WM *Vt.2&R 1 IMP'RIMEIUE L.V C.-...-F, THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY -pu 18*2-3 . V.2-0 __^ rr- The person charging this material is re- sponsible for its return to the library from which it was withdrawn on or before the Latest Date stamped below. Theft, mutilation, and underlinlng of books are reasons for diselplinary action and may resuit In dismlssal from the University. To renew call Tlphone Center, 333-8400 UNIVERSITY OF IUINOIS UBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN OCT 3 1984 H 7 m\ L161 O-1096 % BIBLIOTHEQUE LATINE -FRANAISE b PUBLIE C. L. F. PANCKOUCKE. PARIS. IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOHCKE. Rue des Poitevihs, h. i4- HISTOIRE NATURELLE DE PLINE TRADUCTION NOUVELLE PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE PAR MM. BEUDANT, BROGNIART, G. CUVIER, DAUNOl), MERIC DAVID, DESCURET, DOE , E. DOLO , DUSGATE, FE, L. FOUCH, FOURIER, GUIBOURT , LOI JOHANNEAU, LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE, L. MARCUS, MONGS, C. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT, QUATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGNE. TOME VINGTIEME. PARIS C. L. F. PANCKOUCKE MEMBRE DE I.'o K D R E ROYAL DELA LEGION d'uoNNEUR DITEUR, RUE DES POITEVINS, N l/j. M DCCC XXXJUI. * * 8-7/ I V2-9 V. 20 LIVRE TRENTE- CINQUIEME. (continuation. ) 454178 ii/i\wuuviuuwiuv l vt, vvwv */\>vw\ %. vva vv w*.-w\ nv\\v\vu\vutnv\t\ vu\w\wiuw\ C. PLINII SECUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XXXV. DK PICTURA ET COLOUIBIIS. Qui penicillo pinxerint, et quae quis primus invenerit in piotura, et quid difficillimum in ea. XXXVI. IN on ge si m a autem olympiade fuere Aglao- phon, Cephissodorus , Phryllus, Evenor pater Parrha- sii, et praeceptor maximi pictoris , de quo suis annis dicemus : omnes hi jam illustres , non tamen , in quibus heerere expositio debeat , festinans ad lumina artis : in quibus primus refulsit Apollodorus Atheniensis nonage- sima tertia olympiade. Hic primus species exprimere in- stituit, primusque gloriam penicillo jure contulit. Ejus est Sacerdos adorans, et Ajax fulmine incensus, qui Per- gami spectatur hodie : neque ante eum tabula ullius ostenditur, quse teneat oculos. Ab hoc artis fores apertas Zeuxis Heracleotes intravit , olympiadis nonagesim quintse anno quarto, audentem- ui\\vvuvv\iu\i\Ui\vuvv\iw\iwiiU\iv\w\VMW\ww IMMI W WWWWWWWWWWWI HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XXXV. DE LA PEINTURE ET DES COULEURS. Quels sont les peintres qui ont employ le pinceau : quels sont les inventions, les inventeurs et les difficults de la peinture. XXXVI. 1/A3VS la quatre-vingt-dixime olympiade v- curent Aglaophon , Cphissodore , Phryllus , Evnor, pre et prcepteur de Parrhasius, ce grand matre dont nous parlerons en son temps. Tous furent clbres, mais pas assez , toutefois , pour que , dans notre marche ra- pide vers les rois de la peinture, nous devions nous y arrter. Apollodore d'Athnes brilla , le premier, dans la quatre-vingt-treizime olympiade. C'est lui qui inventa l'art de la perspective, et qui, par l, fonda vraiment l'art de la peinture. On a de lui un Prtre au pied des autels , et un Ajax foudroy , qu'on voit encore Per- game. Avant Apollodore, on ne prsente aucun tableau qui captive l'attention. La carrire avait t ouverte par Apollodore. Zeuxis d'Hracle, l'an iv de la quatre-vingt-quinzime olym- ' 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. que jam aliquid penicillum (de hoc enim adhuc loqui- mur) ad magnam gloriam perduxit , a quibusdam falso in octogesima nona olympiade positus , quum fuisse ne- cesse est Demophilum Himeraeum, et Neseam Thasium; quoniam utrius eorum discipulus fuerit, ambigitur. In eum Apollodorus supra dictus versus fecit , Artem ipsis ablatam Zeuxin ferre secum. Opes quoque tantas adqui- sivit , ut in ostentatione earum , Olympia? aureis litteris in palliorum tesseris insertum nomen suum ostentaret. Postea donare opra sua instituit , quod ea nullo satis digno pretio permutari posse diceret , sicuti Alcme- nam Agrigentinis, Pana Archelao. Fecit et Penelopen , in qua pinxisse mores videtur : et Athletam. Adeoque sibi in illo placuit , ut versum subscriberet , eelebrem ex eo , Invisurum aliquem facilius , quam imitatu- rum. Magnificus est Jupiter ejus in throno , adstan- tibus diis ; et Hercules infans dracones strangulans , Alcmena matre coram pavente et Amphitryone. Depre- henditur tamen Zeuxis grandior in capitibus articu- lisque : alioqui tantus diligentia, ut Agrigentinis factu- rus tabulam, quam in templo Junonis Laciniae publie dicarent, inspexerit virgines eorum nudas, et quinque elegerit, ut quod in quaque laudatissimum esset, pictura redderet. Pinxit et monochromata ex albo. q. iEquales ejus et muli fuere Timanthes , Andro- cydes , Eupompus , Parrhasius. Descendisse hic in cer- i HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 5 piade, pntra plus avant , et acquit une gloire nouvelle au pinceau, qui osait dj tenter des choses difficiles (car c'est du pinceau que nous parlons seulement). C'est tort que quelques-uns le placent dans la quatre-vingt-neu- vime olympiade, puisqu'avant lui il faut donner place Dmophile d'Himre et Nsas de Thasos , qu'il eut , l'un ou l'autre, pour matre. Apollodore, ci -dessus nomm, fit des vers surZeuxis, qui, dit-il, garde pour lui seul l'art qu'il nous a ravi. Ses richesses devinrent si grandes, que, dans son faste, il faisait broder son nom en or sur ses manteaux. Plus tard , il donna ses tableaux , prtendant qu'ils taient impayables : c'est ainsi qu'Agrigente eut de lui une Alcmne, et Archlas un Pan. Il fit aussi une Pnlope (ce tableau respire la chastet de la princesse) et un Athlte. Sous ce dernier, tout enthousiasm de son ouvrage , il crivit ce vers c- lbre : Vous pourrez en mdire, et non pas l'imiter. Son Jupiter sur le trne, en prsence des autres dieux, est magnifique, ainsi que l'Hercule enfant, qui touffe des dragons en prsence d'Alcmne effraye et d'Amphi- tryon ; nanmoins , on reproche Zeuxis des ttes trop grandes , des articulations trop fortes : au reste , son exactitude tait extrme. Devant faire pour les Agri- gentins un tableau destin tre ddi dans le temple de Junon Lacinienne, il obtint d'examiner leurs filles nues et d'en choisir cinq, dont chacune fournirait son tableau des beauts particulires. Zeuxis a fait aussi des monochromes en blanc. 9. Ses contemporains et ses rivaux furent imanthe , Androcyde, Eupompe, Parrhasius. Ce dernier, dit-on, G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. tamen cum Zeuxide traditur. Et quum ille detulisset uvas pictas tanto successu , ut in scenam aves advolarent , ipse detulisse linteum pictum, ita veritate repraesentata, utZeuxis, alitum judicio tumens, flagitaret tandem re- moto linteo ostendi picturam , atque intellecto errore concederet palmam ingenuo pudore, quoniam ipse vo- lucres fefellisset, Parrhasius autem se artificem. Fertur et postea Zeuxis pinxisse puerum uvas feren- tem , ad quas quum advolasset avis , eadem ingenuitate processif iratus operi , et dixit : Uvas melius pinxi , quam puerum : nam si et hoc consummassem, avis timere debuerat. Fecit et figlina opra , quae sola in Ambracia relicta sunt, quum inde Musas Fulvius Nobilior Romain transferret. Zeuxidis manu Romae Helena est in Philippi porticibus : et in Concordiae delubro Marsyas religa- tus. Parrhasius Ephesi natus, et ipse multa constituit. Primus symmetriam picturse ddit, primus argutias vultus , elegantiam capilli , venustatem oris , confes- sione artificum in lineis extremis palmam adeptus. Haec est in pictura summa sublimitas. Corpora enim pin- gere et mdia rerum, est quidem magni operis : sed in quo multi gloriam tulerint. Extrema corporum facere et desinentis picturae modum includere, rarum in successu artis invenitur. Ambire enim dbet se extremitas ipsa , et sic desinere, ut promittat alia post se : ostendatque HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 7 concourut avec Zeuxis, qui mit sous les yeux des juges des grappes de raisin si bien rendues , que les oiseaux venaient les becqueter. Le tableau de Parrhasius repr- sentait un rideau, mais avec tant de vrit, que Zeuxis , tout fier de la sentence des oiseaux , disait : Otez, tez donc la draperie , qu'on voie le tableau ! Bientt il reconnut son erreur, et cda franchement la palme son rival, disant qu'il n'avait tromp que les oiseaux, et que Parrhasius avait tromp le peintre. On dit aussi que Zeuxis peignit uu enfant portant des grappes de raisin : un oiseau s'en approcha aussi; mais Zeuxis, avec la mme ingnuit, fit le procs son ou- vrage , en disant : L'enfant ne vaut donc pas les rai- sins? si je l'avais peint avec la mme perfection , l'oiseau aurait eu peur. Zeuxis travailla aussi sur terre cuite: ce sont les seuls de ses ouvrages qui aient t laisss Ambracie par Fulvius Nobilior, lorsqu'il fit transporter les Muses Rome. Les portiques de Philippe, Rome, possdent une Hlne de la main de Zeuxis ; un Marsyas enchan , du mme peintre , se voit dans le temple de la Concorde. Parrhasius d'Ephse fut aussi l'auteur de plusieurs dcouvertes. Le premier, il donna des pro- portions exactes tous les lmens du tableau , soigna la chevelure, para de grce les figures, et, de l'aveu de tous les artistes, termina d'une manire exquise tous les contours , ce qui est le grand art en peinture. En effet, quoiqu'il soit difficile, en peignant les corps, d'en bien rendre les parties comprises entre les extrmits , beaucoup d'artistes y ont russi ; mais rien de plus rare que la perfection dans les lignes extrmes et dans les traits qui arrtent les figures. Le contour doit s'arron- dir et se terminer de telle sorte, qu'il promette plus que I i y * 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. etiam qu occultt. Hanc ei gloriam concessere Antigo- nus , et Xenocrates , qui de Picturis scripsere : praedi- cantes quoque , non solum confltentes. Alia multa gra- phidis vestigia exstant in tabulis ac membranis ejus, ex quibus proficere dicuntur artifices. Minor tamen vide- tur, sibi comparatus , in mediis corporibus exprimendis. Pinxit Dmon Atheniensium , argumento quoque inge- nioso. Volebat namque varium, iracundum, injustum, inconstantem : eumdem exorabilem, clementem, mise- ricordem , excelsum , gloriosum , humilem , ferocem , fu- gacemque , et omnia pariter ostendere. Idem pinxit Thesea, qui Romae in Capitolio fuit : et Navarchum thoracatum. Et in una tabula, quae est Rhodi, Melea- grum, Herculem, Persea. Haec ibi ter fulmine ambusta, nque obliterata , hoc ipso miraculum auget. Pinxit et Archigallum : quam picturam amavit Tiberius princeps : atque , ut auctor est Decius Eculeo , lx sestertiis aesti- matam , cubiculo suo inclusit. Pinxit et Cressam nutri- cem, infantemque in manibus ejus : et Philiscum : et Liberum patrem adstante Virtute : et Pueros duos, in quibus spectatur securitas , et tatis simplicitas : item Sacerdotem adstante puero cum acerra et corona. Sunt et du picturae ejus nobilissimae : Hoplitites in certa- mine ita decurrens, ut sudare videatur : alter arma deponens, ut anhelare sentiatur. Ijaudantur et iEneas, HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 9 lui-mme et indique ce qu'il cache. Tel est le mrite que reconnaissent ou plutt prconisent dans Parrhasius Antigone et Xnocrate, qui ont crit sur cet art. On voit encore aujourd'hui bien des dessins au trait dans ses tablettes et son portefeuille, et l'on prtend que plus d'un artiste en profite. Dans les milieux, cependant, ce grand peintre semble au dessous de lui-mme. Il a peint le Peuple d'Athnes personnifi : ide spirituelle ; car il fallait rendre l'ingalit , l'injustice , l'irascibilit , l'inconstance et en mme temps la facilit pardonner, la clmence, la piti, la grandeur, la gloire, l'humi- lit , l'orgueil, la timidit , le tout runi dans un mme personnage. On doit au mme artiste un Thse, plac Rome au Capitole, et un Pilote arm. Rhodes a de lui un tableau reprsentant Hercule, Perse et Mlagre. Trois fois frapp de la foudre, cet ouvrage existe encore dans son entier, ce qui mme a augment sa clbrit. Son Archigalle tait le tableau favori de Tibre, qui, selon Decius Eculon , le paya soixante mille sesterces et le plaa dans sa chambre coucher. Il fit encore la Nourrice crtoise , qui porte dans ses bras un en- fant ; Philisque; Bacchus en prsence de la Vertu ; deux Enfans , reprsents dans toute la scurit et l'inno- cence de leur ge ; un Prtre assist d'un enfant cou- ronn , qui tient une bote parfums. On donne les plus grands loges son Hoplitite courant, qui semble suer, et l'Hoplitite dposant les armes, qui semble haleter. De mme ceux qui reprsentent, l'un,Ene, Castor et Pollux ; l'autre, Tlphe, Achille, Agamemnon et Ulysse, excitent l'admiration. Artiste inpuisable , mais plus vain et plus arrogant que qui que ce soit, il se donnait les surnoms d'Abrodite, de roi del peinture, conduite par io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Castorque ac Pollux in eadem tabula : item Telephus , Achilles, Agamemnon , Ulysses. Fecundus artifex, sed quo nemo insolentius et arrogantius sit usus gloria ar- tis. Namque et cognomina usurpavit, Abrodiaetum se appellando , aliisque verbis principem artis , et eam ab se consummatam. Super omnia Apollinis se radie or- tum : et Herculem , qui est Lindi , talem a se pictum , qualem saepe in quite vidisset. Ergo magnis suffragiis superatus a Timanthe Sami, in Ajace armorumque ju- dicio j herois nomine se moleste ferre dicebat, quod ite- rum ab indigno victus esset. Pinxit et minoribus tabellis libidines, eo gnre petulantis joci se reficiens. Nam Timantlii vel plurimum adfuit ingenii. Ejus enim est Iphigenia , oratorum laudibus celebrata , qua stante ad aras peritura, quum mstos pinxisset omnes, praeci- pue patruum, et tristitiae omnem imaginem eonsumpsis- set, patris ipsius vultum velavit, quem digne non po- terat ostendere. Sunt et alia ingenii ejus exemplaria, ve- luti Cyclops dormiens in parvula tabella : cujus et sic magnitudinem exprimere cupiens , pinxit juxta Satyros , thyrso pollieem ejus metientes. Atque in uniushujus ope- ribus intelligitur plus semper , quam pingitur : et quum ars summasit, ingenium tamen ultra artem est. Pinxit et Heroa absolutissimi operis, artem ipsam complexus viros pingendi : quod opus nunc Romae in templo Pacis est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 11 lui , disait-il , au plus haut point de perfection. A l'en- tendre , il descendait d'Apollon ; Hercule avait plusieurs fois pos devant lui, dans son sommeil, quand il fit l'Hercule de Linde. Vaincu , une forte majorit , par Timanthe au concours de Samos, o il prsentait un Ajax disputant les armes d'Achille, il s'cria qu'il s'in- dignait pour le hros , vaincu encore une fois par un rival indigne de lui. Enfin il fit de petites peintures obscnes ; badinages par lesquels il se dlassait de tra- vaux plus graves. En effet, Timanthe eut encore plus d'esprit. Les ora- teurs ont clbr son Iphignie au pied de l'autel o elle va prir. Tous ceux qui l'environnent sont accabls de tristesse , surtout son oncle ; mais aprs avoir puis toutes les ressources de son art pour reprsenter l'excs de la douleur, le peintre, n'ayant plus d'expres- sion pour le dsespoir du pre , lui a jet un voile sur la tte. On a encore d'autres preuves de son esprit : par exemple, son petit tableau du Cyclope dormant. Pour en faire ressortir l'norme taille, il a plac prs de lui des Sa- tyres , qui mesurent son pouce avec leur thyrse. Dans tous les ouvrages de ce peintre, il y a quelque chose de sous-entendu, et quelque loin qu'il ait pouss l'art , son esprit va encore au del. Le temple de la Paix, Rome, a de lui le Hros, ouvrage parfait, vritable type de toute figure hroque. 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Euxenidas hac aetate docuit Aristidem prseclarum ar- tifcem : Eupompus Pamphilum Apellis praeceptorem. Est Eupompi Victor certamine gymnico palmam tenens. Ip- sius auctoritas tanta fuit , ut diviserit picturam in gnera tria, quae an te eum duo fuere: helladicum , et quod asiaticum appellabant. Propter hune qui erat Sicyonius, diviso helladieo, tria facta sunt : ionicum, sicyonium, atticum. Pamphili , Cognatio et Prlium ad Phliuntem , ac Vi- ctoria Atheniensium : item Ulysses in rate. Ipse Macedo natione , sed primus in pictura omnibus litteris eruditus , praecipue arithmetice et geometrice, sine quibus nega- bat artem perfici posse. Docuit neminem minoris talento annuo : quam mercedem ei Apelles et Melanthius dedere. Et hujus auctoritateeffectum est Sicyone primum , deinde et in tota Grcia, ut pueri ingenui ante omnia graphi- cen,hoc est, picturam in buxo docerentur , reciperetur- que ars ea in primum gradum liberalium. Semper quidem honos ei fuit, ut ingenui exercrent, mox ut honesti : perpetuo interdicto ne servitia docerentur. Ideo neque in hac , neque in toreutice , ullius qui servierit opra celebrantur. Clari etiam cvn olympiade exstitere Echion , et The- rimacus. Echionis sunt nobiles picturae , Liber pater , item Tragdia et Comdia : Semiramis ex ancilla re- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. i3 Euxnidas, son contemporain, eut pour disciple Aris- tide, artiste clbre. Eupompc fut le matre dePamphile, sous qui peignit Apelle. On a d'Eupompe un Vainqueur aux jeux gymniques , qui tient la palme la main. Sa renomme fut telle, qu'il fit cole, et qu'au lieu des deux genres admis prcdemment, le grec et l'asiati- que, une subdivision, faite dans le genre grec, donna lieu aux genres ionique , attique et sicyonique. Eu- pompe tait de Sicyone. On a de Pamphile une Alliance, la Bataille dePhlionte, la Victoire des Athniens, Ulysse en mer. Ce peintre tait n en Macdoine. Savant en littrature, en arith- mtique, en gomtrie (ce qui alors tait sans exemple en peinture), il disait que, sans ces connaissances, l'art tait impossible. Il ne donnait de leons que pour un talent par an ; et tel est le prix que lui payrent Apelle et Mlanthe. Sa renomme dcida les instituteurs , d'a- bord Sicyone, et ensuite dans toute la Grce, exer- cer les enfans de famille encore trs-jeunes la graphi- que ou peinture sur buis , et fit placer le dessin la tte des beaux-arts. Depuis , il n'a pas cess d'tre en hon- neur, puisque non-seulement des hommes de bonne fa- mille, mais encore des hommes de haut rang s'y sont livrs, et qu'on en a interdit l'usage aux esclaves. Aussi nul ouvrage clbre de peinture ou de gravure n'est -il d des mains esclaves. Dans la cent septime olympiade vcurent chion et Thrimaque. On a d'chion un Bacchus , la Tragdie , la Comdie. uneSmiramis passant du rang d'esclave au 14 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. gnum adipiscens, Anus lampadas praeferens, et Nova nupta verecundia notabilis. Verum omnes prius genitos futurosque postea supe- ravit Apelles Cous , olympiade cxn. Pictur plura solus prope , quam ceteri omnes , contulit , voluminibus etiam editis, quae doctrinam eam continent. Praecipua ejus in arte venustas fuit : quum eadem aetate maximi pi- ctores essent , quorum opra quum admiraretur , col- laudatis omnibus : desse iis unam Venerem dicebat , quam Graeci Charita vocant : cetera omnia contigisse : sed hac soli sibi neminem parem . Et aliam gloriam usurpavit , quum Protogenis opus immensi laboris ac curae supra modum anxiae miraretur. Dixit enim , om- nia sibi cum illo paria esse , aut illi meliora : sed uno se praestare, quod manum ille de tabula non sciret tl- ire : memorabili prcepto , nocere saepe nimiam di- ligentiam. Fuit autem non minoris simplicitatis , quam artis. Melanthio de dispositione cedebat, Asclepiodoro de mensuris , hoc est , quanto quid a quo distare de- beret. Scitum est inter Protogenem et eum quod accidit. Tlle Rhodi vivebat: quo quum Apelles adnavigasset, avidus cognoscendi opra ejus, fama tantum sibi cogniti, con- tinuo officinam petit. Aberat ipse, sed tabulam amplae magnitudinis in machina aptatam picturaey anus una HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. i5 trne, une Vieille tenant une lampe, une Jeune marie, remarquable par son air de pudeur. Mais, de tous les peintres passs et futurs, Apelle fut le premier. N Cos, dans la cent douzime olympiade, seul il a plus fait pour l'art que tous ceux qui l'ont prcd , puisque mme il crivit un trait sur la tho- rie de la peinture. On admire surtout en lui la grce. De grands peintres vivaient de son temps, tous faisaient des travaux admirs; il les louait tous, mais, ajou- tait-il, il leur manque la grce (x<*pii ( ' es Grecs): ils ont tout le reste; mais, en fait de grce, nul ne m'gale. Il se donnait aussi un autre loge en contemplant un tableau de Protogne, ouvrage d'un travail immense, o l'exactitude dans les dtails tait pousse l'excs : Protogne , dit-il , m'gale ou me surpasse en tout , sauf en un point : il ne sait pas quitter un tableau. Il s'appuyait de ce proverbe: Que trop de prcautions sont souvent nuisibles. Sa modestie galait ses talens. 11 confessait la supriorit de Mlanthe dans l'art de disposer un tableau , et celle d'Asclpiodore pour les mesures, c'est--dire pour les distances relatives des objets. On sait ce qui se passa entre Protogne et lui. Le premier habitait Rhodes; Apelle ayant dbarqu dans cette le fut curieux de connatre les ouvrages d'un artiste qu'il ne connaissait que de rputation , et courut sur-le- champ son atelier. Protogne tait absent, et une vieille, qui, seule au logis, veillait sur un grand tableau dispos 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. eustodiebat. Haec Protogenem foris esse respondit, in- terrogavitque, a quo quaesitum diceret. Ab hoc, in- quit Apelles : arreptoque penicillo lineam ex colore duxit summae tenuitatis per tabulam. Reverso Protogeni, qu gesta erant, anus indicavit. Ferunt artificem protinus contemplatum subtilitatem , dixisse Apellem venisse : non enim cadere in alium tam absolutum opus. Ip- sumque alio colore tenuiorem lineam in illa ipsa duxisse , praecepisseque abeuntem , si redisset ille , ostenderet , adjiceretque hune esse quem qureret : atque ita eve- nit. Revertitur enim Apelles , sed vinci erubescens , ter- tio colore lineas secuit , nullum relinquens amplius sub- tilitati locum. At Protogenes victum se confessus, in portum devolavit, hospitem quaerens. Placuitque sic eam tabulam posteris tradi, omnium quidem, sed arti- ficum praecipuo miraculo. Consumptam eam priore in- cendio domus Caesaris in Palatio audio : spectatam olim tanto spatio nihilaliud continentem, quam lineas visum effugientes , inter egregia multorum opra inani similem, et eo ipso allicientem, omnique opre nobiliorem. Apelli fuit alioqui perptua consuetudo, numquam tam occupatam diem agendi , ut non lineam ducendo exerceret artem : quod ab eo in proverbium venit. Idem perfecta opra proponebat in pergula transeuntibus, at- que post ipsam tabulam latens, vitia quae notarentur HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV., 17 sur le chevalet pour le travail , le lui apprit. Par qui lui dirai-je qu'il a t demand? ajouta-t-elle. Le voici , dit Apelle; et, prenant un pinceau, il trace sur le tableau une ligne colorie de la plus grande dlicatesse; Proto- gne revient, et la vieille lui raconte ce qui s'est pass. L'artiste n'a pas plus tt regard ce trait si fin, qu'il s'crie : C'est Apelle! lui seul est capable d'une telle perfection. Il trace ensuite dans la ligne trace par Apelle une ligne d'une autre couleur, plus fine encore, puis, sortant, recommande la vieille de dire l'tranger, s'il revient, que c'est l celui qu'il cherche. Apelle revient en effet, mais, rougissant d'tre vaincu, il coupe la ligne de Protogne par un trait encore plus tnu, et qui ne laissait dsormais plus rien faire la subtilit. Protogne s'avoua vaincu et courut au port chercher son hte. Le tableau fut conserv pour la postrit et pour l'tonne- ment de quiconque le verrait, et principalement des ar- tistes. 11 prit, dit-on, dans le premier embrasement du palais de Csar sur le mont Palatin. Le vaste espace qu'il contenait ne prsentait la vue que des lignes presque imperceptibles; on et dit au milieu de tant de chefs-d'uvre un tableau vide. Mais c'tait justement un motif de plus pour attirer les regards et surpasser tous les autres ouvrages. Au reste , Apelle tait dans l'usage de ne jamais pas- ser un jour, quelque occup qu'il pt tre, sans faire quelques traits, ce qui mme donna lieu un proverbe. Quand ses ouvrages taient termins , il les exposait sous un avant-toit la critique des passans, et, cach derrire, il coutait les observations, regardant le public comme un juge plus exact que lui. On dit qu'un jour, xx. a 18 C. PL1NII HIS. NAT. LIB. XXXV. auscultabat, vulgum diligentiorem judicem , quam se praeferens. Feruntque a sutore reprehensum, quod in crepidis una pauciores in tus fecisset ansas : eodem, po- stera die, superbo emendatione pristinae admonitionis , cavillante circa erus, indignatum prospexisse, denun- tiantem , ne supra erepidam judiearet , quod et ip- sum in proverbium venit. Fuit enim et comitas illi , propter quam gratior Alexandro Magno erat, frquenter in officinam ven- titanti : nam , ut diximus, ab alio pingi se, vetuerat edieto. Sed et in officina imperite multa disserenti si- lentium comiter suadebat , rideri eum dicens a pue- ris qui colores tererent . antuin erat auctoritati juris in regem , alioqui iracundum : quainquam Alexander honorem ei clarissimo perhibuit exemplo. Namque quum dilectam sibi ex pallacis suis praecipue , nomine Campaspen , nudam pingi ob admirt ionem forme ab A pelle jussisset , eumque, dum paret, captum amore sensisset , dono eam ddit : magnus animo , major im- perio sui : nec minor hoc facto, quam victoria aliqua. Quippe se vicit , nec torum tantum suum , sed etiam affectum donavit artifici : ne dilectae quidem respectu motus , ut quae modo rgis fuisset , modo pictoris esset. Sunt qui Venerem Anadyomenen illo pictam exemplari putant. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 19 un cordonnier le blma d'avoir mis des chaussures une attache de moins qu'il ne fallait. Le lendemain l'ou- vrier, tout glorieux du succs de sa premire remarque, se mit critiquer la jambe; mais Apelle, indign, s'- cria : Cordonnier , ne passe pas la chaussure ; et ce mot est aussi devenu proverbe. Apelle avait beaucoup d'amnit dans les manires , ce qui le rendit agrable Alexandre-le-Grand , qui venait souvent son atelier, et avait mme, comme nous l'avons observ, dfendu par un dit atout autre artiste de le peindre. Un jour que le prince dissertait et extravaguait dans l'atelier, Apelle l'engagea doucement garder le silence, disant: Les eufans qui broient les couleurs se moquent de vous ; tant son mrite lui donnait d'autorit sur un prince d'ailleurs irascible. Au surplus, Alexandre rendit son talent un hommage bien mmorable. 11 lui avait donn peindre nue, cause de sa rare beaut, Campaspe, une de ses concu- bines favorites. Apelle devint amoureux d'elle en excu- tant son ouvrage; Alexandre, qui s'en aperut , la lui cda : roi vraiment grand par son courage , plus grand encore par l'empire qu'il eut sur lui-mme, et non inoins admirable par cet acte de gnrosit, que par toutes ses victoires, car c'est lui-mme qu'il vainquit: il sacrifia non-seulement ses plaisirs, mais encore ses affections, et mme l'intrt de sa favorite, qui passait des bras d'un roi dans ceux d'un artiste. On a dit que cette Campaspe servit de modle pour la Vnus Anadyomne. ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Apelles et in mulis benignus. Protogeni dignalionem primus Rhodi constituit. Sordebat suis , ul plerumque domestica: percunctantique quanti liceret opra ef- fecta, parvum nescio quid dixerat: at ille quinquage- nis talentis poposcit : famamque dispersit , se emere , ut pro suis venderet. Ea res concitavit Rhodios ad in- telligendum artificem : nec nisi augentibus pretiura , cessit. Imaginem adeo similitudinis indiscret pinxit , ut ( in- credibile dictu) Apion grammaticus seriptum reliquerit, quemdam ex facie hominum addivinantem ( quos meto- poscopos vocant ) ex iis dixisse aut futur mortis annos , aut praeteritae. INon fuerat ei gratia in comitatu Alexan- dri cum Ptolemaeo : quo rgnante , Alexandriam vi tempestatis expulsus, subornato fraude mulorum piano regio , invitatus ad cnam venit : indignantique Ptole- mo , et vocatores suos ostendenti , ut diceret a quo eo- rum invitatus esset , arrepto carbone extincto e foculo , imaginem in pariete delineavit, adgnoscente vultum plani rege, ex inchoato protinus. Pinxit et Antigoni r- gis imaginem altero lumine orbam , prius excogitata ra- tione vitia condendi : obliquam namque fecit , ut quod corpori deerat , pictur potius desse videretur : tantum- que eam partem e facie ostendit, quam totam poterat ostendere. Sunt inter opra ejus et exspirantium ima- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. ai Apelle se montra bon , mme pour ses rivaux. Proto- gne lui dut sa rputation. Cet artiste tait peu considr dans sa patrie, comme c'est l'ordinaire. Apelle lui de- mandant un jour quel prix il vendait ses tableaux achevs, il spcifia une somme assez modique. Alors Apelle lui en offrit cinquante talens, et rpandit le bruit qu'il ne les achetait que pour les vendre comme de lui. Par l il ft sentir aux Rhodicns le mrite de leur peintre, et il ne leur cda ces mmes ouvrages qu' un prix encore plus lev. Il donnait tant de ressemblance ses figures, qu'au rapport d'Apion le grammairien (chose incroyable!), un mtoposcope (c'est le nom de ces hommes qui prdisent d'aprs l'inspection de la figure) disait combien avait vcu ou combien devait vivre celui dont il faisait le portrait. Apelle avait t en querelle avec Ptolme, dans le temps o tous deux suivaient Alexandre ; plus tard, et quand Ptolme fut devenu roi , Apelle fut pouss Alexandrie par une tempte. Des courtisans engagrent le bouffon du roi inviter le peintre dner au palais. Ptolme, indign delevoir, lui ordonna, en lui montrant les officiers char- gs des invitations, de lui dire qui l'avait appel sa table; aussitt Apelle, saisissant un charbon teint, se mit tracer sur le mur une image qui reprsentait le bouffon de la cour, et Ptolme le reconnut avant mme qu'elle ft acheve. Il fit aussi le portrait du roi Antigone. Ce prince tait borgne, mais Apelle sut cacher ce dfaut : il peignit le monarque de profil, de sorte que ce qui man- quait au visage semblait plutt manquera la peinture, et ne fit voir de la face que la partie qu'il pouvait montrer entire. Parmi ses ouvrages sont aussi des por- traits de mourans; mais entre tous ces chefs-d'uvre il C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. gines. Quae autem nobilissima sint , non est facile dietu. Venerem exeuntem e mari divus Augustus dicavit in delubro patris Caesaris, quae Anadyomene vocatur, ver- sibus graeeis tali opre, dum laudatur, victo, sed illu- stra to. Hujus inferiorem partem corruptam qui reficeret, non potuit reperiri. Verum ipsa injuria cessit in gloriam artificis. Consenuit haec tabula carie : aliamque pro ea Nero principatu substituit suo , Dorothei manu. Apelles inchoaverat aliam Venerem Cois, superaturus etiam suam illam priorem. Invidit mors peracta parte : nec qui succederet operi ad praescripta lineamenta inventus est. Pinxit et Alexandrum Magnum, fulmen tenentem, in templo Ephesiae Dianae , viginti talentis auri. Digiti emi- nere videntur , et fulmen extra tabulam esse. Legentes meminerint omnia ea quatuor coloribus facta. Immane tabula? pretium , accepit aureos mensura , non nu- mro. Pinxit et Megabyzi, sacerdotis Dianae Ephesiae, pom- pam : Clitum equo ad bellum festinantem : galeam po- scenti armigerum porrigentem. Alexandrum et Philippum quoties pinxerit , enumerare supervacuum est. Mirantur ejus Abronem Samii, et Menandrum regem Cari Rho- dii. Item Ancaeum: Alexandriae Gorgosthenem trag- dum : Romae Castorem et Pollucem , cum Victoria et HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. rt il n'est pas facile de dcider lesquels mritent la pr- frence. Sa Vnus Anadyomne, c'est--dire sortant de l'onde, a t place par Auguste dans le temple de son pre Csar. Elle a donn lieu des vers grecs qui surpassent en mrite le tableau dont ils font l'loge, et dont ils ont rehauss la gloire. Le bas de ce chef-d'uvre ayant t gt, on ne trouva personne qui pt le restaurer ; mais cette dgradation mme ajouta au renom de l'artiste. Le temps et la carie dtruisirent compltement le tableau ; Nron en substitua un autre de la main de Dorothe. Apelle avait commenc, pour l'le de Cos, une autre Vnus qui devait tre plus belle que l'Anadyomne. La mort jalouse l'empcha d'achever, et personne n'osa continuer ce qu'il avait esquiss. Il fit aussi un Alexandre-le-Grand arm de la foudre : cet ouvrage fut pay vingt talens d'or , et plac dans le temple de Diane, Ephse : les doigts et la foudre semblent sortir du tableau. Que les lecteurs songent que, pour tant de chefs-d'uvre, l'ar- tiste n'employait que quatre couleurs. Le prix de ce dernier fut norme, puisqu'au lieu de compter les pices d'or, on en couvrit toute l'tendue du tableau. Apelle fit, de plus, la Pompe de Mgabyze, prtre de la Diane d'Ephse; un Clitus courant cheval au combat ; un Ecuyer prsentant un casque son matre. Il serait impossible de dire combien il fit de portraits d'Alexandre et de Philippe. On admire de lui, Samos, un Abron; Rhodes, un Mnandre, roi de Carie, et un Ance; Alexandrie, Gorgosthne le tragdien; Rome, un Castor et Pollux, une Victoire et un Alexandre-le-Grand, une 24 G. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Alexandro Magno : item Belli imaginem, restrictis ad terga manibus, Alexandro in curru triumphante. Quas utrasque tabulas divus Augustus in fori sui partibus celeberrimis dicaverat simplicitate moderata. Divus Clau- dius pluris existimavit , utrisque excisa facie Alexandri , divi Augusti imaginem subdere. Ejusdem arbitrantur manu esse et in Antoniae templo Herculem aversum : ut, quod est difficillimum , faciem ejus ostendat verius pietura, quam promittat. Pinxit et heroa nudum: eaque pictura naturam ipsam provocavit. Est et equus ejus, sivefuit, pictus in certamine : quod judicium ad mutas quadrupdes provocavit ab homini- bus. Namque ambitu aemulos praevalere sentiens , singu- lorum picturas inductis equis ostendit: Apellis tantum equo adhinnivere , idque et postea semper illius experi- mentum artis ostentatur. Fecit et Neoptolemum, ex equo adversus Persas, Archelaum cum uxore et filia, Anti- gonum thoracatum cum equo incedentem. Peritiores artis praeferunt omnibus ejus operibus eumdem regem sedentem in equo : Dianam sacrificantium virginum choro mixtam : quibus vicisse Homeri versus videtur idipsum describentis. Pinxit et quae pingi non possunt, tonitrua, fulgura , fulgetraque : Bronten , Astrapen , Ceraunobo- lian appellant. Inventa ejus et ceteris profuere in arte. Unum imitari HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. *5 Bellone enchane les mains derrire le tlos au char d'Alexandre triomphant. Auguste avait , saus s'carter d'une simplicit noble, ddi ces tableaux dans le lieu le plus apparent de son forum. Claude crut faire mieux, en substituant la tte d'Alexandre celle d'Auguste. On regarde aussi comme de la main d'Apelle, l'Hercule vu par derrire; dans ce tableau que possde le temple d'Antouia, le peintre semble plutt avoir montr que donn deviner le visage du hros. Il peignit un Guer- rier nu , et ici l'art rivalise avec la nature. On a encore de lui, ou peut-tre on n'a plus, un Che- val qu'il exposa dans un concours public; il en appela , pour ce tableau , du jugement des hommes celui des animaux. En effet, voyant ses rivaux l'emporter sur lui par leurs brigues , il fit prsenter successivement leurs tableaux et le sien des chevaux rels : ceux-ci hennirent l'aspect du sien seulement. Cette preuve depuis est devenue familire. Enfin on cite d'Apelle , Noptolme cheval , combattant contre les Perses; Archlas avec sa femme et sa fille; Antigone cheval avec une cuirasse. Les connaisseurs prfrent tous ses ouvrages son Antigone cheval, sa Diane au milieu d'un chur de vierges qui offrent des sacrifices , ouvrage plus beau mme que les vers o Homre dcrit cette crmonie. A pelle a encore reprsent ce qu'il semble impossi- ble de reprsenter, le tonnerre, les clairs, la foudre : ces tableaux se nomment Bront, Astrap, Crauno- bolie. Ses dcouvertes ont toutes t livres aux autres ar- 26 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. nemo potuit, quod absoluta opra atramento illinebat ita tenui , ut idipsum repercussu claritates colorum exci- taret , custodiretque a pulvere et sordibus , ad manum intuenti demum appareret. Sed et cum ratione magna : ne colorum claritas oculorum aciem offenderet , veluti per lapidem specularem intuentibus e longinquo: et ea- dem res nimis floridis coloribus austeritatem occulte daret. iEqualis ejusfuit Aristides Thebanus. Is omnium primus animum pinxit , et sensus hominis expressit, quaevocant Graeci ethe : item perturbationes : durior paulo in colori- bus. Hujus pictura est, oppido capto ad matris morientis e vulnere mammam adrepens infans : intelligiturque sen - tire mater et timere, ne emortuo lact sanguinem lam- bat. Quam tabulam Alexander Magnus transtulerat Pel- lam in patriam suam. Idem pinxit prlium cum Persis , centum homines ea tabula complexus, pactusque in sin- gulos mnas denas a tyranno Elatensium Mnasone. Pinxit et currentes quadrigas, et supplicantem paene cum voce : et venatores cum captura : et Leontionem picto- rem : et Anapavomenen , propter fratris amorem. Item Liberum patrem, et Ariadnen, spectatos Romae in aede Cereris: tragdum, et puerum, in Apollinis : cujus ta- bulai gratia interiit pictoris inscitia, cui tergendam eam manda verat M. Junius praetor sub die ludorum Apolli- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. . 27 tistes. Une seule est reste un secret pour tous : c'est la composition d'un vernis noir trs-fin, qu'il appliquait sur les ouvrages achevs, et qui, tout en donnant du lustre aux couleurs , les prservait de l'ordure et de la poussire : il fallait le toucher pour l'apercevoir; et, nanmoins , il en retirait l'immense avantage d'adoucir l'clat des couleurs trop vives pour l'il, et de faire voir de loin les objets comme travers la pierre spculaire; en mme temps les couleurs par trop fleuries prenaient , grce au vernis , un aspect plus svre. Aristide deThbes tait contemporain d'Apelle. De tous les peintres, il fut le premier rendre la pense humaine, les sentimens, ce que les Grecs nomment th, et mme les troubles de l'me. Son coloris est un peu dur. On a de lui un Enfant qui , au milieu d'une ville saccage, se trane vers le sein de sa mre blesse et expirante : on voit que la mre sent encore, et craint qu'il ne suce du sang au lieu de lait. Alexandre-le-Grand fit transporter ce tableau Pella, sa patrie. Dans un tableau, reprsen- tant une Bataille des Grecs et des Perses, il fit entrer cent figures , et se fit payer de Mnason , tyran d'Elate , dix mines pour chacune d'elles. Il fit. aussi des Quadriges en course; un Suppliant, dont on croirait entendre la voix; des Chasseurs avec leur butin ; un portrait du peintre Lontion ; l'Anapavomne , ou Biblis mourant d'amour pour son frre; un Bacchus et une Ariane qu'on voit Borne dans le temple de Crs ; un Tragdien et un Enfant placs dans celui d'Apollon : le dernier a t gt par l'impritie d'un peintre qui le prteur Junius l'a- vait donn nettoyer, vers l'poque des jeux Apolli- naires. On voyait aussi, dans le temple de la Foi, au Capitole , un Vieillard donnant des leons de lyre un a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. narium. Spectata est et in aede Fidei in Capitolio imago senis cum lyra puerum docentis. Pinxit et aegrum sine fine laudatum. Qua in arte tantum valuit, ut Atta- lusrex unam tabulam ejus centum talentis misse tra- datur. Simul, ut dictum est, et Protogenes floruit. Patria ei Gaunus, gentis Rhodiis subjectae. Summa paupertas ini- tio , artisque summa intentio , et ideo minor fertilitas. Quis eum docuerit , non putant constare. Quidam et na- ves pinxisse usque ad annum quinquagesimum : argu- mentum esse , quod quum Athenis celeberrimo loco Mi- nervae delubri propylaeon pingeret, ubi fecit nobilem Paralum , et Hammoniada , quam quidam Nausicaam vocant , adjecerit parvulas naves longas in iis , quae pi- ctores parerga appellant : ut adpareret a quibus initiis ad arcem ostentationis opra sua pervenissent. Palmam habet tabularum ejus lalysus, qui est Romae, dicatus in templo Pacis : quem quum pingeret , traditur madidis lupinis vixisse, quoniam simul famem sustinerent et si- tim , ne sensus nimia dulcedine obstrueret. Huic picturae quater colorem induxit, subsidia injuriae et vetustatis, ut decedente superiore inferior succederet. Est in ea ca- nis mire factus, ut quem pariter casus pinxerit. Non ju- dicabat se exprimere in eo spumam anbelantis, quum in reliqua oiniii parte ( quod diffieillimum erat ) sibi HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 29 onfant. Il peignit encore un Malade qui fut rang parmi les plus belles productions. Tel tait le talent d'Aristide, que le roi Attale, dit-on, donna cent talens d'un de ses lableaux. Prologne, comme il a t dit ci-dessus, vivait dans le mme temps; n Canne, ville sujette des Rhodiens, il fut d'abord trs-pauvre. Trs-long finir ses ouvrages , il produisit moins que beaucoup d'autres. On ne sait pas avec certitude quel fut son matre. Selon quelques au- teurs, il aurait peint des vaisseaux, jusqu' l'ge de cin- quante ans, ce qu'indiquent, disent-ils, les petits vais- seaux longs qu'il plaa dans les propyles du fameux temple de Minerve, Athnes, au dessous des deux c- lbres navires dits Parale et Hammoniade, autrement Nausicaa. Ces parerga (tel est le nom des liors-d'uvre de cette espce) sont les symboles du genre obscur du- quel il s'leva aux plus beaux travaux de la peinture. Son chef-d'uvre est le Ialyse qu'on voit Rome dans le temple de la Paix. Il vcut , dit-on , tout le temps qu'il passa le peindre, de lupins bouillis, parce que cet aliment dsaltre et nourrit la fois, et qu'il ne voulait point mousser son esprit par un rgime trop dlicat. Pour le prserver des atteintes du temps et d'autres peut- tre, il y mit quatre couches de couleur, afin que, celle de dessus venant s'effacer, celle de dessous la rempla- t. On voit dans ce tableau un chien magnifique, mais dont la beaut est due en partie au hasard. Protogne , qui , contre, son ordinaire, tait content du reste du ta- bleau , trouvait qu'il rendait mal l'cume de l'animal haletant. C'tait l'art mme qui lui dplaisait dans cette 3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. ipse satisfecisset. Displicebat autem ars ipsa, nec minui poterat, et videbatur nimia, ac longius a veritate disce- dere, spumaque illa pingi, non ex ore nasci; anxio animi cruciatu, quum in pictura verum esse, non ve- risimile vellet: absterserat saepius, mutaveratque peni- cillum, nullo modo sibi adprobans. Postremo iratus arti, quod intelligeretur, spongiam eam impegit inviso loco tabula?, et illa reposuit ablatos colores, qualiter cura optaverat: fecitque in pictura fortuna naturam. Hoc exemplo, ejus similis etNealcem successus in spuma equi, similiter spongia impacta, secutus dicitur, quum pinge- ret poppyzonta retinentem equum. Canem ita Proto- genes monstravit , et fortuna. Propter hunclalysum, ne cremaret tabulas Demetrius rex , quum ab ea parte sola posset Rhodum capere, non incendit: parcentemque picturae fugit occasio victoriae. Erat tune Protogenes in suburbano hortulo suo, hoc est, Demetrii castris. Neque interpellatus prliis inchoata opra intermisit omnino : nisi adeitus a rege interrogatusque , qua fiducia extra muros ageret, respondit, scire se cum Rhodiis illi bellum esse, non cum artibus. Disposuit ergo rex in tutelam ejus stationes, gaudens quod posset manus ser- vare , quibus jam pepercerat : et ne saepius avocaret , ultro ad eum venit hostis, relictisque victoriae suae vo- tis, inter arma et murorum ictus spectavit artificem. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 3i partie du tableau , car il ne pouvait le faire disparatre, et cependant il y en avait trop : l'art semblait par l s'- loigner de la nature, c'tait de l'cume peinte, et non l'cume qui sort de la gueule d'un chien. Enfin, aprs avoir long-temps retouch cet endroit, et chang de pin- ceau sans jamais tre content de lui ; dans son dpit , il jeta l'ponge sur le maudit coin du tableau : l'ponge remit les couleurs dans l'tat o le peintre les souhai- tait , et ainsi le hasard rendit l'art vraiment rival de la nature. Le peintre Nalce imita, dit-on, ce procd avec un gal succs , et jeta brusquement une ponge sur un tableau , pour rendre l'cume d'un cheval retenu par un cuyer qui le siffle. C'est ainsi que l'art et le hasard con- coururent chez Protogne, pour reprsenter parfaitement le chien. Ce mme Ialyse empcha la prise de Rhodes, que Demetrius ne voulut point incendier de peur que le tableau ne prt dans les flammes, car l'endroit o il tait plac tait le seul par o l'on pt attaquer la ville : ainsi le prince, pour mnager une peinture, laissa chapper l'occasion de vaincre. Protogne habitait alors un petit jar- din situ dans un faubourg, et, par consquent, dans le camp mme de Demetrius ; et l , sans se laisser dtour- ner par le tumulte des combats, il continuait incessam- ment ses travaux. Demetrius le fit venir : Comment osez- vous donc travailler hors des murs? lui demanda-t-il. Je sais, rpondit Protogne, que vous faites la guerre aux Rhodiens , et non aux arts. Le roi plaa alors des gardes autour de sa demeure, charm de veiller sur les jours que dj il avait respects ; et pour ne point le dranger frquemment, il venait chez lui quoique en- nemi, et, oubliant ses vux de victoire, au milieu des armes et du fracas des murailles assiges , il contemplait 3 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Sequiturque tabulam illius temporis haec fama, quod eam Protogenes sub gladio pinxerit. Satyrus hic est, quem Anapavomenon vocant, ne quid desit temporis ejus se- curitati , tenentem tibias. Fecit et Cydippen , Tlepole- mon , Philiscum tragdiarum scriptorem meditantem , et athletam, et Antigonum regem, et imaginem matris Aristotelis philosophi : qui ei suadebat ut Alexandri Ma- gni opra pingeret, propter ternitatem rerum. Impetus animi et quaedam artis libido in haec potius eum tulere. Novissime pinxit Alexandrum , ac Pana : fecit et signa ex re, ut diximus. Eadem aetate fuit Asclepiodorus , quem in symmetria mirabatur Apelles. Huic Mnason tyrannus pro duode- cim diis ddit in singulos mnas tricenas : idemque Theo- mnesto in singulos heroas mnas vicenas. His adnumerari dbet Nicomachus , Aristodemi filius ac discipulus. Pinxit hic raptum Proserpinae, qu tabula fuit in Capitolio in Minerves delubro super diculam Ju- ventatis. Et in eodem Capitolio alia, quam Plancus im- perator posuerat, victoria quadrigam in sublime rapiens. Hic primus Ulyssi addidit pileum. Pinxit et Apollinem et Dianam , deumque matrem in leone sedentem : item nobiles Bacchas adreptantibus Satyris : Scyllamque , quae nunc est Roma in templo Pacis. Nec fuit alius in ea arte velocior. Tradunt namque conduxisse pingendum ab HISTOIRE NATURELLE, LlV. XXXV. 33 les travaux d'un artiste. Aussi dit-on du tableau qu'il peignait cette poque, qu'il avait t fait sous le glaive. Ce tableau n'est autre que le Satyre dit Anapavomne , auquel le peintre, comme pour braver compltement les dangers du sige, a mis deux fltes la main. On a en- core de Protogne Cydippe, Tlepolme, le pote tragi- que Philisque dans la mditation , un Athlte , le roi Antigone, un portrait de la mre d'Aristote. Le philoso- phe lui conseillait de peindre les grandes, les immortelles actions d'Alexandre. Un penchant, une passion particu- lire entrana presque constamment Prologne vers d'au- tres objets. Ses derniers ouvrages furent un Alexandre et un Pan. Nous avons dit plus haut qu'on lui doit aussi quelques statues de bronze. Un autre contemporain d'Apelle fut Asclpiodore, ad- mirable aux yeux mme d'Apelle pour les proportions. Muason le tyran lui donna, pour les douze grands dieux, trois cents mines par dieu. Ce mme Mnason paya Thomneste vingt mines pour chacun de ses hros. A tous ces artistes, il faut joindre Nicomaque, fils et lve d'Aristodme. Son Enlvement de Proserpine tait au Capitole , dans la chapelle de Minerve , au dessus de celle de la Jeunesse. Plancus, victorieux, plaa aussi 'au Capitole un tableau de Nicomaque : c'est la Victoire en- levant un quadrige dans les airs. C'est lui qui, le pre- mier, donna un bonnet Ulysse. On cite encore de lui Apollon, Diane, Cyble assise sur un lion, le clbre ta- bleau des Bacchantes suivies des Satyres, Scylla aujour- d'hui Rome dans le temple de la Paix. Nul peintre ne travailla avec plus de clrit. On dit, qu'ayant fait mar- ch avec Aristrale, tyran de Sicyone , pour peindre le monument du pote Tleste , et ayant promis d'achever xx. 3 34 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XXXV. Aristrato Sicyoniorum tyranno , quod is faciebat Telesti poet, monumentum , prsefinito die, intra quem pera- geretur : nec multo ante venisse, tyranno in pnam ac- censo : paucisque diebus absolvisse celeritate et arte mira. Discipulos habuit Aristidem fratrem , et Aristo clem filium, et Philoxenum Eretrium, cujus tabula nul- lis postferenda, Cassandro rgi picta, continuit Alexan- dri prlium cum Dario. Idem pinxit lasciviam, in qua trs Sileni comessantur. Hic celeritatem prceptoris se- cutus, breviores etiamnum quasdam picturae compen- diarias invenit. Adnumeratur his et Nicophanes elegans et concinnus , ita ut venustate ei pauci comparentur. Cothurnus ei et gravitas artis. Multum a Zeuxide et Apelle abest Apellis discipulus Perseus, ad quem de hac arte scripsit. Hujus fuerat aetatis Aristides Thebani discipulus. Fuerunt et filii , Niceros , et Ariston , cujus est Satyrus cum scy- pho coronatus. Discipuli , Antorides et Euphranor , de quibus mox dicemus. De generibus picturae. XXXVII. Namque subtexi par est minoris picturae clbres in penicillo, e quibus fuit Pyreicus , arte paucis postferendus : proposito , nescio an destruxerit se : quo- niam humilia quidem secutus , humilitatis tamen um- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 35 une poque fixe , il ne se rendit au tombeau que quel- ques jours auparavant : dj le prince furieux s'appr- tait le punir, quand Nicomaque lui montra le tableau achev avec autant de perfection que de rapidit. Il eut pour disciples Aristide, son frre; Aristocls, son fils; et Philoxne d'Ertrie : ce dernier fit, pour Cassandre, un tableau reprsentant une bataille d'Alexandre et de Darius : ce tableau est comparable aux plus parfaits. Cet artiste peignit aussi trois Silnes faisant la dbauche et buvant. Rival de son matre pour la rapidit, Philoxne inventa encore quelques procds pour rendre l'art plus expditif. Avec ceux-ci, vient naturellement Nicophane, peintre lgant et soign avec lequel peu d'artistes peuvent lut- ter pour la grce; sa manire large et noble, on dirait un peintre en cothurne. Perse, lve d'Apelle, qui mme lui adressa un trait de peinture, fut fort infrieur et Zeuxis et son matre. En mme temps vivait un Aris- tide, lve d'Aristide leThbain. 11 eut deux fils, Nicros et Ariston , auteur d'un Satyre couronn , qui tient une coupe la main, et deux lves, Antoride etEuphranor, dont nous parlerons plus bas. Des divers genres de peinture. XXXVII. Il est juste de citer ici des peintres clbres , quoique dans un genre moins lev. Tel fut Pyrecus, qui en talent le cda peu de peintres, mais qui , peut-tre, se fit torl par le choix mme de ses sujets, car il n'a rien imit que de trivial, et cependant ces trivialits lui ont 3 3C C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. mam adeptus est gloriam. Tonstrinas, sutrinasque pinxit, et asellos , et obsonia , ac similia : ob hoc cognominatus Rhyparographos , in iis consummatae voluptatis. Quippe e pluris veniere, quam maximae multorum. E diverso Mamiana, inquitVarro, omnia operiebat Serapionis ta- bula sub Veteribus. Hic scenas optime pinxit, sed lio- minem pingere non potuit. Contra Dionysius nihil aliud quam homines pinxit, ob id Anthropographos cognomi- natus. Parva et Callicles fecit : item Caltes comicis ta- bellis: utraque Antiphilus. Nam et Hesionam nobilem pinxit , et Alexandrum ac Philippum cum Minerva , qui sunt in schola in Octavise porticibus : et in Philippi , Liberum patrem, Alexandrum puerum, Hippolytum tauro emisso expavescentem : in Pompeia vero Cadmum , et Europen. Idem jocoso nomine Gryllum deridiculi ha- bitus pinxit. Unde hoc genus picturae grylli vocantur. Ipse in JEgypto natus didicit a Ctesidemo. Decet.non sileri et Ardeatis templi pictorem , praeser- tim civitate donatum ibi , et carmin , quod est in ipsa pictura his versibus : V Dignis digna loco picturis condecoravif, Reginae Junonis supremi conjugis templiim Marcus Ludius Helotas yEtolia oriundus, Queni nunc et post semper ob arteiu liane rdea laudat. Eaque sunt scripta antiquis litteris Latinis : non frau- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 3 7 valu la plus haute clbrit. Ou a de lui des boutiques de barbier, de cordonnier, des nes, des provisions de cui- sine et autres objets de ce genre, ce qui le fit surnommer Rhyparographe. Rien de plus dlicieux pourtant que ces compositions. Toutes petites qu'elles sont, elles se sont vendues plus cher que de grands tableaux. Au contraire, le tableau deSrapion , expos sous les vieux portiques, couvrait, au rapport de Varron, des pans de murailles tout entiers. Le mme Srapion ne pouvait peindre que des scnes, il ne pouvait rendre les hommes. Denys, au con- traire, n'excellait que dans la reprsentation des figures humaines , aussi eut-il le nom d'anthropographe. Calli- ls faisait aussi de petits tableaux; Caltes traait des scnes comiques ; Antiphile travaillait dans les deux genres : son Hsione est clbre. L'cole des portiques de Livie possde de lui Alexandre et Philippe avec Minerve; le portique dePhilippe, un Bacchus, un Alexandre enfant, un Hippolyte effray la vue du taureau qui s'lance contre lui; celui de Pompe, un Cadmus et une Europe. H donna lui-mme un personnage grotesque de sa faon le nom de Gryllus , qui bientt devint commun tout grotesque. Ce peintre tait d'Egypte , et avait eu pour matre Ctsidme. IN'oublions point le peintre du temple d'Arde : ses travaux lui valurent et le droit de cit dans cette ville, et l'inscription suivante place au bas de ses ouvrages: Ces peintures, dignes ornemens de ces augustes lieux, du temple consacr Junon, l'pouse du roi de l'Olympe, sont dues a Marcus Ludiuslllotas, n en Elolie. La ville d'Arde admire aujourd'hui et clbrera jamais ses ta- lens. Cette inscription est en caractres latins antiques. N'oublions non plus cet autre Ludius qui, sous Auguste, 38 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXXV. dando et Ludio, divi Augusti tate, qui primus insti- tuit amnissimam parietum picturam, villas et porticus, ac topiaria opra, lucos, nemora, colles, piscinas, eu- ripos , amnes , litora , qualia quis optaret , varias ibi obam- bulantium species , aut navigantium, terraque villas adeuntium asellis aut vebiculis. Jam piscantes, aucu- pantesque , aut venantes , aut etiam vindemiantes sunt in ejus exemplaribus : nobiles , palustri accessu villae , succollatis sponsione mulieribus, labantes trepidisque feruntur : plurimae prseterea taies argutiae facetissimi sa- lis. Idemque subdialibus maritimas urbes pingere insti- tuit, blandissimo aspectu, minimoque impendio. Sed nulla gloria artificum est , nisi eorum qui tabulas pinxere : eoque venerabilior antiquitatis prudentia ad- paret. Non enim parietes excolebant dominis tantum , nec domos uno in loco mansuras, qu ex incendiis rapi non possent. Casula Protogenes contentus erat in hortulo suo. Nulla in Apellis tectoriis pictura erat. Non- dum libebat parietes totos pingere. Omnium eorum ars urbibus excubabat : pictorque res communis terrarum erat. Fuit et Arellius Romae celeber paulo ante divum Au- gustum : nisi flagitio insigni corrupisset artem , semper alicujus feminae amore flagrans, et ob id deas pingens , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 3g inventa l'art charmant des dcorations pour les murailles des appartenions, o il sema maisons de plaisance, portiques, arbrisseaux taills de toute faon, bosquets, forts, collines, tangs, euripes, rivires, rivages, en un mot tout ce que dsire le caprice de chacun , jusqu' des personnages qui se promnent ou qui vont en bateau ; ici les uns arrivent la maison rustique, soit sur des nes, soit en voiture; d'autres pchent, chassent, tendent des filets aux oiseaux, ou mme font vendange; l ce sont des maisons de campagne o l'on n'arrive qu'aprs avoir travers des marais : des hommes qui ont fait march pour transporter des femmes, les ont charges sur leurs paules et passent en chancelant et en tremblant; ailleurs ce sont d'autres scnes non moins plaisantes. Plus loin, dans des promenades dcouvertes sont peintes des villes maritimes qui forment un coup d'il trs-agrable, et tout cela peu de frais. Mais la gloire n'appartient qu'aux artistes qui ont fait des tableaux. Et ici , admirons la haute sagesse de l'anti- quit: ses peintres travaillaient non pour charmer un seul matre, non pour embellir une maison, une masse immobile qu'il est impossible de soustraire aux flammes. Protogne se contentait d'une cabane dans son jardin. La maison d'Apelle n'avait point de peintures fresque. On ne se plaisait pas peindre des murailles entires. L'art travaillait pour toute une ville; le peintre tait la proprit de l'univers. Peu de temps avant Auguste vivait Arellius, peintre clbre, mais profanateur de l'art. Toujours pris de quelque femme, il ne peignait que des desses, et toujours ses matresses servaient de modle. Aussi en relrouvc-t-on /, C. PLIN HIST. NAT. LIB. XXXV. sed dilectarum imagine. Itaque in pictura ejus scorta numerabantur. Fuit et nuper gravis ac severus , idemque floridus, humilis rei pictor Amulius. Hujus erat Minerva , spectantem spectans, quacumque aspiceretur. Paucis diei horis pingebat, id quoque cum gravitate, quod semper togatus, quamquam in machinis. Carcer ejus ar- tis doinus aurea fuit : et ideo non exstant exempla alia magnopere. Post eum fuere in auctoritate Cornlius Pi- nus , et Accius Priscus , qui Honoris et Virtutis aedes im- peratori Vespasiano Augusto restituenti pinxerunt : sed Priscus antiquis similior. De aviuin cantu compescemlo. XXXVIII. 1 1 . Non est omittenda in pieturae men- tione celebris eirca Lepidum fabula. Siquidem in trium- viratu quodam loco deductus a magistratibus in nemo- rosum bospitium, ininaciter quum iis postero die expo- stulavit, somnum ademptum sibi volucrum concentu. At illidraconem in longissima membrana depictum cir- cumdedere loco : eoque terrore aves tum siluisse narran- tur, et postea cognitum est ita posse compesci. Qui encausto et penicillo pinxerint. XXXIX. Ceris pingere, ac picturam inurere qui pri- inus excogitaverit , non constat. Quidam Aristidis inven- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 41 toujours quelqu'une dans ses tableaux. Amulius est plus moderne ; svre et grave , mais fleuri et brillant , il savait peindre aussi les petits sujets. C'est lui qu'on doit la Minerve qui , de quelque ct qu'on jette les yeux sur elle , regarde toujours le spectateur. Il ne pei- gnait que quelques beures par jour, et toujours avec le plus grand srieux. Il ne se dpouillait jamais de la toge, mme quand il travaillait sur chafaudage. Ses talens furent comme emprisonns dans le Palais dor de Nron. Aussi ne reste-t-il de lui que trs-peu de tableaux. Aprs lui, Cornlius et Accius Priscus acquirent de la renom- me; tous deux furent employs par l'empereur Vespasien la restauration du temple de l'Honneur et de la Vertu, mais Priscus a mieux saisi la manire antique. Comment on peut faire taire les oiseaux. XXXVIII. i 1. Puisque uous parlons de peinture, je ne puis omettre une anecdote fameuse sur Lepidus. Log pendant son triumvirat par les magistrats de je ne sais quelle ville dans un endroit trs-bois, le lendemain il se plaignit eux avec menaces d'avoir t troubl dans son sommeil par le gazouillement des oiseaux. On imagina de tendre autour de l'emplacement une toile sur laquelle tait peinte un norme dragon, et l'on assure que la vue de cet pouvantail rendit les oiseaux muets, et l'on eut ds-lors un moyen infaillible de les rduire au silence. Quels sont les peintres qui ont employ l'encaustique et le pinceau. XXXIX. On ne sait qui inventa l'encaustique ou pein- ture par la cire et le feu. Quelques-uns en attribuent 4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. tum putant, postea consummatum a Praxitle. Sed aliquanto vetustiores encauslicae pictur exstitere, ut Polygnoti, et Nicanoris, et Arcesilai Pariorum. Lysip- pus quoque iEgin pictur suae inscripsit suezoiv<7ey, quod profecto non fecisset, nisi encaustica inventa. Quis primus lacunaria pinxerit : quando priraum camra? pictae. Pretia mirabilia picturarum. XL. Pamphilus quoque Apellis praeceptor non pin- xisse tantum encausta, sed etiam docuisse traditur Pau- sian Sicyonium primum in hoc gnre nobilem. Brietis filius hic fuit, ejusdemque primo discipulus. Pinxit et ipse penicillo parietes Thebis, quum reficerentur quon- dam a Polygnoto picti : raul tunique comparatione supe- ratus existimabatur, quoniam non suo gnre certasset. Idem et lacunaria primus pingere instituit: nec camras ante eum taliter adornari mos fuit. Parvas pingebat ta- bellas, maximeque pueros. Hoc muli eum interpreta- bantur facere, quoniam tarda pictur ratio esset illa. Quamobrem arti daturus et celeritatis famam, absolvit uno die tabellam , qu vocata est Hemeresios , puero picto. Amavit in juventa Glyceram municipem suam , inventricem coronarum, certandoque imita tione ejus, ad numerosissimam florum varietatemperduxitartem illam. Postremo pinxit ipsam sedentem eum corona^ qti e HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 43 la dcouverte Aristide, et le perfectionnement Praxi- tle. Cependant il y a eu avant eux des artistes en en- caustique , par exemple, Polygnote, Nicanor et Arcsilas de Paros. Sur une peinture de Lysippe Egine, se lit le mot s'jsxccvgev , inscription inadmissible si l'encaustique n'et point t invente antrieurement. Qui a le premier peint les lambris ; poque laquelle on commena peindre les votes. Prix normes de quelques peintures. XL. Pamphile, matre d'Apelle, peignit l'encaustique, et, de plus, enseigna les prceptes de cet art Pausias de Sicyone, qui le premier s'y rendit fameux. Fils et primi- tivement lve de Bris, cet artiste voulut restaurer au pinceau les murailles de Thbes, jadis peintes par Poly- gnote, mais il fut loin d'galer son prdcesseur, ce que l'on excusait en disant qu'il n'avait pas travaill dans sou genre. C'est lui qui le premier peignit les lambris ; jamais vote avant lui n'avait t dcore de cette faon. Il peignait de petits tableaux, et surtout des enfans. Comme ses rivaux expliquaient le choix de ses sujets en disant que son procd tait trop lent, il voulut aussi prouver que son genre admettait un faire rapide , et il fit en un jour un tableau connu sous le nom d'Heineresios, qui reprsente un enfant. Dans sa jeunesse, il fut pris de Glycre, de la mme ville que lui , et qui inventa les couronnes ; en cherchant rivaliser avec elle et re- produire , par la peinture , tout ce que tressaient les mains de son amante , il fit faire un grand progrs l'art de peindre les fleurs. Enfin il peignit Glycre mme assise et une couronne sur la tte. Ce tableau , qu'on met au rang des chefs-d'uvre, est dsign sous le nom 44 C. PLINII HIST. NA.T. LLB. XXXV. nobilissimis tabula appellata est Stephaneplocos , ab aliis Stephanopolis , quoniam Glycera venditando coronas sustentaverat paupertatem. Hujus tabula? exemplar , quod apographon vocant, L. Lucullus duobus talentis mit Dionysiis Athenis. Pausias autem fecit et grandes tabulas , sieut specta- tam in Pompeii porticibusboumimmolationem. Eam enim picturam primus invenit, quam postea imita ti sunt multi , aequavit nemo. Ante omnia quum longitudinem bovis ostendere vellet, adversum eum pinxit, non transversum : et abunde intelligitur amplitudo. Dein quum omnes , quae volunt eminentia videri, candicantia faciant, colo- remque condant nigro : hic totum bovem atri coloris fecit, umbraeque corpus ex ipso ddit, magna prorsus arte in aequo exstantia ostendens , et in contracta solida omnia. Sicyone et hic vitam egit , diuque fuit illa patria picturae. Tabulas inde e publico omnes propter aes alie- num civitatis addictas, Scauri aedilitas Romain trans- tulit. Post eum eminuit longe ante omnes Euphranor Isth- mius, olympiade centesima quarta, idem qui inter ficto- res dictus est a nobis. Fecit et colossos : et marmora , ac scyphos scalpsit : docilis ac laboriosus ante omnes , et in qocumque gnre excellens , ac sibi qualis. Hic pri- mus videtur expressissc dignittes heroum, et usurpasse HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. /,5 de Stephaneplocos ou Stephauopolis, parce que Glvcre gagnait sa vie tresser des couronnes ; Lueullus en paya une simple copie deux, talens Athnes , lors des Dionysiaques. Pausias lit aussi de grands tableaux; tel est le sacrifice de bufs qui se voyait aux portiques de Pompe. Il in- venta aussi une pose que beaucoup de peintres ont , depuis , reproduite , sans jamais galer leur modle. Comme il se proposait , avant tout , de faire voir aux yeux la longueur du buf, il le reprsenta , non de profil, mais de face, et cependant on conoit parfaite- ment quelle est la taille de l'animal. On sait que tout artiste, pour rendre un objet qui fait saillie, le laisse blanc et jette autour des couleurs sombres; le buf de Pausias est noir tout entier, et rend l'ombre encore plus obscure : rare effort de l'art, que de reprsenter des saillies sur un plan, et de dvelopper un corps vu de face et cras sur lui-mme ! Pausias passa sa vie Sicyone, qui fut long-temps la patrie de la peinture. Enfin , cette ville obre vendit a l'encan tous ses tableaux pour payer ses dettes; et Scaurus les fit transporter Rome pendant son dilit. Aprs lui, Eupliranor de ilsthme clipsa tous ses contemporains : il vivait dans la cent quatrime olym- piade. Nous avons dj parl de lui parmi les statuaires en airain. Auteur de statues colossales, de bas-reliefs, de coupes ciseles, savant, laborieux, il excella en tout genre, et fut toujours gal lui-mme. Il est le premier qui ait donn de la dignit aux hros et bien entendu la symtrie; mais l'ensemble de la taille est toujours trop /,6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. symmctriam. Sed fuit universitate corporum exilior, ca- pitibus articulisque grandior. Volumina quoque compo- suit de symmetria et coloribus. Opra ejus sunt, questre prlium , duodecim dii , Theseus , in quo dixit , eum- dem apud Parrhasium rosa pastum esse, suum vero carne. Nobiles ejus tabul Ephesi, Ulysses simulata vesania bovem cum equo jungens : et palliati cogitan- tes : dux gladium condens. Eodem tempore fuit et Cydias , cujus tabulam Argo- nautas h-s cxliv Hortensius Orator mercatus est, ei- que dem fecit in Tusculano suo. Euphranoris autem discipulus fuit Antidotus. Hujus est clypeo dimicans Alhenis, et luctator, tibicenque in- ter pauca laudatus. Ipse diligentior, quam numerosior, et in coloribus severior , maxime inclaruit discipulo Nicia Atheniensi , qui diligentissime mulieres pinxit. Lumen et umbras cu- stodivit, atque ut eminerent e tabulis picturae, maxime curavit. Opra ejus, Nemea advecta ex Asia Romam a Silano , quam in Curia diximus positam : item Liber pa- ter in de Concordiae: Hyacinthus, quem Csar Augu- stus delectatus eo secum deportavit Alexandria capta : et ob id Tiberius Csar in templo ejus dicavit banc ta- bulam : et Diana. Ephesi vero est Megabyzi sacerdotis HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXV. 47 petit relativement la tte et aux articulations. On a de lui des ouvrages sur la symtrie et le coloris. Ses tableaux sont : un Combat questre, les douze grands Dieux, Thse ( celui dont il disait , le Thse de Protogne est nourri de roses, et le mien de chair). Son tableau d'Ulysse attelant, dans sa folie simule, un cheval et un buf, se voit phse et n'est pas moins clbre. La mme ville possde ses deux Hommes en manteau, plon- gs dans la mditation , et son Chef faisant rentrer l'- pe dans le fourreau. A la mme poque, vivait Cydias. Son tableau des Argonautes fut pay cent quarante-quatre mille sester- ces par l'orateur Hortensius, qui fit construire exprs, pour l'y placer , un corps-de-logis dans sa terre de Tu- sculum. Antidote tudia l'art sous Euphranor. C'est lui qu'A- thnes doit le Guerrier qui combat avec un bouclier; il a fait aussi un Lutteur et un Joueur de flte, compts parmi les plus beaux ouvrages. Plus exact que fcond et svre dans son coloris, sa principale gloire est d'avoir form Nicias l'Athnien. Ce dernier n'eut point d'gal pour peindre les femmes. Observateur attentif de la lumire et de l'ombre, il s'atta- cha faire ressortir ses figures. On a de lui ici une Nme, apporte d'Asie Rome par Silanus , et place , comme il a t dit , dans le palais du snat ; un Bacchus, dans le temple de la Concorde; un Hyacinthe, tableau favori d'Auguste % qui l'emporta avec lui Rome aprs la prise d'Alexandrie , et qu'ensuite Tibre plaa dans le temple ddi son prdcesseur; enfin une Diane; Ephse, le tombeau de Mgabyze , prtre de Diane dans cette ville; Athnes, une Ncromancie d'Homre : l'auteur, 48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Ephesi Dianae sepulcrum: Athenis Necromantia Ho- meri. Hanc vendere noluit Attalo rgi talentis sexaginta , potiusque patriae su donavit , abundans opibus. Fecit et grandes picturas, in quibus sunt Calypso , et Io, et Andromeda: Alexander quoque in Pompeii porticibus praecellens , et Calypso sedens. Huic quidem adscribun- tur quadrupdes. Prosperrime canes expressit. Hic est Nicias, de quo dicebat Praxiteles interrogatus , quae maxime opra sua probaret in marmoribus : quibus Nicias manum admovisset : tantum circumlitioni ejus tribuebat. Non satis discernitur, alium eodem nomine, an hune eumdem quidam faciant olympiade centesima duodeeima. Nici comparatur, et aliquanto praefertur Athenion Maronites, Glaucionis Corinthii discipulus, et austerior colore, et in austeritate jucundior, ut in ipsa pictura eruditio eluceat. Pinxit in templo Eleusine Phylarchum; et Athenis frequentiam, quam vocavere syngenicon. Item Achillem virginis habitu occultatum , Ulysse deprehen- dente. Et in una tabula insigni , quaque maxime incla- ruit, agasonem cum equo. Quod nisi in juventa obiis- set , nemo ei compararetur. Est nomen et Heraclidi Macedoni. Initio naves pinxit : captoque rege Perseo Athenas commigravit, ubi eodem tempore erat Metrodorus pictor , idemque philosophus , HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 4 9 qui tait riche, l'avait refus au roi Attale, qui lui en offrait soixante talens , et aima mieux la donner sa ville natale. On a encore de lui de grands tableaux : par exemple, Calypso, o, Andromde, un trs-bel Alexandre, plac au portique de Pompe, une Calypso assise. Il pei- gnit aussi des animaux : il excellait surtout rendre les chiens. C'est de ce Nicias que Praxitle dit, un jour qu'on lui demandait auxquelles, parmi ses statues , il donnait la prfrence : A celles o Nicias a mis la main : tant il prisait le dessin de cet artiste ! On parle encore d'un Nicias, qu'on place la cent douzime olympiade : on ignore si c'est le mme, ou simplement un peintre de mme nom. On compare et mme quelques personnes prfrent Nicias Athnion de Marone , disciple de Glaucion de Corinthe. Plus svre dans son coloris, il plat , malgr cette svrit , plus que Nicias , de sorte que c'est dans la correction du dessin que consiste son mrite. Il a peint un Phylarque dans le temple d'Eleusis, et Athnes un syngnicon ou assemble de parens; on cite aussi son Achille dcouvert par Ulysse sous l'habit d'une jeune fille , et son Palefrenier avec un cheval : tableau admira- ble , qui a surtout contribu sa clbrit. Sans sa mort prmature, Athnion aurait t le plus illustre des peintres. On vante aussi le Macdonien Hraclide, qui d'abord peignit des' vaisseaux, mais qui , aprs la dfaite de Per- se, vint Athnes, l'poque o Mtrodore, en mme xx. 4 5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. magnae in utraque scientia auctoritatis. Itaque quum L. Paulus devicto Perseo petisset ab Atheniensibus , ut sibi quam probatissimum philosophum mitterent ad eru- diendos liberos 1 , itemque pictorem ad triumphum exco- lendum, Athenienses Metrodorum elegerunt, professi eumdem in utroque desiderio praestantissimum : quod ita Paulus quoque judicavit. Timomachus Byzantius Gaesaris dictatoris aetate Aja- cem , et Medeam pinxit , ab eo in Veneris Genetricis aede positas , octoginta talentis venumdatas. Talentum atticum x vi m taxt M. Varro. Timomachi aeque lau- dantur Orestes , Iphigenia in Tauris , Lecythion agilita- tis exercitator, cognatio nobilium: palliati, quos dictu- ros pinxit , alterum stantem , alterum sedentem. Praecipue tamen ars ei favisse in Gorgone visa est. Pausiae filius et discipulus Aristolaus e severissimis pi- ctoribus fuit: cujussunt, Epaminondas, Pericles, Medea, Virtus , Theseus : imago attieae plebis , boum immolatio. Sunt quibus et Mechopanes ejusdem Pausiae discipulus placeat diligentia, quam intelligant soli artifices, alias durus in coloribus, et sile multus. Nam Socrates jure omnibus placet ; talesque sunt ejus , cum JEseulapio filiae, Hygia, iEgle, Panacea, laso; et piger, qui ap- pellatur Ocnos, spai'tum torquens , quod asellus adro- dit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 5i temps peintre et philosophe, s'acqurait double titre un grand renom. Le vainqueur de Perse, Paul Emile, ayant demand aux Athniens le premier de leurs philo- sophes pour instruire ses enfans , et un excellent peintre pour travailler la dcoration de son triomphe , les Athniens firent choix de Mtrodore, qu'ils proclam- rent minemment propre remplir cette double tche; ce qui bientt fut aussi l'avis de Paul-Emile. Timomaque de Byzance, contemporain de Csar, fit un Ajax et une Mde, que le dictateur plaa dans le temple de Vnus Gntrix, aprs les avoir pays q latre- vingts talens : or, Vairon value le talent attique six mille deniers. On cite encore deimomaque, Oreste,Iphi- gnie en auride , Lecythion , matre de voltige; une Fa- mille noble, deux Hommes en manteau,. l'un debout, l'autre assis , qui semblent sur le point de parler. Son chef-d'uvre, cependant, est la Gorgone. Aristolas,fls et disciple dePausias, est un des peintres les plus svres. On a de lui un Epaminondas ,Pricls, Mde, la Vertu, Thse, unPeuple athnien personnifi, un Sacrifice de bufs. Quelques-uns font cas , pour une exactitude imperceptible pour tout autre qu'un peintre , de Mchopane , autre disciple de Pausias : du reste, son coloris est dur et il fait trop d'usage du silis. Les ta- bleaux de Socrate plaisent tout le monde, notamment son Esculape avec ses quatre filles Hygie, Egl, Pana- ce , Iaso, et son Ocnos, ou le Paresseux , occup filer une corde, qu'un ne rongea mesure qu'il la fait. 5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. Hactenus indicatis in gnre utroque proceribus , non silebuntur et primis proximi. Aristoclides , qui pinxit aedem Apollinis Delpliis. Antiphilus puero ignem con- fiante laudatus, ac pulchra alias domo splendescente, ip- sinsque pueri ore : item lanificio, in quo properant om- nium mulierum pensa : Ptolemo venante. Sed nobilis- siino Satyro cum pelle pantherina , quem Aposcopevonta appellant. Aristophon Ancaeo vulnerato ab apro, cum socia doloris Astypale : numerosaque tabula, in qua sunt Priamus , Helena , Credulitas , Ulysses , Deipbobus , Do- lus. Androbius pinxit Scyllin ancoras prsecidentem per- sic classis. Artemon Danaen, mirantibus eam prdoni- bus : reginam Stratonicen , Herculem et Dejaniram : nobilissimas autem, quae sunt in Octaviae operibus: Her- culem ab OEta monte Doridos exuta mortalitate consensu deoruin in eaelum euntem : Laomedontis circa Herculem etNptunum historiam. Alcimachus Dioxippum, qui pan- cratio Olympia citra pulveris tactum (quod vocant aco- niti) vicit. Cnus, stemmata. Ctesilochus Apellis discipulus petulanti pictura inno- tuit, Jove Liberum parturiente depicto mitrato, et mu- liebriter ingemiscente inter obstetricia dearum. Cleon , Cadnio : Ctesidemus, QEchalise expugnatione, et Laoda- mia : Clesides , reginae Stratonices injuria. Nullo enim honore exceptus ab ea , pinxit voluptuantem cum pisca- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. S3 Aprs ces artistes du premier rang , disons un mot de ceux du second. Aristoclide a peint Delphes le temple d'Apollon. Antiphile est auteur d'un beau tableau re- prsentant un enfant qui souffle le feu (le reflet de la lu- mire sur les murs est admirable, ainsi que la figure de l'enfant); des Fileuses (on croirait voir tourner tous les fuseaux); d'une chasse de Ptolme; enfin d'un Satyre couvert d'une peau de panthre. Cet ouvrage, dit Apo- scopvon , est son chef-d'uvre. On a d'Aristophon un A nce bless par le sanglier de Calydon , prs d'Asty- pale qui partage sa douleur, et un immense tableau o sont runis Priam , Hlne, la Crdulit, Ulysse, Di- phobe, la Fraude. Androbius a fait Scyllis coupant les ancres de la flotte persique. rtmon a laiss les Cor- saires en extase devant la beaut de Dana, Stratonice, Hercule et Djanire; enfin (et ces deux tableaux, placs aux portiques d'Octavie , surpassent tous les autres) Hercule s'lanant du mont OEta , dans la Doride, o il s'est dpouill de l'humanit, vers l'Olympe, o il est reu de l'aveu des Dieux , et l'Aventure de Laomdon avec Apollon et Neptune. Aleimaque est l'auteur d'un Dioxippe, vainqueur, presque sans combattre (en grec, aconiti), au pancrace dans les jeux Olympiques. Cnus a peint des assembles de familles. Ctsiloque , lve d'Apelle , s'est distingu dans le bur- lesque. On a de lui un Jupiter en bonnet, accouchant de Bacchus, avec de grands gmissemens, au milieu des Desses, faisant office de sages-femmes. On doit Clon un Cadmus; Ctsidme une prise d'chalie, une Lao- damie; Clsids un tableau injurieux pour la reine Stratonice. Trait avec peu de considration par cette princesse, il la peignit dans les bras d'un pcheur, qui 5/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. tore , quem reginam amare sermo erat : eamque tabulam in portu Ephesi proposuit: ipse velis raptus est. Regina tolli vetuit, utriusque similitudine mire expressa. Crati- nus comdos Athenis in Pompeo pinxit. Eutychidis bigam rgit Victoria. Eudorus scena spectatur : idem et ex are signa fecit. Hippias , Neptuno et Victoria. Habron Amicitiam et Concordiam pinxit, et deorum simulacra. Leontiscus , Aratum victorem cum tropaeo : psaltriam. Lon , Sap- pho. Nicearchus , Venerem inter Gratias et Cupidines : Herculem tristem insani pnitentia. Nealces Venerem , ingeniosus et solers in arte. Siquidem quum prlium nayale ^Egyptiorum et Persarum pinxisset, quod in Nilo, cujus aqua est mari similis, factum volebat intelligi, argumento declaravit, quod arte non poterat. Asellum enim in litore bibentem pinxit, et crocodilum insidian- tem ei. OEnias, syngenicon. Philiscus, officinam pictoris , ignem confiante puero. Phalerion, Scyllam. Simonides, Agatharchum, et Mnemosynen. Simus, juvenem requies- centem : officinam fullonis Quinquatrus celebrantem : idemque Nemesin egregiam. Theodorus et inungentem : idem ab Oreste matrem et iEgistbum interfici : bellumque iliacum pluribus ta- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 55 passait pour tre son amant, et exposa le tableau dans le port d'phse; aussitt aprs il s'embarqua. La reine, charme de l'extrme ressemblance des deux figures, d- fendit d'enlever le tableau. De Cratinus, sont les Co- mdiens qu'on voit Athnes dans le Pompum. Eutichyde fit une Victoire conduisant un char deux chevaux. Eudore est clbre par sa Scne ; il a fait aussi des statues en airain. On a d'Hippias un Neptune et une Victoire; d'Habron, une Amiti , une Concorde et diverses statues des dieux; de Lontisque, un Aratus vainqueur avec des trophes, une Chanteuse; de Lon, une Sapho; de Nicarque, une Vnus entre les Grces et les Amours, un Hercule re- pentant de son accs de dmence; de Nalce , artiste habile et spirituel, une Vnus : c'est lui qui, voulant reprsenter un combat des Egyptiens et des Perses sur le Nil dont l'eau a la mme couleur que celle de la mer, et dsesprant d'exprimer par l'art le lieu de la scne, eut recours un symbole, et peignit sur la rive, un ne qui boit et un crocodile qui le guette. nias est auteur d'une Assemble de famille; Philis- que , d'un Atelier de peinture o un petit garon souffle le feu ; Phalrion , d'une Scylla; Simonide, d'un Aga- tharque et d'une Mnmosyne; Simus, du Jeune-Homme en repos, de l'Atelier d'un foulon, o l'on clbre les Panathnes, enfin d'une magnifique Nmsis. Thodore a peint un Athlte qui se frotte d'huile, un Oreste tuant gisthe et sa mre, la Guerre de Troie en 56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. bulis : quod est Romae in Philippi porticibus : et Cassan- dram, quae est in Concordiae delubro. Leontium Epicuri cogitantem : Demetrium regem. Theon , Orestis insaniam , Thamyram cithardum. Tauriscus, discobolum, Clytaemnestram , Paniscum, Po- lynicen regnum repetentem, et Capanea. Non omittetur inter hos insigne exemplum. Namque Erigonus tritor colorum Nealcae pictoris in tantum ipse profecit, ut celebrem etiam discipulum reliquerit Pa- siam , fratrem iEginet fictoris. Illud vero perquam ra- rum ac memoria dignum , etiam suprema opra artificum imperfectasque tabulas, sicut Irin Aristidis , Tyndaridas Nicomachi , Medeam Timomachi, et quam diximus Ve- nerem Apellis , in majori admiratione esse , quam per- fecta. Quippe in iis lineamenta reliqua, ipsque cogita- tiones artificum spectantur : atque in lenocinio com- mendationis dolor est : manus , quum id agerent , extinct desiderantur. Sunt etiam nunc non ignobiles quidem, in transcursu tamen dicendi : Aristonides , Anaxander , Aristobulus Syrus , Arcesilaus Tisicratis filius , Corybas Nicomachi discipulus , Garmanides Euphranoris , Dionysiodorus Colophonius , Diogenes qui cum Demetrio rege vixit , Eutbymedes , Heraclides Macedo , Mydon Soleus Philo- machi statuarii discipulus, Mnesitheus Sicyonius, Mna- HISTOIRE NATURELLE, LIY. XXXV. 5 7 une suite de tableaux exposs Rome sous les portiques de Philippe; une Cassandre qu'on voit au temple de la Concorde; Lontium , la matresse d'Epicure, dans la mditation ; un portrait du roi Demetrius. On a de hon un Dlire d'Oreste, et Thamyris, le joueur de lyre. On doit Taurisque un Discobole, une Clytemnestre , un Panisque, un Polynice rclamant le trne, un Capane. Citons ici un fait remarquable : Erigone , broyeur de couleurs chez le peintre Nalce, fit tant de progrs dans la peinture, que lui-mme forma un lve clbre, Pa- sias, frre du sculpteur Eginte. Nanmoins la circon- stance la plus remarquable, la plus rare dans toute l'his- toire de l'art, c'est le prix attach aux ouvrages impar- faits des artistes (par exemple, l'Iris d'Aristide, les Tyndarides de Nicomaque , la Mde de Timomaque, la Vnus d'Apelle ci-dessus nomme), prix beaucoup au dessus de celui qu'on attache aux ouvrages termins. Dans les premiers, on suit avec intrt l'esquisse et l'ide mme de l'auteur; le regret se met de la partie et con- spire sduire ; on gmit sur la main que la mort a glace, tandis qu'elle compltait son ouvrage. 11 est encore d'autres peintres distingus que, cepen- dant, je ne puis que nommer en passant : Aristonide, Anaxandre, Aristobule de Syrie, Arcsilas, fils de Tisi- crate; Corybas , lve de Nicomaque; Carmanide, disci- ple d'Euphranor; Dionysiodore de Colophon ; Diogne, le contemporain du roi Demetrius; Euthymde, Hraclide de Macdoine; Mydon de Soles, disciple du statuaire Philomaque; Mnsithe de Sicyone, Mnasitime, fils et lve d'Aristonide; Nessus, fils d'Habron; Polmon d'A- 58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. sitimus Aristonidae filius et discipulus, Nessus Habronis filius , Polemon Alexandrinus , Theodorus Samius , et Stadieus , Nicosthenis discipuli ; Xnon , Neoclis disci- pulus, Sicyonius. Pinxere et mulieres : Timarete Miconis filia , Dianam in tabula, quae Ephesi est, antiquissimae picturae. Irne Cratini pictoris filia et discipula, puellam quae est Eleu- sine : Calypso , senem et praestigiatorem Theodorum : Aleisthene , saltatorem : Aristarete Nearchi filia , et di- scipula , jEsculapium. Lala Cyzicena perptua virgo , Marci Yarronis juventa, Romae et penicillo pinxit, et cestro in ebore, imagines mulierum maxime, et Neapoli anum in grandi tabula : suam quoque imaginem ad sp- culum. Nec ullius velocior in pictura manus fuit : artis vero tantum , ut multum manipretio antecederet cele- berrimos eadem aetate imaginum pictores , Sopolin et Dionysium, quorum tabulae pinacothecas implent. Pinxit et quaedam Olympias : de qua hoc solum memoratur, discipulum ejus fuisse Autobulum. De encausto. LXI. Encausto pingendi duo fuisse antiquitus gnera constat , cera , et in ebore , cestro , id est viriculo , do- nec classes pingi cpere. Hoc tertium adcessit, rsolu tis HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 5 9 lexandrie , Thodore de Samos et Stadie , disciples de Nicosthne; Xnon de Sicyone, disciple de Nocls. On compte aussi des femmes parmi les peintres : telles furent Timarte , fille de Micon, dont on a une Diane que l'on conserve Ephse , et qui est un des plus an- ciens monumens de la peinture; Irne, lve el fille de Cratinus , auteur de la Jeune Fille qu'on voit Eleusis , d'une Calypso , d'un Vieillard, et du Sorcier Thodore; Alcisthne, qui l'on doit le Danseur; Aristarte, lve et fille de Narque, auteur d'Esculape; Lala de Cyzique, qui fut contemporaine de Varron , et qui resta toujours fille: elle travailla Rome tant au pinceau qu'au poinon , sur l'ivoire; elle a fait surtout des portraits de femmes. On a d'elle, Naples, un grand tableau reprsentant une Vieille Femme, et son portrait qu'elle fit devant un mi- roir. Jamais main plus rapide ne mania le pinceau , et tel tait son talent que ses ouvrages taient pays plus chers que ceux des artistes les plus clbres de son temps, tels que les Sopolis et les Denys, dont les tableaux remplis- sent les cabinets des curieux. On nomme aussi une cer- taine Olympias, mais tout ce qu'on sait d'elle, c'est qu'elle eut Autobule pour disciple. Encaustique. XLI. On sait qu'il y eut autrefois deux procds pour peindre l'encaustique : dans l'un on emploie la cire; dans 1 autre, le cestre ou poinon sillonne l'ivoire; ils furent seuls en usage jusqu'au temps o l'on voulut 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. igni ceris penicillo utendi, quae pictura in navibus net- sole , nec sale , ventisque corrumpitur. De vestium pictura. XL1I. Pingunt et vestes in ^Egypto inter pauca mi- rabili gnre, candida vla postquam adtrivere illinentes non coloribus, sed colorem sorbentibus medicamentis. Hoc quum fecere, non adparet in velis : sed in cortinam pigmenti ferventis mersa, post momentum extrahuntur picta. Mirumque , quum sit unus in cortina colos , ex illo alius atque alius fit in veste, accipientis medica- menti qualitate mutatus. Nec postea ablui potest : ita cortina non dubie confusura colores, si pictos acciperet, digerit ex uno , pingitque dum coquit. Et adustae vestes firmiores fiunt , quam si non urerentur. Plastices prni inventores. XLIIT. la*. De pictura satis superque : contexuisse his et plasticen conveniat. Ejusdem opre terrae fingere ex argilla similitudines , Dibutades Sicyonius figulus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 61 peindre les navires ; alors on trouva une troisime ma- nire qui consiste faire fondre au feu la cire colore dans laquelle ensuite on trempe le pinceau : cette pein- ture, tant inaltrable l'eau sale, au soleil et aux vents , est affecte aux vaisseaux. De la teinture des toffes. XLII. En Egypte, on peint jusqu'aux habits par un procd des plus merveilleux. Pour cela on emploie un tissu blanc sur lequel on passe, non point des couleurs, mais des substances sur lesquelles mordent les couleurs. Les traits ainsi mens sur le tissu , ne se voient point; mais, quand on l'a plong dans la chaudire, on le re- tire au bout d'un instant charg de dessins ; et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que, quoique la chaudire ne contienne qu'une seule matire colorante, le tissu prend des nuances diverses, la teinte variant selon la nature de de la substance qui s'imprgne de couleur : ces couleurs ne peuvent s'effacer par l'eau. Il est clair que si le tissu tait charg de dessins coloris quand il entre dans la chaudire , toutes les couleurs seraient brouilles quand on le retirerait. Ici toutes les couleurs se font par une mme immersion , et il y a en mme temps coction et teinture. Le tissu, modifi par cette opration , est plus solide que s'il ne la subissait pas. Premiers inventeurs de la plastique. XLIII. 'i. En voil assez, et trop peut-tre sur la pein- ture; passons la plastique. Le premier ouvrage en ce genre fut fait en argile par Dibutade de Sicyone , potier Corinthe, l'occasion d'une ide de sa fille, prise fa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. primus invenit Corinthi, fliae opra : quae capta amore juvenis, illo abeunte peregre, umbram ex facie ejus ad lucernam in pariete lineis circumscripsit : quibus pater ejus impressa argilla typum fecit, et cum ceteris fictili- bus induratum igni proposuit : eumque servatum in Nymphaeo, donec Corinthum Mummius everteret, tra- dunt. Sunt qui in Samo primos omnium plasticen in- venisse Rhcum et Theodorum tradant , multo ante Bacchiadas Corintho pulsos. Demaratum vero ex eadem urbe profugum, qui in Etruria Tarquinium Priscum re- gem populi romani genuit, comitatos fictores Euchira et Eugrammum : ab iis Italiae traditam plasticen. Dibu- tadis inventum est, rubricam addere, aut ex rubra creta fingere. Primusque personas tegularum extremis imbri- cibus imposuit, quae in ter initia prostypa vocavit. Postea idem ectypa fecit. Hinc et fastigia templorum orta : propter hune plastae appellati. Quis primum ex facie , et de signis , imaginem expresserit. XLIV. Hominis autem imaginem gypso e facie ipsa primus omnium expressit, ceraque in eam formam gypsi infusa emendare instituit Lysistratus Sicyonius, frater Lysippi , de quo diximus. Hic et similitudinem reddere instituit : ante eum , quam pulcherrimas facere stude- bant. Idem et de signis effigiem exprimere invenit. Cre- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 6* d'un jeune homme qui allait quitter la ville : celle-ci ar- rta par des lignes les contours du profil de son amant. Son pre plaqua ensuite de l'argile sur le dessin, auquel il donna du relief, et fit durcir au feu cette argile avec les pices de poterie. Ce premier type de la plastique fut, dit-on, conserv Corinthe, dans le temple des Nym- phes, jusqu'au sac de cette ville par Mummius. D'autres veulent que cet art ait t invent Samos par Rhcus el Thodore, long-temps avant que les Bacchiades fus- sent chasss de Corinlhe. Us ajoutent que Dmarate, qui devint , en trurie , pre du roi romain Tarquin l'An- cien , emmena sa suite, en s'expatriant de Corinthe Euchir et Eugramme qui apprirent l'art de la plastique l'Italie. On ne devrait Dibutade, selon eux , que le mlange de la rubrica l'argile, et l'emploi de la craie rouge seule. C'est aussi Dibutade qui imagina les mas- ques placs au bord des toits des difices , et auxquels il donna le nom de prostypes. Plus tard il fit ce qu'on appelle des ectypes : de l les ornemens qui couronnent les temples. Enfin c'est lui qui fit de la plastique un art part. Qui le premier sut tirer une image d'aprs la figure et d'aprs les statues. XL1V. Lysistrate de Sicyone , frre de Lysippe dont il a t question , est le premier qui ait moul en pltre les figures humaines, et coul ensuite de la cire dans le pltre. C'est aussi lui qui s'attacha le premier la res- semblance ; primitivement on ne s'occupait que de la beaut. 11 enseigna aussi l'art de faire un moule l'aide d'une statue, et eetle ide eut tant de vogue que ds- 64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. \itque res in tantum, ut nulla signa, statuaeve, sine ar- gilla firent. Quo adparet antiquiorem liane fuisse scien- tiam , quam fundendi aeris. Nobilitates artificum in plastice. XLV. Plastae laudatissimi fuere Damophilus et Gor- gasus , iidemque pictores : qui Cereris aedem Romae ad Circum maximum utroque gnre artis suae excoluerunt, versibus inscriptis graece, quibus significarunt a dextra opra Damophili esse, ab laeva Gorgasi. An te hanc aedem tuscanica omnia in aedibus fuisse, auctor est M. Varro. Ex hac quum refceretur, crustas parietum excisas tabu- lis marginatis inclusas esse : item signa ex fastigiis dispersa. Fecit et Chalcosthenes cruda opra Athenis , qui locus ab officina ejus Ceramicos appellatur. M. Varro tradit sibi cognitum Romae Posim nomine, a quo facta poma et uvas , item pisces , quos aspectu discernere a veris vix posses. Idem magnificat Arcesilaum, Lucii Lu- culli familiarem, cujus proplasmata pluris venire solita artificibus ipsis, quam aliorum opra. Ab hoc factam Venerem Genetricem in Foro Caesaris , et priusquam absolveretur , festinatione dedicandi positam. Deinde eidem a Lucullo h-s lx signum Felicitatis locatum, cui mors utriusque inviderit. Octavio equiti romano cra- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 65 lors on ne fit nulle statue , soit en marbre , soit en bronze , sans en prendre l'empreinte en argile. Ce qui prouve que l'art de mouler en argile date de plus loin que celui de couler en bronze. Clbres artistes en plastique. XLV. Les artistes les plus clbres en plastique furent Damophile et Gorgase; tous deux aussi taient peintres: ils ornrent d'ouvrages , dans l'un et l'autre genre, le temple de Crs, Rome, dans le grand Cirque. Des in- scriptions grecques en vers annoncent que la droite est des mains de Damophile, et la gauche de celles de Gorgase. Antrieurement tous les ouvrages de sculpture , selon Varron, taient toscans. Plus tard, quand il fallut restau- rer ce temple, on scia en tablettes la partie la plus ext- rieure des murs, et on l'enferma dans des cadres portatifs. Les statues du fate furent enleves de la mme faon. Chalcosthne fit de mme des ouvrages en terre Athnes, dans le lieu dit Cramique du nom de la fabri- que qu'il y avait tablie. Varron nous dit avoir connu Rome un nomm Posis qui peignait des fruits, des grappes de raisin, des poissons avec une telle perfection, qu'on ne pouvait distinguer si c'tait un ouvrage de l'art ou de la nature. Il donne aussi de grands loges Ar- csilas , ami intime de Lucullus, dont les modles en argile se vendaient plus cher aux artistes eux-mmes que les ouvrages achevs de beaucoup d'autres. C'est ce dernier qui fit la Vnus Gntrix place au Forum de C- sar. La promptitude qu'on mit faire la ddicace, fora placer la statue avant mme qu'elle ft acheve. Lucullus lui commanda ensuite un morceau qui devait reprsenter xx. 5 ) 66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. tera facere volenti, exemptai* a gypso factnm talento. Laudat et Pasitelem , qui plasticen matrem caelaturae , et statuarise, sculpturaeque dixit : et quum esset in omnibus his summus , nihil umquam fecit , antequam finx.it. Praeterea elaboratam hanc artem Italiae, et maxime Etruriae : adcitum a Fregellis, cui locaret Tarquinius Priscus effigiem Jovis in Capitolio dicandam. Fictilem eum fuisse, et ideo miniari solitum : fictiles in fastigio templi ejus quadrigas, de quibus saepe diximus. Ab hoc eodem factum Herculem , qui hodieque materiae nomen in Urbe retinet. Hae enim tum effigies deum erant lau- datissimae. Nec pnitet nos illorum, qui taies deos co- luere. Aurum enim et argentum ne diis quidem con- ficiebant. De fglinis operibus. XLVI. Durant etiam nunc plerisque in loeis talia si- mulacra. Fastigia quidem templorum etiam in Urbe crebra , et municipiis , mira caelatura , et arte aevique firmitate sanctiora auro , certe innocentiora. In sacris quidem etiam inter lias opes hodie, non murrhinis cry- stallinisve, sed fictilibus prolibatur simpuviis. Inenarra- bili terrae benignitate, si quis singula aestimet : etiam ut HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXV. 67 la Flicit, et qu'il voulait lui payer soixante mille sester- ces; mais tous deux moururent avant qu'il pt tre ter- min. Octave, chevalier romain, voulant se faire faire une coupe par un orfvre, en commanda un modle Arc- silas, et le paya un talent. Varron cite aussi Pasitle, qui appelait la plastique la mre del ciselure, de la sculpture et de la statuaire, et qui , habile dans ces trois arts, ne met- tait jamais la main un ouvrage sans l'avoir d'abord moul en terre. Cet art fut extrmement cultiv en Italie, no- tamment en Etrurie. Tarquin l'Ancien fit venir de Fr- gelles un artiste avec lequel il fit march pour la statue de Jupiter qu'il devait ddier au Capitole. Ce Jupiter tait d'argile; aussi le couvrait-on d'une couche de ver- millon, lie quadrige qui couronnait le temple dont nous avons parl tait aussi d'argile. On doit au mme artiste un Hercule qui , fait de terre , porte encore aujourd'hui l'pithte efictlis. Ces images taient les plus belles que l'on connt alors. Nous n'avons point rougir de ceux qui adoraient des divinits d'argile : ils ne recherchaient ni l'or ni l'argent, pas mme pour les statues des dieux. Des ouvrages de poterie. XLVI. On voit encore de ces images dans bien des lieux : Rome mme, et dans nos villes municipales, plus d'un temple n'a qu'un fate de terre cuite; ces mor- ceaux, d'une excution admirable, et que le temps n'a pu dtruire, sont plus respectables nos yeux, ou, du moins, plus purs que s'ils taient en or. Aujourd'hui mme, au sein de notre opulence, nous n'offrons les libations que dans de simples cuelles de terre, et non dans le cristal ou les vases murrhins. Inpuisable bienfaisance de la terre, 5. 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. - omittantur in frugum, vini, pomorum, herbarum, fruti- cum, medicamentorum , metallorum generibus, bnficia ejus , quae adhue diximus : vel adsiduitate satiant figlina- rum opra, imbricibus, doliis ad vina excogitatis, ad aquas tubulis, ad balineas mammatis, ad tecta coctilibus later- culis frontatisque : ob quae Numa rex septimum collegium figulorum instituit. Quin et defunctos sese multi fictili- bus soliis condi maluere : sicut M. Varro , pythagoreo modo, in myrti et oleae atque populi nigrae foliis. Major quoque pars hominum terrenis utitur vasis. Samia etiam- num in esculentis laudantur. Retinet hanc nobilitatem et Arretium in Italia : et calycum tantum, Surrentum , Asta, Pollentia : in Hispania Saguntum, in Asia Perga- mum. Habent et Tralles opra sua, Mutina in Italia : quoniam et sic gentes nobilitantur. Hc quoque per maria terrasque ultro citroque portantur , insignibus rotae officinis. Erythris in templo hodieque ostenduntur amphorae du propter tenuitatem consecratae, discipuli magistrique certamine, uter tenuiorem humum duceret. Cois laus maxima , adrianis firmitas : nonnullis circa hoc quoque severitatis exemplis. Q. Coponium inveni- mus ambitus damnatum , quia vini amphoram dedisset dono ei , cui sufragii latio erat. Atque ut luxu quoque aliqua contingat auctoritas figlinis , tripatinum , inquit Fenestella , appellabatur summa cnarum lautitia. Una HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXV. 6y pour qui dtaillerait ses bienfaits ! car, sans revenir sur ce que nous avons dit, sur cette multitude d'arbustes, de vins, de fruits, d'herbes, de mtaux, que de merveilles et de largesses dans la poterie seule! tuiles, tonneaux pour contenir les vins , tuyaux pour livrer passage l'eau , boules creuses pour les bains , tuiles plates , tuiles re- bord pour la toiture des difices. Tant d'ouvrages divers engagrent Numa instituer un septime collge, celui des potiers de terre. Quelques hommes ont voulu re- poser dans des bires de terre cuite: tel fut Varron, qui voulut tre enseveli , comme les pythagoriciens, au milieu de feuilles de myrte, d'olivier et de peuplier noir. C'est aussi de vases de terre qu'use la majorit de l'espce humaine. On cite la terre de Samos comme excellente pour la vaisselle. Celle d'Arretium en Italie n'est point infrieure; Surrente, Asta, Polleutie, en Espagne Sagonte, en Asie Pergame, fournissent de la terre pour les coupes. Tralles en Lydie, en Italie Modne, ont chacune un genre o elles excellent. Des nations mme doivent de la clbrit un art seul, et les fabriques clbres expdient au loin droite et gauche par mer et par terre des milliers de pices. On voit encore aujourd'hui , dans un temple d'Erythres, deux amphores consacres au dieu cause du peu d'paisseur des parois. Elles sont dues deux artistes, le matre et le disciple, qui luttaient qui ferait le vase le plus mince. Les vases de Cos sont les plus beaux ; ceux d'Adria les plus solides. On cite leur sujet quelques traits de svrit. Nous lisons qu'un Q. Co- ponius fut condamn comme coupable de brigue pour avoir donn une amphore vin un homme qui lui donna son suffrage. Les vases de terre eux-mmes ont t objets de luxe. Fenestella raconte qu'il fut un tempso 7 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXV. erat murnarum, altra luporum, tertia myxonis piscis, inclinatis jam scilicet moribus, ut tarnen eos praeferre Graeciae etiam philosophis possimus. Siquidem in Aristo- telis heredum auctione lxx patinas venisse traditur. Nam nos quum unam .lJ.tlTf TXI TIC jU*XX0V , H fAlfJlfltrt T*/ , ioo NOTES DU LIVRE XXXV. o les deux mots /ucojuiia-eTa.1, (Jt-i/uiie-STct, par la presque parit de leurs lmens phoniques constituent un vritable jeu de mots. La traduction d'Amyot ne rend pas le jeu de mots; pas plus que l'hendcasyllabe italien tronco de Carlo Dati : Alir 1 anzi binsimcr , che imitera. Durand s'y est essay , et a du moins l'honneur de l'avoir entre pris : Pcm-tre , coups de langue , on pourra l'opprimer , Mais , coups de pinceau , qui pourra l'imiter ? Au reste , Ronsard avait dj exprim cette pense dans la Fran- ciade : Un lit ce livre pour apprendre ; L'autre le lit comme envieux. Il est facile de reprendre , Difficile de faire mieux. Page 4 > ligne 6. Arlem ipsis ahlatam Zeuxin ferre secum. 11 n'est pas clair que les vers d'Apollodore contiennent une incri- mination dans le genre de celle des vers de Virgile : Hos ego versiculos feci , tulit aller honores : Sic vos non vobis C'est pourtant ce que pensent la plupart des commentateurs, et ils mentionnent ce propos Antonello da Messina enlevant Jean de Bruges le secret de la peinture l'huile , puis le Domi- nique le dpouillant son tour de ce secret. Malheureusement ni le Dominique ni Antonello da Messina ne mritent les repro- ches que leur vaudraient de telles anecdotes si elles taient vraies. Jean de Bruges , dj vieux , dcouvrit bnvolement son secret Antonello qui, bnvolement aussi, le cda un peu plus tard au Dominique. Du reste , tous les autres exemples qu'on pour- rait substituer ceux-ci ne prouveraient rien. Nul doute que quelquefois on se soit attribu des inventions dont la gloire et d rejaillir sur un autre. Nul doute non plus, qu'en un sens, ce- lui qui perfectionne ne semble ravir l'honneur que l'inventeur primitif esprait possder lui seul. Mais ici , que l'on y pense bien , il s'agit, non pas de gloire usurpe, non pas de perfection- NOTES DU LIVRE XXXV. 101 no mont insignifiant; c'est tout le contraire. Les perfectionnemens sont graves; et la gloire des inventeurs (ou de ceux qui se regar- dent comme tels), sans tre en rien entame, est clipse, est comme plonge dans le nant par l'apparition d'un mrite trans- cendant , et qui ne souffre plus de comparaison. C'est ainsi , par exemple, que Voila s'est comme empar du galvanisme dcou- vert par Galvani. Nous ne trouvons donc pas du tout absurde que Flibien ait dit : Pour marquer l'estime qu'il faisait de Zeuxis par dessus tous les peintres , Apollodore composa ces vers. Seulement nous dsirerions qu'il et indiqu plus dcidment la nuance du distique d'Apollodore. C'tait sans doute une do- lance, mais une dolance emportant loge. Le peintre des temps antiques se plaint de ne plus tre le premier, mais il ne nie pas que sou successeur ne l'emporte sur lui ; au contraire , il le re- connat navement , le proclame franchement, et s'en afflige l- grement. Page 4, ligne 17. Hercules infans dracones slrangulans. Piaule, dans Y Amphitryon (act. v, se. 1), a magnifiquement dcrit ce premier travail d'Hercule. Comparez aussi la belle idylle de Tho- crite, intitule Hercule enfant ('pcix,xivw Te kb h 'Tyte(ct). Malheureusement Parrhase vivait environ cent ans avant le conqurant macdonien , partant cent ans avant l'excellent donneur d'avis. Nous aimerions donc mieux, avec Hardouin, penser soit au Philisque le mlittomane (attaqu de l'amour des abeilles), qui crivit sur elles un trait ex professo , soit au Philisque qui fit reprsenter plusieurs tra- gdies dans Athnes. Enfin il est possible aussi qu'on doive lire Philoctle. En effet, Y Anthologie contient une fort jolie pi- gramme sur un Philoctte de Parrhase. ( Voyez Junius et Hardouin. ) Ligne 23. Hoplitiles. On lisait jadis hoplitides , ce qui indiquait des femmes pesamment armes , et ce qui tait ridicule. Passe encore si elles eussent eu le costume de voltigeurs (<4ii ligne 3. Parietes quos appellanl formaceos. En Espagne , aujourd'hui , ces murs s'appellent tapias. XLIX , page 76, ligne 2. MaxUua et Calento. On trouve dans les gorges de la Sierra-Morena un lieu dit Cala, non loin duquel semblent s'tre leves les deux villes de Pline. Vitruve, et d'autres crivains de l'antiquit, ont parl, comme Pline, de briques assez lgres pour surnager, et qu'on fabri- quait en Espagne et dans une le de la Toscane. Fabroni a russi en faire de semblables avec une espce de terre du territoire de Sienne , que M. Brongniart nomme argile lgre. Faujas de Saint-Fond a trouv une argile semblable daus le dpartement de l'Ardche. Les briques que l'on fait avec cette matire peu liante se moulent difficilement ; il faut y ajouter un peu d'ar- gile plastique ou figuline. Elles ont en effet une grande lgret; leur pesanteur est celle des briques ordinaires, comme 57 : 35g, c'est--dire environ comme 1 est 6. Celles de Faujas sont in- fusibles au feu de porcelaine , mais elles prennent une retraite considrable , qui gale presque c,a3 de leur volume ; elles de- viennent alors compactes , pesantes et trs-dures. Tant que ces briques sont peu cuites , elles sont lgres : celte qualit les NOTES DU LIVRE XXXV. m rend trs-propres entrer dans la construction des votes qui doivent avoir peu de pousse ; elles sont aussi un trs-mauvais conducteur du calorique. Elles peuvent tre utilement employes pour enfermer des objets que l'on veut garantir de l'action du feu , tels que les archives , etc. L'exprience a prouv qu'un vaisseau pouvait brler et couler bas avant que la chaleur les ait traverses , et mis le feu aux poudres qu'elles renferment. Page 76, ligne 6. Suntenim lemi, etc. C'est une faon de par- ler: car quelque bien tablis que soient des murs de briques, ils ne peuvent rsister au passage des sicles, et toutes les causes de destruction, comme le granit et le marbre. Les preuves abon- dent : que reste-t-il de Babylone , de Ninive? des dbris presque mconnaissables. Mais la vieille Egypte, avec ses temples, ses sphynx colossaux, ses statues , ses oblisques, ses pyramides , n'est pas encore morte tout entire. Quoi qu'il en soit, il parat que les briques ont t les pre- miers matriaux employs par les hommes lorsqu'ils ont com- menc btir. Elles entrent dans la construction de la plupart des btimens les plus anciens , surtout de ceux que l'on trouve encore dans les plaines de l'Asie , o l'on suppose que se sont formes les premires socits. Plusieurs de ces anciennes briques sont trs-grosses en comparaison des ntres , et ne paraissent point avoir t cuites au feu ; elles ont t simplement sches au soleil: pour leur donner plus de solidit, on ajoutait l'argile sablonneuse dont elles taient composes, de la paille hache, et mme des fragmens de joncs et d'autres plantes de marais. Telles sont les briques de l'Egypte et de l'ancienne Babylonie. On avait aussi employ, dans la construction de Babylone , des briques cuites, et mme vernisses, ou mailles de couleurs assez vives ; il parat qu'elles taient employes dans le revte- ment des quais , et dans celui des murailles intrieures. Les bri- ques des difices romains qui nous restent sont d'une grande solidit. On remarque qu'elles portent la marque du fabricant ; et lorsqu'elles taient faites par les lgions , elles en portaient le numro. Ces briques taient souvent triangulaires. Les Romains ont aussi employ les briques crues ; mais on n'en voit dans aucun de leurs btimens qui subsistent encore. na NOTES DU LIVRE XXXV. Ll , page 80, ligne 12. Bituminis vicina est, etc. Distinguons ici i le naphle ou ptrole (liquide, inflammable, volatil, soluble dans l'alcool, jauntre quand il est pur), et 2 le bitume pro- prement dit , ou asphalte ( solide , iusoluble dans l'alcool , noir , etc. ). LVH , page 92 , ligne 18. Qmoi. La cimolie ou cimolithe avait t confondue jadis avec l'argile smectique ou terre foulon. C'est tout autre chose : tenace , difficile pulvriser, schisteuse quand elle est sche, elle forme avec l'eau , quand on la dlaie avec elle dans le rapport de 6 i5, une espce de crme qui sert blanchir. Du reste , dit Tournefort , ce blanchissage est assez sale. LIVRE TRENTE-SIXIEME. *V^*/%(V*/VV^V/\i-VVVVVVVfc/VV\%VV%/VVV%'VVV\/VV\^^ C. PLINII SECUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XXXVI. I. APIDUM NATURA. Luxuria in marmoribus. I. i. Ijapidum natura restt, hoc est, praecipua mo- rum insania, etiam ut gemmae cum succinis, atque cry- stallinis, murrhinisque sileantur. Omnia namque, quae usque ad hoc volumen tractavimus, hominum causa ge- nita videri possunt. Montes natura sibi fecerat ad quas- dam compages telluris visceribus densandas , simul ad impetus fluminum domandos, fluctusque frangendos, ac minime quietas partes coercendas durissima sui materia. Cdimus hos , trahimusque , nulla alia , quam delicia- rum, causa, quos transcendisse quoque mirum fuit. In portento prope majores habuere Alpes ab Annibale ex- superatas, et postea a Cimbris : nunc ipsae caeduntur in mille gnera marmorum : promontoria aperiuntur mari, 'iWViWltlUUU vuit\AVVllVAiVl\l\i\l\\'\VV\VVVlWllU\i\V\VVVVI\V\i\V\,WVU\\V\\\ HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XXXVI. HISTOIRE NATURELLE DES PIERRES. Luxe en fait de marbres. I. i. J.L reste parler des pierres, la plus grande folie des hommes, dt-on n'y pas comprendre les gemmes avec les succins, les cristaux, les murrhins. Tout ce dont il a t question jusqu'ici peut au moins sembler cr pour l'homme. La nature avait produit les montagnes pour elle-mme, pour lier et affermir le squelette de la terre, pour dompter l'lan des fleuves, briser les flots et contenir l'excessive mobilit de quelques parties par l'im- mobile duret de celles-ci. Et nous, simplement pour nos plaisirs , nous coupons , nous transportons ces masses que jadis c'tait uue merveille de franchir. Le passage des Alpes par Annibal, et plus tard par les Cim- bres , fut un prodige pour nos aeux : eh bien ! aujour- d'hui ces Alpes brises nous livrent mille espces de marbrS; par nous les promontoires s'ouvrent la mer; l'espce humaine nivelle le globe; ce que la nature avait tabli pour servir de bornes aux nations, disparat sous 8. n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. et rerum natura agitur in planum. Evehimus ea, quae separandis gentibus pro terminis constituta erant : na- vesque marmorum causa fiunt, ac per fluctus, saevissi- mam rerum naturae partem , hue illuc portantur juga , majore etiamnum venia, quam quum ad frigidos potus vas petitur in nubila , caeloque proximae rupes cavantur, ut bibatur glacie. Secum quisque cogitet, quum pretia horum audiat , quum vehi trahique moles videat , quam sine his fuerit beatior vita : ad quam multorum neces sit necesse ista facere, verius pati mortales. Quos ob usus, quasve ad voluptates alias, nisi ut inter maculas lapidum jaceant? ceu vero non tenebris noctium dimidiae parti vitae cujusque gaudia haec auferentibus. Quis primum in publicis operibtis marmor ostenderit. IL i. Ingens ista reputantem subit etiam antiquitatis rubor. Exstant censorise leges , glandia in cnis , gli- resque, et alia dictu minora adponi vtantes. Marmora in vehi , et maria hujus rei causa transiri , quae vetaret , lex nulla lata est. Dicat fortassis aliquis : non enim in- vehebantur. Id quidem falso. Trecentas lx columnas M. Scauri aedilitate ad scenam theatri temporarii , et vix uno mense futuri in usu , viderunt portari suWtio le- gum. Sed publicis nimirum indulgentes voluptatibus. Idipsum cur? aut qua magis via irrepunt vitia, quam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 117 uos mains : on construit des vaisseaux pour le transport des marbres, et les cimes des monts voyagent sur les flots, le plus terrible des lmens; excs plus excusable cependant , que d'aller dans la nue ravir un vase rafra- chir les boissons, et creuser des roches voisines du ciel pour boire dans la glace. Ah ! quand on nous cite le prix de ces marbres, quand ces blocs roulent et s'avancent sous nos yeux , disons que l'homme pouvait vivre heu- reux sans eux! que de morts causent les travaux dont nous nous faisons les agens, ou plutt les victimes! et dans quel but , pour quelle jouissance ? pour reposer notre indolence au milieu de lambris tachets, comme si la nuit et ses ombres ne nous ravissaient pas ce plaisir la moiti de la vie ! Quel est le premier qui employa le marbre dans des constructions publiques. IL 1. En y rflchissant davantage, on rougit pour l'antiquit mme. Il existait des lois censoriales qui pro- hibaient dans les repas les gorges de porcs , les loirs , et autres objets qu'il est peu ncessaire d'indiquer : nulle loi ne dfendait d'importer le marbre , ni de tra- verser les mers pour cet objet. L'on n'en apportait pas encore, dira-t-on peut-tre; l'assertion serait fausse: Scaurus, dile, fit voir trois cent soixante colonnes de marbre pour la dcoration d'un thtre qui devait peine durer un mois, et les lois furent muettes. Mais c'tait indulgence pour les plaisirs du public. Eh ! pour- quoi de l'indulgence? par o les vices se glissent-ils chez n8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. publica ? Quo enim alio modo in privatos usus illa v- nre, ebora, aurum, gemmae? aut quid omnino diis re- linquimus? Verum esto, indulserint publicis voluptati- bus : etiamne tacuerunt maximas earum , atque adeo duodequadragenum pedum, lucullei marmoris in atrio Scauri collocari? nec clam illud occultequ factum est. Satisdari sibi damni infecti coegit redemptor cloacarum, quum in Palatium extraherentur. Non ergo in tam malo exemplo moribus cavere utilius fuerat? Tacuere tantas moles in privatam domum train praeter fictilia deoruni fastigia. Quis primus peregrino marmore columnas Romae habuerit. III. 3. Nec potest videri Scaurus rudi et hujus mali improvid civitati obrepsisse quodam vitii rudimento. Jam L. Crassum oratorem illum, qui primus peregrini marmoris columnas habuit in eodem Palatio, bymettias tamen nec plures sex , aut longiores duodnum pedum , M. Brutus in jurgiis ob id Venerem Palatinam ap- pellaverat. Nimirum ista omisere , moribus victis : fru- straque interdicta qu vetuerant cmentes, nullas po- tius , quam irritas , esse leges maluerunt. Haec et quae sequentur, meliores esse nos probabunt. Quis enim tan - tarum hodie columnarum atrium habet? J HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 119 nous mieux que par le forum? Or, ivoire, pierreries, par quelle autre voie ces objets de luxe ont-ils envahi les maisons particulires ? Est-il rien que nous ayons rserv pour les dieux? C'tait indulgence pour les plai- sirs du public ! eh bien , soit ; mais quand des colonnes de trente-huit pieds, et de marbre lucullin, s'levrent dans la galerie de Scaurus, comment le silence des lois se prolongea-t-il encore? et, cependant, l'abus tait patent , Rome entire en tait tmoin ; lors de leur transport sur le mont Palatin, l'entrepreneur des gouts exigea une caution contre le dommage probable qu'elles pouvaient causer. N'tait-ce pas plutt le moment d'as- surer les murs contre un exemple si funeste? Mais non ! ces masses normes passrent chez un particulier ; les dieux n'avaient que des toits d'argile, el les lois se turent. Qui le premier fit lever Rome des colonnes de marbre tranger. III. 3. Ne dites pas que ce fut une surprise de Scau- rus, un essai du luxe au milieu de Rome simple encore, et peu en garde contre le vice. Dj l'orateur Crassus , celui qui le premier plaa, sur ce mme mont Palatin , des colonnes de marbre tranger, de marbre hymettien, mais seulement au nombre de six et de douze pieds de hauteur, s'tait expos aux reproches de M. Rrutus, qui l'appelait Vnus Palatine. Mais les murs taient vaincues: on ferma les yeux, et puisque les prohibitions taient vaines, on aima mieux ne pas faire de lois que de faire des lois impuissantes. Nous valons mieux que nos pres; ces excs et d'autres dont je parlerai encore en font foi. Quelle galerie aujourd'hui possde de sembla- bles colonnes ? ao C. PLINn HIST. NAT. LIB. XXXVI. Sed prius , quam de marmoribus dicamus , hominum in iis proferenda judicamus pretia. Ante igitur artifices percensebimus. Qui primum laudati in marmore scalpendo, et quibus temporibus. Nobilitates operum , et artificum in marnioribus , ccxxv. IV. 4 Marmore scalpendo primi omnium inclarue- runt Dipnus et Scylis, geniti in Creta insula, etiamnum Mdis imperantibus , priusque quam Cyrus in Persis regnare inciperet , hoc est , olympiade circiter l. Ii Si- cyonem se contulere, quae diu fuit officinarum omnium metallorum patria. Deorum quorumdam simulacra pu- blie locaverant Sicyonii, quae prius quam absolveren- tur, artifices injuriam questi abierunt in iEtolos. Proti- nus Sicyonem fams invasit ac sterilitas, mrorque dirus. Remedium petentibus , Apollo Pythius respondit , Si Dipnus et Scylis deorum simulacra perfecissent. Quod magnis mercedibus obsequiisque impetratum est. Fuere autem simulacra ea Apollinis , Dianae , Herculis , Minervae , quod e caelo postea tactum est. 5. Quum ii essent, jam fuerat in Chio insula Malas sculptor : dein filius ejus Micciades, ac deinde nepos Archermus, cujus filii Bupalus et Athenis clarissimi in ea scientia fuere, Hipponactis poetae aetate, quem cer- tum est lx olympiade fuisse. Quod si quis horum fa- miliam ad proavum usque rtro agat, inveniet artis ejus HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 121 Mais , avant de donner des dtails sur le marbre, par- lons des hommes qui l'ont employ, et apprcions leur gnie : passons en revue les artistes clbres. Quels sont les premiers qui acquirent de la clbrit par la sculpture en marbre, et quelle poque ils vcurent. Chefs-d'uvre et artistes illustres en marbre, 225. IV. 4- Les premiers qui acquirent du renom comme sculpteurs en marbre sont Dipneet Scylis, ns en Crte avant la fin de l'empire mde et l'avnement de Cyrus au trne de Perse , c'est--dire vers la cinquantime olym- piade. Ils se fixrent Sicyone , qui fut long-temps la patrie des arts qui s'exercent sur les mtaux. lis Sicyo- niens avaient fait march avec eux pour quelques statues de dieux : avant quelles fussent acheves, les deux ar- tistes, se plaignant du tort qu'ils prouvaient, se reti- rrent en Etolie. Soudain la famine et la strilit se font sentir Sicyone; la ville consterne envoie Delphes consulter Apollon ; on implore un remde: QueDipne et Scylis, rpond le fils de Latone, achvent les statues des dieux. On ne flchit les deux fugitifs qu' force de dons et de prires. Les statues en question furent celles de Diane, d'Apollon, d'Hercule, et une Minerve qui, plus tard , fut frappe de la foudre. 5. Mme avant ces deux artistes, existait Chio le sculpteur Malas, auquel succdrent Micciade son fils, et Archermus son petit-fils, pre de Bupale et d'Athnis, clbres l'un et l'autre dans leur art du temps d'Hipponax, qu'on sait avoir vcu dans la soixantime olympiade. Si l'on remontait des petits-fils au bisaeul, on trouverait que l'art de la sculpture a d commencer, ou peu prs, avec les olympiades mmes. Hipponax tait d'une dif- 124 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. originem cum olympiadum origine cpisse. Hipponacti notabilis fditas vultus erat : quamobrem imaginem ejus lascivia jocorum ii proposuere ridentium circulis. Quod Hipponax indignatus , amaritudinem carminum destrinxit in tantum, ut credatur aliquibus ad laqueum eos com- pulisse : quod falsum est. Complura enim in finitimis insulis simulacra postea fecere , sicut in Delo , quibus subjecerunt carmen , Non vitibus tantum censeri Ghium , sed et operibus Archermi filiorum. Ostendunt et Iasii Dianam manibus eorum factam. Et in ipsa Chio narrata est operis eorum Dianae facis in sublimi posita , cujus vultum intrantes tristem, exeuntes hilaratum pu- tant. Romse signa eorum sunt in palatina aede, Apolli- nis in fastigio, et in omnibus fere qu divus Augustus fecit. Patris quoque eorum et Deli fuere opra , et in Lesbo insula. Dipni quidem Ambracia, Argos, Cleonae operibus refertae fuere. Omnes autem tantum candido marmore usi sunt e Paro insula , quem lapidem cpere iychniten appellare , quoniam ad lucernas in cunic.ulis caederetur, ut auctor est Varro , multis postea candidio- ribus reperds , nuper etiam in Lunensium lapicidinis. Sed in Pariorum mirabile proditur, gleba lapidis unius cuneis dividentium soluta imaginem Sileni exstitisse. Non omittendum , hanc artem tanto vetustiorem fuisse , quam picturam , aut statuariam , quarum utra- que cum Phidia cpit, lxxxiii olympiade, post annos HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. ia3 formit rare : les deux frres s'amusrent sculpter son visage et l'exposrent la rise maligne du public. Le pote indign ft contre eux des vers si mordans, que , suivant quelques auteurs, ils se pendirent de dsespoir. Rien de plus faux, car depuis ils firent encore des sta- tues pour les les voisines , et notamment pour Dlos. Ces dernires portaient l'inscription suivante: Chio! les fils d'Archennus te rendent non moins clbre que tes vins. On montre aussi Tasos une Diane, ouvrage de leurs mains. On assure qu' Chio mme une autre Diane, des mmes artistes, emble, de sa niche leve, svre et sombre quand on entre , propice et gaie lorsqu'on sort. A Rome, on voit de leurs ouvrages dans le palais du mont Palatin, sur le fate du temple d'Apollon, et dans presque tous les monumens levs par Auguste. Dlos et Lesbos possdent aussi quelques ouvrages de leur pre. Les uvres de Dipne remplissent Ambracie, Argos et Clone. Les uns et les autres n'ont employ que le mar- bre de Paros , ds-lors appel lychnite, parce qu'il tait extrait de la carrire, dit Varron, la lueur des lampes. Depuis, on en a trouv ailleurs de beaucoup plus blanc, et tout rcemment encore aux carrires de Luna. Mais on raconte de celui de Paros un fait merveilleux : un bloc, dtach du rocher par les coins, prsenta tout d'un coup limage de Silno. N'oublions pas de faire remarquer la priorit de cet art sur la peinture <>t la statuaire en airain, qui l'une et l'autre ne commencrent qu'au temps de Phidias, c'est- i*4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. circiter trecentos triginta duos. Et ipsum Phidiam tra- dunt scalpsisse marmora, Veneremque ejus esse Romae in Oetaviae operibus eximi pulchritudinis. Alcamenem Atheniensem (quod certum est) docuit in primis nobi- lem , cujus sunt opra Athenis complura in dibus sa- cris , praeclaraque Venus extra muros , qu appellatur Aphrodite sv JLv)7roi. Huic summam manum ipse Phi- dias imposuisse dicitur. Ejusdem discipulus fuit Agora- critus Parius , et tate gratus. Itaque e suis operibus pleraque nomini ejus donasse fertur. Certavere autem inter se ambo discipuli Venere facienda. Vicitque Alca- menes non opre, sed civitatis suffragiis, contra pere- grinum suo faventis. Quare Agoracritus ea lege signum suum vendidisse traditur, Ne Athenis esset, et appel- lasse Nemesin, Id positum est Rhamnunte pago Atticae, quod M. Varro omnibus signis prsetulit. Est et in Matris Magnae delubro in eadem civitate Agoracriti opus. Phidiam clarissimum esse per omnes gentes , quae Jovis Olympii famam intelligunt, nemo dubitat : sed ut merito laudari sciant , etiam qui opra ejus non vide- runt, proferemus argumenta parva, et ingenii tantm. Neque ad hoc Jovis Olympii pulchritudine utemur, non Minerv Athenis fact amplitudine, quum sit ea cubi- torum viginti sex; ebore haec et auro constat : sed scuto ejus, in quo Amazonum prlium clavit intumescente HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i5 -dire vers la quatre-vingt-deuxime olympiade, ou trois cent trente-deux ans plus tard. On prtend que Phidias lui-mme sculpta le marbre, et que les monumens d'Octa- vie ont de lui une Vnus d'une exquise beaut. Il est certain , du moins , qu'entre autres lves , il forma le clbre sculpteur Alcamne, dont on voit Athnes beau- coup de statues dans les temples, et, hors des murs, la belle Vnus, dite Vnus des Jardins. On assure que Phi- dias y mit la dernire main. Agoracrite deParos fut aussi son disciple , et sut lui plaire par sa beaut : aussi le matre mit-il plusieurs ouvrages sous son nom. Les deux lves concoururent pour une Vnus; le prix fut adjug Alcamne par les Athniens, mais plutt au concitoyen qu'au grand artiste. Repouss comme tranger, Agora- crite , en vendant la statue , mit pour clause au trait qu'elle n'irait jamais Athnes, et l'appela Nmsis. On la plaa Rhamnonte , canton de l'Attique. Au juge- ment de Varron , c'est la plus belle des statues sculptes. On voit un autre ouvrage d'Agoracrite dans le temple de Cyble, aussi Rhamnonte. La clbrit de Phidias est un fait notoire partout o Ton a entendu nommer le Jupiter Olympien. Citons seulement, pour ceux qui n'ont point vu ses chefs-d'u- vre, quelques particularits qui dclent son gnie. Je ne vanterai ici ni la beaut du Jupiter, ni la colossale magni- ficence de sa Minerve Athnienne, qui a vingt-six coudes , et qui est tout entire d'ivoire et d'or. N'examinons que le bouclier de la desse : sur la partie convexe , il a cisel la bataille des Amazones; dans la partie concave se voit la lutte des dieux et des gans: la chaussure porte i26 C PLINII HIST NAT. LIB. XXXVI. ambitu parmae : ejusdem coneava parte deorum et gi- gantum dimicationem : in soleis vero Lapitharum et Centaurorum : adeo momenta omnia capacia artis illi fuere. In basi autem quod caelatum est , Pandoras gene- siri appellavit : ibi dii sunt xx numro nascentes, Victo- ria praecipue mirabili. Periti mirantur et serpentem , ac sub ipsa cuspide aeream spbingem. Haec sunt obiter dicta de artifice numquam satis laudato : simul ut noscatur illam magnificentiam aequalem fuisse et in parvis. Praxitelis tatem inter statuarios diximus, qui mar- moris gloria superavit etiam semet. Opra ejus sunt Atbenis in Ceramico : sed ante omnia, et non solum Praxitelis , verum et in toto orbe terrarum , Venus , quam ut vidrent multi , navigaverunt Gnidum. Duas fecerat , simulque vendebat , alteram velata specie , quam ob id quidem praetulerunt , quorum conditio erat , Coi , quum alteram etiam eodem pretio detulisset, severum id ac pudicum arbitrantes : rejectam Gnidii emerunt , immensa differentia fam. Voluit etiam postea a Gnidiis mercari rex Nicomedes , totum ses civitatis alienum , quod erat ingens , dissoluturum se promittens. Omnia perpeti maluere, nec immerito : illo enim signo Praxi- teles nobilitavit Gnidum. ^Edicula ejus tota aperitur, ut conspici possit undique effigies deae , fa vente ipsa , ut creditur, facto. Nec minor ex quacumque parte admira- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVL 127 le combat des Lapithes et des Centaures , tant l'espace le plus exigu lui a suffi pour grouper les beauts. Sur la base est cisel ce qu'il nomma la naissance de Pandore: on y voit vingt dieux naissans: la Victoire surtout est magni- fique. Les connaisseurs admirent aussi un serpent, et, sous la lance mme de la desse, un sphinx d'airain. Con- tentons nous de ces dtails sur un artiste qu'on ne peut assez louer; ils suffisent pour faire apprcier la richesse de son gnie, mme dans les accessoires. En parlant des statuaires, j'ai fix l'poque o vcut Praxitle , qui s'est surpass clans l'art de sculpter le marbre. Ses ouvrages sont Athnes, dans le Cramique. Mais ce qui surpasse non-seulement Praxitle, mais tout ce qu'il y a de plus beau dans l'univers, c'est la Vnus qui a fait entreprendre tant de curieux le voyage de Gnide. L'artiste en avait fait deux, et toutes deux furent mises en vente dans le mme temps. La premire tait drape, et telle fut la raison qui la fit prfrer par les habitans de Cos. Les prix taient les mmes , mais les acheteurs crurent par ce choix faire preuve de pudeur et de morale. Gnide acheta la statue rebute ; la diffrence est immense pour la rputation. Plus tard , Nicomde voulut l'acheter aux Gnidiens, offrant de payer leur dette publique, qui tait norme. Ils aimrent mieux tout souffrir, et ils eurent raison : avec Vnus, Praxitle a fait la renomme de Gnide. La chapelle de la desse est ou- verte de toutes parts, de sorte qu'on peut la voir de tous cts, ce qu'on croit ne point dplaire Vnus. Dans quelque sens qu'on l'examine, on ne cesse de l'admirer. i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. tio est. Ferunt amore captum quemdam , quum delrtuis- set noctu, simulacro cohaesisse, ejusque cupiditatis esse indicem maculam. Sunt in Gnido et alia signa marmorea illustrium ar- tificum : Liber pater Bryaxidis : et alter Scopae , et Mi- nerva : ne majus aliud Veneris Praxiteliae spcimen , quam quod inter haec sola memoratur. Ejusdem est et Cupido objectus a Cicrone Verri, ille propter quem Thespiae visebantur, nunc in Octaviae scholis positus. Ejusdem et alter nudus in Pario colonia Propontidis, par Veneri Gnidiae nobilitate, et injuria. Adamavit enim eum Alchidas Rhodius, atque in eo quoque simile amo- ris vestigium reliquit. Romae Praxitelis opra sunt , Flora , Triptolemus , Ceres in hortis Servilii : Boni Eventus , et Bonae Fortunae simulacra in Capitolio : item et Maenades, et quas Thyadas vocant, et Caryatidas : et Sileni , in Pollionis Asinii monumentis , et Apollo , et Neptunus. Praxitelis filius Cephissodorus et artis hres fuit. Gu- jus laudatum est Pergami symplegma, signum nobile, digitis corpori verius , quam marmori , impressis. Romae ejus opra sunt : Latona in Palatii delubro : Venus in Pollionis Asinii monumentis : et intra Octaviae porticus in Junonis aede /Esculapius , ac Diana. Scop laus cum his certat. Is fecit Venerem , et Po- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 129 Un inconnu, dit-on, se passionna pour elle, se cacha la nuit dans le temple , et laissa sur le marbre la tache dnonciatrice de ses amours et de son succs. Gnide possde encore d'autres marbres d'artistes c- lbres: un Bacchus de Bryaxis ; de Scopas, un Bacchus et une Minerve : ce sont des chefs-d'uvre; et, preuve frappante de la beaut de la Vnus, on ne parle que de celle-ci. C'est encore des mains de Praxitle que sortit ce Cupidon reproch Verres par Cicron, celui qui ft faire tant de voyages Thespies, et qui aujourd'hui est plac dans les coles d'Octavie. Parium, colonie en Pro- pontide, possde du mme un autre Cupidon nu, beau comme la Vnus de Gnide, et profan comme elle. Un Alchidas, de Rhodes, en devint amoureux, et y laissa la mme trace, la mme preuve de sa passion. Rome a encore du mme artiste Flore, Triptolme, Crs dans les jardins de Servilius, le Bon Succs, l'Heureuse For- tune au Capitole, et, prs de celle-ci, les Mnades, les Thyades, les Caryatides; enfin , dans les monumens de Pollion , un Silne, un Apollon et un Neptune. Fils de Praxitle, Cphissodore hrita de son talent. Pergame a de lui un magnifique groupe de lutteurs : c'est de la chair, et non du marbre, que pressent les doigts. Les ouvrages de Cphissodore, Rome, sont Latone, dans un temple du mont Palatin; Vnus, dans les monumens de Pollion; Esculape et Diane, dans l'in- trieur des portiques d'Octavie , au temple de Junon. Scopas, leur rival de gloire , est auteur de Vnus, du xx. 9 i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. thon , et Phaethontem , qui Samothrace sanctissimis c.- rimoniis coluntur. Item Apollinem Palatinum, Vestam sedentem laudatam in Servilianis hortis , duasque cha- metras circa eam , quarum pares in Asinii monumen- tis sunt , ubi et Canephoros ejusdem. Sed in maxima t dignatione delubro Cn. Domitii in circo Flaminio .Ne- ptunus ipse , et Thetis , atque Achilles , Nrides supra delphinos et cete et hippocampos sedentes. Item Trito- nes , ehorusque Phorci , et pristes , ac multa alia ma- rina , omnia ejusdem manus, prclarum opus , etiam si totius vitae fuisset. Nunc vero praeter supra dicta , quaeque nescimus, Mars est etiamnum sedens colossetis ejusdem , in templo Bruti Callaici apud circum eum- dem. Prterea Venus in eodem loco nuda Praxiteliam illam antecedens, et quemcumque alium locum nobili- tatura. Romae quidem magnitudo operum eam oblitrt, ac magni officiorum negotiorumque acervi omnes a con- templatione talium abducunt, quoniam otiosorum et in magno loci silentio apta admiratio talis est. Qua de causa ignora tur artifex ejus quoque Veneris , quam Vespasianus imperator in operibus Pacis suae dicavit, antiquorum dignam fama. Par hsitatio est in templo Apollinis Sosiani , Nioben cum liberis morientem , Sco- pas an Praxiteles fecerit : item Janus pater in suo tem- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i3i Dsir, de Phathon, tous trois honors dans les mystres de Samothrace; de l'Apollon Palatin, d'une belle Vesta assise qu'on voit aux jardins de Servilius avec deux suivantes. Les monumens de Pollion nous prsentent une copie de ce groupe, et, dplus, uneCanphore du mme Scopas. On vante encore plus les ouvrages que possde le temple de Domitius dans le cirque Flaminien , un Neptune, une Thtis, un Achille , des Nrides portes sur des dauphins, des baleines et des hippocampes; enfin des Tritons, Phorcus et tout son cortge, des scies et autres animaux marins , tous sortis de la mme main , ouvrage immortel, et-il consum sa vie les produire. Outre ces travaux, et ceux que nous ne connaissons pas encore, on admire de lui, dans le temple de Brutus Callacus, auprs du mme cirque, un colosse de Mars assis, et une Vnus nue, antrieure au chef-d'uvre de Praxitle, et qui illustrerait tout autre lieu. A Rome , la foule des chefs-d'uvre affaiblit l'impres- sion qu'ils devraient produire; d'ailleurs, mille espces de devoirs, d'affaires, dtournent de la contemplation de semblables ouvrages : en effet , l'admiration de ces grands morceaux veut le loisir et la solitude : aussi ignore-t-on le nom de l'artiste qui l'on doit la Vnus ddie par Vespasien dans le temple de la Paix, et qui est digne du beau temps de l'antiquit. Mme incertitude sur le groupe de Niob mourante et de ses enfans , que Ion voit dans le temple d'Apollon Sosien; on ne sait s'il est de Praxitle ou de Scopas; c'est encore entre eux qu'on hsite pour le Janus apport d'Egypte, et ddi 9- i3a C. PUNII HIST. NAT. LIB. XXXVI. plo dicatus ab Augusto , ex #lgypto advectus , utrius manus sit, jam quidem et auro occultatur. Similiter in curia Octaviae quaeritur de Cupidine fulmen tenente. Id deinuin adfrmatur, Alcibiadem esse principem forma in ea tate. Multa in eadem schola sine auctoribus placent. Satyri quatuor : ex qnibus unus Liberum patrem palla vela- tum Veneris praefert, alter Liberam similiter : tertius ploralum infantis cohibet : quartus cratre alterius sitim sedat : duaeque Aurse velificantes sua veste. Nec minor quaestio est in Septis , Olympum et Pana , Chironemque cum Achille, qui fecerint : prsertim quum capitali sa- tisdatione fama judicet dignos. Scopas habuit aemulos eadem aetate , Bryaxin , et Ti- motheum , et Leocharem , de quibus simul dicendum est, quoniam pariter clavere, Mausolo Cariae regulo, qui obiit olympiadis centesim anno secundo. Opus id ut esset inter septem miracula , ii maxime artifices fecere. Patet ab austro et septemtrione sexagenos ternos pedes , brevius a frontibus , toto circuitu pedes quadrin- gentos undecim : adtollitur in altitudinem viginti quin- que cubitis : cingitur columnis triginta sex. Pteron vo- cavere. Ab oriente caelavit Scopas , a septemtrione Bryaxis , a meridie Timotheus , ab occasu Leochares. Priusque quam peragerent, regina Artemisia , quae ma- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i35 par Auguste dans son propre temple; l'or dont le mar- bre est couvert a fait disparatre les caractres qui d- signaient l'artiste. Qui a fait le Cupidon arm de la foudre, qu'on voit au palais d'Octavie? On l'ignore : on sait seulement que la statue reprsente lcibiade, alors le premier des Grecs pour la beaut. Le mme difice prsente d'autres beaux ouvrages anonymes ; tels sont quatre satyres : l'un prsente Bacchus enfant, revtu de la robe de Vnus; le deuxime tient de mme Proserpine; le troisime arrte les pleurs de la jeune desse; le dernier, avec une coupe, apaise la soif du dieu. On y voit encore deux zpbyrs demi envelopps de voiles, que gonfle leur haleine. On ignore de mme de qui sont l'Olympe, Pan , Chiron et Achille, exposs dans l'enclos du Champ-de-Mars, et pourtant on les juge assez beaux pour que les gardiens en rpondent sur leur tte. Scopas eut pour rivaux, parmi ses contemporains, Bryaxis, Timothe et Lochars, dont on doit parler en mme temps, puisque tous quatre travaillrent au tom- beau de Mausole, roi de Carie, mort l'an i de la cen- time olympiade. C'est par eux surtout que ce monument devint une des sept merveilles du monde. Au midi et au nord, ses cts ont soixante-trois pieds; les deux autres sont moins larges. Le pourtour entier est de quatre cent onze pieds, et la hauteur de vingt-cinq coudes; trente- six colonnes forment tout autour un pristyle nomm ptron. Le ct du nord fut travaill par Bryaxis, celui de l'est par Scopas, celui du sud par Timothe, celui de l'ouest par Lochars. La reine Arlmise, qui avait command le monument pour honorer la mmoire de son poux , mourut avant qu'il ft achev ; mais les artistes crurent qu'il y allait de leur gloire et mme de i34 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. riti mmorise id opus exstrui jusserat, obiit. Non tamen recesserunt nisi absoluto jam, id gloriae ipsorum artisque monumentum judicantes : hodieque certant manus. Adcessit et quintus artifex. Namque supra pteron , py- ramis altitudine inferiorem aequavit, viginti quatuor gra- dibus in metae cacumen se contrahens. In summo est quadriga marmorea , quam fecit Pythis. Haec adjecta centum quadraginta pedum altitudine totum opus in- cludit. Timothei manu Diana Romae est in Palatio, Apolli- nis delubro, cui signo caput reposuit Aulanius Evan- der. In magna admiratione est et Hercules Menestrati : et Hcate Ephesi in templo Dianae post aedem, in cujus contemplatione admonent aeditui parcere oculis , tan ta marmoris radiatio est. Non postferuntur et Charits in propylaeo Atheniensium , quas Socrates fecit, alius ille quam pictor, idem ut aliqui putant.Nam Myronis illius, qui in are laudatur, anus ebria est Smyrnae in primis inclyta. Pollio Asinius, ut fuit acris vehementiae, sic quo- que spectari monumenta sua voluit. In iis sunt Centauri Nymphas gerentes Archesit, Thespiades Cleomenis , Oceanus et Jupiter Entochi, Hippiades Stephani, Her- merotes Taurisci , non caelatoris illius , sed Tralliani. Ju- piter hospitalis Pamphili Praxitelis discipuli. Zethus et Amphion ac Dirce et taurus vinculumque, ex eodem HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i35 l'intrt de l'art, de terminer, et ils ne quittrent que quand tout fut fini. La victoire entre eux est encore incertaine. Un cinquime artiste se joignit eux , et leva au dessus du ptron une pyramide de la mme hauteur que le reste de l'difice, et compose de vingt- quatre degrs, toujours dcroissans jusqu' la surface qui la termine. Sur ce sommet est un quadrige de marbre, ouvrage de Pythis ; cet accessoire donne la totalit de la construction cent quarante pieds de haut. A Rome, au temple d'Apollon Palatin, est une statue de Diane, faite par Timothe; la tte a t restaure par vandre Aulanius. On admire aussi l'Hercule de M- nestrate, et l'Hcate du mme, place dans le temple de Diane d'Ephse , derrire le sanctuaire ; le marbre jette un tel clat, que les prtres avertissent de ne point fixer sans fin les yeux sur elle. On donne les mmes loges aux Grces de Socrate (ce sculpteur diffre du pein- tre du mme nom ; quelques auteurs pensent que c'est le mme ) ; le groupe se voit sous les propyles d'A- thnes. Smyrne possde deMyron, le clbre statuaire en bronze, une magnifique Vieille ivre. Excessif et ardent en tout, Pollion aussi voulut rendre ses constructions dignes d'tre contemples. Il y plaa les Centaures porte-nymphes d'Archsitas , les Thespiades de Clo- mne, l'Ocan et le Jupiter d'Entochus, les Hippiades de Stphane, les Hermros de auriscus de Tralles, dif- frent du auriscus le ciseleur; le Jupiter hospitalier de Pamphile, disciple de Praxitle; Zthus , Amphion, Dirc et son taureau, avec le lien qui l'attachait, le tout d'un seul bloc, chef-d'uvre amen de Rhodes Rome, i36 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XXXVI. lapide, Rhodo advecta opra Apollonii et Taurisci. Pa- rentum ii certamen de se fecere : Menecratem videri pro- fessi , sed esse naturalem Artemidorum. Eodem loco Liber pater Eutychidis laudatur. Ad Octaviae vero porticum A polio Philisci Rhodii in delubro suo. Item Latona et Diana, et Musae novem, et alter Apollo nudus. Eum , qui citharam in eodem templo tenet, Timarchides fecit. Intra Octaviae vero porticus, in aede Junonis, ipsam deam Dionysius, et Polycles aliam : Yenerem eodem loeo Philiscus : cetera signa Praxiteles. Timarchidis filii Jo- vem, qui est in proxima aede, fecerunt. Pana et Olym- pum luctantes, eodem loco Heliodorus, quodest alterum in terris symplegma nobile. Venerem lavantem sese : Dae- dalum stantem Polycharmus. Ex honore apparet in ma- gna auctoritate habitum Lysiae opus , quod in Palatio super arcum divus Augustus honori Octavii patris sui dicavit, in aedicula columnis adornata. Id est quadriga currusque, et Apollo ac Diana ex uno lapide. In hortis Servilianis reperio laudatos, Calamidis Apollinem illius caelatoris, Dercylidis Pyctas, Amphistrati Callisthenem historiarum scriptorem. Nec multo plurium fama est, quorumdam claritati in operibus eximiis obstante numro artificum, quoniam nec unus occupt gloriam, nec plures pariter nuncupari possunt , sicut in Laocoonte , qui est in Titi imperatoris HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i3 7 et d Apollonius et Tauriscus. Ces deux artistes taient frres, et donnrent lieu douter de leur filiation, en disant que leur pre de nom tait Mncrate,et leur pre de fait Artmidore. C'est encore l que se voit le Bacchus d'Eutychis. Le temple du portique d'Octavie possde l'Apollon de Philisque de Rhodes, ainsi qu'une Latone, une Diane, les Muses et un autre Apollon nu. Celui qu'on voit dans ce mme temple, une cithare la main , est de Timarchide. Dans le portique d'Octavie , au temple de Junon, sont deux Junons, l'une de Polycls, l'autre de Denys ; une Vnus de Philisque ; les autres statues sont de Praxitle. Le Jupiter du temple voisin est d aux fils de Timarchide. 11 faut y joindre un groupe de Pan et d'Olympe luttant , uvre d'Hliodore ; c'est le deuxime groupe clbre de ce genre; une Vnus au bain, un Ddale debout, de Polycharme. On peut, par la place honorable qu'il occupe, juger du rang lev qu'on assigne l'ouvrage de Lysias , plac par Auguste sur le mont Palatin , au sommet de l'arc lev par lui , la mmoire de son pre Octavius , dans une petite chapelle pristyle : je veux parler de ce char qu'emportent quatre chevaux, et o sigent Apollon et Diane : tout le groupe est d'un seul bloc. On remarque encore dans les jardins de Servilius l'A- pollon du ciseleur Calamis, les Pyctes de Dercylide, et l'historien Callisthne d'Ainphistrate. A cela se rduit la liste des artistes fameux ; car , beaucoup d'ouvrages dignes de clbrit n'en ont point donne des auteurs qui ont travaill en commun, vu qu'on ne peut ni les nommer tous , ni attribuer toute leur gloire un seul. Tel est le Laocoon du palais de i38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. domo , opus omnibus et picturae et statuariae artis prae- ponendum. Ex uno lapide eum et liberos draconumque mirabiles nexus de consilii sententia fecere summi artifi- ces , Agesander et Polydorus et Athenodorus Rhodii. Si- militer palatinas domos Caesarum replevere probatissi- mis signis Craterus cum Pythodoro, Polydectes cum Hermolao , Pythodorus alius cum Artemone , et singu- laris Aphrodisius Trallianus. Agrippae Pantheum deco- ravit Diogenes Atheniensis : et Caryatides in columnis templi ejus probantur inter pauca operum : sicut in fa- stigio posita signa, sed propter altitudinem loci minus celebrata. Inhonorus est , nec in templo ullo Hercules , ad quem Pni omnibus annis humana sacrificaverunt victima, humi stans, ante aditum porticus ad Nationes. Sitae fuere et Thespiades ad aedem Felicitatis , quarum unam adama- vit eques romanus Junius Pisciculus , ut tradit Varro : admiratur et Pasiteles, qui et quinque volumina scri- psit nobilium operum in toto orbe. Natus hic in Graecia Italiae ora, et civitate romana donatus cum iis oppidis , Jovem fecit eboreum in Metelli de, qua Campus peti- tur. Accidit ei , quum in navalibus , ubi ferae africanae erant , per caveam intuens leonem caelaret , ut ex alia cavea panthera erumperet , non levi periculo diligentis- simi artificis. Fecisse opra complura dicitur : sed qu fecerit , nominatim non refertur. HISTOIRE NATURELLE, LTV. XXXVI. 139 Titus, merveille suprieure toutes celles de la pein- ture et de la statuaire. Trois artistes du premier ordre, Agsandre , Polydore et Athnodore de Rhodes, con- urent et taillrent en commun, dans un seul bloc, le pre, les deux enfans et les admirables replis des dra- gons. C'est ainsi que Cratre et Pythodore , Polydecte et Hermolas , un autre Pythodore et Artmon , ont rempli de statues magnifiques les palais des Csars. Joignons-y Aphrodisius de Tralles. Le Panthon d'A- grippa est dcor des chefs-d'uvre de Diogne d'Athnes. Ses Caryatides , en guise de colonnes sont renommes comme ouvrages d'une rare beaut, ainsi que les statues dont il a orn le fate du temple , mais que l'loignement ne permet pas d'apprcier digne- ment. On regarde avec indiffrence l'Hercule auquel Car- tilage sacrifiait annuellement une victime humaine ; il est pos , sans pidestal , l'entre du portique des Nations. Prs du temple du Bonheur taient jadis les Thespiades ; Varron dit que l'une d'elles inspira de l'a- mour au chevalier romain Junius Pisciculus ; elles sont admires de Pasitle, qui a crit cinq volumes sur les ouvrages les plus renomms dans tout l'univers. N dans la Grce Italique , il se trouva citoyen romain avec tous ceux de cette contre. Le temple de Metellus, sur la route du Capitule, a de lui un Jupiter d'ivoire. Un jour que, dans les chantiers o l'on dbarquait les btes d'Afrique, il ciselait un lion en prsence du mo- dle enferm dans sa loge, une panthre brisa la sienne, et s'chappa au grand danger de l'habile artiste. Pasitle laissa un grand nombre de morceaux , mais dont on n'a pas de liste dtaille. 140 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVJ. Arcesilaum quoque magnificat Varro, cujus se mar- moream habuisse leaenam tradit, aligerosque ludentes cum ea Cupidines, quorum alii religatam tenerent, alii e cornu cogrent bibere , alii calcearent soccis , omnes ex uno lapide. Idem et a Coponio xiv Nationes , qu sunt circa Pompeii theatrum , factas auctor est. Invenio et Canachum laudatum inter statuarios, fe- cisse marmorea. Nec Sauram atque Batrachum obliterari convenit, qui fecere templa Octaviae porticibus inclusa, natione ipsi Lacones. Quidam et opibus praepotentes fuisse eos putant, ac sua impensa construxisse , inscri- ptionem sperantes. Qua negata , hoc tamen alio modo usurpasse. Sunt certe etiamnum in columnarum spiris inscalpta nominum eorum argumenta , lacerta atque rana. In Jovis de exstitisse picturam , cultusque reliquos omnes femineis argumentis constat. Etenim facta Juno- nis aede quum inferrentur signa , permutasse geruli tra- duntur : et id religione custoditum , velut ipsis diis sedem ita partitis. Ergo et in Junonis aede cultus est , qui Jovis esse debuit. Sunt et in parvis marmoreis famam consecuti, Myr- mecides, cujus quadrigam cum agitatore cooperuit alis musca : et Callicrates, cujus formicarum pedes atque alia membra pervidere non est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 141 Vairon vante encore Arcsilas, dont il avait une lionne de marbre, entoure d'amours ails, dont l'un la tenait enchane, tandis que d'autres la faisaient boire dans une corne, et que d'autres encore lui chaussaient des brodequins : le tout d'un seul bloc. Le mme Varron nomme Coponius comme l'auteur des statues des qua- torze Nations ranges autour du thtre de Pompe. Canachus, statuaire distingu, sculpta aussi le marbre. N'oublions point Saura et Batrachus , Lacdmoniens, qui firent les temples que renferment les difices d'Octa- vie. Selon quelques traditions, ils taient immensment riches , et construisirent le tout leurs dpens, esp- rant que leur nom y trouverait place : on le leur re- fusa ; ils eurent alors recours un stratagme, et sur les volutes des colonnes on voit encore un lzard et une grenouille, emblmes de leurs noms. On sait que les ta- bleaux, ainsi que tous les ornemens du temple de Ju- piter, se rfrent au culte d'une desse. On avait achev en mme temps les temples de Jupiter et de Junon : les porte-faix se mprirent dans le transport des simu- lacres ; on crut voir dans ce changement la volont des dieux , et l'on s'y conforma religieusement. : aussi le temple de Junon est-il rempli des attributs de Jupiter. Des ouvrages presque imperceptibles , en marbre, ont eu aussi leur part de gloire ; ainsi , Myrmcide fit un char quatre chevaux , qui , avec son cocher , tait cach par l'aile d'une mouche. Callicrate sculpta des fourmis dont on ne distingue ni les pattes ni les autres membres. i/,2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Quando primum marmorum in aedificiis usus. V. 6. Haec sint dicta de marmorum scalptoribus , sum- maque claritate artifcum : quo in tractatu subit mentem non fuisse tum auctoritatem maculoso marmori, Fecere e thasio Cycladum insularum , que et e lesbio : livi- dius hoc paulo. Versicolores quidem maculas , et in to- tum marmorum apparatum Menander etiam diligentis- simus luxuri interpres , primus et raro adtigit. Columnis demum utebantur in templis , nec lautitiae causa ( non- dum enim ista intelligebantur), sed quia firmiores aliter statui non poterant. Sic est inchoatum Athenis templum Jovis Olympii , ex quo Sulla capitolinis sedibus advexerat columnas. Fuit tamen inter lapidem atque marmor dif- ferentia jam et apud Homerum. Dicit enim : marmoreo saxo percussum; sed hactenus. Regias quoque domos quum laudatissime prter ses, aurum, electrum, argen- tum, ebore tantum adornans. Primum (ut arbitror ) ver- sicolores istas maculas Chiorum lapicidin ostenderunt , quum exstruerent muros , faceto in id M. Ciceronis sale : omnibus enim ostentabant, ut magnificum. Multo, in- quit, magis mirarer, si tiburtino lapide fecissetis. Et hercules, non fuisset picturae honos ullus, non modo tantus , in aliqua marmorum auctoritate. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i43 Quand on commena faire usage de marbre dans les difices. V. 6. C'en est assez sur la sculpture et sur les sculp- teurs illustres : j'ajouterai que la vogue des marbres polychromes ne date que des temps modernes. Cette vogue est due aux marbres de Thasos, une des Cyclades, puis ceux de Lesbos , qui sont un peu plus jaunes. Mnandre , fidle peintre du luxe, est le premier qui ait parl des taches et de nuances diverses dans un marbre : encore n'en dit-il qu'un mot. Si l'on employait des colonnes de marbre dans les temples, ce n'tait point par luxe ( on ne le connaissait pas ) , c'est qu'on ne savait o en prendre de plus solides. C'est ainsi que l'on commena Athnes le temple de Jupiter Olym- pien , dont Sylla emporta les colonnes Rome , pour orner le Capitole. Ds le temps d'Homre , cependant , on avait distingu le marbre de la pierre. Frapp d'un bloc de marbre, dit Homre: mais c'est le seul pas- sage o il en soit question. Ailleurs, il ne donne pour ornemens aux demeures royales que l'airain , l'or, l'lec- trum, l'argent et l'ivoire. Des carrires de Chio, j'ima- gine, sortirent ces marbres tachs, dont ceux-ci con- struisirent leurs murs, et qui leur valurent un mot plai- sant de Cicron : ils faisaient voir pompeusement leurs murailles comme chose magnifique : Je serais bien plus surpris, dit le voyageur, si elles taient en pierre de Tibur. Un fait certain, c'est que jamais la peinture n'et t considre, ni mme nomme, si de toute antiquit les marbres eussent t en vogue. iM C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Qui primi marmora secuerint, et quando. VI. Secandi marmor in crustas nescio an Cariae fue- rit inventum. Antiquissima , quod equidem inveniam, Halicarnassi Mausoli domus proconnesio marmore ex- cultaest, lateritiis parietibus. Is obiit olympiadis c anno secundo , Urbis Romae anno ccclxxv. Qui primus Roms crustaverit parietes. VII. Primum Romae parietes crusta marmoris ope- ruisse totius domus suae in Caelio monte Cornlius Ne- pos tradidit Mamurram Formiis natum, equitem roma- num, praefectum fabrum C. Caesaris in Gallia. Neque indignatio sit tali auctore inventa re. Hic namque est Mamurra Catulli Veronensis carminibus proscissus, quem, ut res est, domus ipsius clarius, quam Catullus, dixit habere, quidquid habuisset Comata Gallia. Nam- que adjecit idem Nepos, eum primum totis aedibus nul- lam nisi e marmore columnam habuisse, omnes solidas e carystio aut lunensi. Quibus aetatibus quaeque marmora in usu Romae venerint. VIII. M. Lepidus Catuli in consulatu collega, primus omnium limina ex numidico marmore in domo posuit magna reprehensione. Is fuit consul anno Urbis dclxxvi. Hoc primum invecti numidici marmoris vestigium in- HISTOIRE NATURELLE, LIA. XXXVI. i45 Qui sont les premiers qui taillrent le marbre, et quelle poque. VI. Je ne sais si c'est aux Cariens qu'il faut attribuer l'invention de l'art de scier le marbre. Des plaques de marbre proconsien revtaient les murs de brique du palais de Mausole Halicarnasse, et c'est le plus ancien exemple que je connaisse. Or, Mausole mourut l'an i de la centime olympiade , l'an de Rome 375. Qui le premier Rome a fait revtir d'incrustations de marbre les parois de sa maison. VIL Le premier Rome qui fit voir, sur le mont Clius, un btiment revtu de marbre, est, selon Corn- lius Nepos , Mamurra de Formies , chevalier romain, et prfet des ouvriers de Csar en Gaule. Qu'on ne s'in- digne pas de voir un pareil personnage donner l'exemple d'un si grand luxe : c'est ce Mamurra , dchir par les vers du pote de Vrone ; et sa maison , mieux encore que Calulle, prouve qu'il possdait en effet tout ce qu'a- vait possd la Gaule Chevelue. Selon le mmeNepos, toutes les colonnes de cet difice taient de marbre, et de marbre massif de Caryste ou de Luna. A quelle poque on a fait usage Rome de chaque espce de marbre. VIII. M. Lepidus, consul avec Catulus, tablit le premier, au grand scandale des Romains, des seuils de inarbre dans sa maison ; c'tait l'an de Rome 676. C'est la premire fois que je trouve des traces du marbre de Numidie, non en colonnes ou en feuilles, comme tout- xx. 10 i,',6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. venio , non in columnis tamen crustisve : ut supra ca- rystii : sed in massa ac vilissimo liminum usu. Post hune Lepidum ferme quadriennioL. Lucullus consul fuit, qui nomen ( ut adparet ex re) luculleo marmori ddit, ad- modum dlecta tus illo : primusque Romam invexit, atrum alioqui, quum cetera maculis aut coloribus commenden- tur. Nascitur autem in Chio insula, solumque paene ho- rum marmorum ab amatore nomen accepit. Inter hos primum , ut arbitror , marmoreos parietes habuit scena M, Seaurj , non facile dixerim sectos , an solidis glebis positos , sicuti est hodie Jovis Tonantis aedes in Capi- tolio. Nondum enim secti marmoris vestigia invenio in Italia. Ratio secandi marmora. De arenis quibus secantur. IX. Sed quisquis primum invenit secare , luxuriamque dividere, importuni ingenii fuit. Arena hoc fit, et ferro videtur fieri, serra in praetenui linea premente arenas , versandoque, tractu ipso scante. iEthiopica ad haec maxime probatur. Nam id quoque adeessit, ut ad iEthio- pas usque peteretur , quod faceret marmora : immo vero in Indos, quo margaritas quoque peti severis moribus in- dignum erat. Haec proxime laudatur. Mollior tamen , quae aethiopica. Illa nulla scabritie secat. Indica non aeque laevigat : sed ea combusta polientes marmora fri- care jubentur. Simile et naxiae vitium est, et coptidi, HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVI. i/, 7 -1'heure le marbre de Caryste , mais en bloc, et pour le plus vil usage. Quatre ans aprs vint Lucullus, qui, ce qu'il parat, donna son nom au marbre lucullin, le plus agrable de tous ses yeux , et qui l'introduisit Rome : du reste, il est entirement noir, et n'a rien de ces nuances ou de ces taches qui font le prix des autres. On le lire de Chio; c'est le seul peut-tre qui porte le nom d'un amateur. C'est, je pense, dans l'intervalle de ces deux poques , que Scaurus construisit son thtre murs de marbre plaqu ou massif, car je ne puis dcider ce dernier point. La chapelle de Jupiter, au Capitole, est de marbre plein. Mais rien dans l'histoire ne me prouve qu' l'poque de sa construction l'Italie connt l'art de scier le marbre. Comment on coupe le marbre : sable l'aide duquel on le coupe. IX. Au reste, quel que soit l'inventeur de cet art de tailler et de fendre les lmens de notre luxe, cette dcou- verte tait peu ncessaire. L'agent rel est le sable, l'agent apparent est le fer. La scie promne ce sable sur une ligne ou sillon trs-fin, et l'y enfonce : cette opration seule opre la taille. C'est surtout le sable d'Ethiopie qu'on recherche ce sujet : nouveau grief contre le luxe qui va chercher en Ethiopie de quoi faonner le marbre! que dis-je? il va encore en chercher dans l'Inde, o la svrit des murs antiques s'indignait qu'on allt mme chercher des perles. Le sable de cette contre est le second, mais l'autre est plus doux; par lui, la tranche n'est nullement raboteuse : le sable in- 10. i48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. qu vocatur gyptia. Hc fuere antiqua gnera mar- moribus secandis. Postea reperta est arena non minus probanda, ex quodam Adriatici maris vado, aestu nu- dante, observatione non faeili. Jam quidem quacumque arena secare e fluviis omnibus fraus artifcum ausa est : quod dispendium admodum pauci intelligunt. Crassior enim arena laxioribus segmentis terit , et plus erodit mar- moris, majusque opus scabritia politur relinquit. Ita sect adtenuantur crustse. Rursusque thebaica politu- ris adcommodatur, et quae fit e poro lapide, aut e pu- mice. De naxio ; de armenio. X. 7. Signis e marmore poliendis, gemmisque etiam scalpendis, atque limandis, naxium diu placuit an te alia: ita vocantur cotes in Cypro insula genitse. Vicere postea ex Armenia vect. De alexandrinis marmoribus. XL Marmorum gnera et colores non attinet dicere in tanta notitia : nec facile est enumerare in tanta mul- titudine. Quoto cuique enim loco non suum marmor invenitur? Et tamen celeberrimi generis dicta sunt in HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 149 dien, au contraire, l'empche d'tre lisse. Soumis au feu, il polit le marbre qu'il frotte. Le sable de Naxos et de Coptos, dit sable d'Egypte, a les mmes inconv- niens : ce sont eux que les anciens employaient pour scier le marbre. Dans la suite, un sable au moins aussi bon a t dcouvert dans certains parages de l'Adria- tique ; mais il est difficile de le recueillir , car il n'est sec que pendant le reflux. Enfin la fraude des ouvriers s'est enhardie jusqu' couper le marbre avec tous les sables de rivires indiffremment, et peu de propri- taires sentent combien ils perdent ce procd. En effet, le gros sable s'enfonce sur une ligne plus large, dtruit plus de marbre, et laisse des surfaces raboteuses, qu'il faut plus de temps pour polir. Les lames ainsi coupes perdent en paisseur. Le sable thbaque s'emploie en- suite pour polir, de mme que le sable artificiel, fait de pierre poreuse ou de pierre-ponce. Pierre de Naxos ; pierre d'Armnie. X. 7. Long-temps on a prfr , soit pour polir les statues de marbre, soit pour gratter et limer les pierres prcieuses, la pierre dite naxienne, quoique ce ne soit qu'un caillou de Cypre. L'on a ensuite regard comme suprieure celle qu'on apporte de l'Armnie. Marbres dAlexandrie. XI. Les marbres sont trop connus pour qu'on en dcrive ici les espces et les couleurs : ils sont trop nombreux pour qu'on les numre. Quel pays n'a pas son marbre? d'ailleurs j'ai nomm les plus clbres dans mon excursion gographique autour du monde. i5o C. PLINII HIST. NA. LIB. XXXVI. ambitu terrarum cum gentibus suis. Non omnia tamen in lapicidinis gignuntur, sed multa et sub terra sparsa. Pretiosissimi quaedam generis , sicuti lacedaemonium viride, cunctisque hilarius. Sic et augusteum, ac deinde tiberianum, in ^Egypto Augusti acTiberii primum prin- cipatu reperta. Differentiaque eorura estab ophite,quum sit illud serpentium maculis simile ? unde et nomen ac- cepit : quod haec maculas diverso modo colligunt, au- gusteum undatim crispum in vertices , tiberianum sparsa , non convoluta canitie. Neque ex ophite columnae, nisi parv admodum, in- veniuntur. Duo ejus gnera : molle candidum, nigricans durum. Dicuntur ambo capitis dolores sedare adalligati, et serpentium ictus. Quidam phreneticis ac lethargicis adalligari jubent candicantem. Contra serpentes autem a quibusdam laudatur praecipue ex his , quem tephriam appellant, a colore cineris. Vocatur et memphites a loco, gemmantisnaturae.Hujusususconteri, et iis,quae urenda sint aut secanda , ex aceto illini. Obstupescit ita corpus, nec sentit cruciatum. Rubet porphyrites in eadem iEgypto : ex eo candidis intervenientibus punctis leptopsephos vocatur. Quan- tislibet molibus caedendis sufficiunt lapicidinae. Statuas ex eo Claudio Caesari procurator ejus in Urbem ex yEgypto advexit Vitrasius Pollio, non admodum pro- HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVL i5i Tous pourtant ne se forment pas au fond des carrires : quelques-uns, et mme d'assez prcieux, parsment le sol. Tel est le vert de Laconie , le plus gai de tous ; tels sont les marbres augustal et tibrien , trouvs en Egypte sous Auguste et Tibre. Tous deux diffrent de l'ophite en ce que ce dernier a des taches semblables celles des serpens, ce qui lui a valu son nom; et diffrent entre eux , en ce que les taches de l'augustal sont pres- ses en forme d'anneaux, tandis que dans le tibrien elles sont parses et non disposes en boucles de cheveux blancs. On ne voit que de trs-petites colonnes d'ophite. Il y en a deux varits, l'une blanche et tendre, l'autre noire et dure : toutes deux, portes en amulette, gurissent, dit-on , les maux de tte et les morsures des serpens. Quelques mdecins font porter l'ophite blanche au cou , pour la phrnsie et la lthargie. Certaines personnes vantent la varit dite tphrias , parce qu'elle est d'un gris cendr. Cette pierre, qui ressemble une gemme, s'appelle aussi memphite , du nom de sa patrie. On la broie, puis, dissoute dans du vinaigre, on l'applique aux parties qu'il faut brler ou amputer. Le corps s'engour- dit alors, et devient insensible. L'Egypte fournit le porphyrite qui est rouge : tachet de points blancs , il se nomme leptopsephos. Les car- rires en donnent des blocs de toute dimension. Vitra- sius Pollion , procurateur de Claude , fit venir d'Egypte Rome des statues de cette matire, et les offrit l'empereur. On gota peu ce nouveau marbre , et per- i5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. bta no vi ta te. Nemo certe postea imitatus est. Invenit eadem iEgyptus in iEthiopia , quem vocant basalten , ferrei coloris atque duritiae. Unde et nomenei ddit. Num- quam hic major repertus est, quam in templo Pacis ab imperatore Vespasiano Augusto dicatus : argumento Nili , xvi liberis circa ludentibus, per quos totidem cubita summi incrementi augentis se amnis intelliguntur. Non absiinilis illi narratur in Thebis delubro Serapis , ut pu- tant , Memnonis statuae dicatus : quem quotidiano solis ortu contactum radiis crepare dicunt. De onyche, de alabastrite: medicinae ex his, vi. XII. Onychem etiam tum in Arabiae montibus, nec usquam aliubi , nasci putavere nostri veteres : Sudines in Carmania. Potoriis primum vasis inde factis, dein pedi- bus lectorum sellisque: Nepos Cornlius tradit magno fuisse miraculo, quum P. Lentulus Spinter amphoras ex eo chiorum magnitudine cadorum ostendisset: post quin- quennium deinde triginta duorum pedum longitudine columnas vidisse se. Variatum in hoc lapide postea est. Namque pro miraculo insigni, quatuor modicas in theatro suo Cornlius Balbus posuit. Nos amphores triginta vi- dimus in cnatione, quam Callistus Caesaris Claudii li- bertorum potentia notus sibi exaedificaverat. 8. Hune aliqui lapidem alabastriten vocant, quem HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i53 sonne n'imita Vitrasius. Les Egyptiens ont aussi trouv en Ethiopie une pierre qui a la couleur et la duret du fer, et qu'en consquence ils ont nomme basalte. On n'en a jamais vu de bloc plus gros que celui du temple de la Paix Rome : c'est Vespasien qui l'y a ddi. Il reprsente le Nil entour de seize enfans qui jouent ses pieds, symboles des seize coudes de hauteur que doit atteindre le fleuve dans sa crue. Il existe, dit-on, une statue, faite de la mme pierre, Thbes, dans le temple de Srapis : elle reprsente Memnon , et rend un son l'instant de la journe o elle est frappe des rayons du soleil. Onyx, alabastrite : 6 remdes qu'on en tire. XII. Selon nos anciens, l'onyx se trouvait dans les montagnes de l'Arabie, et il n'en existait nulle part ail- leurs; Sudine veut que la Carmanie en produise. On en fit d'abord des coupes , puis des pieds de lit , des siges. Cornlius Nepos rapporte que Lentulus Spinter excita l'tonnement en montrant des amphores d'onyx de la grandeur d'un baril de Chio : Cinq ans aprs , ajoute-t-il , je vis des colonnes d'onyx de trente-deux pieds. Mais ce genre de luxe eut ses phases : les quatre petites colonnes d'onyx , que Cornlius Balbus exposa dans son thtre , furent regardes comme une mer- veille. Pour nous , nous en avons vu trente plus grandes dans la salle manger, que se fit construire Calliste, clbre et puissant affranchi de Claude. 8. Quelques-uns nomment cette pierre alabastrite , et i54 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXXVI. cavant ad vasa unguentaria, quoniam optime servare incorrupta dicitur. Idem exustus emplastris convenit. Nascitur circa Thebas gyptias, et Damascum Syriae. Hic ceteris candidior : probatissimus vero in Carmania , mox in India : jam quidem et in Syria Asiaque. Vilissi- mus autem et sine ullo nitore in Cappadocia. Probantur quam maxime mellei coloris , in vertices maculosi , atque non translucidi. Vitia in iis, corneus color aut candidus, et quidquid simile vitro est. De lygdino , corallico , alabandico , thebaico , svenite. XIII. Paulum distare ab eo in unguentorum fide multi existimant lygdinos in Paro repertos : amplitudine , qua lances craterasque non excdant , antea ex Arabia tan- tum advehi solitos, candoris eximii. Magnus et duobus contrariae inter se naturae honos : corallitico in Asia reperto, mensurae non ultra bina cubita , candore proximo ebori , et quadam similitudine. E di verso niger est alabandicus terraesuaenomine,quam- quam et Mileti nascens, ad purpuram tamen magis as- pectu dclinante. Idemque liquatur igni, ac funditur ad usum vitri. Thebaicus interstinctus aureis guttis, invenitur in Afric parte iEgypto adscriptae , coticulis ad terenda col- lyria quadam utilitate naturali conveniens. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVI. i55 eu font des vases parfums, parce que, disent-ils, ja- mais ils ne s'y corrompent. Brle, cette pierre peut entrer dans les empltres. On la trouve prs de Thbes d'Egypte, et de Damas en Syrie. Celle-ci est plus blanche. La plus belle vient de la Carmauie, la seconde de l'Inde, la troisime de Syrie et d'Asie. L'albtre de Cappadoce est commun et sans clat. On recherche surtout celui qui joint la couleur du miel des taches disposes en petits tourbillons, et non transparentes. Une couleur corne ou blanchtre est un dfaut, ainsi qu'une trans- parence qui la fait ressembler au verre. Pierres lygdine , corallique, d'Alabande, de la Thbade, de Syne. XIII. Plusieurs personnes croient que les pierres lyg- dines, trouves Paros, sont presque aussi bonnes pour la conservation des parfums : jamais elles n'excdent le volume d'une coupe ou d'un plat; jadis il n'en venait que d'Arabie : elles sont d'un beau blanc. On fait grand cas de deux pierres totalement diff- rentes, la corallitique et l'alabandique. La premire, qui se trouve en Asie, ne se rencontre qu'en blocs d'au plus une coude, et a la blancheur ainsi que l'aspect de l'i- voire. La deuxime, ainsi nomme d'Alabande, sa patrie, quoique Milet en fournisse aussi, est d'un noir tirant sur le pourpre. Fusible au feu, elle entre dans la composition du verre. La pierre thbaque, seme de gouttes d'or, se trouve dans la partie de l'Afrique qui appartient l'Egypte : on en fait des molettes propres broyer les ingrdiens des collyres. i56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Circa Syenen vero Thebaidis syenites , quem ante pyr- rhopcilon vocabant. De obeliscis. XIV. Trabes ex eo fecere reges quodam certamine, obeliscos vocantes, Solis numini sacratos. Radiorum ejus argumentum in effigie est, et ita significatur nomine gyptio. Primus omnium id instituit Mestres , qui in Solis urbe regnabat, somnio jussus : hoc ipsum inscriptum in eo: etenim scalptur illae effigiesque , quas videmus , aegyptiae sunt litterae. Postea et alii regum in supra dicta urbe , Sochis qua- tuor numro, quadragenum octonum cubitorum longi- tudine: Ramises autem is, quo rgnante Ilium captum est, quadraginta cubitorum. Idem digressus inde, ubi fuit Mnevidis regia, posuit alium, longitudine undecen- tenispedibus, per latera cubitis quatuor. Opus id fecisse dicuntur cxx m hominum. Ipse rex , quum subrecturus esset , verereturque ne machin ponderi non sufficerent, quo majus periculum curae artificum denuntiaret, filium suum adalligavit cacumini , ut salus ejus apud molientes prodesset et lapidi. Hac admiratione operis effectum est , ut quum oppidum id expugnaret Cambyses rex , ventum- que esset incendio ad crepidines obelisci , extingui ignem juberet molis reverentia, qui urbis nullam habuerat. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i5 7 Autour de Sync, en Thbade, s'extrait la pierre synite, qu'on nommait auparavant pyrrhopcile. Des oblisques. XIV. Les rois semblent s'tre disput l'honneur d'en faire des poutres, qu'ils ont ddies au soleil, sous le nom d'oblisque : la figure du monument reprsente les rayons, et tel est, mme en gyptien, le sens du mot. Mestrs, qui rgnait Hliopolis, leva le premier des oblisques : l'inscription (car les figures et les ciselures que nous y voyons sont des lettres gyptiennes) dit que ce fut sur la foi d'un songe. On l'imita mme dans Hliopolis. Sochis leva quatre oblisques de quarante-huit coudes ; Ramiss, contem- porain de la prise de Troie, en fit dresser un de quarante; puis , allant s'tablir vers l'emplacement du palais de Mnvis , en plaa un de quatre-vingt-dix-neuf pieds ; chaque ct avait quatre coudes ; cent vingt mille hommes y travaillrent. Craignant , l'instant o il s'a- gissait de le dresser, que les machines ne rompissent sous le poids, pour exciter le soin des travailleurs par l'aspect d'un danger extrme, il attacha son fils la pointe, afin que le salut du prince garantt celui du monument. Telle est l'admiration inspire par ce morceau, que, lors de la prise d'Hliopolis par Cambyse, ce prince or- donna d'teindre les flammes arrives au pourtour de l'oblisque ; inflexible pour la ville , il respecta ce bloc norme. i58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Sunt et alii duo, unus a Zmarre positus, alter a Ra- phio , sine notis, quadragenum octonum eubitorum. Alexandriae statuit unum octoginta eubitorum Ptolemaeus Philadelphus. Exciderat eum Nectliebis rex purum : ma- jusque opus in devehendo statuendove multo fuit, quam in excidendo. A Satyro architecto aliqui devectum tra- dunt rate: Callixenus a Phnice, fossa perducta usque ad jacentem obeliscum e Nilo ; navesque duas in latitu- dinem patulas, pedalibus ex eodem lapide ad rationem geminati per duplicem mensuram ponderis oneratas , ita ut subirent obeliscum pendentem extremitatibus suis in ripis utrimque : postea egestis laterculis adlevatas naves excepisse omis. Statutum autem in sex talis e monte eo- dem, et artificem donatum talentis quinquaginta. Hic fuit in Arsinoeo positus ab rege supra dieto , munus amo- ris in conjugem, eamdemque sororem Arsinoen. Inde eum navalibus incommodum Maximus quidam praefe- ctus jEgypti transtulit in forum , reciso cacumine , dum vult fastigium addere auratum, quod postea omisit. Et alii duo sunt Alexandriae ad portum , in Caesaris templo , quos excidit Mestres rex quadragenum binum eubitorum. Super omnia adeessit difficultas mari Romain devebendi, spectatis admodum navibus. Divus Augustus priorem advexerat, miraculique gratia Puteolis nava- libus perpetuis dicaverit : sed incendio consumpta est. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVI. i5 9 Deux autres, dresss l'un par Zmarrs, l'autre par Raphius, ont chacun quarante coudes, et ne portent point d'inscription. Ptolme Philadelphe en rigea un de quatre-vingts coudes dans Alexandrie. Taill sans sculpture, par ordre du roi Necthebis, il fut bien plus difficile transporter et dresser qu' faire. Selon les uns, il fut amen par eau la place qu'il occupe, par les soins de l'architecte Satyrus ; Callixne en donne l'honneur Phnix. On creusa un canal qui allait du Nil au lieu o l'oblisque tait tendu ; deux larges ba- teaux de transport, chargs de blocs de la mme pierre, chacun d'un pied cube, jusqu' concurrence du double du poids de l'oblisque, passrent sous l'norme masse dont les extrmits seules portaient sur les bords du canal, et le soulevrent ds qu'on eut t les pierres. On le dressa sur six cubes tirs de la mme montagne; cinquante talens furent la rcompense de l'artiste. Pto- lme le plaa dans l'Arsinoum, comme monument de son amour pour Arsino sa femme et sa sur ; mais comme il gnait le port , Maxime , prfet d'Egypte , le transporta dans la place publique aprs en avoir fait couper le sommet qu'il voulait remplacer par un fate dor. Cette ide resta sans excution. Prs du port d'Alexandrie, dans le temple de Csar, sont encore deux oblisques de quarante-deux coudes, rigs par le roi Mestrs. De toutes les difficults, la plus grande fut de transporter ces monumens Rome. On y employa des vaisseaux qui eux-mmes excitrent l'ad- miration des curieux. Auguste, qui fit venir le premier, le consacra , dans le port de Pouzzoles , comme une merveille digne d'ternelle mmoire; mais le feu le d- i6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Divus Claudius aliquotper annos adservatam, qua Caius Caesar importaverat , omnibus quae umquam in mari visae sunt, mirabiliorem , turribus puteolano ex pulvere exae- dificatis , perductam Ostiam , portus gratia mersit : alia ex hoc cura navium , quae Tiberi subveherent. Quo expe- rimento palam fit, non minus aquarum huic amni esse, quam Nilo. Is autem obeliscus , quem divus Augustus in Circo magno statuit , excisus est a rege Semneserteo , quo r- gnante Pythagoras in iEgypto fuit, lxxxii pedum, et dodrantis, praeter basim ejusdem lapidis : is vero, qui est in campo Martio , novem pedibus minor, a Sesostride. Inscripti ambo rerum naturae interpretationem iEgy- ptiorum philosophia continent. De eo qui pro gnomone in campo Martio. XV. 10. Ei, qui est in Campo, divus Augustus addi- dit mirabilem usum , ad deprehendendas solis umbras , dierumque ac noctium ita magnitudines , strato lapide ad magnitudinem obelisci, cui par fieret umbra, brumae confectae die , sexta hora ; paulatimque per rgulas ( quae sunt ex are incluses ) singulis diebus decresceret , ac rur- sus augesceret : digna cognitu res et ingenio fecundo. Manilius mathematicus apici auratam pilam addidit, cu- jus umbra vertice colligeretur in se ipsa, alias enormi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 161 truisit. Celui qui, sous le rgne de Caligula, transporta le deuxime oblisque, tait le plus beau btiment qu'ait vu flotter la mer; quelques annes plus tard , Claude le fit charger de tours en terre de Pouzzoles, et couler fond pour la sret du port d'Ostie. Les oblisques ne purent arriver Rome que sur de nouveaux navires. L'exprience prouva alors que le Tibre n'a pas moins d'eau que le Nil. L'oblisque plac dans le grand Cirque par le divin Atiguste, fut taill par Semneserte, sous le rgne duquel Pythagore voyagea en Egypte; sa hauteur, non compris la base, qui est de la mme pierre, va quatre-vingt- deux pieds trois quarts; celui du Champ-de-Mars, moins haut de neuf pieds , appartient l'poque de Ssostris. Tous deux sont chargs d'inscriptions relatives l'expli- cation de la nature, selon les doctrines gyptiennes. De celui qui sert de gnomon au Champ-de-Mars. XV. 10. Ce dernier reut d'Auguste une application usuelle magnifique : il s'agit ici de la dtermination des ombres solaires, et, par suite, de celle de la longueur du jour et de la nuit. Auguste fit tendre un lit de pierre dans un tel rapport avec l'oblisque, que le jour du solstice d'hiver, midi, l'ombre tait gale au pav , puis dcroissait successivement pour s'allonger de nouveau : on suit ces yariations sur des rgles d'airain incrustes dans la pierre. Ide mmorable et qui prouve la puissance cratrice du gnie. Sur le fate , Manilius le mathmati- cien plaa une boule dore dont l'ombre se ramassait sur elle-mme, tandis que l'ombre, primitivement projete xx. 1 1 ifii C. PLINII BIST. NAT. LIB. XXXVI. ter jaculante apiee, ratione ( ul ferunt ) a capite liomi- nis intcllecta. Haec observatio triginta jam fere annis non congruit , sive solis ipsius dissono cursu , et caeli aliqua ratione mntato , sive univcrsa tellure a centro suo aji- quid emota , ut deprehendi et in aliis locis accipio : sive orbis trcmoribus, ibi tantum gnoinone intorto , sive inundationibus Tiberis sedimento molis facto : quam- quam ad altitudinem impositi oneris in terrain quoquo dicantur acta fundamenta. 1 1 . Tertius Romae in Vaticano Caii et Neronis prin- cipum circo, ex omnibus unus omnino factus est imi- tatione ejus, quem fecerat Sesostridis filius Nuncoreus. Ejusdem remanet et alius centum cubitorum , quem post caecitatem visu reddito , ex oraculo Soli sacravit. Opra mirabilia in iis terris. Pyramides. XVI. 12. Dicantur obiter et pyramides in eadem IE- gypto , regum pecuniae otiosa ac stulta ostentatio. Quippe quum faciendi eas causa a plerisque tradatur , ne pecu- niam successoribus aut mulis insidiantibus prberent, aut ne plebs esset otiosa. Multa circa hoc vanitas illorum hominum fuit : vestigiaque complurium inchoatarum exstant. Una est in Arsinoite nomo , duae in Memphite , non procul labyrintho, de quo et ipso dicemus.Totidem, ubi fuit Mridis lacus, lioc est, fossa grandis. Sed lEgy- l HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i63 par la pointe de l'oblisque, s'tendait indfiniment. 11 dut, dit-on, cette ide l'aspect de la tte humaine. Au reste, il y a trente ans dj que les observations ont cess d'tre justes, soit que le cours du soleil ou les ph- nomnes clestes aient subi des altrations ; soit que , comme on prtend l'avoir observ en quelques lieux, la terre se soit un peu carte de son centre; soit que le gnomon seulement ait flchi par suite des tremblemens de terre, ou que les inondations du Tibre aient affaiss les fondemens qui soutiennent l'oblisque, quoique, dit-on, ce massif s'enfonce en terre, autant que la masse qu'il soutient s'lve dans les airs. 1 1 . Le troisime, plac Rome dans le cirque de Ca- ligula et de Nron sur le Vatican , est le seul qui ait t fait l'imitation de celui de Nuncore , fils de Ssostris. Guri d'une ccit passagre, ce prince, d'aprs l'ordre de l'oracle, consacra aussi au soleil un autre oblisque de cent coudes , qui subsiste encore aujourd'hui. Ouvrages merveilleux de l'Egypte. Pyramides. XVI. 12. Parlons aussi des pyramides d'Egypte, oi- seuse et folle ostentation des richesses des rois, puisque la plupart, dit-on, n'ont eu en vue que de dpenser des trsors qui pouvaient tenter la cupidit de leurs succes- seurs ou de leurs rivaux, ou que d'occuper l'inaction du peuple. La vanit des rois s'est souvent exerce en ce genre: on voit encore les traces de plusieurs pyramides commences; une dans le nome Arsinote, deux peu de distance de Memphis et du labyrinthe dont bientt je parlerai, deux dans le lieu o fut le lac Mris , immense tang creus de main d'homme; mais l'Egypte vante 1 1. i64 G. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. ptus inter mira ac memoranda narrt harum cacumina ex trma, quae eminere dicuntur. Reliqu trs, quae orbem terrarum implevere fama , sane conspicuae undique adna- vigantibus, sit sunt in parte Afric, monte saxeo ste- rilique, inter Memphim oppidum , et quod appellari dixi- mus Delta, a Nilo minus quatuor millia passuum, a Memphi vu m d, vico adposito, quem voeant Busirin, in quo sunt adsueti scandere illas. Sphinx gyptia. XVII. An te lias est sphinx, vel magis narranda, quasi silvestre numen adcolentium. Amasin regem putant in ea conditum , et volunt invectam videri. Est autem saxo naturali elaborata, et lubrica. Capitis monstri ambitus per frontem centum duos pedes colligit, longitudo pe- dum cxliii est , altitudo a ventre ad summam apsidem in capite, lxii. Pyramis amplissima ex arabicis lapicidinis constat. Trecenta lx hominum millia annis xx eam construxisse produntur. Trs vero fact annis lxxviii etmensibus iv. Qui de iis scripserint , sunt Herodotus , Euhemerus , Du- ris Samius, Aristagoras, Dionysius, Artemidorus, Alexan- der Polyhistor , Butorides , Antisthenes , Demetrius , De- moteles, A pion. Inter omnes eos non constat a quibus factae sint, justissimo casu obliteratis tant vanitatis au- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i65 surtout, comme la plus tonnante des merveilles, la hau- teur laquelle s'levait leur pointe au dessus des eaux. Les trois autres, celles dont la renomme a rempli le monde , et que les navigateurs aperoivent de quelque ct qu'ils arrivent, sont situes dans l'Egypte Africaine, sur des rocs striles entre le Delta et Memphis, prs de quatre milles du Nil, et sept et demi de Memphis. Prs d'elles est le bourg de Busiris, dont les habitans sont accoutums monter au haut des pyramides. Sphinx d'Egypte. XVII. Devant elles est le sphinx, merveille encore plus remarquable, espce de dit sauvage de ces cantons. Les habitans croient que le sphinx est le tombeau d'A- masis , et prtendent qu'il a t transport l mcani- quement; mais ce n'est que le roc natif, taill et poli sur place. La tte du monstre a cent deux pieds de cir- confrence , et le corps, long de cent quarante- trois pieds, en a soixante-deux du ventre au sommet de la tte. La plus grande pyramide est construite en pierre d'Arabie ; trois cent soixante mille hommes y travail- lrent vingt ans ; toutes trois furent termines en soixante- dix-huit ans et quatre mois. Les auteurs qui en parlent sont Hrodote, vhmre, Duris deSamos, Aristagore, Denys, Artmidore , Alexandre Polyhistor, Butoride, Antisthne, Demetrius, Dmotle, Apion. Tous diffrent sur les noms de ceux qui les firent construire : juste pu- nition d'une excessive vanit ainsi condamne l'oubli. Quelques-uns disent qu'en ail , raves, ognons, on d- i66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. ctoribus. Aliqui ex his prodiderunt, in raphanos, et al- lium, ac caepas, mille sexcenta talenta erogata. Amplis- simaocto jugera obtinet soli, quatuor angulorum paribus intervallis, per septingentos octoginta trs pedes singu- lorum laterum, latitudoa cacumine, pedes xv s. Alterius intervalla singula per quatuor angulos pares , dccxxxvii comprehendunt. Tertia minor quidem praedictis , sed multo spectatior, aetbiopicis lapidibus, adsurgitcccLxm pedibus inter angulos. Vestigia aedificationum nulla ex- stant. Arena late pura circum, lentis similitudine , qua- lisin majori parte Africse. Queestionum summa est, qua- nam rationein tantam altitudinem subvecta sint caementa. Alii enim nitro ac sale adaggeratis cum crescente opre, ac peracto fluminis irrigatione dilutis: alii lateribus e luto factis, in privatas domos distribuas. Nilum enim non putant rigare potuisse, multo humiliorem. In pyra- mide maxima est intus puteus octoginta sex cubitorum ; flumen illo admissum arbitrantur. Mensuram altitudinis earum omniumque similium deprehendere invenit Tha- es Milesius , umbram metiendo , qua hora par esse cor- pori solet. Haec sunt pyramidum miracula : supremum- queillud, ne quis regum opus miretur, minimam ex his, sed laudatissimam , a Rhodope meretricula factam. iEsopi fabularum philosophi conserva quondam et contuberna- lis haec fuit , majore miraculo tantas opes meretricio esse conquisitas quaestu. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVI. 167 pensa seize cents talens. La plus grande a de superficie \\ml jugerum ; quatre angles gales distances sont fer- ms par des faces de sept cent quatre-vingt-trois pieds ; la surface du sommet est de quinze pieds et demi. La deuxime, termine aussi par quatre angles distances gales , a sept cent trente-sept pieds sur chaque face. Moins considrable, mais plus belle et btie en pierre d'Ethiopie , la troisime a de face trois cent soixante- trois pieds. On ne voit aux environs nul indice de con- structions. Des sables nus, grain lentiforme comme dans presque toute l'Afrique, les environnent. Comment les pierres ont-elles t transportes une telle hauteur, voil le plus difficile des problmes. Selon les uns , on aiuait, mesure que l'ouvrage s'avanait , lev des monceaux de sel et de nitre, qu'ensuite on fit fondre en amenant les eaux du Nil. D'autres veulent qu'on ait employ aux chafaudages des briques qui furent en- suite cdes aux particuliers pour leurs constructions ; car, disent-ils, le Nil est trop bas pour que jamais on l'amne l. Dans l'intrieur de la grande pyramide est un puits de quatre-vingt-six coudes, dont on croit que l'eau vient du Nil. Thaes dcouvrit le moyen de mesu- rer et les pyramides et toutes les hauteurs semblables par la mesure de l'ombre l'instant o elle est gale au corps. Telles sont ces merveilleuses pyramides. Ter- minons en disant , pour qu'on ne s'extasie pas sur la magnificence des rois , que la plus petite et la plus belle est l'ouvrage de la courtisane Rhodope , qui jadis par- tagea l'esclavage et la couche d'Esope le fabuliste; une merveille plus inconcevable encore, c'est la haute opu- lence qu'elle acquit en trafiquant de ses charmes. i68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Pharos. XVIII. Magnificatur et alia turris a rege facta in in- sula Pharo , portum obtinente Alexandriae , quam con- stitisse octingentis talentis tradunt: magno animo, ne quid omittamus, Ptolemaei rgis, quod in ea permiserit Sostrati Gnidii architecti structura? ipsius nomen inscribi. Usus ejus, nocturno navium cursu igns ostendere, ad prnuntianda vada , portusque introitum : quales jam compluribus locis flagrant, ut Osti, ac Ravennae. Pe- riculum in continuatione ignium ne sidus existimetur , quoniam e longinquo similis flammarum aspectus est. Hic idem architectus primus omnium pensilem ambula- tionem Gnidi fecisse traditur. Labyrinthi. XIX. i3. Dicamus et labyrinthos, vel portentosissi- mum humani impendii opus , sed non , ut existimari po- test, falsum. Durt etiam nunc in iEgypto in Heracleopolite nomo, qui primus factus est ante annos , ut tradunt , ter mille sexcentos, a Petesucco rege, sive Tithoe. Quamquam He- rodotus totum opus regum esse dicit, novissimique Psam- metichi. Causam faciend varie interpretantur. Demoteles uegiam Motlierudis fuisse, Lyceas sepulcrum Mridis: plures Soli sacrum id exstructum , quod maxime creditur. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 169 Phare. XVIII. On admire aussi la tour btie par le roi Ptol- me, clans l'le dePharos, l'entre du port d'Alexandrie. Elle cota, dit-on, huit cents talens, et le monarque fit preuve de vraie grandeur en permettant l'architecte Sostrate de Gnide, qui dirigea l'ouvrage , d'y graver son nom. On y allume des feux pour diriger la course noc- turne des vaisseaux , pour indiquer les bas-fonds et l'en- tre du port. De pareils feux sont allums aujourd'hui Ostie, Ravenne, et en d'autres lieux. On peut craindre que ces feux non interrompus soient pris pour une toile , puisqu'ils en ont l'aspect brillant. C'est encore Sostrate qui le premier construisit Gnide une pro- menade suspendue. Labyrinthes. XIX. i3.Un mot aussi des labyrinthes, ouvrages non moins normment dispendieux, mais non chimriques, comme on pourrait le croire. L'Egypte montre encore le plus ancien de tous, celui du nome Hraclopolite , construit , dit-on , par le roi Petesuccus ou Tithos, trois mille six cents ans avant nous. Selon Hrodote, plusieurs rois concoururent sa construction, et Psammtique, le dernier, l'acheva. On varie sur le but de l'difice. Dmotle en fait le palais de Mothrude; Lycas, le tombeau de Mris; d'autres, et cette opinion a prvalu , croient qu'il a t consacr au Soleil. 170 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Hinc utique sumpsisse Daedalum exemplar ejus laby- rinthi, quem fecit in Crcta, non est dubium, sed cente- simam tantum portionem ejus imitatum , quae itinerum ambages, occursusque , ac recursus inexplicables conti- net : non (ut in pavimentis, puerorumve ludicris cam- pestribus videmus) brevi lacinia millia passuum plura ambulationis continentem : sed crebris foribus inditis , ad fallendos occursus , redeundumque in errores eosdem. Secundus hic fuit ab aegyptio labyrinthus; tertius in Lemno ; quartus in Italia. Omnes lapide polito fornici- bus tecti : aegyptius ( quod miror equidem ) introitu , lapide e pario coluinnis; reliquis e syenite molibus compositis, quas' dissolvere ne scula quidem possint: adjuvantibus Heracleopolitis , qui id opus invisum mire infestavere. Positionem operis ejus singulasque partes enarrare non est, quum sitin regiones divisum , atque in prfecturas ( quas vocavi nomos) sedecim nominibus ea- rum, totidem vastis domibus adtributis: praeterea tem- pla omnium ^gyptideorum contineat, superque Neme- ses quindecim aediculis incluserit , pyramides complures quadragenarum ulnarum , senas radicum oras obtinen- tes. Fessi jam eundo perveniunt ad viarum illum inex- plicabilem errorem. Quin et cnacula clivis excelsa , por- ticus quoque descenduntur nonagenis gradibus: intus column de porphyrite lapide, deorum simulacra, re- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 171 On ne peut douter que Ddale y ait pris le modle du labyrinthe qu'il fit en Crte , mais o il ne repro- duisit qu'un centime du labyrinthe d'Egypte, celui qui renferme ces circuits, ces dtours et ces rencontres inextricables qu'on voit sans cesse se croiser et entrer les unes dans les autres. Ce n'est pas , comme dans les enceintes parquetes ou les plaines artificielles livres aux jeux des enfans, une bordure o l'on peut faire quel- ques mille pas : des portes sans nombre dguisent la v- ritable entre, et ramnent toujours aux mmes erreurs. Ce labyrinthe est le deuxime en anciennet ; viennent ensuite celui de Lemnos et le labyrinthe Italique. Tous quatre taient vots en pierre polie, et mme celui d'Egypte avait, chose tonnante, un pristyle en pierre de Paros; le reste est construit en blocs de synite, et ni les sicles, ni les haines des Hraclopolitains qui ont trangement dgrad l'difice , n'ont pu l'anantir. Je n'entreprendrai pas d'en dduire et l'ensemble et les parties. Divis en rgions , il contient seize nomes ou prfectures, qui donnent leur nom autant d'immenses palais; on y voit, de plus, des temples pour tous les dieux de l'Egypte, quinze chapelles deNmsis, nombre de pyramides hexangulaires de quarante coudes. Dj harass de fatigue, on arrive ces routes qui garent sans retour. On trouve , sur des minences , des salles , des portiques d'o l'on descend par quatre-vingt-dix gradins; au dedans, des colonnes de porphyre, des statues des dieux et des rois , des reprsentations monstrueuses. Certains palais sont construits de telle faon , qu'en ouvrant les portes on entend un bruit de tonnerre ter- rible ; or, la plupart de ces difices se traverse dans les tnbres. Au del des murs des labyrinthes, s'lvent 172 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. gum statuae, monstriferae effigies. Quarumdam autem domorum talis est situs , ut adaperientibus fores , toni- truum intus terribile exsistat. Majore autem in parte transitus est per tenebras. Aliae rursus extra murum la- byrinthi eedificiorum moles : itron appellant. Inde alia? perfossis cuniculissubterranedomus. Fecit unus omnino pauca ibi Circummon spado Necthebis rgis , ante Alexan- drum Magnum annis quinquagenis. Id quoque traditur , fulsisse trabibus spinae oleo incoctae, dum fornices qua- drati lapidis adsurgerent. De aegyptio et cretico laby- rinthis, satis dictum est. Lemnius similis illis, columnis tantum centum quin- quaginta memorabilior fuit : quarum in officina turbines ita librati pependerunt, ut puero circumagente torna- rentur. Architecti illum fecere Zmilus et Rholus , et Theo- dorus indigena. Exstantque adhuc reliquiae ejus, quum cretici italicique nulla vestigia exstent. Namque et italicum dici convenit, quem fecit sibi Porsena rex Etruriae sepulcri causa, simul ut externo- rum regum vanitas quoque ab Italis superetur. Sed quum excdt omnia fabulositas , utemur ipsius M. Varronis in expositione ejus verbis : Sepultus est, inquit, sub urbe Clusio : in quo loco monumentum reliquit lapide quadrato quadratum : singula latera pedum trecenum, alta quinquagenum : inque basi quadrata intus labyrin- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i 7 3 d'autres constructions, qu'on appelle itron. D'autres roules, mais creuses sous terre , conduisent des salles souterraines. Circummon , eunuque du roi Necthebis , est le seul qui , cinquante ans avant Alexandre-le-Grand, ait ajout quelque chose ces constructions. On dit aussi que, pendant qu'on levait les votes en pierres carres, il les faisait soutenir par des poutres d'pine cuites dans l'huile. En voil assez sur les labyrinthes d'Egypte et de Crte. Celui de Lemnos, semblable aux deux prcdens, tait remarquable par cent cinquante colonnes faites au tour, et l'aide d'une roue si habilement suspendue , que la main d'un enfant et suffi pour les travailler. Il est l'ouvrage des architectes Zmile, Rholus et Thodore de Lemnos. On en voit encore des traces, tandis que ceux de Crte et d'Italie ont compltement disparu. Ce dernier, car je ne puis l'oublier, fut bti par Por- sena , roi d'Etrurie, pour lui servir de tombeau, et pour faire voir, sans doute, que la folle vanit des rois trangers tait encore surpasse par celle des rois d'Ita- lie. Mais comme l'invraisemblance passe ici toutes les bornes , je citerai les paroles de Varron dans la descrip- tion qu'il en a donne: Porsena, dit-il , fut enseveli prs de Clusium , dans un lieu o lui-mme avait fait construire un monument quadrangulaire en pierres car- res; chaque face a trois cents pieds, la hauteur est de i 7 4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XXXVI. thum inextricabilem : quo si quis improperet sine glo- mere lini , exitum invenire nequeat. Supra id quadratum pyramides stant quinque, quatuor in angulis, in medio una : in imo latae pedum quinum septuagenum , altae centum quinquagenum : ita fastigiatae, ut in summo or- bis aeneus et petasus unus omnibus sit impositus , ex quo pendeant exapta catenis tintinnabula, quae vento agitata, longe sonitus rfrant, ut Dodonae olim factum. Supra quem orbem quatuor pyramides insuper , singulae exstant altae pedum centenum. Supra quas uno solo quinque pyramides, quarum altitudinem Varronem puduit adji- cere. Fabulae etruscae tradunt eamdem fuisse , quam to- tius operis : adeo vesana dementia quaesisse gloriam im- pendio nulli profuturo. Praeterea fatigasse regni vires , ut tamen laus major artificis esset. Pensiles horti ; pensile oppidum. XX. Legitur et pensilis hortus , immo vero totum op- pidum eegypti Theb, exercitus armatos subter edu- cere solitis regibus , nullo oppidanorum sentiente. Etiam- num hoc minus mirum, quam quod flumine mdium oppidum interfluente. Quae si fuissent, non dubium est Homerum dicturum fuisse , quum centum portas ibiprae- dicaret. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVI. 175 cinquante. A lu base , qui est carre , est un labyrinthe dont on ne peut sortir; quiconque s'y engagerait sans uu peloton de fil , ne pourrait s'y retrouver. Sur le sommet du monument s'lvent cinq pyramides , dont quatre aux quatre angles , et une au milieu : chacune a soixante-quinze pieds sur chaque face, la base, et cent cinquante de hauteur. Le sommet de toutes ces pyra- mides est couronn par un globe d'airain , et un cha- peau o sont suspendues des sonnettes et des chanes qui, agites par le vent, rendent un son pareil celui de Dodone. Sur le globe sont quatre autres pyramides, chacune de cent pieds de haut. La plate-forme de celle-ci en porte encore cinq dont Varron n'a pas os donner la hauteur. Selon les fables trusques, elle tait la mme que celle de tout l'ouvrage. Vain dlire de princes qui vont chercher la gloire dans des dpenses striles pour tous, et qui puisent un royaume pour il- lustrer un artiste encore plus qu'eux-mmes ! Jardins suspendus ; ville suspendue. XX. Les auteurs parlent encore d'un jardin, et mme d'une ville entire suspendue ; c'est Thbes d'Egypte. Par ses chemins souterrains, les rois, dit-on, faisaient sortir de nombreuses armes, sans que personne s'en apert: merveille d'autant plus remarquable, que le Nil traverse la ville '.Mais, s'il en et t ainsi, nul doute qu'Homre en et parl, lui qui vante les cent portes de Thbes. 176 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. De templo Ephesiae Dianae. XXI. 14. Magnificentiae vera admiratio exstat tem- plum Ephesiae Dianae ducentis viginti annis factum a tota Asia. In solo id palustri fecere, ne terrae motus sen- tiret, aut hiatus timeret. Rursus ne in lubrico atque in- stabili fundamenta tantae molis locarentur, calcatis ea substravere carbonibus, dein velleribus lanae. Universo templo longitudo est ccccxxv pedum, latitudo ducen- torum viginti, columnae centum viginti septem a singu- lis regibus fact , lx pedum altitudine : ex iis xxxvi caelatae, una a Scopa. Operi praefuit Chersiphron archi- tectus. Summa miracula, epistylia tantae molis adtolli potuisse. Id consecutus est ille aeronibus arena plenis , molli clivo super capita eolumnarum exaggerato , paula- tim exinaniens imos , ut sensim opus in cubili sederet. Difficillime hoc contigit in limine ipso quod foribus im- ponebat. Etenim ea maxima moles fuit : nec sedit in cu- bili, anxio artifice, mortis destinatione suprema. Tra- dunt in ea cogitatione fessum nocturno tempore in quite vidisse praesentem deam , cui templum fiebat , hortantem ut viveret : se composuisse lapidem, atque ita postero die apparuit, et pondre ipso correctus videbatur. Ce- tera ejus operis ornamenta plurium librorum instar ob- tinent, nihil ad speciem naturae pertinentia. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 177 Du temple de Diane d'phse. XXI. 14. Un ouvrage vraiment grand et digne d'admi- ration, c'est le temple de Diane, Ephse. L'Asie entire contribua sa construction, qui dura deux cent vingt ans. On le btit sur un sol marcageux, pour le mettre l'abri des tremblemens de terre , et des crevasses qu'ils occa- sionent; ensuite, sur plusieurs lits de charbon broy, on tendit de la laine, pour que les fondemens d'une masse si pesante ne portassent pas sur un sol glissant et mobile. Le temple entier a quatre cent vingt-cinq pieds de long, sur deux cent vingt de large; cent vingt-sept colonnes de soixante pieds, donnes par autant de rois, le dcorent; trente-six sont sculptes, et l'une d'elles l'a t par Sco- pas ; l'architecte Chersiphron dirigea l'entreprise. Ce qui tonne le plus, c'est qu'on ait pu lever si haut les ar- chitraves. On y parvint l'aide d'un monticule factice de sacs de sable amens , par une pente insensible , jus- qu'au dessus des chapiteaux des colonnes : on vidait peu peu les sacs par en bas , pour asseoir graduellement les pierres sur leur base. Le frontispice surtout offrait d'insurmontables difficults ; cette masse , la plus pe- sante de toutes, n'avait pu tre pose d'aplomb, et l'ar- tiste , au dsespoir , songeait se donner la mort. En proie ces rflexions , il s'endormit de fatigue : alors , dit-on, la desse pour qui s'levait le temple lui appa- rut en songe, et l'exhorta vivre, en lui disant qu'elle avait pos la pierre; en effet, on la vit en place le len- demain : elle semblait s'tre mise d'aplomb par son pro- pre poids. Les autres ornemens de cet difice n'appar- tiennent en rien l'histoire de la nature , et il faudrait plusieurs volumes pour les dcrire. xx. 12 178 C. PL1N1 HIST. NAT. MB. XXXVI. Aliorum templorum admirabilia. XXII. i5. Durt et Cyzici delubrum, in quo filum aureum commissuris omnibus politi lapidis subjecit art- fex, eboreum Jovem dicaturus intus, coronante eum marmoreo Apolline. Translucet ergo pictura tenuissimis capillamentis , lenique adflatu simulacra refo vente , prae- ter ingenium artificis , ipsa materia ," quamvis occulta, in pretio operis intelligitur. De lapide fugitive-. Echo septies resonans Cyzici. Sine clavo aedifieia ; et Romae. XXIII. Eodem in oppido est lapis, fugitivus appella- tus : Argonautae eo proancora usi, ibi reliquerant. Hune e Prytaneo (ita vocatur locus) saepe profugum vinxere plumbo. Eadem in urbe juxta portam, quae Thracia vo- catur, turres septem acceptas voces numerosiore reper- cussu multiplicant : nomenque huic miraculo cho est a Graecis datum. Hoc quidem natura locorum evenit, et plerumque convallium : ibi casu accidit. Olympia? autem arte r mirabili modo, in porticu, quam ob id Heptapho- non appellant, quoniam septies eadem vox redditur. Cy- zici et Buleuterion vocant aedificium amplum, sine fer- re clavo, ita disposita contignatione, ut eximantur trabes sine fulturis, ac reponantur. Quod item Romae in ponte Sublicio religiosum est, posteaquam Coclite Ho- ratio defen dente aegre revulsus est. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 179 Merveilles d'autres temples. XXII. i5. On voit Cyzique un temple tout en pierres lisses, dont les jointures sont lies par un fil d'or : l'artiste se proposait d'y ddier un Jupiter d'ivoire, couronn par un Apollon de marbre. Cet or, qui ne semble qu'un trait de pinceau aussi fin qu'un cheveu, porte sur les statues des reflets qui en rehaussent la beaut, et ajoute au prix de l'ouvrage, sans que l'artiste y ait song , puisqu'il semble avoir voulu cacher la ma- tire plutt que la montrer. De la pierre fugitive. cho septuple de Cyzique. difices sans clou ; on en trouve aussi Rome. XXIII. On voit aussi Cyzique la pierre fugitive qu'y laissrent les Argonautes, qui elle avait servi d"ancre: place dans lePrytane, d'o elle s'enfuit plus d'une fois, elle y fut enfin scelle avec du plomb. Dans la mme ville, prs de la porte dehrace, sont sept tours qui r- percutent et multiplient la voix. Ce phnomne, nomm cho par les Grecs, rsulte ordinairement de la nature des lieux, et surtout des valles; ici, il est le fruit du hasard. A Olympie, on a fait un cho artificiel, dans un portique qui rend les sons jusqu' sept fois, et qu'en consquence on appelle Heptaphoue. Cyzique possde aussi , sous le nom de Buleuterion , un vaste difice dont toute la charpente peut tre dmonte et remonte sans attaches de fer. Cette mme disposition existe Rome dans le pont Sublicius, et on s'en est fait un point religieux depuis qu'on eut tant de peine le rompre , quand Horatius Cocls en dfendit le passage. 12. 180 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Romae operum miracula , xvm. XXIV. Verum et ad Urbis nostrae miracula transire conveniat, octingentorumque annorum dociles scrutari vires , et sic quoque terrarum orbm victum ostendere : quod accidisse toties paene, quot referentur miracula, apparebit: universitate vero acervata, et in quemdam unum cumulum conjecta , non alia magnitudo exsurgit, quam si mundus alius quidam in uno loco narraretur. Nam ut Circum maximum a Caesare dictatore exstru- ctum longitudine stadiorum trium, latitudine unius, sed cum aedifciis jugerum quaternum, ad sedem ccl millium, inter magna opra dicamus : nonne inter ma- gnifica basilicam Pauli columnis e phrygibus mirabilem, forumque divi Augusti , et templum Pacis Vespasiani imperatoris Augusti, pulcherrima operum , quae umquam : Panthon Jovi Ultoriab Agrippa factum, quum theatrum ante texerit Romae Valerius Ostiensis architectus ludis Libonis ? \ Pyramidas regum miramur , quum solum tantum foro exstruendo h-s millies Caesar dictator emerit : et si qui- dem impensae movent captos avaritia animos, P. Clodius , quem Milo occidit , h-s centies et quadragies octies domo empta habita verit: quod equidem non secus , ac re- gum insaniam , miror. Itaque et ipsum Milonem sester- tium septingenties aeris alieni debuisse, inter prodigia HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 18 1 Dix-huit monumens magnifiques Rome. XXIV. Mais il faut passer aux merveilles de Rome , examiner ce qu'a produit la docilit d'un grand peuple en huit cents ans , et montrer qu'ici , comme dans tout le reste, nous avons vaincu le monde; que dis-je? autant de merveilles je vais dcrire, autant de victoires : la runion de ces chefs-d'uvre en une seule description fera paratre comme un monde nouveau, surgissant dans une troite localit. Le grand Cirque tabli par Csar, et dont l'enceinte, y compris les constructions destines recevoir deux cent cinquante mille spectateurs assis, occupait quatre jugerums, et avait trois stades de long sur un de large, figure certes parmi les grands ouvrages. N'y compren- drons-nous pas la basilique de Paulus, avec ses magni- fiques colonnes de marbre phrygien, le forum d'Au- guste , le temple ddi par Vespasien la Paix , ces di- fices les plus beaux qui aient jamais t? Joignons-y le Panthon d'Agrippa, consacr Jupiter Vengeur ; mais long-temps auparavant, l'architecte Valerius d'Ostie avait couvert le thtre aux jeux de Libon. Nous admirons les pyramides : mais l'emplacement seul du forum construit sous Csar a cot cent millions de sesterces ; et si la dpense seule frappe nos mes es- claves de l'avarice, P. Clodius, qui fut tu par Milon, avait achet sa maison quatorze millions huit cent mille sesterces : les folles dpenses des rois doivent-elles ton- ner davantage? De mme, je place parmi les monstruo- sits humaines la dette de Milon : elle se montait 18a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. animi humani duco. Sed tune senes aggeris vastum spa- tium, et substructiones insanas Capitolii mirabantur: praeterea cloacas : operum omnium dictu maximum , suf- fossis montibus, atque (ut paulo ante retulimus) urbe pensiii , subterque navigata. A M. Agrippa in aedilitate post consulatum, per mea- tus corrivati septem amnes, cursuque praecipiti torren- tium modo rapere atque auferre omnia coacti , insuper mole imbrium concitati, vada ac latera quatiunt : ali- quando Tiberis rtro infusi recipiunt fluctus, pugnant- que diversi aquarum impetus intus : et tamen obnixa firmitas resistit. Trahuntur moles interne tantae, non suc- cumbentibus causis operis : puisant ruina? sponte prci- pites, aut impactse incendiis: quatitur solum terrae mo- tibus: durant tamen a Tarquinio Prisco annis prope septingentis inexpugnabiles : non omittendo memorabili exemplo, vel eo magis, quoniam celeberrimis rerum conditoribus omissum est : quum id opus Tarquinius Pri- scus plebis manibus faeeret, essetque labor incertum lon- gior an periculosior , passim conscita nece, Quiritibus taedium fugientibus, novum et inexcogitatum antepost- eaqueremedium invenit ille rex , ut omnium ita defuncto- rum figeret crucibus corpora spectanda civibus , simul et feris volucribusque laceranda. Quamobrem pudor romani nominis proprius , qui spe res perditas servavit in pr- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i83 soixante-dix millions de sesterces. Alors, pourtant les vieillards admiraient l'immensit des terrasses con- struites par Tarquin, les extravagantes fondations du Capitole, enfin les gouts, de tous les ouvrages le plus tonnant, puisque des monts furent percs, et que sous Rome, suspendue comme cette Thbes dont nous avons parl , navigurent des barques. M. Agrippa, dile au sortir de son consulat, runit par des canaux sept rivires qui, roulant avec l'imptuosit des torrens, enlvent et entranent toutes les immondices : grossies encore par les pluies, elles battent le fond et les parois de l'gout ; quelquefois le Tibre dbord les refoule, et une lutte s'engage entre les deux courans; l'inbranlable construction rsiste tout. Des masses normes roulent entre ses murs, sans que les fondemens flchissent; les dbris des maisons qui tombent de v- tust, ou que dvore l'incendie, frappent la vote; les tremblemens de terre branlent le sol, et la fondation de Tarquin l'Ancien subsiste encore aprs environ sept cents ans. Rapportons ici un fait d'autant plus digne de remarque, que les plus clbres historiens l'ont omis. Pendant que Tarquin occupait les mains du peuple ces constructions, dont on ne savait lequel har le plus, la longueur ou le danger, plusieurs travailleurs rebu- ts se donnrent la mort : le monarque imagina alors , pour prvenir des suicides trop frquens, un moyen singulier , et dont , ni avant ni aprs , on ne retrouve d'exemple : il fit mettre publiquement en croix les corps des suicids, puis les laissa exposs aux btes froces et aux oiseaux de proie. Ainsi l'honneur, ce privilge de la nation romaine, qui tant de fois sauva la ville ruine par les revers de la guerre, et vint notre secours, 184 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. liis, tune quoque subvenit: sed illo tempore imposuit, jam erubescens, quum puderet vivos, tamquam puditu- rum esset exstinctos. Amplitudinem cavis eam fecisse pro- ditur, ut vehem feni large onustam transmitteret. Parva sunt cuncta, quae diximus, et omnia uni com- paranda miraculo, antequam nova adtingam. M. Lepido, Q. Catulo coss. ut constat inter diligentissimos auctores , domus pulchrior non fuit Romae quam Lepidi ipsius. At hercule intra annos xxxv eadem centesimum locum non obtinuit. Computet in hac stimatione, qui volet , marmorum molem , opra pictorum , impendia regalia, et cum pulcherrima laudatissimaque certantes centum do- mos : posteaque eas ab innumerabilibus aliis in hune diem victas. Profecto incendia puniunt luxum: nec ta- men effici potest, ut mores aliquid ipso homine morta- lius intelligant. Sed eas omnes duae domus vicerunt. Bis vidimus Ur- bem totam cingi domibus principum Caii et Neronis , et hujus quidem ( ne quid deesset ) aurea. Nimirum sic ha- bitarunt illi, qui hoc imperium fecere, tantas ad vincen- das gentes , triumphosque referendos ab aratro aut foco exeuntes, quorum agri quoque minorem modum obti- nuere , quam sellariae istorum. Subit vero cogitatio, quota portio harum fuerint areae illae, quas invictis imperato- ribus decernebant publice ad aedificandas domos : sum- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i85 l'honneur imposa la simplicit d'un peuple qui, vi- vant, rougit de l'ignominie, comme s'il devait la sentir aprs la mort. On dit que Tarquin donna la voie sou- terraine la largeur d'une charrette amplement charge de foin. Mais tout ceci est peu de chose, et, avant d'aller plus loin , il faut le comparer une autre merveille. Voici le fait : les historiens les plus exacts s'accordent dire que, sous le consulat de M. Lepidus et de Q. Catulus, le premier avait la plus belle maison de Rome ; en moins de trente -cinq ans, plus de cent la surpassaient. Pour apprcier ces progrs , qu'on mette en ligne de compte les marbres , les ouvrages des peintres , l'normit des dpenses, et cent maisons, toutes le disputant la plus belle, la plus vante, et dans la suite vaincues par un nombre incroyable de maisons nouvelles. Certes , les in- cendies punissent le luxe, mais la corruption des murs fait oublier l'homme qu'il y a encore quelque chose de plus prissable que lui. Au reste, tous ces palais ont t effacs par deux autres : deux fois nous avons vu Rome entire englou- tie dans les demeures de Caligula et de Nron ; encore Nron , pour comble de magnificence , fit - il entire- ment dorer la sienne. Etaient -ce l les retraites de ceux qui ont fond l'empire , et qui s'lanaient de la charrue et d'une chaumire, la conqute des nations, au char de triomphe; leurs champs taient moins vastes que les boudoirs de ces deux princes. Les terrains que dcernait l'tat ses gnraux vainqueurs pour s'y con- struire des maisons, n'eussent t que d'imperceptibles fractions des espaces envahis par Nron et son prd- /.Il M un 186 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. musqu illarum honos erat , sicut in P. Valerio Publi- cola, qui primus consul fuit cum L. Bruto, post tt mrita, et fratre ejus, qui bis in eodem magistratu Sa- binos devicerat, adjici decreto, ut domus eorum fores extra aperirentur, et janua in publicum rejiceretur. Hoc erat clarissimum insigne in ter triumphales quoque domos. Non patiemur duos Caios, vel duos Nerones, ne hac quidem gloria fam frui : docebimusque etiam insaniam eorum victam privatis operibus M. Seauri, cujus nescio anaedilitas maxime prostraverit mores civiles, majusque sit Sullae malum , tanta privigni potntia , quam pro- scriptio tt millium. Hic fecit in aedilitate sua opus maxi- mum omnium, quae umquam fuere humana manufacta, non temporaria mora, verum etiam aeternitatis destina- tione. Theatrum hoc fuit. Scena ei triplex in altitudinem ccclx columnarum, in ea civitate, quae sex hymettias non tulerat sine probro civis amplissimi. Ima pars scen e marmore fuit: mdia e vitro, inaudito etiam postea gnre luxurise : summa, e tabulis inauratis. Columnae, ut diximus, imae duodequadragenum pedum. Signa aerea inter columnas, ut indicavimus , fuerunt tria millia nu- mro. Cavea ipsa cepit hominum lxxx millia: quum Pompeiani theatri toties multiplicata Urbe , tan toque ma- jore populo, sufficiat large quadraginta millibus. Sed et HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 187 cesseur. Pour ces grands hommes, pour Valerius Publi- cola par exemple, pour ce collgue de Brutus qui rendit tant de services, et pour son frre, qui deux fois avait t consul, deux fois avait vaincu les Sabins, le comble de l'honneur consistait recevoir le droit d'ouvrir la maison en dehors , et de repousser la porte du ct de la rue. Telle tait la plus belle distinction, mme pour les maisons triomphales. Mais je ne veux pas que deux Caligula ou deux N- ron jouissent mme de cette gloire. Je veux montrer que leurs impriales extravagances le cdent encore aux ef- forts d'un simple citoyen , de Scaurus. Son dilit porta le coup le plus funeste peut-tre aux murs publiques, et je ne sais qui fut plus fatal Rome, de Sylla proscri- vant des milliers de citoyens, ou de Sylla laissant d'im- menses richesses son beau-fils. Ce magnifique dile fit lever le plus grand ouvrage qu'ait jamais lev la main de l'homme , non pour durer quelques jours , mais avec la pense d'ternit. Ce fut un thtre soutenu par trois cent soixante colonnes (et cela dans une ville o six colonnes de marbre hymettien, chez le citoyen le plus illustre, avaient excit des murmures); la scne se com- posait de trois tages. Les colonnes du premier taient de marbre, celles du second taient en verre (luxe inou, dont on n'a pas d'autre exemple), celles du troisime en bois dor. Les premires avaient trente-huit pieds de haut. Trois mille statues d'airain taient places dans les entre-colonnemens. L'amphithtre contenait quatre- vingt mille spectateurs; et cependant le thtre de Pom- pe, qui n'en contient que quarante, suffit, malgr les accroissemens et de Rome et de la population romaine. i88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. reliquus apparatus, tantus attalica veste, tabulis pictis, ceteroque choragio fuit, ut in Tusculanam villam repor- tatis, quae superfluebant quotidiani usus deliciis, incensa villa ab iratis servis, concremaretur h-s millies. Aufert animum , et a destinato itinere digredi cogit contemplatio tam prodigae mentis , aliamque connecti majorera insaniam e ligno. C. Curio, qui bello civili in Csarianis partibus obiit , funebri patris munere , quum opibus apparatuque non posset superare Scaurum (unde enim illi vitricus Sulla, et Metella mater proscription um sectrix? unde M. Scaurus pater, toties princeps civitatis, et Marianis sodalitiis rapinarum provincialium sinus?), quum jam ne ipse quidem Scaurus comparari sibi posset, quando hoc certe incendii illius prmium habuit, con- vectis ex orbe terrarum rbus , ut nemo postea par esset insaniae illi. Ingenio ergo utendum fuit : oper pretium est scire quid invenerit, et gaudere moribus nostris, ac nostro modo nos vocare majores. Theatra duo juxta fecit amplissima e ligno, cardinum singulorum versatili suspensa libramento , in quibus utrisque antemeridiano ludorum spectaculo edito inter sese aversis , ne invicem obstreperent scenae : repente circumactis ut contra starent, postremo jam die disce- dentibus tabulis , et cornibus in se coeuntibus faciebat HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 189 Quant aux toffes attaliques, aux tableaux, tous les accessoires de thtre, tel en tait le prix, que Scaurus ayant fait transporter sa maison de Tusculum tout ce que ne rclamait pas l'usage journalier du luxe , et ses esclaves y ayant mis le feu par vengeance , la perte fut de cent millions de sesterces. En voyant cet excs de prodigalit, je me sens en- tran hors de mon sujet, et forc d'y joindre un autre trait de dmence plus fort encore , et dont le bois fut l'instrument. Curion , qui mourut pendant la guerre ci- vile dans le parti de Csar, voulait donner des jeux fu- nbres en l'honneur de son pre; or, il ne pouvait sur- passer Scaurus en richesses et en magnificence (avait-il pour beau-pre un Sylla? pour mre une Metella adju- dicataire des proscrits? pour pre un Scaurus, si sou- vent prince du snat, associ de Marius, receleur des dpouilles des provinces?). Dsormais Scaurus n'aurait pu rivaliser avec lui-mme: l'incendie qui dvora tant de richesses accumules de tous les points du globe , lui avait du moins procur cet avantage, que personne ne l'galerait en extravagances. Il fallut donc jouer de gnie : voyons ce qu'il imagina , nous pourrons nous applaudir de nos murs, et nous appeler, en un sens, des hommes du vieux temps. Il ft construire en bois deux thtres de la plus grande dimension, chacun sur un pivot tournant. Le matin on jouait des pices sur les deux thtres : alors ils taient adosss , pour que les acteurs ne pussent pas s'interrompre ; sur le soir , tournant tout coup sur eux-mmes, ils se trouvaient en prsence : les quatre extrmits se rejoignaient, et formaient un amphithtre o se donnaient des combats de gladiateurs , moins d- 190 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. amphitheatrum, et gladiatorum spectacula edebat, ipsuni magis auctoratum populum romanum circumferens. Quid enim miretur quisque in hoc primum? inventorem, an inventum? artificem, an auctorem? ausuin aliquem hoc excogitare , an suscipere ? parre , an jubere ? Super omnia erit populi furor, sedere ausi tam infida instabi- lique sede. En hic est ille terrarum victor, et totius do- mitor orbis, qui gentes et rgna diribet, jura externis mittit , deorum quaedam immortalium generi humano portio , in machina pendens , et ad periculum suum plaudens. Quae vilitas animarum ista? aut quae querela de Cannis? quantum mali potuit accidere? Hauriri urbes terrae hiatibus, publicus mortalium do- lor est. Ecce populus romanus universus, velut duobus navigiis impositus , binis cardinibus sustinetur, et se ip- sum depugnantem spectat, periturus momento aliquo luxatis machinis : et per hoc quritur in tribuniciis concionibus gratia , ut pensiles tribus faceret. Qualis hic in Rostris ? Quid non ausurus apud eos , quibus hoc persuaserit ? Vera namque confitentibus , populus roma- nus funebri munere ad tumulum patris ejus depugnavit universus. Variavit hanc suam magnificentiam fessis turbatisque cardinibus, et amphitheatri forma custodita, novissimo die diversis duabus per mdium scenis athle- tas edidit, raptisque e contrario repente pulpitis eodem die victores e gladiatoribus suis produxit. Nec fuit rex HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 191 vous la mort que le peuple romain ainsi promen dans les airs. Qui nous tonnera le plus ici ? l'inventeur, ou l'invention? le constructeur, ou l'auteur du projet? et qui l'emporta en audace? celui qui l'imagina, ou celui qui l'entreprit, celui qui le commanda? ou celui qui osa l'excuter? Mais non ! nul dlire n'gale celui du peuple qui accepte ce sige perfide et fragile. Le voil, ce vain- queur des nations, ce triomphateur du monde, cet ar- bitre des peuples et des empires, qui envoie des lois aux terres trangres , qui, pour le reste des humains, est comme une portion des immortels, le voil suspendu sur une machine, applaudissant ses propres prils. Quel mpris pour la vie de l'homme ! comment se plaindre de Cannes! que de morts possibles! Des villes englouties font frmir l'humanit entire; et voil le peuple romain, voguant dans l'air sur deux barques , sur deux gonds : c'est lui qui est en lice, spec- tateur et spectacle tout la fois ; qu'un ressort se brise, il prit. Ainsi voil le but auquel vise l'agitateur, le flat- teur des tribus : il veut suspendre les tribus dans les airs. Que ne fera pas Curion aux Rostres? que n'osera- t-il pas sur le peuple qui il a persuad de courir de telles chances? Avouons-le ; c'est le peuple romain entier qui fit l'office de gladiateur aux funrailles du pre de Curion. Enfin , quand les gonds furent uss et forcs , il varia sa magnificence, et, gardant la forme de l'am- phithtre, le dernier jour, il fit paratre des athltes sur deux scnes diffrentes au milieu de l'enceinte, aprs quoi les planches furent enleves, et ceux des gladia- teurs qui avaient vaincu les jours prcdens combat- tirent entre eux. Et pourtant ce Curion n'tait ni roi 19a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVL Curio , aut gentium imperator , non opibus insignis , ut qui nihil in censu habuerit , praeter discordiam principum. ry j Sed dieantur vera aestimatione in victa miracula , quae Q. Marcius Rex fecit. Is jussus a senatu aquarum Ap- piae, Anienis, Tepulae, ductus reficere, novam a no- mine suo appellatam, cuniculis per montes actis intra praeturae suae tempus adduxit. Agrippa vero in aedilitate sua, adjecta Virgine aqua, ceteris corrivatis atque emen- datis, lacus septingentos fecit : praeterea salientes cen- tum sex : castella centum triginta , eomplura etiam cultu magnifica : operibus iis signa trecenta aerea aut mar- morea imposuit , columnas ex marmore quadringentas , eaque omnia annuo spatio. Adjicit ipse in aedilitatis suae commemoratione , et ludos undesexaginta diebus factos , et gratuita praebita balinea centum septuaginta, quae nunc Romae ad infinitum auxere numerum. rf Vicit antcdentes aquarum ductus novissimum im- pendium operis inchoati a Caio Caesare, et peracti a Claudio. Quippe a lapide quadragesimo ad eam excelsi- tatem, ut in omnes Urbis montes levarentur, influxere Curtius atque Caeruleus fontes, et Anio novus. Eroga- tum in id opus sestertium lv d. Quod si quis diligen- tius aestimaverit aquarum abundantiam in publico, ba- lineis, piscinis, domibus, euripis, liortis, suburbanis, HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 19"* ni chef de'nation, ni mme riche; les dissensions des grands formaient tout son revenu. Passons des monumens vritablement inappr- ciables , aux constructions de Q. Marcius Rex. Charg par le snat de rparer les conduits des eaux Appia , Anienis, Tepula, il y ajouta de plus, et cela avant que l'anne de sa prture expirt, une nouvelle eau qu'il fit venir par des canaux percs au travers des montagnes, et qui reut de lui le nom de Marcia. Agrippa, dans son dilit, y joignit l'eau vierge, runit et rpara les anciens canaux , construisit sept cents abreuvoirs , cent six fontaines, cent trente rservoirs, la plupart magni- fiquement orns , et embellis par trois cents statues d'ai- rain ou de marbre, et quatre cents colonnes de marbre. Le tout fut achev en un an. Lui-mme, dans ses m- moires sur son dilit , dit avoir donn des jeux cin- quante-neuf jours de suite, et ouvert cent soixante-dix bains gratuits. Aujourd'hui le nombre en est infini Rome. Tous les aqueducs des poques antrieures le cdent celui que commena Caligula et que terjnina Claude. Les eaux des sources Curtia, Crulea et Anio Novus ont t amenes Rome d'une distance de quarante milles, et leves au niveau des sept collines. On alloua pour cet ouvrage cinquante-cinq millions cinq cent mille sesterces. Si l'on considre attentivement quelle quantit d'eau il a fourni au public pour les bains, les rservoirs, les maisons, les canaux, les jardins, les faubourgs, les maisons de campagne ; si l'on songe aux arcades con- struites pour les amener de si loin , ainsi qu'aux monta- xx. i3 194 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXXVI. villis , spatioque advenientis exstructos arcus , montes perfossos , convalles aequatas , fatebitur nihil magis mi- randum fuisse in toto orbe terrarum. Ejusdem Claudii inter maxime memoranda equidem duxerim, quamvis destitutum successoris odio, montem perfossum ad lacum Fucinum emittendum , inenarrabili profecto impendio , et operarum multitudine per tt annos : quum aut corrivatio aquarum, qua terrenus mons erat , egereretur in vertice machinis , aut silex cderetur, omniaque intus in tenebris firent, quae neque concipi animo, nisi ab iis qui videre, neque humano sermone enarrari possunt. Nam portus ostiensis opus praetereo : item vias inter montes excisas : mare Tyrrhenum a Lucrino molibus seclusum : tt pontes tantis impendiis factos. Et inter plurima alia Italiae miracula, ipsa marmora in lapicidi- nis crescere auctor est Papirius Fabianus , naturae rerum peritissimus : exemptores quoque adfirmant compleri sponte illa montium ulcra. Quae si vera sunt, spes est numquam defuturam luxuriam. De inagnete lapide : medicinae ex eo , x. XXV. 16. A marmoribus digredienti ad reliquorum lapidum insignes naturas , quis dubitet in primis magne- tein occurrere? quid enim mirabilius? aut qua in parte HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. i 9 5 gnes perces et aux valles combles, on avouera que le monde entier n'offre point de merveilles plus ton- nantes. Parmi les ouvrages mmorables du rgne de Claude, je citerai encore , quoique la haine de son successeur ait laiss celui-ci imparfait, la route ouverte dans une montagne aux eaux du lac Fucin, qu'on fit ainsi couler frais normes et force de travaux suivis pendant des annes : car, toutes les fois que l'on rencontrait une cime, il fallait ou lever l'eau par des machines ou trancher dans la roche vive; presque tout le travail d'ailleurs se faisait dans le sein de la terre ou dans les tnbres, et il serait impossible soit l'intelligence d'en calculer, soit la parole humaine d'en exprimer tous les dtails. Je ne dis rien du port d'Ostie, des routes tailles travers les monts, de la merTyrrhnienne spare du lac Lucrin par des moles. Parmi plusieurs particularits remarquables de l'Italie, en voici une que garantit Papi- rius Fabianus , trs-habile naturaliste : les marbres , dit-il, croissent dans la carrire. L'opinion des gens occups les extraire est la mme : ils affirment que les brches qu'ils font aux montagnes se remplissent d'elles- mmes. S'il en est ainsi , le luxe peut esprer de ne ja- mais finir. De l'aimant ; 10 remdes qu'on en tire. XXV. 16. Laissons les marbres, et parlons des autres pierres remarquables. La premire sans contredit sera l'aimant. Quelle autre est faite pour tonner davantage? o clate mieux la maligne puissance de la nature? Elle i3. gG C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. naturae major improbitas? Dederat vocem saxis, ut dixi- mus, respondentem homini, immo vero et obloquentem. Quid lapidis rigore pigrius? Ecce sensus manusque tribuit illi. Quid ferri duritia pugnacius? Sed cedit, et patitur mores : trhitur namque a magnete lapide, domitrixque illa rerum omnium materia ad inane nescio quid currit : atque ut propius venit, adsistit, tenetur, complexuque haeret. Sideritin ob id alio nomine appellant, quidam heracleon. Magnes appellatus est ab inventore (ut auctor est Nicander) in Ida repertus. Namque et passim inve- nitur, ut in Hispania quoque. Invenisse autem fertur, clavis crepidarum et baeuli cuspide haei entibus , quum armenta pasceret. Quinque gnera magnetis Sotacus de- monstrat : thiopicum : e Magnesia Macedoniae con- termina , Bbeida lacum petentibus dextra : tertium in Hyrietieo Botiae : quartum circa Alexandriam Troadem : quintum in Magnesia Asiae. Differentia prima, mas sit an femina : proxima in colore. Nam qui in Magnesia Macedonica reperiuntur , . rufi nigrique sunt. Botius vero rufi coloris plus habet , quam nigri. Is qui in Troade invenitur , niger est et feminei sexus , ideoque sine viribus. Deterrimus autem in Magnesia Asiae , can- didus neque adtrahens ferrum, similisque pumici. Com- pertum tanto meliores esse, quanto sunt magis caerulci. iEtliiopico laus summa datur, pondusque argento repen- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 197 avait, comme nous l'avons vu plus haut, donn une voix aux pierres pour rpondre l'homme; que dis-je ? pour l'interpeller. Qu'y a-t-il de plus brut, de plus inerte que la pierre? elle lui donne le sentiment, la prhension. Qu'y a-t-il de plus rebelle, de plus dur que le fer? pour- tant , il cde , il s'adoucit , il ne peut rsister l'at- traction de l'aimant : ce mtal , qui dompte tout dans l'univers , s'lance vers je ne sais quelle invisible ma- tire, et, ds qu'il l'a atteinte, il s'y attache, s'y colle, s'y unit troitement : de l le nom de sideritis selon les uns , d'hraclienne selon les autres , donn la pierre d'aimant. Celui de magnes lui vint, au dire de Nicandre , de Magnes , qui la trouva sur le mont Ida. Elle se voit encore en divers lieux; l'Espagne en four- nit. Magnes en fit la dcouverte , dit-on , en menant patre ses bufs: les clous de sa chaussure et l'extr- mit ferre de sa houlette s'attachrent un aimant. Sotacus en compte cinq espces, l'thiopique , le magn- sien (de la Magnsie, district voisin de la Macdoine, droite de ceux qui vont au lac Bbide), l'hyritique, qu'on recueille en Botie ; l'aimant d'Alexandrie en Troade, et celui de la Magnsie Asiatique. La distinc- tion faire dans les aimans est celle du sexe, puis celle de la couleur. Ceux de la Magnsie Macdonienne sont d'un noir ml de roux ; ceux de la Botie sont plus roux que noirs ; dans la Troade , ils sont noirs et fe- melles ; aussi leur force est presque nulle : ceux de la Magnsie Asiatique sont blancs , et les plus mauvais de tous; ils ont l'aspect de la pierre - ponce , et peine attirent-ils le fer. Ou a prouv que les meilleurs sont ceux qui se rapprochent de la couleur bleue. Les plus rstimcs sont ceux de l'Ethiopie : on les paie leur poids 198 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. ditur. Invenitur hic in ^Ethiopiae Zimiri : ita vocatur regio arenosa. Ibi et haematites magnes sanguinei colo- ris, sanguinemque reddens, si teratur, sed et crocum. In adtrahendo ferro non eadem haematitae natura, quae magneti. jEthiopici argumentum est , quod magnetem quoque alium ad se trahit. Omnes autem ii oculorum medicamentis prosunt , ad suam quisque portionem : maximeque epiphoras sistunt. Sanant et adusta cremati tritique. Alius rursus in eadem iEthiopia non procul mons gignit lapidem theameden , qui ferrum omne abi- git, respuitque. De utraque natura saepius diximus. Scyrius lapis. XXVI. Lapidem e Scyro insula integrum fluctuare tradunt, eumdem comminutum mergi. De sarcophago : medicinae, x. XXVII. 17. In Asso Troadis sarcophagus lapis fissili vena scinditur. Corpora defunctorum condita in eo, ab- sumi constat intra xl diem, exceptis dentibus. Mucianus spcula quoque , et strigiles , et vestes , et calciamenta illata mortuis lapidea fieri, auctor est. Ejus generis et in Lycia saxa sunt , et in Oriente , quae viventibus quoque adalligata, erodunt corpora. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 199 en argent; le pays d'o on les tire se nomme Zimiri : c'est une rgion pleine de sables. Elle prsente aussi l'hmatite , espce d'aimant de couleur sanguine , qui , lorsqu'on le broie, donne la double teinte du sang et du safran. L'hmatite ne partage point la vertu attrac- tive de l'aimant. Ce qui caractrise l'aimant d'Ethiopie, c'est qu'il attire aussi les autres aimans. Toutes ces varits servent chacune, dans certaines proportions, pour les remdes anti-ophthalmiques ; elles arrtent surtout les fluxions des yeux. Calcines et piles , elles gurissent les brlures. Une autre montagne de l'Ethio- pie, non loin du lieu o gt l'aimant, produit la pierre thamde, qui, au contraire, repousse et carte toute espce de fer. Nous avons souvent parl de ces deux effets opposs. Pierre de Scyros. XXVI. Certain minral de l'le de Scyros, surnage, dit-on, quand le bloc est entier, et tombe au fond ds qu'on le brise. Sarcophage; 10 remdes. XXVII. 17. A Assos, en Troade, se trouve la pierre dite sarcophage r qui se fend et se lve par feuilles. Il est reconnu que les cadavres enferms dans cette pierre sont dvors par elle en quarante jours, l'exception des dents. Mucien ajoute qu'elle ptrifie les miroirs, brosses, vtemens et chaussures qu'on a laisss au mort. La Lycie et l'Orient produisent aussi de ces pierres, et elles corrodent les chairs de ceux qui les portent. aoo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXlVI. De chernite , de poro. XXVIII. Mitior est autem servandis corporibus, nec absumendis chernites , ebori simillimus , in quo Darium conditum ferunt : parioqu similis candore et duritia, minus tamen ponderdsus, qui porus vocatur. Theophrastus auctor est et translucidi lapidis in iEgypto , quem chio similem ait : quod fortassis tune fuerit , quoniam et ii desinunt , et novi reperiuntur. Assius gustu salsus podagras lenit, pedibus in vase ex eo cavato inditis. Praeterea omnia crurum vitia in iis lapicidinis sanantur, quum in metallis omnibus crura vitientur. Ejusdem lapidis flos appellatur, in farinam mollis, ad quaedam perinde efficax. Est autem similis pumici rufo. Admixtus aeri cyprio, mammarum vitia emendat : pici autem resinaeve , strumas et panos discu- tit. Prodest et phthisicis linctu. Cum melle vetera ul- cra ad cicatricem perducit : excrescentia erodit. Et ad bestiarum morsus utilis. Repugnantia curationi , ac sup- purata siccat. Fit et cataplasma ex eo podagricis , mixto fabae lomento. De lapidibus osseis ; de palmatis ; de taenariis ; de nigris mannoribus. XXIX. 18. Idem Theophrastus et Mucianus esse ali- quos lapides qui pariant, credunt. Theophrastus auctor HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. aoi Chernite ; pore. XXVIII. Moins corrosif, le chernite conserve sans les dvorer les corps qu'on lui confie. On en fit le tombeau de Darius. Semblable l'ivoire, blanche et dure comme le marbre de Paros, cette pierre est quelquefois moins pesante. On l'appelle alors pore. Thophraste fait mention d'une pierre qu'on trouve en Egypte et qu'il compare la pierre de Chio. Peut-tre cette pierre, qu'on trouvait de son temps, n'existe-t-elle plus aujourd'hui, et a-t-elle fait place d'autres. La pierre d'Assos est sale. Elle gurit la goutte, si l'on tient le pied dans une sorte de vase form de cette matire. Tous les maux de jambes gurissent dans les mines d'o l'on tire cette pierre, tandis qu'au contraire les autres mines sont toutes funestes aux jambes. La pierre d'Assos se couvre aussi d'une espce de fleur ou de farine dlicate , qui est employe utilement dans quelques cas. Elle ressemble une pierre-ponce rousse. Mle au cuivre de Cypre , elle gurit les ulcres du sein; unie la poix ou la rsine, elle dissipe les goitres et les apostumes plates. Les phthi- siques se trouvent bien de la sucer. Avec le miel, elle fait cicatriser les anciens ulcres, et ronge les excrois- sances. Elle gurit aussi de la morsure des animaux, sche les ulcres rebelles et les suppurations, et fournit, mlange avec une bouillie de fves , un cataplasme contre la goutte. Pierres osseuses ; palmes ; tnariennes ; marbres noirs. XXIX. 18. Selon Thophraste et Mucien, certaines pierres engendrent. Thophraste assure qu'il existe de 202 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. est et ebur fossile , candido et nigro colore inveniri , et ossa e terra nasci , invenirique lapides osseos. Palmati circa Mundam in Hispania , ubi Caesar dictator Pom- peium vicit, reperiuntur; idque, quoties fregeris. Sunt et nigri , quorum auctoritas venit in marmora , sicut taenarius. Varro nigros ex Africa firmiores esse tradit , quam in Italia. E diverso albos tornis duriores , quam parios. Idem lunensem silicem serra secari : at tuscu- lanum dissilire igni. Sabinum fuscum addito oleo etiam lucere. Item molas versatiles Volsiniis inventas, aliquas et sponte motas invenimus in prodigiis. De molaribus lapidibus. Pyrites : medicinae ex eo, vu. XXX. Nusquam hic utilior, quam in Italia gignitur : lapisque, non saxum, est. In quibusdam vero provin- ciis omnino non invenitur. Sunt quidam in eo gnre molliores, qui et cote laevigantur, ut procul intuentibus ophitae videri possint. Neque est alius firmior : quando et lapidis natura , ut lignum , similiter imbres solesque aut hiemes non patitur, in aliis atque aliis generibus. Sunt qui et lunam non tolrent , et qui vetustate rubi- ginem trahant, coloremve candidum oleo mutent. 19. Molarem quidam pyriten vocant, quoniam sit plurimus ignis illi : sed est alius etiamnum pyrites imi- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. ao3 l'ivoire fossile, tant blanc que noir; qu'il nat des os dans la terre, et qu'on trouve des pierres qui sont osseuses. Aux environs de Munda, en Espagne, o Csar vainquit le jeune Pompe, on voit des pierres palmes, c'est-- dire qui prsentent, lorsqu'on les brise, l'image de la paume de la main. On en trouve de noires, dont la vogue est la mme que celle du marbre, tmoin la pierre tna- rienne. Varron assure que les noires sont moins solides en Italie qu'en Ethiopie , tandis qu'au contraire les blanches sont plus difficiles tourner en Italie qu' Paros. Selon le mme , le silex de Luna se laisse couper par la scie, celui de Tusculum clate dans le feu; le silex noir du pays des Sabins, brille pour peu qu'on l'arrose d'huile : c'est Volsinies qu'on a trouv les meules ; dans les recueils de prodiges , on lit que quelques-unes se mouvaient d'elles-mmes. Pierres meulires. Pyrites ; 7 remdes. XXX. Nulle part la pierre meulire (je dis pierre et non silex,) ne se trouve aussi belle qu'en Italie. Quelques- unes de nos provinces en sont totalement dpourvues. Quelques varits tendres reoivent le poli l'aide de la pierre aiguiser, et prsentent de loin l'aspect de l'ophite. C'est la plus solide des pierres; car les autres minraux, de quelque genre qu'ils soient, rsistent aussi mal que le bois l'action alternative du soleil, des pluies, des hivers. Quelques-unes se dtriorent par l'influence de la lune, se rouillent de vtust, ou changent leur couleur blanche en couleur olivtre. 19. Quelques-uns nomment la pierre meulire pyrite, parce qu'elle tient beaucoup de feu; mais il y a une autre ao4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. litudine aeris. In Cypro eum reperiri volunt, et in me- tallis, quae sunt circa Acarnaniam, unum argenteo co- lore, alterum aureo. Coquuntur varie : ab aliis iterum tertioque in melle, donec consumatur liquor : ab aliis prima prius, dein melle, et postea lavantur, ut ses. Usus eorum in medicina excalfacere, siccare, discutere, hu- morem extenuare, duritias nimias mollire. Utuntur et crudis tusisque ad strumas atque furunculos. Pyritarum etiamnum aliqui genus unum faciunt, plurimum habens ignis, quos vivos appellamus, et ponderosissimi sunt. Hi exploratoribus castrorum maxime necessarii, qui clavo vel altero lapide percussi , scintillas edunt : quae excepte sulphure aut fungis aridis , vel foliis , dicto celerius ignem trahunt. Ostracites : medicinae ex eo, iv. Amiantus : medicinae ex eo, n. XXXI. Ostracitae similitudinem testas liabent. Usus eorum pro pumice ad laevigandam cutem. Poti sangui- nem sistunt : et illiti cum melle ulcra , doloresque mammarum sanant. Amiantus alumini similis, nihil igni deperdit. Hic ve- neficiis resistit omnibus, privatim magorum. Godes : medicinae ex eo, m. XXXII. Geoden ex argumento appcllant , quoniam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. ao5 pyrite qui a l'aspect du cuivre. On la trouve, dit-on, en Cypre, el dans les mines qui avoisinent l'Acarnanie: une espce a la couleur de l'argent, une autre celle de l'or. On emploie pour les cuire divers procds : les uns leur font subir deux ou trois cuissons dans le miel, jusqu' ce que ce liquide disparaisse; d'autres les calcinent d'abord sur les charbons, puis les traitent par le miel, et les lavent comme le cuivre. La pyrite s'emploie en mdecine comme rchauffante, siccative, rsolutive, et pour diminuer les humeurs , ou pour amollir les tumeurs dures : crue et concasse, pour gurir les crouelles et les furoncles. Quelques auteurs admettent une troisime espce de pyrite, dite pyrite vive, trs-pesante et trs-riche en feu . Elle est surtout ncessaire aux patrouilles militaires; frappe avec un clou ou une autre pierre, elle donne une tincelle qui , reue sur du soufre , de l'amadou ou des feuilles sches, fournit du feu plus vite qu'on ne peut l'exprimer. Ostracite ; 4 remdes. Amiante ; 2 remdes. XXXI. Les ostracistes ressemblent au test de l'hutre. On les emploie comme la pierre-ponce pour polir la peau. Bues en poudre , elles arrtent les hmorrhagies ; admi- nistres comme liniment avec le miel, elles gurissent les ulcres et les maux du sein. L'amiante ressemble l'alun ; il ne perd rien au feu , et il rsiste tous les charmes, surtout aux malfices magiques. Gode ; 3. XXXII. Le gode, ainsi nomm de la terre qu'il ren- 2o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. complexus est terram, oculorum medicamentis utilissi- mum : item mammarum ac testium vitiis. Melitites : medicinae ex eo, vi. XXXIII. Melitites lapis succum remittit dulcem melli- tumque. Tusus et cerae mixtus , eruptionibus pituitae , maculisque corporis medetur, et faucium exulcerationi. Epinyctidas tollit, et vulvarum dolores impositus velleri. Gagates : medicinae ex eo , vi. XXXIV. Gagates lapis nomen habet loci et amnis Gagis Lyciae. Aiunt et in Leucolla expelli mari, atque intra xn stadia colligi. Niger est, planus, pumicosus, non multum a ligno differens , levis , fragilis : odore , si teratur, gravis. Fictilia ex eo inscripta non delentur. Quum uritur, odorem sulphureum reddit. Mirumque, accenditur aqua , oleo restinguitur. Fugat serpentes ita , recreatque vulvae strangulationes. Deprehendit sonticum morbum , et virginitatem suffitus. Idem ex vino de- coctus, dentibus medetur, strumisque cerae permixtus. Hoc dicuntur uti magi in ea , quam vocant axinoman- tiam : et peruri negant, si eventurum sit, quod aliquis optet. Spongites : medicinae ex eo , vi. XXXV. Spongiae lapides inveniuntur in spongiis, et * HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 207 ferme l'intrieur, est excellent dans les ophthalmies et les maux du sein ou des testicules. Mlitite ; G. XXXIII. Le mlitite rend un suc doux et mielleux. Pil et ml la cite, il gurit les ruptions pituiteuses et les ulcrations des amygdales; il efface les taches de la peau; appliqu avec de la laine, il dissipe les pinyctides et les douleurs de matrice. Gagate ; 6. XXXIV. La pierre gagate, qui porte le nom du fleuve Gages en Lycie, se trouve et sur ses bords et Leucolle, o la mer l'expulse le long du rivage, sur un espace de douze stades. Noire, unie, poreuse, semblable au bois pour l'aspect, lgre, friable, elle exhale par le frotte- ment une odeur forte. Les traits qu'elle forme sur la poterie sont ineffaables. Le gagate brl rpand l'odeur du soufre. Chose merveilleuse! l'eau l'allume, et l'huile l'teint. Ainsi enflamm, il chasse les serpens et sou- lage dans l'hystrie. Les fumigations pratiques avec le gagate dclent l'pilepsie et dcident les questions de virginit. Le vin qui a bouilli avec le gagate est un excel- lent odontalgique ; ml ensuite la cire, il gurit les crouelles. Les gens qui pratiquent l'axinomancie s'en servent beaucoup, dit-on , et assurent que si l'avenir doit raliser les vux d'un consultant, la pierre ne brle point tout entire. Spongite; 6. XXXV. On trouve dans l'ponge des pierres qui y ao8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. sunt nativi. Quidam eos tecolithos vocant, quoniam ve- sicae medentur : calculos rumpunt in vino poti. Phrygius. XXXVI. Phrygius lapis gentis nomen habet. Est au- tem gleba pumicosa. Uritur ante vino perfusus , flatur- que follibus, donec rubescat, ac rursus dulci vino extin- guitur, et hoc ternis vicibus , tingendis vestibus tan- tum utilis. Haematites : medicinae ex eo, v. Schistos : medicinae ex eo, vu. XXXVII. 20. Schistos et haematites cognationem ha- bent. Haematites invenitur in metallis : ustus minii co- lorem imitatur : uritur, ut phrygius, sed non restin- guitur vino. Adulteratum schisto haematiten discernunt venae rubentes , et friabilis natura. Oculis cruore suffu- sis mire convenit. Sistit profluvium mulierum potus. Bibunt eum et qui sanguinem rejecerunt , cum succo punici mali. Et in vesic vitiis efficax. Bibitur et in vino contra serpentium ictus. Infirmior ad omnia haec eadem est, quem schiston appellant. Sed in iis commo- dior croco similis , peculiarius splendet. Proficit oculo- rum lacrymis in lact muliebri : procidentesque oculos prasclare cohibet. Haec est sententia eorum, qui nuper- rime scripsere. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 209 sont nes et qu'on nomme de mme ponges. Quelques- uns les nomment tcolithes , parce qu'elles soulagent les maux de la vessie , et que , bues avec du vin , elles broient les calculs. Phrygienne. XXXVI. La pierre phrygienne, qui porte le nom de sa patrie, est une terre de la nature de la pierre-ponce. Avant de la brler, on l'arrose de vin, et on pousse le feu avec les soufflets jusqu' ce qu'elle passe la couleur rouge; on l'teint ensuite avec du vin doux. Cette opration se rpte trois fois, mais la pierre n'a. d'usage que dans la teinture. Hmatite; 5. Schiste; 7. XXXVII. 20. Le schiste et l'hmatite sont voisins. L'hmatite vient des mines mtalliques; la combustion qu'on dtermine chez elle comme chez la pierre phry- gienne, mais qu'on n'arrte pas de mme, dveloppe une couleur de minium. L'hmatite falsifie l'aide du schiste, se reconnat ses veines rouges et sa friabilit. Elle est excellente contre les suffusions sanguines des yeux; prise l'intrieur, elle arrte le flux menstruel; on la donne avec du jus de grenade ceux qui vomis- sent le sang. Elle sert aussi dans les maladies del vessie. Bue avec du vin, elle gurit la morsure des serpens. Dans tous ces cas , la vertu du schiste est bien moindre. Le meilleur cependant est celui qui joint un vif clat la couleur du safran. Ml du lait de femme, il gurit les yeux pleureurs, et retient ceux qui veulent sortir de leur orbite : telle est , du moins , l'opinion des crivains les plus rcens. xx. 14 ai o C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. ./Elhiopicus. Androdamas : medicinae ex eo, n. Arabicus. Miltites, sive elatites. Anthracites. XXXVIII. Sotacus e vetustissimis auctoribus quinque gnera haematitarum tradit, praeter magnetem. Princi- patum dat ex iis thiopico , oculorum medicamentis utilissimo , et iis qu panchresta appellant : item am- bustis. Alterum androdamanta dicit vocari, colore nigro, pondre ac duritia insignem , et inde nomen traxisse , praecipueque in Africa repertum. Trahere autem in se argentum , ses , ferrum. Experimentum ejus esse in cote ex lapide basanite. Reddere enim succum sanguineum , et esse ad jocineris vitia praecipui remedii. Tertium ge- nus arabici facit , simili duritie , vix reddentis succum ad cotem aquariam , aliquando croco similem. Quarti generis elatiten vocari , quamdiu crudus sit : coctum vero miltiten , utilem ambustis , ad omnia utiliorem ru- brica. Quinti generis schiston, hmorrhoidas reprimen- tem. In totum autem haematitas omnes tritos in oleo trium drachmarum pondre a jejunis sumendos, ad vitia sanguinis. Idem auctor, schiston alterius generis quam hmatiten tradit, quem vocant anthraciten. Nasci in Afric nigrum , adtritum aquariis cotibus reddere ab ea parte , quae fuerit ab radice , nigrum colorem : ab altra , croci. Ipsum utilem esse oculorum medica- mentis. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXX AT. an Ethiopique. Androdamas ; 2. Arabique. Miltite ou latite. Anthracite. XXXVIII. Sotacus, un des plus anciens auteurs qui aient trait de l'hmatite, en distingue cinq espces, outre l'aimant. La premire, selon lui, est l'thiopique , spcifique excellent contre l'ophthalmie, et ingrdient principal des panchrestes ; elle sert aussi dans les cas de brlure. L'androdamas, qui vient ensuite, est noir, trs- pesant et trs-dur (de l son nom); on le trouve en Afrique; il attire l'argent, le cuivre, le fer. On l'essaie en le frottant sur la pierre basanite : le vritable andro- damas y rend comme du sang. Il est trs-bon contre les maladies du foie. En troisime lieu vient l'hmatite d'A- rabie, non moins dure, et qui, par le frottement sur la mme pierre mouille d'eau , rend peine un peu de suc, quelquefois lgrement safran. La quatrime es- pce se nomme latite si elle est crue, miltite si elle est. calcine. Utile dans la brlure, elle a en outre tous les usages de la rubrica, qu'elle surpasse de beaucoup. L'h- matite-schiste est la cinquime, et gurit les hmor- rhodes. On broie les cinq varits dans l'huile, et trois drachmes du mlange, prises jeun , corrigent les vices du sang. Sotacus nomme ensuite un deuxime schiste , diffrent de toute hmatite, et spcialement appel an- thracite. Il vient d'Afrique. Il est noir, et donne, par le frottement sur la mme pierre basanite humide, une couleur noire du ct de la base, safrane partout ail- leurs ; l'anthracite mme est bon contre les ophthalmies. 4- 212 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Aetites. Taphiusius. Callimus. XXXIX. ai. Aetitae lapides ex argumento nominis magnam famam habent. Repenuntur in nidis aquila- rum , sicut in decimo volumine diximus. Aiunt binos inveniri, marem et feminam. Nec sine iis parre, quas diximus , aquilas : et ideo binos tantum. Gnera eorum quatuor. In Africa nascentem pusillum ac mollem, intra se et velut in alvo habentem argillam suavem , candi- dam : ipsum friabilem , quem feminei sexus putant. Marem autem , qui in Arabia nascitur , durum . gallae similem , aut subrutilum , in alvo habentem durum la- pidem. Tertius in Cypro invenitur, colore illis in Africa nascentibus similis, amplior tamen atque dilatatus : ce- teris enim globosa facis. Habet in alvo arenam jucun- dam et lapillos : ipse tam mollis, ut etiam digitis frietur. Quarti generis taphiusius appellatur, nascens juxta Leu- cadem, ubi est mons Taphius, qui locatus est dextra navigantibus ad Leucadem. Invenitur in fluminibus can- didus et rotundus. Huic est in alvo lapis, qui vocatur callimus , nec quidquam tenerius. Aetitae omnes gravi- dis adalligati mulieribus , vel quadrupedibus , in pelli- culis sacrificatorum animalium, continent partus, non, nisi parturiant , removendi : alioqui vulvae excidium ft. Sed nisi parturientibus auferantur , omnino non pariunt. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVL 21 3 Atite. Taphiusienne. Callime. XXXIX. 1 1 . Les atites doivent leur nom une grande clbrit. On les trouve dans les nids d'aigles comme nous l'avons dit au livre dixime, et toujours au nombre de deux, dont l'une est mle et l'autre femelle. Sans elles, les aigles ne peuvent produire de petits ; aussi n'y en a-t-il jamais que deux. On en distingue quatre espces. La premire, qui se trouve en Afrique, est petite , friable, molle : l'intrieur, qu'on pourrait nommer la matrice, est rempli d'une argile suave et blancbe ; on la regarde comme femelle. L'Arabie en fournit une espce mle, dure, sem- blable la noix de galle, ou rousstre; dans son intrieur est loge une pierre dure. Cypre fournit la troisime, qui, semblable pour la couleur aux atites d'Afrique, s'en distingue par ses dimensions et sa forme plate , car les autres sont arrondies; son intrieur renferme un beau sable et de petites pierres; pour elle, sa friabilit est telle, qu'on la broie avec la main. En quatrime lieu vient la taphiusienne, qui nat prs deLeucade, au montTaphius, sur la droite de ceux qui font voile vers Leucade. Les rivires en fournissent qui sont blanches et rondes. Dans leur intrieur est une pierre extraordinairement tendre, dite callime. Toute atite, suspendue en temps de grossesse une femme ou la femelle d'un animal , dans la peau d'une victime, empche l'avortement ; mais il ne faut la retirer qu' l'instant de la crise puerprale , sinon la matrice tombe. Dans le cas o on ne la retirerait pas , l'enfantement n'aurait pas lieu. ai4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Samius : medicinae ex eo , vin. XL. Est lapis samius in eadem insula, ubi terram laudavimus , poliendo auro utilis. Utilis et in medicina oculorum ulceribus cum lact , quo supra dictum est modo , contra veteres lacrymationes. Prodest et contra vitia stomachi potus : vertigines sedat : mentes commo- tas restituit. Quidam et morbis comitialibus utiliter dari putant, et ad urinae difficultates. Acopis etiam miscetur. Probatur gravitate et candore. Vulvas et partus conti- neri adalligato eo tradunt. Arabus : medicinae ex eo , n. XLT. Arabus lapis ebori similis , dentifriciis adcom- modatur crematus. Privatim haemorrhoidas sanat cum lanugine linteorum , linteolis insuper impositis. De pumice : medicinae ex eo, ix. XLTI. Non prsetermittenda est et pumicum natura. Appellantur quidem ita et erosa saxa , in aedifciis , quae musea vocant , dependentia , ad imaginem specus arte reddendam : sed et ii pumices , qui sunt in usu corpo- rum laevigandorum feminis , jam quidem et viris , atque (ut ait Catullus") libris, laudatissimi sunt in Melo, Ni- syro , et jEoliis insulis. Probatio in candore minimoque pondre, et ut quam maxime spongiosi aridique sint. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. ai 5 Samienne ; 8 remdes. XL. La pierre de Samos vient de la mme le que la terre samienne , dont nous avons parl ci-dessus. Utile pour polir l'or, elle ne l'est pas moins en mdecine. Mle au lait, de la manire prcdemment indique, elle gu- rit les yeux pleureurs. Administre intrieurement, elle soulage les maux d'estomac , apaise les vertiges , rend le calme aux frntiques. Quelques mdecins la croient bonne pour l'pilepsie et pour la strangurie. Elle entre dans les remdes dits acopes ; la meilleure se reconnat au poids et la blancheur. Porte par une femme, elle la prserve des chutes de matrice et des avortemens. Arabe ; i. XLI. La pierre arabe a l'aspect de l'ivoire; calcine, elle est bonne pour les dents. Applique avec de la char- pie de linge, et serre par une compresse, elle gurit les hmorrhodes. Pierre-ponce; 9. XLII. Il ne faut point omettre l'histoire de la pierre- ponce: c'est le nom que l'on donne, dans les muses, certaines pierres ronges et disposes en votes, aux- quelles l'art a fait reprsenter des grottes. Quant celles dont les femmes, les hommes mme, se servent aujourd'hui pour se rendre la peau plus unie, et qu'em- ploient les relieurs , comme le dit Catulle , les plus estimes viennent de Mlos , de Nisyre et des les Eoliennes. On prise surtout en elles la blancheur , la lgret, l'extrme porosit, la scheresse, la friabilit, 2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. ac teri faciles , nec arenosi in fricando. Vis eorum in medicina, extenuare, siccare, tertia ustione, ita ut tor- reantur carbone puro , ac toties vino restinguantur albo. Lavantur deinde, ut cadmia, et siccati conduntur, quam minime uliginoso loco. Usus farina? ejus oculorum maxime medicamentis : ulcra purgat eorum leniter, expletque cicatrices , et emendat. Quidam tertia ustione refrigera- tos potius , quam restinctos , terere malunt ex vino. Adduntur etiam ad malagmata , capitum verendorumque ulceribus. Utilissima fiunt ex his dentifricia. Theophra- stus auctor est potores in certamine bibendi praesumere farinam eam, sed nisi immenso potu impleantur, peri- clitari : tantamque refrigerandi naturam esse, ut musta fervere desinant pumice addito. De mortariis medicinalibus , et aliis. Etesius lapis , thebaicus , chalazius. XLIII. 11. Auctoribus curae fuere lapides mortario- rum quoque, nec medicinalium tantum, aut ad pigmenta pertinentium. Etesium lapidem in iis praetulere ceteris , mox et tliebaicum , quem pyrrhopcilon appel lavimus : aliqui psaronium vocant. Tertium ex chalazio chrysiten. Medici autem et basaniten. Hic enim lapis nihil ex sese remittit. Ii autem lapides , qui succum reddunt , oculo- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 217 pourvu cependant qu'en se dtachant elles ne forment point de grains. En mdecine , elles sont extnuatives et siccatives. Pour les rendre aptes a cet usage, on les brle trois fois , en les faisant griller sur du charbon pur , que chaque fois on teint l'aide de vin blanc ; on les lave ensuite comme les cadmies , on les sche et on les renferme dans un lieu l'abri de l'humidit. Cette poudre est employe surtout comme anti-ophthal- mique ; elle amliore doucement les ulcres de l'il et les fait cicatriser , puis disparatre. Quelques op- rateurs , aprs la troisime cuisson , se bornent ra- frachir plutt qu' teindre la pierre incandescente , et la broient dans du vin. On en mle dans les ma- lagmates (molliens) qu'on applique aux ulcres de la tte et des parties gnitales. Elle est excellente pour les dents. Thophraste dit que les buveurs , quand ils font assaut d'ivrognerie , commencent par prendre de cette poudre , mais qu'alors ils sont en danger de la vie s'ils ne boivent avec excs ; la pierre-ponce, ajoute- t-il , est rfrigrante tel point, que, jete dans une cuve , elie fait cesser la fermentation. Des pierres propres faire des mortiers pour les mdecins et autres. Pierre tsienne , thbaque , chalazienne. XLIII. 11. On a crit sur les pierres propres faire des mortiers pour l'usage de la mdecine ou de la tein- ture. La meilleure, dit-on , est l'tsienne : la thbaque, nomme par nous pyrrhopcile , et quelquefois psaro- nium, vient ensuite. Le troisime rang appartient la chrysite, assez semblable, du reste, la chalazienne; les mdecins prfrent la basanite, parce que la trituration ne lui fait rien perdre. Les [erres auxquelles la trituration ai8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. rum medicamentis utiles existimantur : ideoque aethio- pici maxime ad ea probantur. Taenarium vero lapidem et pnicum , et haematiten iis medicamentis prodesse tradunt, qu ex croco componantur : ex alio taenario, qui niger est , et ex pario lapide , non aeque medicis uti- lem : potiorem ex alabastrite gyptio , vel ex ophite albo. Est enim hoc genus ophitis , ex quo vasa etiam et cados faciunt. Siphnius. Lapides molles. XLIV. In Siphno lapis est, qui cavatur, tornaturque in vasa coquendis cibis utilia, vel ad esculentorum usus : quod in comensi Itali lapide viridi accidere scimus. Sed in siphnio singulare , quod excalfactus oleo ni- grescit, durescitque, natura mollissimus. Tanta quali- i tatum differentia est. Nam mollitiae et trans Alpes praa- cipua sunt exempla. In belgica provincia candidum lapidem serra , qua lignum , faciliusque etiam , scant , ad tegularum et imbricum vicem : vel si libeat, ad qu vocant pavonacea tegendi gnera : et hi quidem sectiles sunt. , Lapis specularis. XLV. Specularis vero (quoniam et hic lapis nomen obtinet) faciliore multo natura finditur in quamlibet te- nues crustas. Hispania hune olim Citerior tantum da- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. aig fait rendre un suc, sont bonnes pour la prparation des remdes ophthalmiques ; aussi choisit-on , pour ce cas particulier, la pierre d'Ethiopie. La tnarienne, la pu- nique et l'hmatite sont, dit-on, excellentes quand le safran est la base des remdes. Une varit noire de la tnarienne est la pierre de Paros , prsentant moins d'avantages. On prfre tous, les mortiers d'alabastrite d'Egypte, ou d'ophite blanc. C'est l'espce dont on fait aussi des vases et des barils. Siphnienne. Pierres molles. XLIV. De Siphnos nous vient une pierre qu'on creuse et qu'on tourne pour en faire des vases utiles, soit pour prparer , soit pour servir les alimens. La pierre verte de Corne , en Italie , est propre aux mmes usages ; mais la siphnienne a cela de particulier, que, chauffe dans l'huile, elle prend une couleur noire, et, de trs- lendre qu'elle tait , devient trs-dure : tant la nature a vari les qualits ! On trouve de ces pierres au del des Alpes : elles y sont trs-tendres. La Belgique fournit une pierre blanche qui, comme le bois, et plus facile- ment mme, se laisse entamer par la scie. On en fait diverses sortes de tuiles, et, si l'on veut, des toits pa- vonacs, ou qui imitent le plumage du paon. Toutes ces pierres peuvent se couper. Pierre spculaire. XLV. La pierre spculaire, tel est le nom qu'on lui donne, se lve naturellement, et avec plus de facilit encore, en lamelles aussi minces qu'on le veut. On en tirait jadis de l'Espagne Citrieure , mais seulement 220 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. bat, nec tota, sed intra centum millia passuum circa Segobricam urbem : jam et Cypros, et Cappadocia, et Sicilia, et nuper inventum Africa : postferendos omnes tamen Hispani, et Cappadoci, mollissimis et amplis- simae magnitudinis, sed obscuris. Sunt et in Bononiensi Italiae parte brves , maculosi , complexu silicis alligati , quorum tamen appareat natura similis eis, qui in Hi- spania puteis effodiuntur profunda altitudine. Necnon et saxo inclusus sub terra invenitur, extrahiturque , aut exciditur. Sed majori parte fossili natura , absolutus segmenti modo , numquam adhuc quinque pedum lon- gitudine amplior. Humorem hune terrae quidam autu- mant crystalli modo glaciari. Et in lapidem concreseere manifesto apparet, quod quum ferae decidere in puteos taies, medullae in ossibus earum post unam hiemem in eamdem lapidis naturam figurantur. Invenitur et niger aliquando. Sed candido natura mira, quum sit mollitia nota, perpetiendi soles rigoresque : nec senescit, si modo injuria non arsit, quum hoc etiam in csementis multo- rum generum accidat. Invenere et alium usum in ra- mentis quoque , Circum maximum ludis Circensibus sternendi , ut sit in commendatione candor. Phengites. XLVI. Nerone principe in Cappadocia repertus est HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. aai dans uu rayon de cent milles autour de Segobrica ; aujourd'hui Cypre , la Cappadoce et la Sicile en four- nissent. On en a rcemment dcouvert en Afrique ; ce- pendant celles de l'Espagne et de la Cappadoce sont les meilleures : elles sont souples, grandes, quoique un peu ternes. Le territoire de Bologne, en Italie, en pro- duit de petites, qui sont semes de taches et envelop- pes dans du silex ; cependant elles semblent de mme nature que celles qu'on trouve en Espagne, dans des puits creuss une grande profondeur. Il s'en trouve aussi d'engages dans le roc , d'o on les tire facilement, soit la main , soit en taillant le roc vif. Le plus sou- vent la pierre spculaire est fossile , et s'offre sous formes tronques ; les plus gros blocs n'ont pas encore excd cinq pieds. Quelques-uns en font un suc ter- restre qui se serait congel comme le cristal. Ce qui prouve qu'il y a eu ici ptrification, c'est que la moelle des animaux qui se laissent tomber dans ces puits, prend, au bout d'un an, l'aspect de la pierre spculaire. Il s'en trouve quelquefois de noire. La blanche, malgr sa flexi- bilit connue , rsiste admirablement au soleil et la mauvaise saison. Elle n'a rien craindre du temps , pourvu que les incendies la respectent : particularit rare parmi les lmens de la btisse ; ses rognures mme sont utiles , et l'on en sme le grand Cirque l'poque des jeux , ce qui le rend d'une blancheur blouissante. Phengite. XL VI. Sous Nron , on dcouvrit en Cappadoce une .422 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. lapis duritia marmoris , candidus atque translucens , etiam qua parte fulvae inciderant venae , ex argumento phengites appellatus. Hoc construxerat dem Fortunae , quam Seiam appellant , a Servio rege sacratam , aurea domo complexus. Quare etiam foribus opertis interdiu claritas ibi diurna erat , alio quam specularium modo , tamquam inelusa luce, non transmissa. In Arabia quoque esse lapidem vitri modo transluci- dum, quo utuntur pro specularibus , Juba auctor est. De cotibus. XLVIL Nunc ad operarios lapides transisse conveniat, primumque cotes ferro acuendo. Multa earum gnera : cretic diu maximam laudem habuere : secundam la- conicae ex Taygeto monte, utrque oleo indigentes. Inter aquarias naxiae laus maxima fuit , mox armeniacae , de quibus diximus. Ex oleo et aqua ciliciae pollent, ex aqua arsinoeticae. Repertse sunt et in Italia aqua trahentes aciem acerrimo effectu. Necnon et trans Alpes, quas passernices vocant. Quarta ratio est saliva liominis pro- ficientium , in tonstrinarum officinis , inutilis fragili mollitia. Flaminitanae ex Hispania Citeriore in eo gnre praecipue. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. aa3 pierre dure comme le marbre, blanche, translucide, mme dans les endroits o. elle tait raye de veines rousses : on lui donna , en consquence , le nom de phengite. Nron en avait fait reconstruire, dans l'en- ceinte de son palais dor, le temple de la Fortune Sia, ddi jadis par Servius Tullus : aussi , lors mme que les portes taient fermes , on y jouissait de la clart du jour, mais tout autrement qu' l'aide de la pierre spculaire: les murs semblaient lumineux, et non trans- parens. L'Arabie produit encore, selon Juba , une pierre dia- phane comme le verre, et qui peut remplacer la sp- culaire. Pierres aiguiser. XLVII. Passons aux pierres qu'emploient les ou- vriers, et commenons par la pierre aiguiser. Celle-ci est de plusieurs espces : la Cretoise a t long-temps la plus estime ; celle du mont Taygte , en Laconie , vient ensuite: toutes deux veulent tre arroses d'huile. Parmi celles qui mordent l'eau , on recherche surtout la naxienne, puis l'armnienne, dont nous avons parl. La cilicienne est excellente, et sert avec l'eau comme avec l'huile ; celle d'Arsino ne veut que de l'eau. On en a trouv en Italie qui aiguisent parfaitement le fer l'eau simple. Il faut en dire autant des passernix des rgions transalpines. Une quatrime espce de pierre aiguiser est celle laquelle la salive humaine commu- nique le mordant. Trs-employe chez les barbiers, la facilit avec laquelle elle se brise la rend peu utile. Les meilleures de cette espce sont les flaminitaines , que nous envoie l'Espagne Citricure. 224 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. De tophis. XL VIII. E reliqua multitudine lapidum , tophus aedi- fciis inutilis est mortalitatc mollitiae. Quaedam tamen loca non alium liabent, sicut Carthago in Africa. Exer- cetur halitu maris, fricatur vento, et verberatur imbri. Sed cura tuentur picando parietes , quoniam et tectorii calce roditur. Sciteque dictum est , ad tecta eos pice , ad vina calce uti , quoniam sic musta condiunt. Alia mollitia circa Romani Fidenati , et Albano. In Liguria quoque , Umbria et Venetia , albus lapis dentata serra secatur. Hi tractabiles in opre, laborem quoque tol- rant, sub tecto dumtaxat. Aspergine et gelu pruinisque rumpuntur in testas : nec contra bumores et auram maris robusti. Tiburtini ad reliqua fortes, vapore dis- siliunt. De silicum naturis. XLIX. Nigri silices optimi : quibusdam in locis et ru- bentes. Nonnusquam vero et albi , sicut in Tarquiniensi anicianis lapicidinis circa lacum volsiniensem. Et in Statoniensi sunt, quibus ne ignis quidem nocet. Iidem et in monumentis scalpti, contra vetustatem quoque in- corrupti permanent. Ex iis formae fiunt, in quibus ara funduntur. Est et viridis silex, vehementer igni resistens, HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXXVI. aa5 Du tophus , ou tuf. XLVIII. Dans la multitude de pierres qui restent encore, le tuf, cause de sa mollesse et de son peu de dure , n'est nullement convenable pour les construc- tions : il est pourtant des pays qui n'ont point d'autre pierre btir ; telle est Garthage en Afrique. L'air de la mer le travaille, le vent l'emporte en poussire, la pluie le dgrade. On pare ces inconvniens avec de la poix, car la chaux rongerait le tuf; de l ce bon mot : A Carthage , toit de poix , vin de chaux ; car c'est avec de la chaux qu'ils prparent leurs vins. Prs de Rome , Fidnes et Albe ont d'autres pierres molles. La Ligurie, l'Ombrie, la Vntie, en produisent aussi; ces dernires sont blanches : la scie les coupe. Trs-faciles travailler, elles soutiennent la fatigue du btiment, mais seulement sous le couvert. La pluie, les geles les grnent ; elles ne tiennent mme pas contre l'humidit et l'air de la mer. La pierre de Tibur clate par la cha- leur ; du reste , elle rsiste tout. Des diffrentes espces de silex. XLIX. Le silex noir est le meilleur de tous : on en trouve en quelques endroits de rouge , et mme de blanc : tel est celui des carrires aniciennes , dans le territoire de Tarquinies , prs du lac de Volsinies : celui du district de Statonie rsiste mme l'action du feu ; les ciselures dont on les charge durent aussi des sicles sans altration. On en fait des moules pour couler l'ai- rain. Il existe encore un silex vert , rsistant trs-bien au feu , mais trs-rare partout ; il se trouve parmi les xx. i5 a6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. sed nusquam copiosus : et ubi invenitur , lapis , non saxum, est. E reliquis pallidus in cmento raro utilis. Globosus, contra injurias fortis, sed ad structuram in- fidelis , nisi multa suffrenatione devinctus. Nec certior fluviatilis, semper veluti madens. De reliquis ad structuras lapidibus. L. Remedium est in lapide rubro , state eum exi- mere , nec ante biennium eum inserere tecto , domitum tempestatibus. Quae ex eo laesa fuerint, in subterranea structura aptantur utilius. Qu restiterint, tutum est vel caelo committere. Gnera structura. LI. Graeci e lapide duro, aut silice quato construunt veluti lateritios parietes. Quum ita fecerint, isodomon vocant genus structure. At quum inaequali crassitudine structa sunt, pseudisodombn. Tertium est emplecton , tantummodo frontibus politis : reliqua fortuito collocant. Alternas coagmentationes fieri , ut commissuras antece- dentium medii lapides obtineant , necessarium est in me- dio quoque pariete , si res patitur : si minus , utique a lateribus. Medios parietes farcire fractis caementis , dia- micton vocant. Reticulata structura, qua frequentissime Romae struunt, rimis opportuna est. Structuram ad nor- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 227 pierres tendres, et non parmi les rocs. Le silex ple n'est que de mdiocre qualit. Assez rsistant, mais glo- buleux , il n'est bon dans le btiment qu' l'aide d'un fort ciment et d'un lit solide. Le silex de rivire , qui a toujours un aspect humide, ne vaut gure mieux. Des autres pierres btir. L. Pour remdier aux dfectuosits de la pierre rouge, on l'enlve l't, et on ne l'emploie qu'au bout de deux ans, aprs l'avoir laiss scher : celle qui alors se trouve avarie ne doit entrer que dans les fondemens ; celle qui a rsist cette preuve peut, sans le moindre dan- ger, tre employe mme dcouvert. Des divers genres de construction. LI. Les Grecs font une espce de briquetage avec des pierres dures et des cailloux de pareil volume : cette construction se nomme isodomon : si les pierres sont d'ingale grosseur , elle prend le nom de pseudodo- mon. Vient en troisime lieu Yemplecton , qui consiste n'galiser que les parties de montre , tandis que le reste est construit en moellon et l'aventure. Les pierres doivent chevaucher alternativement, de telle sorte, que toute pierre de dessus pose par le milieu sur la ligne d'assemblage des deux pierres infrieures, et cela au milieu mme des murailles, si la chose est possible; dans le cas contraire, qu'au moins les cts soient bien lis. Quand le milieu de la muraille est garni de frag- mens, la btisse s'ap elle diamicton. La construction en i5. aa8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. main et libellam fieri , et ad perpendiculum respondere oportet. De cisternis. LU. 1 3. Et cisternas arenae purae et asperae quinque partibus , calcis quam vehementissimae duabus construi convenit, fragmentis silicis non excedentibus libras. Ita ferratis vectibus calcari solum , parietesque similiter. Utilius geminas esse, ut in priore vitia considant aquae, atque per colum in proximam transeat maxime pura aqua. De calce. LUI. Calcem e vario lapide Cato Censorius improbat. Ex albo melior. Quae ex duro , structurae utilior : quae ex fistuloso , tectoriis. Ad utrumque damnatur ex silice. Utilior eadem ex effosso lapide , quam ex ripis flumi- num collecto. Utilior e molari , quia est quaedam pin- guior natura ejus. Mirum aliquid , postquam arserit , accendi aquis. Arenae gnera. Arenae et calcis mixturae. LIV. Arenae tria gnera. Fossitia , cui quarta pars calcis addi dbet : fluviatili aut marinae , tertia. Si et testa? tus tertia pars addatur, melior materia erit. Ab HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 229 losange, si usuelle Rome, est sujette aux crevasses. En fait de bonne construction, tout doit se faire le plomb, le niveau et l'querre la main. Citernes. LU. 1 3. Pour le lit des citernes , il faut unir cinq parties de sable pur et graveleux deux de la chaux la plus vive. On n'emploie que des fragmens de silex d'au plus une livre , qu'ensuite des maillets ferrs com- priment , tant au fond que sur les parois. Le mieux est d'en construire deux de telle sorte , que les immondices de l'eau s'arrtent dans la premire , et que le liquide arrive pur dans l'autre comme travers un filtre. Chaux. LUI. Caton le Censeur blme la chaux faite de pierres de couleur : la pierre blanche donne la meil- leure. La calcaire dure vaut mieux pour les murailles , la poreuse pour la toiture. Dans les deux cas , la silice serait mauvaise. La pierre fossile fournit de meilleure chaux que celle qu'on recueille au bord des rivires. La pierre meulire , qui est la plus grasse de toutes , pro- duit la meilleure chaux. Mais quel prodige , de voir ce qui a dj t brl , prendre feu dans l'eau ! Sable : ses espces ; son mlange avec la chaux. LIV. H y a trois espces de sable , le sable fossile , le sable de rivire et celui de mer. Au premier, on unit un quart de chaux ; aux deux autres , il faut don- ner un tiers. L'addition d'un tiers de poterie pile rend a3o C. PLINII BIST. NAT. LIB. XXXVI. Apennino ad Padum non invenitur fossitia , nec trans maria. Vitia structura?. De iectoriis. LV. Ruinarum Urbis ea maxime causa , quod furto calcis sine ferrumine suo caementa componuntur. Tntrita quoque quo vetustior, eo melior. In antiquarum dium legibus invenitur , ne recentiore trima uteretur re- demptor. Ideo nulla tectoria eorum rimae fdavere. Tectorium quidem, nisi ter arenato, et bis marmorato inductum est, non satis splendoris habet. Uliginosa, et ubi salsugo vitiat , testaceo sublini utilius. In Graecia tectoriis etiam arenatum, quod inducturi sunt, prius in mortario ligneis vectibus subigunt. Experimentum mar- morati est in subigendo , donec rutro non cohreat. Contra in albario opre, ut macerata calx ceu glutinum haereat. Macerari non nisi ex gleba oportet. In Elide , aedes est Minerv , in qua frater Phidiae Pannus tecto- rium induxit lact et croco subactum , ut ferunt : ideo- que si teratur in ea hodieque saliva pollice , odorem croci saporemque reddit. De columnis. Gnera columnarum. LVI. Columnae in aede densius posit crassiores vi- dentur. Gnera earum quatuor. Quae sextam partem altitudinis in crassitudine ima habent, doric vocan- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. u3i le mlange meilleur. De l'Apennin au P , et partout hors de l'Italie , le sable fossile manque. Dfauts dans la construction. Toitures. LV. La cause qui fait tomber, Rome, tant de maisons, rside dans le vice du ciment, o l'on pargne frauduleusement la chaux. Songeons aussi que plus l'intrite est vieille, mieux elle vaut. Les anciennes lois sur la construction portent : Que nul entrepreneur n'emploie d'intrite qui ait moins de trois ans : aussi les murs ne se lzardaient-ils pas. L'enduit extrieur ne peut tre brillant h moins de trois couches de sable , et de deux de marbre pil. Dans les lieux marcageux ou voisins de la mer, il faut substituer au ciment les tessons concasss. Les Grecs broient toujours au mortier, et avec des pilons de bois, l'enduit qu'ils veulent placer sur la muraille. Pour le marbre, on reconnat qu'il est assez remu lorsqu'il ne s'attache plus la truelle. Au contraire, si l'on ne veut que crpir, il faut que la chaux macre colle encore la truelle; mais la chaux qu'on macre doit tre prise en motte. L'enduit du temple de Minerve, bti Elis par Pannus , frre de Phidias, est conpos, dit-on , de safran et de lait : aussi, lorsqu'on le flotte avec le pouce humect de salive, a-t-il encore l'odmr et la saveur du safran. Colonnes : leurs espces. LVL Quand les colonnes sont trs-rapproehes dans un difice , elles paraissent trop volumineuses. On en disingue de quatre ordres. Celles qui ont en hauteur six fois e diamtre de leur partie infrieure s'appellent co- a3a C. PLINH HIST. NAT. LIB. XXXVI. tur : quae nonam , ionicae : quae septimam , tuscanicae. Corinthiis eadem ratio, quae ionicis. Et differentia, quo- niam capitulis corinthiarum eadem est altitudo, quae colligitur crassitudine ima : ideoque graciliores viden- tur : ionici enim capituli altitudo, tertia pars est crassi- tudinis. Antiqua ratio erat columnarum altitudinis , tertia pars latitudinum delubri. In Ephesiae Dianae aede, de qua prius fuit sermo , primum columnis spirae sub- ditae , et capitula addita. Placuitque altitudinis octava pars in crassitudine, et ut spirae haberent crassitudinis dimidium , septimaeque partes detraherentur summarum crassitudini. Praeter lias sunt , quae vocantur atticae co- lumnae , quaternis angulis , pari laterum intervallo. Medicinae ex calce, v. LVII. il\. Calcis et in medicina magnus usus. Elgi- tur recens, nec adspersa aquis : urit, discutit, extrahit, incipientesque serpere ulcerum impetus coercet. Ac3to et rosaceo temperata perducit ad cicatricem. Lusatis quoque cum adipe suillo , aut liquida rsina ex nelle medetur : eadem compositione et strumis. De maltha. LVIII. Maltha e calce fit recenli. Gleba vino restn- guitur : mox tunditur cum adipe suillo et ficu , diulici HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 2 33 loi mes doriques; neuf diamtres caractrisent les ioni- ques; sept diamtres, les toscanes. Les colonnes d'ordre corinthien ont les mmes proportions que les ioniques; mais elles s'en distinguent, parce que la hauteur du cha- piteau gale le diamtre de la base , ce qui les fait pa- ratre plus sveltes. La hauteur du chapiteau ionique, au contraire, n'est qu'un tiers du diamtre de la base. L'an- cien rapport entre la largeur du temple et la hauteur des colonnes , tait de 3 i. C'est dans le temple de Diane phsienne , dont il a t question plus haut , que se virent les premiers chapiteaux et les premiers pidestaux. L aussi on rgla que la hauteur galerait huit fois le diamtre de la base, que les pidestaux auraient en hau- teur moiti de ce mme diamtre ; enfin , que celui de l'extrmit suprieure aurait un septime de moins que celui de l'extrmit infrieure. On distingue , de plus , les colonnes attiques, qui sont quadrangulaires, et par- tout d'gal diamtre. Remdes fournis par la chaux , 5.. LVII. i[\. On fait aussi en mdecine un grand usage de chaux. Celle dont on fait choix est frache et n'a pas t mouille ; caustique, rsolutive , attractive, elle ar- rte, de plus, les ulcres qui commencent se former. Combine au vinaigre et l'huile rosat, elle les fait ci- catriser. Enfin , mle au lard ou au miel saupoudr de rsine liquide, elle gurit les luxations et les crouelles. Malthe. LVI1I. La malthe se fait de chaux rcente en motte, teinte dans du vin , et pile avec du saindoux et des a34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. liniamento : quae res omnium tenacissima , et duritiaiu lapidis antecedens. Quod malthatur , oleo perfricatur ante. De gypso. LIX. Cognata calci res gypsum est. Plura ejus gnera. Nain et e lapide coquitur, ut in Syria ac Thuriis : et e terra foditur, ut in Cypro, ac Perrhbis : e summa tellure et tymphaicum est. Qui coquitur lapis, non dis- similis alabastrit esse dbet, aut marmoroso. In Syria durissimos ad id eligunt , coquuntque fimo bubulo , ut celerius urantur. Omnium autem optimum fieri comper- tum est e lapide speculari , squamamve talem habente. Gypso madido statim utendum est, quoniam celerrime coit : tamen rursus tundi et in farinam resolvi patitur. Usus gypsi in albariis , sigillis dificiorum et coronis gratissimus. Exemplum illustre, C. Proculeium Augusti Gaesaris familiaritate subnixum in maximo stomachi do- lore gypso poto , conscivisse sibi mortem. De pavimentis : de asaroto co. LX. 1 5. Pavimenta originem apud Grcos habent elaborata arte , picturae ratione , donec lithostrota expu- lere eam. Celeberrimus fuit in hoc gnre Sosus, qui Pergami stravit quem vocant asaroton con , quoniam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. *35 figues. On en tend ordinairement deux couches. Nul enduit n'est plus tenace : il est plus dur peut-tre que la pierre. La muraille qu'on traite par la malthe doit tre pralablement frotte d'huile. Gypse. LIX. Le gypse est voisin de la chaux. Il eu est de plusieurs sortes: l'un est une pierre cuite (tel est le gypse de Syrie et de Thurium) , l'autre est fossile ( par exemple , le gypse de Cypre et de la Perrhbie) ; enfin , on en trouve fleur de terre : c'est le gypse tym- phaque. La pierre dont la cuisson fournit le gypse doit ressembler l'alabastrite ou au marbre. Les Syriens la choisissent trs-dure , et font le feu avec les excrmens des bestiaux , pour acclrer la cuisson. On sait , par exprience , que le meilleur rsulte de la pierre spcu- laire , ou de quelqu'autre feuillets cailleux. Il faut employer le gypse lorsqu'il est dtremp , car il durcit trs-vite ; cependant on peut le battre de nouveau et le pulvriser. Le gypse sert crpir , ainsi qu' orner les cussons et les couronnemens des difices. Ajoutons un trait remarquable : Proculeius , ami intime d'Au- guste , avala du gypse dans un accs de douleur d'en- trailles , et se donna ainsi la mort. Des carrelages ; de l'asarotos cecos. LX. 25. Les carrelages prirent naissance chez les Grecs, qui y prodigurent les ornemens de l'art, et mme de la peinture, jusqu' l'poque o ils cdrent la place aux mosaques. Le plus clbre ouvrier en ce genre est Sosus, qui excuta Pergame Yasarotos cos 236 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. purgamenta cnae in pavimento, quaeque verri soient, velut relicta , fecerat parvis e tesserulis tinctisque in varios colores. Mirabilis ibi columba bibens , et aquam umbra capitis infuscans. Apricantur aliae scabentes sesc in canthari labro. Quando primum pavimentum Romae. LXI. Pavimenta credo primum facta, quae nunc vo- camus barbarica, atque subtegulanea , in Italia fistucis pavita : hoc certe ex nomine ipso intelligi potest. Romae scalpturatum in Jovis Capitolini aede primum factum est post tertium punicum bellum initum. Frequentata vero pavimenta ante cimbricum magna gratia animorum , indicio est Lucilianus ille versus : Arte pavimento, atque embleniate vermiculato. Ue subdialibus pavimentis. LXII. Subdialia Graeci invenere, talibus domos con- tegentes tractu tepente : sed fallax, ubicumque imbres gelant. Necessarium binas per diversum coassationes substerni , capita earum prfigi ne torqueantur, et ru- deri novo tertiam partem testae tusae addi : deinde rudus , in quo du quintae calcis misceantur, pedali crassitu- dine fistucari. Tune nucleo crasso sex digitos induci, et ex tessera grandi non minus alta duos digitos strui. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. a3 7 (salle non balaye), ainsi nomme de ce que les petits eompartimens , de nuances diverses, reprsentaient les dbris qu'on jette dans un repas , et qu'ensuite il s'agit de balayer. On y admirait une colombe qui buvait , et dont la tte jetait de l'ombre sur l'eau , tandis que d'au- tres s'pluchaient au soleil sur le bord d'un canthare. Premier carrelage Rome ; sa date. LXI. Les carrelages, dits aujourd'hui carrelages bar- bariques et sous couvert, furent, je crois, invents les pre- miers. En Italie, on les liait avec le pavoir, ce qu'indique leur nom. Le premier carrelage cisel qu'ait vu Rome est celui du temple de Jupiter au Capitole : il fut con- fectionn aprs la troisime guerre punique. La vogue qu'avaient acquise les carrelages ds le temps de la guerre des Cimbres, est indique par ce vers de Lucile : L'art de paver, qui nous peint maint emblme. Des carrelages dcouvert. LXII. Ce sont les Grecs qui ont invent les carre- lages l'air : ils en ont couvert les terrasses de leurs toits, usage fort bon dans un pays chaud, mais nul ds que la pluie se congle. Il faut, d'abord, coucher deux lits de linteaux, dont on cloue les extrmits, pour rendre l'ensemble immobile ; sur un lit de ciment, au- quel on ajoute un tiers de tessons piles, ou pose un autre hourdage o entrent deux cinquimes de chaux , puis on hie, jusqu' ce que le tout n'ait qu'un pied d'pais- seur. On tend ensuite le noyau, qui a six doigts d'- a38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Fastigium vero servari in pedes denos sescunciae : ac diligenter cote despumare : quernisque axibus contabu- lare. Quae torquentur, inutilia pu tant : immo et filicem aut paleam substerni melius esse, quo minor vis calcis perveniat. Necessarium et globosum lapidem subjici. Si- militer fiunt spicata testacea. Graecanica pavimenta. LXIII. Non negligendum est etiam nunc unum genus grcanici. Solo fistucato injicitur rudus aut testaceum pavimentum : dein spisse calcatis carbonibus inducitur, sabulo , calce , ac favilla mixtis : materia crassitudine semipedali ad regulam et libellam exigitur, et est forma terrena. Si vero cote politum est , nigri pavimenti visum obtinet. Quando primum lithostrota. Quando primum camerae vitreae. LXIV. Lithostrota acceptavere jam sub Sulla : par- vulis certe crustis exstat hodieque , quod in Fortun delubro Praeneste fecit. Puisa deinde ex humo pavimenta in camras transiere, e vitro : novitium et hoc inven- tum. Agrippa certe in thermis, quas Romae fecit, figli- num opus encausto pinxit : in reliquis albaria adorna- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. *3q paisseur, et une couche de pierres plates qui n'en a pas moins de deux. Il faut, d'ailleurs, donner ce fate une inclinaison d'un huitime de pied par dix pieds , polir avec soin l'aide de la pierre-ponce, et faire le premier plancher en ais de chne : tout bois qui ploie ou tra- vaille est mauvais. Il est bon , pour prserver le plan- cher de la vive action de la chaux , de le couvrir d'une couche de fougre et de paille ; il faut aussi le poser sur un lit de cailloux ronds. On fait de mme des ter- rasses en chevrons briss. Carrelages la grecque. LXIII. Un mot aussi d'une espce de carrelage la grecque. Le sol hi reoit une couche de ciment avec tes- sons concasss; on la recouvre de charbon pil, de sable, de chaux , de cendre , le tout ml ensemble. La rgle et le niveau la main , on donne un demi-pied de hauteur ces lits divers , qui ressemblent au sol ordi- naire, mais qui, polis la pierre-ponce, prennent l'as- pect d'un carrelage noir. Date de l'invention des mosaques , date de l'introduction des votes ou dmes vitrs. LXIV. Les mosaques furent en vogue Rome ds le temps de Sylla. Le carrelage de son temple de la For- tune Prneste , encore debout aujourd'hui , se com- pose de petits segmens. Les mosaques s'levrent en- suite du sol aux votes ; elles furent alors de verre , invention toute rcente; car Agrippa, dans les thermes dont il a orn Rome, a fait peindre l'encaustique des murs de terre cuite, et crpir tout le reste. Or, on ne a4o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. vit : non dubie vitreas facturus camras, si prius inventum id fuisset, aut a parietibus scenae, ut diximus, Scauri , pervenisset in camras. Quamobrem et vitri natura in- dicanda est. Origo vitri. LXV. 16. Pars est Syriae, quae Phnice vocatur, fini- tima Judae, intra montis Carmeli radies paludem ha- bens, quae vocatur Cendevia. Ex ea creditur nasci Belus a 11111 i s , quinque m passuum spatio in mare perfluens , juxta Ptolemaidem.coloniam. Lentus hic currit, insalu- bri potu , sed caerimoniis sacer , limosus , vado profun- dus. Non nisi refuso mari arenas fatetur : fluctibus enim volutatae nitescunt, detritis sordibus. Tune et marino creduntur adstringi morsu, non prius utiles. Quingen- torum est passuum non amplius litoris spatium , idque tantum multa per saecula gignendo fuit vitro. Fama est, adpulsa nave mercatorum nitri, quum sparsi per litus epulas pararent , nec esset cortinis adtollendis lapidum occasio , glebas nitri e nave subdidisse. Quibus accensis permixta arena litoris, translucentes novi liquoris fluxisse rivos, et hanc fuisse originem vitri-. Gnera ejus, et ratio faciendi. LXVI. Mox, ut est ingeniosa sollertia, non fuit con- tenta nitrum miscuisse : cptus addi et magnes lapis ; HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 241 peut douter que, si l'usage et alors exist, il n'et orn ses salles de mosaque de verre , et que le luxe des co- lonnes de Scaurus ne ft ainsi pass des murailles de la scne dans les maisons. A ce propos, parlons ici du verre. Origine du verre. LXY. 26. Dans la portion de la Syrie appele Ph- nicie, prs de l Jude , au pied du mont Carmel, est le petit lac Cendevia. Le fleuve Belus y prend naissance, dit-on, et, aprs cinq lieues de cours, se perd dans la mer, prs de la colonie de Ptolmas. Ses eaux sont lentes et mauvaises boire , quoique sacres aux yeux de la re- ligion. Fangeuses et profondes, elles ne laissent le sable nu qu'au reflux ; balay et agit par le flot marin , le sable brille alors : on croit que le sel marin , par son action, lui donne une qualit astringente , sans laquelle il ne vaudrait rien. Le rivage o l'on recueille ce sable n'a qu'un demi-mille d'tendue. Il y a des sicles que ce petit espace fournit la fabrication du verre. On dit que des marchands de nitre , ayant relch sur cette cte, et n'ayant point de tables pour dresser leurs repas, employrent cet effet des pains de nitre de leurs car- gaisons : ceux-ci furent embrass, ainsi que le sable, qui coula en ruisseaux diaphanes d'une nature jusqu'alors inconnue. Telle fut l'origine du verre. Ses espces ; comment on le fabrique. LXVI. Bientt l'industrie toujours inventrice, ne se bornant pas a l'emploi du nitre, y joignit l'aimant, parce xx. 16 242 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. quoniam in se liquorem vitri quoque , ut ferrum , tra- here creditur. Simili modo et calculi splendentes multi- fariam cpti uri : deinde conchae , et fossiles arenae. Auctores sunt , in India e crystallo fracta fieri , et ob id nullum comparari indico. Levibus autem aridisque lignis coquitur, addito cyprio , ac nitro , maxime ophirio. Continuis fornacibus , ut aes , liquatur, massseque fiunt colore pingui nigricantes. Acies tanta est quacumque, ut eitra ullum sensum ad ossa consecet , quidquid adfla- verit corporis. Ex massis rursus funditur in offcinis , tingiturque. Et aliud flatu figuratur, aliud torno teri- tur, aliud argenti modo caelatur, Sidone quondam iis ofBcinis nobili : siquidem etiam spcula excogitaverat. Haec fuit antiqua ratio vitri. Jam vero et in Vulturno , mari Italiae, arena alba nascens, sex m passuum litore, inter Cumas atque Liternum, quae mollissima est, pila molaque teritur. Dein miscetur tribus partibus nitri pon- dre vel mensura, ac liquata in alias fornaces transfun- ditur. Ibi fit massa , quae vocatur ammonitrum : atque hc recoquitur, et fit vitrum purum, ac massa vitri candidi. Jam vero per Gallias Hispaniasque simili modo arenae temperantur. Ferunt , Tiberio principe , excogitato vitri tempera- mento , ut flexibile esset , totam officinam artificis ejus abolitam, ne aeris, argenti, auri metallis pretia detrahe- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. a/,3 qu'il attire, dit-on, le verre liquide comme le fer, et admit dans la fonte nombre de petites pierres luisantes, de coquillages et de sables fossiles. On a crit que dans l'Inde il s'en fait de cristal bris : aussi nul verre ne peut-il tre compar avec celui-l. La fonte s'opre par du bois lger et sec , auquel on joint du cuivre de Cypre et du nitre, et surtout du nitre d'Ophir. Comme pour l'airain , la matire en fusion passe dans divers fourneaux contigus, et se prend en masses noires d'un aspect gras. Le verre fondu est tellement incisif, qu'il coupe jusqu' l'os tout ce qu'il touche , avant mme qu'on l'ait senti. Une fois solidifi, il est soumis une seconde fusion , o il reoit la couleur, puis tantt on le souffle, tantt on le tourne, tantt on le cisle comme l'argent. Sidon fut jadis clbre par ses verreries ; on y avait mme invent des miroirs de verre. Telle tait jadis la fabrication du verre. Aujourd'hui l'on recueille sur la cte d'Italie, l'embouchure du Vulturne, sur une lon- gueur de six milles , entre Cumes et Literne, un sable fin et trs-tendre, qu'on broie au mortier ou la meule, et qu'on mle ensuite trois fois son poids , ou trois fois son volume de nitre. Le mlange entre en fusion , puis passe dans d'autres fourneaux o il se prend et re- oit le nom dammonitre, se liqufie encore , et devient enfin une mas"se de verre pur et blanc. Aujourd'hui on opre de mme , en Espagne et en Gaule , sur le sable. On assure que, sous Tibre, on dcouvrit une com- binaison de verre telle , que cette substance aurait t flexible ; on dtruisit aussitt la verrerie de l'inventeur, pour ne point laisser tomber le cuivre, l'or et l'argent G. a/,/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. rentur : eaque fama crebrior diu , quam eertior fuit. Sed quid refert ? Neronis principatu reperta vitri arte , quae modicos calyces duos, quos appellabant pterotos, h-s sex millibus venderet. De obsidianis. LXVII. In gnre vitri et obsidiana numerantur, ad similitudinem lapidis, quem in iEthiopia invenit Obsi- dius, nigerrimi coloris, aliquando et translucidi, cras- siore visu , atque in speculis parietum pro imagine um- bras reddente. Gemmas multi ex eo faciunt : vidimusque et solidas imagines divi Augusti , capti materiae hujus crassitudine : dicavitque ipse pro miraculo in templo Concordiae obsidianos quatuor elephantos. Remisit et Tiberius Csar Heliopolitarum caerimoniis repertam ibi in hereditate ejus qui praefuerat iEgypto , obsidianam imaginem Menelai. Ex quo apparet antiquior materiae origo , nunc vitri similitudine interpolata. Xenocrates obsidianum lapidem in India et in Samnio Italiae, et ad Oceanum in Hispania nasci tradit. Fit et tinctur gnre obsidianum , ad escaria vasa , et totum rubens vitrum , atque non translucens , hma- tinon appellatum. Fit et album , et murrbinum , aut liyacinthos sapphirosque imitatum , et omnibus aliis co- loribus. Nec est alia nunc materia sequacior, aut etiam HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 2/, 5 en discrdit. Ce fait , long-temps rpt , aurait besoin de vrification. Qu'importe , au reste , puisque , sous Nron , l'art du verrier inventa des procds tels , que deux coupes assez petites, qu'on appelait ptrotes, furent vendues jusqu' six mille sesterces? Des obsidiennes. LXVII. On classe parmi les verres les vases obsi- diens , assez semblables la pierre obsidienne , que trouva, en Ethiopie, Obsidius. Ils sont noirs, transpa- rens et mats tout la fois , de sorte qu'attachs comme miroirs contre la muraille , ils rendent plutt l'ombre que l'image de l'objet. On en fait des bijoux. J'ai vu en obsidienne des statues massives d'Auguste, qui admirait les dimensions de ces morceaux ; lui-mme ddia, comme chose rare, quatre lphans obsidiens dans le temple de la Concorde. Tibre rendit la ville d'Hliopolis, pour son culte , une statue obsidienne de Mnlas , trouve dans la succession d'un prfet d'Egypte : ceci donnerait une haute ide de l'antiquit de la pierre obsidienne , communment confondue aujourd'hui avec le verre. X- nocrate la fait natre dans l'Inde , dans le Samnium en Italie, et, en Espagne, sur les ctes de l'Ocan. On fait aussi de l'obsidienne de couleur pour la vais- selle de table. Celle qui est totalement rouge et mate se nomme hmatine. Il y en a aussi de blanche ; d'autres imitent les vases murrhins , l'hyacinthe, le saphir, et en gnral toutes les couleurs. Nulle substance n'est plus souple et ne se prte mieux la teinture ; cependant 2/,G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. picturae accommodatior. Maximus tamen honos candido translucentibus , quam proxima crystalli similitudine. Usus vero ad potandum argenti metalla et auri pepulit. Est autem caloris impatiens , ni praecedat frigidus li- quor : quum addita aqua vitreae pilae , sole adverso , in tantum excandescant , ut vestes exurant. Fragmenta te- porata adglutinantur tantum : rursus tota fundi non queunt , praeterquam abrupta sibimet. Tingit ars , ve- luti quum calculi fiunt, quos quidam abaculos appellant, aliquos etiam pluribus modis versicolores. Vitrum sul- phuri concoctum ferruminatur in lapidem. Miracula ignium. LXVIII. 27. At peractis omnibus, quae constant in- genio , artem natura faciente , succurrit mirari , nihil paene non ign perfici. Ignis accipit arenas , ex quibus alibi vitrum, alibi argentum, alibi minium, alibi plumbi gnera , alibi pigmenta , alibi medicamenta fondit. Ign lapides in aes solvuntur, ign ferrum gignitur, ac doma- tur, ign cremato lapide caementa in tectis ligantur. Alia saepius uri prodest. Eademque materia aliud gignit pri- mis ignibus, aliud secundis, aliud tertiis. Quando ipse carbo vires habere incipit restinctus , atque interiisse creditus, majoris fit virtutis. Immensa et improba rerum naturae portio : et in qua dubium sit plura absumat, an parit. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 247 on estime surtout l'obsidienne blanche , cause de sa ressemblance avec le cristal : elle a mme chass de nos buffets les coupes d'or et d'argent. Le verre ne peut rsister la chaleur , moins qu'on n'y verse d'abord un liquide froid. Oppos aux rayons du soleil, un globe de verre creux , rempli d'eau l'intrieur, s'chauffe au point de brler une toffe. Les fragmens du verre peu- vent se rejoindre facilement par une chaleur modre ; pour les fondre entirement, il faudrait les concasser. On fait divers objets de verre color , et mme color de nuances diffrentes : par exemple , les pices d'chi- quier , dites abaculi. Le verre fondu avec le soufre forme une pierre par le refroidissement. Merveilles du feu. LXVIII. 27. Ayant ainsi parcouru tout ce que crent le gnie et l'art servi par la nature, admirons la puis- sance du feu , par lequel se font presque tous ces prodiges. Le feu reoit du sable, et rend en change, ici du verre, l le minium, l'argent, le plomb et toutes ses varits, des substances colorantes, des mdicamens. Le feu dis- sout les pierres, qu'il rend fusibles; il enfante et dompte le fer ; il cuit la pierre qui sera le ciment et le lien de la construction. Certaines matires doivent tre plu- sieurs fois soumises son action , et les produits de la seconde cuite diffrent de ceux de la premire , ceux de la troisime diffrent de toutes les deux. Le charbon 'teint, et mort en quelque sorte, n'a alors que plus de puissance. Elment destructeur, immense portion de la nature, le feu laisse douter s'il cre plus qu'il ne con- sume. a/| 8 C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVI. Ex igni et cinere : medicin m. LXIX. Est et ipsis ignibus medica vis. Pestilentiae , quae solis obscuratione contraliitur , ignis suffitu multi- formiter auxiliari certum est. Empedocles et Hippocrates id demonstravere diversis locis. Ad convulsa viscera , aut contusa , ut M. Varro ; ipsis enim verbis ejus utar : Lix cinis est , inquit , foci. Inde enim cinis lixivius potus medetur : ut licet videre gladiatores quum delu- serunt, hac juvari potione. Quin et carbunculum genus morbi , quo duos consulares nuper absumptos indicavi- mus , querneus carbo tritus cum melle sanat. Adeo in rbus damnatis quoque, ac jam nullis, sunt aliqua re- mdia , ut in carbone ecce et cinere. Prodigia foci. LXX. Non praeteribo et unum foci exemplum, ro- manis litteris clarum. Tarquinio Prisco rgnante tradunt repente in foco ejus comparuisse gnitale e cinere mascu- lini sexus, eamque, quae insederat ibi, Tanaquilis re- ginae ancillam Ocrisiam captivam , consurrexisse gravi- dam. Ita Servium Tullium natum, qui regno successit. Inde et in regia cubanti puero caput arsisse visum, cre- ditumque Laris familiaris filium. Ob id Compitalia et ludos Laribus primum instituisse. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 2/I9 Remdes tirs du feu et de la cendre ; 3. LXIX. Le feu mme a une action mdicale. Il est sr que des feux allums sont trs-utiles contre la peste pro- duite par l'affaiblissement des rayons solaires : Empdocle et Hippocrate l'ont prouv dans mille passages. Il soulage dans les cas de convulsions et de contusions intestinales; tmoin Varron , dont voici les propres paroles : La les- sive, dit-il, est la cendre du foyer; or, cette cendre lixi- viale , prise intrieurement , raffermit la sant , ce que prouve l'exemple des gladiateurs : fatigus d'un long com- bat, ils se trouvent bien de ce breuvage. Le charbon , cette maladie qui nagure, avons-nous dit, nous enleva deux consuls, disparat par l'emploi du charbon de chne broy dans le miel : tant ce qu'on rebute, ce qu'on re- garde comme rien, peut avoir de vertu comme remde ! Le charbon et la cendre en sont des preuves. Prodiges relatifs au foyer. LXX. Je ne puis oublier un trait relatif au foyer, et clbre dans les annales romaines. Sous le rgne de Tar- quin l'Ancien, et auprs de son foyer, la captive Ocrisie, esclave de la reine Tanaquil , vit apparatre un membre viril de cendre , et se releva enceinte du coin o elle tait assise. Servius Tullius , son fils , succda Tar- quin. Il tait encore au berceau , qu'on vit sa tte en- veloppe d'une aurole de flamme , et ds-lors il passa pour fils du Lare domestique : de l les ftes Compitales, et les jeux institus par Servius en l'honneur des dieux Lares. NOTES DU LIVRE TRENTE-SIXIME. CoAP. I, page il 4, ligne 10. Ad quasdam compages telluris visceribus densandas. Il n'y avait pas besoin de montagnes pour cela. Ligne 1 1 . Ad impetus fluminum domandos. Effectivement les systmes de montagnes circonscrivent le cours des fleuves, et lui dessinent comme un bassin. C'est l le seul sens dans lequel l'ide soit vraie ; car ce n'est pas par les montagnes que les inondations sont prvenues. Ligne 12. Fluctusque frangendos . Les vagues viennent se briser contre les promontoires. En un sens plus lev, on peut prendre pour montagnes tout ce qui s'lve au dessus du niveau gnral des eaux , les les, les continens. Ligne 16. Alpes ab Annibale exsuperatas. On connat les beaux vers de Juvnal : Pyrenaeum Transilit : opposuit nalura Alpesque nivesque , Diducit scopulos et monlem rompit aceto. Sat. x, v. i5i. Du reste, nous ne nous engagerons pas dans les discussions n- cessaires pour prouver par quel passage des Alpes le gnral carthaginois se rendit en Italie ; mais on nous pardonnera de ne pis dire comme Dupinet, dans le texte mme , le Grand-Saint- Bernard franchi par Annibal. Page 116, ligne g. Fuerit bealior vila. Apparemment la vie de ceux qui sont employs extraire les marbres , les pierres. Chez les sauvages, o il n'y a pas de mineurs , nous voudrions bien savoir si les hommes des classes infrieures sont fort heu- reux et fort satisfaits de leur sort. NOTES DU LIVRE XXXVI. a5i H, page 116, ligne 17. Marmora... qii velaret, lex nulla lala est. Il et fallu pour cela que le peuple-roi dcrtt, article I er , ou qu'il ne pousserait pas plus loin ses conqutes, ou que les peuples vaincus garderaient leur or, leurs marbres , leurs pierres prcieuses, leurs magnifiques toffes, toutes leurs richesses en un mot , etque la race conqurante serait mal nourrie, mal vtue, mal loge, etc., etc., le tout parce que Fabricius mangeait des pois rouges et Curius des lentilles. III, page 118, ligne 21. Hc et qu sequentur, meliores esse nos prolabunt. Le tout en vertu du principe : iHtas'parcnmm pejor avis lulit Nos nequiorcs, moi daturos Progeniem vitiosiorem. Horace , Od. 6 , liv. m. IV, page 120, ligne 7. Dipnus et Se/lis. Les lgendes en font tantt les disciples, tantt les fils de Ddale, qui, comme on le sait, habita long-temps la Crte. La statuaire ne serait donc pas, comme l'ont tant dit et hi peu prouv les Grecs, ori- ginaire de la Grce ! Ligne g. Sicyonem metallorum patria. Effectivement les chroniques placent Sicyone le sige de l'empire des Telchines antrieurement la prtendue arrive d'Inachus en Argolide. Ligne 12. Qu prius quam absolverentur... impeiratum est. Il est impossible de ne pas reconnatre dans tout ce rcit les traits essentiels d'une de ces vieilles lgendes du premier ge de la ci- vilisation et des religions. C'est un conte d'atelier, mais auquel ceux mme qui contriburent le rdiger, crurent, ou peu s'en faut; les autres, s'ils ne partageaient pas la croyance, laissaient librement circuler le conte, et plus tard ils y crurent. Ligne 17. Fuere autem simulacra ea Apollinis , Dian, Hercu- lis , Minerv , etc. S. Clment d'Alexandrie donne aussi la liste des statues de Dipne et de Scylis : celles d'Apollon et de Minerve , il substitue celles des Dioscures , et place celles-ci dans Argos , celle d'Hercule Tirynthe , celle de Diane Sicyone. Ligne 23. Illpponaclis poei lale . elc. Cette crel satirique a5a NOTES DU LIVRE XXXVI. d'Hipponax a singulirement plu aux Grecs , qui ont prfr le rcit dramatique et paradoxal de la mort de Bupale et d'Ar- chermus au fait bien plus simple du dpit et du dsappointement. Hipponax vivait sous Darius , vers la 60 e olympiade. Il tait d'Ephse. Au nom d'Archermus, quelques polygraphes substi- tuent celui d'Atbenis. Comme Archiloque , c'est l'ambe qu'Hipponax confiait ses humeurs noires : il n'est mme connu que par ses satires ambiques, tandis qu'au contraire Archiloque tait connu par d'autres posies si belles, que les Grecs voyaient en lui un second Homre : l'ambe n'tait donc que son stylet , et la satire qu'un des pisodes de sa vie de pote. \1 Anthologie contient trois pitaphes assez jolies d'Hipponax. Nous en omet- trons une : i. Par Mimnerme. *"2 %shi , (pevyi tcv %tt\a.iini T TV[J.G(f. El f io-o-\ Kfnyvos t khi rd.(k %picr1iil , otpo-v KaBitu , k'v &\* , ci'7ropv , A;i;xaXa>v v TlpebniXtic f[A.ntit\n fyko-ttio. Lib. iv, cap. 9. Ex viva lapidem me di fecere : sed ecce Praxiteles vivam me facit ex lapide. Nous joindrons l'pigramme d'Ausone : Viveham : sum facta silex ! qu deinde polita Praxilelis manibus vivo iterum Niobe. Reddidit artificis manus omnia , sed sine sensu : Hune ego, quum lsi numina, non habui. Epiiaph. , xxviir. Page i3?., ligne 11. Olympumet Pana, etc. Ces statues, souvent reproduites sur les fresques , nous sont parvenues grce la mi- raculeuse rsurrection d'Herculanum. On peut le voir dans les Pitture antiche d"Ercolano (t. I , pi. 8 et 9). Ligne 18. Inter septem miracula. Presque toutes les nomencla- tures de sept merveilles, en effet, s'accordent placer, sur celte liste des prodiges de l'art , le tombeau de Mausole. Mais la plus grande gloire des artistes, vrai dire , c'est d'avoir rig un mo- NOTES DU LIVRE XXXVI. 257 minent funraire tel , que le nom spcial qui eut d le dsigner tout jamais est devenu un nom commun ; mausole ne veut pas dire seulement tombeau de Mausole , il veut dire tout riche tombeau. Comp. , sur ce monument clbre, le comte De Cay- lus, Mm. de VAcad. des Inscr.et Bell, lett., t. xxvi , p. 32 1, etc. , de l'dit. in-4. Page i3/|, ligne 16. Socraiesfecit, UeaUus quant pictor. On assure mme que ce fut le philosophe. Pausanias (1 et IX ) et Diogne La'rce le disent trs-positivement. Diogne La'rce ajoute mme, qu'en opposition aux autres statuaires qui faisaient toujours les Grces nues, Socrate avait reprsent ces desses voiles. On peut, en effet, remarquer que plusieurs de ces mtaphores qu'emploie tout instant Socrate dans Platon , sont empruntes l'art du statuaire. Par exemple , le philosophe aimait beaucoup se com- parer ces figurines des Grces que quelquefois les statuaires enclavaient l'intrieur de leurs figures de Satyres. Ligne il. Zethus et Amphion ac Dirce... ex eodem lapide. On n'attend pas de nous , sans doute , que nous donnions ici les d- tails de toute cette histoire complique , dont Nycte , Epope , Lycus, Antiope, Dirc, Amphion, Zlhus, sont les hros. Nous rappellerons seulement que les deux Antiopides Amphion et Z- lhus enchanent aux flancs d'un taureau sauvage la reine de Thbes, Dirc, qui voulait faire subir ce supplice Antiope leur mre. Le groupe existe encore sous le nom de Taureau Farnse ; mais il a t en grande partie restaur. Quelques connaisseurs le regardent comme d'une excution mdiocre. Cependant la har- diesse et le naturel des poses, cette aisance avec laquelle , sans invraisemblance et pourtant cpmme sans effort, les deux jeunes Antiopides matrisent le gigantesque ruminant , dclent la main des grands matres. Winckelmann ne balance pas faire remon- ter le Taureau Farnse une poque antrieure celle que notre auteur lui assigne, et y voir un monument de l'cole de Ly- sippe. Le Taureau Farnse a t reprsent dans plusieurs re- cueils , entre autres, Maffei (Raccolla di statue, XLVlll) et Millin ( Gai. mjth., cxl , 5i3). Ce dernier ne donne qu'un des cts du groupe. On doit au mme auteur (mais dans un autre ouvrage, ses Pierres graves indites) la connaissance d'un autre xx. 17 a58 NOTES DU LIVRE XXXVI. monument relatif aussi aux deux Antiopides et Dirc. La su- perbe souveraine de Thbes est aux pieds des deux frres qui prpareut son supplice, et implore, mais inutilement, sa grce. h'ex eodem lapide est une circonstance frappante ; elle ajoute, aux autres mrites du statuaire , celui de la difficult vaincue. Un vers de Y Anthologie dcrit avec bonheur une circonstance de ce genre dans un autre morceau de sculpture : E7c X6f H/jl ', Jx*Tiip , Intitoi , fvyo'c , Mut , fA.ker1 1% . Lib.iv, chap. 18. Page i36, ligne 3. Liber paier Eutychidis laudatur. Cet Eutychide tait deMilet, et mourut seize ans (tmoin l'pigramme grecque, cite par Gruter, v. n4i et reproduite en partie par Hardouin). Il ne faut pas le confondre avec un autre Eutychide lou par Pausanias. Ce dernier tait de Sicyone. {Voyez liv. VI de Pausa- nias.) Tous deux du reste taient statuaires. Ligne 25. In Laocoonte... Bhodii. Personne n'ignore que cette clbre statue, chef-d'uvre de l'antiquit, au dire de quelques connaisseurs, existe encore. Elle fut trouve, en i5o6, dans la place des Selle Sale , sous une des votes souterraines , par Flix de' Fredi, qui la cda, moyennant une pension, au pape Jules II , et sur le tombeau duquel se lit encore, entre autres dtails bio- graphiques ou ncrologiques que nous omettons, QVI OB PROPRIAS VIRTVTES I ET REPERTVM LAOCOONTIS QVOD IN VATICANO CERNIS SMVLACRVM IMMORTALITATEM MERVIT. Immdiatement aprs avoir t trouv , le Laocoon a t plac dans la cour du Belvdre , au palais du Vatican , et il s'y trouve encore aujourd'hui. On a contest l'identit du Laocoon que nous possdons aujourd'hui et de celui que Pline dcrit : i, dit-on , les lieux ne sont pas absolument les mmes ; 2 le groupe que Pline mentionne avec tant d'admiration tait d'une seule pice. On peut rpondre la premire objection, qu'en NOTES DU LIVRE XXXVI. aSg quatorze cents ans, et au milieu des vnemens qui ont boule- vers l'Italie, une statue a pu changer de place, et que, d'ailleurs, la place des Sette Sale a fait partie du palais de Titus. A la se- conde raison, on peut rpondre de mme que la statue, encore rcemment sortie de l'atelier du sculpteur, au temps de Pline , ne laissait pas apparatre ses joints comme elle l'a fait depuis. Cette supposition est d'autant plus plausible, que nous-mmes, il y a fort peu de temps que nous savons de combien de mor- ceaux se compose le Laocoon ; c'est Visconti qui nous a rvl qu'il en contient six. Suivant Winckelmaun , le Laocoon se- rait de l'cole de Lysippe. Dans ce cas , il faudrait donc ad- mettre qu'Agsandre, Alhnodore et Polydore (dont on lit les noms sur le marbre) ne furent que des copistes. C'est peu pro- bable. Visconti et Lessing rapportent la confection de la statue au temps des premiers empereurs. On a demand parfois si c'est Virgile qui a inspir les trois sculpteurs rhodiens, ou si les trois sculpteurs rhodiens ont inspir Virgile. Notre avis est que les trois Rhodiens, sans doute, avaient lu leur Virgile ; mais ce n'est point dans l'pisode de ce grand pote qu'ils ont t cher- cher l'inspiration. Qu'est-ce que l'pisode de Laocoon dans Vir- gile? Un beau modle de versification , rien de plus : la descrip- tion des serpens, des enfans, du prtre, est toute matrielle; et s'il existe un effet moral , c'est celui de la sanction accorde par les dieux au mensonge incarne dans la personne de Sinon : Neptune lui-mme dserte la cause de Troie, et se fait complice du guet--pens tram par les Immortels contre la ville de Priam. Dans le Laocoon de marbre , rien de tout cela : indpendamment de cet effroyable spectacle physique de la puissance des reptiles qui enlacent, treignent, matrisent, dvorent et crent, en se jouant, trois agonies, il y a la sublimit morale d'un cur de pre et d'une me d'homme reflte sur le visage de Laocoon. Le seul vu de ce pre mourant, c'est de sauver ses deux fils : il prirait content s'il les sauvait, s'il en sauvait un seul. Mais il sait qu'il ne le peut, et c'est pour s'en plaindre au ciel que son regard se tourne avec tant d'loquence vers le lieu o sont censs siger les dieux. Il y a loin de cette expression sublime au Clamorcs simul horrendos ad sidera tollit. J 7- *6o NOTES DU LIVRE XXXVI. Comp. au reste, sur le Laocoon , outre Winckelmann (p. 844 de Vllist. de l'Art eu allem.), Dupaty [Lettres sur l'Italie) , de Ramdhor (iiber Malerei und Bildhauerarbeit , i re part. , p. 56 et suiv.) , Lessng, Laocoon od. die Schnheit. d. Dichtkunst u. d. Malerei ( beauts de la posie et de la peinture). On connat plusieurs copies du Laocoon : les deux plus belles sont celles de Bacco Bandinelli ( Florence, dans la galerie Sansovino), et celle en bronze qui a t fondue sur un modle au Sansovino. Page i38, ligne i3. Inhonorus est, necin... Hercules. Cette entre en matire a quelque chose de bizarre. Il semble, au premier abord, que Pline devrait dire tout le contraire ; car de quoi est-ce qu'il nous enlretienti ) Des monumens fameux. Ds-lors, pourquoi inhonorus est P Beroald voulait qu'on lt in honore est; Gro- nove, etc., crivaient necin templo Mo. Dans cette sphre d'ides, nous prsumerions que la vraie leon serait : Nec in templo ullo inhonorus est Hercules; ce qui rduit les changemens un simple revirement. Mais nous sommes convaincus que pour peu que l'on rflchisse, on s'en tiendra au texte tel que le donnent les ma- nuscrits. L'Hercule dont Pline parle n'est ni grec ni romain. Il est Carthage, et, qui plus est, il est de Carthage. C'est une antique idole , type qu'il et t sacrilge de remplacer par un type plus lgant et plus gracieux. Ce n'est pas dans l'intrieur des temples qu'il est plac , c'est la porte ; notre auteur le dit deux lignes plus bas. Ds-lors , comment s'tonner de nec in templo ullo F Les deux faits vont merveille : nul mrite sous le rapport de l'art, grand mrite comme effigie antique et sainte de la divinit anthropophage. Sur les sacrifices humains, si fr- quens Carthage, nous n'ajouterons rien ce qui a t dit ci- dessus. Voyez, du reste, Bellermann {Versuch einer Erklrung der Punischen S telle , des Pnulus) et Miinter (Rel. der Carth.). Page i4o , ligne i3. In columnarum spiris, etc. Voyez, dans Winckelmann (Monumenti anlichi ined. , t. Il, p. 269, n. 206), le chapiteau ionique d'une colonne qui fait partie de l'glise de St.-Laurent Rome extra muros. Sur ses volutes, s'aperoivent d'un ct une grenouille, de l'autre un lzard. C'est donc tort que Rezzonico , d'aprs quelques inscriptions anciennes , veut que l'on crive in epistjliis inscripta. Les pistyles sont les ar- NOTES DU LIVRE XXXVI. 26 1 chitraves et non les chapiteaux. 11 est superflu d'ajouter que Saur... et Batrakh... sont, en grec, les radicaux des mots qui veulent dire lzard et grenouille. Page 14.0 , ligne 21. Sunt et in parvis marmoreis famam conse- cuti , etc. Elien ( Hist. div. , liv. i) en raconte autant , et il ajoute qu'un autre sculpteur microscopique cisela un distique lgiaque en lettres d'or sur un grain de ssame (liv. vil, chap. 21). On attribuait aussi Myrmcide un navire qu'une abeille pouvait ca- cher sous ses ailes. V, page 14.2 , ligne 7. Menander etiam diligentissimus luxuri interpres. C'tait, ainsi que Parrhasius, un habrodite jur: In queis Menander Unguento delibutus , vestitu adfluens , Vcniebat gressu delicato et langaido, etc. , nous dit Phdre, dans une de ses fables. Ligne i4- Dicil enim percussum. C'est de Cbrion , cocher d'Hector, qu'Homre dit cela. (Iliade, liv. II, v. 735.) Ligne 21. Si tiburtino lapide fecissetis. C'est une pauvre saillie, et qui ne pourra que faire tort au Cicroniana, quand on s'avi- sera d'en faire un. VI, page i4-4 1 ligne 5. Is obiit oljmpiadis CVI anno II , Urbis Rom anno cccciill. Telle est la leon adopte par Hardouin.Le calcul n'est pas parfaitement juste. L'olympiade 106 commence l'an 356 avant J.-C. , et de Rome 3g8. Il faudrait donc recti- fier le texte de Pline ; mais on sait qu'il y a sur la date de la fon- dation de Rome des systmes divers. Celui que Pline suit ici est videmment le thme qui plaait la fondation de la ville en 758. Voici alors quelle concordance s'tablit: AVANT JSUS-CHRIST. ANS DR ROMR. OLYMPIADRS. 7 58. \ . V 3. :&7- 2. t..;.. 4- 756. 3. VI.. . . 1. 7 55. 4- VI. . . . '2. 358. 4o,. cv.. . . 3. 350. 4o3. CVI. . . 1 . 355. 404. cvr. . . a. 262 NOTES DU LIVRE XXXVI. Du reste, un fait prcieux rsulte de cette assertion de Pline, c'est que certes Scopas , qui fut employ au mausole, ne floris- sait pas, comme le dit notre auteur ( liv. xxxiv, chap. 19), dans la 87 e olympiade. Car, de cette poque celle de la mort de Mausole, il y a quatre-vingts ans; ce qui , eu supposant que /lotissait doive se traduire par avait trente ans , nous donne- rait, dans l'artiste qui prsida aux travaux, un homme plus que centenaire. Quant souponner erreur dans la date de la mort de Mausole , c'est rire. Il est clair , au contraire , que cette mort, si clbre dans toute la Grce, et une poque o la Grce tait littraire, cosmopolite et voyageuse , doit ser- vir rgir les dates flottantes qui se groupent au dessus ou au dessous d'elle. Pense-t-on que Thopompe l'historien, qui rem- porta le prix sur son matre Isocrate pour l'loge de Mausole, ignort la date prcise du trpas de l'objet de ses louanges bien payes ? "VII , page i44, ligne 8. Primum... crusta , etc. Ces plaques de marbre s'appelaient, en grec, TAaxe?, et l'on disait, /*#pf4d.pov txakovv, /j.apfJiif>QV T\.Kco/uo ). On l'appelait aussi marbre sangarique. Etait-ce un marbre ou un albtre gypseux? C'est ce que nous ne pouvons savoir. Les mar- chands de marbres anciens, en Italie, vendent, sous le nom de Palombino , un magnifique marbre d'un blanc de lait , pte trs-fine , ressemblant du lait caill ou de l'ivoire , sans transparence. Il est possible que ce palombino soit le vritable corallitique. On prsume aussi que le grechetto, d'un beau blanc, d'un grain trs-serr , plus dur que les autres marbres blancs , avait du rapport avec le corallitique. Ligne 18. Alabandicus... ad usum viiri. Parmi les marbres an- tiques que nous prsentent les monumens et les collections, nul n'approche de la description de Pline plus que la brche afri- caine fond noir, taches violet fonc ou rouge vif, et blanches veines de noir. Elle est trs-belle et trs-rare. On peut pen- ser aussi quelque varit de brche violette. Il en est qui NOTES DU LIVRE XXXVI. 2G9 remplissent presque toutes les conditions de la description plinienne. Page i54, ligne 22. Thebaicus... sjenites. Ces deux marbres de- vaient se ressembler beaucoup. On croit avoir l'un ou l'autre dans le granit oriental rose petites taches roses , blanches et noires, des collections. XIV, page i56, ligne 8. Mestres. Ce nom ne semble pas bien gyptien : il a toute la physionomie des noms persans, que plus tard la conqute intercala de force dans les vocabulaires memphitique et thbain. Il ressemble surtout celui de Mithras. Le nom de ville qui vient ensuite , Solis urbe ( traduction d'H- liopolis, lui-mme traduction de On), nous donne lieu de pen- ser que Pline aura puis dans une source o le nom gyptien avait t rendu par un nom mdopersan. Sur Hliopolis ou On (aujourd'hui Ain-el-Chams) , voyez nos notes , liv. vi. Ligne 10. Scalptur g/pti sunt lilter. Ainsi Pline, quoique probablement nul prtre gyptien ne l'et admis la connaissance des mystres que leur obscurantisme cachait si obstinment sous le boisseau, ne s'imaginait pas que l'criture gyptienne ft symbolique , comme nous l'avons cru si long- temps , c'est--dire kyriologique. Il sait que l'Egypte a un al- phabet phontique , dont chaque lment indique une articula- tion ou un son, et non un rpertoire d'images ou naturelles ou mtaphoriques par lesquelles on prtend peindre une ide. JEgypti litter , le mot est formel ; il va plus loin : Effigies osgjpti sunt litter , ces figures sont des lettres. Ligne 12. Sochis, ou plutt Sothis. Ce nom se retrouve lgre- ment dfigur dans la liste laterculaire d'Eratosthne, qui, comme on le sait, contient non pas des rois, mais des gnies subalternes, chargs chacun de la prsidence de dix jours de l'anne, et dont Saumaise etFirmicus ont dress des listes dites dcanographiques, parce que les personnages divins dont les noms y sont ports sont tous des dcans (fKttvot , de frnct, 10, chefs de 10 degrs du zodiaque). Sothis, eu particulier, est l'toile Sirius. Le cycle so- thiaque portait sou nom. Il a donc bien droit rgir la cit du Soleil. 270 NOTES DU LIVRE XXXVI. Page i56, ligue i4- Ramises. Le vrai nom est Kaiii.sc. L'Egypte eut un grand nombre de rois de ce nom. La dix-huitime dynastie seule en prsente dj cinq. Le grand Ssostris aussi s'appelait Ramss, Uamss-Meamoun. Aujourd'hui l'on sait que le Ramss, auteur de cet oblisque, est Ramss III, qui rgnait vers i56i. Ligne 16. Mneiidis. Ce Mnvis n'est autre que le noble dieu- buf, ador par les habitans d'On , comme Apis l'tait par ceux de Memphis. Il y avait entre les deux taureaux sacrs cette diffrence, que l'un tait cens l'incarnation du Soleil, tandis que l'autre tait cens l'incarnation de la Lune , ce qui n'empchait pas que d'autre part on ne le regardt comme l'incarnation d'Osiris, qui est le Soleil , et l'poux d'Isis, la Lune. Sans la foi , les Egyptiens eussent pu trouver ces deux assertions contradic- toires. Mais , la foi aidant , les Pastophores et les Hirogram- males expliquaient trs - dextrement la contradiction, et prou- vaient, par exemple, que puisque Osiris tait le Soleil , il tait dieu suprme; or, un dieu suprme est tout, est dans tout, est partout. Donc, il est et mle et femelle, il est et soleil et pla- nte , il est et soleil et lune : quoi de plus logique et de moins surprenant? L'Egypte avait encore un troisime buf non moins divin , Omphis, qu'on croit le mme que Racis ou Pacis : car si par hasard ils diffraient, il faudrait en compter quatre. Il est vrai qu'en pareille affaire, il n'y a que le premier pas qui cote, et, une fois admis Apis, le premier pas est franchi. Mais comme le dit Virgile : Numro clous impare gaudet. ' Eclog. vin. Nous ne quitterons pas le lecteur sans lui faire savoir que pa- ralllement ces trois ou quatre taureaux, broutait et recevait l'encens une vache divine uommc Ah , et reprsentante de la desse Nuit primordiale Routo , habitante des eaux brumeuses , vaseuses et marcageuses du lac Rourlos. C'tait, on le voit, une polyandrie animale. Page i58, ligne i. Zmarre... a Raphio. Ces noms ne se trouvent pas dans les listes que nous ont conserves Hrodote et Diodore. Ne serait-ce pas simplement que les noms ont t mutils? Zmarrs ressemble beaucoup soit Mris , soit l'Ammerrs de la Chro- NOTES DU LIVRE XXXVI. 271 nique d'Eusbe (Mifra ou Mfr des monumens) : et il n'y a pas d'absurdit voir, avec Hardouin , dans Eraph le Pharaon Ho- phra de Jrmie (xlv, 3o de la Prophtie) , Ouafrs de la Chro- nique d'Eusbe, et Apris d'Hrodote, copi ensuite par presque tous les crivains grecs. Page i58, ligne 4- Neclhebis. C'est indubitablement leNectancb de Cornlius Nepos {Vie de Chabrias). On reconnat dans ce nom le radical gyptien et oriental Nab, qui chaque instant revient dans les noms de Naboukhadnezar, Nbo-Pout-Aar, Neb-Aar- Dana, etc. , etc. , et surtout Anbo (Anubis). Page 160, ligne 8. Is autan obeliscus, etc. Suivant Kircher, ce serait l'oblisque que Sixte -Quint fit dterrer et placer devant l'glise de la Madonna dcl Popolo ( la Porte du peuple). Ligne g. A rege Semneserteo. Il parat que ce roi succda (Voyez Diogne Laerc.e, liv. vin, chap. 3) Amasis. Il est probable que son nom a subi d'tranges altrations. Kircher or- donne de l'crire Psamma-Mirte. Nous ne savons non plus o il a t chercher ce nom. Ligne 10. LXXXII pedum, et dodranlis. Boscovich, et aprs lui Brotier, crivent LXXXII pedum, et dodrands, ce qui est plus exact : car l'oblisque, mesur par Kircher, s'est trouv avoir cent-dix palmes romaines de hauteur. Quelques ditions portent centum et viginti pedum. Ligne 11. Prter basim. Le pidestal tait de quatre pieds trois quarts romains, et la pointe de l'oblisque s'levait ainsi de quatre-vingt-sept pieds et demi au dessus du sol. Comp. le manuscrit indit de la bibliothque de Vienne, intitul Imperia Csarum. XV, page 160, ligne 16. Ei, qui est in Campo... ad deprehenden- das solis umbras. Ce magnifique monument de la sculpture et de l'architecture gyptienne , tait enseveli dans les fondemens de quelques masures, lorsque le pape Benot XIV l'a fait dterrer. Bandini publia, peu de temps aprs, son trait delV Obelisco di Cesare Augusto (Rome, 1750, in-folio), prcieux et par ses propres rflexions et par les lettres de Stuart et de Boscovicli. Auguste , en faisant dresser dans le Cirque ce gigantesque a 7 a NOTES DU LIVRE XXXVI. gnomon , si digne de la majest du peuple romain , y fit graver l'inscription suivante : IMP. (LESAH. DIV. F. AVGVSTVS. PONTIFEX. MAXIMVS. IMP. XII. COS. XI. TRIB. POTEST. XIV. jEGYPTO. IN. POTESTATEM. POPVLI. ROMANI. REDACTA. SOLI. DONVM. DEDIT. Page 160, ligne ig. Cuiparfierel, elc. Cui se rapporte, non pas obeisci, mais bien a strato lapide. En effet, le jour du solstice d'hiver, midi, l'ombre tait deux fois et un cinquime plus lon- gue que l'oblisque. Galliani , sous le pseudonyme de Freeman , s'est vertu trouver dans ce passage de Pline des absurdits qui ne s'y trouvent pas, et s'est fait vivement relever par Boscovich. Page 162 , ligne 10. Tertius Rom.... Soli sacravit. Celui qu'il nomme ici le troisime , est l'oblisque de Mestrs, arriv dans Ostie sous Caligula. Il est aujourd'hui sur la place de Saint-Pierre. On en estime le poids dix mille quintaux. Le reste de l'alina est fort ambigu. Il est probable que remanet implique l'ide de rester en Egypte. On peut s'tonner que Pline n'ajoute rien ce qu'il vient de dire de Caligula. L'histoire des oblisques ne devait pas tre termine l pour lui. Claude en fit encore venir deux autres, et tous deux furent dresss devant le mausole d'Auguste. Ajou- tons que la manie des oblisques ne s'arrta pas avec la dynastie des Csars. Les deux , les trois sicles suivans virent se multi- plier les translations d'oblisques. Lorsque la rsidence impriale eut t transfre Byzance , dsormais consacre sous le nom de Constantinople , on fit venir des oblisques dans la capitale nouvelle. Il y en avait un dans l'Hippodrome. Sous Constance, on transporta encore Rome un norme oblisque, celui, dit-on, devant lequel s'tait arrte la fureur de Cambyse. Aure- lius Victor assure que, de son temps, on en voyait quarante- NOTES DU LIVRE XXXVI. a 7 3 quatre. Aujourd'hui ou en compte encore dans Rome treize de- bout. Un fait curieux , c'est que les Romains , non contens de transporter grands frais des oblisquet tout faits, prtendirent aussi en faire. D'abord ce furent de riches courtisans , des gou- verneurs de province qui protestrent ainsi de leur dvoment la personne sacre de l'empereur, et qui, du fond des immenses satrapies qu'ils 'exploitaient comme un concessionnaire exploite sa mine, envoyaient aux Csars ces lgres marques de leur v- nration. Ensuite on en fit dans Rome mme. Tel est l'oblisque Sallustien, dtestable copie de celui de la Porte du peuple. Moins d'inlgance et de fautes dparent l'oblisque Barberini , qui porte les noms d'Adrien , de Sabine et d'Antinous ; l'oblisque de Bnvent, o se lisent ceux de Vespasien et de Domitien, et plus bas celui d'un Lucilius ; l'oblisque Albani , o est inscrit le nom de Sextus Rufus, parfaitement inconnu des modernes. En voyant ainsi les Romains, ou les excuteurs des caprices des Romains, fabriquer pour leurs matres des oblisques, on se de- mandera peut-tre si les Grecs aussi ne s'essayrent pas dans ce genre. Oui, mais seulement en Egypte, et en s'attachant aux rgles, c'est--dire ce qu'ils pouvaient deviner des rgles de l'obliscodomie gyptienne. Aussi le style et les proportions des oblisques pharaoniques se reconnaissent-ils dans ceux des La- gides, quoique les dimensions soient loin d'tre les mmes; et les inscriptions sont-elles traces en hiroglyphes, tandis que ceux des Romains portent les caractres et parlent la langue du peuple-roi. Toutefois l'oblisque trouv Philse , o il avait t rig en l'honneur de Ptolme Evergte II , et des deux Br- nices ses femmes , portait sur le socle qui le soutenait une in- scription grecque relative au motif et la circonstance qui avaient dcid l'rection du monument. Nous ne pouvons ter- miner cette note , dj bien longue , sans dire quelques mots des principes gyptiens qui prsidaient la fabrication de l'oblisque : i d'ordinaire , ils taient de granit rose ; i ils taient faits d'une seule pierre ; 3 leur figure , qu'il faut voir dans un ouvrage gravures, est un prisme triangulaire tronqu, dont les deux bases s'lvent perpendiculairement au sol que cache un des plans de la priphrie : les deux plans quadraugulaires qui restent sont plus XX. 18 a 7 4 NOTES DU LIVRE XXXVI. ou moins inclins l'horizon , et tendent se rejoindre par en haut; 4- l'oblisque mme pose sur un pidestal (ou socle) sim- ple et carr , mais plus large que la base de l'oblisque mme ; 5 des deux oblisques qu'on transporte en ce moment de Louqsor Paris , l'un a de hauteur soixante-douze pieds , de ct la base , six pieds deux pouces ; l'autre s'lve de soixante-dix-sept pieds au dessus du sol, et a de ct sept pieds huit pouces (on en connat qui ont plus de cent pieds d'lvation) ; 6 les artes sont fort vives et bien dresses ; mais 7 leurs faces ne sont pas parfaitement planes, et c'est dessein qu'a t commise cette espce d'irrgularit (si les faces taient planes, elles paratraient concaves l'il : la convexit compense l'illusion d'optique) ; 8 chaque face est orne d'inscriptions hiroglyphiques en creux ; 9 le sommet se termine en lgre pyramide , dite pyramidion ou pyramidelle , dont les quatre cts reprsentent des scnes religieuses expliques aussi par des inscriptions; io les inscrip- tions hiroglyphiques sont en ligne perpendiculaire, quelquefois au nombre de trois, quelquefois rduites une seule, et indi- quent le nom du roi constructeur de l'oblisque , le dieu en l'honneur duquel il l'rigea, quelquefois une espce de dialogue entre le royal personnage et le personnage divin qu'il gratifie ainsi d'un petit monument. Quant au but des oblisques, nous ne pouvons ici entamer ces questions. Bornons-nous donc dire, en deux mots, que presque toujours ce furent des ftiches gigantesques analogues ces cnes, ces cylindres grossirement significatifs que Cypre, la Syrie et l'le de Sardaigne ddirent, comme qui mieux mieux, leurs grandes dits. XVI, page 162, ligne 17. Qw'ppe quum... insidiantibus prbe- rent. Il est bien avr aujourd'hui que les pyramides taient des tombeaux, des tombeaux de rois. Les Pharaons avaient leur ca- veau de famille , comme nos souverains ont leur Saint-Denis. Quant au but de cacher leurs trsors , de deux choses l'une : ou il ne fut qu'accessoire , ou il resta toujours secret. Toutefois , pour en dire notre avis, nous croyons que telle fut plus d'une fois l'intention cache des princes qui firent ces gigantesques en- NOTES DU LIVRE XXXVI. a 7 5 treprises. Peu de lieux taient plus aptes recevoir des trsors qu'il fallait soustraire tous les yeux: i la majest mme de la religion et la vnration superstitieuse qu'inspire l'ide de mort devaient arrter les tmraires visitans; 2 personne qui l'on ft oblig de confier un secret n'habitait cet asile tnbreux de la mort ; 3 l'entre tait cache avec soin sous le revtement ext- rieur ; 4 une fois mme qu'on tait entr , on avait traverser de longues galeries souterraines , puis il fallait descendre daus des puits. En un mot , il tait impossible quiconque ne poss- dait pas la carte du lieu, de pntrer, et surtout de pntrer uti- lement dans cette uigmatique retraite. Ajoutons que plusieurs mythes antiques se runissent pour donner le plus haut degr de vraisemblance accidentelle cette ide. Tel est , entre autres , celui de Ramsinit, ce roi qui rend visite Crs aux enfers, en revient avec une serviette d'or, puis se fait construire un laby- rinthe, par deux frres, pour y renfermer ses trsors. Mais les architectes infidles se rservent une entre particulire, ignore du roi, et, chaque nuit, le volent impunment , etc. Nous nous arrtons, car les dtails de cette lgende nous entraneraient trop loin. Les Grecs en ont su quelque chose ou ont brod sur un mme thme : car toute l'aventure des deux frres Agamde et Trophonius, qui font un trsor pour le roi Hyrie, n'est que la contre-preuve du rcit que nous venons d'indiquer nos lecteurs. Page 162, ligne 20. Ne plebs esset otiosa. 11 est prsumable que c'taient des peuples vaincus et faits prisonniers que l'on em- ployait ces travaux immenses. La Bible l'indique en effet, lors- qu'elle nous montre les Hbreux accabls sous le poids des plus lourds fardeaux , en Egypte , et obligs de construire de vastes maisons leurs tyrans. XVII, page 164, ligne 10. Ante has est sphinx. On le voit encore , mais il est en partie enterr sous les sables : encore l'a- t-il t bien davantage. Jusqu'au voyage de M. Cavaglia, on n'en apercevait que le cou et la tte qui ont ensemble vingt-sept pieds de hauteur. Le hardi voyageur a dblay toute la partie an- trieure de l'emplacement occup par la gigantesque statue. ( Voyez , pour les renseignemens dj anciens , Pococke , Des- 18. 276 NOTES DU LIVRE XXXVI. cription ofihe East , t. I , p. 4-6 ; Shaw, Voyages , t. il, p. 1 5?, et le grand ouvrage de la commission d'Egypte.) M. Cavaglia, en mettant nu la partie antrieure du sphinx , a trouv , sur une des pattes de l'animal , une inscription laquelle la signa- ture d'Arrien fait que l'on attache un nouvel intrt. Page 164.7 ligne *8. Trecenta LX hominum millia... produntur. En portant 3oo le nombre des journes de travail par an , ce serait donc pour l'rection de cette masse , la plus considrable que l'architecture ait jete sur le sol, 36oooo X 3oo X 20, c'est-- dire 1 milliards 160 millions de journes de travail humain, qui auraient t consacres l'achvement d'un travail en dernire analyse strile et absurde, tout imposant qu'il est. Page 166, ligne 2. Amplissima octo , elc. Cette valuation est loin d'tre au dessus de la vrit, quoique l'on ne puisse mesurer exactement un ct de la base de la pyramide, cause des sables dans lesquels elle est ensevelie. Toutefois, depuis que les mesures exactes , prises par la commission d'Egypte , ont rabaiss de 0,2 pieds les calculs errons de Gemelli, qui portait la hauteur de la pyramide de Chephren 52o pieds , et de 5o ceux de Sa- vary, qui lui en accordait 480 (mesure exacte 428 pieds 3 pouces 2 lignes de hauteur perpendiculaire) , on peut croire que chaque ct de la base est d'au moins 54o pieds ou 167 mtres, d'o l'on peut conclure, pour la surface carre qu'occupe le monu- ment, 27889 mtres carrs ou 2.7889 hectares. Or, le jugerum des Latins galait 25.208010 ares, c'est--dire environ le quart de l'hectare. Les 2.7889 hectares quivaudraient donc 1 1 ju- gerum. Pour qu'il n'y en et que 8, il faudrait que chaque ct de la base n'et que 142 mtres (142 X i4 2 ^ 20164 ou 2.0164 hectares, ou 201.64 ares; ce qui, 2 mtres carrs prs, = 8 X a5.2o8 ares). Les 25 mtres que nous avons donns de plus chaque ct de la base ont ajout la superficie ci- dessus exprime ou 20,164 mtres carrs. i. a5 X 2 ^ mtres carrs, ou . 625 \ a . Le double produit de a5 m. / 7>7 a;> par i4 ou 100 par 71, ou 7,100) Total gal 27, 8&) NOTES DU LIVRE XXXVI. 277 Page 166, ligue 7. Tertia... mu! ta spectatior. Parce que son re- vtement tait tout entier de marbre de la Thbade. Les Arabes l'arrachrent, dans le moyen ge, pour en construire d'autres difices. Non loin , se trouve une quatrime pyramide , mais de si petite dimension , que plusieurs oblisques la surpassent en hauteur. Ligne i3. Aliienim vitro ac sale , etc. 11 n'y a pas besoin de r- futer cette hypothse , laquelle , d'ailleurs , nous ne voyons pas que Pline attache la moindre importance. Ligne 18. Mensuram altitudinis earum.... invenii Thaes, etc. On peut encore ranger ceci au nombre des fables imagines par la vanit grecque. Un procd si simple ne pouvait tre ignor des sages de l'Egypte, si habiles, on ne peut le nier, dans la go- mtrie pratique, dans l'orientement, et dans quelques autres parties de l'astronomie vulgaire. Tout au plus pourrait-on ad- mettre que, quand Thaes alla s'instruire en Egypte, il fut inter- rog sur la gnomonique , et que l , entre autres problmes d'enfans , on lui donna celui de la hauteur des pyramides r- soudre. Ligne 23. Rhodope. Celle dont un aigle enleva un jour la pan- toufle , pour la laisser tomber prcisment sur la robe du roi Psammtique , qui tait en train de juger. La petitesse de cette pantoufle causa des distractions au monarque, qui bientt fit pu- blier par toute l'Egypte qu'il aspirait la main de celle dont le pied se trouverait l'aise dans la pantoufle. Rhodope vint bientt rclamer sa chaussure. ( Voyez lEN, Hist. d/', , XIII , 33.) XV11I, page 168, ligne 2. Magnifuatur et alia introitum. C'est la fameuse tour du Phare, qui , elle aussi , fut range parmi les merveilles du monde. Sa hauteur parat avoir dpass quatre cents pieds. On y avait pratiqu divers tages, soutenus par des colonnes de marbre. Elle tait situ sur un rocher, a l'entre du grand port (Alexandrie avait deux ports), et dans l'le qui dut au monument mme le nom de Phare. Les 800 talens faisaient , de notre monnaie, 4,480,000 fr. XIX , page 168, ligne i5. Dicamus etlabyrinthoi , etc. Le grand 278 NOTES DU LIVRE XXXVI. labyrinthe d'Egypte a t admirablement dcrit par M. Letronne, d'aprs les tmoignages runis d'Hrodote , de Diodore et de Strabon. En voici les principales circonstances , non mention- nes par Pline: i un grand mur d'enceinte; 2 deux tages; 3 douze immenses salles qui communiquaient ensemble, par des portes places les unes vis--vis des autres; 4 trois mille chambres, dont quiuze cents dans la partie suprieure , quinze cents sous terre (ces dernires servaient de demeures spulcrales). L'ori- gine des labyrinthes se perd dans la nuit des temps. Elle ferme le passage des constructions dans le roc aux constructions sur la surface de la terre , constructions qui , dans un nombre consi- drable de pays , ne sont venues qu'aprs les autres. (Se rappeler ici et lavra, \avf>& , dans les anciennes langues, galerie souter- raine, et l'origine mridionale de la civilisation gyptienne, et ces Troglodytes mi-chemin de l'Abyssinie-Nubie (Mro) et de la mer Rouge.) Il parat que c'est aux Arabes qu'il faut attri- buer la destruction du labyrinthe. Page 172, ligne 16. Quum crelici... exstent. Tournefort pourtant a cru retrouver ce labyrinthe dans une vaste caverne, dont l'entre est prs d'Hagios-Deka (non loin de l'emplacement de Gortyne), et qui , par mille dtours , s'tend dans la profondeur de l'Ida. Parmi une infinit de rues souterraines qui mnent des espces de recoins ou culs-de-sac , il se trouve une alle principale , longue d'environ douze cents pas, et qui aboutit une grande et belle salle, de sept huit pieds d'lvation. Nul doute que ce ne soit l un antre naturel, agrandi par les hommes, et, notre avis, une vritable ville ou place d'armes souterraine, analogue aux innombrables grottes de la valle d'ipsica en Sicile. Toutefois il faut noter que rien n'est moins prouv que l'identit de la ca- verne de Gortyne et du labyrinthe de Cnosse. Ligne 17. Italicum... Porsena... fabulosas. Ce passage est classique , et tout en est noter. Voil donc un labyrinthe qui , comme les pyramides , se rduit au rang de grand palais spul- cral. Il n'est pas impossible non plus que telle ait t , au moins pendant un temps, la destination du labyrinthe de Crte, quoi- que pourtant ce que la mythologie en dit autorise plutt pen- ser que , comme dans les principales villes de l'Egypte , on y NOTES DU LIVRE XXXVI. 279 entretenait un taureau sacr. Le plase sur le sommet du mo- nument, et les clochettes, constituent un rapport bien tonnant avec l'architecture symtrique des Chinois. Page 174 -, ligne 8. Ut Dodonce olim factum. Rien n'est plus c- lbre que les clochettes et les cymbales dodonennes, si connues sous le nom d'airain de Dodone. Agites par le caprice des vents, elles passaient pour rvler l'avenir, tant par la qualit de leurs sons , que par leurs entrechoquemens divers. Ce mode d'oracle s'appelait codonomancie ou divination par les clochettes, et cer- tes n'tait pas plus ridicule qu'un au Ire. XX, page 174.1 ligne 17. Legiiur et pemilis horius. Il s'agit probablement des jardins suspendus de Babylone , les plus c- lbres sans contredit de tous ceux dont il est fait mention dans l'antiquit. I>e nos jours , ceux qui ont visit les ruines de Baby- lone, ont cru retrouver, dans des pans de murs, les fondemeus des galeries qui devaient soutenir les jardins suspendus. Immo vero tourn oppidum , etc. Il ne s'agit plus ici de suspen- sion vritable. Ce n'est pas la ville qui est eu l'air, ce sont de vastes et longues excavations qui ont t pratiques sous la ville. A ce compte , quantit de palais seraient suspendus , quantit de cathdrales seraient en l'air, la Tamise, aujourd'hui, coule- rait entre ciel et lerre. Au reste , nous admirons l'expdient. Il pouvait admirablement servir le monarque en cas d'insurrec- tion flagraute , et il a t imit bien des fois pendant les guerres sanglantes le la fodalit. XXI , page 176, ligne 1 1. Una a Scopa. Winckelrnann corrige uno e scapo. Cette correction est inutile ; car, lors mme que l'on admettrait que Scopas ne vivait plus l'poque o fut lev le temple d'Ephse (ce que nous n'admettons pas), il serait parfai- tement possible qu'un des rois ou des tats qui envoyrent des colonnes toutes faites et toutes ciseles au temple d'Ephse, en ait envoy une de la faon de Scopas. XXIII , page 1 78 , ligne i5. Tunes sepiem acceptas voces... eadem vox ledditur. Pliue indique ici , mais sans les diffrencier , deux 8o NOTES DU LIVRE XXXVI. espces d'chos , qu'il ne faut pas confondre : i l'cho simple qui rpte une seule fois la mme ou ls mmes syllabes ; 2 l'cho multiple qui rpte plusieurs fois la mme ou les mmes syllabes. Il est possible qu'un cho simple rpte un grand nombre de syllabes. Tel tait celui du parc de Woodstock , en Angleterre , qui, suivant le docteur Plott, rptait dix-sept syllabes le jour, et vingt la nuit. Au contraire , il peut se faire qu'un cho mul- tiple ne redise qu'une seule et mme syllabe , mais la redise satit. Tel tait celui dont parle Barthius (notes sur la Thba'tde de Stace, vi, 3o), et qui rptait jusqu' sept fois les paroles que l'on y prononait. Cet cho plit encore devant celui du chteau Simonette, qui, selon Kircher, Scholt et Misson , rp- tait quarante fois ce qu'on disait, et celui qu'Addisson mentionne comme visit par lui en Italie, et comme rptant, mme par un temps de brouillards , cinquante-six fois le bruit d'un coup de pistolet. Mais l'autorit d'Addisson ne nous semble pas suffisante pour nous faire croire ce retentissement multipli. XXIV, page 180, ligne 12. Inter magnifica basilicam Pauli. Elle fut leve, l'an de Rome 703, au milieu du Forum. Le Paul (L. milius Paulus) en question avait t consul l'anne mme avec C. Marcellus , le fameux ennemi de Csar. Comp. Plu- TARQUE, Vie de Csar; DlON CASSIUS , liv. XLIX ; ClCRON , liv. IV, lettre xvi Alticus. Une mdaille de la fa mi, le Emilia , dans Patin (de Fam. romanis, pag. 7), relate l'rection de ce monument. Page 184., ligue 18. Caii et Neronis... aurea. Le palais de Nron occupait le Palatin et la presque totalit des Esquilics. Les Ro- mains , qui jusque-l n'avaient pas t habitus voir de grands espaces au milieu de leur ville envahis par des constructions en faveur d'un seul particulier, s'tonnrent beaucoup d voir Nron s'adjuger environ une lieue carre (soit seize kilomtres carrs) de terrain pour y lever palais , pavillons , petites co Unes artifi- cielles , jardins parcs et tangs , etc. Unaqnc jam tota stabat in Urbe domus , s'crie avec indignation Martial, le tout pour flatter Domhien , NOTES DU LIVRE XXXVI. 281 non moins cruel , non moins despote que Nron dans tous ses gots , mais moins artiste. Page 186, ligne 23. Cavea ipsa cepil , etc. L'amphithtre de Vespasien Rome fut plus grand encore , puisque , dit-on , il contenait quatre-vingt-sept mille spectateurs assis. Mais ce n'est pas encore le plus grand de tous. L'amphithtre de Catane a un tiers de plus que celui de Vespasien. Page 190, ligne 18. Ut pensiles tribus faceret. Brotier corrige ici ut pensiles sint tribus. Capperonnier , avant lui , avait pro- pos apud pensiles tribus. Voyez Mm. de V Acad. des Inscript, et Bell.-leit. , t. xxiii , p. 378 de l'd. in-4 . Page ig2 , ligne 5. Q. Marcius Rxfecit. L'opration primitive datait de l'an de Rome 610. {Voyez Frontin, Aqueducs, liv. I.) Q. Marcius Rex ne fit donc que restaurer l'ouvrage qui avait t endommag par un laps de temps de prs de quatre-vingts ans, et lui imposer son nom. Ligne i4- Annuo spatio. Ici Brotier s'crie, en latin (et nous ne pouvons que faire des vux en franais, pour que nos gou- vernemens, quels qu'ils soieut dsormais, profitent de l'exemple) : Voil qui est vritahlement romain! Jamais, Rome, les tra- vaux n'ont march avec lenteur. Toujours , ils ont march avec la rapidit de l'clair. Page ig4? ligne 5. Quamois deslitutum successoris odio. Ce que Nron n'avait pas voulu continuer, Adrien eut le mrite de l'a- chever. ( Voyez SPARTIEN , dans Y Hist. Aug. , Vie d'Adrien.) Ligne i3. Nam portus osliensis opus prtereo : item, etc. Tous ces beaux et utiles travaux prouvent que Claude , tout inepte qu'il fut comme homme d'tat, au milieu d'un monde aussi cor- rompu, n'tait dpourvu ni d'excellentes vues, ni surtout du ta- lent de les mener bien par des choix convenables. Il est tout-- lait dplorable qu'un tel homme ft sur le trne, et entour de Messalinc , d'Agrippine , de Callisle et de Pallas. Mais si on en t tait un directeur des travaux publics, ou un membre corres- pondant d'une acadmie de corps savant , il est hors de doute (ju il et pu rendre des services. Conclusion (et ici nous ne res- semblons point Snquc qui, une fois l'empereur difi, l'aide des bolets et des secours que lui administrait Agrippine , se mit. 282 NOTES DU LIVRE XXXVI. crire l' Apokolokjntse) , les prtoriens eurent tort, le jour o Caligula fut tu par le rpublicain Chra et ses amis, de mettre sur le trne le mannequin imprial qu'ils trouvrent ca- ch et tout tremblant derrire la tapisserie. XXV, page 196, ligne 8. Sideritin ob d..... appcllant. Effective- ment l'aimant (dont tout le monde doit voir qu'il est ici question) est un minerai de fer, vulgairement nomm fer oxidul compacte (ou oxidum ferroso-ferricum') , compos de deux atomes de tritoxide de fer et d'un atome de deutoxide de fer ( en poids , oxig. 28, fer 72), parfois mlang d'un peu de titane ou d'un sous-silicate de fer hydrat , lui-mme mlang de sous-silicate d'alumine. La puissance magntique de l'aimant ne tient nulle- ment toutes ces particules trangres qui s'y trouvent mles. Elle tient uniquement la composition de l'oxide. Ligne g. Heracleon. Ce nom de pierre hraclenne est attri- bu, par quelques auteurs, au gisement ou la patrie prtendue du minerai. C'est Hracle de Magnsie, dit-on, qu'il se trou- vait ou qu'on le montrait. De l deux noms donns la pierre, magnes et heracleos (c'est ainsi que l'on dit du vin de Maon et du vin de Bourgogne, fort souvent, pour dsigner le mme vin). Il nous semble, pour nous, que l'ide de pierre herculenne est plus dans l'esprit des anciens. Comparez Hesychius , et au bc- soiu Platon (/on), o, pour expliquer l'inUuencc que la posie exerce sur tous ceux qui lisent ou entendent rciter des vers, il compare le pote l'aimant, l'explicateur principal ou rhapsode qui en dveloppe les beauts, en les chantant, au fer que l'ai- mant attire, puis doue de sa propre vertu, et enfin la foule celte innombrable quantit de petites aiguilles qui peuvent tre suspendues les unes au bout des autres , aimantes chacune par celle qui prcde , et chacune aimantant celle qui suit. Ligne i3. Qunque gnera... Magnesia Asi. Ce ne seraient au plus que des varits. Aujourd'hui on le distingue en cris- tallis, arnac ( sous forme de sable mlang de diverses sub- stances ) , en rognons ( dissmin dans des roches talqueuses ) , laminaire, granuleux , eu masse, terreux et tilanifere. Sa couleur varie beaucoup, mais presque toujours elle est d'un gris tirant NOTES DU LIVRE XXXVI. a83 sur le noir. L'aimant constitue des dpts considrables dans les terrains anciens , et appartient quelquefois au gneiss indpen- dant , aux micaschistes , aux amphibolites et leurs schistes onctueux. 11 est aussi trs-commun , dissmin en nids ou en cristaux dans les roches amphiboliques et serpenlineuses des terrains de gneiss et de micaschistes , dans les sinites et les grunsteins porphyriques intermdiaires, dans les trachytes, dans les basaltes et les tufs basaltiques des terrains igns, et dans les sables titaniferes des ruisseaux et des rivires. Aprs cela, sans doute, on ne sera pas tonn de ie rencontrer tantt en bancs puissans, qui souvent se rptent plusieurs fois dans l'tendue en hauteur d'une mme montagne, comme en Sude, en Nor- vge, en Hongrie, dans le Pimont, les monts Oural, les Alta, aux Etats-Unis, etc.; ni mme que quelquefois ses amas soient assez volumineux pour former eux seuls des montagnes en- tires , comme Taberg , eu Sude , dans la province de Sma- land. L'aimant est une des mines de fer les plus riches et les plus faciles traiter. Page iq6, ligne 17 . Diffrentiel prima, etc. Cette distinction en mle et femelle est absurde, comme toutes ces ides orientales sur le feu mle et le feu femelle, l'air mle et l'air femelle, etc. On voit seulement que les anciens voulaient s'expliquer la diffrence de force attractive des aimans. 11 vaut mieux, en pareil cas, se borner confesser son ignorance. Au moins, on ne court risque d'garer personne. Disons, avant d'abandonner ce sujet, que peut-tre n'est-ce pas toujours de vritable aimant que les an- ciens ont pris pour tel , mais du nikel arsenical ou du cobalt ar- senical. Ces deux substances tirent sur le blanc, et ont une puis- sance magntique faible. Page 198 , ligne 2. llmalilcs magnes. Ce n'est pas un minerai oxidul, mais tantt une varit de fer hydroxid (varit que M. Bcudant appelle hydrate de fer stalacti tique mamelonn, parce que, effectivement, on la trouve pour l'ordinaire en masses sta- lactiliques mamelonnes leur surface) , tantt une varit de fer peroxid. Ces deux varits se ressemblent, i parce que toutes deux s'offrent le plus souvent en stalactites mamelonnes ; 2 parce qu'elles ont un clat vitreux et lgrement soyeux ; 3 parce a8', NOTES DU LIVRE XXXVI. qu'elles sont extrmement riches en fer (surtout le peroxide); 4- parce qu'elles sont formes en grande partie de triloxide de fer. Elles diffrent i en ce que, dans l'une (le peroxide), le tritoxide de fer n'est pas mlang d'eau ; tandis que, dans l'autre, il y a par deux atomes de tritoxide, trois atomes d'eau (ce qu'expriment les formules F e pour la premire, F e* A g 3 pour la seconde) ; 2 en ce que le peroxide est rouge, tandis que l'hydroxide est brun. Toutefois et l'une et l'autre, dans l'usage, sont dsignes par la dnomination commune d'hmatite ( comme qui dirait pierre de sang ou sanguine) , et on ne les distingue que par les pithtes de rouge et de brune. L'hmatite rouge acquiert la vertu magntique lorsqu'on la chauffe. Page 198, ligne 5. Mihiopici argumentum est , quvd magnelem quoque alium, etc. Il est probable que les possesseurs de cette pr- tendue varit savaient distinguer les deux ples de l'aimant, et ne plaaient vis--vis du magns qu'ils voulaient attirer, que le ple d'lectricit contraire. Comp. la note suivante. Ligne 10. Lapidem theameden.... respuitque. Brotier a tort de parler ici de la tourmaline ( long-temps aimant de Ceylan), qui , comme on sait, acquiert trs-vite, par l'action du feu, la force lectrique. Trs-certainement la thamde n'est qu'un aimant or- dinaire , dont les propritaires faisaient toujours apercevoir le ple ngatif. Nombre de charlatans, en Egypte et dans l'Asie- Mineure , excutaient sans doute le tour qui consiste attirer et repousser successivement, et volont , le fer l'aide du bar- reau aimant, tour non moins merveilleux que celui des serpens changs en baguettes et des baguettes transmues en serpens sous le rgne de Pharaon mnoftp. XXVI, page 198, ligne i3. Lapidem e Sejro . etc. Il en a dj t question liv. il, chap. 106. (Comp. Isidor DE S. , liv. xvi , chap. 4- de ses Origines. ) Pline s'tonne ici de quelque chose de bien simple. Sa pierre de Scyros est une substance volcanique ( feld-spathique ou pyroxneuse , peu nous importe pour l'in- stant), compose de verre boursoufl , presque toujours mlang de cristaux microscopiques plus ou moins abondans , et cribls de pores. Il est naturel que la pesanteur spcifique n'gale pas telle NOTES DU LIVRE XXXVI. a85 de l'eau, tant que ces substances forment des masses: au con- traire, ds qu'en les broyant on a fait disparatre leurs pores et le rsultat du boursoufflement, la pesanteur i spcifique des mo- lcules isoles augmente. XXVII, page 198, ligne 16. In Asso , etc. La pierre d'Assos de Dioscoride ( liv. v, chap. i4- 2 ) 1 de Celse (liv. v, chap. 24.) et de Pline lui-mme (liv. Il, chap. 98), ne diffre pas de cette pierre sarcophage dont, il est ici question. En voici les caractres runis d'aprs les divers auteurs qui en ont trait : i. Elle est schisteuse (Jissili vena scnditur) ; i. Elle est lgre , fongueuse , friable ; 3. Sa couleur est celle de la pierre-ponce; la meilleure offre des veines jaunes qui s'tendent dans toute sa longueur; 4- - Elle jette une espce de fleur ou poussire jauntre ou blanche, sale , de saveur piquante, lgrement corrosive ; 5. Sche, cette fleur gurit les ulcres invtrs, et empche les excroissances de prendre plus d'extension ; mle au miel , elle nettoie les ulcres et remplit leur cavit; en crat , elle ar- rte l'rosion des ulcres rongeans ; 6. Dans les bains, avec du nitre, elle diminue l'embonpoint; 7 . Comme nous le dit ici Pline, elle ronge les corps que l'on dpose dans cette substance; 8. Enfin , on l'obtient par des lavages analogues ceux qui donnent la cadmie. La runion de ces divers caractres ne peut laisser aucun doute sur le rang qu'il faut accorder la pierre d'Assos. C'est l'alunite, qui , suivant M. Cordier , se compose de vingt atomes de bi- sulfate d'alumine, d'un atome de bisulfate de potasse, et de quarante-deux atomes d'eau ; l'alunite qui se trouve tantt en masses compactes , qui ont beaucoup de ressemblance avec la craie, tantt en petits cristaux rhombodriques implants dans les fissures des masses compactes ; l'alunite qui forme des col- lines entires la Tolfa et Piombino en Italie, en Hongrie, dans l'Archipel , en Auvergne , etc. ; l'alunite de laquelle on obtient l'alun , en brisant la roche , calcinant les fragmens dans les fours, exposant l'air, arrosant de temps en temps et rdui- 286 NOTES DU LIVRE XXXVI. saut ainsi en pte ; l'alunite enfin qui , traite le cette manire , s'efflcurit et forme toute cette poussire impalpable, tantt jau- ntre, tantt blanche , dont parle Dioscoride. XXVIII, page 200, ligne a. Milior est autem servandis.... chemites... ponts. Ces deux pierres semblent tre des varits de tuf calcaire ou tufeau (carbonate de chaux sdimentaire ou craie grossire et compacte, chloriteuse, renfermant des silex blonds et des gryphites). XXIX , page 200 , ligne 1^.. Lapides qui pariant. Cette ide s'accorde merveille avec les thories de Dmocrite , parmi les anciens , de Savonarole et de Cardan , parmi les modernes , qui ont prtendu qu'il y a dans les pierres une me vgtative , qui produit les figures rgulires de ces pierres, et qui les conserve. Selon Vives , il y a des diamans qui conoivent et qui fructifient. Avicenne assurait qu'en Arabie se trouve une pierre qui tire son nom de la lune (la slnite) et qui, suspendue un arbre, en- gendre d'autres pierres semblables elle. Malhiole , qui a re- cueilli tous ces paradoxes avec ce que de son temps on appe- lait du discernement et de la critique, n'est pas loign d'admettre le fait dans les pierres lgres et poreuses , telles par exemple que la pierre-ponce. Mais il lui parat inadmissible toutes les fois qu'il est question de pierres compactes et dures, comme l'est en particulier le diamant. La pierre-ponce peut bien enfanter, dit-il , puisqu'elle crot et que , par ses interstices dcoule une humeur qui , en se concrtant , forme de nouvelle pierre (toujours selon la physique du temps); mais des pierres massives, paisses et fortes, qui ne laissent chapper aucune liqueur apte se solidi- fier, peuvent-elles donner naissance des pierres semblables elles? Non, ou si cela par hasard arrive, c'est une chose digne de remarque. Du reste Mathiole, en accordant la pierre d'Avi- cenne et la slnite la facult de se reproduire, la dnie la pierre d'aigle et la gasidane. Tournefort, en 1700, eut le tort de renouveler , ou plutt de formuler scientifiquement ces rve - ries. Ce fut le dernier effort de la science eu faveur de la routine qui, depuis des sicles, assimilait les minraux aux corps orga- niques, en leur attribuant tantt des sexes, tantt des fonctions NOTES DU LIVRE XXXVI. 287 qui supposent la vie et la distinction des sexes. On sait combien Tourncfort avait accumul d'argumens l'appui de son systme de l'engendrement des pierres. Les stalactites et les stalagmites des grottes d'Anliparos et autres, les dendrites, les cornes d'am- mon , les yeux de serpent et tant d'autres dbris organiques qui se trouvent au milieu des couches minrales, et qui, pour nous, ne sont que des preuves de la formation successive et lente des continens , les formes rgulires des cristaux qui , grce au gnie et la persvrance d'Haiiy, ont constitu une science nouvelle , et qui, nos yeux, sont un caractre d'inorganisme , tandis que Tournefort les rigeait en preuves de vie organique , tous ces faits aujourd'hui ont t expliqus et encadrs dans des systmes tout autres et bien plus conformes la nature des choses. Mais ce n'en est pas moins Tournefort qu'on est redevable de leur groupement, de leur mise en lumire. Sans lui, la science ne les aurait pas explors avec autant de soin , ne leur aurait pas de- mand avec tant d'obstination les nigmes dont ils reclent le mot. Nous reviendrons sur la pierre d'aigle, chap. 3g. Page 202, ligne 1. Ebur fossile. Les personnes les plus tran- gres aux sciences naturelles savent aujourd'hui que les Alpes, la Russie, la Sibrie, que presque toutes les contres septentrionales des deux mondes sont remplies non-seulement de dfenses, mais encore de dents d'lphans et d'ossemens de toutes sortes appar- tenant aux mammifres , aux reptiles. Le magnifique ouvrage des Ossemens fossiles de M. Cuvier a ouvert aux naturalistes une carrire immense, et qui de sitt ne sera ferme ; car chaque jour la voit s'agrandir, et cependant tous les oryetozoographes con- viennent que cette science nouvelle est encore dans l'enfance. Ligne 10. Volsiniis inventas. Toute cette rgion a t jadis en proie aux dvastations des volcans. De l , ces quantits de pierres meulires (dans les vocabulaires scientifiques quartz agates molaires). XXX, page 202, ligne 17. Ophit. Nous en avons dj parl plus haut. C'est la serpentine. Ligne 22. Molarem quidam pyriten vocant. On appelle commu- nment pyrite, ou cuivre pyriteux , le sulfate de cuivre et fer a88 NOTES DU LIVRE XXXVI. (mtallode, jauue de bronze, confondu souvent avec le sulfure simple de fer auquel il est ml, apte colorer l'acide nitrique , donnant au chalumeau un bouton noir qui ensuite se recouvre d'un enduit de cuivre rouge). Il existe encore nombre d'autres pyrites ; tels sont : Le pyrite arsenical , ou sulfoarsoiare de fer. aurifre , ou sulfure de fer avec or. blanc , ou sulfoarsniure de fer. capillaire , ou sulfure de nike). d'argent, ou sulfoarsniure de cuivre avec argent martial , ou sulfure de fer. magntique, ou sulfure de fer magntique. Page ao4, ligne 10. Vivos appellamus. Ce sont les quartz-agates pjromaques , vulgairement pierres fusil. Comp. ScALIGER , Exercit.y XVI, pag. 77. XXXI, page 204, ligne 16. Osiracil. Ce sont d'abord les hutres , et ensuite ces normes bancs de mollusques bivalves que l'on rencontre quelquefois dans nos campagnes. Rien de plus fameux, en ce genre, que les faluns de la Touraine. On sait combien de dpouilles organiques de ces mollusques abondent dans les terrains tertiaires. Une des roches les plus puissantes de la crote extrieure du globe en contient des quantits si consi- drables , qu'elle en a reu le nom de calcaire coquiUier. Ligne 20. Amiantus alumini similis... magorum. L'amiante , qui s'appelle aussi asbeste, est une sous-espce d'amphibole. Sa pesanteur spcifique est de 0,6 2,57. Sa composition est la suivante : i". En volume. Trisilicate de chaux 1 atome. Bisilicate de magnsie 1 2. En poids. Silice 6i Chaux 12 Magnsie . . 27 On la nomme amphibole trmolite ou calcaromagnsien , et vulgairement amiante d'abord , puis papier, lige , bots de mon- NOTES DU LIVRE XXXVI. 289 tagne , lin minral, papier fossile, cuir fossile, carton fossile. On en distingue plusieurs varits. Blanc , lgrement verdtre ou gristre, translucide, d'clat nacr ou vitreux, il est remar- quable surtout par son tissu , dont les fibres sont tantt assez dures pour rayer le verre, tantt assez molles, assez flexibles pour offrir l'aspect du coton, et se laisser imbiber par l'eau. On en forme un vritable tissu qui a l'heureuse proprit d'tre im- permable aux flammes. Aussi, parmi les anciens, les riches, lorsqu'ils taient placs sur le bcher , taient-ils envelopps dans une toile d'asbeste. On faisait de celte substance aux longs filamens, des serviettes, des nappes que l'on passait au feu lors- qu'elles taient sales, et on les en retirait blouissantes de blan- cheur ou au moins de propret. Parmi nous, il y a peu d'annes, un savant italien a su appliquer l'asbeste un des usages les plus essentiels de la vie pratique, la prompte et facile extinction des incendies. Il a habill d'asbeste les hommes qui sont chargs, dans nos villes modernes, d'teindre la flamme, et qui n'y rus- sissent pas toujours, malgr les lorrens que projettent les pompes. Ses expriences philanthropiques ont t couronnes du plus heureux succs. XXXII , page 204, ligne 23. Geoden. On appelle godes les ca- vits que forme souvent la matire inorganique qui n'a pu cris- talliser, tandis qu'elle prend l'extrieur les formes de boules, d'amas noueux et tuberculeux. Ces cavits sont souvent tapisses de cristaux de natures diffrentes, ou remplis de petits grains compactes et dtachs qui , lorsqu'on les remue , produisent un lger bruit. Ces godes sont presque toutes siliceuses. Quant la formation des petits cristaux intrieurs, elle ne prsente rien que d'aisment explicable : la silice , au moment de sa formation , pst trssoluble dans l'eau , et elle perd absolument la facult de s'y dissoudre quand une fois elle a t solidifie. XX XIII, page 206, ligne . Melitiles lapis succum remiltit dulcem. Il est probable que c'est une argile jaune. XXXIV, page 206 , ligne g. Gagates lapis. Le nom n'a gure chang. C'est notre jayet (ou jais, dit aussi bois bitumineux, xx. 19 ayo NOTES DU LIVRE XXXVI. pechkohle , cendres noires), varit de lignite assez employe dans la bijouterie. Il doit celte qualit sa texture dense. Sa pesan- teur spcifique est de 1,7. Il s'allume et brle avec facilit, exhale, surtout si on le frotte, une odeur bitumineuse qui est souvent accompagne d'une odeur animale sui generis. Il se trouve par nodules , par veines , par petits amas. Un fait singu- lier, c'est qu'il se montre de prfrence sur les empreintes de corps de poissons ptrifis. Il remplace , dans ces empreintes or- ganiques, le sulfure de fer, le mercure natif et le cinabre. Abon~ damment rpandu dans la nature, le lignite ne constitue de v- ritable roche que dans sa varit de lignite terne. Le jayet est remplac quelquefois par le lignite candelaire , qui pse un peu moins , et qui est susceptible de recevoir un assez beau poli. XXXV, page 208, ligne 1. Tecolithos. C'est un appendice aux mystifications lithontriptiques' de la vanit desquelles dj nous avons eu occasion d'entretenir nos lecteurs. Pour les pierres en elles-mmes , il est croyable que Pline entend par l les dbris organiques que quelquefois on retrouve dans l'ponge, et qui proviennent de l'animal qui l'habile et qui est elle. XXXVI , page 208 , ligne 4- Phrygius lapis. Il est difficile de deviner ce que c'est que cette pierre que Dioscoride dit tre mdiocrement pesante , peu consistante et assez semblable aux ponces. Sur cette description incomplte , nous balanons entre une scorie (deuxime type des substances volcaniques pyrox- neuses de Cordier) et une pprite (cinquime type des sub- stances volcaniques pyroxneuses ). La scorie fait partie des non al terrs , la pprite des al terrs. La pprite comprend des tufs volcaniques d'un rouge vif, d'un brun fonc , d'un vert gristre trs-fonc , de la pouzzolane terreuse friable, en partie base de quelques pprines : elle s'offre trois tats, qui forment trois varits ou sous-varits , friable, consistante, endurcie. XXXVII, page 208, ligne 10. Hmatiles ineeniiur, etc. Il a t parl plus haut des deux espces principales d'hmatite. C'est sur la rouge ou fer peroxid que Pline revient d'abord ; mais il dit NOTES DU LIVRE XXXVI. 291 aussi un mot de la jaune on brune. On donnait encore le nom d'hmatite a l'oxide d'tain. XXXVIII, page 210, ligne 3. Qinque gnera hmaliiarum. Les cinq varits qui vont suivre ne coulent pas foud la liste des varits d'hmatite rouge et brune , il s'en faut de beaucoup. Toutefois, elles sont prcieuses et nous font concevoir la meil- leure ide des talens de Sotaque pour l'observation. La premire varit n'est poiut dcrite : il est prsumable que c'est la varit la plus commune , le fer oxid rouge compacte de Berzelius , cassure unie et largement conchode , d'un rouge brun assez fonc , quelquefois trs-vif, filons, masses, couches considrables, qui parfois se scindent en prismes de cinq ou six pans. La deuxime varit comprend, n'en pas douter, i le fer oxid rouge concrtionn (trs-dur, d'un rouge brun, pous- sire rouge , renfermant toujours un peu de silice et d'eau , et d'une pesanteur spcifique de ^,8 5) ; 2 le fer oxid rouge luisant (fer rouge cailleux , cume de fer), en masses d'un rouge sombre qui laissent sur les doigts un enduit gras de leur couleur. La troisime varit ne peut tre que le fer ocreux ( hydroxide brun ocreux de Brongniart ) , qui est d'un jaune verdtre plus ou moins brun , et qui n'est pas toujours trs-tendre. La quatrime est videmment le fer oxid rouge ocreux , qui se distingue de tous les autres par son toucher qui est doux sans tre onctueux. On ne l'exploite pas comme mine de fer, mais on l'emploie dans la peinture. La sanguine ou crayon rouge des dessinateurs n'est que cet oxide plus ou moins ml d'argile. C'est aussi le rihel de Werner. La cinquime est le protoxide lamellaire. N. B. Si nous voulions sortir des hmatites, il serait possible de retrouver la premire varit dans le fer oligiste compacte ou noir, gris d'acier dans la cassure, poussire brune ou rouge , lgrement attirable l'aimant, toujours ml de fer magntique et de fer oxid, et allant, pour la pesanteur spcifique , jus- qu' 5,io. *9- a 9* NOTES DU LIVRE XXXVI. Page 210, ligne 21. Anthraciien. On ne peut dire si c'est de l'an- thracite ou de la houille, car ces deux genres appartiennent la grande famille des anthracites: tous deux ont mme pesanteur sp- cifique (de i,3 i,8). Tous deux contiennent de 3 5 pour ioo de matires terreuses (il faut ajouter de 3o 4 pour oo de bitume dans les houilles). Tous deux sont noirs, brillans, iriss. Tous deux s'offrent l'tat de varits lamellaires , schisteuses ou feuilletes. XXXIX, page 212, ligne 2. Aetit. Uatile ou pierre d'aigle est de toutes les godes la plus clbre. Ce n'est , au reste , qu'une varit de fer hydroxid. On la nomme glofmli/orme ; elle comprend tous les minerais poussire jaune , qui se prsentent en masses rondes , creuses ou pulvrulentes au centre , et qui offrent quelquefois la figure d'un paralllipipde dont les angles et les artes sont arrondis. La surface en est rude T brillante et comme chagrine. A. l'intrieur se trouve tantt de la poussire, tantt un noyau solide, tantt un peu d'eau : quelquefois, il ne se trouve rien. XL , page 2i4 , ligne 2. Lapis samius arabus lapis...... pumicum. Les pierres-ponces, comme on l'a dit plus haut, font partie des substances volcaniques feld-spatheuses non altres. Toutes sont spongieuses, rudes au toucher, lgres, cribles d'interstices plus ou moins considrables, que traversent quel- quefois des fils vitrifis trs-dlis. Elles se divisent en trois sous-types , pumites grumeleuse , pesante , lgre. Et la pierre de Samos et la pierre des Arabes semblent en tre des varits. Quelquefois elles contiennent des cristaux de feld-spath, et alors elles constituent les tracbytes ponceux. Tout le monde sait qu'on les emploie et comme brosses grossires, et comme pierre btir, et comme lment de dentifrices. Malheureusement, en blanchis- sant les dents, elles en enlvent rmail. XLIV, page 218, ligne 1 o. In Siphno lapis est, etc. C'est notre pierre ollaire ou serpentine (pesant, sp. , 2,64 ; Comp. en vol. : 1 atome de silicate de magnsie, et 3 atomes d'eau ; Comp. en poids : 3g de silice, 5o de magnsie , 1 1 d'eau). NOTES DU LIVRE XXXVI. 2 9 3 Page 218, ligne 19. Pavonacea. On appelle encore aujourd'hui, chez les marchands de vieux marbres en Italie, paoonazzo, pavona- zetio, un superbe marbre blanc taches et veines violettes, que l'on a souponn quelquefois ne faire qu'un avec le synnadique. XLV, page 218, ligne 22. Specularis vero. La pierre spculaire ou slnite transparente, qui remplaait le verre, trs-rare aux fentres chez les anciens , fait partie des sulfates de chaux. Page 220, ligne 5. Sunl et in Bononiensi , etc. Il dsigne ici des micas el des talcs, substances qui n'ont t distingues que de nos jours, et qui, diffrentes en ce que l'une contient de l'alumine qui dans l'autre est remplace par de la magnsie, se ressemblent par leur divisibilit eu feuilles minces , flexibles , brillantes et onctueuses. Il se trouve quantit de talc dans le nord de l'Italie. XLVI , page 222 , ligne 3. Phengites. Le marbre de Paros aussi tait translucide et porta parfois ce surnom. XLIX, page 224? ligne ig. Anicianis , etc. C'est probablement le travertin, trs-commun en Italie et surtout en Toscane. Ll , page 226, ligne 16. Emplecton. Ce mode de construction tait d'origine grecque. Le reticulaium consistait dans un assem- blage de pierres tailles et carres, telles que la ligne des poin- tures formt une diagonale, ce qui donnait aux murs l'apparence d'un rseau. C'est ce que nous nommons maonnerie maille (on pourrait dire aussi en losange). Les Grecs l'appelaient dictyothte. LIV, page 228, ligne 20. Fossilia. C'est la pouzzolane, dont il a t parl avec dtail. LV1, page 232, ligne 9. El capitula, etc. Aquino 's'lve ici contre Pline, et lui reproche d'avoir dit que l'on plat les cha- piteaux sur la colonne : Il et fallu dire les chapiteaux sur les fts, car toute colonne se compose de trois parties, ft, base et chapiteau. Le docte auteur du Dictionnaire d'architecture oublie qu'il y eut un temps o les colonnes ne consistaient qu'en a 9 4 NOTES DU LIVRE XXXVI. simples fts. S'il en doute , il n'a qu' consulter les Ruines de Psium, par Major, p. 26, etc. : il y verra de magnifiques tem- ples hautes colonnes sans bases. LVIII , page 232 , ligne 22. Maliha. Il ne faut pas confondre cette malthe artificielle avec la malthe native ou pissasphalte, qui est une espce de bitume, abondant dans divers lieux, mais prin- cipalement en Auvergne, au Puy de la Peige. On l'appelle aussi poix minrale. L1X, page 234 ligne 5. Cognata calci res gypsum est. En effet , c'est un hydrosulfate de chaux ainsi compos : en volume, 1 atome de bisulfate de chaux , 4 atomes d'eau ; en poids , Acide sulfurique 33 Chaux 46 Eau 21 Ml de nouvelle chaux, il constitue le plaire. M LIVRE TRENTE-SEPTIEME. C. PLIN1I SFXUNDI HISTORIARUM MUNDI LIBER XXXVII. Origo gemmarum. I. Ut nihil instituto operi desit , gemmae supersunt , et in arctum coacta rerum natur majestas , multis nulla sui parte mirabilior. Tantum tribuunt varietati, colo- ribus , materiae , decori , violari etiam signis gemmas nefas ducentes. Aliquas vero extra pretia ulla, taxatio- nemque humanarum opum arbitrantes , ut plerisque ad summam absolutamque rerum naturae contemplationem satis sit una aliqua gemma. Quae fuerit origo gemma- rum , et quibus initiis in tantum admiratio haec exarse- rit , diximus quadamtenus in mentione auri annulorum- que. Fabulee primordium a rupe caucasea tradunt : Promethei vinculorum interpretatione fatali : primum- que saxi hujus fragmentum inclusum ferro, ac digito circumdatum, hoc fuisse annulum, et hoc geinmam. luuviuvu i vi t w \ tiv\nv\\i |W\ ivnm\i'.uu\ AV%WU\VVlVV\UVViWlMlU W/VV HISTOIRE NATURELLE DE PLINE. LIVRE XXXVII. GEMMES. Origine des pierres gemmes. I. Il nous reste, pour complter notre ouvrage, par- ler des pierreries que tant de personnes admirent comme des chefs-d'uvre de la nature dployant sa grandeur sous un petit volume , tant la varit , les nuances , la matire, la beaut de ces minraux les enchante. Porter sur eux le burin, disent-ils, est un sacrilge! Quelques- unes sont hors de prix , et chappent au tarif des ri- chesses humaines ; une seule sufft pour prsenter le spectacle de toute la puissance et de la perfection de la nature. Il a t dit ci-dessus, l'article de l'or et des anneaux , quelques mots sur l'introduction des pierreries et l'origine de cette fivre d'admiration. Les potes, dans leurs fables, font driver cet usage du Caucase, et y voient un symbole surnaturel du supplice de Pro- mthe, qui, libre, porta au doigt un fragment du roc fatal enchss dans du fer : le mtal tait sa bague, et le fragment du roc sa pierrerie. 298 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. De Polycratis tyranni gemma. II. i. His initiis cpit auctoritas in tantum amorein elata , ut Polycrati Samio , severo insularum ac litorum tyranno , felicitatis suae , quam nimiam fatebatur etiam ipse, satis piamenti in unius gemmae voluntario damno videretur, si cum fortunae volubilitate paria faceret : planeque ab invidia ejus abunde se redimi putaret, si hoc unum doluisset. Adsiduo ergo gaudio lassus, pro- fectus navigio in altum, annulum mersit. Atillum piscis eximia magnitudine rgi natus , escae vice raptum , ut faceret ostentum , in culinam domini rursus Fortunae insidiantis manu reddidit. Sardonyehem eam gemmam fuisse constat : ostenduntque Romae , si credimus , in Concordiae delubro , cornu aureo Augusti dono inclu- sam , et novissimum prope locum , tt praelatis , obti- nentem. De gemma Pyrrhi rgis. III. Post hune annulum regia fama est gemmae Pyrrhi illias, qui adversus Romanos bellum gessit. Namque ha- buisse traditur achaten, in qua novem Musae et Apollo citharam tenens spectarentur , non arte, sed sponte na- turae ita discurrentibus maculis , ut Musis quoque sin- gulis redderentur insignia. Nec deinde alia, quae trada- tur, magnopere gemmarum claritas exstat apud auctores : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 299 De celle du tyran Polycrate. IL 1 . Ainsi commena la vogue des pienes prcieuses. Bientt l'estime devint passion. Polycrate, ce tyran de Samos, que les les et le continent respectaient, vou- lant expier, par des pertes, ce que lui-mme il appelait un excs de prosprit, crut faire un sacrifice suffisant, et rendre don pour don la Fortune, par la privation volontaire d'une pierre : il crut que le chagrin de cette unique perte serait assez pour le mettre l'abri de l'envie et de l'inconstance de la desse. Las d'un bon- heur que rien n'interrompt, il s'embarque, atteint la haute mer, jette son anneau dans les ondes. Un norme poisson , grandi pour la bouche d'un roi , avale la gemme , puis , tomb aux mains du cuisinier de Poly- crate, la laisse reparatre aux yeux du tyran. Prsage sinistre ! perfide restitution de la Fortune! Cette gemme, on l'assure, tait une sardoine : on la voit Rome, au temple de la Concorde, enferme dans une corne d'or, offrande d'Auguste : c'est presque la moindre du temple; cent autres plus belles ont la premire place. De celle du roi Pyrrhus. III. Aprs elle , une des plus clbres est celle de ce Pyrrhus qui fit la guerre aux Romains. Pyrrhus, dit-on, tait possesseur d'une agathe dont les veines reprsen- taient naturellement, et sans que l'art y et contribu, Apollon une lyre la main , les neuf Muses, et jusqu'aux attributs particuliers chaque desse. Aprs ces deux pierres prcieuses, les auteurs n'en citent point d'autres qui soient clbres, sauf peut-tre celle qui donna lieu oo C. PLIIVII HIST. NAT. LIB. XXXVII. praeterquam Ismeniam choraulem, multis fulgentibusque uti solitum , comitante fabula vanitatem ejus, indicante in Cypro rege aureos denarios c pro smaragdo, in quo fuerat sculpta Amymone, jussisse numerari : et quum duo relati essent, imminuto pretio, maie hercules cura- tum, dixisse : multum enim detractum gemmae digni- tati. Hic videtur instituisse, ut omnes musicae artis liac quoque ostentatione censerentur , veluti Dionysodorus aequalis ejus et aemulus , ut sic quoque par videretur. Tertius, qui eodem tempore fuit inter musicos r Nico- machus, multas gemmas habuisse traditur, sed nulla peritia electas : sorte quadam his exemplis initio volu- minis oblatis adversus istos, qui sibi hanc ostentationem adrogant, ut palam sit eos tibicinum gloria tumere. Qui scalptores optirai. Nobilitates scalpturae. IV. Polycratis gemma , quae demonstratur , illibata intactaque est. Ismeniae tate multos post annos, appa- ret scalpi etiam smaragdos solitos. Confirmt hanc eam- dem opinionem edictum Alexandri Magni quo vetuit in gemma se ab alio scalpi , quam a Pyrgotele , non dubie clarissimo artis ejus. Post eum Apollonides et Cronius in gloria fuere : quique divi Augusti imaginem similem expressif , qua postea principes signant , Dioscorides. Sulla dictator traditione Jugurthae semper signavit. Est HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3oi au rcit suivant sur la vanit du joueur de flte Ismnias , toujours couvert de riches pierreries. Un roi de Cypre lui demanda cent pices d'or pour une meraude sur laquelle tait grave Amymone; le musicien les fit donner sur- le-champ : mais le vendeur ayant haiss son prix, et lui rendant deux pices d'or, Ismnias dit qu'il avait grand tort, et qu'il faisait perdre la pierre beaucoup de sa va- leur. C'est lui probablement qu'il faut rapporter l'usage que prirent les musiciens de vouloir prouver leur mrite par ce genre de luxe. Tel fut Dionysodore, son contem- porain et son rival, qui, pour ne pas sembler lui cder, l'imita dans ce got. Tel fut Nicomaque, autre musicien contemporain ; mais ses pierreries, d'ailleurs nombreuses, taient choisies sans got. N'est ce pas un sort qui , ds le commencement de ce livre, 'nous offre ces exemples pour humilier ceux qui ont la mme ostentation, et qui, en tout ceci, ne visent qu' ce qui a t la gloire d'un joueur de flte! Des plus habiles graveurs : chefs-d'uvre de gravure. IV. La pierre de Polycratc , qu'on voit tous les jours, n'a reu nulle atteinte du burin. Mais, du temps d'Ismnias , et peu aprs le tyran de.Samos, on tait dj dans l'usage de graver sur l'meraude. L'dit d'A- lexandre, dfendant tout autre que Pyrgotle, le plus clbre artiste du temps, de graver son portrait sur pierre prcieuse, rend le fait incontestable. Aprs Pyr- gotle, brillent en ce genre Apollonide, Cronius, puis Dioscoride, qui traa ainsi l'effigie d'Auguste, et dont l'ouvrage fut depuis le sceau de l'empire. Syila, dicta- teur, usa toujours d'un cachet reprsentant Jugurtha livr aux Romains. Les historiens content que cet Espa- 3oa C. PLINII BIST. NAT. LIB. XXXVII. apud auctores , et Intercatiensem illum , cujus patrem Scipio iEmilianus ex provocatione interfecerat , pugnae ejus effigie signasse : vulgato Stilonis Praeconini sale, quidnam fuisse acturuni eum , si Scipio a patre ejus interemptus esset. Divus Augustus inter initia sphinge signavit. Duas in matris annulis, indiscretae similitudi- nis , invenerat. Altra per bella civilia , absente eo , amici signavere epistolas et edieta, quae ratio temporum nomine ejus reddi postulabat, non infaceto lepore ac- cipientium, aenigmata adferre eam sphingem. Quin- etiam Maecenatis rana, per collationem pecuniarum in magno terrore erat. Augustus postea ad evitanda con- vicia sphingis , Alexandri Magni imagine signavit. Quae prima Romae dactyliotheca. V. Gemmas plures , quod peregrino appellant nomine dactyliothecam, primus omnium habuit Romae privignus Sull Scaurus. Diuque nulla alia fuit, donec Pompeius Magnus eam quae Mithridatis rgis fuerat, inter dona in Capitolio dicaret, ut M. Varro aliique ejusdem aetatis auctores confirmant , multum praelatam Scauri. Hoc exemplo Caesar dictator sex dactyliothecas in aede Vene- ris Genetricis consecravit : Marcellus, Octavia genitus, in palatina Apollinis cella unam. il HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXXVII. 3o3 pagnol d'Intercatie , dont Scipion Eniilien tua le pre aprs dfi , avait un cachet o tait figur ce combat : Qu'et-il fait, disait en riant Stilon Prconinus, si son pre et tu Scipion? Primitivement, le sceau d'Au- guste tait un sphynx : il en avait trouv deux parfaite- ment semblables parmi les bijoux de sa mre, et l'un servit ses amis pendant les guerres civiles, lorsque, en son absence, les circonstances foraient expdier des lettres ou des dits. De lace mot assez spirituel de ceux qui parvenaient les missives : Le sphynx apporte des nigmes. La grenouille de Mcne tait aussi fort re- doute : elle tait appose sur les dcrets d'impts. Dans la suite, Auguste, pour couper court aux plaisanteries sur son sphynx , adopta pour sceau une tte d'Alexandre. Premire dactyliothque Rome. V. Les dactyliothques (ce nom tranger dsigne les crins anneaux) n'existaient pas Rome avant Scaurus, beau-fils de Sylla ; le premier, il en eut une qui fut long- temps la seule. Enfin Pompe ddia dans le Capitole, avec d'autres offrandes , celle qui avait appartenu Mi- thridate , et qui , au dire de Varron et d'autres auteurs contemporains, tait beaucoup plus belle que celle de Scaurus. A son exemple, Csar en offrit six dans le tem- ple de Vnus Genitrix, et Marcellus, le fils d'Octavie, une dans le temple d'Apollon Palatin. 3o/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Gemmas in Pompeii Magni triumpho translatas. VI. i. Victoria tamen illa Pompeii primum ad mar- garitas gemmasque mores inclinavit : sicut L. Scipionis , et Cn. Manlii ad caelatum argentum, et vestes attalicas, et triclinia aerata : sicut L. Mummii, ad corinthia et tabulas pictas. Id uti planius noseatur, verba ex ipsis Pompeii triumphorum actis subjiciam. Ergo tertio trium- pho , quem de piratis , Asia , Ponto , gentibusque et re- gibus in septimo operis hujus volumine indicatis, M. Pi- sone , M. Messala consulibus , pridie calend. octobr. die natalis sui egit , transtulit alveum cum tesseris lusorium e gemmis duabus latum pedes trs , longum pedes qua- tuor ( et ne quis de ea re dubitet , nulla gemmarum magnitudine hodie prope ad hanc amplitudinem acce- dente, in ea fuit luna aurea pondo xxx) : lectos tricli- n tares trs : vasa ex auro et gemmis abacorum novem : signa aurea tria, Minervae, Martis, et Apollinis : coro- nas ex margaritis triginta trs : montem aureum qua- dratum cum cervis et leonibus, et pomis omnis generis, circumdata vite aurea : musum ex margaritis , in cujus fastigio horologium erat ; ut et imago Cn. Pompeii e margaritis : illa regio honore grata , illius probi oris venerandique per cunctas gentes , illa , inquam , ex mar- garitis, severitate victa, et veriore luxuria, quam trium- pho. Profecto inter molles viros durasset cognomen HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3o5 Pierreries transportes Rome lors du triomphe de Pompe. VI. 2. Mais c'est la victoire de Pompe qui cra ce mouvement des murs romaines vers les perles et les pierres prcieuses, comme celles de Scipion l'Asiatique et de Cn. Manlius avaient cr le got des vases d'argent cisels , des riches tissus , des lits de table orns de bronze ; comme celle de L. Mummius, celui des vases corinthiens et des tableaux. L'extrait suivant, que je tire des actes mmes des triomphes de Pompe, donnera plus de dtails. Dans ce troisime triomphe, rcompense de ses victoires sur les pirates, l'Asie, le Pont, les peuples et les rois mentionns dans le septime livre de cet ouvrage, sous le consulat de M. Pison et de M. Messala , la veille des calendes d'octobre , et le jour anniversaire de sa nais- sance, Pompe fit passer sous les yeux des Romains un chiquier de quatre pieds de long sur trois de large, form de deux pierres prcieuses (pour lever tous les doutes l'gard de ces dimensions aujourd'hui sans exemple parmi ces pierres , je dirai seulement qu'au nombre des pices figurait une lune d'or de trente livres); trois lits de table en or ; des vases en or et en pierreries , suf- fisant pour garnir neuf buffets; trois statues d'or (Mi- nerve, Mars et Apollon); trente-trois couronnes de joyaux ; une montagne en or base carre , avec des cerfs , des lions et des fruits de tout genre , le tout en- vironn par une vigne d'or; une chapelle ddie aux Muses, et surmonte d'une horloge, le tout eu perles; un portrait de Pompe aussi en perles : car l'hommage qu'on rend aux rois fut rendu ces traits de vertu si beaux et si rvrs des nations. Infidles leur sv- rit , ils subirent l'honneur d'tre reprsents en perles, xx. 20 3o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Magni , si prima victoria sic triumphasses. E margari- tis, Magne, tam prodiga re, et feminis reperta, quam gerere te fas non sit, hinc fieri tuos vultus? sic te pre- tiosum videri? Nonne illa similior tui est imago, quam Pyrenaei jugis imposuisti ? Grave profecto fdumque probrum erat , ni verius irae deorum ostentum credi oporteret, clareque inlelligi posset, jam tum illud caput, Orientis opibus sine reliquo corpore ostentatum. Cetera triumphi ejusdem quam virilia! Reipublicae et quaesto- ribus , qui oram maris dfendissent datum mille talen- tum : militibus singulis sena millia sestertium. Tolera- biliorem tamen fecit causam Caii principis , qui super omnia muliebria , socculos induebat e margaritis : et Neronis principis , qui sceptra personis histrionum , et cubilia amatoria unionibus construebat. Quinimmo etiam jus videmur perdidisse corripiendi gemmata potoria, et varia supellectilis gnera , annulos transeuntes. Qu enim non luxuria innocentior existimari possit? Quando primum inventa murrhina. Luxuria circa ea. VII. Eadem victoria primum in Urbem murrhina in- vexit : primusque Pompeius lapides et pocula ex eo triumpho Capitolino Jovi dicavit : quae protinus ad ho- minum usum transiere , abacis etiam escariisque vasis inde expetitis. Excrescitque in dies ejus rei luxus, mur- rhino lxx talentis empto, capaci plane ad sextarios trs HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. $07 Excs de luxe plutt qu'clat triomphal! O Pompe, sf un tel triomphe et couronn ta premire victoire, les effmins de Rome eussent vu vgter parmi eux ton titre de Grand. Eh quoi ! ces perles, cette vaine super- fluit invente pour les femmes, et que tu ddaignais de porter, tu les laissais devenir ton visage! tu donnais ainsi du prix tes traits ! Le portrait que tu consacras sur les monts Pyrnes n'tait-il pas plus ressemblant ? Hon- teux et indigne abus du luxe ! si l'on ne devait voir un prsage sinistre et trop clair du courroux des dieux dans cette tte orne des pierreries de l'Orient, et ds-lors con- temple sans les autres parties du corps. Mais combien le reste tait digne d'un hros ! mille talens la rpublique et aux questeurs qui avaient dfendu les ctes de l'empire; aux soldats, six mille sesterces par tte. La magnificence du triomphe de Pompe a pourtant fourni une sorte d'excuse C. Caligula, qui portait des brodequins de perles, et au rgne de Nron, qui garnit de perles le sceptre des histrions , et les lits destins ses plaisirs. Avons-nous le droit maintenant de blmer et nos coupes de pierreries, et tant de meubles prcieux en ce genre. Glissons sur les anneaux. Quel luxe est moins criminel? Date de l'invention des vases murrhins ; luxe dont ils sont l'occasion. "VIL Cette mme victoire introduisit Rome les vases murrhins. Pompe , dans le triomphe ci-dessus men- tionn, consacra Jupiter, dans le Capitole, des pierres et des coupes de cette matire , qui bientt passa aux usages vulgaires de la vie , et fournit mme des buffets et des vases recherchs. Le luxe en ce genre est venu au point qu'un vase murrhin dont la capacit n'excdait 20. 3o8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. calyce. Potavit ex eo ante hos annos consularis , ob amorem abroso ejus margine, ut tamen injuria illa pre- tium augeret : neque est hodie murrhini alterius prae- stantior indicatura. Idem in reliquis generis ejus quan- tum voraverit , licet existimare ex multitudine , quae tanta fuit , ut auferente liberis ejus Nerone Domtio , theatrum peculiare trans Tiberim hortis exposita occu- parent : quod a populo impleri canente se, dum Pom- peiano praeludit , etiam Neroni satis erat. Vidi tune adnumerari unius scyphi fracta membra , qu in dolo- rem , credo , sculi , invidiamque fortunae , tamquam Alexandri Magni corpus, in conditorio servari, ut osten- tarentur , placebat. T. Petronius consularis moriturus , invidia Neronis principis , ut mensam ejus exheredaret , trullam murrhinam trecentis talentis emptam fregit. Sed Nero , ut par erat principem , vicit omnes , c talentis capidem unam parando. Memoranda res tanti impera- torem patremque patriae bibisse. Natura murrhinorum. VIII. Oriens murrhina mittit. Inveniuntur enim ibi in pluribus locis , nec insignibus , maxime partbici regni : praecipua tamen in Carmania. Humorem putant sub terra calore densari. Amplitudine nusquam parvos HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVI. 3o 9 pas trois setiers, s'est vendu jusqu' soixante-dix talens. Il y a quelques annes, ce vase servit de coupe un consulaire, qui ,dans sa passion pour une pice si belle, en a rong les bords : cette dtrioration en a fait hausser le prix, et nul vase murrhin aujourd'hui ne porte de mar- que distinctive plus en renom. Ce mme homme engloutit des sommes immenses pour acqurir de semblables bijoux. On peut en juger par le nombre de ceux qu'il possdait, et qui suffirent Nron lorsqu'il en dpouilla ses enfans, pour remplir le thtre particulier qu'il avait construit dans ses jardins au del du Tibre, et qu'il tait mme content de voir garni de peuple lorsqu'il y chantait , en prludant son dbut sur le thtre de Pompe. C'est alors que je vis compter les dbris d'un vase que le prince, sans doute pour faire foi des regrets du sicle et honte la cruaut de la fortune, voulait conserver dans une urne, comme le corps d'Alexandre-le-Grand. Le consu- laire Petronius, avant de mourir, et pour dshriter la table de l'empereur qu'il hassait , fit briser un bassin murrhin qui avait cot trente talens. Mais Nron , comme il convenait un prince , surpassa tous ses sujets en donnant cent talens d'une seule coupe : fait mmorable, qu'un empereur, un pre de la patrie ait bu si haut prix ! Nature des vases murrhins. VIII. C'est l'Orient qui nous envoie les vases mur- rhins. Ils s'y trouvent en divers endroits peu connus, surtout dans l'empire parthe; les plus beaux viennent de laCarmanic. On dit que c'est un liquide auquel la chaleur donne sous terre de la consistance. Leurs dimensions 3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. excedunt abacos : crassitudine raro, quanta dictum est vasi potorio. Splendor his sine viribus , nitorque verius , quam splendor. Sed in pretio varietas colorum subinde circumagentibus se maculis in purpuram candoremque , et tertium exutroque, ignescente, veluti per transitum coloris, purpura, aut rubescerfte lacteo. Sunt qui maxime in iis laudent extremitates , et quosdam colorum reper- cussus, quales in clesti arcu spectantur. His maculae pingues placent : translucere quidquam , aut pallere , vitium est. Item sales , verrucque non eminenles , sed ut in corpore etiam plerumque sessiles. Aliqua et in odore commendatio est. Natura crystalli : medicinae ex ea. IX. Contraria huic causa crystallum facit, gelu vebe- mentiore concreto. Non aliubi certe reperitur, quam ubi maxime hibernae nives rigent : glaciemque esse certum est : unde et nomen Graeci dedere. Oriens et hanc mit- tit , quoniam indice nulla praefertur. Nascitur et in Asia , vilissima circa Alabanda , et Orthosiam , finiti- misque montibus , item in Cypro : sed laudata in Eu- ropae Alpium jugis. Juba auctor est, et in quadam in- sula Rubri maris ante Arabiam sita nasci, quae Necron vocetur, et in ea, quae juxta gemmam topazion ferat , cubitalemquc cffossain a Pythagora Ptolemaei rgis prae- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3n n'excdent jamais celles de petits buffets: rarement leur paisseur est celle d'un vase boire. Leur clat est peu vif, ou pour mieux dire ils luisent plutt qu'ils ne bril- lent. Ce qui en fait le prix, c'est la varit des nuances, o les taches se courbent en traits de pourpre, en veines d'un blanc clatant, puis se confondent en une troisime couleur, o le feu de la pourpre brille travers le blanc qui perce au milieu des teintes purpurines. Quelques amateurs admirent surtout les extrmits, lorsque les couleurs s'y refltent comme dans l'arc-en-ciel. D'autres s'extasien t sur le mat des taches. La transparence et la pleur sont des dfauts. On blme aussi les grains, les soufflures qui ne fout pas saillie, et n'arrivent, comme certaines tumeurs dans le corps humain , qu' la sur- face. L'odeur ajoute encore au mrite de la pierre. Nature du cristal , remdes qu'on en tire. IX. Une cause toute diffrente, l'extrme force de la conglation, a donn naissance au cristal. Du moins on ne le trouve que dans des lieux o la glace condense les neiges de l'hiver, et l'on est certain que c'est de la glace : de l son nom grec. L'Orient nous en envoie aussi , et c'est mme de l'Inde que vient le plus estim. Celui de l'Asie, d'Alabande, d'Orthosie et des montagnes voisi- nes , celui mme de Cypre est fort peu estim; mais on vante celui que fournit en Europe la chane des Alpes. Juba raconte qu'on en trouve dans une le de la mer Rouge, appele Ncron, ainsi que dans une le voisine riche eu topazes. Pythagore, prfet de Ptolme, en tira, dit-il, un bloc d'une coude. Selon Cornlius Bocehus, les monts Ammaens, en Lusilanie, quand on creuse des 3 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. fecto. Cornlius Bocchus et in Lusitania nasci perquam mirandi ponderis Ammaensibus jugis , depressis ad li- bramentum aquae puteis. Mirum et quod Xenocrates tradit Ephesius, aratro in Asia et Cypro excitari. Non enim inveniri in terreno , nec nisi inter cautes creditum fuerat. Similius vero est , quod idem Xenocrates tradit , torrentibus saepe deportari. Sudines vero negat nisi ad meridiem spectantibus locis nasci : quod certum est : non enim reperitur in aquosis, quamquam in regione praegelida, vel si ad vada usque glacientur amnes. Cae- lesti humore , parvaque nive id fieri necesse est : ideo caloris impatiens, non nisi frigido potui addicitur. Quare sexangulis nascatur lateribus, non facile ratio inveniri potest : eo magis quod neque mucronibus eadem species est, et ita absolutus est laterum laevor, ut nulla id arte possit aequari. Luxuria in crystallo. X. Magnitudo amplissima adhuc visa nobis erat , quam in Capitolio Livia Augusta dicaverat , librarum circiter quinquaginta. Xenocrates auctor est, vas am- phorale visum : et aliqui, ex India crystallum sextario- rum quatuor. Nos liquido adfirmare possumus, in cau- tibus Alpium nasci , atque adeo inviis , ut plerumque fune pendentes eam extrabant. Peritis signa et indicia nota sunt. Infestantur plurimis vitiis : scabro ferrumine. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3.3 puits jusqu'au niveau de l'eau , en prsentent d'normes. Xnocrate d'phse est plus merveilleux encore, lorsqu'il dit qu'en Asie et Cypre souvent la charrue en dcouvre des fragmens: en effet, on avait toujours cru qu'il ne s'en trouvait que parmi les rochers, jamais dans la terre. Leur translation par les eaux des torrens, certifie par le mme Xnocrate, est un fait plus vraisemblable. Sudins veut qu'il n'en naisse que dans les lieux exposs au midi; et la chose est certaine, puisque jamais on n'en trouve dans les lieux aquatiques, la contre ft-elle en proie au froid le plus pre, et les fleuves gels jusqu'au fond. C'est donc la pluie et quelque peu de neige qui forme le cris- tal ; aussi ne peut-il supporter la chaleur , et ne l'em- ploie-t-on que pour boire frais. Quant aux six angles et aux six cts qu'il prsente, expliquer ce fait serait difficile, d'abord parce que l'aspect des pointes n'est pas toujours le mme, ensuite parce que les cts sont si lisses, que l'art ne peut en aucune faon imiter tant de perfection. Luxe en fait de cristal. X. Le plus gros bloc que nous ayons vu jusqu'ici est celui que Livie Auguste ddia dans leCapitole: il pse cinquante livres environ. Xnocrate parle d'un vase qui tenait une amphore; selon quelques auteurs, un autre, en cristal de l'Inde, contenait quatre setiers. Je puis dire comme chose certaine que les roches alpines produisent du cristal, et sur des cimes tellement inaccessibles, que ceux qui vont le prendre se font suspendre des cordes. Les adeptes en reconnaissent la prsence certains in- dices. Plusieurs dfauts peuvent en affaiblir la beaut: 3i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. maculosa nube , occulta aliqua vomica, prduro fragi- lique centro : item sale appellato. Est et rufa aliquib is rubigo : aliis capillamentum rim simile. Hoc artifices caelatura occultant. Quae vero sine vitio sunt, pura esse malunt , acenteta appellantes , nec spumae colore , sed limpid aquae. Postremo auctoritas in pondre est. In- venio medicos , quae sunt urenda corporum , non aliter utilius id fieri putare , quam crystallina pila adversis posita solis radiis. Alius hic furor, h-s cl m trullam unam non ante multos annos mercatam a matre fami- lias , nec divite. Idem Nero amissarum rerum nuntio accepto , duos calyces crystallinos in suprema ira fregit illisos. Haec fuit ratio saeculum suum punientis, ne quis alius ex his biberet. Fragmenta sarciri nullo modo queunt. Mire ad similitudinem adcessere vitrea , sed prodigii modo, ut suum pretium auxerint crystalli, non diminuerint. De succino ; qui inventi sunt auctores de eo. XI. Proximum locum in deliciis, feminarum tamen adhuc tantum , succina obtinent : eamdemque omnia haec , quam gemm , auctoritatem , sane majorem ali- quibus de causis crystallina et murrhina, rigidi potus utraque. In succinis causam ne deliciae quidem adhuc excogitaverunt. Occasio est vanitas Graecorum diligenti. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3i5 tels sont une espce de soudure raboteuse, des taches ou des nbulosits, une gouttelette liquide dans l'intrieur, ou une sorte de noyau trs-dur et cassant , qu'on nomme grain de sel. Quelques-uns prsentent une rouille rousse; d'autres ont comme des filamens imitant la flure. Les artistes cachent ce dfaut par la ciselure. On ne grave point sur le cristal sans dfaut , d'o son nom A'acen- thte. Ce dernier a la couleur, non point de l'cume ma- rine, mais d'une eau limpide. Enfin on estime ceux qui psent le plus. J'ai vu des mdecins dire, que lorsqu'il faut cautriser le corps humain, le meilleur instrument serait une boule de cristal expose directement aux rayons solaires. Voici de nouveaux traits de folie : il y a quelques annes, une dame romaine donna cent cin- quante mille sesterces d'un bassin de cristal, et pourtant elle n'tait pas riche. Nron, la nouvelle de sa dchance, brisa contre terre deux vases de cristal, dans son dernier accs de colre, punissant ainsi son sicle, et ravissant tout autre qu' lui l'honneur d'y boire. Le cristal bris ne peut se raccommoder. Le verre aujourd'hui approche singulirement du cristal. Cependant, chose prodigieuse! le prix de celui-ci, loin de baisser, a encore augment. Succin ; qui en a fait la dcouverte. XI. Arrive ensuite parmi les objets de luxe, mais seulement encore l'usage des femmes, le succin, aussi estim que les pierreries; le cristal et les vases murrhins, qui, du moins, servent boire frais, sont plus justement apprcis : jusqu'ici le luxe n'a pu donner d'usage au succin. Il doit toute sa vogue l'imagination des Cres: vaste champ ouvert la critique, si les lecteurs me per- 3i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Legentes modo aeque perpetiantur me de ortu eorum , quum hoc quoque intersit vitae , scire posteros quid- quid illi prodidere mirandum. Phaethontis fulmine icti sorores fletu mutatas in arbores populos , laerymis ele- ctrum omnibus annis fundere juxta Eridanum amnem, quem Padum vocamus : et electrum appellatum, quo- niam Sol vocitatus sit Elector, plurimi poetae dixere, primique ut arbitror, ./Eschylus, Philoxenus, Nicander, Euripides , Satyrus. Quod esse falsum , Italiae testimonio patet. Diligentiores eorum , Electridas insulas in mari Adriatico esse dixerunt , ad quas dilaberetur Padus. Qua appellatione nullas umquam ibi fuisse, certum est : nec vero ullas ibi adpositas esse, in quas quidquam cursu Padi devehi possit. Nam quod iEschylus in Iberia, hoc est in Hispania, Eridanum esse dixit, eumdemque ap- pellari Rhodanum , Euripides rursus , et Apollonius in adriatico litore confluere Rhodanum et Padum , faci- liorem veniam facit ignorati succini, in tanta orbis igno- rantia. Modestiores, sed aeque falsum prodidere, in ex- tremis Adriatici sinus rupibus inviis arbores stare, quae Canis ortu hanc effunderent gummim. Theophrastus in Liguria effodi dixit. Chares vero Phaethontem in iEthiopia Ammonis obiisse , ob id delubrum ibi esse atque oraculum , electrumque gigni. Philemon fossile esse, et in Scythia erui duobus locis : candidum atque HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3i 7 met lent d'apprendre la postrit les merveilles qu'ils nous ont dbites sur l'origine de ce corps, qui tient sa place dans notre civilisation. Phathon ayant t frapp de la foudre , ses surs, force de pleurer , furent m- tamorphoses en peupliers, et tous les ans les larmes qu'ils versent forment de l'lectrum sur les bords de l'ridan , que les Romains appellent P. Quant au nom cYelectrum , donn au succin, il vient d'Elector, un de ceux du Soleil. Ainsi s'expriment nombre de potes, et leur tte, je pense, Eschyle, Philoxne , Nicandre, Euripide, Satyrus. Or, le tmoignage de l'Italie les dment. Selon les moins inexacts des Grecs, le P se jelerait dans l'Adriatique, prs des les Electrides; mais jamais il n'y eut les de ce nom dans ces parages ; ja- mais non plus il n'y en eut o les flots du P pussent , en descendant, jeter quelque objet. Que si Eschyle place l'Eridan dans l'Ibrie , c'est--dire l'Espagne , et lui donne dplus le nom de Rhne; si, leur tour, Euripide et Apollonius imaginent un confluent du Rhne et du P, peu de distance de l'Adriatique, n'en soyons que plus indulgens pour l'ignorance o ils taient sur le succin ; leur ignorance sur la gographie fut -elle moindre? Des auteurs moins lgers, mais non moins loigns du vrai , on dit qu'au fond de l'Adriatique taient des arbres qui , l'instant o commence la Ca- nicule, panchaient cette gomme. Thophraste dit qu'on la retire de terre en Ligurie. Selon Chars, Phathon mourut en Ethiopie, sur le territoire d'Ammon : voil pourquoi il existe dans cette contre et un temple, et un oracle, et aussi de l'lectrum. Philmon le classe parmi les fossiles, et dit qu'on l'exploite en Scythie, en deux lieux principaux : l'un est blanc et mat comme la 3i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. cerei coloris , quod vocaretur electrum : in alio loco fulvum, quod appellaretur subalternicum. Demostratus lyncurion id vocat, et fieri ex urina lyncum bestiarum, e maribus fulvum et igneum, e feminis languidius atque candidum. Alii dixere langurium, et esse in Italia bestias langurias. Zenothemis langas vocat easdem , et circa Padum iis vitam adsignat. Sudines arborem quae gignat in Liguria. In eadem sententia et Metrodorus fuit. So- tacus credidit in Britannia ptris effluere, quas electri- das vocat. Pytheas Guttonibus, Germaniae genti, adcoli aestuarium Oceani, Mentonomon nomine, spatio stadio- rum sex millium : ab hoc diei navigatione insulam abesse balum : illuc vere fluctibus advehi , et esse concreti maris purgamentum : incolas pro ligno ad ignem uti eo, proximisque Teutonis vendere. Huic et Timaeus cre- didit, sed insulam Basiliam vocavit. Philemon ait flam- mam ab electro reddi. Nicias solis radiorum succum in- telligi voluit. Hos circa occasum crdit vehementiores in terram actos , pinguem sudorem in ea parte Oceani relinquere, deinde aestatibus in Germanorum litora ejici. Et in J^gypto nasci simili modo, et vocari sacal : item in India , gratiusque thure esse Indis. In Syria quoque feminas verticillos inde facere : et vocare harpaga , quia folia et paleas, vestiumque fimbrias rapiat. Theochrestus Oceano id exaestuante ad Pyrenaei promontoria ejici : HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3i 9 vive, et se nomme lectrum; subaltermcum est le nom du deuxime, qui est jauntre. Dmostrate nomme ce dernier Ijncurion , et veut que l'urine des lynx en soit la base ; plus roux, et comme de feu , s'il vient du mle, il est blanc et il a moins de force quand il est d la femelle. D'au- tres l'appellent langurium, et admettent en Italie un animal du nom de langurie. Zenothemis lui donne celui de lanx , et le fait vivre sur les bords divers du P. Sudins dit que l'lectrum nat d'un arbre de la Ligurie. Mtrodore est du mme avis. Sotacus le fait dcouler de certaines pierres dites lectrides, que l'on trouve en Bre- tagne. Selon Pythas, les Guttons, peuple de la Germanie, qui habitent les bords du Mentonome, estuaire de l'Ocan, sur un espace de six milles stades, environ une journe de navigation de l'le d'Abale, voient au printemps l'- lectrum , excrtion des flots condenss, port par les flots sur les bords de cette dernire, et s'en servent en guise de bois pour faire du feu, ou le vendent aux Teu- tons leurs voisins. Time admet cette opinion, mais il donne l'le le nom de Basilie. Philmon prtend que l'lectrum rend de la flamme. Nicias veut qu'on le regarde comme le suc des rayons du soleil. Ces rayons, dit-il, pousss vers la terre avec plus de force vers le couchant, laissent sur l'Ocan occidental une sueur paisse, qui, l't, est pousse sur la mer Germanique. L'Egypte en voit natre de mme, et on le nomme sacal ; l'Inde en possde aussi, et on l'y prfre l'encens. En Syrie, les femmes en forment des tournans fuseaux, et lui don- nent le nom ftharpax, parce qu'effectivement il at- tire lui les feuilles, la paille et les franges des habits. Thochreste, suivi en cela par Xnocrate qui a nagure crit sur le mme sujet, assure que les mares ocani- 3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. quod et Xenocrates credidit , qui de iis nuperrime scripsit. Vivit adliuc Asarubas, qui tradidit juxta Atlan- ticum mare esse lacum Cephisiada, quem Mauri vocant Electrum. Hune sole exealfactum e lirno dare electrum fluitans. Mnaseas Afric locum Sicyonem appellat, et Crathin amnem in Oceanum effluentem e lacu, in quo aves, quas meleagridas et penelopas vocat : et vere ibi nasci , ratione eadem , qua supra dictum est de Electride lacu. Theomenes, juxta Syrtim magnam hortum Hespe- ridum esse , ex quo in stagnum cadat , colligi vero a virginibus Hesperidurn. Ctesias Indis flumen esse Hypo- barum , quo vocabulo significetur omnia in se ferre bona : fluere a Septemtrione in exortivum Oceanum juxta montem silvestrem, arboribus electrum ferentibus. Arbores eas siptachoras vocari , qua appellatione signi- ficetur praedulcis suavitas. Mithridates in Germanise li- toribus esse insulam , vocarique eam Oserictam , cedri gnre silvosam : inde defluere in petras. Xenocrates non succinum tantum in Italia, verum etiam thyon vo- cari , a Scythis vero sacrium , quoniam et ibi nascatur. Alios putare in Numidia gigni. Super omnes est Sopbo- cles tragicus poeta , quod equidem miror tanta gravitate cothurni , et praeterea vit fama , alias principe loco ge- nitus Atlienis , rbus gestis , exercitu ducto. Hic ultra Indiam fieri dixit e lacrymis meleagridum- avium Me- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3i ques jettent l'ambre sur les caps pyrnens. Asarubas, auteur encore vivant, dit que, prs de la mer Atlantique, est un lac Cphisiade, nomm Electre par les Maures; sa vase, chauffe par les feux du soleil , donne naissance l'lectrum qui vient flotter la surface. Mnasas place en Afrique un lieu qu'il nomme Sicyone, et un fleuve Crathis qui se dcharge dans la mer, et sort d'un lac frquent par des oiseaux, qu'il nomme pnlopes et mlagrides; c'est l qu'il fait natre l'lectrum au prin- temps et de la mme manire qu'Asarubas au lac Electre. Thomne rapporte qu'aux environs de la grande Syrte est le jardin dcsHesprides; l'lectrum y nat et se rpand dans un tang voisin, o les filles des Hesprides vont le ramasser. Selon Ctsias , il existe dans l'Inde un fleuve appel Hypobare, nom qui indique qu'en lui sont tous les biens; il vient du Nord, et se jette dans l'Ocan oriental, auprs d'une montagne couverte d'arbres qui produisent l'lectrum, et dont le nom, en langue indi- gne, est siplacliores , c'est--dire douce odeur. Mithri- date nomme une le d'Osericte, voisine, dit-il, des ctes de la Germanie, et couverte de forts de cdres; l'lee- Irum y dcoule sur des rochers. Xnocrate veut que le succin naisse non-seulement en Italie, o il a le nom de thyon , mais dans la Scythie , o il porte celui de sacrium. D'autres croient que la Numidie en produit. Mais Sophocle les surpasse tous. Qui croirait que ce grand tragique, cet homme qui choisit un genre de posie si grave, et dont la vie d'ailleurs fut si belle, puisque, issu de la plus haute noblesse d'Athnes , il commanda des armes et fit de grandes actions; qui croirait, dis- je, qu'il attribue l'lectrum aux pleurs que les oiseaux dits de Mlagre rpandent aux Indes sur la mort de ce xx. i\ 3aa C PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. leagrum deflentium. Quod et credidisse eum , vel spe- rasse aliis persuaderi posse, quis non miretur? quamve pueritiam tam imperitam posse reperiri , quae avinm plo- ratus annuos credat, lacrymasve tam grandes, avesque e Grcia, ubi Meleager periit, ploratum isse in Indos? Quid ergo? non multa que fabulosa produnt poetae? Sed hoc ea in re, quae quotidie inveniatur atque abun- det , et hoc mendacium coarguat , serio quemquani dixisse, summa hominum contemptio est, et intoleranda mendaciorum impunitas. 3. Certuni est gigni in insulis septemtrionalis Oceani, et a Germanis appellari glessum : itaque et a nostris unam insularum ob id Glessariam appellatam, Germa- nico Csare ibi classibns rem gerente , Austraviam a Barbaris dictam. Nascitur autem defluente medulla pinei generis arboribus , ut gummi in cerasis , rsina pinis. Erumpit humoris abundantia : densatur rigore vel te- pore autumnali. Quum intumescens aestus rapuit ex in- sulis ^ certe in litora expellitur, ita volubile , ut pendere "videatur, atque considre in vado. Arboris succum esse prisci nostri credidere , ob id succinum appellantes. Pineae autem arboris esse indicio est pineus in adtritu odor, et quod accensum tedae modo ac nidore flagret. Adfirmatur a Germanis ideo maxime adpetitam provin- ciam : et inde Veneti primum, quos Grci Enetos voca- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3a3 hros? Le pensait-il, ou esprait-il le persuader d'au- tres? l'ignorance mme de l'enfance peut-elle jamais ad- mettre que des oiseaux versent annuellement des larmes, que ces larmes soient si abondantes, et qu'enfin , de la Grce o prit Mlagre , ils aillent dans l'Inde poul- ies rpandre? Eh quoi! dira-t-on , les potes ne nous contentent-ils pas tous les jours de ces fables? Mais quand la chose mme dont on parle est si commune, et se trouve chaque jour la porte de qui veut vrifier le fait, dire srieusement de semblables absurdits, c'est se moquer tout--fait du monde, et se porter, en fait de mensonge, une impudence intolrable. 3. Il est prouv que l'lectrum vient des les de l'O- can septentrional. Les Germains le nomment gless , d'o le nom de Glessarie , donn par les Romains de la flotte de Germanicus une le de ces contres, appele Austravie dans la langue des Barbares. De mme que la gomme dans le cerisier, et la rsine dans le pin, le succin dcoule de la moelle d'un arbre du genre des pins. C'est un liquide abondant, mais le froid ou la tide chaleur de l'automne le fait congeler. Les flots gonfls l'arrachent aux les et le poussent sur le rivage , o on le trouve roulant dans les eaux au milieu des- quelles il parat suspendu , jusqu' ce qu'il se dpose sur la grve. Nos prdcesseurs, jugeant que c'tait le suc d'un arbre, lui ont donn le nom de succin. Un in- dice de son origine est l'odeur de pin qu'il exhale quand on le frotte, et celle de rsine qu'il jette lorsqu'on l'al- lume. Les Germains prtendent que les tentatives faites pour s'emparer de cette province n'ont eu pour cause que le succin; les Vntes, ou Hntes des Grecs, ha- 9. i. 3 24 C. PL1NII HIS. NAT. UB. XXXVII. bant , famam rei fecere proximae Pannoniae , id acei- pientes circa mare Adriaticum. Pado vero adnexae fabulae videtur causa , hodieque Transpadanorum agrestibus feminis , monilium vice succina gestantibus , maxime decoris gratia, sed et medicinae : quando tonsillis credi- tur resistere , et faucium vitiis , vario gnre aquarum juxta infestante guttura ac vicinas carnes. Sexcentis fere m pass. a Carnunto Pannoniae abest litus id Germanise, ex quo invehitur, percognitum nuper. Vidit enim eques romanus, missus ad id comparandum a Juliano curante gladiatorium munus Neronis principis , qui bc com- mercia et litora peragravit, tanta copia invecta, ut retia arcendis feris podium protegentia succino nodarentur : arma vero , et libitina , totusque unius diei apparatus esset e succino. Maximum pondus is glebae adtulit xin librarum. Nasci et in India certum est. Archelaus, qui regnavit in Cappadocia , illinc pineo cortice inhaerente tradit advehi rude , polirique adipe suis lactentis inco- ctum. Liquidum primo destillare, argumento sunt qu- dam in tus translucentia , ut formicae, aut culices, lacer- tque, quas adhsisse musteo non est dubium, et in- clusas indurescenti. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3*5 bilans des rives de l'Adriatique , le reurent des Pau- noniens leurs voisins, et en rpandirent le renom. Telle est probablement l'origine des fables qui lui donnent le P pour patrie. Aujourd'hui encore, les paysannes de la Transpadane portent des colliers de succin, le plus souvent comme ornemeus, quelquefois aussi comme re- mde; car il est bon, dit-on, contre les gonflemens des amygdales et les gotres qui rsultent de la mauvaise qualit des eaux, si fatales la gorge et aux parties voi- sines. De Carnonte, en Pannonie , cette cte de la Germanie d'o vient cette substance , on compte six cents milles. Elle n'est bien connue que depuis peu, et par les voyages d'un chevalier romain envoy par Ju- lien, entrepreneur des jeux donns par Nron, pour acheter du succin. Ce chevalier parcourut tous les ri- vages et tous les marchs du pays, et il en revint avec une telle quantit de succin , que les filets disposs sur la balustrade, pour la mettre l'abri des btes froces, taient attachs avec des boutons de cette matire; que les armes, les bires, en un mot tous les objets em- ploys pendant un jour, taient de succin. La plus grosse masse qu'il et apporte tait de treize livres. L'Inde en produit aussi. Archelais, roi de Cappadoce, atteste que, de ce pays, l'on en apporte brut encore, et in- hrent l'corce des pins : on le polit en le faisant cuire dans de la graisse de cochon de l'ait. Les fourmis, mou- cherons, lzards, et autres objets que la transparence du succin laisse paratre, prouvent sa liquidit primitive; car on sent qu'ils n'ont t retenus l que parla viscosit du liquide, qui bientt, en se congelant , a form autour d'eux une prison. 3*6 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Gnera succinorum , vi ; medicinae ex his. XII. Gnera ejus plura. Candida odoris praestantis- simi. Sed nec his , nec cereis pretium. Fulvis major auctoritas. Ex iis etiamnum amplior translucentibus , praeterquam si nimio ardore flagrent : imaginemque igneam inesse , non ignem , placet. Summa laus Falernis a vini colore dictis , molli fulgore perspieuis. Sunt et in quibus decocti mellis lenitas placeat. Verum hoc quoque notum fieri oportet, quocumque libeat, tingi, hdo- rum sevo , et anchusae radice : quippe etiam conchylio inficiuntur. Ceterum adtritu digitorum accepta caloris anima trahunt in se paleas ac folia arida, quae levia sunt; ut magnes lapis, ferrum. Ramenta quoque succini oleo addita flagrant dilucidius diutiusque, quam pini medulla. Taxatio in deliciis tanta, ut hominis quamvis parva effigies, vivorum hominum vigentiumque pretia superet, prorsus ut castigatio una non sit satis. In co- rinthiis aes placet auro argentoque mixtum , in caelatis ars et ingnia. Murrhinorum et crystallinorum diximus gratiam : uniones, quod capite circumferuntur, gemmae digitis : in omnibus denique aliis vitiis ostentatio aut usus placet : in succinis deliciarum tantum conscientia. Domitius Nero in ceteris vit su portentis , capillos quoque conjugis suae Poppaea3 in hoc nomen adoptave- rat , quodam etiam carmin succinos appellando. Et HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 3a 7 Ses six espces : remdes qu'on en tire. XII. On en connat plusieurs espces : le blanc l'em- porte sur toutes par l'odeur; mais il est peu estim, ainsi que le succin couleur de cire. Le jaune lest davan- tage; il l'est bien plus, si cette couleur il joint la trans- parence. Toutefois, il ne doit pas tre trop clatant ; on veut qu'il prsente l'aspect , mais non l'tincelante splen- deur du feu. Le premier de tous est celui auquel sa cou- leur , semblable celle du Falerne , a fait donner le nom mme de Falerne : mol clat et transparence, voil ses qualits. Certaines espces offrent la nuance tendre du miel. Du reste, il ne faut pas ignorer qu'on le colore volont avec le suif de chevreau et la racine d'orcanette: on le teint mme avec le murex. Au reste, quand le frot- tement des doigts lui a donn la chaleur et la vie, il at- tire lui les brins de paille, les feuilles sches de peu de poids , de mme que l'aimant attire le fer. Le succin, ml l'huile, rend une flamme plus claire et plus du- rable que la moelle de pin. Tel est le prix de ces objets do luxe, que de petites statues de succin se vendent plus cher que des hommes dans la fleur de l'ge et de la sant. Est-ce assez d'une censure pour tant d'abus? Les vases corinthiens nous captivent par le mlange de l'or, de l'argent et du cuivre; les ciselures, par l'art et le gnie qui s'y dploient; les vases murrhins, le cristal, par les qualits indiques plus haut; les perles, parce qu'elles ornent la tte; les pierreries, parce qu'elles sont la parure des doigts; en un mot, utilit ou beaut, voil par quoi se recommandent les idoles qui charment nos vices : mais le succin, quel est son mrite? l'ide du luxe qu'on y at- ache. Nron, parmi tant de folies, avait donn ce nom aux 3a8 C. PLINII HIST. NA. UB. XXXVII. quoniam nullis vitiis desunt pretiosa nomina , ex eo ter- tius quidam hic colos cpit expeti a matronis. Usus ta- men succinorum invenitur aliquis in medicina : sed non ob hoc feminis placent. Infantibus adalligari amuleti ra- tione prodest. Callistratus et cuicumque aetati contra lymphationes prodesse tradit , et urinae dificultatibus potum, adalligatumque. Hic et differentiam novam adtu- lit appellando chry selectrum , quasi coloris aurei , et ina- tutino gratissimi aspectus, rapacissimum ignium, et si juxta fuerint , celerrime ardescens. Hoc collo adatliga- tum, mederi febribus et morbis : tritum cum melle ac rosaceo, aurium vitiis : et si cum melle attico contera- tur, oculorum quoque obscuritatibus. Stomachi etiam vitiis vel per se farina ejus sumpta , vel cum mastiche ex aqua pota. Succina etiam gemmis , quae sunt translu- cidae , adulterandis magnum habent locum , maxime amethystis, quum omni, ut diximus, colore tingantur. Lyncurium : medicinae n. XIII. De lyncurio proxime dici cogit auctorum per- tinacia. Quippe, etiam si non electrum id esset, lyncu- rium tamen gemmam esse contendunt. Fieri autem ex urina quidem lyncis, sed egestam terra protinus bestia operiente eam , quoniam invideat hominum usui. Esse autem qualem in igneis succinis , colorem , scalpique. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. ii 9 cheveux, de sa femme Poppe, et l'a mme enregistre dans un de ses pomes. Or, comme jamais le vice ne pche par manque de beaux noms, nos dames, partir de ce jour, eurent une troisime couleur favorite. Ajoutons cepen- dant que le succin n'est pas sans utilit en mdecine ; mais ce n'est pas l ce qui le rend prcieux aux yeux des fem- mes. On l'attache comme amulette au cou des enfans. Selon Callistrate, il est utile tout ge contre les affec- tions de la lymphe et la strangurie, soit qu'on le porte, soit qu'on boive l'eau o il a bouilli. C'est aussi de Cal- listrate que vient le nom de ehryslectrum , donn l'es- pce qui offre une couleur d'or charmante le matin , et qui, avide de flamme, s'allume avec rapidit si on l'ap- proche du feu. Attach au cou, le ehryslectrum gurit la fivre et les maladies: broy avec le miel rosat, il dissipe les maux d'oreilles; broy avec le miel atlique, il claircit la vue ; rduit en poudre, il remdie aux douleurs d'esto- mac , soit seul , soit pris dans l'eau avec le mastic. On emploie aussi trs-souvent le succin pour imiter les pierres transparentes, surtout les amthystes, grce la proprit qu'il a, comme je l'ai dit ci-dessus, de prendre toutes les couleurs. Lyncurinm : a remdes. XIII. Parlons maintenant du lyncurium , puisque l'o- pinitret de certains auteurs nous y force. Si le lyncu- rium n'est pas le succin, disent-ils, toujours est-ce une pierre prcieuse. Elle doit sa naissance l'urine de lynx, urine que l'animal recouvre de terre aussitt, parce qu'il veut soustraire l'homme un objet si utile. Du reste, le lyncurium a la couleur de feu du succin , et il peut tre grav. Il attire non-seulement les feuilles sches et les 33o G PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Nec folia tantum aut stramenta ad se rapere, sed aeris etiam ac ferri laminas, quod Diodes quidem et Theo- phrastus crdit. Ego falsum id totum arbitror, nec visum in aevo nostro gemmam ullam ea appellatione , et quod de medicina simul proditur , calculos vesicae eo poto elidi, et morbo regio occurri, si ex vino bibatur, aut si portetur etiam. De gemmis per gnera colorum principalium. XIV. Nunc gemmarum confessa gnera dicemus, a laudatissimis orsi. Nec vero id solum agemus, sed ad majorent utilitatem vit obiter coarguetur magorum infanda vanitas, quando illi vel plurima prodidere de gemmis , medicinae ex his blanda specie prodigia trans- gressi. Gnera adamantis, vi : medicinae n. XV. 4- Maximum in rbus humanis , non solum in- ter gemmas , pretium habet adamas , diu non nisi re- gibus et iis admodum paucis cognitus, auri modo in metallis repertus, perquam raro : cornes auri, nec nisi in auro nasci videbatur. Veteres eum in iEthiopum tan- tum metallis inveniri existimavere , inter delubrum Mer- curii , atque insulam Meroen : dixeruntque non am- pliorem cucumis semine, aut colore dissimilem inveniri. Nunc gnera ejus sex noscuntur : indici , non in auro HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 33i brins de paille, mais encore des parcelles de cuivre et de fer. Ainsi l'ont cru Diocls et Thophraste ; pour moi, je pense que tout cela est faux, car jamais on n'a vu, de nos jours, pierre prcieuse de ce nom. Je ne crois pas non plus sa prtendue vertu mdicinale, quand on dit que, pris intrieurement, il broie les calculs, et que, bu ou mme port l'extrieur, il prserve de la jaunisse. Des pierres prcieuses , classes d'aprs les couleurs principales. ' XIV. Nous allons passer aux vraies pierres prcieuses en partant des plus belles ; et , non contens d'une sim- ple description, pour tre utile au monde, nous rfute- rons en passant les infmes prtentions de la magie, puisque les imposteurs colportent au sujet des pierres prcieuses tant de fables qui laissent loin derrire elles toutes les merveilles de la mdecine. Diamant : six espces , a remdes. XV. 4- A la tte, non-seulement des pierreries, mais encore de toutes les richesses humaines , figure le dia- mant, que long-temps les rois seuls, et peu de rois , con- nurent. Comme il ne se trouvait que dans les mines (for, et en trs -petite quantit, on en avait conclu qu'il n'accompagnait que l'or, et ne naissait que dans son sein. Selon les anciens , on n'en trouvait que dans les mines de l'Ethiopie, entre le temple de Mercure et l'le Mro : gros peine comme un ppin de con- combre , il le rappelait aussi pour la couleur. On en connat aujourd'hui six espces. Le diamant de l'Inde 332 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. nascentis, sed quadam crystalli cognatione. Siquidem et colore translucido non differt , et laterum sexangulo laevore turbinatus in mucronem : aut duabus contrariis partibus , ut si duo turbines latissimis suis partibus jungantur : magnitudine vero etiam avellanae nuclei. Similis est huic quidem arabicus , minor tantum , simi- liter et nascens : ceteris pallor argenti, et in auro non nisi excellentissimo , natales, Incudibus hi deprehendun- tur, ita respuentes ictum , ut ferrum utrimque dissultet r incudesque etiam ipsse dissiliant. Quippe duritia ine- narrabilis est , simulque ignium victrix natura , et num- quam incalescens. Unde et nomen indomita vis grca interpretatione accepit. Unum ex iis vocant cencbron , quod est milii magnitudine. Alterum macedonicum in philippico auro repertum v et hic est cucumis semini par. Post hos cyprius vocatur in Cypro repertus, ver- gens in aerium colorem, sed in medicina, ut dicemus, effcacissimus. Post hune est siderites ferrei splendoris r pondre ante ceteros, sed natura dissimilis. Nam et icti- bus frangitur, et alio adamante perforari potest : quod et cyprio evenit : breviterque, ut dgnres, nominis tantum auctoritatem habent. Idque, quod totis volumi- nibus his docere et mandare conati sumus, de discordia rerum concordiaque, quam antipathiam ac sympathiam appellavere Grci , non aliter clarius intelligi potest. HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVII. 333 prend naissance, non point dans l'or, mais dans un mi- nral voisin du cristal, auquel d'ailleurs il ressemble, soit par sa transparence, soit par sa forme hexadre pans lisses, qui se terminent en pointe aigu : quelquefois il parat form de deux moitis opposes, qui ressemblent deux cnes runis par la base. Sa grosseur est celle d'un noyau d'aveline. On en trouve de semblables en Arabie, plus petits, il est vrai, mais dans la mme gangue. Les autres ont la pleur de l'argent, et ne se trouvent que dans l'or de premire qualit. On les prouve sur l'en- clume, et ils rsistent si bien aux coups , que le fer re? bondit de part et d'autre, et que souvent l'enclume se fend; en effet , la duret du diamant passe toute ide; il est d'ailleurs inaltrable au feu, et ne s'chauffe ja- mais. C'est de cette force indompte que lui vient le nom grec dUadamas. L'espce dite cenchros n'a que la gros- seur d'un grain de millet. L'on en a trouv en Mac- doine, dans les mines d'or de Philippcs : ceux-l galent en grosseur un ppin de concombre. Le diamant de Cy- pre, dont le gisement est Cypre, tire sur l'azur; on verra plus bas que c'est le plus utile en mdecine. Le diamant sidrite a l'clat mtallique du fer: plus pesant que les autres espces, il en diffre aussi en nature : les coups du marteau le brisent, un autre diamant le perce : double proprit que possde pareillement celui de Cy- pre. Aussi, les regarde-t-on comme infrieurs, et n'ont- ils de diamant que le nom. C'est ici surtout qu'on peut remarquer ces affinits et ces rpugnances , ou , comme disent les Grecs, ces sympathies et ces antipathies natu- relles des objets entre eux, phnomnes que, du reste, nous avons toujours tendu dans cet ouvrage faire com- prendre et ressortir. Cette force de rsistance , qui brave 334 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXXVII. Siquidem illa invicta vis duarum violentissimarum na- tur rerum ferri ignisque contemptrix, hircino rumpi- tur sanguine, neque aliter quam recenti calidoque ma- cerata , et sic quoque multis ictibus : tune etiam , prterquam eximias, incudes malleosque frangens. Cu- jus hoc ingenio inventum ? quove casu repertum? aut quse fuit conjectura experiendi rem immensi secreti, et in fdissimo animalium ? Numinum profecto muneris talis inventio omnis est. Nec qurenda in ulla parte na- tur ratio , sed voluntas. Et quum fliciter rumpere eontigit, in tam parvas frangitur crustas, ut cerni vix possint. Expetuntur a scalptoribus , ferroque includun- tur, nullam non duritiam ex facili cavantes. Adamas dissidet cum magnete lapide in tantum, ut juxta positus ferrum non patiatur abstrahi : aut si admotus magnes adprehenderit , rapiat , atque auferat. Adamas et venena irrita facit , et lyinphationes abigit , metusque vanos expellit a mente : et ob id quidam eunaciten vocavere. Metrodorus Scepsius, in eadem Germania et Basilia in- sula nasci , in qua et succinum , quod equidem legerim , solus dicit : et praefert arabicis : quod falsum esse quis dubitet? De smaragdis. XVI. Proximum apud nos indicis arabicisque mar- garitis pretium est, de quibus in nono diximus volumine in ter res marinas. HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXXVII. 335 les deux puissances les plus nergiques de la nature, le fer et le feu, cde au sang de bouc; on l'y fait tremper lorsqu'il est frais et chaud. Encore faut-il bien des coups en sus pour l'assouplir; marteaux et enclumes, fussent- ils excellens, se brisent souvent dans l'entreprise. Or, quel gnie, ou quel hasard rapporter cette dcou- verte ou cette trouvaille ? qui s'est avis de tenter exp- rience si bizarre et si mystrieuse sur un immonde ani- mal? Reconnaissons un dieu pour l'auteur de ce bienfait. Mais ce ne sont pas les motifs de la nature que nous exposons ici , ce sont ses actes. Une fois le diamant heu- reusement bris, il se divise en parcelles presque invi- sibles. Les graveurs les recherchent avidement, les en- chssent dans du fer, et s'en servent pour creuser sans peine les matires les plus dures. Le diamant a une telle antipathie pour l'aimant, que, plac prs de lui, il em- pche le fer de se porter sa surface , ou bien l'en d- tache et l'en fait tomber. De plus, il rend nul l'effet du poison, dissipe les accs