THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY S? 18*2-3 \U8 ^^"" fc ^ IVHMlYOI \( jli II Il BIBLIOTHQUE* LATINE-FRANCAISE PUBLIE PAR C. L. F. PANCKOUCKE. * *, * 11/ IV HISTOIRE NATURELLE DE PLINE TRADUCTION NOUVELLE PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER , DAUNOU, MERIC DAVID, DESCURET, DO , E. DOLO , DUSGATE, FE, L. FOUCH, FOUR1ER, GUIBOURT , ELOI JOHANNEAU, LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS L1SKENNE, L. MARCUS, MONGS, C. L. F. PANCKOUCX.E, VALENTIN PARISOT , QUATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGNE. TOME DIX-HUITIME. V PARIS C. L. F. PANCKOUCKE MEMBRE DE l'ordre ROYAL DE LA LEGION d'hONNEUR DITEUR, RUE DES POITEVINS, N l4 M DCCC XXXIII. I m *m ?7/ y. itr HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE TRENTIME. 454176 C. PLINII SECUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XXX. MEDICINjE EX ANIMAL! BUS RELIQTJ.E. De origine magices. I. , M.O.C.S vastes s*pins quidam antcdente operis parte , ubicumque caus locusque poscebant , coarguimus , detegemusque etiamnum : in paucis tamen digna res est, de qua plura dicantur, vel eo ipso quod fraudulentissima artium plurimum in toto terrarum orbe, plurimisque saeculis valuit. Auctoritatem ei maximam fuisse nemo miretur , quandoquidem sola artium trs alias imperiosissimas human mentis complexa in unam se redegit. Natam primum e medicina nemo dubitat, ac specie salutari irrepsisse velut altiorem sanctioremque medicinam : ita blandissimis desideratissimisque pro- missis addidisse vires religionis, ad quas maxime etiam- num caligat humanum genus. Atque ut hoc quoque suggesserit , miscuisse artes mathematicas , nullo non w HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XXX. CONTINUATION DE I.A MATIERE MEDICALE ANIMALE. Origine de la magie. I. i. _L/ans les parties antrieures de notre ouvrage, la magie a t plus d'une fois, et partout o nous l'a- vons cru ncessaire , couverte du blme qu'elle mrite ; nous achverons d'en faire voir la frivolit. Cependant elle est du petit nombre de ces folies sur lesquelles on doit insister, ne ft-ce que parce que ses impostures multiplies se sont tendues mille contres et nom- bre de sicles. Du reste , comment s'tonner de sa vogue, si l'on songe qu'elle embrasse et runit les trois arts les plus aptes matriser l'esprit humain ? D'abord , il est incontestable qu'elle doit sa naissance h la mdecine, et que , veillant en apparence au maintien de la sant , elle s'est introduite comme une thrapeutique plus haute et plus sainte. A ces promesses flatteuses et sduisantes s'est jointe l'ide imprieuse de la religion , en prsence de laquelle l'espce humaine ne voit plus qu' travers un nuage. Ces deux lmens se sont, adjoint les math- i. *. 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. avido futura de sese sciendi, atque ea e caelo verissime peti credente. Ita possessis hominum sensibus triplici vinculo, in tantum fastigii adolevit, ut hodieque etiam in magna parte gentium praevaleat, et in Oriente regum regibus imperet. Quando et a quo cperit : a quibus celebrata sit. II. Sine dubio illic orta in Perside a Zoroastre, ut inter auctores convenit. Sed unus hic fuerit, an postea et alius, non satis constat. Eudoxus, qui inter sapientiae sectas clarissimam , utilissimamque eam intelligi voluit , Zoroastrem hune sex millibus annorurn ante Platonis mortem fuisse prodidit. Sic et Aristoteles. Hermippus qui de tota ea arte diligentissime scripsit, et vicies cen- tum m il lia versuum a Zoroastre condita, indicibus quo- que voluminum ejus positis explanavit, praeceptorem, a quo institutum diceret, tradidit Azonacem ; ipsum vero quinque millibus annorurn ante trojanum bellum fuisse. Mirum hoc in primis , durasse memoriam artemque tam longo aevo, commentariis non intercidentibus , praeterea nec claris nec continuis successionibus custoditam. Quo- tus enim quisque auditu saltem cognitos habet , qui soli cognominantur, Apuscorum , et Zaratum Medos , Baby- loniosque Marmarum , et Arabantiphocum , aut Assy- rium Tarmoendam, quorum nulla exstant monumenta? Maxime tamen mirum est, in bello trojano tantum de HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 5 matiques; or, il n'est personne qui ne dsire connatre son avenir, ou qui doute que cet avenir soit inscrit dans les cieux. Asservissant ainsi l'esprit humain l'aide d'un triple lien , bientt la magie en est venue au point de dominer les nations , et d'avoir en Orient les rois des rois pour sujets. Date de cette origine; noms de l'inventeur et des hommes qui l'ont pratique. II. C'est indubitablement, et de l'aveu unanime des auteurs , Zoroastre qui l'inventa en Perse ; mais ce Zo- roastre est-il le seul qui ait exist, ou bien y en a-t-il eu un autre depuis? c'est sur quoi l'on varie. Eudoxe, qui veut faire regarder la magie comme la plus utile et la plus clbre des sectes philosophiques , affirme que Zoroastre a vcu Syracuse six mille ans avant la mort de Platon. Aristote en dit autant. Hermippe, qui a crit avec le plus grand dtail sur ce sujet, et qui a comment les deux millions de vers composs par Zoroastre , et fait une table de ses ouvrages, prtend que ce sage eut pour matre Azonace, antrieur de cinq mille ans la guerre de Troie. Comment ne pas s'tonner ici que le souvenir du philosophe se soit conserv depuis une poque si recule , sans que le temps ait ananti ses ouvrages, surtout quand on observe que sa doctrine ne s'est transmise que par une succession mal suivie d'a- deptes assez peu counus ? En effet , est-il beaucoup de personnes qui aient seulement entendu citer les Mdes Apuscore et Zarate , les Babyloniens Marmare et Ara- bantiphoque , l'Assyrien Tarmoendas , dont il ne nous reste que les noms , sans aucun monument ? Ce qu'il y a de plus tonnant encore , c'est qu'Ho- 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. arte ea silentium fuisse Homero, tantumque operis ex eadem in Ulyssis erroribus, adeo ut totum opus non aliunde constet. Siquidem Protea et Sirenum cantus apud eum non aliter intelligi volunt : Circe utique et inferum evocatione hoc solum agi. Nec postea quisquam dixit, quonam modo venisset Telmessum religiosissimam urbem , quando transisset ad thessalas matres , quaruni cognomen diu obtinuit in nostro orbe alienae gentis. Trojanis itaque temporibus Chironis medieinis con- tenta, et solo Marte fulminante, miror equidem Achillis populis famam ejus in tantum adhaesisse, ut Menander quoque litterarum subtilitati sine aemulo genitus, thessa- lam cognominaret fabulam, complexam ambages femina- rum detrahentium lunam. Orphea putarem e propinquo primum intulisse , ad vicina usque , superstitionem ac medicinae profectum, si non expers sedes ejus tota Thrace magices fuisset. Primus, quod exstet, ut equidem invenio, commen- tatus de ea Osthanes, Xerxem regem Persarum bello, quod is Graeciae intulit, comitatus : ac velut semina artis portentos sparsisse , obiter infecto , quacumque com- meaverat, mundo. Diligentiores paulo ante hune ponunt Zoroastrem alium Proconnesium. Quod certum est, hic maxime Osthanes ad rabiem , non aviditatem modo seientiae ejus, Graecorum populos egit. Quamquam ani- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 7 mre , dans son pome sur la guerre de Troie, garde un silence si profond sur la magie, tandis que dans Y Odys- se elle est presque la base de tout l'ouvrage? car c'est par la magie seule que l'on explique Prote et le chant des Sirnes, Circ et l'vocation des ombres. Personne, depuis Homre, n'a dit quelle poque cette science vint Telmesse, ville minemment religieuse, passa de l chez les sorcires deThessalie, dont le nom , quoique tranger, a t long-temps en usage parmi nous. A l'po- que de la guerre de Troie, quand Mars seul foudroyait le monde, l'on se contentait des procds mdicinaux de Chiron ; n'est-il pas surprenant de voir ensuite les sujets d'Achille si fameux par leurs connaissances dans la ma- gie, que Mnandre, cet crivain dlicat et sans rival, a donn le nom de Thessalienne une pice dans la- quelle il faisait assister les spectateurs aux crmonies mystrieuses par lesquelles des sorcires foraient la lune de descendre sur la terre? C'est Orphe que j'ac- cuserais d'avoir apport ces superstitions , ainsi que l'ide si rapidement popularise de la mdecine , de la Thrace dans la Thessalie , si la premire de ces con tres n'et pas t toujours trangre la magie. Le premier qui ait trait de cet art , est Osthane , un de ceux qui accompagnrent le roi de Perse Xerxs , dans la guerre qu'il fit la Grce. Il rpandit les germes de cet art , et en infecta le monde sur la route. Quel- ques crivains plus exacts nomment avant lui un Zo- roastre de Proconnse. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est qu'Osthane rpandit en Grce , non pas le got , mais la frnsie de la science magique. Au reste , je n'ignore pas que la clbrit et la gloire littraire rsultrent jadis , et presque toutes les poques , de l'tude de 8 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. madverto summam litterarum claritatem gloriamque ex ea scientia antiquitus et paene semper petitam. Certe Pythagoras , Empedocles , Democritus , Plato ad hanc discendam navigavere, exsiliis verius, quam peregrina- tionibus, susceptis. Hanc reversi praedicavere : hanc in arcanis habuere. Democritus Apollobechen Coptiten , et Dardanum e Phnice illustravit : voluminibus Dardani in sepulcrum ejus petitis : suis vero ex disciplina eorum editis : quae recepta ab aliis hominum, atque transisse per memoriam, aeque ac nihil in vita, mirandum est. In tantum fides istis fasque omne deest, adeo ut ii qui ce- tera in viro illo probant, haec ejus esse opra inficientur. Sed frustra. Hune enim maxime adfixisse animis eam dulcedinem constat. Plenumque miraculi et hoc, pariter utrasque artes efloruisse : medicinam dico, magicenque, eadem astate ilkm Hippocrate, hanc Democrito illustran- tibus , circa peloponnesiacum Graeciae bellum , quod ge- stum est a ecc Urbis nostrae anno. Est et alia magices factio , a Mose et Janne et Lotape ac Judaeis pendens , sed multis millibus annorum post Zoroastrem. Tanto recentior est cypria. Non levem et Alexandri magni temporibus auctoritatem addidit professioni secundus Osthanes,comitatu ejus exornatus, planeque, quod nemo dubitet, orbem terrarum peragravit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 9 cet art. Il est sr que , pour l'apprendre , Py thagore , Empdocle, Dmocrite et Platon passrent les mers, et se soumirent moins des voyages qu' un vritable exil ; de retour dans leur patrie , ils en publirent des merveilles , mais sans en dvoiler les mystres. Dmo- crite traduisit , du phnicien en grec , Dardanus et Apollobche de Coptos. Les crits du premier furent placs dans son tombeau. C'est chez eux qu'il avait puis la substance de ses crits sur cette matire. Voir ainsi les hommes adopter et transmettre d'ge en ge de pa- reilles rveries , est un fait on ne peut plus tonnant ; ici tout est si peu croyable et si rvoltant , que bien des admirateurs de Dmocrite ont ni qu'il ft auteur de ces productions. Vains efforts ! Dmocrite , au contraire , est un de ceux qui ont infatu l'esprit humain de cette attrayante chimre. Remarque singulire ! l'poque bril- lante de la mdecine et de la magie est la mme. Hip- pocrate tendait le domaine de l'une , Dmocrite celui de l'autre , vers le temps de la guerre du Ploponnse , qui commena vers l'an 3oo de Rome. Une autre secte de magiciens reconnat pour chefs Mose , Janns, Lo- taps, et des Juifs, tous postrieurs de plusieurs milliers d'annes Zoroastre. L'cole cypriote est encore plus rcente. Un second Osthane augmenta de beaucoup l'in- fluence de la magie au temps d'Alexandre le Grand, qu'il eut l'honneur d'accompagner , et alors il est sr qu'il parcourut presque toute la terre. io C. PL1NII IIIS. NAT. LIB. XXX. An exercuerit eam I ta lia : quando primum senatus vetuerit hominem immolari. III. Exstant certe et apud italas gentes vestigia ejus in duodecim tabulis nostris, aliisque argumentis, quaa priore volumine exposui. dclvii demum anno Urbis , Cn. Cornelio Lentulo, P. Licinio Crasso coss. , sena- tusconsultum factum est , ne homo immolaretur : pa- lamque fuit in tempus illud sacri prodigiosi celebratio. De Galliarum druidis. IV. Gallias utique possedit, et quidem ad nostram memoriam. Namque Tiberii Caesaris principatus sustulit druidas eorum , et hoc genus vatum medicorumque. Sed quid ego haec commemorem in arte Oceanum quo- que transgressa, et ad naturae inane pervecta? Britannia hodieque eam adtonite clbrt tantis caerimoniis , ut ddisse Persis videri possit. Adeo ista toto mundo con- sensere , quamquam discordi et sibi ignoto. Nec satis aestimari potest, quantum Romanis debeatur, qui sustu- lere monstra, in quibus hominem occidere religiosissi- raum erat, mandi vero etiam saluberrimum. De generibus magices. V. i. Ut narravit Osthanes, species ejus plures sunt. Namque et aqua, et sphris, et are, et stellis, et lu- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXX n Si l'Italie s'y est livre : quelle poque le snat dfendit les sacrifices humains. III. On retrouve aussi chez les nations italiques de a traces de magie; par exemple, dans la loi des Douze- Tables , et dans quelques autres monumens : j'en ai parl ci-dessus. Ainsi, l'an de Rome 657, sous le con- sulat de Cornlius Lentulus et de Licinius Crassus, un snatus-consulte prohiba les sacrifices humains, ce qui prouve que jusqu'alors cette affreuse superstition s'tait maintenue dans Rome. Des druides gaulois. IV. Les Gaules en ont t infestes, et mme jusqu' nos jours; c'est Tibre qui, sous son rgne, a supprim leurs druides et toute cette tourbe de prophtes et de mdecins : prohibition impuissante! La magie a travers l'Ocan, et touch les bornes qui sparent la nature du nant. Aujourd'hui mme la Bretagne en rvre encore les mystres , et les clbre avec tant d'appareil , qu'elle semblerait les avoir transmis la Perse. Ainsi le monde, malgr la diffrence des murs et le dfaut de com- munications , a t unanime pour la magie. Rome a rendu la terre un service inapprciable , en abolis- sant ce culte horrible , dont les dogmes mettaient le meurtre au rang des actes religieux , et l'anthropopha- gie au rang des pratiques salutaires. Des diverses espces de magie. V. 1. Selon Osthane, la magie se divise en plusieurs branches : l'eau , les balles , l'air, les astres, les lampes, i C. PLINII HIST. NAT. L1B. XXX. cernis, ac pelvibus, securibusque , et multis aliis modis divina promittit : praeterea umbrarum , inferorumque colloquia : quae omnia aetate nostra princeps Nero vana falsaque comperit : quippe non citharae tragicique cantus libido illi major fuit , fortuna rerum humanarum summa gestiente in profundis animi vitiis. Primuraque imperare diis concupivit, nec quidquam generosius valuit. Nemo umquam ulli artium validius favit. Ad haec , non opes ei defuere , non vires , non discentis ingenium , aliaquc non patiente mundo. Immensum et indubitatum exem- plum est falsae artis , quam dereliquit Nero : utinamque inferos potius et quoscumque de suspicionibus suis deos consuluisset , quam lupanaribus atque prostitutis man- dasset inquisitiones eas : nulla profecto sacra, barbari licet ferique ritus, non mitiora, quam eogitationes ejus, fuissent. Saevius sic nos replevit umbris. Magorum perfugia. VI. Sunt quaedam magis perfugia, veluti lentiginem habentibus non obsequi numina , aut cerni. Obstet forte hoc in illo ? Nihil membris defuit. Nam dies eligere cer- tos liberum erat : pecudes vero, quibus non nisi ater colos esset , facile. Nam homines immolare etiam gra- tissimum. Magus ad eum Tiridates venerat, armenia- cum de se triumphum adferens, et ideo provinciis gravis. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. i3 les bassins, les haches, et raille autres objets, sont des lmens divinatoires ; il faut y ajouter et les ombres et les tres infernaux , avec lesquels on peut avoir com- merce. L'inanit et l'imposture de toutes ces pratiques ont t reconnues de nos jours par Nron , par ce prince qui fut peut-tre encore moins pris de la lyre et du chant que de la magie : tant , du fate de son im- priale fortune , il se plaisait descendre dans l'abme de ses propres vices ! il voulait rgner sur les dieux mmes ; telle fut son ide la plus haute. Jamais grand de la terre ne prodigua plus d'encouragement un art quel- conque : pouvoir, opulence, aptitude, rien ne lui man- quait; le monde peine suffisait ses exigences. Quelle preuve plus irrsistible, plus complte de la fausset de celte science, peut-on demander? Nron y a renonc, et plt au ciel qu'il et interrog l'enfer et tous les dieux sur les objets de ses soupons, plutt que de confier une inquisition odieuse au plus vil rebut de la prostitu- tion ! nulle crmonie, nul culte horrible ne l'et t autant que ses penses ; sa frocit a peupl Rome d'ombres. Subterfuges des mages. VI. Les magiciens ont quelques dfaites : les dieux , disent-ils , dsobissent ceux qui ont des taches de rousseur; ils leur sont invisibles. Est-ce l l'obstacle qu'a trouv Nron ? Non ; il n'y eut rien redire son physique. Du reste , il pouvait choisir les jours conve- nables ; sacrifier des victimes noires, lui tait facile: il prenait plaisir immoler des hommes. Tiridate, qui se mlait de magie , tait venu le voir. Le voyage de ce prince , qui apportait en sa personne le principal orne- i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Navigare noluerat, quoniam exspuere in maria, aliisque mortalium necessitatibus violare naturam eam fas non putant. Mgos secum adduxerat. Magicis etiam cnis eum initiaverat. Non tamen quum regnum ei daret, hanc ab eo accipere artem valuit. Proinde ita persuasum sit , intestabilem , irritam , inanem esse , habentem tamen quasdam veritatis umbras : sed in his veneficas artes pollere , non magicas. Quaerat aliquis , quae sint mentiti veteres magi , quum adolescentibus nobis visus Apion grammaticae artis , prodiderit cynocephaliam herbam , quae in iEgypto vocaretur osyrites , divinam , et contra omnia veneficia : sed si tota erueretur, statim eum qui eruisset , mori : seque evocasse umbras ad percunctan- dum Homerum , quanam patria , quibusque parentibus genitus esset , non tamen ausus profiteri , quid sibi respondisse diceret. De talpis opinio magorum ; medicinae v. VII. 3. Peculiare vanitatis sit argumentum , quod animalium cunctorum talpas maxime mirantur, tt mo- llis a rerum natura damnatas , caecitate perptua , tene- bris etiamnum aliis defossas , sepultisque similes. Nullis aeque credunt extis , nullum religionis capacius judicant animal : ut si quis cor ejus recens palpitansque devoret, divinationis et rerum efficiendarum eventus promittant. HISTOIRE NATURELLE, LIT. XXX. i5 ment du triomphe d'Armnie, avait cot cher aux pro- vinces. Il n'avait point voulu venir par mer, parce que , selon les dogmes des magiciens , c'est un crime que de cracher dans l'onde sale, ou de la souiller par quelque excrtion ncessaire. Un cortge de mages le suivait. Il initia l'empereur dans des banquets magiques; cependant Nron, en le gratifiant d'un royaume, ne put apprendre de lui l'art qu'il voulait savoir. On peut donc croire fer- mement que cet art est imaginaire , vain et sans objet ; cependant il offre une ombre de vrit ; mais alors ce n'est plus la magie, c'est l'art des empoisonnemens et des malfices. Quant aux mensonges dbits par les magiciens d'autrefois, qu'il suffise de connatre ce que, dans ma jeunesse, j'entendis affirmer par Apion le grammairien. A l'en croire , la cynocphalie (osyrites des gyptiens) est une herbe divine , et propre neutraliser l'effet de tous les poisons ; mais quiconque en arrache un pied entier meurt l'instant. Il avait voqu les ombres , afin de questionner Homre sur sa patrie et ses parens. Le grand pote avait rpondu tout; mais lui, Apion, n'osait divulguer sa rponse. Opinion des mages sur les taupes ; 5 remdes qu'on en tire. VII. 3. Un indice remarquable de la frivolit de la science magique , c'est que , de tous les animaux , il vante surtout la taupe, cet objet de tous les ddains de la nature , qui l'a condamne une nuit ternelle , un sjour tnbreux, souterrain, image de la tombe. Les entrailles de la taupe sont pour eux les plus nobles de toutes; nul tre vivant n'est plus propre aux mystres de la religion. Quiconque en mange le cur encore frais 16 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Dente talpae vivae exempto , sanari dentium dolores adalligato adfirmant. Cetera ex eo animait placita eorum, suis reddemus locis. Nec quidquam probabilius inve- nietur , quam mris aranei morsibus adversari eas , quoniam et terra orbitis ( ut diximus ) depressa ad- versatur. Reliquse medicinae per morbos digestae ex animalibus. Ad dentium dolores. VIII. Getero dentium doloribus (ut iidem narrant) medetur canum qui rabie perierunt, capitum cinis cre- matorum sine carnibus, instillatus ex oleo cyprino per aurem , cujus e parte doleant. Caninus dens sinister maximus, circumscarificato eo qui doleat : aut draconis os e spina : item enhydridis. Est autem serpens mascu- lus et albus. Hujus maximo dente circumscarificant. At in superiorum dolore duos superiores adalligant, e di- verso inferiores. Hujus adipe perunguntur, qui croco- dilum captant. Dents scarificantur ossibus lacertae e fronte luna plena exemptis , ita ne terram attingant. Colluunt caninis dentibus decoctis in vino ad dimidias partes. Cinis eorum pueros tarde dentientes adjuvat cum melle. Fit eodem modo et dentifricium. Cavis dentibus cinis e murino fimo inditur, vel jecur lacertarum ari- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 17 et palpitant, acquiert la connaissance de l'avenir et l'es- prit de divination. Une dent de taupe, extraite pendant la vie de l'animal , fournit , dit-on , un amulette qui gurit le mal de dents. On retrouvera plus tard , en temps et lieu , les autres faits dbits sur la taupe ; le plus vraisemblable de ces dtails , c'est qu'elle donne un antidote contre la morsure de la musaraigne ; car on sait que le venin de ce dernier animal cde l'applica- tion de la terre de l'ornire o elle a t crase. Autres remdes animaux classs par ordre de maladies. Contre les maux de dents. * VIII. Les mages ajoutent que les maux de dents se gurissent, si l'on injecte dans l'oreille, du ct o l'on prouve la douleur, un mlange d'huile cyprine et de cendres de tte de chien mort de la rage , et calcine aprs qu'on a mis les os nu. On scarifie la dent malade avec une dent de chien, la plus grosse du ct gauche, ou avec un os de la colonne vertbrale d'un dragon , ou d'un enhydris, serpent aquatique, qui doit tre mle et blanc ; on fait aussi des scarifications avec sa plus grosse dent. Suivant que ce sont les dents suprieures ou in- frieures qui souffrent , on fait un amulette des deux dents d'en haut ou d'en bas du mme animal. Ceux qui vont la chasse du crocodile se frottent de graisse d'en- hydris. On scarifie aussi les dents avec des os tirs du front d'un lzard dans la pleine-lune, avec le soin de ne point leur faire toucher la terre. On les bassine avec une dcoction de dents de chien dans du vin , jusqu' rduction de moiti. La cendre des mmes dents, mle au miel, facilite la dentition des enfans; elle sert aussi xvin. 2 # 18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. dum. Anguinum cor si mordeatur, aut alligetur, efficax habetur. Sunt inter eos, qui murem bis in mense jubeant mandi , doloresque ita cavere. Vernies terreni decocti in oleo, infusique auriculae, cujus a parte doleant, praestant levamentum. Eorumdem cinis exesis dentibus conjectus, ex facili cadere eos cogit : integros dolentes illitus juvat. Comburi autem oportet in testa. Prosunt et cum mori radie in aceto scillite decocti, ita ut colluantur dents. Is quoque vermiculus , qui in herba , Veneris labro ap- pellata, invenitur, cavis dentium inditus mire prodest. Nam erucae brassicae , ejus contactu cadunt. Et e malva cimices infunduntur auribus cum rosaceo. Arenulae, quae inveniuntur in cornibus cOchlearum, cavis dentium in- ditae , statim librant dolore. Cochlearum inanium cinis cum myrrha gingivis prodest : serpentis cum sale in olla exustae cinis cum rosaceo in contrariam aurem infusus. Anguinae vernationis membrana cum oleo, tedaeque rsina calefacta, et auri alterutri infusa: adjiciunt aliqui thus et rosaceum : eadem cavis indita , ut sine molestia cadant , praestant. Yanum arbitror esse , circa Canis or- tum angues candidos membranam eam exuere, quoniam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. t 9 de dentifrice. Les dents creuses sont, avec avantage, remplies de crottes de souris brles , ou de foie de lzard sec. On croit bon de mordre ou de porter en amulette le cur d'une couleuvre. Quelques magiciens recommandent, comme prservatif, de manger du rat deux fois par mois. On emploie avec succs la dcoction de vers de terre dans de l'huile, injecte dans l'oreille du ct o le mal se fait sentir; leur cendre fait tomber aisment les dents caries o on les introduit, et apaise les douleurs de celles qui sont encore entires. La cal- cination doit avoir eu lieu dans un vase de terre. Cuits avec de la racine de mrier dans du vinaigre scillitique, ils donnent un bon opiat pour les dents. On introduit aussi dans les dents creuses le petit ver qui se trouve sur l'herbe dite bassin de Vnus, et elles s'en trouvent merveille. La chenille du chou les fait tomber par le simple contact. On injecte aussi dans les oreilles les pucerons de la mauve, avec de l'huile rosat. Les petits grains sablonneux qu'on trouve dans les cornes de li- maon, introduits dans le creux des dents caries, dissi- pent l'instant la douleur. Les gencives se trouvent bien de la cendre de coquilles de limaon vides, amalgame avec de la myrrhe; on injecte aussi avec de l'huile rosat, dans l'oreille oppose au ct de la dent malade , de la cendre de serpent brl dans un pot de terre , avec du sel. On injecte dans l'oreille de l'huile et de la poix o l'on a fait chauffer la peau laisse au printemps par un serpent; quelquefois on y ajoute de l'encens et de l'huile rosat. Insinues dans les dents creuses , ces mmes sub- stances les font tomber sans douleur. On parle sans doute fort inutilement de la dpouille rsultant de la mue a. ao C. PLINII HST. NAT. LIB. XXX. nec in Italia visum est, multoque minus credibile in te- pidis regionibus tam sero exui. Hanc autem vel invete- ratam cum cera celerrime dents evellere tradunt. Et dens anguium adalligatus dolores mitigat. Sunt qui et araneum animal ipsum sinistra manu captum, tritum- que in rosaceo, et in aurem infusum, cujus a parte do- leat, prodesse arbitrentur. Ossiculis gallinarum in pa- riete servatis , fstula salva , adacto dente vel gingiva scarificata , projectoque ossiculo , statim dolorem abire tradunt. Item fimo corvi lana adalligato, vel passerum cum oleo calefacto , et proximae auriculae infuso , pruri- tum quidem intolerabilem facit, et ideo tolerabilius est passeris pullorum sarmentis crematorum cinerem ex aceto infricare. Ad oris saporem et ulcra. IX. 4- Oris saporem commendari adfirmant, murino cinere cum melle si fricentur dents. Admiscent quidam marathri radies. Penna vulturis si scalpantur dents, acidum halitum faciunt. Hoc idem hystricis spina fe- cisse, ad firmitatem pertinet. Linguae ulcra et labro- rum, hirundines in mulso decoctae sanant. Adeps an- seris aut gallinae, rimas. OEsypum cum galla : araneorum tel candidae , et quae in trabibus parvae texuntur. Si HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. ar de couleuvre blanche la Canicule; car, ni en Italie, ni plus forte raison dans les climats temprs, il n'y a de mue si tardive. Cette peau, mme vieille, enduite de cire, procure, dit-on, la prompte expulsion de la dent. Une dent de serpent, en amulette, diminue l'intensit de l'odontalge. On conseille aussi de prendre de la main gauche une araigne, de la piler dans de l'huile rosat, et de l'introduire dans l'oreille du ct de la dent souf- frante , qui prouve par l du soulagement. De petits os de poule, gards dans un trou de muraille, pourvu que le tibia soit entier, sont bons, soit pour dtacher, soit pour scarifier la dent; ensuite ou jette l'os, et la douleur cesse. On attache encore au bras du malade de la fiente de corbeau avec de la laine, ou bien de la fiente de moineau chauffe avec de l'huile , qu'ensuite on injecte dans l'oreille , du ct de la douleur ; mais ce procd cause des dmangeaisons insupportables ; on prfre les frictions avec de la cendre de jeune moineau brl un feu de sarment, dlaye dans du vinaigre. Pour la mauvaise odeur de la bouche et les ulcres. IX. 4- On se rend l'haleine douce en se frottant les dents avec de la cendre de rats brls et du miel ; quelques-uns y joignent des racines de marathrum. L'ha- leine est forte , au contraire , si l'on se nettoie les dents avec une plume de vautour. On les affermit dans leur alvole en prenant pour cure-dent un piquant de porc- pic. Les ulcres de la dent et des lvres cdent la dcoction d'hirondelle dans le vin miell. La graisse d'oie ou de poule remplit les crevasses. L'sype, avec la noix de galle , les toiles blanches d'araigne , et les 22 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. ferventia os intus exussernt , lact canino statim sa- nabitur. Ad faciei maculas. X. Maculas in facie, sypum cum nielle corsico, quod asperrimum habetur, extnut. Item scobem cutis in fa- cie cum rosaceo impositum vellere; quidam et butyrum addunt. Si vero vitiligines sint, fel caninum prius acu compunctas. Liventia et sugillata pulmones arietum pe- cudumque, in tenues consecti membranas, calidi impo- siti , vel columbinum firaura. Cutem in facie adeps an- seris , vel gallinae custodit. Lichenas et murino fimo ex aceto illinunt, et cinere herinacei ex oleo. In hac cura- tione prius nitro ex aceto faciem foveri prsecipiunt. Tollit ex facie vitia et cochlearum, qu latae et minutae passim inveniuntur, cum melle cinis. Omnium quidem cochlea- rum cinis spissat, calfacit, smectica vi : et ideo causti- cis commiscetur, psorisque, et lentigini illinitur. Inve- nio et formicas herculaneas appellari , quibus tritis adjecto sale exiguo, talia vitia sanentur. Buprestis ani- mal est rarum in I talia, simillimum scarabaeo longipedi. Pallit inter herbas bovem maxime, unde et nomen in- venit, devoratumque tacto felle ita inflammat, ut rura- pat. Haec cum hircino sevo illita lichenas ex facie tollit septica vi , ut supra dictum est. Vulturinus sanguis cum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. a3 toiles qu'elles filent le long des poutres , produisent le mme effet. Si quelque mets trop chaud brle la bou- che, on gurit la douleur sur-le-champ en prenant du lait de chienne. Pour les taches du visage. X. Les taches la figure s'effacent peu peu par l'emploi de l'sype ml au miel de Corse , qu'on croit le plus acre de tous. On fait partir de mme les petites cailles de la peau, par une application d'huile rosat avec de la laine; quelques-uns ajoutent du beurre. Des taches qui ont forme de lpre cdent l'acupuncture et au fiel de chien; les taches livides et les meurtrissures, au poumon de blier ou de mouton, coup par tranches minces , et appliqu chaud ; ou un cataplasme de fiente de pigeon. La peau du visage se conserve par l'emploi de la graisse de poule ou d'oie. On frotte les dartres avec des crottes de souris dlayes dans le vinaigre, ou de la cendre de hrisson dans de l'huile ; mais pralablement le visage doit tre lav avec du nitre et du vinaigre. Les dfauts de la peau du visage disparaissent par l'ap- plication de la cendre de limaons communs, tant gros que petits , mls et incorpors au miel. Toute cendre de limaon est dtersive , chauffante et astringente ; aussi entre-t-elle dans les caustiques , et en fait-on des linimens pour les taches lenticulaires. Les fourmis her- culennes broyes, avec une pince de sel, gurissent aussi ces incommodits. Le bupreste est rare en Italie; il ressemble au scarabe longues jambes , et vit dans l'herbe ; les bufs, surtout , l'avalent sans s'en aperce- voir; mais il cause une irritation si violente vers le fiel de l'animal , que celui-ci crve bientt : de l le nom 24 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXX. chamaeleonis albae (quam herbam esse diximus) radie, et cedria tritus contectusque brassica , lepras sanat : item pedes locustarum cum sevo hircino triti. Varos adeps gallinaceus cum Cepa tritus et subactus. Utilissi- mum et in facie mel, in quo apes sint immortuae. Prae- cipue tamen faciem purgat atque erugat cygni adeps. Stigmata delentur columbino fimo ex aceto. Ad vitia faucium. XL Gravedinem invenio finiri, si quis nares mulinas osculetur. Uva et faucium dolor mitigatur fimo agno- rum, priusquam herbam gustaverint, in umbra arefacto. Uva succo cochlese ac transfossae illita, ut cochlea ipsa in fumo suspendatur. Hirundinum cinere cum melle : sic et tonsillis succurritur. Tonsillas et fauces lactis ovilli gargarizatio adjuvat. Multipeda trita, fimum columbi- num cum passo gargarizatum , etiam cum fico arida ac nitro impositum extra, asperitatem faucium et destilla- tiones leniunt. Cochleae coqui debent illot : demptoque tantum ter- reno conteri , et in passo dari potui. Sunt qui astypalaei- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. a5 de bupreste. Cet insecte , ml au suif de bouc , donne un Uniment septique qui fait partir les dartres du visage. Le sang de vautour , avec la racine de l'herbe dite ca- mlon blanc, pil dans la gomme de cdre, et couvert de feuilles de chou, gurit les lpres; il en est de mme des pattes de sauterelles broyes avec du suif de bouc. La graisse de poularde , pile et ptrie avec un ognon , enlve les boutons pustuleux du visage. Le miel dans lequel sont mortes les abeilles est encore un cosmtique excellent ; mais rien ne nettoie le visage et ne rend la peau unie , comme la graisse de cygne. Les stigmates imprims sur la peau s'effacent l'aide de fiente de pigeon dlaye dans le vinaigre. Pour les affections du gosier. XI. On se dlivre de l'enchifrenement en baisant les narines d'un mulet. On adoucit les douleurs de la luette et du gosier, l'aide de crottes d'agneaux qui n'ont point encore brout l'herbe : elles doivent avoir sch l'ombre. La luette se trouve bien aussi de l'emploi de la bave de limace, perce pralablement d'une aiguille, puis suspendue la fume. On use encore de cendre d'hirondelle dans du miel. Le mal de gorge cde aussi ce remde, ainsi qu'aux gargarismes faits avec du lait de brebis. On se gargarise de mme avec des cloportes broys , ou de la fiente de pigeon dans du vin cuit ; quelquefois on applique extrieurement des figues sches et du nitre, remde utile aussi contre les crets de la gorge et les rhumes. On emploie aussi des limaons , mais cuits sans tre lavs ; il suffit d'en ter la terre : on les fait prendre a6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. cas effcacissimas putent , et smegma earum. Lenit et gryllus infricatus : aut si quis manibus, quibus eum contriverit, tonsillas attingat. Ad anginas et strnmas. XII. Anginis felle anserino cum elaterio et melle ci- tissime suecurritur : cerebro noctu, cinere hirundinis, ex aqua calida poto. Hujus medicinae auctor est Ovidius poeta. Sed efficaciores ad omnia quae ex hirundinibus monstrantur, pulli silvestrium. Figura nidorum eas de- prehendit. Multo tamen efficacissimi ripariarum pulli. Ita vocant in riparum cavis nidificantes. Sunt qui cu- juscumque hirundinis pullum edendum censent, ne toto anno metuatur id malum. Strangulatos cum sanguine comburunt in vase, et cinerem cum pane aut potu dant. Quidam et mustelae cineris pari modo admiscent. Sic et ad strumae remdia dant : et comitialibus quotidie potu. In sale quoque servat hirundines ad anginam una dra- chma bibuntur : cui malo et nidus earum mederi dici- tur potus. Millepedam illini anginis , efficacissimum putant. Alii xxi tritas in aquse mulsae hemina dari per arundinem , quoniam dentibus tactis nihil prosint. Tradunt et murem HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 27 broys dans du vin cuit. On a vant quelquefois ceux. d'Aslypale, et leur savon, comme les plus efficaces. On adoucit encore le mal de gorge en se frottant les amyg- dales avec un grillon cras , ou en les faisant toucher par quelqu'un qui en aura cras dans ses mains. Pour les esquinancies et les scrofules. XII. L'esquinancie cde trs-promptement au fiel d'oie ml l'latrium et au miel ; mme effet par la cer- velle de chouette, amalgame la cendre d'hirondelle r et avale dans l'eau chaude. Ce remde est d Ovide. Toutes les recettes o entrent les hirondelles sont plus efficaces quand l'espce est sauvage et l'individu jeune. On reconnat l'hirondelle sauvage la forme de son nid : les petits des hirondelles riveraines , c'est--dire qui nichent dans les trous du bord des rivires, sont ceux qui fournissent les remdes les plus puissans. Quelques-uns prescrivent de manger un petit d'hiron- delle, peu importe quelle espce, et disent que par l on se prserve d'esquinancie pour un an. Quelquefois on les trangle, et on les brle avec leur sang dans un pot ; leur cendre se prend en breuvage, ou bien avec du pain : quelques gens y mlent de la cendre de belette obtenue de la mme faon ; ce remde gurit les crouelles. Pris chaque jour comme potion , il fait cesser l'pilepsie. On boit aussi , la dose d'une drachme, des hirondelles sales, afin de se gurir de l'esquinancie. Cette maladie se dissipe encore avec une dcoction de nid d'hirondelles. Les cloportes , en Uniment , sont souverains contre l'esquinancie. D'autres veulent qu'on en broie vingt-un dans une hmine d'eau mielle, et qu'on la boive l'aide 28 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. cum verbenaca excoctum, si bibatur is liquor, remdia esse. Et corrigiam caninam ter collo circumdatam : fimum columbinum vino et oleo permixtum. Cervieis nervis et opisthotono, ex milvi nido surculus viticis adalligatus auxiliari dicitur. 5. Strumis exulceratis mustel sanguis : ipsa decocta in vino : non tamen sectis admovetur. Aiunt et cibo sumptam idem efficere. Vel cineri ejus sarmentis com- bustae miscetur axungia. Lacertus viridis adalligatur : post dies xxx oportet alium adalligari. Quidam cor ejus in argenteo vasculo servant , ad feminarum strumas. Ve- teres cochleae cum testa sua tus illinuntur, maxime quae frutectis adhaerent. Item cinis aspidum cum sevo taurino imponitur. Anguinus adeps mixtus oleo : item anguium cinis ex oleo illitus, vel cum cera. Edisse quoque eos medios, abscisis utrimque extremis artubus, adversus strumas prodest : vel cinerem bibisse in novo fictili ita crematorum : efficacius multo inter duas orbitas occiso- rum. Et gryllum illinire cum sua terra effossum suadent : item fimum columbarum per se , vel cum farina hordea- cea j aut avenacea ex aceto. Talpae cinerem ex melle illi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 29 d'un chalumeau , ce remde perdant sa vertu s'il touche les dents. Une dcoction de souris avec le verbenaca gurit de mme , dit-on , ceux qui en boivent. On peut aussi , avec succs, passer autour de son cou une la- nire de peau de chien , ou y appliquer de la fiente de pigeon dlaye dans de l'huile et du vin. Un brin de vitex enlev du nid d'un milan donne, contre les douleurs nerveuses du cou et l'opisthotone, un amulette trs-utile. 5. Les ulcres des crouelles cdent au sang de be- lette, ou la belette mme cuite dans du vin; mais il ne faut point qu'elles aient t entames par le fer. Pris comme mets, l'animal produit le mme effet. Quelque- fois on le brle un feu de sarment , puis on incor- pore ses cendres l'axonge. On pend au cou du malade un lzard vert , que l'on change au bout de trente jours. Quelques-uns conservent son cur dans un vase d'argent. Pour gurir les crouelles des femmes, on pile de vieux limaons , surtout ceux qui s'attachent aux jeunes arbrisseaux , et on en fait un liniment qui a la mme vertu. On applique aussi la cendre d'aspic , avec du suif de taureau, ou la graisse de serpent mle dans l'huile. Un liniment de cendre de serpent, avec de l'huile ou del cire, n'a pas moins de force. On recommande, contre les crouelles, l'usage, comme mets , de la chair de serpent entre queue et tte , aprs qu'on en a re- tranch l'extrmit de chaque ct ; ou bien , en potion , la cendre de ces reptiles calcins dans un pot de terre neuf; ceux qu'on a tus entre deux ornires ont bien plus de vertu. On conseille de se frotter ou avec un grillon tir de son trou avec la terre dont il est tout souill , ou avec de la fiente de pigeon , seule ou mle avec de la fa- 3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. nire. Alii jecur ejusdem contritum inter manus illinunl , et triduo non abluunt. Dextrum quoque pedem ejus re- medio esse strumis adfrmant. Alii praecidunt caput, et cum terra a talpis excitata tusum digerunt in pastillos , pyxide stannea, et utuntur ad omnia quae intumescunt, et quae apostemata vocant , quaeque in cervice sint : vescique suilla tune vtant. Tauri vocantur scarabaei terrestres, ricino similes : nomen cornicula dedere. Alii pediculos terrae vocant. Ab his quoque terram egestam illinunt strumis, et similibus vitiis, et podagris. Triduo non abluunt : prodestque haec medicina in annum. Om- niaque his adscribunt, quae nos in gryllis retulimus. Quidam et a formicis terra egesta sic utuntur. Alii ver- nies terrenos totidem, quot sint strumae, adalligant, pa- riterque cum his arescunt. Alii viperam circa Canis or- tum circumeidunt, ut diximus, dein mediam comburunt. Cinerem eum dant bibendum ter septenis diebus , quan- tum prehenditur ternis digitis : sic strumis medentur. Aliqui vero circumligant eas lino , quo praeligata infra caput vipera pependerit, donec exanimaretur. Et mille- pedis utuntur, addita resinae terebinthin parte quarta : quo medicamento omnia apostemata curari jubent. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 3i rine d'orge ou d'avoine , ou du vinaigre , ou avec de la cendre de taupe. Quelques malades emploient comme liniment le foie de cet animal cras dans leurs mains , et ne se lavent qu'au bout de trois jours. Ici on assure que son pied droit gurit les crouelles; l on lui coupe la tte, on la pile avec de la terre remue par elle, on en fait des pastilles qu'on renferme dans une bote d'tain , et qui sont bonnes pour toute espce de tumeurs, d'apo- stumes, d'accidens la tte : la chair de porc est interdite dans ce cas. Les taureaux, espce de scarabes terrestres, assez semblables la tique , et ainsi nomms cause de leurs petites cornes ( quelques-uns les appellent aussi poux de terre), les taureaux, dis-je, remuent la terre; celle qu'ils jettent peut encore former un liniment contre les crouelles et maladies analogues , ainsi que contre la goutte. On ne l'enlve qu'au bout de trois jours ; une seule application suffit pour toute l'anne. On attribue aux taureaux toutes les proprits dont jouit le grillon. La terre porte dehors par les fourmis est employe au mme usage. D'autres attachent au cou du malade au- tant de vers terrestres qu'il a d'crouelles ; celles - ci schent en mme temps que les vers. D'autres coupent les extrmits d'une vipre de la manire dj indique, brlent le milieu du corps, et font boire, vingt -un jours durant, une pince de la cendre ainsi obtenue: c'est un bon remde pour les crouelles. Quelques-uns enveloppent les tumeurs d'une bandelette avec laquelle on lie auparavant le cou d'une vipre qu'on tient sus- peudue, jusqu' ce que mort s'ensuive. Les cloportes, avec un quart de trbenthine, sont utiles dans le mme cas : ce remde gurit toute espce d'apostumes. 3a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Ad humerorum dolores. XIII. Humeri doloribus mustel cinis cum cera me- detur. Ne sint alae hirsut formicarum ova pueris infri- cata praestant. Item mangonibus, ut lanugo tardior sit pubescentium , sanguis e testiculis agnorum,qui castran- tur : qui evulsis pilis illitus et contra virus proficit. Ad praecordiorum dolores. XIV. Praecordia vocamus uno nomine exta in homine : quorum in dolore cujuscumque partis, si catulus lactens admoveatur, adprimaturque his partibus, transire in eum morbus dicitur. Idque in exenterato, perfusoque vino deprehendi, vitiato viscre illo quod doluerit hominis : et obrui taies religio est. Hi quoque , quos melitaeos vo- camus, stomachi dolorem sedant adplicati saepius. Trans- ire morbos aegritudine eorum intelligitur, plerumque et morte. 6. Pulmonis quoque vitiis medentur et mures, maxime africani, detracta cute in oleo et sale decocti, atque in cibo sumpti. Eadem res et purulentis vel cruentis exscrea- tionibus medetur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 33 Pour les douleurs d'paules. XIII. Les douleurs d'paules cdent la cendre de belette mle de cire. On empche les aisselles de se couvrir de poils en les frottant d'ufs de fourmis. Les marchands d'esclaves retardent la pubert des adoles- cens , en les frottant du sang d'un agneau chtr. La mme substance , applique sur les parties qu'on vient de rendre glabres , les empche d'exhaler une mauvaise odeur. Pour les douleurs des rgions prcordiales. XIV. La rgion prcordiale , pour nous , comprend l'ensemble des viscres. En quelque point de cette r- gion qu'on ressente de la douleur , on est sr de faire passer le principe du mal dans le jeune chien qu'on ap- prochera de la partie souffrante , et qu'on pressera sur elle. Le fait est prouv par l'ouverture de l'animal , dont alors on arrose de vin les intestins , et chez lequel on trouve gte la partie des entrailles o souffrait l'homme. On ne doit point manquer d'enterrer ces chiens. On gurit aussi les maux d'estomac par l'appli- cation ritre de jeunes chiens de Malte sur la rgion stomacale : le mal passe ces animaux, ce que prouvent assez, et la mlancolie qui s'empare d'eux, et, le plus souvent , leur prompte mort. , 6. Les maladies du poumon se gurissent avec des rats , notamment des rats d'Afrique ; pour cela , on les corche , on les fait bouillir dans l'huile et le sel , et on les prend comme aliment. Le mme remde est bon pour ceux qui crachent le sang. xvi ir. 3 34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Ad stomachi dolores. XV. Praecipue vero cochlearum cibus stomacho : in aqua eas subfervefieri intacto corpore earum oportet, mox et in pruna torreri , nihilo addito , atque ita e vino garoque sumi, praecipue africanas. Nuper hoc comper- tum plurimis prodesse. Id quoque observant, ut numro impari sumantur. Virus tamen earum gravi tatem halitus facit. Prosunt et sanguinem exscreantibus , dempta testa tritae in aquae potu. Laudatissimae autem sunt africanae : ex his solitanae : astypalaeicae , et siculae modicae, quo- niam magnitudo duras facit et sine succo : balearicae, quas cavaticas vocant, quoniam in speluncis nascuntur. Laudatae et ex insulis, Caprearum. Nullae autem cibis gratae, neque veteres, neque rcentes. Fluviatiles et albae virus habent : nec silvestres stomacho utiles , alvum sol- vunt. Item omnes minut. Contra marinae stomacho uti- liores : efficacissimae tamen in dolore stomachi. Lauda- tiores traduntur quaecumque viv cum aceto devoratae. Praeterea sunt quae aceratae vocantur, latae, multifariam nascentes, de quarum usu suis dicemus locis. Gallinaceorum ventris membrana inveterata et inspersa potioni destillationes pectoris et humidam tussim , vel recens tosta lenit. Cochleae crudae tritae cum aquae tepidae HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 35 Pour les douleurs d'estomac. XV. Manger des escargots est un excellent remde pour l'estomac; cet effet, il faut leur faire jeter un bouillon dans l'eau sans toucher leur substance , puis les faire griller seuls sur les charbons , enfin les pren- dre dans du vin ou du garum. Les escargots d'Afrique sont les meilleurs. L'efficacit de ce remde a t re- connue assez rcemment sur nombre de personnes. On a soin de les faire prendre en nombre impair. Cepen- dant leur suc rend l'haleine forte. Ceux qui crachent le sang se trouvent bien d'en prendre en boisson , dans l'eau, piles sans leur coquille. Les plus estims sont ceux d'Afrique , notamment du cap du Soleil ; ceux d'Asty- pale; ceux de Sicile, du moins les petits, car les gros sont durs et sans suc; enfin ceux des les Balares, qu'on nomme cavatiques, parce qu'ils habitent des trous. De ceux que fournissent les les , les escargots de Capre sont les premiers; aucune espce cependant, soit frache, soit vieille , n'a un got agrable. Les escargots fluvia- tiles blancs ont un got trop fort , ceux des bois font mal l'estomac, et, comme toutes les petites espces, ils lchent le ventre. Ceux de mer, au contraire, sont excellens pour l'estomac, et en gurissent parfaitement les douleurs. Les plus sains sont ceux qu'on mange vi- vans dans du vinaigre. L'espce dite acrate est large, et sa gnration a lieu de diverses manires. Nous par- lerons en temps et lieu de l'emploi qu'on en fait. Le jabot des volailles, sch et ml dans quelque breuvage , ou grill frais sur les charbons , diminue la pituite et les toux rhumatismales. La toux cde l'usage 3. 36 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. cyathis tribus si sorbeantur, tussim sedant. Destillationes sedat et canina cutis cuilibet digito circumdata. Jure perdicum stomachus recreatur. Ad jocineris dolores, et rejectiones sanguinis. XVI. Jocineris doloribus medetur mustela silvestris in cibo sumpta , vel jocinera ejus. Item viverra porcelli modo inassata. Suspiriosis multiped, ita ut ter septenae in attico melle diluantur, et per arundinem bibantur. Omne enim vas earum nigrescit contactu. Quidam tor- rent ex his sextarium in patina , donec candid fiant : tune melle miscent. Alii centipedam vocant, et ex aqua dari jubent. Cochle in cibos his quos linquit animus , aut quorum alienatur mens, aut quibus vertigines fiunt, ex passi cyathis tribus singul contritae cum sua testa et cale- fact, in potu datae diebus plurimum novem. Aliqui singu- las primo die dedere, sequenti binas, tertio ternas, quarto duas, quinto unam. Sic et suspiria emendant et vomicas. Esse animal locust simile sine pennis, quod troxalis graece vocetur, latinum nomen non habeat, aliqui arbitrantur: nec pauci auctores hoc esse quod gryllus vocetur. Ex his xx torreri jubent, ac bibi e mulso contra ortho- pnas, sanguinemque exspuentibus. Est qui cochleis illo- tis protropum infundat, vel marinam aquam, ita dco- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 3 7 des limaons crus , broys dans trois cyathes d'eau chaude , et pris en breuvage. Les rhumes de cerveau se gurissent ds qu'on s'enveloppe un doigt , n'importe lequel , de peau de chien. Le bouillon de perdrix res- taure l'estomac. Pour les douleurs du foie et l'hmoptysie. XVI. Les maux du foie s'apaisent quand on mange, soit une belette sauvage, soit sou foie, ou bien encore un furet cuit comme un cochon de lait. Les asthma- tiques doivent boire vingt-sept cloportes dlays dans du miel attique; on avale alors l'aide d'un chalumeau, car tout vase o l'on met cette composition devient noir. Quelques-uns en font brler un setier sur un plat, jusqu' ce qu'ils prennent la couleur blanche , et alors ils les mlent avec du miel. D'autres nomment le clo- porte centipde, et veulent qu'on le boive dans l'eau. On fait manger des limaons ceux qui sont sujets aux vanouissemens, aux accs de dmence, aux ver- tiges. On les leur donne aussi en breuvage , pendant neuf jours au plus, broys dans leur coquille, et chauf- fs dans trois cyathes de vin. Quelques mdecins veu- lent que l'on en prenne un le premier jour, deux le deuxime, trois le troisime, deux le quatrime, un le cinquime et dernier : l'asthme et la vomique, disent-ils, cdent cette mthode. Il est un insecte assez semblable la sauterelle , mais sans ailes ; on le nomme en grec troxalis : selon quelques-uns, il n'a point de nom en latin ; beaucoup d'auteurs cependant l'identifient avec le grillon. On prescrit d'en faire rtir vingt , que l'on prend dans du vin miell , contre l'orlhopne et les 38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. quat, et in cibo sumat : aut si tritae cum testis suis sumantur cum protropo : sic et tussi medentur. Vomi- cas privatim sanat mel in quo apes sint demortuae. San- guinem rejicientibus pulmo vulturinus vitigineis lignis combustus , adjecto flore mali punici ex parte dimidia , item cotoneorum liliorumque iisdem portionibus potus mane atque vesperi in vino, si febres absint. Si minus, ex aqua in qua cotonea decocta sint. Ad lienem. XVII. Pecudis lien recens magicis praeceptis super dolentem lienem extenditur, dicente eo qui medeatur, lieni se remedium facere. Post hoc jubent eum in pariete dormitorii ejus tectorio includi , et obsignari annulo, terque novies carmen dici. Caninus si viventi eximatur et in cibo sumatur, librt eo vitio. Quidam recentem superilligant. Alii duum dierum catuli ex aceto scillitico dant ignoranti , vel herinacei lienem. Item co- chlearum cinerem cum semine lini et urticae addito melle, donec persanet. Eo librt et lacerta viridis, viva in olla ante cubiculum dormitorium ejus oui medeatur, suspensa, ut egrediens HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 3g crachemens de sang. On a vu des mdecins arroser des escargots , mais sans les avoir lavs, de vin de mre-goutte ou d'eau marine, les faire cuire dans le liquide, et les administrer comme alimens , ou bien les faire broyer avec leurs coquilles , et les donner en breuvage , avec le vin de mre-goutte : ces deux recettes gurissent la toux. La vomique cde au miel o sont mortes des abeilles. On fait cesser les vomissemens de sang , en prenant du poumon de vautour, brl avec du sarment de vigne, moiti de fleurs de grenade (en poids), autant de coing et de lis. Le tout doit tre pris matin et soir, en breu- vage dans du vin , et , s'il y a fivre , dans l'eau o on aura fait cuire le coing. Pour la rate. XVII. Les maux de rate se gurissent aussi, selon les formules magiques, par l'application d'une rate fracbe de brebis ; mais il faut que celui qui l'applique dise : Je guris la rate, puis qu'il la renferme, avec du mortier, dans le mur de sa chambre coucher ; qu'il la scelle d'un cachet, et rcite vingt-sept fois certaines paroles. La rate d'un chien, enleve l'animal vivant, et prise comme aliment , dlivre aussi du mal de rate ; quelques- uns l'attachent toute chaude sur la partie souffrante. D'autres donnent manger au malade, mais sans qu'il le sache , la rate d'un petit chien de deux jours , ou d'un hrisson, ou la cendre de limaons, avec de la graine de lin et d'ortie, et une addition de miel, le tout jusqu' parfaite gurison. On gurit encore cette maladie en suspendant un lzard vert , enferm vivant dans un pot , la porte de /,o C PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. revertensque attingat manu : cinis e capite bubonis cum unguento : mel in quo apes sint mortuae : araneus, et maxime qui lycos vocatur. Ad lateris , et lumborum dolores. XVIII. Upupae cor in lateris doloribus laudatur, et cochlearum cinis in ptisana decoctarum, quae et per se illinuntur. Canis rabiosi calvariae cinis potioni inspergi- tur. Lumborum dolori stellio transmarinus capite ablato et intestinis, decoctus in vino cum papaveris nigri de- narii pondre dimidio , eo succo bibitur. Lacertae virides decisis pedibus et capite, in cibo sumuntur. Cochle trs contritae cum testis suis, atque in vino decoct cum pi- peris granis xv. Aquilae pedes evellunt in aversum a suffragine, ita ut dexter dexterae partis doloribus adalli- getur, sinister laev. Multipeda quoque, quam oniscon appellavimus , medetur denarii pondre ex vino cyathis duobus pota. Vermem terrenum catillo ligneo ante fisso et ferro vincto impositum, aqua excepta perfundere, et defodere, unde effoderis, magi jubent, mox aquam bi- bere catillo, mire id prodesse ischiadicis adfirmantes. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. Ai la chambre coucher du malade, qui ne doit sortir ni ren- trer sans toucher l'animal ; on prescrit encore la cendre de tte de hibou dans un onguent, le miel o sont mortes des abeilles, et l'araigne, notamment l'espce dite lycos. Pour les douleurs de ct et celles des lombes. XVIII. On recommande , pour les maux de cot , le cur d'une huppe et la cendre de limaons, cuits dans une tisane, ou appliqus comme liniment. On fait entrer dans le mlange quelques grains de la cendre du crne d'un chien enrag. Les maux de reins se dissipent , si l'on prend en boisson un lzard d'outremer, bouilli, aprs ablation de la tte et des intestins , dans du vin o l'on a ajout un demi-denier de graine de pavot noir. On mange aussi ces lzards , aprs qu'on leur a enlev la tte et les pattes, ou bien trois limaons piles avec leurs coquilles , et cuits dans du vin avec quinze grains de poivre. Si l'on peut avoir des pattes d'aigles , arraches l'oiseau dans un sens contraire au pli o elles s'unissent au jarret, on attache la patte droite au ct droit des lombes, la patte gauche au ct gau- che, selon la partie o l'on sent la douleur. Pris intrieu- rement dans deux cyathes de vin , le multipde, dit par nous onisque, gurit le mme mal. Mettre un ver de terre dans une cuelle de bois fendue et relie avec du fil d'archal , l'imbiber d'eau , l'enterrer au lieu mme d'o on l'a tire, puis enfin boire de l'eau dans cette cuelle, c'est encore une recette des mages, qui la pr- conisent comme souveraine contre la scialique. 4 a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Ad dysentericos. XIX. 7. Dysentericos recrant femina pecudum de- cocta cum lini semine aqua pota. Caseus ovillus vtus, sevum ovium decoctum in vino austero. Hoc et ileo me- detur, et tussi veteri. Dysentericis stellio transmarinus ablatis intestinis et capite , pedibusque ac cute , decoctus aeque et cibo sumptus. Cochleae duae cum ovo, utraque cum putamine contrita , atque in vase novo addito sale et passi cyathis duobus, aut palmarum succo et aquae cyathis tribus subfervefactis et in potu datis. Prosunt et combustae, ut cinis earum bibatur in vino, addito resinae momento. Cochleae nudae, de quibus diximus, in Africa maxime inveniuntur, utilissimae dysentericis, quinae com- bustae cum denarii pondre dimidii acaciae : ex eo cinere dantur cochlearia bina in vino myrtite, aut quolibet austero cum pari modo caldae. Quidam omnibus afri- canis ita utuntur. Alii totidem africanas, vel latas in- fundunt potius. Et si major fluxio sit, addunt acaciam fabae magnitudine. Senectus anguium dysentericis, et tenesmis in stanneo vase decoquitur cum rosaceo. Vel si in alio, cum stanno illinitur. Jus e gallinaceo iisdem medetur : sed veteris gallinacei vehementius salsum jus alvum ciet. Membrana gallinarum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 43 Pour la dysenterie. XIX. 7. On porte remde la dysenterie, en prenant du bouillon de gigot de mouton, cuit dans l'eau avec de la graine de lin , ou bien de vieux fromage de brebis et de suif de mouton cuit dans du vin sec. Ce remde russit aussi contre l'ilon et la toux chronique; pour la dysenterie, on la soulage encore avec un lzard d'ou- tremer , cuit et pris comme aliment , aprs toutefois qu'on a jet entrailles, tte, pattes et peau. Prenez aussi deux limaons et un uf piles ensemble, coquilles et chair, puis sals dans un pot neuf, arross de deux cyathes de vin cuit, ou bouillis avec du suc de dattes et trois cyathes d'eau pure. On peut encore calciner les mmes substances , et boire leur cendre dans du vin , en y ajoutant un peu de rsine. Les limaons sans co- quilles , dont il a t parl ci-dessus , et qu'on trouve surtout en Afrique , sont excellens pour la dysenterie. On en fait calciner cinq dans un demi-denier d'acacia , puis l'on avale deux cuilleres de cette cendre dans du vin de myrte, ou dans tout autre vin amer, tremp de moiti d'eau chaude. Quelques mdecins emploient aussi tous les limaons d'Afrique ; d'autres n'usent que des espces larges, et les administrent par bas; dans le cas de flux de ventre considrable, ils joignent gros comme une fve d'acacia. On fait cuire aussi, contre la dysenterie et le tnesme , une vieille peau de serpent dans un vase d'tain, avec de l'huile rosat, ou, s'il est cuit dans un vase d'un autre mtal, on l'incorpore un peu d'tain ; on forme ainsi uu Uniment pour le ventre. Le bouillon de volaille est encore un remde pour ces maladies; mais si la volaille est vieille et le bouillon 44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. tosta et data in oleo ac sale, cliacorum dolores mulcet. Abstineri autem a frugibus ante et gallinam et hominem oportet. Fimum columbinura tostum potumque. Caro pa- lumbis in aceto decoeta dysentericis et cliacis medetur. Turdus inassatus cum myrti baccis dysentericis : item merulae. Mel, in quo sint immortuae apes, decoctum. Ad ilon, et reliqua ventris vtia. XX. Gravissimum vitium ileos appellatur. Huic resisti aiunt discerpti vespertilionis sanguine : etiam illito ventre subveniri. Sistit alvum primum cochlea, sicut diximus in suspiriosis, temperata. Item cinis earum qu vivae crematae sint, potus ex vino austero. Gallinaceorum je- cur assum , aut ventriculi membrana , quae abjici solet , inveterata, admixto papaveris succo. Alii recentem tor- rent ex vino bibendam. Jus perdicum , et per se ventri- culus contritus ex vino nigro. Item palumbus frus, e posca decoctus. Lien pecudis tostus, et in vino tritus. Fimum columbinum cum melle illitum. Ossifragi venter arefactus et potus, iis qui cibos non conficiunt, utilis- simus, vel si manu tantum teneant capientes cibum. Quidam adalligant ex hac causa, sed continuare non debent : maciem enim facit. Sistit et anatum mascula- rum sanguis. Inflationem discutit cochlearum cibus. Tor- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 45 trop sal , son effet est de relcher le ventre. Le jabot de poule, rti et servi dans l'huile ou le sel, apaise les coliques ; mais la poule et le malade doivent s'tre abs- tenus depuis quelques jours de vgtaux. On avale aussi la fiente de pigeon rtie. La dysenterie et les affections cliaques cdent la chair de pigeon ramier, cuite dans le vinaigre ; la dysenterie spcialement se dissipe par l'usage des grives, rties avec des baies de myrte; de la chair de merle, et de dcoction de miel o sont mortes des abeilles. Pour l'ilon et les autres douleurs de ventre. XX. La colique intestinale (passion iliaque), une des maladies les plus dangereuses, se gurit avec le sang d'une chauve-souris qu'on a mise en pices. On sou- lage aussi le malade en la lui appliquant en liniment sur le ventre. Le flux de ventre cesse au moyen des escar- gots prpars selon la recette ci-dessus indique pour l'asthme, ainsi que par leur cendre bue dans du vin sec , si cette cendre a t obtenue par la calcination des animaux vivans, ou par le foie de volaille rlie , ou encore par cette poche de l'estomac , que l'on jette pour l'ordinaire, et que, dans ce cas, on conserve et qu'on imprgne de suc de pavot. Quelques-uns la font boire avec du vin. Le jus de perdrix, l'estomac de perdrix dans du vin noir, le ramier sauvage, cuit en liniment dans l'oxycrat et pil dans le vin, la fiente de pigeon, dans du miel, sont aussi des remdes effi- caces. L'estomac d'orfraie, sch et pris en breuvage, fait le plus grand bien ceux qui ne peuvent digrer, lors mme qu'ils ne feraient que le tenir dans leur main , en mangeant. Aussi, certains malades le portent-ils en 46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. mina lien ovium tostus , atque e vino potus : palumbus frus ex posca decoctus : apodes ex vino : cinis ibidis sine pennis crematae potus. Quod praeterea traditur in torminibus, mirum est : anate adposita ventri transire morbum , anatemque emori. Tormina et melle curantur, in quo sunt apes immortuae, decocto. Coli vitium effica- cissime sanatur ave galerita assa in cibo sumpta. Qui- dam in vase novo cum plumis exuri jubent, conterique in cinerem , bibique ex aqua cochlearibus ternis per qua- triduum : quidam cor ejus adalligari femini : alii recens tepensque adhuc devorari. Consularis Asprenatum domus est, in qua alter e fratribus colo liberatus est, ave hac in cibo sumpta, et corde ejus armilla aurea incluso : alter sacrificio quodam, facto crudis laterculis ad for- mam camini, atque ut sacrum peractum erat, obstructo sacello. Unum est ossifrago intestinum mirabili natura , om- nia devorata conficienti. Hujus partem extremam ad- alligatam prodesse contra colum constat. Sunt occulti interaneorum morbi , de quibus mirum proditur. Si ca- tuli, priusquam videant, adplicentur triduo stomacho maxime ac pectori, et ex ore aegri suctum lactis acci- piant, transire vim morbi, postremo exanimari, disse- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 47 amulette, mais peu de temps de suite, car il fait mai- grir. Le flux de ventre est arrt aussi par le sang de canard mle. L'usage des escargots, comme aliment, dissipe les coliques venteuses. Les tranches cessent, si l'on boit dans du vin de la rate de mouton rtie, de la cendre d'ibis , qu'on brle aprs lui avoir t les plumes, des apodes dans du vin, ou si l'on mange un ramier cuit dans de l'oxycrat. Les autres recettes rela- tives aux tranches tiennent du prodige. Appliquez , dit-on, un canard sur le ventre, le mal passe l'oiseau qui en meurt. Elles cdent aussi aux dcoctions de miel o sont mortes des abeilles. Un remde extrme- ment efficace contre les coliques, consiste manger une alouette rtie. Quelques-uns prescrivent de la calciner avec ses plumes dans un vaisseau neuf, de la pulvriser, et d'en boire, quatre jours durant, dans de l'eau, la dose de trois cuilleres. Quelques autres attachent leur cuisse le cur de l'oiseau ; d'autres enfin le dvorent frais et encore tout chaud. Dans la famille consulaire des Asprenas, deux frres ont t guris de la colique , l'un, pour avoir mang une alouette, et en avoir port le cur enferm dans un bracelet d'or; l'autre, pour avoir sacrifi dans une chapelle de briques crues, con- struite en forme de fourneau , et qui ensuite fut mure. L'orfraie n'a qu'un intestin ; mais il est dou de la proprit merveilleuse de parfaire la digestion de tout ce qu'avale l'oiseau. Attache au cou, l'extrmit de cet intestin apaise les douleurs de la colique. On rapporte sur certaines maladies inconnues des intestins , des particu- larits curieuses. Appliquez, dit-on, trois jours du- rant , sur l'estomac , ou mieux encore sur la poitrine , des chiens nouveau-ns, avant que leurs yeux soient 48 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XXX. ctisque palara fieri aegri causas. Mori et humari debere eos obrutos terra. Magi quidem vespertilionis sanguine eontacto ventre, in totum annum caveri dolorem tra- dunt : aut in dolore, si quis aquam per pedes fluentem haurire sustineat. Ad calculos , et vesicam. XXI. 8. Murino fimo contra calculos illinere ventrem prodest. Herinacei carnem jucundam esse aiunt, si ca- pite percusso uno ictu interficiatur , prius quam in se urinara reddat : eos qui carnem ederint , stranguriae morbum contrahere minime posse. Hsec caro ad hune modum occisi, stillicidia in vesica emendat : item suffi- tus ex eodem. Quod si urinam in se reddiderit, eos qui carnem ederint, stranguriae morbum contrahere traditur. Jubent et vermes terrenos bibi ex vino aut passo ad comminuendos calculos : vel cochleas decoctas, ut in suspiriosis. Easdem exemptas testis tritasque, trs in vini cyatho bibi, sequenti die duas, tertia die unam, ut stilli- cidium urinae emendent. Testarum vero inanium cinerem ad calculos pellendos. Idem hydri jecur bibi, vel cine- rem scorpionum in pane sumi, vel si quis cum locusta edit. Lapillos qui in gallinaceorum vesica , aut in palum- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 49 ouverts , et faites-leur recevoir de la bouche du malade une gorge de lait, soudain le principe du mal passe en eux, ils tombent en dfaillance, et l'autopsie qui suit bientt rvle le sige du mal. L'animal , ainsi condamn prir, doit tre enterr. Les mages pr- tendent qu'on se garantit pour un an de la colique, en se frottant le ventre de sang de chauve-souris, et qu'on se gurit des douleurs dj existantes, si l'on consent boire l'eau dans laquelle on s'est lav les pieds. Pour les calculs et la vessie. XXI. 8. Un liniment de crottes de souris est utile dans la pierre. La chair du hrisson , qui est d'un got trs- agrable lorsque l'animal a t tu d'un seul coup sur la tte avant qu'il se soit mouill de son urine, prvient la strangurie et les embarras des voies urinaires ; on en fait aussi des fumigations. Au contraire, si le hrisson s'est baign de son urine, ceux qui mangent de sa chair sont attaqus de la strangurie. On ordonne de boire des vers de terre dans du vin ordinaire ou dans du vin cuit , pour dissoudre la pierre dans la vessie; on conseille encore , comme dans l'asthme , les dcoctions de lima- ons. On dit, dplus, que pour empcher l'urine de couler goutte goutte, il faut dpouiller des limaons de leur coquille , les piler et les avaler dans un cyathe de vin , trois le premier jour, deux le jour suivant, un le troi- sime ; on recommande la cendre des coquilles brles vives pour expulser les calculs de la vessie. Le foie d'hydre, en breuvage, produit le mme effet, ainsi que la cendre de scorpion , avale dans du pain ou avec une sauterelle ; les petites pierres qu'on retire de la vessie xvm. 4 5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. bium ventriculo inveniantur, conteri et potioni inspergi. Item membranam e ventriculo gallinacei aridam : vel si recens sit, tostam. Fimum quoque palumbinum in faba sumi contra calculos et alias difficultates vesicae. Simili- ter plumarum cinerem palumbium ferorum ex aceto mulso. Et intestinorum ex his cinerem cochlearibus tri- bus. E nido hirundinum glebulam dilutam aqua calida. Ossifragi ventrem arefactum. Turturis fimum in mulso decoctum, vel ipsius discoctae jus. Turdos quoque edisse cum baccis myrti prodest urinae : cicadas tostas in pa- tellis : millepedam oniscon bibisse : et in vesicae dolori- bus decoctum agninorum pedum. Alvum ciet gallinaceo- rum discoctorum jus, et acria mollit. Ciet et hirundinum fimum , adjecto melle subditum. Ad sedis , et verendorum vitia. XXII. Sedis vitiis efficacissima sunt, sypum (qui- dam adjiciunt pompholygem et rosaceum) : canini ca- pitis cinis : senecta serpentis ex aceto : si rhagades sint , cinis fimi canini candidi cum rosaceo; aiuntque inven- tum jiEsculapii esse; eodemque et verrucas efficacissime tolli : murini fimi cinis, adeps cygni, sevum bovis. Pro- cidentia ibi succus cochlearum punctis evocatus illitu re- pellit. Adtritis medetur cinis mris silvatici cum melle : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 5i des coqs ou du jabot des ramiers sont prescrites pulv- rises et mises en lgre quantit dans la boisson du malade. Mme vertu dans le jabot sch ou grill frais. De la fiente de pigeon , avale avec une fve, est bonne contre la pierre et contre tous les embarras de la vessie. On administre aussi dans ces cas : de la cendre des plumes de ramier sauvage dans du vinaigre miell ; de la cendre de leurs intestins , la dose de trois cuille- res ; de la terre d'un nid d'hirondelles , dlaye dans de l'eau chaude ; un ventre d'orfraie dessch ; de la fiente de tourterelle bouillie dans du vin miell , ou du bouillon de l'oiseau mme. Contre les rtentions , il est bon de manger des grives avec des baies de myrte, ou bien des cigales grilles sur un plat , ou bien en- core de boire des cloportes ; on modre les douleurs de Ja vessie en prenant du bouillon de pieds d'agneau. Le bouillon d'une volaille bien cuite rafrachit et relche le ventre. Mme proprit dans la fiente d'hirondelle, en suppositoire avec du miel. Pour les affections des parties gnitales et du sige. XXII. Les meilleurs remdes aux accidens du fonde- ment sont l'sype (auquel on joint quelquefois de la pompholyx et de l'huile rosat), la cendre de tte de chien , la dpouille de serpent dans du vinaigre , et , s'il y a rhagades, la cendre de crottes blanches de chien avec de l'huile rosat ; cette recette , que l'on attribue Esculape , enlve merveille les verrues. On recom- mande galement la cendre de crottes de souris, la graisse de cygne , le suif de buf. On remdie la chute du fondement avec un liniment du suc qu'on tire 4- 5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. fel herinacei, cum vespertilionis : et anserinus cum ce- rebro, et alumine, et sypo. Fimum columbinum cum melle. Condylomatis privatim araneus dempto capite pe- dibusque infricatus. Ne acria perurant, adeps anserinus cum cera punica, cerussa, rosaceo : adeps cygni. Haec et haemorrhoidas sanare dicuntur. Ischiadicis cochleas crudas tritas cum vino amineo et pipere potu prodesse dicunt : lacertam viridem in cibo ablatis pedibus, inte- raneis, capite. Sic et stellionem, adjectis huic papaveris nigri obolis tribus. Ruptis convulsis fel ovium cum lact mulierum. Verendorum formicationibus verrucisque me- detur arietini pulmonis inassati sanies. Ceteris vitiis , vellerum ejus vel sordidorum cinis ex aqua : sevum ex omento pecudis, praecipue a renibus, admixto cinere pu- micis et sale : lana succida ex aqua frigida : carnes pe- cudis combustae ex aqua : mulae ungularum cinis : den- tis caballini contusi farina inspersa. Testibus vero, farina ex ossibus canini capitis sine carne tusis. Si dcidt testium alter, spumam cochlearum illitam remedio esse tradunt. Tetris ibi ulceribus, et manantibus, auxiliantur canini capitis recentis cineres : cochleae latae, parvae, con- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 53 des limaons par la piqre. Les corchures se gurissent ds qu'on les frotte avec de la cendre de rat sauvage et du miel ; avec du fiel de hrisson ou de chauve-souris ; avec le fiel et la cervelle d'une oie, et, de plus, de l'alun et de l'sype. Les condylmes spcialement dispa- raissent par l'application d'une araigne laquelle on a retranch la tte et les pattes. Pour que l'cret des matires n'irrite pas le fondement, on applique de la graisse d'oie, avec de la cire de Carthage, de la c- ruse , de l'huile rosat et de la graisse de cygne ; on gurit aussi par l les hmorrhodes. Des limaons crus, piles dans du vin amminen , avec du poivre , et pris en breuvage, sont bons pour la sciatique, ainsi qu'un lzard vert, auquel on a retranch pieds, entrailles et tle ; ou un stellion , avec trois oboles de poivre noir. Les ruptures ou dchiremens se gurissent par l'emploi de fiel de mouton avec du lait de femme. Ce qui distille du poumon de blier rti , gurit les verrues et les dmangeaisons des organes sexuels. On emploie au mme effet la cendre des toisons, mme de celles qui sont sales, avec de l'eau; le suif de la panse du mouton, surtout du ct des reins, avec de la cendre de pierre- ponce et du sel; de la laine grasse , avec de l'eau froide; de la chair de mouton brle , avec de l'eau ; de la cendre du sabot d'une mule , de la poudre de dents de cheval. On gurit les testicules avec une aspersion de poudre d'os de la tte d'un chien , qu'on broie aprs avoir enlev la chair. Dans le cas de chute d'un des testicules, un linhnent de bave de limaon gurit le mal. Les ulcres noirs et humides de cette partie se gu- rissent avec de la cendre de tte de chien brle frache. 54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. tritae ex aceto : senectus anguium ex aceto , vel cinis ejus : mel , in quo apes sint immortuae , cum rsina : cochleae nudae, quas in Africa gigni diximus, tritae cum thuris polline et ovorura albo : tricesimo die resolvunt. Aliqui pro thure bulbum admiscent. Hydrocelicis stellio- nes mire prodesse tradunt, capite, pedibus, interaneis ademptis, reliquum corpus inassatum : in cibo id saepius datur : sicut ad urinae incontinentiam , caninum adipem cum alumine scisso , fabae magnitudine : cochleas afri- canas cum sua carne et testa crematas poto cinere. An- serum trium linguas massatas in cibo : hujus rei auctor est Anaxilaus. Panos aperit sevum pecudum cum sale tosto. Murinum fimum admixto thuris polline, et sanda- raca discutit. Lacert cinis, et ipsa divisa imposita : item multipeda contrita, admixta rsina terebinthina ex parte tertia. Quidam et sinopidem admiscent cochleae contusae. Et per se cinis inanium cochlearum cerae mixtus , dis- cussoriam vim habet. Fimum columbarum per sese, vel cum farina hordeacea, aut avenacea illitum. Cantharides mixta calce panos scapelli vice auferunt. Inguinum tu- morem cochle minut cum melle illitae leniunt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 55 On emploie aussi de gros et de petits limaons, crass dans du vinaigre ; la dpouille de serpent , ou bien la cendre de cette dpouille, l'une ou l'autre dans du vinaigre ; un mlange de rsine et de miel o sont mortes des abeilles ; de ces limaces sans coquilles que produit l'Afrique , broyes avec de la fleur d'encens et un blanc d'oeuf : elles oprent , en trente jours , la rsolution des humeurs; quelques-uns substituent l'encens un ognon. L'hydrocle gurit par l'emploi fr- quent des s tri lion s, auxquels on retranche tte, pattes et intestins , et qu'on fait manger rtis aux malades. Pour l'incontinence d'urine , on avale de la graisse de chien, et gros comme une fve d'alun de plume, ou de la cendre de limaons d'Afrique calcins , chair et co- quille. Anaxilaus a conseill de manger trois langues d'oie grilles. Le suif du mouton , avec du sel dcr- pit , ouvre les bubons. Des crottes de rats, avec de la fleur d'encens et de la sandaraque , les rsolvent. Mme vertu dans la cendre du lzard , ou dans l'application de l'animal mme ouvert en deux. Les cloportes , broys avec un tiers de trbenthine , produisent le mme effet. Quelques-uns font un empltre avec du sinope et des limaons crass. La cendre de leurs coquilles vides forme , avec la cire , un rsolutif. La fiente de pigeon , soit seule, soit mle avec de la farine d'orge ou d'a- voine , donne un bon topique pour le mme cas. Un mlange de cantharides et de chaux enlve les bubons aussi bien que ferait le scalpel. On adoucit les tumeurs aux aines l'aide d'un cataplasme de petits limaons avec du vinaigre. 56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Ad podagras, et morbos pedum. XXIII. 9. Varices ne nascantur lacertae sanguine pueris crura jejunis a jejuno illinuntur. Podagras lenit oesypum cum lact mulieris et cerussa : fimum pecudum , quod liquidum reddunt : pulmones pecudum : fel arietis cum sevo : mures dissecti impositi : sanguis mustelae cum plantagine illitus, et vivse combustae cinis ex aceto, et rosaceo, si penna illinatur, vel si cera et rosaceum ad- misceatur : fel caninum, ita ne manu attingatur, sed penna illinatur : fimum gallinarum : vermium terreno- rum cinis cum melle, ita ut tertio die solvantur. Alii ex aqua illinere malunt. Alii ipsos aceto mensura cum melle cyathis tribus, pedibus ante rosaceo perunctis. Cochle latae potae tollere dicuntur pedum et articulorum dolores. Bibuntur autem binae in vino tritae. Edem illinuntur cum helxines herb succo. Quidam ex aceto intrivisse contenti sunt. Quidam sale cum vipera cremato in olla nova , et saepius sumpto , aiunt podagra liberari. Utile esse et adipe viperino pedes perungi. Et de milvo adfir- mant , si inveterato tritoque , quantum trs digiti ca- I liant , bibatur ex aqua. Aut si pedes sanguine cum ur- tica : vel pennis palumborum, quum primum nascentur, tritis cum urtica. Quin et fimus eorum articulorum doloribus illinitur : item cinis mustelae aut cochlearum , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 57 Pour la goutte et les maux des jambes. XXIII. 9. On prvient les varices en faisant frot 1er, jeun , par un homme jeun , les jambes d'un enfant , avec du sang de lzard. L'sype , avec du lail de femme et de la cruse, soulage la goutte , ainsi que la crotte liquide de mouton ; le poumon de mouton; le fiel de blier dans du suif; l'application d'un rat coup en deux ; le sang de belette, en Uniment avec du plantain; la cendre de belette brle vive, dlaye dans du vinaigre et de l'huile rosat, applique l'aide d'une plume; la mme cendre, avec de la cire et de l'huile rosat; le fiel de chien , qu'on applique, non pas avec le doigt, mais avec une plume; la cendre de vers de terre dlaye dans le miel, et qu'on doit enlever au bout de trois jours. Quelques-uns pr- frent un simple liniment avec de l'eau ; d'autres usent d'un mlange de vinaigre et de miel , la dose de trois cyathes , mais ils frottent pralablement les pieds d'huile rosat. Les gros limaons, en breuvage, dissipent les douleurs des pieds et des articulations ; on en prend deux la fois dans du vin. On fait aussi un liniment de suc d'helxine : quelques-uns se contentent de le broyer dans du vinaigre; d'autres disent qu'en prenant souvent de la poudre de vipre brle avec du sel dans un pot de terre neuf, on se dlivre de la goutte. Il est bon aussi de se frotter les pieds avec la graisse du mme animal. La chair de milan, garde et broye, produit le mme effet , si on en boit une forte pince dans de l'eau; on peut aussi se frotter les pieds avec du sang de milan, avec de l'ortie, ou de premires plumes de ra- mier, broyes avec la mme herbe. Les douleurs de la 58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. et cum amylo, vel tragacantha. Incussos articulos aranei telae commodissime curant. Sunt qui cinere earum uti ma lin t , sicut fimi columbini cinere, cum polenta et vino albo. Articulis luxatis praesentaneum est sevum pecudis cum cinere e capillo mulierum. Pernionibus quoque im- ponitur sevum pecudum cum alumine : canini capitis cinis, aut fimi murini. Quod si pura sint, ulcra cera addita ad cicatricem perducunt : vel glirium crematorum favilla ex oleo : item mris silvatici cum melle : vermium quoque terrenorum cum oleo vetere : et cochleae, quae nudae inveniuntur. Ulcra omnia pedum sanat cinis earum, quae vivae combustae sint : fimi gallinarum cinis exulcerationes , columbini fimi ex oleo. Adtritus etiam calceamentorum , veteris soleae crematae cinis, agninus pulmo et arietis sanat. Dentis caballini contusi farina privatim subluviem. Lacertae viridis sanguis subtritus, et hominum et jumentorum pedes sublitus sanat. Clavos pedum urin muli mulaeve cum luto suo illita : fimum ovium. Jecur lacertae viridis, vel sanguis flocco imposi- tus. Vermes terreni ex oleo : stellionis caput cum viticis pari modo tritum ex oleo : fimum columbinum decoctum ex aceto. Verrucas vero omnium generum urina canis recens cum suo luto illita : fimi canini cinis cum cera : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 5 9 goutte cdent la fiente de pigeon, la cendre de be- lette ou de limaon , avec de l'amidon ou du traga- cantha. Les contusions se gurissent merveille avec des toiles d'araignes, ou plutt, suivant quelques-uns, avec de la cendre de ces mmes toiles , ou avec celle de fiente de pigeon , incorpore dans de la farine et du vin blanc. Un remde non moins efficace contre les luxations, est le suif de mouton en liniment avec la cendre de cheveux de femme. On applique sur les engelures du suif de mouton avec de l'alun, ou bien de la cendre, soit de tte de chien , soit de crottes de souris. Un crat o entrent les mmes substances , cicatrise les ulcres qui suppurent; mme effet par la cendre, soit de loir brl, dlaye dans l'huile, soit de rat sauvage, mle au miel, soit de vers de terre, dans de vieille huile, et par l'usage des limaons sans coquille. La cendre des limaces brles vives gurit tous les ulcres de pied ; celle de fiente de poule et de fiente de pigeon , dans l'huile , en gurit les plaies ; les corchures pro- duites par la chaussure gurissent de mme avec de la cendre de vieux souliers , ou bien avec du poumon d'agneau ou de blier ; si l'corchure jette , on y re- mdie avec de la poudre de dents de cheval piles. Un onguent de sang de lzard vert gurit les pieds des hommes et des btes de charge. Les cois cdent un liniment d'urine de mule ou de mulet encore bourbeuse; la crotte de brebis; au foie ou au sang de lzard vert, appliqu avec un flocon de laine ; au ver de terre , avec de l'huile; la tte de stellion broye dans l'huile, avec poids gal de vitex; la fiente de pigeon, bouillie dans le vinaigre. Les verrues de toutes espces cdent 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. fimum ovium : sanguis recens murinus illitus , vel ipse mus divulsus : herinacei fel : caput lacertae, vel sanguis, vel cinis totius : membrana senectutis anguium : fimum gallinaceum cum oleo et nitro. Cantharides cum uva ta- minia intritae exedunt : sed ita erosas aliis , quae ad per- sananda ulcra monstravimus , curari oportet. Ad mala quae totis corporibus metuenda sunt. XXIV. i o. Nunc revertemur ad ea , quae totis corpo- ribus metuenda sunt. Fel canis nigri masculi amuletum esse magi dicunt domus totius , suffitae eo purificataeve , contra omnia mala medicamenta. Item sanguine canis respersis parietibus , genitalique ejus sub limine januae defosso. Minus mirentur hoc , qui sciunt fdissimum animalium in quantum magnificent ricinum, quoniam uni nullus sit exitus saginae, nec finis alia quam morte, diutius in fam viventi. Septenis ita diebus durasse tra- dunt : at in satietate paucioribus dehiscere. Hune ex aure sinistra canis omnes dolores sedare adalligatum. Eumdem in augurio vitalium habent. Nam si aeger ei respondeat qui intulerit, a pedibus stanti interroganti- que de morbo, spem vitae certain esse : moriturum nihil respondere. Adjiciunt, ut evellatur ex aure laeva canis, HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 61 l'urine de chien frache , employe en liniment avec la boue qu'elle imprgne; la cendre de crottes de chien, mle de cire; la crotte de brebis; au sang de rat frais, en liniment; l'application de l'animal mme, ouvert en deux ; au fiel de hrisson ; la tte, au sang ou la cendre de lzard ; la dpouille de serpent; la fiente de poule, incorpore l'huile et au nitre. Un empltre de can- tharides et de raisin taminien ronge les verrues : la plaie qui reste se cicatrise par l'emploi des recettes que nous avons donnes pour la gurison des ulcres. Pour les maux qui affectent tout le corps. XXIV. 10. Revenons aux maladies qui affectent le corps entier. Les mages recommandent le fiel d'un chien noir mle comme un prservatif de tout malfice. Il faut en faire des fumigations , et purifier ainsi la maison en- tire. On obtient le mme effet en arrosant les murs de sang de chien , ou en enterrant l'organe mle du mme animal sous le seuil de la porte ; mais ceci n'- tonnera que mdiocrement ceux qui savent combien ils font de cas de la tique, le plus immonde des tres vi- vans, puisque ses alimens ne trouvent point d'issue, et que la mort est le dnouement de sa digestion ; en sup- portant la faim, il pourrait vivre plus long -temps, et traner ainsi son existence pendant sept jours; mais s'il s'est trop rassasi, il crve plus tt encore. La tique, prise l'oreille gauche d'un chien , et porte en amu- lette, gurit toutes les douleurs; on en tire aussi des pro- nostics sur la dure de la vie : si l'homme qui la porte un malade le questionne sur son mal et que celui-ci r- ponde, il est sr qu'il vivra; il mourra s'il garde le si- fa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. cui non sit alius, quam niger color. Nigidius fugere tota die canes conspectum ejus, qui e sue id animal evelle- rit, scriptum reliquit. Rursus magi tradunt, lymphatos sanguinis talpae adspersu resipiscere : eos vero qui a nocturnis diis Faunisque agitentur, draconis lingua, et oculis et felle intestin isque in vino et oleo decoctis , ac sub dio noctu refrigeratis , perunctos matutinis vesper- tinisque liberari. Ad perfrictiones. XXV. Perfrictionibus remedio esse tradit Nicander amphisbaenam mortuam adalligatam, vel pellem tantum ejus. Quinimmo arbori , quae caedatur, adalligata non algere caedentes, faciliusque succidere. Itaque sola ser- pentium frigori se committit , prima omnium procedens , et an te cuculi cantum. Aliud est cuculo miraculum, quo quis loco primo audiat alitem illam, si dexter pes cir- cumscribatur, ac vestigium id effodiatur, non gigni pu- lices, ubicumque spargatur. Ad paralysin. XXVI. Paralysin caventibus pinguia glirium deco- ctorum et soricum utilissima tradunt esse : millepedas , ut in anginis diximus, potas phthisin sentientibus : la- certam viridem decoctam in vini sextariis tribus ad HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 63 lence. On ajoute que la tique doit tre prise l'oreille gauche d'un chien totalement noir. Nigidius a crit que les chiens fuient toute la journe la prsence de l'homme qui a pris une tique sur un cochon. Les mages affir- ment, de plus, que les personnes en dmence reprennent l'usage de leurs facults , si on jette sur elles du sang de taupe, et que ceux qui sont harcels par les gnies noc- turnes et les Faunes, se dlivrent de leurs visions l'aide de langue, d'yeux , de fiel et d'entrailles de dragon , cuits dans le vin et l'huile , et rafrachis la nuit en plein air. Pour les frissons causs par le froid. XXV. Selon Nicandre, on gurit ceux qui sont saisis du froid , en leur attachant au cou un amphisbne mort , ou seulement sa peau ; de plus , on attache ou l'animal ou la peau un arbre qu'on veut abattre : par l on prserve les bcherons du froid, et l'on facilite la coupe. De tous les serpens , l'amphisbne seul s'expose au froid , il sort le premier de son engourdissement , et se met en route avant le chant du coucou. Le coucou donne lieu une autre merveille : dans l'endroit o vous entendez son premier chant, tracez un cercle autour de l'espace qu'a occup sa patte droite, et enlevez-en la terre; partout o vous en rpandrez , il ne viendra point de puces. Pour la paralysie. XXVI. On prvient trs - efficacement la paralysie avec de la graisse de loir ou de souris. On donne des cloportes en breuvage aux phthisiques, comme nous l'avons dit l'article des angines; on leur administre 64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. cyathum unum, singulis cochlearibus sumptis per dies, donec convalescant. Cochlearum cinerem potum in vino. Ad morbum comitialem. XXVII. Comitialibus morbis sypum cum myrrhae momento , et vini cyathis duobus dilutum , magnitudine nucis avellan, a balineo potum. Testiculos arietinos in- veteratos, tritosque dimidio denarii pondre in aqua vel lactis asinini hemina. Interdicitur vini potus quinis die- bus ante et postea. Magnifie laudatur et sanguis pecu- dum potus : item fel cum melle, praecipue agninum. Catulus lactens sumptus, absciso capite pedibusque ex vino et myrrha. Lichen mul potus in oxymelite cyathis tribus. Stellionis transmarini cinis potus in aceto. Tuni- cula stellionis, quam eodem modo, ut anguis, exuit, pota. Quidam et ipsum arundine exenteratum invetera- tumque bibendum dedere. Alii in cibo in ligneis verubus inassatum. Operae pretium est scire quomodo praeripia- tur, quum exuitur membrana hiberna, alias devoranti eam , quoniam nullum animal fraudulentius invidere ho- mini tradunt. Inde stellionum nomen aiunt in maledi- ctum translatum. Observant cubile ejus aestatibus. Est autem in loricis ostiorum fenestrarumque , aut cameris sepulcrisve : ibi vere incipiente fissis arundinibus textas HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 65 aussi soit un lzard vert, cuit dans trois setiers de vin, jusqu' rduction d'un cyathe, la dose d'une cuillere par jour, jusqu' convalescence, soit de la cendre de limaon , avale dans du vin. Pour l'pilepsie. XXVII. Pour l'pilepsie, buvez, la sortie du bain , gros comme une aveline d'sype , avec un peu de myrrhe, dlay dans deux cyathes de vin; ou de vieux testicules de blier , broys dans de l'eau ou dans une hmine de lait d'nesse, la dose d'un demi-denier. On doit s'abstenir de vin cinq jours avant et cinq jours aprs le remde. On vante aussi beaucoup le sang de moutou en breuvage ; le miel , et le fiel de blier ou d'agneau y surtout le dernier ; la chair d'un chien qui tette encore ; on en retranche la tte et les pattes, et l'on prend le reste avec du vin et de la myrrhe ; le lichen de mules , dans trois cyathes d'oxymel ; la cendre de stellion d'outremer, avale dans le vinaigre ; la pellicule dont le stellion se dpouille, comme le ser- pent. Quelques mdecins administrent l'animal mme, vid avec un brin de roseau , et gard quelque temps ; d'autres le font rtir une broche de bois. Il est bon de savoir comment on s'empare du stellion, l'instant de sa mue, car, dit-on, il avale sa dpouille, et nul animal ne montre plus d'adresse pour frustrer l'homme de ce qu'il dsire : aussi le nom de stellion est-il devenu une injure. On examine en t le lieu de sa retraite, qui d'ordinaire se trouve dans les corniches de portes et de fentres, les lieux vots et les tombeaux. Aux premiers jours de printemps , on place au devant de ces trous de xviii. 5 66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. opponunt casas, quarum angustiis etiam gaudet, eo fa- cilius exuens circumdatum torporem. Sed eo derelicto non potest remeare. Nihil ei remedio in comitialibus morbis praefertur. Prodest et cerebrum mustelae invete- ratum potumque , et jecur ejus : testiculi , vulvaque , aut ventriculus inveteratus cum coriandro, ut diximus: item cinis : silvestris vero tota in cibo sumpta. Eadem omnia praedicantur ex viverra. Lacerta viridis cum condimen- tis , quae fastidium abstergeant , ablatis pedibus et capite. Cochlearum cinis , addito semine lini et urticae cum melle , unctu sanat. Magis placet draconis cauda in pelle dorcadis adalligata cervinis nervis : vel lapilli e ventre pullorum hirundinum sinistro lacerto adnexi. Di- cuntur enim excluso pullo lapillum dare. Quod si pullus is detur incipienti in cibo , quem primum pepererit , (juum quis primum tentatus sit , liberatur eo malo. Postea medetur hirundinum sanguis cum thure, vel cor recens devoratum. Quin et e nido earum lapillus impo- situs recreare dicitur confestim , et adalligatus in perpe- tuum tueri. Praedicatur et jecur milvi devoratum, et senectus ser- pentium. Jecur vulturis tritum cum suo sanguine ter septenis diebus potum. Cor pulli vulturini adalligatum. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 67 petites cages de roseaux fendus en forme de grilles ; plus ces grilles sont serres , plus elles lui plaisent , parce qu'il s'y dpouille plus facilement de sa vieille peau; mais ds qu'il l'a quitte, il lui est impossible de regagner son trou ; il n'est point de remde plus estim contre lepilepsie. La cervelle de belette vieille, ainsi que son foie, ses testicules ou sa vulve; son estomac, gard avec de la coriandre, selon la mthode ci-dessus; sa cendre, toutes ces parties sont bonnes contre l'pi lepsie. Quant la belette sauvage, on la fait manger tout entire. Le furet possde, dit-on , les mmes propri- ts; on peut, de plus, faire usage de lzard vert, assai- sonn de manire prvenir le dgot , aprs en avoir retranch la tte et les pattes. On remdie encore l'- pilepsie en frottant le malade de cendres de limaons, de graine de lin et d'orties avec du miel. Les magiciens recommandent d'attacher au cou des pileptiques , avec des nerfs de cerfs , une queue de dragon enveloppe dans une peau de gazelle, ou de lier au bras gauche, de ces petites pierres qu'on trouve dans le jabot des jeunes hirondelles, et que, dit-on,' la mre leur donne ds qu'ils viennent clore. L'pilepsie disparat encore si, au commencement de la premire attaque, on fait avaler au malade le premier petit pondu par une hiron- delle, et qu'ensuite il boive du sang d'hirondelle, avec de l'encens ; ou mange le cur de l'oiseau encore tout frais. Une petite pierre, prise dans le nid de cet oiseau; soulage le malade, si on la lui met sur la tte, et pr- serve jamais des rechutes, si on la lui pend au cou. On vante de mme le foie de milan, comme aliment; la dpouille de serpent; le foie de vautour, broy dans le sang de l'oiseau, et bu vingt-un jours durant; le cur 5. 68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Sed ipsum vulturem in cibo dari jubent, et quidem sa- tiatum humano cadavere. Quidam pectus ejus bibendum censent, et in eerrino calyce. Aut testes gallinacei ex aqua et lact, antcdente quinque dierum abstinentia vini, ob id inveteratos. Fuere et qui viginti unam muscas rufas, et quidem emortuas, in potu darent, infirmiori- bus pauciores. Ad morbum regium. XXVTQ. il. Morbo regio resistunt sordes aurium, aut mammarum pecudis denarii pondre cum myrrhae momento , et vini cyathis duobus : canini capitis cinis in mulso : multipeda in vini hemina : vermes terreni in aceto mulso cum myrrha. Gallina si sit luteis pedibus prius aqua purificatis, dein collutis vino, quod bibatur. Cerebrum perdicis aut aquilae in vini cyathis tribus. Cinis plumarum aut interaneorum palumbis in mulso ad co- chlearia tria. Passerum cinis sarmentis crematorum co- chlearibus duobus in aqua mulsa. Avis icterus vocatur a colore, quae si spectetur, sanari id malum tradunt, et avem mori. Hanc puto latine vocari galgulum. Ad phrenesin. XXIX. Phreneticis prodesse videtur pulmo pecudum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 69 d'un jeune vautour, en amulette; enfin la chair d'un vautour qui vient de se repatre de cadavre humain. Quelquefois on prend son estomac en breuvage dans une coupe de bois de cerrus , ou des testicules de coq , gards dans de l'eau et du lait : il faut s'tre abstenu de vin pendant les cinq jours prcdens. Enfin , certains mdecins ont fait prendre , contre l'pilepsie , vingt-une mouches rousses mortes ; on en donne un moins grand nombre ceux qui sont d'une faible constitution. Pour la maladie royale , ou jaunisse. XXVIII. 1 1. On oppose aux invasions de la jaunisse, la crasse des oreilles , ou celle des mamelles de brebis , la dose d'un denier, dans un peu de myrrhe et deux cyathes de vin ; la cendre de tte de chien dans du vin miell ; des cloportes dans un hmine de vin ; des vers de terre dans de l'oxycrat, avec de la myrrhe; les pieds d'une poule qui soient jaunes, lavs d'abord dans l'eau, puis macrs dans le vin , et pris en breuvage ; la cer- velle de perdrix ou d'aigle , dans trois cyathes de vin ; la cendre de plumes ou d'entrailles de ramier, dans du vin miell , la dose de trois cuilleres ; la cendre de moineaux brls un feu de sarment, le tout la dose de deux cuilleres dans du vin miell. On ajoute que, en fixant les yeux sur un oiseau qui la couleur de ses plumes a fait donner le nom d'ictre , on se gurit de la jaunisse; l'oiseau meurt. C'est, je crois, le mme que le galgulus des Latins. .Pour la frnsie. XXIX. Dans les cas de frnsie , on enveloppe la tte 70 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. calidus circa caput alligatus. Nam mris cerebrum dare potui ex aqua , aut cinerem mustelae , vel etiam invete- ratas herinacei carnes , quis possit furenti , etiamsi certa sit medicina? Bubonis certe oculorum cinerem inter ea, quibus prodigiose vitam ludificantur, acceperim. Praeci- pueque febrium medicina placitis eorum renuntiat. Nam- que et in xn signa digessere eam sole transmeante, ite- rumque luna : quod totum abdicandum paucis e pluribus edocebo. Siquidem crematis tritisque cum oleo perungi jubent aegros quum Geminos transit sol, cristis, et auri- bus, et unguibus gallinaceorum : si luna, radiis bar- bisque eorum : si Virginem alteruter, hordei granis : si Sagttarium, vespertilionis alis : si Leonem luna, tama- ricis fronde, et adjiciunt, sativae : si Aquarium, e buxo carbonibus tritis. Ex istis confessa, aut certe verisimilia ponemus , sicut et lethargum olfactoriis excitari : inter ea fortassis mustelae testiculis inveteratis, aut jocinere usto. His quoque pulmonem pecudis calidum circa caput adalligari putant utile. Ad febres. y XXX. In quartanis medicina clinice propemodum ni- hil pollet. Quamobrem plura eorum remdia ponemus, primumque ea, quae adalligari jubent : pulverem in quo se accipiter volutaverit , lino rutilo in linteolo ; canis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. ?' du malade d'un poumon de mouton chaud ; mais com- ment faire prendre un fou furieux de la cervelle de rat dans de l'eau , de la cendre de belette ou de la chair sche de hrisson, ces remdes fussent-ils mme cer- tains? Quant la cendre des yeux du hibou, c'est encore une recette des charlatans qui se jouent de la crdulit humaine. C'est surtout la fivre qui rclame un traite- ment oppos leur thorie : ils classent les fivres selon les douze signes et suivant les passages du soleil et les retours de la lune; or cette mthode est fausse , comme le dmontrera le peu d'exemples que je vais citer : ainsi ils veulent que l'on frotte le malade de crtes , d'oreilles et d'ongles de coqs, prcisment au temps o le soleil passe par les Gmeaux. Est-ce la lune qui entre dans cette constellation ? on doit employer les perons et les barbes des mmes coqs ; si l'un des deux astres passe au signe de la Vierge , on frotte avec des grains d'orge; au Sagittaire, avec des ailes de chauve-souris; si la lune est dans le Lion , prenez, disent-ils, des feuilles de tamarin venu de graine ; si c'est au Verseau , prenez du charbon de buis broy. De cette foule de remdes , nous citerons nanmoins ceux qui ont pour eux l'exp- rience ou la vraisemblance : tels sont peut-tre ou le vieux testicule de belette, ou son foie brl. On croit bon aussi d'envelopper la tte d'un poumon de mouton chaud. Pour les fivres. XXX. La mdecine clinique est presque impuissante contre la fivre-quarte; enregistrons donc quelques re- cettes des mages , et commenons par les amulettes. Attachez, disent-ils, au cou du malade, dans un petit 72 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. nigri dentem longissimum. Pseudosphecem votant ve- spam , quae singularis volitat : hanc sinistra manu adpre- hensam subnectunt : alii vero , quam quis eo anno viderit primam. Viper caput abscisum in linteolo , vel cor vi- ventis exemptum. Mris rostellum auriculasque summas roseo panno , ipsumque dimittunt. Lacertae vivae dextrum oculum effossum, mox cum capite suo deciso, in pelli- cula caprina. Scarabaeum qui pilas volvit. . Propter hune .ZEgypti magna pars scarabos inter numina colit, cu- riosa Apionis interpretatione ,* qua colligat solis operum similitudinem huic animali esse, ad excusandos gentis suae ritus. Sed et alium adalligant magi , cui sunt cor- nicula reflexa , sinistra manu collectum. Tertium , qui vocatur fullo , albis guttis , dissectum utrique lacerto adalligant : cetera sinistro. Cor anguium sinistra manu exemptum viventibus. Scorpionis caudae quatuor articu- los cum aculeo , panno nigro , ita ut nec scorpionem di- missum , nec eum qui alligaverit videat aeger triduo. Post tertium circuitum id condat. Erucam in linteolo ter lino circumdant totidem nodis, ad singulos dicentes , quare faciat qui medebitur. Lima- cem in pellicula , vel quatuor limacum capita , praecisa HISTOIRE NATURELLE, LTV. XXX. 7 3 linge, avec du fil de lin roux , de la poussire dans la- quelle un pervier s'est roul , ou la plus longue dent d'un chien noir. Prenez de la main gauche, et pendez au cou du malade , soit un pseudo-sphex , gupe qui vole toujours solitaire, soit la premire gupe que vous aurez vue de l'anne ; pendez de mme , la tte et dans un linge, une tte de vipre frachement coupe, ou le cur arrach au reptile vivant , ou bien encore le bout du muffle et des oreilles d'un rat, qu'on lche ensuite, le tout envelopp dans un drap rose. On use de mme soit de l'il droit enlev un lzard vivant, et renferm avec la tte de l'animal dans une peau de chvre , soit du scarabe, qui roule des boules de fiente, et qui cette manuvre a fait rendre , dans presque toute l'Egypte , les honneurs divins : Apion donne de ce fait une expli- cation piquante en disant, pour justifier les superstitions de ses compatriotes , que cet insecte imite les travaux du soleil. Les mages emploient encore le scarabe cornes replies, pris de la main gauche, et le scarabe fullo, mouchet de blanc ; on le coupe en deux , et chaque moiti est attache un bras ; on porte les autres amu- lettes seulement au bras gauche ; ils recommandent aussi le cur de serpent, arrach de la main gauche au reptile vivant; quatre articles de la queue du scorpion , enve- lopps avec l'aiguillon dans une toffe noire ; il faut que le malade soit trois jours sans voir soit le scorpion qui a t remis en libert , soit celui qui a donn l'a- mulette , et qu'aprs le troisime accs de fivre le tout soit enterr. On porte une chenille dans un linge entour trois fois d'un fil, assujetti par trois nuds, en disant chaque nud pourquoi l'on opre. Une limace ou quatre ttes 74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. arundine. Multipedam lana involutam. Vermiculos ex quibus tabani fiunt, antequam pennas germinent. Alios e spinosis frutectis lanuginosos. Quidam ex Mis quaternos inclusos juglandis nucis putamine adalligant : cochleas- que, quae nudae inveniuntur. Stellionem inclusum capsu- lis subjiciunt capiti , et sub decessu febris emittunt. Devorari autem jubent cor mergi marini sine ferro exem- ptum, inveteratumque conteri, et in calida aqua bibi. Corda hirundinum cum nielle. Alii fimum drachma una in lactis caprini et ovilli, vel passi cyathis tribus, ante accessiones. Sunt qui totas censeant devorandas. Aspidis cutem pon- dre sexta parte denarii cum piperis pari modo, Partho- rum gentes in remedium quartan bibunt. Chrysippus philosophus tradidit phryganion adalligatum remedio esse quartanis. Quod esset animal neque ille descripsit, nec nos invenimus qui novisset. Demonstrandum tamen fuit a tam gravi auctore dictum, si cujus cura efficacior esset inquirentis. Cornicis carnes esse, et nidum illinire, in longis morbis utilissimum putant. Et in tertianis fit potestas experiendi, quoniam miserias copia spei delectat, anne aranei, quem lycon vocant, tela cum ipso, in sple- nio resinae ceraeque imposita utrisque temporibus et fronti prosit : aut ipse calamo adalligatus, qualiter et aliis fe- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX 75 de limaces , coupes avec un brin de roseau , dans une petite peau; un cloporte, envelopp dans de la laine , ou bien de ces petits vers qui se changent en taons, avant que les ailes aient pouss; ou bien encore les vers velus des arbustes pineux , produisent le mme effet. Quelques-uns renferment quatre de ces derniers vers dans une coquille de noix, ou de ces limaces qu'on ren- contre sans test ; on met aussi un stellion , dans une petite bote , sous le chevet du malade , et on le lche quand l'accs diminue. On mange encore le cur d'un plongeon de mer, arrach sans le secours du fer du sein de l'oiseau, et broy au bout de quelques jours de con- servation, ou on l'avale dans de l'eau chaude; on prend des curs d'hirondelles, avec du miel, et, avant l'accs, une drachme de leur fiente dans trois cyathes soit de lait de chvre ou de brebis, soit de vin cuit. Quelques mdecins font manger des hirondelles tout entires. Les Parthes boivent, dans le cas de fivre- quarte, une dcoction de peau d'aspic , la dose d'un sixime de denier, avec gale quantit de poivre. Chry- sippe crit que le phryganium , port au cou , gurit aussi la fivre-quarle ; mais il n'a point dcrit l'animal , qu' ma connaissance personne n'a vu. Cependant nous ne pouvions oublier le nom d'un animal mentionn par un auteur si grave , et d'autres peut-tre seront plus heureux dans leurs recherches. La chair de corneille et les frictions pratiques avec le nid de cet oiseau , sont bonnes dans les maladies lentes. Puisqu'on n'a jamais trop d'espoir pour adoucir les maux de la vie, ajoutons que, dans les cas de fivres- tierces, on peut essayer de la toile de l'araigne-loup , et de l'insecte mme en ca- taplasme, avec de la rsine et de la cire , sur les tempes 76 C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XXX. bribus prodesse traditur : item lacerta viridis adalligata viva in eo vase quod capiat. Quo gnre et rcidivas fr- quenter abigi adfirmant. Ad hydropisin. XXXI. Hydropicis sypum ex vino addita myrrha modice potui datur, nucis avellan magnitudine. Aliqui addunt et anserinum adipem ex vino myrteo. Sordes ab uberibus ovium eumdem effectum habent. Item carnes inveteratae herinacei sumptae. Vomitus quoque canum illitus ventri, aquam trahere promittitur. Ad ignem sacrum. XXXII. 12. Igni sacro medetur sypum cum pom- pholyge et rosaceo , ricini sanguis , vermes terreni ex aceto illiti , gryllus contritus in manibus. Quo gnre praestat , ut qui id fecerit 7 antequam incipiat vitium , toto eo anno careat. Oportet autem eum ferro cum terra cavern suae tolli. Adeps anseris. Viper caput aridum adservatum et combustum , deinde ex aceto impositum. Senectus serpentium ex aqua illita a balineo cum bitu- mine et sevo agnino. Ad carbunculos. XXXIII. Carbunculus fimo columbino aboletur per HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX ? 7 et sur le Front ; dans d'autres fivres , on se trouve bien d'attacher au cou l'insecte seul, dans un petit tuyau, ou un lzard vert enferm vivant dans un vase , dont il remplit la capacit. Il n'est pas rare que ce dernier procd chasse mme les fivres priodiques. Pour l'hydropisie. XXXI. Les hydropiques doivent boire, en mdiocre quantit, du vin avec de la myrrhe, et gros comme une aveline d'sype; quelques-uns y joignent de la graisse d'oie dans du vin de myrte. La crasse des mamelles de brebis , la chair des hrissons , garde quelque temps , ont la mme vertu. On fait encore vacuer les eaux en frottant le ventre d'un hydropique avec la matire qu'un chien a vomie. Pour le feu sacr ( rysiple ). XXXII. 12. On gurit l'rysiple avec un mlange d'sype, de pompholyx et d'huile rosat; avec du sang de tique ; avec des vers de terre , en cataplasme dans du vinaigre; avec un grillon qu'on crase dans les mains. Il est bon , dans ce cas , d'enlever le grillon avec la terre de son trou , et l'aide du fer. Ceux qui usent de ce re- mde, avant l'invasion du mal, en'sont garantis toute l'anne. On emploie aussi la graisse d'oie, la tte de vipre , sche , garde , brle et applique dans du vinaigre. La vieille peau de serpent, macre dans l'eau , sert faire , aprs le bain , des frictions avantageuses , pourvu qu'on y joigne du bitume et du suif d'agneau. Pour les charbons. XXXIII. On dissipe le charbon l'aide de fiente de 78 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. se illico, vel cum lini semine ex aceto mulso. Item api- bus, qu in melle sint mortu, impositis. Polentaque imposita inspersa. In verendis, ceterisque ibi ulceribus, occurrit e melle sypum cum plumbi squamis. Item fimum pecudum incipientibus carbunculis. Tubera et qucum- que molliri opus est , efficacissime anserino adipe curan- tur. Idem praestat et gruum adeps. Ad furunculos. XXXIV. Furunculis mederi dicitur araneus, priusquam nominetur impositus, et tertio die solutus. Mus araneus pendens enecatus, sic ut terram ne postea attingat, ter circumdatus furunculo, toties exspuentibus medente, et cui is medebitur. Ex gallinaceo fimo quod est rufum maxime , recens illitum ex aceto. Ventriculus ciconi ex vino decoctus. Muscae impari numro infricatae digito medico. Sordes ex pecudum auriculis. Sevum ovium v- tus cum cinere e c^pillis mulierum. Sevum arietis cum cinere pumicis et salis pari pondre. Ad ambusta. XXXV. Ambustis canini capitis cinis medetur. Item glirium cum oleo. Fimum ovium cum cera. Murium ci- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 79 pigeon , soit seule , soit avec de la graine de lin , dans du vinaigre miell ; on use aussi d'abeilles mortes dans leur miel, et on les applique l'ulcre; quelquefois on saupoudre de fleur de farine. L'inflammation et les ul- cres des parties naturelles , se gurissent avec l'sype dlay dans du miel, et des scories de plomb. Les crottes de brebis sont bonnes dans la naissance de l'anthrax. La graisse d'oie est souveraine pour les excroissances, et pour toutes les tumeurs dures. On obtient les mmes effets de la graisse de grue. Pour les furoncles. XXXIV. Pour les furoncles, appliquez une araigne avant qu'on ait prononc le nom de l'insecte ; ce ca- taplasme sera enlev au bout de trois jours. On peut aussi se servir d'une musaraigne, qu'on fait mourir en la suspendant de manire qu'elle ne puisse plus toucher la terre; on la fait passer trois fois autour du furoncle, et le mdecin , ainsi que le malade, doivent cracher autant de fois. On frotte aussi le furoncle de fiente de coq frache, dlaye dans du vinaigre, surtout de fiente rousse, ou l'on applique un estomac de cigogne cuit dans du vin. On fait avec le quatrime doigt des frictions de mouches en nombre impair , ou de crasse d'oreilles de brebis , ou de vieux suif de mouton incorpor des cendres de cheveux de femme, ou de suif de brebis ml son poids de cendres de pierres ponces et de sel. Pour les brlures. XXXV. On frotte les brlures de cendres de tte de cliieu j de cendres de loir dans l'huile, de crottes de bre- 80 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. nis : cochlearum quoque : sic ut ne cicatrix quidem ap- pareat. Item adeps viperinus. Fimi columbini cinis ex oleo illitus. Ad nervorum dolores. XXXVI. Nervorum nodis medetur capitis viperini cinis ex oleo cyprino. Terreni vermes cum mell illiti. Doloribus eorum amphisbaena mortua adalligata. Adeps vulturinus cum ventre arefactus , contritusque cum adipe suillo in- veterato. Cinis e capite bubonis in mulso potus cum lilii radice, si magis credimus. In contractione nervorum caro palumbina in cibis prodest et inveterata : herinacei , spa- sticis : item mustelae cinis. Serpentium senectus in pelle taurina adalligata spasmos fieri prohibet. Opisthotonos milvi jecur aridum tribus obolis in aquae mulsae cyathis tribus potum. Ad unguium et digitorum vitia. XXXVII. Reduvias , et quae in digitis nascuntur pte- rygia, tollunt, canini capitis cinis, aut vulva decocta in oleo, superillito butyro ovillo cum melle. Item folliculus cujuslibet animalium fellis. Unguium scabritiam can- tharides cum pice tertio die solut, aut locustae, cum sevo hircino. Pecudum sevum. Aliqui miscent viscum et HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 81 bis, incorpores la cire, de cendres de rats, de cendres de limaons (par celles-ci, on efface jusqu' l'apparence de la cicatrice ), de graisse de vipre, de cendres de fiente de pigeon , en Uniment dans l'huile. Pour les maux de nerfs. XXXVI. Pour les nuds des nerfs, on applique de la cendre de tte de vipre dans de l'huile de trone , ou des vers de terre en Uniment dans du miel. Les nvral- gies cdent l'amphisbne mort , attach au cou du malade ; on emploie aussi la graisse de vautour sche , avec le ventre de l'oiseau, le tout pil avec du lard rance. La cendre de tte de hibou , en breuvage avec de la ra- cine de lis dans du vin miell, est encore fort bonne au dire des mages. Pour les contractions nerveuses, man- gez de la chair de ramier faisande. Dans les spasmes , usez de la chair de hrisson , ou de la cendre de belette ; la dpouille des serpens, en amulette, dans une peau de taureau , prvient les spasmes. On se prserve de l'opisthotone , en buvant trois oboles de foie sec de mi- lan , dans trois cyathes d'eau mielle. Pour les maux des ongles et des doigts. XXXVII. Les envies et les ptrygies qui viennent aux doigts, disparaissent quand on y applique des cendres de tte de chien, ou la partie sexuelle d'une chienne bouillie dans l'huile , aprs les avoir frottes avec du miel et du beurre de brebis. La vsicule du fiel de tous les animaux possde la mme vertu. Les asprits des ongles disparaissent au moyen d'un cataplasme de can- xviii. 6 82 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. portulacam, alii aeris florem et viscum , ita ut tertio die solvant. Ad sanguinem sistendum. XXXVIII. 1 3. Sanguinem sistit in naribus sevum ex omento pecudum inditum. Item coagulum ex aqua , maxime agninum , subductum vel infusum , etiamsi alia non prosint. Adeps anserinus cum butyro pari pondre pastillis ingestus. Cochlearum terrena. Sed et ipsse extra- ct testis. E naribus fluentem sistunt cochleae contritae fronti illitae : aranei tela : gallinacei cerebellum , vel san- guis, profluvia ex cerebro : item columbinus, ob id ser- vatus concretusque. Si vero ex vulnere immodice fluat, fimi caballini cum putaminibus ovorum cremati cinis impositus mire sistit. Ad ulcra et vulnera. XXXIX. Vulneribus medetur sypum cum hordei ci- nere et rugine aequis partibus. Ad carcinomata quoque ac serperttia valet. Erodit et ulcerum margines : carnesque excrescentes ad aequalitatem redigit. Explet quoque, et ad cicatricem perducit. Magna vis et in cinere pecudum fimi ad carcinomata, addito nitro : aut in cinere ex ossi- bus feminum agninorum, praecipue in his ulceribus, quae HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXX. 83 tharides et de poix qu'on enlve le troisime jour, ou de sauterelles dans du suif de bouc ; on use aussi de suif de mouton , et quelques-uns y joignent de la glu et du pourpier, ou bien de la fleur de cuivre et de la glu ; le tout s'enlve au bout de trois jours. Pour arrter le sang. XXXVIII. i3. On arrte les hmorrhagies nasales, en introduisant dans le nez du suif de panse de mou- ton ou de la prsure, surtout de la prsure d'agneau, dlaye dans de l'eau ; ce remde russit o les autres chouent. On y introduit aussi des pilules de graisse d'oie, avec gale quantit de beurre. La terre qui s'attache au limaon , le limaon mme dpouill de sa coquille , russissent encore. Ces hmorrhagies cdent pareille- ment au limaon pil , appliqu en Uniment sur le front ; aux toiles d'araigne. La cervelle ou le sang de coq, ainsi que le sang de pigeon, gard et caill, arrtent le sang qui coule du cerveau. Quand une plaie verse trop de sang, de la cendre de fumier de cheval, calcine avec des coques d'uf, arrte merveille l'coulement. Pour les ulcres et les blessures. XXXIX. On gurit les blessures avec un mlange d'sype, de cendre d'orge et de vcrdet, en gale propor- tion; cette composition emporte aussi les carcinomes et les ulcres phagdniques ; elle en ronge les bords, rduit les excroissances, et, de plus, remplit et cica- trise les plaies. La cendre de crottes de brebis , avec ad- dition de nitre, enlve aussi les carcinomes. La cendre d'os de cuisses d'agneau a la mme action , notamment 6. 8', C. PLINII HIST\ NA.T. LIB. XXX. cicatricem non trahunt. Magna et pulmonibus, praecipue arietum : excrescentes carnes in ulceribus ad aequalita- tem efficacissime redueunt. Fimo quoque ipso ovium sub testo calefacto et subacto tumor vulnerum sedatur : fistulae purgantur sananturque : item epinyctides. Summa vero vis in canini capitis cinere : excrescentia omnia spodii vice erodit ac persanat. Et murino fimo erodun- tur. Item mustelae fimi cinere. Duritias etiam in alto ulcerum , et carcinomata persequitur multipeda trita , admixta rsina terebinthina et sinopide. Eademque uti- lissima sunt in his ulceribus, quae vermibus periclitantur. Quin et vermium ipsorum gnera mirandos usus ha- bent. Cosses, qui in ligno nascuntur, sanant ulcra om- nia. Nomas vero combusti cum pari pondre anesi, et ex oleo illiti. Vulnera recentia conglutinant terreni , adeo ut nervos quoque abscisos illitis solidari intra septimum diem persuasio sit : itaque in melle servandos censent. Ginis eorum margines ulcerum duriores absumit, cum pice liquida, vel simblio melle. Quidam arefactis in sole ad vulnera ex aceto utuntur, nec solvunt , nisi biduo in- termisso. Eadem ratione et cochlearum terrena prosunt : totaeque exemptae , tusae et impositae , recentia vulnera conglutinant, et nomas sistunt. Herps quoque animal a Graecis vocatur, quo praecipue sanantur quaecumque ser- punt. Coobleae prosunt eis cum testis suis tusae : cum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 85 sur les ulcres qui ne forment pas cicatrice. Les pou- mons, surtout les poumons de brebis, possdent aussi cette proprit un haut degr; par eux, les excrois- sances des ulcres reviennent au niveau de la peau. La crotte de brebis, ptrie et chauffe sous un four de cam- pagne, rsout les tumeurs des plaies, nettoie et gurit les blessures fistuleuses , enlve les pinyctides ; la cendre de tte de chien a encore plus de force; comme le spo- dium, elle ronge et enlve toutes les excroissances. La crotte de rat est de mme corrosive, ainsi que la cendre de crottes de belette. Les durets qui couronnent le haut des ulcres et des carcinomes, diminuent par l'usage des cloportes broys , mls la trbenthine et au sinope. Leur efficacit est sans gale pour les ulcres o l'em- ploi des vers n'est pas sans danger. Les diverses espces de vers fournissent pourtant eux- mmes des remdes- d'un effet merveilleux : les cosses, qui s'engendrent dans le bois, gurissent les ulcres; calcins avec leur poids d'anis, et appliqus en liniment dans de l'huile, ils emportent les ulcres malins. Les vers de terre runissent les plaies rcentes : on croit mme qu'ils font reprendre en sept jours les nerfs coups qu'on en frotte; pour cet effet, on les garde dans du miel. Leur cendre, dans de la poix liquide ou du miel simblien , ronge les bords les plus durs des ulcres ; quelques-uns , aprs les avoir fait scher au soleil , les appliquent avec du vinaigre sur les blessures, et n'en- lvent l'appareil qu'au bout de deux jours. La terre ad- hrente au limaon a l mme efficacit; tir en entier de sa coquille, pil et appliqu sur le mal, il runit les plaies rcentes, et arrte les ulcres malins. Les Grecs donnent le nom di herps un animal dont l'application 86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. myrrha quidem et thure , etiam praecisos nervos sanare dicuntur. Draconum quoque adeps siccatus in sole magno pere prodest : item gallinacei cerebrum recentibus pla- gis. Sale viperino in cibo sumpto , tradunt et ulcra tractabiliora fieri , ac sanari celerius. Antonius quidem medicus quum incidisset insanabilia ulcra , viperas edendas dabat, miraque celeritate persanabat. Troxali- dum cinis margines ulcerum duros aufert cum melle : item fimi columbini cinis cum arsenico et melle, ea qu erodenda sunt. Bubonis cerebrum cum adipe anserino mire vulnera dicitur glutinare : quae vero vocantur ca- coethe* cinis feminum arietis cum lact muliebri, dili- genter prius elutis linteolis : ulula avis cocta in oleo , cui liquato miscetur butyrum ovillum et mel. Ulcerum labra duriora apes in melle mortuae emolliunt. Et ele- phantiasin sanguis et cinis mustel. Verberum vulnera , atque vibices , pellibus ovium recentibus impositis obli- terantur. Ad ossa fracla. XL. Articulorum fracturis cinis feminum pecudis pe- culiariter medetur : efficacius cum cera. Idem medica- mentum fit ex maxillis simul ustis, cornuque cervino et cera mollita rosaceo. Ossibus fractis caninum cer- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 87 arrte tous les ulcres qui s'tendent en rampant. Les limaons, piles avec leurs coquilles, sont bons aussi, in- corpors la myrrhe et l'encens : ils gurissent les nerfs coups. La graisse de dragon, sche au soleil, est encore un remde pour les plaies rcentes, de mme que la cer- velle de coq. Le sel de vipre, pris comme aliment, rend , dit-on , les ulcres plus faciles traiter et gurir. Le mdecin Antonius Musa , aprs l'incision des ulcres censs incurables, ordonnait des vipres aux malades dont la gurison tait extraordinairement prompte. La cendre de troxalis, jointe au miel , enlve les bords calleux des idcrcs. Les excroissances que doit emporter l'rosion, cdent la cendre de fiente de pigeon, incorpore l'arsenic et au miel. La cervelle de hibou, avec la graisse d'oie, est excellente, dit-on, pour runir les plaies. Aux ulcres malins, on applique de la cendre de cuisse de blier, dlaye dans du lait de femme; il faut que les compresses en soient fortement imbibes. On emploie aussi l'ulula cuit dans l'huile , avec du beurre de brebis et du miel. Les ulcres bords calleux s'amollissent l'aide d'abeilles mortes dans le miel. L'lphantiase se gurit avec de la cendre et du sang de belette. Les meur- trissures et les marques de coups de fouet s'effacent quand on y applique de la peau de mouton frachement corch. Pour les fractui'es des os. XL. La cendre de cuisses de mouton est un spci- fique contre les fractures des articulations, surtout si l'on y ajoute de la cire ; on obtient le mme effet avec les mchoires brles ensemble, de la corne de cerf et de la cire fondue dans de l'huile rosat. Les os fracturs se 88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. brum linteolo illito , superpositis lanis , quse subinde suffundantur, fere xiv diebus solidat : nec tardius cinis silvestris mris cum melle : aut vermium terrenorum , qui etiam ossa extrahit. Ad cicatrices, et vitiligines. XLI. Cicatrices ad colorem reducit pecudum pulmo , praecipue ex ariete , sevum ex nitro : lacertse viridis cinis : vernatio anguium ex vino decocta : fimum columbinum cum melle. Item vitiligines albas ex vino. Ad vitiliginem et cantharides cum rutae foliorum duabus partibus in sole , donec formicet cutis , tolerand sunt. Postea fo- vere, oleoque perungere, necessarium : iterumque illi- nere, idque diebus pluribus facere, caventes exulcera- tionem altam. Ad easdem vitiligines et muscas illini jubent cum radice lapathorum : gallinarum fimum can- didum, servatum in oleo vetere cornea pyxide : vesper- tilionum sanguinem : fel herinacei ex aqua. Scabiem vero, bubonis cerebrum cum aphronitro, sed ante omnia sanguis caninus, sedant : pruritum cochleae minuta?, lat, contritae, illitae. HISTOIRE NATURELLE, LIW XXX. 89 consolident en quatorze jours, par l'emploi de la cer- velle de chien, bien tendue sur un linge, et applique sur l'os, avec de la laine par dessus. La runion s'opre non moins promptement, avec de la cendre de rat sau- vage , mle au miel , ou avec de la cendre de ver de terre; celle-ci fait mme sortir les esquilles. Pour les cicatrices et les taches de la peau. XLT. On rend aux chairs cicatrises leur couleur pri- mitive avec des poumons de mouton, ou mieux encore de blier; avec du suif et du nitre mls; avec de la cendre de lzard vert; avec la peau que laisse la cou- leuvre au printemps, bouillie dans du vin; enfin, avec de ja fiente de pigeon , dlaye dans du miel. Les taches blanches de la peau s'effacent , si on les arrose de vin , ou si on applique dessus des cantharides , avec deux parties de feuilles de rue : l'empltre doit tre tenu au soleil , et gard jusqu' ce qu'on sente des fourmillemens la peau ; ensuite on tuve , on frotte d'huile , et l'on graisse de nouveau plusieurs jours de suite , afin d'empcher l'excoriation d'tre trop pro- fonde ; ces mmes taches disparaissent par un Uni- ment de mouches et de racine de lapathum. On emploie de mme la fiente blanche de poule, garde dans une bote de corne , pleine de vieille huile ; du sang de chauve-souris; du fiel de hrisson, dlay dans de l'eau. La gale cde l'application de cervelle de hibou et de fleur de nitre , mais surtout au sang de chien. Pour les dmangeaisons, on broie de petits limaons larges, qu'on applique en Uniment. go C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. Ad ea quae extrahenda surit. corpori. XLIT. Arundines , et tela , quaeque alia extrahenda sunt corpori, evocat mus dissectus impositus. Praecipue vero lacerta dissecta, et vel caput ejus tantum eontusum cum sale impositum. Cochleae ex his quae gregatim folia sectantur, contusae impositaeque cum testis, et eae quae manduntur , exemptae testis : sed cum leporis coagulo efficacissime. Ossa anguium eumdem cum coagulo cu- juscumque quadrupedis intra tertium diem adprobant effectum. Laudantur et cantharides tritae cum farina hordei. Ad muliebria mala. XLIII. i4- In muliebribus malis membranae a partu ovium proficiunt, sicut in capris retulimus. Fimum quo- que pecudum eosdem usus habet. Locustarum suffitu stranguriae maxime mulierum juvantur. Gallinaceorum testes subinde si a conceptu edat mulier, mares in utero fieri dicuntur. Partus conceptos hystricum cinis potus continet : maturat caninum lac potum, evocat membrana e canum secundis , si terrain non attigerit. Lumbos par- turientium potus lactis , fimum murinum aqua pluvia dilutum , mammas mulierum a partu tumentes reficit. Cinis herinaceorum cum oleo perunctarum custodit par- tus contra abortus. Facilius enituntur, quae fimum anse- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 91 Pour les objets extraire du corps. XLII. Les flches, les traits, et toute pointe qu'il s'agit d'extraire du corps, sont attirs extrieurement par l'application d'un rat coup en deux; mieux vaut encore appliquer un lzard coup en deux, et mme sa tte seule pile dans du sel. Les limaons qui s'at- tachent par groupes aux feuilles sont piles , chair et coquille, et appliqus sur la peau dans le mme but. L'escargot qui parat sur nos tables est bon aussi, mais il faut mettre la coquille de ct : la prsure de livre double leur efficacit. Les os de serpent , avec la prsure d'un quadrupde, n'importe lequel, produit le mme effet en trois jours. On vante aussi les cantharides broyes avec de la farine d'orge. Pour les maladies des femmes. XLI1I. 14. On donne aux femmes du soulagement, en leur appliquant sur la peau un placenta de brebis (ce que nous avons dit l'article des chvres), ou bien du crottin de brebis. Les fumigations de sauterelles guris- sent de la strangurie, surtout celle des femmes. Manges immdiatement aprs la conception, les testicules de coq donnent au ftus le sexe mle. On prvient les fausses couches, en buvant de la cendre de porc-pic. Le lait de chienne, en breuvage, acclre l'accouchement ; sou arrire-faix, pourvu qu'on le mange sans qu'il ait tou- ch la terre , facilite la sortie de l'enfant. L'usage du lait fortifie les reins des femmes en travail. On dissipe les gonflemens de mamelles , aprs l'accouchement, en les frottant de crottes de rat dlayes dans l'eau de 92 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. rinum cum aquae cyathis duobus sorbuere : aut ex utri- culo mustelino per gnitale effluentes aquas. Vernies terreni illiti, ne cervicis scapularumque nervi doleant, praestant. Graves secundas pellunt in passo poti. Iidem per se impositi, mammarum suppurationes concoquunt et aperiunt, extrahuntque , et ad cicatricem perducunt. Lac devocant poti cum mulso. Inveniuntur et vermiculi , qui adalligati collo continent partum. Detrahuntur au- tem sub partu : alias eniti non patiuntur. Cavendum etiam ne in terra ponantur. Conceptus quoque causa dantur in potu quini aut septeni. Cochleae in cibo sumptae adcelerant partum : item conceptum impositae cum croco. Eaedem, ex amylo et tragacantha illitae, profluvia sistunt. Prosunt et purgationibus sumptae in cibo , et vulvam aversam corrigunt cum medulla cervina, ita ut uni co- chleae denarii pondus addatur et cyperi : inflationes quo- que vulvarum discutiunt exemptas testis, tritaeque cum rosaceo. Ad haec astypalaeicae maxime eliguntur. Alio modo africanae binae tritas cum feni graeci quod tribus digitis capiatur, addito melle cochlearibus quatuor, illi- nuntur alvo , prius irino succo perunctae. Sunt et mi- nutas longaeque , candidae cochleae , passim oberrantes. E arefactae sole in tegulis, tusaeque in farina, miscentur HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. cj3 pluie. La cendre de hrisson, en liuiment avec de l'huile, prvient l'avortement. Pour faciliter l'accouchement , on fait prendre de la fiente d'oie dans deux cyathes d'eau, ou , dans une vessie de belette, de l'eau que la femme rend elle-mme par les voies naturelles. On frotte aussi la femme enceinte, de vers de terre, pour obvier aux nvralgies du cou ou des paules. On expulse l'arrire- faix, en donnant de ces mmos vers dans du vin cuit. Seuls, en application sur le sein, ils en mrissent les tumeurs, les ouvrent, en tirent toute l'humeur, et oprent la cicatrice: bus dans du vin miell, ils entranent le lait. Certaines espces de petits vers , ports au cou en amu- lette, empchent la fausse couche. On les te l'instant de l'accouchement, qui, sans cette prcaution, serait impossible; on se garde mme de les poser terre; bus au nombre de cinq ou sept , ils font concevoir. Les escar- gots, en aliment, acclrent les couches; appliqus avec du safran, ils aident la conception; avec l'amidon et la gomme adragant, ils arrtent les pertes. Pris comme mets solide, ils influent avantageuse- ment sur les menstrues; incorpors la moelle de cerf, la dose d'un denier de moelle et d'huile de trone par escargot, ils rtablissent les renversemens de la matrice; broys sans leur coquille dans l'huile rosat , ils dissipent les gonflemens de l'utrus. C'est surtout les escargots d'Astypale qu'on recherche pour cet objet. Ceux d'Afri- que s'emploient d'une autre faon : on en broie deux dans une pince de fenugrec, on ajoute quatre cuilleres de miel, puis on frotte de ce liniment le ventre, qui pra- lablement l'a t d'huile d'iris. Certains limaons, petits, longs, blancs, ambulans, donnent, la dessiccation au soleil sur des tuiles, et par la trituration, une poudre 94 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. lomento aequis partibus, candoremque et laevorem cor- pori adferunt. Scabendi desideria tollunt minutas et latae cum polenta. Viperam mulier praegnans si transcenderit, abortum faciet : item amphisbaenam , mortuam dumtaxat. Nam vivam habentes in pyxide, impune transeunt, etiam si mortua sit : atque adservata, partus faciles praestat vel mortua. Mirum, si sine adservata transcenderit gra- vida, innoxium fieri, si protinus transcendt adserva- tam. Anguis inveterati suffitus menstrua adjuvant. Ad partum juvandum. XLIV. Anguium senectus adalligata lumbis, faciliores partus facit, protinus a puerperio removenda. Dant et in vino bibendam cum thure : aliter sumpta , abortum facit. Baculum, quo angui rana excussa sit, parturientes adjuvat: troxalidum cinis illitus cum melle, purgationes. Item araneus , qui filum deducit ex alto , capi dbet manu cava, tritusque admoveri : quod si redeuntem prehen- derit, inhibebit idem purgationes. Lapis aetites in aquil repertus nido , custodit partus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 9 5 qui , mle dose gale de farine de fves , se transforme en un cosmtique excellent pour lisser et blanchir la peau. Les dmangeaisons cdent un mlange de farine de froment et de limaons minces et larges. Toute femme grosse, qui passe sur une vipre ou sur un amphisbne mort, avortera, moins pourtant qu'elle n'ait, dans une bote , un amphisbne vivant : conserv de la mme faon , tout amphisbne , mme mort , facilite les couches. Autre fait merveilleux : que la femme en- ceinte passe sur un amphisbne que le hasard prsente ses yeux , il ne s'ensuivra nul mal pour elle , si elle repasse sur-le-champ avec un amphisbne gard dans une bote. Des fumigations de couleuvres dessches aident l'ruption des rgles. Pour faciliter l'accouchement. XLIY. La dpouille de serpent, attache aux reins de la femme enceinte, rend les couches plus faciles; mais on doit l'enlever l'instant de la crise. On donne cette substance en breuvage dans du vin , avec de l'encens : bue de toute autre faon elle occasione la fausse couche. L'accouchement est facilit au moyen d'une baguette qui aura sauv une grenouille des dents d'une couleuvre. De la cendre de troxalis, en liniment dans du miel, fa- cilite l'vacuation priodique. Prenez, dans le creux de la main, l'araigne qui descend d'un lieu lev, en lais- sant chapper son fil ; crasez-la , approchez-la de l'or- gane de la femme, elle produira le mme effet : au con- traire , elle arrtera les menstrues , si on la prend l'in- stant o elle remonte le long du fil. L'atite, pierre qu'on trouve dans le nid de l'aigle, gG C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. contra omnes abortuum insidias. Penna vulturina sub- jecta pedibus adjuvat parturientes. Ovum corvi gravidis cavendum constat, quoniam transgressis abortum per os faciat. Fimum accipitris in mulso potum , videtur fe- cundas facere. Vulvarum duritias et collectiones adeps anserinus aut cygni emollit. Ad mammas servandas. XLV. Mammas a partu custodit adeps anseris cum rosaceo et araneo. Phryges et Lycaones mammis puer- perio vexatis invenere otidum adipem utilem esse : his quae vulva strangulentur et blattas illinunt. Ovorum perdicis putaminum cinis cadmiae mixtus , et cerae , stan- tes mammas servat. Putant et ter circumductas ovo per- dicis non inclinari : et si sorbeantur eadem, fecundita- tem facere : lactis quoque copiam. Cum anserino adipe perunctis mammis, dolores minuere, molas uteri rum- pere, scabiem vulvarum sedare, si cum cimice trito illi- nantur. Ad pilos tollendos. XLVI. Vespertilionum sanguis psilothri vim habet : sed malis puerorum illitus non satis proficit, nisi aerugo, vel cicutae semen postea inducatur : sic enim aut in to- HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXX. 97 prserve le ftus de toute manuvre qui tendrait l'a- vortement. Une plume de vautour, sous les pieds de la femme en travail, aide l'accouchement. On sait que toute femme enceinte doit viter avec soin de passer par-dessus des ufs de corbeau , sous peine d'avorter par la bouche. La fiente d'pervier, bue dans du vin miell, donne la f- condit aux femmes. Les durets et abcs de l'organe sexuel des femmes s'amollissent l'aide de la graisse d'oie ou de cygne. Pour la conservation du sein. XLV. La graisse d'oie, avec de l'huile rosat et des araignes, rtablit le sein aprs les couches. On a re- connu, en Phrygie et en Lycaonie, l'utilit de la graisse d'outarde , pour obvier aux accidens que l'accouche- ment occasione aux mamelles. Dans les tranglemens de l'utrus, on a recours au liniment de blattes. La cendre de coquille d'ufs de perdrix, avec la cadmie et la cire, maintient le sein ferme. Un uf de perdrix, pass trois fois autour de la gorge, l'empche aussi de tomber; ces mmes ufs, pris comme aliment, donnent la fcondit, et remplissent les mamelles de lait. Des onctions de graisse d'oie diminuent les douleurs des mamelles. On rsout les mles qui obstruent l'ut- rus, et l'on gurit les dmangeaisons des parties gni- tales, en appliquant comme liniment des punaises cra- ses. Pour l'pilation. XLVI. Le sang de chauve -souris sert d'pilatoire, mais il n'a que peu d'action sur les joues des adolescens, moins qu'on n'y mle du vert-de-gris ou de la graine xvjii. 7 9 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. tum tolluntur pili, aut non excedunt lanuginem. Idem et cerebro eorum profici putant. Est autem duplex, ru- bens utique et candidum. Aliqui sanguinem et jecur ejusdem admiscent. Quidam in tribus heminis olei disco- quunt viperam, exemptis ossibus psilothri vice utuntur, evulsis prius pilis quos renasci nolunt. Fel herinacei psi- lothrum est, utique mixto cerebro vespertilionis et lact caprino : item per se cinis. Lact canis primi partus , evulsis pilis quos renasci nolunt , vel nondum natis , perunctis partibus, alii non surgunt. Idem evenire tra- ditur sanguine ricini evulsi cani : item hirundinino san- guine, vel felle. i5. Ovis formicarum supercilia denigrari cum muscis tritis tradunt. Si vero oculi nigri nascentium placeant, soricem prsegnanti edendum. Capilli ne canescant ver- mium terrenorum cinere praestari admixto oleo. Ad morbos infantium. XLVII. Infantibus, qui lact concreto vexantur, prse- sidio est agninum coagulum ex aqua potum. Aut si coagulatio lactis acciderit, discutitur coagulo ex aceto dato. Ad dentitiones , cerebrum pecoris utilissimum est. Ossibus in canino fimo inventis, adustio infantium, quae vocatur siriasis, adalligatis emendatur : ramex infantium lacertae viridis admotae dormientibus morsu. Postea arun- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 99 de cigu : de cette faon , ou l'on extirpe le poil, ou on le rduit n'tre jamais que du duvet. La cervelle de chauve-souris produit le mme effet : elle est de deux sortes , rouge ou blanche. Quelques-uns mlangent le sang et le foie de l'animal , d'autres font bouillir une vipre dans trois hmines d'huile, la dsossent, et l'tendent comme pilatoire, aprs avoir arrach le poil qu'on veut empcher de renatre. Le fiel de hrisson , avec la cervelle de chauve-souris et le lait de chvre, ou la cendre seule , ont la mme proprit. Un liniment avec le lait d'une chienne qui porte pour la premire fois, prvient la croissance du poil , ou l'empche de se reproduire aprs qu'il a t arrach. Du sang de tique prise sur un chien, ou bien encore du sang ou du fiel d'hirondelle , produisent le mme effet. 1 5. Les ufs de fourmis , broys avec des mouches , noircissent les sourcils. Veut-on que l'enfant naisse avec des yeux noirs, la femme enceinte doit manger une souris. On obvie la canitie, en se froltant la tte de cendre de vers de terre , dlaye dans de l'huile. Pour les maladies des enfans. XLV1I. Les enfans malades pour avoir tt du lait gru- meleux sont guris avec de la prsure d'agneau dans de l'eau; si le lait s'est caill dans l'estomac, on le dissout en donnant la prsure dans du vinaigre. La cervelle de mouton facilite l'ruption des dents. L'inflammation particulire aux enfans , et connue sous le nom de si- riasis, se gurit en leur attachant au cou des os trouvs dans de la fiente de chien. On remdie leurs hernies , en les faisant mordre d'un lzard vert ; ensuite on at- 7- ioo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. dini alligata suspenditur in fumo : traduntque pariter cum ea expirante sanari infantem. Cochlearum saliva illita infantium oculis , palpebras corrigit , gignitque. Ramicosis cochlearum cinis cum thure ex uvis albo succo illitus per dies triginta medetur. Inveniuntur in corniculis cochlearum arenaceae duritiae : eae dentitionem facilem praestant adalligatae. Cochlearum inanium cinis admixtus cerae, procidentium interaneorum partes extre- mas prohibet. Oportet autem cineri misceri saniem punctis emissam e cerebro viperae. Cerebrum viperae illi- gatum pellicules dentitiones adjuvat. Idem valent et gran- dissimi dents serpentium. Fimum corvi lana adalliga- tum infantium tussi medetur. Vix est serio complecti qudam : non omittenda tamen, quia sunt prodita. Ra- mici infantium lacerta mederi jubent. Marem banc pre- hendi. Id intelligi et quod sub cauda unam cavernam habeat. Id agendum, ut per aurum, et argentum, aut ostrum mordeat vitium. Tum in calyee novo illigatur, et in fumo ponitur. Urina infantium cohibetur muribus elixis in cibo datis. Scarabaeorum cornua grandia den- ticulata , adalligata his , amuleti naturam obtinent. Bovae capiti lapillum inesse tradunt, quem ab eo exspui si ne- cem timeat, inopinantis praeciso capite exemptum , adalli- gatumque , mire prodesse dentitioni. Item cerebrum ojusdem ad eumdem usum adalligari jubent : et limacis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 101 tache l'animal un roseau, on le suspend la fume, et l'instant o il expire, l'enfant gurit. La bave des li- maons, dont on frotle les yeux des enfans, rgularise et fait crotre le poil de leurs paupires. On gurit aussi leurs descentes, en les frottant, trente jours durant, de cendres de limaons et d'encens, dlays dans du jus de raisin blanc. Les petites cornes de limaons con- tiennent des corps durs, arnacs, qui facilitent la sortie des dents , si on les porte en amulette. La cendre de coquille de limaon vide, incorpore la cire, prvient la chute de l'anus; mais on doit mlera cette cendre de la sanie que la ponction tire de la cervelle de vi- pre; la mme cervelle, pendue au cou dans un petit morceau de peau , facilite la sortie des dents. Les grosses dents de couleuvre produisent le mme effet. La fiente de corbeau , dans un sac de laine , gurit la toux des enfans. Il est des recettes qu' peine on peut transcrire sans rire; cependant on ne peut les omettre, puisqu'elles ont t recommandes : les hernies des enfans se gu- rissent l'aide d'un lzard mle : on le reconnat, dit-on, un trou qu'il a sous la queue. Faites-lui mordre la par- tie malade travers une toffe d'or, d'argent ou de pourpre; puis pendez-le la fume, dans une fiole qui n'ait pas encore servi. On gurit , chez les enfans , l'incontinence d'urine, en leur faisant manger des rats bouillis. Les grandes cornes denteles des scarabes forment d'excellentes amulettes, quand on les leur sus- pend au cou. Dans la tte du boa , est une petite pierre que le reptile rejette s'il craint d'tre tu; si l'on peut, en le surprenant, lui couper la tte auparavant, cette pierre, au cou de l'enfant, dtermine la plus heureuse dentition. On peut aussi donner, en guise d'amulette, ios C. PLINI HIST. NAT. LIB. XXX. lapillum sive ossiculum , quod invenitur in dorso. Magni- fie juvat et ovis cerebrum gingivis illitum : sicut aures adeps anserinus cum ocimi succo impositus. Sunt ver- mieuli in spinosis herbis asperi , lanuginosi : hos adalli- gatos protinus mederi tradunt infantibus, si quid ex cibo hreat. Ad somnos. XLV1II. Somnos allicit sypum cum myrrhae mo- mento in vini cyathis duobus dilutum, vel cum adipe anserino et vino myrtite : avis cuculus leporina pelle adalligatus : ardeol rostrum in pelle asinina fronti adalligatum. Putant et per se rostrum ejusdem effectus esse vino collutum. E di verso somnum arcet vespertilio- nis caput aridum adalligatum. Ad Venerem. XL1X. In urina virili lacerta necata, Venerem ejus qui fecerit, inhibet. Nam inter amatoria esse magi di- cunt. Inbibet et firaum coclile et columbinum cum oleo et vino potum. Pulmonis vulturini dextr partes Vene- rem concitant viris adalligatae gruis pelle. Item si lutea ex ovis quinque columbarum , admixto adipis suilli de- narii pondre, ex melle sorbeantur. Passeres in cibo vel ova eorum. Gallinacei dexter testis arietina pelle adalli- gatus. Ibium cineres cum adipe anseris et irino perun- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. io3 soit la cervelle de ce boa , soit l'osselet ou petite pierre que recle le dos de la limace. La cervelle de mouton est parfaite en liniment pour les gencives, et la graisse d'oie, avec le suc de basilic , merveilleuse pour les oreilles. Dans les herbes pineuses sont de petits vers hrisss et velus, qu'on attache au cou des enfans ; s'ils ont quel- ques artes dans le gosier, ils se trouvent guris sur-le- champ. Pouf le sommeil. XLVIII. Dans la liste des somnifres , on place l'- sype, dlay avec un peu de myrrhe dans deux cyathes de vin , ou avec de la graisse d'oie dans du vin de myrte; le coucou en amulette dans une peau de livre; le bec de hron , attach au front dans un morceau de peau d'ne; selon l'opinion commune, le bec seul, tremp dans du vin. Au contraire , la tte sche de chauve- souris, en amulette, cause des insomnies. Pour exciter l'acte vnrien. XLIX. Un lzard mort dans de l'urine d'homme frappe son meurtrier d'impuissance ; car , selon les mages, le lzard est un aphrodisiaque. Mme force dans la fiente de limaon et de pigeon , mle l'huile et au vin. Au contraire, le poumon droit du vautour, en amu- lette dans une peau de grue , excite les hommes l'acte de la gnration. On peut aussi , cet effet , avaler dans du miel cinq jaunes d'ufs de pigeon , avec addition d'un denier de lard; manger des moineaux, ou bien leurs ufs ; enfin porter un testicule droit de coq dan une peau de blier. La cendre d'ibis, en liniment avec io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX, ctis, si conceptus sit, partus continere : contra inhiberi Venerem pugnatoris galli testiculis anserino adipe illitis adalligatisque pelle arietina tradunt. Item cujuscumque galli gallinacei , si cum sanguine gallinacei lecto subji- ciantur. Cogunt concipere invitas set ex cauda mul, si junctis evellantur, inter se colligatae in coitu. Qui in urinam canis suam ingesserit, dicitur ad Venerem pi- grior fieri. Mirum et de stellionis cinere (si verum est) linamento involutum in sinistra manu Venerem stimu- lare : si transfera tur in dextram. inhibere. Item vesper- tilionis sanguinem collectum flocco, suppositumque ca- piti mulierum, libidinem movere : aut anseris linguam in cibo vel potione sumptam. Ad phthiriasin , et alia nonnulla promiscua. L. Phthiriasin a toto corpore pota membrana senectu- tis anguium triduo necat : ac srum exempto caseo po- tum cum exiguo sale. Caseos, si cerebrum mustel coa- gulo addatur, negant corrumpi vetustate, aut a muribus attingi. Ejusdem mustel cinis si detur in offa gallina- ceis pullis et columbinis, tutos esse a mustelis. Jumen- torum urin tormina vespertilione adalligato finiuntur. Verminatio ter circumlato verendis palumbo : mirum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. io5 de la graisse d'oie et de l'huile d'iris, garantit la femme enceinte des fausses couches; on rend, dit -on, peu apte l'amour l'homme qui l'on fait porter en amu- lette, dans une peau de blier, les testicules d'un coq de combat, frotts de graisse d'oie. Mme effet, si l'on place sous le lit les testicules d'un coq quelconque, avec du sang de l'oiseau. On fait concevoir les femmes , l'aide de crins pris sur la queue d'une mule, l'in- stant o l'talon l'a saillie, pourvu qu'on y fasse des nuds l'instant o la femme s'unit son amant. L'homme qui urine au dessus de l'urine d'un chien , devient plus froid en amour. Un fait bien merveilleux , s'il est vrai , c'est que la cendre du stellion, enveloppe dans un linge, est tour--tour aphrodisiaque, si on la tient de la main gauche, et anti-aphrodisiaque, si on la fait passer droite. Enfin, le sang de chauve-souris, recueilli sur un flocon de laine, et mis sous le chevet d'une femme, ainsi que la langue d'une oie, soit bue, soit mange, excite chez elle les dsirs de l'amour. Pour la phthiriase, et remdes divers. L. La maladie pdiculaire cesse au bout de trois jours , par l'emploi de la dpouille de serpent, en bois- son, et de petit lait dpouill de sa substance caseuse, et lgrement sal. Jamais le fromage , quelque vieux qu'il soit, ne se gte, ou n'est touch par les rats, si, au caill , on joint une cervelle de belette. La cendre du mme animal, mle dans la pte des poulets et des pigeonneaux , les garantit des attaques de la be- lette. Les btes de somme qui ont des tranches se gurissent quand on leur fait porter en amulette des io6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. dictu : palumbus emissus moritur, jumentum liberatur confestim. Ad ebrietatem. LI. Ebriosis ova noctu per triduum data in vino, taedium ejus adducunt. Ebrietatem arcet pecudum assus pulmo praesumptus. Hirundinis rostri cinis cum myrrha tritus , et in vino quod bibetur inspersus , securos prstabit a temulentia. Invenit hoc Horus Assyrio- rum rex. Notabilia animalium. LU. Praeter haec sunt notabilia animalium ad hoc volumen pertinentium. Gromphenam avem in Sardinia narrant grui similem , ignotam jam etiam Sardis , ut existimo. In eadem provincia est ophion , cervis tantum pilo similis, nec alibi nascens. Iidem auctores nomina- vere subjugum, quod nec quale esset animal, nec ubi nasceretur tradiderunt. Fuisse quidem non dubito , quum et medicinae ex eo sint demonstratae. M. Cicero tradit animalia biuros vocari , qui vites in Campania erodant. Reliqiia mirabilia. LUI. 16. Reliqua mirabilia ex his quae diximus. Non HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX. 107 chauves - souris ; pour les vers des intestins, on leur fait passer trois fois un ramier autour des parties na- turelles ; et , fait merveilleux ! si on lche le ramier, il meurt, et l'animal est dlivr sur-le-champ. Pour l'ivresse. LI. Des ufs de chat-huant , pris dans du vin pen- dant trois jours, donnent aux ivrognes de l'aversion pour le vin. On se prserve de l'ivresse, en mangeant un poumon de mouton rti avant de boire. La cendre de bec d'hirondelle , broye avec de la myrrhe , et verse dans le vin mesure que l'on boit , garantit aussi de l'ivresse. On doit ce secret Horus , roi des Assyriens. Particularits relatives certains animaux. LU. C'est encore dans ce livre que doivent tre cites quelques particularits singulires. La Sardaigne pro- duisait le gromphne, oiseau semblable la grue, et aujourd'hui, je crois, inconnu aux Sardes mmes. Cette le tait aussi la seule o se vissent les ophions, quadru- pdes dont le poil seulement ressemblait celui du cerf. Les auteurs qui j'emprunte ceci, nomment encore le subjugue sans dire, soit l'espce, soit la patrie de l'animal. Cependant, je ne puis douter de son existence, puisqu'il a fourni des remdes. Cicron parle d'animaux qu'il ap- pelle biures, et qui ravagent les vignes en Campanie. Autres faits merveilleux. LUI. 16. Voici les autres singularits : quiconque io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXX. latrari a cane membranam ex secundis canis habentem , aut leporis fimum vel pilos tenentem. Tn culicum gnre muliones non amplius, quam uno die, vivere. Eosque qui arborarii pici rostrum habeant, et mella eximant, ab apibus non attingi. Porcos sequi eum, a quo cere- brum corvi acceperint in offa. Pulverem , in quo se mula volutaverit, corpori inspersum mitigare ardores amoris. Sorices fugari , si unus castratus emittatur. Anguina pelle, et sale, et farre cum serpyllo contritis una, de- jectisque cum vino in fauces boum, uva maturescente , toto anno eos valere : vel si hirundinum pulli tribus offis dentur. Pulvere e vestigio anguium collecto , sparsas apes in alvos reverti. Arietis dextro teste praeligato oves tan- tum gigni. Non lassari in ullo labore , qui nervos ex alis et cruribus gruis habeant. Mulas non calcitrare, quum vinum biberint. Ungulas tantum mularum repertas, ne- que aliam ullam materiam , quae non perroderetur a ve- neno Stygis aquse, quum id dandum Alexandro Magno Antipater mitteret, memoria dignum est, magna Ari- stotelis infamia excogitatum. Nunc ad aquatilia re- vertemur. HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXX. 109 porte de l'arrire-faix d'une chienne , ou de la fiente et des poils de livre , n'est jamais poursuivi par les aboie- meus d'un chien ; les millions , espce de moucherons , ne vivent qu'un jour; celui qui porte sur lui le bec d'un pivert qui creuse les arbres, n'est point piqu des abeilles, quand il te le miel des ruches; les porcs suivent l'homme qui leur a fait manger de la cervelle de corbeau ; de la poussire dans laquelle s'est roule une mule rprime les feux de l'amour; on fait fuir les souris, en lchant parmi elles un mle chtr; on assure, pour l'anne, la sant des bufs qui on fait avaler dans du vin de la peau de serpent , du sel , du serpolet , le tout pil en- semble, l'poque de la maturit des raisins. On obtient le mme effet , en leur donnant , dans trois boulettes , des petits d'hirondelle ; en rpandant sur les abeilles de la poussire sur laquelle a pass une couleuvre, on les fait rentrer dans la ruche; le blier dont on lie le tes- ticule droit n'engendre que des brebis ; l'homme qui porte sur lui des nerfs d'ailes et de pattes de grue est infatigable quelque travail qu'on l'applique ; une mule qui a bu du vin cesse de ruer; la corne de mule est la seule substance que ne ronge point l'eau vnneuse du Styx ; et c'est dans un vaisseau de ce genre , que fut envoy en Asie par Antipater, ce poison qui devait don- ner la mort Alexandre : dcouverte qui couvre d'infa- mie le nom d'Aristote. Reprenons maintenant l'histoire des animaux aquatiques. NOTES DU LIVRE TRENTIME. Chap. I, page 2 , ligne 12. Sola artium trs alias imperio sis si- mas redegit. Pline indique ici ce que bientt il explique par des priphrases , la mdecine , la religion , la science divinatoire. Le mot latin artes est vague , et ne peut tre rendu exactement par art. La mdecine, sans doute, en tant qu'exerce par le prati- cien, est un art; mais, hors de l, c'est une science. La religion est une science, ou un sentiment, ou un ensemble de pratiques, qui , mme en admettant dans sa burlesque latitude le systme des casuistes , ne constitue pas Vart d'aller au ciel , l'art de faire son salut. Quant la divination, si c'est un art, c'est une des nombreuses varits de l'art de faire des dupes ; mais c'est la varit la moins en vogue aujourd'hui , o l'art de fausser les faits , en groupant fantastiquement les chiffres , est de toutes les industries la plus lucrative et la plus encourage. Ligne i3. Natam primum e medicina nemo dubitat. Beaucoup de savans en doutent fort, au contraire. Que dans l'origine, que mme pendant long-temps , la magie et la mdecine aieut eu des rapports, c'est ce que l'on ne peut contester; et l'bistoire, le raisonnement se runissent pour en faire foi. Mais il ne rsulte pas que ce soit uniquement en tentant de gurir une maladie , que l'on ait imagin ces crmonies magiques. Au reste , plus tard nous reviendrons sur ces relations soit essentielles , soit pisodiques et fortuites de la mdecine et ds sciences occultes. Ligne 16. Vires religionis , ad quas maxime etiamnum caligat humanum genus. Les commentateurs rappellent ici (Voyez Gess- NER d'aprs Brerwood ) que la proportion des chrtiens aux mahomtans et aux idoltres est celle de 5 6 et 19 ; en d'au- NOTES DU LIVRE XXX. m trs termes , que le genre humain tant reprsent par 3o , il faudrait reprsenter : Les chrtiens , par 5 Les mahomtans , par D Les idoltres , par *9 Total gal 3o Ce calcul est compltement faux : i dans toutes les hypothses imaginables sur la rpartition des peuples dans les diverses gli- ses, le mahomtisme compte au plus moiti des adhrens que compte le christianisme ; il ne compte mme pas beaucoup moins de ce que compte le catholicisme seul; i relativement la somme totale des croyans (c'est--dire des hommes) , le christianisme est au moins un quart et mme , au dire de quelques savans , un tiers. Nous allons donner ici les deux supputations modernes les plus loignes l'une de l'autre. i. Selon HASSEL. Christianisme, avec toutes ses branches 252, 000,000 Judasme 3, 980, 000 Islamisme i2o,io5,ooo Brahmanisme 1 11, 353, 000 Bouddhisme, avec toutes ses branches 315,977,000 Toutes les autres religions 184,490,000 Total 937,855,000 i. Selon BALBI (chiffres ronds). (Catholicisme 139,000,000 \ Eglise grecque. . . . 62,000,000 > 260,000,000 Sectes protestantes. 59,000,000) Judasme 4> 000 000 Islamisme 96,000,000 Brahmanisme 60,000,000 Bouddhisme 170,000,000 Autres religions 147,000,000 Total 737,000,000 Mais, aprs avoir ainsi rectifi les calculs, comprenons bien, lia NOTES DU LIVRE XXX. i que, du lemps de Pline , il ne pouvait tre question de com- parer le chiffre des gentils avec celui des chrtiens; 2 que Pline, et-il eu le bonheur d'avoir t nourri dans les prceptes de notre sainte religion , aurait dclar aveugles , non pas les infi- dles et les mcrans , mais les vrais croyans. Celui-l seul, se- lon "notre naturaliste, souvent crdule quand il s'agit de zoolo- gie ou de matire mdicale , mais d'une incrdulit scandaleuse lorsqu'il est question de Dieu ou de religion , celui-l seul y voit clair, qui regarde la religion comme la plus grande des folies hu- maines. Page 2, ligne 19. Arles maihematicas. Il s'agit de cette fameuse mathmatique , science que les Chaldens importrent Rome sans toutefois la faire connatre. Elle ne reposait sur rien de solide. Nul doute, il est vrai, que ces prtendus sages ne pos- sdassent l'arithmtique et la gomtrie, sans doute mme un degr assez remarquable ; nul doute non plus qu'ils n'aient us de la numration hindoue , qu'on nomme d'ordinaire arabe ; nul doute enfin qu'ils n'aient eu quelque teinture d'astronomie. Mais de tout cela , ils ne faisaient dcouler dans l'usage qu'une chro- nologie fantastique , et des thmes astrologiques sans cons- quence. Cette vrit , dj patente par elle-mme, est devenue plus claire par suite de la translation en Europe du zodiaque de Denderah. Alors , aprs de longs dbats , il est demeur prouv que tous ces grands travaux astronomiques des anciens ne po- saient en gnral que sur des donnes imparfaites , ou mme sur des chimres : ici , ce sont des thmes astrologiques , variantes d'un type commun , destins marquer l'poque de la naissance d'un grand personnage , de l'installation d'une divinit, de la d- dicace d'un temple, de la fondation d'une ville; l, ce sont des cycles destins mettre d'accord deux annes diffrentes, l'une et l'autre fixes d'aprs des calculs inexacts. Tels taient, par exemple, le cycle de 25 ans , l'aide duquel on rtablissait la concordance entre les annes lunaires et solaires ; le cycle so- thiaque , qui comprenait 1,460 annes civiles ou fixes, et i,46i annes sacerdotales ou vagues (uniformment fixes 365 jours, sans intercalation de bissextiles ) ; le cycle de 36,5oo ou de 36,525 ans (rsultat de 1,461 ou i,4-6i X 25 ), que l'on re- NOTES DU LIVRE XXX. n3 gardait peut-lre comme la priode quinoxiale ; enfin le grand cycle chalden de 4-32, ooo ans , dont les 36,ooo du cycle gyp- tiaque ne formaient qu'un mois. Aux Indes , se trouvent des priodes non moins gigantesques , et tout aussi imaginaires ; un mahaouga , par exemple, contient 4, 320,ooo annes humaines , masse norme qui se dcompose en quatre ges , qui sont les uns aux autres : : 4 : 3 : 2 : 1 , et qui , en consquence, contiennent 1,728,000, 1,296,000, 864,000, 4.32,ooo ans, lesquels eux-mmes se composent de deux parties distinctes : i un capital primitif, dit jour, gal aux ~ ou ~ du total; 2 de deux dcimes additionnels, dits crpuscules (cr- puscule du matin et crpuscule du soir ) gaux chacun ri du total , et en consquence -n; du principal. Ainsi , par exemple , 432,ooo = 36o,ooo -{- 2 X l 22 = 36o,ooo -J-2X 36,ooo = 36o,ooo -{- 72,000. De mme, l'ge de 864,000 ans se com- pose d'un principal de 720,000 ans , puis de deux dcimes chacun de 72,000 ans, ensemble de i44? O0 ans etc., etc. Puis, autant il y a de complications dans le groupement des quantits infrieures , dont rsulte le mahaouga, autant ensuite les mahaougas se groupent bizarrement entre eux. Ainsi, de 7 1 mahaougas runis , et flanqus du satiaouga ( l'ge qui est au mahaouga : : o . 4 : *<>), on forme un manouantara. En d'autres termes, soit x le mahaouga, 71.4 #*5S un manouan- tara. Et, de i4 manouantaras, flanqus encore du satiaouga, on forme un kalpa. En d'autres termes, i4X 71 . 4* : "*[- o . 4 x = un kalpa , ce qui quivaut i4X jix-\-5.6x--o. 4 x = un kalpa ; puis, par des multiplications et additions suc- cessives , 999 .6ar-f-o.4 ar== un kalpa ou 1,000 x = un kalpa. De sorte qu'un kalpa vaut 1,000 mahaougas, ou 2,5oo satiaougas. Les cosmogonies bouddhiques fourmillent de cal- culs tout aussi gratuits et aussi compliqus. L'Etrurie, le Mexi- que , bien d'autres pays peut-lre en donneraient aussi des exemples. On doit , par ces simples spcimens , savoir de reste quoi s'en tenir sur la mathmatique sacre. Page 4i ligne 4 R^gum regibus. C'tait le titre officiel des rois de Perse. On le retrouve sur les inscriptions zendes de Perspolis ( Voyez NlEBUHR, t. Il, pi. 24 bis). Roi des rois se xvi ri. 8 n4 NOTES DU LIVRE XXX. disait en zend , kchhioh kchhiohetchao. Grotefend , iib. d, Erklr. d. Keilschriften , u. besonders d. Inschr. v. Persepolis. H, page 4i.lig ne 7 Si ne dubio illic orla in Perside a Z oroastre. Persis indique la province actuelle de Fars ou Farsistan , ber-^ ceau de Cyrus, et noyau primitif de son vaste empire; mais non l'empire mdo-persan. Or c'est une erreur, et Zoroastre, et la magie apparurent en Mdie , ou , pour mieux dire , en M- die et en Bactriane, avant d'avoir droit de bourgeoisie eu Perse. De plus, il faut noter i qu'indubitablement la magie existait long-ternps avant l'poque de la rvolution, ou de la constitu- tion religieuse que rcapitule le nom de Zoroastre ; 2 que trs- probablement l'Inde la connaissait, l'exerait long-temps avant la Perse ; 3 qu'il n'est pas mme prouv que cette fausse science soit venue immdiatement de l'Inde la Perse. Tout indique , au contraire, que de deux choses Tune: ou elle rayonna du nord en Inde et en Perse, ou elle prit son vol hors de l'Inde, par le nord-ouest, et c'est aprs avoir occup successivement les divers points de l'Asie centrale , qu'elle redescendit un peu au sud , dans la Bactriane, pour s'emparer ensuite de la Mdie , et de toutes les provinces de l'empire mdo-persan. Nul doute, il est vrai , que le nom de mages n'ait t la racine de celui de magie; mais, quelle qu'ait t la clbrit de ce nom, il n'en faut rien conclure sur son antiquit , sur sa primordialit. On trouve des peuples de Magas , de Magadhas , au nord du Kaboul , dans la Transoxane ; Bouddha , selon les lgendes vichnouites et bouddhiques , naquit Magadha , dans le Dkan ; l'nigmatique Magusanus, dont le nom se lit sur les mdailles africaines, et au bas d'une statue de l'le de Walcheren, et que l'on prend tantt pour Hercule, tantt pour Neptune, se rapporte aussi aux mmes ides; et un savant moderne (le baron de Donop ), dans un trait en deux volumes, das Magusanische Europa , pro- clame que toute l'Europe fut peuple par les Magas. Au reste, un mot ici avant de finir. Qu'tait-ce que les Mages , mme en les regardant comme une caste de l'empire persan? Suivant toutes les apparences , un peuple venu du nord , un peuple tout sacerdotal, et tout occup de pratiques paisibles , mystrieuses NOTES DU LIVRE XXX. n5 et quasi-savantes. Ce peuple , en s'unissant aux autres tribus du grand empire d'Iran, aurait form une caste, et se serait natu- rellement trouv la caste prpose au culte. Selon les Hindous, un fils du Soleil , Maga , en rcompense de la gurison opre par son pre sur la personne de Iambou , avait t transport par ce prince , avec dix-huit familles sacerdotales , dans Iamba- goura , qui lui fut cde en toute proprit, avec des richesses immenses. Magas devint le nom usuel de ses compagnons , que , du reste, il rpartit en quatre classes : les Magas proprement dits , les Magaas , les Magadhas et les Manaas. Page 4-, ligne 8. Unus hicfuerit, an postea et alius, etc. Ces ques- tions ont long-temps t dbattues ( Voyez Hyde , de Relig. vet. Persar. ; PCOCKE , Spec.histor. Arab. ; ANQUETIL ; ZOROASTRE, dans sou Zend-Avesta, t. i, part. 2, 1-70; Rhode , Heilige Sage; Kleuker, Anhang zum Zend-Avesta), mais elles sont oi- seuses, du moins tant que l'on ne spcialisera pas plus nettement les questions. Qu'est-ce que Zoroastre? Veut-on entendre par l l'introducteur du magisme, ou l'auteur du Zend-Avesta? Le magisme et la religion du Zend-Avesta ne forment -ils qu'une seule et mme religion? dans ce cas, n'y a-t-il pas eu un ma- gisme primordial , antrieur au magisme du Zend-Avesta ? com- bien de phases diverses offrent l'importation de chaque nou- velle doctrine dans les habitudes du peuple de l'Iran ? etc., etc. Une fois dcid que l'on donnera le nom de Zoroastre l'in- troducteur de chaque doctrine, il faudra reconnatre plus d'un Zoroastre. Que l'on convienne, au contraire, de ne voir dans Zoroastre que l'auteur du Zend-Avesta, et en consquence celui par qui fut en dfinitive formul le magisme, il n'y aura eu qu'un Zoroastre. Les annales fabuleuses des Parses, en nommant la suite les unes des autres les trois dynasties des Mahabadiens , des Pchdadiens, des Kaianiens, ajoutent que, sous la premire dynastie , furent adors la Soleil, la Lune et toute l'tincelante arme des toiles ; que, sous la deuxime, Houcheng (ou Pichdad) ayant fait jaillir le feu d'un caillou , s'cria : Ce feu est Dieu! que tous tombent genoux et l'implorent! enfin, que vers la fin de la troisime, un prophte parut et prcha dans l'Iran ie culte du feu et celui des astres. Trois noms , Honover, Hom , n6 NOTES DU LIVRE XXX. Zoroastre symbolisent les trois phases du culte : Honover n'est que la rvlation prototypique de la loi; en langage sacr, le Verbe; Hom est l'arbre de la vie (la loi n'est pas encore crite, le monde est un paradis , le sicle un ge d'or) ; Zoroastre est la rvlation crite. Page 4 > ligne 1 1. Sex millibus annorum ante Plalonis mortem. Et comme Platon mourut en 34-8 avant Jsus- Christ , il y au- rait aujourd'hui, en cette anne de grce i833, 8181 ans. Il est inutile de dire quel point ce calcul est dpourvu de bases historiques. L'Eudoxe , dont il est question ici , est Eudoxe de Cnide l'astronome. Il s'appuyait de l'autorit du vieux Xanthus de Lydie. Pour Aristote, c'est dans son trait intitul o Ma.ytK6s que ce serait trouve l'assertion ici rapporte par Pline. Mais le MetytKs n'est pas de lui , et on l'attribue ou Antisthne ou Rhodon. Ligne i3. Vicies centum mllia versuum. Ce sont bien l les exagrations familires aux Orientaux , exagrations, au reste, qui supposent des ralits dj colossales. Le Chaknameh, par exemple, se compose de soixante mille distiques, ou cent-vingt mille vers ; le Ramdiana , le Mahbharata , ne sont gure moins longs. 11 s'en faut de beaucoup que nos plus vastes pomes at- teignent ces dimensions gigantesques. \JEnide n'a pas dix mille vers, V Iliade n'en a pas dix -huit mille. Le po'me de Nonnus (les Dionysiaques') ne va gure au del de trente mille; YOrlando furioso , avec ses quarante-six chants , ne va pas quarante mille vers ; l' Amadis de Bernardo Tasso n'atteint pas le double. Ligne i4- Indicibus quoque voluminum ejus positis. La tradition nous a conserv les titres des Vingt-un Nosks , ou livres crits, dit-on , par Zoroastre. Ligne 16. A zonacem.... Apuscorum et Zaratum.... Marmarum , et Arabantiphocum.... Tarmoendam. Ces noms sont tous plus ou moins altrs, dans la terminaison d'abord, puis probablement dans le corps mme du mot. Toutefois , il est impossible d'y mconnatre des syllabes orientales : Zarat n'est que l'lment initial du nom de Zoroastre , en zend Zeretochtro , en pelhvi Zeralucht et Zertocht , en perse Zerdoust. Tarmoende a d tre NOTES DU LIVRE XXX. 117 Darmavenda , ou quelque nom analogue. Peut-tre Apuscore cache-t-il Aspoucore , dont la traduction grecque serait Hippo- boros , le mangeur de chevaux. N. B. Un manuscrit portait, entre autres variantes, dans cette phrase Arabem Hippocum pour Arabantiphocum ; et Hardouin rappelle ce propos que Dio- gne Larce nomme , avec Zoroastre et Osthane, un Astrap- syque. Sans admettre la puret de ce dernier nom , il est possible qu'on doive couper en deux Arabantiphocum. Page 4 ligne 25. Maxime iamen mimmest, in bello trojano.... adeo ut totum opus non al i un de constat. C'est une des nombreuses raisons qui doivent faire croire que Y Odysse appartient une autre civilisation que Ylliade. Voyez , sur ce sujet, Benjamin CONSTANT, de la Religion considre dans son origine , ses /ormes et ses dveloppemens , tome III, page 4-9> c\c, etc. , sans toutefois adopter tous les corollaires de l'auteur, que proccupe toujours un systme exclusif, et par l mme troit, et qui, d'ailleurs, n'a pas saisi tous les caractres des pomes et des cultes. qu'il analyse. Page 6, ligne 3. Protea et Sirenum canlus... inlelligi volunt : Circe utique. La note de Hardouin , sur Prote et les Sirnes , mrite d'tre lue , en dpit de quelques dtails arbitraires qui s'y trouvent mls. Il a raison de voir dans les quatre suivantes de Circ, les quatre saisons ; il a raison de voir dans Prote, l'homme. 11 et fallu ajouter, i que le nom de Circ indique un oiseau ( et ici songez Yivy% , PEoroch; songez au masque ornitholo- gique, sans cesse emprunt par les sorcires de l'antiquit d'A- frique , et donn par la Scandinave Freia aux Ases ; songez l'a- mour de Circ pour Picus , le pivert; songez enfin Canenle); 2 que Prote n'est pas seulement l'homme, mais l'anne, la nature , la matire , la mer sans cesse identifie la matire. De plus, Prote, en un sens subordonn, futFr, le Soleil. Quant au rle de Prote comme roi d'Egypte, voyez, outre Y Odysse, Euripide et Diodore de Sicile. Ami de la morale , ce prince , lorsqu'Hlne et Paris sont jets dans ses tats par un naufrage, les recueille , renvoie Paris seul, retient Hlne jusqu' ce qu'une occasion s'offre de la renvoyer son poux , et la remet entre ses mains quelque temps aprs le sige de Troie , c'est--dire en n8 NOTES DU LIVRE XXX. admettant ou quatre ou dix ans entre l'enlvement et l'apparition de l'arme grecque confdre devant Troie , environ quinze ou vingt-un ans aprs le rapt commis par Paris. Page 6, ligne 5. Inferum evocatione. Il s'agit de la fameuse n- cromancie, qui fait le sujet du livre X de Y Odysse. On sait que, dans cette crmonie lugubre , Ulysse voit , les uns aprs les autres, Elpnor, Tirsias, Agamemnon , etc. {Voyez Halbkart, Psychologia Homerica , Zullichau, 1796; et ScHLEGEL , sur cet crit , dans le tome I er des Kritiken u. Characleristiken.) Ligne 6. Telmessum. Dans cette, ville , situe sur les confins de la Carie et de la Lycie, tait sans doute un collge, un vrai s- minaire de devins. Qua in urbe , dit Cicron {Divination, 1,9), excellit aruspicum disciplina. Il est probable qu'il ne s'agit pas ici de Taruspicine proprement dite, ou du moins qu'il ne s'agit pas de l'aruspicine rduite l'inspection des entrailles d'ani- maux. Ligne 7. Ad ihessalas matres , quarum cognomen diu obtinuit. Ainsi , la Thessalienne signifiait la sorcire, absolument comme la Bobmienne le signifiait dans toute l'Europe occidentale il y a cinquante ans. Voyez, entre autres, sur cette haute rputation de sorcellerie attribue aux matrones thessaliennes, Apule, Ane d'or, livres I et ni. Aujourd'hui mme, toute l'Illyrie et la Servie croient encore des apparitions et des oprations sur- naturelles des fes dites Viles : c'est l le pays des Streghe , et ce mot lui-mme n'est que la dformation de strix , l'oiseau de nuit. Qu'on se rappelle , entre autres dtails analogues, que , quand Mtanire surprit Crs purifiant Draophon par le feu , la desse , sous forme d'oiseau de nuit , faisait le tour du brasier mystique. Ligne 11. Menander.... litterarum subtilitati sine mulo genitus. En effet , Mnandre avait de l'esprit et de l'rudition , mais nulle de ces estimables qualits ne lui donne le droit de s'asseoir auprs du fougueux Aristophane , dont le vers brle , et dont les saillies dchirent. Il faut s'appeler La Harpe, pour oser mettre en parallle ces deux comiques , qui se ressemblent moins en- core que Beaumarchais et le vertueux pre Ducerceau. Ligne ia. Ths salant cognominaret fabulant. C'est un appen- NOTES DU LIVRE XXX. no. dire tous ces titres drolatiques, dont la microscopique littra- ture du temps de Pline tait prodigue , le Rayon d miel, la Corne " Amalihe , les Muses, les Pandecles. Nous aussi aujour- d'hui , nous avons nos Romans irlandais , Chroniques siciliennes , Nouvelles portugaises , Contes russes , etc., etc. Page 6 , ligne i4- Orphea putarem , etc. Il a raison de ne pas le penser. Les lgendes d'Orphe ne prsentent rien qui puisse, dans quelque sens qu'on les entende , s'appliquer la magie. Les deux parties essentielles du mythe mme sont, i une thosphagie violente, sanguinolente, en d'autres termes un dpcement du Dieu sauveur et illuminateur des mes (car Orphe est Sab ou Bacchus, devenu son propre prtre , et massacr par les siens, comme le Christ parles Juifs); i une rsurrection complte ou partielle (car la tte du chantre devin est religieusement inhume , et sa lyre , partie de lui-mme , va former un nouveau sanctuaire Lesbos. La rsurrection, d'ailleurs, a dj t pro- clame par la miraculeuse dlivrance d'Eurydice, et en un autre sens, par l'apparition passagre d'Orphe aux enfers : il y des- cend, il en revient). Ce mythe d'Orphe se lie une foule d'autres vieux rcits plasgiques, qui tous relatent une mort violent , un gorgement commis par des proches , et quelque- fois mme de l'anthropophagie : tmoins les fables d'Absyrte , de Plias , d'Atre et hyeste . d'Apis , de Tre et Progn , etc. Or , toute cette srie de meurtres, que suit parfois une rsur- rection , n'a rien de magique : ce ne sont que des broderies my- thologiques , vhicule de la notion du sacrifice et de celle de rnovation par destruction. Quant aux rvolutions historiques que peut cacher le mythe d'Orphe, ce n'est pas ici le lieu de les dvelopper. Le fait indubitable, c'est qu'elles ne tiennent qu'pisodiquement et subsidiairement la propagation des doc- trines magiques. Ligne 19. Osthanes. Il est parl dans atien (Disc. cont. les Grecs) d'un Osthane le Mage; Diogne La'rce , saint Cyprien le mentionnent aussi. Mais toutes ces autorits reviennent une seule ; et personne ne nous apprend , ce qu'il serait plus utile de savoir, si Osthane tait un nom propre ou bien un titre. Le voca- bulaire zendd'Anquetrl (AznsZend-Av.) nous montre \c mol ochlha, lao NOTES DU LIVRE XXX. pur. Il est probable qu'ochthan signifiait, le pur ou le purifiant ; mais l se bornent nos connaissances. Du reste , il faut se garder de croire qu'Osthane, si tel est le nom qu'on s'obstine donner l'archimage, dont Xerxs, dans son expdition contre la Grce, se fit accompagner, qu'Osthane, dis-je , ait jamais enseign aux Grecs les premiers principes de l'art magique. i Les tmoi- gnages directs , l'exception de celui qui a fourni Pline son assertion , manquent; 2 nous ne croyons pas qu' partir de la deuxime guerre mdique, la magie ait pris ou de vastes et brus- ques accroissemens , ou une forme nouvelle ( moins qu'on ne dise que la Thessalie, long-temps occupe par les troupes asia- tiques , en eut comme le monopole et l'entrept) ; 3 enfin, les doctrines magiques semblent s'tre popularises de proche en proche dans l'Asie antrieure, en Phnicie, en Egypte, dans les les de l'Ege , en Thessalie et en Macdoine ; puis de l s'tre rpandues dans la Grce, mme lorsque les conqutes d'A- lexandre et la fondation des monarchies grecques d'Assyrie , de Pergame, d'Egypte, eurent commenc, si non la fusion , du moins le ple-mle des races les plus trangres jadis les unes aux autres. Page 6 , ligne 25. Quamquam animadverto summam litterarum claritatem susceptis. C'est tout confondre plaisir. Sans doute les anciens sacrifirent perptuellement la manie de faire mystre de la science ; mais tout mystre n'est pas magie , toute science occulte n'est pas science de sorcires. L'enseignement philosophique se divisait en deux degrs , l'un exotrique ou externe , l'autre sotrique ou interne ; et ce dernier s'entou- rait toujours de formes mystrieuses. Pythagore seul connut sans doute quelque chose de la magie orientale ; mais , dans ses doctrines , il donna le pas, non pas cette magie, mais aux ma- thmatiques de la Chalde. D'aprs ce que nous avons dit ci- dessus de cette science , il est vident qu'elle ressemblait bien plus la kabbale des Juifs qu' la magie des Mdo-Persans. Quant exsiliis , le mot est juste, et doit tre pris dans le sens propre tant qu'on parle de Pythagore : Sed fugerat una Et Samon , et dominos; odioque lyrannidis exsul. . NOTES DU LIVRE XXX. 121 Plalon fut comme exil de la cour de Denys le Jeune; Dmo- crite s'exila d'Abdre, lass de la stupidit de ses compatriotes. Ces plerinages si clbres des sages anciens ne furent pas seu- lement entrepris dans un but scientifique ; ils ont quelque chose de symbolique et de mystrieux. De mme que tout fidle doit aller la Mecque avant de mourir, de mme tout aspirant aux sciences et la sagesse , devait avoir t puiser l'ultimatum des docteurs des anciens jours la source pure, lointaine et orien- tale d'o toute science dcoulait. De mme que toute flamme profane tait en dernire analyse due aux manations d'un tre central, lieu saint, ombilic sacr du globe; de mme toute lu- mire intellectuelle et morale tait issue d'un foyer primordial , dont les succursales ne communiquaient qu'une lumire oscil- lante, douteuse et mi-partie de tnbres. Page 8, ligne 6. Apollobechen. On ignore quel tait cet cri- vain. La terminaison bech semblerait indiquer uue ville. Athor- bechis signifie la ville d'Atbor. Quelques savans ont conjectur qu'il s'agissait d'Apollonide Horapi ( 'AtvoxxcvIS'iis x.c 'Sipci- tsias iTsiKXm^ilt). Horapi viendrait d'Or (ou har ou haroeri) , et de hapi ( le clbre buf Apis, qui fut aussi un des gnies de l'Amenti, ou enfer gyptien). Cet Horapi avait crit sur les Py- ramides. Ligne g. Qu recepta que ac nihl in vita , mirandum est. Ainsi pourtant s'taient conservs pendant des sicles les pomes homriques , ainsi se sont perptues les nombreuses sagas du nord, enfin recueillies depuis deux sicles par des sa- vans danois, sudois et allemands. L'Irlande, l'Amrique, l'Asie septentrionale, offrent des pbnomnes analogues. Saint Clment d'Alexandrie (Strom. , liv. l) nous montre de plus Dmocrite insrant dans ses uvres .sur la sagesse orientale, le contenu de la colonne d'Aakar, sans doute un des rvlateurs infrieurs , eu qui Taaut (le Thoth phnicien) s'tait incarn. Ligne i4- Pariter utrasque artes effloruisse : medicinam dico , inagicenque. Voyez plus haut, p. 110. En un sens, la mdecine fut plus ancienne; car on gurit sans doute quelques affections morbides, avant d'imaginer la magie. Mais presque partout , la magie se dveloppa plus largement et plus vile que la mdecine. iaa NOTES DU LIVRE XXX. La raison en est simple. 11 est plus facile d'imaginer un nouveau moyen de duper l'espce humaine , que de dcouvrir une vrit salutaire. C'est donc en Grce seulement que s'aperoit cette concidence d'essor et d'clat entre la science relle et la fausse science. Au reste , dans presque tous les pays, la mdecine entre pour un tiers, ou pour moiti , dans la magie ; l'obtention des pluies, des chaleurs, des moissons en temps utile, forme le second tiers ; le troisime comprend la divination de l'avenir, les philtres , la fuite des fantmes et la lustration des mes , les secours donner au soleil et la lune qui se meurent d' clipses. On comprend , sans que nous le disions , que l'espce de scrupule minutieux , avec lequel la formule mdicinale , ou ordonnance , doit tre excute, joint la prcision avec la- quelle doivent tre administres et mlanges les substances purgatives , ont pu , dans les temps o l'on ne demandait qu' croire la moindre apparence de merveilleux , donner lieu la persuasion de formules magiques et de crmonies incantatoires. Page 8, ligne 18. Est et alla magices factio, a M ose etJanne et Lo- iape acJuis pendens, stdmultis millibus annorum postZoroastrem. Pour le coup, ou Pline oublie sa chronologie , ou il ne se sou- vient plus d'avoir admis , au nombre des opinions au moins plau- sibles , que Zoroastre vivait sous Cyrus et Darius l'Hystaspide. Mais passons sur cette faute, qu'il ne faut regarder que comme un lapsus cal ami. Qu'est-ce que Jamns et Jotap? car c'est ainsi que nous lisons ces mots dans d'autres ditions que celle de Brotier. Le premier de ces noms se retrouve dans Eusbe (Prparatio eangel., lib. ix), qui, sur l'autorit du pythagoricien Numnius, affirme que Mose, en Egypte, eut deux crivains et magiciens combattre, Jamns et Mambrs. Le deuxime nom ressemble celui de la ville syriaque de Jotapate, patrie de Josphe l'historien. De cette manire , la secte magique dont il est question ici aurait eu trois chefs appartenant trois rgions diffrentes et voisines pourtant , la Jude, l'Egypte, la Phnicie. Suivant toutes les apparences pourtant, le nom de Jotap ou Iotap n'a point subi d'altration. Tp, en gyptien , signifia tte et ciel , et ce mot se retrouve dans une foule de noms propres , tant sacrs que profanes , de l'ancienne Egypte {Tp, Thbes ; Amenoftp ; Tapousiri : NOTES DU LIVRE XXX. ia3 Petb, etc., etc.)- Peut-tre mme Ioh, la lune, est-il l'lment initial du nom Iotap? Notons, avant de quitter ce sujet, que le Mambrs qu'Eusbe place la cour du Pharaon , devant lequel Mose et les sages gyptiens font assaut de miracles , porte absolument le mme nom que leMemroum (Memrumus) de Phuicie , un des civi- lisateurs mythologiques de ce littoral de la Syrie ( le b , on le sait, s'intercale, en grec, entre M et R, entre M et L). Il y a plus : ce civilisateur, ainsi que Toth-Colonne en Egypte , et Taaut en Phnicie , semble avoir ceci de particulier, qu'il ima- gina l'criture ; or, le texte de Numnius disait (au rapport d'Eu- sbe) Jamns et Mambrs, crivains et magiciens. Page 8, ligie 20. Tanto recentior est ypra. Nous sommes presque compltement sans documens sur cette magie cypriote qu'indique Pline , et l'oi ne peut gure y suppler que par des conjectures. Voici quoi se rduisent les donnes les moins contestables sur ce point: iCypre avait une aruspicine ; 2 l'aruspicine tait exerce par i.ne caste de prtres dits Tamirades , lesquels noms nous rappellent, et l'aveugle Tamiras, qui laissa tomber sa lyre dans le Balyra , et Tymber (d'o Tymbra, Cymbra, Tymbros) , et peut-tre ferms ( autrement Imeros , Imbros , Imbramos) ; 3 on assure que cette aruspicine fut importe de Cilicie ( ou plutt de Panphylie ou de Lycie) dans l'le de Cypre (penser ici l'tablissement de Teucer, en Cilicie) ; 4 le nom de Cypre, qui a t celii de Junon ( Cupr) , et qui est encore celui du cuivre ( KVTpis , cuprum ) , se rapporte en dernire analyse aux Cabires , et semble indiquer un sanctuaire cabirodique : or quel culte , plus que celui des Cabires , eut une teinte de magie et de mystres ? Les Dactyles , les Telchines , les Curets , les Co- rybantes , les Cariens , etc. , etc. , n'arrivrent sans doute dans la Crte, dam la montagneuse Phrygie , dans Lemnos , dans Imbros et dans la Samothrace , qu'aprs avoir visit en passant la voluptueus le consacre Vnus. Vnus elle-mme n'est- elle pas la Cabire dans le systme de Samothrace ? Or, qui pourrait mconnatre Cabira dans Cypria , surtout si l'on songe que Cabira , dit-on , tait l'pouse de Vulcain ? Ligne 22. Secundus Osihanes , comitatu e/tts exornatus. Nouvel ia4 NOTES DU LIVRE XXX. indice de ce fait dj souponn , qu'Osihane , Ochtha , le pur , tait un titre. Du reste , dans cette place distingue qu'Alexandre assigne au chef mage dans sa cour, on doit re- connatre la tendance librale de ce conqurant foudre les races grecque et asiatique. Page 8, ligne a3. Planeque, quod... peragravit. C'estune manire toute simple de se tirer d'affaire. Mais ce qu'il y aurait de cu- rieux , ce serait l'itinraire , et c'est justement cet iiinraire que Pline nglige de nous donner. Il faudrait y joindre aussi les dates des diverses apparitions de la magie sur tel ou tel point du globe, puis, surtout, il faudrait insister sur ses dveloppenens, sur ses phases, sur ses formes, enfin sur les diffrentes scieices occultes qui ont quelque rapport avec elle. III, page 10, ligne 3. Exstant certe et apud ilaas priort volumine exposui. Voyez chap. 4-- Voici le texte mne des Douze- Tables (avec de lgres rectifications qui le reident intelli- gible) : Ne pelliciundo alinas segetes excantanlo ; Ne incantanto , ne agrum defraudanto ; Ne frugem aratro quaesitam noclu furtim depascunk) ; Pubres si secanto , Cereri eos sus pendant o ; Impubres arbilratu pnetoris verberanto ; Ac nosam duplioneui decernunto. Ligne 5. DCLVII dmuni anno Urbis.... ne homo immolaretur. Ainsi , jusqu'en 10,7 avant Jsus- Christ, Rome immolait des victimes humaines, sans doute des prisonniers; plus d'une fois, pourtant , il fut drog cette loi. S'il faut ea croire Dion Cassius, Csar ordonna le sacrifice de deux hommes au Champ- de-Mars (jE ligne 3. Magicis etiam cnis eum initiaverat. Toutes les substances vgtales , dans la doctrine du magisme , taient divises en deux rgnes , le pur et l'impur. Il fallait s'abstenir du second ; et les mages , dans leurs repas , avaient gard toutes ces prescriptions". Ligne 10. Cynocephaliam herbam , etc.' Il en a t parl au H-- vre xxv, chapitre 80. Il est prsumable que les cynocphales, ou quelques grands singes , usaient de cette herbe , soit parce que l'instinct leur rvlait en elle un purgatif , soit dans quel- qu'autre but. Ligne i3. Seque evocasse Homerum. Comme Ulysse, dans Homre , voque Tirsias et les autres ombres. Voyez Odysse, liv. x. Ligne i. Quanam palria , qui bus que pareoiiBus genitus es set. Il est inutile de dire que sept villes anciennes se disputaient l'honneur d'avoir donn naissance Homre. (Vojez le distique XVIII. 9 i3o NOTES DU LIVRE XXX. 'EtsG> ligne 8. Slellio iransmarinus. Relativement Rome. C'est donc ce que l'on appelle vulgairement le stellion du Levant. (Voyez sa figure, Encycl. mthod. , pi. 8 , fg. 40 II est trs-commun , en effet, dans l'Archipel , l'Asie Mineure , la Syrie et surtout l'Egypte. Il est fcheux que cet animal , dont la dpouille dessche offre la mdecine des ressources si pr.- cieuses, soit impie et moqueur au point d'imiter, par des hoche- mens de tte et des contorsions burlesques , tous les mouvemens des pieux adorateurs du prophte qui rcitent leur rosaire, le nez tourn vers la Mecque. Aussi le tuent-ils sans misricorde lors- qu'ils peuvent le saisir. XIX, page 4 2 > ligne i5. Vino myriiie. Du vin o l'on avait laiss se macrer des baies de myrte. A des prparations de ce genre se bornaient les liqueurs des anciens. Le vin reposait long- temps avec des branches ou des fruits de plantes diverses, que. l'on regardait comme aromatiques ou dous d'un suc dlicieux, et leur servaient ainsi de vhicule ; on ajoutait alors au mot i34 NOTES DU LIVRE XXX. oivos , vin, une pithte qui n'tait que le nom de l'ingrdient avec la dsinence en fous. XX , page 4^, ligne 11. Consularis Asprenatum domus est, etc. Il est fcheux que Ton puisse mystifier les ex-consuls et mme consuls en plein exercice tout comme le plus simple plbien. Du temps de Pline , an comptait deux sprenas consulaires : i L. Nonius Asprenas, consul avec A. Plotius, en remplace- ment de L. 1\ libellais Plautus et de C. Fufius Geminus , l'an de J.-C. 2g; 2 P. Nonius Asprenas, consul en 38 avec M. Aqui- lius Julianus. On peut nommer aussi un autre L. Nonius Aspre- nas, consul dix-sept ans ayant le premier des deux personnages que nous venons de mentionner. C'est donc un de ces trois nobles romains qui se laissa leurrer par les contes d'enfans que Pline relate ici. Page 4-8 > ligne 2. Vespertilionis sanguine , etc. Probablement parce que les chiroptres , pour les mages , faisaient partie du royaume d'Ahriman ou rgne impur. Ligne 4- Si cuis aquam per pedes fluentem haurire suslineat. Et sans doute le remde oprera d'autant mieux que les doigts des pieds , "travers lesquels s'coule le liquide , seront plus sales et auront pass plus de temps sans tre soumis l'a- blution. . XXI, page 48, ligne i5. Jubent.... ad comminuendos calcu- las , etc. Les remdes , auxquels on suppose la vertu de briser la pierre, se nomment lithontriptiques. On croyait jadis leur ra- lit. Aujourd'hui il est peu prs reconnu que ni la nature ni l'art ne peuvent fournir de vritables lithontriptiques. Tout ce qu'il est possible d'empcher, c'est la formation de ceux des cal- culs vsicaux qui ont pour noyau l'acide urique , et qui se compo- sent d'urate d'ammoniaque. Le plus clbre lithontriptique connu est celui de miss Stephens , auquel le parlement britannique d- cerna une rcompense de 5ooo livres sterling. Querlon , dans es notes sur le Pline de Poinsinet , s'crie propos de ce pas- sage h Voici le remde de miss Stephens, dcrit dix-sept cents ans avant la naissance de celle qui passe pour l'avoir invent ! \ NOTES DU LIVRE XXX. i3f> Mais il y a cetle diffrence que la matire savoneuse lait le seul principe qui semblt utile quelque chose dans le remde de miss Stephens, tandis qu'ici on prend les coques d'ufs et les coquilles de limaons comme vritablement mdicamentaires. XXII, page 54 , ligne 12. Panos aperit seoum pecudum cum sale iosto. Ce remde peut tre utile. Dans nombre d'occasions, l'ap- plication de vsicatoires sur les ulcres rebelles, a opr la r- solution dsire. Toutefois, il ne faut user de ce mode de trai- tement qu'avec la plus grande prcaution. XXIII , page 58, ligne 17. Subluviem. Cette maladie a lieu quand sous les ongles , irrits par quelque coup violent ou par des piqres , s'assemblent de petites masses de pus blanchtre. Le mot grec paronjchie ( Tctpavv^lec) exprime heureusement cette affection qui est frquente chez les femmes, souvent occu- pes de couture , et qui peut devenir dangereuse pour la pha- langette dans laquelle elle se manifeste. XXIV, page 60, ligne i3. Minus mirentur hoc , qui sciunt nullus sit exitus sagin. Il existe quantit de tiques ; mais il n'en est aucune qui soit dans le cas dont parle Pline. Page 62 , ligne 4- A nociurnis diis Faunisque. Les dieux noc- turnes sont ici les esprits de tnbres , les dmons , les gnies ahrimaniques dont le magisme fut si prodigue. C'est del rgion par eux habite que viennent toutes ces expressions consacres dans notre culte : Qurens leo quem evoret , les tnbres ext- rieures, etc., etc. Pour les Faunes , ce sont tas dieux aux brusques apparitions. On sait ce que c'est qu'une terreur panique ; mais il faut savoir de plus que Pan, suivant les croyances primitives, tait un dieu de l'air et des sons , souvent des sons lointains , mystrieux et insaisissables , souvent aussi des sons inattendus et burlesques. De l l'ide de Pan apparaissant l'improviste au sein d'un bois pais, au bord d'une source, la cime d'un rocher, tantt pendant, comme l'audacieuse chvre de Virgile, l'anfractuosit mousseuse du trapp et du grunstein, tantt vanide et cave comme un fan- i36 NOTES DU LIVRE XXX. tome, tantt terrible et arm de pied en cap comme un guer- rier d'Ossian. Ajouterons-nous que Pan et Faune ne diffrent pas plus que Posidon et Neptune , qu'Athn et Minerve , qu'Art- mis et Diane; que Pan est le Faune de l'Arcadie , et Faune, le Pan italique; enfin , que les diffrences lgres qui sparent Pan de Faune , ne tiennent qu' des diffrences de dveloppement social, et d'autres circonstances secondaires? Ces faits aujour- d'hui ne sont point sujets contestation. XXVI, page 62 , ligne 21. Millepedas , ut in anginis diximus , potas phthisin sentientibus. On choisissait cet effet YOnisc. Asellus, L. , dont la queue se termine par un double appendice filiforme, ou VOnisc. ArmadUle, ainsi nomm parce que ds qu'il souponne quelque danger, il se replie sur lui-mme en forme de boule. XXVII , page 64 , ligne 20. SteUionum nomen aiunt in mole- dictum translation. La raison qu'indique Pline est fausse. SieUio se dit familirement pour fin , rus , matois. Ne serait-ce pas ces nombreuses cailles , parfois pineuses , qui hrissent son dos et ses cuisses, ne serait-ce pas aussi l'extrme souplesse de ses mouvemens qu'est due cette mtaphore si naturelle. C'est ici le cas de rappeler l'ide burlesque des Turcs qui croient que le sar- casmatique saurien se moque d'eux et s'amuse les contrefaire lorsqu'ils font leurs prires. Stellio ne se serait-il pas pris aussi pour moqueur? La mythologie nous apprend que le jeune Ascalaphe, pour s'tre moqu de Crs avalant grandes gorges son cycon, fut mtamorphos en stellio. Quant au stellionat , espce de vol qui consiste vendre ou engager deux personnes diffrentes un mme objet ou une mme marchandise ; en d'autres termes , livrer ou promettre de livrer une personne ce que l'on a livr ou d livrer . une autre, nul doute que ce ne soit aussi de stellio qu'il faille driver ce mot. Le stelliona taire , disent les ju- risconsultes, par l'extrme activit laquelle l'obligent ses ruses, par la multiplicit de ses mouvemens (puisqu'il fait deux opra- tions quand lgitimement il ne doit en faire qu'une), imite les vives allures, les agiles contorsions du stellio. Driver avec Poiu- NOTES DU LIVRE XXX. i37 sinet stellionat de l'allemand Stehlen, c'est prendre un ordre en- tier de dlits (le vol) pour une simple varit du vol; c'est faire entrer de force de l'allemand dans la langue latine, une poque o certes Rome et les Germains se touchaient, mais ne se m- laient pas ; c'est mconnatre la nature des choses qui sans doute permettait aux Romains d'emprunter aux Germains le nom d'un objet physique (l'aurochs, l'eider, etc.), mais qui ne permettait pas qu'ils empruntassent des civilisations naissantes , naves et peu compliques le nom spcial d'un phnomne moral spcial (le vol qui rsulte de double vente ou double promesse de li- vraison); enfin c'est mconnatre les lois de l'tymologie qui ne laisse passer dans les drivs que le radical , du simple , mais non sa dsinence (le radical de stehlen est slehl ). XXVIII, page 68, ligne 20. Galgulum. Donat (Ths. crit. , tom. VI, chap. 81) et Saumaise (Notes sur Hist. Aug. , p. 227) prsument qu'il faut crire galbulum -, car jaune se dit galbus. Ces deux savans n'oublient ici qu'un fait. De qui proviennent les noms familiers , les noms usuels , agrestes que l'on oppose aux termes savans? Des paysans, des enfans qui vont dnicher l'oi- seau , des pauvres sorciers de campagne qui le colportent et qui proclament sa vertu. Ds lors , lequel l'emporte de galgulus ou de galbulus ? Le moins latin des deux , le premier. XXX , page 7 2 , ligne 8. Scarbum qui pilas volvit. Proptcr hune JEgypti..... sed excusandos gentis suce rilus. Suivant Hora- pollon , c'est quand l'insecte veut travailler sa reproduction qu'il s'amuse former ces globules qui ont tant occup les my- thographes : 'E<8ikv ciprtiv |SoyAMTt/, etc. , etc. (Hiroglyph., lib. I, cap. 10.) Nous ignorons s'il atteint son but par ce moyen; le fait est que , suivant les anciens , il n'en avait pas d'autre , car la nature n'a point voulu crer de scarabe femelle , ce que disent Porphyre trs- gravement , Ausone trs-jovialement dans son pigramme : Perversae Veneris postico vulnere fossor. En formant ces petits globules de fiente de vache, le scarabe i38 NOTES DU LIVRE XXX. en question , que nous sommes tents de croire le bousier , quoique le vritable scarabe, objet du culte de l'Egypte, ait t du genre ateuque , n'imitait pas seulement les mouvemens du soleil dans sa course victorieuse travers les douze mai- sons du zodiaque : c'tait un dmiurge au petit pied , il crait un monde. Le monde n'est-il pas un globe de fange? Ce divin scarabe devint , en consquence , l'emblme le plus lev du crateur, du gnrateur, hermaphrodite comme lui ou mle comme lui, comme lui arrondissant autour de lui-mme une espce d'utrus-uf, duquel , avec le temps , sortait un tre nouveau (l'univers). Aussi le scarabe est-il, une foule de titres diffrens , reprsent sur les monumens de l'Egypte. Il faut voir, entre autres, les planches 86, i, du tome II de la Descript. de F Egypte, o on le reprsente animant, excitant, remplissant de sucs vitaux le dmiurge ithyphallique , des organes gnitaux duquel manent des hommes : l il est gnrateur, ou plutt foyer central et source premire de la vie qu'il communique l'em- bryon par l'intermdiaire du gnrateur. Sur les caisses des momies, il annonce la future renaissance, renaissance qui n'a lieu qu'aprs avoir parcouru le cercle fatal des transmigrations imposes de toute ternit chaque me. Dans les scnes spul- crales des hypoges , il parat tre le symbole de la permanence substantielle de l'me travers les innombrables voyages qu'elle fait de corps en corps. Enfin peut-tre est-il l'me mme, peut- tre est-il le dsir, la stimulation , ce que les anciens ap- pelaient orlpos, strum , et on le sait ohlpo signifiait aussi un taon ; ce taon , dans les fables hellniques , poursuit lo , la pro- mne de rivage en rivage , la jette haletante , extnue , vaincue, aux bras de Jupiter qui la fconde. Dans quelques peintures gyp- tiennes , des femmes penches en avant et les bras tendus , sem- blent vouloir saisir, comme en se prcipitant, un scarabe noir plac au dessous d'elles. On voit de mme , dans les zodiaques rectangulaires de Denderah et d'Esneh , le scarabe noir plac prs des parties sexuelles de Tp. Enfin on devait trouver l'image du scarabe sur la langue du buf Apis. Page 72, ligne 12. AUum.... cui sunt cornicula reflexa. Le lucane cerf-volant? Tertium qui vocatur fidlo , alt's gultis. Le scarabe- NOTES DU LIVRE XXX. i3 9 taureau, dit Dalechamp; nous ne le pensons pas. Ne serait-ce pas une espce de hanneton, qvxxoyecyof ? Page 74 -, ligne i5. Phryganion. Comme Pline mme, nous ignorons quel peut tre cet insecte f et ce n'est pas une raison pour souponner le texte d'tre fautif, et pour lire, avec quel- ques commentateurs, phrynion. D'autres prsument qu'il s'agit d'un insecte vivant an milieu des broussailles, parce qu'en grec broussailles se dit qpvyuvct. Enfin Querlon , qui a trouv dans son Schrevelius que <$pvya> signifie griller, rtir, en conclut que le phryganion est la salamandre. XXXII*, page 76 , ligne i3. Ricini sanguis. Les tiques , comme les autres annlides , n'ont point de sang proprement dit , mais seulement un liquide visqueux que des vaisseaux trs- peu compliqus portent dans les diverses parties du corps de l'animal. XXXIII, page 76, ligne 22. Carbunculus.... vel cum Uni semine ex acelo mulso. Le premier mdicament est absurde , le second ne peut manquer de russir, pourvu que l'affection ne soit en- core qu' son premier degr. 11 en est de mme de tous ces m- langes moi! ions et rsolutifs. Quant ceux qui suivent , et dont la base est une bouillie animale, il faut les rejeter bien loin. XXXIV, page yS , ligne 1 5. Digito medico. Le doigt mdecin est le quatrime doigt. Il n'y a pas 1 moindre raison cette d- nomination bizarre; car jamais mdecin n'emploie le. quatrime doigt ni plus frquemment que les autres , ni quelque usage particulier; moins que l'on ne rappelle ici que , faute de cure- oreille , les enfans de la nature l'emploient parfois se dbar- rasser l'orifice auditif de quelques-unes des immondies qui l'ob- struent. De l son nom i auriculaire. XXXVI , page 80 , ligne 5. Nervorum nodis. Ce sont non pas les nuds de nerfs (ce qui u'et pas une maladie, puisque ces nuds constituent les ganglions), mais des torsions de cordons /io NOTES DU LIVRE XXX. nerveux. Aucun des remdes qu'indique Pline ne peut rien sur cette affection spasmodique. XXXVII, page 80, ligne 17. Reduvias. Cet accident diffre du subluvies en ce que, dans celui-ci , le sang , en s'extravasant sous les ongles et aux environs des ongles , y forme une masse sauieuse l'intrieur des chairs, tandis que dans les reduvias , la peau ouverte la base des ongles promine en petits lambeaux dcoups irrgulirement. XXXVIII, page 82 , ligne 4-. Sanguinem sistit , etc. Toutes les mthodes pour arrter l'hmorrhagie , petite ou grande, lors- qu'elle ne part que des -vaisseaux capillaires , se rduisent aux deux suivantes : i comprimer les vaisseaux capillaires ou op- poser des obstacles la sortie du fluide ; i resserrer par un abaissement de temprature les orifices , les pores par lesquels s'opre la sortie du fluide. On peut, d'aprs ces principes, ju- ger, soit de la convenance , soit de la ncessit des remdes qui suivent. Le meilleur de tous, on le sait, est l'application, soit de l'a- madou , soit de l'ponge. XXXIX , page 84 , ligne i3. Cosses , qui in ligno nascuntur. Les annlides qu'on trouve dans les bois sont trs-nombreuses, et forment une famille dans l'elminthologie. Ligne 19. Simblio melle. Suivant Hardouin et quelques au- teurs , c'tait du miel de Sicile , et simblion s'crit la place de sikelion. Ce serait plaisant. Dalchamp avait prtendu auparavant qu'il faut lire hyblo. C'est tout aussi gratuit. Pourquoi ne pas se souvenir que e-i/A&xos signifie un rayon de miel ? Il se trou- verait alors sans doute que simblium mel ft, ou le miel des g- teaux, ou le miel vierge qui dcoule spontanment des gteaux lorsqu'on les incline. Ligne a3. Herps. Il est probable que ce n'est pas un reptile, quoique tel soit le sens du mot Ip-ars70f. C'est plutt, ou un cruslac de petite taille , ou une annlide. Page 86 , ligne 5. Antonius. Antonius Musa. L'on assure qu'il NOTES DU LIVRE XXX. i/,i avait reu ce surnom cause de ses talens en littrature et de son esprit. Cui Venus ante alios , divi , divumque sorores Cuncta , neque indigno , Musa , dedere bona. Virg. , Cittal., xm, 5- C'est ainsi , ajoute assez tort Scaliger, qu'Euripide donne a Palamde le nom de Muse , de rossignol , comme si une mta- phore tait un nom propre. Cependant nous citerons les vers qu'il indique, tant cause de leur beaut, que parce qu'ils sont peu connus : 'EitaVfT, *)tvT tv 2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. mirabili natura, si quis velit reputare ut fruges gignan- tur, arbores fruticesque vivant, in caelum migrare aquas, animamque etiam herbis vitalem inde dferre : justa confessione , omnes terrae quoque vires aquarum esse beneficii. Quapropter ante omnia ipsarum potentiae exem- pla ponemus. Cunctas enim quis mortalium enumerare queat? Aquarum differentiae. H. i. Emicant bnigne passimque in plurimis terris, alibi frigidae , alibi calidae , alibi junct , sicut in Tar- bellis aquitanica gente, et in Pyrenaeis montibus, tenui intervallo discernente. Alibi tepidae egelidaeque auxilia morborum profitentes , et e cunctis animalium hominum tantum causa erumpentes. Augent numerum deorum nominibus variis, urbesque condunt, sicut Puteolos in Campania, Statyellas in Liguria, Sextias in narbonensi provincia. Nusquam tamen largius quam in Baiano sinu, nec pluribus auxiliandi generibus, aliae sulphuris, aliae aluminis , aliae salis , aliae nitri , aliae bituminis , nonnullae etiam acida salsave mixtura. Vapore quoque ipso aliquee prosunt. Tantaque eis est vis, ut balineas calefaciant, ac frigidam etiam in soliis fervere cogant, quae in Baiano Posidianae vocantur, nomine accepto a Claudii Caesaris liberto. Obsonia quoque percoquunt. Vaporant et in mari ipso , quae Licinii Crassi fuere : HISTOIRE NATURELLE,. LIV. XXXI. i5* la terre. Merveilleuse proprit ! qu'on y songe bien , les fruits renaissent , les arbres , les arbustes vgtent , parce que l'onde migr dans l'air, et , du baut des cieux, jette un principe de vie sur les plantes qui couvrent la terre. C'est donc un aveu lgitime que celui qui proclame l'eau cause de toutes les forces terrestres. Avant tout , rapportons ici quelques preuves de la puissance de cet lment; qui pourrait en effet les numrer toutes? Diffrences des eaux. II. i. Mille localits la voient jaillir en veines pro- pices, soit froides, soit chaudes; quelquefois elles sont runies , par exemple Tarbes dans l'Aquitaine, et dans les Pjrnes ; ces deux points ne sont spars que par une faible distance. Ailleurs tides ou lgrement chau- des, elles gurissent les maladies ; et , de tous les animaux, l'homme est le seul pour qui elles s'lancent du globe. Par elles, des noms divers ont grossi la liste des dieux; pour elles, on a bti des villes, par exemple Pouzzole en Campanie, Statyelles en Ligurie, Aix dans la Narbo- naise : mais c'est Baies surtout qu'elles coulent en abondance. Point d'eau mdicinale qui prsente plus de ressources, puisqu'elle est ici sulfureuse, ici alumi- ncuse , l saline, plus loin nitreuse ou bitumineuse, ou enfin mle de sel et d'acide. Quelques-unes exhalent des vapeurs qui seules sont un remde : leur temprature est si haute, qu'elles chauffent les bains, et font bouillir l'eau froide sur les siges des baigneurs; celles-ci se nomment Baies Posidiennes, du nom d'un affrancbi de Claude. On y fait aussi cuire la viande. D'autres (et ces dernires appartinrent Crassus ) bouillonnent au i54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. mediosque inter fluctus exsistit aliquid valetudini salu- tare. Aquarum medicinae : observationes, cclxvi. III. Jam generatim nervis prosunt pedibusve , aut coxendicibus , aliae luxatis , fractisve. Inaniunt alvos. Sa- nant vulnera. Capiti auribusque privatim medentur : oculis vero Ciceronianae. Digna memoratu villa est al Averno lacu Puteolos tendentibus imposita litori, cefe- brata porticu ac nemore, quam et vocabat M. Cicero Aeademiam , ab exemplo Athenarum , ibi compositis vo- luminibus ejusdem nominis, in qua et monumenta sibi instauraverat , ceu vero non et in toto terraruir orbe fecisset. Hujus in parte prima , exiguo post obitum ipsius, Antistio Vetere possidente, eruperunt fontes ca- lidi , perquam salubres oculis , celebrati carmin Laureae Tullii , qui fuit e libertis ejus , ut protinus noscatur etiam ministeriorum haustus ex illa majestate ingenii. Ponam enim ipsum carmen , dignum ubique , et non ibi tantum legi : Quod tua, romanae vindex clarissime linguae, Silva loco melius surgere jussa viret : Atque cademiae celebratam nomine villam Nunc rpart cultu sub potiore Vtus : Hic etiam apparent lymphse non ante repert, Languida quae infuso lumina rore levant. Nimirum locus ipse sui Ciceronis honori Hoc ddit, hac fontes quum patefecit ope. Ut , quoniam totum legitur sine fine per orbem , Sint plures, oculis quae medeantur , aquae. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i55 sein mme de la mer : ainsi l'on voit sourdre dans les flots des moyens de sant. Remdes tirs des eaux : observations, 266. III. Ces eaux, suivant leurs espces, soulagent les nvralgies, la goutte, la sciatique et les luxations ou les fractures; aident aux vacuations, gurissent les plaies, dissipent les maux de tte et d'oreilles. Les eaux Ci- croniennes sont bonnes pour les yeux. Comment ne pas parler de la maison o elles se trouvent? Situe sur le rivage, sur la route du lac Averne Pouzzole , elle se distingue un portique et un bois que Cicron appela Acadmie, l'instar du jardin d'Athnes, et o il com- posa ses Acadmiques. C'est l aussi qu'il s'leva un monument, comme si ses crits n'en taient pas un qui remplt l'univers. Peu aprs sa mort, Antistius Vtus en tant devenu possesseur, il sortit de terre, dans une cour antrieure, des sources chaudes excellentes pour la vue. Tullius Laurea, un des affranchis de l'orateur, composa, sur ce sujet, des vers qui montrent ce que la bouche mme des esclaves avait puis d'loquence daus ce fleuve majestueux. Voici ces vers qui sont dignes d'tre lus, mme loin de la fontaine : Immortel ornement de la langue romaine, Qu'il s'est donc embelli , ton champtre domaine ! Que ton Acadmie est brillante d'attraits ! Que Vtus a pris soin d'embellir tes forts ! Une nymphe , long-temps amante du mystre, panche flots presss son urne salutaire. Ces eaux , les dieux , jaloux d'honorer ton grand nom , Les font, dans cette cour, jaillir avec raison. Les yeux , les faibles yeux , fatigus pour te lire , Sollicitaient du ciel cet humide collyre. i56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Quales fecunditatem faciant , quales insanit medeantur. IV. In eadem Campaniae regione sinuessanae aquae sterilitatem feminarum , et virorum insaniam abolere produntur. Quales calculosis. V. In /Enaria insula, calculosis mederi. Et quae voca- tur acidula , ab Teano Sidicino quatuor millibus passuum : haec frigida. Item in Stabiano, quae dimidia vocatur : et in Venafrano, ex fonte acidulo. Idem contingit in Ve- lino lacu potantibus. Item in Syriae fonte juxta Taurum montem , auctor est M. Varro : et in Phrygiae Gallo flu- mine Callimachus. Sed ibi in potando necessarius modus , ne lymphatos agat : quod in vEthiopia accidere his, qui e fonte rubro biberint, Ctesias scribit. Quales vulneribus. VI. Juxta Romam Albulae aquoe vulneribus medentur : egelidae hae : sed Cutiliae in Sabinis gelidissimae , suctu quodam corpora invadunt , ut prope morsus videri pos- sit : aptissim stomacho, nervis, universo corpori. Quales partum custodiant. VII. Thespiarum fons conceptus mulieribus reprae- sentat : item in Arcadio flumen Elatum. Custodit autem ftum Linus fons in eadem Arcadia, abortusque fieri HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i5 7 Eaux qui donnent la fcondit ; eaux qui remdient la folie. IV. Les eaux deSinuesse, aussi dans la Campanie , font cesser la strilit des femmes , et gurissent les hommes de la folie. Eaux pour les calculeux. V. Celles de l'le d'Enarie gurissent la pierre, ainsi que celles de la source dite acidul, quatre milles de Tanum Sidicinum, et celles de Stabies, qu'on nomme demi-acidule ; de Venafre, o elles sont acidules, et du lac de Vlies : il faut boire de celles-ci. On en trouve de pareille en Syrie, prs du mont Taurus, selon Varron. Suivant Callimaque, ls eaux du Gallus, en Phrygie, ont la mme vertu; mais il faut en boire avec rserve, sous peine de dmence : la mme chose arrive en Ethio- pie, selon Ctsias, ceux qui boivent de l'eau de la fon- taine rouge. Eaux pour les blessures. VI. Prs de Rome, les eaux Albules, qui sont tides, gurissent les blessures; celles de Cutilies, chez les Sa- bins, sont trs-froides, et mordent plutt qu'elles ne pntrent les corps : l'estomac, les nerfs, le corps entier s'en trouvent trs-bien. Eaux qui prservent les femmes enceintes. Vil. Dans le territoire de Thespies est une fontaine qui rend les femmes fcondes. L'Elatum, en Arcadie, a la mme proprit. La source de Li nus , dans cette i58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. non patitur. E diverso in Pyrrhaea flumen, quod Aphro- disium vocatur, striles facit. > ;,' Quales vitiliginem tollant. VIII. Lacus Alphion vitiligines tollit. Varro auctor est, Titium quemdam praetura functum, marmorei signi faciem habuisse propter id vitium. Cydnus Ciliciae amnis podagricis medetur, sicut apparet in epistola Cassii Par- mensis ad M. Antonium. Contra , aquarum culpa in Trzene omnium pedes vitia sentiunt. Tungri civitas Galliae fontem habet insignem, plurimis bullis stellan- tem, ferruginei saporis : quod ipsum non nisi in fine potus intelligitur. Purgat hic corpora, tertianas febres discutit , calculorumque vitia. Eadem aqua ign admoto turbida fit : ac postremo rubescit. Leucogaei fontes inter Puteolos et Neapolim oculis et vulneribus medentur. Cicero in Admirandis posuit , reatinis tantum paludibus ungulas jumentorum indurari. Quae colorem lanis faciant. IX. Eudicus in Estiaeotide fontes duos tradit esse , Ceronem , ex quo bibentes oves nigras fieri : Nelea , ex quo al bas, ex utroque autem varias. Theophrastus in Thuriis Crathim candorem facere, Sybarim nigritiam bobus ac pecori. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i5 9 contre, assujettit le ftus, et s'oppose aux avortemens ; au contraire, l'Aphrodisium , en Pyrrhe, donne la st- rilit. Eaux qui dissipent les taches blanches de la peau. VIII. L'eau du lac Alphion enlve les petites taches blanches de la peau. Selon Varron, un ex-prteur nomm Titius en avait le visage si couvert, que sa tte semblait celle d'une statue de marbre. Le Cydnus, en Cilicie, gurit la goutte, ce que montre la lettre de Cassius de Parme Antoine. A Trzne, au contraire , la mauvaise qualit des eaux donne, tous les habi- tans, des maux de pied. A Tongres, ville de la Gaule, est une source dont l'eau ptillante de bulles a une sa- veur ferrugineuse, sensible seulement lorsqu'on achve de la boire. Cette eau chasse la fivre-tierce et gurit de la pierre. Chauffe, elle devient trouble et rougit. Les eaux Leucoges, entre Naples et Pouzzole, sont bonnes pour les maux d'yeux et pour les plaies. Cicron a en- registr, dans son livre des Singularits , la duret que contracte, Rate seulement, la corne du pied des btes fauves. Eaux qui teignent les laines. IX. Eudicus parle de deux fontaines de l'Estiotide, nommes Crone et Nle : les brebis qui boivent des eaux de la premire, ont le pelage noir; celles qui s'a- breuvent la deuxime l'ont blanc; enfin , celles qui fr- quentent les deux fontaines, offrent deux couleurs sur leurs toisons. Thophraste dit que le Crathis , prs de Thurium, rend blanches les brebis et les vaches, tandis que le Sybaris les rend noires. 160 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Quae hominibiis. X. Quin et homines sentire differentiam eam. Nain qui e Sybari bibant , nigriores esse , durioresque , et crispo capillo : qui ex Crathi , candidos mollioresque , ac porrecta coma. Item in Macedonia qui velint sibi candida nasci , ad Aliacmonem ducere : qui nigra aut fusca ad Axium. Idem omnia fusca quibusdam in locis tradit nasci , et fruges quoque , sicut in Messapiis. At in Lusis Arcadiae quodam fonte mures terrestres vivere et conversari. Erythris Aleos amnis pilos gignit in cor- poribus. Quae memoriam : quae oblivionem. XI. In Botia ad Trophonium deum juxta fluraen Orcbomenon duo sunt fontes , quorum alter memoriam , alter oblivionem adfert , inde nominibus inventis. Quae sensus subtiKtatem; quae tarditatem; quae canoram vocem. XII. In Cilicia apud oppidum Cescum rivus fluit Nus , ex quo bibentium subtiliores sensus fieri M. Varro tra- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 161 Eaux qui donnent une autre couleur au corps humain. X. Les hommes mme se ressentent de cette diver- sit des eaux. Une chevelure noire, dure, crpue, dis- tingue ceux qui boivent celles du Sybaris; l'usage des eaux du Crathis , au contraire , communique du moel- leux, de la longueur et des nuances plus ples la che- velure. Mme chose a lieu en Macdoine : y dsire-t-on avoir des animaux toison blanche? On n'a qu' les mener boire dans l'Aliacmon; veut-on qu'ils prennent des teintes noires ou fonces ? On les mne aux bords de l'Axius. Thophraste ajoute qu'il est des lieux o tout ce qui se produit est noir, mme les crales : c'est ce que l'on voit en Messapie. La fontaine de Lusis, en Ar- cadie, nous prsente des rats de terre qui s'tablissent et vivent dans ses eaux. L'eau de l'Aleos, Erythres , fait venir des poils sur le corps. Eaux qui donnent, eaux qui enlvent la mmoire. XI. Dans la Botie, prs du temple de Tropho- nius, et du lac d'Orchomne, sont deux sources, dont l'une rappelle, tandis que l'autre efface de la mmoire les faits passs. Leurs noms indiquent ces deux pro- prits. Eaux qui rendent les sens plus fins ou plus lourds ; eaux qui donnent plus de beaut la voix. XII. En Cilicie, prs de Cescum, coule un ruisseau du nom de Nus ; ses eaux donnent , au dire de Varron , xvm. ... , n ifo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. dit. A_t in Cea insula fontem esse , quo hebetes fiant Zam in Africa, quo canorae voces. Quae vini taedium ; quae inebrient XIII. Vinum in taedium venire his qui ex Clitorio lacu biberint, ait Eudoxus : Theoporapus, inebriari fontibus iis quos diximus. Mucianus Andri e fonte Liberi patris, statis diebus septenis ejus dei vinum fluere, si auferatur a conspectu templi, sapore in aquam transeunte. Quae olei vicem praestent. XIV. Polycritus explere olei vicem juxta Solos Cili- ciae fontem. Theophrastus hoc idem fieri in iEthiopia ejusdem nominis fonte. Lycos in Indi terris fontem esse, cujus aqua lucern ardeant. Idem Ecbatanis tra- ditur. Theopompus in Scotusa lacum esse dicit , qui vulneribus medetur. Quae salsae, et amarae. XV. Juba in Trogody tis lacum , insanum malefica vi appellatum, ter die fieri amarum salsumque, ac deindc dulcem , totiesque etiam noctu , scatentem albis ser- pentibus vicenum cubitorum. Idem in Arabia fontem HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i63 du jugement ceux qui en boivent. Dans l'le de Ce, est une source qui rend stupide; une autre, Zama, en Afrique , rend la voix plus belle. Eaux qui font har le vin ; eaux qui enivrent. XIII. Le lac de Clitor, selon Eudoxe , donne du d- got pour le vin ceux qui boivent de ses eaux. Tho- pompe parle de fontaines dont l'eau enivre : nous les avons cites. Mucien atteste qu' Andros, la fontaine de Bacchus panche du vin , pendant sept jours consacrs aux ftes du dieu; mais que ce vin, ds qu'on le trans- porte hors de la vue du temple , devient eau. Eaux qui font l'office de l'huile. XIV. Polycrite attribue les proprits de l'huile une source voisine de Soles, en Cilicie. Thophraste en dit autant d'une autre source situe en Ethiopie , mais qui porte le mme nom. Il parle d'une fontaine , qu'il nomme Lycos, et qu'il place dans les Indes; le contact de ses eaux allume un flambeau. Le mme phnomne se voit, dit-on, Ecbatane. Thopompe prtend qu'il y a dans Scotuse un lac qui gurit les plaies. Eaux sales , eaux amres. XV. Suivant Juba , la Trogodytique possde un lac dit lac de folie, cause de l'influence funeste qu'il exerce. Trois fois le jour, ses eaux deviennent amres et salines, puis reprennent de la douceur; trois fois le mme changement s'opre pendant la nuit. Il est rempli il. i64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. exsilire tanta vi, ut nulla mora pondus impactum res- puat. Quae saxa egerant; quae risum,et ploratum faciant; quae amorem sanare dicantur. XVI. Theophrastus Marsyae fontem in Phrygia ad Celsenarum oppidum saxa egerere. Non procul ab eo duo sunt fontes , Claeon et Gelon , ab effectu Graecorum no- minum dicti. Cyzici fons Cupidinis vocatur, ex quo po- tantes amorem deponere Mucianus crdit. Per triduum ealentes haustu. XVII. Cranone est fons calidus citra summum fervo- rem , qui in vinum additus , triduo calorem potionis ustodit in vasis. Sunt et Mattiaci in Germania fontes calidi trans Rhenum quorum haustus triduo fervet. Circa margines vero pumicem faciunt aquae. Aquarum miracula. In quibus omnia mergantur ; in quibus nihil. XVIII. Quod si quis fide carere ex his aliqua arbitra- tur, discat in nulla parte naturae majora esse miracula : quamquam inter initia operis abunde multa retulimus. Ctesias tradit Siden vocari stagnum in Indis, in quo HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i65 de serpens blancs qui ont vingt coudes de longueur. Le mme auteur nous apprend encore qu'en Arabie est une fontaine dont l'eau s'lance du fond avec tant d'im- ptuosit, qu'elle repousse instantanment tout objet, mme trs-pesant, sa surface. Eaux qui rejettent les pierres , qui font rire ou pleurer , qui gurissent l'amour. XVI. Thophraste indique la source du Marsyas, en Phrygie, non loin de Clne, comme rejetant ainsi les pierres. Non loin de l , sont deux sources que les Grecs ont appeles, par allusion leurs proprits, Clon (la pleureuse ) et Glon (la rieuse). A Cyzique, est la fon- taine de l'Amour, qui, selon Mucien, gurit les amans de leurs flammes. Eaux qui restent chaudes pendant trois jours. XVII. La source de Cranone, chaude, mais non bouillante, communique pour trois jours, lorsqu'on verse de son eau dans le vin , une haute temprature au vase qui contient le mlange. Les eaux Mattiaques , dans la Germanie Transrhnane, gardent aussi trois jours leur chaleur. Leurs bords sont couverts de pierres ponces que forment les eaux. Autres faits merveilleux relatifs l'eau. Eaux o tout s'enfonce j eaux o tout surnage. XVIII. Si ces faits semblent incroyables, qu'on sache qu'il n'est point de partie dans la nature qui prsente plus de merveilles. Du reste, nous en avons dj, au commencement de cet ouvrage, relat un grand nombre. 166 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. nihil innatet, omnia mergantur. Ceelius apud nos in Averno ait etiam folia subsidere : Varro , aves , quse advolaverint , emori. Contra in Africae lacu Apuscidamo omnia fluitant , nihil mergitur : item in Siciliee fonte Phinthia, ut Apion tradit : et in Medorum lacu puteo- que Saturni. Fons Limyrae transire solet in loca vicina , portendens aliquid : mirumque quod cum piscibus tran- sit. Responsa ab his petunt incojae cibo , quem rapiunt adnuentes : si vero eventum negent , caudis abigunt. AmnisOlachas in Bithynia Bryazum alluit (hoc et tem- plo et deo nomen): cujus gurgitem perjuri negantur pati, velut flammam urentem. Et in Gantabria fontes Tama- rici in auguriis habentur. Trs sunt, octonis pedibus distantes. In unum alveum coeunt vasto singuli amne. Siccantur duodecim diebus, aliquando vicenis, citra suspi- cionem ullam aquae, quum sit vicinus illis fons sine in- termissione largus. Dirum est, non profluere eos aspicere volentibus : sicut proxime Lartio Licinio , legato post praeturam, post septem enim dies occidit. In Juda rivus sabbatis omnibus siccatur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXL 167 Selon Ctsias, on nomme Side, aux Indes, un tang o rien ne surnage ; tout coule fond. Selon Clius , dans le lac Averne, les feuilles mme vont aussi fond. Vairon affirme que les oiseaux, qui volent prs de l tombent morts. En Afrique , au contraire , dans le lac Apuscidame, tout flotte, rien ne tombe fond : mme phnomne dans la source Phintie, au rapport d'A- pion , dans un lac de Mdie , enfin dans le puits de Sa- turne. La source de Limyre va souvent jaillir dans un emplacement voisin; ce drangement est un pronostic. Le plus tonnant , c'est que tous les poissons qui le peu- plent, changent de place en mme temps qu'elle. Les habitans du pays consultent ceux-ci sur l'avenir, en leur jetant manger. L'avidit avec laquelle ils se jettent sur cette offrande, est un signe favorable; au contraire, s'ils la repoussent de leur queue , on doit craindre malheur. L'Olachas, qui passe Bryaze, en Bithynie (Bryaze est le temple d'un dieu de mme nom), roule des eaux que les parjures ne peuvent toucher ; elles les brlent comme le ferait du feu. Les sources du Tamaricus, en Canla- brie, figurent aussi parmi les moyens divinatoires. On en compte trois; leur distance est de huit pieds; elles se runissent en un bassin unique, qui forme une large rivire. Elles tarissent pendant douze , et quelquefois pendant vingt jours, sans laisser apercevoir la moindre trace d'eau, tandis qu'une fontaine voisine n'en perd pas une goutte. Rien de plus sinistre quand on va vi- siter ces trois sources, que de les trouver sec. C'est ce qui arriva dernirement Lartius Licinius, qui, au sortir de sa prture , obtint le gouvernement de cette province ; sept jours aprs il mourut. On trouve en Jude un ruisseau qui est sec chaque sabbat. 168 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Aquae necantes ; pisces venenati. XIX. E diverso miracula alia dira. Gtesias in Armenia scribit esse fontem , ex quo nigros pisces illico mortem adferre in cibis : quod et circa Danubii exortum audivi , donec veniatur ad fontem alveo adpositum , ubi finitur id genus piscium. Ideoque ibi cap ut ejus amnis intelligit fama. Hoc idem et in Lydia in stagno Nympharum tra- dunt. In Achaia ad Pheneum aqua profluit e saxis , Styx appellatur, quae illico necat, ut diximus. Sed esse pisces parvos in ea tradit Theophrastus , ltales et ipsos, quod non in alio gnre mortiferorum fontium. Necare aquas Theopompus et in Thracia apud Cychros dicit : Lycus in Leontinis tertio die, quam quis biberit. Varro ad Soracten in fonte, cujus sit latitudo quatuor pedum : sole oriente eum exundare ferventi similem , aves quae degustaverint , juxta mortuas jacere. Namque et haec in- sidiosa conditio est, quod quaedam etiam blandiuntur aspectu , ut ad Nonacrin Arcadiae. Omnino enim nulla d- terrent qualitate. Hanc putant nimio frigore esse noxiam, utpote quum profluens ipsa lapidescat. Aliter circa thessalica Tempe, quoniam visus omnibus terrori est: traduntque etiam aes ac ferrum erodi illa aqua. | HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 169 Eaux mortelles : poissons vnneux. XIX. D'autres sources prsentent des particulari- ts terribles en mme temps que singulires. Selon Ctsias, il y a, en Armnie, une fontaine peuple de poissons noirs , dont on ne peut manger, sans mourir presque instantanment. Mme chose a lieu vers la source du Danube, jusqu' ce qu'on arrive un ruis- seau affluent de ce grand fleuve , et o s'arrte cette es- pce fatale ; aussi , ce dernier endroit mme passe-t-il le plus communment pour la source du fleuve. Le lac des Nymphes, en Lydie, offre un phnomne iden- tique. Prs du Phne, en Arcadie, les rochers panchent une eau dite Styx; nous l'avons dit ci-dessus, quiconque en boit, expire aussitt. Mais de plus, Thophraste y fait vivre des poissons qui eux-mmes donnent la mort. Or, c'est ce qui ne se remarque dans aucune autre source empoisonne. Thopompe dit que certaines eaux, chez les Cychres en Thrace , tuent de mme : Lycus cite une fontaine de Lontium , dont l'eau fait mourir en trois jours. Varron en nomme une autre voisine de Soracte , et qui a quatre pieds de largeur : au lever du soleil , dit-il , l'eau s'lve comme si elle bouillait ; tous les oi- seaux qui viennent y boire tombent morts sur la rive ; car souvent rien de plus fallacieux, de plus attrayant que leur aspect. Telle est du moins , la fontaine de No- nacris , en Arcadie , qui n'offre en elle nulle particula- rit de nature inspirer la dfiance. On croit qu'elle n'a de funeste que son excessive fracheur, vu qu'elle se p- trifie mme en coulant. A Tempe , dans la Thessalie , au contraire , l'eau pr- sente un aspect effrayant ; elle corrode mme le fer et l'ai- Iftu 170 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Profluit (ut indicavimus) brevi spatio : mirumque, siliqua silvestris amplecti radicibus fontem eum dicitur, semper florens purpura. Et quaedam sui generis herba in labris fonds viret. In Macedonia, non procul Euripidis poetae sepulcro, duo rivi confluunt, alter saluberrimi polus, alter mortiferi. Quae lapides fiant, aut lapidem faciant. XX. In Perperenis fons est, quamcumque rigat, lapi- deam faciens terram : item calidae aquae in Eubae Delio. Nam qua cadit rivus, saxa in altitudinem crescunt. In Eurymenis dejectae coronae in fontem, lapides fiunt. In Colossis flumen est , quo lateres conjecti , lapides extra- huntur. In scyretico mtallo arbores quaecumque flumine alluuntur, saxa fiunt cum ramis. Destillantes quoque guttae in lapides durescunt in antris coryciis : nam Miezae in Macedonia , etiam pendentes in ipsis cameris : at in Coryco, quum cecidere. In quibusdam speluncis utroque modo , columnasque faciunt , ut in Phausia Chersonesi Rhodiorum in antro magno , etiam discolori aspectu. Et hactenus contenti simus exemplis. De salubritate aquarum. XXL. 3- Quaeritur inter medicos, cujus generis aquae '/M HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 171 rain ; elle ne remplit, en coulant (voyez ci-dessus), qu'un trs-petit espace ; et l'on doit remarquer qu'elle est entou- re des racines d'un arbuste sauvage toujours couvert de fleurs rouges , et que ses bords sont tapisss d'une herbe qui n'existe que l. En Macdoine, peu de distance du tombeau d'Euripide, se runissent deux ruisseaux, dont l'un roule des eaux trs-salubres , et l'autre des eaux mortelles. Eaux qui deviennent ou qui forment des pierres. XX. A Perprne , est une source qui transforme en pierre le sol qu'elle arrose. Les eaux thermales de De- lium, en Eube, produisent le mme effet : car, aux points o tombe le courant , se forment des pierres leves les unes sur les autres. A Eurymnes , les eaux d'une autre fontaine ptrifient les couronnes que l'on y jette. Dans la rivire de Colosse, on jette des briques, que l'on retire l'tat de pierres. Dans l'le de Scyros , tous les arbres qu'on arrose avec l'eau des mines se ptri- fient avec leurs branches. Les grottes du mont Corycus, donnent de mme des distillations dont se forment des pierres. Les eaux de Miza, dans la Macdoine, forment des gouttes solides, qui restent attaches aux votes; au mont Corycus, elles ne se conglent qu' terre. Dans quelques cavernes ces deux espces de ptrifications ont lieu, et forment des colonnes'comme celles de la grande grotte de Phausie, dans la Chersonse de Rhodes. Leurs nuances mme diffrent d'aspect. Mais bornons ici les exemples. Salubrit des eaux. XXI. 3. Quelle est la meilleure espce d'eau? de- 172 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. sint utilissim. Stagnantes pigrasque merito damnant, utiliores quae profluunt existimantes : cursu enim per- cussuque ipso extenuari atque proficere. Eoque miror, cisternarum ab aliquibus maxime probari. Sed hi ratio- nem adferunt, quoniam levissima sit imbrium aqua, ut quae subire potuerit ac pendere in are. Ideo et nives praeferunt imbribus , nivibusque etiam glaciem , velut adfinium coacta subtilitate. Leviora enim haec esse, et glaciem multo leviorem aqua. Horum sententiam refelli interest vitae. In primis enim levitas illa deprehendi ali- ter, quam sensu , vix potest , nullo paene momento pon- deris aquis inter se distantibus. Nec levitatis in pluvia aqua argumentum est subisse eam in caelum, quum etiam lapides subire appareat, cadensque inficiatur halitu terrae. Quo fit ut pluviae aquae sordium inesse plurimum sen- tiatur, citissimeque ideo calefiat aqua pluvia. Nivem qui- dem glaciemque subtilissimum elementi ejus videri miror, adposito grandinum argumento, e quibus pestilentissi- mum potum esse convenit. Nec vero pauci inter ipsos e contrario ex gelu ac nivibus insaluberrimos potus prae- dicant, quoniam exactum sit inde, quod tenuissimum fuerit. Minui certe liquorem omnem congelatione de- prehenditur, et rore nimio scabiem fieri, pruina uredi- nem , cognatis et nivis causis. Pluvias quidem aquas celerrime putrescere convenit , minimeque durare in na- i ) HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i;3 mandent les mdecins. D'abord, on rprouve juste titre les eaux stagnantes et dormantes , pour donner la prfrence aux eaux courantes , vu que le mouvement et le frottement les rendent moins denses et plus l- gres. Il y a donc lieu de s'tonner de la supriorit accorde par quelques savans l'eau de citerne. L'eau de pluie, nous disent-ils, est la plus lgre de toutes, puisqu'elle s'lve dans l'air et y sjourne. Par suite de ce principe , ils prfrent l'eau de pluie l'eau de neige, et celle-ci la glace, comme dernier terme de l'attnuation de l'eau. La neige et la glace l'emportent donc en lgret , et la glace l'emporte infiniment. Il est important, pour le bien de l'espce humaine, de rfuter ce raisonnement. D'abord, cette lgret qu'ils vantent n'est presque apprciable que pour la pense, le poids de toutes les eaux ne diffrant qu'imperceptiblement; d'autre part, l'lvation de l'eau de pluie dans l'atmos- phre n'est pas une preuve de sa lgret, puisqu'on voit mme des pierres s'y lever pareillement , et que la pluie, en tombant, se mle aux exhalaisons terrestres. Aussi, l'eau de pluie est-elle trs-sale, et se chauffe-t-elle trs- rapidement sur le feu. Ensuite, comment dire que la neige et la glace sont les portions les plus subtiles de l'eau ? la grle ne donne-t-elle pas , de l'aveu de tout le inonde, un breuvage trs-malsain? Nombre de mdecins prtendent , contradictoirement ceux-ci , que la neige et la glace forment des boissons pernicieuses, parce qu'elles se trouvent dpouilles des parties les plus t- nues et les plus lgres ; du moins , est-il certain que tout liquide diminue par la conglation ; que les fortes roses causent la rouille des grains, et que les geles blanches les brlent. Or, les causes de tous ces mtores tt4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. vigatione. Epigenes autem , aquam quae septies putre- facta purgata sit , perhibet amplius non putrescere. Nam cisternas etiam medici confitentur inutiles, alvo duritias facientes , faucibusque : etiam limi non aliis inesse plus , aut animalium quae faciunt tdium, confitendum habent. Nec statim amnium utilissimas esse, sicuti nec torren- tium ullius, lacusque plurimos slubres maxime. Quae- dam igitur et hujus generis aptissimae ali alibi. Par- thorum reges ex Choaspe et Eulaeo tantum bibunt : et eae quamvis in longinqua comitatur illos. Et horum pla- cere potum , non quia sint amnes , apparet : quoniam nec e Tigri , nec Euphrate , nec e multis aliis bibunt. De vitiis aquarum. XXII. Limus aquarum vitium est : si tamen idem amnis anguillis scateat, salubritatis indicium habetur : sicuti frigoris , tineas in fonte gigni. Ante omnia autem damnantur amarae : et quae, quum sorbentur, statim implent : quod evenit Trzene. Nam nitrosas atque salmacidas in desertis Rubrum mare petentes, addita polenta, utiles intra duas horas faciunt, ipsaque vescun- tur polenta. Damnantur in primis fontes, qui cnum un HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i 7 5 ont de l'affinit avec celles de la neige. On sait que l'eau de pluie se gte trs-vite, et plus vite encore quand on est en mer. pigne prtend que l'eau qui , sept fois corrompue , a t sept fois rtablie dans son tat primi- tif, est inaccesible dsormais la corruption. Du reste, les mdecins regardent l'eau de citerne comme mal- saine ; elle cause , disent-ils , des maux de gorge , et rend le ventre dur. C'est, de toutes les eaux, celle qui porte avec elle le plus de vase et d'animaux dgotans. Celle des torrens ne vaut gure mieux ; celle des rivires n'est pas excellente, immdiatement aprs l'avoir puise. Plusieurs lacs en ont de parfaite. Il est certaines eaux regardes comme admirables. Ainsi, les rois des Parthes ne boivent que celles du Choaspe et de l'Eule; ils en font porter avec eux, mme dans leurs plus longs voyages. Cependant, cette prfrence n'est point fonde sur ce que c'est de l'eau de rivire; car jamais ils ne boivent celle du Tigre, ou de l'Euphrate, ou des autres fleuves qu'ils ont en grand nombre. Vices des eaux. XXII. La vase est le dfaut commun toutes les eaux; cependant, si dans cette vase se trouvent beau- coup d'anguilles, on en conclut que l'eau est salubre; elle est froide, dit-on, si elle contient beaucoup de tignes. On rprouve surtout les eaux amres; celles qui gonflent l'estomac ds qu'on les a bues , comme celles de Trzne. Les eaux nitreuses, ainsi que les eauxacido- salines, qu'on rencontre dans les dserts des environs de la mer Rouge, deviennent potables au bout de deux heures , en y jetant de la farine de froment , qui , peut 176 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. faciunt, quique malum colorem bibentibus : refert et si vasa rea infciunt , aut si legumina tarde percoquunt , si liquatae leniter terram relinquunt , decoctaeque crassis obducunt vasa crustis. Est etiamnum vitium non ftid modo, verum omnino quidquam resipientis, jucundum sit illud licet gratumque, et ut sa?pe, ad viciniam lactis accedens. Aquam salubrem aeri quam simillimam esse oportet. Unus in toto orbe traditur fons aquae jucunde olentis in Mesopotamia , Chabura. Fabula? rationem ad- ferunt, quoniam eo Juno perfusa sit. De cetero aquarum salubrium sapor odorve nullus esse dbet. Probatio aquarum. XXIII. Quidam statera judicant de salubritate, fru- strante diligentia, quando perrarum est, ut levior sit aliqua. Certior subtilitas, in ter pares meliorem esse, quae calefiat refrigereturque celerius. Quin et haustam vasis , ne manus pendeant, depositisque in humum, tepescere adfirmant. Ex quonam ergo gnre maxime probabilis continget? Puteis nimirum, ut in oppidis constare video : sed his , quibus exercitationis ratio crebro haustu con- tingit, et illa tenuitas colante terra. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 177 ensuite servir d'aliment. De mme, on rejette bien loin les eaux bourbeuses, et qui donnnent mauvaise couleur ceux qui en boivent. On doit aussi examiner si l'eau tacbe les vaisseaux de cuivre, si les lgumes y cuisent difficilement, si, filtres doucement, elles dposent des sdimens; si , quand elles bouillent, elles couvrent l'in- trieur du vase d'une crote paisse. On reproche aussi l'eau, non-seulement l'odeur ftide, mais toute espce d'odeur, le liquide ft-il de saveur douce et agrable, assez semblable celle du lait, ce qui arrive souvent. Une eau saine ressemble exactement l'air. On ne cite, dans le monde entier, qu'une seule fontaine ayant des eaux la fois saines et odorantes : c'est celle de Chabura, en Msopotamie; la fable en attribue la cause aux bains qu'y prit Junon. Enfin , une eau saine ne doit avoir ni saveur ni odeur. Examen des eaux. XXIII. Quelques personnes jugent de la salubrit de l'eau, en la pesant ; vaine exactitude , car rarement l'eau offre des diffrences de pesanteur. La mieux fonde de ces expriences est celle qui proclame de meilleure qua- lit, l'eau qui chauffe et qui se refroidit le plus prompte- ment. On peut mme prendre de l'eau dans un vase et le poser immdiatement terre, sans le tenir avec les mains ; la bonne eau, dit-on, devra tidir aussitt. En consquence, quelle est de toutes les eaux la meilleure? C'est l'eau de puits dont l'usage est gnrale dans les villes, mais de ces puits qui ne reposent jamais , et o l'eau, puise sans cesse, s'attnue et s'pure dans la terre qui la filtre. xvm. 12 178 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XXXI. Salubritati haec satis sunt. Frigori et opacitas necessa- ria , utque caelum videant. Super omnia observatio una , eadem et ad perennitatem pertinet, ut illa e vado exsi- liat vena, non e lateribus. Nam ut tactu gelida sit, etiam arte contingit : si etiam expressa in altum , aut e sublimi dejecta , verberatu corripiat ara. In natando quidem spiritum continentibus frigidior sentitur eadem. Neronis principis inventum est, decoquere aquam, vitrque de- missam in nives refrigerare. Ita voluptas frigoris con- tingit sine vitiis nivis. Omnem utique decoctam utiliorem esse convenit : item calefactam magis refrigerari , subti- lissimo invento. Vitiosae aquae remedium est, si decoqua- tur ad dimidias partes. Aqua frigida ingesta sistitur san- guis. iEstus in balineis arcetur, si quis ore teneat. Quae sunt haustu frigidissimae , non perinde et tactu esse , al- ternante hoc bono , multi familiari exemplo colligunt. De aqua Marcia. XXIV. Clarissima aquarum omnium in toto orbe , frigoris salubritatisque palma prconio Urbis, Marcia est , inter reliqua deum munere Urbi tributa. Vocabatur haec quondam Aufeia, fons autem ipse Pitonia. Oritur in ultimis montibus Pelignorum : transit Marsos et Fu- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 179 Relativement la salubrit, c'en est assez; quant leur fracheur, il faut qu'elles soient abrites de la lumire, et pourtant qu'elles aient de l'air. On doit surtout observer que, pour avoir des eaux vives , permanentes , la veine d'eau doit partir du milieu de la nappe , et non des cts du puits. L'art peut rendre l'eau trs-froide au tact, en lui faisant frapper l'air, soit par un jaillissement qui l'lve certaine hauteur, soit qu'elle tombe de quel- que lieu lev. Le nageur mme qui retient son haleine, sent l'eau plus froide. C'est Nron qui a imagin de faire bouillir de l'eau, et de la mettre ensuite dans du verre, pour la rafrachir dans la neige; par-l, on a l'agrment de boire frais, sans redouter les inconvniens de l'eau de neige. L'eau bouillie est incontestablement la meil- leure; de plus, chauffe, elle se prte mieux au refroi- dissement, si ingnieusement dcouvert par le prince. Le vrai moyen de corriger l'eau malsaine, est de faire bouillir jusqu' rduction de moiti. On arrte l'hmor- rhagie nasale , en jetant de l'eau froide au visage. On sent moins la haute chaleur du bain , en tenant de l'eau froide dans sa bouche. L'eau la plus frache boire , n'est pas toujours la plus froide au toucher; cette qualit varie selon l'occasion, et cette exprience est connue de tout le monde. De l'eau Marcia. XXIV. De toutes les eaux du monde, la plus clbre par sa fracheur et ses effets salutaires, est l'eau Mar- cia , que la bienveillance des dieux a donne Rome avec tant d'autres avantages. Jadis cette eau se nommait Aufienne ; Pitonia tait celui de la source. Celle-ci se trouve l'extrmit de la chane qui hrisse la P- 12. 8o C. PLINII HLST. NAT. LIB. XXXI. cinum lacum, Romain non dubie petens. Mox in specus mersa, in Tiburtina se aperit novem millibus pass. for- nicibus structis perducta. Primus eam in Urbem du- cere auspicatus est Ancus Marcius , unus e regibus. Postea Q. Marcius Rex in praetura. Rursusque restituit M. Agrippa. De aqua Virgine. XXV. Idem et Virginem adduxit ab octavi lapidis di- verticulo duobus millibus pass. praenestina via. Juxta est Herculaneus rivus , quem refugiens Virginis nomen obti- nuit. Horum amnium comparatione , differentia supra dicta deprehenditur, quum quantum Virgo tactu, tantum praestet Marcia haustu. Quamquam utriusque jam pridem Urbi periit voluptas, ambitione avaritiaque in villas ac suburbana detorquentibus publicam salutem. Aquas inveniendi ratio. XXVI. Non ab re sit, qurendi aquas junxisse ra- tionem. Reperiuntur in convallibus maxime, et quodam convexitatis cardine, aut montium radicibus. Multi sep- temtrionales ubique partes aquosas existimavere. Qua in re varietatem naturae aperuisse conveniat. In Hyrcanis montibus a meridiarto latere non pluit. Ideo silvigeri HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 181 lignie. L'eau traverse le territoire des Marses et le lac Fucin, tendant, on le voit, directement Rome; bien- tt elle se perd , puis reparat dans les terres de Tibur , d'o un aqueduc de neuf milles la conduit Rome. C'est Ancus Marcius , un de nos rois, qui le premier en- treprit d'en faire jouir la ville de Rome. Quintus Marcius Rex, dans sa prture, rtablit les conduits; Agrippa dans la suite en fit autant. De l'eau Vierge. XXV. C'est encore Agrippa qui fit conduire Rome l'eau Vierge, depuis le chemin de traverse, dont l'em- branchement a lieu la huitime borne ; l'espace ainsi parcouru sur la route de Prneste est de deux milles. Prs de cette fontaine est le ruisseau d'Hercule , que cette eau semble fuir : de l son nom d'eau Vierge. Compares l'une l'autre, l'eau Vierge est aussi froide au tact que l'eau Marcia Test dans la bouche. Du reste , Rome a depuis long-temps perdu l'avantage de ces deux cours d'eau , que l'ambition et l'avarice de quelques hommes a dtourns dans leurs maisons de la ville et des faubourgs, au dtriment de la sant publique. Comment on trouve l'eau. XXVI. Il est propos d'indiquer ici comment on procde la recherche des eaux. C'est surtout dans les valles qu'on les trouve, soit au point d'intersection des pentes diverses, soit aux pieds des montagnes. Reau- coup d'auteurs veulent que toute pente expose au nord fournisse des eaux ; sur quoi exposons des particula- rits naturelles remarquables. Dans la chane des monts i8a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Aquilonis tantum parte sunt. At Olympus , Ossa , Par- nassus, Apenninus, Alpes, undique vestiuntur, amni- busque perfunduntur. Aliqui ab Austro, sicut in Creta Albi montes. Nihil ergo in his perptua? observationis judicabitur. Signa aquarum. XXVII. Aquarum sunt notae , juncus , aut arundo , aut herba, de qua dictum est : multumque alicui loco pectore incubans rana. Salix enim erratica, et alnus, aut vitex , aut arundo , aut edera spontc proveniunt , et corrivatione aquae pluvia? in locum humiliorem e supe- rioribus defluentis , augurio fallaci. Certior multo nebu- losa exhalatio est, an te ortum solis longius intuentibus : quod ex edito quidam speculantur, proni terram mento attingente. Est et peculiaris stimatio peritis tantum nota, quam ferventissimo stu sequuntur, dieique horis ardentissimis , qualis ex quoque loco repercussus splen- deat. Nam si terra sitiente humidior est ille, indubitata spes promittitur. Sed tanta intentione oculorum opus est, ut indolescant; quod fugientes ad alia exprimenta decurrunt, loco in altitudinem pedum quinque defosso, ollisque e figlino opre crudis , aut peruncta pelvi aerea cooperto , lucernaque ardente concamerata frondibus r HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 18? d'Hyrcanie, il ne pleut point sur le ct qui descend au midi; aussi, n'est-ce que la partie nord qui se couronne de forts. L'Olympe, l'Ossa, le Parnasse, l'Apennin, les Alpes offrent de tous cts des forts et des eaux. Cer- taines montagnes, par exemple les monts Blancs, en Crte, ne sont arross qu'au midi. Il n'y a donc, dans ces observations , rien qu'on puisse gnraliser. Signes auxquels on reconnat l'existence des eaux. XXVII. Les indices naturels de l'eau sont le jonc, les roseaux ou l'herbe ci-dessus nomme, et surtout ces grenouilles qu'on trouve poses sur le ventre. Le saule erratique, l'aune, le vitex, le roseau terrestre, le lierre, tantt viennent spontanment , tantt ne sont arross que par des pluies qui tombent des lieux hauts dans les fonds : aussi , ne donnent-ils souvent que des indices trompeurs. Une marque moins problmatique , c'est cette exhalaison nbuleuse, qui se fait voir de loin avant le lever du soleil, et que quelques personnes observent d'un lieu lev , couches sur le ventre , et le menton appliqu sur le sol. Les experts seuls connaissent un autre mode d'apprciation, qui consiste remarquer, au fort de l't et aux heures les plus brlantes de la journe, quel est le lieu o les rayons du soleil sont le plus vivement rflchis. Si, malgr la scheresse, un lieu semblable se trouve humide , on peut en conclure la prsence de l'eau ; mais la vue doit tre alors tendue si fortement, qu'on souffre des yeux. Pour viter cet inconvnient, on a donc recours d'autres preuves : on creuse la terre une profondeur de cinq pieds, on recouvre le trou d'un pot de terre crue ou d'un bassin i84 C. PLINII HIST. NAT. LIE. XXXI. dein terra, si figlinum humidum ruptumve, aut in re sudor, vel lucerna sine defectu olei restincta, aut etiam vellus lanae madidum reperiatur, non dubie promittunt aquas. Quidam et ign prius excoquunt locum, tanto efficaciore vasorum argumento. Differentiae aquarum per gnera terras. XXVIII. Terra vero ipsa promittit candicantibus raa- culis, aut tota glauci coloris. In nigra enim scaturigines non fere sunt perennes. Figularis creta semper adimit spes. Nec amplius puteum fodiunt, coria terrae obser- vantes , ut a nigra descendat ordo supra dictus. Aqua semper dulcis in argillosa terra, frigidior in tofo. Nam- que et hic probatur. Dulces enim levissimasque facit, et colando continet sordes. Sabulum exiles limosasque pro- mittit. Glarea incertas venas, sed boni saporis. Sabulum masculum, et arena, et carbunculus, certas stabilesque et salubres. Rubra saxa optimas , speique certissimae. Ra- dies montium saxosae , et silex , hoc amplius rigentes. Oportet autem fodientibus humidiores adsidue respon- dere glebas , faciliusque ferramenta descendere. Depressis puteis sulphurata vel aluminosa occurrentia putearios necant. Experimentum hujus periculi est demissa ardens lucerna, si extinguatur. Tune secundum puteum dextra ac sinistra fodiunt aestuaria, quae graviorem illum hali- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. i85 de cuivre frott d'huile; par dessus, on met une lampe allume, qu'on renferme dans une niche de feuillage. Si l'on trouve le pot de terre humide ou fl , le vase de cuivre mouill, la lampe teinte, sans que l'huile ait manqu, ou la mche trempe, ce sont autant d'indices d'eau. Quelques-uns allument un grand feu sur la place, ce qui rend l'exprience encore plus dcisive. Diffrences des eaux selon les espces de terrain. XXVIII. La terre indique la prsence des eaux, quand elle est seme de taches soit blanches soit vertes. Rare- ment des eaux vives et permanentes ruissellent sur une terre noire ; la terre potier enlve toute esprance d'en trouver. Ceux qui font les puits cessent de creuser, lorsque, en observant les diverses couches qui sont comme les pellicules de la terre , ils arrivent de la terre noire la verte. L'eau des terres argileuses est toujours douce; elle est plus froide dans le tuf, d'ailleurs excel- lent, puisqu'il donne la lgret et la puret l'eau qu'il filtre, et dont il retient les immondices. Dans le sable, l'eau est en petite quantit et fangeuse. Le gravier ne donne que des veines peu sres; en revanche, elles sont d'un got excellent; le sable mle, le sablon , le tuf dur, contiennent toujours des eaux permanentes et salubres. Les rocs du pied des montagnes, et le silex, annoncent des eaux extrmement fraches; mais il faut, qu'en fouil- lant le terrain, on rencontre des couches de plus en plus humides, et o le fer enfonce avec plus de facilit. Les puits profonds exhalent quelquefois des vapeurs alumi- neuses et sulfureuses qui tuent les pionniers : on constate le danger , en descendant au fond du puits une lampe 186 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. tum recipiant. Fit et sine his vitiis altitudine ipsa gra- vior aer, quem emendant adsiduo linteorum jactatu even- tilando. Quum ad aquam ventum est, sine arenato opus surgit, ne venae obstruantur. Quaedam aquae vere statim incipiente frigidiores sunt , quarum non in alto origo est : hibernis enim constant imbribus : qudam Canis ortu , sicut in Macedoniae Pella utrumque. Ante oppi- dum enim incipiente state, frigida est palustris : dein maximo aestu in excelsioribus oppidi riget. Hoc et in Chio evenit , simili ratione portus et oppidi. Athenis Enneacrunos nhnbosa state frigidior est, quam puteus in Jovis horto. At ille siccitatibus riget : maxime autem putei circa Arcturum. 4- Non ipsa state deficiunt, omnesque quatriduo eo subsidunt. Jam vero multi hieme tota : ut circa Olym- pum, vere primum aquis redeuntibus. In Sicilia quidem circa Messanam et Mylas hieme in totum inarescunt fontes : aestate exundant , amnemque faciunt. Apolloni in Ponto fons juxta mare state tantum superfluit, et maxime circa Canis ortum : parcius, si frigidior sit stas. Qudam terr imbribus sicciores fiunt, velut in nar- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 187 allume, qui s'teint s'il y a pril; dans ce cas on creuse droite et gauche le long du puits des soupiraux , pour faire passer ces exhalaisons ; d'ailleurs , la profon- deur seule rend l'air malsain , et on l'agite continuelle- ment, pour le corriger, avec des ventilateurs de linge; quand on arrive l'eau, on lve l'ouvrage sans ciment, afin que le liquide passe en libert. Certaines eaux, qui ont leur source de faibles lvations , se trouvent froides au commencement du printemps, parce qu'elles sont entretenues par des pluies d'hiver; d'autres le sont au lever de la Canicule. Une source de Pella , en Mac- doine, runit les deux circonstances : peine l't com- mence, que l'eau d'un marais voisin de la ville est froide; et, l'poque des plus fortes chaleurs, dans la partie haute de Pella, elle est presque glace. Mme phno- mne Chio dans les eaux du port et dans celles de la ville. La fontaine athnienne dite Ennacrunos , est plus froide en t que le puits du jardin de Jupiter; ce mme puits donne de l'eau trs-froide , l'poque de la sche- resse. Les puits ordinaires sont frais, surtout vers l'ap- parition de l'Arcture. 4. C'est aussi aux quatre jours de cette poque, et non l't entier, qu'ils sont sec. Il est des puits qui restent sans eau l'hiver entier, et qui se remplissent ds le commencement du printemps; c'est ce que l'on voit dans les environs de l'Olympe, en Sicile, auprs de Messne et de Myle : les fontaines tarissent entirement pendant l'hiver; l't, elles dbordent, et forment des rivires. A Apollonie, dans le Pont, est une source qui ne coule que l't, notamment l'poque de la Canicule. Si l't est froid, l'eau est moins abondante. Il est des terres plus sches l'poque des pluies, par 188 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. niensi agro : quod Admirandis suis inseruit M. Cicero , siccitate lutum fieri prodens, imbre pulverem. Ratio aquaruru per tempora anni. XXIX. Omnis aqua hieme dulcior, aestate autem mi- nus , autumno minime : minusque per siccitates. TNeque qualis amnium plerumque gustus est, magna alvei diffe- rentia. Quippe taies sunt aquae, qualis terra per quam fluunt, qualesque herbarum, quas lavant, succi. Ergo iidem amnes parte aliqua reperiuntur insalubres. Mutant saporem et influentes rivi , ut Borysthenem , victique diluuntur. Aliqui vero et imbre mutantur. Ter accidit in Bosporo, ut saisi dcidrent, necarentque frumenta : to- ties et Nili rigua pluviae amara fecere , magna pestilentia ^gypti. Aquarum subito nascentium aut desinentium observatio historica. XXX. Nascuntur fontes decisis plerumque silvis , quos arborum alimenta consumebant : sicut in Hmo obsi- dente Gallos Cassandro, quum valli gratia silvas ceci- dissent. Plerumque vero damnosi torrentes corrivantur detracta collibus silva, continere nimbos ac digerere con- sueta. Et coli moverique terram , callumque summae HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 189 exemple dans le territoire de Narnie, ce que Cicron a mis dans son livre des Singularits , en disant qua Narnie on voit de la boue, s'il fait sec; de la poussire, s'il tombe de la pluie. Comment l'eau se comporte selon les saisons. XXIX. Toutes les eaux sont plus douces en hiver, plus acres en t, et plus acres encore en automne; la scheresse surtout ajoute cette mauvaise qualit. Les eaux fluviales, non plus, n'ont pas toujours la mme saveur ; car les lits qu'elles occupent diffrent. L'eau effec- tivement contracte les qualits de la terre qu'elle arrose, et s'imprgne des sucs des herbes qu'elle nourrit ; ainsi , la mme rivire, salubre dans une partie de son cours, sera malsaine dans l'autre. Les affluens en changent aussi la saveur (par exemple dans le Borysthne), et se dlaient dans l'eau du fleuve vainqueur. Il est des eaux que la pluie fait varier : le Bosphore en a trois fois offert l'exem- ple; trois fois les pluies sales, tombes dans ses flots, les ont rendues funestes aux bls; trois fois, les pluies ont donne l'eau du Nil une amertume qui a caus la peste en Egypte. Observations historiques d'eaux qui naissent ou qui tarissent instantanment. XXX. Souvent, quand on abat des forts, on voit jaillir des eaux que les arbres employaient entirement leur alimentation ; c'est ce qui arriva sur le mont Hmus, lorsque Cassandre , assigeant les Gaulois, fit abattre les forts pour construire un retranchement. Souvent des torrens dvastateurs se forment par la ru- nion des eaux sur les collines dpouilles de leurs arbres, 190 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. cutis solvi , aquarum interest. Proditur certe in Creta expugnato oppido , quod vocabatur Arcadia , cessasse fontes , amnesque qui in eo situ multi erant : rursus con- dito post sex annos emersisse , uti quaeque coepissent partes coli. 5. Terrae quoque motus profundunt, sorbentque aquas : sicut circa Pheneum Arcadiae quinquies accidisse constat. Sic et in Coryco monte amnis erupit, posteaque cptus est coli. 111a mutatio mira, ubi causa nulla evidens ap- paret : sicut in Magnesia calidas factas frigidas, salis non mutato sapore. Et in Caria , ubi Neptuni templum est, amnis qui fuerat ante dulcis, mutatus in salem est. Et illa miraculi plena, Arethusam Syracusis fimum re- dolere per Olympia : verique simile, quoniam Alpheus in eam insulam sub ima maria permeet. Rhodiorum fons in Chersoneso nono anno purgamenta egerit. Mutantur et colores aquarum : sicut Babylone lacus aestate rubras habet diebus xi. Et Borysthenes aestatis temporibus cae- ruleus fertur, quamquam omnium aquarum tenuissi- mus : ideoque innatans Hypani. In quo et illud mira- bile , Austris flantibus superiorem Hypanim fieri. Sed tenuitatis argumentum et aliud est, quod nullum hali- tum, non modo nebulam emittat. Qui volunt diligentes circa hoc videri , dicunt aquas graviores post brumam fieri. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 19 1 dont la pointe retenait ou divisait les nuages. Il est im- portant, pour avoir de l'eau, de cultiver et d'ameublir la terre, et de dtruire les calus que la scheresse forme sa superficie. La ville d'Arcadie, en Crte, ayant t rase , les sources et les rivires nombreuses des en- virons disparurent aussitt ; la ville ayant t recon- struite au bout de six ans, les eaux revinrent mesure que l'on cultivait le terrain. 5. Les tremblemens de terre font souvent jaillir ou tarir des eaux; cinq fois le fait a eu lieu dans les cantons riverains du Phne, en Arcadie ; de mme, du milieu du mont Corycus, s'lana une rivire dont, plus tard, la charrue sillonna le lit. Ces rvolutions surprennent surtout, quand nulle cause apparente ne les prcde; par exemple , en Magnsie, des eaux thermales devinrent froides, sans perdre leur saveur saline. Prs du temple de Neptune, en Carie, est une source qui, douce jadis, est devenue sale. La fontaine d'Arthuse, Syracuse , a, au temps des jeux Olympiques, un got de fumier, ce que l'on explique par sa jonction avec l'Alphe, qui va jusqu' cette le, en roulant sous le lit des mers. La source Rhodienne, en Chersonse, rejette, de neuf en neuf ans, toutes les impurets qu'elle contient; l'eau change aussi de couleur. Ainsi, un lac de la Babylonie a, onze jours de suite, des eaux rouges. Le Borysthne, en t, est bleu , quoique son onde soit minemment lgre, et surnage alors sur celle de l'Hypanis. Mais , chose merveilleuse, si l'Auster souffle, l'Hypanis surnage son tour. Une autre preuve de la lgret des eaux du premier, c'est qu'elles n'exhalent ni vapeurs ni brouil- lards. Les auteurs qui se piquent d'exactitude disent qu'aprs le solstice d'hiver elles sont plus lourdes. 192 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Ratio aquae ducendae. XXXI. 6. Ceterum a fonte duci fictilibus tubis uti- lissimum est crassitudine binum digitorum, commissuris pyxidatis , ita ut superior intret , calce viva ex oleo laevi- gatis. Libramentum aquae in centenos pedes siciliei mi- nimum erit : si cuniculo veniet, in binos actus lumina esse debebunt. Quam surgere in sublime opus fuerit , e plumbo veniat. Subit altitudinem exortus sui. Si longiore tractu veniet, subeat crebro descendatque , ne libramenta pereant. Fistulas denum pedum longitudinis esse legiti- mum est : et, si quinariae erunt, sexagena pondo pen- dere : si octonariae, centena : si denari, centena vicena, ac deinde ad has portiones. Denari appellantur, cujus laminae latitudo , ante- quam curvetur, digitorum decem est, dimidioque ejus quinaria. In omni anfractu collis quinariam fieri , ubi dometur impetus , ncessarium est : item castella , prout res exiget. Quomodo medicatis utendum. XXXII. Homerum calidorum fontium mentionem non fecisse demiror, quum alioqui lavari calida frquenter induceret : videlicet quia medicina tune non erat haec , quae nunc aquarum perfugio utitur. Est autem utilis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 19 Comment on conduit l'eau. XXXI. 6. Le moyen le plus commode pour conduire l'eau d'une source, est d'avoir des tuyaux de terre de deux doigts de diamtre, embots les uns dans les autres, de sorte que le premier entre dans le second; l'ajustage est enduit de chaux vive, dtrempe dans l'huile. La pente sera au moins de trois lignes par cent pieds. Si le canal de conduite est en pierre, il faut mnager des soupiraux de deux en deux actes. Pour les jets d'eau , il faut des tuyaux de plomb ; la hauteur du jet est gale celle de la source. Si l'eau vient de loin , il faut sou- vent incliner le tube de plomb , pour ne rien perdre de la pente. Chaque tube doit avoir dix pieds de long ; s'ils ont cinq pouces, ils doivent peser soixante livres; huit pouces cent, dix pouces cent vingt, et ainsi de suite proportion nellement. On appelle tuyaux de dix pouces, ceux dont la lame, avant d'avoir pris la forme circulaire , a dix pouces de large; le tuyau de cinq pouces est celui dont la lame a cinq pouces; dans les anfractuosits des collines, on em- ploie ces derniers pour ralentir l'imptuosit de l'eau ; ils servent aussi pour les regards que les circonstances obligent de mnager. Comment on doit user des eaux minrales. XXXII. Je m'tonne du silence que garde Homre sur les eaux thermales, lui qui d'ailleurs parle continuelle- ment d'eau chaude propos des bains ; sans doute la mdecine n'avait pas alors, comme prsent, reconnu l'importance thrapeutique de ces eaux. Les sources sul- xvni. i3 i9'i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. sulphurata nervis, aluminata paralyticis, aut simili modo solutis : bituminata aut nitrosa, qualis cutilia, bibendo atque purgationibus. Plerique in gloria ducunt, plurimis horis perpeti calorem earum : quod est inimicissimum : namque paulo diutius , quam balineis , uti oportet , ac postea frigida dulcedine, nec sine oleo discedentes : quod vulgus alienum arbitratur, idcirco non alibi corporibus magis obnoxiis. Quippe et vastitate odoris capita replen- tur , et frigore infestantur sudantia , corporum parte mersa. Similis error, quam plurimo potu gloriantium. Vidique jam turgidos bibendo : in tantum ut anuli inte- gerentur cute , quum reddi non posset hausta multitudo aquae. Nec boc ergo fieri convenit sine crebro salis gustu. Utuntur et cno fontium ipsorum utiliter: sed ita, si illitum sole inarescat. Nec vero omnes quae sint calidae, medicatas esse credendum , sicut in Segesta Siciliae , La- rissa , Troade , Magnesia , Melo , Lipara. Nec decolor species ris argentive (ut multi existimavere) medica- minum argumentum est : quando niiil eorum in pata- vinis fontibus, ne odoris quidem differentia aliqua de- prehenditur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. lyS fureuses sont bonnes surtout pour les maladies des nerfs; les alumineuses, dans les paralysies et dans les affections analogues. Les bitumineuses, les nitreuses, comme l'eau de Cutilie, se prennent en breuvage et purgent. Nombre de malades se font un honneur de supporter, plusieurs heures durant, la chaleur de ces eaux, affectation per- nicieuse, car il n'y faut gure rester plus long-temps que dans le bain ; on a recours ensuite une lgre asper- sion d'eau froide, et on se fait frotter d'huile. Le vul- gaire regarde ces prcautions comme de surcrot , et c'est dans cette classe surtout que la sant souffre de cet oubli. Effectivement , la forte odeur des eaux porte la tte , et , tandis que le corps est plong dans l'eau thermale, les extrmits suprieures transpirent et sont saisies par le froid. Se piquer de boire beaucoup de ces eaux n'est pas moins abusif. J'ai vu des malades gonfler force de boire : leur peau tait tendue au point que celle des doigts recouvrait leurs anneaux , lorsqu'ils ne pouvaient rendre ce qu'ils avaient pris de trop. On ne boit pas mme beaucoup de cette eau , sans faire un frquent usage de sel. La boue mme des eaux thermales est d'un usage sa- lutaire; mais il faut qu'aprs s'en tre frott, on la laisse scher au soleih On ne doit pas regarder comme mdi- cinales toutes les eaux chaudes comme celles de Sgeste en Sicile, de Larisse, de la Troade, de la Magnsie, de Melos et de Lipara. Leur action sur le cuivre et l'ar- gent, dont elles changent la couleur, selon l'opinion com- mune , n'est pas une preuve de leur vertu mdicinale; les sources de Padoue n'offrent ni ce caractre, ni mme la moindre particularit, ne fut-ce que celle d'une odeur diffrente. i3. 196 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XXXI. Item marinis. Quid prosit navigatio. XXXIII. Medendi modus idem et in marinis erit, qu ralefiunt ad nervorum dolores, ferruminandas fracturas, ossaque contusa : item corpora siccanda , qua de causa et frigido mari utuntur. Prterea est alius usus multi- plex, principalis vero navigandi phthisi adfectis, ut dixi- mus , aut sanguinem exscreantibus : sicut proxime An- nseum Gallionem fecisse post consulatum meminimus. Neque enim iEgyptus propter se petitur, sed propter longinquitatem navigandi. Quin et vomitiones ips in- stabili volutatione commotae plurimis morbis capitis , oculorum , pectoris , inedentur : omnibusque , propter quee elleborum bibitur. Aquam vero maris per se effica- ciorem discutiendis tumoribus putant medici , si illa de- coquatur hordeacea farina ad parotidas. Emplastris etiam, maxime albis , et malagmatis miscent. Prodest et infusa crebro ictu. Bibitur quoque , quamvis non sine injuria stomachi , ad purganda corpora , bilemque atram , aut sanguinem concretum reddendum alterutra parte. Qui- dam et in quartanis dedere eam bibendam , et in te- nesmis articularibusque morbis adservatam , et in hoc vetustate virus deponentem. Aliqui decoctam , omnes ex alto haustam , nullaque dulcium mixtura corruptam , in quo usu praecedere vomitum volunt. Tune quoque acetum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 197 Eaux de mer. Utilit de la navigation. XXXIII. On use aussi en mdecine de l'eau de mer chauffe pour les maladies des nerfs, pour les plaies qu'il s'agit de runir, pour les contusions des os , enfin pour desscher l'eau des corps. On emploie au mme but les bains de mer froids. Que d'autres secours la mer prsente encore! En premire ligne figure la navi- gation , recommande, comme on l'a dit, aux phthisiques et ceux qui crachent le sang. Annus Gallion en fit , il y a peu de temps , l'exprience au sortir de son consulat. On ne va pas toujours en Egypte pour le pays mme, mais cause de la longueur de ce voyage sur mer. Les vomissemens que provoque le roulis du navire , gu- rissent mme diverses affections de la tte, des yeux, de la poitrine, et toutes celles pour lesquelles on prescrit l'ellbore. Seule, l'eau de mer, selon les mdecins, r- sout infailliblement les tumeurs; bouillie avec de la farine d'orge, elle dissipe les parotides. Elle entre dans les empltres, surtout dans les empltres blancs et dans les cataplasmes. Elle est bonne encore employe en douches; enfin , quoique nuisible l'estomac , on la prend int- rieurement comme purgatif, et pour se dbarrasser, par haut ou par bas , soit de la bile noire , soit du sang caill. Quelques mdecins l'administrent aussi en breuvage dans la fivre -quarte, dans les tnesmes , dans les maladies des articulations; mais alors elle a t conserve de longue main, et a dpouill, l'aide du temps, ses qualits malfaisantes : d'autres la font bouil- lir. Tous s'accordent exiger qu'elle ait t puise en pleine mer, que nulle substance douce ne l'ait altre, 198 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. aut vinum aqua miscent. Qui puram dedere, raphanos supermandi ex mulso aceto jubent , ut ad vomitiones re- vocent. Clysteribus quoque marinam infundunt tepe- factam. Testium quidem tumori fovendo non aliud prae- ferunt. Item pernionum vitio ante ulcra. Simili modo pruritibus, psoris, et lichenum curationi. Lendes quoque et tetra capitis animalia hac curantur : et liventia redu- cit eadem ad colorem. In quibus curationibus post ma- rinam aceto calido fovere plurimum prodest. Quin et ad ictus venenatos salutaris intelligitur, ut phalangiorum et scorpionum : et ptyade aspide respersis. Galida autem in his adsumitur. Suffitur eadem cum aceto capitis dolori- bus. Tormina quoque et choleram calida infusa clysteri- bus sedat. Difficilius perfrigescunt marina calefacti. Mam- mas sororiantes , praecordia , maciemque corporis piscinae maris corrigunt. Aurium gravitatem , capitis dolores , cum aceto ferventium vapor. Rubiginem ferro marinae celerrime exterunt. Pecorum quoque scabiem sanant, lanasque emolliunt. Quomodo marina aqua in mediterraneo fieri possit. XXXIV. Nec ignoro hc mediterraneis supervacua videri posse. Verum et hoc cura proyidit , inventa ratione qua sibi quisque aquam maris faceret. Illud in ea ratione mirum , si plus quam sextarius salis in quatuor aquse HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 199 et qu'on vomisse avant de la boire; alors encore y mle- t-on du vinaigre ou du vin. Si on veut la prendre pure , il faut manger ensuite des raiforts, avec du vinaigre miell, afin de rappeler le vomissement. L'eau de mer tide s'administre en clystre ; c'est de toutes les fomen- tations la meilleure, dit-on, pour l'enflure des testicules, pour les engelures sans crevasses , les dmangeaisons et les dartres. On tue aussi, par son emploi, les lendes, et toute la vermine de la tte. L'eau de mer rend aux parties livides de la peau leur couleur primitive. Dans tous ces cas, aprs la lotion, on fait bien de se bassiner avec du vinaigre chaud. L'eau de mer est probablement salutaire pour les piqres venimeuses, comme celles des phalanges et des scorpions, et contre le venin de l'aspic ptyade. Dans ces cas, on doit l'employer chaude. En fumigation avec du vinaigre , elle chasse les maux de tte; chaude, elle forme des lavemens qui dissipent les tranches et les coliques bilieuses. On. est plus de temps se refroidir aprs un bain d'eau de mer chaud , qu'a- prs tout autre bain la mme temprature. Les gon- flemens du sein, les maux d'entrailles, le marasme, cdent l'emploi de ces bains; la surdit, les maux de tte , la vapeur de cette mme eau , bouillie avec du vinaigre. Elle enlve promptement la rouille du fer, gurit la gale des moutons , et donne du moelleux leur laine. Comment on peut faire de l'eau de mer au milieu du continent. XXXIV. Ces prescriptions , je le sais , pourront pa- ratre inutiles des hommes qui n'habitent pas les bords de la mer; mais, pour eux , l'art a invent des moyens de fabriquer de l'eau marine. Un phnomne remar- aoo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. sextarios mergatur, vinci aquam, salemque non liquarL Cetero sextarius salis cum quatuor aquae sexlariis , sal- sissimi maris vim et naturam implet. Moderatissimum autem putant , supra dictam aquae mensuram octonis cyathis salis temperari , quoniam ita et nervos excalefa- ciat, et corpus non exasperet. Quomodo thalassomeli. XXXV. Inveteratur : et quod vocant thalassomeli, aequis portionibus maris, mellis, imbris ex alto : et ad hune usum advehunt , fictilique vase et picato condunt. Prodest ad purgationes maxime sine stomachi vexatione, et sapore grato et odore. Quomodo hydromeli. XXXVI. Hydromeli quoque ex imbre puro cum melle temperabatur quondam , quod daretur adpetentibus vini aegris, veluti innocentiore potu, damnatum jam multis annis , iisdera vitiis , quibus vinum , nec iisdem utili- tatibus. Remedium contm peregrinas aquas. XXXVII. Quia spe navigantes defectu aquae dulcis laborant , haec quoque subsidia demonstrabimus. Expansa circa navim vellera madescunt accepto halitu maris , quibus humor dulcis exprimitur. Item demissae reticulis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 201 de cette fabrication , c'est que , si l'on met plus d'un setier de sel dans quatre setiers d'eau , l'eau est trop faible , et ne peut plus dissoudre le sel. Au reste , cette proportion , d'un setier de sel sur quatre d'eau , donne celle-ci les proprits et le got de l'eau marine la plus sale. La dose la mieux mnage n'est, dans la mme quantit de liquide , que de huit cyathes de sel : le mlange alors chauffe les nerfs sans irriter le corps. Thalassomel. XXXV. Cette eau peut se garder ainsi que le thalas- somel, mlange d'eau de mer, de miel et d'eau pluviale, le tout par portions gales. On conserve et on transporte le thalassomel , dans des jarres de terre goudronnes. Purgatif excellent, il a l'avantage de ne pas fatiguer l'estomac, et d'tre agrable au got ainsi qu' l'odorat. Hydromel. XXXVI. On nommait autrefois hydromel, une com- position de miel et d'eau de pluie pure ; on la donnait au malade qui voulait du vin , comme une boisson moins dangereuse; mais il y a long-temps qu'on en a rprouv l'usage , comme offrant tous les inconvniens du vin , sans en avoir les avantages. Remde contre les eaux trangres. XXXVII. En mer, souvent on manque d'eau douce; disons comment on y supple. On tend autour du na- vire des toisons , qu'humecte bientt l'vaporation de la mer, et l'on en exprime de l'eau douce. On plonge aussi 202 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. in mare concavae e cera pila?, vel vasa inania obtura ta dulcem intra se colligunt humorem. Nam in terra ma- rina aqua argilla percolata dulcescit. Luxata corpora et hominum et quadrupedum, natando in cujus libeat ge- neris aqua, facillime in artus redeunt. Est et in metu peregrinantium , ut tentent valetudinem aquae ignotae : hoc cavent e balineis egressi statim frigidam suspectam liauriendo. Ex musco, medicinae vi. Medicinse ex arenis. XXXVIII. Muscus , qui in aqua fuerit , podagris illi- tus prodest : item oleo admixto , talorum dolori tumo- rique. Spuma aquae adfrictu verrucas tollit. Nec non arena litorum maris , praecipue tenuis et sole candens , in medicina est siccandis eorporibus coopertis hydropi- corum, aut rheumatismos sentientium. Et hactenus de aquis : nunc de aquatilibus. Ordiemur autem, ut in reliquis, a principalibus eorum, quae sunt sal et spongia. De salis generibus, et confecturis, et medicinis : observationes cciv. XXXIX. 7. Sal omnis aut fit, aut gignitur : utrumque pluribus modis , sed causa gemina , coacto humore , aut siccato. Siccatur in lacu tarentino aestivis solibus, to- tumque stagnum in salem abit, modicum ahoqui, alti- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. ao3 dans la mer, avec des filets, des boules de cire creuses l'intrieur, ou des vaisseaux de terre vides et bien bou- chs; ils ramassent dans leurs cavits de l'eau potable. C'est probablement que l'eau marine se filtre par l'ar- gile et s'adoucit. En nageant dans quelque eau que ce soit, hommes et quadrupdes se gurissent aisment des luxations. Les voyageurs qui redoutent de compromettre leur sant en buvant des eaux qui leur sont inconnues, doivent, au sortir du bain, avaler l'eau suspecte, pour en apprcier la qualit. Six remdes tirs de la mousse. Remdes fournis par le sable. XXXVIII. La mousse des eaux est utile comme Uni- ment dans la goutte-, avec de l'huile, elle remdie aux douleurs et aux enflures de talons. L'cume de l'eau en- lve les verrues qu'on en frotte. Le sable des grves, surtout s'il est fin et que le soleil l'ait fortement chauff, est bon pour desscher les hydropisies , lorsqu'on en couvre le corps des malades, et pour gurir les douleurs rhumatismales. Terminons ici l'article des eaux , et parlons de leurs habitans; nous commencerons, comme nous l'avons fait dans les autres parties de l'histoire naturelle, par ses productions principales : ce sont le sel et l'ponge. Des espces de sel ; manires de l'extraire , et remdes auxquels il donne lieu : ao/j observations. XXXIX. 7. Le sel est factice ou natif; tous deux se forment de plusieurs manires , mais toujours ils ont pour cause ou la condensation de l'humidit ou sa des- sication. Quand l'eau du lac de Tarente se trouve des- sche par le soleil d't, le marais, du reste peu pro- ao4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. tudine genua non exeedens. Item in Sicilia in lacu qui Cocanicus voeatur, et alio juxta Gelam. Horum extremi- tates tantum inareseunt, sicut in Pbrygia, Cappadocia, Aspendi, ubi largius coquitur, et usque ad mdium lacum. Aliud etiam in eo mirabile, quod tantumdem nocte sub- venit, quantum die auferas. Omnis est talis sal minutas, atque non gleba est. Aliud genus ex aquis maris sponte gignitur, spuma in extremis litoribus ac scopulis relicta. Hic omnis rore densatur : et est acrior qui in scopulis invenitur. Sunt etiamnum naturales differenti trs. Namque in Bactris duo lacus vasti, alter ad Scytbas versus, alter ad Arios , sale exstuant : sicut ad Citium in Cypro , et circa Memphin , extrahunt e lacu , dein sole siccant. Sed et summa fluminum densantur in salem , amne relique veluti sub gelu fluente , ut apud caspias portas , qu salis flumina appellantur. Item circa Mardos et Arme- nios. Prterea apud Bactros amnes Ochus et Oxus, ex adpositis montibus deferunt salis ramenta. Sunt et in Africa lacus , et quidem turbidi , salem ferentes. Ferunt quidem et calidi fontes , sicut Pagasi. Et hactenus ha- bent se gnera ex aquis sponte provenientia. Sunt et montes nativi salis, ut in Indis Oromenus, in quo lapicidinarum modo cditur renascens : majusque regum vectigal ex oo, quam ex auro est atque margaritis. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 2o5 fond, puisqu'on n'a de l'eau que jusqu'au genou , est tout entier chang en sel. En Sicile, le lac Cocanique, ainsi qu'un autre lac prs de Gela, prsente le mme phnomne; leurs extrmits seules se desschent. Mais , en Phrygie, en Cappadoce, Aspende, la dessiccation se fait plus en grand, et va presque au centre du lac. Un autre trait remarquable , c'est qu'il se forme la nuit autant de sel qu'on en a enlev le jour. Tout le sel de cette espce est en grain et non en bloc. Une autre espce de sel natif, form par les eaux de la mer, provient de l'cume qu'elle laisse l'extrmit de ses bords et sur les rochers. La rose le condense; ce- lui des rochers est plus acre que l'autre. Le sel natif est de trois espces. On trouve dans la Bactriane deux grands lacs, l'un voisin de la Scythie, l'autre de l'Ariane, qui jettent le sel gros bouillons. Prs de Citium, en Chypre, et aux environs de Mem- phis , on l'extrait d'un lac , aprs quoi on le sche au so- leil. La superficie des fleuves se condense quelquefois en sel , tandis que le reste de l'eau coule sous cette espce de glace : telles sont , prs des Portes Caspiennes, les eaux dites rivires de sel ; il en existe aussi chez les Mardes et dans l'Armnie. De plus, l'Ochus et l'Oxus, en Bactriane, charrient beaucoup de parcelles salines, tires des montagnes dont ils baignent le pied. On voit aussi en Afrique, des lacs dont l'eau trouble contient du sel: les eaux thermales, par exemple celles de Pagase, en fournissent de mme. Telles sont les varits de sel produites par les eaux. Il est aussi des montagnes qui donnent du sel natif; ainsi, aux Indes, l'Oromne prsente des bancs que l'on coupe comme la pierre dans les carrires, et qui aoS C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. EfFoditur et e terra, ut palam est, humore densato, in Cappadocia. Ibi quidem caeditur specularium lapidum modo. Pondus magnum glebis , quas micas vulgus ap- pellat. Gerrhis Arabiae oppido muros domosque massis salis faciunt, aqua ferruminantes. Invenit et juxta Pelu- sium Ptolemaeus rex , quum castra faceret. Quo exemplo postea inter iEgyptum et Arabiam, etiam squalentibus locis , cptus est inveniri , detractis arenis : qualiter et per Africae sitientia usque ad Ammonis oraculum. Is quidem crescens cum luna noctibus. Nam Cyrenaici tractus nobilitantur ammoniaco et ipso , quia sub are- nis inveniatur, appellato. Similis est colore alumini, quod schiston vocant, longis glebis, neque perlucidis, ingratus sapore , sed medicinae utilis. Probatur quam maxime perspicuus, rectis scissuris. Insigne de eo proditur, quod levissimus intra specus suos , in lucem universam prola- tus, vix credibili pondre ingravescat. Causa evidens, cuniculorum spiritu madido sic adjuvante molientes, ut adjuvant aquae. Adulteratur siculo , quem cocanicum appellavimus : necnon et cyprio mire simili. In Hispania quoque Citeriore Egelestae caeditur, glebis paene translucen- tibus, cui jam pridem palma a plerisque medicis inter omnia salis gnera perbibetur. Omnis locus in quo re- peritur sal , sterilis est , nihilque gignit : et in totum sponte nascens intra haec est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 207 renaissent mesure; les rois en tirent de plus gros re- venus que de l'or et des perles. La terre mme fournit un sel qui est le produit de l'humidit condense : tel est celui deCappadoce, qu'on coupe dans les salines, comme la pierre spculaire. A Gerrhe, ville d'Arabie, des murs, des maisons entires sont construites en blocs de sel , lis au moyen de l'eau. Ptolme en trouva aussi prs de Pluse , lorsqu'il y campa ; cet exemple , on en a d- couvert depuis dans des solitudes , entre l'Arabie et l'Egypte , au dessous des couches de sable. Les arides plaines de la Libye, entre l'Egypte et le temple d'Am- mon, en ont aussi; ce dernier crot la nuit avec la lune. La Cyrnaque est fameuse par son sel ammoniac , ainsi nomm par ce qu'il se trouve sous le sable ; il a la cou- leur de l'alun schiste et s'offre en longues aiguilles opaques de saveur dsagrable, mais utiles en mde- cine. On aime qu'il soit transparent , et qu'il se casse en ligne droite. Une singularit de ce sel, c'est que, trs-lger, dit-on, au lieu de sa formation, il prenne, ds qu'on l'expose au grand air, un poids incroyable. La raison en est claire : c'est que la vapeur humide des fouilles en facilite l'enlvement, comme l'eau le faci- literait. On falsifie le sel ammoniac en y mlangeant le sel cocanique de Sicile, ou bien du sel de Chypre, qui a beaucoup de ressemblance avec lui. Dans l'Es- pagne Citrieure, Egeleste, on exploite un sel qui s'offre par blocs presque diaphanes , et que les mdecins regardent presque tous comme la premire espce de sel. Tout lieu o l'on trouve du sel , est strile et inca- pable de produire. Voil tout ce que l'on connat de sels natifs. ao8 C. PLINII HIST. NT. LIB. XXXI. Factitii varia gnera. Vulgaris plurimusque in salinis , mari adfuso , non sine aquae dulcis riguis , sed imbre maxime juvante , ac super omnia sole multo , non aliter inarescens. Africa circa Uticam construit acervos salis ad collium speciem : qui ubi sole lunaque induruere, nullo humore liquescunt, vixque etiam ferro caeduntur. Fit ta- men et in Creta sine riguis , in satinas mare infunden- tibus : et circa iEgyptum , ipso mari influente in solum (ut credo) Nilo succosum. Fit et e puteis in salinas in- gestis. Prima densatio Babylone in bitumen liquidum cogitur, oleo simile, quo et in lucernis utuntur : hoc detracto subest sal. Et in Cappadocia e puteis ac fonte aquam in salinas ingerunt. In Ghaonia excoquunt aquam ex fonte , refrigerandoque salem faciunt inertem , nec candidum. Galliae Germaniaeque ardentibus lignis aquam salsam infundunt. De muria. XL. Hispaniae quadam sui parte e puteis hauriunt, muriam appellant : et illi quidem etiam lignum referre arbitrai! tur. Quercus optima, ut quae per se cinere sin- cero vim salis reddat : alibi corylus laudatur : ita infuso liquore salso carbo etiam in salem vertitur. Quicumque ligno confit sal , niger est. Apud Theophrastum invenio , Umbros arundinis et junei cinerem deeoquere aqua so- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 209 Il est aussi plusieurs espces de sel factice. Le plus commun, le plus abondant, se fait dans des salines qui reoivent les eaux de la mer, auxquelles se mlent des courans d'eau douce , et surtout celle des pluies. Le sel ne peut scher qu' l'aide de la chaleur solaire. En Afrique, aux environs d'Utique, on forme des tas de sel qui ont l'aspect de petites collines, et qui , durcis par le soleil et la lune, ne se fondent plus l'eau ; peine mme le fer les entame-t-il. En Crte, on fait du sel sans recourir l'eau douce : la mer seule entre dans les salines. Le sel d'Egypte est une production de la mer qui se rpand sur le sol , dj nourri, je crois , du nitre que le Nil y dpose. On en fait aussi avec de l'eau de puits amene dans les salines. A Babylone, le produit primitif de la condensation est un bitume liquide, d'aspect hui- leux , en usage pour les lampes ; ce bitume enlev , on trouve le sel. En Cappadoce , on introduit de mme de l'eau de puits et de l'eau de fontaine dans les salines. En Chaonie, on fait bouillir de l'eau de fontaine qui , par le refroidissement , dpose un sel gris et sans force. Dans les Gaules et en Germanie, en jette de l'eau sale sur des bois enflamms. Saumure. XL. Dans une partie de l'Espagne, on tire des puits de l'eau sale que l'on nomme saumure, et l'on croit que, verse sur le bois , elle se charge d'un surcrot de sel. C'est le chne qu'on prfre pour cette fabrication , vu que sa cendre a par elle-mme le got du sel. Ailleurs on vante le coudrier. L'affusion de l'eau sale sur le bois, transforme en sel le charbon mme; du reste, tout sel de bois est noir. On lit dans Thophraste, que les xvii 1. i4 ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. litos , donec exiguum superesset humoris. Quin et e maria salsamentorum recoquitur, iterumque consumpto liquore ad naturam suam redit : vulgo e maenis jucun- dissimus. De salis auctoritate, historica cxx. XLI. Marinorum maxime laudatur cyprius a Sala- mine : de stagnis tarentinus , ac phrygius , qui tattaeus vocatur. Hi duo oculis utiles. A Cappadocia vero, qui in laterculis adfertur, cutis nitorem dicitur facere. Magis tamen extendit is , quem citieum appellavimus. Itaque a partu ventrem eo cum melanthio illinunt. Salsissimus sal qui siccissimus : suavissimus omnium tarentinus atque candidissimus : et de cetero fragilis , qui maxime candi- dus. Pluvia dulcescit omnis. Suaviorem tamen rores fa- ciunt : sed copiosum Aquilonis flatus. Austro non nasci- tur. Flos salis non fit , nisi aquilonibus. In ign nec crpitt, nec exsilit tragasaeus, neque acanthius ab op- pido appellatus : nec ullius spuma, aut ramentum , aut tenuis. Agrigentinus ignium patiens, ex aqua exsilit. Sunt et colorum differentiae. Ruber Memphi, rufus est circa Oxum : Centuripis purpureus. Circa Gelam in eadem Sicilia tanti splendoris, ut imaginem recipiat. In Cappa- docia croceus effoditur, translucidus et odoratissimus. Ad mcdicinae usus, antiqui tarent in uni maxime laudabant. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. an Ombres font bouillir dans l'eau des cendres de jonc et de roseau , jusqu' ce qu'il ne reste presque plus de li- quide. On recuit aussi la saumure de viande sale, et, quand l'eau entire s'est vapore, le sel reprend sa forme. Le meilleur est celui que rend l'anchois. Diverses qualits de sel; observations historiques, 120. XLL Des sels marins, le plus estim est celui de l'le deCypre; on le tire de Salamine. Les premiers des sels de marais, sont ceux de Tarente et de Phrygie. On appelle ce dernier sel de Tatta; tous deux sont bons pour les yeux. Celui qu'on apporte de la Cappadoce, en tablettes , donne de l'clat la peau ; le sel de Citium , mentionn plus haut, la rend lisse : aussi en frotte-t-on le ventre aux femmes qui viennent d'accoucher; on le mle alors au melanthium. Plus le sel est sec, plus il sale. Le plus agrable au got est le sel de Tarente, et surtout le blanc; le plus blanc, d'ailleurs, est extrmement friable. La pluie rend tous les sels plus fades. L'Aquilon les fait natre en plus grande abondance; l'Auster en empche la production. La fleur de sel ne se forme que par l'Aqui- lon. Le sel de Tragase, ainsi que celui d'Acanthe, ne p- tille pas, ne saute pas lorsqu'on le jette au feu; il en est de mme de l'cume et des raclures du sel , ainsi que du sel grains trs-fins. Celui d'Agrigente reste dans le feu , et ptille dans l'eau. Le sel n'a pas toujours la mme couleur: rouge Memphis, roux sur les bords de l'Oxus, il a les nuances de la pourpre Centuripes ; Gela, en Sicile, son clat est tel, qu'il rflchit les images des objets. On exploite en Cappadoce un sel translucide et trs-odorant, qui est jaune comme le safran. On vantait 1/4. ii2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Ab hoc quemcumque e marinis : ex eo gnre, spumeum praecipue. Jumentorum vero et boum oculis, tragasaeum et baeticum. Ad obsonium et cibum , utilior , quisquis facile liquescit ; item humidior : minorem enim amaritu- dinem habent, ut atticus et euboicus. Servandis carnibus aptior acer et siccus , ut megaricus. Conditur etiam odo- ribus additis , et pulmentarii vicem implet , excitans avi- ditatem , invitansque in omnibus cibis , ita ut sit pecu- liaris ex eo intellectus inter innumera condimenta. Ita est in mandendo quaesitus garo. Quin et pecudes armen- taque et jumenta sale maxime sollicitantur ad pastum , multo largiore lact, multoque gratiore etiam in caseo dote. rgo hercules vita humanior sine sale non quit de- gere : adeoque necessarium elementum est, ut transierit intellectus ad voluptatem animi quoque. Nam ita sales appellantur : omnisque vitse lepos et summa hilaritas, laborumque requies non alio magis vocabulo constat. Honoribus etiam militiaeque interponitur , salariis inde dictis , magna apud antiquos auctoritate , sicut apparet ex nomine Salarie viae, quoniam illa salem in Sabinos portari convenerat. Ancus Marcius rex salis modios sex mille in congiario ddit populo , et salinas primus insti- tua. Varro etiam pulmentarii vice usos veteres , auctor est : et salem cum pane esitasse eos proverbio apparet. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. ai3 surtout jadis, pour la mdecine, le sel de Tarente, puis tous les sels marins, principalement l'espce que forme l'cume des flots. Les yeux des bufs et des btes de charge se trouvent merveille des sels de Tragase et de la Btique. Pour l'assaisonnement , pour la table , on donne la palme aux plus solubles, ainsi qu'aux plus hu- mides, parce qu'ils ont moins d'amertume : tels sont les sels d'Attique et d'Eube. Au contraire, pour, garder ce qu'on sale, mieux vaut un sel piquant et sec, comme celui deMgare. On confit mme le sel ml de substances odorantes; il sert alors de ragot : il rveille l'apptit, il excite goter de tout : aussi, parmi tous les assai- sonnemens, se fait-il reconnatre une saveur particu- lire. Dans le garum mme, c'est le sel qu'on veut sentir. Les moutons, le gros btail, les btes de somme y trou- vent aussi le stimulant le plus puissant , et lui doivent l'abondance de leur lait, le got exquis de leur fromage. L'espce humaine ne peut donc vivre agrablement sans sel: c'est un lment ncessaire de son existence; aussi, le sens du mot s'applique-t-il figurment des plaisirs intellectuels; ce sont eux qu'on nomme sales (sels). Par ce seul mot sont exprims l'lgance, la grce, la vive gal, et le dlassement aprs le travail ; il se mle mme aux honneurs militaires et la vie des camps , dans la- quelle les salaires ont joui d'une grande considration, ce que prouve le nom de voie Salaria , donn la route par laquelle on amenait le sel dans le pays des Sabins. Ancus Marcius fit distribuer aux Romains, en pur don, six mille boisseaux de sel, et ouvrit les premires salines. Varron nous apprend que les anciens employaient le sel comme ragot, et le proverbe atteste qu'ils le mangeaient seul avec le pain. C'est surtout dans les sacrifices que le ai4 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Maxime tamen in sacris intelligitur auctoritas, quando nulla conficiuntur sine mola salsa. Flos salis, xx ; salsugo , n. XLII. Salinarum sinceritas summam fecit suam diffe- rentiam , quamdam favillam salis , quae levissima ex eo est et candidissima ; appellatur et flos salis , in totum di- versa res , humidiorisque naturae , et crocei coloris , aut rufi , veluti rubigo salis : odore quoque ingrato , ceu gari , dissentiens a sale , non modo a spuma. ^Egyptus invenit, videturque Nilo deferri. Et fontibus tamen qui- busdam innatat. Optimum ex eo , quod olei quamdam pinguitudinem reddit. Est enim etiam in sale pingui- tudo, quod miremur. Adulteratur autem tinguiturque rubrica , aut plerumque testa trita : qui fucus aqua de- prehenditur, diluente factitium colorem : quum verus ille non nisi oleo resolvatur, et unguentarii propter co- lorem eo maxime utantur. Canitia in vasis summa est : mdia vero pars humidior , ut diximus. Floris natura aspera , excalfactoria , stomacho inutilis. Sudorem ciet , alvum solvit in vino et aqua , acopis et smegmatis utilis. Detrahit et ex palpebris pilos efficacissime. Fces im concutiuntur, ut color croci redeat. Praeter haec etiamnum appellatur in salinis salsugo, ab aliis salsilago, tota li- quida, marina aqua salsior, vi distans. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. ai 5 sel joue un grand rle, puisqu'on n'en offre aucun sans y faire figurer des gteaux sals. Fleur de sel , 20 ; salsugo , 2. XLII. On distingue les salines dont les produits sont purs de tout mlange, une espce d'eflorescence saline trs-lgre et trs-blanche. La fleur de sel est une sub- stance totalement diffrente, plus aqueuse, d'une cou- leur safrane et rousse comme une rouille de sel ; son odeur, forte comme celle du garum , la distingue aussi de l'cume du sel, ainsi que du sel mme. C'est en Egypte que se trouve la fleur de sel ; il parat qu'elle y est porte par le Nil : elle flotte aussi la surface de quelques sources. Ce que l'on en retire de meilleur , est une espce d'huile grasse; car le sel mme, notre grande surprise, a aussi sa graisse. On falsifie la fleur de sel avec de la terre rouge ou de la brique pile, qui lui donne sa couleur ; mais on reconnat la fraude en versant de l'eau , qui soudain emporte ce coloris factice, tandis que la teinte, si elle est vritable, ne disparat que dans l'huile. Les parfumeurs en font usage cause de sa couleur. La fleur de sel du haut des vases est blanche; le milieu, ainsi qu'il a t dit dj, est plus humide. Elle est acre, chauffante, peu facile digrer, mais sudorifique, relchante, si on la prend dans de l'eau et du vin ; elle entre dans les remdes contre la lassitude, et dans les linimens dtersifs; elle fait tomber le poil des paupires. En remuant le sdiment, qui se prcipite au fond du vase, on lui rend sa couleur de safran. A ces substances salines , joignons la salsugo ou salsilago, qui est liquide, et qui, plus sale que l'eau de mer, a moins de force qu'elle. 2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. De garo, xv. XLIII. Aliud etiamnum liquoris exquisiti genus , quod garon vocavere, intestinis piscium, ceterisque quae abji- cienda essent , sale maceratis , ut sit illa putrescentium sanies. Hoc olim conflciebatur ex pisce , quem Graeci garon vocabant : capite ejus usto , sufftu extrahi secun- das monstrantes. 8. Nunc e scombro pisce laudatissimum in Carthagi- nis Spartariae cetariis : Sociorum id appellatur, singulis millibus nummum permutantibus congios fere binos, Nec liquor ullus pne prter unguenta majore in pretio esse cpit, nobilitatis etiam gentibus. Scombros quidem, et Mauretania , Baeticque Carteia , ex Oceano intrantes capiunt, ad nihil aliud utiles. Laudantur et Clazomenae garo , Pompeiique , et Leptis : sicut muria Antipolis , ac Thurii , jam ver et Dalmatia. De muria, xv; de alece, vin. XLIV. Vitium hujus est alex , imperfecta nec colata faex. Cpit tamen et privatim ex inutili pisciculo , mini^ moque confici. Apuam nostri , aphien Graeci vocant , quoniam is pisciculus e pluvia nascitur. Forojulienses piscem ex quo faciunt , lupum appellant. Transiit deinde in luxuriam , creveruntque gnera ad infinitum : sicuti garum ad colorem mulsi veteris , adeoque dilutam suavi-. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI, ai 7 Garum , i5. XLIII. Un autre liquide recherch est ce que l'on appelle garum; il est form d'intestins de poissons, et d'autres parties qu'il faudrait jeter, mais qu'on fait ma- riner dans le sel : c'est donc la sauce putrfie des pois- sons. Ou n'employait jadis pour le faire que le poisson nomm garus. Les fumigations pratiques avec la tte du garus , faisaient , dit-on , sortir l'arrire-faix. 8. Aujourd'hui, le garum de premire qualit se fait avec le scombre, dans les grands rservoirs de Car- thage-la-Spartarienne : on l'appelle garum des allis; le prix de deux congs va jusqu' mille pices d'argent. Aprs les parfums, il n'est pas de substance liquide qui soit plus chre et plus estime : le garum a fait la gloire des peuples entiers. Les scombres, qui viennent de l'Ocan sur les ctes de la Mauritanie , et de la Btique Carteia, n'ont point d'autre utilit. On vante aussi le garum de Clazomne, de Pompeies et de Leptis, ainsi que la sau- mure d'Antipolis , de Thurium et de la Dalmatie. Saumure , i S ; alex , 8. XLIV. L'alex n'est qu'une lie imparfaite et mal fil- tre, dgnration du garum ; cependant, on s'est mis en faire tout exprs des entrailles d'un petit poisson, du reste sans usage : c'est l'apua des Latins , aphia des Grecs , ainsi nomm de ce qu'il doit sa naissance la pluie. Les habitans de Forojulium fabriquent l'alex avec leur loup de mer; elle est devenue un objet de luxe, et ou en a multipli les espces l'infini. C'est ainsi qu'il ai 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. tatem, ut bibi possjt. Aliud vero castimoniarum super- stitioni etiam , sacrisque Judaeis dicatum , quod fit e piscibus squama carentibus. Sic alex pervenit ad ostreas , echinos , urticas , cammaros , mullorum jocinera. Innu- merisque generibus ad saporem gulae cpit sal tabescere. Hsec obiter indicata sint desideriis vitae : et ipsa tamen nonnullius usus in medendo. Namque et alece scabies pecoris sanatur, infusa per cutem incisam : et contra canis morsus draconisque marini prodest. In linteolis autem concerptis imponitur. Et garo ambusta recentia sanantur, si quis infundat, ac non nominet garum. Con- tra canum quoque morsum prodest , maximeque croco- dili, et ulceribus qu serpunt, aut sordidis. Oris quoque et aurium ulceribus aut doloribus mirifice prodest. Muria quoque , sive illa salsugo , spissat , mordet , extnut , siccat. Dysentericis utilis est , etiam si nome intestina corripit. Ischiadicis, caeliacis veteribus, infunditur. Fotu ([iioque apud mediterraneos aquae marinae vicem penst. De natura salis ; de spuma salis. XLV. 9. Salis natura est per se ignea , et inimica ignibus , fugiens eos , omnia erodens. Corpora vero ad- stringens, siccans, alligans : defuncta etiam a putrescendo vindicans, ut durent ita per saecula. In medendo vero HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. ai 9 existe du garum couleur de vin vieux miell ; il est si agrablement dlay , qu'on peut en boire. Un autre garum, consacr aux crmonies superstitieuses de pu- rification, joue un grand rle dans le culte juif; on le tire de poissons sans cailles. Parla mme marche, on est arriv faire de l'alex d'hulres, de hrissons, d'orties de mer, de homards , de foies de surmulet ; ainsi on a fait macrer le sel de mille marires pour rveiller l'apptit. Qu'on nous passe cette excursion relative aux fantaisies de la vie. L'alex a aussi desusages en mdecine : introduit par une incision la peai , il gurit les moutons de la gale. Il est bon contre la morsure du chien et du dra- gon marin; on l'applique l'aide de charpie. Le garum gurit aussi les brlures rcentes , pourvu qu'en l'appli- quant on ne prononce pont sou nom. Il est utile en cas de morsures de chien , et sirtout de crocodile ; en cas d'ul- cres purulens ou rongeu*s. Il est excellent encore pour les abcs et les douleurs dcbouche et d'oreille. La saumure et la salsugo sont astring;ntes , piquantes , rsolutives et siccatives ; toutes deux snt bonnes dans la dysenterie , l'ulcre et-il envahi les irtestins. Dans les cas de sciatique et d'affections cliaques invtres , on les donne en la- vement. Enfin dans l'intrieur du continent on s'en sert pour les fomentations , tn guise d'eau de mer. Nature du el ; cume du sel. XLV. 9. Le sel, pai lui-mme, quoique.de nature igne, redoute le feu et s'en chappe : c'est un corrosif universel. Il resserre, dessche, lie les corps, les prserve de la corruption et leur donne des sicles de dure. M- dicalement parlant, il pi[ue, enflamme, dterge, affine, * 220 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. mordens , adurens , repurgans , extenuans , dissolvens. Stomacho tantum inutilis, praeterquam ad excitandam aviditatem. Adversus serpentium morsus cum origano, melle , hyssopo. Contra cerasten cum origano , aut ce- dria, aut pice, aut melle. Auxiliatur contra scolopendras ex aceto potus : adversus sorpionum ictus, cum quarta parte lini seminis , ex oleo vel aceto illitus : adversus crabrones vero vel vespas, smiliaque, ex aceto. Ad he- terocraneas , capitisque ulceia , et pusulas , papulasve , et incipientes verrucas , cum sevo vitulino : item oculo- rum remediis , et ad excrescmtes ibi carnes , totiusque corporis pterygia : sed in cculis peculiariter : ob id collyriis emplastrisque additu\ Ad hc maxime proba- tur tattaeus , aut caunites. E> ictu vero suffusis cruore oculis sugillatisque , cum myriha pari pondre ac melle, aut cum hyssopo ex aqua calica , utque foveantur salsu- gine. Ad haec hispaniensis eligiur, contraque suffusiones oculorum cum lact in coticuli teritur. Privatim sugilla- tionibus in linteolo involutus crebroque ex aqua fer- venti impositus. Ulceribus ors manantibus in linteolo concerpto. Gingivarum tumoriinfricatus. Et contra sca- britiem lingu fractus comminitusque. Aiunt dents non erodi, nec putrescere, si quis (uotidie mane jejunus sa- lem contineat sub lingua , donc liquescat. Lepras idem , et furunculos , et lichenas , et psoras emendat cum passa HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 221 dissout. Il n'est utile l'estomac que pour exciter l'ap- ptit. Ml l'origan, au miel, l'hyssope, il gurit la morsure des serpens. Celle du craste cde au sel combin de l'origan, de la gomme de cdre, de la poix ou du miel. Dans le vinaigre, il neutralise le venin de la scolopendre; dans un quart de graine de lin , avec de l'huile et du vinaigre, celui du scorpion. On brave gupe , frelon et tous insectes de ce genre , en se frot- tant de vinaigre sal. Migraines, ulcres de tte, bou- tons, pustules, verrues naissantes disparaissent par l'emploi du sel et du suif de veau; il gurit aussi les maux d'yeux , les excroissances charnues de cet organe et les ptrygies de tout le corps. La vue surtout lui est redevable : aussi entre-t-il dans les collyres et les cata- plasmes. Le meilleur sel employ pour ce but est celui de Tatta et celui de Caune. Si quelque coup rend les yeux livides ou pleins de sang, appliquez du sel avec pareil poids de myrrhe et de miel , ou avec de l'hyssope infus dans l'eau chaude, puis bassinez avec de la salsugo. Ici, c'est au sel d'Espagne qu'on donne la prfrence; de mme pour les fluxions ophthalmiques , on broie ce sel dans du lait sur de petites pierres. Le sel est un spcifique pour les taches livides ; il faut l'appliquer diverses reprises dans un petit linge tremp dans de l'eau bouillante. On en met aussi, l'aide de charpie, sur les abcs de la bouche , qui coulent. On en frotte les gencives tumfies; grug trs-fin, il gurit les petits chancres de la langue. Jamais, dit-on , les dents ne se gtent et ne se carient , si , tous les matins jeun , on tient , sous la langue, quelques grains de sel jusqu' ce qu'ils fon- dent. Lpres, furoncles, dartres , gales se gurissent avec un Uniment de raisin cuit, dont on a t les ppins, %%% C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. u va, exempto ejus ligno, et sevo bubulo, atque origano, ac fermento , vel pane , maxime thebaicus. Hic et ad pruritus eligitur. Tonsillis et uvis cum melle prodest. Quicumque ad anginas : hoc amplius , cum oleo et aceto eodem tempore extra faucibus illitus cum pice liquida. Emollit et alvum in vino mixtus innoxie : et taeniarum gnera pellit in vino potus. iEstus balinearum conva- lescentes ut tolerare possint, linguae subditus prstat. Nervorum dolorem , maxime circa humeros et rens , in saccis aqua ferventi crebro madefactus levt. Colum tor- minaque et coxarum dolores potus : et in iisdem saccis impositus candens. Podagras cum farina ex melle et oleo tritus , ibi maxime usurpanda observatione , quae totis corporibus nihil esse utilius sale et sole dixit. ltaque cornea videmus corpora piscatorum. Sed hoc praecipuum dicatur in podagris. Tollit et clavos pedum : item per- niones. Ambustis ex oleo imponitur, aut commanducatus, pusulasque reprimit. Ignibus vero sacris , ulceribusque quae serpunt , ex aceto , aut hyssopo. Carcinomatis cum uva taminia. Phagedaenis ulcerum , tostum cum farina hordei : super imposito linteolo madente vino. Morbo regio laborantes , donec sudent ad ignem , contra pruri- tus quos sentiunt, ex oleo et aceto infricatus juvat : et fatigatos ex oleo. Multi et hydropicos sale curavere, fer- voresque febrium cum oleo perunxere, et tussim vte- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. aa3 de suif de buf, d'origan , de levain , ou de pain et de sel , surtout si c'est du sel de Thbes. On prfre encore ce sel pour remdier aux dmangeaisons. Les amygdales et la luette se trouvent bien de sel thbain et de miel. Tout sel est bon dans l'esquinancie : le mieux est de le faire fondre dans de l'huile et du vinaigre, puis d'en frotter extrieurement le gosier avec de la poix liquide. Pris dans du vin , il est mollient et ne produit aucun mal; de plus, il expulse toute espce de tnias. Le,s convalescens supporteront un bain chaud, s'ils ont quel- ques grains de sel sous la langue. Les douleurs ner- veuses, surtout celles des reins et des paules cdent des frictions de sel enferm dans de petits sacs de toile, chaque fois tremp dans de l'eau bouillante. En bois- son, ou bien appliqu brlant dans les mmes sacs, le sel dissipe les coliques , les tranches et les douleurs de cuisses. Broy avec du miel, de l'huile et de la farine, il soulage la goutte; c'est ici surtout qu'on peut songer au vieil adage : Rien de plus utile au corps que le sel et le soleil. Aussi les corps des pcheurs sont-ils fermes comme de la corne. Cette observation est juste, surtout propos de la goutte. Le sel gurit les cors et les enge- lures. Appliqu avec de l'huile, ou fondu dans la salive, il remdie aux brlures et empche les cloches. Dans l'- rysiple et les ulcres rongeurs, on l'applique dtremp dans le vinaigre ou avec de l'hyssope. Pour les carci- nomes , on le mle au raisin taminia. Les ulcres pha- gdniques cdent au sel brl avec de la farine d'orge, et appliqu l'aide d'une compresse trempe dans du vin. On fait cesser les dmangeaisons de la jaunisse avec des frictions de sel ml l'huile et au vinaigre; avec l'huile seule, il est propre dlasser. Nombre de mde- 22/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. rem linctu ejus discussere. Clysteribus infudere ischiadi- cis. Ulcerum excrescentibus vel ptrescentibus impo- suere. Crocodilorum morsibus ex aceto in linteolis, ita ut paverentur ante hic ulcra. Bibitur et contra opium ex aceto mulso. Luxatis imponitur cum farina et melle : item extuberationibus. Dentium dolori cum aceto fotus, et illitus cum rsina prodest. Ad omnia autem spuma salis jucundior utiliorque. Sed quicumque sal acopis ad- ditur ad excalfactiones : item smegmatis ad extenuandam cutem levandamque. Pecorum quoque scabiem et boum illitus tollit. Daturque lingendus : et oculis jumentorum inspuitur. Hsec et de sale dicta sint. De nitri generibus, et confecturis, et hiedicinis : observationes ccxxt. XL VI. i o. Non est differenda et nitri natura , non multum a sale distans : et eo diligentius dicenda, quia palam est et medicos , qui de eo scripsere , ignorasse na- turam , nec quemquam Theophrasto diligentius tradi- disse. Exiguum fit apud Medos, canescentibus siccitate convallibus, quod vocant halmyrhaga. Minus etiam in Thracia juxta Philippos, sordidum terra, quod appellant HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 225 cins ont guri l'hydropisie avec du sel ; la fivre avec un mlange de sel et d'huile appliqu en liniment ; les toux opinitres , avec du sel simplement plac sur la langue du malade. En lavement, il a guri la sciatique; quelquefois on l'a mis sur des excroissances ulcreuses ou sur des ulcres gangreneux; dissous dans le vinaigre, il a guri de la morsure du crocodile, dans des cas o l'on avait redouter que la plaie ne s'ulcrt; dans du vinaigre miell, il neutralise le feu de l'opium; appliqu avec du miel et de la farine, il rduit les luxations et 1rs excroissances. En friction avec du vinaigre, ou appli- qu en liniment avec de la rsine, il dissipe l'odontal- gie : dans tous les cas , l'cume de sel est plus agrable et plus efficace. Tout sel entre dans les remdes contre la lassitude, pour leur donner de la chaleur; et dans les dtersifs, pour rendre la peau plus fine et plus lisse. En liniment, il remdie la gale des moutons et des bufs ; quelquefois on le leur fait lcher ; souvent , on le crache avec la salive sur les yeux des btes de somme. Nous en avons dit assez sur le sel. Diverses espces de nitre ; modes de fabrication , et remdes qu'il fournit: observations, 221. XLVI. 10. Passons, sans plus tarder, au nitre, qui en diffre peu, et qui mrite d'autant plus notre atten- tion, que les mdecins qui en ont trait ont videm- ment ignor sa nature; c'est Thophraste qu'on doit les notions les plus exactes. On trouve en Mdie, dans des valles blanches de scheresse, de trs-petit nitre, dit halmyrhage; aux environs de Philippes, en Thrace, il s'en trouve de plus menu encore : il est terreux et porte le nom de nitre sauvage. C'est des cendres de xviii. i5 26 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. agrium. Nam quercu cremata numquam multum facti- tatum est , et jam pridem in totum omissum. Aquee vero nitrosae pluribus locis reperiuiltur, sed sine viribus den- sandi. Optimum copiosumque in Litis Macedoni , quod vocant chalastricum , candidum, purumque, proximum sali. Lacus est nitrosus , exsiliente e medio dulci fonti- culo. Ibi fit nitrum circa Canis ortum novenis diebus , totidemque cesst , ac rursus innatat , et deinde cesst. Quo apparet , soli naturam esse quae gignat , quo- niam ; compertum est, nec soles proficere quidquam quum cesset , nec imbres. Mirum est et illud , sca- tebra fonticuli semper emicante , lacum neque augeri , neque fluere. lis autem diebus , quibus gignitur , si fuere imbres , salsius nitrum faciunt : aquilones dte- nus, quia validius commovent limum. Et hoc quidem nascitur. In iEgypto autem conficitur multo abundantius, sed deterius ; nam fuscum lapidosumque est. Fit psene eodem modo quo sal , nisi quod salinis mare infundunt , Nilum autem nitrariis. Hae cedente Nilo madent succo nitri xl diebus continuis , non (ut in Macedonia) statis. Si etiam imbres adfuerint, minus de flumine addunt : statimque ut densari est ceptum , rapitur, ne resolvatur in nitra- riis. Sic quoque olei natura intervenit, ad scabiem ani- malium utilis. Ipsum autem conditum in acervis durt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 227 chne qu'on en tirait le plus; mais, depuis long-temps, on a renonc cette fabrication. En plusieurs endroits il existe des eaux nitreuses , mais trop faibles pour que le nitre se condense. Le meilleur et le plus abondant est le chalastrique de Lites en Macdoine : il est blanc et pur ; c'est presque du sel. Du lac nitreux qui le donne jaillit au centre une source d'eau douce. L le nitre se forme neuf jours de suite, vers le lever de la Canicule, puis cesse de se produire neuf jours durant : ce phno- mne a lieu jusqu' deux fois. On voit par l que c'est la nature du sol qu'on doit le nitre , et que ni le soleil ni la pluie n'ont d'influence sur l'interruption des pro- duits. Une chose remarquable , c'est que jamais le lac ne grossit et ne dborde, quoique la source d'eau douce jaillisse sans cesse. S'il tombe de la pluie l'poque o se forme le nitre , la salure est plus sensible ; elle l'est moins, si l'Aquilon souffle, parce qu'alors la vase est plus fortement remue. Voil pour le nitre natif. En Egypte, on en fabrique en trs-grande quantit, mais de qualit infrieure; il est brun et pierreux. On procde peu prs comme pour la fabrication du sel : seulement, dans les salines, c'est la mer qu'on introduit ; dans les nitrires, c'est le Nil : celles-ci, lors de la retraite du fleuve, se trouvent imprgnes de sucs ni- treux quarante jours de suite; mais l'poque n'est pas fixe, comme en Macdoine. S'il tombe de la pluie, on introduit moins d'eau fluviale; la condensation com- mence, on enlve le nitre mesure, de peur qu'il ne se fonde. Il contient aussi une substance huileuse qui gurit la gale chez les animaux ; on le met en tas pour i5. ai8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Mirum, in lacu Ascanio, et quibusdam circa Chalcida fontibus, summas aquas dulces esse potarique, inferiores nitrosas. In nitro optimum , quod tenuissimum : et ideo spuma melior. Ad aliqua tamen sordidum , tamquam ad inficiendas purpuras tincturasque omnes. Magnus et vitro usus , qui dicetur suo loco. Nitrari ^Egypti circa Naucratim et Memphim tantum solebant esse, circa Mempbim dtriores. Nam et lapi- descit ibi in acervis : multique sunt cumuli ea de causa saxei.. Faciunt ex his vasa , nec non frquenter liquatum cum sulphure coquentes in carbonibus. Ad ea quoque, quae inveterari volunt, illo nitro utuntur. Sunt ibi nitra- riae , in quibus et rufum exit a colore terrae. Spumam nitri , quae maxime laudatur, antiqui negabant fieri , nisi quum ros cecidisset, praegnantibus nitrariis, sed non- dum parientibus. Itaque non fieri incitatis, etiamsi cade- ret. Alii acervorum fermento gigni existimavere. Proxima aetas medicorum apbronitrum tradidit in Asia colligi , in speluncis mollibus destillans. Specus eos colicas vocant : dein siccant sole. Optimum putatur lydium : probatio , ut sit minime ponderosum , et maxime friabile, colore paene purpureo. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 229 le conserver. Remarquons que dans le lac Ascanien , et dans quelques fontaines voisines deChalcis, les eaux sont douces et potables la surface , nitreuses dans le fond. La meilleure partie du nitre est la plus dlie; aussi l'cume l'emporte-t-elle sur le reste. Cependant on pr- fre, pour quelques usages, le nitre terreux; par exem- ple, pour la teinture de la pourpre, et gnralement pour toute espce de teinture. On en fait aussi un grand usage pour le verre, comme nous le dirons en temps et lieu. L'Egypte n'avait , autrefois , de nitrires qu'aux envi- rons de Naucratis et de Memphis : les produits de celle- ci taient rputs infrieurs , car le nitre en tas s'y p- trifiait , et beaucoup d'entre eux ont form de vritables rocs. Les Egyptiens en font des vases, et souvent, aprs avoir fondu le nitre avec du soufre, ils font cuire le tout au feu de charbon. De plus , ils emploient ce nitre pour tout ce qu'ils veulent garder. En Egypte, il y a des nitrires o le nitre est rouge comme la terre dont il est tir. Selon les anciens , V aphronitrum , cette cume si vante , ne se produisait que dans le cas o la rose tombait sur les nitrires , non pas quand le nitre se formait, mais quand il tait prt se former; en tom- bant sur le nitre l'instant mme de sa naissance , la rose ne donnait plus d'cume ; d'autres en attribuaient la formation la fermentation qui se dveloppe dans les tas. Les mdecins de l'ge suivant ont dit qu'on recueille de l'cume de nitre en Asie, dans des grottes o cette matire suinte des rochers : ces grottes se nomment co- lices , et l'cume se sche au soleil. La meilleure fleur de nitre est celle de Lydie. On la re- connat son extrme lgret, sa friabilit parfaite, a3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Hoc in pastillis adfertur. iEgyptium in vasis picatis, ne liquescat. Vasa quoque ea sole inarescentia perficiuntur. Nitri probatio, ut sit tenuissimum et quam maxime spongiosum fistulosumque. Adulteratur in iEgypto calce : deprehenditur gustu. Sincerum enim facile resolvitur : adulteratum pungit. Calce adspersum reddit odorem vehementem. Uritur in testa opertum, ne exsultet : alias igni non exsilit nitrum : nihilque gignit aut alit , quum in salinis herbae gignantur, et in mari tt animalia , tan- tum alg. Sed majorem esse acrimoniam nitri apparet, non hoc tantum argumento , sed in illo , quod nitrariae calceamenta protinus consumunt : alias salubres, oculo- rumque claritati utiles. In nitrariis non lippiunt. Ulcra allata eo celerrime sanantur : ibi facta, tarde. Ciet et sudores cum oleo perunctis , corpusque emollit. In pane salis vice utuntur chalastraeo : ad raphanos aegyptio : teneriores eos facit : sed obsonia alba et dtriora, olera viridiora. In medicina autem calfacit, extnut, mordet, spissat , siccat , exulcerat. Utile his , quae evocanda sint , aut discutienda , et lenius mordenda atque extenuanda , sicut in papulis pusulisque. Quidam in hoc usu accen- sum vino austero restinguunt, atque ita trito in balineis utuntur sine oleo. Sudores nimios inhibet cum arida iride, adjecto oleo viridi. Extnut et cicatrices oculo- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. a3i son rouge clatant. On l'apporte en petites masses : l'Egypte l'expdie dans des vases goudronns , pour en empcher la liqufaction; on donne ces vases la der- nire faon en les faisant scher au soleil. Le meilleur nitre se reconnat la finesse des grains, et sa porosit ou spongiosit. On le falsifie en Egypte l'aide de la chaux ; mais le got du mlange dcle la fraude , le nitre pur se fondant aisment , tandis que le nitre falsifi picote la langue. Celui o il entre de la chaux a une odeur forte. On le brle dans un vaisseau couvert de terre pour l'empcher d'clater ; du reste , il ne saute point dans le feu. Il ne nourrit et ne produit rien ; les herbes , au contraire , vgtent dans les sa- lines; la mer, qui contient des milliers d'animaux, ne produit que des algues. Une autre preuve nous dmontre encore l'cret plus forte du nitre : c'est que les chaus- sures sont trs-rapidement dtruites dans les nitrires. Le nitre est bon pour les yeux, il claircit la vue. Il n'y a point de chassieux dans les nitrires. Les ulcres que l'on y apporte gurissent vite ; leur disparition est lente quand c'est l qu'ils se forment. Le nitre en liniment avec l'huile est sudorifique et mollient. On met dans la pte le nitre chalastrique en guise de sel ; celui d'E- gypte est hon pour assaisonner les raiforts , qu'il at- tendrit; il blanchit et rend moins savoureux les autres mets , il colore fortement les choux en vert. Mdicale- ment parlant, il chauffe, attnue, pique, condense, dessche et corrode. On en use avec succs , tant pour attirer que pour rsoudre les humeurs, et pour picoter lgrement la peau charge de pustules et de boutons. Quelques-uns, cet effet, enflamment le nitre, puis l'teignent dans de gros vin, le broient et s'en font a3a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. rum , et scabritias genarum cum fico illitum , aut deco- ctum in passo ad dimidias partes : item contra argema oculorum. Ungues decoctum cum passo in mali punici calyce adjuvat : claritatem visus cum melle inunctum. Prodest dentium dolori ex vino , si cum pipere colluan- tur : item cum porro decoctum. Nigrescentes dents cre- matum dentifricio ad colorem reducit. Capitis animalia et lendes necat, cum samia terra illitum ex oleo. Auri- bus purulentis vino liquatum infunditur. Sordes ejusdem partis erodit ex aceto. Sonitus et tinnitus discutit siccum additum. Vitiligines albas cum cimolia creta, aequo pon- dre ex aceto , in sole illitum emendat. Furunculos ad- mixtum resinae extrahit, aut cum uva alba passa, nucleis ejus simul tritis. Testium inflammationi occurrit : item eruptionibus pituitae in toto corpore cum axungia. Con- traque canis morsus , addita et rsina : initiis cum aceto illinitur. Sic et serpentium morsibus , phagedasnis , et ulceri- bus quae serpunt, aut putrescunt, cum calce ex aceto. Hydropicis cum fico tusum datur illiniturque. Discu- tit et tormina, si decoctum bibatur pondre drachmae cum ruta , vel anetho , vel cumino. Reficit lassitudi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. a33 frotter dans le bain, sans ajouter de l'huile. Pour arr- ter une transpiration trop abondante , on l'incorpore la poudre d'iris dans l'huile verte. En liniment avec des figues, ou bouilli avec du vin cuit jusqu' rduction de moiti , il dissipe les cicatrices et taies des yeux , ainsi que la gale des paupires. Bouilli avec vin cuit dans le calice d'une grenade, il est bon pour les excroissances ou ptrygies ; en liniment avec le miel , il claircit la vue. On soulage l'odontalgie par des lotions de nitre, vin et poivre , ou de nitre cuit avec des porreaux. Brl , il forme un dentifrice qui rtablit la blancheur des dents noircies. En liniment avec de l'huile et de la terre de Samos, il dtruit les poux et les lendes. Dlay dans du vin , il s'injecte dans les oreilles qui suintent ; avec du vinaigre, il en enlve la cire; introduit sec, il en fait cesser les bourdonnemens et tintemens. Appliqu au so- leil , avec poids gal de terre cimolienne dtrempe dans le vinaigre, il efface les taches blanches de la peau. In- corpor la rsine, ou au raisin blanc cuit, dont on a broy les ppins, il enlve les furoncles. Il remdie aux inflammations des testicules : amalgam au saindoux , il gurit les ruptions pituiteuses en quelque endroit du corps qu'elles se manifestent. On l'emploie de mme avec de la rsine pour gurir la morsure des chiens ; dans le commencement, on l'applique avec du vinaigre en li- niment. Les morsures de serpent , les phagdnes , les ulcres rongeurs ou putrfis, cdent l'application du nitre, avec du vinaigre et de la chaux. On l'administre pil avec une figue, et en liniment, dans l'hydropisie. Bu cuit, Ja dose d'une drachme , avec de l'aneth , du cumin ou de la rue, il dissipe les tranches. On frotte de nitre, a34 C. PLINn HIST. NAT. LIB. XXXI. ns cura oleo et aceto perunctorum. Et contra algores horroresque prodest , manibus pedibusque confricatis cum oleo. Comprimit et pruritus suffusorum felle, maxime cum aceto in usu datum. Succurrit et venenis fungorum ex posca potum : aut si buprestis pasta sit, ex aqua, vomitionesque evocat. His qui sanguinem tauri biberint , cum lasere datur. In facie quoque exulcerationes sanat cura melle et lact bubulo. Ambustis tostum , donec ni- grescat, tritumque illinitur. Infunditur ventris et renium dolori , aut rigori corporum , nervorumque dolpribus. Paralysi in lingua cum pane imponitur. Suspiriosis in ptisana sumitur. Tussim veterem sanat flore, mixto gal- bano rsine terebinthin , pari pondre omnium, ita ut fabae magnitudo devoretur. Coquitur, dilutumque postea cum pice liquida sorbendum in angina datur. Flos ejus cum oleo cyprino articulorum doloribus in sole jucundus est. Regium quoque morbum extnut in potione vini. Et inflationes discutit : sanguinis profluvium e naribus sistit ex ferventi aqua vapore naribus rapto. Porriginem alumine permixto tollit : alarum virus ex aqua quoti- diano fotu : ulcra ex pituita nata cera permixtum : quo gnre nervis quoque prodest : cliacis infunditur. Perungi ante accessiones frigidas nitro et oleo multi praecepere : sicut adversus lepras, lentigines. Podagricis in balineis uti solio nitri prodest , atrophis , opisthoto- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. a35 d'huile et de vinaigre, ceux qui se plaignent de lassitude. Ceux qui ont froid et qui frissonnent s'en frottent avec succs les pieds et les mains : on y mle alors de l'huile. Les dmangeaisons qu'occasione la jaunisse cdent l'emploi du nitre , surtout du nitre avec du vinaigre. Pris dans de l'oxycrat, c'est un contre-poison des cham- pignons vnneux : on le boit dans de l'eau pour pro- voquer le vomissement, quand on a aval un bupreste. On le donne avec du laser ceux qui ont bu du sang de taureau. Avec du miel et du lait de vache , il gurit les corchures du visage. Grill jusqu' ce qu'il soit noir, et pil, il s'applique sur les brlures. On le donne en lavement pour les douleurs de reins , de ventre et de nerfs , pour les frissons. Avec du pain , il gurit les paralysies de la langue. On le donne, pour l'asthme, dans de l'orge inond. Les toux chroniques se gurissent par la fleur de nitre avec poids gal de galbanum et de trbenthine : on en avale gros comme une fve. Cuit, puis dlay dans de la poix fondue , on l'avale pour l'es- quinancie. Sa fleur, applique au soleil avec l'huile de Chypre , soulage la goutte. Prise avec du vin , elle dimi- nue la jaunisse. Elle chasse les vents : sa vapeur, forte- ment respire dans l'eau bouillante , arrte les hmor- rhagies nasales. La teigne cde la fleur de nitre mle d'alun ; l'odeur d'aisselles , aux lotions quotidiennes de fleur de nitre fondue dans l'eau ; les maux de nerfs et les ulcres pituiteux , au crat de fleur de nitre : on l'administre en clystre pour les affections cliaques. Les frictions de nitre et d'huile ont t recommandes par une foule de mdecins, soit avant l'accs fbrile froid, soit contre la lpre et les taches de rousseur. Dans la goutte, l'atrophie, l'opisthotone, le ttanos, on se trouve 236 C. PLINH HST. NAT. LIB. XXXI. nis, tetanis. Sal nitruin sulphuri concoctum in lapideni vertitur. De spongiis, medicinae , et observationes xcn. XLVII. ii. Spongiarum gnera diximus in naturis aquatilium marinorum. Quidam eas ita distinguunt. Alias ex his mares existimavere , tenui fistula , spissioresque , persorbentes , quae et tinguntur in deliciis , aliquando et purpura : alias feminas , majoribus fistulis ac perpe- tuis. E maribus duriores alias, quas appellant tragos , tenuissimis fistulis atque densissimis. Candidae cura fiunt, e mollissimis rcentes per aestatem tinctae salis spuma ad lunam et pruinas sternuntur inversa?, hoc est, qua parte adhaesere, ut candorem bibant. Animal esse docui- mus , etiam cruore inhaerente. Aliqui narrant et auditu rgi eas, contrahique ad sonum, exprimentes abundan- tiam humoris, nec avelli ptris posse, ideo abscindi ac saniem emittere. Quin et eas quae ab Aquilone sint ge- nitae , prferunt ceteris. Nec usquam diutius durare spi- ritum medici adfrmant. Sic et prodesse corporibus , quia nostro suum misceant : et ideo magis rcentes magisque humidas : sed minus in calida aqua , minusque unctas , aut unctis corporibus impositas : et spissas minus adhee- rescere. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 2 3 7 bien de s'asseoir dans le bain sur un sige de nitre. Le nitre cuit avec du soufre se ptrifie. Sur les ponges: observations et remdes, 9-2. XLVII. 11. Il a t parl de diverses espces d'- ponges l'article des productions marines. Quelques- uns les distinguent en deux classes : les ponges mles, paisses , trous menus , promptes s'imbiber, que le luxe teint de toutes sortes de couleurs , et souvent mme des nuances brillantes de la pourpre ; les ponges fe- melles , dont les trous sont plus grands et font suite les uns aux autres. Parmi les mles se trouve une varit dure qu'on nomme trages (boucs) : des pores extrmement menus et nombreux la distinguent. L'art blanchit les ponges fines, fraches, qui, pendant l't, ont reu l'impression du sel marin ; pour cela , on les expose sur la terre aux influences de la lune et aux geles blan- ches, du ct par o elles tenaient au corps sous-marin : c'est ainsi qu'elles s'imprgnent de blancheur. Nous avons rang l'ponge dans le rgne animal , ce que prouve le sang qui y est attach. Quelques crivains disent qu'elles obissent au sens de l'oue , que c'est au son peru par elles qu'elles se contractent : elles jet- tent alors une humeur abondante; on a peine les ar- racher de la pierre : aussi faut-il les couper ; alors suinte une matire sanieuse. On donne la palme celles qui ont t produites par l'Aquilon ; il n'est pas d'espce qui vive aussi long-temps , au dire des mdecins. Elles sont utiles au corps humain , en ce qu'elles mlent leur principe vital au ntre; les plus fraches, les plus humides , ont surtout ce privilge : plonges dans l'eau iW C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. Mollissimum genus earum penicilli : oculorum tumo- res levant ex mulso impositi. Iidem abstergendae lip- pitudini utilissimi : eosque tenuissimos et mollissimos esse oportet. Imponuntur et spongiae ipsae epiphoris ex posca : ex aceto calido ad capitis dolores. De cetero r- centes discutiunt, molliunt, mitigant. Veteres non glu- tinant vulnera. Usus earum ad abstergenda , fovenda , operienda, a fotu, dum aliud imponatur. Ulcra quoque humida et senilia impositae siccant : fracturse et vulnera spongiis utilissime foventur. Sanguis rapitur in secando , ut curatio perspici possit. Et ipsae vulnerum inflamma- tionibus imponuntur, nunc siccae, nunc aceto adspersae, nunc vino , nunc aqua frigida. Ex aqua vero caelesti im- positae, secta recentia non patiuntur intumescere. Impo- nuntur et integris partibus, sed fluctione occulta labo- rantibus , quae discutienda sit , et iis quae apostemata vocant , melle decocto perunctis. Item articulis , alias aceto salso madidae , alias e posca. Si ferveat impetus , ex aqua. Easdem et callo , e salsa : at contra scorpionum ictus ex aceto. In vulnerum curatione et succidae lanae vicem implent , nunc ex vino et oleo , nunc ex eadem. Differentia hc, quod lanae emolliunt, spongiae coercent, rapiuntque vitia ulcerum. Circumligantur et hydropicis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. a3g chaude et l'huile, ou appliques sur un corps gras, elles l'ont un moindre degr : les ponges paisses tiennent moins. Les ponges les plus fines forment les plumasseaux : appliques sur les yeux avec du vin miell , elles en r- solvent les tumeurs et en nettoient parfaitement la chas- sie. Il faut, pour cela, que les plumasseaux soient trs- mous et trs-dlis. On applique les ponges avec de l'oxycrat pour les inflammations ophthalmiques, et avec du vinaigre chaud pour les maux de tte. Fraches , elles ,sont rsolutives, mollientes, adoucissantes ; vieilles, elles ne runissent pas les plaies : on en use pour d- terger, bassiner, et ensuite couvrir les parties malades jusqu'au pansement. Elles schent les ulcres humides et sniles sur lesquels on les applique : on en fomente avec avantage les plaies et les fractures. Quand on fait une incision, on tanche de suite le sang avec l'ponge, pour voir l'tat des parties qu'on traite. On applique sur les plaies avec inflammation des ponges sches , ou im- bibes de vinaigre , de vin ou d'eau frache ; avec de l'eau de pluie, elles prviennent l'dme des parties o l'on a rcemment port le fer. On les applique pareil- lement sur les parties intactes o l'on sent une fluctua- tion sourde, qu'il faut rsoudre; sur les abcs pralable- ment bassins avec une dcoction de miel , et dans les douleurs de goutte : on les imbibe, dans ce cas, ou de vinaigre sal, ou d'oxyerat, ou d'eau, si l'inflammation est trs-forte. L'ponge s'applique avec de l'eau sale sur les callosits; avec du vinaigre sur les piqres de scor- pion ; avec du vin et de l'huile, ou de l'eau sale, sur les plaies, dans le pansement desquelles elles tiennent lieu de laine grasse : la diffrence des deux appareils, c'est que 2 ',o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. siccae, vel ex aqua tepida poscave, utcumque blandiori- bus opus est operirive aut siccari cutem. Imponuntur et his morbis , quos vapori oporteat , ferventi aqua perfusae , expressque inter duas tabulas. Sic et impositae stoma- cho prosunt , et in febri contra nimios ardores. Sed splenicis e posca , ignibus saeris ex aceto , efficaciores quam aliud. Imponi oportet sic , ut sanas quoque partes spatiose operiant. Sanguinis profluvium sistunt ex aceto , aut frigida. Livorem ab ictu recentem ex aqua salsa ca- lida spius mutata tollunt, testium tumorem doloremque ex posca. Ad canum morsus utiliter contusae imponuntur ex aceto, aut frigida, aut melle, subinde humectand. African cinis cum porri sectivi succo sanguinem reji- cientibus haustu salis ex frigida prodest. Idem cinis vel um oleo vel aceto fronti illitus, tertianas tollit. Priva- tim africanae ex posca tumorem discutiunt. Omnium au- tem cinis cum pice crematarum, sanguinem sistit vul- nerum. Aliqui raras tantum , ad hoc cum pice urunt. Et oculorum causa comburuntur in cruda olla figulini ope- ris, plurimum proficiente eo cinere contra scabritias ge- narum, excrescentesque carnes, et quidquid opus sit ibi HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXI. 2 /,i la laine est molliente, et l'ponge la fois astringente et attractive , expulse les sucs funestes de la plaie. L'- ponge , soit sche , soit trempe dans l'oxycrat ou l'eau tide , s'attache autour du ventre de l'hydropique dont on veut mollement protger ou scher la peau. Elle est d'usage aussi dans les maladies o l'on a besoin de la vapeur de l'eau : alors , il ne faut que verser sur elle de l'eau bouillante et presser entre deux planches ; appli- ques de cette manire, elles sont excellentes dans les fivres chaudes. Rien de mieux , non plus , pour les maux de rate , que l'ponge imbibe d'oxycrat ; pour l'rysiple , on la trempe dans le vinaigre : l'application doit tre faite de manire que l'ponge dborde largement sur les parties saines. Avec du vinaigre ou de l'eau froide, l'- ponge arrte les hmorrhagies. Trempe d'eau sale chaude , que l'on renouvelle souvent , elle enlve les traces rcentes de meurtrissures; avec de l'oxycrat, elle dissipe les tumeurs et douleurs inguinales. On applique avec succs , sur la morsure des chiens , de l'ponge hache, humecte de temps en temps avec du vinaigre, de l'eau froide, ou du miel. La cendre d'pong d'Afrique , avale avec du jus de porreau et un peu d'eau froide sale, est un bon re- mde pour les crachemens de sang. En Uniment sur le front , avec du vinaigre ou de l'huile , la mme cendre gurit la fivre tierce. Imbibe d'oxycrat, l'ponge d'A- frique rsout les tumeurs. Quelle que soit l'ponge , sa cendre, avec de la poix, arrte le sang que versent les blessures. Quelques-uns , cet effet , ne brlent que les ponges pores larges. Cette calcination se pratique aussi dans une marmite de terre crue : elle est bonne pour les yeux, et parfaite pour les asprits des paupi- xvm. 16 itii C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXI. destringere, spissare, explere. Utilius in eo usu lavare cinerem. Praestant et strigilum vicem , linteolorumque , adfectis corporibus. Et contra solem apte protegunt ca- pita. Medici inscitia ad duo nomina eas redegere : afri- canas quarum frmius sit robur : rhodiacasque , ad fo- vendum molliores. Nunc autem mollissimae circa muros Antiphelli urbis reperiuntur. Trogus auctor est, circa Lyciam penicillos mollissimos nasci in alto , unde ablat sint spongiae. Polybius super grum suspensos, quietiores facere noctes. Nunc revertemur ad marina animalia et aquatilia. I HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXXI. 243 res , pour les excroissances ophthalmiques, et pour tous les cas o il faut dterger, resserrer, runir. Le mieux alors est de laver la cendre. Les ponges , dans les ma- ladies , font office de strigiles et de compresses. Elles ga- rantissent la tte des coups de soleil. Les mdecins , dans leur ignorance, ne leur donnent que deux pithtes, africaines et rhodiennes : les premires , disent-ils, sont plus fortes ; les secondes plus fines et plus propres aux fomentations. Les plus fines aujourd'hui se recueillent prs des murs d'Antiphellos. rogue atteste que, sur les ctes de Lycie, la haute mer se couvre, au lieu d'o l'on a enlev les ponges , de plumasseaux extraordinaire- ment fins , qui , suspendus sur un malade , lui font , se- lon Polyhe, passer des nuits tranquilles. Retournons maintenant aux animaux qui peuplent la mer et les eaux. NOTES DU LIVRE TRENTE-UNIME. Chap. I, page i5o, ligne i3. Nuium oblentu vitalem spiritum strangulant. L'expression est aussi exacte que pittoresque; mais ce qui suit, qu causa fulmina elidit , est absolument fautif. Le fluide lectrique , qui forme la foudre , ne s'chappe des nues qui le contiennent, que par des causes totalement trangres l'eau. Ligne 18. Edem cadentes omnium terra nascentium causa fiunt.... vires aquarum esse beneficii. Ici l'on croirait Pline inspir par le gnie de la physique et de l'agronomie modernes. Sans eau point d'humus, sans eau point de fertilit. Les larges irriga- tions, voil de toutes les conditions qui fcondent et amendent le terrain , la plus essentielle et la plus efficace. II, page i5, ligne g. Emicant bnigne pas simque in plurimis terris. En effet , indpendamment de celles dont se vante la France , tout le monde connat les eaux de Bath , de Bristol , de Tunbridge , de Buxton , de Matlok , de Cheltenham , d'Har- rowgat, de Scarborough, en Angleterre; d'Ischia, de Gurgitelli, de Pisciarelli, de Citaro, de Cappone, de Casliglione, d'Olmi- tello, en Italie; d'Arnedino , d'Alhama, de Ledesma, de Prexi- guero , de Boza , de Benzalemo , d'Alange , d'Alcantera, de Puerto-Llano, de Teruel, de Paracuellos-de-Xicoca, de Bafanco del Salto, de Fuencaliente, de Lugo, de Sacedon, etc., etc. Ligne 10. Alibi calid , alibi junct , sicut in Tarbellis aquiia- nica gente, et in Pj renais montibus , tenui intervallo discernente. 11 s'agit non pas de Tarbes , mais d'Acqs ou Dax (Aqu tarbellicae) , dans le dpartement de l'Arige ; ce lieu prsente le phnomne NOTES DU LIVRE XXXI. itf de cinquante-huit sources distinctes , qui ont chacune un nom ; mais que l'on runit en trois groupes , les eaux du Teix , celles de l'Hospital, celles du Couloubret. Dans la chane des Pyrnes se voient de mme une infinit de sources diverses et par la na- ture , et par l'abondance , et par la temprature des eaux. "Voici les principales : Aigues-Caudes , cinq , dont la temprature va de 22 a 38; Aigus-Bonnes , 3 (temprt., il 26 ); Bagnres- Adores , 2 ( temprt. , i5 25 ) ; Cambo , 1 , l'une dont les eaux sont sulfureuses, l'autre ferrugineuse acidule; Bagnres, 10 (temprt. , 29 4-7); Barges, 3 (temprt. , 25 36); Saint-Sauveur, 4- (temprt., 28 ); Cauteret, io (temprt., 24 4-i)i etc -> etc * Les quatre premires loca- lits appartiennent au dpartement des Basses-Pyrnes; les der- nires , celui des Hautes-Pyrnes. Page i5 , ligne i3. E cunctis animalium hominum tantum causa erumpentes. Encore une de ces exclamations qui nous font penser, en dpit de nous-mmes , aux vers de Boileau , Satire VIII : Bois , prs , champs, animaux , tout est pour son usage ; Lui seul de la nature est la base et l'appui , Et le dixime ciel ne tourne que pour lui. Toutefois avouons que les animaux , du moins notre connais- sance, ne font point usage des eaux minrales, et que ceux que nous avons soumis la domesticit ne consentent jamais les prendre l'intrieur. Ligne iJf.. Augent numerum deorum. En effet, il n'est pas une contre maritime o la mer n'et t divinise, et dans nombre de lieux , on a entour les grands dieux d'une foule de petites dits subalternes. Les Ocauides, les Nrides, les Tritons sont tous de ce nombre. Ce n'est pas tout : les lacs , les sources , les fleuves ont t transforms en dieux , et ces dieux , leur tour, ont eu tous un cortge. Dj , dans Hsiode , le nombre des fleuves diviniss s'lve prs de quarante. L'antiquit classique en nomme encore au moins autant. Puis viennent les nymphes Potamides , Ascanides , Cphissides , Ilissides , etc. , etc. , les nymphes Grnides ou Pges , les Limnades. Enfin une foule de hros , que la mythologie vulgaire noie , ne sont, au fond, que des divinits marines : Eurotas , Anna Perenna , Ene sont tous 2/,6 NOTES DU LIVRE XXXI. dans ce cas. Ce sont les Slaves surtout qui ont rendu hommage aux eaux. La Volkova , le Boug, le Bog, le Dniestre , le lac limon, le Volga (jadis Ethel), la Baltique (sous le nom de Voden-Ema , ou mre des eaux) ont t l'objet du culte le plus fervent et le plus minutieux. Page i52, ligne i5. Urbesque condunt, sicut Puteolos, etc. Urbes- que condunt se prend ici dans un sens troit, celui de donner son nom une ville btie. Pline aurait pu dire que l'eau lve des villes en ce sens que presque toujours les villes ont pour emplacement le fond de valle que baigne un fleuve, et surtout les confluens ou le voisinage de la mer. La nombreuse liste des villes qui com- mencent en latin par Aqu et par Portus, aurait pu lui en fournir beaucoup d'exemples. Au reste , c'est le premier de ces mots qui est sous- entendu devant Statill et devant Sexti. Puteoli vient de puteus , puits. Ligne 17. Nusquam tamen largius quant in Baiarto sinu, nec pluribus , etc. Ces bains sont encore trs-renomms. Deux causes seules nuisent leur vogue. La premire , c'est que l'on connat des eaux qui joutent en efficacit avec celles des Baie ; la deuxime , c'est qu'elles ne sont plus dans le voisinage de la ca- pitale du monde. A l'Angleterre seule et l'Allemagne peuvent appartenir des bains semblables ce que Baies fut autrefois, parce que seuls , ces pays runissent une aristocratie opulente , et qui ne sait quoi dpenser ses richesses , une civilisation trs- dveloppe. L'excellence des eaux minrales n'est donc , on le voit, qu'un des lmens les moins importuns de la vogue d'une localit quelconque. L'Italie , de plus , par sa forme la fois effile et peu large , n'offre nulle part , dans sa partie mridio- nale, de point que l'on puisse regarder comme centre. Si un mme empire comprenait , indpendamment de la France , l'Italie, l'Espagne, la Turquie europenne avec la Grce, l'Egypte avec Alger et Tunis , et que la navigation la vapeur fit disparatre les distances, alors peut-tre la belle pninsule o fut Baies pourrait esprer de runir l'lite des grands, des riches et des artistes sur ces rivages dlicieux o ni le sol , ni le ciel n'ont chang. On voit encore Baies les restes d'une maison de plai- sance de Nron. NOTES DU LIVRE XXXI. il x 7 Page i5a, ligne 18. Ali-sulphuris , ali aluminis, ali salis, etc. C'est ici le lieu de tracer les premiers linamens de la classification des eaux minrales. Elles se distinguent sous deux rapports divers , savoir : celui de la temprature (en chaudes et froides) et celui de la nature chimique des eaux (en sulfureuses, acidules, aci- dules ferrugineuses , salines). De l , le tableau suivant : T. Eaux minrales sulfureuses. 1. Sulfureuses chaudes. 1. Sulfureuses chaudes qui laissent chapper du gaz hydrogne sul- fur , sans que le soufre se prcipite par les acides. 3. Sulfureuses chaudes , mais dont le soufre se prcipite par les acides. 2. Sulfureuses froides. 3. Sulfureuses froides dont le soufre se prcipite par les acides. 4- Sulfureuses froides dont le soufre ne se prcipite pas. II. Eaux minrales acidules. 3. Acidules chaudes. 4. Acidules froides. III. Eaux minrales acidules ferrugineuses. 5. Acidules ferrugineuses thermales. 6. Acidules ferrugineuses froides. IV. Eaux minrales salines. 7. Salines froides. 8. Salines thermales. Page i5a, ligne 20. Vapore quoque ipso aliqu prosunt. Cet effet n'a rien d'tonnant. En gnral, ds que les eaux thermales passent 37 ou 38 centigrades , elles commencent produire des effets qu'il faut rgler avec circonspection. Or, il n'est pas rare que les eaux dpassent cette temprature. La note, page 24.5 , en offre mme deux ou trois exemples , et il en existe quantit d'autres. Les eaux de Chaudes-Aigus , dans le dpartement du Cantal , ne sont pas moins de ioo ; celles d'Acqs (Arige) s'lvent g3; celles de Dax (Landes) 75-, celles de Bourbon-l'Archam- bault 72 et plus haut, celles de Bourbon-Lanci et de Saint- Laureut-Ies-Bains 60 et 63 ; celles de Balaruc 60 ; celles du Mont-d'Or et de Bagnols 56; celles de Rennes-les-Bains 248 NOTES DU LIVRE XXXI. 55 ; celles de Nris et de Luxeuil 5a; celles de Cauterets 5i. Il en rsulte que les bains, dans les eaux thermales , se pre- naient de deux manires , tantt dans l'eau , ce qui ne veut pas dire dans la source mme, tantt dans la vapeur : Balaruc , les bains de cuve, qui vont bien rarement 5o, augmentent la transpiration au point de la rendre quarante fois aussi abondante que dans l'tat ordinaire : les bains d'tuve sont 3j. Page i52 , ligne 23. Posidian vocantur. Il ne faut pas s'ima- giner ici que le nom de ces eaux ait quelque chose dmler, soit avec Posidon, Neptune, soit avec l'antique ville de Posido- nium, depuis Pstum, et aujourd'hui Pesti, dont les murs, de trois milles de tour, offrent encore l'antiquaire de si belles rui- nes. Un eunuque de Claude, Posids, possesseur sans doute de quelque riche villa, appele, du nom du matre, Posidianum , dcouvrit probablement cette source si chaude, et lui imposa son nom. Sutone {Vie de Claude, chap. xvni) parle de Posids. Ligne 24. Obsonia quoque percoquunt. C'est encore un fait tout simple , quoique ce soit un de ceux qui nous arrachent une ex- clamation sur les inpuisables bienfaits de la nature , qui , sans cesse , jette sous nos pas tant de dons utiles , tant de fleurs char- mantes. A Chaudes- Aigus aussi on voit des paysans faire cuire des ufs la source : quelques minutes sont suffisantes pour les durcir. On peut de mme placer dans l'eau, sous enveloppe m- tallique , les viandes qu'il s'agit de faire cuire. Des villages en- tiers pourraient ainsi , l'aide de l'eau convenablement distri- bue par des tuyaux de conduite, conomiser une partie des com- bustibles qu'ils dpensent. C'est ainsi que la dcouverte d'un puits de gaz hydrogne a pargn plus d'une fois une localit pres- que tous les frais de chauffage : la Chine en offre beaucoup d'exemples. De mme les sources de naphte de Bakou sont, pour le gouvernement despotique qui rgit ce pays , et qui vend le naphte , une source de revenus considrables. En Russie , dans la pninsule d'Apchron , on s'claire en partie avec cette sub- stance , et mme chose a eu lieu dernirement aux Etats-Unis. Ligne 25. V aporanl et in mari ipso... On peut le croire, quoique nous ne connaissions plus le gisement exact de ces eaux. Tout le littoral de la province de Naples et de la terre de Labour a t NOTES DU LIVRE XXXI. 4g agile par des volcans; et la valle profonde que couvre l'anlique mer de Sicile, ainsi que celle deTyrrhne, est encore travaille par des volcans sous-marins , tmoin l'apparition de cette le phmre de Julia Nerita si promptement ressaisie par les flots, dans l'anne i83i. III, page i54-, ligne 4- Generatim nervis prosunt pedbusve , etc. Ces effets ne sont pas aussi gnraux que le pense notre auteur. Les eaux salines et acidules offrent des avantages dans les affec- tions nerveuses, telles que hypocondrie, hystrie, etc., dans les gouttes, dans les rhumatismes : dans le dernier cas , la haute temprature des eaux est au moins aussi essentielle que leur nature. Les eaux sulfureuses russissent surtout pour les affec- tions cutanes. Les eaux ferrugineuses sont admirables pour la dsobstrnction des voies de la digestion , et comme toniques. Ligne 5. Inaniunt alvos. C'est ce que nous venons d'indiquer. Les eaux ferrugineuses surtout possdent cette proprit. Sti- mulant lgrement les solides , elles ouvrent les mats urinaires , communiquent de l'lasticit aux membranes intestinales, rsol- vent ou empchent de se former les acides qui tendent s'en- gendrer pendant la digestion , et loignent ainsi du corps ces irritations anomales desquelles rsultent la langueur des viscres abdominaux , la constipation , le dgot. Les eaux de Bade sur- tout ont de la clbrit sous ce rapport. Ligne 5. Sanant ruinera. Voici comment : c'est qu'elles don- nent du ton aux fibres musculaires , et que par l elles acclrent le travail de la reproduction des chairs. La localit la plus clbre par cette proprit vraiment merveilleuse est Barges, dont les eaux sulfureuses achvent la gurison des blessures avec une rapidit qui tient du miracle. Aussi ont-elles une rpu- tation europenne parmi les militaires. Les Eaux bonnes dans le dpartement des Basses-Pyrnes sont vantes aussi dans le mme cas. Ce sont elles qui reurent des soldats de Jean d'Albret, aprs la bataille de Pavie, le nom d'eaux d'arquebusade. Ligne 6. Capiti auribusque privalim medentur. On a plusieurs exemples de surdits gurie par les douches d'eau salines , du moins lorsque celte surdit n'est pas encore invtre. A Bala- a5o NOTES DU LIVRE XXXI. rue, les baigneurs sont dans l'habitude de s'injecter de l'eau dans les oreilles, et, trs-souvent, ces injections dtachent et entranent en dehors des matires inertes qui obstruaient le mat auditif. Les douches d'eau de Balaruc s'administrent aussi , avec beaucoup de succs , dans les douleurs chroniques et priodiques de la tte, mais hors le temps du paroxysme. Elles ne sont pas moins efficaces dans le traitement des vertiges oecasions par un froid la tte. Page i54, ligne 7. Oculis vero Ciceronian . Cet effet n'a lieu que dans les cas o l'ophthalmie n'a d'autre cause que l'inflam- mation de la conjonctive. Ligne g. Quant et vocabat M. Cicero Academiam. Il l'appelait aussi Puteolanum , comme la villa de dmes, Cumanum , et celle de Tusculum, Tusculanum. Ligne 10. Voluminibus ejusdem nominis. Ses Acadmiques (Qu- sliones academic) dont nous ne possdons plus que deux livres. Ligne 1 1 . In qua et monumenta sibi instauraerat. Il est fcheux de ne pas savoir quels monumens. L'orgueil naf du parvenu d'Arpinum s'tait sans donte peint merveille dans la disposition de ces difices qui durent tre ou quelque petite chapelle, sacel- lum, lararium , ou une espce de temple-bibliothque o il n'y avait de place que pour ses uvres en vers et en prose , ou enfin un monument funraire o il ne manquait que son pitaphe. . . . si elle manquait. Ligne i4 Antistio Vetere possidente. Hardouin rappelle que cet ntistius Vtus gra le consulat, en l'an 5 de notre re, avec D. Llius Balbus. Mais, entre cette poque et celle de la mort de Cicron , qui eut lieu en 4-3 avant J.-C. , prs d'un demi-sicle s'tait pass. Ce n'est donc pas sous le consulat de l'illustre possesseur que put avoir lieu l'apparition des eaux chaudes ophthalmiques de l'Acadmie : exiguo post obitum ipsius ne souffre point d'ambigut. Ligne i5. Laure Tullii. Cet affranchi faisait aussi des vers grecs. Il y a de lui une pigramme la louange de Sapho dans V Anthologie , liv. III, ch. 25. On devine que le nom de Tullius a t impos par le matre l'affranchi aprs l'affranchissement : probablement celui de Laurea tait aussi de la faon de Cicron , NOTES DU LIVRE XXXI. sji qui, en sa qualit de pote et mme d'orateur, avait de grandes prtentions au laurier, et qui d'ailleurs sentait un si vif besoin d'avoir ce mot la bouche , qu'il le nomme mme pour lui faire mettre pavillon bas devaut l'loquence : Cdant arma tog ! concdt laurea lingu ! Un pote ordinaire aurait oppos la langue, la voix la lance qui menace , l'pe qui donne la victoire ou au moins la trom- pette, qui, elle aussi, retentit au loin; et nous aimerions bien mieux entendre le versificateur clore son hexamtre par concdt lartcea lingu , concdant luccina lingu , si tant est que l'on tienne concdt , ou par cedat tuba martia lingu , ou mme au pis- aller, par un hmistiche la Ennius : Cedat taratantara linguae '. Page i54-, ligne 22. Academi. La pnultime est longue, en dpit de Claudien qui , dans un ses pangyriques, l'a faite brve ; et la preuve que Laurea ne pche point contre la quantit, c'est qu'en grec on disait 5 Ajc* TeS'it T0V7C ' AwW S'i^KTl , Ket Ta, \xQoVKO. KciXovfiSva, fsl v^ato. \,V)(j>cl gx. toxkw Ttiyav , k. t. A..), mais par Martial , qui semble prendre plaisir lever tous les doutes par ses priphrases : Itur ad Herculei gelidas qua Tiburis arecs Canaque sulphureis Albula fumt agris. Lib. i , epigr. i3. et par Vitruve (liv. VIII, chap. 3, in Tiburtina via flumen Albula), et par des inscriptions trouves sur la voie Appienne {voyez dans Reines., p. 240 et ig3), et pourtant on sait qu'Albula tait le nom ancien du Tibre. Mais toujours, il y eut une espce de con- fusion entre l'affluent et le fleuve principal , et de nos jours en- core , on voit le Tibre s'appeler Tevere , et l'Anio , Teverone (ce qui, soit dit en passant, signifie le grand Tevere). Ligne 17. Cutili. Strabon les nomme Cotiscolies ; Cclse les distingue en Cutilics et Subcutilies. C'taient des eaux alumi- neuses. a54 NOTES DU LIVRE XXXI. VII, page i56, ligne ai. Thespiarum fons conceptus mulieribus reprsentat. Peut-tre est-ce dans cette fontaine que l'on baignait la Vnus de bois, fameuse Thespies.On sait que c'est dans cette ville que naquit le culte des Grces. Vnus sortant des flots, pure de souillure et luisante , tait salue du nom de Charis ( de l , par la suite des temps , les Charits ou Grces) ; mais cette Charis avait t , dans l'origine , une Gntyllide ou Gnratrice , une Kliade (xwaop, le membre). Ligne 22. Elatum. Pausanias crit Eha.i, ccAcp?, en grec, signifiait les taches blanches de NOTES DU LIVRE XXXI af5 la peau. Ce nom , qui rappelle plioniqucment VAlbus des La- tins , drive , dans la ralit , du radical qui a donn au grec commun httco , et signifie , en gnral , pelure , parce que ces espces de taches ou d'caills blanchtres de la peau sont comme autant de lambeaux , de pelures. On assurait aussi que l'Alphe de l'lide, l'Alphe dePindare, le Roufia de nos jours, avait la mme proprit , et que son nom n'eut point d'autre origine. Voici ce qu'en dit Strabon (liv. vin) : a.ar\ eT x.c rhv 'AAtpe/r kmo twj Tcv khtyoov Sepcfn-eias ovtco ^upavo/^xs-cti. Il est clair que ces eaux taient sulfureuses. Page i58, ligne 6. Cjdnus Cilic amnis podagricis medetur. Yi- truve en dit autant (liv. vm, chap. 3), et mme, comme Pline, il oppose les eaux de ce fleuve celles de l ville de^Trzne, qui taient de si mauvaise qualit, que tout le monde y tait affect de la goutte. 11 est permis de rvoquer en doute cette dernire partie de l'assertion que nous jettent de concert l'architecte et le na- turaliste. Ligne 9. Timgri...... calculorumque vitia. Ce sont les fameuses eaux de Spa. La description de Pline a toujours t cite comme un modle d'lgance pittoresque et d'exactitude. Nous savons qu'il connaissait ce pays o il avait long-temps voyag. Ligne i4> Leucogi fontes. C'est la source du mont Pausilype (Posilippo). Ligne 16. Cicero in Admirandis posuit, etc. Il ne faut pas s'ima- giner qu : Admiranda ait t ici un titre d'ouvrage , puis par suite de cette ide , souponner que Pline cite mal son autorit , et qu'il et d nommer Varron , de qui l'on avait un recueil inti- tul 7ot QaV[.cL9 et Ovide , dans la longue leon de philosophie et de physique qu'il fait dbiter par Pythagore , ne manque pas de dire : Crathis et huic Sybaris nostris conterminus arvis Electro similes faciunt auroque capillos. Metam. , x\, v. 3i5. XI, page 160, ligne i3. Ad Trophonium deum. Aux environs de la ville de Lbad , aujourd'hui Livadie. On croit que la ville actuelle occupe l'emplacement du bois sacr jadis ddi au dieu. Un voyageur moderne croit avoir retrouv , dans la montagne voisine , et la caverne double tage dans laquelle les ministres de l'oracle faisaient passer leurs consultans, au milieu d'paisses tnbres, et les deux ruisseaux o l'on puisait successivement de l'eau pour eux, et dont les noms (Mnmosyne et Lth) indi- quaient, selon les uns, qu'ils devaient ne penser qu'aux choses divines, et perdre le souvenir des choses de la terre; selon les autres , qu'ils devaient se souvenir jamais des grandes leons de silence religieux , de puret morale , de foi qu'ils recevaient dans ce sanctuaire tellurique , et ne point se souvenir, au con- traire , de tout ce qu'ils pouvaient souponner des mystres du lieu saint. On aurait tort, nous le pensons, de souponner que les deux sources , dont il est ici question , taient des bassins creuss de main d'homme , comme trs-souvent aux Indes les Khounda que l'on voit auprs des pagodes. Nous prsumons , au contraire , que ceux qui les premiers tablirent un oracle si lucratif, profitrent des ressources que leur offrait la localit, et mme que c'est l'tat des lieux qui leur inspira l'ide d'exploiter les crdulits contemporaines comme ils les exploitrent si long- temps. Le seul artifice dont ils firent usage , relativement aux NOTES DU LIVRE XXXI. a5 7 eaux, consistait mdicamenter leur faon la coupe d'oubli , que sans doute ils s'efforaient de rendre non pas enivrante, mais tourdissante et aple produire la Ijmphatio. XII, page 160, ligne 17. Cescum, et non Crescum, comme le portaient les anciennes ditions. Le nom du fleuve signifie in- telligence, esprit. Il est possible que l'eau de cette rivire calmt les vertiges ou acclrt le cours du sang, et ajoutt ainsi, par contre coup , la nettet , la facilit des perceptions. L'on exagra cet effet; et l'on conclut que l'eau du Nus donnait de l'esprit. Il est croyable que le nom de Nus ne fut point donn aprs coup la rivire, pour indiquer la vertu que l'on attribuait ses eaux : au contraire , les Grecs , en arrivant en Cilicie , fu- rent frapps du nom indigne qui , dans leur idiome , signifiait esprit, et grce cette concidence frivole, se plurent rpter que les eaux du Nus dveloppaient l'intelligence de ceux qui en buvaient. Dans la suite , tu es de Cesc devint un proverbe vulgaire, synonyme de tu es un sot. C'est ainsi que nous disons vulgaire- ment : Le mal de tte est le mal des beaux esprits; les imb- cilles s'en ressentent. Page 162, ligne 1. At in Cea insula fontem esse , quo hbts fiant. Ariston le pripatticien avait rapport le mme fait ; et Sotion , qui le mentionne d'aprs lui , cite une pigramme ce sujet. Ligne 2. Zam in Africa, quo canor voces. C'tait un conte forg sans doute par les prtres , et qui tenait quelque ide re- ligieuse sur la corrlation du cbant et des eaux. Les eaux mur- murent ; le chant semble couler, rouler. On dit aujourd'hui roulade; on disait: Liquidum fertur ab ore inelos. Et les Muses siciliennes furent toutes des fleuves ( Cephiso , Nilo , Pactolo, Heptaporo , Acheloo , etc.) ; et les Sirnes , ces enchanteresses des mers d'Italie , furent des desses des eaux identifies aux brisans et aux houles qui viennent bruire sur eux en tourbillonnant; et le nom de Camnes, en latin Camn , si plaisamment tir par Varron de cano amna, n'est autre que celui de Camasene ou Camesne , la mer, pouse de Janus , le temps. xviii. 17 a58 NOTES DU LIVRE XXXI. XIII, page 162, ligne 4- Vinum in tdium venire , etc. Et l'on ajoute que la cause de ce phnomne, c'est que Mlampe, aprs avoir guri les Prtides , moyennant les deux tiers du royaume de Mgapenthe pour salaire, jeta les rsidus, l'arrire-faix de leurs humeurs noires dans la fontaine en question. Notons ici le nom de la fontaine , qui n'est peut-tre pas sans rapport avec les vertiges hystriques ou l'hypochondrie ou la nymphomanie des princesses argiennes. Puis , ceci pos, reportons-nous l'expul- sion miraculeuse du diable Lgion , chass par notre Sauveur du corps d'un pauvre Juif ou Samaritain qu'il rencontra sur sa route : banni, par la force de l'exorcisme, du domicile dont il s'tait empar, le dmon ne pouvait pourtant rester sans loge- ment, comme 1' Animula vagula , blandula , frigidula , nudula de Son Eternit l'empereur lius Adrianus Augustus : Jsus l'en- voya provisoirement dans les corps d'un troupeau de cochons, qui soudain , et au grand dsespoir du (yvCna-s, allrent se pr- cipiter dans les eaux du torrent voisin. La comparaison des deux lgendes , qui ont servi de type a tant d'autres , occasionera sans doute quelque mfiance sur la vracit de l'anecdote relative aux Prtides, d'autant plus que quelques mythologues nomment, comme ayant reu les Kctup/uctra. de ces surs de Mgapenthe , l'Aiphe ou bien l'Anigre. Nous ne pouvons donc qu'approuver Ovide , qui , peu satisfait de l'explication tire de Mlampe et de ses augustes clientes , essaie de trouver une autre raison au miracle : Clitorio de fonte sitim quicumque levant Vina fugit , gaudetque meris abstemius undis ; Seu vis est in aqua calido contraria vino , Sive , quod indigente memorant , Amylhaone nalus Prtidas altonitas postquam per carnien et herbas Eripuit furiis, purgamina mentis in illas Misit arjnas , odiumque meri permansit in undis. Metam. , xv, v. 3a 1. Malheureusement nous trouvons que la raison nonce dans le NOTES DU LIVRE XXXI. 2 5o_ troisime vers , seu vis est in aqua , etc. , ressemble beaucoup la rponse qu'Argan , dans notre Malade imaginaire , fait l'inter- rogateur qui veut savoir Quare Opium facit dormire , et qui, pour toute solution, reoit, en beau latin macaronique, c'est--dire quasi-scolastique , les vers suivans : Quia est in eo virtus dormitiva , Cujus est natura Sensus assoupire. Srieusement parlant , il est possible que certaines eaux in- spirent comme de l'antipatbie pour le vin. Il n'est personne qui n'ait prouv, par exemple , qu'aprs certains alimens, les uns sucrs, les autres acides, le vin semble mauvais. Il est superflu de dire que de deux choses l'une : ou, dans l'hypothse de Pline, l'effet ne durait que trs-peu de temps , ou bien le malade tait depuis long-temps au rgime de l'eau clitorienne. Cette eau , s'il est permis d'exprimer ici un simple soupon , tait ou acidule , ou sulfureuse. On sait qu'il existe quelques-unes de ces eaux qui ont un got d'ceufs pourris: quelques autres, moins nausa- bondes, se rapprochent de la saveur du petit-lait. Ni les unes ni les autres ne disposent s'administrer l'intrieur de copieuses douches de Montefiascone ou de Madre. Page 162 , lign 5. Theopompus, inebriarifontibus Us quos dix- mus. Ces sources sont au nombre de trois : i celles du Lynceste; 2 celles des coteaux de Falerne; 3 celles de Cals. Ne doutons pas que l'ivresse, dont il est ici question, ne se rduise aux vertiges et aux tourdissemens dont quelques autres eaux nous ont dj offert l'exemple , et surtout comprenons bien que les vignerons et les propritaires des beaux clos de Falerne et de Cals , ne rvant que vin et vendange , orgies et ivresse , aient substitu le mot ebrius ou temulenlus celui de lymphatus. Dans leur nave exagration, les bons paysans devaient dire : Nos collines sont si vineuses que jusqu' l'eau chez nous enivre. Ligne 6. Mucianus Andti e fonte Liberi patris , etc. Mucien , trois fois consul , aurait d s'apercevoir que c'tait une super- 7- z6o NOTES DU LIVRE XXXI. chrie des ministres de Bacchus. Ce miracle rappelle celui qui se passait tous les ans Naples, le jour de la fte de saint Janvier, avant que l'arme franaise n'et conquis la capitale du royaume des Deux-Siciles, et qui, ce que nous croyons, s'y clbre encore aujourd'hui (Vojez\ady Morgan, l'Italie), mais qui, au fond, n'est, comme beaucoup d'autres jeux d'enfans , qu'un jeu renouvel des Grecs ou d'autres peuples tout aussi nouveaux. A Byblos , lors de la clbration des Adonies , le fleuve Adonis roulait du sang au lieu d'eau pure, et ce sang passait pour celui d'Adonis. XIV, page 162, ligne 10. Polycritus explere olei vicem juxla Solos , etc. Ce sont des sources d'huile de ptrole. Nous en avons dj touch un mot au commencement de ce livre. La Hongrie, l'Iran, les bords de la mer Caspienne en ont beaucoup. Vitruve, qui rapporte les mmes faits que Pline (1. VIII , chap. 3), rem- place la fontaine par une rivire laquelle il donne le nom de Liparis. Afraps , en grec, signifie luisant, d'un luisant huileux, et a peut-tre t la base du nom donn au fleuve. En revanche, un peu plus bas , il change la source de Pline en un lac. Ligne i3. Ecbatanis. Ceci n'est point tonnant. C'est l'abon- dance des sources de naphte et de ptrole , dans toute l'tendue du plateau de l'Iran , qu'est due l'origine de ce culte rendu au feu par les Mdes , les Bactrians et les Persans. A Bakou , la source de naphte a une telle puissance que, close dans une en- ceinte de plus de cent pieds carrs, la flamme sort et par le tuyau du milieu, et par les quatre tuyaux angulaires de l'Atechgah , vingt-deux et vingt-quatre pieds au dessus du niveau du sol. XV, page 162, ligne 19. Scalenlem albis serpentbus vicenum cubitorum. Juba s'tait laiss tro:nper par les voyageurs. Il n'existe en Afrique de serpens de trente pieds que les boas , bien plus communs d'ailleurs en Amrique que dans l'ancien monde. Les voyageurs auront appliqu aux reptiles des lacs troglodytiques ce qu'ils savaient du boa. Ce n'est pas tout : taient-ce bien des serpens que les animaux aquatiques dont le fond des lacs tait en quelque sorte pav? Nous en doutons, et il nous semble bien NOTES DU LIVRE XXXI. 261 plus probable que c'est surtout de congres , de murnophis ou d'autres apodes de grande taille qu'il s'agit ici. Sans doute ces poissons formaient comme des bancs entiers, et peut-tre mme est-ce cette circonstance qu'est due l'erreur qui leur a fait at- tribuer eux-mmes cette taille de vingt coudes laquelle nous ne croyons pas. XVI, page 164, ligne 7. Clccon et Gelon. Ces mots veulent dire qui pleure (jtAet/W) et qui rit (yexav). Ce sont des fontaines magiques , imagines sous l'influence de deux ides thologiques qui ont fait le tour du monde : i le dualisme; 2 que tout mane de l'eau , que tout doit se rabsorber dans l'eau , et par suite , que l'eau est le symbole et mme l'agent universel. Ci-dessus dj les fontaines nous ont offert le con- traste du blanc et du noir, qu'elles communiquent au pelage ou aux chairs ou la peau ; prsent, c'est l'opposition de la joie et du deuil, du rire et des larmes. Ce contraste se retrouve partout : les Juives pleurent Thammorez, puis dansent en proie une joie dlirante ; Byblos clbre la passion et la mort d'Adonis , mys- tre douloureux, puis sa rsurrection et son retour, mystre joyeux. Crs cherchant en vain par monts, par vaux, sa fille Proserpine, arrive, excde de fatigue , en Attique , et s'assieu sur la pierre Aglaste (o l'on ne rit point); puis la vieille Baubo , en lui tournant ce que par dcence nous nommerons le dos, la dride, la dtermine prendre un sige, o elle rit cette fois, et a le plaisir de la voir avaler, en femme qui n'a rien pris depuis huit jours , et que dvore une soif paisse , l'norme cuelle de cycn que lui prsente sa main hospitalire. Et en commmoration de ce grand vnement , en commmoration aussi des brocards lancs par !e rieur Ascalabe l'errante et affame desse , les mystes , au retour de la procession solen- nelle qui allait d'Eleusis aux murs d'Athnes et d'Athnes Eleusis, faisaient assaut de plaisanteries au passage d'un pont qui servait en quelque sorte de reposoir. Cet pisode des mys- tres se nommait le Gphyrisme (yeqvpa., pont), et il parat que franchir ce pont sans tre en butte un cataclysme de saillies fescenuines , mauvaises ou bonnes , tait aussi difficile que de a6a NOTES DU LIVRE XXXI. franchir l'quateur sans recevoir, de la faon des matelots , le sacrement de baptme. Si mme alternative de joie et de tristesse animait les mystres de la grande nation des Phrygiens, les deux fontaines KacuW et Tehv n'ont rien qui doive nous tonner. Aprs la pluie , le beau temps. Page 164 , ligne 8. Cyzici.... Mucianus crdit. C'est comme si nous disions que le pre Tiraboschi a cru qu'il y avait, au temps de Charlemagne , es la moult espaisse et ombreulse fourest des Ardennes, deux fontaines dont Tune inspirait l'amour, tandis que l'autre faisait har. Anglique et Renaud gotrent de l'une et de l'autre : malheureusement ils n'en gotrent pas en mme temps, et il en rsulta i que Renaud dtestait Anglique lors- qu'elle et donn pour lui son royaume de Cathai , ses joyaux et son bon destrier, et 2 qu'il se mit l'aimer sitt qu'elle com- mena , elle aventureuse princesse , sentir pour lui autant d'an- tipathie et de dgot qu'elle avait prouv d'amour. Nous croyons que le cardinal d'Est, s'il et vcu du temps de Mucien , et qu'il et lu les mmoires du ministre trois fois consul , aurait eu bien de la peine retenir sa clbre exclamation : Ma, messer Muciano, donde cuete preso , etc. XVII , page 164 , ligne i3. Sunt et Matliaci in Germania fon- tes. Ce sont les eaux de Wisbaden aux environs de Mayence. XVIII, page 166, ligne 3. Contra in Afric lacu Apuscidamo omnia fiuilant , nih.il mergitur. Ces effets , exagrs par les anciens , appartiennent surtout l'eau de la mer Morte dont la pesanteur spcifique est de 1,2111, c'est--dire de plus d'un cinquime su- prieure la pesanteur spcifique de l'eau distille. Voyez liv. v. Pour le lac Apuscidame, nous ne le connaissons pas; mais l'in- trieur de l'Afrique quinoxiale , au rapport de M. Douville , possde un lac (le Kalounga Kouffoua ou simplement Kouffoua) , dont le nom veut dire lac mort, et qui reproduit , sur une grande chelle , tous les phnomnes de la mer Morte. Sa surface est couverte de bitume et de naphte; aucun poisson ne vit dans ses eaux , qui ont un got huileux et dont les exhalaisons occa- siouent une toux assez forte ; les moutagues voisines au nord NOTES DU LIVRE XXXI. a63 et au sud exhalent de mme une odeur ftide qui leur a fait don- ner le non de Molounda gia iaba risoumba , ou monts des Mau- vaises-Odeurs. La vgtation est presque nulle dans les environs. Page 166, ligne 10. Olachas in Bithjnia Bryazum allit {hoc et templo et de.o nomen) : cujus gurgilem perjuri negantur pati. C'tait une espce de jugement de Dieu. Ce mode bizarre de procder ne date pas du moyen ge , on le voit. Il en existe bien d'autres exemples, sans parler de ceux que peut fournir la mythologie hindoue (entre autres celui de la belle Sita, prouvant son poux , par l'preuve du feu , que le souffle empest du harem de Ravana, dans Ceylan , n'a point terni la fleur de sa puret conjugale) ; on peut indiquer encore les deux Delli ou lacs sul- fureux des frres Paliques en Sicile. Quant au dieu nomm par Pline , on ignore absolument son essence et son origine. Il est possible pourtant que ce nom soit une corruption, soit de Phrixus y soit de Phrygiens {Briges dans l'origine) : et ici no- tons que Briges a t rapproch, soit du lgislateur hindou Bhri- gou , soit du Scandinave Braga. Ligne 12. Fontes Tamarici. Voyez liv. IV, chap. 34- Ligne i3. Trs sunt.... Tn Juda n'eus sabbatis omnibus sicca- tur. Ce sont des fontaines intermittentes. Pline lui-mme en a dj fourni des exemples , liv. Ji , chap. 106. On en connat en core un grand nombre. Ce sont, entre autres : i en Angle- terre , celles de Giggleswich dans le comt de Dvon ; de Bux- ton , dans le comt de Derby ; une autre prs du Loder, dans le Westmoreland , et surtout celle de Laywell , prs de Brixam (Devonshire) ; 2 en Allemagne, le Bolderborn , prs de Pa- derbon (Transact. philo soph. , i665 , n 7) ; en Italie, celle de Haute-Combe, en Savoie, presque sur les bords du lac Bourget; 4 en Suisse, celle An dem Burgenberg , qui coule du pied d'une montagne dans le canton d'Unterwalden ; celle d'Henschen , dans le canton de Berne; et celle de Lugebach (c'est--dire ruisseau de mensonge), qui est aussi dans le canton d'Unterwal- den (ScHEUCHZER, Itinera Alpina); 5 en France, celle que l'on trouve sur le chemin de T ouillon Pontarlier, dans le d- partement du Jura , et que l'on nomme Fontaine-Ronde ( elle est thermale) ; celle de Colmars, aux environs de Senez ; celle de 264 NOTES DU LIVRE XXXI. Fronzanche, entre Sauves et Guissac, dans le dpartement du Gard ; celle de Vessan , une demi-lieue de Rochebrune, non loin de Bziers ; celles de la Godinire, en Poitou ; de Dorgues, deux lieues et demie de Castres ; de Marsac , prs de Bor- deaux ; de Varins , prs de Saumur. Varenius (ch. XVII , prop. 18) place au Japon une fontaine thermale et priodique dont les coulemens se rptent deux fois par jour, et durent une heure ; l'eau sort avec imptuosit et forme , prs de l , un lac br- lant. Son eau , ajoute-t-il , est plus chaude que l'eau bouil- lante. Conf. aussi Bernier , Vojr. au Cachemire, page 160; et Kroczinski, Hist. nat. Polon. On comprend merveille qu'aux yeux du peuple les fontaines intermittentes aient t des mi- racles perptuels, et qu'elles aient donn lieu une foule de croyances absurdes. On est convaincu, en Savoie, que la fon- taine de Haute-Combe ne coule que pour certaines personnes, et M. lwell a trouv les mmes ides dans les habitans de Brixam , au sujet de la source de Laywell. Scheuchzer assure de mme que les montagnards d'Engschirn regardent comme indubitable la proprit qu'a la fontaine de cesser de couler, lorsque l'on y lave quelque chose de sale ; et , chose plus singu- lire , dans son cinquime voyage, il semble presque branl par les tmoignages qui ne lui ont arrach qu'un sourire d'in- crdulit dans le second. Les fontaines intermittentes ont pass , de plus , pour annoncer l'abondance ou la strilit de l'anne. Les raisons physiques qu'on a tent de donner l'appui sont pauvres. Il est probable que , pour ce genre de prdictions , comme pour celles qui ne regardaient que les individus, les prtres en possession de la source, et au fait de la priode pen- dant laquelle l'eau tour--tour coulait et s'arrtait, usaient de la supriorit de leurs connaissances pour duper le public. Il ne s'agissait , pour cela , que de calculer avec justesse l'instant des retours, et d'chelonner les audiences donnes aux consultans , en prsence de la fontaine , de manire faire couler les eaux en prsence des amis , des gens pieux et riches offrandes , des privilgis de la fortune et de l'ordre politique, et au contraire, de manire les retenir devant les impies, les athes, etc., etc. Tous les physiciens, aujourd'hui , s'accordent voir, dans les NOTES DU LIVRE XXXI. 65 fontaines intermittentes , un rsultat naturel de la thorie du siphon. Assez long-temps il y avait eu partage entre ce systme et l'explication de ceux qui voyaient dans la priodicit des fon- taines un effet des flux et reflux de la mer. Cette opinion tait vraiment insoutenable. Toutefois, il n'est pas absurde de voir, dans les variations de quelques fontaines, des effets de ce genre, mais ils sont rares ; la croissance et la dcroissance des eaux s'accorde alors avec les mares ; enfin , la source se trouve tout- -fait dans le voisinage de la mer. Tels sont les Bagni di Monte Falcone , fontaines thermales l'embouchure du Timave, deux traits d'arbalte de la mer. Pline en a dj parl plus haut (liv. Il, chap. io3; et liv. III, chap. 36). Conf. Cluvier, lialia anti- r/ua , lib. I, chap. no. Relativement au ruisseau Sabbatique, Jo- sphe dit tout le contraire de Pline : Le liquide , dit-il, coule le jour du sabbat ; la fontaine est sec le reste du temps. Le fait important , l'intermittence , n'en est pas moins fortement ex- prime, et la priode dans un cas comme dans l'autre est de sept jours. Elie de Thisbe , qui rapporte le fait comme Pline , ajoute une tradition curieuse : Les eaux, dit-il, parleur force et leur imptuosit, emprisonnent les dix tribus et les emp- chent d'aller violer le jour du sabbat. Suivant le mme lexico- graphe , la rivire Sabbatique tait le Goza : Holstein, dans une lettre ex professo de Sabbaihio flumine , prononce que c'tait l'- leuthre ou du moins un de ses affluons. XIX, page 168 , ligne 3. Scribit essefontem, ex quo nigros pisces illico mortem adferre in cibis. On a beaucoup parl de pois- sons venimeux , et plus on en a parl , moins on a t tent de croire leur existence. Tout au plus serait-ce certaines poques de l'anne que l'animal deviendrait dangereux. C'est surtout aux Antilles et dans quelques autres contres de l'Am- rique, que l'on a prtendu que les espces toxicophores taient en assez grand nombre. Au reste , jusqu'ici , ce sujet est rest envelopp de tnbres. Quant la nuance de la peau des pois- sons , il est croire que Pline dit noir au lieu de gris. Toutefois , nous ajouterons que, dans les Cordilires du Prou, l'on a vu quelquefois les volcans rejeter, indpendamment des laves , des 266 NOTES DU LIVRE XXXI. cendres et des scories , quantit de petits poissons noirs , dits prehadiUas, qui vivent par milliers dans des lacs souterrains. Ces poissons arrivent terre inanims et livides. Il est croire que l'on n'en mangerait pas impunment. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils se dcomposent avec une rapidit extrme , et que l'on craignit une pidmie dans le pays, lorsque, en 1691 , le volcan demi teint d'Imbabourou rejeta des myriades de pre- iadillas. Comme l'Armnie et la Haute-Mdie semblent avoir t jadis ravages par les ruptions des monts ignivomes, il ne serait pas impossible qu'il se passt encore l, du temps de Pline, quelques phnomnes analogues ceux du pays de Quito. Page 168, ligne 4- Circa Danubii exortum... amnis intelligitfama. Le Danube prend sa source , suivant les princes de Furstenberg , matres du chteau de Donaueschingen , dans une des cours du- dit chteau. Mais il est plus probable que le fleuve rsulte de la jonction de la Brigach et de la Brge, petites rivires qui sortent de la fort Noire, l'une une lieue sud-ouest de Saint-Georges , l'autre au mont Rappenek, une lieue un quart sud-ouest de Tryberg. La jonction a lieu un peu au dessous de Donaueschin- gen. La branche qui sort de ce chteau est beaucoup plus petite que ies deux autres. Ligne 8. Siyx appeUatur, etc. Voyez le dernier chapitre du livre prcdent. On sait quel rle, quel rang, la mythologie a donn au Styx. C'est une nymphe , c'est une Ocanide , c'est l'ane des Ocanides : par elle et par ses eaux jurent les dieux ; malheur qui violerait son serment! On drive d'ordinaire Styx de trlvya , har. Il nous semble que l'on a tort ; et que le v- ritable radical est et cits par Dalchamp : Kpoi/v ceaux de sel gemme, du sel impur. Enfin, quant au sel gemme en lui-mme , tantt il forme de petits blocs; tantt ce ne sont que des grains trs- petits. Page 2o4- -, ligne %. Horum exlremitates tantum inarescunt. C'est aussi ce que l'on observe dans beaucoup de lacs sals visi- ts de nos jours ; et c'est tout simple. L'vaporation n'est pas toujours assez puissante pour desscber entirement des lacs. Qu'arrive- 1- il alors? La partie la moins profonde est celle qui naturellement se dessche la premire. Le lac de Bogdo , duquel nous venons de parler, est dans ce cas. Les fortes cha- leurs ne desschent pas , elles diminuent les eaux qui semblent alors rougetres : les bords du lac sont comme des lvres de sel. Ligne 5. Aliud eiiam , etc. Cela n'est pas surprenant, et tout dpend de l'importance et de l'activit de l'exploitation. On sent merveille que, dans les salines riches , le sel n'est pas un sim- ple dpt ; il se reproduit : ds-lors il se reproduit avec une certaine activit. Or, cette activit peut tre gale celle de l'exploitation, moindre que celle de l'exploitation, plus grande que celle de l'exploitation. Dans quelle classe se trouvent les lacs de Pline ? dans la premire et la troisime. Et c'est juste- ment de ces lacs, en quelque sorte inpuisables, que Pline a d parler : les autres ne valent la peine ni d'tre exploits tant que l'on en possde de plus riches , ni d'tre mentionns. Du reste , au ton de la phrase de Pline , on s'imaginerait que le sel ne se reproduit point le jour, mais qu'il se reproduit la nuit. Cela n'a pas besoin d'tre rfut, pas plus que ce que l'on rencon- trera bientt sur les influences de la lune. On demandera peut- tre quelle cause est due cette rgnration spontane du sel dans les lacs sals. On n'est pas d'accord sur ce point : suivant les uns , le lessivage des eaux n'a pas enlev toutes les particules salines qu'elles contiennent ; selon les autres, le sel se reforme de toutes pices dans les lacs eux-mmes. Il est plus croyable que le sel tant d , en totalit , aux rivires qui viennent se perdre dans ces lacs (et qui , pour le dire en passant, ne les tra- versent pas, n'en sortent pas), ces rivires qui ont pris, chemin faisant, dans des terrains sals , les parcelles salines qu'elles rou- 286 NOTES DU LIVRE XXXI. lent dans leurs eaux , charrient sans cesse de nouveau sel dans le lac. Les seuls incidens qui puissent ou suspendre , ou termi- ner cet tat de choses, sont : i le desschement complet de l'affluent mme ; 2 l'puisement du terrain sal qui ne contien- drait plus de sel. Page 2o4, ligne 8. Aliud genus ex aquis maris sponte gignitur, spuma in extremis litoribus ac scopulis relicta. Il ne s'agit pas ici du sel mme que la mer tient en dissolution dans ses eaux, mais de celui que ses eaux laissent sur les rivages o le flux les porte , et qui , lorsque l'vaporation a fait disparatre les par- celles aqueuses, se montre nu , soit sur les sables, soit sur les roches. Pour que ce phnomne ait lieu , il faut une disposition particulire des localits. On a profit de cette remarque pour extraire le sel en grand dans certaines contres ; par exemple , sur les ctes du dpartement de la Manche, prs d'Avranches : on forme , sur le rivage , une esplanade de sable trs-unie que la mer doit couvrir dans les hautes mares de la nouvelle et de la pleine lune. Dans l'intervalle de ces mares , ce sable , en partie dessch , se couvre d'efflorescences de sel marin. On l'en- lve et on le met en magasin. Il ne sert, du reste , qu' saturer de l'eau de la mer, qu'on porte ainsi un degr riche, et qu'en- suite on soumet l'vaporation ordinaire. Ligne g. Hic omnis rore densatur. Cela est faux. Ligne io. Et est acrior qui in scopulis inveniiur. Parce qu'il ne se mle pas d'autres principes, comme celui qui se dpose par l'vaporation sur le sable. Ligne ii. In Bactris duo lacus vasti, aller ad Scyhas versus, alter ad Arios, etc. Ces lacs ne sont pas assez nettement dsigns pour qu'on puisse les reconnatre. Toutefois , on peut soupon- ner dans l'un le Badakandir , dans le khanal de Boukhara ; dans l'autre, le lac enlre Ankhis et Akeha, dans la partie ouest du pays de Balkh, et tout prs des Ouzbeks. Si l'indication tait rectifie de manire nous prsenter, au lieu de la route qui conduit de la Bactriane l'Ariane, l'Ariane elle-mme, on pourrait prendre pour le lac de Pline le clbre lac Zerrah , qui reoit PHelmend ( Elymander) et le Ferrahroud, et qui contient effec- tivement beaucoup de sel. NOTES DU LIVRE XXXI. a8 7 Page 20.{ , ligne if\. Sed et summa fluminum densantur in salem , etc. Cet effet est d la haute chaleur. On l'observe dans les marais salans artificiels , .o l'eau qui a commenc rougir (ce qui est l'annonce d'une cristallisation prochaine) se couvre d'une pellicule de sel qui, peu aprs, se prcipite sur le sol. Ligne i5. Amne reliquo veluti sub gelufluente. Ce n'est qu'une mtaphore qu'il ne faut pas prendre au srieux. L'eau sale ne gle qu'en abandonnant la plus grande partie de ce qu'elle con- tient de sel. On a mme employ ce moyen pour concentrer ou graduer l'eau de la mer, par exemple dans la saline de Wassoe, en Norwge. Au reste, ce procd, qui ne peut amener l'eau plus de dix-sept degrs, a t abandonn comme trop coteux; et jamais on n'y avait soumis l'eau des sources sales qui renferme du sulfate de magnsie , parce que ce sel , la temprature de la glace , dcompose le muriale de soude. Ligne 16. Caspias portas, etc. Aux environs du pic de Dama- vend. En effet, toutes ces rgions sont couvertes de sel. Un immense dsert de sel s'tend au nord-est de l'Irak-Adjmi, et au nord du Kerman, entre le Tabaristan, le Khoraan occiden- tal et le Khouhistan. Les mmes circonstances physiques se re- trouvent dans la partie ouest de l'Irak-Adjmi et dans l'Armnie. L'Ochus semble tre l'Hrat ; l'Oxus le Djihoun. Du reste, c'est moins de ce dernier fleuve que de quelques-uns de ses pe- tits affluens que parle Pline. Ligne 19. Sunt et in Africa, etc. Tel est, en France, celui de Marsonnelle, prs de Carcassonne. A l'est du Cap, sur les confins de la Cafrerie, se voient, selon Barrow, de grands lacs sals qui ont sur leur fond des couches paisses de sel gemme diversement color. Notons, de plus, que ce passage peut servir corriger le omnis est talis sal minulus , que nous avons rencontr plus haut. Ligne 20 Ferunl quidem et calidi fontes, etc. C'est ce que nous avons indiqu dj, en classant parmi les sources minrales les thermales salines. Il est mme des thermales salines qui contiennent, indpendamment du muriate de soude, beaucoup d'autres substances. Nous donnerons pour exemple les sources *88 NOTES DU LIVRE XXXI. gazeuses et thermales de Moutiers (ou Salins) en Savoie. Elles se composent de, i. Gaz acide carbonique libre 0,00075 Muriate de magnsie o,ooo3o Sulfate de chaux o,ooa5i de magnsie , 0,ooo55 de soude 0,00100 Carbonate de chaux 0,00076 de fer 0,00012 Muriate de fer 0,00010 0,00609 a. Muriate de soude o,oio58 Total 0,01667 Ainsi ces eaux ne contiennent que 1 pour 100 de muriate de soude , encore contiennent-elles en sus au del de demi pour 100 de matires non salines. Page 2o4 , ligne 11. Fontes, sicul Pagasi. Aujourd'hui l'on cile comme chaudes et sales, outre celle de Moutiers, celles de Balerve, de Balaruc, Bourbonne, Bourbon-Lancy, Lamotte, etc. Ligne 23. Sunt et montes nativi salis, etc., etc. La clbre mon- tagne de Cardone, en Catalogne , prs du Montserrat, en est un exemple connu de temps immmorial. Pline lui-mme va l'in- diquer un peu plus bas. Almengranilla , dans la Manche , pr- sente une masse semblable celle de Cardona : la montagne , mle de gypse, a 70 mtres de diamtre. En Afrique, l'est du lac des Marques , s'lve le mont Had-Delfa qui est tout en- tier compos de sel trs-solide rouge ou violet. Prs d'Okna, en Moldavie , est une montagne qui laisse voir le sel nu en plusieurs points. A Parade , en Transylvanie , est une valle dont les bords et le fond sont de sel pur, et o l'on voit des murs de sel de 60 mtres et plus d'lvation. La fameuse le d'Ormuz , l'entre du golfe Persique , semble n'tre qu'un immense ro- cher de sel. On trouve encore le sel en masses solides Balach , aux environs d'Ispahan ; dans les montagnes de Komm ; enfin , en Gorgie , prs de Tiflis , on exploite des carrires de sel marin , NOTES DU LIVRE XXXI. 289 comme des pierres <)e taille et les blocs que 1 on en retire se transportent dos de buffles. Page 206 , ligne 4-- Gerrhis Aiabi oppido muros domosque , etc. On lisait jadis Garrhis et Carrhis. Sirabon rapporte le mme fait, en ajoutant que cette ville n'est qu' 200 stades de la mer. Suivant Chardin, le mme fait se reproduit en Caramanie, o le sel est si dur, qu'on l'emploie dans la construction des mai- sons des pauvres gens. Hrodote aussi parle de maisons de sel construites en Libye , et on peut le croire en songeant tout ce qu'on rencontre de sel dans les plaines immenses qui s'ten- dent l'ouest de l'Egypte et au sud de la Cyrnaque. Ligne 8. Cptus est inveniri , delractis arenis. On peut balancer entre deux sens : le sel se trouve -t-il immdiatement au dessous de la couche de sable , on bien s'obtient-il par le lessivage des sables? Les deux opinions peuvent tre justes. Probablement les sables donnaient du sel par le lessivage, et sous le sable on trou- vait du sel plus pur et en plus grande quantit. Du reste , on va voir qu'il y a ici ambigut , et que , probablement , les anciens confondaient ici avec le muriate de soude l'hydrochlorale d'am- moniaque. Ligne 1 1. Ammoniaco el ipso , quia , etc. En effet, sable se dit 4/ coupent. L'anthias, saisi de mme, se retourne; et son dos, muni d'une pine tranchante, coupe aussi la ligne. Selon Licinius Macer, les murnes sont toutes femelles , et fraient, ainsi que nous l'avons dit, avec des serpens. En consquence, les pcheurs, pour les attirer et les prendre, contrefont le sifflement de ces reptiles. L'agi- tation et le choc des flots les engraissent; le bton ne peut les tuer; le contact de la frule les fait mourir sur-le- champ. Le principe de la vie rside dans leur queue; le moindre coup appliqu sur cette partie leur donne la mort : on a de la peine les tuer en les frappant la tte. Le novacula communique tout ce qu'il touche i'odeur du fer. L'orbe est indubitablement le plus dur des poissons ; il est rond, sans cailles, et tout tte* Proprits merveilleuses des poissons. VI. Le milvago, toutes les fois qu'on le voit voltiger au dessus de l'eau, annonce changement de temps, sui- vant Trebius Niger. Le xiphias, ou pe, a le museau fait en poignard : de cette arme il perce les vaisseaux, qui alors sont submergs; il abonde dans l'Ocan , vers les parages de Cotta, en Mauritanie, dans le voisinage de Lixos. Les calmars s'chappent aussi de l'eau en assez jjrand nombre pour faire aller fond les vaisseaux dans lesquels ils se jettent. O ils mangent la main. VII. Les poissons mangent la main dans plusieurs maisons de campagne impriales ; mais je trouve plus merveilleux ce que les anciens rapportent des poissons levs de celte faon , non dans un vivier, mais dans de XVIII. 20 3o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. et inaures additas gerunt. Similiter in Chio juxta Senum delubrum : in Mesopotamiae quoque fonte Chabura , de quo diximus. Ubi vocem agnoscant, et ubi responsa dentur ex piscibus. VIII. Nam in Lyciae Myris in fonte Apollinis , quem Curium appellant , ter fistula evocati veniunt ad augu- rium. Diripere eos carnes objectas, laetum est consultan- tibus : caudis abigere , dirum. Hierapoli Syriae in lacu Veneris dituorum vocibus parent vocati : exornati auro veniunt : adulantes scalpuntur : ora hiantia manibus in- serendis praebent. In Stabiano Campaniae ad Herculis petram , melanuri in mari panem abjectum rapiunt : ii- dem ad nullum cibum , in quo hamus sit , accedunt. Ubi amari sint pisces, ubi saisi, ubi dulces. IX. Nec illa in novissimis mira , amaros esse pisces ad Pelen insulam , et ad Clazomenas. Contra , ad scopu- lum Siciliae , ac Leptin Africae , et Eubam , et Dyrra- chium. Rursus ita salsos, ut possint salsamenta existi- mari , circa Cephaleniam et Ampelon, et Paron, et Deli petras : in portu ejusdem insulae, dulces. Quam differen- tiam pabulo constare non est dubium. Apion maximum HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3o7 vastes tangs. Par exemple, lore, forteresse de Sicile, voisine de Syracuse ; Labrande , dans la fontaine de Jupiter, qui est pleine d'anguilles pares de boucles d'o- reilles aux branchies; Chio , auprs du temple des Vieillards ; en Msopotamie , la source dite Chabura , et dont il a t parl ci-dessus. O les poissons reconnaissent la "voix humaine ; o ils rendent des prsages. VIII. A Myres, en Lycie, les poissons de la fontaine d'Apollon Curien viennent, au son trois fois tir de la flte, donner des prsages. S'ils se jettent avidement sur des viandes qu'on leur offre, l'augure est heureux; s'ils la repoussent avec la queue, c'est un augure sinistre. AHirapolis, en Syrie, au lac de Vnus, les poissons obissent la voix des officiers du temple, accourent pars d'anneaux d'or, flattent la main pour qu'on les gratte , et tiennent la bouche ouverte pour y recevoir la main. Dans le territoire de Stabies,en Campanie, au- prs de la roche d'Hercule, les mlanures s'emparent du pain qu'on leur jette la mer; mais ils s'loignent de toute amorce qui cache un hameon. O l'on trouve des poissons amers , sals , doux. IX. Voici d'autres particularits non moins merveil- leuses. Auprs de Glazomne et de l'le de Pela, les pois- sons sont amers ; on remarque une saveur oppose dans ceux qu'on tire des rochers de Sicile, de Leptis en Afri- que , de l'Eube, de Dyrrachium. Ils ont un got de sel qui les ferait presque passer pour des salaisons, au- prs de Cphalnie, d'Amplos, de Paros, des rochers de Dlos; dans le port de cette le, ils ont une saveur 20. 3o8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. piscium esse tradit porcum , quem Ijacedaemonii orthra- goriscum vocant : grunnire eum , quum capiatur. Esse vero illam natur accidentiam , quod magis miremur , etiam in lotis quibusdam, adposito occurrit exemple Siquidem salsamenta omnium generum in Italia Bene- venti refici constat. Quando marini pisces in usu primum esse cperint. Numae rgis constitutif) de piscibus. X. Pisces marinos in usu fuise protinus a condita Roma , auctor est Cassius Hemina : cujus verba de ea re hic subjiciam : Numa constituit , ut pisces qui squa- mosi non essentni pollucerent: parsimonia commentus, ut convivia publica et privata , cnque ad pulvinaria facilius compararentur : ni qui ad polluctum emerent , pretio minus parcerent eaque praemercarentur. De curalio: medicinae et observationes, xliv. XL Quantum apud nos indicis margaritis pretium est , de quibus suo loco satis diximus , tantum apud ln- dos in curalio. Namque ista persuasione gentium con- stant. Gignitur quidem et in Rubro mari , sed nigrius : item in Persico vocatur iace : laudatissimum in Gallico sinu circa Stchadas insulas , et in Siculo circa ^Eolias , ac Drepanum. Nascitur et apud Graviscas, et ante Nea- polim Campaniae : maximeque rubens , sed molle , et ideo HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3<>9 douce. Ces diffrences ont certainement pour cause Ja diversit des pacages. Suivant Apion , le plus gros des poissons est le porc de mer, qu'on nomme Sparte orthragorisque ; il grogne quand on le prend. Ces di- versits locales se font, notre grande surprise, remar- quer encore sur d'autres points. Ainsi l'on sait qu' fi- nvent, en Italie, toutes les salaisons perdent leur saveur, et qu'il faut saler de nouveau. Quand on commena manger les poissons de mer. Loi de Numa sur les poissons. X. Les poissons de mer ont t en usage Rome ds sa fondation, selon Cassius Hmina, dont je citerai les paroles: Numa, dit-il, fit une loi pour interdire dans les banquets religieux les poissons sans cailles. Cette loi avait un but d'conomie; Numa voulait dimi- nuer les frais des festins publics et privs, ainsi que le prix des mets servis aux tables des dieux. Il voulait aussi empcher que les fournisseurs pour ces mmes repas n'accaparassent grands frais ces denres rares. Du corail : 44 remdes et observations. XI. Autant nous estimons les perles de l'Inde, dont il a t assez au long parl ci-dessus, autant les Indiens font cas du corail ; car ici tout tient l'opinion. On ex- trait du corail de la mer Rouge , mais il y est noirtre ; il en est de mme de celui de la mer Persique, qu'on nomme jac : le plus recherch est celui du golfe des Gaules, autour des les Stchades, et de la mer Sici- lienne, vers Drpane et les les d'Eole. Il en vient aussi autour de Gravisque, et devant Naples, en Campanie : 3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. vilissimum Erythris. Forma est ei fruticis, colos viridis. Baccae ejus candidae sub aqua ac molles : exempt con- festim durantur et rubescunt , quasi corna sativa specie atque magnitudine. Aiunt tactu protinus lapidescere, si vivat. Itaque occupari , evellique retibus aut acri ferra- mento praecidi. Qua de causa curalium vocitatum inter- pretantur. Probatissimum quam maxime rubens , et quam ramosissimum , nec scabiosum , aut lapideum , aut rur- sus inane, et concavum. Auctoritas baccarum ejus non minus Indorum viris quoque pretiosa est , quam feminis nostris uniones indici. Aruspices eorum vatesque in pri- mis religiosum id gestamen amoliendis periculis arbitran- tur. Itaque et dcore et religione gaudent. Prius quam hoc notesceret , Galli gladios , scuta , galeas adorna- bant eo. Nunc tanta penuria est vendibili merce , ut per- quam raro cernatur in suo orbe. Surculi infantiae adal- ligati , tutelam habere creduntur. Contraque torminum , ac vesic , et calculorum mala in pulverem ign redacti , potique cum aqua auxiliantur. Simili modo ex vino poti, aut si febris sit, ex aqua, somnum adferunt. Ignibus diu rpugnant. Sed eodem medicamine saepius poto tradunt lienem quoque absumi. Sanguine rejicientibus exscrean- tibusve medentur. Cinis eorum miscetur oculorum me- dicamentis. Spissat enim ac rfrigrt. Ulcerum cava cxplet. Cicatrices extnut. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3n Erythre en a de trs-rouge, mais il est trop tendre, et, en consquence, peu estim. Le corail a l'aspect d'un arbrisseau tige verte, baies blanches et molles tant qu'il est sous l'eau; elles se durcissent et rougissent ds qu'on les a dtaches, et prsentent l'aspect et la grandeur des cornouilles. On dit qu'il suffit de toucher le corail encore vivant, pour le ptrifier. En consquence, ceux qui le recueillent, le prennent en dfaut, lui jettent des filets, ou le coupent avec un fer tranchant : de l, dit-on, le nom de curalium. Le plus rouge est le plus estim , s'il est en mme temps trs-branchu , s'il n'offre ni pierre, ni asprit, ni vide, ni creux. Les hommes, dans l'Inde, attachent autant de prix aux grains de co- rail, qu'ici les femmes aux grosses perles indiennes. Selon leurs prophtes et leurs aruspices, il n'est point d'amu- lette aussi efficace pour conjurer les dangers. Ainsi cet objet de leur luxe l'est aussi de leur vnration reli- gieuse. Les Gaulois en ornaient , avant que nous 1p connussions, leurs pes, leurs boucliers et leurs cas- ques. Aujourd'hui le corail marchand est si peu abon- dant, que la partie du monde qui le produit n'en voit que de loin en loin. Une branche de corail suspendue au cou d'un enfant est pour lui un prservatif puissant. Calcin et bu dans l'eau, il est excellent contre les tran- ches, la gravelle et la pierre. Bue dans du vin ou dans de l'eau, en cas de fivre, cette cendre est soporifique. Le corail rsiste long-temps au feu. Sa poudre, continue en breuvage, consume, dit-on, la rate; elle gurit les crachemens et les vomissemens de sang. Sa cendre entre dans les prparations ophthalmiques comme consolidante et rfrigrante. Elle remplit le vide des ulcres , et fait disparatre la trace des cicatrices. 3 12 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XXXII. Esse et locorum sympathiam, et antipathiam , et de discordia inter se marinorum. De galeo, mullo, xv ; et pastinaca, ix. XII. Quod ad repugnantiam rerum adtinet, quam Graeci antipathiam vocant , nihil est usquam venenatius , quam in mari pastinaca , utpote quum radio ejus arbo- res necari dixerimus. Hanc tamen persequitur galeos. Idem et alios quidem pisces , sed pastinacas praecipue , sicut in terra serpentes mustela. Tanta est aviditas ip- sius veneni. Percussis vero ab ea medetur et hic quidem , sed et mullus , ac laser. De his quibus in terra et in aqua victus est. De castoreis : me- dicinae et observationes , lxvi. XIII. 3. Spectabilis naturae potentia in his quoque, quibus et in terris et in aqua victus est , sicut et fibris , quos castores vocant, et castorea testes eorum. Ampu- tari hos ab ipsis , quum capiantur , negat Sextius dili- gentissimus medicinae. Quinimmo parvos esse sub- strictosque , et adhaerentes spinae , nec adimi sine vita animalis posse. Adulterari autem renibus ejusdem , qui sint grandes , quum veri testes parvi admodum reperian- tur. Prterea ne vesicas quidem esse, quum sint gemi- nae, quod nulli animalium. In his folliculis inveniri li- quorem , et adservari sale. Itaque inter probationes falsi, esse folliculos geminos ex uno nexu dependentes, quod ipsum corrumpi fraude conjicientium gummi cum san- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3i3 Sympathie et antipathie des lieux. Haine mutuelle des animaux marins. Du galos et du surmulet, i5 ; de la pastenague , 9. XII. Quant l'antipathie, ou mutuelle rpugnance des objets naturels, il n'est rien de plus dltre que la pastenague, cet tre marin dont l'pine tue les arbres qu'elle touche. Cependant le galos la recherche; avide de tous les poissons, il aime surtout ce dernier. Ainsi, sur terre, les belettes poursuivent les serpens. C'est le poison mme qui affriande. Du reste, la piqre de la pastenague a pour antidote le galos, le surmulet et le laser. Des amphibies. Du castorum : 66 remdes et observations. XIII. 3. La puissance de la nature esfplus remarqua- ble encore dans la cration des animaux qui vivent dans l'eau comme sur la terre : tels sont les bivres , appels aussi castors; leurs testicules se nomment castorum. 11 n'est point vrai qu'ils se les coupent eux-mmes, quand ils se voient pris, du moins selon l'exact mdecin Sextius; il dit au contraire qu'ils sont trs-petits, ren- trs dans le corps, et comme adhrens l'pine : ils ne peuvent donc tre enlevs sans que l'animal prisse. On falsifie le castorum avec les rognons du castor lui- mme : ceux-ci sont gros , tandis que les vritablesHesti- cules sont fort petits ; de plus, il ne faut pas les confondre avec les vessies , car il en a deux, phnomne unique dans tout le rgne animal. C'est dans ces poches qu'on trouve le liquide, qu'on sale pour le mieux conserver. Ainsi, un des moyens de dcouvrir la falsification du casto- 3i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. guine, aut ammoniacum : quoniam ammoniaci colo- ris esse debeant , tunicis circumdati , liquore veluti mel- lis cerosi , odore graves , gustu amaro , et aeri , friabiles. Efficacissimi e Ponto , Galatiaque , mox Africa. Sternu- menta olfactu movent. Somnum conciliant, cum ro- saceo et peucedano peruncto capite : et per se poti in aqua : ob id phreneticis utiles. Item lethargicos odoris suffitu excitant : vulvarumque exanimationes vel subditi. Et menses ac secundas cient, duabus drachmis ex aqua cum pulegio poti. Medentur et vertigini ? opisthotonis , tremulis, spasticis, nervorum vitiis , ischiadicis, stoma- chicis , paralyticis , perunctis omnibus : vel triti ad cras- situdinem mellis cum semine viticis , ex aceto aut ro- saceo. Sic et contra comitiales sumpti : poti vero contra inflationes , tormina , venena. Differentia tantum contra gnera est mixturae. Quippe adversus scorpiones ex vino bibuntur : adversus phalangia et araneos, ex mulso, ita ut vomitione reddantur , aut ut retineantur , cum ruta : adversus chalcidas cum myrtite : adversus cerasten et presteras , cum panace , aut ruta , ex vino : adversus ceteras serpentes , cum vino. Dari binas drachmas satis est: eorum qu adjiciantur, singulas. Auxiliantur pri- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3i5 rum est de le voir contenu dans deux poches, tandis qu'il doit tre dans une bourse deux glandes. On le falsifie encore avec un mlange de sang et de gomme , ou de gomme ammoniaque; parce que la tunique qui revt le castorum a la couleur de cette dernire sub- stance : le castorum a la consistance d'un miel ml de cire; il est friable, d'odeur ftide, d'un got amer et acre. Le meilleur est celui du Pont, de la Galalie , puis de l'Afrique. Flair , il excite l'ternment. Ml l'huile rosat et au peucedanum, il provoque au som- meil ds que l'on s'en frotte la tte. Bu seul dans l'eau pure, il est bon pour la phrnsie; sa vapeur respire par les lthargiques les rveille. En pessaire, il est utile dans les accs hystriques. Bu dans l'eau la dose de deux drachmes, avec du pouliot, il est emmnagogue et fait sortir l'arrire-faix. Il gurit de mme les vertiges, l'opisthotone, les trem- blemens, les spasmes, les maux de nerfs, la sciatique, les douleurs d'estomac et les paralysies; on en frotte la partie souffrante, ou bien on l'avale broy et ml avec du vinaigre , ou de l'huile rosat et de la graine de vitex jusqu' consistance de miel. On l'administre de mme contre l'pilepsie; on le fait boire pour les gonflemens, les tranches et les venins : mais les ingrdiens que l'on y mle varient selon la nature du poison. Contre la pi- qre d'un scorpion , on boit le castorum dans du vin ; contre la morsure des phalanges ou des araignes, on le prend dans du vin miell, quand on veut le rendre par le vomissement, et, dans le cas contraire, avec de la rue; contre les chalcides, on le boit dans du vin de myrte ; dans du vin, avec le panax et la rue, contre les crastes et les prestres ; enfin , dans du vin simple , 3i6 C. PLINIF HIST. NAT. LIB. XXXII. vatim contra viscum ex aceto : adversus aconitum ex lact, aut aqua : adversum elleborum album ex aqua mulsa nitroque. Medentur et dentibus , infusi cum oleo triti in aurem , a cujus parte doleant : aurium doloribus melius, si cum meconio. Claritatem visus faciunt cum melle attico inuncti. Cohibent singultus ex aceto. Urina quoque fibri resistit venenis , et ob id in antidota addi- tur. Adservatur autem optime in sua vesica, ut aliqui existimant. De testudine : medicinae et observationes , lxvi. XIV. 4- Geminus similiter victus in aquis terraque testudinum, effectusque par : honore habendo, vel pro- pter excellens in usupretium, naturaeque proprietatem. Sunt ergo testudinum gnera, terrestres , marinae, luta- riae , et quae in dulci aqua vivunt. Has quidam e Graecis emydas appellant. Terrestrium carnes sufBtionibus pro- priae, magicisque artibus refu tandis, et contra venena salutares produntur. Plurimae in Africa. Hae ibi ampu- tato capite pedibusque, pro antidoto dari dicuntur: et ex jure in cibo sumptae, strumas discutere, lienes tl- ire : item comitiales morbos. Sanguis earum claritatem visus facit , sufifusionesque oculorum tollit. Et contra HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3i 7 contre tout autre serpent : la dose est de deux drachmes pour le castorum, et d'une seule pour les autres ingr- diens. Le castorum russit spcialement contre l'ixia, tant ml avec du vinaigre ; contre l'aconit , avec ad- dition de lait et d'eau ; contre l'ellbore blanc , avec de l'eau mielle et du nitre. Il soulage l'odontalgie , si on l'injecte dans l'oreille du ct o les dents font mal , broy avec de l'huile. Pour le mal d'oreille, il faut l'in- jecter broy avec du mconium. Il claircit la vue, si l'on en imbibe les yeux avec du miel attique. Pris dans du vinaigre , il fait cesser le hoquet. L'urine mme du bivre rsiste l'action du poison, et s'emploie en con- squence dans les antidotes. Selon quelques-uns , c'est dans sa propre vessie qu'elle se conserve le mieux. De la tortue : 66 remdes et observations. XIV. 4- Les tortues vivent de mme dans l'eau et sur la terre, et ont la mme efficacit; mais elles sont plus clbres cause du prix que le luxe attache leur caille, et la mdecine leurs proprits. On les dis- tingue en quatre genres : tortue terrestre, tortue de mer, tortue de marais, tortue d'eau douce. Quelques Grecs appellent ces dernires mydes. La chair brle des tortues de terre est excellente pour les fumigations dont le but est de neutraliser les malfices de la magie, et de gurir les empoisonnemens. L'Afrique en possde beaucoup. L l'usage est de leur couper la tte et les pieds, pour les donner en antidote : manges dans leur jus, elles gurissent les crouelles, les maux de rate et Fpilepsie. Leur sang claircit la vue et dissipe la cataracte. Un antidote puissant contre la morsure des 3i8 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. serpentium omnium et araneorum ac similium venena auxiliatur, servato sanguine in farina pilulis factis, et quum opus sit in vino datis. Felle testudinum cum at- tico melle glaucomata inungi prodest : et scorpionum plagae instillari. Tegumenti cinis vino et oleo subactus pedum rimas ulceraque sanat. Squamae e summa parte deras , et in potu datae , Venerem cohibent. Eo magis hoc mirum, quoniam totius tegumenti farina accendere traditur libidinem. Urinam earum aliter quam in vesicis disseetarum, inveniri posse non arbitrorret inter ea hoc quoque esse, quse portentosa magi demonstrent, ad- versus aspidum ictus singulare , efticaciore tamen , ut aiunt, cimicibus admixtis. Ova durata illinuntur stru- mis, et ulceribus frigore aut adustione factis. Sorbentur in stomachi doloribus. Marinarum carnes admixtae ranarum carnibus contra salamandras praeclare auxiliantur. Neque est testudine aliud salamandrae adversius. Sanguine alopeciarum ina- nitas, et porrigo, omniaque capitis ulcra curantur. Inarescere eum oportet, lenteque abhii. Instillatur et do- lori aurium cum lact mulierum. Adversus comitiales morbos manditur cum polline frumenti. Miscetur autem sanguis heminis tribus , aceti hemina , vino addito : his et cum hordeacea farina , aceto quoque admixto , ut sit quod devoretur fabae magnitudine. Haec singula et ma- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3i 9 araignes, des serpens et de tous les animaux de ce genre, est le sang de tortue gard dans de la farine, et dont on forme des pilules qu'on donne au besoin dans du vin. Il est bon de frotter de fiel de tortue et de miel attique les glaucomes de l'il. On injecte ce mme fiel dans les plaies faites par le scorpion. La cendre de la carapace, mle avec du vin et de l'huile, est souve- raine contre les crevasses et les ulcres des pieds. Prises l'intrieur, les raclures de la superficie des cailles sont anti-aphrodisiaques ; phnomne d'autant plus remar- quable , que la poudre de la carapace broye est un philtre puissant. Quant leur urine, on ne peut, je crois, en avoir qu'en ouvrant la vessie : elle figure parmi ces remdes surnaturels que vantent les mages ; c'est un spcifique contre la morsure des aspics ; il est plus ef- ficace encore, si l'on y mle des punaises. Les ufs de tortue durcis forment un liniment contre les crouelles et les ulcres qu'occasionent le chaud ou le froid. On en avale pour les maux d'estomac. La chair des tortues de mer, mle celle de la gre- nouille, est excellente contre les salamandres. Gnrale- ment, rien de plus contraire la salamandre que la tortue. Le sang de ces mmes tortues marines gurit la calvitie , ainsi que la teigne et tous les ulcres de la tte ; mais il faut le laisser desscher et ensuite le laver doucement. Dans les maux d'oreilles, on l'injecte avec du lait de femme. Dans l'pilepsie , on le mange avec de la fleur de farine d'orge, ou bien on fait le mlange sui- vant : trois hmines de sang de tortue, une de vinaigre, puis addition de farine d'orge et encore de vinaigre. On en forme un bol de la grosseur d'une fve, qu'on avale chaque matin et chaque soir, et , au bout de quel- Zio C. PLINII HIS. NAT. LIB. XXXII. tutina et vespertina dantur, dein post aliquot dies bina vespera. Comitialibus instillatur ore diducto , his qui modice corripiantur. Spasmo cum castoreo clystere in- funditur. Quod si dents ter anno colluantur testudinum sanguine, immunes a dolore fiunt. Et anhelitus discutit, quasque orthopnas vocant : ad has in polenta datur. Fel testudinum claritatem oculorum facit : cicatrices extnut : tonsillas sedat , et anginas , et omnia oris vi- tia : privatim nomas ibi : item testium. Naribus illitum comitiales erigit , adtollitque. Idem cum vernatione an- guium aceto admixto , unice purulentis auribus prodest. Quidam bubulum fel admiscent , decoctarumque car- nium testudinis succum , addita aeque vernatione an- guium. Sed vino testudinem excoquunt. Oculorum uti- que vitia omnia fel inunctum cum melle emendat : suffusiones etiam. Marinae felle cum fluviatilis sanguine, et lact, capillus mulierum inficitur. Fel contra salaman- dras , vel succum decoct bibisse satis est. Testudinum est tertium genus in c 10 et paludibus viventium. Latitudo his in dorso pectori similis, nec convexo curvata calyce, ingrata visu. Ex hac quoque tarnen aliqua contingunt auxilia. Trs, namque in suc- censa sarmenta conjectae , dividentibus se tegumentis rapiuntur : tum evulsae carnes earum coquuntur in aquae congio , sale modice addito : ita decoctarum ad HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3a i ques jours, on en prend deux le soir. Dans les accs d'pilepsie , s'ils sont peu violens , on fait desserrer les dents au malade pour qu'il avale un peu de ce sang. Il sufft de se laver trois fois l'anne de sang de tortue , pour tre exempt de maux de dents. Le mme remde est bon dans ces difficults de respirer , que l'on nomme orthopnes ; on le prend dans de la bouillie. Le fiel de tortue claircit la vue, diminue la largeur des cicatrices, fait cesser l'irritation des amygdales, ainsi que l'angine, les affections de la bouche , particulirement les ulcres corrosifs. Il gurit aussi les maux qui affectent les tes- ticules. Appliqu comme Uniment aux narines des pi- leptiques , il les fait dresser sur pieds. Ml avec la d- pouille des serpens et du vinaigre , c'est le meilleur re- mde pour les oreilles qui jettent du pus. Quelques-uns ajoutent du fiel de buf et du bouillon de chair de tortue cuite dans du vin, sans oublier la dpouille de serpent. Appliqu en Uniment, le fiel de tortue gurit les maux d'yeux , mme la cataracte. Le fiel d'une tor- tue marine ml au sang d'une tortue de rivire et du lait , noircit les cheveux des femmes. Le venin des salamandres est neutralis par le fiel de tortue pris l'intrieur, et par le bouillon que donne la chair de cet animal. La troisime espce de tortue vit dans la fange et dans les marais. La partie suprieure de la carapace n'ex- cde pas en largeur la partie infrieure; elle n'est point bombe ; son aspect est dsagrable ; cependant la m- decine s'en sert avec quelque avantage. On en jette trois dans un feu de sarment, d'o on les retire ds que la carapace se fend : alors on la leur arrache, et les chairs, mises nu, sont cuites dans un cong d'eau, XVII I. 2 1 3aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. tertias partes succus , paralysin et articularios morbos sentientibus bibitur. Detrahit item fel pituitas , sangui- nemque vitiatum. Sistitur ab eo remedio alvus aquae fri- gid potu. Ex quarto gnre testudinum , qu sunt in amnibus , divulsarum pingui cum aizoo herba tuso, admixto un- guento et semine lilii , ante accessiones si perungantur gri , prter caput , mox convoluti calidam aquam bi- bant, quartanis liberari dicuntur. Hanc testudinem quin- tadecima luna capi oportere , ut plus pinguium reperia- tur. Verum aegrum sextadecima luna perungi tradunt. Ex eodem gnre testudinum sanguis instillatus cerebro capitis dolores sedat : item strumas. Sunt qui testudi- num sanguinem cultro aereo supinarum capitibus prae- cisis, excipi novo fictili jubent : ignem sacrum, cujus- cumque generis sanguine illini : item capitis ulcra manantia , et verrucas. Iidem promittunt testudinum omnium fimo panos discuti. Et licet incredibile dictu sit, aliqui tradunt tardius ire navigia, testudinis pedem dextrum vehentia. Remdia ex aquatilibus in morbos digesta. XV. Hinc deinde in morbos digeremus aquatilia , non quia ignoremus gratiorem esse universitatem animalium, HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXII. 3a3 avec un peu de sel. Le jus de cette dcoction , rduite au tiers, est donn aux paralytiques et aux personnes que travaille la goutte. Le fiel de ces mmes tortues d- tache la pituite et fait jeler le sang corrompu. Bu dans l'eau froide, il resserre le ventre. Une quatrime espce de tortue vit dans les rivires : on la dpouille de sa carapace, on pile sa graisse avec l'herbe dite aizoon , on ajoute de l'huile et de la graine de lis, et l'on forme ainsi un onguent dont on frotte avant l'accs les malades dans la fivre-quarte , mais partout ailleurs qu' la tte; on les enveloppe ensuite, puis on leur fait boire de l'eau chaude : cette recette les gurit. C'est le quinze de la lune qu'il faut s'emparer de cette tortue pour qu'elle soit le plus en graisse ; on en frotte le malade le seize. Vers goutte goutte sur la tte, le sang de ces mmes tortues en apaise les douleurs. Il gurit les crouelles. Quelques-uns prescri- vent de renverser la tortue sur le dos, de lui couper la tte avec un couteau d'airain , et de recevoir le sang dans un vaisseau de terre neuf: obtenu de cette manire, le sang de toute espce de tortue gurit l'rysiple , les ulcres humides de la tte et les verrues ; ils assurent encore que la fiente de toutes les tortues dissipe les tu- meurs inflammatoires. Ajoutons une particularit mer- veilleuse : suivant quelques auteurs, un vaisseau o se trouve le pied droit d'une tortue, avance moins vite que tout autre. Remdes tirs des animaux aquatiques , et distribus selon les maladies. XV, Ds ce moment, nous nommerons les animaux aquatiques mesure que les maladies qu'ils gurissent 21. 3^4 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXII. majorisque miraculi : sed hoc utilius est vitae, contri- buta habere remdia, quum aliud alii prosit, aliud alibi facilius inveniatur. Contra venen