenatianum k un vin qui
aurait t mis en vogue par Mcne. N'avons-nous pas aujour-
d'hui le vin Lafitte ?
127. Ligne 4* Bhtica. Confrez la note 73 de ce mme
livre. Les vins du Tyrol sont encore aujourd'hui de trs-bonne
qualit.
128. Ligne 5. Adriana. Nous avons dit que les vins des
environs de Venise n'avaient qu'une faible rputation. Confrez
Athen. , I, 3o. Dioscoride, v, 7, dit que ces vins taient l-
grement astringens.
12g. Ligne 6. Latiniensia ( graviscanum , statoniensia ).
Les Latinicns habitaient une ville du Latium, aujourd'hui peu
NOTES DU LIVRE XIV. 3c*)
connue. Les vins de la campagne de Rome ne sont point es-
tims.
i3o. Page 22a , ligne 7. Luna. Luna tait btie dans
un territoire qui aujourd'hui est connu sous le nom de Lune-
giana, dans le voisinage du golfe de la Spezzia , et sur la rivire
Magra. Les vins de l'tat de Gnes sont de qualit variable ; ceux
du midi de cet tat ne se recommandent par aucune qualit su-
prieure.
i3i. Germa. Les vins de l'arrondissement de Gnes sont de
mdiocre qualit et peu connus dans le /este de l'Italie. Martial ,
Epig. , liv. III , 82 :
Liguruuique nobis saxa quuin ininislralur, etc.
a donc raison de les ranger parmi les vins les plus communs.
i32. Ligne 10. Bterrarum. Le vin de Bziers, Bterrce, est
un des meilleurs du midi de la France, et cependant Pline dit
qu'il n'avait de rputation que dans les Gaules. Le vin de Fron-
tignan est rcolt non loin de Bziers, et les Romains ne le
connaissaient pas. Ce que notre auteur dit ici et ailleurs de la
qualit des vins dispose penser que les anciens et les modernes
jugeaient diffremment des qualits qui font le bon ou le mau-
vais vin. La note suivante est une nouvelle preuve de cette as-
sertion.
i33. Intra Gallias. Il s'agit ici de la Provence et du Lan-
guedoc. Les modernes appelleront du jugement de Pline qui d-
cide que ces vins sont mauvais. Il n'est aucune province de
France dans laquelle il y ait une plus grande varit d'excellens
raisins qu'en Provence. Ce mlange ne laisse aucun got dcid
au vin ; mais dans le Languedoc le nombre des bons vins est
trs-grand.
i34-. Ligne i3. Quippe etam aloen mercantur, qua saporem
coloremque adultrant. Falsifier des vins avec des herbes et des
drogues nuisibles, les enfumer, y ajouter de l'alos pour leur
donner du got et de la couleur sont des choses qui doivent
sembler incroyables aux modernes. Nous aimons surtout con-
server aux vins leur saveur native ; les anciens en taient moins
jaloux : nous regarderions comme non potables les vins la
3xo NOTES DU LIVRE XIV.
myrrhe, la poix, etc., de mme que les vins enfums dont
parle Martial :
Improba Massiliae quidquid fnmaria cogunt,
Accipit aelatem quisquis ab ign cadus.
Mart. , * , Epgr. 36.
Ve) cocta fuuiis mnsta mas^ilitanis.
Id. , m , Epigr. 82.
i35. Page 222, ligne 16. Tarentina. Les vins de Tarente ,
dans la terre d'Otrante , sont d'ordinaire de bonne qualit. Mar-
tial, Epigr. i5 , liv. xi , et Athne, Iiv. I, 24, parlent du vin
larentin avec loge.
i36. Serviliana. On pense que ces vins taient rcolls
dans le territoire de Salerne (principaut Citrieure). Les vins
muscats de ce canton ont de la clbrit.
137. Consentiez. Ces vins croissaient dans le territoire de
Cosenza , dont les vins jouissent encore aujourd'hui d'une assez
bonne rputation.
i38. Ligne 17. Temps. On ne s'accorde gure sur la si-
tuation prcise de cette ville qui tait btie dans la Calabreci-
trieure. Voyez ce que nous disons des vins de la partie mri-
dionale du royaume de Naples, notes i35 et i36.
i3g. Babi. Mme observation que pour Tempsa. Voyez la
note prcdente. Hermolaiis prtend que ce vin est le mme que
celui qu'Athne nomme harbarina.
i4-0. Lucanaque antecedentibus Thurinis. Il s'agit encore ici
des vins de la principaut Citrieure. On ignore la position pr-
cise de Thurium. Strabon , d. Stephan. , pag. 3n , parle de
ce vin.
i4-i* Ligne 19. Lagarina. Mme observation que pour
Tempsa. Voyez la note i38. Messala dut la sant ce vin to-
nique.
14.2. Ligne 22. TrebeUicis. Les vins des environs de Naples
sont estims. Galien , ap. Aihn. , 1 , 24, dit que ce vin est non-
seulement agrable , mais salutaire.
i43. Caulinis. Suivant Galien, ce vin est presque aussi
NOTES DU LIVRE XIV. 3n
agrable que le falerne. On le rcoltait dans le voisinage de
Capoue.
i44- P a g e 222 , ligne a3. Trebulanis. Ce vignoble se trou-
vait aussi dans le voisinage de Capoue. Dalcbamp conjecture
que T rebuta il ii m est Trbie.
i45. Trifolinis. Le vignoble qui produisait ce vin tirait son
nom du territoire Trifolin , au voisinage de Cumes , tmoins
ces deux vers de Juvnal :
Te Trifolinus ager fecundis vilihus implet,
Suspecluinque jugum Cumis et Gaurus inanis.
Sutyr. , ix, 56.
Martial, liv. XIII, pigr. n4, fait mention de ce vin trifolin :
Non sum de primo, fateor, Trifolina Lyaeo ,
In ut vina tamen seplima \ilis ero.
Probablement ce vin devait vieillir trois ans avant que d'tre po-
table : vin de trois feuilles pour vin de trois ans. Les Latins di-
saient , dans le mme sens , de trois palmes , c'est--dire de la
troisime pousse. .
146. Ligne ilif. Nam Pompe't'anis. Vignoble du territoire de
Pompea. Voyez la note 54 de ce mme livre.
147. Page 224, ligne 6. Lletana. Les vins d'Espagne ont
une grande renomme; la Catalogne, dans laquelle se trouvait
le pays des Laletains , est fort riche en vignobles.
148. Ligne 7. Tarraconensia. Mme observation que ci-
dessus. On recueille de bons vins Tarragone.
i4g. Lauronensia. Cette ville de l'Espagne tarragonaise fut
dtruite par Sertorius.
i5o. Ligne 8. Balearica. Les vins des les Balares ont
encore, de nos jours, de la rputation. Le vin de Malvoisie est
connu du monde entier. Quelques autres, quoique moins cl-
bres , sont connus des gourmets.
i5i. IX, page 224, ligne 19. Nunc simili modo transma-
rina dicemus. In summa gloria post Homerica illa , de quibus supra
diximus, fuere Thasium Chiumque : ex Chio quod arvisium votants
3ia NOTES DU LIVRE XIV.
Voyez ce que nous disons du vin de Thasos, la note 64. Quant
au vin de Chio, il a conserv son antique clbrit. On le mlait
au falerne pour en rehausser la saveur. Le vin d'lite qu'on
rcoltait dans cette le tait appel par Athne />v/Viov, I, 28 ,
arvisien , et par Galien , 1 , 364 1 IV, 6 , Kccrk Totsovs. Virgile le
mentionne dans la 5 e Eclogue, v. 71 :
Vina ioYUin fundam calalhis ariusia nectar :
ainsi que Silvius Italicus , liv. VII, 210 :
Tmolus , et ambrosiis ariusia pocula succis.
On donne aujourd'hui le nom d'Arinse au territoire de l'le de
Chio , o se rcoltaient les vins d'Arvisia. Les vignes les plus
estimes actuellement sont celles de Mesta , dont les vins avaient
mrit le surnom de nectar. La montagne que l'on nommait jadis
Marvisium , dans l'le de Chio , a donn son nom au vin d'Arvi-
sium , par suppression de la lettre M.
i52. Page 224 > ligne 22. Lesbium. Ce vin tait une sorte
de vin de liqueur remarquable par sa suavit ; il tait artifi-
ciellement aromatis : aujourd'hui mme Lesbos rcolte des
vins de liqueur estims. Athne a dit du vin de Lesbos , 1 , 26 :
Nullum vinum Leslio jucundius bibitur. Plaute (ira Pnulo) parle
des vins de Lesbos :
Ubi Leucadio , Lesbio , Thasio , Coo ,
Vetustate vino edentulo aetatem irriges.
Dioscoride , v , 7 , dit le vin de Lesbos plus lger que celui de
Chio.
i53. Page 226, ligne 2. Clazomenio. Clazomnetait une
ville d'Ionie , btie non loin de Smyrne ; nous avons parl des
vins de cette rgion , note 98. Nous ferons remarquer encore
une manire bizarre d'altrer le vin en y mlant de l'eau de
mer pour le falsifier. Il parat mme qu'il tait reu d'en ajou-
ter une certaine dose et l'on n'en craignait que l'excs. On lit ,
dans Athne , qu'une mesure d'eau de mer suffit pour cinquante
mesures de vin. Le vin de Lesbos lait sans doute altr de la
NOTES DU LIVRE XIV. 3i3
mme manire, car on doit penser que ce vin ne pouvail avoir
naturellement le got de marine que Pline dit qu'il avait. Cf. la
note 1 79 vers la fin. Les anciens ne tenaient point conserver
aux vins leur saveur naturelle. Les Grecs aimaient les vins doux
et odorifrans. En certains endroits on les adoucissait en jetant
dans le tonneau de la farine mle avec du miel. Presque par-
tout on y mlait de l'origan , des aromates , des fruits , des
Heurs, etc., etc. Les marchands le mlangeaient avec de l'eau
ordinaire comme cela se pratique encore aujourd'hui.
i54. Page 226, ligne 4- N& Tmoliti. Le Tmolus tait
clhre chez les anciens, non-seulement par les vignes qui le cou-
vraient, mais encore par les plantes aromatiques qu'il produisait:
INonne vides croceos ut Tmolus odores.
Georg. , 1 , 56.
Tmolus et adsurgit quibus, et rex ipse Phanaeus.
ld., 11, 98.
Ovide crit quelquefois Tymolus :
Deseruere sui nymphae vineta Tymoli.
Metam., vi , i5.
Sui vineta Tymoli
Pactolumque petit
Zd., xi, 86.
Pline reparlera du vin tmolite, au livre xiv, 7. Silius Italiens,
liv. vil , et Vitruve , vin , 3 , ont vant les bonnes qualits de ce
vin. Cf. la note 169.
i55. Ligne 7. Sicyonio. Confrez Athn. , 1, 3o. Sicyone
tait une ville de Grce sur la route septentrionale du Plopon-
nse. Bacchus y avait un temple , et les vins qu'on y rcoltait
taient dignes de lui tre offerts en libations.
1 56. Cyprio. On sait aujourd'hui que les vins de Chypre
sont les vins les plus estims de toute la Grce. On les
exporte chez les divers peuples de l'Europe. Leur prix est fort
lev.
157. Telmesico. On ne connat point la position prcise
de la ville et du territoire de Telmesse ". c'tait une ville de
Lycie j province qui , aujourd'hui , fait partie de l'Anatolie. On
3i4 NOTES DU LIVRE XIV.
sait qu'elle tait btie prs des bords de la mer, et non loin de
Macra.
i58. Page 226, ligne 7. Tripolitico. C'est de Tripoli de Syrie
que Pline veut parler. On n'y cultive pas la vigne pour en faire
du vin , mais pour manger les raisins et les faire scher. Toutefois
cette localit en donnerait d'excellent.
i5g. Ligne 8. Berjrtio. Birout ou Barut , suivant quelques
commentateurs. Cette ville tait peu de distance du mont Liban
en Syrie , et peu loigne de Biblos dans la Phnicie ; elle avait
un port. Le vin qu'on y rcoltait devait tre fort agrable , du
moins la localit dispose le penser ainsi.
160. Tjrio. Le pachalik d'Acre o se trouve le village de
Sour, bti sur les ruines de l'ancienne Tyr, ne cultive aujourd'hui
la vigne que pour en desscher les raisins.
161. Sebennyiico. Pline nous apprend qu'on distinguait trois
sortes de vins de Sebenne. Le thasien, dont notre auteur par-
lera plus loin , l'thalien, mot qui signifie enfum, et le peuce,
c'est--dire qui a la couleur ou le got de la poix.
162. Ligne 10. Hippodamantio. Mot d'une origine incon-
nue. Hardouin a donn dans son dition de Pline la note sui-
vante : Vino huic faciam appellationem a generositate crediderim :
^ce/ui/r enim domare est. Vox altra 'iwzros , nihil aliud fere in
compositione quant significata vocabulorum intendit.
i63. Mjrsiico. Ce vin se rcoltait dans la petite le deMystus,
situe prs de Cphalnie, aujourd'hui Cphalonie.
164. Ligne 11. Caniharita:. Thophraste mentionne {de
Causis plantar. , II, 20) une varit de vigne qui donne son
nom au vin cantharite : a.[MtreKos xeyojuvn Ketv&apos.
i65. Gnidio. On serait dispos croire que les vins d'Italie
passaient au pressoir et que tous les produits taient mls.
En Europe, on met part ce qu'on appelle la mre goutte,
et le vin exprim des raisins fermentes constitue une qualit
infrieure. C'est le premier de ces vins qu'on nommait vinum
protropum. C'est le muslum Kxivium de Columelle, xii , 27. Cf. la
note 198.
166. Catacecaumetin . Ce nom bizarre tait celui d'une
NOTES DU LIVRE XIV. 3if
contre qui faisait partie de la Mycie (Strab. , XII , XIII et xiv)
ou de la Phrygie ( HSYCH.). La premire opinion se trouve for-
tifie de celle de Vitruve, vin, 3. Hardouin croit que Virgile
parle de ce vin dans ce vers :
Cape Maeonii carcberia Bacchi.
Geor^.. iv, 38o.
167. Page 226, ligne 11. Pelrt. Vin de Ptra, ville
de l'Arabie, suivant le pre Hardouin, cinquante-cinq lieues
de Jrusalem. Pourquoi ne serait-ce pas plutt Petra dans les
les Balares (Maorque)? Le mahomlisme proscrivant le vin,
peu de vignes sont cultives dans les trois Arabies : autrefois il
n'en tait pas ainsi et la vigne y prosprait.
168. Ligne 12. Myconio. Mycone est une le de l'Archipel
grec, o, de nos jours, on rcolte encore d'excellent vin.
16g. Mesogiten. Dioscoride , liv. v, 10, dit que le msogite
est un vin capiteux, et que la vigne qui le fournit crot sur la
cte d'Asie dans le territoire du Tmolus. Cf. la note i54 du pr-
sent livre.
170. Ligne i3. Nec Ephesium. Voil encore un vin fal-
sifi avec l'eau marine. Dioscoride , v, 7, dit qu'il ne diffre pas
du vin lesbien , et le nomme phygelite. phse tait btie dans
l'Anatolie. Nous avons dit que les musulmans cultivaient peu la
vigne , si ce n'est pour le commerce des raisins secs. Le sol de
toute cette contre convient cependant merveilleusement la
culture de la vigne.
171. Ligne i4- Apamenum. Aujourd'hui Apamiz sur le
Mindre, dans l'Anatolie. Cf. la note prcdente.
172. Ligne 17. Protagion. On conjecture que ce mot signifie
de premire qualit.
173. Ligne 20. Naspercenlen. Nomm ainsi du nom d'un
territoire de l'Asie-Mineure inconnu de nos jours.
174* Ligne 2i. Oreticum. Ainsi nomm de la ville d'Ore
dans l'Eube. Ngrepont produit aujourd'hui des vins esti-.
3i6 NOTES DU LIVRE XIV.
175. Page 226, ligne 21. Oeneaten. Ce vin se rcoltait dans
un territoire dont les gographes anciens ont nglig de parler.
176. Leucadium. Promontoire clbre et fort connu. L'le
de. Leucade abondait en vignes. Athne, I, 3o, dit qu'on
mlait du pltre ce vin. Il est difficile d'imaginer dans quel but.
Peut-tre voulait- on en diminuer l'acidit. Dioscoride, V, 7,
parle aussi des vins altrs avec le pltre.
177. Ambracioten. Ainsi nomm du territoire d'Ambracie,
ville de l'Epire, dans la Dalmatie turque. On y rcolte aujour-
d'hui peu de vins.
178. Ligne 22. Pepareihium. Du nom d'une le de l'Ar-
chipel , situe non loin de Ngrepont. Pline, IV, 12, dit que
cette le porte aussi le nom (Ene, c'est--dire le aux bons
vins. Aristophane , apud Athen. , 1 , 26; Hraclide, in Politiis.,
parlent aussi du vin de Peparthe.
17g. X, page 228, ligne 4-. Bion, La manire dont on
faisait ce vin est encore suivie de nos jours dans la fabrica-
tion de quelques vins de liqueur. On y mlait, comme on voit,
de l'eau de mer ; et ce mlange est qualifi d'invention (nouveau
procd) par notre auteur. Il n'est pas vrai que, si l'on ajoute de
l'eau de mer au vin rouge , celui-ci deviendra blanc. Le leu-
cocoum ( vin blanc de Cos ) devait tre fait par un autre mode
de prparation, sans doute mal connu de Pline. Galien, liv. XII ,
parle des vins dans lesquels on mlait de l'eau de mer, ainsi que
Plaute , in Rud. :
Quasi vinis Grcis Neptunus nobis suffudit mare.
Itaque alvum prodi speravit nobis saisis poculis.
180. Ligne 12. Tethalassomenon. Ce vin tait ainsi nomm,
non cause de l'eau de mer qu'on y mlait, mais cause de
l'immersion dans la mer des vases qui le contenaient. Pline dit
que ce procd lui donnait de la vieillesse. Si ces vases taient
clos bien hermtiquement ce procd tait insignifiant et dans
le cas contraire devenait nuisible.
IV
181. Ligne 17. Rhodium. Confrez la note 78. Le vin de :
Rhodes diffrait peu du vin de Cos. Caton avait enseign aux
NOTES DU LIVRE XIV. Si 7
Romains la manire de' faire un vin semblable celui de Cos
avec les vins d'Italie. Il suffisait pour cela d'exposer ces vins au
soleil pendant quatre ans. Si l'on suivait ce procd on obtien-
drait du vinaigre long-temps avant cette poque. Dioscoride dit
que les vins de Cos et de Clazomne participaient des proprits
de l'eau de la mer, ce qui veut dire qu'ils taient mlangs avec
ce liquide.
182. Page 228 , ligne 17. Phorineum. Ce vin tait plus
sal que celui de Cos dont on pouvait saler les vins sans les d-
prcier auprs des gourmets grecs ou romains. On ne connat
pas exactement le lieu de la Grce qui donnait son nom au vin
pbormon. Quelques manuscrits portent Phorineum.
i83. XI, page 228, ligne 21. Vinum omne dulce minus
vdoratum, etc. Parmi les vins modernes, les vins doux et sucrs
sont les plus odorans. Aucun vin ne mrite aujourd'hui l'pithte
de nigrum; il y en a de couleur pourpre-noir, mais aucun n'est
vritablement noir. Suivant Galien les couleurs des vins sont: la
blanche, XSVKbs; la fauve, Ktppbs; la rouge ou la sanguinolente,
pvQpos] la jaune, ^avbs-; la noire, /J.xa.s ; la ple, X/o?, interm-
diaire entre la blanche et la fauve.
184.. Page 2do , ligne 2. Psylhium. Ce vin prenait le
nom de la varit de vigne qui le produisait. Athne, 1 , 26 ,
parle du vin psythien. Hsychius dit 4-//et eiS'o? .jwrxov. Le
psythia est une sorte de vigne prammienne , Odyss., il , 638.
Cf. la note 98. C'tait avec son verjus et celui de la vigne am-
minenne qu'on prparait l'omphacion. Voyez la noie n3,
livre XII.
i85. Melampsythium. Varit de l'espce prcdente. Ce
vin provenait d'un raisin dont la couleur tait noirtre , ce qui
dispose croire que le psythium tait un vin blanc ou du moins
un vin fait avec des raisins de couleur blanche.
186. Ligne 4 Scybelites. A dfaut de renseignemens pr-
cis sur ce vin , renseignemens qui manquent dans le texte de
Pline , il faut recourir Galien. Ce docte auteur fait mention ,
M, de Alim. facult. , d'un plant scyblite' dans le territoire de la
Pamphylie. Le mme auteur le range parmi les vins doux, iv, de
3i8 NOTES DU LIVRE XIV.
Alim. facult. ) La Pamphylie se trouvait dans la Cai a ma nie ,
partie mridionale de l'Anatolie , abondante en vignes.
187. Page 23o , ligne 4-. Aluniium in Sicilia. Aujourd'hui
Solana , vill e de Sicile. Les vins de cette partie de l'Europe sont
excellens.
188. Ligne 5. Nam sirum, quod alii hepsema, nostri sapant
appelant. Le vin siren n'est pas proprement parler un vin , mais
un syrop trs-pais , puisque Pline dit plus loin qu'il servait falsi-
fier le mieldont il avait la consistance. Les pharmaciens donnent
le nom exclusif de sapa la confiture nomme vulgairement raisin,
et .on la prpare par un procd voisin de celui qui est indiqu par
Pline. Siren, suivant les commentateurs, signifie vin-miel,
cause de sa consistance. Le miel se nommant xir ou sir dans
plusieurs idiomes , notre mot sirop viendrait de l. Hepsema
veut dire dcoction : Sapam quee fit musto igni decocio , Grccci si-
non (siraion Hippocrate et Galeno) vocant seu hepsema (DiOSC. ,
189. Ligne 8. De/rulum. Les pharmaciens modernes ont
conserv le nom de de/rulum au mot de raisin rduit aux deux
tiers. Si on le fait fermenter on a un vin cuit fort semblable
ceux dont parle ici notre auteur.
190. Ligne 12. Quam Grci sticham vocant , nos apianam.
Nous avons parl du raisin appien. Cf. la note 27 du prsent livre.
Quant Ywa slicha, nous croyons que c'est quelque sous-varit
du raisin muscat, distingue des autres par des grains mouchets
ou tachets (