PA IMPIIIMERU': ]iE (. I .1' n ( i-. n -^ {M. ' \ ! y I THE UNIVERSITY . ^ -' . A OF ILLINOIS i LIBRARY ^ fiussi& - The person charging this material is re- sponsible for its return to the library from which it was withdrawn on or before the Latest Date stamped below. Theft, mutilation, and underlinlng of books are reasons for disciplinary action and may resuit in dismissal from the Universlty. To renew coll Tlphone Center, 333-8400 UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN FEB 2 4 \m L161 O-1096 BIBLIOTHQUE LATINE - FR A]\C AISE PUBLIE C. L. F. PANCKOUCKE. im^^' 4 IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKE, RDI DE} roiTcvins, n" 14. mm'' ihi,,f"i"^ HISTOIRE NATURELLE DE PLINE TRADUCllON NOUVELLE PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE ANNOTE PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIKR, DAUNOU, KMERIC DAVID, DESCURET, DO , E. DO.O , DUSGATE, FE, L. FOUCH, FOURIER , GUIBOURT, ELOl JOHANNEAU, lACROlX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE, L. MARCUS, MONGS, C. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT , QUATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. TEBGKK. TOME ONZIEME. PARIS c. L. F. PANCKOUCKE MEMBHK DK l'oRDRK ROYAI. DK IVA LEGION d'hONHEUB EDITEUR, RUE DES POITEVINS, W" l/| M DCCC XXXL S7/ f"-, LIVRE DIX -SEPTIEME. ( CONTI NUATION.) <}) : HiD! 454169 ,M'u>\>VrV^V> . i 1 O^ ' C. PLINU SECUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XVII. SATIVARUM ARBORCM NATUR*. De intervallis arborum. XVn. 12. rlujus loci pars est ad intervalla pertinens. Quidam Punicas , et myrtos , et lauros densiores seri jusserunt , in pedibus tamen novenis. Malos amplius paulo, vel magis etiam piros, magisque amygdalas, et ficus r quod optime dijudicabit ramorum amplitudinis ratio , locorumque , et umbrae cujusque arboris : quo- niam bas quoque observari oportet. Brves sunt , quam- vis magnarum arborum, quae in orbem ramos circinent, ut in malis , pirisque. Eaedem normes cerasis , lauris. De umbra. XVni. Jam quaedam umbrarum proprietas. Juglan- HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XVII. HISTOIRE NATURELLE DES ARBRES QUI POUSSENT E GRAINE. Des intervalles des arbres. XVIL 12. Il nous reste dire quels intervalles on doit laisser entre chaque arbre ; quelques agriculteurs veulent qu'on plante les grenadiers , les myrtes , les lau- riers rapprochs les uns des autres , en laissant toutefois entre eux neuf pieds de distance. Les pommiers deman- dent tre un peu plus espacs, les poiriers encore plus, l'amandier et le figuier bien davantage. On doit, dans cette opration, tenir compte des lieux, de la dimension des rameaux , et mme de l'ombre projete , car cette dernire observation n'est pas sans importance. Des ar- bres , mme assez grands, qui jettent leurs branches en rond, comme les poiriers et les pommiers, donnent peu d'ombre ; les cerisiers et les lauriers en donnent beaucoup. De l'ombre. XVITI. Parlons maintenant des proprits diverses 1. MfV.W^ \ ' y C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. dium gravis et noxia , etjam capiti humano , omnibus- que juxta satis. Necat gramina et pinus : secl ventis utraque resistit , qua jam et protecta vinearum ratione egent. Stillicidia pinus , quercus , ilicis , panderosissima. Nullum cupressi , umbra minima , et in se convoluta. Ficorum levis , quamvis sparsa : ideoque inter vineas seri non vetantur. Ulmorum lenis, etiam nutriens, qua- cumque opacat. Attico hc quoque videtur e gravissi- mis : nec dubito , si emittantur in ramos. Constrictae quidem ullius noxiam esse non arbitrer. Jucunda et pla- tani , quamquam crassa : licet gramini credere non soli , haud alia laetius operiente toros. Populo nulla ludenti- bus foliis : pinguis alno, sed pascens sata. Vitis sibi suf- ficit , mobili folio , jactatuque crebro solem umbra tem- perans , eodem gravi protegens in imbre. Omnium fere levis umbra, quorum pediculi longi. Non fastidienda haec quoque scientia , atque non in ultimis ponenda, quando quibusque satis umbra aut nutrix , aut noverca est. Ju- glandium quidem, pinorumque, et picearum, et abietis, qucumque attigere , non dubie venenum est HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 5 de l'ombre des arbres. Celle du noyer est fcheuse et nuisible l'homme , h qui elle cause des maux de tte , et toutes les plantes qui croissent dans son voisinage. Celle du pin tue les herbes ; mais le pin et le noyer ont l'avantage de rsister au vent , ce qui les rend propres servir d'abri aux vignes. Le pin , le chne , l'ilex , re- tiennent l'eau de pluie en quantit ; le cyprs ne jette qu'une ombre trs-petite , et en quelque sorte ramasse sur elle-mme. Celle du figuier, quoique fort tendue, est lgre ; aussi est-il admis dans les vignobles. Celle de l'orme est douce, et nourrit les plantes qu'elle couvre. Suivant Atticus, cependant, elle est des plus nuisibles, ce dont je ne doute pas pour l'orme longues branches, mais ce que je n'admets pas pour l'orme branches courtes et ramasses. L'ombre du platane est agrable , quoique trs-paisse , non-seulement par l'abri qu'elle offre contre le soleil , mais encore par l'agrment incomparable des lits de gazon qui s'tendent au pied de l'arbre. Le peu- plier, avec ses feuilles perptuellement mobiles , n'a pas d'ombre; celle de l'aune est paisse, mais favorable l'accroissement des plantes. La vigne a assez de son ombre, car celle de ses feuilles, mobiles et frquemment agites, tempre pour elle l'ardeur du soleil, et la pr- serve du choc pesant de la pluie. Gnralement les feuilles longs pdicules ont l'ombre lgre. Ce n'est pas une branche d'instruction mprisable ou vulgaire que celle (jui apprend en quels temps et quels vgtaux l'ombre est utile ou nuisible. Celle des noyers , des pins , du pica et du sapin sont indubitablement dltres pour tout ce qu'elles touchent. 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. De stillicidiis. XIX. Stillicidii brevis definitio est. Omnium quae pro- jectu frondis ita defenduntur, ut per ipsas non defluant imbres, stilla saeva est. Ergo plurimum intererit hac in- quisitione terra in qua seremus , in quantum arbores quasque alat. Jam per se colles minora qurunt inter- valla. Ventosis locis crebriores seri conducit. Olea ta- men maximo intervallo , de qua Catonis Italica senten- tia est: Inxxv pedibus minimum, plurimum xxx seri. Sed hoc variatur locorum natura. Non alia major in Btica arbor. In Africa vero (fides pnes auctores erit) milliarias vocari multas narrant a pondre olei , quod ferant annuo proventu. Ideo lxxv pedes Mago intervallo ddit undique : aut in macro solo , ac duro , atque ven- toso, quum minimum xlv. Baetica quidem uberrimas messes inter oleas metit. Illam inscientiam pudendam esse conveniet , adultas interlucare juslo plus , et in se- nectam prcipitare , aut (plerumque ipsis qui posuere, coarguentibus imperitiam suam ) totas excidere. Nihil est fdius agricolis, quam gestae rei pnitentia, multo jam ut prstet laxitate delinquere. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 7 De l'eau que laissent tomber les feuilles des arbres. XIX. Deux mots suffiront pour l'eau que laissent tomber les feuilles des arbres quand il pleut : celle qui , arrte dans les feuilles , ne va pas mouiller le tronc , ne peut que nuire gravement. Il est important de con- natre la nature du terroir o l'on veut planter, et les espces susceptibles d'y prosprer. Les distances entre chaque arbre doivent tre plus courtes sur les collines ; dans les lieux exposs aux vents, il est bon de les rap- procher davantage : toutefois , on doit espacer toujours beaucoup les oliviers. Voici la loi de Caton , du moins pour ceux de l'Italie: Plantez l'olivier au moins vingt- cinq , au plus trente pieds d'intervalle. Cette loi varie selon la nature des lieux. L'olivier, en Btique, est le plus grand des arbres; en Afrique , si l'on ajoute foi au rcit de quelques auteurs, il en est qu'on appelle milliaires, parce qu'ils rendent annuellement un millier pesant d'huile. Magon veut qu'il y ait en tout sens soixante-quinze pieds dans une plantation de ce genre ; et si le sol est maigre , le lieu expos au vent, au moins quarante -cinq. En Btique , les plants d'oliviers sont entresems de superbes moissons. On conviendra que c'est une ignorance hon- teuse de la part des cultivateurs, d'laguer l'excs les oliviers dj grands, ce qui hte pour eux la vieillesse, ou, ce qui est de la part mme de ceux qui ont plant, un aveu de leur impritie, de les couper entirement. Quoi de plus triste en agriculture que de condamner ce qu'on a fait ? mieux vaut donc cent fois pcher par l'excs d'espace. 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Quae tarde crescantj quae celeriter. XX. i3. Quaedam autem natura tarde crescunt, etia primis semine tantum nascentia, et longo vo durantia. At qu3B cito occidunt , velocia sunt , ut ficus , Punica , prunus , malus , pirus , myrtus , salix : et tamen ante- cedunt divitiis. In trimatu enim ferre ineipiunt , osten- dentes et ante. Ex his ientissima pirus. Ocissima om- nium cyprus et pseudocyprus frutex. Protinus enim floret , semenque profert. Omnia vero celerius adoles- cunt stolonibus ablatis , unamque in stirpem redactis alimentis. Propagine nascentia. XXI. adem natura et propagines docuit. Rubi nam- que curvati gracilitate et simul proceritate nimia, de- figunt rursus in terrain capita, iterumque nascuntur ex sese : repleturi omnia , ni rsistt cultura : prorsus ut possint videri homines terrae causa geniti : ita pessima atque exsecranda res, propaginem tamen docuit, ac vi- viradicem. Eadem autem natura est ederis. Gato propa- gari praetcr vitem tradit ficum, oleam, Punicam, ma- lorum gnera omnia, laurum, prunos , myrtos, nuces avellanas, et Praenestinas , platanum. Propaginum duo HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 9 Arbres qui poussent lentement ; arbres qui poussent vite. XX. i3. Certaines espces sont lentes crotre, no- tamment celles qui viennent de graines ou qui vivent long-temps ; au contraire d'autres sont rapides dans leur croissance, tels sont le figuier, le grenadier, le prunier, le pommier, le poirier, le myrte, le saule; cependant ils rapportent les premiers, ordinairement ds l'ge de trois ans , et quelquefois mme plus tt. Le poirier est le plus lent ; le cypre et l'arbuste dit le faux-cypre sont les plus htifs : en effet , ils fleurissent et portent fruil presque en mme temps. Au reste , tout arbre dont on fait tom- ber les rejetons crot plus vite, parce que la sve passe alors tout entire dans le tronc. Arbres qui se reproduisent par provins. XXI. C'est encore la nature qu'on doit l'ide des pro- vins. Minces et longues, les ronces laissent pencher vers la terre leurs ttes , qui bientt s'y enfoncent et renaissent ainsi d'elles-mmes ; de sorte que , sans l'obstacle qu'y apporte l'agriculture , elles couvriraient bientt la sur- ^ face du globe. Il est donc vrai que l'homme naquit pour l'agriculture , puisqu'une plante nuisible et odieuse lui a offert l'exemple des provins et du plant vif. Le lierre prsente le mme exemple. Selon Caton , outre la * vigne, on multiplie par provins le figuier, l'olivier, tous les pommiers , le laurier, le prunier, le myrte, l'aveli- nier, le noyer de Prncste et le platane. On provigne ^ lo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. gnera : ramo ab arbore depresso in scrobem quatuor pedum quoquo, et post biennium amputa to flexu, plan- taque translata post trimatum : quas si longius ferre li- beat, in qualis statim , aut vasis fictilibus defodere pro- pagines aptissimum , ut in iis transferantur. Alterum genus luxuriosius , radies in ipsa arbore soUicitando , trajectis per vasa fictilia vel qualos ramis , terraque cir- cumfartis : atque hoc blandimento impetratis radicibus , inter poma ipsa et cacumina (in summa etenim cacu- mina hoc modo petuntur) audaci ingenio arborem aliam longe a tellure faciendi , eodem , quo supra , biennii spatio abscissa propagine , et cum qualis illis sata. Sa- bina herba propagine seritur et avulsione. Tradunt faece vini, aut e parietibus latere tuso mire ali. lisdem modis rosmarinum seritur , et ramo , quoniam neutri semen. Rhododendron propagine et semine. De insitione : quomodo inventa sit. XXII. 14. Semine quoque inserere natura docuit, raptim avlum fam devoralo , solidoque, et alvi tepore madido , cum fecundo fimi medicamine abjecto in niol- libus arborum lecticis, et ventis saepe translato in aliquas corticum rimas : unde vidimus cerasum in salice , pla- tanum in lauro , laurum in ceraso , et baccas simul dis- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii de deux faons : on couche une branche d'arbre dans une fosse de quatre pieds en tous sens ; au bout de deux ans on coupe la courbure, au bout de trois on trans- plante. Si l'on porte un peu loin le provin , on fait bien de le mettre dans un panier ou dans un pot pour le transporter. 11 est une autre mthode, plus recherche, qui fait pousser les racines sur la tige mme : on fait passer l'extrmit d'une branche dans un pot ou un panier que l'on remplit de terre bien presse : grce ces prcautions dlicates , on fait crotre des racines ; in- vention hardie , qui nous fait obtenir un arbre loin du sol, au milieu des fruits et la cime d'un autre arbre, car c'est la cime qu'a lieu cette opration. Du reste, comme dans l'autre mthode , on coupe le provin au bout de deux ans, puis on le plante avec son panier. La Sabine se multiplie de provins et de rejetons. La lie de vin ou la brique pile la font prosprer. Le romarin vient de mme que la sabine : il vient aussi de bouture. Ni l'un ni l'autre n'a de graine. Le laurier-rose vient de graine et de provin. Ente; son origine. XXIL i4- La nature a de mme appris l'homme l'art d'enter les plantes par graine. Un oiseau affam enlve et dvore une graine entire : amollie par la cha- leur de l'estomac, elle est dpose, avec la fiente qui la fconde, dans les aisselles des branches des arbres; sou- vent encore un coup de vent la transporte dans quelque fissure de l'corce. C'est ainsi que l'on a vu le cerisier 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVH. colores. Tradunt et monedulam condentem soinina m ihesauros cavernarum , ejusdem rei praebere causas. Inoculatio. XXIII. Hinc nata inoculatio , sutori simili fistula aperiendi in arbore oculum cortice exciso, semenque in- cludendi eadem fistula sublatum ex alia. In ficis autem et malis haec fuit inoculatio antiqua. Virgiliana quaerit sinum in nodo gemmae expulsi corticis, gemmamqueex alia arbore includit. Et liactenus natura ipsa docuit. Gnera insitionum. XXIV. Insitionem autem casus , magister alius , et paene numerosior, ad hune modum. Agricola sedulus casam sepis munimento cingens , quo minus putresce- rentsudes, limen subdidit ex edera. At illae vivaci morsu. adprehensae , suam ex alina fecere vitam , apparuitque truncum esse pro terra. Aufertur ergo serra aequaliter superficies : lvigatur falce truncus. Ratio postea du- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i3 crotre sur le saule , le platane sur le laurier, le laurier sur le cerisier, et, sur un mme arbre, des baies de couleurs varies. La mondule (choucas) , dit-on , donne lieu au mme phnomne , en cachant des graines dans des creux d'arbres qui lui servent de magasins. De la greffe. XXIII. Cette observation a fait dcouvrir la greffe par inoculation. A l'aide d'un couteau semblable au tran- chet du cordonnier , on a ouvert le bourgeon d'un arbre en coupant une portion de l'corce, et dans cette ouverture on a introduit la greffe enleve avec le mme instrument sur un autre arbre : telle tait la mthode employe autrefois pour greffer les figuiers et les pom- miers. Virgile veut qu'on pratique une incision lgre dans le bourgeon mme, aprs avoir enlev l'corce, et qu'on y introduise un bourgeon tranger ; jusqu'ici c'est la nature qui a servi de modle. Diverses espces de greffes. XXIV. Il est une autre greffe due au hasard qui est aussi un grand matre, et de qui nous tenons peut-tre le plus grand nombre de connaissances. Un laboureur indus- trieux, voulant entourer sa cabane d'une espce de palis- sade, pour empcher les pieux de pourrir, les planta dans du lierre vif : les pieux , bientt saisis et enlacs par le lierre, reprirent vie, grce une sve trangre, et l'on vit qu'une tige d'arbre pouvait remplacer la terre. Ainsi m I /j C. PLINII HIST. NAT. IJB. XVIL plex : et prima iiiter corticem lignumque inserendi. i- mebant prisci trimcum findere : mox inforare ausi medio : ipsique in eo medullae calamum imprimebant, unum in- serentes , neque enim plures capiebat meduUa. Subtilior postea ratio vel senos adjicit, mortalitati eorum et nu- mro succurrere persuasa, per mdia trunco leniter fisso, cuneoque tenui fissuram custodiente, donec cuspidatim decisus descendat in rimam calamus. Multa in hoc servanda. Primum omnium , quae pa- tiatur coitum talem arbor , et cujus arboris calamus. Varie quoque et non iisdem in partibus subest omnibus succus. Vitibus ficisque mdia sicciora, et e summa parte conceptus, ideo illinc surculi petuntur. Oleis circa m- dia succus : inde et surculi : cacumina sitiunt. Facillime coalescunt, quibus eadem corticis natura, quaeque pari- ter florentia ejiisdem horae germinationem succorumque societatem habent. Lenta enim res est , quoties humidis rpugnant sicca, mollibus corticum dura. Reliqua ob- servatio , ne fissura in nodo fit : rpudit quippe ad- venam inhospitalis duritia. Ut in parte nitidissima , ne longior multo tribus digitis, ne obliqua, ne translucens. # HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i5 il faut d'abord enlever galement , avec la scie , la su- perficie du tronc, et la polir avec la serpe; on peut en- suite procder de deux manires : la premire consiste insrer la greffe entre l'corce et le bois, car jadis on craignait dfendre le tronc; mais insensiblement on s'y hasarda, et l'on'poussa l'incision dans le tronc et jusque dans la moelle : il est vrai qu'on n'y introduisait qu'une greffe, car la moelle n'en pouvait recevoir davantage. Par la seconde mthode, plus ingnieuse, on est par- venu insrer jusqu' six greffes; de sorte que, par le nombre , on eut la chance de suppler celles qui pour- raient prir. On fend doucement le tronc par le milieu, et l'on tient la fente ouverte avec un petit coin, jusqu' ce que la greffe , taille en pointe , ait pntr dans la fente. Il y a bien des soins prendre dans cette opration. D'abord quel arbre prend-on la greffe, et sur quel arbre peut-elle prosprer? Tous les arbres, non plus, n'ont pas leur sve au mme endroit : le figuier et la vigne sont plus secs au milieu , et leur force productive rside surtout leur sommet : aussi est-ce du sommet qu'on tire les greffes. Ij'olivier est plein de sve dans sa partie intermdiaire ; c'est celle qui fournit des greffes : la cime est sche. Les arbres qui ont les corces de mme nature, qui fleurissent, bourgeonnent, et sont en sve au mme instant, s'unissent aisment. La runion est lente au contraire lorsqu'on place le sec sur l'humide , et l'arbre corce tendre sur l'arbre corce dure. Ne faites point d'incision sur un nud, la greffe trangre ne trouve pas dans cette partie dure un abri hospitalier. i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Virgilius ex cacumine inseri vetat. Certumque est , ab humeris arborum orientem aestivum spectantibus , sur- culos petendos , et e feracibus , et e germine novello , nisi vetust arbori inserantur : ii enim robustiores esse debent. Praeterea ut praegnantes, hoc e^, germinatione turgentes , et qui parre illo speraverint anno. Bimi uti- que 5 nec tenuiores digito minimo. Inseruntur autem et inversi , quum id agitur , ut minor altitude in latitudi nem se fundat. Ante omnia gemmautes nitere conveniet, nihil usquam ulcerosum esse, aut retorridum. Spei fa\ medulla calami commissurae, si in matre ligni cortics- que jungatur. Id enim satius, quam foris cortici quari. Calami exacutio medullam ne nudet. Tenui tamen fis- tula detegat , ut fastigatio laevi descendat cuneo , tribus non ampliore digitis. Quod facillime contingit , tinctum aqua radentibus. Ne exacuatur in vento , nec cortex a ligno decedat alterutri. Calamus ad corticem usque suum deprimatur. Ne luxetur dum deprimitur : neve cortex replicetur in rugas. Ideo lacrymantes calamos inseri non oportet, non hercule magis, quam aridos : quia illo modo labat humore nimio cortex : hoc , vitali defectu non hu- mescit, neque concorporatur. Id etiam religionis servant: ut luna crescente , ut calamus utraque deprimatur manu. Et alioqui in hoc opre duae ^imul manus minus nitun- tur, necessario temperamento. Validius enim demissi >, HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 17 C'est dans la partie la plus unie que l'on pratique la fente ; elle ne doit pas avoir beaucoup plus de trois doigts de longueur; il faut qu'elle soit verticale, et ne traverse pas de part en part. Virgile dfend de prendre des greffes la cime. Il est certain que les meilleures sont celles qu'on tire des branches qui regardent l'orient d't, d'un arbre fertile en fruits et de jeunes rejetons. Cependant, si l'arbre qui reoit la greffe est vieux , la greffe doit tre plus forte; de plus, choisissez-la assez garnie de bour- geons pour faire esprer qu'elle portera du fruit la mme anne ; il faut qu'elle ait deux ans, et au moins la gros- seur du petit doigt ; qu'elle soit insre par le bout le plus petit , pour que , par cette mthode , l'arbre gagne en largeur ce qu'il perd en hauteur ; surtout que les bourgeons soient nets , sans corchures et sans rides. Vous pouvez compter qu'elles reprendront bientt si leur moelle est jointe au bois et l'corce des sauva- geons , car cette mthode vaut mieux que celle de mettre la moelle des greffes dcouvert et fleur de l'corce. Taillez la greffe en pointe sans mettre la moelle nu : on se sert cet effet d'un petit instrument tranchant pour donner la pointe la forme d'un coin uni et lisse, qui ait au plus trois doigts de long : on y arrive aisment en ra- clant la greffe trempe dans l'eau. Ne taillez pas la greffe au grand air; ayez soin que l'corce, tant du sauvageon que de la greffe, tienne au bois ; enfoncez la greffe j usqu' l'endroit o commence l'corce; mais, en la faisant descen- dre, prenez garde de la luxer et de faire froncer l'corce : aussi doit-on craindre de placer les greffes quand elles sont en pleine sve, aussi bien que quand elles sont sches; car, XI. 2 i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. tardlus ferunt, fortins durant: contraria, ex diverse. Ne hiscat nimium rima , laxeqiie capiat , aut ne parum : et exprimat, aut compressum necet. Hoc maxime praeca- vendum , ut prvalide accipientis trunco in mdia fis- sura relinquatur. Quidam, vestigio fissurae falce in truncis facto , salice prseligant marginem ipsum. Postea cuneos figunt , continente vinculo libertatem dehiscendi. Qu- dam in plantario insita eodem die transferuntur. Si cras- sior truncus inseratur , inter corticem et lignum inseri melius,cuneooptime osseo, ne cortice rumpatur laxato. Cerasi librodempto finduntur. Hae solae et postbrumam inseruntur. Dempto libro habent veluti lanuginem, quae si comprehendit insitum , putrefacit. Incolume cuneo adactum utilissime adstringitur. Inserere aptissimum quam proximum terre , si patiatur nodorum truncique ratio. Eminere calami sex digitorum longitudine non amplius debent. Cato argillae , vel cretae arenam , fimumque bubulum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVlL 19 dans le premier cas , l'corce se lche par trop d'humi- dit ; dans le second , l'corce , trop peu humecte , ne peut faire corps avec celle du sauvageon. On observe avec un soin religieux de greffer au croissant de la lune; de faire usage des deux mains lorsqu'on enfonce la greffe, car alors , les deux mains agissant la fois , l'effort est plus doux, plus gal : or , si la greffe enfonce fortement est plus durable, elle est aussi plus tardive; le contraire a lieu par l'opration contraire. Que la fente ne soit ni trop large, ni trop lche, ni trop troite, car alors elle chas- serait, ou toufferait la greffe trop serre; le grand point est de faire l'incision au milieu du tronc , pour que la greffe y soit fixe solidement. Quelques-uns, aprs avoir marqu sur le tronc, avec la serpe , la place de la fente, lient le bord avec de l'osier , pour empcher qu'il ne s'ouvre trop , aprs quoi ils enfoncent les coins. Il est des arbres qu'on greffe et transplante le mme jour hors de la ppinire. Si l'on agit sur un gros sauvageon , le mieux est de mettre la greffe entre le bois et l'corce; on emploie alors un coin d'os , de peur de rompre l'- corce en l'cartant. Sur le cerisier, on enlve le liber avant de pratiquer l'incision. C'est le seul arbre qu'on greffe aprs le solstice d'hiver. Aprs l'enlvement du liber, il prsente une espce de duvet qui fait pourrir la greffe s'il s'y attache. Il est bon de serrer la greffe une fois introduite l'aide d'un coin et sans aucun accident. Plus l'on greffe prs de terre, mieux l'on russit, pourvu que les nuds et la taille de l'arbre le permettent. La greffe ne doit point passer de plus de six doigts le sauvageon. Caton veut que l'on mle et que l'on ptrisse, jusqu' 2. f 20 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. admisceri , atque ita usque ad lentorem subigi jubet , idque interponi et circumlini. Ex iis quae commentatus est , facile apparet illa aetate inter lignum et corticem , ne alio modo inserere solits , aut ultra latitudinem duum digitorum calamos demittere. Inseri autem prae- cipit pira ac mala per ver, et post solstitium diebiis l et post vindemiam. Oleas autem et ficos per ver tantum luna sitiente , hoc est , sicca. Praeterea post meridiem , ac sine vento Austro. Mirum quod non contentus insi- tum munisse , ut dictum est , et cespite ab imbre frigo- ribusque protexisse, ac mollibus bifidorum viminum fas- cibus , lingua bubula ( herbae id genus est) insuper ob- tegi jubet , eamque illigari opertam stramentis. Nunc abunde arbitrantur paleato luto sarcire libres , duos di- gitos insito exstante. Veruo inserentes tempus Urget , incitantibus se gem- niis, praeterquam in olea, cujus diutissime oculi partu- riunt, minim'umque succi habent sub cortice qui nimius insitis nocet. Punica vero et ficum , quaeque alia sicca sunt , recrastinare minime utile. Pirum vel florentem itoserere licet , et in maium quoque mensem protendere insitionem. Quod si longius adferantur pomorum ca- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 21 consistance visqueuse , de l'argite ou de la craie avec de la fiente de buf, et qu'on en frotte la greffe par dessus et tout Tenlour ; mais on voit clairement par ses crits qu' cette poque ou ne greffait qu'entre bois et corce , et que la greffe ne descendait qu' deux doigts de profondeur. Il recommande en outre d'enter les poi- riers et les pommiers au printemps , et cinquante jours aprs le solstice d't et aprs les vendanges ; l'olivier et le figuier au printemps seulement, et par une lune qui ait soif, c'est--dire par une lune sche; toutefois l'opra- tion ne doit se faire qu'aprs midi et dans l'absence du vent du sud. Je lis avec surprise, dans Caton, qu'outre ces prcautions pour enduire la greffe, comme je l'ai dit, pour la couvrir de gazon , pour la prserver du froid et de la pluie, enfin pour la lier avec de l'osier fendu , il demande encore pour elle une enveloppe de feuilles de langue-de-buf (c'est une espce d'herbe); que le tout soit recouvert de paille et assujetti par un lien. On se contente aujourd'hui d'enduire la greffe, par dessus l'- corce , d'un mlange d'argile et de paille ; la greffe ne doit passer que de deux doigts. Ceux qui attendent le printemps pour greffer se trou- vent presss par le temps, vu que tous les arbres bour- geonnent , sauf l'olivier toujours trs-lent pousser ses bourgeons , qui d'ailleurs sont fort peu pourvus de sve sous l'corce ; or cette sve trop abondante nuit aux sujets greffs. Quant au grenadier, au figuier et aux au- tres arbustes secs , il n'y a pas remettre au lendemain. On peut greffer le poirier , mme lorsqu'il est en fleurs , et ajourner la greffe jusqu'en mai. Si l'on veut transpor- a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. lami, rapo infxos optime custodire succum arbitrantur: servari inter duos imbrices juxta rivos , vel piscinas, utrimque terra obstructos. 1 5. Vitium vero in scrobibus siccis stramento opertos , ac deinde terra obrutos , ut cacumine exsistant. De vite inserenda. XXV. Gato vitera tribus modis inscrit. Praesectam find jubet per medullam, in eam surculos exacutos (ut dic- tum est)'*addi, meduUas jungi. Altero , si inter sese vites contingant , utriusque in obliquum latere contra- rio adraso junctis medullis colligari. Tertium genus est, terebrare vitem in obliquum ad medullam , calamosque addere longos pedes binos, atque ita ligatum insitum , intritaque illitum operire terra, calamis subrectis. Nostra aetas correxit, ut Gallica uteretur terebra, qu excavat, ne urit : quoniam adustio omnis hebetat : atque ut gem- mascere incipiens legatur calamus : nec plus quam binis ab insito emineret oculis , ulmeo vimine alligatus , bi- naque circumcideretur acie a duabus partibus , ut inde potius distillaret mucor , qui maxime vites infestt. Deinde quum evaluissent flagella pedes binos , vinculum insiti incideretur, ubertati crassitudine permissa. Vitibus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. a^ ter au loin les greffes des pommiers , il est bon , pour qu'elles conservent leur sve, de les ficher dans des raves. On les conserve aussi en les plaant prs d'un ruisseau ou d'un tang, entre deux tuiles creuses, lutes des deux cts avec de la terre. ' ' ' ' ' i5. Les marcottes de vignes se gardtit dans des fosses sches, couvertes d'un enduit de paille et de terre, qui laisse passer leur sommit. Greffe de la vigne. XXV. Caton indique trois manires de greffer la vigne: la premire consiste fendre, juste par le milieu, le tronc de la mre -vigne, et l'on y glisse la greffe, taille en pointe comme ci-dessus , de manire joindre les deux moelles. Par la seconde mthode , lorsque deux ceps se touchent , on les taille de biais du ct par le- quel ils se regardent, mais en sens contraire ; on joint les deux moelles au moyen d'une ligature ; le troisime procd consiste percer de biais, jusqu' la moelle, un cep de vigne, puis glisser, dans le trou, des greffes longues de deux pieds ; on lie , on enduit d'argile ptrie avec de la paille : les greffes doivent tre droites. On a modifi de nos jours ce procd. On emploie la tarire gauloise , qui perce sans brler , car toute brlure affaiblit la vigne. On fait choix de greffes qui commencent bourgeonner; on rejette celles qui ont plus de deux bourgeons au dessus de l'ente , qu'on assujettit avec un lien d'orme. Sur chaque ct des greffes on pratique avec la serpe une petite incision pur 24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. inserendis tempus dedere ab aequinoctio autumno ad ger- minatiouis initia. Sativae plantae silvestrium radicibus inseruntur natura siccioribus. Si sativae silvestribus in- serantur, dgnrant in feritatem. Reliqua caelo constant. Aptissima insitis siccitas. Hujus enim remedium adpositis fictilibus vasis modicus humor per cinerem distillans. Inoculatio rores amat levs. Emplastratio. XXVI. i6. Emplastratio et ipsa ex inoculatione nata videri potest. Crasso autem maxime cortici convenit , sicut est ficis. Ergo amputatis omnibus ramis, ne succum avocent, nitidissima in parte, quaque praecipua cerna- tur hilaritas, exempta scutula (ita ne descendat ultra ferrum) cortici imprimitur ex alia cortex par, cum sui germinis mamma : sic compage densata , ut cicatrici locus non sit , et statim fit unitas , nec humorem , nec adflatum recipiens : nihilominus tamen et luto munire, et vinculo melius. Hoc genus non pridem repertum vo- lunt , qui novis moribus favent. Sed id etiam apud ve- M HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. aS oi s'coule l'excs de suc, excs des plus funestes la vigne. Enfin, lorsqu'elles ont pouss des scions de deux pieds, on coupe la ligature, et on laisse la branche gref- fe crotre en libert. On greffe la vigne depuis l'qui- noxe d'automne jusqu' l'poque de sa germination. On greffe les plantes domestiques sur les racines des plantes sauvages , naturellement sches ; mais notons que l'arbre domestique ainsi greff revient l'tat sauvage. Les autres faits relatifs la greffe tiennent l'atmosphre : un temps sec est le plus convenable au jeune sujet : on prvient la trop grande scheresse en plaant prs de lui des pots de terre pleins de cendre, travers laquelle l'eau filtre peu peu. De lgres roses sont favorables la greffe par inoculation. Greffe en cusson. XXVI. t6. La greffe en cusson doit vraisemblable- ment son origine la greffe par inoculation ; elle con- vient surtout aux arbres qui ont l'corce paisse , au figuier, par exemple; elle consiste couper toutes les branches d'un arbre , pour empcher qu'elles ne d- tournent la sve ; enlever au couteau , dans la partie la plus nette et la plus vive , une portion de l'corce en forme d'cusson , sans entamer le bois qu'elle re- couvre , puis prendre sur un autre arbre un cusson d'corce avec son bourgeon , et le mettre la place du premier : il doit concider et joindre si exactement , qu'il soit impossible d'apercevoir la trace de la cicatrice , et la runion des deux corces doit tre telle , que l'eau aG C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XVII. teres Graecos invenitur , el apiid Catonem , qui oleam fcumque sic inseri jussit, mensura etiam praefinita se- cundum reliquam diligentiam suam : cortices scalpro excidi quatuor digitorum longitudine, et trium latitu- dine , atque ita coagmentari , et illa sua intrita oblini : eadem ratione et in malo. Quidam huic generi miscuere fissuram in vitibus , exempta cortici tessella , surculo a latere piano adigendo. Tt modis insilam arborem vidimus juxta Tiburtes Tul- lias , omni gnre pomorum onustam , alio ramo nuci- bus, alio baccis, aliunde vite, ficis, piris, Punicis , ma- lorumque generibus. Sed huic brevis fuit vita. Nec tamen omnem experimentis adsequi naturam possumus. Quae- dam cnim nasci , nisi sponte nullo modo queunt : eaque immitibus tantum et desertis locis proveniunt. Capacis- sima insitorum omnium ducitur platanus, postea robur : verum utraque sapores corrumpit. Quaedam omni g- nre inseruntur, ut ficus et Punicae. Vitis non recipit emplastra, nec quibus tenuis , ac caducus, rimosusque cortex : neque inoculationem sicc, aut humoris exigui. Fertilissima omnium inoculatio, postea emplastratio. Sed utraque iufirmissima. Et qu cortice nituntur tantum , HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 27 ni l'air ne puissent y pntrer : il est bon nanmoins de la protger par un enduit, et mieux encore par une ligature. Les partisans d'inventions nouvelles prtendent que ce procd a t rcemment dcouvert ; on le trouve cependant dcrit chez les anciens auteurs grecs et chez Caton, qui le recommande pour l'olivier et le figuier, et qui mme, avec son exactitude ordinaire, dtermine les dimensions de l'cusson : il doit avoir quatre doigts de long sur trois de large. Aprs l'avoir appliqu, il faut le couvrir de l'enduit dont il nous a parl plus haut. 11 veut qu'on ente de mme les pommiers. Quelques-uns prtendent que l'on doit rapporter la greffe en cusson l'usage de fendre de ct, aprs avoir enlev une petite partie de l'corce, une mre-vigne, pour insrer dans la fente le jeune sujet. J'ai vu , prs des Tullies de Tibur, un arbre ent selon toutes les mthodes que je viens de dcrire , et charg de toutes sortes de fruits : une branche portait des noix, une autre des baies, d'autres des raisins, des figues, des poires, des grenades et diverses es- pces de pommes, mais il ne vcutpas long-temps. Au reste, toutes nos tentatives n'imitent qu'imparfaitement la na- ture. Il est des arbres qui ne viennent que spontanment, et dans des lieux sauvages et dserts. De tous les arbres, le plus apte recevoir toute espce de greffes, est, dit-on, le platane ; ensuite vient le rouvre; mais tous deux dt- riorent le got des fruits. Quelques arbres, par exemple le figuier et le grenadier, se greffent de toute faon. On ne peut cussonner ni la vigne ni les arbres corce mince , caduque et crevasse. L'inoculation ne russit pas sur les arbres secs ou peu riches en sve ; ccpen- a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVll. vel ievi aura ocissime deplantautur. Inserere firmissi- muin , et fecundius , quam serere. 1 7. Non est omittenda rartas unus exempli. Corel- lius , eques rom. Ateste genitus , insevit castaneam suo- metipsam surculo in Neapolitano agro. Sic facta est castauea, quae ab eo nomen accepit inter laudatas. Postea Etereius libertus Corellianam iterum insevit. Hase est inter eas differentia : illa copiosior , hc Ete- reiana melior. -A- Ramo nascentia. XXVII. Reliqua gnera casus ingenio suo excogita- vit , ac defractos serere ramos docuit , quum pli de- fixi radies cepissent. Multa sic seruntur, in primisque ficus , omnibus aliis modis nasceus , praeterque talea : optime quidem, si vastiore ramo pli modo exacuto adi- gatur alte , exiguo super terram relicto capite , eoque ipso arena cooperto. Ramo seruntur et Punica , palis laxato prius meatu : item myrtus. Omnium horum lon- gitudine trium pedum , crassitudine minus brachiali , cortice diligenter servato, trunco exacuto. HiSTOraE NATURELLE, LIV. XVII. 29 dant c'est la plus avantageuse des greffes : vient ensuite la greffe en cusson ; mais toutes deux tiennent peu , surtout la dernire, qui n'est soutenue que parFcorce, et que le moindre vent emporte aussitt. Du reste , la greffe augmente la force et la fertilit des arbres. 17. N'oublions pas un cas rare. Corellius , cbevalier romain d'Ateste , enta , prs de Naples , un chtaignier, avec une greffe prise sur le mme chtaignier : on donna l'arbre, ainsi greff, le nom de Corellien. Ses fruits devinrent fameux. L'affranchi Etereius le greffa de nou- veau , et il y eut cette diffrence entre les deux varits , que la corellienne rapportait davantage , et que l't- rienne donnait des fruits plus -doux. Plantes qui naissent d'une branche. XXVn. On doit au hasard les autres modes de mul- tiplication vgtale. Ainsi , des pieux plants en terre ayant repris racine , on s'avisa d'arracher des branches et de les planter. Nombre d'arbres se propagent ainsi, notam- ment le figuier , qui vient aussi de toute faon , outre la bouture; et il russit encore mieux de cette manire si l'on fait choix d'une grosse branche, qu'on la taille en pointe, qu'on l'enfonce trs-avant , et que , ne laissant passer que la tte , on la recouvre encore de sable. On plante de mme le grenadier et le myrte , mais en largissant pralablement avec un pieu le trou qui doit les recevoir. Tout plant de ce genre doit avoir trois pieds de long, tre un peu moins gros que le bras; en outre, il faut qu'il ait toute son corce, et qu'il se termine en pointe. 3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Quae taleis : et quomodo serantur, XX VIII. Myrtus et taleis seritur : morus talea tantum, qiioniam in ulmo eam inseri religio fulgurum prohibet. Quapropter de talearum satu nunc dicendum est. Ser- vandum in eo ante omnia , ut taleae ex feracibus fiant arborilms : ne curvae , neve scabrae , aut bifurcae : neve tenuiores , quam ut manum impleant : ne minores pe- dalibus : ut illibato cortice : alque ut sectura inferior ponalur semper , et quod erit ab radie : adcumuletur- que germinatio terra , donec robur planta capiat. Olearum cultura. XXIX. i8. Quae custodienda in olearum cura Cato judicaverit, ipsius verbis optime praecipiemus. Taleas oleagineas , quas in scrobe saturus eris, tripedaneas fa- cito : diligenterque tractato , ne liber laboret , quum do- labis, aut secabis. Quas in seminario saturus eris , p- dales facito : eas sic inserito : locus bipalio subactus sit, beneque glutus. Quum taleam demittes, pede taleam opprimito. Si parum descendat, malleo aut mateola adi- gito : cavetoque, ne librum sciudas, quum adiges. Palo prius locum si feceris, quo taleam demittas, ita melius HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 3i Plantes qui naissent de boutures : manire de les planter. ' XXVIII. I-^e myrte aussi se plante de bouture; c'est la seule manire de multiplier le mrier; car, de peur de la foudre, on n'ose le greffer sur l'orme. Dcrivons donc ici la multiplication par bouture. On doit avant tout prendre les boutures sur des arbres fertiles; elles doivent tre droites , et ne prsenter ni asprits ni fourchures ; tre de grosseur remplir la main , et avoir au moins un pied de haut; il faut que l'corce soit intacte; qu'on mette toujours en bas le ct par o elles ont t coupes, c'est--dire celui qui tait le plus voisin de la racine; que pendant la vgtation on accumule la terre l'entour, jusqu' ce que la bouture ait acquis une certaine force. Culture de l'olivier. XXIX. 18. Caton a trait de la culture de l'olivier avec une telle supriorit, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que de le citer. Donnez , dit-il , trois pieds de long aux boutures d'olivier que vous voulez planter dans une fosse ; en les aiguisant ou les coupant , prenez garde d'endommager l'corce. Celles que vous destinez la ppinire ne doivent avoir qu'un pied. En les plan- tant , ayez soin que le terrain soit meuble et uni ; en enfonant la bouture , appuyez dessus avec le pied ; si elle ne descend pas assez , aidez-vous du maillet ou de la tte de votre bche, en ayant soin, dans cette op- ration , de ne point blesser l'corce : si pralablement 32 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. vivet. Taleae ubi trimae sunt, tum denique cur sint, ubi liber se vertet. Si in scrobibus aut in sulcis seres, ternas taleas ponito : easque divaricato supra terram , ne plus quatuor digitos transversos emineant, gemma vel oculo servato. Diligenter eximere oleam oportet, et radies quam plurimas cum terra ferre. Ubi radies bene operueris , calcare bene ne quid noceat. Opefum surcularium per tempora anni dgestio. XXX. Si quis quaerat quod tempus oleae serendae sit, agro sicco per sementem , agro Iseto per ver. Olivetum diebus xv ante aequinoctium vernum incipito putare. Ex eo die dies xl recte putabis. Id hoc modo putato. Qua locus recte ferax erit, quae arida erunt, et si quid ventus interfregerit , inde ea omnia eximito. Qua locus ferax non erit, id plus concidito, aratoque bene, enodatoque, stirpesque levs facito. Circum oleas autumnitate abla- queato, et stercus addito. Qui olivetum saepissime et al- tissimemiscebit, is tenuissimas radies exarabit. Radies si sursum abibunt, crassiores fient, et eo in radies vires oleae abibunt. Qu gnera olearum, vel in quo gnre terrae vivere HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 33 vous prparez avec un pieu un trou pour mettre votre bouture, elle russira mieux. Quand elle aura trois ans, vous ferez une marque sur l'corce , afin de l'orienter. Si vous les tablissez dans des raies ou des fosses, qu'elles soient par groupe de trois, un peu cartes au dessus de la terre , mais qu'elles ne la dpassent que de quatre travers de doigt ; qu'elles aient un bourgeon ou un il hors du sol. L'olivier qu'on transplante doit tre tir de sa place avec prcaution ; il faut enlever autant de racines que possible avec la terre qui les entoure, et, quand elles auront t suffisamment recouvertes, fouler la terre avec le pied , afin que rien ne puisse leur nuire. Oisb-Ibution des travaux de la greffe pendant les diverses poques de l'anne. XXX. Mais quelle poque doit tre plant l'olivier? Au temps des semailles , si l'on a une terre sche ; au printemps , si la terre est bonne. On peut commencer monder les oliviers quinze jours avant l'quinoxe du printemps , et les quarante jours suivans. Si le terroir est fertile , enlevez tout le bois sec et tout ce que le vent aura rompu; s'il est strile, mondez davantage; labourez avec soin; taillez les tiges, et dchargez - les d'un bois inutile. En automne , dchaussez et fumez le pied des arbres. De frquens et profonds labours dans les champs d'oliviers les dbarrasseront de radicules d- lies et surabondantes. Si les racines arrivaient fleur de terre , elles deviendraient trop grosses , et dtourne- raient leur profit les forces de l'arbre. En traitant de l'huile , nous avons parl des diverses XI. 3 3/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. X\I1. et seri debeant, qiioque spectare oliveta, diximus in ra- tione olei. Mago in colle et siccis , et argilla , inter au- tuninum et brumam seri jussit. In crasso aut humido , aut subriguo , a messe ad brumam. Quod praecepisse euni Afi'icae intelligitur. Italia quidem nunc vere maxime serit. Sed si et autumno libeat , post aequinoctium xl debus ad Vergiliarum occasum , quatuor soli dies sunt , quibus seri noceat. Africae peculiare quidem in oleaslro est inserere. Quadani aeternitate consenescunt proxima adoptioni virga emissa, atque ita alia arbore ex eadem juvenescente : iterumque et quoties opus sit , ut aevis eadem oliveta constent. Inseritur autem oleaster calamo, et inoculatione. Olea , ubi quercus effossa sit , maie ponitur : quoniam vermes, qui raucae vocantur, in radie quercus nascun- tur, et transeunt. Non-inhumare taleas, aut siccare prius quam serantur, utilius compertum. Vtus olivetum ab aequinoctio verno intra Vergiliarum exortum interradi alternis annis , melius inventum : item muscum circum- dare radici. Circumfodi autem omnibus annis a solstitio dunm cubitorum scrobe pedali altitudine : stercorari tertio anno. HISTOIRE NATURELLE, UV. XVII. 55 espces d'olivier, des terrains o chacune d'elles peut vivre et prosprer , et des expositions qui leur convien- nent. Magon recommande de les planter sur un coteau ou dans une terre sche et argileuse , depuis le com- mencement de l'automne jusqu'au solstice d'hiver; si le sol est gras , humide ou marcageux , il veut qu'on les plante entre la moisson et le solstice. Mais on sent que Magon ne parle que pour l'Afrique. Aujourd'hui , en Italie , on plante le plus ordinairement l'olivier au printemps; ou, si l'on choisit l'automne, quarante jours aprs l'quinoxe, jusqu'au coucher des Pliades; encore y a-t-il quatre jours o cette plantation est dangereuse. La greffe sur l'olivier sauvage ne se pratique qu'en Afri- que. La vieillesse des oliviers est une espce d'immor- talit, car on replante diverses reprises des rejetons qui donnent de nouveaux arbres aussi souvent qu'on en a be- soin ; de sorte qu'une mme plantation dure des sicles. I/olivier sauvage se greffe par scions et par inoculation. On ne doit pas planter d'oliviers l'endroit prcdem- ment occup par un chne , les racines de cet arbre tant infestes par une espce de ver dit rauque, qui attaque- rait aussi celles de l'olivier. On a reconnu qu'il vaut mieux ne pas enterrer et ne pas faire scher les boutures avant de les planter. Il est bon d'monder les vieux oliviers de deux annes l'une, depuis l'quinoxe du printemps jusqu'au lever des Pliades , comme aussi d'entourer leurs racines de mousse, de les dchausser tous les ans vers le solstice d't, en donnant la fosse deux cou- des de large sur une coude de profondeur, et de les fumer la troisime anne. 3. 36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIJ. Mago idem amygdalas ab occasu Arcturi ad lirumam seri jubet. Pira non eodem tempore omnia , quoniam non que floreant. Eadem oblonga , aut rotunda , ab occasu Vergiliarum ad brumam. Reliqua gnera mdia hieme ab occasu Sagitt , subsolanum , aut septentrio- nes spectantia. Laurum ab occasu Aquilae ad occasum Sagitt. Connexa enim de tempore serendi aeque ratio est. Vere et autumno id magna ex parte feri decrevere. Est et alia hora circa Cauis ortus , paucioribus nota , quoniam non omnibus locis pariter utilis intelligitur , sed haud omittenda nobis , non tractus alicujus ratio- nem , verum natur totius indagantibus. In Cyrenaica regione sub etesiarum flatu conserunt : nec non et in Grcia : oleam maxime in Laconia. Cos insula et vites tune serit : ceteri apud Grcos , inoculare et inserere non dubitant : sed arbores non serunt. Plurimumque in eo locorum natura pollet. Namquc in ^gypto omni se- runt mense, et ubicumque imbres aestivi non sunt, ut in India et jEthiopia. INecessario post hc autumno se- runtur arbores. Ergo tria tempora eadem germinalionis, ver, et Ca- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. ^7 Selon Magon , il faut planter les amandiers du coucher de l'Arcture au solstice d'hiver. On ne plante pas tous les poiriers en mme temps, parce que les poques de leur floraison varient : ceux qui ont des fruits oblongs ou ronds doivent l'tre depuis le coucher des Pliades jusqu'au solstice d'hiver ; on plante les autres en plein hiver, aprs le coucher de la Flche; ils doivent tre exposs l'orient quinoxial ou au nord. Le laurier se plante depuis le coucher de l'Aigle jusqu' celui de la Flche. Les poques pour la greffe sont les mmes que celles de la plantation. On est d'accord que gnrale- ment ces deux oprations se doivent faire au printemps et en automne. On peut aussi les pratiquer une autre poque , vers le lever de la Canicule ; mais celle m- thode, avantageuse seulement dans quelques lieux, est peu connue: toutefois je ne peux l'oublier dans un livre qui embrasse , non pas une contre, mais la nature en- tire. Disons donc qu'en Cyrnaque et en Grce on les plante quand les vents tsiens soufflent, ce qu'on fait plus spcialement encore en Laconie pour l'olivier, et dans l'le de Cos pour la vigne. Dans le reste de la Grce on pratique la greffe, par inoculation et en fente, cette poque, mais on ne plante pas. La nature des lieux a la plus grande influence en tout ceci. En Egypte, par exemple, il n'est pas de mois oi on ne plante. Il en est de mme partout o il pleut rarement en t, comme dans l'Inde et dans l'Ethiopie. Ds que le printemps ne convient pas la plantation, on doit planter en au- tomne. 11 y a trois poques pour la pousse des bourgeons: 38 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVII. nis , Arcturique ortus. Neque enim animalium tantum est ad coitus aviditas, sed multo major est terr ac sa- torum omnium libido : qua tempestive uti , plurimum interest conceptus. Peculiare utique in insitis, quum sit mutua cupiditas utrimque coeundi. Qui ver probant , ab aequinoctio statim admittunt, praedicantes germina par- lurire, ideo faciles corticum esse complexus. Qui praefe- l'unt autumnum , ab Arcturi ortu , quoniam statim radi- cem quamdam capiant, et ad ver parata veniant, atque non protinus germinatio auferat vires. Quaedam tameu statutum tempus anni habent ubique, ut cerasi et amyg- dal circa brumam, serendi vel inserendi. De pluribus locorum situs optime judicabit. Frigida enim et aquosa verno conseri oportet , sicca et calida autumno. Communis quidem Itali ratio tempora ad hune mo- dum distribuit : moro ab idibus februariis in aequinoc- tium , piro autumnum : ita ut brumam quindenis , nec minus , diebus antecedant. Malis aestivis , et cotoneis , item sorbis , prunis , post mediam hiemem in idus fe- bruarias. Siliquae Graecae et Persicis , ante brumam per HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 3(, le printemps, le lever de la Canicule et de l'Arcture. Ce n'est donc pas seulement chez les animaux qu'on retrouve l'ardeur de se reproduire, car la terre et toutes les plantes la partagent un degr plus haut encore ; il faut saisir l'instant o celte ardeur se dveloppe, pour obtenir un produit plus abondant. Plus de soin encore est nces- saire l'gard des greffes , o le sauvageon et le sujet greff ne demandent qu' s'unir. Ceux qui regardent le printemps comme la saison la plus convenable pour la greffe , la pratiquent au commencement de l'quinoxe de mars : ils se fondent sur ce que le^ arbres poussent alors leurs bourgeons, et que la runion des corces est plus facile. Ceux qui donnent la prfrence l'au- tomne greffent au lever de l'Arcture , vu qu'alors les greffes, en quelque faon, prennent aussitt racine, et que, toutes disposes pour l'poque du printemps, elles n'puisent pas alors leurs forces dans le bourgeonne- ment. Toutefois, certaines espces ne se greffent et ne se plantent qu' une poque fixe, par exemple le cerisier et l'amandier vers le solstice d'hiver. La situation des lieux sera le meilleur guide cet gard. Il faut planter au printemps dans les lieux froids et aquatiques , et en automne dans les lieux chauds et secs. Voici comment l'anne agricole est distribue cet gard en Italie. On plante le mrier depuis les ides de fvrier jusqu' l'quinoxe; le poirier, en automne, jus- qu' quinze jours au moins avant le solstice d'hiver ; les pommiers htifs , les cognassiers , les cormiers , les pruniers , du milieu de l'hiver aux ides de fvrier ; les carougiers et les pchers, en automne, avant le solstice 4o c PLnra msT. nat. ub. xvn. autuinnum. Nucibus, juglandi, et piaex, et avellanx, et Graecx, atque castaneae, a kalendis martiis ad idus easdem. Salici, genists, circa martias kalendas. Haoc in siccis semioe, illam in humidis virga seri, diximus. 19. Est etiam noue nova inserendi ratio, ne quid sciens quidem praeteream, quod usquam invenerim, Co- lumells excogitata , ut adfirmat ipse , qua vel diversae insociabilesque naturx arborum copulentur, ut fici at- que oleae. Juxta hanc seri ficum jubet non ampliore in- tCTvallo, quam ut contingi large possit ramo oleae quam maxime sequaci atque obedituro : eumque omni intrim tempore edomari meditatione curvandi. Postea fico adepta vires ( quod evenire trimae , aut utique quinquenui so- let), detruncata superficie, ipsumque deputatum , et , ut dictum est, adraso cacumine, defigi in crure fici, custo- ditum vincuiis , ne curvatura fugiat. Ita quodam propa- ginum insitorumque temperamento, triennio communi- ter duas matres coalescere. Quarto anno abscisum totum adoptantis esse, nondum vulgata ratione, aut mibi crte satis comperta. mSTOIRE NATITIELLE, LIV. XVIL ' 4 dTliver ; les noyers , les pins , les aveliniers , les aman- diers, les chtaigniers, des kalendes de mars aux ides du mme mois; les saules, les gents, vers les kalendes de mars. Le gent , comme nous l'avons dj dit , se multiplie de graine dans les lieux secs ; le saule , au con- traire , en lieu humide , se multiplie de bouture. ig. J'ajouterai un autre genre de greffe rcemment invent , car je ne veux rien omettre de tout ce que j'ai pu dcouvrir. C'est Columelle qu'on la doit , s'il faut l'en croire lui-mme. Cette greffe consiste dans l'union de deux arbres de nature diffrente , et en quelque sorte antipathique; tels sont, par exemple, l'o- livier et le figuier. Plantez un figuier peu de distance d'un olivier, de telle sorte qu'une branche du dernier, laquelle vous donnerez toute la souplesse et la flexi- bilit possible , se laisse plier sans peine , par l'habitude que vous lui en aurez fait prendre , et puisse toucher le figuier voisin; lorsque celui-ci a pris de la force, ce qui arrive quand il a trois ans , et au plus tard quand il en a cinq, coupez le sommet; taillez en pointe, de la manire expose ci -dessus , la cime de la branche d'oli- vier; insrez-la dans le tronc du figuier, et munissez he tout d'une ligalui'e, pour empcher l'arcade de s'chap- per : par cette mthode , qui tient de la greffe et du pro- vignement, les deux arbres vivront en commun pendant trois ans. La quatrime anne , coupez la branche gref- fe, qui alors appartiendra toute au figuier. Ce genre de greffe, ma connaissance du moins, est encore fort peu rpandu. 4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. De ablaqueandis , et adcumulandis. XXXI. Cetero eadem illa de calidis frigidisque , et humidis et siccis supra dicta ratio , et scrobes fodei*e monstravit. In aquosis enim neque altos , neque amplos facere expediet : aliter in aestuoso solo et sicco, ut quam maxime accipiant aquam , contineanlque. Haec et vete- res arbores colendi ratio est. Ferventibus enim locis adcumulant aestate radies operiuntque , ne solis ardor exurat. Aliubi ablaqueant, perflatusque admittunt. lidem hieme cumulis a gelu vindicant. Contra illi hieme ape- riunt, humoremque sitientibus quaerunt. Ubicumque cir- cumfodiendi arbores ratio in circuitu pedes in orbem ternos : neque id in pratis , quando amore solis humo- risque in summa tellure oberrant. Et de arboribus haec quideni fructus gralia serendis inserendisque in univer- sum sint dicta. De salicto. XXXII. 20. Hinc restt earum ratio, quae proplei- alias seruntur, ac vineas maxime, cduo ligno. Priu- cipatum in iis obtinent salices , quarum satio fit loco madido : tamen refosso duos pedes et semipedem , talea sesquipedali , vel pcrtica, quae utitior, quo plenior. In- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 4"? Du dchaassement et du rechaussement des arbres. XXXI. C'est la ncessit, dj par nous proclame, de choisir des lieux chauds ou froids, humides ou secs, qu'on doit la mthode des fosses. Dans les lieux aquati- ques , elles doivent tre peu larges et peu profondes ; le contraire a lieu dans les terres chaudes et sches , o le but est de leur faire prendre et retenir beaucoup d'eau. Les mmes principes prsident la culture des vieux arbres. Dans une terre chaude , on rechausse ces arbres en t , de peur que leurs racines ne soient brles par l'ardeur du soleil ; ailleurs on les dchausse pour leur donner de l'air. En hiver on les rechausse pour les ga- rantir de la gele , tandis qu'ailleurs on les dchausse afin qu'ils s'imprgnent mieux d'humidit. Quel que soit le lieu , le meilleur mode de dchaussement consiste faire tout autour une fosse en rond , de trois pieds de largeur; mais cela ne peut se faire dans les prs, o les racines , qui cherchent le soleil et l'humidit , vien- nent presque fleur de terre. Voil tout ce qui regarde en gnral la manire de planter et de greffer les arbres fruitiers. Des saussaies. XXXII. 20. Il nous reste parler des arbres qu'on plante pour servir d'autres, et notamment la vigne, et dont on coupe le bois de temps en temps. Parmi ces ar- bres, le saule tient le premier rang ; on le plante dans des^ lieux aquatiques et dans des fosses de deux pieds et deim 44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. tervallo esse debent pedes seni. Trimae pedibus binis a terra putatione coercentur, ut se in latitudinem fun- dant, ac sine scalis tondeantur, Salix enim fecundior est , qiio terrae propior. Has quoque omnibus annis onfodi jubent mense aprili. Haec est viminalium cul- tura. Perticalis et virga et talea seritur, fossura eadem. Perticas ex ea caedi justum est quarto fere anno. Et eae autem senescentium propagine prsarciunt locum, pcr- tica immersa , ac post annum recisa. Salipis viminalis jugera singula sufficiunt xxv vineae jugeribus. Ejusdem rei causa populus alba seritur bipedaneo pastinatu , talea sesquipedali , biduo siccata , palmipde intervallo, terra super injecta duorum ubitorum crassitudine. Arundineta. XXXIIL Arundo etiamnum dilutiore, quam hae, solo gaudet. Seritur bulbo radicis,quem alii oculum vocant, dodrantali scrobe, intrvallo duum pedum et semipedis : reficiturque ex sese vetere arundineto exstirpato , quod utilius repertuni, quam castrare, sicut antea. Namque iuter se radies serpunt , mutuoque discursu necantur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 45 de profondeur; les boutures qu'on y enfonce ont un pied et demi de long. On emploie aussi des perches ; plus celles-ci sont grosses , mieux elles valent. On doit espacer de six pieds. Quand les saules ont trois ans, on les coupe deux pieds de terre, afin qu'ils s'tendent en largtur, et qu'on puisse un jour les tondre sans chelle ; d'ailleurs, plus ils sont voisins de la terre, plus ils produisent. On doit bcher les saussaies tous les ans au mois d'avril ; ceci s'applique la culture de l'osier. Celui qui donne des perches se plante de scion et de bouture dans des fosses de mme dimension. On peut couper des perches ds la quatrime anne. Quand le saule est vieux , on le provigne , et on rajeunit la saussaie en enfonant en terre des branches qu'on ne spare qu'au bout d'un an. Un arpent d'osier sufft pour vingt-cinq arpens de vigne. Le peuplier blanc se plante aussi , pour le service de la vigne , dans une terre remue deux pieds de profon- deur. La bouture, qui a un pied et demi de long, doit avoir sch deux jours. On espace d'un pied et un palme, et on couvre le plant de deux coudes de terre. Plantations de roseaux. XXXII. Les roseaux sont encore plus avides d'humi- dit que les deux plantes prcdentes. Les bulbes ou il- letons de leurs racines se mettent dans des fosses de neuf pouces de profondeur. On espace de deux pieds et demi. Lorsque les roseaux sont vieux , il vaut mieux arracher le plant que de l'claircir, comme on le pratiquait autre- , fois , car les racines entrelaces s'embarrassent et s'- 46 C. PLINII HIST. NA. LIB. XVII. Tempus conserendi , priusquam oculi arundinum iiitu- mescant, ante kalendas martias. Crescit ad bruniam usque; desinitque , quum durescere incipit : hoc signuni tempestivam habet caesuram. Et hanc autem quoties et viiieam fodiendam putant. Seritur et transversa , non alte terra condita : erumpuntque e singulis oculis toti- dem plant. Seritur et deplantata pedali sulco : binis obrutis gemmis, ut tertius nodus terram attingat : prono cacumine , ne rores concipiat. Caeditur decrescente luna. Vineis anno siccata utilior, quam viridis. De eteris ad perticas et palos caeduls. XXXIV. Castanea pedamentis omnibus praefertur fa- cilitate tractatus , perdurandi pervicacia , regerminatione csedua vel salice ltior. Qurit solum facile, nec tamen arenosum : maximeque sabulum humidum , aut carbun- culum , vel tofi etiam farinam , quamlibet opaco , sep- tentrionalique et praefrigido situ , vel etiam declivi. R- cust eadem glaream , rubricam , cretam , omnemque terra) fecunditatem. Seri nuce diximus, sed nisi ex maxi- tnis non provenit , nec nisi quinis acervatim satis. Per- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVU. 47 touffent. On les plante avant 1 poque laquelle leurs bulbes se gonflent, c'est--dire ayant les kalendes de mars. Ils croissent jusqu'au solstice d'hiver, puis cessent de crotre pour commencer durcir ; c'est alors le mo- ment favorable pour les couper. Il faut, dit-on , tailler le roseau aussi souvent que la vigne. On plante aussi le roseau en le couchant de son long , et en couvrant le plant d'un peu de terre ; chaque il alors produit un roseau. Quelquefois on met dans des raies d'un pied de profondeur une bouture garnie de trois illetons, dont deux sont cachs dans la terre, et le troisime se montre sa superficie. On penche la tte du roseau , de peur que la rose ne s'y arrte. La coupe se fait dans le dcours. Les chalas que le roseau fournit la vigne valent mieux quand le bois a sch un an que s'il est employ vert. Des autres taillis qui fournissent des perches et des pieux. XXXIV. Nul arbre ne donne de meilleurs chalas que le chtaignier, parce qu'il se laisse facilement manier, qu'il dure trs-long-temps , et que d'ailleurs il est plus prompt que le saule mme se reproduire mesure qu'on le coupe. Il lui faut un sol lger sans tre grave- leux, un sable humide, ou bien une terre charbonne, ou une espce de tuf pulvris. Il s'accommode des lieux ombrags , exposs au nord et au froid , ainsi que des pentes. Il n'aime pas le gravier, les terres rouges, crayeuses, et en gnral les terres fertiles. Nous savons qu'on le fait venir en semant des chtaignes ; mais il ne lve qu'au- 48 C. PUNU HIST. NAT. LIB. XVII. fringi solum dbet supra , ex novembri mense in februa- rium : quo solut sponte cadunt ex arbore , atque sub- nascuntur. Intervalla sint pedalia, undique sulco dodran- tali. Ex hoc seminario transferuntur in aliud , bipedali intervallo, plus bienuio. Sunt et propagines, nulli quidem faciliores. !Nudata enim radie, tota in sulco prosterni- tur. um ex cacumine supra terram relicto renascilur, et alia ab radie. Sed translata nescit hospitari , pavet- que novitatem. Biennio fere postea prosilit. Ideo nuci- bus potius , quam viviradicibus , plantaria caedua im- plentur. Cultura non alia, quam supradictis , fodiendis supputandisque per biennium sequens : de cetero ipsa se colit, umbra stolones supervacuos enecante. Caeditur intra septimum annum. Suffciunt pedamenta jugeri unius vicenis vinearum jugeribus, quando etiam ea bi- fida stirpe fmnt , durantque ultra alteram silvae su ceesuram. Esculus similiter provenlt , csura triennio senior , minus morosa nasci. In quacumque terra seritur, nasci- tur e balano , sed non nisi esculi : scrobe dodrantali , intervallis duorum pcdum : seritur leviter quater auno. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. /I9 tant qu'on les prend grosses , et qu'on les met en terre par tas de cinq ; on doit rompre la terre au dessus , de- puis le mois de novembre jusqu'en fvrier, car c'est l'poque o les chtaignes tombent d'elles-mmes et com- mencent lever. On les plante la distance d'un pied, et dans des sillons de neuf pouces de profondeur. Au bout de deux ans , ou plus , on transplante les jeunes plants dans une autre ppinire , en les espaant de deux pieds. On provigne aussi cet arbre, et c'est celui de tous qui se multiplie le mieux par cette mthode. Pour cela, il faut dchausser la racine et coucher dans un sillon le provin tout entier, sauf le bout, qu'on laisse hors de terre, et duquel natra un nouveau chtaignier, en mme temps qu'un autre natra de la racine. Du reste, l'arbre ainsi obtenu n'aime point tre transplant , et redoute le changement de terrain. Il sort de terre en deux ans environ. On prfre gnralement la multiplication par chtaignes au plant vif pour avoir un taillis. La culture de cet arbre ne consiste, comme celle des prcdens, qu'en bchage et en mondage pendant les deux annes sui- vantes, car, du reste, il se cultive lui-mme; son ombre fait prir les rejetons superflus. On le coupe dans le courant de la septime anne. Un arpent de chtaigniers fournit assez d'chalas pour vingt arpens de vigne. Du reste, on les fend pour en augmenter le nombre, et ils durent au del du temps o se fait la coupe suivante. L'esculus vient de mme , mais moins difficilement. On le coupe trois ans plus tard. Il crot en toute terre, et ne provient que de son gland , qu'on sme quatie fois l'anne, en les plaant un un dans une fosse de XI. 4 ^ 5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Hoc pedamentum minime putrescit, caesumque maxime fruticat. Praeter haec, sunt caedua qii diximus, fraxi- nus , laurus, Persica , corylus , malus, sed tardius nas- cuntur : terramque defixa vix tolrant , non modo hu- morem. Sambucus contra firmissima ad palum taleis seritur, ut populus : nam de cupresso satis diximus. Vinearum ratio et arbustorum. XXXV. 21. Et praedictis velut armamentis vinearum, restt ipsarum natura , prcipua tradenda cura. Vitium surculis , et quarumdam arborum , quibus fungosior intus natura est , geniculati scaporum nodi intersepiunt medullam. Ferulae ipsse brves et ad summa breviores , articulis utique duobus internodia includunt. Medulla , sive illa vitalis anima est, ante se tendit lon- gitudinem impellens , quamdiu nodi pervia patet fis- tula. Quum vero concreti ademere transitum , repercussa erumpit, ab ima sui parte, juxta priorem nodum alter- nis laterum semper inguinibus, ut dictum est in arundine ac ferula : quorum dextrum ab imo intelligitur articulo, laevum in proximo, atque ita per vices. Hoc vocatur in vite gemma , quum ibi cespitem fecit. Ante vero quam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVH. 5i neuf pouces , et des intervalles de deux pieds. Les chalas qu'il fournit sont presque incorruptibles. Plus on coupe l'arbre, et plus il produit. On a aussi des taillis de quelques arbres ci-dessus nomms, tels que frne, laurier, pcher, coudrier, pommier, mais ils sont moins prompts crotre. Leurs chalas rsistent peu dans la terre , et encore moins dans l'eau ; le sureau , au con- traire, en donne d'excellens. On plante cet arbre de bouture , comme le peuplier. Il a t parl assez au lojqg du cyprs. Culture de la vigne et des arbres qui servent la soutenir. . ' ; XXXV. 11. Nous avons trait de tout ce qui sert soutenir la vigne ; nous n'avons plus qu' nous occuper de son histoire , ce que nous Jfronovec un spin par- ticulier. , ^ . ,^ Les branches de la vigne , ainsi que celles de divers arbres spongieux l'intrieur, ont des nuds ou arti- culations qui , de distance en distance , interrompent et enferment la moelle : cette distance est courte dans, les rameaux, surtout la cime. La moelle, cette espce d'me ou de principe de vie, s'tend toujours en longueur, tant que le nud, ouvert dans son centre, lui laisse un pas- sage; mais si le nud, tout d'une pice, lui refuse ce pas- sage, elle se replie, s'chappe par en bas, et produit un bourgeon auprs du nud prcdent; ces bourgeons pous- sent toujours alternativement des deux cts , comme noi;s l'avons remarqu dans le roseau et dans la frule ; ainsi l'on verra un bourgeon droite au bas d'un des nuds de la branche, un botirgeon n ga-uche ati nud suivant, 4. Si C PLI5TI mST. RAT. UB. XVIL &iat, in coocaYo octilus : et in cacumine ipso, gonsien. Sic palmites , nepotes , nvae ^ folia , pampini gignuntiir. Minunque , firmM^ esse in dextra parte genita. Hos ergo in sarculis nodos , quum senintur, medios secare oportet , ita ne profluat medulla. Et in fico qui- dem dodrantales paxiUi solo patefacto senintur , sic ut descoidant qnae proxima arbori fuernt , duo oculi extra tenram emineant. Oculi autem in arborum surculis pro- |M4e Tocantur, unde germinanL Hac de causa et in plantariis aliquando eodem anno ferunt , quos fu^e la- tnri fructns in arbore : quum tempestTe sati praegnan- tes , ncboatos conceptus aliubi pariunt. Ita satas ficos , tertio anno transferre icUe. Hoc pro senescendi cleri- tate adtributam huic arbori , ot citissime proviiat. Yitiiini namotisior satus est. Primum omniom nibil seritur ex bis, nisi inutile, et deputatum in sarmento. Oppatatur autem quidquid proximo tulit fimctum. So- lebat capitolatos utrimque e duro surculns seri : eoque argum^ito malleolus vocatur etiam nnnc Postea avelli HISTOIRE NATURELLE, HV. XVU. 53 et ainsi de suite. Lorsque le bourgeon est grand au point de former de la verdure , on le nomme gemme ; avant ce temps il porte le nom d'oeilleton ; la cime du sarment on l'appelle germe. C'est de ces bourgeons que provien- nent les sarmens, les rejetons, les grappes, les feuilles et les tendrons. Il est remarquer que les produits du cot droit sont toujours plus forts. ** Si l'on veut planter de la vigne, on doit couper les marcottes entre deux nuds , pour empcher l'coule- ment de la moelle. Pour la plantation du figuier, on choisit des scions de neuf pouces de long, que l'on en- fonce en terre, dans un trou , par l'extrmit qui tait la plus voisine du tronc de l'arbre, et en laissant deux illetons sortir de terre : le mot illeton signifie pro- prement les boutons o commence la germination dans les rejetons des arbres. Par cette prcaution , il airive quelquefois que le scion porte dans l'anne mme les fruits qu'il aurait ports s'il ft rest sur l'arbro. On peut surtout l'esprer lorsque les bourgeons sont dj gros, et qu'ils sont plants en temps convenable : ainsi, le fruit conu dans un endroit se recueille dans un autre. Le figuier plant par cette mthode souffre la transplan- tation au bout de trois ans. Cette clrit de rapport compense la clrit avec laquelle cet arbre vieillit. La vigne donne quantit de plants, mais on ne plante que ce qui nuit au cep , et par consquent ce qu'il est ncessaire de retrancher : or ce que l'on retranche ainsi ne consiste qu'en parties puises par le fruit qu'elles viennent de porter. Jadis , en prenant la marcotte dans le bois dur, on lui donnait de chaque ct comme ime rv^ 54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. cum sua calce cptus est , ut in fico : neque est aliud vivacius. Tertium genus adjectum etiamnum expeditius sine calce , propter quod sagittae vocantur, quum intorti panguntur : iidem quum recisi nec intorti, trigemmes. Plures autem ex eodem surcuio hoc modo fiunt. Serere e pampinariis strile est , nec nisi fecundo oportet. Quae raros habet nodos , infecunda judicatur, At densitas gemmarum, fertilitatis indicium est. Quidam seri vtant, nisi eos qui floruerint , surculos. Sagittas serere minus utile, quoniam in transferendo facile rumpitur quod in- tortum fuit. Seruntur pedali , non breviores , longitu- dine, quinque sexve nodorum. Pauciores tribus gemmis in hac mensura esse non poterunt. Inseri eodem die , quo deputentur, utilissimum. Si multo postea necesse sit serere custoditos uti praecepimus, caveri utique, ne extra terram positi sole iuarescant, ventove aut fi-igore hebetentur. Qui diutius in sicco fuerinl , prius quam se- rantur , in aqua pluribus diebus revirescant. Solum apricum et quam amplissimum in seminario, sive" in vinea , bidente pastinari dbet ternos pedes bi- palio alto : marra rejici quaternum pedum fermento , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 55 petite tte ; de l le nom de mallole qu'on lui donne encore aujourd'hui. Plus tard il parut sufiisant de l'en- lever avec un talon, comme on le fait pour le figuier : en effet, c'est la marcotte la plus vivace. On en plante d'une troisime espce, plus simples encore et sans talon ; on les nomme flches si on les tord en les plantant, et mar- cottes trois bourgeons si on ne les tord pas. Un mme sarment peut donner plusieurs marcottes de cette espce. Un drageon tir du tronc ne rapporte point. Ce n'est que des branches fcondes qu'on doit tirer les marcottes. Celles qui ont les nuds loigns les uns des autres passent pour striles; au contraire, l'abondance de bourgeons est un signe de fertilit. Selon quelques-uns, il ne faut planter que les branches qui ont fleuri. Les flches russissent peu , parce qu'elles se rompent aisment en les plantant. On donne aux marcottes au moins un pied de long ; elles ont alors cinq ou six nuds. Si elles ont moins de trois bourgeons, elles ne peuvent ar- river la longueur d'un pied. 11 est bon de les planter le jour mme o on les a coupes ; dans le cas o l'on serait oblig d'attendre plus long-temps , il faudrait les garder avec les mmes prcautions que nous avons re- commandes ci -dessus, et les couvrir de terre, afin d'empcher, et le soleil de les desscher, et le vent ou le froid de les affaiblir. Celles qui seraient restes trop de temps au sec seront tenues dans l'eau plusieurs jours avant la plantation, jusqu' ce qu'elles y reverdissent. Il faut un terrain expos au soleil et trs-vaste, &oit pour une ppinire , soit pour un vignoble. Le sol doit tre bch avec la houe trois pieds de profon- 56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. ita ut pedes binos fossa procdt. Fossum purgari , et extendi , ne crudum relinquatur : verum et exigi men- sura. Mal pastinatum deprehenduut scamua inaequalia. Metienda est et ea pars, quae interjacet pulvini. Surculi seruntur et iii scrobe et in sulco longiore , super quos tenerrima ingeritur terra. Sed in gracili solo frustra, nisi substrato pinguiore. Nec minus quam duos integi oportet , et proximam attingi terram : eodem paxillo de- primi et spissari. Interesse in plantario sesquipedes inter bina semina in latitudinem , in longitudinem semisses. Ita satos malleolos quarto et vicesimo mense recidere ad imum articulum, nisi ipsi parcatur. Oculorum inde ma- teria emicat , cum qua sexto ac tricesimo mense viyira- dix transfertur. Est et luxuriosa ratio vites serendi, ut quatuor mal- leoli vehementi vinculo colligentur in parte luxuriosa : atque ita vel per ossa hubuli cruris , vel per colla ficti- lia trajecti , obruantur binis eminentibus gemmis. Hu- mescunt hoc modo, recisique palmitem emittunt. Postea fstula fracta radix libre capit vires , uvaque fert om- nium corporum suorum acinos. In alio gnre inventu novitio finditur malleolus, raedullaque erasa, in se colli- gantur ipsi caules, ita ut gemmis parcatur omni modo. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 5? deur. On y creusera des fosses de deux pieds , dont on rejettera la terre sur les bords, qui auront ainsi quatre pieds de hauteur. On nettoie ensuite la terre , on l'tend, on l'galise ; par l on ne laisse rien qui n'ait i remu : des barres ingales montrent que la terre n'a pas t bche exactement. On doit aussi mesurer avec soin l'intervalle qui spare les fosses. On plante indistinctement les marcottes dans des fosses ou dans de longues raies , l'essentiel est de les couvrir de la terre la plus menue. Si le sol est maigre, il est indispensable de former au dessous un lit de bonne terre. On plante toujours au moins deux marcottes ensemble , on les re- couvre de la terre la plus voisine, que l'on presse et que l'on enfonce avec la houe. L'espace laisser entre les marcottes est d'un pied et demi en longueur, et de six pouces en largeur. Deux ans aprs cette opration , on taille les marcottes et l'on coupe le nud le plus proche de terre, moins qu'on ne juge propos de l'pargner, car il en sort des illetons avec lesquels , au bout de trois ans, on transplante le plant vif. Indiquons une autre mthode de plantation qui tient du luxe : elle consiste lier troitement quatre marcottes dans l'endroit le plus vert et le mieux nourri , les passer dans un os de pied de buf ou dans un tuyau d'argile , puis les mettre sous terre en laissant paratre seulement deux bourgeons : les marcottes s'imprgnent ainsi d'hu- midit ; alors on les taille pour qu'elles jettent leur bois; plus tard on casse l'os ou le vaisseau , et la racine , libre , prend de l'extension et de la force. Les grappes que porte ce plant sont d'autant de sortes qu'il y avait d'es- 58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVU. Tum malleolus in terra fmo mixta seritur , et quuni spargere cpit caules, deciditur, foditurque saepius. Talis uvae acinos nihil intus ligni habituros Columella pro- mittit , ([uum vivere seiniua ipsa perquam mirum sit, medulla adempta. Nasci surculos etiam quihus non sit articulatiu arboris, non omittendum videtur. Namque buxi tenuissimis quinis senisve colligatis depacti pro- veniunt. Quondam in observa tione erat, ut defringeren- tur ex imputata buxo, aliter vivere non credili : detraxere hoc exprimenta. Seminarii curam sequitur vinearum ratio. Quinque generum hae : sparsis per terram palinitibus, aut per se vite subrecta, vel cum adminicuio sine jugo, aut pedatae siraplici jugo, aut compluviatae quadruplici. Quae pedatae ratio erit, eadem intelligitur ejus quoque, in qua sine adminicuio vitis per se stabit. Id enini non fit , nisi pe- damenti inopia. Simplici jugo constat porrecto ordine quem canterium appellant. Melior ea vino , quando sibi ipsa non obumbrat, adsiduoque sole coquitur, et ad- flatura magis sentit , et celerius roreni dimittit : pampi- nationi quoque et occatiooi omniquc operi facilior. Super JISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 5g pces de marcottes. On a invent nouvellement une autre faon de planter la vigne ; on fend tout du long la mar- cotte , et , aprs avoir enlev la moelle , on rejoint les deux portions, et on les lie sans blesser aucunement les bourgeons ; la marcotte est ensuite plante dans une terre mle de fumier , et ds qu'elle jette du bois on la coupe , et on bche souvent la terre autour d'elle. Selon Columelle , les raisins que produit ce plant n'ont point de ppins. Il est trange cependant que, la moelle enleve, les marcottes ne meurent pas. Toutefois, n'ou- blions pas qu'on voit reprendre les scions de certains arbres qui n'ont pas de moelle ; par exemple , cinq six petits brins de buis, lis ensemble et mis en terre, re- prennent. On voulait jadis que les brins fussent enlevs d'un buis qui n'et jamais t taill : on croyait que sans cela ils ne pouvaient vivre ; l'exprience a prouv le contraire. La vigne plante, nous devons enseigner de quelle manire on la gouverne. Il y a cinq espces de vignes : la vigne courante, celle qui se soutient d'elle-mme , celle qui est chalasse sans tre en treille, celle qui est cha- lasse et simple treille, enfin la vigne en treille quatre pans. La culture est la mme pour la vigne chalasse et pour celle qui se soutient d'elle-mme; car si cette dernire n'a point d'chalas , ce n'est qu' cause du manque de bois. La vigne simple treille se dispose en rangs allongs , et dans l'ordre dit canterium ; c'est celle qui donne le meilleur vin, parce que, ne se faisant pas d'ombre elle-mme , elle est plus expose au soleil et au vent, qui, par consquent, en enlve plus prompte- 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. cetera deflorescit utilius. Jugum fit pertica, aut arun- dine, aut crine, funiculove, ut in Hispania, Brundisii- que. Compluviata copiosior vino est , dicta a cavis aedium compluviis. Dividitur in quaternas partes totidem jugis. Hujus serendi ratio dicetur , eadem valitura in omni gnre , in hoc vero numerosior tantum. 22. His vero tribus seritur modis : optime in pasti- nato, proxime sulco , novissime in scrobe. De pastina- tione dictum est. Sulco latitudo palae satis est : scrobibus ternorum pedum in quamque partem. Altitude in quo- cumque gnre tripedalis , ideo nec vitis minor trans- ferri dbet, exstatura etiamnum duabus gemmis. Emol- liri terram minutisin scrobe imo sulcis, fimoquemisceri, necessarium. Clivosa altiores poscunt scrobes, praeterea pulvinatis a devexitate labris. Qui ex his longiores fient, ut vites binas accipiant e diverse , alvei vocabuntur. sse vitis radicem in medio scrobe oportet : sed ipsam iunixam solido in orientem quinoctialem spectare: ad- minicula prima e calamo accipere. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 6i ment la rose. D'ailleurs, on l'effeuille, on la bche , on la soigne de toute manire avec bien moins de peine. Elle coule moins eu dfleurissant. On forme les treilles de perches , de roseaux , et mme de cordes de crins ou de chanvre , comme en Espagne et Brindes. La vigne treille quatre pans, d'o son nom de compluviata^ par allusion aux compluvia ou gouttires des maisons, est celle qui donne le vin en plus grande abondance; elle est treille de quatre cts dififrens. Ce que nous allons dire sur la manire de la planter peut s'appliquer tout autre espce de vigne ; ici seulement l'opration est plus complique. 11. Il y a trois manires de planter les vignes ; la meilleure consiste les mettre en terre bche ; le mieux ensuite est d'en garnir des raies ; enfin on les place aussi dans des fosses. Nous avons indiqu ci-dessus comment on doit bcher. Les raies doivent avoir la largeur de la bche ; les fosses , trois pieds en tout sens ; la profon- deur sera toujours de trois pieds , quelle que soit l'espce de vigne : on voit par l qu'il ne faut pas transplanter des ceps trop courts , puisque d'ailleurs on doit laisser hors de terre deux bourgeons. Il est ncessaire d'ameu- blir la terre au fond de la fosse , en y traant de lgers sillons et y mlant du fumier. Sur les coteaux, il faut des fosses plus profondes , et rehausses de terre par le bord infrieur. Une fosse assez longue pour contenir deux ceps spars se nomme lit {aheus). Gnralement la racine du cep doit tre au milieu de la fosse, le cep mme doit tre soutenu solidement ; il faut qu'il regarde le levant qui- noxial , et que ses premiers chalas soient de roseaux. 6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Vineas limitari decumano xviii pedum latitudinis ad contrarios vehiculorum transitas, aliisque transversis limitibus denum pedum distingui per mdia jugera. Aut si major modus sit , totidem pedum cardine , quot de- cumano, limitari. Semper vero quintanis semitari, hoc est, ut quinto quoque palo singulae jugo pagine inclu- dantur. SqIo spisso , non nisi repastinato , nec nisi viviradi- cem seri : tenero et soluto , vel malleolum , sulco , vel scrobe. In colles sulcos agere transversos , melius quam pastinare, ut defluvia palis eorum contineantur. Aquoso caelo , vel sicco solo malleolos serere autumno , nisi si tractus ratio mutavit. Siccus enim et calidus autumno poscit seri , humidus frigidusque etiam veris exitu. In arido solo viviradix quoque frustra seritur. Maie et in siccis malleolus , nisi post imbrem. At in riguis , vel frondens vitis, et usque ad solstitium recte , ut in His- pania. Quiescere ventos sationis die utilissimum. Pleri- que auslros optant, Cato abdicat. #.. ^.: . Interesse , medio temperamento , inter binas vitcs -ri oportet pedes quinos : minimum autem laeto solo pedes HISTOIRE NATURELLE, LlV. XVII. 63 Tout vignoble doit tre born par un chemin de dix- huit pieds de large, afin que deux chariots qui se ren- contrent y passent aisment. Tout demi-arpent doit tre spar du demi-arpent voisin par un chemin de dix pieds de large. Si le clos est considrable, il faut donner aux chemins de croisire la mme tendue qu' la voie prin- cipale ; de plus , les ceps de vigne treille doivent tre plants de cinq en cinq, c'est--dire de manire ce que chaque perche contienne cinq chalas. Une terre forte et bien laboure ne doit recevoir que du plant vif; une terre lgre et meuble admet des marcottes en raies ou en fosses; mieux vaut , si le ter- rain est en coteau , y tracer des sillons latralement que de le bcher : par l les chalas retiennent mieux la terre, que la chute des eaux pourrait entraner. Il faut planter les marcottes par un temps pluvieux , ou bien en au- tomne , quand la terre est sche , sauf le cas o la na- ture des terroirs s'y opposerait. On plante en automne ' si le pays est chaud et sec , la fin du printemps s'il est froid et humide. Un plant vif ne peut russir dans une terre sche; il en est de mme des marcottes, moins qu'elles ne soient plantes aprs la pluie. Un sol bien arros admet trs-bien la vigne , mme lorsqu'elle a des feuilles , et cela jusqu'au solstice d't : c'est ce que l'on voit en Espagne. On fait bren de choisir un temps calme pour la plantation de la vigne. La plupart des cultiva- teurs regardent le vent du midi comme favorable : Caton n'est pas de cet avis. Lorsque le terrain est mdiocre, on laisse entre deux ceps cinq pieds d'intervalle: quatre pieds, au moins, suf- 64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. quaternos : tenui, plurimurn octonos. Umbri et Marsi ad vicenos intermittunt arationis gratia in his, quae vo- cant porculeta. Pluvio et caliginoso tractu rariores poni, sicco densiores congruit. Subtilitas parcimoni compen- dia invenit , quum vinea in pastinato seritur, obiter se- niinarium faciendi , ut et viviradix loco suo, et malleo- lus, qui transferatur, inter vites et ordines seratur. Quae ratio in jugero circiter sedecim millia viviradicum donat. Interest autem biennium fructus , quo tardius in sato provenit, quam in translate. Viviradix posita in vinea post annum resecatur usque ad terram, ut unus tantum emineat oculus , adminiculo juxta adfixo , et fimo ad- dito. Simili modo et secundo anno reciditur , viresque concipit , et intra se pascit sufFecturas oneri : alias festi- natione pariendi gracilis atque ejuncida , ni cohibeatur castigatione tali , in fetum exeat tota. Nihil avidius nas- citur : ac nisi ad pariendum vires serventur , tota fit ftus. Pedamenta optima , qu diximus : aut ridicae e ro- bore , oleaque : aut si non sint , pli e junipero , cu- presso , laburno , sambuco. Reliquorum generum sudes omnibus annis reciduntur. Saluberrima in jugo arundo connexa fasciculis, durt quinis annis. Quum breviores / HISTOIRE NATURFXLE, LIV. XVII. 65 fisent dans une bonne terre; dans une mauvaise, on en laisse jusqu' huit. En Ombrie et chez les Marses, il est telle espce de vigne dont les ceps ont jusqu' vingt pieds d'intervalle : le but des vignerons est de pouvoir culti- ver cet intervalle , qu'ils appellent porculetum. On plante moins dru dans les lieux sujets la pluie et au brouil- lard ; le contraire a lieu dans les lieux secs. L'industrie a trouv moyen d'conomiser sur les dpenses qu'exige la plantation de la vigne en terre bche. On se borne mettre entre deux rangs de plant vif un rang de marcottes destines tre un jour transplantes par cette mthode. On peut mettre dans un arpent environ seize mille plants vifs , qui rapporteront deux ans avant les marcottes. Le plant vif doit tre , un an aprs la plantation , coup prs de terre et ne conserver qu'un illeton , aprs quoi on l'chalasse et on le fume. On le coupe de mme la seconde anne ; par l il prend des forces et devient capable de soutenir le poids des sar- mens et du fruit ; au contraire, s'il pousse trop vite et sans tre rprim de la sorte , il reste menu, grle comme le jonc, et se jette tout en bois. Nulle plante ne se dve- loppe plus volontiers que la vigne ; et si on ne. lui con- servait ses forces pour porter du fruit , elle ne se char- gerait que de bois. Les meilleurs chalas se font des bois dont nous avons parl plus haut , ou bien de rouvre , d'olivier , et , dfaut de ceux-ci , de genvrier, de cyprs , d'aubour et de sureau. Les chalas tirs d'un autre bois doivent tre aiguiss de nouveau tous les ans. Les roseaux en four- nissent d'exc/ellen.s pour les vignes en treille , pourvu XI. 5 66 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XVII. palmites sarmento junguntiir inter se funiiim modo, ex hoc arcus funeta dicuntur. Tertius vineae annus palmitem velocem robustuinque emittit , et quem facit tas vitem. Hic in jugum insilit. Quidam tune excaecant eum , supina falce auferendo oculos, ut longius evocent, noxia injuria. Utilior enim consuetudo pariendi , satiusque pampinos adjugatac de- tergere , usque que placeat roborari eam. Sunt qui v- tant tangiproximo anno quam translata sit: neque an te Lx menseni falce curari : tune autem ad trs gemmas recidi. Alii et proximo quidem anno recidunt , sed ut ternos quaternosve singulis annis adjiciant articules , quarto demum perducant ad jugum. Id utrumque fruc- tum tardum , praeterea retorridum et nodosum reddit, pumilionum increraento. Optimum autem, matrem esse firmam, postea fetum audacem. Nec tutum est quod cicatricosum,magno imperltiae errore. Quidquid est taie, plagis nascitur, non e matre. Totas enim habet illa vires dum roboratur : et annuos accipit tota ftus , quum permissum fuerit nasci. Nil natura portionibus parit. Quae quum excreverit , satis firma protinus in jugo col- locari debebit : sin etiamnum infirmior erit, sub ipso jugo hospitari recisa. Viribus , non aetate decernitur. Temerarium est, ante crassitudinem pollicarem viti mi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 67 qu'on en lie plusieurs ensemble. Ils durent cinq ans. Quelquefois on runit des ceps de petite taille en tor- tillant leurs branches ' la manire des cordes , ce qui forme des arcades dVes funeta. La vigne , trois ans , jette rapidement un bois fort et solide , qui finit , avec le temps , par devenir une vigne, et qui se rpand sur les treilles. Quelques cul- tivateurs retranchent alors les illetons avec la serpe renverse, afin de la faire crotre en longueur; ce pro- cd est nuisible : mieux vaut , et c'est l'usage , la laisser produire ses bourgeons , et ne la tailler que lorsqu'elle est attache la treille, et qu'elle a eu le temps de prendre de la force ; d'autres veulent qu'on laisse la vigne intacte l'anne de la transplantation , et que mme on n'y porte la serpe qu'au bout de cinq ans ; alors on retranche le bois , en laissant seulement trois bourgeons. D'autres taillent ds la premire anne, mais en ayant soin chaque anne de laisser la tige s'accrotre de trois quatre nuds. Au bout de quatre ans ils disposent en treille. Ces deux mthodes rendent le bois noueux et raboteux comme celui des arbres nains , et le fruit est plus lent paratre. L'essentiel est d'avoir des ceps bien nourris et des rejetons qui croissent rapidement. Il ne faut pas compter sur le sarment qui provient des cica- trices ; il y aurait ignorance et erreur grave : tout bois de ce genre est le produit d'une plaie , et non celui de l'arbre-mre. Le cep emploie sa sve tout entire tant qu'il lui reste prendre de la force ; mais ds qu'on l'in- vite pousser au dehors , il y porte toute sa vigueur. La nature tend produire sans interruption; en cons- 5. 6S C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. pcrare. Sequenti anno palmites serventur pro viribus matris singuli aiit gemini. lidem et secuto, si coget in- firtnitas , nutriantur : terlioque demum duo adjiciantur. Nec sunt plures quaternis umquara pennittendi. Bre- viteixjue , non indulgendum est , et semper inhibenda fecunditas. Ea est enim natura , ut parre malit , quam vivere. Quidquid materiae adimitur, fructui accedit. Ula semina mavult , quam fructum gigni , quoniam fructus caduca res est. Sic perniciose luxuriat : nec ampliat se, sed cgerit. Dabit consilium et soli natura. In macro , etiamsi vires habebit , recisa intra jugum moretur , ut omnis fetura sub eo exeat. Minimum id esse debebit interval- lum ut attingat jugum, speretque, non teneat : adeo non recumbat in eo, nec dlicate se spargat. Ita temperetur hic modus , ut crescere etiamnum malit, quam parre. Palmes duas tresve gemmas sub jugo habere dbet , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 9q quence ou doit attendre que la vigne soit devenue assez forte et assez grande , et la mettre aussitt en treille. Tant qu'elle est faible, elle doit tre dbarrasse de son bois inutile , et maintenue au bas de la treille. C'est la force relle , et non l'ge , qui dcide de tout. 11 y a folie exiger des produits de la vigne avant qu'elle ait atteint un pouce d'paisseur. La premire anne on laisse crotre une ou deux branches , selon la force du cep ; la seconde on les nourrit seules , si la faiblesse du cep l'exige; la troisime on admet deux branches de sur- crot , mais sans jamais dpasser le nombre de quatre ; en un mot , il ne faut jamais seconder, mais arrter au contraire la fcondit de la vigne, fcondit telle, que l'arbre prfre le plaisir de produire la vie. Tout ce que l'on retranche au bois tourne l'avantage du fruit : cependant la production favorite de la vigne consiste en marcottes plus qu'eu fruits , car le fruit ne doit pas lui rester ; abondance destructive pour l'arbre , qui s'puise plus qu'il ne s'agrandit. La nature du terroir indique aussi les mthodes suivre. Dans une terre maigre , quelle que soit la force de la vigne , il faut la couper plus bas que la treille , de manire mme ce que les rejetons se dveloppent au dessous de celle-ci : cependant que la plante en soit trs-peu de distance, qu'elle y touche presque , ou plutt qu'elle l'espre sans l'atteindre, surtout sans s'y reposer et s*y tendre son aise; en un mot, gouvernez vos ceps de manire ce qu'ils aiment mieux crotre que pro- duire. . On doit laisser aux ceps , au dessous de la treille , ^o C. PLINU HIST. NAT. LIB. XVII. ex quibus materia nascatur ; tune par jugum mergi , al- ligarique, ut sustineatur jugo, non pendeat. Vineulo mox adstrietus a tertia gemma alligari ; quoniam et sic coercetur impetus materise, densioresque citra pampini exsultant : cacumen religari vtant. Natura hc est : de- jecta pars , aut prligata , fructum dat , plurimumque ipsa Gurvatura. Quod citra est, materiem mittit, offen- sante , credo, spiritu , et illa, quam diximus, medulla. Quae ita emicuerit materia , fructum dabit anno se- quente. Sic duo gnera palmitum : quod e duro exit , mate- riamque in proximum annum promittit, pampinarium vocatur : at ubi supra cicatricem est , fructuarium. Alterum ex anniculo palmite , semperque fructuarium. Relinquitur sub jugo et qui vocatur custos. Hic est no- vellus palmes , non longior tribus gemmis , proximo anno materiam daturus, si vitis luxuria se consumpse- rit. Et alius juxta eum, verruc magnitudine, qui fu- runculus appellatur , si forte custos fallat. Vitis antequam septimum annum a surculo compleat,^ evocata ad fructum ejuncescit, ac moritur. Nec vete- rem placet palmitem in longum , et ad quartum usque pedamentum emitti, quod alii dracones, alii juniculos vocaut, ut faciant qu masculeta appellant. Quum in- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 71 deux ou trois bourgeons qui jettent un jour du bois ; alors on le dirigera dans la treille , et on l'y attachera de manire ce qu'il trouve un point d'appui et soit fix invariablement. On lie le sarment un peu au dessus du troisime bourgeon : par l on rprime la tendance du bois se porter au dehors , et l'on a des pousses plus belles , plus touffues sous la ligature. Il ne faut jamais lier la cime. Naturellement la vigne porte du fruit dans les parties qui retombent et dans celles qui touchent la ligature, surtout l'endroit de la courbure; au des- sous on ne trouve gure que du bois , peut-tre parce que l'humeur vitale et la moelle dont il a t parl, op- posent une barrire aux sucs nourriciers ; mais le bois ainsi produit rapporte l'anne d'aprs. De l deux sortes de sarmens. L'un vient du bois dur, et doit lui-mme donner du bois l'anne suivante : on le nomme sarment feuilles, et, lorsqu'il se trouve au dessus de la plaie, sarment fruit ; l'autre provient du bois d'une anne, et donne toujours du fruit. On tient plus bas que la treille un jeune sarment appel tuteur , et on ne lui laisse que trois bourgeons : il ne donne de bois que l'anne d'aprs, si le cep s'est puis. Prs de lui on laisse encore un autre sarment fort petit , dit fu- roncle , et destin le suppler s'il vient manquer. Une vigne qu'on laisse porter du fruit avant la sep- time anne, dater du temps o elle a t plante en marcottes , s'puise et meurt. On dfend de laisser les vieux sarmens crotre en longueur, et s'tendre jusqu'au quatrime chalas. On les nomme dragons ou junicules. 7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVU. duruit vitis , pessimum in vinea traducere. Quinto anno et ipsi| palmiles intorquentur , singulaeque e singulis materia emittuntur , ac deinde e proximis , prioresque amputantur. Semper cuslodem relinqui melius : sed is proximus viti esse dbet , nec lougior quam dictum est: et , si luxuriaverint palmites , intorqueri : ut quatuor materias , vel duas , si unijuga erit vinea , emittat. Si per se vitis ordinabitur sine pedamento , quale- cumque initio adminiculum desiderabit, dum stare con- discat et recta surgere. Cetera a primordio eadem. Di- vidi autem putatione pollices tequali examine undique , ne praegravet fructus parte aliqua , obiter idem depri- raens prohibebit in excelsum emicare. Huic vineae trium pedum altitudo excelsior nutat : ceteris a quinto, dum ne excdt hominis longitudinem justam. lis quoque quae sparguntur in terra, brves ad innitendum cannas circumdant, scrobibus per ambitum factis, ne vagi pal- mites inter se pugnent occursanles : majorque pars ter- rarum ita supinam in tellure vindemiain metil. Siqui- dem et in Africa, et in ^gypto. Syriaque, ac tota Asia, et multis locis Europ hic mos praevalet. Ibi ergo juxta terram comprinii dbet vitis, eodem modo et tempore nutrita radice, quo in jugata vinea : ut semper pollices HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL t3 et ils forment ce qu'on appelle vignes mles. Un cep vieux n'est plus bon pour provin. Quand la vigne a cinq ans, on tord les sarmens et on leur permet de pro- duire du bois nouveau; mesure qu'il parat, on re- tranche le prcdent. 11 est bon de laisser une branche de supplment, mais cette branche doit tre voisine de la tige principale , et ne pas avoir plus de longueur que nous ne l'avons dit plus haut. Toute branche qui pousse trop abondamment doit tre tordue, pour qu'elle ne pro- duise que quatre branches secondaires , ou deux seule- ment si la vigne est simple treille. Si l'on veut des vignes qui se soutiennent sans cha- las, il faut, dans les commencemens , leur donner un appui quelconque , jusqu' ce qu'elles soient assez fortes pour se soutenir et rester debout; du reste, leur culture est la mme que celle des autres vignes. Dans la taille , on laisse de chaque ct des ceps une gale quantit de branches , afin que les fruits ne psent pas plus d'un ct que de l'autre. Ces mmes fruits, en faisant plier lgre- ment les branches , les empchent de trop pousser en haut. La vigne sans chalas penche ds qu'elle est arri- ve trois pieds ; les autres peuvent aller cinq et au del, sans toutefois excder la hauteur ordinaire d'un homme. Quant aux vignes rampantes , on les environne de petits roseaux qui leur servent d'appui, et l'on creuse des fosses l'entour , de peur que les branches vaga- bondes ne se rencontrent et ne se disputent le passage. Le monde presque entier ne vendange que des grappes ainsi couches terre; du moins, tel est l'usage dans l'Egypte, l'Afrique, la Syrie , l'Asie entire, et nombre 74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. tantum relinquantur : fertili solo , cum tribus gemmis ; graciliore , quinis : praestatque multos esse , quam lon- gos. Quae de natura soli diximus , tanto potentiora sen- tientur, quanto propior fuerit uva terr. ^ HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVTI. loi ou bien n'arrive plus la paitin malade; le figuier, sur- tout , souffre de cette maladie, T.e figuier sauvage ne craint aucune de celles que nous venons de citer. La gale des arbres vient des roses gluantes qui tombent aprs le lever des Pliades. En petite quantit, ells ne font que mouiller les branches sans y engendrer la gale. Des pluies ti'op abondantes font tomber les figues vertes. Les figuiers souffrent encore du trop d'humidit des racines. La vigne craint , outre les vers et les influences du ciel , une maladie particulire des articulations. Trois causes la produisent : d'abord la perte des bourgeons par suite de vents violens ; ensuite, selon Thophraste, la direction des coupures vers le haut ; enfin les frois- semens qu'elle subit par une culture peu claire : c'est surtout vers les nuds de l'arbre que ces lsions se font sentir. La vigne souffre encoie d'une influence particu- lire lorsqu'elle dfleurit : elle coule , ou bien les grains , avant d'avoir acquis leur grosseur, se durcissent en glo- bules desschs. Elles souffrent aussi de la gele lorsque celle-ci les surprend sur la treille , ce qui brle leurs bourgeons. Une chaleur intempestive leur est galement nuisible; car, en tout, il faut une juste inesure et une temprature approprie. Les vignes ont encore redou- ter d'autres maladies, causes par l'impritie du vigne- ron, pai' exemple, lorsqu'il coupe mal propos les bour^- geons , comme nous l'avons dj dit ; lorsqu'il fioisse et blesse le cep en bchant l'entour; lorsqu'on labou- rant il arrache les racines, ou enlve l'corce de la tige ; enfin lorsqu'il use, pour la taille, d'une serpe mal aigui- io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Infirmissima vero malus, maxmeque qu dulcis est. Quibusdam dbilitas sterilitatem , non necem, adfert : ut si quis pino cacumen auferat, vel palmae : sterilescunt enim, nec moriuntur. iEgrotant aliquando et poma ipsa per se sine arbore , si necessariis temporibus imbres aut te- pores vel adflatus defuerc , aut eontra abundavere : de- cidunt enim, aut dtriora fiunt. Pessimum est inler om- nia , quum deflorescentem vitem et oleam percussit im- ber, quoniam simul defluit fructus. Sunt ex eadem causa nascentes et erucae, dirum animal , eroduntque frondem , aliae florem , olivarum quoque , ut in Mileto : ac depastam arborera turpi facie relinquunt. Nascitur hoc malum tepore humido , et lento. Fit aliud ex eodem , si sol acrior insecutus inussit ipsum vitium, ideoque muta vit. Est etiamnum peculiare olivis et vitibus ( araneura vocant) , quum vel uti telae involvunt fructum, et absu- munt. Adurunt et flatus quidam cas maxime, sed et alios fructus. Vermiculationem et poma ipsa per se quibusdam annis sentiuut, mala, pira, mespila, Punica. In oliva t - HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. io5 se : ainsi endommage, la vigne a plus de peine sup- porter le froid ou le chaud , vu que chaque plaie ressent plus vivement les injures du temps. Le pommier, surtout celui qui donne des pommes douces , est de complexion trs-faible. Il est des arbres chez lesquels l'affaiblissement produit la strilit , mais non la mort: ainsi le pin, le palmier, privs de leur cime, perdent la fcondit , mais non la vie. Quelquefois les fruits seuls sont malades , tandis que l'arbre reste sain. Par exemple , lorsqu'il ne vient pas de pluie , de cha- leur ou de vent en temps convenable , ou que ces ph- nomnes ont lieu contre-temps, alors le fruit tombe ou perd de sa qualit. L'accident le plus funeste pour la vigne et l'olivier, c'est la pluie lors de la dfloraison, car alors le fruit coule. C'est aussi la pluie qui fait natre les chenilles , insectes pernicieux aux arbres , dont ils rongent ou le feuillage ou la fleur. A Milet, ils dvorent jusqu'aux feuilles et aux fleurs de l'olivier. L'arbre qui a t leur proie n'est plus , lors- qu'ils l'abandonnent, qu'un cadravre hideux. Ce flau de la vgtation s'engendre dans les temps doux, humides et mdiocrement chauds. Quelquefois un autre flau suit le premier : c'est une violente chaleur qui tue les che- nilles ; alors le mal ne fait que changer de nature. Un autre mal particulier l'olivier et la vigne est ce qu'on appeUe la toile d'araigne. On voit le fruit envelopp d'une espce de toile , qui bientt le fait prir. Certains vents brlent les olives et les raisins , et d'autres fruits encore, mais moins cruellement. Il y a des annes o les pommes, les poires, les nfles et les grenades sont piques loG C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. aiicipiti evciitu, quando sub cute nati fructum adimunt : augent, si in ipso nucleo fuere erodentes eum. Gigni illos prohibent pluviae, quae fiunt post Arcturum : eaedem si Austrinae fuere, gnrant, in drupis quoque, qu ma- turescentes tum sunt prsecipue caducae. Id riguis magis evenit , etiamsi non cecidere. fastidiendis. Sunt et cu- licum gnera aliquibus molesta, ut glandibus, fico, qui videntur ex liuniore nasci, tune dulci subdito corticibus. Et aegi'otatio quidem fere in bis est. Quaedam temporum causas, aut locorum non proprie dicuntur morbi , quoniam protinus necant : sicut tabs quum invasit arborera, aut uredo, vel flatus abcujus re- gionis proprius , ut est in Apulia Atabulus , in Euba Olyrapias. Hic enim , si flavit circa brumam , frigore exurit arefaciens, ut nullis postea solibus recreari possint. Hoc gnre convalles et adposita fluminibus laborant , preecipueque vitis , olea , ficus. Quod quum venit, de- tegitur statim in germinatione : in oliva tardius : sed in omnibus signum est revivescendi , si foba amisere : alio- qui, quas putes prsevaluisse , emoriuntur. Nonnumquam inarescunt folia, eademque revivescunt. AHae in septen- t rionalibus , ut Ponto , Phrygia , frigore aut gehi labo- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 107 des vers. L'olive ne s'en trouve pas toujours mal : si le ver nat sous sa peau , elle se gte ; mais elle devient au contraire plus grosse si le ver habite, et, par cons- quent, ronge le noyau. Les pluies qui suivent le lever de l'Arclure empchent ces vers de natre sous la peau; ces mmes pluies venues par le vent du midi favorisent le dveloppement du ver , surtout dans les drupes qui mrissent, et qui sont alors trs-sujettes tomber. L'o- livier redoute surtout cette maladie lorsqu'il est prs des ruisseaux ; le fruit en ce cas ne vaut rien, restt-il mme sur l'arbre. Certaines espces de moucherons en- gendres , ce qu'il semble , d'une humeur douce qui est sous l'corcc, infestent particulirement certains arbres , par exemple le chne et le figuier; on les range au nombre des maladies des arbres. On ne donne pas ce nom certains accidens tempo- raires ou locaux, qui font mourir subitement les arbres, comme lorsqu'ils prissent de scheresse ou de brlure , ou qu'ils sont frapps d'un vent particulier un pays, comme l'Atabule en Apulie , et l'Olympias dans l'le d'Eube. Quand ces vents soufflent vers le solstice d'hi- ver , le froid qu'ils excitent gle et dessche la plante , au point que nulle chaleur ne peut la rtablir. Les ar- bres situs dans les vallons et le long des rivires sont sujets cet accident, et surtout la vigne, l olivier et le figuier. On s'en aperoit ds l'poque du bourgeonne- ment; dans l'olivier, cependant, on ne reconnat le mal que plus tard. C'est un bon signe de voir les feuilles tomber, on en conclut que l'arbre reprendra. Ceux au contraire que l'on croirait chapps au danger prissent; io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. rant, si post brumam continua vere xl diebus. Et ibi autem , et in reliqiiis partibus , si protinus editis frucli- bus gelatio magna consecuta est , etiam paucis diebus necat. Qu injuria hominum constant, secundas habent cau- sas. Pix, oleuni, adeps, inimica praecipue novellis. Cor- tice in orbem detracto necantur, excepto subere, quod sic etiam juvatur : crassescens enim prstringit et stran- gulat. Nec adrachne offenditur, si non simul incidatur et corpus. Alioquin et cerasus, et tilia, et vitis corticem mittunt, sed non vitalem, nec proximum corpori : ve- rum eum , qui subnascente alio expellitur. Quarumdam natura rimosus cortex, ut platanis. Tiliae renascitur paulo minus quam totus, Ergo bis, quarum cicatricem trahit, medentur luto fimoque. Et aliquando prosunt , si non vehementior frigorum aut calorum vis secuta est. Quae- dam tardius ita moriuntur, ut robora et quercus. Refert et tempus anni. Abieti enim et pino si quis detraxerit, sole Taurum vel Geminos transeunte quum germinant, statim moriuntur. Eamdem injuriam hieme pass diu- tius tolrant. Similiter ilex , et robur , et quercus. Quae si angusta dccorticatio fuit, nihil nocetur supra dictis. Infirmiorcs quidem et in solo gracili, vel ab una tantum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 109 quelquefois les feuilles se desschent et reverdissent la mme anne. Dans le Nord, par exemple dans le Pont et dans la Phrygie, la gele ou le froid, continuant qua- rante jours aprs le solstice d'hiver, endommage les arbres. L d'ailleurs , ainsi qu'en tout autre lieu , la gele qui suit immdiatement la fructification fait mourir les arbres en peu de jours. Dans une seconde catgorie se classent les maux cau- ss par la faute de l'homme: la poix, l'huile, la graisse, sont nuisibles aux arbres, surtout aux jeunes. Tout arbre dont on coupe l'corce l'entour meurt trs-vite; il faut cependant en excepter le lige , auquel cette opration est utile , car l'corce trop paisse le serre et l'touff. L'adraclm supporte aussi l'enlvement de l'corce , pourvu toutefois qu'on n'attaque pas le bois. Le cerisier, le tilleul , la vigne , produisent une espce d'corce qui et n'est pas une corce vive, qui ne touche pas le bois, que pousse en dehors une autre corce forme au dessous ; quelques arbres ont l'corce naturellement crevasse, tel est le platane; celle du tilleul revient, mais non entirement. Quand des arbres sont blesss en quelque endroit , la plaie doit tre remplie de fu- mier ou d'argile ; par l on arrive quelquefois rta- blir l'corce , pourvu qu'il ne survienne ni grands froids ni fortes chaleurs. H y a quelques arbres , par exemple le rouvre et le chne , que ce moyen fait vivre plus long-temps. On doit ici avoir gard la saison. Le sapin et le pin , corcs lors de la floraison et quand le soleil est dans le signe du Taureau ou dans celui des G- meaux , meurent aussitt. Pratique en hiver, cette ope- iio C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. parte detractus interimit. Similem et decacuminatio ra- tionem habet, cupressi, piceae, cedri: h enim detracto cacumioe , aut ignibus adusto , intereunt, Similem et depastio animaliiim. Oleam quidem etiam si lambat ca- pra, sterilescere, auctor estVarro, ut diximus. Quaedam hac injuria moriuntur : aliqua dtriora tantum fiunt , ut amygdalae : ex dulcibus enim transfigurantur in ama- ras. Aliqua vero etiam utiliora , ut apud Chios pirus , quam Phocida appellant. Nam detruncatio diximus qui- bus prodesset. Intereunt pleraque et fissa stirpe , excep- tis vite, malo, fico, Punica : quaedam vel ab ulcre tan- tum. Ficus hanc injuriam spernit, et omnia quae resinam gignunt. Radicibus amputatis mori, minime mirum est. Pleraeque tamen non omnibus , sed maximis , aut quae sunt inter illas vitales abscissis moriuntur. Necant invicem inter sese umbra, vel densitate , at- que alimenti rapina. Necat et edera vinciens. Nec viscum prodest : et cytisus necatur eo quod halimon vocant Graeci. Quorumdam natura non necat quidem , sed ldit odore, aut succi inixtura : ut raphaniis, et laurus , vi- HISTOIRE NATURELLE, LTV. XVII. m ration les fait prir moins vite ; la mme chose a lieu pour l'ilex , le chne et le rouvre. Dans le cas o l'corce- ment n'est que partiel , ces arbres n'en souffrent pas ; s'ils sont faibles, s'ils habitent un sol maigre , cet cor- cement , n'et-il lieu que d'un ct , sufft pour les faire prir. Il n'est pas moins dangereux d'tter le cyprs , le pica , le cdre ; car , soit qu'on coupe ou qu'on brle la cime, ils meurent galement. Les btes qui broutent endommagent aussi les arbres. Selon Varron, les chvres rendent strile l'olivier seulement lch par elles : c'est ce que nous avons dj rapport. Quelques arbres en meurent, d'autres ne sont que dtriors, par exemple l'a- mandier doux , dont les fruits deviennent amers. Certaines espces s'en trouvent bien ; tel est le poirier phocidien , qui crot Chio. Nous avons dit plus haut quels sont les arbres qui gagnent tre branchs; la plupart meurent ds que leur tronc a t fendu ; ceci pourtant n'a pas lieu pour la vigne, le pommier, le figuier et le grenadier; quelques-uns prissent ds qu'on les entame; le figuier et tous les arbres rsine ne craignent rien de cette pratique. On conoit sans peine qu'un arbre meure lorsque l'on coupe ses racines ; la plupart cependant ne cessent de vivre qu'aprs l'amputation des plus grosses, ou de celles qui contiennent le principe vital. Il est des arbres qui se font prir mutuellement , par leur ombre , ou par l'paisseur de leur feuillage , ou parce qu'ils se drobent entre eux la nourriture. Le lierre tue les arbres en les embrassant ; le gui leur est galement funeste ; le cytise meurt prs de la plante que les Grecs appellent halimos. D'autres plantes , la v- 112 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. tem. Olfactrix enim intelligitur, et tangi odore mirum in modum : ideo quum juxta sit, averti et recedere, sa- poremque inimicum fugere. Hinc sumpsit Androcydes medicinam contra ebrietates , raphanus ut mandatur praecipiens. Odit et caulem, et olus omne, odit et cory- lum, ni procul absint , tristis atque aegra. Nitrum qui- dem , et alumen, marina aqua calida, et fab putamina, vel ervi , ultima venena sunt. Prodigia ex arboribus. XXXVUI. 9.5. In ter vitia arborum est et prodigiis locus. Invenimus enim sine foliis natas : vitem et malum Punicam stirpe fructum tulisse , non palmite , aut ramis : vitem , uvas sine foliis : oleas quoque amisisse folia bac- cis hrentibus. Sunt et miracula fortuita. Nam et oliva in totum ambusta revixit : et in Botia derosae a locus- tis ficus iterum germinavere. Mutantur arbores et co- lore, fiuntque ex nigris candidae , non semper prodi- giose : e maxime qu ex semine nascuntur, ut populus alba in nigram transit. Quidam et sorbum, si in cali- diora loca venerit , sterilescere putant. Prodigio au tem fiunt ex dulcibus acerba poma, aut dulcia ex acerbis, e caprifico fici : aut contra : gravi ostento , quum in de- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii3 rite, ne tuent pas les arbres , mais leur nuisent, soit par l'odeur, soit par la qualit de leur suc : ainsi le raifort et le laurier sont nuisibles la vigne ; celle-ci semble doue d'odorat, toute exhalaison l'affecte un point extraor- dinaire : aussi , ds qu'elle sent prs d'elle un laurier ou un raifort, elle se dtourne pour fuir une odeur qu'elle dteste ; c'est ce qui a fait conclure Androcide que le raifort tait un remde contre l'ivresse. La vigne dteste encore les choux, tous les lgumes, le coudrier, et dans leur voisinage elle est toujours maladive et maigre. Le nitre, l'alun, l'eau de mer chaude, les cosses de fves ou d'orobe sont pour elle des poisons mortels. Prodiges concernant les arbres. XXX Vin. 25. Parmi les maux que craignent les arbres, plaons aussi les monstruosits. On a vu des arbres crotre sans porter de feuilles ; un cep de vigne et un grenadier dont le fruit adhrait au tronc , et non aux branches ; un cep de vigne garni de raisin sans avoir de feuilles; des oliviers qui avaient perdu leur feuillage et gard leurs fruits. Il est encore d'autres merveilles qui sont dues au hasard : ainsi un olivier compltement brl a repris ; en Botie, des figuiers rongs par des sauterelles bour- geonnrent de nouveau. Quelquefois un arbre change de couleur, et passe du noir au blanc; ce fait, d'ailleurs, n'est pas toujours contre nature , surtout pour l'arbre qui nat de graine : c'est ainsi que le peuplier blanc se change en peuplier noir. On a dit que le cormier, trans- plant en un lieu plus chaud, cesse de produire; mais XI. 8 ii/i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. teriora mutantur , ex olea in oleastrum , ex candida uva et fico , in ni gras : ut Laodiceae , Xerxis adventn platano in oleam mutata : qualibus ostentis Aristandri apud Graecos volumen scatet, ne in infinitum abeamus: apud nos vero C. Epidii commentarii , in quibus arbores locutae quoque reperiuntur. Subsedit in Cumano arbor gravi ostento, paulo ante Pompeii Magni bella civilia, paucis ramis eminentibus. Inventum Sibyllinis libris in- ternecionem hominum fore , tantoque eam majorem , quanto propius ab Urbe postea facta esset. Sunt prodi- gia , et quum alienis locis enascuntur , ut in capitibus statuarum , vel aris , et quum in arboribus ipsis alienae. Ficus in lauro nata est Cyzici ante obsidionem. Simili modo Trallibus palma in basi Caesaris dictatoris circa bella civilia ejus. Necnon et Romse in Capitolio in ca- pite Jovis bello Persei enata palma , victoriam trium- phosque portendit : bac tempestatibus prostrata, eodem loco ficus enata est , M. Messal , C. Cassii censorum lustro. A quo tempore pudicitiam subversam Piso gravis auctor prodidit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii5 on met au rang des prodiges la succession des fruits amers aux fruits doux , des fruits doux aux amers. Le figuier et le figuier sauvage offrent l'exemple des deux ' cas. On croit voir un prsage de malheur lorsque le chan- gement a lieu en mal; par exemple, quand un olivier domestique devient olivier sauvage; quand un cep de vigne ou un figuier fruits blancs en donnent de noirs. Ainsi , lors de l'invasion de Xerxs , Laodice vit un platane se changer en olivier. Le Grec Aristandre a compil un volume rempli de prodiges de ce genre , ce qui nous dispense d'en accumuler davantage. Les M- moires du Romain Epidius font mention d'arbres qui ont parl ; Cumes , et quelque temps avant la guerre civile de Csar et de Pompe , on vit un arbre s'enfon- cer en terre assez profondment pour que quelques bran- ches seulement parussent au dessus du sol. Les livres si- byllins prdirent alors que le sang coulerait avec d'autant plus d'abondance, que le thtre du carnage serait plus voisin de Rome. Un autre genre de prodige est la naissance d'un arbre en lieu extraordinaire, par exemple sur la tte d'une statue, ou sur un autel, ou sur un autre arbre : c'est ainsi qu'un figuier leva sur un laurier Cyzique, quelque temps avant le sige de cette ville; ralles, vers le temps de la guerre civile, un palmier s'leva sur le pidestal de la statue de Csar; Rome, au Capitole, pendant la guerre de Perse , on vit natre un palmier sur la tte de Jupiter , brillant prsage de victoire et de triomphe- Abattu par les vents, cet arbre fut remplac par un figuier lors du recensement du peuple fait par les cen- seurs Messala et Cassius ; et le svre Pison remarque S. n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Super omnia qu umquam audita sunt, erit prodigium in nostro aevo Neronis principis ruina factum in agro Marrucino , Vectii Marcelli e primis equestris ordinis oliveto universo viam publicam transgresse , arvisque inde e contrario in locum oliveti profectis. Medicinae arborum. XXXIX. 26. Nunc expositis arborum morbis, con- sentaneum est dicere et remdia. Ex his qudam sunt communia omnium, quaedam propria quarumdam. Com- munia : ablaqueati, adcumulatio, adflari radies, aut cooperiri , riguis dato potu vel ablato , fimi succo re- fectis, putatione levatis onere. Item succo emisso quae- dam veluti detractio sanguinis : circumrasio corticis : vitium extenuatio, et domitura palmitum : gemmarum , si frigus retorridas hirtasque fecerit , repumicatio , et qudam politura. Arborum iis aliae magis , aliae minus gaudent : veluti cupressus et aquam aspernatur et fimum, et circumfossuram , amputationemque , et omnia rem- dia odit : quin etiam necatur riguis : et vitis, et Punicae praecipue aluntur. Ficus arbor ipsa riguis alitur, pomum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 117 qu' dater de cette poque la pudeur cessa d'exister Rome, De tous les prodiges qui ont t clbrs dans tous les ges , le plus remarquable est celui que nous avons vu , sous Nron , chez les Marrucins. Une plantation d'oli- viers, appartenant Vectius Marcellus, illustre cheva- lier romain , fut transporte tout entire au del de la grande route, et les champs nagure au del de cette mme route vinrent occuper la place que quittait le verger. Comment on soigne les maladies des arbres. XXXIX. 16. Aprs avoir expos les maladies des ar- bres, il convient d'indiquer les remdes. Parmi ceux-ci, les uns sont communs tous les arbres, les autres par- ticuliers a certaines espces. Les premiers consistent dchausser ou rechausser les arbres, donner de l'air aux racines ou les recouvrir de terre, les abreuver ou ^ les priver d'eau , les fumer, les tailler, les dchar- ger de bois; de plus, on diminue la quantit de leirs sucs par des espces de saignes. On ratisse leur corce tout l'entour. On arrte l'accroissement trop rapide des ceps et des branches par quelques coupures. On fait tom- ber les bourgeons fltris et rabougris par le froid, en frottant les arbres , et en les polissant pour ainsi dire. Tous les arbres ne s'accommodent pas au mme degr de ces remdes ; par exemple , le cyprs n'aime ni l'eau , ni le fumier, ni les labours , ni la taille; tout remde lui est odieux ; l'eau mme le fait prir : la vigne et le grena- ii8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. vero ejus marcescit. Amygdalae si colantur fossione , flo- rem amittunt. Nec insitas circumfodere oportet , prius- quam valid ferre cperint poma. Pluriinae autem am- putari sibi volunt onerosa ac supervacua , sicut nos ungues et capillum. Reciduntur veteres tota, ac rursus a stolone aliquo resurgunt: sed non omnes, nec nisi qua- riim naturam pati diximus. Quomodo rigandum. XL. Rigua stivis vaporibus utilia , hieme inimica , autumno varia, et ex natura soli : quippe quum vinde- miator Hispaniarum stagnante solo uvas demetat. Cetero majore in parte orbis etiam pluvias autumni aquas eri- vari convenit. Circa Canis ortum rigua maxime prosunt, ac ne tune quidem nimia , quoniam inebrietatis radici- bus nocent. Et aetas modum temprt. Novell enim minus sitiunt. Desiderant autem maxime rigari , quae adsuevere. Contra siccis locis genita non expetunt hu- morem , nisi necessarium. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 119 tlier, au contraire, s'en trouvent merveille. Quant au figuier , l'arrosement en fait grossir la tige , mais des- sche les fruits. Si l'on bche la terre de l'amandier, l'ar- bre perd ses fleurs. De mme il ne faut bcher autour des jeunes greffes que quand elles ont pris de la force et port du fruit. Nombre d'arbres sollicitent l'amputation d'un bois superflu, aussi charge pour eux que la lon- gueur des cheveux et des ongles pour l'homme. Un arbre vieux peut se couper par le pied, et repousser de nou- veau par un rejeton ; mais cette mthode n'est pas g- nrale , et ne russit que pour les arbres dont nous avons parl plus haut. Modes d'irrigation. XL. L'arrosement est bon en t , funeste en hiver ; il ne convient en automne que selon la nature du terrain. En Espagne , par exemple , le vendangeur rcolte la grappe sur un sol baign d'eau, tandis qu'il est nces- saire , presque partout ailleurs , de dtourner les eaux qui tombent en automne. C'est principalement au lever de la Canicule qu'il faut pratiquer l'irrigation , en se gardant toutefois d'un excs qui serait fatal aux racines inondes. C'est encore l'ge qui doit ici servir de rgle. Les jeunes plantes ont moins soif ; celles qui ont l'ha- bitude des irrigations les rclament plus imprieuse- ment. Quant aux plantes que produisent les lieux secs , elles ne se trouvent bien que de la quantit d'eau qui leur est strictement ncessaire. lao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. Mirabilia de riguis. XLI. Asperiora vina rigari utique cupiunt in Sulmo- nensi Itali agro , pago Fabiano , ubi et arva rigant : mirumque , herbae aqua illa necantur, fruges aluntur , et riguus pro sarculo est. In eodem agro bruma , tanto magis si nives jaceant , geletve , ne frigus vites adurat , circumfundunt riguis, quod ibi tepidare vocant : memo- rabili natura in amne solo. Sed idem aestate vix tolerandi rigoris. -^ r ' ^ Castratio arborum. XLII. 2 7. Carbunculi ac rubiginum remdia demon- strabimus volumine proximo. Intrim est scarificatio qusedam in remediis : quum macie corticis ex gritudine adstringente se, justoque plus vitalia arborum compri- mente, exactam falcis aciem utraque manu imprimentes, perpetuis incisuris deducunt , ac veluti cutem laxant. Salutare id fuisse , argumento sunt dilattes cicatrices , et internato corpore expletae. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. lai Faits remarquables sur l'irrigation. XLI. Dans le village de Fabie, territoire de Sul- mone , en Italie, la rudesse des vins fait une loi de l'ir- rigation pour les vignes ; on arrose mme les champs bl , ce qui donne lieu un rsultat surprenant : les herbes meurent, les bls profitent, et l'irrigation tient lieu de sarclage. De plus , dans ce canton , on arrose vers le solstice d'hiver; c'est ce que, dans la langue du pays, on appelle attidir les vignes, surtout s'il neige ou qu'il gle , ce qui empche le froid de les faire souffrir. Il faut dire que l'eau employe pour cette opration vient d'une rivire voisine qui est chaude en hiver , quoique d'une fracheur presque insupportable pendant l't. Incisions pratiques sur les arbres. XLII. 27. Nous indiquerons dans le livre suivant les remdes employs contre le charbon et la rouille. En attendant, nous dcrirons l'utile pratique de la scari- fication , par laquelle on remdie l'amaigrissement de l'corce, resserre, par la maladie, au point de com- primer l'excs les parties vitales de l'arbre. On fait alors de longues incisions de haut en bas, l'aide d'une serpe tenue deux mains , et par ce moyen on relche en quelque faon l'corce. Ce qui prouve l'excellence de ce procd, c'est que les plaies s'largissent bientt, et que de l'intrieur se forme une couche nouvelle qui les remplit. 122 C. PLINII mST. NAT. LIB. XVII. Alia arborum remdia. XLIII. Magnaque ex parte similis hominum medicina et arborum est, quando earum quoque terebrantur ossa. Amygdalae ex amaris dulces fiunt, si circumfosso stipite, et ab ima parte circumforato, defluens pituita abstergea- tur. Et ulmis detrahitur succus inutilis , supra terram foratis usque ad meduliam in senecta, aut quum ali- mente nimio abundare sentiuntur. Idem et ficorum tur- gido cortice incisuris in obliquum levibus emittitur : ita fit ne dcidant fructus. Pomiferis , quae germinant , nec ferunt fructum , fissa radie inditur lapis , fertilesque fiunt. Hoc idem et amygdalis , e robore cuneo adacto. In piris sorbisque , e teda, ac cinere et terra cooperto. Etiam radies circumcidisse prodest vitium luxriantiuum ficorumque, et circumcisis cinerem addidisse. Fici sero- tinae fiunt , si primae grossi, quum fabae magnitudinem excessere , detrahantur : subnascuntur enim quae serius maturescunt. Eaedem quum frondere incipiunt , si cacu- mina rami cujusque detrahantur, firmiores fertilioresque fiunt : nam caprificatio maturat. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. lai Autres remdes pour les arbres. XLIII. Gnralement on traite les arbres malades comme les hommes, puisqu'on en vient jusqu' percer leurs os. L'amandier amer produit des fruits doux lorsque , aprs avoir bch la terre tout l'entour , on le perce vers le pied, et qu'on essuie l'humeur qui suinte de la plaie. On dbarrasse aussi l'orme de ses sucs inutiles , en le perant fleur de terre jusqu' la moelle, lors- qu'il est vieux ou qu'il prend trop de nourriture. On pratique de mme sur l'corce gonfle du figuier de l- gres incisions obliques , et par ce moyen on empche les figues de tomber. Quand un arbre fruitier bour- geonne sans porter de fruits , on lui rend sa fcondit en fendant la racine , puis en plaant une pierre dans l'ouverture. On fend de mme l'amandier, mais on rem- place la pierre par un coin de rouvre qu'on fait entrer de force dans la fente. Dans les cormiers et les poiriers, on enfonce un coin de tda , puis l'on couvre la racine de terre et de cendre. On coupe tout autour les ra- cines de la vigne et du figuier, s'ils jettent trop de bois ; on recouvre les plaies de cendre. On obtient des figues tardives en cueillant les premires figues ds qu'elles ont pass la grosseur d'une fve: elles sont alors remplaces par des figues destines mrir l'arrire-saison. En coupant la sommit des branches d'un figuier l'instant o elles poussent des feuilles , on les rend plus solides et plus fcondes. On fait mrir les figues l'aide de la caprification. ia4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. . Caprificatio , et de ficis. XLIV. In ea culices nasci e grossis manifestura est : qiioniam quum evolavere, non inveniuntur intus grana, qiiae in eos versa apparet. Exeundi tanta est aviditas, ut plerique aut pede relicto , aut pinnae parte erumpant. Est et aliud genus culicum, quos vocant centrinas, fucis apium similes ignavia malitiaque, cum pernicie verorum et utilium : interimunt enim illos, atque ipsi moriuntur. Vexant et tineae semina ficorum. Contra quas remedium, in eodem scrobe defodere taleara lentisci, inversa parte, quae fuerit a cacumine. Uberrimas autem ficus rubrica amurca diluta, et cum fimo infusa radicibus frondere in- cipientium facit. Caprificorum laudantur maxime nigrae, et in petrosis , quoniam frumenta plurima habeant : ca- prificatio ipsa post imbrem. Quae putationis vitia. XLV. In primis autem cavendum, ne ex remediis vi- tia fiant : quod evenit nimia aut intempestiva mediciua. Interlucatio arboribus prodest : sed omnium annorum trucidatio ioutilissima. Vitis tantum tonsuram annuam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. laf. De la caprification et du figuier. XLIV. Il est certain que dans les jeunes figues s'engendrent des moucherons ; la preuve , c'est que ds qu'ils se sont envols on ne trouve plus de grains l'intrieur du fruit: ces. grains se sont donc chan- gs en moucherons. Ces insectes sont si empresss de sortir , que la plupart , en s'enfuyant , laissent leurs pieds ou une partie de leurs ailes dans le fruit. Les cen- trines rappellent , par la fainantise et la mchancet , les bourdons ennemis des abeilles ; ils sont funestes aux moucherons qui mrissent les fruits , ils leur donnent la mort , mais la subissent en mme temps. Certaines teignes attaquent la graine du figuier ; on les carte en plantant par le bout le plus petit, dans la mme fosse, une bouture de lentisque. On obtient de belles rcoltes de figues l'aide de terre rouge dlaye avec de la lie d'huile , et jete avec du fumier sur la racine de l'arbre lors de la pousse des feuilles. Les meilleurs figuiers sauvages sont les noirs , et ceux qui croissent dans les endroits pierreux , parce que leurs fruits sont plus four- nis en grains. La caprification doit se faire aprs la pluie. Suites funestes d'une mauvaise taille. XLV. Il faut prendre garde surtout, en cherchant gurir les arbres , de leur faire contracter de nouvelles maladies , frquens rsultats des remdes administrs l'excs ou contre-temps. Il est bon de les laguer, A ia6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. quaerit , alternam vero myrtus , Punicae , oleae, quia ce leriter fruticescunt. Ceterae rarius tondentur, nulla au- tumno. Ac ne raduntur quidem , iiisi vere. Putatione plagae ad vitaiia sunt omnia qucumque non super- vacua. - De stercoratione. XLVI. Similis fmi ratio. Gaudent eo, sed cavendum ne in fervore solis admoveatur, ne immaturum, ne va- lidiusquam opus sit. Urit vineas suillum, nisi quinquen- nio interposito , praeterquam si riguis diluatur : et e co- riariorum sordibus, nisi admixta aqua : item largius. Justum existimant in denos pedes quadratos trs modios. Id quidem soli natura decernet. 1 Arboribus medicamenta. XLVII. Columbino ac suillo plagis quoque arborum medentur. Si mala Punica acida nascantur, ablaqueatis radicibus fimum suillum adhibent : eo anno vinolenta , proximo dulcia futura. Alii urina hominis aqua mixta riganda censent quater anno, singulis amphoris : aut ca- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 127 mais la mutilation des branches , renouvele chaque anne, leur devient funeste. La vigne seule demande tre taille tous les ans ; le myrte , le grenadier et l'oli- vier, tous les deux ans ; mais ces arbres poussent vite : on ne taille les autres que rarement, en automne ja- mais ; on ne doit mme les racler qu'au printemps. Lors- qu'on taille , tout bois qui n'est pas inutile est indispen- sable la conservation de l'arbre. De la manire de fumer. XLVL L'opration de fumer demande aussi des atten- tions; utile aux plantes , le fumier peut nuire cependant par une extrme chaleur, s'il est trop nouveau, ou s'il est trop fort. Le fumier de cochon brle les vignes, moins qu'il n'ait cinq ans , ou que le vignoble ne soit ample- ment arros. Il en est de mme des immondices des cor- royeurs , moins qu'on n'y mle de l'eau ; tout fumier nuit encore si l'on en met trop ; gnralement trois muids sont la mesure pour dix pieds carrs ; au reste , la nature du terrain doit en cela servir de rgle. Remdes pour les arbres. XL VII. La fiente de pigeon et le fumier de cochon gurissent aussi les plaies des arbres. On fait produire un grenadier des fruits moins acides en le dchaussant et en entourant le pied de l'arbre de fumier de cochon. Ds la premire anne les grenades sont vineuses ; la deuxime , elles sont douces. D'autres recommandent 'W' a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XTII. cuinina spargi vino lsere diluto. Si findantur in ar- bore, pediculum intorqueri. Ficis utique amurcam ad- fundi. Ceteris arboribus aegris fcem vini , aut lupinum circum radies earum seri. Aqua quoque lupini decocti circumfusa pomis prodest. Fici , quum Vulcanalibus to- nuit, cadunt. Remedium est, ut ante stipula hordeacea areae stringantur. Cerasos praecoces facit , cogitque ma- turescere calx admota radicibus. Et hoc aulem, et omnia poma intervelli melius est, ut, quae relicta sint, gran- descant. a8. Qusedam pna emendantur , aut morsu excitan- tur, utpalm et lentisci. Saisis enim aquis aluntur. Salis vim et cineres, sed leniorem , habent : ideo fici adsper- guntur, rutaque, ne fiant verminosae, neve radies pu- treseant. Quin et vitium radicibus, aquam salsam jubent adfundi , si sint lacrymosae : si vero fructus earum dci- dant , cinerem aceto adspergi , ipsasque illini , aut san- daracha , si putrescat uva. Si vero fertiles non sunt , aceto acri subacto einere rigari atque oblini. Quod si fructum non maturent, prius inarescentem, preisarum ad radies plagam, fibrasque, aceto acri et urina vetusta 't HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 129 de les arroser quatre fois dans l'anne avec l'urine humaine tendue d'eau , et chaque fois la dose d'une amphore ; ou encore de rpandre sur leurs cimes le suc du silphium ml avec du vin. Quand la grenade se fend sur l'arbre , on doit en tordre la queue ; si c'est une figue , il faut arroser le figuier de lie d'huile. Lorsque les autres ar- bres sont malades , il est bon de les arroser de lie de vin , ou de semer des lupins autour de leurs racines : en arrosant leur pied d'une dcoction de lupins, on donne de la qualit aux fruits. S'il tonne lors des Vulcanales , les figues tombent , moins que l'on ne prvienne cet accident en couvrant de paille d'orge les planches o sont les figuiers. On obtient des cerises prcoces , qu'on force mrir en mettant de la chaux sur les racines du cerisier. 11 est galement bon d'ter et l des fruits sur un arbre, pour dcider le dveloppement de ceux qu'on y laisse. 28. Il y a des arbres qui gagnent tre maltraits, et, en quelque sorte, mordus: ainsi , le palmier et le len- tisque se nourrissent dans l'eau sale. La cendre a aussi les proprits du sel , mais moins prononces ; aussi en saupoudre-t-on les figuiers. On emploie de mme la rue pour carter les vers et prvenir la carie des racines. L'eau sale est aussi recommande pour les racines de la vigne s'il en suinte de l'humeur. Quand le raisin tombe, on arrose et l'on enduit la vigne d'un mlange de cendre et de vinaigre ; si la grappe se pourrit, on fait des frictions de sandaraque ; enfin si la vigne est strile , on l'arrose et on l'enduit d'un mlange de fort vinaigre et de cendre. Quand le raisin se dessche au lieu de mrir, on re- XI. 9 i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. madefacere , atque eo luto obruere , saepe fodere. Olea- rum , si parum promisere fructus , nudatas radies hi- berno frigori opponunt , eaque castigatione proficiunt. Omnia haec annua caili ratione constant : et aliquando serius poscuntur, aliquando celerius. Necnon ignis ali- quid prodest, ut aruadini : ambusta namque densior mitiorque surgit. Cato et medicamenta quaedam componit, mensurae quoque distinctione, ad majorum arborum radies am- phoram , ad minorum urnam amurcae , et aquae portio- nem aequam , ablaqueatis prius radicibus paulatim ad- fundi jubens. In olea hoc amplius, stramentis antea cir-< cumpositis : item fico. Hujus praecipue vere terram ad- aggerari radicibus : ila futurum , ut non dcidant grossi ; majorque fecunditas, nec scabra proveniat. Simili modo, ne convolvulus fit in vinea, amurcae congios duos de- coqui in crassitudinem mellis : rursusque cum bituminis tertia parte, et sulphuris quarta sub dio coqui, quoniam exardescat sub tecto. Hoc vites circa capita ac sub bra- chiis ungui : ita non fore convolvulum. Quidam contenti sunt fumo hujus mixturae suffire vineas secundo flatu , continue triduo. Plerique non minus auxilii et alimenti """"OUI,,,;,, I I HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL i3i tranche le bois de la vigne prs de la racine, on hu- mecte la plaie et les fibres d'un mlange de vieille urine - et de fort vinaigre, puis on recouvre de Tespce de pte que nous venons d'indiquer, et l'on bche diverses re- prises. Lorsque l'olivier ne promet qu'une faible rcolte, on le dchausse et on laisse la racine expose la rigueur du froid de l'hiver; par ce traitement svre, il gagne en fertilit. Au reste , toutes ces oprations sont subordon- nes la temprature , et doivent tre tantt avances et tantt retardes : le feu mme s'emploie avec avantage sur quelques plantes , par exemple sur le roseau ; lors- qu'on le brle , il gagne en paisseur et en souplesse. Caton donne la recette de plusieurs remdes, et fixe la quantit laquelle on doit les administrer. Versez peu peu , dit-il , sur les racines , d'abord inondes , d'un arbre de premire grandeur, une amphore de lie d'huile; sur celles d'un arbre plus petit, une urne, toujours avec gale quantit d'eau. Pour l'olivier et le figuier, entou- rez-les d'abord de paille; le figuier surtout doit avoir t soigneusement rechauss au printemps; par ce moyen, les jeunes figues tiendront aux branches , et l'arbre en portera davantage sans devenir raboteux. Pour emp- cher les chenilles de natre sur la vigne , prenez deux congs de lie d'huile , que vous ferez cuire jusqu' consistance de miel ; ajoutez-y un tiers de bitume , un quart de soufre , et faites recuire le tout en plein air , car , dans l'intrieur , le mlange s'enflammerait ; en enduisant avec cette composition les nuds et les aisselles de la vigne , jamais chenille n'y viendra. Quelques-uns se contentent de faire trois jours de suite 9-* i32 C. PLINII HIST, NAT. LIB. XVII. arbitranturin urina, quam Cato in arnurca , addita modo aquae pari portione , quoniam per se noceat. Alii volucre appellant animal prrodens pubescen- tes uvas : quod ne accidat, falces, quum sint exacutae, fibrina pelle dtergent, atque ita putant : sanguine ursino liniri volunt post putationem easdem. Sunt arborum pestes et formicse. Has abigunt , rubrica ac pice li- quida perunctis caudicibus : nec non et pisce suspenso juxta in unum locum congregant : aut lupino trito cum oleo radies linunt. Multi et talpas amurca necant : contraque erucas , et mala ne putrescant , lacert viridis felle tangi cacu- mina jubent. Privatim autem contra erucas ambiri arbo- res singulas a muliere incitati mensis , nudis pedibiis , recincta. Item ne quod animal pastu malefico decerpat frondem, fimo boum diluto adspergi folia, quoties imber interveniat , quoniam ita abluatur virus medicaminis : mira qusedam excogitante solertia humana. Quippe quum averti carmin grandi ns credant plerique : cujus verba inserere non equidem serio ausim , quamquam a Gafone HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i33 des fumigations de ce mlange par un veut qui porte la vapeur vers les ceps. Selon l'opinion commune , l'urine n'est pas moins nourrissante , ni moins utile que la lie d'huile , vante par Caton ; mais on doit l'tendre d'un volume gal d'eau , car, seule, elle serait nuisible , l'arbre. Le raisin en fleur est en proie un autre insecte rongeur , appel volucre. Pour s'en prserver , aprs avoir aiguis la serpe dont on veut se servir pour tail- ler la vigne, on l'essuie avec une peau de castor. Ou ajoute qu'aprs la taille il faut frotter la serpe avec du sang d'ours. Les fourmis sont aussi un flau pour les arbres; oa les chasse en graissant le tronc d'un mlange de terre rouge et de poix liquide, ou en suspendant l'arbre un poisson que toutes les fourmis assigent bientt, ou bien en frottant les racines d'huile dans laquelle on a broy des lupins. On fait encore mourir les taupes avec de la lie d'huile. On prserve les pommes de la moisissure et des che- nilles, en frottant la cime des arbres avec le fiel d'un lzard vert ; mais ce qui carte le plus srement les che- nilles, c'est de faire faire une femme, l'poque des menstrues , le tour de chaque arbre : il faut qu'elle ait les pieds nus et la robe retrousse. De plus, on empche les btes venimeuses de se repatre des feuilles des ar- bres , en rpandant sur celles-ci de la fiente de buf dlaye dans l'eau , toutes les fois qu'il pleut , afin que la pluie les lave et emporte ce que ce remde peut avoir de trop violent. Car de quoi ne s'avise pas l'in- dustrie humaine ! on va mme jusqu' croire , et c'est .Vm^v^'^"' i34 C. PLmiI HIST. NAT. LIB. XVII. prodita, coritra luxata membra , jungeiida arundinum fissur. Idem arbores religiosas lucosque succidi per- misit, sacrificio prius facto : cujus rei rationem preca- tionemque eodem volumine tradidit. ""ni HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i35 l'opinion la plus gnrale, qu'on chasse la grle l'aide de chants magiques ; mais je n'ose rapporter srieuse- ment ces formules , quoique Caton nous ait transmis celle que l'on emploie pour remettre les luxations , en tenant appliqu sur le membre malade un roseau fendu. C'est aussi Caton qui recommande de n'abattre d'arbre ou de bois sacr qu'aprs un sacrifice. On voit dans le mme auteur et l'expiation et la formule des prires. NOTES DU LIVRE DIX-SEPTIME. ( DEUXIME PARTIE. ) i^i. ChAP. XVI, page 2, ligne 6. Hujus loci pars est adin- teivalla pertinens. Pline , qui a dj parl de l'intervalle laisser entre les arbres dans les plantations, en traitant de chaque espce eu particulier, copie ici hophraste {Hist. plant. , il, 7; de Cousis, vill). Les rgles suivre, dans le cas dont il s'agit, d- pendent, pour une mme espce d'arbres, de l'exposition et de la plus ou moins grande richesse du sol ; et, pour des arbres d'es- pce diffrente , de l'espace que parcourent les racines , de la disposition de la cime , de la rapidit avec laquelle les radicelles puisent le sol , etc. , etc. 1^1. XVlII,page?,, ligne 1 1. Juglandium grais et noxia.jtiiv. croyance, assez peu fonde, existe encore dans toute sa force. Pline a dit dj , XV, 24 ' Car/on a capitis graedine , propter odoris graoitatem.T ous les auteurs du moyen ge ont crit la mme chose en d'autres termes. L'ombre des arbres nuit aux plantes voisines en les privant de la lumire et de la douce influence du soleil. Sou- vent on attribue l'absence de la lumire , et consquemm.ent l'ombre des arbres, ce qui doit tre attribu leurs radicelles, qui puisent compltement le sol la surface , et empchent le d- veloppement de la plante. 143. Page 4 , ligne 2. Necal gramina et pinus. Les forts de conifres donnent une ombre paisse. Les pins entrelacent leurs branches, et forment souvent des abris o le jour pntre peine. Cf. la note prcdente. i4.4' Ligne 12. Populo (^umbra') nulla ludentibus foliis. On * outrs les noies des livres xii xxvu incliisivcmenl soal dues M. Fr. NOTES DU LIVRE XVII. 187 peut conjecturer qu'il s'agit ici du peuplier tremble , Popuus tremula , L. Cf. la note 189 et la note 2o3, au livre xvi, pour la synonymie et l'explication physiologique du mouvement conti- nuel de la feuille des peupliers. i4-5. XIX , page 6 , ligne "2. Stillicidii brevis definitio est. Pline annonce faussement que l'eau de pluie qui tombe goutte goutte des arbres sans mouiller le tronc leur est nuisible ; il n'en est rien. Palladius a donc crit mal propos, livre II, in Jamiar. y tit. 16 , en parlant du noyer : Besiderat inleralla majora ^pro ar- boris magniludine : quia stillicidiis follorum suorum, proximis , vel sui generis, nocebit arboribus, 11 n'existe aucun vgtal dont les feuilles puissent communiquer l'eau de pluie une qualit vn- neuse. On avait dit cela du mancenillier, arbre exotique rang parmi les poisons les plus actifs du rgne vgtal , et qui est gorg d'un suc lactescent acre et corrosif. Mais des expriences directes et nombreuses, faites la Martinique par M. Ricard, pharmacien de la colonie, ont dtruit ce prjug, bien mieux fond en apparence , que celui dont Pline et Palladius ont parl dans leurs crits et qui se rapporte au noyer. il fi. Ligne 6. Jam per se colles minora qurunt intervalla. Thophraste, crivain philosophe et qui cherchait avec un esprit suprieur fonder ses prceptes sur des causes rationnelles , dit , de Cousis, III, 8, que les arbres qui croissent sur les montagnes tendent moins leurs branches et leurs rameaux que ceux qui vi- vent en plaine. i4-7' Ligne 10. H^on alia major in Blica arbor. Si cela tait vrai du temps de Pline, et il est permis d'en douter, cette as- sertion serait de toute fausset aujourd'hui. On trouve , en An- dalousie , des palmiers , des peupliers , et plusieurs autres arbres qui s'lvent beaucoup au dessus des oliviers. 148. Ligne 11. In Africa vero (^fides pnes audores erit') milliarias vocari mvllas narrant a pondre olei, quod ferant annuo proventu. Les exemples de la plus grande fracil , laquelle aient pu atteindre quelques oliviers monstrueux , sont loin d'ap- procher du rsultat rapport ici par noire auteur, qui a un pen- chant dcid pour l'exagration. i38 NOTES DU LIVRE XVII. i4-9* " XX. , page 8 , ligne 2. Qudam autem nalura tarde cres- cunt , et in prhnis semine tantum nascentia , et longo vo durantia. Pline s'exprime ici en termes peu diffrens de ceux que Varron emploie, de Re rust. , 1 , 4-i : Omnia minuta et arida, ad crescendum tarda : ea qu laxiora^ et fecundiora ; utfemina, quam mas: expro- portione in virgultis item. Ilaque ficus , malus punica , et vitis, pr opter femineam moUitiam, ad crescendum prona. Contra palma , et cupres- sus, et olea, in crescendo tarda, etc. Virgile a dit aussi que les ar- bres venus de semence croissaient moins vite que les autres : Jatn , qnae seminibus jactis se sastulit arbor, Tarda venit Georg., II, 67. Conf. sur la dure des arbres les notes 4^2 et suivantes au livre XVI. i5o. Ligne 8. Ocissima omnium cjrprus et pseudoc/prus fru- tex. Nous avons trait du cyprus , Lawsonia inermis, L. , note 99 du livre XII. Ce faux cjrprus dont parle notre auteur ne peut tre rapport une plante connue, faute de renseignemens. Quel- ques manuscrits portent pseudo-cypirus. l5i. XXI, page 8, ligne 19. Cato propaari prter vilem tra- dilficum... Caton , de Re rustica, c. 5i, donne la liste des arbres qu'on peut provigner : Propagatio pomorum aliarum'jue arborum. Ah arbore abs terra pulli qui nasceniur, eos in terram deprimito , extollitoque primorem partem , uti radicem capiat: inde biennio post effodito , seritoque, Ficum , oleam , malum punicum , cotoneum , aliaque mala omnia, laurum, myrtwrn , nuces prnestinas , plala- num ; hc omnia a capite propagari , eximique , serique codent modo oportet. Pline a trait de ces arbres dans les livres prcdens. i52. Ligne 11. Propaginum duo gnera. Ces deux ma- nires de propager les plantes sont encore employes par les mo - dnies. Celte opration porte le nom de marcotte, quand on l'applique l'ensemble des plantes; on lui rserve le nom de provignage, quand on la met en usage pour la vigne. i53. Page 10, ligne 5. Alterum genus luxuriosius... Pline a compil ici Caton l'Ancien , de Re rust., i33 : Inarboribus radices uti copiant , calicem perlusum sumito tibi, aut quasillum : per eum NOTES DU LIVRE XVII. i3g ramuuni iranserito : eum quasillurii terra impleto, cacatoque : in arborem relinquito : ubi bimum eril , ramum tenerum infra prcidito : cum quasillo serito. Eu modo quodvis geuus arborum facere poteris uti radies bene habeant. i54- Page lo, ligne 12. Sabna herba propagine seritur et avul- sione. Conf. sur la sabine, Juniperus Sabina, L. , la note i3i du livre XXIV. i55, Ligne il\. lisdem modis rosmarinum seriiur et ramo, quoniam neutri semen. 11 est inutile de prvenir que la sabine et le romarin portent des graines comme toutes les plantes ph- nogaraes. Toutefois on connat une varit du Juniperus Sa- bina , L., var. jS, Sabina folio tamarisci Dioscoridis , C. Bauh, , Pinax , 4.87, qualifie de sterilis par les anciens auteurs qui, sans doute, n'avaient vu que l'individu mle de cette plante dioque. Quant au prtendu romarin strile de Pline, il n'en existe point qui prsente cette particularit ; cette plante, tant herma- phrodite, fructifie dans toutes les localits o elle fleurit. i56. Ligne 16. Rhododendron propagine et semine. Conf, sur cet arbrisseau la note 179 du livre xvi. 157. XXII, page 10, ligne \^. Semine quoque inserere natura docuit, raptim avium jame devorato, solidoque, et ahi tepore madido, cum fecundo ftmi medicamine abjecto in mollibus arborum leciicis, et ventis spe translata in aliquas corticum rimas : unde vidimus cera- sum, in salice , platanum in lauro, laurum in ceraso , etc. Quoi- qu'on ait crit que l'art de la greffe se perdait dans la nuit des temps, et que les Phniciens l'avaient pratiqu, il parat bien tabli que les anciens auteurs grecs ne l'ont pas connu ; Homre et Hsiode n'en disent rien, et ce fut aprs eux (jue les Grecs ont greff la vigne , seule greffe qui parat avoir t alors en usage. Macrobe, Saturn., 1,17, attribue Saturne l'introduction de ce mode de propagation ; ce qui veut dire simplement que l'in- venteur^' en tait pas connu. Hxiic deo insertiones surculorum porno - rumque educationes , et omnium hujnsce modi fertilium trbuunt dis- ciplinas. Lucrce, v. i363, Pline, loco comm., et Tliophraste ,, deCausis, I, 6, p, 204. , et II, 19, p. 255, l'attribuent au ha-~ sard , ce qui est assez probable. i4o NOTES DU LIVRE XVII. Pline , en regardant comme un rsultat de la greffe le dvelop- pement du cerisier sur le saule, du platane sur le laurier, etc., se trompe. Les arbres que Ton trouve dans le creux des vieux troncs ne proviennent pas plus de la greffe que ceux qu'on voit dans les anfractuosils des rochers ou dans les fentes des mu- railles ; car ces arbres vivent aux dpens de la terre vgtale qu'ils y trouvent, et ne sont nullement parasites. Nous pensons , ainsi que le dit notre auteur, que la nature nous a rvl le moyen de greffer les vgtaux, mais c'est en nous montrant des Soudures ou greffes naturelles, produites par le contact de deux vgtaux qui , vivant dans quelque crevasse de rocher, se seront troitement unis et confondus : quiconque a parcouru les vieilles forts aura vu sans doute des exemples de ce fait curieux , mais assez frquent. Thophraste crit qu'un oiseau , ayant aval un fruit entier, le rendit avec ses excrmens dans le tronc d'un arbre creux ; l , favoris par les pluies et trouvant quelques dbris de terreau , il germa et produisit dans cet arbre un autre arbre d'espce diffrente. Ce rcit est une fable. Il ne put y avoir greffe par ce moyen, et nous en avons dit plus haut la cause. Ce mme auteur, en parlant de la greffe par fente, dit, et Pline raconte la mme chose d'aprs ce grand naturaliste , qu'un laboureur, voulant fortifier sa chau- mire en l'entourant d'une palissade , ficha dans du lierre , pour empcher leur dcomposition, des pieux destins la former ; ces pieux y reprirent vie, se nourrirent de la sve du lierre, poussrent des feuilles, etc. Ce fut l , ajoute-t-il , ce qui apprit aux hommes a greffer en fente. Il est bien douteux qu'une opration aussi gros- sire ait pu donner des greffes qui aient russi; on sait que la greffe n'a lieu que sur les espces de mme genre , ou sur les individus de mme famille. Or , quel tait le bois qui avait fourni ces pieux? quel arbre tait-ce que ce lierre.'' On ne sau- rait trop se tenir en rserve contre de pareilles croyances , et ce n'est pas un petit bienfait que nous devrons aux sciences , que de nous avoir donn les moyens d'apprcier leur juste valeur les rcits merveilleux dont les crits des anciens sont remplis. 1 58. XXII l , page 1 2 , ligne 4- Hinc nata noculatio , sutori NOTES DU LIVRE XVII. i4i simili fistula aperiendi in arbore oculum coriice exciso , semenque indudendi eadem fistula sublatum ex alia. Cette greffe est connue des modernes sous le nom de greffe par gemmes. Elle est fr- quemment usite de nos jours dans la culture des arbres fruitiers et des arbres d'agrment. On en connat de plusieurs sortes. C'est la troisime sorte de greffe suivant Columelle, v, n, et l'on voit par le texte de cet auteur qu'on lui donnait aussi, mais tort , le nom H emplastralio... Tertium quo ipsas gemmas cum. exiguo cortice in partem sui delibratam recipit , quam vacant agri col emplaslrationem, vel ut quidam, , inoculationem, iSg. Page i, ligne 7. Virgiliana qurit sinum in nodo gemm expulsi corticis , gernmamque ex alia arbore includit. Virgile donne en effet ce procd dans le livre II des Gorgiques, vers yS et suiv. : Nec modus inserere, atque oculos imponere simplex. Nam , qua se medio irudunt de cortice gemmae, Et tenues rutnpunt tunicas ; angustus in ipso Fil nodo sinus : hue alina ex arbore germen Includunt , udoque docent inolesccrc libro. 160. XXIV, page 12, ligne 1 1. Insitionem auiem casus, ma- gisler alius, etpne numro sior , ad hune modum. Cf. sur le pr- tendu hasard, auquel on devrait la greffe en fente, la note iSj. Les greffes en fente sont nombreuses. On a donn celle dont parle ici notre auteur le nom de greffe Pline. Elle russit princi- palement sur les arbres fruits en ppin. On lemploie moins aujourd'hui qu'autrefois. Ces sortes de greffes sont aussi connues sous le nom de greffes par scions en couronnes: unum quo resecia etfissa arbor resectos surculos accipit ( CoLUM., de Re rust.,, v, 11). C'est l la premire des greffes suivant le mme auteur. 161. Page 14. > ligne g. Multa in hoc servanda. Il est superflu de dire que la plupart des prceptes donns ici par Pline sont er- rons ; affirmer que les arbres n'ont pas de la sve dans toute leur tendue , est une erreur que nous ne nous amuserons pas rfuter. Columelle, que Pline copie ici presque constam- ment, a employ le mot humor dans le sens du mot succus de Pline. Itaque cuslodiemus, ut a prdictis locis, quos hum.orosos rus- iid vacant, semina legamus , etc. On doit le traduire par sve. iki NOTES DU LIVRE XVII. 162. Page i4 , ligne 12. Vitibus ficisque mdia sicciora, et e summa -parte conceplus , ideo illinc surcidi petuntur. Il rsulte le ce passage que les anciens greffaient le figuier. On doit re- marquer que, de tons les arbres fruitiers, le figuier est le seul dont la greffe n'amliore pas les fruits. Sennebier en tmoigne un grand tonnement ; et pourtant cet tonnement aura des bornes, si l'on se rappelle que, de tous les fruits, celui du figuier est le plus extraordinaire , puisqu'au fond ce n'est autre chose qu'un rceptacle floral charnu. Il n'est donc nullement tonnant qu'il sorte de la loi commune. i63. Ligne \/^.. FadUime coalescunt , quibus eadem corticis natura, quque pariter fiorentia ejusdem hor germinallonem succa- rumque socielatem halent. Ici Pline rentre dans des ides saines et fondes sur la physiologie vgtale. Il condamne ce qu'il dira ailleurs des greffes monstrueuses du poirier sur le platane , du pommier sur le cornouiller, etc., puisqu'il dclare que l'analogie entre le sujet et la greffe est ncessaire pour qu'elle russisse, hophraste, de Causis, 1,6, s'exprime dans les mmes termes, et Coliimelle, v, 11, semble avoir fourni notre auteur la phrase mme que nous commentons. Omnis surcidus omni arbori inseri potes t , si non est ei , cui inseritur, cortice dissimilis. Si vero etiam similem fmctum, , et eodem tem,pore offert , sine scrupulo cgregie inseritur. 164.. Ligne 20. Ut in parle nitidissima , ne longior muto tri- bus digitis , ne obliqua, ne translucens. Virgilius ex cacumine inseri vetat. Virgile tablit en effet cette rgle dans ces vers: Aut rursum enodes irunci resecanlur, et alte FiniHtur in solidum cunejs via : deinde fer.ices Planiae immitHinlur : nec longimi tcmpus, et ingens Exiit ad clum raniis felicibus arbor. Georg., II, 78. i65. Page 16, ligne r. Cerlumque est, ab humris arborum orientem, stivum speclantibus , surados petendos , et e feracibus , et germine novello , nisi vetust arbori, etc. Les greffes russis- sent, quel que soit l'endroit de l'arbre o on les prenne; nan- moins il est juste de dire qu'on les enlve aux jeunes branches, NOTES DU LIVRE XVII. i43 et que dans les arbres fruitiers les jeunes rameaux sont les plus vigoureux. Quant au choix des branches qui regardent l'orient , cette prcaution est inutile : c'est moins l'exposition des branches que la natui e du sol travers par les racines cor- respondantes , qui influe sur la force des rameaux. Columelle {de Re rust., V, 1 1 , et fe Arbor., c. 20), au reste, recommande la mme chose , et c'est sans doute chez cet auteur que Pline a emprunt ce prcepte. Voici comment le docte agronome s'exprime : Exqua arbore inserere voles , et surculos ad insitionem sumpiunis es , videto ut sit tenera et ferax , nodisque crebris : et quum primum germina tumebunt , de ramuis anniculis qui salis ortum speciabunt . et integri erunt, eos legito crassitudine digiii mimmi... . Semina si ex arboribus smes f de iis potissimum sumito, qu omnibus annis bonos et uberes f erunt fructus . Observabis autem ab humeris , qui sunt contra solem orientem, ut eosdem decerpas. On voit qu'on retrouve dans ce passage le sens presque littral du texte de notre auteur. 166. Page 16 , ligne 22. Idetiam, religionis serant , ut luna crescenie, ut calamus ulraque deprimatur manu. Nous avons dj fait justice de toutes les purilits relatives l'influence des astres sur les divers procds de l'agriculture. Le temps les a fait disparatre aujourd'hui presque tous. Pourtant on s'indigne de voir encore paratre , chez des libraires plus avides de s'enrichir que de r- pandre les bienfaits de la civilisation, des ouvrages o les plus grossiers prjugs sont prsents comme des vrits incontesta- bles : tel est celui que nous avons sous les yeux , qui , imprim en Angleterre, et rimprim Lille , porte le nom pompeux de Vox stellarum ; tel est encore celui qu'on connat sous le nom A'Almanach des Bergers. 167. Page 18, ligne 5. Qidam vestigio fissuras falce in itnncis facto, salice prligant marginem ipsum.^owX. ce qui suit est emprunt Palladius, in Februar., tit. 17, in Octob., tit. 12, etc. ; et Columelle , lib. v. Cf. Tiieoph. , de Causis, Il , 6. 168. Ligne i8. Cato argill , vel cret arenam , fimumque bubulum admisceri... On nomme aujourd'hui ce mlange onguent Saint-Fiacre, et l'on a pour usage d'en entourer les greffes nouvelles pour empcher tout contact avec l'air extrieur. On s'en sert aussi pour amener la cicatrisation des parties ligneuses i/,4 NOTES DU LIVRE XVH. - qui ont t entames , soit par la dent des animaux , sot par des chocs extrieurs , soit enfin par la carie naturelle. L'onguent Saint-Fiacre diffre trs-peu du mlange indiqu par Caton ; seu- lement, au lieu de craie ou de sable, on emploie de la terre franche, plus convenable parce que le desschement tant moins rapide , on ne craint pas qu'il se fendille et qu'il tombe. 169. Page 20 , ligne 2. Ex Us qu commenlaUis est... Tout ce paragraphe est emprunt Caton , de Re mstica , lib. l^o. 170. Ligne 1 \. Ac moUihus bifidorum viminum fashus , lin- gua hubula (Jieib id genus est^ insuper obtegi j'ubet , etc. Par lingua bubula il faut ici entendre la buglosse , borragine dont Pline traitera au livre xxv. 171. Page 22 , ligne 4- Vitium vero in scrobibus sicds stra- mento opertos, ac deinde terra obrutos, ut cacumine existant. Cette mthode de conservation, emprunte de Columelle, iv, 2t), est employe pour les jeunes plants ; les jardiniers appellent cette opration saler les plantes : on les laisse ainsi jusqu'au moment jug ncessaire pour faire la plantation. 172. XXV, page 22 , ligne 7. Caio vitem tribus modis inserit. Columelle parle fort au long de l'art de greffer la vigne (iv, 29). Des trois procds indiqus par Pline, d'aprs Caton , de Re rus- tica, c. 4' ? deux sont entirement tombs en dsutude. La seule greffe qui soit encore quelquefois pratique est celle en fente; mais la vigne , comme tous les arbrisseaux noueux , prend si fa- cilement de marcottes et de boutures, qu'on trouve plus com- mode et plus conomique de la multiplier par ces derniers procds. 173. Prsectam findi fubet per medullam, in eam surculos exacutos (^ut dictum est) addi , medullas jungi. Il existe pour la greffe de la vigne une singulire particularit : c'est que dans tous les autres arbres il faut disposer la greffe de manire ce que les dernires couches de l'corce et celle de l'aubier se cor- respondent exactement , prcaution qui est de toute rigueur , l'exception peut-tre de la vigne. La concidence des pidermes n'est pas ncessaire. NOTES DU LIVRE XVII. i45 174- Page 22, ligne ii. Nostra tas correxit , ut Gallicaute- returterebra... Columelle, iv, 29, parle de cette tarire gauloise... Nos terehram, quant GalUcam dicimus, ad hanc insilionem commenti longe habiliorem utiliorenujue comperimus , etc. Didyme , in Geo- pom'c. , IV, 12 , parle aussi de cet iustrument. Le pre Hardouio veut que ce soit notre vile brequio. A-t-il raison ,'' nous n'osons l'affirmer ; cependant cela pourrait tre. 175. Ligne i4- Nec plus quam Unis ah insito emineret oculis, vlmeo vimine alligatus On conoit que le choix d'un lien fait avec les rameaux de telle ou telle espce de plante est une pu- rilit. Columelle, de Arhoribus , cap. 8 , agit plus sensment en prescrivant seulemerft un lien, sans dsignation spciale. 176. Ligne 19. Viiibus inserendis tempus dedere ab quinoctio auiumno ad germnatonis initia. L'poque ici donne pour pra- tiquer la greffe de la vigne est bien vague. Les modernes prescri- vent de faire cette opration en mai et en juin lorsque la vigne a commenc pousser ses jets. Si on opre plus tt, l'abondance de la sve et son rapide coulement ne permettent pas la greffe de se runir au sujet. 177. Page 24 1 ligne 3. Si sativ sihestribus inserantur, degC' nerant in ferilatem. Cette assertion est emprunte Varron : Si in pirum sjlvaticam inseveris pirum quanwis bonam , non fore tant jucundum , quam si in eam qu silvestris non sit ( de Re rustica , I , 4.0). Les ppinires fournissent , par le semis de graines d'espces franches, tous les arbres fruitiers aujourd'hui ncessaires dans nos vergers. La greffe pratique sur un arbre sauvage donne les mmes rsultats que ceux qu'on obtient d'un sujet provenant de la semence d'un arbre domestique ; ce qui est contraire l'opi- nion de Varron et de Pline. 178. XXVf, Page 24-1 ligne 9. Emplastratio et ipsa ex inoculatione nata videri potest. Cette manire de greffer se nomme greffe en cusson , tandis que celle qui est qualifie SUnoculatio (Cf. la note i58) est la greffe par gemmes. 179. Ligne ig. Sed id etiam apud veleres Grcos invenitur, et apud Catonem , qui oleamficumque sic inseri jussit , mensura etiam XI. 10 146 NOTES DU LIVRE XVII. prfinita secundum reliquam diligentiam suam. Le passage de Ca- ton , cit par Pline , au lieu de porter digitos quatuor, comme il parat que l'a lu ntre auteur, laisse lire digitos trs ( Cato, de Re rustica, c. 42 )- 180. Page 26 , ligne 9. Toi modis insilam arborem vidimus juxta Tiburtes Tullias , omni gnre pomorum onustam, alio ramo nucibus, alio baccis, aliunde vite,ficis, piris, punicis, malorumque generibus. Ce mot de vidimus est ici bien extraordinaire dans la bouche de Pline ; et c'est chose pnible pour un commentateur de douter de la vracit de l'auteur qu'il tudie. Une merveille pa- reille celle dont parle Pline ressemble aux contes orientaux des Mille et une nuits. En effet , comment concevoir qu'un seul arbre puisse offrir les fruits d'un verger tout entier ; et , quand on a peine croire la possibilit d'une seule greffe disgnre ', comment admettre la possibilit d'une runion de greffes d'arbres aussi diffrens que le sont le figuier et la vigne, le noyer et le grenadier, etc.? Il est pourtant une manire d'expliquer ce sin- gulier phnomne de culture ; nous allons l'entreprendre , mais on verra qu'il ne faudra pas prendre la rigueur le mot greffe , employ par notre auteur. On nomme greffe-diane une sorte de plantation en usage dans quelques parties de l'Italie, Gnes, Florence, Venise. On choisit un tronc d'oranger vivant , dont on supprime les bran- ches, puis on le perfore dans toute sa longueur, jusqu'au dessous de la rgion des racines. Le jardinier runit alors de jeunes su- jets de jasmins , d'amandiers nains fleurs doubles , de figuiers , de rosiers, de myrtes, etc. ; il plante ces vgtaux dans un vase, ou en pleine terre, selon le climat, et fait passer les jeunes pieds du groupe travers la tige de l'arbre perfor, de manire qu'elles dpassent le bord suprieur du tronc de quelques dcimtres ; enfin il enterre les racines de l'oranger jusqu' leur collet, arrose souvent, et cultive le tout comme un arbre nouvellement plant. Cet arbre ne manque pas de pousser , ainsi que les jeunes v- gtaux qu'il contient , et cette prtendue greffe si merveilleuse, Un amateur de rosiers nous a affirm qall avail pratiqu la greffe du rosier sur le groseiller, et quVlle avait russi. NOTES DU LIVRE XVII. 147 qui dure de dix quinze ans , est opre. On peut voir, l'cole d'agriculture du Jardin des Plantes , deux groupes d'arbrisseaux sarmenteux dont les tiges , contournes les unes ct des au- tres, s'lvent, en forme de colonne torse, prs de deux mtres de hauteur, et sont termines par une cime vase, de laquelle on voit sortir ct les unes des autres, ici des branches de syco- more , de mahaleb , de faux-buier et de bignone rampante ; l , des rameaux de pchers , de baguenaudiers et de vigne- vierge. Les voyageurs ont souvent parl d'arbrisseaux sarmen- teux qui entourent les arbres , de leur tige , les serrent troi- tement , et finissent par tre envelopps eux-mmes par le tronc de ces mmes arbres. Ce fait est commun sous les tropiques. (Cf. les Annales du Musum d'histoire naturelle, XI, 1824.) Si l'on veut croire la vrit de l'assertion de Pline , on peut penser que l'arbre merveilleux du jardin de Tibur tait le produit de la fausse greffe dont nous venons de parler ; de sorte que le seul tort du naturaliste romain se bornerait ne pas avoir su distinguer la petite supercherie qui donne cette runion fac- tice l'aspect d'une greffe vritable. Au reste, nous donnons cette explication seulement comme une probabilit. 181. Page 26 , ligne i5. Capacissima insitorum omnium ducilur platanus , postea rohur. Les horticulteurs modernes ne greffent plus le chne et le platane. 182. XXVIII, page 3o, ligne 2. Myrtus et taleis seritur : morus talea tantum , quoniam in ulmo eam inseri religio fulgurum prohibet.he mrier ne pourrait tre ent sur l'orme. Quant au pr- jug renferm dans cette phrase, il a grossi dj le texte de notre auteur au liv. xv, 17, o l'on peut lire : Neque omnia insita misceri fas est y sicut nec spinas inseri, quando fulgura expiari non queunt facile : quoique gnera insita fuerunt, tt fulgura uno ictu prononcian- tur. Cf. , sur les divers passages de la fin de ce livre , Theoph. , Hist. plant. , II , 1,7; Pallad. , Februar. , tit. aS ; et CoLUM. , V, 8 , auxquels Pline a emprunt presque tout son texte. 183. Ligne i3. Taleas oleaginas, quas in scrobe salurus eris... C'est encore aujourd'hui la bouture qu'on prfre tous les autres modes de propagation. L'olivier, disent les agriculteurs , 10. i48 NOTES DU LIVRE XVII. veut tre plant gros. Le mode de plantation actuel diffre trop peu de l'ancienne manire pour qu'il soit besoin d'tablir une comparaison rigoureuse. Cf. Caon, c, 45; Varron, deRerus- tica, 1, 4o; CoLUM., v, 9 ; Oliv. de Serres, ii , 897, d. de Franc, de Neufchteau, etc. 184.. Page 82 , ligne 1. Tale uhi trim sunt, tum denique cur sint , ubi liber se vertet, Columelle conseille aussi de remettre le jeune plant dans la mme direction que celle qu'il avait dans la ppinire. Ce prcepte sage annonce dans les anciens plus de connaissances physiologiques qu'on ne leur en suppose com- munment. Cf. ce sujet la note i3i de ce mme livre. I 85. XXX , page 82 , ligne 9. Si quis qnrat quodtempus... serend sit... Les modernes suivent encore les rgles traces par les anciens pour l'poque des plantations. Le moment le plus fa- vorable qu'on puisse choisir est la fin de l'hiver, depuis les derniers jours de fvrier jusqu'au milieu de mars , afin de profiter du mouvement d'ascension de la sve. Quelques cultivateurs ont le tort de planter en automne , et souvent les froids endommagent les jeunes plants. Cf Caton , 5, 27, 4o et 44* i86. Ligne lo. Olietum diebus XV ante quinoctum vernum incipito putare. On nglige trop souvent, et au prjudice des jeunes arbres, de pratiquer la taille recommande ici par notre auteur. Tous les prceptes de culture donns dans ce paragraphe sont fort rationnels et d'une grande sagesse : aussi sont-ils suivis par tous les cultivateurs intelligens. 187. Ligne 2 1. Qu gnera olearum diximus. Pline a en effet trait des diverses sortes d'oliviers , livre XV. 188. Page 34, ligne 7. Quatuor s oli dies sunl , quibus seri noceat. Quoique les manuscrits portent xiv, il est bien prouv qu'ils se trompent, puisqu'on lit encore au chapitre 2 de ce mme livre : Circa Vergilias quidem pluere inimicissimum viti et ole : quoniam iunc coitus est earum : hoc est illud quatriduum oleis de- cretorium ; et au chapitre 69 du livre suivant : Aliud hoc quatri- duum est decretorio die florentibus oleis vitibusque. Il est inutile de prvenir que l'assertion de Pline est une erreur fonde sur NOTES DU LIVRE XVII. i49 quelque vieux prjug qui date des temps o la superstition s'- tait glisse partout. 189. Page 34, ligne g. Quadam temitate consenescunt proxima adoptioni virga emissa. Il est certain que peu d'arbres peuvent tre compars, quant la dure , aux oliviers , puisqu'ils vivent cinq six cents ans; et que Bouche, dans son Histoire de Provence, en fait connatre un auquel on pouvait assigner neuf dix sicles. Quoique Taccroissement de l'olivier soit extrmement lent , ce- lui-ci avait un tronc creux et si prodigieusement gros, qu'une vingtaine de personnes pouvaient s'y abriter. Le propritaire de cet arbre colossal y tablissait son mnage tous les ts ; il y couchait avec toute sa famille, son cheval mme y avait une petite place. Les anciens devaient tre merveills d'une telle dure, non moins que de la manire dont l'olivier se reproduit. Il renat en quelque sorte de lui-mme; et, si le tronc meurt, il nat, des racines, une postrit nombreuse. Un fragment d'corce , auquel adhre un fragment de bois, tant mis en terre, donne naissance des radicules , et bientt une nouvelle race s'lve. Virgile a dit : Quin et caudibus sectis ( mirabile diclu ! ) Tradilur a sicco radix oleagina ligno. Que de raisons pour dcider les peuples mridionaux penser que l'olivier jouissait d'une sorte d'immortalit! ( Conf. , sur la dure des arbres , les notes 4.3'2-4-42 > ^u livre xvi.) igo. Ligne 12. Inserur autem oleaster calamo , et inocu- latione. Cf. les notes iSy et suivantes de ce mme livre. L'olivier est susceptible de recevoir diverses sortes de greffe. 191. Ligne \l^.. Olea, ubi quercus effossa sit , etc. Pline , dans ce passage , nous montre qu'il tait moins croyant que ses con- temporains , et qu'il cherchait quelquefois des causes naturelles aux effets expliqus par les antipathies. Les anciens pensaient non-seulement que le chne et l'olivier ne pouvaient vivre dans le voisinage l'un de l'autre , mais encore que le second de ces arbres prissait quand on le plantait dans un terrain d'o le pre- mier avait t arrach. Il n'en est rien : la cause donne par Pline pour expliquer ce prtendu phnomne est superflue. Des exp- riences positives ont prouv que les chnes et les oliviers vien- i5o NOTES DU LIVRE XVII. neut trs-bien dans une mme plantation ; on trouve mme ces derniers arbres l'tat sauvage dans les forts de cbnes, etc. 192. Page 34, ligne 16. Non inhumare taleas , etc. Colu- melle est d'un avis contraire , car il crit : Se oportebit talea- rum capita et imas partes rnixtofimo cum cinere oblinere, et ita totas eas immergere , ut putris terra quatuor digitis all superveniat ; se hinis indicihus ex utraque parle humantur.... (lib. V, 9). Les mo- dernes sont d'accord avec Pline contre l'avis de Columelle. 193. Ligne 17. Vtus oivetum , etc. Les anciens taillaient rarement les oliviers. Pline veut qu'on les monde tous les deux ans , et Columelle seulement de huit en huit ans. Quelques cultivateurs condamnent la taille ; mais le plus grand nombre s'accorde sur l'utilit d'une taille modre, qui pourtant ne doit consister qu'en un simple lagagc. Il faut aussi enlever le bois mort et les branches languissantes. C'est en fvrier ou en mars qu'on pratique cette opration. Pline dit qu'on doit la faire en mai ; mais c'est bien tard , le mouvement de la sve ayant eu lieu depuis long-temps. 194. Ligne 19. Itein muscum circumdare radici. Ce moyen est entirement abandonn ; mais on dchausse chaque anne le pied des arbres , et on les fume de temps en temps , comme le prescrit notre auteur. 195. Page 36, ligne i. Mago idem arnygdalas ah occasu Arcturi ad brumam seri jubet. Ce prcepte est local , et particu- lier l'Italie ; ce n'est gure en janvier et fvrier, mois auxquels correspond le coucher de l'Arcture , qu'on planle les aman- diers en France ; on les transplante en automne. Au reste, Pal- ladius (il, in Januar. , tit. i5) s'exprime dans les mmes termes que Pline. 196. Ligne 7. Connexa enim de tempore serendi que ratio est. C'est surtout au printemps que l'opration de la greffe est pratique ; nanmoins , on greffe aussi en automne , ce qui fait reconnatre une greffe il poussant et une greffe il dormant , suivant que le bourgeon greff au printemps pousse lors d l'as- cension printanire de la sve , ou qu'il demeure stationnaire pendant l'hiver sur le sujet qui l'a reu en autcmine : c'est l NOTES DU LIVRE XVII. i5i cette greffe pratique pendant que soufflent les vents tsiens , c'est--dire en aot. 197. Page 36, ligne 21. Ergo tria tempora, etc. Voyez, sur les diverses poques du bourgeonnement, le chapitre 4-' du livre prcdent , o Pline a dit : Sunt ali naturales quibusdam , pr- terque vernas , qu suis constant sideribus.... Hiberna Aquil exortu ^ stiva Canis ortu , tertia Arcturi. lias duas quidam omnibus arho rihus communes putant , etc. Conf. , sur les prceptes donns dans ce paragraphe, CoLUM. , xi, 2. Les poques dtermines par Pline pour enter les arbres doivent varier en raison des lieux et des expositions ; leur dtermination est ici beaucoup trop ri- goureuse. ig8. Page 4o, ligne 5. Est etiam nunc nova inserendi ratio, etc. Cette greffe rentre encore dans les greffes htrognes , c'est- -dire impossibles. Voici comment Columelle (v, 11) la dcrit: Tum, arborem fici detrunca, plagamque leva, et mediam cuneo finde. Cacurmna deinde olivce , sicuti matri cohrent , ex utraque parte abrade , et ita fissur fici insre , cuneumque exime , diligenterque ramulos colliga , ne qua vi revellantur. Sic interposito triennio con- valescet ficus cum olea : et tum demum quarto anno , quum bene coierint , velut propagines , ramulos oliv a matre resecabis. Cette opration est fort bizarre , et ne doit donner aucun rsultat avantageux ; ce qui peut arriver de mieux , c'est d'avoir dans la suite deux troncs d'olivier. Le tronc du figuier prit, et ne sert que d'abri : il n'y a point d'union vritable , et partant point de greffe. Cf. plus haut la note 180. igg. XXXI , page 4^ , ligne 2. Cetero eadem illa de calidis frigidisque , et humidis et siccis , etc. Tous les prceptes renferms dans ce paragraphe ont dj t donns dans les chapitres 3 et 4 de ce livre. 200. XXXII, page 1^1 , ligne 18. Hinc restt earum ratio, etc. Plusieurs arbres servent en effet soutenir la vigne : l'orme , l'rable, le tilleul, le saule, MArundo Donax, etc., sont employs cet usage dans les pays o l'on cultive la vigne en hautains. 201. Ligne 19. Principatum in iis obtinent salices. On emploie aujourd'hui plus rarement le saule que les autres arbres. Ce que II 52 NOTES DU LIVRE XVII. notre auteur dit de la culture de cet arbre est emprunt Co- lumelle. La distance mettre entre chaque plant est prcise dans le texte de cet auteur : Riguus locus spatia laxiora desiderat, ecufue senum peum per qidncuncem. recte faciunt {de Re rust. , iv, 3o). Il en est de mme de la profondeur donner aux fosses qui les reoivent : Ita enim prcipiunt veteres, in duos pedes et semis- sem salicto desiinatum solum (^de Re rust. , loco cit.) , ainsi que da choix faire des plants : Atque h vel cacuminibus , vel taleis de- ponuntur. Pertic tacuminum inodic plenitudinis , qu tamen di- pondiarii orbiculi crassitudinem non excdant^ optime panguntur..... Tale sesquipedales terreno hnmers paululum. obruuntur (de Re rust., loco cit.). Les pratiques modernes mises en usage pour la culture des saules diffrent peu de celles employes par les anciens. 11 en est plusieurs espces qu'on se contente de mettre en terre , et que l'on abandonne ensuite elles-mmes. Le saule longues feuilles , Salix viminalis , L. (osier blanc) , se plante en hiver au bord des rivires ', en lignes cartes de quatre pieds , au moyen de grosses boutures d'un pied de long, enfonces obliquement en terre , aux trois quarts de leur longueur. On donne cette plantation un labour d'hiver et un binage d't, au moins, pen- dant les deux premires annes. Pline prescrit de bcher les saus- saies tous les ans au mois d'avril : Has quoque omnibus annis confodi jubent mense aprli. 202. Page 4-4 1 ligne 7. Perlicas ex ea cdi justum. est quarto fere anno. C'est du saule blanc ( Salix alba , L.) que Pline entend parler ici. Cette espce se trouve au bord des rivires et des prairies humides. Elle fournit des perches fort estimes ; on les laisse plus ou moins long-temps sur l'arbre , suivant qu'on veut les avoir plus ou moins grosses. 2o3. Ligne i o. Ejusdem rei causa populus alba seritur bipeda- neo pastinatu Cet arbre a gard encore aujourd'hui l'pithte $alba, que les auteurs de l'antiquit lui ont donne; mais ceux-ci le confondaient avec le peuplier feuilles velues ( Populus ca- nescens, WlLLD.) , trs-rpandu en Europe. 204. XXXIU , page 44 Hgne i5. Etiamnum dilutiore , etc. 4 NOTES DU LIVRE XVII. i53 C'est encore aujourd'hui, au moyen des rejetons levs pendant l'hiver, qu'on multiplie ce roseau [Arundo Donax , L. )? nomm canne de Provence ; jamais on n'emploie les graines cet usage. Pline , dans le paragraphe o il traite de la culture du roseau , a adopt les opinions de Columelle et de l'auteur des Gopo- niques , ainsi qu'on peut le voir , chez le premier , au chapitre 82 du livre iv du trait deRe rustica; et, chez le second, au livre v, chapitre 3i. Les modernes ont beaucoup simplifi la culture du roseau canne de Provence. 2o5. Page 4-6 , ligne 5. Seritur et transversa , non alte terra condita. On n'emploie gure ce moyen aujourd'hui pour propa- ger la canne , et Columelle le condamne en ces termes : Sunt qui arundines intgras sternant, quoniam ex omnibus nodis sat arun- diies endttunt, Sedfere hoc genus eoanidam, exilemque , et humilem arundinem offert {de Arbor. , c. 29). Il existe une gramine c- lbre qui se reproduit l'aide des nuds que l'on met en terre ; c'est la canne sucre, que les Romains et les Grecs n'ont point connue. Cf. la note 44- au livre xii. 206. Ligne 9. Cditur [arundo^ decrescente luna. Il est presque superflu de prvenir que ce prcepte est superstitieux. 207. XXXIV, page 4-6 , ligne 12. Castanea pedamentis om- nibus prafertur, etc. Les modernes reconnaissent encore au bois de chtaignier la dure et la souplesse ; il est vrai qu'il se fend bien : c'est pourquoi ou l'emploie faire du merrain , des lat- tes, etc. Les jeunes chtaigniers sont employs , comme autre- fois , faire des chalas ; toutefois , l'on doit s'tonner que Pline puisse affirmer que le chtaignier croisse plus vite que le saule : il .n'en est rien. Il pousse avec une grande lenteur , et ce n'est que dans la force de l'ge qu'il a des branches longues et fortes , impropres toutefois faire des chalas. 208. Ligne i4 Qurit solum facile , nec iamen arenosum Le chtaignier ne prospre point dans les terrains calcaires ; il craint autant le froid que la grande chaleur : aussi ne le trouve- t-on ni vers l'extrme nord ni vers le midi de l'Europe. On ne le cultive pas dans les plaines d'Italie , et sa propagation , sans tre difficile, ne peut tre entreprise dans tous les pays. Le texte ^K i54 NOTES DU LIVRE XVU. de Pline renferme plusieurs choses qui semblent ne pouvoir s'ap- pliquer au chtaignier. Nous avons dj dit qu'il ne croissait que fort lentement , tandis que notre auteur assure le contraire. Nous ajouterons que cet arbre vient trs-mal dans le tuf, pres- que toujours compos de calcaire j qu'il se multiplie difficile- ment de marcottes et de rejetons , et jamais de boutures ; ce- pendant on lit dans le texte que nous commentons : Sunt et propagines , nulli quidem faciliores. On trouve aussi cette assertion inexacte dans Columelle ( iv, Si). 209. Page 46 1 ligne 19. Sert nuce diximus. Pline a dit cela , en effet , au chapitre 24 - i84 NOTES DU LIVRE XVII. tiquent l'muscatlon par le ratissage j mais ce procd est long, et consquemment cher. Quelques personnes, aprs avoir dbarrass les arbres des mousses et des lichens , mettent de la chaux d- laye dans de l'eau sur le tronc, une hauteur de quelques pieds. On a aussi propos de placer au pied de l'arbre de la charre de lessive , mais on ne peut s'en procurer que de trs-faibles quan- tits. Nous doutons , au reste , de l'efficacit de ce moyen , qui tait inconnu aux anciens. 345. XLVI, page 126, ligne 7. Similis fimi ratio. Pline a dj trait des fumiers. Les anciens entendaient trs-bien l'art de fumer les terres. Pline dclare que le fumier de cochon brle les vignes, mais les agriculteurs sont loin d'tre d'accord sur les qualits de cet engrais , qui est plus ou moins bon, suivant que l'animal qui l'a fourni a t plus ou moins bien nourri. Le trop d'engrais est peut-tre plus nuisible que le trop peu. 34,6. XLVIl , page 126, ligne 16. Si mala Punica acida nas- cantur , etc. L'effet de cet engrais sur les grenades parat bien merveilleux. Au reste , Columelle s'exprime dans des termes peu diffrens: Quod si acidum, aut minus dutcemfructum feret, hoc modo emendaitur : stercore suillo , et humano , urinaque vetere radices ri-r ^ sato. Ea res elfertilem, arhorem. reddit , et primis annis fnictum. vi nosum, et post quinquennium, dulcem et apjremmifacit. Nos exiguum admodum, laseris vino deluim.us , et ita cacumina arhoris summa ohleimus: ea res emendavit acorem, malorum. Palladius dit la mme chose (iv, in Mort., tit. 10). 34.7. Ligne 19. Aut cacumina sparg'i , etc. Il sera question du laser au livre xix. 34-8. Page 128, ligne 8. Et ho autem , et qmnia, etc. Ce jnoyen est encore pratiqu pour certaines varits estimes de fruits. Palladius conseille la mme chose : Nuncpira , velmala, vhi ramos multa poma densabunt , interlegenda sunt qucumque vitiosa , ut succus qui ingrate his p os set impendi, ad meliora ver- iainr. ( Junio , tit. v.) J^^^ r-rr XJif^ne II. Qudam pna emendantur , etc. Il est rare que les modernes soumettent les arbres l'action des excitans : NOTES DU LIVRE XVU. i85 l'emploi du sel doit avoir nanmoins, dans certains cas, quel- que utilit , mais de graves inconvniens peuvent \re le rsultat de cette pratique. Il est douteux que les palmiers et les lentisques puissent vivre dans l'eau sale, et y remplir sans inconvnient les fonctions de la nutrition. On trouve dans quelques terrains na- tron, en Egypte , des palmiers et des douma; ils y sont mal por- tans ou rabougris. Nous avons vu dans le midi de l'Europe des lentisques non loin du bord de la mer , mais ils n'y taient pas plus vigoureux que ceux qui en sont loigns. Au reste, ce que dit Pline ici est emprunt Thopliraste (^de Causis , m, 23). S.'o. Page 128 , ligne i4-. Rutaque , ne fiant verminos , neve radies puirescant. Palladius ( m Martio , tit. 9 ) recommande ce moyen , sur lequel il serait absurde de compter. 355. Ligne i5. Quin et viiium radicilus , etc. En Bretagne , on emploie le sel comme amendement, principalement dans les terres bl. M. Maurice , de Genve, reconnat que le sel marin agit comme stimulant de la vgtation, mais que rien n'est plus incertain que son action , qui est tantt favorable et tantt nui- sible , suivant le sol , la saison , le mode de culture , etc. Il est possible , quand son action est favorable , qu'il se comporte comme un dissolvant de l'humus. Conf. l'auteur des Goponiques (v,37.) 352. Ligne 16. Sivero fructus earum dcidant, etc. Ces moyens sont nuisibles et presque impraticables. Pline a emprunt ces pu- rilits chez l'auteur des Goponiques (v, 32, 33, 37), o il aurait d les laisser. 353. Ligne 19. Quod sifiuctum non maturent, etc. Lorsqu'une vigne parat frappe de langueur, les modernes pratiquent le re- cepage , qui consiste tailler les sarmens au raz de la souche ; les rejets deviennent alors plus vigoureux que ceux qui ont t enlevs ; mais celte simple taille n'est accompagne d'aucun des accessoires prescrits par Pline. Palladius s'exprime en termes semblables: Mgras vite s , vel quibus fructus arescit , circumfodies , eturinam veterem suffundes. Item cinerem sarmenti, velquerci, aceto mixtum subjice. (PallaD. , in Martio, IV, tit. 7.) 354- Page i3o, ligne i. Oearum, si parum, promisere fruc- tus ^^ etc. Nos agriculteurs se garderaient bien d'employer un sem- i86 NOTES DU LIVRE XVII. blable moyen. Aux approches de l'hiver, on dchausse quelque- fois les arbres d'un verger pour leur donner de l'air, les fumer, ameublir la terre , etc. ; mais l'opration faite , on les recouvre de terre , de peur que le froid n'agisse sur les racines , et ne fasse prir l'arbre. 355. Page i3o , ligne 7. Cato et medicamenta qudamcom- ponit , etc. Caton recommande dans ce passage , auquel notre auteur renvoie , l'emploi de l'huile sur les racines des grands arbres. Pline a jug fort dsavantageuseraent cet engrais. ( Conf. plus haut la note 3 18. ) Voici en quels termes s'exprime Caton : Olea sifruclum non feret , ablaqueato. Poslea siramenta circumpo- niio. Postea amurcam cum aqua commisceto quas partes. Deinde ad oleam circumfundito : ad a?borem maximam amphoram committi sat est ; ad minores arbores pro ratione indito. Et idem hoc si facis ad arbores fer aces , e quoque meliores fient : ad eas tamen stra- menta ne addideris. ( de Re rustica , 93. ) 356. Ligne i4- Simili modo , ne convohulus , elc. En gn- ral, on doit soigneusement se garder de toutes ces compositions monstrueuses qui peuvent tre un obstacle la libre circulation des fluides et des gaz dans le vgtal. On prfre ordinairement les fumigations aux onctions : la fume de soufre (gaz sulfureux), celles du bitume , de la paille mouille sont efficaces pour faire mourir les chenilles. L'insecte dont on parle ici est la pyrale de la vigne , espce de lpidoptre dont la chenille se roule dans la feuille aprs en avoir coup moiti le ptiole. Cet insecte cause de grands dommages la vigne dans certaines annes qui sont favorables leur dveloppement. li'attelabe du bouleau y vit de la mme manire. 357. Page i32 , ligne 3. Alii volucre appellani animal pr- rodens puhescentes uvas. Cet insecte pourrait fort bien tre le charanon gris , qui mange les jeunes bourgeons et les raisins la premire priode de leur dveloppement. L'auteur des Gopo- niques appelle cet insecte #' aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. terra per hiemem nutriuntur., ut triticura, far, hor- deiim. ^stiva , quae state ante Vergiliarum exortum seruntur, ut inilium , panicum , sesama, horminum , irio , Italiae dumtaxal ritu. Alioqui in Graecia et Asia omnia Vergiliarum occasu seruntur. Qudam autem utroque tempore in Italia. Ex his quaedam et tertio , veris scilicet. Aliqui verna, milium, panicum, lentem, cicer , alicam appellant. Sementiva autem , triticum , hordeum , fabam , napum , rapam. Et in tritici gnre pars aliqua pabuli est quadrupedum causa sati , ut far- rago : et in leguminibus , ut vicia. At commune quadru- pedum hominumque usui, lupinum. Legumina omnia singulas habent radies , praeter fa- bam, easque surculosas, quia non in multa dividuntur : altissimas autem cicer. Frumenta multis radicantur fi- bris, sine ramis. Erumpit a primo satu hordeum die septimo : legumina quarto , vel quum tardissime , sep- timo : faba a xv ad xx. Legumina in ^Egypto tertio die. Ex hordeo alterum caput grani in radicem exit, alte- rum in herbam , qu et prior lloret. Radicem crassior pars grani fundit, tenuior florem. Ceteris seminibus eadem pars , et radicem , et florem. Frumenta hieme in herba sunt : verno tempore fa- stigantur in stipulam, quae sunt biberni generis : at mi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 223 sment vers le coucher des Pliades, et se nourrissent en terre pendant l'hiver, tels sont le froment, le/arel l'orge. Les grains d't se sment en effet dans cette sai- son , avant le lever des Pliades ; ce sont le millet , le parus f le ssame, Xhorminum, Yiio , mais seulement en Italie , car en Grce et en Asie on sme tous les grains au coucher des Pliades. Il y en a que l'on sme dans les deux saisons en Italie, quelques-uns mme sont sems dans une troisime saison , c'est--dire au prin- temps. Des auteurs appellent grains de printemps le millet, le panis, la lentille, le pois chiche et Valica. Ils appellent graines de prime semence le froment , l'orge , la fve, le navet et la rave. Certaine espce parmi les hls , et la vesce parmi les lgumes, entrent dans la drage, ou fourrage que l'on sme pour les bestiaux. Le lupin est l'usage des hommes et des bestiaux. Tous les lgumes , l'exception de la fve , n'ont qu'une racine , d'o sortent plusieurs rejetons , parce qu'elle ne se divise pas en plusieurs rameaux. Ijes pois chiches jettent de profondes racines. Celles des bls sont fibreuses, sans rameaux. L'orge commence lever le septime jour aprs sa semaison. Les lgumes lvent le quatrime , ou au plus tard le septime jour ; la fve, depuis le quinzime jusqu'au vingtime; en Egypte, les j-. lgumes lvent ds le troisime. La partie infrieure du grain de l'orge produit la racine ; de la partie sup- rieure sort la feuille , d'o part la fleur ; c'est toujours la plus grosse partie qui donne naissance la racine, et la partie la plus petite la fleur: dans les autres grains, c'est la mme partie qui produit la fleur et la racine. Les bls sont en herbe pendant l'hiver; au printemps, les bls -.v.;; Tunicae frumento plures. Hordeum maxime nudum, et arinca , sed praecipue avena. Calamus altior frumento , quam hordeo. Arista mordacior hordeo. In area exte- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 229 nes; celles du ssame et de Virio tirent sur le rouge. Le lupin et le pavot seuls perdent leurs feuilles. Les l- gumes restent long-temps en fleur, principalement l'ers et les pois chiches ; mais la floraison de la fve est la plus longue de toutes, elle dure quarante jours : ce n'est pas que chaque rameau fleurisse pendant ce temps ; mais quand l'un est dfleuri , l'autre vient en fleur : ainsi la floraison dans ce lgume n'est pas simultane comme dans un champ de bl. Tous les lgumes produisent des gousses des poques diffrentes. Les gousses se for- ment d'abord au pied de la plante , car les fleurs ne pa- raissent que successivement le long de la tige. Lorsque la floraison est termine, les fromens gros- sissent, et ordinairement ils sont mrs aprs quarante jours. Il en est de mme de la fve. Les pois chiches mrissent en trs-peu de jours : ils sont bons cueillir quarante jours aprs avoir t sems. Le millet, le panis, le ssame , et tous les bls d't , sont quarante jours mrir aprs la floraison ; mais le moment de la rcolte varie selon les climats et les terrains. En Egypte , on moissonne l'orge six mois aprs les semailles, et le bl au septime mois. En Achae , on moissonne l'orge au septime mois ; dans le Ploponnse , au huitime, et le bl plus tard. Les grains qui sont ports sur un chaume sont contenus dans un pi garni d'artes. Dans la fve et les autres lgumes, les grains adhrent alternativement aux deux parois de la gousse. Les bls rsistent mieux au froid ; les lgumes sont plus nourrissans. Le froment a plusieurs enveloppes; l'orge, au con- traire, est nue, comme aussi Varincay et surtout l'a- voine. La tige du bl est plus haute que celle de l'orge , les artes de cette dernire sont plus piquantes. On bat a3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. runtur triticum , et siligo , et hordeum. Sic et seruntur pura, qualiter moluntur, quia tosta non sunt. E diverso far, milium, panicum, purgari, nisi tosta, non pos- sunt. Itaque haec cum suis follicuis seruntur cruda. Et far in vagiuulis suis servant ad satus, atque non torrent. Pe faire. XI. Levissimum ex. his hordeum , raro excedit xv li- bras, et faba xxii. Ponderosius far, magisque etiamnum triticum. Far in /Egypto ex olyra conficitur. Tertium genus spicae hoc ibi est. Galliae quoque suum genus farris dedere : quod iUic bracem vocant , apud nos san- dalam , uitidissimi grani. Et aha differentia est , quod fere quaternis libris plus reddit panis , quam far aHud. Populum romanum farre tantum e frumento ccc annis usum , Verrius tradit. *- De tritico. XII. Tritici gnera plura, quae fecere gentcs. Itahco nullum equidem comparaverim candore ac pondre, quo maxime discernitur : montanis modo comparetur ItaUae agris externum , in quo principatum tenuit Botia , deinde SiciUa , mox Africa. Tertium pondus erat hra- cio , Syrioque, deinde et yEgyptio , athletarum cum de- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 23i sur l'aire le froment, le siligo et l'orge; lorsqu'ils sont nets , on les moud tels qu'on les sme , c'est--dire sans les scher au four ; au contraire , il est indispensable de scher \efary le millet et le panis pour les nettoyer; on les sme avec leurs enveloppes, sans les faire passer au four. Le far, pour tre sem, se conserve aussi en pis, sans tre dessch. Far. X. De tous les bls , le plus lger, c'est l'orge ; ra- rement elle pse plus de quinze livres le boisseau. Les fves en psent rarement vingt-deux. Le far est plus pesant, et le froment encore davantage. En Egypte , on se sert iolyra pour faire le far ; on l'y regarde comme une troisime sorte de bl. Les Gaulois ont aussi une es- pce particulire de far, qu'ils appellent brace; c'est le sandala des Latins : le grain en est trs-blanc. Il dif- fre encore des autres yr, en ce qu'il rend par boisseau quatre livres de pain de plus. Selon Verrius , le peuple romain , pendant trois sicles , n'employa pas d'autre far que celui de bl. Froment. XII. Il y a plusieurs espces de froment, que l'on distingue par les noms des pays ; mais il n'y en a pas de comparable celui d'Italie en blancheur et en pe- santeur, qualits distinctives de ce grain. Le froment des parties montagneuses de l'Italie pourrait souffrir le parallle avec les fromens trangers, dont les plus es- tims sont ceux de Botie, puis ceux de Sicjle, et en- suite ceux d'Afrique. Les fromens de Thrace , de Syrie p 232 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. creto, quorum capacitas jumentis similis, quem dlxi- mus ordinem fecerat. Grsecia et Ponticum laudavit, quod in Italiam non pervenit. Ex omni eadem gnre grani prtulit dracontiam , strangium , et selenusium , argu- mento crassissimi calami : ita pingui solo haec gnera adsignabat. Levissimum et maxime inane, seu tenuis- simi calami , in humidis seri jubebat , quoniam multo egeret alimente. , f*/. H fuere sententi Alexandro Magno rgnante, quum clarissima fuit Graecia, atque in toto terrarum orbe poten- tissima : ita tamen, ut ante mortem ejus annis fere cxlv Sophocles poeta in fabula Triptolemo frumentum Ita- licum ante cuncta laudaverit, ad verbum translata sen- tentia : Et fortunatam Italiam frumento canere candido. Qu laus peculiaris hodieque Italico est. Quo magis ad- miror, posteros Grcorum nullam mentionem hujus fecisse frumenti. Nunc ex liis generibus , quae Rom invehuntur, le- vissimum est Gallicum , atque e Chersoneso advectum : quippe non excedunt in modium vicenas libras, si quis granum ipsum ponderet. Adjicit Sardum selibras , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 233 et d'Egypte , tenaient le troisime rang pour la pesan- teur : ces rangs avaient t ainsi rgls par les athltes , dont la voracit ne le cdait en rien celle des btes de somme. Les Grecs estimaient beaucoup le froment du Pont ; mais on ne le connat point en Italie. Ces mmes Grecs prfraient tous les autres fromens ceux qu'ils nommaient dracontien , strangien et slnusien : ces espces, ayant le chaume fort gros, devaient tre semes dans un terroir gras ; un terroir humide conve- nait , suivant eux , aux espces qui ont le chaume trs- lger et trs-menu , parce qu'elles ont besoin de beau- coup de nourriture. Telles taient les opinions des Grecs sur les bls, au temps d'Alexandre-le-Grand , c'est--dire dans les jours les plus brillans de la Grce , et lorsqu'elle formait la nation la plus puissante de l'univers. Cependant, cent quarante-cinq ans avant la mort du conqurant , le pote Sophocle , dans une pice de thtre intitule Triptoleme, clbre par dessus tous les autres le froment d'Italie. Voici sa pense exactement traduite : Heureuse l'Italie , qui se couvre de moissons blanchissantes ! Cette blancheur est encore de nos jours la qualit dis- tinctive du froment de cette contre. J'ai donc lieu de m'tonner que les Grecs [modernes n'aient fait aucune mention de cette espce de bl. Parmi les diverses espces de bls que l'on apporte Rome, le plus lger de tous est celui des Gaules et de la Chersonse , car il ne pse pas plus de vingt livres par boisseau. Celui de Sardaigne pse une demi- livre de plus; celui d'Alexandrie et de Sicile, dix onces; a34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVUI. A-lexandrinum et trientes : hoc et Siculi pondus. Boti- cum totam libram addit : Africum et dodrantes. In Transpadana Italia scio vicenas quinas libras farris modios pendere : circa Clusium et senas. Lex certe na- turae, ut in quocumque gnre pani militari tertia por- tio ad grani pondus accdt : sicut optimum frumentum esse, quod in subactu congium aquae capiat. Quibus- dam generibus per se pondus , sicut Balearico : modio tritici panis pbndo xxxv reddit : quibusdam binis mixtis, ut Cyprio et Alexandrino , xx prope libras non exce- dentibus. Cyprium fuscum est, panemque nigrum facit: itaque miscetur Alexandrinum candidum , redduntque XXV pondo. Thebaicum libras adjicit. Marina aqua subigi , quod plerique maritimis in locis faciunt , occasione lucrandi salis , inutilissimum. Non alia de causa opportuniora morbis corpora exsis- tunt. Galliae et Hispaniae frumento in potum resoluto , quibus diximus generibus, spuma ita concreta pro fer- mento utuntur. Qua de causa levior illis, quam ceteris, panis est. Differentia est ^ calami. Crassior quippe melioris est generis. Plurimis tunicis Thracium triticum vestitur, ob nimia frigora illi plagse exquisitum. Eadem causa et HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 235 celui de Botie , une livre ; celui d'Afrique , une livre trois-quarts de plus. Dans l'Italie, au del du P, le boisseau de far pse vingt-cinq livres ; et aux environs de Clusium , vingt-six livres. Une rgle bien naturelle , ^ c'est que tout froment qui entre dans le pain du soldat doit peser un tiers de plus que lorsqu'il tait en grain. Le meilleur grain de cette espce est celui qui, dans la confection du pain , absorbe un cong d'eau par bois- seau. Il y a des fromens qui ont d'eux-mmes ce tiers d'augmentation en poids. Ainsi le froment des les Ba- lares rend par boisseau trente-cinq livres de pain. II y en a d'autres qui ont le poids requis lorsqu'on en mle de deux espces ensemble , comme celui de Cypre et celui d'Alexandrie , qui ne psent presque pas au del de vingt livres par boisseau. Le bl de Cypre est d'un brun fonc , et fait du pain noir. On le mle avec celui d'Alexandrie , qui est blanc, et un boisseau de ce m- lange donne vingt-cinq livres de pain. Le bl de Thbes en Egypte rend une livre de plus. Ptrir le pain avec de l'eau de mer, comme font la plupart des habitans des ctes maritimes pour pargner le sel , est une pratique extrmement dangereuse , car rien n'engendre un plus grand nombre de maladies. Dans les Gaules et en Espagne , on fait un breuvage avec certaines espces de bl que nous avons indiques ; on emploie l'cume de cette boisson en guise de levain ; voil pourquoi , dans ces pays , le pain est plus lger qu'ailleurs. On juge aussi de la qualit du bl par sa paille : plus elle est grosse , meilleur est le bl. Le froment de Thrace est revtu de plusieurs enveloppes , pour mieux rsister aux froids excessifs de cette contre. Ce sont ces mmes 236 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. trimestre invenit, detinentibus terras nivibus , quod tertio fere a satu mease et in reliquo orbe metitur. Totis hoc Alpibus notum , et hiemalibus provinciis nullum hoc frumento laetius. Unicalamum praeterea , nec us- quam capax : seriturque non nisi tenui terra. Est et bimestre circa Thraciae ^num , quod quadragesimo die, quam satum est, maturescit : mirumque j^nulli frumento plus esse ponderis, et furfuribus carere. Utitur eo et Sicilia , et Achaia , montuosis utraque partibus. Euba quoque circa Carystum. In tantum f^llitur Columella , qui ne trimestris quidem proprium genus existimave- rit esse, quum sit antiquissimum. Graeci setanion vo- cant. Tradunt in Bactris grana tantse magnitudinis fieri , ut singula spicas nostras aequent. Hordeo; oryza. if Xni. Primum ex omnibus frumentis seritur hordeum. Dabimus et dies serendo cuique generi , natura singu- lorum exposita. Hordeum Indis sativum et silvestre , ex quo panis apud eos prcipuus , et alica. Maxime qui- dem oryza gaudent, ex qua ptisanam conficiunt, quam reliqui mortales ex hordeo. Oryzae folia carnosa, porro similia , sed latiora : altitudo cubitalis, flos purpureus, radix gemmcae rotunditatis. HISTOIRF NATURELLE, LIV. XVIIL a^ froids qui ont fait dcouvrir le bl de trois mois (bl de mars), car les neiges couvrent la terre pendant tout le reste de l'anne. On le moissonne en Thrace, et dans les autres pays, trois mois aprs qu'il a t sem. Cette espce est connue dans toutes les Alpes , et il n'en est aucune qui russisse mieux dans les pays froids. Ce bl n'a qu'une tige assez grle , et ne se sme que dans les terres lgres. Il y a encore dans les environ d'iEnos, en Thrace , un bl de deux mois , qui mrit quarante jours aprs les semailles ; et ce qu'il y a de surprenant , c'est que nul froment n'est plus pesant et ne rend moins de son. On le cultive dans les parties montagneuses de la Sicile et de l'Achae , et aux environs de Caryste , dans l'le d'Eube. Ainsi Columelle s'est tromp en disant qu'il n'existait point de bl de trois mois , puisque cette espce est connue depuis des sicles : les Grecs l'appellent setanios. On dit que, dans la Bactriane, les bls sont d'une telle grosseur , qu'un seul de leurs grains gale un pi des ntres. Orge; riz. Xni. Le premier bl que l'on sme est l'orge. Nous indiquerons les poques o l'on doit semer les diverses espces de grains, aprs avoir donn sur chacune d'elles les dtails ncessaires. Les Indiens connaissent une orge cultive et une orge sauvage, dont ils font commun- ment du pain et de Xalica; mais leur grain favori , c'est le riz. Ils en font aussi une sorte de gruau qui ressem- ble dM ptisana des Latins, et qui se tire de l'orge dans les autres pays. Les feuilles du riz sont charnues, sem- blables celles du poireau , mais plus larges. Il a une 238 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. Polenta. XIV. Antiquissimum in clbis hordeum, sicut Atlie- niensium ritu Menandro auctore apparet : et gladiato- rum cognomine , qui hordearii vocabantur. Polentam quoque Graeci non aliunde praeferunt. Pluribus fit haec modis. Graeci perfusum aqua hordeum siccant nocte una, ac postero die frigunt , deinde molis frangunt. Sunt qui vehementius tostum rursus exigua aqua adspergant, et siccent prius , quam molant. Alii vero virentibus spicis decussum hordeum recens purgant, madidumque in pila tundunt, atque in corbibus eluunt , ac siccatum sole rursus tundunt , et purgatum molunt. Quocumque au- tem gnre praeparato , vicenis hordei Hbris , ternas se- minis lini , et coriandri seHbram , salisque acetabulo , torrentes ante omnia miscent in mola. Qui diutius vo- lunt servare, cum polline ac furfuribus suis condunt novis fictilibus. Italia sine perfusione tostum in subtilem farinam molit, iisdem additis, atque etiam milio. Panem ex hordeo antiquis usitatum vita damnavit , quadrupe- dumque fere cibus est. * ;**/>' HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 239 coude de haut. Sa fleur est purpurine, et sa racine ronde comme une perle. Polenta. XIV. L'usage de l'orge comme aliment est d'une haute antiquit , ainsi qu'on le voit par une coutume des Athniens , rapporte par le pote Mnandre , et par le nom de hordearii , orgiaires , que l'on donnait autrefois aux gladiateurs. Les Grecs ne font qu'avec l'orge le gruau appel polenta, et le prparent de dif- frentes manires. Aprs avoir mouill l'orge avec de l'eau , ils la mettent scher pendant une nuit ; le len- demain ils la font rtir , et moudre ensuite. Quelques- uns , aprs l'avoir rtie assez fortement , l'humectent avec un peu d'eau ; mais, avant que de la moudre, ils la font scher. D'autres grnent l'orge quand les pis sont encore verts, la nettoient, la mouillent et la pilent dans un mortier ; ils la mettent ensuite goutter dans des corbeilles , la schent au soleil , la nettoient et la pilent une seconde fois avant que de la moudre. Mais de quelque faon que l'on prpare le gruau , on met toujours , sur vingt livres d'orge , trois livres de graine de lin, une demi-livre de graine de coriandre, et trois onces de sel. On fait d'abord rtir, puis moudre ce m- lange. Ceux qui veulent conserver long-temps le gruau mettent la farine avec le son dans des pots de terre neufs. En Italie , on fait rtir l'orge sans la mouiller au- paravant ; et , aprs y avoir ajout les ingrdiens dont nous avons parl , et mme du millet , on la rduit en farine trs-fine. On mangeait autrefois du pain d'orge; mais par la suite on a rejet cette nourriture, qui main- tenant ne sert presque plus que pour les bestiaux. 2^,o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. Ptisana. j XV. Ptisanae inde usus validissimus saluberrimusque tantopere probatur. Unum laudibus ejus volumen di- cavit Hippocrates e clarissimis medicinae scientia. Pti- sanae bonitas praecipua Uticensi. In ^Egypto vero est , quae ft ex hordeo , oui sunt bini anguli. In Baetica et Africa genus , ex quo fit , bordei , glabrum appellat Turranius. Idem olyram et oryzam eamdem esse existi- mat. Ptisanae conficiendae vulgata ratio est. Trago. XVI. Simili modo ex tritici semine tragum ft , in Campania dumtaxat et ^gypto. Amylo. XVII. Amylum vero ex omni tritico ac siligine , sed optimum e trimestri. Inventio ejus Chio insulae debe- tur : et hodie laudatissimum inde est : appellatum ab eo, quod sine mola fit : proximum trimestri , quod e mi- nime ponderoso tritico. Madescit dulci aqua ligneis va- sis, ita ut integatur, quinquies in die mutata. Melius si et noctu, ita ut misceatur pariter. Emollitum , prius quam acescat , linteo aut sportis saccatum, tegulae infunditur illit fermento , atque ita in sole densatur. Post Chium HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 2/,i Ptisana. ^ XV. Le ptisana , ou orge mond , est fort estim ; c'est un aliment trs-sain et trs-substantiel. Hippocrate, le plus clbre des mdecins , a consacr un livre en- tier numrer ses vertus. Le meilleur est celui d'Uti- que. Celui d'Egypte est fait avec une espce d'orge deux rangs. Suivant Turranius , celui de l'Afrique et de la Btique est tir d'une orge sans artes. Le mme auteur croit que Volyra et le riz ne sont qu'une seule et mme espce. Tout le monde connat la prparation du ptisana. Tragum. XVI. Le tragum se fait de la mme manire , avec du grain de froment : il n'est connu que dans la Cam- panie et en Egypte. Amylum. XVII. \]amylum se fait indistinctement avec toutes les espces de froment et de siligo ; mais le meilleur est fourni par le froment de trois mois. On en doit l'in- vention auxhabitans de l'le de Chio, et c'est de l que l'on tire encore aujourd'hui Vamjlum le plus estim. Ce nom lui vient de ce qu'on le prpare sans le secours de la meule. Le meilleur, aprs celui que fournit le fro- ment de trois mois , est celui qu'on tire du froment le plus lger. On met tremper le bl dans des vases de bois, o l'on verse de l'eau douce; elle doit couvrir en- tirement le grain, et il faut la changer cinq fois par XI. i6 iki C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XVIIT. maxime laudatur Creticum , mox iEgyptium. Probatur autem laevore , et levitate : atque ut recens sit : jam et Catoni dictum apud nos. . . Hordei natura. XVIII. Hordei farina et ad medendum utuntur. Mi- rumque , in usu jumentorum, ignibus durato , ac postea molito , offisque humana manu demissis in alvum , ma- jores vires , torosque corporis fieri. Spicae quaedam binos ordines habent , quaedam plures usque ad senos. Grano ipsi aliquot differentiae, longius , leviusque, aut brevius, aut rotundius, candidius , nigrius, vel cui purpura est: ultimo ad polentam ; contra tempestates candido maxima infirmitas. Hordeum frugura omnium mollissimum est : seri non vult, nisi in sicca et soluta terra, ac nisi laeta. Palea ex optimis : stramento vero nullum comparatur. Hordeum ex omni frumento minime calamitosum , quia ante tollitur quam triticum occupet rubigo. Itaque sa- pientes agricolae triticum cibariis tantum serunt. Hor- deum sarculo seri dicunt , propterea celerrime redit : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9.4'. jour. Il est encore mieux de la changer aussi la nuit , pour qu'elle pntre davantage le grain. Lorsqu'il est bien amolli , on l'exprime avant qu'il commence aigrir , et on passe la liqueur dans un sac ou une cor- beille. On retend ensuite sur des tuiles frottes de le- vain , et on le laisse paissir au soleil. Aprs Xamyliim de Chio , le plus estim est celui de Crte , et ensuite celui d'Egypte. Le bon amjlum doit tre lisse, lger et frais. Caton , parmi les Romains, a dj donn une recette pour le prparer. Nature de l'orge. XVIIL La farine d'orge s'emploie aussi en mdecine. Le grain doit tre sch au feu avant d'tre moulu ; on en fait ensuite des boules de pte que l'on introduit l'aide de la main dans l'estomac des btes de somme : par ce moyen , on les engraisse et on les fortifie d'une manire tonnante. On voit des pis d'orge deux rangs de grains ; d'autres en ont davantage, et mme jusqu' six. Il y a aussi de la diffrence dans les grains : il s'en trouve de longs , de courts , de ronds , de lgers , de blancs, de noirs, de purpurins : ces derniers sont les moins propres faire le gruau , et les blancs sont les moins capables de rsister aux mauvais temps. L'orge est le plus mou de tous les bls; elle veut tre seme dans une terre meuble et sche, et cependant fertile. La paille d'orge est une des meilleures ; aucune autre n'est aussi bonne pour faire de la litire. L'orge est , de tous les grains, le moins expos aux injures des saisons, car on la rcolte ordinairement avant que la nielle n'at- taque le froment : aussi les laboureurs senss ne smenl-ils 16. 244 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIIl. fertilissimumque , quod in Hispaniae Carthagine aprili mense collectum est : hoc seritur eodem mense in Cel- tiberia, eodemque anno bis nascitur. Rapitur omne a prima statim maturitate festinantius, quam cetera. Fra- gili enim stipula et tenuissima palea granum continetur. Meliorem etiam polentam fieri tradunt, si non excocta maturitate tollatur. ..- De arinca, et reliquis in oriente generibus. XIX, 8. Frumenti gnera non eadem ubique ; nec ubi eadem sunt , iisdem nominibus. Vulgatissima far, quod adoreum veteres appellavere, siligo, triticum. Haec plu- rimis terris communia. Arinca Galliarum propria , co- piosa et Itali est. jEgypto autem ac Syriae, Ciliciaeque et Asiae , ac Grciae peculiares , zea , olyra , tiphe. vEgyptus similaginem conficit e tritico suo , nequaquam Italic parem. Qui zea utuntur, non habent far. Est et haec ItaHae in Campania maxime , semenque appellatur. Hoc habet nomen res pi^aeclara , ut mox docebimus : propter quam Homerus ^siS'copo poupoc dixit : non ut aliqui arbitrantur , quoniam vitam donaret. Amylum quoque ex ea fit , priore crassius. Haec sola differentia est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 24 5 de froment que ce qu'il faut pour leur provision. On dit qu'en semant l'orge avec le sarcloir, elle pousse trs-vite. La plus fconde est celle qu'on moissonne Cartha- gne , en Espagne , pendant le mois d'avril ; on la sme encore au mme mois dans la Celtibrie : de sorte qu'elle donne deux rcoltes dans la mme anne. On moissonne l'orge aussitt qu'elle est mre , et avec plus de clrit que les autres bls; car sa paille est menue et fragile, et les enveloppes qui contiennent le grain sont trs- lgres. On prtend que le gruau est meilleur si l'orge a t rcolte avant sa parfaite maturit. Arinca , et autres espces orientales. XIX. 8. Les espces de froment ne sont pas les mmes partout, et celles qui sont les mmes ne portent point partout le mme nom. Les plus communes sont \e far, que les anciens appelaient adorewn , le siligo et le fro- ment commun. Ces trois espces se trouvent indiffrem- ment dans un grand nombre de pays. \]arinca appar- tient particulirement aux Gaules, mais on en trouve aussi beaucoup en Italie. Le zea , \oljra et le tiphe sont propres l'Egypte , la Syrie , la Cilicie , l'Asie et la Grce. Les Egyptiens font avec leur froment une fleur de farine , mais bien infrieure celle d'Italie. Dans les pays o le zea est en usage , le far n'est pas connu. Le zea est aussi cultiv en Italie, surtout dans la Campanie , o on l'appelle semen. La dnomination de zea est honorifique, comme nous le ferons bientt remarquer : aussi Homre donne-t-il la terre l'pithte de ^eiS'cpo, qui donne le zea y et non pas la vie, comme l'interprtent certains commentateurs. Le zea sert aussi 246 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XVIII. Ex omni gnre durlssimum far , et contra hiemes frmissimum. Patitur frigidissimos locos, et minus sub- actos, vel aestuosos, sitientesque. Primus antiquis Latio cibus , magno argumente in adoreae donis , sicuti dixi- mus. Pulte autem , non pane , vixisse longo tempore Romanes manifestum , quoniam inde et pulmentaria hodieque dicuntur. Et Ennius antiquissimus vates obsi- dionis famem exprimens , offam eripuisse plorantibus liberis patres commmort. Et hodie sacra prisca , atque natalium , pulte fritilla conficiuntur : videturque tam puis ignota Graeciae fuisse, quam Italiae polenla. De silgine ; de similagine. XX. Tritici semine avidius nullum est , nec quod plus alimenti trahat. Siliginem proprie dixerim tritici delicias : candor est , et sine virtute , et sine pondre , conveniens humidis tractibus , quales Italiae sunt , et Galli Coma tas. Sed et trans Alpes in Allobrogum tan- tum Remorumque agro pertinax : in ceteris ibi partibus biennio in.lriticum transit. Remedium , ut gravissima quaeque grana ejus serantur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 24? faire de Vamjlum : il ne diffre de celui dont nous avons parl plus haut, que parce qu'il est moins fin. Le far est le plus dur de tous les bls , et rsiste mieux aux rigueurs de l'hiver : aussi s'accommode-t-il des lieux les plus froids et les plus mal prpars , de mme que des lieux chauds et secs. Ce fut la premire nourriture des anciens Latins , comme on le voit par les dons faits au nom du peuple , et que l'on appelait adorea , ainsi que nous l'avons remarqu ailleurs. Il est certain que pendant long-temps les Romains ont vcu de bouillie, sans faire usage de pain. Du mot puis y bouillie, s'est form le mot actuellement en usage, pul- mentarium (ce qui se mange avec le pain). Ennius, un de nos plus anciens potes , pour peindre l'excs de la famine dans une ville assige, dit que les pres enle- vaient la portion de bouillie leurs enfans dsols. En- core aujourd'hui , dans les sacrifices suivant les anciens rits et ceux du jour natal, on offre de la pte frite. Au reste , il parat que la bouillie a t aussi peu connue des Grecs , que le gruau , ou polenta , l'a t des Latins. Siligo ; similago. XX. Il n'y a pas de grain plus avide que le triti- cum , ou froment commun , et qui exige plus de nour- riture. Le siligo est proprement la fleur des fromens. Il est blanc, lger l'estomac , et n'a aucune qualit nui- sible. Il se plat dans les pays humides , tels que l'Italie et la Gaule Chevelue ; mais , au del des Alpes , il ne se maintient que dans le pays des Allobroges et des Rmois ; dans les autres cantons , il passe , au bout de deux ans , l'tat de froment commun. Le moyen 248 C. PLINII HIST. NAT. LIJi. XVIII. 9. E siligine lautissimus panis, pistrinarumque opra laudatissima. Praecellit in Italia, si Campana Pisis natae misceatur. Rufior illa, at Pisana candidior, ponderosior- que cretacea. Justum est e grano Campanae , quam vo- cant castratam, e modio redire sextarios quatuor sili- ginis , vel e gregali sine castratura sextarios quinque , prterea floris semdium : et cibarii, quod secundarium vocant , sextarios quatuor : furfuris , sextarios totidem. E Pisana autem siliginis sextarios quinque : cetera paria sunt. Clusina, Aretinaque etiamnum sextarios siliginis adsciunt : in reliquis pares. Si vero pollinem facere li- beat , XVI pondo panis redeunt , et cibarii tria , furfu- rumque semodius. Molae discrimine hoc constat. Nam quse sicca moluntur , plus farinse reddunt : quae salsa aqua sparsa ; candidiorem medullain : verum plus reti- nent in furfure. Farinam a farre dictam nomine ipso apparet. Siliginea) farinae modius Gallicae xxii libras panis reddit , Italic duabus tribusve amplius in artopticio pane. Nam furnaceis binas adjiciunt libras in quocuni- que gnre. 10. Similago e tritico fit laudatissima. Ex Africo jus- tum est e niodiis redire semodios , et pollinis sextarios quinque. Ita autem appellant in tritico, quod florcm in HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVIII. 249 d'empcher qu'il ne dgnre, c'est de ne semer que les grains les plus pesans. 9. On fait avec le siligo un pain excellent et toutes les ptisseries les plus estimes. Le meilleur pain se fait en Italie , pourvu qu'on mle le siligo de Cam- panie avec celui de Pise ; le premier est roux , le der- nier est blanc. Celui qui est ml de craie est plus pesant. Celui de Campanie , quand il est bien net- toy, doit rendre par boisseau quatre setiers de fleur de farine ; quand il n'est pas nettoy , il rend cinq setiers , et un demi - boisseau de farine blanche ; de plus , quatre setiers de grosse farine faire le pain bis , et autant de son. Le siligo de Pise donne cinq setiers de fleur de farine ; pour le reste , il rend comme celui de Campanie. Le siligo de Clusium et celui d'Artia donnent six setiers de fleur de farine ; pour le reste du produit, ils ne diffrent point des pr- cdens. Si l'on veut obtenir de la fine farine , le bois- seau donnera seize livres de pain blanc, trois livres de pain bis , et un demi-boisseau de son : tout dpend de la manire de moudre. En effet , le bl moulu sec rend plus de farine ; celui qu'on a arros d'eau sale donne une farine plus blanche, mais il en reste davantage dans le son. Le mol farine indique assez qu'il tire son ty- mologie du mot far. Un boisseau de farine de siligo produit dans les Gaules vingt-deux livres de pain , et en Italie vingt-quatre ou vingt-cinq, si le pain est cuit la tourtire ; mais toujours il en produit vingt-quatre, si le pain est cuit au four. 10, Le froment , ou triticum , donne de trs -belle fleur de farine, ou similago. Celui d'Afrique en rend moiti par boisseau , et , de plus , cinq setiers de fine aSo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. siligine. Hoc aerari officinae chartariaeque utuntur. Prae- terea secundarii sextarios quatuor, furfurumque tan- tumdem. Panis vero e modio similaginis cxxii , e floris modio cxvii. Pretium huic annoiia mdia in modios fa- rinae , xl asses : siniilagini castratae octonis assibus ara- plius , siligini castratae duplum. Est et alia distinctio similaginis , tempore L. Pauli nata , prima xvii pondo panis reddere visa, secunda xviii, tertia xix cum triente : et secundarii panis quinas selibras , totidem cibarii , et furfurum sextarios sex. Siligo numquam maturescit pariter, nec ulla segetum minus dilationem patitur, propter teneritatem, iis quae maturuere, protinus granum dimittentibus. Sed minus, quam cetera frumenta, in stipula periclitalur, quoniam semper rectam habet spicam : nec rorem continet , qui rubiginem faciat. Ex arinca dulcissimus panis ; ipsa spissior, quam far, et major spica , eadem et ponderosior. Raro modius grani non xvi libras implet. Exteritur in Graecia diff- culler : ob id jumentis dari ab Homero dicta. Hc enim est, quam olyram vocal. Eadcm in ^Egypto facilis, fer- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 261 farine ou pollen.} c'est ainsi qu'on nomme, dans le tri- ticum y ce que nous avons appel la fleur, ^o^ dans le siligo. Les fondeurs et les papetiers font usage de cette dernire. Le mme bl rend , de plus , quatre se- tiers de farine commune, et autant de son. Un boisseau de fleur de farine de froment produit cent vingt-deux livres de pain ; un boisseau de fleur de farine de siligo en produit cent dix-sept. Lorsque les vivres sont un prix moyen, cette farine vaut quarante as le boisseau ; la fleur de farine de froment , blute, huit as de plus; la fleur de farine du siligo, aussi blute, vaut le double. Du temps de L. Paulus , voici comment on classait les diverses espces de fleurs de farine tires du froment : la premire rendait dix-sept livres de pain par boisseau ; la seconde, dix-huit; la troisime, dix-neuf livres quatre onces, et, de plus, deux livres et demie de pain bis blanc , autant de pain bis commun , et six setiers de son. Le siligo ne mrit jamais tout la fois ; aussi doit-on le moissonner sans dlai mesure qu'il mrit , car il est si tendre , que les grains tombent l'instant mme de leur maturit ; mais tant qu'il est sur pied , il a moins craindre que les autres bls, car il a toujours l'pi droit , et il ne retient pas la rose , qui cause la nielle aux autres espces de froment. Uarinca donne un pain trs -savoureux. Ce bl est plus ramass que \e far ; son pi est aussi plus gros et plus pesant ; rarement un boisseau de ce grain pse moins de seize livres. En Grce, il ne se bat que difficile- ment; aussi le donnait-on aux chevaux, suivant Homre: c'est le bl qu'il appelle olyra. Celui d'Egypte est facile battre, et il y crot abondamment. Le /rt/- n'a a 5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVllI. tilisque. Far siiie arista est : item siligo , excepta qu Laconica appellatur. Adjiciuntur his gnera , bromos , siligo excepta , et tragos , externa omnia ab Oriente invecta , oryzae simi- lia. Tiphe et ipsa ejusdem est generis, ex qua fit in nostro orbe oryza. Apud Graecos est zea. raduntque eain ac tiphen, quum sint dgnres, redire ad frumentum , si pist serantur ; nec protinus , sed tertio anno. De fertilitate tritici in Africa. XXL Tritico nihil est ferlilius : hoc ei natura tri- buit, quoniam eo maxime alebat hominem : utpote quum e modio , si sit aptum solum , quale in Byzacio Africae campo , cenleni quinquageni modii reddantur. Misit ex eo loco divo Augusto procurator ejus ex uno grano (vix credibile dictu) cccc paucis minus germina, exstantque de ea re epistolae. Misit et Neroni similiter ccclx stipu- las ex uno grano. Cum centesimo quidem et Leontini Sicili campi funduut , aliique , et tota Btica , et in primis iEgyptus. Fertilissima tritici gnera , ramosum , aut quod centigranium vocaut. Inventus est jam etscapus unus centum fabis onustus. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 253 pas d'artes, non plus que le siligo, l'exception de la varit appele siligo de Laconie. Outre les bls dont nous venons de parler, nous con- naissons encore le bromos -, le siligo d'Egypte , et le tragos j tous bls trangers originaires d'Orient, et qui ressemblent au riz. Le tiphe est aussi rang dans cette classe, et l'on en fait dans nos contres un grain mond semblable au riz. Les Grecs ont le zea. On dit que ce bl, ainsi que le /yo^e, dgnre facilement, et que, si on les monde avant de les semer , ils passent l'tat de froment ordinaire, non pas la premire, mais la ti'oisime anne. Fertilit de l'Afrique en froment. XXL Aucune espce de graine n'est plus fconde que le triticum ; c'est une proprit que la nature lui a accor- de, parce qu'il fait la principale nourriture de l'homme. En effet , un boisseau de ce bl sem dans un terroir convenable, tel que celui de Byzacium en Afrique, en produit jusqu' cent cinquante. L'intendant de l'empe- reur Auguste lui envoya de cette province un pied de froment d'o sortaient prs de quatre cents tiges (chose peine croyable), toutes provenues d'un seul grain, et nous avons encore des lettres qui attestent ce fait. L'intendant de Nron lui envoya de mme trois cent soixante tiges de froment produites par un seul grain. Le territoire de Leontium en Sicile , d'autres cantons de cette le, toute la Btique, et principalement l'Egypte, rendent cent pour un. Les fromens d'un plus grand rap- port sont le rameux et celui qu'on appelle froment cent grains. On a vu aussi jusqu' cent fves sur une seule tige. a 54 C. PLINU HIS. NAT. LIB. XVIII. De sesama ; de erysimo , sive irione ; de hormino. XXII. ^stiva frumenta diximus, sesamam, milium-, panicum. Sesama ab Indis venit : ex ea et oleuni fa- ciunt : color ejus candidus. Huic simile est in Asia Gr- ciaque erysimum , ideinque erat, iiisi pinguius esset: quod apud nos vocant irionem : medicaminibus adnu- merandum potius , quam frugibus. Ejusdem naturse et horminum , a Graecis dictum , sed cumino simile , seri- tur cum sesama : hoc , et irione, nullum animal vesci- tur virentibus. De pisturis. XXIII. Pistura non omnium facilis : quippe Etruria spicam farris tosti plsente pilo prferrato, fstula ser- rata , et Stella intus denticulata , ut nisi intenti pisant , concidantur grana , ferrumque frangatur. Major pars Italiae ruido utitur pilo : rtis etiam quas aqua verset obiter, et molat. De ipsa ratione pisendi Magonis pro- ponetur sententia : triticum ante perfundi aqua iriulta jubet, postea evalli , deinde sole siccatum pilo repeti. Simili modo hordeum. Hujus sextarios xx spargi duo- bus sextariis aquae. Lentem torrere prius , deinde cum furfiiribus leviter pisi. Aut addito in sextarios xx lateris crudi frusto , et arenae semodio. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 255 Ssame ; rysiiniim ou irio ; horminum. XXII. Sous le nom de bl d't, nous avons compris le ssame, le millet et le panis. Le ssame est originaire de l'Inde ; il est blanc , et les Indiens en tirent de l'huile. Il ressemble \erjsimum , qui crot en Asie et en Grce ; et l'on ne pourrait distinguer les espces si Xerysimum n'tait mieux nourri : les Latins l'appellent irio. On devrait plutt le classer parmi les plantes m- dicinales que parmi les bls. Uhorminum des Grecs est de mme nature ; il ressemble au cumin , et se sme en mme temps que le ssame. Les animaux n'y touchent point tant qu'il est vert , non plus qu' Verjsimum. Manire de monder les grains. XXIII. Tous les bls ne sont pas faciles monder. En trurie , on fait rtir \e/ar, puis on le monde l'aide d'un pilon , dont le bout est arm de fer et porte une espce d'toile garnie de dents en forme de scie. Cet instrument exige beaucoup d'attention quand on le ma- nie, autrement on hacherait le grain, ou l'on briserait les dents de fer. Dans la plus grande partie de l'Italie , on emploie un pilon brut et raboteux, ou bien des roues que l'eau fait tourner, pour froisser lgrement le grain. Nous indiquerons ici la mthode de Magon pour monder les grains. Il veut d'abord qu'on mouille le froment avec beaucoup d'eau , et qu'on enlve ensuite l'corce avec le pilon ; on doit ensuite le mettre scher au so- leil , et le piler de nouveau. Il prescrit le mme procd pour l'orge , mais il ne faut que deux setiers d'eau sui' 256 C. PLINU HIST. NAT. LIB. XVIII. Erviliam iisdem modis, quibus lentem : sesamam in calida maceratam exporrigi : deinde confricari , et fri- gida mergi , ut paleae fluctuent , iterumque exporrigi in sole super linlea : quod nisi festinato peragatur, lurido colore mucescere. Et ipsa autem , quae evalluntur , va- riara pisturarum rationem liabent. Acus vocatur, quum per se pisitur spica , tantum aurificum ad usus. Si vero in area teritur cum stipula , palea , ut majore in ter- rarum parte, ad pabula jumenlorum. Milii, et panici , et sesamae purgamenta apludam vocant, et alibi aliis nominibus. ' De milio. XXIV. Milio Campania praecipue gaudet, pultemque candidam ex eo facit. Fit et panis prdulcis. Sarmatarum quoque gentes bac maxime pulte aluntur, et cruda etiam farina , equino lacte , vel sanguine e cruris venis ad- mixto. iEtbiopes non aliam frugem, quam milii bordei- que, novere. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aSv vingt setiers de grain. Pour les lentilles , il conseille de les faire rtir d'abord, et de les piler ensuite lgrement avec du son; ou bien, sur vingt setiers de lentilles, de mettre un morceau de brique crue, et un demi-boisseau de sable. On traitera de mme Vewilia. Quant au ssame , on le mettra tremper dans l'eau chaude, puis on l'ten- dra au soleil , ensuite on le frottera fortement , et on le jettera dans l'eau froide, afin d'enlever les pailles qui surnagent ; enfin , on n'aura plus qu' l'tendre au soleil sur des linges. Ces oprations veulent tre excu- tes promptement, autrement le ssame moisirait, et prendrait une couleur livide. Tous les grains, au reste, ne se mondent pas de la mme manire. Quand on monde l'pi seul , les petites pailles qui s'en dtachent s'appel- lent des aiguilles [acus), et ne servent qu'aux orfvres ; mais si l'on bat les grains sur l'aire avec leur chaume, la paille , en Italie comme dans presque tous les autres pays , sert de fourrage aux btes de somme. Les petites pailles du millet , du panis et du ssame , se nomment parmi nous apluda ; elles ont encore d'autres noms , suivant les divers pays. Millet. XXIV. On cultive principalement le millet dans la Campanie ; on en fait une bouillie blanche , et un pain d'un fort bon got. Les Sarmates font de cette bouillie leur principale nourriture, ou bien encofe ils mlent de la farine crue de millet avec du lait de jument, ou avec du sang qu'ils tirent de leurs chevaux en les saignant la cuisse. Les Ethiopiens ne connaissent pas d'autres grains que l'orge et le millet. XI. 1 y a58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. De panico. XXV. Panico et Galliae quidem, praecipue Aquitania utitur. Sed et Circumpadana Italia addita faba , sine qua nihil conficiunt. Ponticae gentes nullum panico pr- ferunt cibum. Cetero sestiva frumenta riguis magis etiam , quam imbribus gaudent. Milium et panicum aquis minime , quuni in folia exeunt. Vtant ea inter vites arboresve frugiferas seri , terram emacrari hoc satu existimantes. De fermentis. XXVI. II. Milii praecipuus ad fermenta usus, e musto subacti in annuum tempus. Simile ft ex tritici ipsius furfuribus minutis et optimis, e musto albo triduo ma- turato subactis , ac sole siccatis. Inde pastillos in pane faciendo dilutos , cum similagine seminis fervefaciunt , atque ita farin raiscent , sic optimum panem fieri ar- bitrantes. Graeci in binos semodios farinae satis esse besses fermenti constituere. Et haec quidem gnera vin- demiis tantum fiunt. Quo libeat vero tempore , ex aqua hordeoque bilibres ofFae ferventi foco , vel fictili patina torrentur cinere et carbone , usque dum rubeant. Postea operiuntur in vasis, donec acescant : bine fermentura diluitur. Quum fieret autem panis hordeaceus , ervi aut HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 269 Panis. XXV. Dans la Gaule , et surtout dans l'Aquitaine , on fait usage du panis; les peuples d'Italie , sur les bords du P , ajoutent au panis des fves , que d'ailleurs ils mlent dans tous leurs alimens. Sur les ctes du Pont- Euxin , on prfre le panis toute autre nourriture. Du reste, les bls d't s'accommodent mieux d'un terroir naturellement humide que des pluies. Le millet et le panis n'aiment pas l'eau lorsque leurs feuilles poussent. On dfend de les semer parmi les vignes et les arbres fruitiers , car on croit qu'ils puisent la terre. Des levains. XXVI. II. La farine de millet, ptrie dans du vin doux , fait un levain excellent , et qui se garde un an. On en fait aussi avec du son de froment , le meilleur et le plus fin, que l'on ptrit avec du vin blanc nou- veau de trois jours ; on forme de cette pte des espces de trochisques que l'on met scher au soleil. Quand on veut faire du pain , on les dlaye dans de l'eau chaude , avec de la fleur de farine de zea^ et on les mle la farine qu'on veut ptrir; de cette manire on obtient, dit -on, un pain excellent. Les Grecs pensent que huit onces de levain suffisent pour un boisseau de farine. Ces sortes de levain ne peuvent se faire qu'au temps des vendanges. Si l'on veut en avoir en tout temps , on dlayera dans de l'eau de la farine d'orge, on en formera des gteaux du poids de deux livres, qu'on fera cuire sur le foyer bien chaud , ou sur la cendre ^7- %6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. cicerculae farina ipse fermentabatur : justum erat, duae librae in quinque semodios. Nunc fermentum fit ex ipsa farina , quse subigitur prius quam addatur sal , ad pultis modum decocta , et relicta donec acescat. Vulgo vero nec suffervefaciunt , sed tantum pridie adservata ma- teria utimtur. Palamque est naturam acore fermentari : sicut et validlora esse corpora , quse fermentato pane aluntur : quippe quum apud veteres ponderosissimo cui- que tritico praecipua salubritas perhibita sit. i-m --'!(,': Panis faciendi ratio , et origo. /. , XXVII. Panis ipsius varia gnera persequi superva- cuum videtur : alias ab obsoniis appellati , ut ostrearii : alias a deliciis , ut artolagani : alias a festinatione , ut speustici : nec non a coquendi ratione , ut furnacei, vel artopticii , aut in clibanis cocti : non pridem etiam e Parthis invectus, quem aquaticum vocant, quoniam aqua trahitur a tenui et spongiosa inanitate , alii Parthicum. Summa laus siliginis bonitate et cribri tenuitate constat. Quidam ex ovis aut lact subigunt : butyro vero geutes HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIJ. -261 et la braise, dans un plat de terre, jusqu' ce qu'ils soient roux ; puis on les enfermera dans des vases , o on les laisse aigrir ; on mle ensuite ce levain dlay dans la pte. Lorsqu'on faisait du pain d'orge , on se servait pour levain de farine d'ers ou de cicercula ; on en mettait ordinairement deux livres sur deux bois- seaux et demi de farine. Maintenant on prpare le levain avec la farine mme dont on fait le pain : on ptrit la farine avant d'y mettre du sel , on la fait cuire comme de la bouillie, puis on l'abandonne sa propre fermen- tation ; pour l'ordinaire, mme, on se dispense de la faire cuire , et l'on se sert seulement de la matire gar- de de la veille. On voit par-l que ce qui fait lever la pte est un principe acide qui s'y mle. 11 n'est pas moins certain que ceux qui se nourrissent de pain lev sont plus vigoureux ; ce qui n'empche pas que le fro- ment le plus pesant ne soit aussi le plus sain, comme l'ont pens les anciens. Manire de faire le pain ; origine de cet art. XXVII. Il est inutile, ce me semble, d'entrer ici dans de longs dtails sur les diffrentes sortes de pains ; disons seulement qu'ils portent divers noms, suivant les mets avec lesquels on les mange : tels sont les pains appels ostreariij qu'on sert avec les hutres; ou suivant qu'ils sont propres flatter le got, comme ceux qu'on appelle artolagani; ou selon la promptitude qu'on met les faire, comme ceux qu'on nomme speustici ; ou enfin selon la manire dont on les fait cuire, comme les pains cuits au four, dans un moule ou une tourtire. Depuis peu , on a introduit du pays des Parthes la recette pour faire le pain a62 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. eliain pacatae, ad operis pistorii gnera transeunte cura. Durt sua Piceno in panis inventione gratia , ex alic materia. Eum novem diebus macrant : decimo ad spe- ciem tractae subigunt uvae passas succo : postea in fur- nis , ollis inditum , quae rumpantur ibi , torrent : neque est ex eo cibus , nisi inadefacto : quod fit lact maxime mulso. Quando pistorum initium Romae. XXVIIl. Pistores Romae non fuere ad Persicum usque bellum , annis ab TJrbe condita super dlxxx. Ipsi pa- nem faciebant Quirites, mulierumque id opus erat, sicut etiam nunc in plurimis gentium. Artoptam Plautus ap- pellat in fabula , quam Aululariam scripsit : magna ob id concertatione eruditorum , an is versus poet sit il- lius : certumque fit , Ateii Gapitonis sententia coquos tum panem lautioribus coquere solitos : pistoresque tan- tum eos , qui far pisebant, nominatos. Nec coquos vero habebant in servitiis , eosque ex macello conducebant. Cribrorum gnera Galli e setis equorum invenero, His- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. a63 dit aquatique , parce qu'en le ptrissant , on tend la pte avec beaucoup d'eau ; il est trs-spongieux et trs- lger ; d'autres le nomment parthique. Le meilleur pain est fait de fleur de farine de siligo, mais elle doit tre blute trs-fine. Quelquefois on ptrit la pte avec des ufs et du lait ; d'autres fois on y ajoute du beurre : ce dernier raffinement est d aux nations qui , dans les loisirs de la paix, ont tourn toute leur attention sur l'art de la ptisserie. Le pain i'alica, qui fut invent dans lePicnum, conserve toujours sa rputation. On fait tremper Valica pendant neuf jours ; le dixime, on la ptrit avec du jus de raisins secs, on l'tend en long, et on la met cuire au four dans des pots de terre , qui s'y rompent facile- ment. Ce pain ne se mange que tremp ; c'est ordinai- rement dans du lait miell. Depuis quand il y a des boulangers dans Rome. XXVJIL II n'y a point eu de boulangers Rome avant la guerre de Perse, c'est--dire pendant cinq cent quatre- vingts ans depuis la fondation de cette ville. Chacun faisait soi'mme son pain : c'tait l'ouvrage des femmes, comme ce l'est encore chez beaucoup de nations. Plante, dans sa comdie intitule Aulularia , emploie le mot arlopta (boulangre), et les savans disputent si ce vers appartient Plaute , puisqu'il est certain , selon Ateius Capiton, qu'alors, dans les maisons les plus opulentes, c'taient les cuisiniers qui faisaient le pain , et qu'on n'appelait pistores ( boulangers ) que ceux qui pilaient le bl; toutefois, on n'avait pas encore d'esclaves qui fussent cuisiniers, on allait en louer au march. Les Gau- lois ont invent les tamis de crin ; les Espagnols , les 264 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. pani e lino excussoria et pollinaria , ^gyptus e papyro atque junco. De alica. XXIX. Sed inter prima dicatur et alicae ratio , prs- tantissimae saluberrimaeque, quae palma frugum indubi- tata Italiam contingit. Fit sine dubio et in ^gypto , sed admodum spernenda. In Italia vero pluribus locis, sicut Yeronensi Pisanoque agro : in Campania tamen lauda- tissima. Campus est subjacens niontibus nimbosis , totis quidem xl m passuum planitie. Terra ejus (ut protinus soli natura dicatur ) pulverea summa , inferior bibula , et pumicis vice fistulosa : montium quoque culpa in bo- num cedit. Crebros enim inibres percolat atque trans- mittit : nec dilui aut madre voluit propter facilitatem cuiturae. Eadem acceptum humorem nuUis fontibus red- dit , sed temprt , et concoquens intra se vice succi continet- Seritur toto anno , panico semel , bis farre. Et tamen vere segetes , quae interquievere , fundunt rosam odoratiorem sativa : adeo terra non cesst parre. Unde vulgo dictum , Plus apud Campanos ungueuti , quam apud ceteros olei fieri. Quantum autem uni versas ter- ras campus Campanus antecedit, tantuni ipsum pars ejus, quae Laboriae vocantur, quem Phlegraeum Graeci appellant. Finiuntur Laboriae via ab utroque latere con- sulari, quae a Puteolis, et quae a Cumis Capuam ducit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 265 sas et les bluleaux de lin ; les gyptiens , ceux de pa- pyrus et de jonc. De l'alica. XXIX. Nous allons maintenant, avant tout, expli- quer la manire de prparer Valica. Ija meilleure et la plus saine se fait en Italie ; c'est un avantage que ce pays doit l'incontestable supriorit des grains qu'il produit. Sans doute on prpare aussi de Valica en Egypte, mais elle est d'une qualit bien infrieure. Ou en fait dans plusieurs cantons de l'Italie, comme V- rone et Pise; nanmoins la plus estime est celle de la Campanie. L , au dessous d'une chane de montagnes toujours couvertes de nuages , est une plaine qui n'a pas moins de quarante milles d'tendue. Le terroir (c'est ce qu'il importe de faire connatre d'abord) est poudreux la surface, et, sous cette couche de poussire, il est cribl de trous comme une pierre-ponce : aussi boit-il ais- ment l'eau. Les orages qui se forment sur les montagnes voisines lui deviennent avantageux ; car les pluies fr- quentes dont il est arros filtrent et passent travers les premires couches de terre sans les dtremper ou- les convertir en boue , ce qui en facilite la culture. Ce mme terroir ne rend point par des fontaines l'eau qu'il a re- ue , mais il la retient , la digre dans son sein , et en prpare comme un suc nourricier. On y sme dans une mme anne deux fois du far et une fois du panis ; au printemps mme, lorsqu'on laisse reposer quelque temps cette terre , elle donne d'elle-mme des roses plus odo- rantes que les roses domestiques ; ainsi jamais elle ne cesse de produire : de l vient qu'on dit vulgairement qu'il se fait plus de parfum dans la Campanie , que 266 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. Alica fit e zea , quam senien appellavimus. Tunditur granum ejus in pila lignea : ne lapidis duritia conterai. Nobilius , ut notum est, pilo , vinctorum pnali opra. Primori inest pyxis ferrea. Excussis inde tunicis, iterum iisdem armamentis nudata conciditur meduUa. Ita fiunt alic tria gnera : minimum , ac secundarium : gran- dissimum vero aphaerema appellant. Nondum habent candorem suum quo praecellunt : jam tamen Alexan- drinae praeferuntur. Postea (mirum dictu) admiscetur creta , quae transit in corpus, coloremque, et tenerita- tem adfert. Invenitur hc inter Puteolos et Neapolim, in colle Leucogaeo appellato. Exstatque divi Augusti decrelum, quo aimua vicena millia Neapolitanis pro eo numerari jussit e fisco suo, coloniam deducens Capuam. Adjecilque causam adferendi , quoniam negassent Cam- pani alicam confici siue eo mtallo posse. In eodem reperitur et sulphur : emicantque fontes Araxi oculorum claritati , et vulnerum medicinae , dentiumque firmitati. -^^^^^'01 m uni HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 167 d'huile dans les autres pays ; mais autant la Campa- nie surpasse en fertilit toutes les autres contres , au- tant un seul de ses cantons surpasse tout le reste de la province : c'est celui que les Latins appellent Labori ( de Labour ) , et les Grecs Phlegrum ( champ Phl- gren). Il est born de chaque ct par deux routes con- sulaires , dont l'une conduit de Pouzzoles Capoue , et l'autre de Capoue Cumes. Ualica se fait avec le zea , autrement dit semen. On pile ce grain dans un mortier de bois , car un mortier de pierre le briserait. Le pilon n'est pas celui qu'on fait manier par des esclaves enchans; il porte son extr- mit une espce de capsule en fer. C'est avec cet in- strument qu'on dbarrasse le zea de ses tuniques , et (ju'ensuite on concasse le grain mis nu. De cette ma- nire on obtient trois sortes ialica , la petite , la moyenne et la grosse. Les Grecs appellent cette der- nire aphairema. Ualica n'a pas encore cette blancheur clatante qui la distingue, et nanmoins on la prfre ds-lors celle d'Alexandrie. Ensuite, pour la blanchir, on y mle (chose tonnante! ) de la craie, qui s'incor- pore avec le grain et le rend galement blanc et tendre. Cette craie se trouve entre Pouzzoles et Naples, dans une colline appele Leucogum. Nous avons encore un d- cret de l'empereur Auguste, qui, en tablissant une co- lonie romaine Capoue , ordonna qu'on payt de son trsor particulier vingt mille sesterces par an aux Na- politains , pour cette colline qui leur appartenait. Cette redevance annuelle tait motive sur ce que les Cam- paniens avaient dclar que sans celte craie il tait impossible de prparer Valica. On trouve aussi du soufre dans cette colline; c'est l encore que sont les sources MfffV 268 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. Alica adulterina fit maxime quidem e zea , quae in Africa dgnrt. Latiores ejus spicae , nigrioresque , et brevi stipula. Pisnnt cum arena , et sic quoque difficul- ter deterunt utriculos , fitque dimidia nudi mensura. Posteaque gypsi pars quarta inspargitur , atque ut co- haesit , farinario cribro subcernunt. Quas in eo reman- sit , exceptitia appellalur , et grandissima est. Rursus quee transit , arctiore cernitur , et secundaria vocatur. Item cribraria, quae simiU modo in tertio remansit cri- bro angustissimo , et tantum aranea transmittente. Alia ratio ubique adulterandi. Ex tritico candidissima et grandissima eligunt grana , ac semicocta in ollis postea arefaciunt sole ad initium , rursusque leviter ad- spersa molis fraugunt. Ex zea pulchrius, quam ex tritico, fit graneum, quamvis id alic vitium sit. Candorera au- tem ei pro creta lactis incocti mixtura confert. b. "'/// HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i6g nommes Araxi, clbres pour le rtablissement de la vue , la gurison des plaies , et l'affermissement des dents. On imite la vritable alica avec une espce de zea qui dgnre en Afrique. Elle a les pis plus larges et plus noirs , et la paille courte. On pile ce grain avec du sable; encore, par ce moyen , a-t-on beaucoup de peine lui enlever son corce; mis nu, il ne remplit plus que la moiti de la mesure. On y ajoute ensuite une quatrime partie de pltre, et, quand cette matire est bien incorpore avec le grain, on passe le tout par le tamis farine. Ce qui reste dans le tamis est la plus grosse alica ; on l'appelle exceptitia. Ce qui a pass est remis de nouveau dans un tamis plus fin ; ce qui ne peut passer cette fois est V alica moyenne. Enfin, sous le nom de cribraria , on dsigne Valica qui n'a pu passer par le tamis le plus fin , dont chaque trou ne donne passage qu' un fil d'araigne. Il y a une autre manire d'imiter Valica , et qui est connue partout. On choisit les plus gros grains de froment ordinaire , et les plus blancs ; aprs les avoir fait cuire demi dans des pots de terre , on les expose au soleil, jusqu' ce qu'ils soient aussi secs qu'aupara- vant ; ensuite on les arrose d'un peu d'eau , et on les brise sous la meule. Le graneum , ou Valica gros grains faite avec le zea, est toujours plus belle que celle qu'on prpare avec le froment; mais ce n'est tou- jours qu'une alica contrefaite. On russit la blanchir avec du lait bouilli , au lieu de craie. M Ml*' a7o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. De leguminibus ; faba. XXX. 12. Sequitur natura leguminum inter quae maximus honos fab : quippe ex qua tentatus sit etiam panis. Lomentum appellatur farina ea , adgravaturque pondus illa , et omni legumine. Jam vero et pabulo venalis fabae multiplex usus omnium quadrupedum ge- neri , praecipue homini. Frumento etiam miscetur apud plerasque gentes , et maxime panico solida , ac delica- tius fracta. Quin et prisco ritu fabata suae religionis diis in sacro est , praevalens pulmentari cibo , et hebetare sensus existimata , insomnia quoque facere. Ob hc Py- thagoricae sententiae damuata : ut alii tradidere, quoniam mortuorum animae sint in ea. Qua de causa parentando utique adsumitur. Varro et ob haec flaminem ea non vesci tradit, et quoniam in flore ejus litterae lugubres re- periantur. In eadem peculiaris religio : namque fabam utique e frugibus referre mos est auspicii causa , quae ideo referiva appellatur. Et auctionibus adhibere eam lucrosum putant. Sola certe frugum etiam exesa reple- tur crescente luna. Aqua marina, aliave salsa non per- coquitur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Des lgumes ; de la fve. XXX. 12. Nous devons maintenant passer aux l- gumes , parmi lesquels les fves tiennent le premier rang , car on a mme essay d'en faire du pain. La fa- rine e fve s'appelle lomentum , et , comme celle de tous les lgumes, elle rend plus pesant le pain o on la mle. Les fves se prparent de diffrentes manires pour la nourriture du btail, mais principalement pour celle de l'homme. Chez la plupart des nations , on les mle avec le froment , et surtout avec le panis , soit entires , soit concasses lgrement. Anciennement on offrait certaines divinits de la bouillie de fves , qui servait de nourriture habituelle. Cependant on a cru qu'elles appesantissaient les sens et causaient des insom- nies ; aussi Pythagore les a-t-il interdites comme ali- ment. Selon d'autres auteurs , cette interdiction tait fonde sur ce qu'il les regardait comme la demeure des mes aprs la mort ; c'est pour cette raison qu'on en sert dans les repas funbres. Voil aussi , selon Varron , pourquoi il n'est pas permis au flamen, ou grand-prtre de Jupiter , de goter des fves , qui , d'ailleurs , por- tent sur leurs fleurs des caractres lugubres. Les fves sont encore l'objet spcial d'une crmonie religieuse : on a coutume de rapporter une fve qu'on appelle re- ferwa , pour en tirer des prsages la moisson. On croit qu'il est avantageux de mettre des fves avec les objets qu'on veut vendre. Quoi qu'il en soit , la fve est le seul grain qui, mme tant moiti rong, se remplisse au croissant de la lune. Elle ne cuit ni dans l'eau de mer, ni dans aucune eau sale. i-jt C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVIII. Seritur ante Vergiliarum occasum legumiimm prima, ut antecedat hiemem. Virgillus eam per ver seri jubet , Circumpadauae Italiae ritu. Sed major pars malunt fa- balia maturae sationis , qiiam trimestrem fructum. Ejus namque siliquae caulesque gratissimo sunt pabulo pecori. Aquas in flore maxime concupiscit : quum vero deflo- ruit , exiguas desiderat. Solum , in quo sata est , laetifi- cat stercoris vice. Ideo circa Macedoniam , Thessaliam- que , quum florere cpit , vertunt arva. Nascitur et sua sponte plerisque in locis, sicut septen- trionalis oceani insulis, quas ob id nostri Fabarias ap- pellant : item in Mauretania silvestris passim , sed prae- dura, et quae percoqui non possit. Nascitur in iEgypto spinoso caule : qua de causa cro- codili oculis timentes refugiunt. Longitudo scapo qua- tuor cubitorum est, amplissima crassitudo : nec genicula habet , molli calamo : simile caput papaveri , colore ro- seo : in eo fabae non supra tricenas : folia ampla : fructus ipse amarus et odore : sed radix perquam lauta incola- rum cibis, cruda , et omnino decocta , arundinum ra- dicibus similis. Nascitur et in Syria , Ciliciaque, et in Torone Chalcidis lacu. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XYIII. 27^ C'est le premier lgume que l'on sme avant le cou- cher des Pliades et le commencement de l'hiver. Vir- gile veut qu'on sme la fve au printemps, comme on le pratique en Italie , aux environs du P6 ; mais, pour l'ordinaire, on prfre les fves semes de bonne heure aux fves de trois mois , car les gousses et les tiges des premires sont excellentes pour le btail. Les fves, en fleur , demandent beaucoup d'eau ; aprs la floraison , elles n'en veulent que trs-pen. Elles engraissent la terre o on les sme , et lui servent de fumier : aussi , dans la Macdoine et la Thessalie, fait-on passer la charrue sur la terre lorsque les fves commencent fleurir. On trouve des fves sauvages dans presque tous les pays, par exemple dans les les de l'Ocan septentrional, que les Romains ont , pour cette raison , nommes Fa- baries. Dans la Mauritanie , les fves sauvages sont communes, mais si dures, qu'on ne peut parvenir les faire cuire. L'Egypte produit une espce de fve tige pineuse; les crocodiles l'vitent avec soin , dans la crainte de s'y blesser les yeux. Cette tige est trs-grosse, et haute de quatre coudes. Elle est tendre et sans aucun nud. Elle porte une tte couleur de rose , semblable celle du pavot, et dans laquelle on trouve au plus trente fves. Les feuilles sont grandes, le fruit est amer et a l'odeur forte ; mais la racine , qui ressemble celle du roseau, soit crue, soit cuite, fournit un mets excellent aux liabitans. Cette plante crot aussi en Syrie , en Cili- cie , et prs du lac de Toron , dans la Chalcidc. XI. 18 %^l^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. De lente ; de piso. XXXI. Ex leguminibus autem novembri seruntur lens, et in Grcia pisum. Leiis amat solum tenue magis, quam pingue , caelum utique siccum. Duo gnera ejus in yEgypto : alterum rotundius nigriusque, alterum sua figura. Unde vario usu translatum est in lenticulas no- men. Invenio apud auctores , aequanimitatem fieri ves- cenlibus ea. Pisum in apricis seri dbet, frigorum im- patientissimum. Ideo in Italia, et in austeriore caelo non nisi verno tempore , terra facili ac soiuta. '' ' Ciceris gnera. XXXII. Ciceris natura est gigni cum salsilagine : ideo solum urit. Ne, nisi madefactum pridie, seri dbet. Dif- ferenti plures , magnitudiue , figura, colore, sapore. Est enim arietino capiti simile, unde ita appellant , al- bum de la lie d'huile mle avec du nilre , et assure que , par ce moyen , elles grossiront davantage. Quel- ques-uns croient favoriser le dveloppement des grains en les faisant macrer pendant trois jours, avant les se- mailles , dans de l'urine et de l'eau. On dit qu'un bois- seau de fves entires , qu'on aura sarcles trois fois , rend la mme quantit de fves mondes et concasses. On prtend que les autres grains ne craindront pas les vers si on les mle avec des feuilles de cyprs piles, ou bien si on les sme pendant l'interlune. Pour conserver le millet, plusieurs veulent qu'avant de le sarcler on porte tout autour du champ, pendant la nuit, un cra- paud qu'on enterrera ensuite au milieu dans un pot de terre neuf : avec cette prcaution , ni les oiseaux ni les vers ne toucheront au millet; mais il faudra ter le vase avant la moisson, autrement le grain serait amer.^ Les semences qu'on touche avec l'paule d'une taupe sont, dit-on , plus fertiles. Dmocrite recommande de 3oo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. est, amurca pura , ac sine sale spargere, deinde sarrire; si in articulum seges ire cperit , runcare , ne herbae vincant. Pestem a milio atqiie panico, stiirnorum pas- serumve agmina , scio abigi herba, cujus nomen igno- tum est, in quatuor angulis segetis defossa, mirum dictu! ut omnino nuUa avis intret. Mures abiguntur cinere mustelae, vel felis diluto, et semine sparso vel decocta- rum aqua. Sed redolet virus animalium eorum etiam in pane. Ob id felle bubulo semina attingi utilius putant. Rubigo quidem, maxima segetum pestis , lauri ramis in arvo defixis, transit in ea folia ex arvis. Luxuria sege- tum castigalur dente pecoris in herba dumtaxat : et de- past quidem, vel saepius, nullam in spica injuriam sen- tiunt. Retonsarum etiam semel omnino certum est gra- num longius fieri, sed inane cassumque, ac satum non nasci. Babylone tamen bis scant , tertio depascunt : alio- qui folia tantum firent. Sic quoque cum quinquage- simo fenore messes reddit exilitas soli : verum dili- gentioribus cuni centesimo. Neque est cura difficilis : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3oi ne semer les grains qu'aprs les avoir fait tremper dans le suc de la plante appele en grec aizoon , en latin sedum ou digitellum : elle crot sur les toits des mai- sons. Lorsque la douceur du terroir engendre des vers qui s'attachent aux racines des bls , le remde consiste arroser les bls avec de la lie d'huile , sans sel , et les sarcler ensuite. Si le bl commence se nouer, on devra pareillement le sarcler, de peur que les herbes ne l'touffent. Un moyen d'empcher les troupes de moi- neaux et d'tourneaux de ravager le millet et le panis , c'est d'enterrer aux quatre coins du champ une certaine herbe dont le nom n'est pas connu ; aucun oiseau , chose tonnante , n'ose ensuite y entrer. On chasse les rats en arrosant les semences avec de l'eau o l'on aura dlay de la cendre de belette ou de chat , ou avec de l'eau o l'on aura fait cuire ces animaux ; mais aussi le pain en conservera l'odeur : voil pourquoi il vaut mieux tremper les grains dans du fiel de buf. Si l'on plante dans un champ des branches de laurier, la nielle , le plus redoutable flau des moissons , quittera les bls pour se porter tout entire sur les feuilles de laurier. Si les bls sont trop pais, on y remdie en y faisant passer le btail, mais seulement quand ils sont en herbe : cette prcaution, mme renouvele plusieurs reprises, ne fait aucun tort l'pi ; au contraire , le bl qui n'a t tondu qu'une seule fois donne un grain plus long, mais vide , et qui ne peut germer aprs avoir t sem. Dans la Babylonie, on fauche les bls deux fois, et en- suite on y met le btail , autrement ils ne produiraient que des feuilles: avec cette mthode, une terre maigre rend cinquante pour un , et mme cent si elle est cultive avec soin. La culture, au reste , n'est pas difficile; elle 3oi C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. quam diutissime adaquari gaudent, ut praepinguis et densa ubertas diluatur. Limum autem non mvehunt Euphrates Tigrisque, sicut in jEgypto Nilus. Nec terra ipsa herbas gignit. Ubertatis tamen tantae sunt , ut se- quente anno sponte restibilis fit seges, impressis vesti- gio seminibus : quae tan ta soli difFerentia admonet terrae gnera in fruges describere. Quod in quoque terrae gnre debeat seri. XL VI. Igitur Catonis haec sententia est : In agro crasso et laeto frumentum seri : si vero nebulosus sit idem, raphanum, milium, panicum. In frigido et aquoso prius serendum , postea in calido. In solo autem rubri- coso, vel pullo, vel arenoso, si non sit aquosum, lupi- num. In creta et rubrica, et aquosiore agro, adoreura. In sicco et non herboso , nec umbroso, triticum. In solo valido, fabam. Viciamvero quam minime in aquoso her- bidoque. Siliginem et triticum in loco aperto editoque , qui sole quam diutissime torreatur. Lentem in frutec- toso et rubricoso , qui non sit berbidus. Hordeum in novali , et in arvo , quod restibile possit fieri : trimes- tre , ubi sementem maturam facere non possis , et i^jus crassitudo sit restibilis. Subtilis et illa senten- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3o3 consiste abreuver long-temps le terroir , qui , tant compacte, trs-gras et trs-fertile, a besoin d'tre bien dtremp. L'Euphrate et le Tigre n'y apportent point de limon , comme le Nil dans l'Egypte. La terre n'y pro- duit point d'herbes inutiles ; cependant elle est si f- conde, que le grain qui est tomb pendant la moisson, et qui est enfonc en terre par les pieds des moisson- neurs , lve de lui-mme l'anne suivante. Cette prodi- gieuse diffrence des terrains nous engage spcifier ici quelle espce de grain convient particulirement tel ou tel terroir. Ce qu'on doit semer dans chaque espce de terrain. XLVI. Voici les prceptes de Galon : Dans les terres fortes et fcondes , on smera du froment ; si elles sont sujettes aux brouillards , on y smera du raifort , du millet ou du panis. Les lieux froids et humides seront ensemencs avant les lieux chauds. Le lupin aime une terre rouge, ou noire , ou sablonneuse, pourvu qu'elle ne soit pas humide. Ijc/ar veut une terre rouge ou crta- ce qui soit bien arrose. Le triticum se plat dans un ter- rain dcouvert, sec, et qui ne produise pas d'herbes inutiles. La fve demande une terre forte. La vesce hait un terroir humide o l'herbe pousse facilement. Le si- ligo et le triticum seront sems dans une terre leve, dcouverte , oii le soleil puisse long - temps mrir le grain. La lentille demande une terre rouge , plante d'arbrisseaux , mais sans herbes. L'orge aime les terres en jachres aussi bien que celles qui portent deux ans de suite; mais dans ces dernires, et dans celles o les autres bls ne peuvent mrir, on smera de l'orge de 3o/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. tia : Serenda ea in tenuiore terra , quae non multo indigent succo, ut cytisus : et, clcere excepte, legumina quae velluntur e terra , non subsecantur. Unde et legu- mina appellata , quia ita leguntur. In pingui autem , quae cibi sunt majoris, ut olus, triticum, siligo, linum. Sic ergo tenue solum hordeo dabitur : minus enim alimenti radix poscit : lenior terra , densiorque tritico. In loco humili far adoreum , potius quam triticum , seretur : temperato, et triticum , et hordeum. Colles robustius, sed minus , reddunt triticum. Far et siligo , et cretosum , et uliginosum solum sortiuntur. 18. Et frugibus ostentum semel (quod equidem in- venerim ) accidit , P. jEHo , Cn. Cornelio coss. quo anno superatus est Annibal : in arboribus enim tum nata pro- duntur frumenta. Diversitas gentium in sationibus. XLVII. Et quoniam de frugum terraeque generibus abunde diximus, nunc de arandi ratione dicemus, ante omnia ^gypti facilitate commemorata. Nilus ibi coloni vice fungens , evagari incipit , ut diximus , a solstitio , aut nova luna: ac primo lente, deinde vehementius, quam- diu in Leone sol est. Mox pigrescit in Virginem trans- HISTOIRE NATURELLE, LIV, XVIII. ^o5 trois mois.i Suivant une autre opinion non moins fon- de, il faudra semer dans les terres lgres les grains qui demandent peu de nourriture, comme le cytise, et, a l'exception du pois chiche, tous les lgumes que l'on ne coupe pas , mais qu'on arrache de terre. La dnomina- tion de lgume vient de cette manire de les cueillir, en latin lgre. On doit semer dans les terres grasses les grains qui exigent plus de nourriture , comme le chou, le triticum, le siligo, le lin. Ainsi on mettra l'orge dans une t,erre lgre, parce qu'il lui faut peu d'aliment; et le triticum dans une terre grasse et forte ; le far dans les lieux bas, de prfrence au triticum ; et enfin dans les lieux temprs ce mme triticum et l'orge. I^es co- teaux produisent un triticum plus beau, mais en moindre quantit ; \efar et le siligo russissent dans les terres crtaces et humides. i8. Sous le consulat de P. iEIius et de Cn. Cornlius, l'anne mme o Annibal fut vaincu, il arriva, en fait d'agriculture, un prodige dont je n'ai pas trouv d'autre exemple : il y eut , dit-on , des arbres qui produisirent du bl. vSystmes diffrens de culture chez diverses nations. XLVII. Aprs avoir trait en dtail des diffrentes sortes de grains et de terroirs , nous allons parler de la manire de labourer, et rappeler d'abord les procds faciles de l'Egypte. En ce pays, le Nil, supplant le la- boureur, commence se dborder au solstice d't, ou i la nouvelle lune suivante. Il crot d'abord lentement , puis avec plus de violence tant que le soleil est dans le signe du Lion ; il se ralentit quand le soleil est au signe de XI. 20 3o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. gresso , atque in Libra residet. Si duodecim cubita non excessit, fams certa est. Nec minus, si sedecim exsu- peravit. Tauto enim tardius decedit , quanto abundan- tius crevit , et sementem arcet. Vulgo credebatur, ab ejus decessu serere solitos , mox sues impellere vestigiis semina deprimentes in madido solo : et credo antiqui- tus factitatum. Nunc quoque non multo graviora opra : sed tamen inarari certum est abjecta prius semina in limo digressi amnis , hoc est , novembri mense inci- piente : postea pauci runcant, quod botanismon vocant. Reliqua pars non nisi cum falce arva visit paulo ante kalendas aprilis. Peragitur autem messis maio , stipula numquam cubitali : quippe sabulum subest; granumque limo tantum continetur. Excellentius Thebaidis regioni frumentum, quoniam palustris ^gyptus. Similis ratio, sed flicitas major Babyloniae Seleuciae, Euphrate atque Tigri restagnantibus, quoniam rigandi modus ibi manu temperatur. Syria quoque tenui sulco arat , quum mul- tifariam in Italia octoni boves ad singulos vomeres an- helent. In omni quidem parte culturae , sed in bac qui- dem maxime, valet oraculum illud, aQuid quque regio patiatur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3o7 la Vierge, et se retire quand cet astre est entr dans la Balance. Si l'inondation n'a pas pass douze coudes , la famine est certaine ; elle ne l'est pas moins si elle excde seize coudes, car le fleuve met d'autant plus de lenteur se retirer, que sa crue a t plus abondante; et il s'oppose aux semailles. On a cru long-temps que les Egyptiens semaient aussitt aprs la retraite du Nil , et qu'ils faisaient passer sur le grain des troupeaux de porcs qui l'enfonaient sous leurs pieds dans le sol d- tremp : je veux croire que c'tait l'ancien usage ; au- jourd'hui encore on ne prend pas beaucoup plus de peine. Cependant il est certain qu'ils enterrent avec la charrue le grain jet sur le limon que le fleuve a d- pos ; c'est ce qui a lieu u commencement de novem- bre. Quelques-uns, en petit nombre, vont par la suite arracher les mauvaises herbes, opration appele bota- nismos; mais la plupart ne retournent aux champs qu'avec la faucille , un peu avant les kalendes d'avril. La moisson est termine au mois de mai. Le chaume n'a jamais une coude de haut ; car le fond n'est que du sable , et le limon seul nourrit le grain. Le froment de la Thbade est d'une qualit suprieure, parce que la Basse Egypte est marcageuse. Les inondations de l'Euphrate et du Tigre procurent les mmes avantages Sleucie en Babylonie ; mais les effets en sont plus heureux , parce que les habitans savent diriger les irri- gations. Dans la Syrie aussi , on ne trace que de lgers sillons ; tandis qu'en plusieurs cantons de l'Italie, huit bufs attels une charrue puisent tous leurs efforts. Dans toutes les oprations agricoles , et surtout dans celle-ci , il faut se rappeler la sentence : Chaque ter- roir a sa vertu et son rgime particulier. 20. 3o8 C. PLTNII HIST. NA.T. LIB. XVIII. Vomerum gnera. XL VIII. Vomerum plura gnera : culter vocatur, in- ferius prdensam , prius quam proscindatur , terram secans , futiirisque sulcis vestigia praescribeus incisuris , quas resupiims in arando mordeat vomer. Alterum genus est vulgare, rostrati vectis. Tertium in solo facili, nec toto porrectum dentali, sed exigua cuspide in rostro. Latior haec quarto generi , et acutior in mucronem fas- tigata, eodemque gladio scindens solum , et acie laterum radies herbarum secans. Non^pridem inventum in Rhae- tia Galliae , ut duas adderent alii rotulas , quod genus vocant plaumorati. Cuspis effigiem palae habet. Serunt ita non nisi culta terra, et fere nova. Latitude vomeris cespites verst. Semen protinus injiciunt , cratesque dentatas supertrahunt. Nec sarrienda sunt hoc modo sata. Sed protelis binis ternisque sic arant. Uno boum jugo censeri anno facili s soli quadragena jugera, difi- cilis tricena , justum est. Ratio arandi. XLIX. 19. In arando magnopere servandum est Catonis oraculum : Quid est primum ? Agrum bene HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Soj^ Diverses espces de socs. XL VIII. Il y a des soes de plusieurs sortes. On ap- pelle coutre le fer qui coupe la terre avant qu'elle soit souleve par la charrue, et qui trace la ligne des sillons que le soc, renvers sur son dos, doit ouvrir en labourant. Une autre espce , qui est le soc commun , n'est qu'un levier termin par un bec. Le soc de la troisime es- pce , employ dans les terres lgres , ne recouvre pas la totalit du bec, mais seulement la partie antrieure, o il forme une pointe. Dans une quatrime espce , la pointe est plus large , ses cts sont tranchans , et le mme instrument fend la terre et coupe les racines des herbes. Dans la Gaule rhtienne, on a imagin il y a peu de temps d'ajouter deux roues la charrue , qu'ils nomment alors plaumoratum. La pointe du soc a la figure d'une pelle ; l'on ne s'en sert que dans les terres meubles , et que, pour l'ordinaire, on a laisses en ja- chres. Comme le soc est large, il retourne mieux les mottes de terre. Immdiatement aprs le labour, on sme ; on brise ensuite les mottes avec la herse. Les terres cultives de la sorte n'ont pas besoin d'tre sar- cles. Ou ne laboure ainsi qu'avec deux ou trois paires de bufs attels la file et par couple ; une seule paire peut labourer par an quarante ji/gernm si la terre est lgre, et trente si elle est forte. Du labour. XLIX, iQ. Il faut, en labourant, suivre exactement les maximes de Calon. Quelle est la premire chose? 3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. colre. Quid secundum ? Bene arare. Quid tertium ? Stercorare. Sulco vario ne ares. Tempestive ares. Te- pidioribus locis a bruma proscindi arva oportet : frigi- dioribus ab quinoctio verno. Et maturius sicca regione, quam humida. Maturius densa terra, quam soluta, pin- gui quam macra. Ubi siccae et graves aestates, terra cretosa aut gracilis , utilius inter solstitium et autumni aequinoctium aratur. Ubi levs aestus , frquentes im- bres , pingue herbosumque solum , ibi mediis calori- bus. Altum et grave solum etiam hieme moveri placet : tenue valde et aridum , paulo ante sationis teinpus. Sunt et hic suae leges : Lutosam terram ne tangito. Vi omni arato : prius quam ares , proscindito. Hoc utilitalem habet , quod inverso cespite herbarum radi- es necantur. Quidam utique ab quinoctio verno pro- scindi volunt. Quod vere semel aratum est , a temporis argumento vervactum vocatur. Hoc in novali aeque ne- cessarium est. Novale est , quod alternis annis seritur. Araturos boves quam arctissime jungi oportet, ut capi- tibus sublatis arnt : sic minime colla contundunt. Si inter arbores vitesque aretur, fiscellis capistrari , ne ger- minum tenera praecerpant. Serriculam insitivam pendere, qua intercidantur radies. Hoc melius , quam convelli aratro, bovesque luctar. In arando versum peragi, nec HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3ii tle bien cultiver. La deuxime ? de bien labourer. La troisime ? de fumer. Ne formez pas des sillons ingaux. Labourez en temps convenable. Dans les pays chauds, il faut ouvrir la terre au solstice d'hiver; dans les pays froids , l'quinoxe du printemps, et plus tt dans les pays secs que dans les pays humides ; plus tt aussi dans une terre compacte que dans une terre bien meuble, et dans une terre grasse que dans une maigre. Dans les pays o les ts sont secs et brlans , et la terre crtace ou lgre, il vaut mieux labourer entre le solstice et l'quinoxe d'automne. Dans ceux o les chaleurs sont modres, les pluies frquentes, le sol gras et abondant en herbes , il faut labourer pendant les chaleurs. Un sol profond et pesant aime tre remu l'hiver ; celui qui est sec et sans profondeur, un peu avant les se- mailles. Voici encore d'autres rgles observer : Ne touchez pas une terre tant qu'elle est boueuse. Souvenez- vous qu'avant de labourer , il faut , autant qu'on le peut , fendre et diviser la terre. L'utilit de ce prcepte se conoit aisment; en retournant la glbe, on fait prir les racines des mauvaises herbes. Quelques-uns veulent qu'on ouvre la terre aussitt aprs l'quinoxe du prin- temps. Les Latins nomment vervactum la terre qu'on cultive ainsi , par allusion l'poque mme du travail. Cette mthode convient aussi aux jachres , c'est--dire aux terres qui ne portent que de deux annes l'une. Pour bien labourer , il faut que les bufs soient attels le plus prs possible l'un de l'autre, afin qu'en tirant la charrue , ils aient la tte leve et ne se meurtrissent point le col. Si on laboure dans des vignes ou parmi des ar- bres , il faudra museler les bufs , de peur qu'ils ne 3i2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVllI. strigare in actu spiritiis. Justum est proscindi sulco do- drantali jugerum uno die, iterari sesquijugerum, si sit facilitas soli : si minus , proscindi semissem , iterari as- sem , quando et animalium labori natura leges statuit. Omne arvum rectis sulcis, mox et obliquis subigi dbet. In collibus transverso tantum monte aratur, sed modo in superiora, modo in inferiora, rostrante vomere. Tan- tumque est laboris homini , ut etiam boum vice funga- tur. Certe sine hoc animali montanae gentes sarculis arant. Arator, nisi incurvus, praevaricatur. Inde translatum hoc crimen in forum. Ibi itaque caveatur, ubi inventum est. Purget vomerem subinde stimulus cuspidatus rallo. Scamna inter duos sulcos cruda ne relinquantur, glebae ne exsultent. Maie aratur arvum , quod satis frugibus occandum est. Id demum recte subactum erit, ubi non intelligetur utro vomer ierit. In usu est et collicias in- terponere , si ita locus poscat , ampliore sulco , quae in fossas a(|uam educant. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3i3 broutent les rejetons ou les bourgeons. On doit avoir une petite scie , pendue au manche de la charrue , pour couper les racines , ce qui vaut mieux que de les arracher avec le soc , et de fatiguer ses bufs par des efforts superflus. En labourant , suivez votre sillon sans vous arrter , et achevez-le sans reprendre haleine. Si la terre est lgre , on peut dans un jour , en fai- sant des sillons de neuf pouces de profondeur, donner la premire faon un jugerum , et la seconde un iugerum et demi ; mais si la terre est difficile , pour donner la premire faon un erm-jugerum , et la se- conde un jugerum entier, il faut tout une journe, car la nature a fix des bornes pour le travail des ani- maux. On doit toujours tracer des sillons droits , et ensuite des sillons qui coupent les premiers de biais. Sur les coteaux , on laboure transversalement , en dtournant le soc , tantt en haut , tantt en bas. L'homme est si laborieux , qu'il supple quelquefois le buf; du moins est-il certain que les montagnards labourent avec de simples sarcloirs , sans le secours de cet animal. L'attitude du laboureur est d'tre courb, autrement il s'carte de la droite ligne, il prvarique , mot qui a pass dans le langage du barreau : qu'on se garde donc de mriter un reproche dont l'expression a pris nais- sance dans les campagnes. On doit de temps en temps nettoyer le soc avec un bton garni d'une curette. Il ne faut pas laisser entre deux sillons des bancs, ou des es- paces qui ne soient pas labours, non plus que des mottes trop grosses. Une terre est mal laboure quand on est oblig de la herser aprs avoir sem le grain. Elle est bien laboure quand on ne peut reconnatre l'endroit o a pass la charrue. Si le terrain le demande, on pratique 3i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 20. Aratione per transversum iterata , occatio sequi- tur , ubi res poscit , craie vel rastro ; et sato semine iteratio. Haec quoque ubi consuetudo patitur, crate con- tenta, vel tabula aratro adnexa, quod vocant lirare, operiente semina : unde primum appellata deliratio est. Quarto seri sulco Virgilius existimatur voluisse , quum dixit optiniam esse segetem , quae bis solem , bis frigora sensisset. Spissius solum , sicut plerumque in Italia , quinto sulco seri melius est, in Tuscis vero nono. At fabam et viciara non proscisso serere sine damno, com- pendium operae est. Non omittemus unam etiamnum arandi rationem , in Transpadana Italia bellorum injuria excogitatam. Salassi quum subjectos Alpibus depopularentur agros, panicum miliumque jam excrescens tentavere. Postquam respue- bat natura, inararunt. At illae messes multiplicata do- cuere , quod nunc vocant artrare , id est , aratrare , ut credo tune dictum. Hoc fit vel incipiente culmo, quum jam is bina ternave emiserit folia. Nec recens subtra- hemus exemplum , in Treverico agro tertio ante hune annum compertum. Nam quum hieme prgelida captae HISTOIRE NATIJRKIXE, LIV. XVIII. 3i5 par intervalle des rigoles, ou des sillons plus larges, qui conduisent les eaux dans les fosss. 20. Aprs avoir labour transversalement, on brise, s'il en est besoin , les mottes de terre avec le rteau ou la herse ; on ritre cette opration aprs les semailles. En quelques cantons, lorsque la nature du terrain le per- met , on couvre la semence avec une herse plane , ou une simple planche attache la charrue. Cette opra- tion s'appelle lirare; de l l'expression deliratio , et d- lire , employe dans le sens moral. Quand Virgile a dit que le champ qui produisait les meilleures moissons tait celui qui avait ressenti deux fois les influences du soleil et deux fois celles du froid , on voit qu'il a voulu qu'on labourt quatre fois avant que de semer. Il vaut mieux labourer cinq fois les terres fortes , comme dans la plus grande partie de l'Italie. Dans la Toscane , on laboure neuf fois. On peut sans inconvnient semer la fve et la vesce dans une terre non laboure ; c'est au- tant de travail pargn. Nous n'omettrons pas ici une manire de labourer, que les ravages de la guerre ont fait dcouvrir aux ha- bitans de l'Italie au del du P. Lorsque les Salassiens ruinaient les campagnes situes au pied des Alpes , ils se jetrent sur les panis et les millets qui taient dj grands ; n'en pouvant rien tirer, ils passrent la charrue dans les campagnes, mais la moisson n'en fut que plus abondante, phnomne qui apprit aux cultivateurs la- bourer le bl en herbe ; c'est ce qu'on appelle artrare , pour aratrare, qui , je pense, tait l'ancien mot. Cette opration a lieu lorsque les bls commencent pousser leurs liges , et qu'ils ont dj deux ou frois feuilles. N'oublions pas non plus un fait remarquable arriv , 9 3i6 C. PLINII IIIST. NAT. LIB. XVIII. segetes essent , reseverunt , resarrientes campos mense martio, uberrimasque messes habuerunt. Nunc reliqua cultura Iradetur per gnera frugum. De occando , runcando , sarriendo , per gnera frugum. De cratione. L. 2 1. Siliginem , far, triticum , semen , hordeuin oc- cato, sarrito , runcato , quibus dictum erit diebus. Sin- gulae operae cuique generi in jugero suffcient. Sarcula- tio induratam hiberno rigore soli tristitiam laxat tern- poribus vernis , novosque soles admittit. Qui sarriet , caveat ne frumenti radies suffodiat. Triticum, hordeum, semen, fabam bis sarrire melius. Runcatio, quum seges in articulo est, evulsis inutilibus herbis, frugum radi- cem vindicat, segetemque discernit a cespite. Legumi- num cicer eadem , qu far, desiderat. Faba runcari non gestit , quoniam evincit herbas. Lupinum , runcatur tantum. Milium, et panicura occatur, et sarritur, non iteratur , non runcatur. Silicia et faseoli occantur tan- tum. Sunt gnera terrae , quarum ubertas pectinari segetem in herba cogat ( cratis et hoc genus , dentatae stilis ferreis) : eademque nihilominus et depascuntur. Quae depasta sunt, sarculo iterum cxcitari necessarium. -ii HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVIII. 3i7 ^ il n'y a que trois ans, au territoire de Trves. Les bls avaient t gels par un hiver rigoureux ; les habitans ensemencrent une seconde fois leurs terres , les sar- clrent de nouveau au mois de mars , et obtinrent une rcolte trs-abondante. Passons maintenant la culture convenable aux diverses espces de bl. De la manire de herser , et du double sarclage selon les diverses espces de grains ; dans quels cas on emploie la herse. L. 11. Le siligo, le far, le triticum , le zea et l'orge veulent tre herss , sarcls , et purgs des mauvaises herbes, aux poques que nous indiquerons. Un seul ou- vrier Tparjugerum suffit pour chaque espce de bl. Le sarclage fait au printemps ramollit la terre, que le froid de l'hiver avait durcie , et la dispose se laisser pntrer par la chaleur du soleil renaissant. En sarclant , il faut prendre garde de ne point arracher les racines du bl. Le triticum , l'orge, le zea et la fve se trouvent mieux d'tre sarcls deux fois. En arrachant les mauvaises herbes lorsque les bls sont nous , on fait profiter la racine de ceux-ci, puisqu'on les dbarrasse de toute production inutile. Parmi les lgumes, le ccr exige les mmes soins que \efar. Il importe peu la fve qu'on lui te ses mauvaises herbes , parce qu'elle les touffe ; le lupin demande seulement qu'on les arrache la main. Le millet et le panis veulent tre herss et sarcls , mais seulement une fois, et n'exigent pas qu'on leur te en- suite les mauvaises herbes. Le fenugrec et les fasoles se contentent d'tre herss. Il y a des terres si fertiles qu'on est oblig de herser les bls en herbe avec la herse dents de fer , et en outre d'y faire patre le btail. Les ^^^^ 3 18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. At in Bactris, Africa, Cyrene, omnia haec supervacua fecit indulgentia cli, et a semente non nisi messibus in aream redeunt : quia siccitas coercet herbas , fruges nocturno tactas rore nutriens. Virgilius alternis cessare arva suadet : et hoc , si patiantur ruris spatia , utilissi- mum procul dubio est. Quod si neget conditio , far se- rendum , unde et lupinum, aut vicia, aut faba sublata sint , et qu terram faciunt laetiorem. In primisque et hoc notandum , quaedam propter aha seri obiter : sed parum provenire priori diximus volumine , ne eadem spius dicantur : plurimum enim refert soh cujusque ratio. De summa fertilitate soli. LI. 2 2. Civitas Africae in mediis arenis , petentibus Syrtes Leptinque magnam, vocatur Tacape, felici super omne miraculum riguo solo : ternis fere millibus pas- suum in omnem partem fons abundat, largus quidem, sed certis horarum spatiis dispensatur inter incolas. Palma; ibi praegrandi subditur olea , huic ficus , fico Punica , iUi vitis : sub vite seritur frumentum , mox le- gumen , deinde olus , omnia eodem anno : omniaque aUena umbra aluntur. Quaterna cubita ejus soli in qua- dratum, nec ut a porrectis metiantur digitis, sed in HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Sig bls o l'on a mis le btail doivent tre sarcls ensuite. Dans laBactriane, l'Afrique et la Cyrnaque, le climat est si favorable, que toutes ces prcautions y sont superflues. Le bl une fois sem, l'on ne retourne aux champs que pour la moisson ; car la scheresse empche les mauvaises herbes de lever , tandis que le bl se nourrit des roses de la nuit. Virgile veut qu'on laisse reposer la terre de deux ans l'un. Ce prcepte est assurment trs -bon pour ceux qui ont de vastes domaines; mais si le terrain est de peu d'tendue, on devra semer an far dans les champs o l'on aura rcolt des lupins , de la vesce , des fves, ou quelqu'autre grain qui engraisse la terre. Il est bon encore de remarquer qu'il y a des grains qu'on ne sme que par rapport d'autres , mais ils ne pro- fitent gure. Nous renverrons pour ce sujet au livre pr- cdent , pour ne point nous rpter. Au reste, il faut avoir gard aux diverses qualits du terroir. Extrme fertilit du sol. LI. 11. Au milieu des sables de l'Afrique, du cot des Syrtes et de la grande Leptis , est une ville nomme Tacape, dont le territoire est d'une fertilit qui semble tenir du prodige , et qui est due un excellent systme d'irrigations. On y trouve en effet une vaste fontaine de trois milles de diamtre, dont les eaux abondantes sont distribues certaines heures chaque propritaire. C'est l qu'on voit crotre, au dessous d'un grand pal- mier, un olivier; au dessous de l'olivier, un figuier; au dessous du figuier , un grenadier ; au dessous du gre- nadier, une vigne; au dessous de cette vigne on sme du froment , puis des lgumes , puis des herbes pota- ao C. PLINII. HIST. NAT. LIB. XVIII. pugnum contractis , quaternis denariis venumdantur. Super omnia est , bifera vite , bis anno vindemiare. Et nisi multiplici partu exinaniatur ubertas, pereunt luxu- ria singuli fructus. Nunc vero loto anno metitur aliquid : constatque fertilitati non occurrere homines. Aquarum quoque differentia magna riguis. Est in Narbonensi provincia nobilis fons, Sorge nomine est: in eo herb nascuntur in tantum expetitae bubus , ut mersis capiti- bus totis eas quaerant. Sed illas in aqua nascentes certum est non nisi imbribus ali. Ergo suam quisque terram aquamque noverit. Ratio saepius anno serendi. LII. 23. Si fuerit iila terra, quam appellavimus te- neram , poterit sublato hordeo milium seri : eo condito, rpa : his sublatis, hordeum vel triticum, sicut in Cam- pania : satisque talis terra aratur, quum seritur. Alius ordo : ut ubi adoreum fuerit , cesset quatuor mensibus iiibernis, et vernam fabam recipiat, ita ut ante hiema- iem ne cesset. Nimis pinguis alternari potest ita, si fru- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Sai gres. Tous ces vgtaux rapportent la mme anne , et s'lvent l'un l'ombre de l'autre. Quatre coudes carres de cette terre , mesures , non main dploye , mais poing ferm, se vendent quatre deniers. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que la vigne y porte deux fois l'an. Si un terroir aussi fertile n'tait surcharg de cette multiplicit de productions, le fruit unique qu'on en exigerait par la culture prirait par trop d'abondance. Mais pendant l'anne tout entire, la terre fournit des rcoltes nouvelles , et il est constant que la quantit de produits ne diminue en rien sa f- condit. Au reste, toutes les eaux ne sont pas galement bonnes pour arroser la terre. Il y a dans la province Narbonnaise une fontaine clbre, nomme la Sorgue, dans laquelle il crot des herbes dont les bufs sont si avides, que, pour les atteindre, ils plongent leur tte tout entire dans l'eau; nanmoins il est certain que ces mmes herbes ne croissent dans cette fontaine que par les pluies ; tant il est important d'tudier les proprits de toutes les eaux et de tous les terrains. Manire de semer plusieurs fois l'ann. LU. 2 3. Si la terre est de celles que nous avons ap- peles tendres, on pourra, aprs la rcolte de l'orge, y semer du millet; aprs la rcolte du millet, y semer des raves; et aprs celles-ci, de l'orge ou du triticum^ comme on le fait dans la Campanie. Il suffira de labourer une pareille terre avant les semailles. On peut suivre un autre ordre : on laissera reposer pendant les quatre mois d'hiver la terre o il y aura eu nfar, puis on y mettra des fves de printemps , qui y demeureront jusqu' la XI. 9.T 32a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. mento sublato, legumen tertio seratur. Gracilior, et in annum tertium cesset. Frumentum quidam seri vtant , nisi in ea qu proximo anno quieverit. Stercoratio. LUI. Maximam hujus loci partem stercorationis ob- tinet ratio , de qua et priore diximus volumine. Hoc tantum enim in confesso est, nisi stercorato seri non oportere, quamquam et hic leges simt propri. Milium, panicum , rpa , napus , nisi in stercorato non seran- tur. Non stercorato frumentum potius quam hordeum serito. Item in novalibus , tametsi in illis fabam seri volunt, eamdem ubicumque quam recentissime sterco- rato solo. Autumno aliquid saturus, septembri mense fmum inaret post imbrem. Utique si verno erit saturus, per hiemem fimum disponat. Justum est vehes octode- cim jugero tribui : dispergere autem prius quam ares- cat , aut jacto semine. Si haec omissa sit stercoratio , se- quens est, prius quam sarriat, aviarii pulvere. Quod ut hanc quoque curam determinemus, justum est singulas vehes fimi denario ire, in singulas pecudes minores; in majores , denas : nisi contingat hoc , maie substravisse HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. SaS rcolte des fves d'hiver. Lorsqu'une terre est trop grasse, ou peut lui faire donner successivement plusieurs rcoltes, en y semant trois fois de suite des lgumes aprs qu'elle a donn du froment. Si elle est trop maigre, on doit la laisser reposer de trois ans l'un. Quelques auteurs prescrivent de ne semer le froment que dans un terrain qui ait repos l'anne prcdente. Engraissement des terres par le fumier. LUI. Mais ici le point le plus important est de bien fumer la terre. Nous avons dj trait des engrais au livre prcdent. On convient qu'il ne faut jamais semer une terre sans l'avoir fume ; toutefois il y a ici des rgles suivre. Le millet , le panis, les raves, les navets ne peuvent se passer d'engrais ; le froment en a moins besoin que l'orge. Quoiqu'on recommande de semer les fves dans des terres reposes , il faut cependant que l'endroit o on les mettra soit fum tout nouvellement. Quand on veut semer quelque chose en automne , il faut, au mois de septembre, rpandre le fumier sur la terre , et labourer aprs la pluie. Si l'on veut semer au printemps, il sera bon de mettre le fumier pendant l'hiver. Var jugerum il faut dix-huit voitures de fumier, que l'on doit rpandre avant qu'il soit sec, ou immdiatement aprs qu'on a sem. Si l'on n'a pas fum la terre en temps convenable, on pourra le faire ensuite, avant de sarcler, en employant de la fiente de volailles. Quant au prix du fumier, j'observerai que celui du menu btail vaut un denier la voiture, et que dix voitures de fumier de gros btail ne valent pas davantage : s'il en est autre- ment, c'est une preuve que le laboureur n'a pas fourni '2 1. 3a4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. pecori colonum appareat. Sunt qui optime stercorari putent, sub dio retibus inclusa pecorum mansione. Ager si non stercoratur , alget : si niniium stercoratus est , aduritur : satiusque est id sape , quam supra modum facere. Quo calidius solum est, eo minus addi stercoris, ratio est. Seminum probatio. LIV. il\. Semen optimum anniculum , bimum dte- nus, triraum pessimum, ultra strile. Et in uno omnium definita gnre ratio est : quod in ima area subsedit , ad semen reservandum est. Id enim optimum , quoniam gravissimum : neque alio modo utilius discernitur. Quae spica per intervalla semina habebit, abjicietur. Opti- mum granum quod rubet, et dentibus fractum, eumdem habet colorem : deterius , cui plus intus albi est. Cer- tum terras alias plus seminis recipere , alias minus. Re- ligiosumque inde primum colonis augurium , quum avidius accipiat , esurire creditur, et comesse semen. Sationem locis humidis celerius fieri ratio est, ne se- men imbre putrescat : siccis serius , ut pluviaj sequan- tur ; ne diu jacens atque non concipiens , evanescat. Itemque festinata satione densum spargi semen , quia tarde concipiat : serotina rarum , quia densitate nimia necetur. Artis quoque cujusdam est, aequaliter spargere. Manus utique congruere dbet cum gradu , semperque r HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 3^5 assez de litire au btail. Quelques-uns pensent qu'on ne saurait mieux fumer un champ qu'en y faisant par- quer les troupeaux. Si une terre n'est pas fume, elle est trop froide ; si on la fume trop , on la brle : ainsi il vaut mieux la fumer peu et souvent que de la trop fumer tout d'un coup. Plus un terrain est chaud par lui- mme, moins il exige d'engrais. Moyen de connatre la qualit des graines. LIV. i[\. La graine d'un an est la meilleure pour se- mer ; vient ensuite celle de deux ans ; celle de trois ans est l moins bonne ; plus vieille , elle ne produit rien. Au reste , ce que nous disons ici s'applique g- nralement toutes sortes de graines. Le grain qui se trouve au bas de l'aire doit tre rserv pour les semailles : comme il est le plus pesant , il est aussi le meilleur; et il n'est pas de moyen plus sr pour con- natre sa qualit. Les pis qui ont leurs grains par intervalles ne valent rien pour semence. Le meilleur bl est celui qui est rougetre , et qui , cass sous la dent , est de mme couleur l'intrieur ; celui qui est blanc au dedans est de qualit infrieure. On sait , du reste , qu'il y a des terres qui exigent plus de semence que d'autres. Quand une terre en demande beaucoup, nos laboureurs , toujours superstitieux , en concluent qu'elle est affame et qu'elle la dvore. On doit semer de meilleure heure dans les lieux humides, de peur que la pluie ne pourrisse le grain; on sme plus tard dans les lieux secs , pour se rapprocher de l'poque des pluies , et de peur que le grain , demeurant long- temps dans la terre sans germer , ne perde sa vertu 326 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XVIII. cum dextro pede. Fit quoque quorumdam occulta ra- tione, quod sors genialis atque fecunda est. Non trans- ferendum est ex frigidis locis semen in calida, neque ex praecocibus in serotina : idque in contrarium prcepere quidam falsa diligentia. Quantum ex quoque gnre frumenti in jugero serenduin. LV. Serere in jugera temperato solo justum est tri- tici aut siliginis modios v farris , aut seminis, (quod frumenti genus ita appellamus), x ; hordei vi ; fabae quin- tam partem amplius quam tritici : vici xii ; ciceris et cicerculae , et pisi , m; lupini x; lentis m, sed hanc cum fimo arido seri volunt : ervi vi , siliciae vi, faseolorum iv, pabuli XX, milii, panici, sextarios quatuor. Pingui solo plus, gracili minus. Est et alia distinctio : in denso, aut cretoso , aut uliginoso solo , tritici aut siliginis modios sex : in soluta terra , et sicca , et laeta , quatuor. Ma- cies enim soli, nisi rarum culmum habeat , spicam mi- nutam facit et inanem. Pinguia arva ex uno semine HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3*7 productive. Quand on sme de bonne heure, il faut se- mer pais, parce que le bl est plus long-temps lever; quand la saison est avance , on sme clair, de peur que les grains ne s'touffent. C'est un art que de savoir r- pandre galement la semence; pour cela, il faut que la main du semeur s'accorde avec sa marche, et surtout avec le pied droit. En outre, par une espce de prro- gative mystrieuse , il y a des gens qui naissent avec la main heureuse , et par qui le grain sem est plus fcond. On ne doit pas mettre dans un terroir chaud le bl pro- venu d'un terroir froid, ni dans une terre tardive , celui d'une terre htive. Quelques auteurs cependant, abuss par un vain espoir d'amlioration, prescrivent la mthode contraire. De la quantit de crales qu'il faut semer par jugerum. LV. Dans un terrain ordinaire, il faut semer par/w- gerum , cinq boisseaux de triticuni ou de siligo ; dix boisseaux de far ou de semen ( c'est le nom que nous donnons une espce de froment ) ; six boisseaux d'orge , autant de fves ; douze boisseaux de vesce , trois boisseaux de pois chiches , autant de cicercula et autant de pois communs ; dix boisseaux de lupins , trois boisseaux de lentilles, mais il faut les semer avec du fumier sec ; six boisseaux d'ers , autant de fenugrec ; quatre boisseaux de fasoles, vingt boisseaux de drage, quatre setiers de millet ou de panis. Il faut plus de se- mence dans une terre grasse que dans une terre maigre. Il est une autre distinction faire : pour un sol gras , crtac ou humide , il faut par jugerum six boisseaux de triticum ou de siligo ; il n'en faut que quatre pour % C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. fruticem numerosum fundunt , densamque segetem e raro semine emitfunt. Ergo in ter quatuor et sex modios pro natura soli , alii quinque non minus seri, pluresve praecipiunt : item in consito , aut clivoso, ut in macro. Hue pertinet oraculum illud magnopere custodiendum ; ce Segetem ne defruges. Adjecit iis Accius in Praxi- dico, c( ut sereretur, quum luna esset in Ariete, Gemi- nis , Leone , Libra , Aquario. Zoroastres , Sole duo- decim partes Scorpionis transgresso , quum luua esset in Tauro. , De temporibus serendi. ..'-ip.v.iiH'. y ^i') ' ' ' ' LVI. Sequitur hue dilata et maxima indigens cura de tempore fruges serendi quaestio, magnaque ex parte ratione siderum connexa. Quamobrem sententias om- nium in primis ad id pertinentes exponemus. Hesiodus, qui princeps omnium de Agricuitura praecepit , unum tempus serendi tradidit a Vergiliarum occasu. Scribebat enim in Botia Helladis , ubi ita seri diximus. Inter di- ligentissimos convenit, ut in alitum quadrupedumque genitura, esse quosdam ad conceptum impetus et terrae. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Say un sol lger, sec et fertile par lui-mme ; car dans un sol maigre, si le bl n'est pas sem clair, il ne produit que des pis faibles et presque vides. Dans une terre grasse , un seul grain de bl donne un grand nombre de tiges ; et quoique sem clair , le bl vient fort pais. Ainsi la quantit de grain par jugerum est de quatre six boisseaux, selon la nature des terrains; suivant quelques auteurs , elle doit tre de cinq boisseaux , ni plus ni moins : soit qu'on sme dans un terrain plant d'arbres, ou form en coteau, ou dans un terrain maigre, la quantit de semence doit toujours tre la mme. Au reste , il ne faut pas perdre de vue l'importante maxime : N'puisez pas la terre en la faisant trop produire. Ac- cius, dans le Praxidique , ajoute qu'il faut semer quand la lune est dans les signes du Blier, des Gmeaux, du Lion, de la Balance et du Verseau ; et Zoroastre, lors- que le soleil a pass douze degrs du Scorpion, et que la lune est ans le Taureau. Du temps des semailles. LVI. 11 faut maintenant aborder une question trs- importante, et qui, en grande partie, se rattache au cours des astres : savoir , quel est le vrai temps de semer les grains. Nous allons rapporter les sentimens des auteurs qui ont trait cette matire. Hsiode, qui le premier a donn des prceptes d'agriculture, n'a in- diqu qu'une seule saison pour semer, c'est--dire le coucher des Pliades ; en effet , il crivait dans la Botie, partie de la Grce o les semailles avaient lieu cette poque, comme nous l'avons dj fait observer. Les meilleurs observateurs s'accordent reconnatre des 33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. Hoc Graeci ita definiunt : quum sit calida et humida< Virgilius triticum et far a Vergiliarum occasu seri ju- bet , hordeum inter quinoctium autumni et brumam : viciam vero , faseolos et lentem , Boote occidente. Quo fit, ut horum siderum aliorumque exortus et occasus digerendi sint in suos dies. Sunt qui et ante Vergiliarum occasum seri jubeant , dumtaxat in arida terra , calidis- que provinciis : custodiri enim semen , corrumpente humore , et a proximo imbre uno die erumpere. Alii statim ab occasu Vergiliarum sequi imbres, a septimo fere die. Aliqui in frigidis ab aequinoctio autumni ; in calidis serius , ne ante hiemem luxu rient. Inter omnes autem convenit circa brumam serendum non esse : magno argumento , quoniam hiberna semina , quum ante brumam sata sint, septimo die erumpant : si post brumam , vix quadragesimo. Sunt qui properent, atque ita pronuntient , festinatam sementem saepe decipere , serotinam semper. E contrario alii , vel vere potius se- rendum , quam malo aulumno ; atque ubi fuerit necesse, inter Favonium et vernum aequiuoctium. Quidam omissa caelestis cura, ut inutili , temporibus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 33 1 poques o la terre prouve aussi , comme les oiseaux et les quadrupdes , le besoin de produire ; ces po- ques sont , suivant les Grecs , lorsqu'elle est chaude et humide. Virgile prescrit de semer le froment et \efar ds le coucher des Pliades ; l'orge , entre l'quinoxe d'automne et le solstice d'hiver; la vesce, les fasoles et les lentilles , au coucher du Bouvier. Il est donc nces- saire de fixer les jours o ces astres et les autres se lvent et se couchent. D'autres auteurs veulent que l'on sme avant le coucher des Pliades , mais seulement dans les terrains secs et dans les pays chauds. Ils pr- tendent que la semence, sujette se gter par l'humi- dit , se conserve mieux dans une terre sche , et qu' la premire pluie elle lve en un jour. Selon d'autres, il faut semer sept jours aprs le coucher des Pliades, qui est ordinairement suivi de pluies. Il y en a qui recom- mandent de semer ds l'quinoxe d'automne dans les pays froids , et plus tard dans les pays chauds , de peur que le bl ne pousse trop avant l'hiver ; mais tous conviennent qu'on ne doit pas semer vers le sol- stice d'hiver , et par une excellente raison , c'est que les bls d'hiver sems avant le solstice lvent le septime jour , et que ceux qui ont t sems aprs , lvent peine le quarantime. Quelques-uns se htent , dans la persuasion que si les semailles avances trompent souvent , les semailles tardives trompent toujours. Au contraire , d'autres soutiennent qu'il vaut mieux semer au printemps que dans un mauvais automne; et que, si l'on est forc de semer au printemps, il faut choisir l'intervalle entre les vents favoniens et l'quinoxe de mars. Quelques auteurs, ngligeant l'observation des astres 332 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. definiunt. Vere jinum, et avenam, et papaver: atque uti nunc etiam Transpadani servant, usque in Quinqua- trus : fabam , siliginem novembri mense : far septembri extremo usque in idus octobris. Alii post hune diem in kalendas novembris. Ita his nulla naturae cura est : illis nimia, et ideo caeca subtilitas : quum res geratur inter rusticos, litterarumque expertes non modo siderum. Et confitendum est, caelo maxime constare ea : quippe Vir- gilio jubente praedisci ventos ante omnia ac siderum mores, neque aliter, quam navigantibus, servari. Spes ardua et immensa, misceri posse clestem divinitatera imperitiae : sed tentanda tam grandi vitae emolumento. Prius tamen sideralis dificultas, quam sensere etiam periti, subjicienda contemplationi est : quo deinde laetior mens discedat a clo, et facta sentiat, quae futura prae- nosci non possint. Digestio siderum in die$ et noctes terrestres. LVIL 25. Primum omnium dierum ipsorum anni solisque motus prope inexplical)iHs ratio est. Ad ccclxv HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 333 comme entirement inutile, se bornent indiquer quel- ques poques de l'anne : ainsi l'on smera au printemps le lin, l'avoine et le pavot, jusqu'aux ftes de Minerve, comme on le fait encore aujourd'hui au del du P6. On smera les fves et le siligo au mois de novembre , et \^far de- puis la fin de septembre jusqu'aux ides d'octobre ; d'au- tres veulent qu'on le sme depuis les ides d'octobre jusqu'aux kalendes de novembre. Ainsi ces derniers cri- vains ne tiennent aucun compte des rvolutions clestes; les premiers y attachent trop d'importance , et ne don- nent que des explications obscures , trop subtiles pour des villageois grossiers, et qui n'ont aucune notion d'as- tronomie. Il faut nanmoins convenir que cette science est fort utile l'agriculture; aussi Virgile veut-il qu'a- vant tout le laboureur connaisse les vents et le cours des astres , et qu'il les observe avec la mme attention que le pilote au milieu des mers. Sans doute il paratra difficile de faire entrer dans des esprits grossiers des connaissances d'un ordre si lev, mais il faut au moins essayer d'y russir en considration des avantages que la socit peut en retirer. Auparavant il est ncessaire de prsenter les difficults qui se trouvent en cette matire , et qui ont frapp les plus habiles , afin qu'on se console d'tre forc d'abandonner le ciel si l'on n'a pu en comprendre la thorie, et qu'on puisse au moins rapporter les effets leurs causes , si l'on n'a pu les prvoir d'avance. Manire dont se comportent les astres pendant les jours et les nuits de la terre. LVII. 25. D'abord, il est presque impossible de d- terminer d'une manire prcise le* nombre des jours * v 33/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVITI. adjiclunt etiamnum intercalarios diei noctisque qua- drantes. Ita fit , ut tradi non possint certa siderum tempora. Accedit confessa rerum obscuritas , nunc prae- currente, nec paucis diebus , tempestatum significatu , quod zpQX^if^oc^J^v Grci vocant : nunc postveniente , quod szix^ifji^acaiy : et plerumque alias citius , alias tar- dius caeli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate reddita confectum sidus audimus. Praeterea quum omnia hc stalis sideribus cloque adfixis constent, interve- niunt motu stellarum grandines , imbres , et ipsi non levi effectu , ut docuiinus , turbantque conceptae spei ordinem. Idque ne nobis tantum putemus accidere , et reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita eorum constet : aesti vasque alites prposteri aut prae- properi rigores necant , hibernas stus. Ideo Virgilius errantium quoque siderum rationem ediscendam praeci- pit , admonens observandum frigidae Saturni stellae Iran situ m. Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur ob infirmitatem animalis , papilionis provenlum. Id eo ipso anno , quum commentaremur hc notatum est , proventum eorum ter repetito frigore extinctum, ad- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 335 de l'anne et le cours du soleil. Aux trois cent soixante- cinq jours qui composent l'anne, on ajoute le quart d'un jour et d'une nuit , pour en faire ensuite un jour intercalaire; de l il suit qu'on ne saurait indiquer avec prcision le moment du lever et du coucher des astres. On convient qu'il y a encore dans cette thorie beau- coup d'obscurit ; en effet , les saisons quelquefois com- mencent plusieurs jours avant le terme qui leur a t fix, ce que les Grecs suppeWent procheimasis ; d'autres fois , plusieurs jours aprs , ce qu'ils appellent pichei- masis. Presque toujours l'action des astres se fait sentir sur la terre ou plus tt ou plus tard qu'il ne devrait ; aussi dit-on communment, lorsque le beau temps est revenu , que tel astre a produit son effet. Ces phno- mnes dpendent des astres fixs la vote des cieux , ainsi que des toiles, dont les raouvemens particuliers excitent des grles et des pluies qui sont d'une trs- grande consquence pour les biens de la terre , comme nous l'avons observ , et amnent dans la temprature des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait compter. Non-seulement les hommes y sont tromps , mais aussi les animaux , bien plus habiles que nous prvoir ces vicissitudes , puisque d'ailleurs leur vie en dpend; en effet, on a vu des oiseaux d't prir par des froids arrivs trop tt ou trop tard , et des oiseaux d'hi- ver par des chaleurs galement imprvues. Aussi Virgile veut-il qu'on tudie aussi le cours des plantes, et qu'on observe avec soin le passage du froid Saturne. Quelques-uns fixent le commencement du printemps l'apparition des papillons , parce que ces insectes sont fort dlicats. Nanmoins on a observ, dans l'anne mme o j'cris cette partie de mon ouviage, que le froid, ayant 36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. venasque volucres ad vi kalendas februarii spem veris attulisse , mox saevissima hieine conflictatas. Res anceps : primum , omnium a clo peti legem : deinde eam argiimentis esse quaerendam. Super omnia est mundi couvexitas , terrarumque globi differentia , eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : quo fit ut causa ejus non eisdem diebus ubique valeat. Addidere difficultatem et auctores diversis in locis ob- servando , mox etiam in iisdem diversa prodendo. Trs autem fuere sect : Chaldaea , ^gyptia, Graeca. His ad- didit apud nos quartam Caesar dictator, annos ad solis cursum redigens singulos, Sosigene perito scientiae ejus adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore cor- recta est : ita ut xii annis continuis non intercalaretur, quia cperat sidra annus morari , qui prius antecede- bat. Et Sosigenes ipse trinis commentationibus , quam- quam diligentlor ceteris, non cessavit tamen addubitare, ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prae- texuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio congruente. Minus hoc in reliquis miruni , quos diversi excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dis- sedere, unam discordiam ponenius exempli gratia : oc- casum matutinum Vergiliarum Hesiodus ( nam hujus quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri , quum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 337 repris trois fois, a fait prir autant de fois les papillons, et que les hirondelles qui , s'taient montres ds le 6 des kalendes de fvrier, et semblaient annoncer le retour du printemps, ont eu essuyer un rigoureux hiver. C'est donc une science trs-problmatique que celle de l'influence des astres , et les inductions qu'elle fournit sont fort douteuses. Ce qui augmente la difficult, c'est la convexit du ciel et la diffrence des climats de la terre : le mme astre se montre ici dans un temps, et l dans un autre ; d'o il suit que son influence ne se fait pas sentir en mme temps partout. Pour surcrot d'em- barras, les observations recueillies par les auteurs ont t faites dans des lieux diffrens , et ceux du mme pays ne s'accordent pas mme entre eux. On compte trois coles astronomiques, la chaldenne, l'gyptienne et la grecque. Le dictateur Csar en a fond , chez les Ro- mains, une quatrime, lorsqu'aid de Sosigne, habile astronome , il fixa la longueur de l'anne une rvolu- tion du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier tait dfectueux , parce que l'anne , auparavant plus courte, se trouvait alors plus longue que le cours du soleil. Pour y remdier , il fallut , pour douze annes conscutives, supprimer les jours intercalaires, Sosigne lui-mme, le mathmaticien le plus exact de son temps, aprs avoir revu jusqu' trois fois ses calculs , sembla toujours douter de leur justesse , et ne cessa jamais de se corriger lui-mme. De tous les auteurs qui ont trait ce sujet , et que nous avons cits au commencement de ce livre, il en est rarement deux qui soient de mme avis. Cette divergence d'opinions est moins surprenante et plus excusable chez ceux qui crivaient en des pays dif- frens. Mais que dire de ceux qui, habitant le mme pays, XI. 22 338 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. aequinoctium autumni conficeretur. Thaes vigesimo quinto die ab aequinoctio : Anaximander vigesimo nono: Euctemoii xlviii. Nos sequemur observationem Csaris : maxime haec erit Italise ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : quoniam non uni us terrae , sed totius naturae interprtes sumus : non auctoribus positis ( id enim verbosum est ) , sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis gratia , quum Attica nominata fuerit , simul intelligere Cycladas insulas : quum Macedonia, Magnesiam, Thra- ciam : quum iEgyptus , Phnicen , Cyprum , Ciliciam : quum Botia , Locridem , Phocidem , et finitimos sem- per tractus : quum Hellespontus , Chersonesum, et con- tinentia usque Atho montem : quum lonia , Asiam , et iusulas Asiae : quum Peloponnesus , Achaiam et ad Hes- perum jacentes terras. Chaldaei Assyriam et Babyloniam demonstrabunt. Africam , Hispanias , Gallias sileri non erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum proderet exortus. Non tamen difcili ratione dignos- centur in illis quoque terris digestione circulorum, quam in sexto volumine fecimus : qua cognatio caeli , non gentium modo , verum urbium quoque singularum in- telligitur, nota ex bis terris, quas nominavimus, sumpta HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 339 sont nanmoins d'avis diffrens? En voici un exemple: Hsiode, qui nous a laiss aussi un ouvrage sur le cours des astres, fixe le coucher matutinal des Pliades au moment de l'quinoxe d'automne ; Thaes prtend qu'il n'arrive que vingt-cinq jours aprs ; Anaximandre en met vingt-neuf; Euctmon^ quarante-huit. Quant nous , nous suivrons les calculs de Gsar , qui se rapportent spcialement l'Italie ; mais nous rapporterons aussi les observations trangres , car notre plan n'est pas de traiter d'un seul pays, mais de la nature entire. Pour tre moins longs, nous citerons les pays, et non les auteurs; et, pour abrger davantage encore , les lecteurs se souviendront que , sous le nom d'Attique , il faut aussi entendre les Cyclades ; sous le nom de Macdoine , la Magnsie et la Thrace ; sous le nom d'Egypte , la Phnicie, l'le de Cypre et la Cilicie; sous celui de Botie, la Locride, la Phocide et les con- tres voisines; sous le nom d'Hellespont, la Chersonse et partie du continent jusqu'au mont Athos ; sous le nom de l'Ionie, l'Asie et les les Asiatiques ; sous le nom du Ploponnse, l'Achae et les pays adjacens aii cou- chant ; enfin sous le nom de Chalde , l'Assyrie et la Babylonie. On ne sera pas tonn que nous ne parlions ni de l'Afrique, ni de l'Espagne, ni des Gaules. Aucun auteur dans ces contres n'a laiss d'observations sur le lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile nanmoins de dterminer l'poque de ces phnomnes dans ces contres, en tudiant la disposition des cercles, telle que nous l'avons prsente dans le sixime livre. Par ce moyen , on dterminera la position astrono- mique, non-seulement de chaque pays, mais encore de chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par 11. 34o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVin. convexitate circuli pertinentis ad quas quisque quaeret terras , et ad earum siderum exortus , per omnium cir- culorum pares umbras. Indicandum et illud, tempesta- tes ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem non magna difFerentia reverli ratione solis : octonis vero augeri easdem, centesima revolvente se luna. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3/,i les ombres gales de tous les cercles, une portion du cercle de telle contre qu'on voudra choisir , et en cal- culant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire observer encore que tous les quatre ans les chaleurs re- viennent peu prs les mmes pour chaque saison , en raison du mouvement du soleil, et que toutes les hui- times annes elles sont plus fortes , cause de la cen- time lunaison. NOTES .>,> DU LIVRE DIX-HUITIME.* du (premire partie.) ' I. ChaP. I, page 190, ligne 6. Sequiiur natura frugum , hor- tommque, acflorum, etc. Pline traite en effet des bls , des jardins et des fleurs dans les livres qui suivent. Notre auteur admire la prodigieuse varit des productions naturelles , et cependant , l'poque o il crivait, la terre n'tait pas encore connue , peine quelques centaines de lieues du littoral africain avaient t visi- tes, et l'Amrique avec ses innombrables les ne devaient tre dcouvertes que quatorze sicles plus tard. Les Romains avaient explor trs-imparfaitement l'Asie , et le nord de l'Europe leur tait entirement inconnu. Ils n'avaient donc vu qu'une trs- faible partie des richesses botaniques ; d'ailleurs , ils ngligeaient d'tudier les plantes qui n'avaient pas une application directe aux besoins de l'homme , ou qui ne servaient pas ses jouissances. Voici quelle est la marche chronologique de l'accroissement numrique des plantes : Hippocrate {opra omnia) , quatre cent cinquante-neuf ans peu prs avant Jsus-Christ , a parl de 284. plantes ; Thophraste [Historia Plantarum , lib. XII ), trois cent dix ans avant Jsus- Christ, a dcrit ou parl de 5oo plantes ; Dioscoride ( Materia medica , lib. VI ) , vingt ans aprs Jsus- Christ , a dcrit ou parl de 600 plantes environ ; Pline (^Historia naturalisa, lib. xxxvil), contemporain de Dios- coride , a parl de 800 plantes , et plus ; Matthiole {^Commentaires sur Dioscoride, i5oo-i577) a figur 1,898 plantes ; * Toutes les notes des livres xii xxvii inclusiTemeat sont dues M. FE. NOTES DU LIVRE XVIII. 34^ Dalechainp (Histon'a generalis Plantarum, i5i3-i588) a figur 2,781 plantes; Clusius (Ran'orum Planlarum Historia, iSa-iGog) a figur i3i5 plantes; Lobel (Jlisioria Stirpium , i538-i6i6) a figur 2,191 plantes ; J. Bauhin {Historia Plantarum universalis , i54.i-i6i3) a parl de 5,266 plantes ; C. Bauhin , dans le Pinax et le Theatrum botanicum , 1 56o- 1624. , a dcrit ou parl de 6,000 plantes ; Parkinson [Theatrum botanicum et Paradisus terrestris , 1567 ) a figur 3,4.47 plantes ; Rai (n en 1628, mort en 1705), dans ses divers ouvrages, a parl de 8,655 plantes ; Toumefort {^Insiiiutiones R. herbari , Vojage au Levant, i656 et 1708) a parl de 10,146 plantes; Linn, dans ses divers ouvrages, a fait connatre environ 7,000 plantes ; Persoon, dans son Enchiridium, , a dcrit 21,000 plantes , sans compter les cryptogames , qu'on peut estimer 6,000 : total , 27,000 ; Steudel { Nomenclator botanicus , 1821) a numr, savoir: genres phanrogamiques , 8,876 ; espces , 89,684 : genres cryp- togamiques , 557 ' espces , 10,965 ; total , 5o,649- M. de CandoUe porte approximativement 56, 000 le nombre des plantes phanrogames qui seront dcrites dans le prodrome dont la publication est commence , et il pense que ce ne sera gure que la moiti des plantes du globe, c'est--dire que les ou- vrages gnraux renfermeront plus tard la description de 120,000 espces environ. On voit que les termes extrmes de cette pro- gression donnent : Thophraste, premier ouvrage universel , 5oo ; de Candolle, 56,ooo, et approximativement le double de ce nom- bre. De quelles expressions se servirait donc Pline pour rendre son tonnemcnt, la vue d'une si merveilleuse fcondit ? Que dirait-il en voyant le genre sphria , compos de 600 espces; et le genre agaricus, de prs de 1,200? Ce serait alors qu'il pourrait 344 NOTES DU LIVRE XVIII. dire que cette tude est immense; elle est en eftet au dessus des forces d'un seul homme , et il faut se rsoudre tudier seule- ment quelques familles , et mme quelques genres. 2. Page i()0 , ligne 1 2. Qua in parle primum omnium patroci- nari lerr, etc. C'est vers la moiti du livre II', et au chapitre 63, que Pline prend la dfense de la terre, qui est, dit-il, le domaine de l'homme, comme le ciel est le domaine de Dieu. Ou est tent de sourire en voyant la peine qu'ont prise de grands crivains et des hommes graves pour plaider, avec plus ou moins d'loquence , des causes qui n'ont pas besoin de dfenseurs. Chercher tablir l'existence de Dieu , et vouloir prouver que la terre est utile ses habitans , sont des purilits. Levez les yeux vers le ciel , pro- menez vos regards sur un vaste horizon , et votre intelligence vous en dira plus que les livres les mieux crits. On reproche la terre de produire des poisons ; mais la na- ture n'a-t-elle pas donn aux animaux l'instinct qui les en loigne, et l'homme la raison , qui fait tourner son profit ce qui pour- rait lui nuire. En y regardant de prs , on sait quoi s'en tenir sur toutes ces dclamations. 3. Page 192 , ligne i. Atque quum arbore exacuant limentque cornua elephanti , etc. Les animaux ont l'instinct des ressources que la nature a mises leur disposition pour l'attaque et pour la dfense ; aussi les voit-on fuir ceux qu'ils craignent, et chercher ceux qu'ils peuvent vaincre. Ils se servent des armes qu'ils portent ; mais on ne peut supposer pourtant que, dans leur inaction, ils les aiguisent et les prparent: cette prvision ne serait point alors le rsultat de l'instinct, mais bien celui de l'intelligence ; d'ailleurs, s'il en pouvait tre ainsi , les grands animaux dtruiraient peu peu leurs armes en les usant contre les corps durs , car, l'mail tant enlev, la carie attaquerait bientt les dfenses de l'lphant et celles du rhinocros. On a vu peut-tre quelquefois ces ani- maux frotter leurs terribles dfenses contre les arbres ou contre les rochers , mais c'tait un excs de vitalit qu'ils dpensaient; ils respiraient alors la guerre, comme l'a dit le pote, mais, certes , ils nt fourbissaient pas leurs armes. 4. Ligne 8. Neque est ut putemus ignorari ea ab animali- bus, etc. 11 est des herbes , a dit Pline au livre viii, chapitre 36 , NOTES DU LIVRE XVIII. 345 qui neutralisent le venin des vipres, et auxquelles les lzards ont recours quand ils se sont battus contre ces dangereux en- nemis. L