THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY 270 /ô. V «I Return this book on or before the Latest Date stamped below. A charge is made on ail overdue books. . , .^ University of Illinois Library APR 2 5 1978 27214 ■pr»--!-^ HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR ' Charles Joseph HE FELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG JIOrTELUB TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE GORKICKE KT AUCMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR UN RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE L'ABBAYE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH TOME ï PREMIÈRE PARTIE PARIS LETOUZEY ETANÉ, ÉDITEURS 76BI3,RUE DES SAINTS- PÈRES 1907 HISTOIRE DES CONCILES TOME I PREMIÈRE PARTIE Imprimatur -j- F. Cabrol HISTOIRE DES CONCILES D APRES LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles Joseph HE FELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THEOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR UN RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE l'abbaye SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH TOME I PREMIÈRE PARTIE PARIS LETOUZEY ETANÉ, ÉDITEURS 76B1S, RUE DES SAlNTS-l'ÉRES 1907 Z.1Û M36cfX / V. PREFACE DE LA NOUVELLE TRADUCTION La réimpression d'un livre, vieux d'un demi-siècle, est chose si rare aujourd'hui, que la simple entreprise paraî- ^tra, au jugement de plusieurs, presque une mauvaise action. < Contempteurs de la science d'hier, adorateurs quand même ^de la science de demain, ils ne prendront guère la peine de ''■feuilleter le volume qu'ils accueilleront avec leur moue dé- (^^aigneuse d'hommes supérieurs. Et malgré eux nous avons réimprimé le vieux livre, nous l'avons même commenté et, par places, rajeuni. La Conciliengeschichte par Hefele commença à paraître en 1855 et sa publication se poursuivit jusqu'en 1890 ; les deux derniers volumes étaient l'œuvre du cardinal Her- genrother. L'ouvrage comptait neuf volumes du format in-8, imprimés à Fribourg-en-Brisgau. LIne seconde édition allemande fut donnée par Hefele en 1873 ; elle comprend V six volumes parus entre 1873 et 1882, les deux derniers ""^ volumes ont été revus par Knopfler. Une traduction fran- ^ çaise par Delarc parut de 1869 à 1878 ; elle compte douze < volumes in-8 et ne contient la traduction que des sept pre- " miers volumes de la première édition allemande. Une tra- •4a duction anglaise, par Clark, commença à paraître en 1871, «»^ à Edimbourg, elle comprend cinq volumes, t. i-v (1871- I 1896). ^ La |)résente traduction a été faite sur le texte de la ^ deuxième édition allemande, laquelle contient des additions, ^ des rectifications en assez grand nombre et quelques suji- • 00335 / VIII PREFACE DE LA NOUVELLE TRADUCTION pressions. On s'est efforcé de rendre avec plus de rigueur que le premier traducteur la pensée de Févèque Hefele. Outre ces améliorations, dont une collation fastidieuse pourrait seule faire apprécier tout à la fois la mi- nutie et l'importance, on a ajouté des notes bibliogra- phiques et critiques toutes les fois qu'elles ont semblé nécessaires ou utiles à l'intelligence du sujet. M. A. Boudin- hon a bien voulu relire les épreuves et nous signaler diverses rectifications et additions. Nous lui en exprimons ici notre reconnaissance. La refonte et la revision de la traduction d'une part, les éclaircissements et les additions d'autre part feront, si nous ne nous abusons, de la présente Histoire des conciles^ un ouvrage susceptible de rendre quelques services à l'Eglise et à la science. C'est avec cet espoir et cette confiance que nous le présentons au public après avoir rendu hommage au modeste collaborateur de ce travail : Optimo fratri communiiim utrique studiorum olim duci^ semper socio amantissimi gratissimique animi pignus H. Leclercq EXTRAIT DE LA PREFACE DE LA PREMIERE EDITION (1855) Aucune partie de Fimportant domaine des études ecclé- siastiques n'a été moins fouillée de nos jours que l'histoire des conciles. Seules deux monographies ont été publiées de notre temps sur un synode unique et ce sont des ou- vrages de nulle valeur. Il n'en était pas ainsi autrefois. Celui qui est au courant de la question, souhaitera avec nous que ce regrettable abandon d'un sujet si important cesse au plus tôt. Mais pour cela il ne suffirait pas de rééditer les anciens ouvrages écrits avec tant de soin et jadis si estimés, tels que ceux de Caranza, Cabassutius, Richard, etc.. A une époque nouvelle doit correspondre une nouvelle manière d'entendre le travail. Depuis de longues années déjà, de nombreux documents se rapportant aux anciens conciles ont été découverts, des sources nouvelles et nombreuses ont été mises au jour, beau- coup d'erreurs écartées, beaucoup de préjugés vaincus, beaucoup de progrès dans l'art de la critique accomplis, on a acquis enfin une connaissance bien plus profonde du mou- vement d'évolution accompli par l'Eglise chrétienne. C'est pourquoi depuis plusieurs années déjà, je m'occupe de la rédaction d'une histoire des conciles de l'Eglise, his- toire conçue d'après un plan nouveau et reposant sur l'étude des documents originaux. Certains chapitres de cet ou- vrage sont ébauchés depuis plus de dix ans, un travail de revision leur a donné leur forme actuelle; d'autres sont de date plus récente, mais pour les uns comme pour les autres, je puis certifier que, dans leur rédaction, je n'ai X EXTRAIT DE LA PREFACE DE LA PREMIERE EDITION négligé aucune difficulté, et que tous les textes qui y sont accumulés ont été mis en œuvre avec grand soin. Au début, je comptais borner cet ouvrage à l'étude des conciles œcuméniques, mais bientôt j'ai reconnu combien il serait insuffisant de ne publier que des figures aphoristiques de l'existence des synodes de l'Eglise. On ignore si plusieurs synodes doivent être considérés avec certitude comme con- ciles œcuméniques et d'autre part un grand nombre d'entre eux, bien qu'ils ne soient pas universels, offrent une impor- tance aussi considérable que maints de ces derniers. C'est pourquoi j'ai élargi mon plan et j'ai étudié tous les synodes importants. J'ai toutefois établi une différence en exposant mon sujet. Les conciles plus importants, surtout les œcuméniques traités plus à fond, ont leurs passages principaux, notamment le symbole et les canons, publiés dans le texte original, suivis de la traduction pour les textes grecs et expliqués par des commentaires. Au contraire je me suis borné à une traduc- tion ou même de simples extraits des dispositions des assem- blées de l'Eglise moins importantes. C'est dans cet esprit que j'ai poussé mes travaux jusqu'à un certain degré d'avancement, et par la suite j'ai conservé la même méthode pour ne pas produire un ouvrage trop volumineux. Il en résulte que l'ouvrage contient plus d'éléments d'étude que son titre ne pourrait le faire supposer. On n'y trouvera pas seulement l'historique des synodes qui se sont succédé, mais encore l'exposé des déterminations adoptées et des fragments des actes les plus importants. J'y fais, en outre, de nombreux renvois aux deux importantes compilations si ré- pandues sur les actes des conciles de Hardouin et Mansi, de telle sorte que le possesseur de l'une et de l'autre pourra consulter lui-même les pièces justificatives. Tùbingen, janvier 1855. Hefele. PRÉFACE DE LA DEUXIEME EDITION Dix-huit années se sont écoulées depuis l'apparition de la première édition du premier volume de cette histoire des conciles. Depuis cette époque je n'ai pas manqué d'utiliser tout ce qui a été publié de plus nouveau sur ce sujet dans la mesure où j'en ai eu connaissance. En outre dans les parties de l'ouvrage où je n'ai pas pu mettre à profit un pareil secours, j'ai introduit maintes améliorations ou rectifications, certains chapitres ont été amplifiés, d'autres ont été abrégés et rema- niés. L'introduction en particulier et les paragraphes 2, 6, 13, 37, 51, 71 et 81 contiennent des modifications, et touchant le concile si important d'Elvire, l'histoire de l'Eglise d'Es- pagne du R. P. Pie Gams O. S. B., à Munich, m'a été d'un précieux secours. Le plan, les annexes, et le caractère de tout l'ouvrage sont restés les mêmes, je me suis toutefois efforcé, contrairement à ce que j'avais fait précédemment, d'employer la méthode atomistique dans l'exposition de l'histoire des conciles, de représenter chacun des synodes les plus importants comme un anneau dans le développement historique de l'Eglise, et par ce moyen de lui donner son véritable esprit. Cette Histoire des conciles est ainsi devenue, sous beau- coup de rapports et à peu de chose près, une histoire de l'Eglise et des dogmes, ce qui ne peut lui porter pré- judice. Ainsi que dans la première édition je me suis efforcé de consulter les documents originaux sans opinion précon- XII PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION eue et toujours de sang-froid, et d'exposer les seuls ré- sultats d'une investigation consciencieuse. Puisse la deuxième édition avoir le même succès que la première. J'avoue volontiers qu'une revision plus complète eût été désirable, mais dans ma situation actuelle et vu l'importance du sujet il ne m'était pas possible de la faire. Une traduction anglaise du premier volume jusqu'au con- cile de Nicée inclus, par M. William C. Clark, paraît en ce moment à Edimbourg en deuxième édition, sans que toutefois les feuilles fraîchement écrites de notre nouvelle édition aient été utilisées par le traducteur. Nous avons signalé à la fin de l'introduction une traduction française de tout l'ouvrage qui en six volumes in-8 a déjà été poussée jusqu'à la fin du xi^ siècle. On nous avait également demandé l'autorisation et nous avions donné notre assentiment à une tentative de tra- duction italienne, mais nous ignorons la suite qui a été don- née à ce projet. Rottenbourg, janvier 1873. H K FELE. NOTICE BIOGRAPHIQUE Karl Joseph Hefele, né le 15 mars 1809, élève du gymnase à EUwangen et à Eliingen, étudiant à Tiibingen (1827-1832), séminariste à Rottembourg (1832- 1833), ordonné le 10 août 1833, vicaire à Mergentheim, professeur au gymnase de Rottweil, professeur d'histoire ecclésiastique en 1836 à Tiibingen, privat- docent en 1837, professeur ordinaire en 1840. Ses premiers travaux sont des comptes rendus dans la Theologische Quartalschrift. Le premier portant sa signature appréciait le Innocent III, de F. Hurter. Theol. Quart., 1834, p. 716 sq. On voit clairement Hefele subir l'influence de Môhler dans ses tra- vaux postérieurs {Theol. Quart., 1837, p. 92 sq., 118 sq., 390 sq., 795 sq.) no- tamment à partir de 1840, Theol. Quart., 1840, p. 331 sq. Le premier écrit de Hefele était intitulé : Geschichte der Einfûhrung des Christentums im sudwest- lichen Deutschland, hesonders in Wiïrttembërg, paru en 1837 et dédié à Drey, Hirscher et Môhler. En 1839, il publiait une édition correcte des Pères apos- toliques -. Patrum apostolicorum opéra, in-8, Tiibingen, réimprimée en 1842, 1847 et 1855. Cf. Theol. Quart., 1839, p. 50 sq. L'année suivante, il donnait Das Sendschreiben des Apostels Barnabas, aufs neue untersucht, ûbersetzt und erklàrt, Tiibingen, 1840. Le texte de l'épitre était traduit en allemand ; l'his- torien place la rédaction de l'épître entre les années 107 et 120 et croit que l'auteur attaque le docétisme. Cf. P. Ladeuze, L'Epître de Barnabe, dans la Revue d'hist. ecclés., 1900, t. i, p. 31-40, 212-225. Les études de Hefele sur les Pères apostoliques lui fournirent l'idée et la matière de son article : Ueber den Rigorisnius in dem Leben und den Ansichten der alten Christen, dans Theol. Quart., 1841, p. 375 sq. Il ne laissait pas de s'occuper pendant ce temps du point de vue apologétique, ainsi qu'on peut le voir dans deux articles : Ueber die Beschrànkung der kirchlichen Lehrfreiheit, dans Theol. Quart., 1839, p. 561 sq., et : Ueber die Schranken der Lehrfreiheit in der protestantischen Kirche, dans Theol. Quart., 1842, p. 59 sq. Le point de vue polémique n'est pas non plus étranger aux travaux de cette époque, par exemple : Der Protes- tantismus und das Urchristentum, daus Theol. Quart., 1845, p. 175 sq., et Ueber die Schiksale der Kirche seit dem Tridentinum, dans Theol. Quart., 1846, p. 3 sq. ; enGn ses comptes rendus du livre de Dôllinger a Reformation », dans Theol. Quart., 1846, p. 448 sq. ; 1848, p. 645 sq. Ces travaux ne détournaient pas Hefele des études historiques, on pourrait dire qu'ils ne 1 eu distrayaient pas. En 1844, il publiait la vie du cardinal Xime- XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE nés (2* édit., 1851), qui fut traduite en espagnol, en français et en anglais, et ce sujet l'amena à exprimer ses idées sur Llorente, l'historien de l'Inquisition espagnole. Theol. Quart., t. ii, p. 243 sq., 696 sq. ; t. m, p. 314 sq. ; t. iv, p. 326 sq. Le titre complet de son ouvrage est : Ximenès und der kirchliche Zustand Spaniens am Ende des XV. und Anfange des XVI. Jalirliunderts insbesondere ein Beitrag zur Geschichte der Inquisition, in-8, Tûbingen, 1844. Le rôle important joué par Hefele dans les questions qui agitèrent l'Alle- magne leligieuse ne peut nous arrêter dans cette note. Nous voulons cependant rappeler d'un mot le rôle militant du théologien dont les débuts oratoires firent grand bruit. En 1842, K. J. Hefele soutint l'évèque Keller dont la motion en faveur de la libei'té de l'Eglise soulevait une vive émotion. Hefele témoigna sa confiance dans les temps nouveaux et dans les libertés prochaines qui rendraient l'Eglise capable de traiter de puissance à puissance avec l'Etat. Ces occupations ne laissaient pas que de permettre à Hefele de collaborer assidûment depuis 1839 à la rédaction de la Theologische Quartalschrift, au Kirchenlexicon de Wetzer et Welte. Il devait réunir les principaux travaux parus dans ces recueils et dans Neuen Sion de S. K. Haas, pour en composer deux volumes intitulés : Beitrcige zur Kirchengeschichte, Arcliàologie und Litur- gik, in-8, Tûbingen, 1864. Il s'occupait également alors de quelques traductions et éditions ; c'est à cette époque qu'il aborda l'œuvre capitale de sa vie, l'His- toire des conciles. Dès 1835, il avait publié, dans Giessener Jahrbûcher fiir theol, und christl. Philosophie, une étude intitulée : Blicke ins xv. Jahrhundert und seine Konzilien mit hesonderer Berïicksichtigung der Basler Synode. A partir de cette date on entrevoit la préoccupation constante de l'écrivain qui se fait jour dans des articles, des comptes rendus, notamment dans Theolog. Quar- tals., 1841, p. 616 sq. ; 1843, p. 541 sq. ; 1847, p. 50 sq., 83 sq. ; 1855,^ p. 353 sq. L'idée d'une histoire de la Réforme et des synodes du xv^ siècle aboutit rapidement à un ensemble plus vaste intitulé : Conciliengeschichte, in-8, Tûbingen, t. i. 1855 ; t. ii, 1856 ; t. m, 1858 ; t. iv, 1860 ; t. v, 1863 ; t. vi, 1867 ; t. VII, 1874. Les divers tomes furent accueillis favorablement, même parmi les théologiens et les érudits protestants. Cf. Jahrbûcher fur deutsche Théologie, 1864, p 371 sq. ; 1868, p. 532 sq. ; 1871, p. 570 sq. ; Historische Zeitschrift von V. Sybel, t. i, p. 223 sq. ; t. v, p. 181 sq. ; t. xi, p. 231 sq. La réputation de Hefele était si bien établie qu'il fut choisi en 1868, en qualité de consulteur, par la Commission préparatoire des travaux du concile du Vatican. Préconisé évê- que de Rotteabourg le 22 novembre 1869, consacré le 29 décembre, il assista au concile auquel il prit, dans les rangs de la minorité, une part importante. Le 12 janvier 1870, il se joignait aux membres de l'adresse contre la déclaration d'in- faillibilité ; il se prononçait centre le schéma et on lui attribuait un petit opus- cule paru à Naples : Causa Honorii Papae, en même temps qu'à Tûbingen, sous ce titre : Ilonorius und das VI. allg. Konzil, 1870. Dans le vote du 13 juillet il donna son bulletin Nuii placet. Quelques jours plus tard il était de retour dans sa ville épiscopile etpubliait la justification de son attitude et de ses actes pen- NOTlCli BIOGRAPHIQUE XV dant le concile. Il s'appliqua à pai'tir de cette époque à l'administration de son diocèse ; donna une deuxième édilion delà Conciliengeschichte, t. i, 1873 ; t. ii, 1875 ; t. m, p. 1876 ; t. iv, 1879 ; t. v (par Koptler), 1886 ; tandis que Hergen- rotlier donnait les t. viii, 1887, et ix, 1890, de la première édition. Hefele mou- rut le 5 juin 1893. On peut consulter sur les événements auxquels sa vie a été mêlée et sur ses ouvrages : Roth, Karl Joseph von Hefele, Bischof von EoLten- burg, in-8, Stuttgart, 1894 ; Hegler, dans Real-Encyklopàdie fur protestan- tische Théologie und Kirclte, de A. Hauck, Leipzig, 1899, t. vu, p. 525-531; Funk, dans Tlieol. Quart., t. lxxvi, p. 1 sq. ; Weizsacker, Festartikel zu Hefele's 50. jahrigen Priesterjubilâum, dans Schwab. Merkur^ Chro/iik, 1883, n. 196 ; 1893, p. 128 ; J. Friedrich, Geschichte d. vatik. Konzils, in-8, 1877-1887, t. i-iii ; J. F. \on Schulte, Der Altkatholizismus, 1887, p. 215 sq. ; E. Friedberg, Sammlung der Aktenstucke zuni Vatic.-Konzil, 1872 ; E. Cecconi, Storia del concilio ecu- menico Vuticano, 1873. H. L. OBSERVATIONS On a inséré en marge du texte la pagination de la deuxième édition allemande. On a fait suivre du sigle (H. L.) les notes particulières à la présente traduction. Lorsqu'une note de l'édition allemande a reçu un complément, on l'a distingué en l'insérant entre crochets [ ]. On a complété toutes les références patristiques par les renvois à la Patrologie latine (P. L.) et la Patrologie grecque [P. G.) de Migne, ou bien aux éditions plus récentes, hsi Bibliographie (p. 97-124) a été entièrement refaite. Quelques sujets réclamant une discussion trop détaillée pour prendre place parmi les notes ont fait l'objet à' Appendices placés à la fin de la 2^ partie du tome I'^^ Plusieurs dates ont été modiûées après discussion donn ée parmi les notes. Lorsque ces dates, ainsi corrigées, reparaissent dans le texte elles sont placées entre crochets [ ]. INTRODUCTION 1] Au nombre des manifestations les plus importantes dans la vie de l'Église se rangent les Conciles ou Synodes. Ces deux termes svnonymes concilium et tjvoosç ^ signifient avant tout une réunion laïque et, dans un sens plus étroit, une assemblée ecclésiastique^ c'est-à-dire une réunion des chefs de l'Eglise régulièrement con- voqués pour délibérer et statuer sur les ajfaiî^es religieuses. On trouve pour la première fois le mot concilium dans Tertullien ^ en l'an 200 après Jésus-Christ ^, et le mot auvoooç dans les Canons apostoliques ^, pas avant le commencement du m® siècle ; tandis qu'à la même époque ^ les Constitutions apostoliques ^ désignent par le 1. Synodus se rencontre dans Pline, Hist. nat., 1. XXXV, c. ix, sect. xxxv, avec le sens de réunion ou assemblée délibérante. (H. L.) 2. TertuU., De jejuniis, c. xiii, P. L., t. ii, col. 1024 : Aguntur prxterea per Grsecias illa certis in locis CONCILIA ex universis ecclesiis, per quse etaltiora qux' que in commune tractantur, et ipsa reprsesentatio totius nominis christiani magna veneratione celebratur. 3. P. Monceaux, Hist. littér. de l'Afriq. chrét., in-8, Paris, 1901, t. i, p. 207, place la composition du traité après l'année 213. (H. L.) 4. Canones apost., n. 38 (alias 36): Ae-jTspov -roû è'-rouç o-ûvoSoç YivéaQu) twv èth- (TxoTrtov, Bunsen, Analecta antc-nicœna, in-8, Londini, 1854, t. ii, p. 17. 5. La compilation date des premières années du v« siècle, mais les six pre- miers livres ne sont qu'un remaniement de la Didascalie dont l'auteur doit avoir vécu en Syrie dans la première moitié du me siècle. (H. L.) 6. Constitut. apost., lib. V, c xx : Ilâv [iivTOi o-âgoa-rov aveu to-j évbç, xai irào-av •/.•jp;a-/.r|V è7u'.T£),oCv7£; c-yvôSov; î-jçpaivîuOs : « Tous les samedis, sauf un seul (le samedi saint), et tous les dimanches, organisez des réunions et soyez dans la joie, s Ces derniers mots ÈTtiTEXovvTe; auvéSoyç eôcppaîvecrOe sont omis dans le m5. Vatic. 2088, du xie siècle. Pitra, Juris ecclesiastici Grsecor. hist. et monum., in-4 ; Roma;, 1864, t. i, p. 294. L'épître de Ps. -Barnabe recommande également la joie pendant la journée du dimanche. F. Cabrolet H. Leclercq, Monum. Eccles. li- CONGILES — I — 1 INTRODUCTION terme cJvoBoç les assemblées des chrétiens pour la célébi'tition du culte divin. I. Origine des conciles. ïj'oj'igine des conciles remonte au synode des apôtres à Jéru- salem en 52^; mais les théologiens ne sont pas d'accord pour décider s'ils sont d'institution divine ou d'institution humaine. La vraie solution est que : les conciles sont une institution aposto- lique établie sous l'inspiration du Christ 2, sans quoi les apôtres n'auraient pu écrire ces mots à la fin de leur synode : Visuni est Spiritiii sancto et nohis. Ils devaient être persuadés que le Seigneur avait promis et accordé son esprit à ces assemblées de l'Église. Les [2] conciles postérieurs sont demeurés convaincus que leurs délibé- rations étaient guidées par le Saint-Esprit. Déjà, en 252, saint Cyprien écrit au pape Corneille au nom des membres du con- turg., in-4, Parisiis, 1902, t. i, n° 623. On a donné parfois le nom àc concilia aux locaux dont les fidèles faisaient usage pour la célébration publique de leurs assemblées. On lit dans le Cod.tJieodos., 1. XVI, tit. 11, lig. 4 ; Ilaheai unusquis- cjiie licentiam sanctissimo catJiolicse veneraJiilique concilio, decedens, honorum qiiod opiavit, relinquere. On trouve un sens analogue dans saint Jérôme, Epist.^ Lx, p. L., t. XXII, col. 597: basilicas Ecclesise et martyruin conciliahula... adum- bravit. Les martyruin conciliahula sont des martyria oxx tombeaux des martyrs. On peut citer d'autres textes non moins probants , cf. Dictionn. de théol. catho'., t. III, col. 636. Dans la suite on a réservé l'appellation de conciles ou synodes aux seules assemblées épiscopales traitant des matières religieuses. (H. L.) 1. Act. apost., c. XV. Cette date n'est qu'une approximation. On peut soute- nir 51 ou même 50. (H. L.) 2. La promesse faite par Jésus (Malth., xviii, 20) de présider invisible aux réunions des siens paraît avoir dès l'origine engagé les apôtres dans la voie des convocations fréquentes de l'assemblée des fidèles, par exemple : Act. apost., 1, 15 ; vi, 2 ; xv, 6. Dans tous ces passages on voit se faire jour la tendance à la délibération : i, 23 ; vi, 3 ; xv, 7. C'est un peu gratuitement que Edwin Ilatch, The organization of the carly Christian Churches, in-8. Loudon, 1880, propose de faire dériver la conception, sinon l'institution des concilia civUia des Romains. J. Réville, Les origines de l'épiscopat, in-8, Paris, 1894, t. i, p. 74, voit dans le conseil des presbytres siégeant en permanence à Jéru- salem le prototype des conciles. Ce conseil aurait aspiré à èlre le tribunal suprême du christianisme naissant, par analogie avec le grand Sanhédrin Toute la page consacrée à développer celte vue nous semble des plus dignes d'attonlion. (H. L.) I. OlilGIM' DES CONCILES cile qui rcntourent : plariiit nobis Sancto Spiritu suggerente, etc. ^. De môme on lit dans le concile d'Arles de 314 : placuit erî^o, j)ra'sente Spiritu Sancto et angelis ejits ^ ; et cette conviction était si générale que Tempereur Constantin le Grand qualifie le décret synodal d'Arles de cxleste judicimn et ajoute : Sacer- dotiimjudiciitm ita débet liaberi, ac si ipse Dojninus residensjudicet ^. Dix ans plus tard, le premier concile œcuménique de Nicée (325) conservait la même conviction et le déclarait explicitement en ces termes : quod trecentis sanctis ejnscopis (c'est-à-dire les membres du concile de Nicée) i'isum est non est alind putandum, qiiam solius Fila Dei sententia *. Tous les Pères de l'Eglise grecque comme ceux de l'Église latine, saint Athanase comme saint Augustin et saint Grégoire le Grand sont complètement d'accord à ce sujet. Ce dernier assimile l'autorité des quatre premiers conciles œcuméniques au crédit dont jouissent les quatre Evangiles ^ . Les plus anciens conciles connus datent du milieu du ii'' siècle de l'ère chrétienne ; ils se tinrent en Asie-Mineure dans le but d'arrêter les progrès du montanismc ^. Il n'est pas invraisem- blable de croire qu'il y avait déjà eu dans l'Eglise grecque des assemblées de ce genre (peut-être contre les gnostiques ''), car les 1. S. Cyprien, Epist., liv, P. Z., t. m, col. 887. Le concile s'est tenu le 15 mai 252, il comptait 42 évêques. Cf. P. Monceaux, Hist. litt. de VAfriq. chrét., 1902, t. II, p. 44, 49-52. (H. L.) 2. Mansi, Co7ZC(7. ampliss. coll., t.ii, col. 469 ; Hardouin, Collect. concil,. 1. i, col. 262. [Pour la date de ce concile, cf. Dictionn. d'arclt. chrét., t. i, col. 2914. (H. L.)] 3. Mansi, op. cit., t. Ji, col. 478 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 268 sq. 4. Mans'., op. cit., t. ii, col. 922; Hardouin, op. cit., t. i, col. 447. C'est du moins ce qui se lit dans V Epistola imperatoris Constantini ad Alexandrinos ad- vcrsits Al ium et ad omîtes orthodoxos, citée par Gclase de Cvzique, Histor. cane. Nie, 1. II, c. xxxvi. (H. L.) 5. S. Grégoire le Grand, Epist., lib. I, epist. xxv, P. L., t. lxxvii, col. 478 : Sicnt sancti Evangelii quatuor libros, sic quatuor Concilia suscipere et venerari jiie fateor,Nicc-enum scilicet,eic.Ci. Epist. ,\. 111, epist. x, P. Z., t. lxxvii, col. 613 ; 1. IV, epist. xxxviii, P. Z., t. lxxvii, col. 712. Cf. Corp. jur. can., 2, dist. XY. 6. Plusieurs de ces conciles furent provoqués par la controverse [.ascale. Cf. Monum. Eccles. liturg, 1902, t. i, p. 193*-196* ; L Duchesne, Hist. anc. de l'Église, in 8, Paris, 1906, t. i, p. 285-292; Le même, La question de la l'àque au concile de Nicée, dans la Rev. des quest. hist., juillet 1880. (H. L.) 7. Non seulement il ne subsiste aucun document, mais même on ne peut citor aucune allusion chez les auteurs, tels qu Iréuée et Origène, très préoc- cupés cependant de la polémique contre le gnosticisme et qui ne se fussent pas INTRODUCTION Grecs ont de tout temps été plus enclins que les Occidentaux à se réunir en synodes et ils en ont eu plus souvent besoin. II. Diverses espèces de conciles. On classe habituellement les conciles en quatre catégories, mais [3] il est préférable de les diviser en huit classes, ce qui, en fait, nous permet de comprendre au nombre des conciles les réunions dé- crites aux numéros 2, 5, 7 et 8. Au premier rang se placent : 1° Les conciles universels ou œcuméniques *, auxquels furent convoqués et tenus d'assister (sauf le cas d'empêchement légitime) les évêques et les ayants-droit (ceux-ci plus tard) de toutes les provinces ecclésiastiques, du o'txouiJ-év^ ^, sous la présidence du pape ou de ses légats, et dont les décrets, reconnus par toute l'Eglise, devinrent une règle pour les fidèles. Il est possible qu'un concile convoqué interdit — si ce moyen eût été à leur disposition — d'arguer de quelque ana- thème ancien et lointain. Ce qu'on sait de Valentin et de Marcion c'est qu'ils furent exclus de la communauté clirétienne à Rome même. L. Duchesne, op. cit.,i. 1, p. 180-181, 183-185. (H. L.) 1. On leur donne encore les titres de généraux ou pléniers. La distinction qu'on a tenté d'établir entre œcuménicité et universalité repose sur l'attribution du premier de ces titres aux conciles auxquels toutes les provinces ecclésias- tiques participent effectivement, abstraction faite de la présence et de la coopé- ration du pape. Mais un concile œcuménique n'est tel que s'il l'est par sa con- vocation, sa célébration et sa puissance souveraine. Or la puissance souveraine se trouve dans le pape dont l'absence prive le concile de sa tête et dont la pré- sence ou l'intervention tardive suffit à suppléer à tout ce qui aurait pu man- quer à l'universalité. Il s'ensuit que certains conciles sont considérés comme œcuméniques pour une partie seulement de leurs décrets, celle qui a obtenu le concours ou l'approbation du pape ; par exemple, au concile de Chalcédoine les canons 2e et 5e devenus œcuméniques par la ratification subséquente et sup- plétive du pape. (H. L.) , 2. Non pas seulement ceux de l'empire romain, comme l'a pensé Spittler, Sammtl.Werke, t. viii, p. 175 ; toutefois dans les premiers siècles du christianisme, les limites de l'Eglise se confondaient avec celles de l'empire ro- main. [Il existait cependant desEglises au delà de ceslimites, àEdesse, à Bostra, à Séleucie-Ctésiphon, cf. J. Labourt, Le christianisme dans l'Empire perse ; in-12, Paris, 1904 ; A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung âer Christentums in den ersten drei Jahrhunderten, in-8, Leipzig, 1902 ; 2e édit., 1906. (H. L.)] II. DIVERSES ESPECES DE CONCILES O en vue d en faire un synode œcuménique ne puisse pas être rangé dans cette catégorie. Sil se laisse en effet arrêter dans sa marche, s'il n'accomplit pas sa mission, ou si une scission s'opère parmi ses membres ^, etc. il ne sera reconnu ni par l'Église, ni surtout par le pape. Tel fut le sort par exemple du concile surnommé le « Brigandage d'Ephèse », en 449, du concile de Pise en 1409, de Sienne en 1423, etc., et, en partie aussi, le sort des conciles de Constance et de Bâle. 2° Au second rang se trouvent les conciles généraux latins ou grecs orientaux, auxquels participèrent les évêques et les autres ayants-droit de toute l'Eglise latine ou grecque-orientale ; de telle sorte qu'ils ne représentèrent que la moitié de l'Eglise universelle. Tel le concile de Constantinople, en 381, qui ne fut tout d'abord qu'un synode général grec oriental et auquel assistèrent les quatre patriarches d'Orient: ceux de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, ainsi que beaucoup d'autres métro- politains et évêques. Mais ce synode fut plus tard reconnu par l'Eglise d'Occident et prit rang parmi les conciles œcuméniques^. 3° Si la réunion ne comprend que les évêques d'un seul patri- arcat ou d'un seul district primatial (c'est-à-dire d'un diocèse dans le sens primitif du mot) ou encore d'un seul royaume ou d'une seule nation sous la présidence du patriarche, du primat ou du premier métropolitain, on l'appelle alors concile national ou patriarcal ou primatial 3, il n'est pas rare non plus qu'on lui donne le nom de [4] uniersel ou plénier '*. C'est ainsi par exemple que se réunirent en synode les évêques de toute l'x^frique latine, primats pro- 1. C'est le cas pour le canon 23e du concile de Chalcédoine, demeuré non avenu parce qu'il fut voté contre le gré des légats de saint Léon et que celui-ci refusa de le ratifier. (H. L.; 2. Ce synode nous ramène au casétudié préci-deinment danslanote 1 de la pa- ge 4. Le p;ipe avait été prié de se rendre au concile;, il préféra s'abstenir. Plus tard, Rome se rallia à la formule de symbole complétée contre les pneumato- maques, en 381. Toutefois en prenant rang parmi les conciles cecaméniques, le concile de 381 n'y était introduit que pour le décret dogmatique à l'exclusion de la disposition attribuant au siège patriarcal de Constantinople le premier rang après le siège de Rome. Cf. Wernz, Jus decretalium, t. ii, lit. xl, p. 1061. (H. L.) 3. Un concile national s'étend généralement à plusieurs provinces et se trouve être souvent, en fait, à la fois national et primatial on patriarcal. (H. L.) 4. Voir ma dissertation dans le Tiïbingen theol. Quartalschrift, 1852, faec. 3 ; p. 406 sq. [Ce terme universel ne peut être pris dans un sens absolu. (H. L.)] IIS moDUCtiox vincianx et siiffragants sous la présidence du primat de Carthage ^ , de même les archevêques et évêques d'Espagne sous celle de leur primat Tarchevêque de Tolède 2, et aussi antérieurement les métro- politains et les évêques de Syrie sous la présidence de leur premier métropolitain (qui prit plus tard le titre de patriarche), l'archevêque d'Antioche. 4" Un concile provincial est bien moins important ; c'est celui que convoque le métropolitain d'une province ecclésiastique pour ses évêques suffragants et les autres membres du clergé autorisés à y prendre part ^, 5° Certains conciles qu'il n'est pas rare de rencontrer dans l'histoire de l'Eglise peuvent prendre place entre la troisième et la quatrième classe. Ce sont ceux dans lesquels se réunissent les évê- ques de plusieurs provinces voisines pour discuter leurs intérêts communs. On peut les appeler conciles de plusieurs provinces réunies, et, à ce titre, ils prennent rang après le concile national ou primatial, puisqu'ils ne représentent pas toutes les provinces réunies d'une nation ou d'un district primatial *. 6° On entend par concile diocésain les réunions que chaque évêque tient lui-même en présence du clergé de son diocèse ou qu'il fait tenir et présider par son vicaire général ^. 1. H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. i, p. 78-83. (H. L.) 2. H. Leclercq, IJEspagne chrétienne, in-12, Paris, 1905, p. xxxi, 280 sq. Le I]I« concile de Tolède (17 mai 597) se qualifiait sancta et universalis synodus, cette uni\ersa]ité s'étendait uniquement à l'Espagne et à la Gaule narbonnaisc, en tout 62 évêques et 5 métropolitains. (H. L.) 3. Les conciles provinciaux sont attestés dès le m" siècle. A Carthage, tivnnt 249, à Synnade et à Ic(.nium, vers 230 ; à Antioche entre 264 et 269, etc. Le canon 5^ du concile de Nicée prescrit la réunion bis-annuelle de ces conciles et cetle prescription est renouvelée par le cnnon 17e du concile de Chalcédoine. Cependant le concile d'Orléans, en 533, canon 2e, réclama une seule réunion ou lieu de deux. (H. L.) 4. On désigne souvent ces conciles sous le nom de conciles pléniers. Saint Augustin qu;ilifie de ce nom le IP concile africain tenu en 418, sous le pape Zozime. S. Augustin, Epist., ccxv, cul Valent., P. L., t. xxxiii. col. 972 fcF. H. Leclercq, l'Afrique chrétienne, t. ir, p. 124-131. (H. L.) 5. Les conciles diocésains se réunissaient deux fois par an ; on relève du moins des traces de cette discipline jusqu'au xv« et au commencement du xvi* siècle. Cependant le concile d'Auxerre, en 585, canon 7» ; le concile d'Huesca, en 598, canon 1"; le concile de Tolède, en 693, canon 7«, ordonnent de s'en tenir à une seule convocation annuelle et cette discipline a été ratifiée par le concile de Trente, sess. xxiv, can. 2. (H. L.) [5] II. DIVEnSES ESPECES DE CONCILES / 7° Les aC'/zlzi ivo-/;;xcî)c7ai usités à Constantinople présentent une forme de conciles anormale et toute particulière. Les patriarches de Constantinople réunirent fréquemment autour d'eux les évèqucs dos provinces ecclésiastiques ou des patriarcats les plus divers qui se trouvaient (Èvo7îjj.oI;vT£ç) dans la capitale pour leurs affaires privées ou autres et les consultèrent sur les affaires importantes; ils les appe- lèrent notamment à Irancher les contestations survenues entre les évoques eux-mêmes ^ Nous aurons occasion de parler plus loin de „ ces conciles en développant les 9" et 28" canons de Chalcédoine. 8° On trouve enfin dans l'histoire un assez grand nombre de concilia mi.iia, réunions des principaux personnages ecclésiastiques ou civils d'un royaume c^ui s'assemblèrent pour délibérer sur les affaires de lEo-lise ou de l'Etat ^. Nous rencontrons ces conciles o 1. Quesnci, De siia S. Leonis, caos Cpeia S. Lconis (édit. Eaîlcriiu), t. ii, p. 521 sq. [Thomassin, De vet. et nov. Ecclesise disciplina, part. II, 1. IIÎ, c. XLiii. Le concours de ces évoques d'abord fortuit et leur consul latiou subor- donnée au liasard des rencontres devinrent en peu de temps une institution. On en arriva donc à désigner quelques-uns d'entre eux pour résider tempo- rairement à Constantinople et y remplir le rôle de conseillers du siège patriarcal. On prit ainsi l'babilude de compter sur le (s-i\'oloQhilr^\i.o\.aa. pour toutes les circonstances et pour loutes les besognes. C'étaient de véritables conciles néanmoins, ne s'occupant que des matières ressortissant au for ecclé- siastique. Les laïques en étaient exclus (Palladius, Dialog. de viia Chrysost., c. XIII, xiVj P. G., t. XLVii, col. 47 sq.). Ce fut dans un cr-^voco; èvSrifAoïcra que Nectaire trancha le différend entre Agapius et Gabadius au sujet de l'évêché de Bostra, en Arabie ; que saint Jean Chrysostcme déposa Géiontius, évêque de Nicomédie en Bithynie, et qu'il examina les griefs formulés contre Antoine, évèque d'Éphèse. Cf. J. Pargoire, V Église byzantine <^e527àS47, in- 12, Paris, 1905, p. 55. (H. L.)] 2. Benoît XIV, De synodo dicccesana^ 1. I, c. i, qualifie de « conciles mixtes » des assemblées t cclésiastiques ccmprcmait le clergé d'un diocèse avec un ou plusieurs évèques étrangers. Ces conciles peuvent agréer des membres de nations difl'érentes. Benoît XIY cite au nombre de ces conciles celui qui se tint à Rome, en 251, pour statuer sur la réadmission des scliismatiques repentants : Maxinuis, Uibanus et Sidonius. On lit à ce sujet dans une lettre du pape Cor- neille à saint C\ prien ; Omni igitur actu ad me perlato, plaçait conlrahi pi es- byterium. Adfuerunt etiam episcopi quinque, qui et hodie présentes fuerunt, ut firmato consilio, ipuid personani eorum observari deberet, couscnsu omnium staluereiur. P. L., t. m, col. 742. Sous le pape Agalhon, un concile se tint à Rome, dans la basilique constantinienne, au sujet des affaires de l'Eglise bri- tannique ; seize évèques et tout le clergé de Piome y prirent part. Sous Gré- goire 1<^', autre concile auquel assistèrent et souscrivirent trente-deux prêtres de l'Eglise romaine et vingt-deux évèques (Hardouin, Collect. concil., t. m, col. 498). (H. L.) 8 INTRODUCTION surtout au commencement du moyen âge dans le royaume des Francs "*, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en Italie. Tels furent les conciles de Tolède du quatrième au septième 2, beau- coup de conciles tenus sous Pépin, Charlcmagne et ses successeurs, entre autres le synode de Mayence en 852 et celui de 876 dans le Palatium apud Ticinum où l'élection de Charles le Gros fut recon- nue par les évêques et les grands d'Italie 3. Nous parlerons plus loin de quelques concilia mixta tenus en Angleterre, et auxquels prirent également part des abbesses. De pareilles réunions furent toutes convoquées par le roi ou l'empereur; il les présida et indiqua les points sur lesquels devaient porter les délibérations. Tantôt la discussion fut générale, tantôt les clercs se séparèrent des nobles ; il se forma alors deux chambres différentes, celle des nobles et celle des prélats, et cette dernière seule s'occupa des aflaires ecclésias- tiques. Les conclusions furent souvent publiées sous la forme de décrets royaux *. III. Convocation des conciles. Les principaux motifs de convocation des conciles, surtout des conciles œcuméniques, sont au nombre de six : 1" s'il s'est produit une hérésie grave ou un schisme ; 2" si deux papes étant en présence on ne peut discerner quel est le véritable ; 3° s'il s'agit de décréter une entreprise universelle contre les ennemis du nom chrétien ; 4'* si le pape est soupçonné d'hérésie ou d'autres manquements plus graves; 5° si les cardinaux ne peuvent ou ne veulent procéder à l'élection d'un pape, et enfin 6° s'il s'agit d'une réforme de l'Eglise dans la personne de son chef ou de ses membres. 1. Baluze, Capitularia regum Francorum, in-fol., Parisiis, 1780, t. 11, col. 1028, fait remarquer que les rois francs avaient la coutume de ne prendre aucune décision grave sans le conseil des évoques et des grands du royaume ; on en retrouve la preuve dans celle formule usuelle des diplômes : Nos una cum apostolicis viris palrihus nostris episcopis, optiinatihus, cseterisque pala- tii nostri ministris, etc. (H. L.) 2. H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, p. 280-285, 297, 302-307, 310, 312, 314-316. (H. L.) 3. Mansi, Concil.ampliss. coll., t. xvii, col. 310; Hardouin, Collect. conciL, t. VI, part. 1, col. 169. 4. F, Salmon, Traité de l'étude des conciles et de leurs collections divisé en trois parties, etc., in-4, Paris, 1724, p. 851 sq. ni. CONVOCATION DES CONCILES 9 Il peut V avoir en oulrc beaucoup d'autres motifs de réunion de synodes moins importants, mais leur but principal est toujours, comme celui de tous les conciles : « la recherche du bien de l'Eglise par une délibération commune de ses pasteurs. » Dans la primitive Église de très nombreux conciles furent réunis dans le but de trancher les différends des évêques entre eux et d'exa- miner les accusations portées contre quelques-uns. A qui appartient le droit de convocation du concile ? La réponse est facile à faire sans controverse possible pour la plupart des huit espèces de conciles énumérés plus haut. Il est indubitable que [6] le chef religieux du diocèse, l'évèque, convoque le synode diocésain; que le chef religieux de la province, le métropolitain, convoque le synode provincial; que le chef religieux d'une nation, d'un patriar- cat, etc., le patriarche ou le primat (soit spontanément, soit en se conformant au désir d'une autre personne, en particulier du chef de la nation) convoque le synode national. En outre il est clair que lorsque plusieurs provinces doivent se réunir en concile, le droit de convocation appartient au plus consi- déré ou au plus ancien des métropolitains appelés à y prendre part; quant au jjvooo; àv5Y;,aojTa il est naturel que le droit de convoca- tion appartienne toujours à l'évèque de Constantinople, Logiquement et naturellement la convocation d'un concile œcu- ménique est du ressort du chef universel de lÉglise, le pape ^; ce- 1. F. X. Funk, Kirchengeschichtliche Abhandlungen. t. i, p. 39, 76. Le droit exclusif et absolu du pape à convoquer le concile œcuménique n'est pas discuté parmi les catholiques, et cela quelles que soient les opinions historiques qu'on professe sur les anciens conciles œcuméniques de l'Orient. Quant aux conciles œcuméniques d'Occident, ils ont tous été convoqués par les papes. Les théolo- giens regardent le droit de convocation du concile œcuménique comme une conséquence rigoureuse de la primauté papale ; cependant on leur objecte la convocation des huit premiers conciles œcuméniques par les empereurs. Ils répondent que les empereurs agissaient, en l'espèce, en qualité de mandataires officiels, ou du moins non désavoués, des pontifes romains dont ils avaient la délégation expresse ou tacite. Cette explication est admise par Bellarmin, Hefele, Mazzella, Palmieri, Phillips, Wernz, etc. Récemment M. F. X. Funk, op. cit., t. I, p. 39 sq., a montré qu'elle est incompatible avec les documents. Il est hors de doute que, jusqu'au ix« siècle, les empereurs ont entendu con- voquer les conciles œcuméniques en vertu d un droit propre et inhérent à leur charge. On en a des preuves surabondantes dans leurs lettres de convocation qui nous restent au nombre de six. Aucun de ces documents ne contient rien qui reconnaisse ou insinue une délégation, pas même un consentement exprimé ou supposé du pipe ; au contraire la convocation est présentée comme un 10 INTRODUCTION pendant dans certains cas particuliers, h la place du premier pasteur, le protecteur laïque de l'Eglise, l'empereur, a convoqué des synodes de cette nature, mais l'approbation et l'assentiment du pape ont dii précéder ou suivre cette convocation. Il en est de même des autres synodes, notamment des conciles nationaux. Parfois également ce ne fut pas le chef hiérarchique de l'Eglise qui convoqua le concile mais sou protecteur laïque et cela non pas seulement autrefois dans l'empire romano-byzantin, mais plus tard dans les États ger- maniques et romains. Ainsi par exemple Constantin le Grand con- voqua le concile d'Arles en 314 et Théodose le Grand celui de Cons- tantinople en 381 d'accord avec les quatre patriarches de acie dn l'autorilé impériale ainsi qu'on peut le voir dans les citations données dans le Dictionn. de ihéol. cathol., t. iir, col. 645 sq. La leltie adressée par l'empereur Marcien au pape Léon I^ii", à propos du concile de Chalcédoine, est d'un ton un peu différent. Elle fait mention du pontife et suppose les instances faites par lui en vue d'obtenir la convocation (Hardouin, Collect. concil., t. ii, col. Ao ; P. L., t. Liv, col. 903 ; cf. la leltre de l'impératrice Pulchérie au pape, P. L., t. LIV, col. 907). Les déclarations impériales lues aux conciles assem- blés dérivent du même état d'esprit dont s'inspirent les lettres de convocation (Hardouin, Collect. concil., t. ii, col. 463; t. tu, col. 54 sq. ; t. iv, col. 38; ces trois textes traduits dans le Dictionn. de théol. cathol., t. m, col. 64"). Les empereurs ne faisaient que suivre en cela l'exemple laissé par Constantin qui affirmait avoir convoqué le concile de Nicée, en 325, par l'inspiration de Dieu, pour le bien de l'Église (Eusèbe, De vita Const., I. lil, c. xii, P. G., t. xx, col. 1068 ; t^ocrate, Hist. eccles., I. I, o. ix, P. G., t. lxvii, col. 85) ; on ne trouve aucune allusion à la coopération foiuielle ou tacite du pape. Les empe- reurs pensaient en tout cela comme la grande majorité de leurs contemporains. Les témoignngcs s'en trouvent dans le Dictionn. de théol. cathol., t. m, col. 648-649, et il ressort de leur ensemble que, selon le sentiment général, l'em- pereur ïigissait en son nom personnel et de son propre mouvement dans la convocation du concile œcuménique. Cependant une autre série de témoignages, dont M. F. X. Funk a cherché à amoindrir la valeur, ne laisse pas que d'impli- quer, de la part du pape, un concours effectif à l'acte de convocation (les textes dans Dictionn. de théol cathol., t. m, c 5° Il n'est pas niable (jue le V concile œcuménique fut convoqué par l'empereur comme l'avaient été les quatre précédents, mais il est également certain que ce ne fut qu'après entente avec le pape. Vigile dit lui-même que, d'accord avec l'empereur Justi- nien P"", en présence de l'archevêque Mennas de Constantinople et de plusieurs autres hauts personnages de l'Eglise et de l'empire, il avait résolu de réunir un grand synode, et que jusqu'à la décision de ce concile il y avait lieu de ne plus agiter la question controvei- sée des Trois Chapitres ^. Vigile exprima également dans une deuxième lettre, ad unwei'sam ecclesiam, son désir de voir réunir ce concile ^, en même temps il blâma hautement l'intention qu'avait l'empereur de résoudre cette question dogmatique par un ordre de cabinet, et il fut, à la suite de ce blâme, obligé de prendre la fuite. Lorsque le pape et l'empereur se furent réconciliés. Vigile se prononça de nouveau et renouvela sa demande de réunion d'un concile décisif. 1. S. Léon, Epist., lxxxix-xcv, P. Z., t. liv, col, 930-942. 2. S. Léon, Epist., cxiv, P. L., t. liv, col. 1029. 3. S. Léon, Epist., lxxiii, P. /.., t. i.iv, col. 899. 'i. Mansi, Concil. ainpl. coll., t. vu, col, 546 ; Hardouin, Collect. conc, t. ii, col. 710: J. L. Lucchesini, Sacra monarchia S. Leonis ma^ni, pontlficis maxiini, passiin et uhi(jue refulgens in polemica historia concilii Ctialcedonensis ex qua in liiccni proferiur tota vis quse latefmt in actis et authenticis litteris ad eam- dem synodum pertinentibus, in-4, Romse, 1693 ; A, Largent, Le Brigandage d'Ephèse et le concile de Chalcédoine, dans ses Etudes d'histoire ecclésiasti- ■jiic, in-I2, Paris, 1892, p. 141-217 ; J. Bois, dans le Dictionn. do théol. calhol., 1905, t. II, col. 2190-2208, (H. L.) 5. Mansi, op. cit., t. ix, col. 59: Fragm. damnationis Thcodori (Ascidae) ; Hardouin, op. cit., t. m. col. 8. 6. Mansi, op. cit., t. ix, col. 50 ; Hardouin, op. cit., t. m, col, 3. 7. Mansi, op. cit., t. ix, col. 64 sq. ; Hardouin, op. cit., f. m, col. 12 r. et col. 13 B. 20 INTHODUCTION Les délégués au V concile signalèrent même plus tard qu'il s'était engagé à assister personnellement au synode ^. Mais, sans doute, Vigile aurait désiré cju'on retardât l'ouverture du concile, en parti- culier pour attendre l'arrivée de plusieurs évêques latins ; aussi ne prit-il aucune part aux séances malgré les invitations réitérées et extrêmement respectueuses qu'on lui fit. Le désaccord augmenta bien davantage, lorsque Vigile publia son Constitutum dans lequel il déclara qu'il ne pouvait approuver l'anathème porté contre Théodore de Mopsueste et Théodoret ^. Sur la proposition de l'em- pereur, le synode décida dans sa vu" session, le 26 mai 553, que le nom de Vigile serait rayé des diptyques; ce qui fut fait, si bien que le pape et le concile se trouvèrent en opposition déclarée. Toutefois dans son décret à Eutychius de Constantinople (du 8 déc. 553) et dans son deuxième Constitutum, du 23 février 554^ Vigile approuva les conclusions du V concile, et déclara que les évêques qui les avaient prises, c'est-à-dire les membres du synode, demeuraient ses frères et ses collègues dans le sacerdoce ^. 6° Pour le VP concile œcuménique, tenu en 680, il en fut absolu- ment comme pour le troisième. L'empereur '^ le convoqua ^ et pria le pape d'y envoyer ses légats ^. Le pape Agathon ne se borna pas à approuver la convocation impériale en satisfaisant à ce désir, mais encore il adressa à l'empereur, et par ce moyen au concile, une expo- sition écrite et détaillée de la croyance orthodoxe. Le synode, ainsi 1. Mansi, op. cit., t. ix, col. 195 ; Hardouin, op. cit., t. ui, p. 65 b. 2. Gasquet, De l'autorité impériale en matière de religion, ia-8, Paris, 1879 ; H. Leclercq, V Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. ii, p. 268 sq. ; L. Du- cliesne, Vigile et Pelage, dans la Rev. desquest. hist., 1884, t. xxxvi, p. 395 sq. ; Ch. Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au vi" siècle, in-4, Paris, 1901, p. 347-361 ; A. Knecht, Die Religionspolitik Kaiser Justinians I, in-8, Wurz- butg, 1896, p. 125-140 ; W. H. Hutton, The Church ofthe sixth century, in-8, London, 1897, p. 162-179; F. Diekamp, Die origenitischen Streitigkeiten und das fiinfien okumenische Konzil, in-8. Munster, 1899. Cf. G. A. Rose, Die hyzanti- nische Kirchenpolitik des Kaisers Anastasius I, in-8, Wohlau, 1888; W. Mol- 1er (G. Krûger), dans Realencyklopàdie fiir protest. Théologie und Kirche (de A. Hauck), t. V, p. 21-23, résumé de la querelle des Trois-Chapitres, et biblio- graphie des anciens travaux et des ouvrages généraux. (H. L.) 3. Mansi, 6^o«cj7. ampliss. coll., t. ix, col. 457-488 ; Hardouin, Collect. conc, t. III, col. 218-244 ; cf. Mansi, col. 414 sq. ; Hardouin, col. 213-218. 4. C'était Constantin Pogonat. 5. Mansi, op. cit., t. ix, col. 209; Hardouin. op. cit., t. m, col. 1055. 6. Mansi, op. cit., t. ix, col. 195 sq. ; 713; Hardouin, op. cit., t. m, col. 1043 sq.,1459. III. CONVOCATION DES CONCILES 21 quo l'avait fait celui d'Éphèse, reconnut ce droit à Agathon 1°" et lui répondit : « Avec la lettre que vous nous avez adressée, nous avons vaincu riiérésie... et châtié les coupables ex s?ntentia per saci-as i'estras lifteras de iis prias la ta '^ . » [14] 7° Le Yir concile œcuniénicjue (IP concile de Nicée), en 787, fut réuni par l'impératrice Irène -, à l'instigation du patriarche Tarasius, de Constantinople, qui désirait rétablir le culte des images et l'union avec Rome. Elle adhéra à ce projet de concert avec son fils, l'empe- reur Constantin; mais avant d'adresser la lettre impériale de con- vocation, les deux souverains envoyèrent, en août 785, au pape 1. Mansi, op. cit., t. ix. col. 683; Hardouiii, op. cit., l. ui, col. Ii38. La lettre du concile au pape Ag ithon contient ce passage : « Avec vous nous avons proclamé clairement la foi orthodoxe en son éclatante lumière, et nous prions Votre S.iiuteté de la confirmer (iTîtTspavt/jai) de nouveau par son h morée réponse. » Hardouin, op. cit., t. m, col. 1633 ; P. L., t. lxxxvii, col. 1232. Les Pères demundent-ils la conûrmitiou comme essentielle à la portée de la con- damnation du monothélisme ? Rien dans la phrase citée ne permet de le déduire avec certitude; le contexte insinuerait plutôt le contraire puisqu'il affii-me que le concile, en union avec le pape, a déjà « proclamé clairemant la foi ortho- doxe » et qu'il réclame de ce même pape \i.\e now^elle confirmation. A quoi bon ? Peut-être en réalité cette confirmation n'élait-elle que la ratification des points introduits par les Pères et dépassant les instructions transmises primi- tivement par le pape. On voit dès lors que, contrairement à une opinion émise, la question de convocation reste étrangère à cette demande de confirmation. (H. L.) 2. Hardouin, Collect. concil., t. iv, col. 38 : « Désirant participer à la féli- cilé et à la noblesse de la filiation divine, nous nous efforçons de conduire tout noire empire à la paix et à l'unité. Nous voulons en particulier travailler au bien des saintes Eglises da Dieu, et nous nous intéressons vivement à la par- faite entente des prêtres de l'est, du nord, de l'ouest et du sud. Or, par la volonté de Dieu, les voilà, ces prêtres, ici présents dans la personne de leurs représentants, et ceux-ci sout porteurs de réponses à la lettre synodale de notre très saint patriarche. Car, telle a été de tous temps la loi des conciles de cette Eglise catholique qui, dans tout l'univers, croit à l'Evanjile. Par la volouté et l'inspiration de Dieu nous vous avons doue réunis... pouv que vous rendiez un jiigementconfor.ne aux définitions des conciles orthodoxes. » — D.ins la lettre de convocation adressée au pape Hadrien l", l'impératrice lui dit que « ceux à qui a été conférée par Jésus-Christ la dignité impériale ou celle du souverain sacer- doce, sont tenus de penser et d'aviser à ce qui lui est agréable et de gouver- ner les peuples selon sa voloaté... C'est pourquoi, obéissant aux iuspirations d'un cœur pur et d'une vraie piété, de concert avec tous nos sujets et avec les doctes prêtres de ce lieu, nous avons longuement délibéré sur la situation et, ajrès mûre réflexion, nous avons résolu d'organiser un concile œcuménique. » Hardouin, op. cit., t. i\, col. 25. (H. L.) 22 INTRODUCTION' Hadrien P"" un ambassadeur, porteur d'une lettre dans laquelle ils le priaient d'assister personnellement au concile œcuménique qui devait avoir lieu, ou tout au moins d'y envoyer ses représentants ^. Au mois d'octobre de cette même année Hadrien P"" répondit aussi bien aux deux souverains qu'au patriarche Tarasius, et promit d'envoyer ses légats au concile. Il le fit en effet et, par là même, manifesta clairement qu'il donnait son approbation à la convo- cation. Il dit de plus dans une lettre à Charlemagnc : et sic syno- dum istam seciindiim nostram oj^dinationem fecerunt. Il s'attribue ainsi une part encore plus immédiate à la réunion de ce concile. 8° Le dernier synode convoqué par un empereur, fut le viii" con- cile œcuménicpie, à Constantinople, en 869. L'empereur Basile le Macédonien avait renversé du trône Michel III l'Ivrogne qui, anté- rieurement, avait régné avec lui. Il avait en même temps déposé du siège patriarcal la créature de Michel, le schismatiquc Photius et réinstallé Ignace, injustemeïit dépossédé; enfin il avait également rétabli l'union entre lEglise grecque et l'Eglise latine ^. Mais comme Photius gardait des partisans, l'empereur pensa qu'il était nécessaire de réunir un nouveau concile œcuménique pour ramener de l'ordre dans les affaires de l'Eglise ^. Il envoya donc une ambassade au pape Nicolas P"" pour lui demander d'envoyer des représentants à ce con- cile. Sur ces entrefaites Nicolas mourut, et son successeur Hadrien II non seulement fit bon accueil à l'ambassade impériale, mais encore il envoya effectivement les légats qu'on lui demandait. Il donna par conséquent son approbation à la convocation de ce concile ^. Les conciles œcuméniques qui suivirent furent tous tenus en Occi- 1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xn, col. 985; Hardouin, Collert. concil.^ t. IV, col. 21 sq. 2. Mansi, op. cit., t. xiu, col. 808; Hardouin, op. cit., I. iv, col. 818 e; S. Abel, Papst Hadrian I. und die weltliche Herrschaft des rômischen Stiihls, dans Forscliung. ziir deiitsch. Gesch., 1862, t. i, p. 483-532; K. Hampe, Ha- drians I. Vertheidigung der zweiten nicanischen Synode gegen die Angriffe Karls des Grossen, dans N^eu. Archiv. fur ait. deutsch. Gesch.., 1895, t. xxi, p. 83- 113; t. XXII, p. 748-754. (H. L.) 3. J. Hergenrôlher, Photius, Patriarch von Constantinopel. Sein Lehen, seine Schriften und das griechische Schisma, in-8, Regensburg, 1867 ; B. Junginann, De schismaie Photiano, dans Dissertationes selectie in histor. ecclesiasticam, in-8, Ratisbonae, 1882, p. 319-442; K. Krumbaclier, Gesch. der hyzant. Lite- ratur, in-8, Leipzig, 1891, p. 223 sq. ; L. Duchesne, Les Églises séparées, in-12, Paris, 1896, p. 163-229. (H. L.) 4. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 20 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 765-766. IV. MEMBRES DES CONCILES 23 (lent, et convoqués directement par les papes depuis le premiei- concile œcuménique de Latran (IX" œcuménique) jusqu'au plus récent !•>] de tous, le concile du Vatican, en 18G9 *, tandis que des synodes moins importants furent convoqués dans le même laps de temps par les rois ou les empereurs 2. Le pape Léon X, dans la xi® session du V concile de Latran, discutant les propositions du concile de Cons- tance, a enfin proclamé d'une manièie tout à fait explicite, que ]v pape seul avait le droit de convoquer, de transférer et de dissoudre les conciles œcuméniques ^. IV. Membres des conciles. La question se pose maintenant de savoir qui peut être membre d'un concile? Etablissons tout d'abord une distinction entre les synodes diocésains et les autres conciles, car (a) tandis que les évo- ques sont les seuls membres ou, tout au moins, les membres les plus importants de ces dernières assemblées, le synode diocésain se compose (à lexception de l'évéque) uniquement des autres membres du clergé et (|3) tandis que dans les autres conciles, les membres proprement dits ont droit à la voix délibérative, dans le synode diocé- sain ils n'ont droit qu'à la voix consultative. Dans cecasl'évêque seul décide, les autres membres ne sont que ses conseillers et les con- clusions ne sont prises qu'en son nom. On range les membres du svnode diocésain dans les catéofories suivantes : n) Ceux que l'évéque est tenu de convoque)- et qui sont eux-mêmes obligés d'assister au concile; tels sont les doyens, les arcliiprètrcs, vicarii foranei, le vicaire général, le clergé paroissial (c'est-à-dire ses délégués) et aussi, d'après une règle plus récente, les chanoines de la cathédrale et des églises collégiales avec les prévôts de ces der- nières et les abbates scciihu-es '^. 1. Voir le Iraité De jure lioin. Ponlificis, concilia œcumenica convocandi iis- (juc pr^sidendi, dans Arc/iiv. j't/i- Kathulische Â'iichcnrccltl, de Moy, 1857, l. II, p. 555 sq., 675 sq. 2. Ilardouin, op. cit., l. xi, cul. 1078 ?([. 3. Miuisi, Coiicil. ampliss. coll., 1. xxxii, col.939sq. ; Ilardouin, CoUect. concil. t. IX, col. 1828 sq. 4. La question est plus difficile à résoudre s'il s'agit du clergé régulier. Il faut alors distinguer avant tout cuire les exempts et ceux qui ne le sont pas. 24 INTllODUCTION h) Ceux que Yéxèqvxe peut convoquer, sans toutefois y être obligé, et qui, eux, sont tenus de répondre à son appel, tels les prébendes des cathédrales qui ne sont pas chanoines. e) Enfin ceux qui en général ne sont pas obligés d'y assister, tels : [16] les simples clercs. Cependant si le concile a pour but spécial d'ap- porter une amélioration aux mœurs du clergé, ou s'il veut leur com» muniquer les décrets d'un synode provincial, ils sont alors tenus de répondre à l'appel qui leur est fait i. L'histoire de l'ancienne Eglise nous donne les renseignements suivants sur les membres des autres espèces de conciles. 1° Les plus anciens synodes furent ceux tenus en Asie-Mineure vers le milieu du ne siècle à l'occasion du montanisme. Eusèbe ^ ne dit pas quels furent les membres qui y assistèrent, le libellas si/no- dicus rapporte que l'un de ces conciles fut tenu à Hiérapolis par l'évêque Apollinaris avec vingt-six autres évoques et le second à Anchialus par l'évêque Sotas et douze autres évêques. 2" Les synodes qui vinrent ensuite se tinrent dans la deuxième moitié du ii" siècle au sujet de la fête de Pâques ^. Polycrate d'Ephèse dit à leur sujet que le pape Victor l'avait invité à convoquer les évêques placés sous sa juridiction ; il le fit et beaucoup d'é^^êques se Ces derniers abbés et religieux doivent assister au concile. Les religieux exempts se divisent également en deux classes : ceux qui en union avec d'autres couvents de leur ordre sont sous l'autorité d'un chapitre général, et ceux qui, libres, ne reconnaissent aucune autorité supérieure de ce genre. Ces derniers doivent assister au concile, les premiers au contraire n'y sont généralement pas obligés. Ils y seraient cependant tenus s'ils étaient en même temps curés ou s'ils avaient charge d'âmes de quelque autre manière. Ainsi l'ordonne le concile de Trente, sess. XXIV, c. De vefoi'in. 1. Voir Lucius Ferraris, Bibliotheca canonica, in-8, Parisiis, 1852, t. ii, au mot, Concilium, art. m. 2. Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. 464 sq. 3. L. Duchesne, Hist. anc. de l'Église, 1906, t. i, p. 285-292. On consultera encore avec fruit Nat. Alexander, De cotitroversia qux secundo sxciilo Ecclesix emersit circa celebrationem Paschatis, dans Hist. eccles., in-'», Vciictiis, 17/8, t. m, p. 347-363 ; A. Hilgenfeld, Der Paschastreit der alten Kirche nach seiner Bedeutung fiir die Kirchengeschiciite und fier die Evangelienforschung urkundlich dargestellt, in-8, Halle, 1860 ; G. Milligan, Controversies ofif century on Easler, dans Contemporary renew, 1867, t. vi, p. 101 sq. ; E. Schuerer, Decontroversiis paschalibus secundo post Christum natuin sxculo exortis, in-8, Leipzig, 1868 ; Ch. de Smedt, Dissert, de controversia circa celebrationem Paschatis^ dans Dissertât, sélect, hist. eccles., in-8, Gandavi, 1876, p. 49-82, append. p. 6-15. (H. L.) IV. MEMDIiES DES CONCILES ZJ réunirent à lui tlans ce concile ^. Eusèbe - ne parle que à'éi'êques comme membres du concile en question. De même le libellus si/no- diciis ne donne que le nombre des évéques qui assistèrent à chacun des conciles tenus à cette époque, sans mentionner le moins du monde la présence d'autres membres ^. 3' Les lettres de convocation pour la réunion d'un concile œcumé- nique étaient adressées aux métropolitains et en outre aussi à cer- tains évéques jouissant dune considération particulière; les métro- politains étaient chargés d'en donner avis à leurs suffragants. Tl en fut ainsi par exemple pour la convocation du III" concile œcuméni- que, pour lequel saint Augustin reçut une invitation particulière, invitation qui ne parvint à destination qu'après la mort de l'évêque *. L'invitation d'assister à un concile fut tantôt adressée à tous les évéques, tantôt on ne demanda qu'aux métropolitains seuls de s y rendre en personne en les priant simplement d'amener avec eux les plus distingués parmi leurs suffragants. [17] C'est ce qui arriva par exemple pour la convocation du IIP et du IV^ concile œcuménique ^; pour le concile de Nicée tous les évéques sans distinction paraissent avoir été invités ^. Parfois on menaça de châtiments les membres convoqués qui ne viendraient pas ou qui arriveraient trop tard '. Ces menaces furent faites aussi bien par l'empereur que par les canons ecclésiastiques anciens ou plus récents ^. 4° En ce qui concerne les conciles, les clwi-é^'éques [ycdpi-iT/.o-zi; 1. Eusèbe, Hist. eccles., 1. Y, c. xxiv, P. G., t. xx, col. 493 sq. : « Je pourrais citer les évéques ici présents, que, sur votre demande, j'ai convoqués ; si j'écri- vais leurs noms la liste serait longue. Tous étant venus me voir, pauvre chétif que je suis, ont donné leur adliésioa à ma lettre... » O. Bardenhewer, Gesch. der altkirch. Literatur, in-8, Freiburg, 1902, t. ii, p. 580. (H. L.) 2. Eusèbe, Hist. eccles., 1. Y, c. xxiii, xxiv, P. G., l. xx, col. 489 sq. 3. A. Micliiels, L'origine de l'épiscopat, in-8, Louvain, 190 ', p. 376-378. (H. L.) 4. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. iv, col. 1207; Hardouin, Collect. concil., t. I, col. 1419. 5. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1114 ; t. vi, col. 551 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1343 ; t. II, col. 45. 6. Eusèbe, De s-ita Constant., 1. III. c. vi, P. G., t. xx, col. 1060 sq. (H. L.) 7. Coavocatioa des métropolitains au concile d'Ephèse, pir l'empereur Théodose II. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1343. (H. L.) 8. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1346, 1622; t. ii, col. 774, lO'iB, 1L74; t. m, p. 1029 ; t. vu, col. 1812 ; t. viii, col. 900. 26 INTRODUCTION paraissent avoir été, dans les premiers temps de TEglise, complète- ment assimilés aux évèques proprement dits ^. Nous trouvons ces chorévêques au concile de Néocésarée, en 314; à Nicéc, en 325, et à Ephèse en 431 2. Par contre on ne trouve aucun chorévèque parmi les six cents évèques du concile œcuménique de Chalcédoine, en 451, cette dignité avait en effet été abolie; nous retrouvons des choré- vêques d'une nouvelle nature au moven acre dans les conciles d'Oc- cident, en particulier dans ceux de la nation franc[ue. Ainsi au con- cile de Langres en 830, à celui de Mayence en 847, à celui de Pon- thion en 870, à celui de Lyon en 886 et à celui de Douzy en 871 ^. Les évèques sa/is éçêclié ont une certaine ressemblance avec ces chorévêques et nous en rencontrons aussi quelques-uns dans les synodes, par exemple au concile de Màcon, en 585 *. Trois évèques sine sede se trouvèrent dans ce cas; le premier fut l'évèque d'Agde, chassé de son siège par les Goths, les deux autres furent des évè- ques français déposés. Les évéqiies simplement titulaires ont-ils le droit de vote dans les conciles? La question est discutée et la meilleure solution paraît être qu'ils n'ont pas un droit strict à être convoqués, mais s'ils l'ont été, ils ont eux aussi le droit de vote ^. Ferraris dit d'ailleurs à ce sujet : Eoclem sjiffragii decisivi jure gaudent etinm episcopi titulares, et ideo etiam ipsi sunt de jure <,>oeandi ad generalia eoneiUa. Licet enim a tijrannis infidelihus sint occupatx Ecclesine, ad (piarum tilu- lum sunt ordinati et consecrati episcopi, et consequenter in actu se- | i8J cundo eareanl jurisdictione,ex quo nonliaheant territorium actuale... retinent tamen jurisdictionem in actu primo quoad suas titulares Ec- clesias, quia potest dari, quod liherentur a tyrannide infidelium, et 1. J. Parisot, Les Chorévêques, dans la Bévue de l'Orient chrétien, 1901, t. vi, p. 151-171,419-443. Saint Basile avait cinquante chorévêques, au dire de saint Grégoire de Nazi.inze. Voir l'Appendice V° sur les chorévêques à Chalcédoine. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. ii, col. 548 sq., 693 sq., t. iv, col. 1218 ; Ilardouin, op. cit., t. I, col. 285, 314-320, 1426. 3. J. Weizsacker, Der Kampf gegen den Chorepiskopat des frankischen Reichs im ix. lahrh., eine historische Untersuchung, in-8, Tubingen, 18o9 ; A. Schroder, Ue/>er die Chorhischofe des vill. und ix. lahrh., dans Zeitschrift f. ka- thol. Theol., 1891, t. xv, p. 176-178 ; F. Hinschius, dans Realencyklopâdie fur protest. Theol. u. Kirche (de A. Hauck) t. xi, p. 236 sq., au mot Landhischof, avec la bibliographie des anciens travaux. (H. L.) 4. Mansi, op. cit., t. ix, col. 959 ; Hardouin, op. cit., l. m, col. 466. 5. Wi.llcr, Kirchenrecht (11° cdit.), p. 294. IV. MICMBRKS DES CONCILES 27 sic etiam in actu secinido hobeanl lei-riloriiim, in suis subditis, sien! omnes niii opisco/ji, jnsdicere possi/U ^. Au concile du Vatican, tous les évêquos titulaires [i/i /x/rd/). in/tdel.) furent convoqués, et 117 assistèrent avec droit complet de vote. 5° Nous trouvons au milieu du m" siècle une dérogation à cette très ancienne pratique que les évoques seuls peuvent participer à un synode, tout d'abord en Afrique où saint Cyprien convoqua au concile qu'il tint au sujet de la réconciliation des lapsi non seulement les évèques de sa province et ses clercs, mais aussi les confessores et les laicos stantes, c'est-à-dire les laïques qui ne se trouvaient sous le coup d'aucune pénitence ecclésiastique -. De même dans le synode que tint saint Cvprien au sujet du baptême des liérétiques, le l'*" septembre 256 ^, en dehors de quatre-vingt-sept évêques, beaucoup de prêtres, de diacres qI maxima pars plehis, assistèrent au concile *. Les clercs romains, dans leur letti'e à saint Cyprien '', disent que b^s évêques dans le concile doivent délibérer conjointement avec les prêtres, les diacres, les confesseurs et laicis stantibits. Il ne laut cependant pas oublier que saint Cyprien établit une différence entre les évêques et les autres membres du concile. D'après la lettre adressée Ad clcniin, leséf^érjues se réunirent en effet au clergé, et les laïques ne furent que présents : Prœpositi cum clero convcnientcs, prxsento etiam stantiiini plehe; d'après une autre lettre les prêtres ne furent que les assistants des évêques : compresbyteri, (jiii nos assidebant ^; dans d'autres passages encore saint Cyprien ne désigne que les évêques comme membres du synode '^ . De tous les passages cités, en particulier d'après les lettres xi", xiii'' et xxxi*' ^^ il ressort que dans ces conciles les évêques prirent conseil et demandèrent 1. BU)liotlieca canonica..., au mot Concilium, art. 1, n. 29. 2. Sur les conciles de Carthage de 251, 252 et 253, nf. P. Monceaux, Hisluire. littér. de l'Afriq, cfirél., in-8, Paris, 1902, t. ii, p. 42-i5 ; il. Leclercq, L'Afri- que cfirélienne, in-12, Paris, 190'!, I. i, p. 203. (H. L.) 3. Hefeie gardait des doutes sur cette date, mais d'après M. P. Monceaux « aucun doute n'est possible ». Op. cit., t. ii, p. 46. (II. L.) Voici les documents relatifs à ces conciles de Carthage; 251 : S. Cyprien, Epist. ,{éiiil. Haitel, 1870), episl., XLiv, XLv, XI.VII1. lv, lvi, i.vii, i.ix. — 252 : Epist., lvi, lvii, lix, i.xvii. — 253 : Epist., lxi, lxiv ; — 256 : Seiitciitix episcoporuin numéro LXXXVIl de hcereticis tjaptizaudis. (H. \..) 4. Epist., xxxi, P. L., t. IV, col. 315 sq. 5. Episl. ,\ui, P. L , t. IV, col. 267. 6. Epist., Lxvi, P. L., t. IV, col. 410. 7. Epist., Lxxi, P. L., I. IV, col. 421 ; Epist., lxxii, P. A., t. m, ol. 1155. 8. Epist., XI, XIII, XXXI, P. A., t. iv, col. 262, 266, 315. 28 INTRODUCTION l'avis aussi bien des laïques que des membres du clergé ; mais que les prêtres et les laïques aient eu voix délibérative, il n'en est nullement question, bien plus, le contraire est spécifié dans les actes [19] du synode de saint Cyprien du l""" septembre 25G qui montrent que seuls les évêques prirent part au vote ''. 6° Eusèbe rapporte ^ que beaucoup d'évêques d'Asie se réunirent en synode à Antioche, en 264 ou 265 ^, au sujet de Paul de Samo- sate, et il ajoute qu'ils vinrent accompagnés de leurs prêtres et de leurs diacres. Dans le chapitre suivant Eusèbe parle du synode d'Antioche de 268 * et cite en particulier le prêtre d'Antioche Mal- chion présent au concile qui, par son habile dialectique, contraignit Paul de Samosate à faire connaître ouvertement sa doctrine erronée qu'il tentait de cacher. Enfin Eusèbe publie la lettre circulaire que ce concile envoya à toute la chrétienté après que la déposition de Paul eut été prononcée, et cette lettre n'est pas seulement éciite au nom des évêques, mais aussi au nom de tous les autres membres du clergé présents ; le nom de Malchion est même cité tandis que celui de plusieurs évêques manque (d'après saint Athanase ils étaient au nombre de 70). Nous pouvons donc déclarer que les prêtres et les diacres furent admis dans plusieurs synodes sans qu'il nous soit possible toutefois de distinguer d'après l'étude des sources jusqu'où 1. Le procès-verbal authentique de la séance du l""" septembre 256 est inti- tulé : Sententix episcoporum numéro LXXXVII de hxreticis baptizaiidis. Le titre est plus ou moius complet suivant les manuscrits. P. L., t. m, coL 1039, 1116 ; Hartel, édit. Vindobonse, 1870, t. i, p. 435, 461. Chaque votant est désigné par son nom propre et par le nom de son siège épiscopal. Quatre-vingt-cinq évêques seulement étaient présents, mais Tun d'eux, Nat:ilis d'Oea, fait connaître qu'il est mandataire de deux de ses collègues de Tripolitaine, les titulaires de Sabrata et de Leplis Magna ; en conséquence il apporte trois suffrages. (H. L.) 2. Eusèbe, Hist. eccles.^ 1. VII^ c. xxviii, P. G , t. xx, col. 705 sq. [L. Du- chesne, Hist. anc. de l'Église, t. i, p. 471-472. (H. L.)J 3. L. Duchesne, op. cit., p. 472, place en 267 oa 268 la troisième réunion à Antioche, celle qui vint à bout de Paul de Samosate. On y voit 70 ou 80 évêques d'Asie-Mineure et de Syrie, sans parler des prêtres et des diacres. Le rôle capital fut dévolu au prêtre Malchion, directeur de l'école « hellénique » d'An- tioche (Eusèbe, op. cit.., 1. VII, c. xxix, P. G., t. xx, col. 707), lequel argumenta contre Paul, eu présence de tous les Pè.'cs des conciles et des sténographes. (il. L.) 4. Hefele adopte la date 269 pour ce concile ; F. X, Kraus, Hist. de l'Eglise trad. Godet, in-8, Paris 1896, t. i, p. 507, également, tandis que p. 157 il fait descendre le concile jusqu'en 270. C'est cette dernière date qu'adopte Pitra, Analecla sacra, in-8, Parisiis, 1883, t. m, p. 600-601. (H. L.) IV MEMBRES DES CONCILES 2i) s'étendit lour pouvoir, et si leur droit ne se borna pas à la simple voix consultative. C'est seulement par analogie qu'on peut donner la préférence à cette dernière hypothèse. 7" Dans les deux synodes arabes tenus au sujet de Berylle et des hypnopsychites, Origène eut un rôle analogue à celui de Mal- chion au concile d'Antioche ; les évèques le convoquèrent pour utiliser sa science et son habileté dans les questions religieuses, mais ce furent eu.v-mémcs qui tinrent le concile "*. 8° Dans beaucoup de conciles du siècle suivant, des prêtres et des diacres assistèrent aux délibérations en même temps que les évèques, comme par exemple à Elvire vers 300 -, à Arles en 314 '•^, à Carthage en 397 *, à Tolède en 400 ^. Les évèques et les prêtres s'assirent, mais les diacres durent se tenir debout. Les décrets des anciens synodes ne furent le plus souvent signés que par les évè- ques seuls, comme ceux du concile d'Ancyre, de Néocésarée [201 cependant les signatures de ce dernier telles qu'elles nous sont parvenues sont très douteuses), du premier et du second concile œcu- ménique de Nicéeet de Constantinople, du concile d'Antioche en 341, de celui de Sardique, etc. ; cependant les prêtres et les diacres en signèrent quelques-uns et dans ce cas ils le firent tantôt après leur propre évêque, à Arles *^, tantôt ils signèrent à la suite des noms de tous les évèques "^ . Cette signature des prêtres et des diacres ne fut 1. Béiylle, évêque de Bostra, en Arabie, connu par ses livres et ses lettres (Eusèbe, Hist. eccles., 1. YI, c. xx, xxxiii^ P. G., t. xx. col. 572,593), eut à sou- tenir plusieurs discussions publiques tant avec les évèques de sa province qu'avec des personnages du dehors, Origène entre autres. « De toutes ces réu- nions, conciliaires et autres, il fut dressé des procès-verbaux. Cette affaire se place sous le règne de Gordien III (238-244). Sous celui de Philippe (244-2^9), et plutôt dans les dernières années de cet empereur, Origène revint pour la troisième fois en Arabie. Il s'agissait encore d'erreurs à redresser... On tint concile. Origène parla. » L. Duchesne, Ilist. anc. de l'Eglise, t. i, p. 463. (n.L.) 2. Mansi, Concil. ampUss. coll., t. ii, cul. 5 ; Hardouin, Collect. concil., t. i, col. 250. [H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, p. 60. (H. L.)] 3. Mansi, op. cit., t. ii. col. 476 sq, ; Hardouin, op. cit., I. i, col. 266. [Dictionn. d'dvch. clirét., t. i, col. 2904. (H. L.)] 4. Mansi, op. cit., t. m, col. 880; Hardouin, op. cit., t. i, col. 961, 5. Mansi, op. cit., t. in, col. 998; Hardouin, o/;. at., t. i, col. 989. [II. Le- clercq, L'Espagne chrétienne, p. 199 sq. (H, L.)] 6. Mansi, op. cit., t. ii, col. 476 sq. ; Hardouin, op. cit., t. i, col, 266 sq. 7. Mansi, op. cit., I. ii, col. 5 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 250. 30 INTRODUCTION toutefois qu'une rare exception, en particulier dans les synodes des iv" et v'' siècles auxquels on sait qu'un grand nombre de prêtres et de diacres assistèrent; les évoques seuls signèrent. Ainsi en fut-il à Nicée, à Cartilage en 397 et 401 ^, à Tolède, en 400 ^, et aux conciles œcuméniques d'Ephèse et de Chalcédoine ^. Plus tard nous trouvons de nouveau des signatures de prêtres et de diacres dans les actes de quelques conciles, tel celui de Langres eu 830 *. Les signatures du synode de Constantinople tenu sous Flavien, en 448, nous per- mettent d'apprécier la différence entre le pouvoir des prêtres et des diacres et celui des évêques ; l'acte de déposition d'Eutychès fut en effet tout d'abord signé par les évêques avec cette formule bpicoLq \jrA^(Ç,OLUothek der Kircliem'ersammlungen, in-8, Leipzig 1780, l. I, p. 149. 2. Saint Thomas d'Aquin fut convoqué à ce titre au XIV* concile œcuménique pai" le pape Grégoire X. o. Voir le canon 13. Mansi, op. cit., t. viii, col. 543; Hardouin, op. cit., t. II, col. 1043. 4. Mansi, op. cit. y t. xxxiv a, col. 627 sq., 745 sq., 1539 sq. ; Hardouin, op. cit., t. XI, col. 132. 5. Hardouin, op. cit., t. x, col. 1264, 1379. 6. Mansi, op. cit., t. xx, col. 452 ; Hardouin, op. cit., t. vi,p;irt. 1, col. 1556. IV. MF.MBItl'S l)i:s CONCILES 33 concile complètement assimilés aux évèques, et curent comme eux le droit d'en signer les actes. Les abbés eurent encore le droit de signer dans d'autres conciles, par exemple au \ IIP concile de Tolède 1- J en 653 ^, au concile de Ponthion en France en 876; aux conciles de Pavie, Cavalllon et autres 2; tandis cjue dans beaucoup d'autres con- ciles tenus à la même époque, aussi bien que dans d'autres plus récents, les évèques seuls ou les représentants des évèques eurent le di'oit de signature. C'est ce qui eut lieu à Epaone, en 517 ^, à Lyon en 517 '*, à Lérida ^ et Valence ^ en Espagne en 524, à Arles en 524 '^, à Carthage en 525 ^, à Orange en 529 ^, à Tolède en 531''°, à Orléans en 533^^, plus tard à Cavaillon en 875^'-, à Beauvais en 87513, à Ravenne en 8771*, à Tribur en 895^5. Les archidiacres paraissent avoir été à peu près assimilés aux abbés; ils assistèrent non seulement aux conciles comme représen- tants de leurs évèques, mais souvent même, en présence de leur évêque, ils signèrent en leur propre nom. C est ce qui se passa au synode de Londres dont nous avoiis déjà parlé '"^. A la fin du moycii âge, l'opinion générale était que les abbés, les cardinaux-prêtres et les cardinaux-diacres avaient, dans les conciles, voix décisive ; c'est ce que soutient (ormellemcnt au sujet des abbés l'historien du con- 1. Mansi, Conciliorum amplisslma co'lectio, t. x, col. 1:^22 ; Hardouin, Colle- ctio ronciliornin, t. ni, col. 967. 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 314, 318, 330 ; Hardouin. op. cit., t. vi, part. 1, p. 138, 169, 174, 180. 3. Mansi, op. cit., t. viii, col. 556 sq. ; Hardouin, oj>. cit., t. ii, col. lOiS. 4. Mansi, op. cit., t. vui, col. 567 ; tiardouin, op. cit., t. ii, col. 1053. 5. 11. Leclcrcq, L'Espagne chrétienne, p. 243. 6. Id., p. 244. 7. Mansi, op. cit., t. vin, col. 625; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 1069. 8. Mansi, op. cit., t. viii, col. 635 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 1071. 9. Mansi, op. cit., t. vni, col. 712 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 1097 • F. Maassen, Concil. inevoving., in-4, Hannoverae, 1893, p. 44-54. 10. Mansi, op. cit., t. vin, col. 784; Hardouin, op. cit., l. n. col. 1139. 11. Mansi, op. cit., t. vin, col. 836; Hardouin, op. cit., t. n, col. 1177- F. Maassen, op. cit., p. 61-65. 12. Ma-nsi, op. cit., t. xvii, col. 299 sq. 13. Mansi, op. cit., t. xvn, col. 282. 14. Mansi, op. cit., t. xvn, col. 336 ; Hard )uin, op. cit., I. vi, col. 185. 15. Mansi, op. cit., t. xvni, col. 129 ; Hardouin, op. cit., t. vi, col. 435 ; Pertz, Monum Gerin. hislor., Leges, 1835, t. i, p. 559. |.\ûles 2-14. (H. L.)] 16. Mansi, op. cit., t. xx, col. 452; Hardouin, op. cit., L. \i, pari. 1, col. 1557, cf. col. 138- COXC LE.S — I — 3. 34 INTRODUCTION cile de Bàle, Auguste Patricius ^ (c'est un Piccolomini qui vivait au xv^ siècle), et il ajoute que seul le concile de Bâle permit cette ano- malie et accorda à d'autres ecclésiastiques le droit de vote complet. Nous pouvons ajouter d'après l'affirmation du célèbre cardinal Pierre d'Ailly que déjà au concile de Pise, en 1409, les docteurs en théo- logie et en droit canon eurent droit à la voix délibérative -, et que le concile de Constance en se divisant par nations étendit encore le droit de vote ^. Mais ce furent des anomalies et, quand ces temps de troubles furent passés, on en revint à cette thèse conforme au droit ecclésiastique que seuls les évêques, les cardinaux et les abbés devaient avoir le droit de vote décisif. On assimila naturellement aux abbés les généraux des ordres religieux répandus dans tout l'univers (comme à Trente). Au sujet des abbés on établit cependant une différence entre ceux qui possédaient une juridiction réelle et ceux qui n'étaient qu'abbés titulaires ou commendataires. On ne reconnut à ces derniers que voix consultative par exemple au concile de Rouen en 1581 et de Bordeaux en 1583 *. Le concile de Rouen ne voulait même d'une manière générale reconnaître aucun droit aux [24] abbés et un concile tenu plus tard à Bordeaux, en 1624, dit à ce sujet que c'est une erronea opinio de soutenir prsetev episcopos qnosdam alios hahei-e vocem deciswam in concilio provinclali'^ . A ce sujet Ferraris indique ce qui, actuellement, est conforme à la règle : Ex privilegio et coiisiietudine çocandi sunt ad Concilia generalia ciun 1. Agostiao Patrizzi, Summa concilioriim Basileensis Îi31 et Florentini a. 1^38 seq. habitoi-uin, éditée par Labbe, Concil.,t. xiii, col. 1488; Ilardouin, op. cit.^ t. IX, col. 1081 (le passage visé dans le texte se lit à la col. 1196) ; Harlzheiin, Concil. Gernuui., t. v. (H. L.) 2. Sur la valeur de cette assemblée et l'irrégularité de ses opérations, cf. L. Salembier, Le grand schisme d'Occident, in-12, Paris, 1900, p. 267-273; Dictionn. de théol. cathoL, t. ii, col. 125-128. (H. L.) 3. Au mois de janvier 1415, Pierre d'Ailly demanda qu'à Constance les évêques, abbés, docteurs en théologie, en droit canon et eu droit civil (on eu comptait plus de 300) eussent voix définitive. « Je demande, ajoutait-il, la même faveur pour les rois et les princes ainsi que pour leurs ambassadeurs et les procureurs des prélats absents et des chapitres. Puisqu'il s'agit avant tout d'extirper le schisme, il ne serait pas juste ni raisonnable d'exclure les rois, les princes et leurs délégués. » II. von der Hardt, Rerum concilii œcumenici Constantiensis, in-4, Francofurti, 1697, t. ii, col. 224 ; Mansi, op. cit., t. xxvii, col. 560 ; Hardouin, op. cit., t. viii, col. 223 ; L. Salembier, Petrus de Alliaco, in-8, Lille, 1886, p. 274. (H. L.) 4. Hardouin, op. cit., t. x, col. 1264, 1379. 5. Hardouin, op. cit., t. xi, col. 132. IV. MEMBRES DES COXCILES 35 suffragio decisivo cardinales eliam non episcopi, abbates et ordinum regulariiim générales ^. Au concile du Vatican on convoqua les car- dinaux et les évêques, et en outre les abbates nullius, les abbés généraux mitres de tous les ordres et de toutes les congrégations, par exemple l'abbé des Ermites comme le président de la congréga- tion des bénédictins de Suisse, les généraux d'ordre non mitres, les vicaires généraux des clercs réguliers et des ordres monastiques, et on en compta cinquante environ. Deux évêques tout récemment nommés par le pape assistèrent aux séances avant leur consécration. L'un d'eux était Mgr Freppel d'Angers 2. Par contre des théolocriens et des chanoines ne furent pas convoqués à ce concile en qualité de conseillers, comme ils l'avaient été à celui de Trente ; aussi ne tint- on aucun compte pendant les délibérations des voix des conseillers réunis avant l'ouverture du concile. A Trente, au contraire, non seulement on compta au nombre des prélats deux congrégations : Pnelatorum TIIEOLOGORUM et CANONISTARUM, mais encore on utilisa fréquemment les services des theologi minores (ceux qui n'étaient pas prélats). Ils furent notamment chargés d'étudier d'avance et de préparer les questions dogmatiques. L'évèque Massarelli, secrétaire général du concile de Trente, dit à ce sujet : Mas fuit insacro Con- cilio Trid. tam sub Paiilo III, quam Julio III, et Pio IV P. M. per- pétua obserçatus, ut cum de dogmatibus fidei agendum esset, primum articuli inter catholicos et liœreticos controversi ex eorum libris colli- gerentur : qui antequam palribus proponerentur, exhibebantur dis- putandi ac discutiendi t/ieologis lyiinoribus... His igitur tlieolo^is per aliquot dies ante articuli, super quibus sententias dictuj-i erant, exhibebantur una cum quibusdam interrogatoriis, ad quse p?-o faciliori et aptiori ipsius dogniatis examinatione respondere tenerentur^^ etc. Les débats et les discussions de ces théologiens furent publics et y assista qui voulut. Au sujet des conciles provinciaux, on trouvera en note le renvoi aux écrits qui traitent la question de savoir qui v fut convoqué et y eut droit de vote *. 1. Ferraris, Blhliollicca canonica, au mot Concilium, n" 30. 2. A. Charpenlier, Monseigneur Freppel, in-S, Angers, [1904,] p. 51. (II. L.) 3. Concilium Tridentinum. Diariorum. acturum, epistularum, tractatuum nu- va collectio ; Aug. Massarelli, De concilio Tridentino diarium primum, dans Go/ - rcsgessellschaft, Bonn. 1901. 4. Ferraris, op. cit., au mot Concilium, art. 11, p, 822 sq. ; et le traité De conciliorum provincialium com-ocatione, dans K. E. Moy de Sons, Archi^' fu r 36 INTRODUCTION 12° Nous avons vu plus haut qu'au temps de saint Cypiien, aussi [25] bien en Afrique qu'en Italie, des laïques furent autorises à assis- ter aux conciles. Ce fait se reproduisit plus tard; par exemple le concile espagnol de Tarragone, en 516, ordonna auxévèques d'ame- ner avec eux au synode non pas seulement les ecclésiastiques, mais aussi leurs fils laïques les plus fidèles '^. L'archevêque de Lyon Viven- tiolus dit dans la lettre de convocation du concile d'Epaone, en 517 : laicos permittimiis interesse, ut quœ a solis Pontificihus ordinanda sunt, et populus possit agnoscere. On permit en outre aux laïques de présenter au concile les plaintes qu'ils auraient à formuler contre la conduite des ecclésiastiques; c'était en effet leur droit de désirer n'avoir que des prêtres de mœurs irréprochables 2. Plus tard le IV" concile de Tolède, en 633, can. 4'', dit formellement que les laïqu sont le droit d'être invités aux conciles 3, et en effet nous constatons la présence de laïques au VHP concile de Tolède, en 653 '*, et au IP concile d'Orange, en 529 ^. Nous voyons même des abbesses assister à certains synodes anglais, comme l'abbesse Hilda à la collatlo Pha- rensis ou concile de Whitby ^, en 664, dans lequel on traita la question de la fête de Pâques, de la tonsure, etc., et plus tard l'abbesse Aelfleda, q;ii avait succédé à Hilda, assista également au concile tenu près du fleuve Nith en Northumberland ''. Cette présence des abbesses (de race royale) est un fait tout à fait exceptionnel, même en ne con- sidérant ces assemblées que comme des eoncilia niixta, ainsi que le propose Salmon ^; la S. Congrégation du Concile a déclaré for- katholisches Kirchenrecltt mit besonderer Rûcksicht auf Oesterreich, 1859, t. m, fasc. 5, p. 331. 1. Mansi, o/^. cit., t. viii, col. 543; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 1043; II. Leclercq, L'Espagne chrétienne, in-Ti, Paris, 1905, p. 240-243. 2. Mansi, op. cit., t. viii, col. 556; II»rdouin, op. cit., t. n, col. 10i6. 3. Mansi, op. cit., 1. x, col. 617 ; Hardouin, op. cit., t. m, col. 580. 4. Mansi, op. cit., t. x, col. 1223; Hardouin, op. cit., (. m, col. 968. 5. Mansi, op. cit., t. viii, col. 719; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 1102. 6. L. Cliaillou, Tlie hislory of Whithy and abhey of Whitby, in-4, York, 1779; G. Youiig, Hislory of Whitl)y and Streoneshall abbey, in-8, Whilby, 1817; J. J. Ampère, Hilda ou le christianisme au vif siècle, dans la Rev. des Deux Mondes, ■ 1852, t. XV, p. 5-43, 286-321 ; Smilh and Wace, Dict. of christ, biography, t. m, p. 77-78; Mansi, 0^. cj7., t. xi, col. 68; Hardouin, o/;. cif., t. m, col. 993.(11. L.) 7. Mansi, op. cit., t xii, col. 170; Hardouin, op. cit , L m, col. 1826. Cf. K. Sclirold, Das erste Jahrttundert der eriglischen Kirclie oder Einfiihrung und Befestigang des Christenihams beiden Angclsachsen in Britannien, in-8,Passau, 1840, p. 120, 271; Salinon, Traité de l'étude des conciles, iii-4, Paris, I726,p.8'i4. 8. Loc. cit. IV. MEMBRES DES CONCILES 37 mollement par un décret du 22 avril 1598 que les laïques les plus considérés et les plus instruits pouvaient sans dirficiiltc être invités à assister aux conciles provinciaux, et le cérémonial des évèques 20] l'indique également lorsqu'il parle des sièges f[ue l'on doit préparer dans les conciles provinciaux pour les laïques qui y assisteront *. Pignatelli recommande aux évèques de se montrer très prudents dans les invitations qu'ils adressent aux laïques -, mais cependant de nombreux magnats laï([ues assistèrent encore au grand concile maronite que tint en qualité de légat du pape Joseph Simonius Assemani ^. Dans plusieurs conciles, les laïques présents apposèrent leur signature; dans d'autres, et c'est le plus grand nombre, ils s'en abstinrent. Ils signèrent en particulier au concile maronite dont nous avons parlé, au IP concile d'Orange et au VHP concile de Tolède. Il résulte du passage que nous avons déjà cité au sujet de concile d'Épaone que ces laïques n'assistèrent au synode que comme témoins et conseillers ou bien encore pour faire connaître leurs plaintes. Il est assez singulier de constater que les laïques présents au concile d'Orange signèrent les actes consentiens siibscripsi, se servant de la même formule que les évèques. Ces derniers employaient seuls habituellement les mots defîniens subsci-ipsi, tandis que les prêtres, les diacres et les laïques n'écrivaient que le seul mot subscripsi. — Tout autre fut naturellement la situation des laïques dans les concilia mixla, dont le caractère même était d'admettre comme membres les grands personnages du royaume à côté des prélats en leur donnant à tous des droits égaux *. 1.3" Du reste on ne doit pas s'étonner, étant donné le grand nombre de membres qui assistèrent à la plupart des conciles, et la grande différence qui exista entre les évèques, dont le degré de cul- ture, les tendances, le caractère et les intérêts même étaient loin d'être semblables, si les débats furent souvent ardents et passionnés,, et si la faiblesse humaine intervint au cours des délibérations, si bien que saint Grégoire de Nazianze, après avoir éprouvé de grands dégoûts au IP concile œcuménique, ne put s'empêcher d'exhaler des plaintes amères au sujet du concile : « Je fuis, dit-il, cette 1. Benoît XIV, De synodo diœc, 1. III, c. ix, n. 7. 2. Loc. cil. 3. Cléiuenl XII chargea Joseph Simonius Assémanidese rendre dans le Libai> en qualité d'ablégal et d'y présider le concile national qui se tint au monastère de Louayzé, près de Beyrouth, du 30 septembre au 3 octobre 1736. (H. L.) 4. Voir ci-dessus, p 7. 38 INTRODUCTION assemblée d'évêques parce que je n'ai pas encore vu qu'un synode pût se terminer avantageusement et que les embarras fussent sus- ceptibles de disparaître au lieu de s'aggraver, lorsque dans son sein régnent une passion et une fureur de dominer inexprimables '^. » C'étaient les frémissements d'un cœur affligé et blessé; et si l'on veut juger cette question sans parti pris et en prenant pour guide la seule raison, on ne peut qu'approuver les paroles d'un historien très distingué de la nouvelle Église protestante ^ : « De tous ces transports de la passion humaine (qui s'introduisirent au sein des conciles) nous devons conclure que le Seigneur a toujours tenu [27] le gouvernail du vaisseau de 1 Église, et qu'il l'a conduit dans le port au milieu des vagues furieuses et de la tempête. L'esprit de vérité, C|ui ne doit jamais se perdre dans l'Eglise, a toujours vaincu l'erreur, et s'est montré resplendissant alors même qu'il ne dispo- sait que d'instruments fragiles. » 14° Parmi les laïques qui assistèrent aux conciles, on doit en premier lieu citer les empereurs et les rois. Après que les empereurs romains eurent embrassé le christianisme, ils assistèrent tantôt en personne, tantôt par l'entremise de représentants et de commissaires aux grands synodes et en particulier auxconciles œcuméniques. Cons- tantin le Grand assista'personnellement au P"" concile œcuménique ^. Théodose II se fit représenter au IIP concile et l'empereur Marcien au IV®. Ce dernier assista en personne à la vi® session du concile de Chalcédoine et s'y fit accompagner de l'impératrice Pulchérie *. De même l'empereur Constantin Pogonat assista au VP concile œcuménique ^. Irène et son fils Constantin Porphyrogénète envoyè- rent des représentants au VIP ; l'empereur Basile le Macédonien fut présent au VHP tantôt personnellement, tantôt par l'intermédiaire de ses délégués ^. Au IP et au V conciles œcuméniques seuls, nous ne trouvons ni l'empereur ni ses représentants, mais les empereurs Théodose le Grand et Justinien furent présents dans la ville où se 1. S. Grégoire de Nazianze, Epist., cxxx, Ad Piocopium, P. G., t. xxxvii, col. 225. Cf. Hefele, dans Wetzer et Welie Kirchcnlexicon, t. iv, p. 741. 2. SchafF, dans Jahihûcher fur deutsche Théologie, t. vni, fasc. 2, p. 346. 3. Euscbe, De vita Constant., 1. III, c. x, P. G., t. xx, col. 1064. 4. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1119 ; t. vi, col. 563 ; t. vu, col. 129 ; Hardouin, op. cit., t. I, col. 1346 ; t. ii, col. 53, 463. 5. Mansi, op. cit., t, xi, col. 210 ; Hardouin, op. cit., t. m, col. 1055. 6. Mansi, op. cit., t. xii, col. 1000 ; t. xiii, col. 502, 728 ; t. xvi, p. 18, 81, 57 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 34, 534, 7^5 ; t. v, col. 764, 823, 896. IV. MEMBRES DES CONCILES 39 tinrent ces synodes, Constantinople, et se trouvèrent en relations continuelles avec eux. Comme nous le voyons, les empereurs assistèrent uniquement aux conciles œcuméniques qui eurent pour but de défendre les intérêts de la foi. Le pape Nicolas P' s'appuie formellement sur ce fait dans la lettre qu'il écrivit h Temperour Michel, en 865 ^ et en conclut que tous les autres conciles doivent se tenir en dehors de la présence de Tempereur ou de ses représentants 2. D'accord avec lui le VHP concile œcuménique déclara quelques années plus tard qu'il est faux de [28] soutenir qu'aucun concile ne peut avoir lieu en dehors de la présence de l'empereur, bien plus, qu'il est prouvé que les empereurs n'ont assisté qu'aux seuls conciles œcuméniques et qu'enfin il ne serait pas convenable de voir des princes laïques rendus témoins dans les synodes provinciaux, etc. de la condamnation des ecclésiastiques ^. On aurait pu ajouter que déjà les évêques du iv® siècle firent enten- dre de violentes récriminations lorsque Constantin le Grand envoya un commissaire impérial au concile cle Tyr, en 335 *. En Occident les rois assistèrent aux synodes nationaux, ainsi le roi wisigoth d Es- pagne, Sisenand, fut présent au lY^ concile de Tolède, en 633 ^, le 1. Mansi, op. cit , t. xv, col. 200; Hardouîn, op. cit.. t. v, col. 158 ; Corp. jur. canon., dist. xcvi; can. 4, [H.Laemmer, Papst Nicolaus I.unddie byzanii- nische Siaatskirche seiuer Zeit, iii-8, Berlin, 1857 ; J. Roy, Saint Nicolas 1er, in-12, Paris, 1899, p. 19-44 ; Baxmaun, Bie Politik der Papste ^'on Gregor I. bis Cregor VIT., in-8, Elberfeld, 1868, t. 11, p. 7, 8, 9-13, 15. (H. L.)] 2. Au IV» concile œcuménique, tenu à Chalcédoine, en 451, « à côté des légats pontificaux, nous voyons apparaître les commissaires impériaux qui jouent, eux aussi, un rôle prépondérant dans la direction des débats. Ils y interviennent cons- tamment; parfois même ils semblent effacer les représentants du pape et les laisser au second plan. Ce ne sont pas ceux-ci mais les commissaires, qui déterminent l'ordre du jour de l'assemblée et règlent la marche des débats. Ils prennent part à la discussion, la dirigent même, s abstenant au reste, lorsqu'il s'agit d'arrêter des décisions dogmatiques ou canoniques, et laissant toute liberté aux Pères du concile pour en délibérer et en décider sous la présidence des légats. La présence et l'intervention de ces représentants de l'empereur ne furent pas sans exercer une très heureuse influence sur la marche des débats et sur la solution des questions pendantes; car ils surent ne pas abuser de leur situation et de l'autorité qu'elle leur conférait, et rester toujours parfaitement d'accord avec les représentants du pape. » J. Bois, dans le Dictionn. de théol. cathol., t. 11, col. 2194. (H. L.) 3. Mansi, Cnncil. ampliss. coll., t. xvi, col. 171, 'j06 ; Hardouin, CoUect. concil., t. v, col. 907, 1103. 4. Saint Athanase, Apolog. contr. Arianos, c. vni, P. G., t. xxv, col. 261 sq. 5. Mansi, op. cit., t. x, col. 615 ; Hardouin, op. cit., t. m, col. 578. [H. Le- clercq, L'Espagne chrétienne, p. 302-307. (H. L.)] 40 INXnODUCTION roi Chintila au V® concile de Tolède en 636 ^, Charlemagne au con- cile de Francfort en 794 2, deux rois anglo-saxons à la collatio Pha- rensis ou synode de Whitby, déjà cité, en 664. Nous trouvons des commissaires royaux aux VHP et IX® conciles de Tolède en 653 ^ et 655. Plus tard l'opinion que les princes ne devaient obligatoirement assister qu'aux conciles œcuméniques, soit en personne soit par l'intermédiaire de leurs délégués, se fortifia encore. C'est ainsi que nous voyons le roi de France Philippe le Bel assister au XV concile œcuménique, à Vienne '", en 1311 ; l'empereur Sigismond à ceux de Constance et de Bâle ^, et les délégués [oratores] de beaucoup de princes à ces mêmes conciles et aussi à celui de Trente. Pie IV et Pie V interdirent par contre au commissaire royal d'assister au synode provincial de Tolède ; mais cette défense arriva trop tard, et lorsque, en 1582, on tint un nouveau synode provincial à Tolède en présence d'un commissaire royal, Rome (la congregatio concilii) refusa de ratifier les conclusions du concile, jusqu'à ce que l'on eût effacé des actes le nom de ce commissaire. L'archevêque de Tolède, cardinal Quiroga, voulut, contrairement à cette opinion, se prévaloir de ce que ces commissaires avaient autrefois assisté aux anciens conciles espagnols, mais Rome maintint ce principe qu'en dehors des conciles œcuméniques uhi agidir de fide, refovmatione et pace, aucun commissaire envoyé par le souverain ne pouvait être présent ^. Pour les conciles œcuméniques tenus plus tard, cette présence des princes ou de leurs délégués n'a pas eu d'autre but que de protéger les [29] conciles, d'en rehausser l'autorité et de leur faire connaître les prin- cipaux vœux des états et de la chrétienté. Le célèbre cardinal d'Ailly a clairement indiqué ce but "^ et, en fait, on peut voir que le droit de 1. Hefele fait dater, par erreur, le \'^ concile de Tolède de l'année 638 ; cf. H. Leclercq, L'Espagne chrét., p. 310 ; c'est le VI' concile qui se tient à cette date, Id., p. 312. (H. L.) Mansi, op. cit , t. x, col. 653; Hardouin, op. cit., t. III, col. 597. 2. Mansi, op. cit., t. xiii, col. 884 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 882. 3. H. Leclercq, L'Espagne chrét., p. 333. Le roi Recceswinthe siégeait au concile avec quatre métropolitains, quarante-huit évèques, des abbés, des mcsn- dataires d'évèques absents et seize laïques, ducs ou comtes. (H. L.) 4. Vienne, en Dauphiné ; Mansi, op. cit., t. xxv, col. 367 ; Hardouin, op. cit., t. VII, col. 1321. 5. Marmor, Das Concilium in Konstanz, in-8, Constanz, 1898, p. 42 ; H. Von der Hardt, Rerum conciUi œcumenici Constanliensis, in-4, Francofurli, 1697, t. I, col. 15. (H. L.) 6. Benoît XIV, De synodo diœces., 1. III, c. ix, n. 6. 7. Benoît XIV, op. cit., 1. III, c. ix, n. 1. V. PHKSIDEXCE DES CONCILES 41 vote ne fut accordé à aucun prince et à aucun orateur royal (à moins qu'il ne fut lui-niènie un ôvèque). Mais au sujet des anciens conciles œcuméniques, on a soutenu avec insistance que les empereurs y exercèrent la présidence, et cette opinion nous amène à traiter l'im- portante question de lu présidence des conciles. V. Présidence des conciles. De même que le synode diocésain doit être présidé par lévèque, le synode provincial par le métropolitain ^, le concile national par le primat ou le patriarche, de même la présidence d'un concile œcumé- nique appartient naturellement au chef de l'Eglise, au pape. Cette affirmation est si évidente que même les partisans du système épis- copalien qui n'accordent au pape qu'une primatie d honneur ne lui contestent pas le droit de présider les conciles œcuméniques. Mais le pape peut exercer cette présidence soit en personne, soit par l'in- termédiaire de légats, et ce dernier mode se produisit très fréquem- ment. Contre ce droit du pape de présider les conciles œcuméniques, les réformateurs objectent cpie, d'après l'histoire de l'Eglise, plu- sieurs des huit premiers conciles furent présidés par l'empereur. Il ne leur est pas difficile à ce sujet de trouver des textes à l'appui de cette assertion, puisc[ue le pape Etienne Y écrit lui-même cjue l'em- pereur Constantin présida le P"" concile de Nicée ^ et C|ue les actes des anciens conciles parlent très souvent de la présidence de l'em- pereur ou de ses représentants. INIais ces objections si claires et si menaçantes pour notre thèse perdent toute valeur si l'on examine de près la manière dont furent tenus les anciens conciles et si l'on a le désir de rechercher la vérité ^. 1. Pendant la vacance du siège métropolitain, la présidence revient au plus ancien évèque suffragant. 2. Mansi, op. cit., l. xvi, cul. 423; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1119. 3. Il importe d'établir ici les sens qui s'attaclient à celle idée de présidence. V' La présidence effective consiste dans le gouveineraent de l'assemblée et la direction donnée à ses débats. 2° La présidence d'iionneur consiste dans un pi'ivilège et des respects dépure forme. 3° La présidence de protection consiste d.ins l'emploi des moyens efficaces pour maintenir l'ordre et la liberté parmi les membres de l'assemblée, sans in;^érence dans les matières en discussion. Toute la question liistorique de la présidence des conciles va à déterminer la nature de la présidence e.\ercée p.ir les empereurs ou leuis représentants. (H. L.) 42 INTRODUCTION Entamons la discussion par le VHP concile œcuménique, le plus récent de ceux dont il est ici question (le dernier qui ait été tenu en Orient) et, de ce concile, nous remonterons jusqu'au P"" concile œcuménique. 1" Le pape Hadrien H envoya ses légats au VHP concile œcumé- nique porteurs de la déclaration formelle donnée par écrit et adressée à l'empereur Basile, qu'ils auraient la présidence "^.Les légats, l'évê- [30] que Donat d'Ostie, l'évêque Etienne de Nepi et le diacre Marin de Rome lurent cette lettre au concile qui ne souleva pas la moindre objection. De fait leurs noms furent toujours placés les premiers dans les procès-verbaux, ils fixèrent la durée de chaque session, ils accordèrent les permissions pour prendre la parole et pour lire les actes synodaux, ce furent eux également qui autorisèrent l'introduc- tion d'autres personnes et posèrent les questions, etc. ^. Bref, pen- dant les cinq premières sessions, ils furent, sans aucun doute pos- sible, les présidents du concile. Mais l'empereur Basile avec ses fils, Constantin et Léon, assista à la vi^ session et à celles qui suivirent, et il prit la présidence ainsi cpie le rapportent les actes ^. Mais ces actes établissent une distinction entre le synode et l'empereur accompagné de ses fils. En effet après les avoir nommés, ils ajoutent : conçeniente sancta ac unwe?^sali sijjiodo. Les actes ne comptent donc pas l'empereur au nombre des membres du synode, et ils continuent à placer à sa tète les légats du pape. Ce sont ces légats, qui, même pour les dernières sessions, fixèrent les matières à discuter *, qui signèrent les actes, les premiers, avec le titre explicite de prsesi- dentés du synode, tandis que l'empereur, pour montrer clairement qu'il ne se considérait pas comme le véritable président, voulut tout d'abord n'apposer sa signature qu'après tous les évêques. Les légats du pape le prièrent d'inscrire en tète son nom et celui de ses fils, mais il refusa tout net et consentit seulement à signer en dessous des envoyés du pape et des patriarches orientaux, et avant les autres évêques ^. On trouve la confirmation de ce fait dans la 1. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 22, 314 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 768, lOoO. 2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 37, 38, 41 s-q. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 782, 783, 785, 786 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 81, 96, 151, 398; Hardouin, op. cit., t. v, col. 823, 838, 896, 1098. 4. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 159 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 898. 5. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 188-190, i08 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 921-923, M: 6. V. PRÉSIDENCE DES CONCILES 43 lettre que le pape Hadrien II écrivit à Tempereur et dans laquelle il le loue d'avoir assisté au concile non comme judex, mais comme simple témoin et protecteur, consciiis et obsecundator ^. Les commis- saires impériaux qui assistèrent au concile, eurent encore moins [31] que les empereurs le rôle de présidents; dans tous les procès-ver- baux des sessions ils ne signèrent en effet qu'après les représentants des patriarches, mais avant tous les autres évêques - et ils ne signè- rent pas du tout à la fin des actes. Par contre on peut dire que les patriarches orientaux, Ignace de Constantinople et les représentants des autres patriarches, participèrent en quelque sorte à la présidence ; ils sont en effet toujours nommés en même temps que les légats romains et parfaitement distingués des autres métropolitains et évê- ques. Avec les légats romains, ils constituent, pour ainsi dire, le bureau directeur, avec eux ils règlent l'ordre du jour ^, décident des admissions * ; ils signent, comme leslégats, avant l'empereur, et dans les procès-verbaux comme dans les commissions, ils ont le pas sur les commissaires impériaux. Tout en tenant compte de ces faits, il faut cependant reconnaître que les légats du pape occupèrent la première place : ils sont en effet toujours nommés les premiers, ils signent les premiers, et, ce qui est bien digne d'attirer l'attention, ils emploient à la fin des actes la formule hiiic sanctse et unwersali synodo prsesidens, tandis qu'Ignace de Constantinople et les repré- sentants des autres patriarches ne s'attribuent aucune part à la pré- sidence et emploient simplement ces mots : Sanctom hanc et uniçer- salcm synodum suscipiens, et omnibus quœ ah ca jiidicata et scripia siint concordans, et de/ïniens siibse/'ipsi. De même que ces paroles montrent clairement la différence qui existe entre eux et les légats du pape, de même aussi remarquons-nous une distinction sensible entre leur signature et celle des autres évêques. Ces derniers ont en effet, de même que l'empereur, employé les seuls mots suscipiens 1. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 2C6 ; H.ndouin, op. cit., t. v, col. 939. Une circoBstance plus significative enccre que celle qui a été relevée par Hefele se trouve dans l'adhésion exigée de tous les Pères, dès l'ouverture du concile, à la formule d Hormis^das, complétée de manière à présenter la condamnation de Pholius comme nécessaire et prescrite par le Sa'nt-Sicge. Cette adl.ésion était exigée par les envoyés romains dont l'altitiide pouvait être considérée comme impliquant la présidence du concile. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 18, 37, 44 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 764, 782, 788 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xvi,col. 159, 178 ; Hardouin, o/?. cit., t. v^ col. 898, 912. 4. Mansi, op. cit., i. xvi, col. 18; Hardouin, op. cit., t. v, col. 764. 44 INTRODUCTION {synodum) suhscripsi sans se servir de l'expression definiens qui caractérisait habituellement la voix clélibérative ^. 2° Dans toutes les sessions du VIP concile œcuménique, on remar- que avant tous les autres membres présents les légats du pape, Tar- chiprêtre Pierre et l'abbé Pierre; après eux viennent l'archevêque Tarasius de Constantinople et les représentants des autres patriar- ches, puis les autres évoques et en dernier lieu les commissaires impé- riaux -. C'est dans cet ordre que furent signés les décrets du concile, [32] cependant les commissaires impériaux ne les signèrent pas -^ Toutefois l'impératrice Irène et son fils assistèrent comme présidents d'hon- neur à la viii^ et dernière session qui se tint à Constantinople dans le palais Magnaura, et signèrent alors les décrets des sept premières sessions déjà signés par les évêques *. D'après une version latine des actes de ce concile, les légats du pape, l'évèque de Constantinople et les représentants des autres patriarches orientaux auraient seuls employé en signant l'expression definiens, ainsi qu'ils le firent au VHP concile ^. Le texte grec des actes rapporte que les autres évêques se seraient aussi servis du mot opbaç ^. D'ailleurs nous devons dire que, malgré la présidence des légats du pape, ce fut l'archevêque Tara- sius de Constantinople, qui, à proprement parler, prit en mains la direction du concile. 3° L'empereur Constantin Pogonat, accompagné de plusieurs hauts fonctionnaires, assista en personne au VP concile œcuménique. Les procès-verbaux des séances le désignent comme président et nom- ment immédiatement après lui ceux de sa suite. Mais énumérant ensuite les membres proprement dits des conciles, ils emploient la formide : auv£À0o'j(7'/]ç o\ xai ty).; àyia^ '/.ai o'i7,2U[xsvr/,^.; cuvooou x.t.X. Us établissent ainsi la différence existant entre l'empereur accompagné 1. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 189 sq. ; Hardouiu, op. cit. t. v, col. 923. 2. Mansi, op. cit., t. xii, col. 992 sq. ; Hardouin, op. cit., t, iv, col. 28 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xiii, col. 379 sq., 736 sq. ; Hardouin, op. cit., t. iv, col, 455 sq., 748. 4. Mansi, op. cit., t. xiii, col. 414, 415 ; Hardouin, op. cit., I. iv, col. 483, 486. 5. Mansi, op. cit., l. xiii, col. 730 sq. ; Hardouin, op. cit., i. iv, col. 748 sq. 6. Mansi, op. cit., t. xiii, col, 379 sq. ; Hardouin, oj). cit., t, iv, col, 457 sq. On peut rapporter à cette question de la présidence du Vile concile cette plirase tirée d'une lettre adressée par le pape Hadrien ler à Charlemagne : £t sic synodum islam secundum ordinationem nostram fecerunt et in pristino statu sacras et venerandas imagines erexevunt. (Hardouin, op. cit., t. iv, col. 818). Il est clair, d'après ces paroles, que le décret contie les iconoclastes a été rendu par la volonté du pape. (H. L.) V. piti;siiMi.\cR Di;s concilks 4^ de ses suivants et le synodo.et désignent comme lespremîcrs parmi les membres du concile les légats du pape, les prêtres Théodose el Georges et le diacre Jean ''. Les légats signèrent les premiers les actes du concile 2, tandis que l'empereur ne signa qu'à la fin, après tous les évoques ; il le fit à dessein pour donner plus de force aux décrets rendus par le concile, et il les ratifia par la formule Ic^imns [3.)] ('( consensimus '^. 11 marqua par là même la différence qui existait entre lui et le synode. Il faut convenir cependant que Tempcreur et ses mandataires guidèrent plusieurs fois la marche du concile ^. 4" Nous avons déjà vu plus haut (p. 19) que ni l'empereur Jus- tinien ni le pape Jii ses légats n'assistèrent au V*^ concile œcumé- Jii(|ue; ce fut l'archevêque Eutychius de Constantinople qui le pré- sida ^. o'' Le IV concile œcuménique a une grande importance pour la question (|ui nous occupe. Le 24 juin 451, le pape Léon le Grand avertit l'empereur Marcien qu'il avait désigné comme son légat l'évê- que Paschasinus de Lilybée, en Sicile, et l'avait chargé de présider 1. Mi.nsi, op. cit., t. xi, col. 210, 218, 222, 230 ; Ilardouin, op. cit., t. m, col. 1055, 1061, 1065, 1072. 2. Miiiisi, op. cit., t. XI, col. 639,655, 682; Ilardouin, op. cit., t. m, col. I'i02, 1414, 1435. Le pape Agathon prit à l'égard du Xl'^ concile une altitude pleine de franchise. La lettre qu'il envoya aux Pères contenait sa profession de foi conire le monothélisme et une revendication de sa suprématie sur les con- ciles œcuméniques. <> Le bienlieureux Pierre, y disait-il, a reçu la charge de paître les brebis du Christ ; par sa protection cette Eglise apostolique (de iiorae) qui est la sienne, ne s'est jamais écart e sur aucun point du chemin de la vérité et son autoiité, qu'elle lient de la qualité du chef des apôtres, a tou- jours été fidèlement respectée et obéie par toute l'Eglise catholique et par les conciles universels ; les vénérables Pères et les saints docteurs t-c sont reli- gieusement attachés à sa doctrine. » /'. L., t. 1 xxxvii. col. 1170. A cela le concile lui répondait : « Pour ce qu'il y a à faire, nous nous en rappoilons à vous, évêque du premier siège et chef de l'Église universelle, à vous qui êtes établi sur le ferme rocher de la foi ; et nous avons analhématisé les héré- tiques conformément à la sentence que vous aviez portée antérieurement par votre sacrée lettre. » /••. />., t. lxxxvii, c (ùq xsçaAYj [AcXwv riY^H-sveusç èv -zolq Tf)v o'uvTa;iv sxs/ouot, « par tes représentants, tu as établi l'hégémonie entre les membres du concile, tes légats [34] ont été pour eux comme la tête pour les membres ^. » Ces témoignages, surtout le dernier, sont si probants qu'ils ne semblent laisser prise à aucun doute. Cependant, d'un autre côté, il est un fait certain : c'est que, au concile de Chalcédoine, les commissaires impériaux occupèrent la place d'honneur, au centre, devant la grille de l'autel '^; dans les procès-verbaux, ils furent toujours nommés les premiers ^, ils firent voter, ils réglèrent l'ordre des discussions, prononcèrent la clôture 1. Saint Léon le, Epist., lxxxix, P. L., l. liv, col. 930 ; Pierre de Marca, DiS' sertationum de concordia sacerdotii et iinperii seu de libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ libri octo, in-lol., Parisiis, 1704, 1. Y, c. vi, monlre que le pape Lcon parle ici d'un droit qui lui revient et qu'il n'adresse nullement une prière à l'empereur pour obtenir la présidence du concile. 2. Mansi, op. cit., t. vi, col. 986; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 310. 3. S. Léon, Epist., cm, P. L., t. liv, col. 855. 4. Mansi, op. cit., t. ix, col. 53 ; Hardouin, op. cit., t. m, col, 5. Aucun con- cile d'Orient, plus que celui de Chalcédoine, ne donna lieu à une affirmation aussi nette de la primatie pontificale, cf. J. Bois, dans le Dictionn. de tliéol. cathoL, t. Il, col. 2193-2194. 5. Mansi, op. cit., t. vi, col. 147; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 5 sq. ; S. Léon, Epist., xcvii, P. L., t. liv, col. 951 sq. 6. Mansi, op. cit.., t. vi, col. 519; Hardouin, op cit., t. u, col. 60-66. 7. Mansi, op. cit., t. vi, col. 563, 938 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 54, 274 sq. V. PRÉSIDENCE DES CONCILES 47 des sessions, et remplirent ainsi toutes les fonctions qui appartien- nent au président d'une assemblée ^ Dans la vi" session, l'empereur Marcien lui-même fut présent, il proposa les questions, et dirigea la discussion -. Dans ces actes, Fempereur et ses commissaires paraissent donc avoir eu la présidence, les légats du pape n'ayant été que les premiers parmi les membres appelés à voter. Comment résoudre cette contradiction apparente avec les textes cités plus haut et comment le concile de Chalcédoine a-l-il pu dire que le pape en envoyant ses légats avait établi Fliégémonie entre les membres du concile? La même lettre que nous avons déjà citée donne préci- sément la solution de cette difficulté, elle dit en effet une ligne plus loin : paaiAEî; oï tijt;:i -Jtpbç £j/.cî[j.iav icYjp/^sv, c'est-à-dire : « Les pieux empereurs présidèrent afin que tout se passât en bon ordre, et par ce moyen tout s'est parfaitement passé ^. » De fait cette pré- sidence des commissaires royaux ne s'exerça que sur le côté exté- rieur, l'économie et l'ordre des discussions du concile, ils ne s'im- miscèrent pas dans les questions intérieures, ne prirent aucune part à l'élaboration des décrets et ne participèrent pas au vote sur les questions qui intéressaient la foi, ils marquèrent enfin plusieurs fois la différence qui existait entre eux et le concile *. Les actes de Chal- cédoine signalent également cette différence. Ils citent tout d'abord les commissaires impériaux et ajoutent ensuite : le saint svnode se réunit, etc. ^. [35] Nous pouvons ajouter que ni l'empereur ni ses commissaires ne sicfnèrent les actes du concile de Chalcédoine ; ce fut au contraire le légat du pape qui signa toujours le premier et plusieurs fois en ajoutant même, quand l'empereur était présent, le titre de sijnodo priesidens 6, Nous pouvons ainsi nous rendre compte qu'il s'agissait en fait dune double présidence, complètement analogue à celle à laquelle Constantin le Grand faisait allusion quand il disait ; « Moi aussi je suis un évêque; vous, vous êtes les évêques pour les affaires inté- 1. Mansi, op. cit., l. vi, col. 583. 586, 606, 618,623,655,953,974; Hardouin, op. cil., t. n, col. 67, 70, 90, 94, 114, 271, 307. 2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 128, 129 sq. ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 486 sq. 3. Saint Léon, Epist., cxxxui, P. L., t. liv, col. 1089. 4. Mansi, op. cit., t. vu, col. 454 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 643. 5. Mansi, op. cit., t. vi, col. 556 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 53. 6. Mansi, op. cit., t. vu, col. 135; Hardouin, op. cit., t. n, col. 467. 48 INTRODUCTION Heures de rÉf^lisc (twv zïacô -f,ç è'/.y.XY;da;), mais moi je suis l'évêque choisi par Dieu pour diriger les affaires extérieures de l'Eglise (s^w GSTÔiv ï'A-.l: J-b OsGJ y.aOîîTaiJ.Évo; ^). » La couduite bureaucratique des affaires, la direction tcov è';w ainsi que la place d'honneur furent réservées aux commissaires impériaux; les légats du pape au contraire, bien ([uc n'ayant que la première place parmi les votants, exercèrent la présidence /.aTa xx s'ijm, la présidence du concile, c'est-à-dire qu'ils présidèrent in specie la réunion des évèqucs. En l'absence des commissaires impériaux, comme cela eut lieu pour la m" session, ils furent également chargés de la direction des affaires extérieures '^. G" L'empereur Théodose II chargea le comte Candidien de le représenter au IIP concile œcuménique d'Ephèse, en 431, et exprima clairement dans un édit adressé aux pères assemblés comment il comprenait la situation de son délégué : « J'ai, dit-il, envoyé à votre concile, Candidien l'éminent comte sacroriiin domeslicorum, mais il ne prendra aucune part à l'examen des dogmes, car il n'est permis à personne de s'immiscer dans les discussions religieuses, s'il ne figure pas sur le catalogue des saints évèqucs (àO;[X'-sv vàp, Tbv ;j,Y5 ~o\) •Aoi.-xKÔ^{0'j Twv if.'[u<)-0!.-o)v ï^kjv.o-mv TUY^avGVxa tofç ï'A'/Xr,i7iy.G-iy.oiç GY.i[j.iJ.3.aiv £7:iijiYvu76ai). » L'empereur précisa ensuite d'une manière positive quelles seraient les fonctions du comte; il devra tenir éloi- gnés les laïques et les moines, s'ils se rendent en trop grand nombre 13^1 à Ej)hèse, il veillera à la tranquillité de la ville et à la sécurité du concile, il usera de son influence pour éviter que les divergences d'opinion entre les membres ne dégénèrent en controverses passior.- nées, pour que chacun puisse exprimer son avis librement et sans 1. Eusèbo, Vita Constant.,!. IV, c. xxiv, P. G., t. xx, col. 1172. Le D'ScliafT, prof, de théol. à Meersbury en Pennsylvanie, dans sa dissertation « sur les con- ciles œcuméniques éludiés d'a^^resYIIistoiie des conciles du D'' Hefelc », dans Jahrhïiclier f. deulsche Théologie., 1863, t. vin, p. 335, démontre que notto manière de comprendre les mots lôiv sïa-w et tôiv Èy.TÔ; est la bonne. On distin- gue habituellement une prxsidentia lionoraria (celle de l'empereur) et aucio- litativa (celle des légats du pape). 2. Mansi, 0[). cit., t. vi, col. 983 sq. ; ILirdouin, op. cit., t. ii, cul. 310 sq. Le double mode de présidence est clairement distingué dans la lettre écrite à saint Léon par les Pères du concile; ils lui disent : « Par ceux que votre bonté a envoyés pour tenir votre place, vous gouverniez les évoques à la façon dont la tète gouverne les membres ((!>; i^ecpaXï) [xeXwv ■/lyefj.ôvE-jst) ; quant aux empereurs fidèles, ils présidaient pour le bon ordre [Tzph; i-jy.oay.iixv ibf,p-/.rr/) et, comme d'autres Zorobabels, ils exhortaient à la leconstruction dogmatique de l'Église qui est comme une autre Jérusalem. » P. L., t. liv, col. 951 sq. (II. L.) V. PRÉSIDENCE DES CONCILES 49 crainte, pour que, enfin, après une discussion lianquille ou animée sur chaque point particulier, les évcques aient la liherté de formuler en commun leur décision. 11 dut encore empêcher que quelque membre ne quittât le concile à sa fantaisie, qu'on ne soulevât une discussion théologique autre que celle pour laquelle le concile avait été réuni ou enfin qu'on ne mît en délibération des afïtiires particu- lières *. De son côté, le pape Célestin I*^"" avait désigné en qualité de légats les deux évêques Arcadius et Projectus ainsi que le prêtre Philippe; il leur donna pour instructions de se conformer entièrement aux instructions de Cvrille et de défendre les prérogatives du Saint- Siège apostolique. Ils durent assister aux réunions, mais ne pas se mêler aux discussions et demeurer les juges suprêmes après avoir entendu les avis des autres membres -. Le pape avait déjà aupara- \ant désigné Cyrille pour le représenter dans les questions relatives au nestorianisme, et lui avait clairement conféré toute la puissance apostolique par la lettre qu'il lui écrivit le 10 août 430 ^. Bien (jue j'aie fait ressortir que ces pleins pouvoirs n'avaient été accordés à Cvrille que pour les discussions antérieures au concile, il n'en est pas moins vrai que, dans les procès-verbaux, il est constamment désigné comme représentant du pape (o'.czwv -/.a-, Tbv -riz^v t; j âvu^taTOu 1. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1119 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1346 sq. 2. Mansi, op. cit., t. iv, col. 555 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1347. 3. Mansi, op. cit., t. iv, col, 1019; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1523. A. Lar- gent, Saint Cyrille d'Alexandrie et le concile d'Ephèse. dans la Revue des quest. hist., 1872, t. xii, p. O-70, réimprimé dans les Etudes d'hist. ecclés., in-8, Paris, 1892. Il existe sur le sujet spécial des rapports de Célestin P'' et de Cyrille, un livre déjà ancien et qui conserve son mérite : Theopli. Rutka, .S'. Cyrillus pa- triarcha Alexandrinus, sumnii pontificis Romani Cxlestini in concilio Eplie- sino vicarius, idemque Spiritus Sancti propugnator. in-4, Lublini, 1692. La réponse de Célestin 1er à Cyrille d'Alexandrie condamnait Nestorius sans con- dition et ordonnait de le déposer s'il n'abjurait son erreur dans un délai de dix jours. C'était un acte d'autorité capitale étant donné qu'il était émis dans une lettre adressée au légat. Cf. Bossuet, Remarques sur l'Histoire des conciles de M. Dupin (EUies du Pin), c. i^ remarq. 6. Les instructions du pape à ses re- présentants au concile contenaient entre autres choses: Auctoritatem Sedis apostolicx custodiri dehere mandamus... Ad disceptationem si fuerit ventum, vos de eoruin sententiis judicare deheatis, non suhire rertainen. P. L., t. i, col. 503. Or, dans la i" session, Nestorius fut condamné par les Pères : coacti per sacros canones et epistolani sanctissimi Patris nostri et comministri Ro- manx urbis episcopi, ad luguhreni hanc contra cum sententiam venimus. Har- douin, op. cit., t. I, col. 1421. (H. L.) CONCILES - I — 4 50 INTRODUCTION xai oauoTaxou àp7i£-',a-y.i7ïou tyjç 'Pw;xa«ov £xxX"/;a-iaç KîasctCvcu) et placé en tête de tous les autres membres ^. Ce fut donc en cette qualité de président que Cyrille prit, le 24 juin 431, toutes les mesures nécessaires pour la tenue de la i*"® session, à laquelle le comte n'as- sista pas. Cyrille dirigea également la discussion soit en personne soit par l'entremise d'un de ses prêtres, Pierre, qu'il désigna comme primicerius notarioî'um '^. De même Cyrille signa avant tous les autres évêques les actes de la i" session et la sentence de déposition prononcée contre Nestorius ^. Après la clôture de cette session, le comte Candidien se déclara ouvertement l'adversaire du concile, et le protecteur du parti d'An- [37 tioche, qui tint un conciliabule particulier sous la direction de Jean d'Antioche *. Cyrille fixa alors au 10 juillet 431 l'ouverture de la II" session, il la présida et le procès-verbal le désigne en- core comme le représentant de Rome. A cette ii" session assistèrent également les légats du pape que nous avons déjà cités (qui n'avaient pu arriver pour la première); ils exercèrent la présidence du concile conjointement avec Cyrille et ce dernier continua à être désigné dans les procès-verbaux des sessions suivantes comme représentant du pape. Pour la signature, Cyrille vient en tête, après lui les autres membres se succèdent dans l'ordre suivant : le légat Arcadius, Juvé- nal de Jérusalem, le deuxième légat Projectus, l'évêque Flavien de Philippes, et enfin le troisième légat le prêtre Philippe ^. En outre, tous les documents anciens sont unanimes à témoigner que Cyrille exerça la présidence au nom du pape Célestin. Evagrius dit en effet 6 : « Comme on supposait que les Orientaux (d'Antioche) ne pourraient pas venir ou arriveraient trop tard, les évêques présents (à la i*'*^ session) décidèrent que Cyrille représenterait le pape Célestin de Rome. » Le pape Vigile écrit dans son Constitutum au 1. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1123; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1353. 2. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1127, 1207, 1211; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1355, 1419, 1422. 3. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1211; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1423. 4. L'intervention de ce personnage à ce moment s'explique par son arrivée tardive à Éphèse, le 26 ou le 27 juin, quatre ou cinq jours après la clôture de la i'"c session. Le conciliabule en question se tint dans une chambre de l'hôtel- lerie dans laquelle était descendu Jean d'Antioche, il s'ouvrit en présence du comte Candidien. (H. L.) 5. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1363; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1527. 6. Evagrius, Hist. eccles., 1. I, c. iv, P. G., t. lxxxi, coi. 242S sq. V. PRKSIDEXCE DES CONCILES 51 sujet du concile d'Ephèsc * : in qiia in legatis suis atque vicariis, idest, beatissimo Cijrillo Alexandrinie uj-bis episcopo, Arcadio et Projecto episcopis et PInlippo presbytei-o, beatissimus Cielestinus papa senioris Roniiv noscitur prœsedisse. L'évêque Mansuetus de Milan exprime le même avis dans la lettre qu'il écrivit en 679 à l'empereur Constantin Pogonat : Ubi sanctœ memoriit' Ci/rillns Alexandrinu' Ecclesiie prsesul auctoritate Sedis apostolicie prœditus capiil e.vstitit 2. Dans d'autres documents on désigne indistinctement le pape Célestin et Cyrille comme prési- dents du IIl" concile œcuménique; c'est ainsi que l'on trouve dans les actes du IV*^ concile œcuménique cette déclaration importante : (»)piTlJ.£va ïrJ. T^ç ';:^(ji-Tiq 'E^psjixx^:; ffUvôBou, r^q y.aOYîyYjtal YôYOvaaiv h [Aay.ap'.wTaTCç KsXscrTfvo;. z xr^q 7.~o<;xo\vA%q /.aôeopaç 7;pci£cpoç, y.ai i;.a7.apwo-aTOç K'JpO.Xoç /.. -.. A. ^. Et aussi -^^ ■q'^(z\j.bvzq oi h(iô)-o!.zo'. KôXecj- [38] Tîvsr y.y.l Kjpù.Koç ^. C'est également ce que rapportent l'empereur Marcien et les évêques arméniens dans la lettre qu'ils écrivirent au VIII® siècle à l'empereur Léon ^. En face de ces témoignages anciens, l'opinion qui prétend que Cyrille occupa la présidence en sa qualité de patriarche d'Alexandrie, nous paraît bien difficile à soutenir. 7° Si nous passons maintenant au IP concile œcuménique, nous ne contestons pas le moins du inonde que ni le pape Damase ni ses légats n'y exercèrent la présidence. On sait, en effet, que ce con- cile ne fut pas tout d'abord considéré comme œcuménique, mais comme un concile général de l'Eglise d'Orient. Au début de ce concile, l'archevêque d'Alexandrie n'étant pas encore arrivé, ce fut l'archevêque Mélèce d'Antioche, le premier de tous les évêques pré- sents, qui prit la présidence. Mais après la mort de Mélèce survenue dès le début et après l'arrivée de l'archevêque d'Alexandrie, le con- cile fut présidé non par ce dernier, mais par l'archevêque de Cons- tantinople, Grégoire de Nazianze, puis, après la démission de Gré- goire, par son successeur Nectaire ; le concile avait en effet décidé dans son 3'" canon que l'évoque de la nouvelle Rome (Constantinople) occuperait le premier rang immédiatement après celui de la Rome antique. 8" On ne peut résoudre sans de grosses difficultés la question de 1. Mansi, op. cit , t. ix, col. 62 ; Ilardouin, 0/). cit., t. m, col. 10. 2. Mansi, op. cit., t. xi, col. 204; Hardouin, op. cit., I. m, col. 1052. 3. Mansi, op. cit., t. vu, col. 6 ; Hardouin, op. cit., t. 11, col. 401. 4. Mansi, op. cit., t. vu, col. 109 ; Hardouin, op. cit., t. 11, col. 451. 5. Mansi, op. cit., t. vu. col. 588 ; Hardouin, op. cit., t. 11, col. 472. 52 INTRODUCTION la présidence au P'" concile œcuménique de Nicée ; nos adversaires ont employé des subtilités de toutes sortes et mis en avant les con- jectures les plus hasardées pour enlever au pape tout au moins la présidence de ce concile. On a voulu avant tout démontrer que l'empereur lui-même fut le président du concile, attendu qu'il ouvrit par un discours solennel les piincipaux débats, qu'il assista cons- tamment aux sessions et y occupa la place d'honneur. Cependant Eusèbe, qui fut témoin oculaire du concile et rendit si entièrement hommage à l'empereur, rapporte clairement : « Après cela (c'est-à- dire après le discours d'ouverture) l'empereur céda la parole aux présidents du concile (jzxpzoicou -bv AÔy^v Toîq auvôBcu "Kpziipoiç) *. » Il en résulte que Constantin, de même que Marcicn dans la vi" session du concile de Chalcédoine 2, ne fut qu'un président d'honneur; et qu'il laissa la conduite des discussions essentiellement théologiques aux présidents ecclésiastiques du concile. [39J Les preuves suivantes viennent encore renforcer le témoignage d'Eusèbe, témoin oculaire : a) Les actes du concile de Nicée, tout au moins ceux que nous possédons, portent les signatures des évêques, mais non celle de l'empereur ^. D'après d'autres rensei- gnements, Constantin signa les actes, mais après tous les évêques "*, et ce fait prouve qu'il ne se considérait pas lui-même, à proprement parler, comme président du concile, b) En outre l'empereur ne fut pas présent lors de l'ouverture du synode et cependant le >, oncile devait, lorsqu'il arriva, avoir déjà ses présidents. C'est ce qu'indi- que la courte phrase d'Eusèbe : zapsoBou... -zciq -rpoicpoiç, c'est-à-dire « aux présidents qui avaient déjà conduit les discussions anté- rieures », il laissa le soin de diriger les suivantes, c) Lorsqu'on lui adressa plusieurs écrits des évêques qui se plaignaient les uns dos autres, il les fit brûler et déclara : « qu'il ne lui appartenait pas de décider sur des prêtres ^. » d) Rappelons enfin les paroles de l'empereur que nous avons citées plus haut : « Je suis évèque pour les affaires extérieures de l'Église, » paroles qui sont absolument 1. Eusèbe, De vita Constantirii, I. III, c. xiii, P. G., t. xx, col. 1069. 2. Voir plus haut, p. 45 sq. 3. Mansi, Concil. ampliss. collect., t. 11, col. 692 sq. ; Ilardouin, Collect. concil. t. I, p. 311. Cette question sera reprise avec plus de détails en faisant l'histoire du concile de Nicée. 4. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 188, 488 sq, ; Ilardouin, op. cit., t. v, col. 921 sq., 1106. 5. Sozomène, Hist. eccles., I. I, c. xvii, P. C, t. lxvii, col. 912 sq. V. PRÉSIDENCE DES CONCILES 53 conformes à l'opinion que nous avons de la situation qu'il occupa au concile de Nicée. Quel fut alors véritablement le président du concile? Plusieurs historiens déclarent que ce dut être l'cvèque qui était assis immé- diatement à la droite de l'empereur et qui le salua par un discours- comme le rapporte Eusèbe ^, lorsqu'il fit son entrée dans l'assemblée ; mais en premier lieu il dut y avoir plusieurs présidents comme l'in- dique le pluriel i:poéopoiç et deuxièmement on n'a pu découvrir avec- certitude quel fut celui qui adressa la parole à l'empereur. D'après le tif/e du chapitre ii du livre III de la l'ila Constantini d'Eusèbe et d'après Sozomène 2, cet orateur aurait été Eusèbe l'historien lui- njême ; or comme il n'était titulaire d'aucun siège apostolique, et n'était pas compris au nombre des patriarches, il est absolument impossible qu'il ait exercé la présidence. 11 ne faudrait pas non plus, conclure comme l'ont fait les Centuriateurs de Magdebourgqu'Eusèbe [40] occupait la place du président parce qu'il se trouvait assis le premier du côté droit, le président en efl'et s'asseyait habituellement au milieu et non pas sur les côtés, et il est très vraisemblable de penser que les patriarches présents (nous les nommons ainsi bien que ce titre ne fût pas encore en usage à cette époque) ou leurs représentants- s assirent au centre, à côté de l'empereur, et qu'Eusèbe commença le rang des métropolitains assis du côté droit. Il est plus difficile de prouver que la présidence ne fut pas exercée par Eustathe d'Antiochc, auipiel Théodoret "^attribue le discours qui fut adressé à l'empereur. Ce fut en efiet l'un des principaux patriar- ches du concile, et un de ses successeurs, Jean d'Antioche,. dans une lettre adressée à Proclus, lui donne le titre de « premier des Pères de Nicée » ; la chronique de Nicéphore s'exprime égale- ment à son sujet de la même manière *. Cependant si on voulait le considère!- comme le président unique du concile de Nicée, il reste- rait à expliquer d'un côté le pluriel (-of- TrpoÉopstç) employé par Eusèbe, et d'un autre côté pour(|uoi le patriarche d'Alexandrie n'eut pas la préséance sur celui d'Antiochc. En outre on peut lire dans la lettre que le concile môme de Nicée écrivit à l'Église d'Alexan- 1. Eusèbe, De vita Constantini, 1. III, c. xi, P. G., t. xx, col. 1065. 2. So/omène, IJist. eccles., I. I, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 917. 3. Tliéodoret, Ilist, eccles., 1. I, c. vu, f. G , t. lxxxii, col. 'J17. 4. Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. eccles., Bruxelles, 1732, t. vi, . 272. 54 INTRODUCTION drie '^ : « Votre évêque Alexandre vous donnera de plus amples ren- seignements sur les décrets du concile, car il a été l'un des guides (xupicç) et l'un des collaborateurs (xcivwvoç) pour tout ce qui s'est fait. » On pourrait en conclure avec Schrockh ^ et d'autres histo- riens, qu'Alexandre et Eustathe furent tous les deux présidents et que ce sont eux qu'Eusèbe désigne comme rposopci ^. Toutefois, même en faisant abstraction de l'explication que l'on pourrait donner, que le terme y,ùpioç ne désigne qu'un membre influent du concile et non pas le président lui-même, les suppositions de Schrockh sont en contradiction avec les déclarations formel- les de Gélase de Cyzique qui, au v^ siècle, publia une histoire du concile de Nicée : Osius, rapporte-t-il, fut le représentant de l'évêque de Rome et assista au concile de Nicée avec les deux prêtres romains Vite et Vincent '^. Mais Gélase, dit-on ^, inséra cette phrase au milieu d'un long passage emprunté à Eusèbe, et en quelque [41] sorte comme s'il l'avait emprunté également à cet historien'; et comme ces termes ne se trouvent pas dans Eusèbe, on peut les con- sidérer comme une pure invention. En réponse à cette objection, nous ferons remarquer que Gélase n'a pas copié servilement l'ou- vrage d'Eusèbe, mais qu'il y a fait des additions et y a intercalé çà et là des notices dont il a eu connaissance de diverses manières. C'est ainsi qu'après le passage qui concerne Osius il a inséré un 1. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 96. 2. Schrockh, Kirchengeschiclite, part. V, p. 335. 3. Il ne peut être question ici des évêques de Jérusalem et de Constantinople, car ils ne furent élevés que plus tard à la dignité de patriarches. 4. Gelasius, Volumen actorum concil. Nie, 1. II, c. v, dans Mansi, op. cit., t. II, col. 806; Hardouin, op. cit., t. i, col. 375, 5. A. G. Eriiesli et P. C. Grenz, Disputalio qua Ilosius concilio Nicxno non prsesedisse ostenditur, in-4, Lipsiœ, 1758 ; cf. O. Seeck, Untersuchungen zur Geschichte des nicànischen Konzils, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte,lS91, t. xvii, p. 1-71, 319-362 ; Patriim Nicxnorum nomina, édit. H. Gelzer, H. Hil- genfeld, O. Cunlz, in-12, Leipzig, 1898. On trouvera deux autres catalogues des Pères de r\icée, d'après le ms. Vatic. 1319 et le ms. Vatic. Reg. 1997 dans Ecclesise occidentalis monumenta juris antiqua, édit. C. H. Turner, in-4, Oxonii, 1904, t. I, fasc. 2, p. 97-101. Loofs, dans lieal-encyklopàdie fur protestant. Théologie und Kirche (de A. Hauck), t. viii, p. 378, estime insoutenable l'opi- nion qui veut que Osius ait présidé le concile en vertu de la délégation du pape ; c'est la désignation de l'empereur qui lui aurait valu cette distinction. Les éléments de solution qu'on apporte, de part et d'autre, nous paraissent laisser la question insoluble. H. Leclercq, L Espagne chrétienne, in-12, Paris, 1905, p. 96. (H. L.) V. PRESIDENCE DES CONCILES 55 [42] renseignement particulier sur l'évèque dcByzancc, et que, plus loin, dans le même chapitre, il a changé en « trois cents et plus « le nombre de 250 cvèqucs donné par Eusèbe, et cela sans indiquer le moins du monde, qu'il ne copie pas littéralement le texte d'Eusèbe.> Nous sommes donc autorisés à supposer que, pour le passage con- cernant Osius, Gélase a intercalé sans aucun scrupule dans le texte d'Eusèbe un renseignement puisé à une autre source, mais qu'il n'a nullement mal compris cet auteur. Baronius et d'autres historiens catholiques s'en rapportant à Gélase accordent à Osius l'honneur de la présidence, attendu qu'il était le représentant du pape; et ils s'appuient pour soutenir cette opinion sur plusieurs autres autorités ^. Saint Athanaseen particulier s'exprime ainsi sur Osius : rrctaç yàs cj 7.a0'^Yr,caTC. « Quel synode n'a- t-ilpasprésidé -n? Théodoret parle tout à fait de la même manière ^ : xciaç vàp z'jy Ti-rqax'o (TuvcSo'j. Et toujours au sujet de la présidence d'Osius au concile, Socrate * voulant faire connaître la liste des membres les plus importants du concile de Nicée les place dans l'ordre suivant : Osius, évêque de Cordoue ; Vite et Vincent, prêtres de Rome; Alexandre, évêque d'Alexandrie; Eustathe, évêque d'An- tioche; Macaire, évêque de Jérusalem. « On voit qu'il suit l'ordre de prééminence; il n'aurait donc jamais placé un simple évêque espagnol avant les grands patriarches de TOrient, si Osius n'avait pas tenu la place de celui qui devait marcher le premier des patriar- ches ^. L'examen des signatures du concile de Nicée nous conduit encore à la même conclusion. Il est incontestable que les différents manuscrits présentent des variantes au sujet de ces signatures et que certains, 1. Baronius, Annales, ad ann. 325, n. 20, iu-4, Barri Ducis, 1865, t. iv, p. 113. 2. Saint Allianase, Apologia de fuga, c. v, P. G., t.xxv, col. 601. 3. Théodoret, fJist. eccles., 1. II, c. xv, P. G., t. lxxxii, col. 1041 sq. 4. Socrate, IJist. eccles., 1. I, c. xiii, P. G., t. i.xvii, col. 105 sq. 5. On pourrait objecter que Socrate nomme encore après Macaire de Jérusa- lem l'évèque de Cynopolis (en Egypte) et que cependant cet évèché ne possède pas un rang supérieur aux autres. A cela les Ballerini font remarquer à juste titre que Socrate, après avoir parlé en premier lieu des représentants des sièges patriarcaux, n'a voulu désigner nominalement qu'un seul évêque pris parmi tous les autres (comme antesignanus reliqui] et qu'il a choisi celui qui sur sa liste des signatures du concile figure le premier, aussitôt après l'évèque d'Alexandrie. Voir Balleiini, De antiq. collect., etc., dans Gallandi, De vetustis canonum collectionibus^ I. i, p. 256. 56 INTRODUCTION comme Tillemont l'a clairement démontré ^, sont fautifs et trahis- sent de graves omissions; on ne peut néanmoins nier l'importance significative de ce fait; c'est que dans tous les exemplaires, sans en excepter un seul, Osius et les deux prêtres romains ont toujours signé les premiers, et, après eux seulement, le patriarche Alexandre d'Alexandrie, etc. Il en est ainsi dans les deux listes de signatures données par Mansi ^ et dans les deux autres données par Gélase ^. Dans ces deux dernières, Osius signe explicitement au nom de rÉglise de Rome, des Eglises d'Italie, d'Espagne et des autres pays d'Occident; les deux prêtres romains ne paraissent être là que pour lui faire cortège. Dans les deux autres listes, au contraire, rien n'indique qu'Osius ait agi au nom du pape, tandis qu'on a soin de le spécifier pour les deux prêtres, et ce fait n'est pas aussi surprenant qu'il pourrait le paraître à première vue : il était néces- saire d'indiquer pour quel motif les prêtres avaient signé, car ils ne possédaient pas par eux-mêmes le droit de signature. Pour Osius au contraire qui était évêque, cette déclaration n'était pas nécessaire. Schrockh soutient '' qu'Osius a eu l'honneur de signer le pre- mier à cause du grand crédit dont il jouissait près de l'empereur ^, mais il est certainement plus que risqué de prétendre que les évéques ont signé d'après l'échelle de leur crédit, et s'il en avait été ainsi, le nom d'Eusèbe de Césarée figurerait certainement iparmi les pre- miers. Il est donc de la plus haute importance, pour arriver à décou- vrir la vérité, de rechercher dans quel ordre les signatures ont été données. L'étude des listes fait ressortir clairement que les signa- tures ont été données par provinces : le métropolitain d'une première L'*'^] province signa le premier et, après lui, ses suffragants; le métro- politain d'une deuxième province signa ensuite, suivi également de ses suffragants, et ainsi des autres. En ce qui concerne les provinces 1. Tillemont, op. cit., t. vi, p. 355. 2. Mansi, op. cit., t. ii, col. 692, 697; Hai-douin, o/j. cit., t. i.^ col. 311. 3. Dans Mansi, op. cit., t. ii, col. 882, 927 ; Hardoiiin, op. cit., t. i, col. 423. 451. De ce que nous avons dit plus haut il i-essort que Socrale a aussi consulté une liste semblable sur laquelle Osius et les prêtres romains figurent les pre- miers. Nous ajouterons que ces listes, les grandes en particulier que l'on trouve le plus habituellement rédigées en latin (Mansi, op. cit., t. u, col. 692 sq. ; Har- douin, op. cit., t. i, col. 311 sq.), contiennent il est vrai plusieurs inexactitudes de détail, mais qu'elles sont cependant sans aucun doute authentiques quant à l'ensemble. Voir Balierini, loc. cit., p. 254 sq. 4. Schrockh, op. cit., p. 336. 5. H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, p. 91. V. PHKSlDl.NCIi: DES CONCILES 57 elles-mêmes on parait n'avoir suivi aucun ordre régulier; la province d'Alexandrie vint en premier lieu, puis la Thébaïde, la Lybie, la Palestine, la Phénicie et, après celle-ci seulement, la province d'An- tioche, etc. Chaque groupe de signatures fut toujours précédé très visiblement du nom de la province, et cette indication lait défaut pour la signature d'Osius et des deux prêtres i-omains. Ils signèrent les premiers et sans désignation de diocèse. On pourrait peut-être objecter que le concile, se composant surtout d'évèqucs grecs, voulut faire 1 honneur aux évêques de l'Occident de les laisser signer les premiers, mais cette objection n'est pas fondée, car, à la fin des listes de signatures, on remarque encore les noms des représentants de deux provinces ecclésiastiques de l'Eglise latine. La Gaule et l'Alri- (|ue ayant ét('' placées en dernier lieu, on aurait bien certainement mis l'Espagne à côté d'elles, si Osius n'avait été que le représentant de cette province et s'il n'avait assisté au concile pourvu d'une dignité bien supérieure. On peut encore conclure de ce que la signature d'Osius et celle des deux prêtres ne fut précédée d^aucune indication de province, qu'ils ne siégèrent pas comme représentants d'une Eglise particulière, mais bien comme présidents du concile, et nous sommes amenés à les considérer comme étant en réalité les Tzpôtcpoi dont parle Eusèbe. L'analogie avec les autres conciles œcu- méniques est une preuve de plus de la réalité de leur présidence, en particulier au concile d'Ephèse l'évêque très célèbre Cyrille d'Alexandi'ie (de même qu'Osius cette fois-ci) siégea en qualité de légat du pape avant tous les autres légats venus d'Italie. Il serait superflu, dans la question qui nous occupe, de parler des conciles œcuméniques qui vinrent après les huit premiers, car il est absolument certain que les papes ou leurs légats y exercèrent la |)r('sidence. Nous terminerons donc l'examen de ce sujet en faisant remarcpier que si les empereurs et les rois ont occupé la présidence dans certains conciles nationaux (comme, par exemple, Charlemagne au concile de Francfort en 794 ^ et le roi Cenulf, en 799, au concile de lîecanceld, en Angleterre -), ou bien ils n'exercèrent en réalité ({u'uue présidence honoraire, ou bien les assemblées dont il s'agit ne s'occupèrent comme concilia mixta (pie des intérêts de l'État ou des citoyens. Nous trouvons cependant une dérogation à la règle observée 1. Miuisi, op. cit., t. XIII, col. 861 ; Hiirdouin, op. cit., t. iv, col. 865. 2. Mausi, op. cit., t. xiii, col. 1024 ; Hardouiti, op. cit., t. iv, col. 925. 58 INTRODUCTION généralement pour la présidence des conciles œcuméniques; ce fut au Brigandage d'Éphèse dont nous avons déjà parlé et qui eut lieu en 449; nous devons en faire ici mention, car on a voulu au début [44] le classer parmi les conciles œcuméniques. Nous avons déjà dit que la présidence de ce concile fut refusée aux légats du pape, et que, par la volonté de l'empereur Théodose II qui avait été circonvenu, elle fut déférée à Dioscore d'Alexandrie ^. Mais la profonde sensation que provoqua cette mesure, et la déclaration que firent plus tard à Chalcédoine les légats du pape faisant connaître que ce synode n'était pas valable, démontrent que c'est le cas d'appliquer h cette exception l'axiome connu : exceptio firmat regulam. VI. Ratification des décrets conciliaires. Les décrets des anciens conciles œcuméniques furent ratifiés par les empereurs et les papes; ceux des conciles postérieurs ne le furent que par les papes. En ce qui concerne l'approbation donnée par les empereurs, voici quels sont les faits positifs : 1° Constantin le Grand approuva solennellement le symbole de Nicée aussitôt après qu'il eût été formulé par le concile et menaça de l'exil quiconque ne voudrait pas le souscrire ^. A la fin du con- 1. Mansi, op. cit., t. vi, col. 600 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 80. 2. La ratificalion ou confirmation est un acte juridique en vertu duquel un acte légitime et valable, mais en soi incomplet et provisoire, reçoit la force et la stabilité définitives. La confirmation, lorsqu'elle s'exerce en matière de con- cile œcuménique, donne aux canons qu'elle vise la valeur de décrets souverains et universels. La confirmation peut prei.dre différents qualificatifs suivant le cas. Elle est dite subséquente quand elle valide des décrets formulés antérieu- rement, cojno?7iitarite quand elle se produit au fur et à mesure que les décrets sont formulés, antécédente quand elle s'exerce sur des décrets dont elle a diclé le sens ou la formule. Cette confirmation proprement dite est celle dont nous avons à nous occuper dans l'histoire des conciles. Ce n'est donc que pour mé- moire qu'on rappelle ici la confirmation d'acquiescement qui n'est que la sou- mission a-^ec laquelle les décrets conciliaires sont reçus par ceux qu'ils obligent, et la confirmation matérielle consistant dans les mesures prises pour assurer l'exécution des dccretb des conciles. La question de la confirmation ne se pose pas pour les conciles œcuméniques auxquels le pape assiste en personne ; mais tel n'est pas le cas pour ceux auxquels il ne participe que dans la personne de ses délégués. Un groupe important de théologiens et de canonistes a soutenu qu'en paiei! cas un acte de confirmation subséquente est rigoureusement indis- VI. RATIFICATION DES DÉCRETS CONCILIAIRES 5$^ cile il décida que les décrets de l'assemblée seraient considérés comme lois de l'Empire, il les déclara inspirés de Dieu et exigea par plusieurs édits, qui existent encore en partie, qu'ils fussent fidèlement observés par tous ses sujets ^. 2" II est éeralement certain que le II® concile œcuménique sollicita explicitement l'approbation de l'empereur Théodose le Grand ^ et celui-ci répondit au vœu de l'assemblée par un édit du 30 juillet 381*. 3" L'approbation impériale fut donnée dans des circonstances particulières au IIP concile œcuménique d'Ephèse. L'empereur Théodose II s'était tout d'abord rangé du côté des antagonistes, mais, peu à peu, son opinion se modifia et il reconnut que la par- tie orthodoxe des évêques réunis à Éphèse formait le véritable synode ^. Cependant il ne ratifia pas tout d'abord les décrets du [45] concile parce qu'il ne voulut pas reconnaître et approuver la dépo- sition et l'exclusion prononcées contre le parti d'Antioche ^. Mais plus tard lorsque Cyrille et Jean d'x\ntioche se furent entendus, et que le parti d'Antioche eut, lui aussi, reconnu le concile d'Ephèse, pensable. Un deuxième groupe estime que cette confirmation peut être suppléée par la conformité des décrets conciliaires aux instructions préalables du pape ou par la présence de délégués pontificaux veillant à l'exécution ponctuelle des instructions pontificales. Les partisans de celle thèse ajoutent que néanmoins la confirmation subséquente a été, en fait, donnée aux conciles. Ici, nouvelle division. Suivant les uns (Pesch, Piwlect. dogmatic^, in-8, Freiburg, 1894, t. I, p. 2701, le le' elle 111° concile auraient obtenu cette confirmation ; selon d'autres (Palmier!', Tractât, de rom. pontifice, in-8, Prato, 1891, p. 618), les conciles l", IP, IV% \^, VI% VHP auraient bénéficié de cette confirmation. M. F. X. Funk, Kirchengeschichtliche Ahhandlu/igen u/id Untorsuchungen, in-8, Paderborn, 1897, t. i, p. 87-121, partage l'opinion du deuxième groupe de théo- logiens, sur la question de droit ; en ce qui concerne la confirmation papale subséquente pour les huit premiers conciles, il n'admet pas qu'on en puisse donner les preuves historiques. (H. L.) 1. Rufin, IJist. eccics., 1. I, c. v, P. L., t. xxi, col 471 ; Socrato, Ilist. eccles.. 1. I, c. IX, P. G., t. Lxvii, col 77. 2. Eusèbe, De vita Constantini, 1. III, c. xvii-xix, P. G., t. xx, col. 1073- 1077 ; Socratc, Ilist. eccics., 1. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 77 ; Géla^^e, Volu- me/i actor. concil. Nie, 1. II, c. xxxvi, dans Mansi, op. cit., t. ii, col. 919 ,• Har- douin, op. cit., t. i, col. 445. 3. Mansi, op. cit., t. m, col. 558; Hardouin, op. cit., t. i^ col. 807. 4. Cod. T/iéodos., lib. III, De fide cathoL, tit. vi, 1. 9 ; Socrale, Ilist. eccles.., 1. Y, c. VIII, P. G., t. LXVII, col. 576 sq., avec les notes de Valois. 5. Mansi, op. cit., t. v, col. 255, 659 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1667. 6. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1465; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1615. 60 INTRODUCTION l'enipereur fit connaître par un décret spécial cette œuvre de paix, menaça les perturbateurs, et en exilant Nestorius, ainsi qu'en ordonnant de brûler tous les écrits des nestoriens, approuva la déci- sion principale rendue par le concile ^. 4° L'empereur Marcien ratifia par quatre édits, rendus les 7 février, 13 mars, 6 et 28 juillet 452, les décrets dogmatiques et les autres décisions du IV" concile œcuménique de Chalcédoine ^. 5° On connaît les rapports étroits qui existèrent entre le V" con- cile œcuménique et l'empereur Justinien. Ce concile exécuta les ordres de l'empereur et sanctionna tout ce que ce dernier avait jugé et proclamé nécessaire ; il se plia même si docilement aux volontés du souverain que le pape Vigile ne voulut avoir aucun rapport avec lui. Justinien affirma son approbation des décrets du concile en l'envoyant porter par un fonctionnaire pendant la VIP session, il se donna en outre beaucoup de peine pour décider le pape Vigile à reconnaître ce concile. 6" L'empereur Constantin Pogonat ratifia les décrets du VP con- cile œcuménique en les signant; il les approuva une fois de plus par un édit particulier et très détaillé ^. 7° Dans la dernière session du VIP concile œcuménique, l'impé- ratrice Irène et son fils signèrent les décrets des sessions antérieures et leur donnèrent ainsi l'approbation impériale *. On ignore si l'im- pératrice publia dans ce but un édit particulier. 8" L'empereur Basile le Macédonien signa également avec ses fils les actes du VHP concile œcuménique, sa signature suivit immédia- tement celles des patriarches et précéda celles des autres évèques, il ratifia en outre les décrets du concile par un édit particulier, en [461 870 ^ On ne possède pas des renseignements aussi certains au sujet de 1. Mansi, op. cit., t. v, col. 255, 413, 920 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1670, 1715; [G. Hoffmann, Verliandlungea der Kirchenversammlung zu Ephesus, in-4, Kiel, 1873 ; Pcrry, An ancient syriac document purporting to be the record in its chiefs features, of the second synode of Ephesus, in-8, Oxford, 1867, p. 238- 246. (H. L.)] 2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 475, 478, 498, 502 ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 659, 662. 675 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xi, col. 698, 909 ; Hardouin, op. cit., t. iir, col. 1446, 1633, 4. Mansi, op. cit., t. xiir, col. 414, 415 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 483, 486. 5. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 202; Hardouin, op. cit., t. v, col. 935. VI, nATlFICATION DKS DRCUKIS COXCILIAIUK S 61 Tapprobation par les papes des décrets de ces huit premiers con- ciles œcuméniques. 1" Nous trouvons tout d'abord que les représentants du pape, Osius, Vite et Vincent, signèrent, avant tous les autres évèques, les actes des conciles de Nicée. Cinq documents <|ni datent du vi" siècle parlent en outre d'une approbation bien plus solennelle de ces actes par le pape Silvestre et par un synode romain composé de 275 évèques. Nous montrerons ultérieurement, en écrivant l'histoire du concile de Nicée, que ces documents ne sont pas authentiques ; nous pensons cependant que l'on doit regarder comme tout à fait vraisemblable que le concile de Nicée fut reconnu et approuvé par un acte particulier du pape Silvestre et non pas seulement par la sisfnature de ses légats. En effet: a) Il est certain que le IV" concile œcuménique regarda, ainsi que nous le verrons bientôt, l'approbation du pape comme abso- lument nécessaire pour assurer la valeur de ces décrets et on n'a aucun motif de croire que ce principe fut une nouveauté et qu'il n'était pas déjà connu et observé à l'époque du concile de Nicée "•. b) En outre, en 485, un synode composé de plus de quarante évè- ques venus des diverses contrées de l'Italie, déclara avec la plus grande précision et contrairement à l'avis des Grecs : « que les 318 évèques de Nicée confirmationem rerum nt!] La question avait été depuis longtemps l'objet de discussions longues et acharnées. Les ultramontains s'appuyaient sur ce fait qu'au V® concile de Latran ^ le pape Léon X avait solennelle- ment proclamé, sans soulever la moindre opposition dans le synode, c[ue l'autorité du pape s'étendait super omiiia concilia *. A cela les gallicans iépli([uent : a) Le pape a, il est vrai, fait lire dans le concile sans soulever d'opposition un document qui contient cette phrase, mais le concile n'a pris aucune décision for- melle, et ne s'est prononcé ni formellement ni solennellement à ce sujet, b) Le pape a fiiit cette déclaration seulement par manière d'argumentation et non de définition (pour s'en servir comme d une preuve, mais sans la donner comme une thèse générale), et c) il est douteux que le V concile de Latran doive être considéré comme un concile œcuménique ^. Plusieurs estiment en outre que le pape Martin V ratifia le décret du concile de Constance établissant la supériorité du concile œcuménique sur le pape ^ et qu'Eugène IV approuva également le concile de Bâle faisant une déclaration iden- tique. Mais il y a lieu de remarquer que les principaux arguments sur lesquels s'appuient les gallicans sont précisément regardés par d'autres comme une preuve du contraire et que les deux papes n'ont ratifié que certains décrets des conciles, laissant de côté la question de saperioritate concilii. Examinons tranquillement la question. En ce qui concerne le pape Martin V, ce pontife a déclaré dans la dernière session du concile de Constance : Quod omnia et singula determinata, conclusa et décréta in materia fidei per praesens sacrum concilium générale Constantiense conciliariter, tenere et inviolahiliter ohservare volehat, et nunquam contravenire quoquomodo ; ipsaque sic ria ecclesiastica, iu-fol., Yenotiis, 1778, t.ix, p. 286-339, 446-452, Dissert. IV ad saecul. xv. 1. L. Ferraris, Biblioth. canonica, au mot Concilium, art. 1, u. 85, 88. 2. Nat. Alexander, op. cit., t. ix, p. 339-363, cf. p. 470 sq. 3. Session xi^ î. Hardouin, op. cit., t. ix, col. 1828. 5. Ellies du Pin, loc. cit. ; Nat. Alexander, op. cit., t. ix, p. 439. 6. Mansi, op. cit., t. xxvii, col. 1201 ; Hardouin, op. cit., t. viii, col. 899. 70 INTRODUCTION conciliariter fada approhat et ralificat, et non aliter nec alio modo ^. L'avocat fiscal et consistorial, Augustin de Pise, fait également en son nom la même déclaration. On a jusqu'ici entendu généralement ainsi ces paroles du pape. En ce qui concerne les arrêts du concile de Constance ^^ il a voulu marquer son approbation donnée à certaines conclusions et refusée à d'autres. Parmi les décrets du concile il ne reconnaît que ceux qui avaient été faits in mate- [52] riis fidei et sans contredit conciliariter (et non pas tnmultua- riter, comme les décrets des me, iv® et v® sessions s'occupant de la supériorité du concile œcuménique sur le pape). Nous démon- trerons dans le vu® volume de cette Histoire des conciles"^ que la déclaration du pape Martin V s'appliquait spécialement à la question de Falkenberg qui fut traitée au concile de Constance. Ce qui fut décidé in materiis fidei non sur des votes exprimés par nation, nationaliter ; mais en la forme conciliaire, conciliariter, fut re- connu par le pape. Le pape put ainsi vouloir dire, qu'il refusait de ratifier les décrets du concile qui ne concernaient pas les affaires de la foi; il avait en effet déjà retiré son approbation aux décrets de réforme de la xxxix" session, laissant ainsi maladroitement le sol se dérober sous lui; de même les décrets qui déposèrent Jean XXIII et Benoît XIII et ordonnèrent une nouvelle élection, ne s'occupaient pas de materiis fidei. On peut ajouter que Martin V fit connaître à l'univers, par sa bulle du 22 février 1418, que le concile de Cons- tance était œcuménic[ue et que ce qu'il ordonnait in favorem fidei et salutem animarum devait être scrupuleusement observé *. Il recon- naissait donc ainsi un caractère œcuménique à d'autres décrets qu'à ceux qui avaient été promulgués in materiis fidei. En résumé Martin V déclara que le concile de Constance devait être considéré comme œcu- ménique, mais il se garda bien de donner une entière approbation aux conclusions de ce concile et V expression in favorem fidei et salutem ani- marum dont il se servit paraît avoir un caractère restrictif. Il indiqua ainsi que son approbation ne s'appliquait pas à certains décrets, sans vouloir s'expliquer plus clairement dans l'intérêt de la foi °. i. L. Salembier, Le grand schisme d'Occident, in-12, Paiis, 1900, p. 319, résume la vérité historique sur ce point. (H. L.) 2. Conciliengeschichte, t. vu, p. 368 sq. Cf. B. Hûbler, Die constanzer Refor- mation und die Concordate von 1Û18, in-8, Leipzig, 1867. 3. Conciliengeschichte, t. vu, p. 367. (Ire édition allemande). 4. Mansi, op. cit., t. xxvii, col. 1211 ; Hardouin, op. cit., t. viii, col. 914. 5. Conciliengeschichte, t. vu, p. 372. VII. SITUATION OU PAPE VIS-A-VIS DU CONCILE ŒCUMÉNIQUE 71 En ful-11 de même pour Eugène IV? Dans sa bulle Dudam sa- crum, du 15 décembre 1133, ce pape reconnut, après un lonj;^- conflit, le concile de BTde, qu'antérieurement il avait tenté de dis- soudre et de transférera Bologne. Il appelle ce concile sacrum géné- rale Ba.sileense concilinm [c'csi-k-d'irc œcuménique) et ajoute : decer- nimus et declaramiis, pnv fatum générale concilium Basilecnse a tem- j)ore pnvdictœ inchoationis suce légitime continualum fuisse et esse... [53J ijjsumquc sacrum générale concilium Basileense pure, simpliciter et cum cffectu acomni devotione et favore prosequimur et prosecpii inten- dimus ^. Il en résulte que le pape Eugène reconnut comme absolu- ment régulières toutes les sessions du concile de Bâle qui avaient eu lieu jusqu'à ce moment. Les gallicans ajoutent qu'il reconnut et ratifia également les décrets particuliers rendus à Bâle jusqu'à ce jour et en particulier celui qui traite de la supériorité du concile œcuménique sur le pape -. D'autres, au contraire, et en particulier le savant théologien espagnol Turrecremata, devenu plus tard cardi- nal, qui assista au concile de Bâle, contestent la validité de la bulle Dudam sacrum du 15 décembre 1433 parce que cette bulle fut arra- chée au pape pendant une maladie par les princes qui menacèrent de se séparer de lui s'il ne la promulguait pas. Roncaglia qui soutient la thèse de Turrecremata contre Noël Alexandre ajoute : « Même en admettant que la ratification du concile de Bâle n'ait pas été arrachée au pape, Eugène a simplement reconnu que ce concile était œcumé- nique, mais n'a pas approuvé tous ses décrets particuliers notamment celui qui pose le principe que le pape est soumis au concile œcumé- nique. » D'autres conciles également ont été déclarés œcuméniques sans que cependant certaines conclusions de ces conciles aient été admises, tels par exemple le 28° canon du concile de Chalcédoine •^. Roncaglia s'appuie à ce sujet sur l'autorité de Turrecremata, d'après lequel les membres du concile de Bâle ont sollicité du pape, mais toujours en vain, qu'il reconnut non pas seulement l'existence du con- cile, mais aussi ses décrets; il s'appuie également sur la déclaration suivante qu'Eugène fit explicitement à Florence en sa présence et devant le cardinal Julien Cesarini et d'autres assistants : vVo.v qui- dem bene progressum Concilii approba<,>imus, \>olentes ut procederet ut inceperat; non tamen approhavimus ejus décréta. Il est en outre 1. Mansi, op. cit., t. xxix, col. 78 sq. ; Hardouiii, op. cit., t. viii, col. 1172 sq. 2. Nat. Alexander, Ilistor. eccles.^ t. ix, p. 425. 3. Voir le paragi-aplie précédent. 72 INTRODUCTION incontestable, dit plus loin Roncaglia, qu'Eugène protesta toujours contre la thèse du concile de Bàle déclarant le concile œcumé- nique supérieur au pape et que ses légats n'assistèrent pas à la xvin® session, où cette question (après le rétablissement de la paix avec Eugène) fut encore soulevée. Pour bien nous rendre compte de l'avis et de l'opinion d'Eugène, nous devons encore tenir compte de cette autre déclaration dont le sens est plus étendu. Le 22 juillet il écrivit à ses légats : « De même que mes prédécesseurs ont toujours eu l'habitude de respecter les conciles œcuméniques, de même je reconnais et je respecte les conciles de Constance et de Baie, ce dernier jusqu'à l'époque où j'ai ordonné de le transférer ailleurs (à sa xxv^ session) a bsrjue tamen priejadicio jiiris, dignitatis et praeemi- ["54 1 nentiœ S. Sedis Apostolicœ ^. » Nous constatons enfin qu'Eugène dans la bulle Moyses, du 4 septembre 1439, a formellement rejeté les propositions qui, dans la xxxiii'^ sessiondu concilede Bâle, avaient été élevées à la hauteur d'un dogme et se rapportaient à la supério- rité du concile œcuménique sur le pape, et à l'indissolubilité de ce concile par le Souverain Pontife -, Il semble donc prouvé qu'Eugène n'a jamais voulu approuver la thèse de la supériorité du concile œcuménique sur le pape, que dans sa bulle Dudum sacrum il n'a reconnu et ratifié que re.z7'si!e/îce légitime du concile de Bàle, et cela dans des termes qui paraissent contenir implicitement l'approbation de la thèse contraire. De même que Martin V, il ne voulut pas lui non plus, dans l'intérêt de la paix, se prononcer à ce moment d'une manière plus explicite, se réservant de le faire à une époque plus favorable. Ce sont ces mêmes motifs qui ont dû le guider en 1439 (dans la bulle Moyses) et en 1446 (dans sa lettre aux légats). On voit que de tout ce qui précède on ne peut nullement conclure que deux papes ont proclamé la supériorité du concile œcuménique sur le pape. Du reste, cette question de la situation du pape vis-à-vis du con- cile œcuménique ne peut être traitée en se bornantà l'examen de ces deux idées abstraites : la supériorité ou Vùifériorité, mais on doit bien plutôt la fouiller ex çisceribus rei, et nous pouvons résumer notre opinion de la manière suivante : Un concile œcuménique 1. Rayaaldi, Continuât, annal. Baronii, ad ann. 14^16, n. 3, iu-4^ B*rri-Ducis, 1874, t. XXVIII, p. 460 sq. 2. Ibid.^ ad ann. 14;}9, n. 29, t. xxvin.p. 307 sq. ; Hardouin, op. cit., t. ix, col. 1006 sq. VII, SITUATION DU PAPK VIS-A-VIS DU CONCILE ŒCUMENIQUIC 73 représente 1 Église tout entière. La situation du pape vis-à-vis du concile œcuménique sera donc la môme que celle du pape vis-à-vis de l'Eglise. Or le pape est-il au-dessus ou au-dessous de l'Eglise? Ni l'un ni l'autre; le pape est dans l'Eglise, il appartient nécessai- rement à l'Eglise, il est sa tête et son centre. L'Eglise est un corps, et de même que la tète n'est ni au-dessus ni au-dessous du corps, mais qu'elle en fait partie et qu'elle en est même la partie principale, de même le pape, tête de lEglise, n'est ni au-dessus ni au-dessous d'elle; il n'est donc ni au-dessus ni au-dessous du concile œcuméni- que. De même que l'organisme humain n'est plus un véritable corps, [55J mais un tronc sans vie lorsque la tête a été coupée; de même une assemblée d'évêques, quelque importante qu'elle soit, n'est pas un concile œcuménique si sa tête, c'est-à-dire le pape, en a été détachée. C'est donc mal poser la question que de demander si le pape est au- dessus ou au-dessous du concile œcuménique ^. On peut au contraire se demander à juste titre si le pape peut être déposé par un concile œcuménique ^? De l'avis des conciles de Cons- tance et de Bâle et d après les principes des gallicans, le pape peut être déposé par le concile pour deux motifs principaux : i° ob mores ^ et 2*^ ob fidem ou plus exactement ob lueresim. Mais en fait l'hérésie constitue seule un motif de déposition *, car uu pape héré- tique a cessé de faire partie de l'Eglise, il ne peut donc plus la gou- verner; un pape impudique, au contraire, appartient toujours à l'Eglise (visible) ; on doit le regarder comme un chef coupable et inique, on doit prier pour sa conversion, mais on ne peut le dépo- ser ^. Enfin, il peut arriver que plusieurs prétendants se présentent pour occuper le siège pontifical, sans que l'on puisse savoir exacte- ment quel est le véritable pape ^. Bellarmin dit que dans ce cas il appartient au concile d'examiner les titres de ces prétendants et de 1. Roskovanny, De priinatu romani Puntificis ejusque juribus, iii-8, Augustœ Yindelicorum, 1834, p. 143 ; Romanus Pontifex tainquam primas Ecclesix et princeps civilis e monumentis omnium sseculorum demonstratus. Addita amplis- sima literatura, in-8, Nitrœ, 1867. (II. L.) 2. Walter, Kirchenrecht, 11*- édit., p. 296 sq., 158. 3. Par exemple lienitens, contre le coucile. 4. Bellaimin, De romano pontifice, 1. II, c. xxx ; De conciliis, 1. II, c. xix, ia-fol., Ingolstadii, 1576, l. i, p. 820, 1219 sq. 5. Walter, lac. cit. ; Bellai-min, De conciliis, 1. II, c. xix, 6. N. Valois, La France et le grand schisme d'Occident, 4 vol. ia-8, l'aris, 1896; L. Salembier, Le grand schisme d'Occident^ in-12, Paris, 1900. (H. L.) 74 INTRODUCTION déposer ceux qui ne possèdent pas des titres suffisants (ce fut ce qui arriva au concile de Constance ^),maîs même en agissant ainsi le concile n'a pas l'autorité d'un concile œcuménique, et il n'acquerra cette autorité que lorsque le pape reconnu légitime se sera mis d'accord avec lui. Il est évident qu'il n'est pas question ici de la déposition d'un pape régulièrement élu, mais qu'il s'agit d'un pré- tendant, et même Jean XXIII n'aurait pu être déposé par le concile de Constance conformément aux règles de la justice si a) son élection n'eût pas été douteuse et />) s'il n'eût pas été en même temps soupçonné d'hérésie. Du reste il abdiqua lui-même, et rendit par ce fait sa déposition absolument régulière. Au demeurant et au sujet de toutes les controverses et de tous les procès qui concernent Rome, on ne doit pas perdre de vue la règle formulée au VHP con- cile œcuménique : Si Sj/nodus universalis fuerit congregata, et fada poj fuerit etiam de sancta Romanorum Ecclesia quœvis amhiguitas et controversia, oportet çenerabiliter et cum coiwenienti reçerentia de proposita quœstione sciscitari et solutionem accipere^ aut pfoficer'e, aiit profectum facere, non tamea audacter sententiam dicere contra summos senioris Romx pontifices 2. On voit par toutes ces considérations de quelle importance est pour un concile œcuménique l'approbation du pape. Tant que le pape n'a pas approuvé et ratifié les décrets d'un concile, quelque nombreux qu'aient été ses membres, ces décrets ne peuvent être considérés comme ceux d'un concile œcuménique, car il ne saurait y avoir de concile œcuménique sans union avec le pape. VIII. Infaillibilité des conciles œcuméniques. Cette approbation du Saint-Siège est nécessaire pour attribuer l'infaillibilité aux décisions du concile ; d'après la doctrine catholique cette prérogative n'appartient qu'aux décisions des conciles œcumé- niques et seulement aux décisions inrehus fidei et moriun, et non pas 1. Le 29 mai 1415, le concile, dans la xii' session générale déposa Balthazar Cossa, antipape sous le nom de Jean XXIII. Le 4 juillet 1415, le concile, dans la xiv» session générale, reçut les bulles de démission à lui adressées par Gré- goire XII ; le 26 juillet 1417, dans sa xxxvii" session générale, le concile proclama la déchéance irrévocable de Pierre de Lune, antipape sous le nom de Be- noît XIII. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 174, 406 ; Ilardouîn, op. cit., t. v, col. 909, 1103. VIII. IM AII.LIRILITÉ DES CONCILES ŒCUM iLmQUI: S 75 aux décrets purement disciplinaires, etc.. Cette doctrine de l'Eglise catholique sur linfaiHihilité des conciles œcuméniques repose sur cette conviction puisée dans la sainte Ecriture que le Saint-Espiit guide l'Eglise — par conséquent aussi la représentation de l'Eglise en un concile œcuménique — et la garde de toute erreur ^, que le Christ lui-même demeure avec les siens jusqu'à la consommation des siècles 2 et que les portes de l'enfer ainsi que les puissances de l'er- reur ne prévaudront point contre l'Eglise •^. Les apôtres avaient déjà cette persuasion que le Saint-Esprit guide les conciles œcumé- niques, et ils publiaient les décisions du premier concile, tenu par eux-mêmes, c'est-à-dire du Concile des Apôtres, en se servant de ces mots : Visu m est Spiritui sancto et nobis '^. On a toujours été d'ac- cord dans l'Eglise catholicpie, malgré les faiblesses humaines qui se manifestèrent dans certains conciles, pour considérer comme inlaillibles les arrêts des conciles œcuméniques in rébus fidei et morum, et pour regarder comme hérétiques et séparés de l'Eglise ceux (pii ne se conformaient pas à ces arrêts. Constantin le Grand avait déjà appelé les décrets du concile de Nicée un commande- ment dii>in^ ôïiav ivT:Ar,v ^. Saint Athanase écrit de son côté dans la L'^M lettre qu'il adresse aux évêqucs d'Afrique : « Ce que Dieu a pro- mulgué par le concile de Nicée, demeure éternellement. « En outre saint Ambroise était tellement convaincu de l'infaillibilité du concile œcuménique, qu'il disait : Sequor tractatiini Nicœni con- ciliiy a qiio me ncc mors nec i>ladius poterit separare ^. Le pape Léon le Grand déclare formellement d'autre part que son inter- prétation des deux natures en Jésus-Christ a été dans la suite con- firmée par le irretraclabilis consensus du concile de Chalcédoinc ', et à un autre endroit : Non posse inter catholicos reputari, qui resi- stunt Nicœno çel Chalcedonensi concilio ^. Il dit encore dans cette dernière lettre que les décrets du concile de Chalcédoine ont été formulés instrucnle Spirilu sancto, et que ce sont des décrets divins plutôt cjue des décrets humains. 1. Joa.. XVI, 13, 14, 26. 2. Malth., xxviii, 20. 3. MaUh., XVI, 18. 4. Act., XV, 28. 5. Eusèbc, De vita Constanlini, 1. III, c. xx, P. G., t. xx, col. 1080. 6. S. Ambroise, Epist., xxi, P. L., t. xvi, col. 1048. 7. S. Léon, Epist., cxx, Ad Theodoretum, P. /.., t. i.iv, col. lO'iG. 8. S. Léon, Epist., ci.vi, Ad f.eonem Augustum, P. L., t. i.iv, col. 1127. 76 INTRODUCTION Bellarmiu * et d'autres auteurs citent un grand nombre d'au- tres textes tirés des œuvres des saints Pères qui prouvent que cette croyance à l'inraillibilité des conciles œcuméniques a toujours été celle de l'Église, et nous pou^vons encore à ce sujet nous appuyer sur ce texte de saint Grégoire le Grand : «Je vénère les quatre pre- miers conciles œcuméniques, comme les quatre Evangiles ^. » Bellar- miu -^ et d'autres auteurs ont réfuté avec non moins de force toutes 1. Bellarmin, Disputationes de controvevsis, in-fol., Ingolstadii, 1588, t. ii ; De conduis, I. II, c. m. 2. S. Grégoire, Epistolar.^ 1. I, epist., xxv, P. Z., t. lxxvii, col. 478. 3. Bellarmiu, op. cit., 1. II, c. vi-ix. Dans la Recommendatio Sacra; Scriptu- rse composée par Pierre d'Ailly, vers 1380, (imprimée dans les Opéra de J. Ger- son, édit. EUies du Pin, Antwerpiaj, 1706, t.i, col. 604), on se pose la question suivante : « Le pape est-il vraiment si nécessaire ? Est-ce sur Pierre ou sur le Christ que Jésus-Christ a bâti son Eglise? Ou bien encore ne serait-ce pas la Sainte Ecriture qui en serait le fondement ? Si on la bâtit sur le pape de Rome, n'est-ce point l'élever sur une base chancelante et qui peut faillir ? » Sur cette pente il ne s'arrête plus. « C'est du Christ, écril-il, et non du pape que découle la juridiction des évêques et des prêtres ; le pape est la tête de l'Eglise en ce sens qu'il en est le principal ministre. » De Ecclesix concil. gêner, et summ. Pontificis auctoritate, dans Opéra, de Gerson, t. ii, col. 928, 951. — « La su- bordination de l'Egiise au pape n'est qu'accidentelle. » Ibid., col. 958; — « L'Egiise universelle est seule infaillible, » Ibid., col. 953 ; toute Église par- tielle peut errer, l'Eglise romaine comme les autres. » Ibid., t. i, col. 668. — d Le pape peut faillir, et, de fait, il s'est trompé plus d'une fois [Ibid., t. ii, col. 949, 959), à commencer par saint Pierre quand il fut repris par saint Paul. » L. Salembier, Petrus de Alliaco, in-8, Lille, 1886, p. 249. Gerson envisage lui aussi, t. II, col. 247, la faillibilité du pape ; Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie, écrit en 1414, au roi des Romains : « Si le pape scandalise l'Eglise, il faut lui désobéir ; ceux qui lui obéissent en pareil cas se rendent coupables de péché mortel. Pour juger un pareil pap'', deux ou trois juges suffisent. Il faut le condamner sans remède, comme le fut autrefois Lucifer. Quand le pape tombe dans une hérésie déjà proscrite, il devient moins excusable qu'aucun autre catholique. » Finke, Acta concilii Constantiensis, in-8, Munster, 1896, t. I, p. p. 281. Dans le cas où le pape serait convaincu d'hérésie, Gerson {Opéra, t. I, col. 689 ; t. II, col. 221) estime qu'on pourrait licitement l'enchaîner, l'em- prisonner et le noyer. Selon lui, dans tous les cas qui regardent la foi, le pape est soumis au concile général {Opéra, t. ii, col. 951, 953, 959, 960) qui peut le juger, le condamner, le déposer. Ce synode général est infaillible, le pape ne l'est point et, en conséquence, le concile lui est supérieur. Pierre d'Ailly entre- prend de prouver cette supériorité en invoquant le droit naturel, divin et cano- nique {Opéra, t. ii, col. 956) ; toutefois, en ce qui le concerne, il n'admet cette infaillibilité que comme « une pleine croyance ;■ {Opéra, t. ii, col. 958) et il dé- clare au contraire que plusieurs conciles œcuméniques se sont trompés. Von der Hardt, Rerum co/ic. œcuin. Constant., t. ii, col. 201. Quoiqu'il en soit, le sys- IX. APPEL DU PAPE AU CONCILE ŒCUMÉNIQUE 77 les objottions qu'on a pu élever contre rinlaillibilitë des conciles œcuméniques. Si cependant saint Augustin déclare que non seule- ment les décisions des conciles moins importants peuvent être amé- liorées par les conciles œcuméniques, mais encore c[ue parmi ces derniers, certains conciles tenus antérieurement peuvent être corri- gés par des conciles postérieurs ^, il n'a en vue qu'un progrès dans le développement de la doctrine catholique dans le sens de Vincent de Lérins '-. Progrès continu, homogène, conservateur de la vérité elle-même et ne s'appliquant pas à la recherche des erreurs. Saint Augustin n'apasvouluparlerd'un développementpoussant ses investi- [08] gâtions au travers des thèses extrêmes dans le sens des litiges dialec- tiques de la philosophie de Hegel ^. On ne peut donc regarder l'évê- que d'Hippone comme un adversaire de l'infaillibilité des conciles œcuméniques. On doit accorder aux conciles particuliers la même infaillibilité qu'aux conciles œcuméniques, lorsque leurs décrets ont été approu- vés par le pape et acceptés par l'Eglise entière. La seule différence formelle qui existe entre ces conciles et les conciles œcuméniques, c'est que, comme nous l'avons vu, tous les évoques de la chrétienté ne sont pas invités à y prendre part *. tème se résume dès lors dans la formule : le concile général est supérieur au pape. (Thierry de Niem, Be modis uniendi, dans Gerson, Opéra, t. 11, col. 172 sq. Cf. G. Erler, Dietrich von NieJieiin, sein Leben und seine Schriften, in-8, Leipzig, 1887, p. 473 ; L. Pastor, Histoire des papes depuis la fin du moyen-âge, iii-8, Paris, 1888, t. i, p. 203 ; Scheuffgen, Beitràge zu der Geschichte des gros- sen Schismas, in-8, Freiburg, 1889, p. 114. Ces idées ne sont pas des innova- tions à cette date de 1415 ; on les soutient dans l'Université de Paris, dès le xiv" siècle L. Salembier, Le grand schisme d'Occident, p. 119, note 2). (H. L.) 1. S. Augustin, Be baplismo contra Bonatisias,\. II, c. m, P. L., t. xliii, col. 129 : et ipsa Concilia, quse per singidas regiones vel provincias fiunt, plena- riorum Conciliorum auctoritaii, quœ fiunt ex univers orbe christiano, sine ullis ambagibus cederc, ipsaque pleniora ssepe priora posterioribus emendari quum aliquo experimento rerum aperitur quod clausum eratet cognoscitur quod late- bat (p. e.x. le dogme des deu.\ natures en une seule personne divine, qui au con- cile de Nicée ad hue latebat). 2. Vincent de Lérins, Commonit., c. xxiii, P. L.. t. iv, col. 667,669, Nullusque ergo in Ecclesia Christi profectus habobitur religionis ? — Habeatur plane et maximus ; et : Accipiant licet evidentiam, lucem, distinctionem, sed reti- neant necesse est plenitudinem, integritalem, proprietatem. 3. D"" SchafF, dans Jahrbûcher fur deutsche Théologie, 1863, t. viii, p. 341. 4. Bellarmin, op. cit., Be conciliis, 1. II, c. v-x. [Il y a encore une autre diffé- rence ; c'est que pour les conciles particuliers apjîrouvés et imposés à l'Eglise entière il n'y a intaillibilité qu'après coup. (H. L.)] 78 INTRODUCTION IX. Appel du pape au concile œcuménique. On a souvent, dans le passé, posé et agité cette question si impor- tante : Peut-on en appeler de la décision d'un pape à celle d'un concile général? Le pape Gélase P*" a déjà déclaré au v" siècle qu'un pareil appel était inadmissible (can. 16 et 17, causa IX, q. m.) Il est vrai que dans les premiers siècles on a discuté dans un des conciles les plus importants (celui d'Arles en 314) une question (la plainte des donatistes contre Cécilien de Cartilage) qui avait déjà été tranchée par le pape Melchiade; mais Pierre de Marca a dé- montré que ce n'était pas là un appel proprement dit, mais bien une instauratio judicii pacis causa Donatistis concessa, et que le juge de première instance participa également au deuxième jugement. Marca cite plusieurs cas identiques d'appels faits dans les siècles suivants et conclut que l'empereur Frédéric II fut le premier qui interjeta appel formel de la décision d'un pape à celle d'un concile œcuméni- que 1. Le pape Martin V, et plus tard le pape Pie II dans sa bulle du 18 janvier 1459, furent amenés à interdire ces appels à cause des principes exorbitants du concile de Constance et parce qu'ils se pro- duisaient trop fréquemment -. Jules II et Paul V renouvelèrent au xvi^ siècle ces défenses. L'appel fait par plusieurs jansénistes au commencement duxviii" siècle lorsque, en 1717, ils en appelèrent delà bulle Unigenitus devant un concile œcuménique, eut un grand reten- tissement, mais le pape dans son hre[ Pastoj-alis of/icii menaça d'ex- communication tous ceux qui s'obstineraient à réclamer cet appel et [59] ne signeraient pas la bulle Unigenitus; il obtint ainsi l'abandon de l'appel et la dispersion du parti des appelants. L'historien protes- tant Mosheim lui-même écrivit contre ces appelants, et montra la contradiction qui existait entre leur appel et le piincipe catholique de l'unité de l'Eglise ^ ; il faut en effet reconnaître qu'en appeler du pape à un concile œcuménique toujours difficile à assembler, c'est simplement déguiser sous le couvert d'une simple formalité 1. De Marca, Bc concoid. sacerd. et imper., 1. lY, c. xvii. "2. De Marca, loc. cit. ; Schrockh, Kirchengeschichte, t. xxxii, p. 223, 227. H Mosheim, De Gallorum apprllatio/iifnis ad concilium iiniversse Ecclesisc, iinitatem Ecclcsise spectabilis tolleiilibus, dans Dissertât, ad hist. eccles., in-8, Altona, 1733, t. i, p. 577 sq. X. NOMBIÎK DES CONCILI.S ŒCUMÉNIQUES 79 une désobéissance aux lois de l'Eglise '^. Le pape Benoît XIV a égale- ment interdit cet appel sous peine d'excommunication 2. En ce qui concerne ropinion ultramontaine, qu'on peut en appeler au pape des décisions d'un concile œcuménique ■^, elle repose sur l'hypothèse complètement erronée, qu'un concile œcuménique peut exister en dehors du pape. En parlant des décrets des conciles œcuméniques, j'ai déjcà indiqué que l'approbation du pape leur était indispensable, il ne peut donc pas y avoir un nouvel appel au pape concernant ces décrets. X. Nombre des conciles œcuméniques. Bellarmin compte dix-huit conciles généralement reconnus comme œcuméniques, et à son exemple, c'est également ce nombre qui est adopté par la plupart des autres théologiens et canonistes. Indé- pendamment du concile du Vatican qui est venu s'ajouter à ces dix- huit conciles, nous estimons aussi que plusieurs décrets des conciles de Constance et de Bàle ont un caractère œcuménique; il en résulte dojic le tableau suivant des vingt conciles œcuméniques. 1° Concile de Nicée, en 325, sous le pontificat de saint Svlvestrc et sous Constantin le Grand. 2° P'' de Constantinople en 381, sous le paj)e Damase et sous Théodose le Grand. 3" Concile d'Ephèse, en 431, sous Célestin I'"'' et sous l'empereur Théodose le Jeune. 'j" Concile de Chalcédoine, en 451, sous saint Léon le Grand et sous l'empereur Marcien. 5" IP de Conslaiilinople, en 553, sous le pape Vigile et sous Jus- tinien. G" IIP de Constantinople, en 680, sous Agathon P"". 7'' IP de Nicée, en 787, sous Hadrien P*" et sous l'impératrice Irène. go lyc jg Constantinople, en 8G9-870, sous Hadrien II et sous [GO] Basile le Macédonien. 1. ^^';l!leI•, Kirchciirccht, p. 29G, n. 158 ; Ferraris, Bihlioth. carionica, au mot Appellalio. 2. Benoît XIV, Corislilut., xiv, Pasloialis^ §2. Rappelons que celle censure a été mainleniuî dans la Bulle Apusloliav Scdis. 3. Ferraris, op. cit., au mot Coficcliuin, art. 1, n. 92. 80 INTRODUCTION 00 jer jg Latran, en 1123 sous le pape Callixte II et sous l'em- pereur Henri V. 10" IP de Latran, en 1139, sous Innocent IL 11" IIP de Latran, en 1179, sous Alexandre III. 12" IV" de Latran, 1215, sous Innocent III. 13" P"" de Lyon, en 1245, sous Innocent IV. 14" IP de Lyon, en 1274, sous Grégoire X. 15" Concile de Vienne en 1311 ^, sous Clément V. 16" Le concile de Constance, de 1414-1418, en partie, notamment «) les dernières sessions tenues sous la présidence de Martin V (sess. XLii-XLv inclus) et Z>) les décrets des sessions antérieures approu- vés par Martin V. 17" Le concile de Bâle, années 1431 et suiv., en partie, notam- ment a) la première moitié seule ou les 25 premières sessions jus- qu'au transfert du concile à Ferrare ordonné par Eugène IV; mais b) dans ces 25 sessions ont seuls un caractère œcuménique les décrets rendus sur les trois points suivants : destruction de l'hérésie ; pacifi- cation de la chrétienté; réforme générale de l'Église quant à sa tête et à ses membres. Ces trois points s'accordent en effet avec le Saint- Siège apostolique et ont été seuls approuvés par Eugène IV. 17" bis. On doit regarder le concile de Ferrar-e-Florence, en 1438- 1442, non comme un concile œcuménique particulier, mais comme la suite du concile de Bâle, car Eugène IV a transféré le concile de Bâle d'abord à Ferrare (le 8 janvier 1438) puis à Florence (janvier 1439). 18" V^ de Latran, en 1512-1517, sous Jules II et Léon X. 19" Le concile de Trente en 1545-1563. 20" Celui du Vatican du 8 décembre 1869 jusqu'au 18 juillet 1870 et suspendu le 20 octobre 1870. Nous ajouterons encore à notre exposé les observations suivantes : A. En ce qui concerne le concile de Constance, les gallicans vou- draient le considérer comme ayant le caractère œcuménique dans toute son étendue. Il est certain que ce concile fut convoqué suivant toutes les règles admises, mais, pour les causes dont nous avons parlé plus haut, L^^-'^J 1. Le concile de Constance donna dans sa xxxix^ session un relevé des conciles œcuméniques. On y nomme tout d'abord les huit premiers; puis on ajoute: nec non Lateranensis, Lugdunensis et Viennensis generalium conciliorum. Mansi, op. cit., t. XXVII, col. 1161 ; Hardouin, op. cit., t. viii, col. 159. Le pluriel Late- rancnsium et Lugdunensium eût été plus exact. X. KOMBIU: DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES 81 il perdit le caractère d Un concile a^cuménique, dès qu'il se sépara du chef de rÉglise. Par suite, a) on doit regarder comme œcuménique les sessions tenues sous la présidence de Martin V après son élection (Sess. XLii-XLV inclus) ; A) plusieurs décrets des sessions antérieures possèdent également le même caractère. Nous avons vu plus haut que Martin V déclara à maintes reprises le concile de Constance œcuménique et que, dans sa huile du 22 lévrier 1418, il exigea de chacun la reconnaissance de ce lait, prescrivant d'ohserver scrupu- leusement ce quele concileordonnait in favorem fideietsalutem aiii- Diariini (chacun doit s'inquiéter de ne pas être soupçonné d'hérésie) ; iitriini vredat, teneat et asserat, (luod quodlibct concilium ^enej'ale^ et etiam Conslantiense unicersalem Ecclesiam reprxsentet, et item^ utrum credat, (juod illud, quod sacntni concilium Cunstantiense, universalem Ecclesiam reprivsentans, approbaçit et approbat in fa- vorem fidei et ad salulvm anima riini (juod hoc estab universis Chrisfi (idelibus approbandum et tenendum, etc. ^. Martin V, dans la dernière session du concile de Constance, déclare au sujet de la question controversée de Falkenherg : quod omnia et singula determi- nata, etc. 2. Son successeur le pape Eugène IV, dans la lettre qu'il adressa à ses légats en Allemagne, le 22 juillet 1446, a également appelé generalia les conciles de Bâle et de Constance (ce dernier jusqu'à sa translation) ad imita tionem ss. PP. et prxdecessorum nostrorum, sici/t illa generalia concilia Constantiense et Basiliense ab ejus iiiitio usque ad translationem per nos factam, absque tamen prœjudicio juris, dignitatis et prveemiiientiie S. Sedis apostolicx... cum omni reverentia et des'otione suscipimus, complectimur et venera- miir '^. Nous serions en contradiction avec ces huiles et ces explica- tions données par les papes si nous avions la prétention de rayer complètement le concile de Constance de la liste des conciles œcu- 1. Mansi, op. cit., i. xxvii, col. 1211 ; Ilardouiu, op. cii.^ t. viii, col. 914. 2. Ce Jean de Falkenberg était un dominicain qui avait fait l'apologie du tyrannicide. Son livre fut condamné (en congrégation et non en session géné- rale) et brûlé par la main du bourreau. \on der Ilardl, lîeruin concilii œcu- menici Constantieiisis, in-4, Fraucofurli, 1697-1700,1. iv, p. 1091, 1513. 3. Raynaldi, Continuât, ad annal. Baronii, ad. ann. 14i6, n. 3, in-4, Barri- Ducis, t. xxviii, col. 460 sq. ; Honcaglia, Aniniad'^'crsiones, dans IS'at. Alexander, Hist. ecclcs., in-fol., Venetiis, 1778, t. ix, p. 465, soutiennent la mémo opinion. [Cf. A. Baudrillart, dans le Diciionn. de théol. catliol., 1903, t. 11, col. 126 ; Cecconi, Studi storici sul concilio di Firenze, in-8, Fircnze, 1889, t. i, p. 56. (11. L.)]. CONCILES— I — 6. 82 INTRODUCTION méniques. Il est au contraire de toute évidence que les deux papes cités plus haut ont eu l'intention de considérer plusieurs décrets du concile de Constance comme conclusions d'un concile œcuméni- que *. Ni Martin Y ni Eugène IV n'indiquent quels sont les décrets qu'ils regardent comme étant tels //^ specie, mais il est clair que tous deux refusent d'approuver ceux qui portent atteinte aux droits du Saint-Siège et à la considération qui lui est due, tels que les décrets 1. Le second article de la « Déclaration de 1682 » dit en propres termes que les décrets du concile de Constance ont été approuvés par Martin V, vrai et seul pape : A Sede apostolica comprobata. M. F. X. Funk entend cette parole dans un sens restreint et en limite la signification à l'affaire de Jean de Falken- berg ; Hubler, Die Konstanzer Reformation, in-8, Leipzig, 1867, p. 263-280, semble partager celte opinion. On ne peut produire la bulle papale acceptant les propositions émises et formulées antérieurement à la xxxv* session et leur donnant une conûrmation solennelle. C'est que, en réalité, le pape n'a jamais accepté les décrets abusifs rendus sans sa participation et contre son autorité et ses droits. En 1418, les ambassadeurs du roi de Pologne réclamèrent la cou- damnation solennelle de Jean de Falkenberg déjà reconnu coupable par les na- tions {nationaliter). Le pape répondit : a Tout ce qui a été décrété par le présent concile en matière de foi et conciliariter doit être cru et observé inviolable- ment. Je l'approuve et le ratifie, mais non pas ce qui a été fait autrement, non aliter nec alio modo. » Cette décision limitative fut réitérée par Augustin de Pise, procureur fiscal. Cf. Von der Hardt, op. cit., t. iv, p. 1558 ; F. X. Funk, Kirchengeschichtliche Ahhandlungen und Untersiichiaigen, in-8, Paderborn, 1897, p. 491. Or, les décisions doctrinales du concile en matière de foi concernent la condamnation de Wiclef et de Jean Hus. Cf. Ballerini, dans Theolog. cursus completus (édit. Migne), t. m, col. 1353. Les cinq propositions subversives oe sont pas dans ce cas, et les Pères de Constance eux-mêmes ne les jugeaient pas telles, puisqu'ils ne condamnaient pas en qualité d'hérétiques et excommuniés ceux qui les rejetteraient. Ballerini, op. cit., t. m, col. 1359. Des théologiens modérés ont affirmé que les cinq décisions visaient la situation exceptionnelle au sein de laquelle se trouvait l'Egiise en 1415 (mars-avril). C'est en effet ce qu'on peut tirer du texte même des articles qui assigne comme le but unique et exclusif de l'assemblée réunie à Constance pro exlirpatione prœsentis schis- matis, ad consequendum facilius, securius, velocius, et liherius unionem et refor- mationem Ecclesix. Ce qui interdisait plus radicalement au concile de Cons- tance toute prétention à l'œcuménicité, c'était l'absence de deux obédiences et de Jean XXIIL L'assemblée n'était rien de plus qu'un concile particulier ou une assemblée de quatre nations convoquées pour délibérer sur un cas spécial. Le cardinal de Cambrai, Pierre d'Ailly, gardait, un an révolu après les sessions tenues sans le concours et l'approbation du pape, les doutes les plus graves sur leur valeur, (c Cette délibération des nations faite en dehors de l'assemblée, dit-il, sans votes exprimés en séance commune, paraît à beaucoup de personnes ne pas devoir être considérée comme une délibération du concile général, con- ciliariter fada. » Ballerini, op. cit., t. m, col. 1L51. (II. L.) X. NOMBRE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES 83 des m*, iv" et v** sessions. Il importe d'ajouter que les Gallicans contestent ce lait ^. B. Les gallicans modérés pensent que le concile de Bàlc fut œcu- ménique jusqu'à sa translation à Ferrare, mais que cette prérogative ne peut être accordée au Conciliabule qui demeura à Bâle après cette translation et voulut, dans cette ville et plus tard à Lausanne, con- tinuer le concile sous la présidezice de l'antipape Félix V ^. Les gal- licans avancés, tels que Edmond Richer -^ regardent au contraire comme œcuménique toute l'assemblée qui se tint à Baie depuis le commencement de la période de troubles, jusqu'à sa dissolution obscui-e à Lausanne *. D'autr«s auteurs au contraire rayent complé- ment le concile de Baie de la liste des conciles œcuméniques et n'accordent le caractère d'œcuménicité à aucune d-e ses sessions ^. Il est vrai qu'à en croire Gieseler '^, Bellarmin aurait, dans un autre passage de ses célèbres Disputationes ' donné explicitement le titre d'œcuménique au concile de Bâle. Cette assertion n'est pas exacte : Bellarmin dit seulement dans uji des derniers chapitres de son ouvrage que ce concile fut légitime à ses débuts, tant cju'un légat du pape et de nombreux évêques furent présents, mais que plus tard, lorsqu'il déposa le pape, il devint un concilia hulum schismaticum, seditiosuin et nullius proj-siis auctoritatis. D'accord avec cette opinion de Bellarmin et sur son conseil, les actes du concile de Bâle ne furent pas compris dans la collection des conciles œcuménicjues faite à Rome en 1609. Ceux qui refusent à toutes les sessions du concile de Bâle le caractère d'œcuménicité font remarquer : a) Qu'au début très peu d'évêques (7 ou 8) se trouvaient réunis à Bâle et que par suite leur réunion ne peut être considérée comme un concile véritablement œcuménique. 1. Nal. Alexander, op. cit., t. ix, p. 286-363. 2. Id., op. cit., t. IX, p. 433 sq. 3. Ed. Riclicr, Ilisioria conciliorum gpneralium in IV lihios disti-iJmta, in-4, Parisiis, 1680, 1. III, c. vu. 4. Sur M l'autorité du concile de Bâle » cf. A. Baudrillart, dans le Dictionn. de théol. cathoL, t. ii, col. 125-128. (H. L.) 5. Bellarmin, I)o concil., 1. I, c. tu ; Roncaglia, op. cit., t. ix, p. 461 ; Lucas Holstenius, dans Mansi, op. cit., t. xxix, col. 1222 sq. 6. J. C. L. Gieseler, Lehrhuch der Kirchengeschichte , in-?, Datmstadt, 182i, t. II, p. 52. 7. Bellarmin, Disputai. : De eccles. milit., i. III, c. xvr, 84 INTRODUCTION h) Qu'avant la terme de sa ii" session le pape Eugène IV prononça [63] la dissolution de ce concile qui lui paraissait avoir des tendances dangereuses. c) Que depuis cette ii® session, rassemblée n'a plus été, d'après le témoignage irrécusable de l'histoire, qu'une réunion dominée par les passions. Les membres qui la composaient étaient irrités les uns contre les autres, les affaires traitées sans aucun calme, au milieu d'une anarchie complète^ les secrétaires privés des évoques parlaient dans les sessions, se mêlaient aux discussions^ comme nous le mon- trent yEneas Sylvius et d'autres auteurs ^. d) Qu'Eugène IV, il est vrai, approuvaplus tard, dans la xv® session, tout ce qui s'était fait dans les sessions précédentes, mais cette approbation lui fut extorquée pendant une maladie; les princes et les cardinaux le menacèrent de le déposer et de l'abandonner s'il ne la donnait pas. e) Quand bien-mcme cette approbation n'eût pas été extorquée, elle serait cependant sans valeur, car le pape ne l'a donnée qu'à la condition que les Pères du concile de Bàle rapporteraient tous les décrets émis contre l'autorité du pape, or c'est ce qu'ils n'ont jamais fait (au début le pape posa cette condition, mais il ne la renouvela pas). f) Que le pape déclara seulement que le concile pouvait continuer ses séances et qu'il retira le décret de dissolution qu'il avait prononcé antérieurement, mais qu'en agissant ainsi il ne donna nullement son approbation aux décrets antérieurs du concile ; ce fut d'ailleurs ce qu'il déclara foimcllement ainsi qu'il résulte du témoignage de Turrecremata. A notre avis, ceux qui refusent le caractère d'œcuménicité au con- cile de BAle dans toutes ses parties, vont trop loin et sont en con- ti iidiction avec le pape Eugène IV qui donna au concile de Bàle ce nom de général et ordonna de le vénérer. Les paroles de la bulle Dudum sacrum et de sa lettre du 22 juillet 144G nous amènent à penser que : a) Le concile de Bàle a été légitimement constitué depuis ses. débuts jusqu'à sa translation à Ferrare (c'est-à-dire de la i'" session jusqu'à la xxv** inclusivement). h) Mais, pendant ce temps, seuls les décrets qui se rapportent aux trois points suivants : 1" destruction de l'hérésie, 2" pacification I Roncaglia, op. cit., l. ix, p. 463. X. NOMIIRE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES 85 de la chrétienté et 3** réforme frénér,ile de l'Éfflisc dans son chef et ses membres, et toujours à hi condition que ces décrets ne seront l"^! préjudiciables ni au Saint-Siège apostolique, ni à la puissance du j)ape, ont été approuvés par le souverain pontife et sont, par suite, à considérer comme avant un caractère certain d'cecnménicité. On pourra se demander si mon opinion est soutenable et si c'est d'accord avec l'autorité de l'Eglise cpie je refuse d'accorder au con- cile de Bàle la même valeur dans tous ses décrets, je pourrai invo- quer sur ce dernier point à l'appui de ma thèse le passage suivant de la bulle puliliée parlepape Léon X dans la xi° session du V con- cile de Latran ^ : Ciim ea omiiia post Lranslationeni ejiisdem Basileen- sis conciUi... a Basileensi coîicUiabulo seu potins conçenticido rjaodpfu'- sertim post Jmjusinodi translationem concilinin amplius appellari non jnerebatur, facta c.ttiterint ac propterea nulhun robur liabucrinl. Dans ce passage, le pape Léon X condamne les principes pernicieux proclamés dans les dernières sessions du concile de Bàle, principes qu'on avait voulu appliquer dans la pragmatique sanction de Bourges en 1438, et, à cette occasion, il parle du concile de Bàle d'une manière très défavorable. Nous pourrions opposer à ce pas- sage qui affirme en même temps la supériorité du pape sur le con- cile œcuménique, les raisonnements des gallicans que nous avons rapportés plus haut; mais, abstraction faite de ce point, nous remar- querons que : a) dans ce passage même le pape Léon établit une dif- férence, entre le concile de Bàle (qui se tint avant la translation) et le conciliabule qui commence après la translation ; b) s'il ne parle pas d'une manière favorable du concile qui se tint avant la transla- tion et si le terme prœsei-tini dont il se sert semble indiquer un blâme, cela provient de ce qu'il a surtout en vue les décrets du con- cile de Bàle qui portent atteinte à la considération due au pape, décrets qui avaient été insérés dans la pragmatique sanction de Bourges. Léon X pouvait donc contester la valeur de ces décrets comme l'avait fait Eugène IV, sans cependant pour cela condam- ner tous les actes du concile de Bàle. On pourrait peut-être aussi nous opposer la condamnation, par le pape Clément XIV, des erreurs du P. Ulrich INIayr, de Kaisersheim; Mayr fut condamné pour avoir soutenu dans une dissertation que les vingt-cinq premières sessions du concile de Bàle avaient le caractère 1. liaidcniiii, op. cit., t. ix, col. 1828. 86 INTROI>UCTtON d'un concile œcuménique '', Cette condamnation est exacte^ mais nous aussi nous pouvons déclarer qu'à notre avis l'opinion de Mayi- est erronée, puisque nous n'acceptons pas tous les décrets des vingt-cinq premières sessions, et que nous soutenons au contraire qu'une [65] partie seulement de ces décrets possède une valeur œcuménique 2. c) Nous avons compris au nombre des conciles œcuméniques le concile de Ferrare-Fiorence, d'accord en cela avec Bellarmin et la plupart des théologiens et canonistcs catholiques. Il ne nous a cepen- dant pas échappé que les partisans du concile de Bàle et tous ceux qui, avec lui, refusent d'accorder au pape le droit de con- voquer un concile œcuménique doivent pour être conséquents avec eux-mêmes contester la légitimité du concile de Ferrare- Fiorence. Cette théorie gallicane se manifesta à Trente, car dans les débats de la xxm" session générale les Français firent la déclaration suivante : « Le Christ a confié au pape plena pote- stas pascendi, regendl et ^ubernandi Ecclesiam uniç>ersalem, » et combattirent les Italiens qui s'appuyaient sur le concile de Florence (dans le décret d'union pj-o Grsecis) en répliquant que 1. Walcli, Neues/e Religlons-Geschichfe, t. v, p. 245. 2. Quatre opinions ont été produites touchant l'œcuménicité du concile de Bàle. 1» Il est absolument et dans toutes ses parties œcuméniques, ses défini- tions dogmatiques sont des articles de foi ([ta Edm. Richer ; cette opinion est aujourd'hui hérétique) ; 2" Il est œcuménique jusqu'à la fin de 1437, date de la translation à Ferrare (Tta Bossuet ; cette opinion compte encore des défen- seurs) ; 3° 11 est œcuménique pour les seize premières sessions (cette opinion a de nombreux partisans qui invoquent la régularité de la convocation, la pré- sence des légats, l'assistance de l'épiscopal nombreux, la confirmation des actes du concile par le pape. Tous les renvois aux documents qui en justifient seront faits dans l'histoire du concile de Bàle. La bulle de dissolution Quoniain alto, du 18 décembre 1431 et la bulle d'annulation In arcaiio de septembre 1433 furent annulées par la bulle Dudum sacrum de décembre 1433. Le pape et ses légats ont alors approuvé ce qui s'était fait depuis la réunion du concile. Quant aux actes suivants, du 5 février 1434 au 30 décembre 1437, ils ne furent pas confirmés, ainsi donc les seize premières sessions sont œcuméniques). 4" Le concile de Bàle, bien que convoqué pour être œcuménique, ne l'a jamais été de fait. Le concile de Ferrare-Fiorence, qui n'est que la continuation de celui de Bàle, n'a réuni les conditions essentielles à l'œcuméniclté qu'à Ferrare et en- suite à Florence. Le nombre minime dévêques présents à Bàle à l'ouverture du concile, le vote d'ecclésiastiques qui n'y avaient nul droit et décidèrent d'une majorité, le manque de liberté des légats du pape ne permettent pas de le tenir comne la représentation de l'Eglise universelle. Cette dernière opinion est aujourd'hui la plus généralement admise. Voir les principaux textes dans A- Baudrillart, dans le Dlctionn. de théol. cathoL, t. 11, col. 125-128. (H. L.) X. NOMBRE DES CONCILKS ŒCUMÉNIQUES 87 ce concile n'était pas œcuménique ^. Raynaldo - et Pallavicini ^ nous fixent également au sujet des attaques que les gallicans formulèrent à Trente contre les décisions du concile de Florence, et Pallavicini fait remarquer que le célèbre cardinal Charles de Lorraine dans une lettre écrite à son représentant à Rome^ Berton^ lettre qui devait être communiquée au pape Pie IV, a fait les déclarations suivantes : A se approbari omni ex parte synodam CoTistxxnliensem ac Basileen- sem, non ileni Florentinani. C'est également ce qui ressort du pas- sage de Noël Alexandre * qui nous parle en ces termes de la lettre du cardinal à Berton : Hac supevest titalorum uUinius e Florentina synodo depromptus (Rector universalîs Ecclesîœ)^ quem beatissimo Patri no.slro trihiicre i'olunf. E^o ne^are non possum quin gallus sim et Parisiensis Academise alumnus, in qua Ponticifeni subesse concilio tenetur et qui docent ibi contrarium, tanquam hseretici notantur. Apud Gollos Coiistantiense concilium in partibus suis omnibus ut générale habetur, Basileense in auctoritatem admittitur, Florentinum oerinde ac nec legitimum nec générale repudiatur. Cette opposition des gallicans contre le concile de Ferrare-Florence, encore violente à l'époque du concile de Trente, s'atténua dans la suite, et Noël \^&\ Alexandre déclare clairement dans une dissertation remarqua- ble (la X") que le concile de Bàle fut régulièrement convoqué et qu'il eut un caractère œcuménique. Noël Alexandre sou- tient il est vrai avec les membres du concile de Bâle qu'en géné- ral un concile œcuménique ne peut être transféré par le pape, mais il dit avec Nicolas de Cuse : Romanum Pontificem conciliorum œcu- menicorum décréta et canones temperare posse ac de iis dispensare, ubiid postulat publica nécessitas aut evidens Ecclesiœ utilitas. Dans le cas qui nous occupe, il devint indispensable de tenir un concile en Italie à cause de l'union avec les grecs. Aussi le concile de Bàle (ut- il transféré à Ferrare par Eugène IV, de consensu sanioris partis Patruni, et le concile lui-même donna-t-il son assentiment, dans sa XIX® session^ à une translation e.v justis causis et /nanifestis, ce qu'il 1. Fra Paolo Sarpi, Isloria del concilio TrirUntino, iii-fol., Londres, 1619 ; l.VII, n. lu; Pallavicini, iï/s/or/rt co'icilii Tridenlini, in-4, Antverpiœ, 1672, I. XIX, c. XII, n. 11. Dans le canon 8*, projeté lors de la xxiii'' session, l'expres- sion citée plus liaut fui admise. 2. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1563, n. 1, t. xxxiv, p. 313 sq. 3. Pallavicini, op. cit., 1. XIX, c. xvi, n. 9. 4. Nat. AloxiinJer, op. cit., saec. xv, xvi, dissertât. X: De synodo Florentina, t. IX, p. 489. S8 INTRODUCTION fit en ces termes : Ohsecrat que per viscera misericordiœ Jesu Christi... ut ante completam reformationem... nuUatcnus dissolutionis consen- sum pj-vestent, nec loci mutationem fîeri permittant, nisi e:v Justis causis et manifestis. Si donc l'on admet que la translation du con- cile à Florence (ut régulière, on ne peut plus sérieusement lui con- tester son caractère œcuménique, car le pape et les évêcpies s'y réu- nirent en complète harmonie et toutes les conditions nécessaires pour qu'un concile soit œcuménique s'y trouvèrent remplies ^ d) Le concile de Vienne est ordinairement regardé comme le XV concile œcuménic[ue et c'est généralement la place qu'on lui donne ^. Plus récemment toutefois le P, jésuite Damberger a émis un avis différent dans son histoire synchronique du moyen âge '^ : « Plusieurs historiens, dit-il, en particulier les historiens français, ne parlent de ce concile cjue comme de l'un des plus fameux, des plus vénérables et des plus importants qui aient eu lieu, et le regardent comme le XV® œcuménique. Les ennemis de l'Eglise acceptent volontiers cette appréciation. 11 est vrai que le pape Clément V voulut convoquer un concile œcuménique_, et c'est bien ce dont parle la bulle de convo- cation ; mais Bonifacc VIII voulut lui aussi convoquer un concile œcu- ménique, et cependant personne ne donnerait ce titre à l'assemblée qu'il ouvrit à Rome le 30 octobre 1302. Il est encore vrai que lors- que les évêc[ues de tous les pays ont été convoqués, on ne peut refuser d'attribuer à un concile le caractère d'œcuménicité, c[uoique plusieurs évêques ne s'y soient pas rendus; mais ce caractère exige en tous myi cas que « l'on s'occupe dans l'assemblée des affaires générales de l'Eglise, que l'on y prenne des décisions effectives, et que ces déci- sions soient ensuite proposées à l'obéissance de l'Eglise entière ». Or, Damberger estime que rien de tout cela n'a eu lieu au concile de Vienne; mais cette opinion est certainement erronée^ car le concile a approuvé toute une série de décrets qui, en grande partie, regar- dent l'Eglise tout entière, et non pas seulement une province (par exemple ceux qui ont trait aux Templiers), et ces décrets ont été sans contredit pleinement publiés. En outre le concile de Constance, dans sa xxxix" session, et le V concile de Latran, dans sa viii'' ses- sion, parlent du concile de Vienne comme d'un concile général *. t. Nat. Alexander, Hist. eccles., sœc. xv, xvi, dissertât. X, t. ix, p. 487-493. 2. Bellarmin, De conciliis, 1. I, c. v. 3. Damberger, Synchronistische Geschichte des Mittelalters, t. xiii, p. 177 sq. 4. Mansi, op. cit., t. xxvii, col. 1162 ; Hardouin, op. cit., t. viii, col. 859 ; •i. IX, col. 1719. X. NOMBRE DES CONCILES ŒCUMENIQUES 89 é) Nous n'en dirons pas autant du concile de Pise, tenu en 1409. Naturellomcnt les partisans des deux papes (jue ce concile déposa (Grégoire XII et Benoît XIII) rel'usèrent dès le début d'accorder à ce concile le caractère d'œcuménicité ^. Notamment le chartreux Bonil'ace Ferrier, un des léoats de Benoît XIII au concile et Irère de saint Vincent Ferrier, traite le concile de Pise d as- semblée hérétique et diabolique. Mais d'autres également (pii n'avaient pris parti pour aucun des deux antipapes ont des doutes sur le caractère œcuménique de ce concile, tels le cardinal de Bar et, un peu plus tard, le saint archevêque Antonin de Florence 2. Plusieurs partisans d'une véritable réforme, comme Nicolas de Ch*- mangis et Théodoric de Brie furent eux aussi mécontents de ce qui se passait, mais, par contre, Gerson qui écrivit à cette même époque son ouvrage De aiiferibilitate Papie, défendit les propositions émises par le concile de Pise. Après lui presque tous les gallicans se sont efforcés d'attribuer à ce concile le caractère d'œcuménicité, parce que le premier il avait appliqué la doctrine de la supériorité f*»*^] d'un concile œcuménique sur le pape "^. Mais plus de la moitié de 1 épiscopat dispersé et des nations entières, ne voulurent pas reconnaître le concile de Pise ni admettre ses décisions. C'est poui- quoi l'autorité ecclésiastique et les théologiens les plus recomman- dables n'ont jamais voulu le compter parmi les conciles œcuméni- ques *. D'autre part certains théologiens ont diminué outre mesure l'importance du concile de Pise en déclarant que l'élection qu'il fit du pape Alexandre V fut sans valeur et en soutenant que Grégoire XII demeura le pape légitime jusqu'à son abdication volon- taire en 1415. Tels Raynaldi ^ et Pierre Ballerini ^. Au contraire Bellarmin tient Alexandre V pour le pape légitime, et appelle le concile de Pise : générale nec approbalum nec repvohatnin. 1. Raynaldi, Continuât, annal. Baronii, ad ann, 1409, n. 7'i, t. xxxii, p. 281 sq. 2. Bellarmin, De concil., 1. 1, c. vin ; Mansi^ op. cit., t. xxvi, col. 1160 ; Len- fant, Histoire du concile de Pise, Amsterdam, 172'i, p.30;{ sq. 3. C'est l'opinion d'Edmond Ki( her, Historia conciliorum gênera li uni, in-'i, Parisiis, 1680, 1. II, c. n. § 6. Bossuet, Defensio cleri gallicani, pars II, I. IX, c. XI ; Nat. Alexander, Ilist. eccles., sajc. xv, xvi, dissert. II, t. ix, p. 267 sq. 4. Roncagiia, Aniniadversiones, dans Nat. Alexander, Ilist. eccles., t. ix, p. 276 sq. 5. Raynaldi, Continuât, annal. Baronii, ad ann. 1 i09, n. 79-81, t. xxxii. p. 28 i sq. 6. F. Ballerini, De potestate ecclesiastica summorum Pontificum et concil. gêner., c. vi. 90 INTRODUCTION f) Bellarmin fait remarquer en ces termes que le V concile de Latran ne peut d'une manière générale être considéré comme un concile œcuménique ^ : ideo usque ad hanc diem qusestio superesty eliam inter cathoUcos. Les gallicans ne veulent également pas le reconnaître^ parce qu'il abolit la pragmatique sanction de Bourges d'accord avec le roi de France, François F'", et qu'il conclut un nouveau concordat 2. Mais Roncaglia ^ démontre que la France, au temps de Louis XII, a reconnu le concile de Latran comme legiti- mum, indubitatum et œcumenicum, et Noël Alexandre lui-même le comprend au nombre des conciles œcuméniques à la différence du concile schismatique de Pise tenu comme lui au xvi*^ siècle ^. g) Nous avons ailleurs ^ discuté à fond la question de l'œcuméni- cité du concile de Sardique, et nous traiterons encore cette question dans le cours de notre ouvrage en terminant l'exposé historique de ce concile. h) Les grecs considèrent le concile appelé Quinisexte, en 692 (le concile Trullatium), comme une suite du VF concile œcuménique^ et attribuent ses 102 canons au VF concile. Plusieurs auteurs d'Oc- [69] cident se sont également laissés induire en erreur par cette opinion des grecs, mais depuis des siècles on est pleinement d'accord pour refuser à ce concile le caractère de l'œcuménicité. i) On a appelé œcuméniques les deux conciles de Pavie et de Sienne, en 1423, et les papes leur ont eux-mêmes donné cette appellation ^. Celui de Sienne est même désigné comme un concile sacrosancta generalls '^ . Mais ces deux conciles n'eurent aucun résultat, et ne peuvent être considérés que comme une tentative, qui échoua d'ailleurs, de concile œcuménique; tandis que pareille ten- tative réussit huit années plus tard à Bàle. Il est donc certain que ces deux conciles ne peuvent trouver place dans notre liste des conciles œcuméniques. k) Il est à remarquer que jusqu'au xv" siècle les papes, au moment 1 . Bellarmin, De con^iliis, 1. III, c. xiii. 2. Ellies du Pin, De antiqua Ecclesix disciplina, ia-4, Parisiis, 1686, p. 344. ■{. Roncaglia, op. cit., j>. 470. 4. Nat. Alexander, op. cit., t. ix, p. 505 sq., 515 sq., Scholion, xii. 5. Theologisclie Quartalschrift, 1852, p. 399-415. 6. Bulle de Martin V, dans Mausi, op. cit., t. xxix, col. 8; Hardouin, op. cit., t. VIII, col. 1109. 7. Mansi, Concil. amplis, collect., t. xxviii, col. 1060; Hardouin, Colleci. concil., t. VIII col. 1015. XI. PRÉSÉANCE ET V0TE3 DANS LES CONCILES 91 de leiii- entrée en fonctions, ne devaient prêter serment que sur huit conciles œcuméniques. C est ce que nous font connaître les légats du pape au concile de Coustance ^. Si cependant le Liber diurnus - ne parle que de six conciles œcuméniques lorsqu'il indique la for- mule du serment prêté par les papes, cela provient de lancienneté de cette formule qui était employée au commencement du vin*' siècle (715). C'est aussi en s'appuyant sur ce Liber diurnus que Gratien parle du nombre des conciles ^j mais il indique huit conciles (et non six) et J. }I. Bolimer nous dit à ce sujet, que ce passage du Liber diurnus fut écrit en 715, à une époque où les septième et huitième conciles œcuméniques n'avaient pas encore été tenus. l) Lorsque les actes du concile de Florence furent publiés pour la première fois sous Clément VII, en 1526, on leur donna pour titre : Synodus œcumenica octaça. Cette désignation leur fut imposée par un notaire grec (les grecs ne reconnaissent en effet que les sept pre- miers conciles œcuméniques) et à Rome on négligea de corriger cette erreur *. Xî. Préséance et votes dans les conciles. Dans quelques contrées, en Afrique par exemple, les évêques étaient placés d'après l'ancienneté de leur ordination ^; ailleurs ils 1. Mansi, op. cit., t. xxx, col. 657. 2. Liber diurnus (édit. de Rozière, 1869), p. 177 sq., 186. 3. Corp. juris canon., c. viii, dist. XVI. 4. Baroiiius, Annales, ad anii. 869, n. 17, l. xv, p. 180 ; Nat. Alexander, op. cit., t. IX, p. 491. 5. Cette affirmation paraît inexacte. Les procès-verbaux des conciles afri- cains qui nous sont parvenus ne contiennent aucune indication protocolaire relative au rang des évêques entre eux. La comparaison des signatures dont se composent les différentes listes permet de constater qu'il n'existait pas trace de classement méthodique par provinces ou par l'égions ; on ne relève nul in- dice de hiérarchie, rien qui mette sur la voie de préséances-nées, sinon que le premier rang est toujours réservé à l'évêque de Carthage. C'est donc une pure conjecture qui a fait avancer que les évêques exprimaient leur suffrage d'après une hiérarchie fondée sur l'âge ou sur l'ancienneté de la consécration épiscopale. L'élude comparée des listes contredit cette affirmation, car elle fait voir que le plus souvent les noms communs à plusieurs documents apparaissent sur cha- cun d'eux dans un ordre différent. H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. ii, p. 251. Sur les primats provinciaux, en Afrique. Cf. ihid., t. I, p. 86. (H. L.) 92 INTRODUCTION se langeaient d'après rimportance de leur siège épiscopal. Dans les conciles tenus en Orient, les prêtres et les diacres envoyés par leurs évêques pour les représenter occupaient la place qui revenait à ces évêques. En Occident au contraire^ on ne se conforme pas ordinai- [70] rement à cet usage. Au concile du Vatican on donna la préséance aux prélats qui occupaient un rang supérieur dans la hiérarchie. Les cinq cardinaux légats occupèrent les places présidentielles ; à côté d'eux se groupèrent en fer à cheval les autres membres du concile, d'abord les cardinaux, puis les patriarches, les primats, les archevêques, les évêques (d'après leur rang d'ancienneté) les ab- bés, les généraux d'ordres, etc. Les représentants des prélats absents ne furent pas admis. Le pape présida les sessions publiques, et les cinq légats se placèrent alors parmi les cardinaux et d'après leur rang. Les autres membres occupèrent la place qui leur revenait d'après leur rang dans la hiérarchie. Dans les conciles espagnols, les prêtres signèrent toujours après les évêques ^, mais dans les signatures du concile d'Arles (314) on ne peut remarquer aucun ordre ; ce concile décida cependant que si un évéque amenait avec lui un ou plusieurs clercs (même minorés), ces clercs devaient signer immédiatement après leur évêque et avant l'évêque suivant. L'ordre des signatures indique aussi évidemment l'ordre de pré- séance 2. Le concile d'Arles fait cependant encore exception à cette règle, les légats du pape, les deux prêtres Claudien et Vite ne signè- rent en effet qu'après quelques évêques ^, tandis que dans tous les autres conciles, même dans les conciles orientaux, les légats du pape signèrent avant tous les évêques et tous les patriarches, même quand ils n'étaient que de simples prêtres *. Habituellement les membres d'un concile étaient assis en cercle, au centre de ce cercle était placé le livre des saintes Ecritures, et aussi parfois les collections des canons de l'Eglise avec des reliques des saints ou de la sainte croix. Derrière chac[ue évêque était ordinaire- ment assis le prêtre qui l'accompagnait, tandis que le diacre se 1. H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, 1905, p. 101-102, 285, 297. 2. Cette affirmation, en l'état de nos connaissances sur la hiérarchie des anciens sièges, est purement gratuite. (H. L.) 3. Mansi, op. cit., t. ii, col. 476 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 266. 4. Voir ce qui a été dit plus haut, p. 41, au sajet de la présidence des con- ciles œcuméniques; on ne trouve à cette règle qu'une seule exception, c'est au HJe concile œcuménique. XI. PRÉSÉANCE KT VOTES DANS LES CONCILES 9'A plaçait plus bas ù cùté ou l)ien tlevaut révêquo''. Nous possédons une ordonnance du IV" concile de Tolède en 633 (can. 4), qui donne le cérémonial à suivre pour l'ouverture des anciens conciles espa- gnols : « Avant le coucher du soleil du jour désigné (18 mai) tous ceux qui ont quelque charge dans l'Eglise devront sortir, et on fer- 711 niera toutes les portes à l'exception de celles par lesquelles les évè- ques devront entrer et à cette porte se tiendront tous les portiers. Les évêques viendront alors prendre place d'après le rang de leur ordination et après eux les prêtres désignés, puis les diacres. Les prêtres seront assis derrière les évêques, les diacres au contraire se tiendront en avant, tous occupant des places en forme de cercle. On admettra enfin les laïques cpie, par élection, le concile aura jugés diones de cette faveur; les notaires nécessaires seront aussi intro- duits. Tous garderont le silence. Lorsque l'archidiacre prononcera l'invocation : Orate, tous se prosterneront ; après quelques instants un des plus anciens évêques se lèvera pour réciter à haute voix une prière pendant laquelle tous les autres resteront prosternés. La prière terminée, tous répondront Amen et se lèveront à l'invocation de larchidiacre : Erieniiniis. Qiionnn urdincni et noniina si q/iis acc/ii-u- tius desideret vei'sa pagina indicabil. Coloniae, DIDXXXVIII, mense Septenibri, Pctrits Qiientel e.vcudebat. Citm gratia et privilegio ta m Caesario (luani rogio per Iniperium, alrpie Braliontiani, ac ultra Mosam. — Toimis secundus... .1 temporibus Agapeti papae iisqiie ad Eiiiicniain papani (piartuni. Les dédicaces sont datées du l"'" janvier 1538, \Wd lectorem de Graës (à la fin du tome ii) du 19 août 15.')8, la liste des manuscrits (en tète du tome i"*" du 21 août 15.')8. Il a été publié une deuxième édition en trois volumes in-folio, à Cologne, en 1551, avec ce titre modifié : Concilia/-!/ /?f oniniiim tant genei-aliuni. quani particulariuni, qaaeiani inde ab Aj)ustolis in luinc uacpie dieni celebrata, e.r vetustissiniis diversarnni regionuni bibliothecis Jiaberi potfieriint in très nunctomos ob recentem multorum additioneni divisa. Tomus primus. (Secundus tomus... a qninta sijnodo Constantinopo- litana usque ad synoduni Constant ienseni. — Tertius tomus... a sijnodo Basileensi iisque ad conciliinn univcisale Tridentiniun), cnni indice novo copiosissinio. Coloniae Agrippinae. Ex officina Joannis Çuentel, anno Doniini mdli. Cunt gratia et privilegio Caesareae Majestat. per Impcriuni et iiniversas cjus liaereditarias ditiones ad sexenniiini '^. \j Ad lectorem (en tète du tome i'^'') est daté du 19 jan- vier 1551. « Crabbe eut le mérite de donner aux collections la forme <[u"elles ont encore. Les documents furent par lui rangés chronolo- gi([uement. En tète de chaque pontificat figura la vie du pape, tirée Au Liber ponlificalis^ dont Crabbe fut ainsi, au moins partiellement, le premier éditeur; en marge on lut des variantes, et, au début ou à la fin des textes, on trouva des notes historiques on critiques. Le plan des Labbc, des Coleti et des Mansi n'est pas autre '^. » Pierre Crabbe avait fait consciencieusement son métier d'éditeur, fouillant, en chercheur heureux, les bibliothèques. C'était ainsi qu'au lieu des cinquante-cinq conciles de Merlin "^ , il donnait les actes de cent trente 1. Ci-;ibbe fut aidé de Graës, ainsi qu'il le reconnaît : Jd/in'. Ort/i. Graiio. 2. H. Quentin, op. cit., p. 1o. 3. Sur ce recueil, cf. Fr. Sahnon, op. cit., p. 291 sq., 72o-740 ; L. C. Ludu- -s'ici, De posteriori eclit. P. Crabhii collect. coiicil., pontifie, in-4, Lepsiœ, 171.T. •C. Chaillot a reproduit le travail de Fr. Salmon avec quelques observations 100 INTRODUCTION assemblées au moins. « Il doit être loué surtout du soin avec lequel il a donné les textes '^. » La nouvelle collection conciliaire eut pour éditeur le célèbre char- treux Surius. L'ouvrage se compose de quatre volumes in-folio, imprimés à Cologne et datés de l'année 15G7. En voici le titre : Tomiis primus concilioruni omnium, tum generalium, tuin provincia- lium atque particulariiim, » XIII. BIDLIOGRAPHII': lOi Quentin, non seulement il supprime ou met en caractères ordinaires celles que Crabbe avait insérées en menus caractères clans le corps même tle son texte; mais il ne fait pas difficulté de rendre clairs au moyen d'un léoer changement, parfois heureux, mais parfois aussi malheureux, les passages auparavant obscurs, ou bien de retrancher un morceau pour le mettre ailleurs, ou bien encore d'ajouter son propre texte à la fin d'un document ancien, sans rien mettre pour empêcher de les confondre. Ces infidélités sont d'autant plus regret- tables que, par l'entremise de Bini, qui avait en Surius une confiance exagérée, elles ont passé dans toutes les collections conciliaires suivantes ^. » Les bibliographes sont presque seuls aujourd'hui à connaître une collection conciliaire dont Hefele lui-même ne parle pas dans sa première édition. Le Nomenclato}' literarius de Hurter en dit un mot - et le Répertoire des sources historiques du moyen âge de M. Ul. Chevalier n'y fait pas allusion. Cette collection a pour éditeur Domi- nique Nicolini, avec Dominique Bollanus, O.P., pour principal col- laborateur. Ce recueil se compose de cinq volumes in-folio, impri- més à Venise et datés tous les cinq de l'année 1587. Voici le titre : Conciliorum omnium toju generalium, quam proçincialium quaeiam inde ah Apostolorum temporibus, hactenus légitime celehrata haheri potuerunt, volumina quinque. Quihus noi'issima hnc editione, post Suj-ianam, accessere praesertim Nicaenum, et Ephesinum, celeher- rima concilia. In quorum omnium collocatione iemporum ratio habita est, et eruditae notationes per catholicos theologos additae. Primo i'olitmini praefiaus est index conciliorum omnium, et seorsum prin- cipalium capitum, in illis contentorum. Cuique autem i'olumini praemissus est rerum vocumque omnium sin^ulaî'ium locupletissi- mus index in sludiosorum maiorem utilitatem et commodum, Sixti V, Pontificis Ma.vimi, felicissimis auspiciis. Venetiis, mdlxxxv. Apud Do m in ic u m Nico lin u m . Le soin typographique apporté à cette édition n'est pas eu rapport avec son mérite. La collection nouvelle, dont la dédicace est datée du 26 septembre 1585, reproduit les quatre volumes de Laurent 1. II. Quentin, op. cit., p. 18-19. Sur le recueil de Surius, voir Salmon, op. cit., p. 296 sq., 743-752; Fabricius, Bihiiolli. grsec, t. xi, p. 115 (éd. Harlcs, t. XII, p. 294) ; H. Quentin, op. cit., p. 17-19. 2. Hurter, Nomenclator literarius, in-8, Œniponte, 1892, t. i, p. 214-215. La notice qu'on y lit sur Dominique Bollanus doit être coraplétée par celle de dom H. Quentin, op. cit , p. 19, note 2. 102 INTRODUCTION Surius auxquels elle ajoute plusieurs pièces déjà connues, par exem- jjle : l'édition des ConsLilutions apostoliques et Canons arabes de iV7cée par le P. Torres, parue à Anvers, dès 1578; la traduction du concile d'Ephèse du P. Théod. Peltan, parue àingolstadt, dès 1576; l'édition du concile de Nicée du P. Alph. Pisanus parue à Cologne, dès 1581, la lettre de Nicolas P*" aux Bulgares publiée par le P. Torres en 1578; enfin les actes des cinq premiers conciles provin- ciaux de Milan sous saint Charles Borromée publiés en 2 vol. in-8 à Milan et à Brescia, dès 1579-1581. Ce recueil si peu connu n'a pas laissé d'inaugurer une méthode nouvelle. A partir de cette époque, les collecteurs de conciles nationaux se chargeront de découvrir les pièces nouvelles et de publier des recueils particuliers. Leur œuvre, bonne ou mauvaise, ira se fondre dans les grands recueils qui devien- dront de plus en plus des compilations impersonnelles. « Le format grandira très rapidement, les caractères deviendront plus compacts, on entrera bientôt dans l'ère des monuments typographiques; mais à ce progrès tout en surface la critique ne gagnera guère et la pureté des textes ira plutôt en décroissant au cours de ces réimpressions successives ^. » En 1G06, Sévérin Bini ^ fit paraître, à Cologne, une nouvelle collection conciliaire en quatre tomes in-folio, formant cinq volumes. Voici le titre : Concilia ^eneralia et provincialia, quotqnot repeviri potiierunt, item epistolae decretales, et Romanoruni Pontificum i'itae : omnia studio et industria R. D. Severini Binii licenciati reco- gnita, aucta, notis illustrata et historico methodo disposita. Coloniae Agrippinae, apud Joannem Gymnicum et Anton. Hierati, 1606. Bini, pour se mettre à l'aise avec Nicolini-Bolani, ne fait aucune mention de leur recueil auquel il se borne à faire des emprunts. D'ailleurs, il procède presque exclusivement de la collection de Surius et sa confiance dans le savant chartreux est inébranlable. En ÎG18, Bini donne une deuxième édition remaniée de son propre recueil, et il se préoccupe avant toute chose de classer ses nombreuses additions de manière à ne pas déranger la division primitive en ([uatre tomes, consacrée par Surius. Cette fois, il a divisé trois de ses tomes chacun en deux volumes et un quatrième tome en trois 1. II. Quentin, op. cit., p. 19-21. 2. Sur ce personnage, cf. Ilurter, op. cit., t. i, p. 466; H. Quentin, op. cit., p. 21-44; J.-B. Martin, dans le Dictionn. de théol. cathoL, t. ii, col. 900-901 (trop indulgent pour Bini à qui il accorde une part trop considérable de travail personnel dans son édition). XIII. DIBLlOGnAPHIE 105 volumes, soit quatre tomes en neuf volumes. Voici le titre de cette seconde édition : Concilia genej-nJùi cl ])roi>incialia, graeca et latina a collectio concilioriun. Stepliamis Balazius Tutelensis in iiniuii collegit, midta notatii dignissima nunc primiim edidit, notis illiistravit, reliqna emendavit ad vetustisslina e.icmplaria manuscri- pta. Tomu.s priniits. Parisiis, E.i officina typograpliica Francisai Muguet, Régis et illusti'issimi Ai-rhiepiscopi Parisiensis tijpograpJii, MDCLXXXIII, cii/n jjriçilegio Régis '', L'édition de Labbe augmentée du « Supplément « de Baluze a été la plus généralement employée par les savants français. On a pensé trouver la raison de l'interruption du travail de Baluze dans le souci de cet érudit de ne pas mécontenter la Cour romaine par la mise au jour de documents relatifs au concile de Bàle, souci qu'explique la préoccupation de conserver une pension de mille livres sur les revenus de l'évêché d'Auxerre 2. Quoi qu'il en 1. Hefele indique à tort une seconde édition en 1707. Il ne s'agissait alors d'autre chose, d'après H. Quentin, op. cit., p. 32, note 1, que d'un titre nou- veau : Nova collectio conciliovnm seu Supplementum ad colleclionein Phil. Lahbei (suit une longue analyse du conlenudu volume). Hxc orniiia, vel nunc priinuin in lucein édita ex mss. codicibus, vel emcndata et suppleta ad fidcm yetustissimo- rum exemplariuju, praefalionihus, dissertationibus, variis lectionibus et notis ad historiam ecclesiasticam pernecessariis illustras it Stephanus Baluzius, Tii- telensis. Parisiis, e typographia Fr. Muguet, Prostat apud Societatem biblio- polaram Parisiensiuni. MDCCVI, Cum Régis privilegio. Sur les prospectus lancés en 1677 et 1700 par Baluze, cf. II. Quentin, op. cit., p. 33, note de la page pré- cédente. 2. P. de Chiniac, Baluziana, en tête de l'édition des Capital, reg. francor.. 108 INTRODUCTION soit, le seul volume publié, en 1683, « était incontestablement le meilleur travail qu'on eût encore vu sur la matière ^ » et faisait pré- sager une ère nouvelle pour la critique textuelle des conciles. Outre les mentions, négligées jusque-là, d'anciennes assemblées synodales, Baluze rétablissait soigneusement le texte de plusieurs versions latines antiques altérées par la collection de Paul V. Par contre, le fougueux érudit n'avait pas su imposer silence à ses opinions person- nelles et le plaisir d'être désagréable à la Cour de Rome l'avait induit à donner une édition du concile de Clialcédoine dans la version de Rusticus 2, afin de se livrer au malin plaisir de relever toutes les fautes, les erreurs, les maladresses de la version romaine. Tandis que rultramontanisme contrecarrait la publication de Baluze, le gallicanisme luttait contre une publication conciliaire due au célèbre Jésuite Hardouin. L'histoire des marches et des contre- marches auxquelles se livrèrent la Compagnie de Jésus et ses adver- saires pour gagner la partie ne peut trouver place ici ^. L'impression indéfiniment retardée par des contrariétés toujours renaissantes dura quinze années et l'apparition de l'ouvrage souleva des tempêtes. L'Assemblée du Clergé de France de 1685 avait chargé Jean Hardouin du soin d'une nouvelle édition des conciles, à condition qu'il sou- mettrait son travail à M. Witasse, docteur et professeur en Sorbonne et au sieur Le Merre, avocat au Parlement. Hardouin s'accommoda de façon à gagner la faveur personnelle de Louis XIV et, dès ce moment, esquiva la condition imposée. Le roi accepta la dédicace de l'ouvrage et en autorisa l'impression par l'Imprimerie royale. Tant de distinc- tions attirèrent sur la collection l'attention défiante de ceux qui ne partageaient pas les opinions de la célèbre Compagnie à laquelle appartenait l'éditeur. Vers 1699, les presses royales commençaient l'impression quand l'archevêque de Reims dressa les premiers obs- tacles. Après quinze années de chicane, au cours desquelles on avait pu s'édifier sur les sympathies du P. Hardouin pour les maximes romaines ^ et la bulle Unigeiiitus, à laquelle il faisait place dans son in-foL, Paris, 1780, t. i, p. 70. Sur les amendements que comporte ce racontar, cf. H. Quentin, op. cit., p. 35, note 2, d'après les lettres inédites de Baluze. 1. H. Quentin, op. cit., p. 36. 2. T. I, col. 1011-1373. 3. "Voir dans H. Quentin, op. cit., p. 39, note 2, les principales sources à uti- liser pour cette histoire. i. Le dernier volume contenait un Index reruin dans lequel le R. P. exprimait à tout propos ses sentiments ; voir par exemple : Conciliorum auctoritas. XHI. I5IBH0GHAPH1E L09 dernier volume, le roi mourut au moment où s'achevait l'impression de l'ouvrage. Le duc d'Orléans, régent de France, favorable au parti janséniste, accueillit la réclamation, permit au Parlement d'examiner la plainte soulevée par la publication de l'ouvrage. Le parlement chargea six commissaires de lui faire un rapport sur cette affaire^. UAç'is des censeurs détermina le Parlement à prohibei' l'édition comme étant en opposition avec les principes de l'Etat et de l'Église gallicane (171(3). La vente de l'ouvrage fut interdite ; les exemplaires sur lesquels on put mettre la main furent détruits. Sept ans plus tard, en 1722, la défense fut levée et la publication du recueil permise de nouveau, mais à des conditions si abusives ^ que le Conseil d'Etat dut intervenir et, d'autorité, abroger les mesures restrictives (21 avril 1725). Cette fois, la Collectio i-egia pouvait paraître au grand jour. « En résumé on avait fait beaucoup do bruit, de rapports, de mémoires, autour du recueil d'Hardouin, on avait rendu bien des arrêts à son sujet, et tout cela, après dix ans, avait abouti à le faire livrer au public très exactement dans l'état où il était sorti des presses royales ^. » Voici le titre de l'ouvrage : Le premier volume porte en fiiux-titre : Conciliorum collectio regia maximaad P. PJdlippi Labbei et P. Gabrielis Cossartii e Societate Jesii labores liaiid modica acces- sione facta, et emendationibiis plurimis additis, praesertim ex codi- cibiis inanuscriptis ; cum noçis et locupletissimis indicibus, studio P. Joannis Harduini ex eadem Societate Jesu presbijteri. Tomis duodecim. Chaque volume porte le titre suivant : Acta conciliorum et epistolae decretales, cic constituiiones summorum Pontiflcum. Tomus... ab anno Cliristi (xxxiv)... ad annuni (mûccxiv)... Parisiis. Ex tijpograpliia regia, MDCCXV. A la dernière page de chaque volume on lit : Pa?'isiis, ex ti/pogj-aphia regia, cui-anle Claudio lîigaud, Tijpograpldae regiae privfecto , MDCCXV (oumdccxiv). Les tomes i et xi 1. Celaient Ellies du Pin, Charles AMtasse, Denis Léger, Pierre Le Merre, Nicolas Berlin, Philippe Anqueiil. 2. L'arrêt du 7 septembre 1722, dont on peut lire les principales dispositions dé»ns IL Quentin, op. cit., p. 42, ordonnait la publication aux frais de la biblio- thèque royale d'un volume intitulé : Addition ordonnée par arrêt du Parlement pour être jointe à la Collection des conciles, etc. (en latin et en français), in-fol., Paris, Imprimerie royale, 1722. Après l'arrêt de 1722, dom Quentin démontre, p. 43-'i'i, que la vente de la collection d'Hardouin ne fut pas plus permise qu'auparavant. Ij'Avis des censeurs, daté du 7 septembre 1722 et publié cette année même, fit l'objet d'une nouvelle édition, en Hollande, par les soins de l'abbé Cadry, à Utrecht, 1730, et en 1751. Cf. II. Quentin, op. cit., p. 47, note i. 3. H. Quentin, op. cit., [>. 46. 110 IXTRODUCTION portent la date 1715, tous les autres la date 1714. Le tome vi est divisé en deux volumes. La collection contient donc douze volumes en onze tomes, contrairement à ce que dit le faux-titre du tome i^''. Le mérite de l'édition tellement combattue n'était certes pour rien dans l'hostilité qu'on lui témoignait, car la collection du Père Har- douin marquait un réel progrès sur tovit ce qui avait précédé, sauf le volume de Baluze. « Débarrasser la collection des conciles d'une ibule de pièces ou de notes inutiles ou vieillies, en faire un recueil où les actes seuls prendraient place, et ramener les textes à la façon des manuscrits, ou, à leur défaut, à celle des premières éditions, tel fut le triple but du P. Hardouin '^. » Malgré tout ce que sa collection présentait d'avantages sur celles qui l'avaient précédée, clic était destinée à n'exercer aucune influence sur les collections qui la sui- virent, car, proportionnellement à l'effort et au progrès énormes réa- lisés par Hardouin, on peut dire qu'il n' a pas laissé de trace. Quel- ques notes et variantes prises sans discernement, tel est l'apport du recueil du célèbre Jésuite dans les éditions postérieures 2. La première de celles-ci est due à Coleti, ancien imprimeur. Elle compte vingt-trois volumes in-folio parus entre 1728 et 1733 ^, à Venise, chez le frère de l'éditeur. Voici le titre : Sacrosancta con- cilia ad rpgiam cditionem ejcacta qiive olim quarta parie prodiil aii- ctior studio Philip. Labbei, et Gahj-.Cossartii, Soc. Jesu Presbytero- rnm. Nunc vero intègre insertis Stephani Baluzii et Joannis Har- duinia dditamentis, plurimis praeterea nndecumque conquisitis monii- mentis, notis insuper ac obsen^ationibus, firmiori fundamento conci- liorum epoclias praecipue fulcientibus, longe locupletior, et emendatior cxhibetur curante Nicolao Coleti Ecclesiae S. Mot/sis Venetiaruni sacerdote alunino. Tomus prunus ab initiis aerae christianae ad annuni CCCXXiv. Venetiis, mdccxxviii, apucl Sebastianuni Coleti, et J.-Baptistain Albrizzi Q. Hieron. Cuni Veneti Senatus privilegio. 1. H. Quentin, p. 48. 2. Sur la valeur de ce recueil, cf. Sommervogel, Bihliolh. des écriv. de la C^^ de Jésus, au mol Hardouin ; Brunet, Manuel du liliraire, l. m, p. 40-41 ; Fa- bricius, Biblioth. grœc. (1722), t. xi, p. 123-124 (édit. Harlès, t. xii, p. 301) ; Lelong, Biblioth. hist. de la France (1768), t. i, n. 6284-6286 ; Walch, Bihl. theol. (1762), t.. m, p. 827-829 ; H. Quentin, op. cit., p. 33-52 ; Salmon, up. cit., p. 315-331, 786-831. 3. Tomes i-v (1728), vi-ix (1729), x-xiii (1730), xiv-xvii (1731), xviii-xix (1732), xx-xxi (1733). Un des deux volumes d'Jpparatus porte la date 1720, l'autre, la date 1733. XIU. niBHOGKAPHIE 111 Cette édition n'est guère qu'une reproduction de celle de Labbe, v compris les fautes. Les additions sont en petit nombre, les princi- pales consistent dans le volume de Baluze et quelques pièces tirées des Spicilèges. Elle reçut de Mansi un complément en six volumes et un deuxième supplément de quatre volumes publiés en 1798, sous le nom de Sjjnopsis amplissima. Ainsi renforcée « la première grande collection de Venise forme le corps le plus complet des conciles qui existe actuellement » ^. Le supplément aux conciles de Colcti parut à Lucques, de 1748 à 1752 -, sous le faux-titre : Ad Concilia Veneto- Labbeana supplementiim. Le titre est : Snnctoriim conciliornm et decretornm coUectio noi>a sea collectionis conrilioj-um a PP. Plii- lippo Labbeo et Gabriele Cossarlio Soc. Jesii Presbyteris primum vuli^atae, dein emendatiovia , et amplioris opéra Nicolai Coleti sacer- dotis Venetiis j-eciisae suppleineiiliun. In (pto (iddilamenla, variantes lectione.s, emendationes ad Concilia Ve/icto-Labbeana , nova ilidem concilia, ac décréta permulta exhibentur. Oninia e.v editis et mss. codicibii.s undique qnaesitis graecis latinisfjne, colles^it, di^e.ssit, additisrpie pra'fationibiis, notis. dissej'tationibus historicis, criticis, chronolo"ici.s, do^matici^' illnstraçit Joannes Doniinicus Mansi Liicen- sis clericiis res^/daris Congregationis Ma tris Dei. To/nns primas a saeculo cliristiano I, ad anniini MLXXIII. Lucae, mdccxlvii. E.v typo- i^rapliia Josephi Salani, et Vincentii Junctinii, Sitperiorum facultate. Ce fut par ces volumes que Mansi s'essaya à la matière des conciles ([ui devait trouver dans l'énorme collection, à'iic Amplissima , son ex- pression définitive. Ici, il se bornait encore à un Supplément ; dans V Amplissima, il incorporera résolument ses six volumes dans la masse des vingt-trois volumes in-folio de Coleti. Pour son supplément, Mansi fit usage de quelques manuscrits et de copies à lui adressées par ses correspondants de Vienne, de Rome et de Milan. Ce fut sur- tout aux recueils partiels qu'on avait vus s'imprimer en grand nombre depuis un siècle que Mansi fit appel. Le détail de ses emprunts nous entraînerait loin et même nous lerait sortir de notre sujet ^. Quant à ses notes, elles sont d'un mérite très variable. Quel([ucs années après l'achèvement du Snpplemcntum, Mansi aborda son nouveau recueil conciliaire dont le premier volume parut 1. II. Quentin, op. cit., p. 56. Cf. Darling, Cyd. bild. (185'j), p. 740-756 ; Walcli, Bihliolh. tlieul., l. ni, p. 829-830. 2. Tomes i-ii (1748), m (1749), iv (1750), v(1751), vi (1752). 3. H, Quentin, op. cit., p. 65 sq. 112 INIRODUCTION en 1759, à Florence, chez le libraire Zatta, qui faisait tous les frais de l'entreprise. Voici le titre : Sacroriim conciliorum nos>a et amplis- sima collectio, in qua praeter ea quae Phil. Lahbeus, et Gahr. Cos- sartius S. J. et nof^issime Nicolaus Coleti, in liicem edidere ea omnia insuper suis in lacis optime disposita exhihentur, quae Joannes Dominicus Mansi Lucensis, Congregationis Matris Dei evulgavit. Editio nofissima au eodem Pâtre Mansi, potissimuin favorem etiam et openi praestante Emmo. cardinali Dominico Passionei Sanctae Sedis Apostolicae bibliothecario, aliisque item eruditissimis i>iris manus auxiliatrices ferentihus curata, novorum conciliorum, novo- rumque documentorum additionibus locupletata ad mss. codices Vaticanos, Lucenses, aliosque recensita, et perfecta. Accédant etiam notae, et dissertationes quamplurimae , quae in ceteris editionibus desiderantur. Tomus primus, ab initiis aerae christianae ad annum CCCIV. Florentiœ, expensis Antonii Zatta Veneti. La collection com- prend 31 volumes in-folio parus entre 1759 et 1798. Lexxxi^ volume arrive au xv'^ siècle et l'ouvrage est incomplet ; en outre il manque de tables, l'impression laisse place à bien des critiques ainsi que la correction. Ce n'est pas ici le lieu d'entreprendre l'étude de VAmplis- sima. Cette étude a été faite et bien faite. Dom Quentin lui a consacré la majeure partie d'un livre excellent ^ dont la conclusion, quoique un peu sévère peut-être, seralanôtre. Œuvre manquée, VAmplissima constitue dans le domaine de l'érudition une véritable mystification scientifique. Elle reproduit toutes les éditions antérieures et ne les supplée pas. Les erreurs fourmillent et l'énorme masse est d'un maniement presque impossible, faute de tables. Le sens critique est absent d'un bout à l'autre. C'est une œuvre à refaire -. Les destinées de VAmplissima n'étaient pas terminées. Après un long silence, la question des éditions conciliaires se posa de nouveau dès que commencèrent à circuler les bruits avant-coureurs du concile de 1870. Un prospectus publié à Paris, en 1867, annonçait une nouvelle collection in-quarto intitulée Conciliorum œcumenicorum nova et amplissima collectio, juxta editionem Romanam Jos. Cata- lani, additamentis, dissertationibus et notis C. Baronii, Bellarmini, 1. Op. cit., p. 77-186. Cf. Fabricius, Bihlioth. grœc. (édit. Harlès), t. xii, p. 302-303. 2. On n'a pas manqué cependant d'éloges pour ce fatras ; c'est ainsi que parmi les a extraits de lettres de collaborateurs et de souscripteurs adressées » à l'éditeur ou au directeur de la réédition par les procédés anastatiques, on lit que VAmplissima est « la meilleure collection des conciles ». XIII. BIIiLIOGItAPHIK 113 Fr. Suaresii, Se(^. Binii, Sirmondi, L. Bail, Ph. Labbei, Gabr. Cos- sartii, Harduini, D. Mansi necnon multoriun aliorum illusLrata, oui accedil index copiosissimus per ordinem alphabeUcum digestus, opère et studio directorum Rom. publicat. Analecta juris pontifici. L'abbé Migiic avait annonce une collection en quatre-vingts volumes, et, en 1869, y. Palmé mettait en vente V Apparatus de Jacobatius reproduit à la suite des collections de Labbe et de Coleti. Enfin, en 1870, le môme éditeur lançait le prospectus d'une collection placée sous le la direction de l'érudit Henri Nolte et portant ce titre : Sacrorum conciliorum noç>a et amplissi/na collectio, qiinm post Ph. Labbeum. G. Cossartiuni, J. Harduinum et Joan. Doni. Mansiuni, adhibitis siiperioruni editorum commentariis edidit Henricus Nolte. Le format devait être le grand in-quarto. En 1900, un prospectus fut publié sous le titre suivant : Conci- liorum amplissi/na collectio, de J.-D. Mansi. Continuation.^ supplé- ment et corrections. Directeur : Abbé J.-B. Martin; Editeur : H. Welter. Aux termes du prospectus on se propose de donner « la reproduction de V Amplissima de J.-D. Mansi, augmentée d'une con- tinuation jusqu'à 1900 et d'un supplément général corrigeant les erreurs de V Amplissima, donnant les textes qui manquent dans ce recueil ainsi que les notes et observations que les travaux des éru- dits permettent d'y ajouter. L'œuvre consistera donc d'abord dans une reproduction par fac-similé des trente et un volumes de V Am- plissima de J.-D. Mansi. La seconde partie de l'œuvre consiste à poursuivre, depuis l'année 1439 jusqu'à nos jours, le recueil général des conciles: c'est la c ont in u a tio/i ; \mis à offrir au public un supplé- ment général qui contiendra : « 1" Les textes qui manquent dans V Amplissima, soit inédits, soit figurant dans un recueil extra-conciliaire ; « 2" Les testimonia qui manquent dans l'œuvre de Mansi ; « 3'* Les variantes notables aux textes publiés ; « 4" Le redressement des erreurs d'attribution ainsi que des mau- vaises leçons; « 5*^ La mention des erreurs et lacunes qu'on aura relevées dans les dissertations et les notes des divers éditeurs ; « 6" Ceux-ci ayant arrêté trop tôt — à l'an 1300 — la publication intégrale des synodes et statuts synodaux, on en donnera, jusqu'à l'époque du concile de Trente, le texte complet et^ après 1564, une analyse substantielle. « Nous n'insérerons, dans la continuation et le supplément, que CONCILES — I — 8 114 IXTItOUUCTION les actes des conciles et les documents conciliaires. Nous n'y mettrons ni les vies des papes, sauf pour les passages qui se rapportent aux conciles, ni les lettres des papes qui ne les concernent pas directement. « UApparatus sera infiniment plus riche que ceux de Laljbe et de Coleti. Quant aux tables, plus complètes que celles d'aucune collec- tion précédente, elles seront faites avec le plus grand soin et il sul- fira de les consulter pour retrouver dans les diverses sections de notre collection, tous les textes qui ont trait à un même concile, à un même fait, à un même personnage, à un même point de dogme ou de discipline. Elles seront préparées au fur et à mesure du tirage des bonnes feuilles de chaque volume, ce qui permettra de livrer aux souscripteurs les deux ou trois tomes qu'elles rempliront, dans l'année qui suivra la publication du dernier volume de la collection ». Il faut attendre l'effet de ces promesses ^. La reproduction en fac-similé tirée à 250 exemplaires seulement par les procédés anastatiques de C. Reinecke à Berlin pour H. Welter, éditeur, compte à l'heure où on écrit ces lignes trente-cinq tomes dont plusieurs dédoublés en deux volumes. Outre les collections générales, il en existe d'autres composées au point de vue de tel ou tel pays. Parmi ces recueils de moindre envergure plusieurs sont des œuvres de premier mérite. Les noms du mauriste dom Labat, des Ballerini, et dans un champ d'études limitrophe à celui des conciles — les lettres des papes — le nom de dom Constant, restent synonymes de critique pénétrante et de sincérité absolue. Allemagne. — Concilia Germaniae [1747] quae Joan. Frid. Schannat magna ex parte primum coUegit, dein Jos. Hartzheim... plurimum auxit, continuavit, notis, digressionibus criticis, charta et dissertatione chorographicis illustravit, Herm. ScJioll ei>ohit, auxit, Aeg. Neissen complevit cum indicihus digestis ah Am. Ant. Jos. Hes- selmann; 11 vol. in-fol., Coloniae Aug. Agripp., 1759-1790. 1. Etat de la publication au ler juillet 1906. — Tom>js i-xii, xx-xi', xxxii (1901) ; t. xiii-xx, xxxiii-xxxv ^ (1902) ; t. xxi-xxviii, xxx (1903) ; t. xxix (1904) ; xxxi « (1906). Les tomes xvii <^ et xviii <" contiennent les conciles de 872 à 967 ; t. xvn '' et xvm & : Baluze, Capitularia ; t. xxxii, conciles de 1438 à 1549 ; t. xxxiii con- ciles de 1.t45 à 1Ô65 ; l. xxxiv <"', conciles de 1565 à 1727 ; l. xxxv a!', conciles de 1414 à 1724. XIll. 1Î115LI0GUAPH1E llj A. J. Biiitei'iiu, Prai;'matisc/ie Geschichte der deutschcn national- provinzial-und çorziiglichsten Di'ôcesan-concUien votniv. Jahrii. bis aufdas ConciJium zu Trient, mit Bezug auf Glaubens-undSittcnlelire, Kirchendisziplin iind Liturgie; 7 vol. gr. iu-8, jNIainz, 1835-1840; 2 édit. 7 vol. gr. in-8, Maiiiz, 1843-1851. A. J. Binteiim et II. J. Floss. Sitpplementum Concilioruni Ger- nianioe..., tuni ex codicibus mas., tuni ex impressis exemplaribas descripttun^ collectum^ digestuni et prelo sitbjectuni, in-8, Colonial 1851, iv-30 pp. J. A. Sehniidt, De conciliis Moguntinis disser/atio, dans G. Cli. Joannis, Scriptores reriini Moguntiacarnni, in-lol., Francofurli ad Mœnum, 1727, t. m, p. 281-314. J. A. Sehniidt et Polyc. Lyseriis, Dissertatio qua historiam conci- lioruni Moguntinensiuni et impriniis concilii a. MCCCX habiti rec, iii-4, Helmstadii, 1732. Stepli. Wiirdtwein^ Elenchus concilioriun Moguntinorum^ etc., add. praefatiojiis loco sciagraphica historiae Moguntinae diploma- tico-pragmatica, in-4, Moguntia% 17G1." Concilia Moguntina in elenclio nuper edito nuntiata, novis acces- sionibus aucta, quels disciplina Ecclesiae Moguntinae saec xiv, xv et XVI, xv,praecipue vero obscura concordatorum Gernianiae hisloria illustratur; in-4, Mannhemii, 1766. J. J. Blattau^ Statuta synodalia, ordinationes et mandata archi- diœcesis Trevirensis, nunc primum collegit et edidit, 8 vol. gr. in-4, Augustae Trevirorum, 1844-1849. Monumenta conciliorum generalium saec. xv, edd. caes. Acad. scient, socii delegali, t. i, m, Conc. Basileens. scriptoruni, in-rol., Yindobona% 1857-1896. Angleterre. — H. Spelman, Concilia, décréta, leges, constitu- tiones in re Ecciesiarum orbis Brilannici, viz.Pambritannica, Panan- glica, Scotica, liibernica, Cambrica, Mannica^^ provincialia, dioe- cesana, ab initio christianae ibidem religionis ad nostram usque aetatem, opéra et scrutinio Henrici Spelman, eq. Aur., tribus dis- tincta tomis, quorum primus hic tomus ea continet quae a priniis Christi saeculis usque ad introitum Normannorum [id est an. Boni. 1066) habita sunt et celebrata, in-lol., Londini, 1639. II. Spelman mourut en 1641 et ee ne fut qu'en 1664 que son petit-fils, Charles Spelman publia le tome ii*^ de la eollection d'après les notes de son aïeul mises en ordre et eomplétées par ^Y. Dugdale. Ce tome ii s'ar- 116 INTRODUCTION rête en 1531. Le tome i*'' fut seul utilisé par l'édition royale du Louvre de 1644. Le tome ii a servi à l'édition de Labbe et Cossart, en 1672. Le tome m" n'a jamais paru. D. Wilkins^, Concilia Magnae Britanniae et Hiberniae, a synodo Verolamiensi a. D. 446 ad Londinensem a. D. 1717 ; accédant con- stitutiones et alia ad historiae Ecclesiac Anglicanae spectantia, 4 vol. in-fol., Londini, 1737. Ce recueil a été dépouillé à deux reprises par Mansi pour le Siipplementum et pour V Amplissima avec une rare négligence *. Le recueil de D. Wilkins a fait l'objet d'une bonne étude de M. G. Masson -. Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical documents relatinsrto the Great Britain and Ireland, edited after Spelman and Wilkins^ hy A. W. Haddan and W. Stubbs, 3 vol. in-8, Oxford, 1869-1873. Reuterdahl, Statuta, synodalia çeteris Ecclesiae Suevogothicae, in-8, Londini, 1841. Belgique. — De Ram, Synodicum Belgicum, 3 vol. in-8, Mechlinii, 1828 (inachevé). Espagne. — Garcias de Loaysa Giron, Collectio conciliorum Hispaniae, diligentia Garsiae Loaisa elaborata eiasque vigiliis aucta. Madriti,excudebat Petrus Madrigal, un vol. in-fol., 1593. Ce recueil a été utilisé par l'édition de Sévérin Bini. Jos. Saenz de Aguirre, Notifia conciliorum Hispaniae atque No^i Orbis, epistolarum decretalium et aliorum monumentorum sacrae antiquitatis, ad ipsam spectantium, magna ex parte hactenus inedito- rum, petit in-8, Salmanticae, 1686; cum addit. Jos. Catalani, in-fol., Romœ, 1752. J. Catalani, Collectio maxima conciliorum omnium Hispaniae et Novi Orbis epistolarumque decretalium celebriorum, necnon plurium monumentorum veterum ad illam spectantium, cumnotis et disserta- tionibus quibus ss. canones, historia disciplinaque ecclesiastica et chronologia illustrantur , 4vol. in-fol., Romae, 1693-1695; edit. altéra, novis additionibus aucta, auct. Jos. Catalano, 6 vol. in-fol., Romae, 1753-1755; cum adnotationibus Syh. Puego, in-fol., Matriti, 1781 3. 1. H. Quentin, op. cit., p. G7. 2. G. Masson, Une nouvelle collection de documents relatifs à l'histoire ecclé- siastique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, dans la Rev. des Quest. histor.^ 18G9, t. vu, p. 605-610. 3. Cf. P. L. Blanco, Nolicia de las antiguas y genuiaas collecciones canonicas ineditas de layglesia Spanoîa, iii-8, Madrid, 1798. Xin. BlDLIOGr.APIUE 117 A. Burricl, Vcrn et geniiina coUcctio ç'eterum canonum Ecclesiae Hispanicae, a d. Isidoro Uhpalensi metropolitano adornata et ad mss. codd. vcnerandoe antiquitatis fidem exacta et castigata, 4 vol. in-(ol. (mss.). Praefatio histoiicocritica in çeram et genuinam col- lectionem veteriim conciliorum Ecclesiae Hispanae, a d. Isidoro His- palensi^ metropolitano, Hispaniarum doctore, primiim ni credilur adornatam, conscquentihus deinde saeculis ab JHispanis Patribus auciam, e pluiibus mss. codd. venerandae antiquitatis, Toletanis nempe, Scurialensihus, RivipuUensibus, Geriindensi, Cordubensi, Urgellensi et aliis erutam et ad eoriim fidem castigatam, edit. Car. de la Serna Santander, in-8, Bruxellse, an VIII (18C0). Fr. A. Gonzalez, CoUectio canonum Ecclesiae Hispanae euproba- tissimis ac pervetustis codd. nunc primum in lucem édita a publica Matritensi bibliotheca, in-fol., Matriti, 1808. France. — J. Su raonà, Concilia antiqua Galliae,... cum epis- tolis pontificvm, principum constitutionibus et aliis Gallicanae rei eccfesiasticae monimentis, quorum plurima çel intégra çel magna ex parte nunc primum in lucem exeunt. 3 vol. in-fol., Parisiis, 1629. Ph. Labbe, Galliae synodorum conciliorumque brevis et accurata historia, cum indice geographico conciliorum omnium gêner alium, provincialium, etc., quaein xxxviltomis editionisregiae aliisque scripto- ribus ecclesiasticae historiae repereri potuerunt, in-fol.^ Parisiis, 1646. L. Bail, Additio ad Summam conciliorum, in qua plurima concilia Galhca nondum édita çel in corpus aliquot concilioru?n relata conti- nentur, multaque monumenta ad synodos Galliae spectantia ex ma- nuscriptis ab oblivione vindicantur, cum annotationibus theologicis et historicis, in-fol., Parisiis, 1645. L. Odespun de la Mechinière, Concilia novissiiiia Galliae a tem^ pore concilii Tridentini celebrata, in-fol., Parisiis, 1646. P. de la Lande, Conciliorum antiquorum Galliae a J. Sirmondo editorum supplementa, in-fol.^ Parisiis_, 1666. S. ^aXwze^ Concilia Galliae Narbonensis Step. Baluzius Tutelensis, in unum collegit nunc primum edidit notisque illustravit, in-8, Pari- siis, 1668. Fr. Pommeraye_, Sanctae Piotho?nagensis Ecclesiae concilia ac synodalia décréta, quae hactenus aut nondum édita aut variis locis dispersa, inunum corpus collegit, ad mss. fidem et meliores editiones contulit, summorum pontiflcum, archiepiscoporum et episcoporum Normanniae tabulant exhibuit, ac eorumdem et regum, principum et 118 INTRODUCTION aUorum diplomata, epistolas, conç>entiones... addidit, notas praeterea et obserçationes suhjunxit in eadem concilia per Aug. Godin, in-4, Rothomagi, 1677. G. Dessin, Concilia Rotomagensis provinciae ; ace. dioecesanae synodi, pondficum epistolae, regia pro Normanniae clero diplomata, nec non alia ecclesîasdcae disciplinae moiiumenta, ex illis non panca hactenus inedita, qiiae prias édita fuerant ad mss. codices recognita etejnendatasunt, collata quaedam cum aatogj-aphis^ disposita omnia, juxta chronologiae ordinem et obserç>ationibus... illustrata, in-fol., Rofomagi, 1717. [Dom Dan. Labat,] Conciliorum Galliae tam editoriun qnam inedi- toruni collectio, tempovum ordine digesta, ab anno Christi ill ad ann. 1563 cum epistolis pontiflcum, principnm constitutionibas et aliis ecclesiasticae rei Gallicanae monimentis, in-fol. _, Parisiis^ 1789 ^. F. Maassen, Concilia aevi merovingici dans Momimenta Germa- niae historica, sectio III, concilia, t. i, in-4, Hannover.ie^ 1803. Hongrie. — P. PétcrfFy, S. J., Sacra concilia Ecclesiœ Roinano- catholicœ in reg?io Hun^aiise celebrata ab anno Christi MXVI iisqiie ad anniun MDCCXV (le tome ii porte jusqu'à l'année mdccxxxiv), acce- dit regiun Hungariae et Sedis apostolicae legatoruin constitutiones ecclesiasticx , ex mss. potissimum ernit, coll., illustr., 2 vol. in-fol. Viennœ Austr., Posonii, 1741-1742. 2 Italie. — Il n'existe pas de collection générale des conciles ita- liens, mais les conciles de certaines périodes particulières et de certaines provinces ont fait l'objet de publications distinctes. C'est ainsi que les cinq premiers conciles provinciaux de Milan sous saint Charles Borromée ont été réunis et publiés à Milan et à Brescia, en 2 vol. in-8, 1579-1581 ; le sixième et dernier concile provincial de saint Charles se tint en mai 1582 et le texte fut publié en 1583. Il existe aussi un Sijnodicon Beneçe?itanensis Ecclesiae, continens con- cilia XXI... ; (de Benoît XIII) in-fol., 1695 ; edit. ait. duobus conciliis cumulatior. in-fol., Romœ, 1624. — Elruria sacr« (1327-1732), 1. Clément etBrial, Mémoire sur une nouvelle collection des conciles de France, \n-'t, Paris, 1785; Bull, du Biblioph., 1872, t. xxxix, p. 130-132, 135-139; Dupuy, dans le Journal des sçavants, 1785, p. 799-800 ; 1789, p. 468-477 ; Revue des sciences ecdé^., 1876, t. iv, p. 250-267. 2. Hungari, Hist. Ilungar. litter., 1745, p. 80-146 ; Nova acta erudit., 1783, p. 241-255 ; 1747, p. 625-639. Xlll. lllIîLIOGnAPHIK 119 in-fol., FlorcntiiP, 1732, t. i, seul paru. — Arta Ecclesùie MedioLa- nensis, 2 vol. in-fol., LugJuui, 1(38,'). i^uiir les coUeclions eanoiut|ucs et conciliaires oiientales, cl. Ruhens Duval, La littérature syriaque, in-12, Paris, 1899, p. 171- 183 ; J.-B. Chabot, Si/nodico/i urie/itale ou recueil des synodes nes- toricn.s publié, traduit et a/i/ioté d'après le nis. syriaque 332 de la Bibliothèque nationale et le nis. K. VI, iv, du musée Bor^ia à Rome, clans les Notices et e.vtrails des manuscrits de la BibliotJiéque natio- nale, t. xxxvii, 1902 ; — I^nazio Guidi, Il « Fetha Naqastii o « Le- gislazione dei lie », codice ecclesiastico e civile di Abissinia publicato {tradotto e annotato) da I. G. (éthiopien et italien), in-4, Napoli, 1897. Pour les conciles grecs, J.-B. Pitra, Juris ecclesiastici Grsecorum historia et jnonumenta, 2 vol. in-4, Roma?, 1864-1868. Pour rAmérique du Sud, Lima Limata, in-fol., Romœ, 1673. Il faut mentionner spécialement l'entreprise d'un groupe de jésui- tes de Maria Laaclî. La Collectio Lacensis. Acta et décréta sacrorum conciliorum recentiorum, 7 vol. in-4, Freiburg, 1870, contient des textes conciliaires postérieurs à l'année 1682 jusques et y compris le concile du Vatican. Il existe un certain nombre de Sommes conciliaires dont quel- ques-unes ne sont pas entièrement dépourvues de mérite et témoi- gnent d'une érudition solide et étendue sur la matière de la part de leurs éditeurs. P. A. Alletz, Dictionnaire portatif des conciles, in-8, Paris, 1758, 1764 ; in-12, 1772 ; Dictionn. des concil. suivi d'une collect . des canons les plus remarquables, in-8, Besançon, 1822; in-8, Paris, 1829; trad. allem. par Discli, in-8, Augsbourg, 1843. D. Angelocrator, Epitome conciliorum, in-4, Marpurgi, 1620. L. Bail, Summa conciliorum omnium ordin., aucta et illustr. ex Merlini, Jovesii, Baronii, Binii, Coriolani, Sirmondi aliorumque collectionibus ac manuscriptis, cum annotât, dominât, et histor., 2 vol. in-fol., Parisiis, 1645, 1659, 1672; 2 vol. in-fol., Patavii, 1701, 1704, 1775. A. Baldassari, Istoriacompendiosa de' concilii ecumenici delï Oriente e dell'Occidente, con la scelta d'alcuni concilii nazionali e provinciali, 2 vol. in-12, Venezia, 1708; 4 vol. in-4, 1713-1721 ; Ristretto com- pendiosissimo, in-12, Foligno, s. d. 120 INTRODUCTION Bartholomseus a Martyribus, Summa conciliorum omnium, tain generalium quam proçincialium, collecta...^ in-8, Aug. Taur., 1869. M, Battaglini, Istoria universale di tutti i concilij generali e par- ticolari di s. Chiesa, in-fol. Venezia, 1686, 1689, 1696, 1704, 1714. C. Becker, Dissertât, ad historiam cojïciliorum geiieralium, in-8, Monast. Westph., 1776. G. Beveregius, H'ovcZi'/.i^ sive pandectse canonum ss. Apostolorum et conciliorum ah Ecclesia grseca receptorum, nec non canoincarum ss. Patrum epistolarum [gr. lat.], una cum scholiis antiquorum singulis eorum anneais et scriptis aliis hue spectantihus, quorum plurima e biblioth. Bodleianse aliorumque mss. codicibus nunc primum édita, reliqua cum iisdem mss... coUata G. Bev. recensuit, prolegomenis munivit et annotationibus auxit, 2 vol. in-fol. (en 3 parties), Oxonii, 1672-1682 \ Bietis, Epitome seu compendium conciliorum, in-^, Bononise^ 1766. Cl. Blassius, Eccplanatio ss. conciliorum adfidem vetustiss. Biblio- thecœ regise exemplaris emendata, nunc primum édita grsece cum versione latina, in-8, Parisiis, 1553. Bonaventura S. Eliae, Synopsis œcujnenicorum orientalium conci- liorum in cpta prseter historiarum notitiam, hseresium proscriptionem canonumcpie breviculum . . . , in-12, Romœ^, 1687. Bouchard, Summula conciliorum generalium sanctse Romanœ ca- tholicœ Ecclesise, in-12, Parisiis, 1718. J. Bouillet, Abrégé historicpie des conciles généraux, in- 12^ Mou- lins, 1703. L. Brancatns de Laurea, Epitome canonum omnium, qui in con- ciliis generalihus ac provincialibus, in decreto Gratiani, in decreta- libus, in epistolis et constitutionibus Romanorum Pontifîcum... con- tinentur, in-fol., Romse, 1659 ; in-fol., Venetiis, 1673 ; in-fol., Colo- nise, 1684; in-fol., Venetiis, 1706, 1778. H. Th. Bruns, Canones Apostolorum et conciliorum sœculorum iv-vii recogn. atque insign. lectionum varietatis ?îotationes subjunxit, cum prsefat. Aug. Neandri, 2 vol. gr. in-8, Berolini, 1839. H. Bullinger, De conciliis . . . , in-8, Tiguri, 1561, F. Buy, Histoire en abrégé des cpiatre premiers conciles géné- 1. G. Beveregius, Codex canonum Ecclesise primitivse vindicatus ac illuslra- tus, in-4, Londini, 1678 ; in-4, Amstelodami, 1697 ; 2 vol. in-8, Oxonii, 1844 ; Codex canonum Ecclesise universalisvindicatus, dansCoteVier, Patrum apostolic. opéra, 1698, t. ii, part. 2, p. 1-182. XIII. niBLIOGRAPHIE 121 rai/.r, 3 vol. iii-12, Paris, 1676 et 1679, 2 vol. in-12, Paris, 1699. J. Cabassutius, Notitia conciliofum sanctee Ecclesiœ, in-8, Lugduni, 1670; iii-8, Venetiis, 1703; 2 vol. in-8, Monachii, 1756; in-8, Lovanii, 1776. — Notitia ecclesiastica Jnstoriarum^ concilioriim et canonum invicem collotorum, veterumque juxta ac récent. Ecclesiae ritiiuni, ah ipsis Ecclesiae cJiristianae iiicunabulis... secundum ciijiisque saeculi seriein accurate digesta, in-fol., Lugduni, 1680, 1685, 1702 ; in-l'ol., Coloniae, 1725 ; in-fol., Bambergae, 1754. — Stjnopsis conciliorum etc., 3 vol. in-8, Paris, 1839. J. Camerarius^ Synopsis concilioriun cecumenicorum, grvece et latine, in-8, Helmstadii, 1614 ; in-8, Helmstadii, 1620, B. Carranza, Summa concilioritni, in-8, Venetiis, 1546, 1549; in-8, Antwerpiae, 1564; in-8, Duaci, 1639; in-8, Lovanii, 1668; E. Syhii additionibus illustr., in-8, Duaci, 1679; in noviim ordinem chronologicum redacta,... aiicta,... continuata, notis illustr. a Dom. Scliram, 4 vol. in-8, Augustoe Vindelicorum, 1778. J. Catalani, Sacrosancta concilia cecumenica ., prole^omenis et com- mentariis illustrata, 4 vol. in-fol., Romœ, 1736-1749. D. E. Coccucci, Storia dei concilii ecumenici, dai primi tempi délia Chiesa, in-8, Venezia, 1869. G. Contarenus, Concilioriun ma^is illustriuni sununa, in-4, Pari- siis, 1543; in-8, Venetiis, 1562. J. Doujat, Synopsis conciliorani et chronologia Patrum, pontifi- cum, ijyiperatorum, etc., in-12, Parisiis, 1674. El. Ehingerus, Kavcvsç twv à-OTTCAtov -/.a', twv x-j'itov rjviowv. Apo- stolorum et ss. conciliorum décréta, e canon, d. Hilarii Pictaçiensis et August. bibl. gr. et lat. ef/. ;in-4, Wittembergae, 1614. Van Espen, Tractatus historico- canonicits exhibens scholia in omnes canones conciliorum^ ta m graecos auam latinos, et famosiores canonum codices, in-4, Leodii, 1693; in-4, Rothomagi, 1710 et Opéra (1748), t. v. R. 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Lupi, SijnodoviiDi genernliiiiv ne j)roi>inrinliinn derrela et canones, scholiis, notis ne his/orica acloruw dissei'totione illi/s/rofa , 5 vol. ln-4, Lovanii, 1665-1073 ; 6 vol. iii-4, Yenetiis, 1724. Fr. INIaassen, Z^vei Sijnoden unter Kôniq C/ulderich II. nach eincii Maniiscript der Sladlhihliolhek <>>on Alhi, iii-8, Graz, 1867, J. Le Maire de Belges, Le promptuaire des conciles de l'Eglise catholique, avec les scismes et la différence d^iceiilx, petit in-8 [Paris, vers 1530] ; in-8. Paris, 1533 ; in-16, Paris, 1545; in-16, Lyon, 1547 ; in-16, Paris, 1547. B. Ohcvhauser, Manuale seleciorii ni concilioi'ii m et canon/un, in-4, Salisburoi 1776. J.-P. Paravicini, Polyajithea ss. canoniini coordinatorum qui in conduis... in Oriente ac Occidente celehr... prodierunt ,?<\o\.'\n-ïo\., Neopragae, 1708; 3 vol. in-foL, Colonitc Agrippina', 1728. [Nie. Poisson,] Delectus actonnn Ecclesiœ aniçersali.s, scii nova siunnia concilioriun, epistolarum, decretorum snninwriun j)ontificuni , capitiilarium^ etc., quibus Ecclesiae fides et disciplina nili soient, cum notis ad canones, 2 vol. in-foL, Liigduni, 1706. Rhally et Potlis, Constitutions des canons des saints Apôtres, des conciles œcuméniques et provinciaux et des Pères de V Eglise, avec les commentaires des anciens et les variantes [en grec], 6 vol. gr, in-8, 1854-1859. Ch.-L. Richard, Analyse des conciles généraux et pa/'ticuliers, contenant leurs canons sur le dogme, la morale et la discipline, tant ancienne que moderne, expliqués par des notes..., 5 vol. in-4, Paris, 1772-1777; traduction latine par J.-And. Dalmasus, 5 tomes en 2 vol. in-foL, Yenetiis, 1776, 5 vol. in-4, Augusttc Vindèlicorum, 1778-1782 ; 2 vol. in-8, Bruxelles, 1886 ; 3 vol. in-8, Bar-le-Duc, 1868. Em. Richer, Historia concilium generaliuni in quatuor libros distrihula , 3 vol. in-4, Parisiis, 1680; 3 vol. in-8, Colonise, 1683. G. de Rives, Historia omnium conciliorum, tam generalium quam provincialium, cum suhscriptione praecipuorum Patrum maxime Galliarum , in-foL, Lugduni, 1663. J. L. Ruclius et J. L. Hartmann, Concilia illustrata per ecclesia- sticae historiae ex veterum fastis, adprobatis codicibus, antiquis monimentis et raris mss. deductae diegeticam dilucidationem, 4 vol. in-4, Norimbcrgae, 1675. J. L. Ruelius et J. L. Hartmann, Conciliorum universaliiim et 124 INTRODUCTION particularium, nationalium provincialinm et dioecesanorum collectio, ah ApostoUs iisqj/e ad aetatem nostram, per sexdecim saecula, illo- riim conçocationes, acta et sanctiones historiae, 4 aoI. in-4, Norim- bergae, 1675. J. Sagittarlus, Canones concilioriim, in-fol., Basileae, 1553. F. Salmon, Traité de Tétiide des conciles et de leurs collections, divisé en trois parties, ai>ec un catalogue des principaux auteurs qui en ont traité et des éclaircissements sur les ouvrages cpii concernent cette matière et sur le choix de leurs éditions, in-4, Paris, ïll^. E. a Schelstrate, De conciliis africanis eorumque canonihus, cum scholiis ac notis, in-4, Romae, 1679. — Antiquitas illustrata circa concilia generalia et provincialia, décréta et gesta pontijicuin et praecipua totius historiae ecclesiasticae capita, in-fol., Antwerpiœ, 1678; in-fol., Romœ, 1692. S. Starovolsciiis, Epitome conciliorum tam generalium quam pro- vincialiuni in graeca et latina Ecclesiae celehratorum,... itemque vitarum Romanorum Pontificum, epistolarum decretalium et diver- sarum sanctionum eorum, cum chj^onologia et'histor. observât, lib. XXVI comprehensa, in-fol., Romse, 1615, 1653. J. Tilius, Codex canonum seu canones ss. Apostolorum et pris- carum synodorum décréta, in-4, Parisiis, 1540, LIVRE PREMIER CONCILES ANTÉRIEURS A CELUI DE NIGÉE CHAPITRE PREMIER CONCILES DES DEQX PREMIERS SIÈCLES (831 Le premier concile, type et modèle de tous les autres, fut tenu par les apôtres, à Jérusalem, entre les années 50 et 52 après Jésus-Clirist, pour trancher la question relative à l'obligation de suivre l'ancienne loi 1. 11 est probable qu'il n'y a pas eu d'autres conciles pendant le 1. Act. apost., c. XV. La date de cet évéaemeut parlicipL' à l'incertitude de la chronologie de toute la période apostolique. Renaa, Saint Paul, in-8, Paris, 1869, p. 73 sq.; Duchesne, Les origines chrétiennes, 1881, p. 29, adoptent l'an- née 51 ; Kraus, Hist. de l'Eglise^ in-8, Paris, 1896, t. i, p. 79, préfère l'année 52, « peut-cire 51,» ajoule-t-il aussitôt ; Hergenrôther, ^is/. Je /'^"-//se, in-8, Paris, 1880, t. I, p. 185, hésite « entre les années 50 et 52 » ; Duchesne, Hist. anc. de l'Eglise, in-8, Paris, 1906, t. i, p. 24, ne donne aucune date, mais place la réu- nion de Jérusalem un certain temps avant l'année 53. Il existe sur ce « concile de Jérusalem » toute une littérature un peu ancienne à laquelle Ilefele ne s'est guère attardé. Sans parler des histoires générales et des collections cano- niques et conciliaires, voici les titres de quelques dissertations ; J. M. Lano^- gutli et J. n. Rempius, De concilii apostolici canoite, in-4, Erfurti, 1681 ; J. C. Dannhaver et J. MùUer, De concilio Ilierosolymitano ex Act., xv, in-4 Artren- torali, 1690 ; C. Schoettgen et J. D. Jaencke, De ritibus gentilium in synodo Hierosolymitana prohibitis ad Act., xv, 29, in-4, Stargardiae, 1723 ; J. D. Léo et D. Peucker, De decreto concilii Ilierosolyinitani, in-4, lenœ, 1725 ; IL Benzelius et L. Linzander, De decreto apostolico Act., xv, in-4, Londiui Gothoruui, 1738 ; M. Â[mbrogi] R[ossi], Dissertazione storico-critica, do\'e si vuol provare clie il concilio Gerosoliniitano contra i riti Mosaici c specialmente contro la circonci- sione giudaica fu cclebrato dagli Apostoli avanii che S. Paolo riprendesse publi- camente Cefa in Antiochia, dans Bibl. moderna, 1763, t. i ; J. Floder et C. A. Fagerrolh, Epistola synodica ad Antiochenos ad Act., xv, 23-29, in-4, Upsalai, 1773 ; Nitzsch,Z)e sensu decrctiapostolici, Act., xv, 29, in-i, Vitembergae, 1795 f ; J. A. Noesselt, Dissertatio de vera vi et ralione decreti Hierosolymitani, Acta, xr, 12G LIVltE I, CIIAimiiE I i*^'' siècle (le Tère chrétienne ^, ou du moins nous n'en avons pas con- dans Exercitatt. ss. Scriptur. Inteipv., d802, p. 95 ; C. Olbers et J. Tli. Ilels- tadius, De concilio Ilierosolyniitaiio, in-i, Upsalœ, 1813 ; Essai sur les motifs qu'eurent les Apôtres de défendre dans le concile de Jérusalem de manger du sang et des ^nandes suffoquées, dans VAuxil. cathol., 1816, I, iv, p. 320-328 ; Fried- lieb, Ueber das A/JOsteldekret, Aposlelgesch., xv, dans Oesler. Viertelja/irs. kath. Théo lo g., 1863, p. 165-176 sq. ; W. Schenz, Historisch-exegetische Abhandlung liber das erste allgemeine Concilin Jérusalem (52 nach Chr.), in-8, Regensburg. 18G9; C. Schmidt, De Apostolorum decretisententia et concilio, gr. in-i, Erlan- gen, 1874 ; A. Noyer, La conférence de Jérusalem, Etude sur Actes, xv, et Ca- lâtes, II, in-8, Genève, 1875 ; J. Tliomas, L'Église et les judaïsants à l'âge apos- tolique. La réunion de Jérusalem; dans Rev. des Quest. histor., 1869, t. xlvi, p. '±00-460 ; ïli. Barns, The apostolic conférence of Jérusalem, a study in chro- nology and criticisni, dans The Expositor, 1896, série 5e, t. iv, p. 298-308. Voir la dissertation Le concile apostolique de Jérusalem, à I'Appendice. Avec chaque concile nous donnerons les référeuces abrégées aux priacipales collections décrites dans la bibliographie qui forme le § xiii de la Préface géné- rale, p. 97. Ces abréviations serout assez, claires pour permettre au lecteur de se reporter au titre complet que nous réduisons ici et dans la suite au s-trii t indispensable. Conc. Ileg. (16'i'i), t. i, col. 4; Labbe (1671), t. i, col. 19-22 ; Coleti, Conc. (1728), t. i, col. 19-21 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. i, col. 23. 1. llefele ne fait pas allusion au pi-étendu concile apostolique tenu à Anlio- che. L'assemblée paraissant n'avoir aucun fondement historique, nous ne di- sons rien de la date que plusieurs auteurs se sont évertués à lui attribuer. La preuve de ce concile repose sur une phrase du pape Innocent 1er rappelant que c'est à Aiitioche que la religion nouvelle reçut son nom de chrétienne et ajou- tant à propos de cette ville : qu.e conventum Apostolorum apud se celeberrimum meruit. Innocent P"", Epist., xxiv, ad Alexandrum, P. L., f. xx, col. 548. Noël Alexandre pense que ce pape « peut bien s'eslre brouillé et avoir rapporté à Antioche ce qui s'esloit fait à Jérusalem au sujet de l'église d'Antioche ». 'lille- mont présume une faute dans le texte et propose de lire pro se au lieu de apud se. Dom Coustant n'a rien rencontré dans les manuscriLs qui favorisât celte conjecture, Epist. pontif., in-fol., Parisiis, 1721, col. 851, et se garde de prend i e parti. Severin Biui trouve une confirmation du synode d'Antioche dans ces paroles du lie concile de Nicée, l"'e action : 'Ev t?) -/.aTa 'Aviiôystav cruvoôw tojv àyîwv àTroa-TÔAwv £l'pr,Tat "tùv; \).-q-A.iTi TiXavaCTÔai y., t. ),. !Mansi, Ampliss. coll., l. i, col. 67 ; t. XII, col. 1016. Pitra, /«/-. eccles. Graecor. hist. et monum., in-i, Romœ, 1864, t. i, p. xxxi, 88-89, s'est donné la tâche de prouver l'existence de ce concile ; il n'a réussi qu'à réunir les principaux textes qui s'y rapportent. Nous ne croyons pas que pe. sonne songe sérieusement aujourd'hui à l'existence d'un concile apostolique tenu à Antioche, vers l'an 54 environ. Baronius, Annal.., ad ann. 102, n. 19-20, in-4, Barri Ducis, 1864, t. ii, p. 118 rapporte les paroles du pape Innocent à un concile postérieur; Labbe, Conc. (1671), t. i, col. 62; llardouin, Conc. (1715), 1. 1, index ; Fabritius, Ëibl. gruec, (1722), t. xi, p. 8-10; (édit. Harles, t. xii, p. 153-155 ; Coleti, Conc. (1728), t. i, col. 61 ; R. Ceillier^ 1. CONCILES liELATIIS AU MOMANISME 127 naissance K Par contre, nous possédons des renseignements sur plu- sieurs conciles tenus au ii'' siècle. Toutefois les renseignements (nii nous sont parvenus ne sont pas pour tous d'une authenticité ab- solue et nous ne pouvons considérer comme avant réellement (m lien que les conciles de cette époque dont parle le père de l'histoire ecclé- siastique, Eusèbe Pamphile, ou d'autres auteurs anciens aussi sé- rieux. Sianalons avant tout : i. Conciles relatifs au montanisme. Eusèbe a conservé ^ un fragment d'un écrit de l'évêque Apollinaire dlliérapolis en Phrygie ^ dans lequel il est dit : « que les fidèles d'Asie se réunirent souvent et dans beaucoup d'endroits ( r.c'/j.xv.i: •/.al -z/j.y.'/r^ -r^z "As'.xçi au sujet de Montan et de ses partisans, qu'ils [84] examinèrent cette nouvelle doctrine et la déclarèrent étrange et Hist. génér. des auteurs ecclés. (1732), t. m, p. 544 ; 2e édit., t. ii, p. 534-536 ; Mansi, Conc. ampliss. coll. (1759|, t. i, col. 67; Nat. Alexander, Hist. eccles , in-fol., Yenetiis, 1778, t. m, p. 211 ; Zaccaria, Thés, theolog. (1762), t. vin, p. 373- 374 ; Pilra, lue. cit., a donné une édition des neuf canons de ce concile présumé d'après cinq manuscrits. Les observations de Tillemont méritent toujours d'être lues. Note xxxiv. Qu'on tie trouve point Je concile des Apôtres à Antioche, dans Mém. pour servir à l'hist. ecclés., in-i, Paris, 1701, t. i, p. 524. L'édition prin- ceps est celle de Fr. Torres {-= Turrianus), Pro canonihus Apostolorum et pro epislolis decretalihus pontificurn apostolicoruni defensio adversus Centuriatores Magdeburgenses, in-i, Florentiac 1572; Parisiis, 1573; Colon. Agripp.. 1573; 1. I, c. XXV, éiiit. Paris, p. 91 ; édit. Cologne, p. 123-127; Bickell, Geschicitte des KirchenrecJils,ïn-8, Giessen, 1843, t. i, p. 101, 138, d'après le ms. 380 de Munich ; A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drci Jahrliunderten, in-8, Leipzig, 1902, p. 52-GO : Bas angehliclie Aposlelkonzil zu Antiochien ; P. Lejay, Le concile apostolique d' Antioche, dans la Revue du clergé français 1903, t. xxxvi, p. 343-355 ; F. Nau, dans le Dictionn. de théol. cathol., 1905, t. ii, col. 1619-1625. Voir la dissertation Le concile apostolique d' Antioche, à I'Appeisdice. (II. L.) 1. D. Cellier. Hist. génér. des auteurs ecclésiastiques, in-i, Paris, 1865, t. ii, p. 536, énumèreune série de conciles des premiers siècles imaginés p ir divers auteurs au nombre desquels se trouvent Pracdestinatus, et le P. Roman de la lliguera, c'est assez dire. (H. L.) 2. Eusèbe, Ilist. eccL, I. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. 468. 3. Hiérapolis faisait partie de la Grande-Plirygie et appartenait au convenlus de Laodicée. Au iv» siècle (avant 358), un démembrement fut fait et Hiérapolis appartint à la Plirygie Pacatienne. Le nom complot de cette ville est Hiéra- polis ad Lycum. (II. L.) 128 LIVRE I, CHAPITRE I impie ^. » Ce Iragment ne donne malheureusement pas d'autres détails, il ne fait pas connaître en particulier les villes dans lesquelles ces synodes furent tenus ; mais le Libellas synodicus de Pappus dit : « Un saint synode provincial fut tenu à Hiérapolis en Asie, par Apol- linaire, le très saint évêque de cette ville et vingt-six autres évêques; on y jugea et condamna Moutan et Maximille les faux prophètes, et en même temps Théodote le Corroyeur» (l'antitrinitaire si connu) 2. |851 Plus loin il ajoute : «Un saint synode particulier ([xspr/wY;) fut réuni sous le très saint évêque Sotas d'Anchiale (en Thrace, sur la mer Noire) et douze autres évêques; il convainquit d'erreur Théodote le Corroyeur, Montan et Maximille et les condamna. » Le Libellas synodicus, auquel nous sommes redevables de ces dé- tails, rédigé par un grec vers la fin du ix*^ siècle est, il est vrai, d'une origine relativement récente ^, mais ce Grec puisa souvent à de s sources anciennes et authentiques, et ce qu'il dit dans la circonstance s'accorde si parfaitement avec une autre donnée d'Eusèbe, que le 1. Je sais bien, que Valois dans ses notes sur Eusèbe Hist. eccl., loc. cit., exprime l'opinion que l'auteur de l'ouvrage auquel est emprunté ce fragment est non pas Apollinaire mais Asteiius Urbanus. Mais Baluze prétend le con - traire dans Mansi, Concil., ainpUss. coUect. t. i, pi. 693. Il est du reste assez indifférent pour notre thèse que le fragment en question soit d'Apollinaire ou d'Astérius. [L'attribution paraît devoirêtre maintenue à Apollinaire ; cf. O. Bar- denhewer, Gesch. der altkirchlichen Literatur, in-8, Freiburg , 1902, t. i, p. 523. (H. L.)] 2, Mansi, op. cit., t. i, col. 723 ; Hardouin, Collect. concil., t. v, col. 1493. 0. Ce Libellas synodicus appelé aussi Synodicum contient de courtes notices sur 158 conciles de neuf premiers siècles, et s'étend jusqu'au VlIIt^ con cile œcu- ménique inclusivement. Il fut apporté de la Morée au xvie siècle par André Darmarios, acheté par Pappus, théologien de Strasbourg, et. publié par ce der- nier en 1601 avec une traduction latine. Plus tard, il fut inséré dans les col- lections des conciles. Hardouin notamment le fît imprimer dans le 5^ vol. de sa Collect. concil., col. 1491 sq., tandis Mansi le divisa, et rapporta chacune de ses parties au synode auquel elle se rattachait. [Le Sjvo ô'.xdv fut publié par Pappus d'après un ms. que lui avait vendu le grec Andréas Darmarios, mais « ce livre, écrivaitM. Ad. Harnarck, n'a pas encore été étudié de près et l'on n'a pas tiré au clair la question de savoir s'il ne serait pas une effrontée falsilica- lion de Darmarios ». Sans mettre les choses au pire, on pense généralement que cette compilation est contemporaine de Photius. La l'i^ notice concerne le « concile apostolique de Jérusalem» ; la 153*^ et dernière se rapporte au concile de Constantinople de 872. Le texte dans Fabricius, Bihl. graeca, t. xii, p. 360 sq. Il y aurait lieu de tenir compte du ms. Paris, gr. 572, du xvi° siècle, conte- nant une recension notablement différente et commençant avec le concile d'An- tioche contre Paul de Samosate pour finir avec le VIl^ concile œcuménique. (H. L.)] 1. CONCILES RELATIFS AU MOXTAMSMK 129 renseignement rolatil" ù ces deux conciles mérite toute confiaïuc '^. 1. Sur le mouvement montaniste, voir Bonwetsch, Die Geschichle des Monta- nismiis, in-8, Erlangen, 1881, qui n'a pas perdu de sa valeur (compléleret pré- ciser quelques points avec l'article Montanismus du même auteur dans Real-Eii- cykloj iïdie fur proteslantische Théologie uiid Kirclie, édit. Hauck), t. xm (1903'), p. 417 ; W. Belik, Geschichie des 3/onta?iismiis, in-8, Leipzig, 1888, dépend de l'ouvrage de Bonwetsch (cf. Gôtlingische gelehrte Anzeigen, ISS**, p. 352 sq.) ; lliigenfeld, Die Ketzergeschichte des Urc/iristenthums, iu-8, Leipzig, 188i ; Th. Zahn, Geschichie des neulestamentlichen Kaiions, in-8, Erlangen, t. 1 \1888), p. 4; t. V (1893), p. 3-57; Die Chronologie des Montanismus ; D. Vôlter, Das Urspruitgsjahr des Montanismus, dans Zoitschrift filr wissenschaftl. Théologie, t. xxvii, p. 23 sq. ; A. Harnack, Dogmengeschichte, 3« édit., t. i, p. 389 sq. ; Zeitschrifl fiir Théologie undKirche, t. i, p. 114 sq. ; Sitzungsherichte der Berliner Akademie, 1898, p. 517 sq. : Die Mission und Aushreitung d. Chris- tent. in den ersten drei Jahrhunderte , in-8, Leipzig, 1902, p. 479 sq. ; H. Yoio-t Fine verschollene Urkunde des anlimonlani stischen Kampfes, in-8, Leipzie, 1891 ; A. Harnack, Chronologie des altchrislliche Literatur, in-8, Leipzig, 1897, t. I, p. 363-381 ; E. Rolffs, Das Indulgenzedikt des rômiscken Bischofs Kallist und Urkunden ans dem antimontanistischen Kampfe, dans Texte and Vntersu- chungen, in-8, Leipzig, t. xi (1893), part. 3 ; t. xir (1895), part. 4 a ; Fr. Leitner, Die prophetische Inspiration, dans Biblische Studien, in-8, Freiburg im B., 1896, t I, p. 114-132; H. G. Yoigt, Quœ sint indicia veteris ah Epiphanio in relatione de Cataphrygihus (Pan. liaer. xlviii) a secunda paragrapho usque ad lertiam decimam usurpati fontis. (Dissert, inaug.), in-8, Regimonti, 1890- O. Bardenhewer, Geschichie der altkirchUchen Litteratur, in-8, Freiburg, 1902, t. I, p. 522-528 : Antimontanisten ; F. X. Funk, Montardsmus, dans Kirchen- lexicon, de Freiburg, 2e édit., t. viii, p. 1827-1842 ; J. Friedrich, Ueher die Ca- nones der Monlanisten hei Ilieronymus, dans Sitzungsherichte der Mûnchener Akademie, 1895, t. ii, p. 207-221 ; Jiilicher, Fin gall. Bischofschreihen des v[. Jahrh. als Zeuge fiir die Verfassung der Monfanistenkirche, â^ns Zeitschrift fiir Kirchengeschichte,i!ii9&, t.xvi, p. 664-671; ^^'ei^el, Die Wirkungen des Geistes und der Geister in nachapostoUschen Zeitalter his auf Irenuus, in-8, Frei- burg, 1899 ; E. C. Selwyn, The Christian prophets and the prophétie Apocalypse in-8, London, 1900. En comparaison de ce giand effort de rérudition aliemande la science française est à peine représentée par quelques travaux : V. Ermoni, La crise montaniste, dans la Be^-ue des Quest. hist., 1902, t. lxxii, p. 61-96 (simple résumé) ; les livres de P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, in-8, Paris, 1901, t. i,p, 399-438, et Adh. d Aies, La théologie de Ter- tullien, in-8, Paris, 1905, p. 435-495, ne s'intéressent au montanisme que dans la mesure de leurs études sur Tertuilien. L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, 1906, t. i, p. 270-284; P. de Labriolle, La polémique antinwnlaniste contre la prophétie extatique, dans \a. Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1906, t. XI, p. 97-145, ne font pas mention des synodes d'Hiérapolis et d'An- chiale pour lesquels nous serons probablement toujours réduits aux renseigne^ ments du Lihellus synodicus dont G. Salmou, (art. Montanus, dans Diction, of Christian hiography, t. m, p. 938) ne f.iit pas plus de cas que des inventions de Prœdestinalus : Not more authentic than the inventions of Prxdestinatus, though COXCILE.S — I — 9 130 LIVRE I, CHAPITRE I Nous lisons en effet dans Eusèbe ^ qu'Apollinaire d'Hiérapolis et Sotas d'Auchiale 2^ contemporains de Montan, s'opposèrent avec le plus grand zèle à ses erreurs, qu'ils écrivirent et prêchèrent contre lui. Sotas voulut même exorciser Priscille, compagne de Montan, [85] qu'il croyait possédée d'un mauvais esprit, mais ces imposteurs ne voulurent pas y consentir ^. L'ardente opposition que ces deux évêques firent à Montan, permet de croire qu'ils réunirent quelques-uns des nombreux conciles, dans lesquels^ d'après les données sommaires d'Eusèbe, l'Église rejeta le montanisme. L'époque de ces conciles n'est indiquée nulle part avec certitude. Il ressort de l'exposition du fragment d'Eusèbe qu'ils furent tenus peu après le commencement des troubles montanistes *; mais l'époque même de l'origine du montanisme est incertaine. La chronique d'Eu- sèbe indicjue l'année 172, saint Epiphane parle à un endroit de l'an- née 126 et dans un autre de l'année 156 ou 157 ^; il dit ailleurs, que Maximille était déjà morte en 86 après Jésus-Christ, ce qui est peut- être une erreur d'un siècle entier ^. S'appuyant sur ces données, Blon- del a tenté de démontrer que Montan et son hérésie avaient déjà paru en l'an 140 ou 141 et Schwegler dans sa monographie sur le monta- nisme '^ a adopté cette opinion; Pearson, Dodwell et Néander se pro- less glaringly false, are tlie antlinontanist councils entered in the Libellus syno- dicus, i'iz. one at Hierapolis under ApolUnarius. one under Sotas et AchilUe [An- chialus is plainly meant. and one hy the Gallic confessors). Salmon croit tous ces conciles inventés, il croit aussi qu'il y en a eu, mais pas ceux-là, d'autres, bien qu'il ne sache pas lesquels ! Un texte sur papyrus relatif au développement du montanisme et à la période de ses origines ne contenait rien au sujet des con- ciles anti-montanistes. A. Harnack, Ueber zwei yon Grenfell und Hunt endeckte und puhlicirte altchristliche Fragmente, dans Sitzungsberichte d. Berl. Akad. 1898, t. XXXVI, p. 516 sq. (H. L.) 1. Eusèbe, Hist. écoles., 1. V, c. xvi, xix, P. G., t. xx, col. 464, 481. 2. Anchiale est aujourd'hui Ahiali, sur la mer Noire. Lightfoot, AposloUc Fathers, in-8, London, 1891, t. ii, Ignatius, p. 111, suggère l'idée que ce Sotas mentionné par Eusèbe, op. cit., 1. V, c. xix, pourrait être identifié avec Zwtr/.ô; du cliapitre qui précède ; on ne voit pas la nécessité de cette identification ni à quoi elle mène, (H. L.). 3. Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xix, P. G., t. xx, col. 481 sq. 4. Eusèbe, Hist. eccles.. 1. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. 464 sq. 5. S. Epiphane, Hseres., li, n. 33, P. G., t. xli, col. 948 ; cf. Hœres., xlviii, n. I, ibid., col. 356. 6. Hœres., xlviii, n. 2, ibid., col. 857. 7. A. Schwegler, Der Montanismus und die christliche Kirchedes zweiten JakrJi., in-8, Tûbingen, 1841, p. 255. 1. CONCILES RELATIFS AU MONTAMSME 131 noncentau contraire pour 156 ou 157, Tillemontet Walch pour 171 ^. En ce qui nous concerne, nous nous sommes déjà rangé à Topinion de Blonde! d'année 140), nous appuyant sur ce fait que le Pasteur d'Hermas, qui est antérieur à 151^ et quia été écrit sous le pape Piel*"", semble combattre le montanisme -. Par suite, ces conciles, dont nous nous occupons, doivent être placés avant l'an 150 après Jésus- Christ ^. Le Libellas synodicus est d'un avis contraire puisque, d'après 1. C. W. F. Walch, Enhvurf einer vollstcindigen Historié aller Ketzereien, Spaltim^^en und Reli gionsstreitigkeiten bis au f die Zeiten der Reformations in-8, Leipzig, 1762, t. i, p. 615 sq. 2. Hefele, Montanus und die Moiitanisten, dans Freihurger Kirchenlexicon, i. VII, p. 255, et dans Patres apostolici (édit. Hefele), 3e édit., prolegomena, p. lxjlXiii, 4^ édit., p. xcv. [Cette question de la chronologie du montanisme reste obscure malgré le soin avec lequel elle a été étudiée par D. Vôlter, Das Urprungsjahr des Montanismus, dans Zeitschriftfilr wissenschaftliche Théologie, t. XXVII, p. 23 sq. ; Th. Zahn, Die Chronologie des Montanismus, dans Fors- chungen, t. v, p. 1-57; Harnack, Litter. Gesch., t. ii, part. 1, p. 372 sq., et le résumé très complet et très clair de Bonvs-etsch, dans Eealencyklopâdio (de A. Hauck), t. XIII, p. 418-il9. Deux fragments d'ouvrages antimontanistes conser- vés par Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xvi, xvii, P. G., t. xx, col. 464 sq., sont le premier adressé à Avircius Marcellus (peut-être Abercius d'Hiérapolis). le deuxième écrit par un certain Apollonius. Ces deux ouvrages furent écrits, le premier, treize ans écoulés depuis la mort de la prophétesse Maximille ; le deuxième, quarante ans après la première apparition de Montan. Les deux auteurs connaissaient exactement la date à laquelle éclata le mouvement dont Montan prit la direction et, peut-être, l'initiative. La date de l'ouvrage adressé à Avircius Marcellus (O. Bardenhevv-er, Gesch. d. altkirchl. Littéral., 1902, t. i p. 523-525) étant l'année 192-193, il suit que Maximille serait morte vers 180. Cette date peut également s'accorder avec celle que la chronique d'Eusèhe (172) et Épiphaue (156-157) assignent à la naissance du montanisme. Comme nous savons, par l'épisode des martyrs de Lyon, que le montanisme était par- venu en Occident en l'année 177, il se trouve que la date d'Eusèbe laisse bien du champ et il faudra admettre que l'hérésie a éclaté et s'est propagée soudainement, ce qui au reste n'a rien d'absolument impossible. Le mot de l'énigme serait tranché si nous couuaissions l'année du proconsulat de Gratus sous lequel l'hérésie prit naissance à Ardabau, en Mysie, mais jusqu'ici cette date demeureiuconnue. S'ilnousfallait cependantdonner une base clironologique et faire choix entre 157 et 172, nous proposerions d'assigner la date la plus ancienne aux débuts de la prédication de Montan et la plus récente à l'inter- vention des évêques d'Asie-Mineure et à leurs condamnations synodales. Remar- quer que la « première apparition du montanisme en Occident (177) fut, aux yeux des captifs [de Lyon], un fait assez notable pour qu'ils jugeassent bon d'en écrire en Asie et en Phrygie en même temps qu'au pape Eleuthère». A. d'Alès, La théologie de Tertullien, 1905, p. 438. (H. L.)] 3. Il va sansdireque cette date doit être prisecomme approximative. (H. L.) 132 LIVKE I, CHAPITKE 1 lui, ces conciles ont eu à se prononcer sur Théodote le Corroyeur, dont l'apostasie ne peut guère être fixée qu'au temps de la persécu- tion de Marc-Aurèle (160-180) K Il est certain en effet que Théodote fut excommunié à Rome par [86] le pape Victor vers la fin du ii" siècle ^ (189-198), et quand il aurait été condamné auparavant par les conciles tenus en Asie-Mineure et en Thrace (il habitait Byzance au moment de son apostasie), ces conciles cependant, qui d'après le Libellas synodicus ont également condamné le montanisme, n'auraient pu avoir lieu avant Marc-Aurèle, mais seulement pendant le règne de cet empereur. Si Théodote et Montanont été contemporains, nous devrions placer ces conciles entre les années 160 et 180 mais cette supposition me semble très dou- teuse et doit reposer sur une confusion. En effet, le fragment d'Eusèbe parle d'un Théodote qui fut l'un des premiers partisans de Montan et partagea son sort, c'est-à-dire qu'il fut anathématisé avec lui et Maximille dans les mêmes conciles ^. Il le représente comme un homme illustre, et si l'auteur du Libellas si/fiodicas a lu ce fragment, et a puisé dans une source si antique que les anciens synodes d'Hiérapolis et d'Anchiale avaient condamné un Théodote, il a parfaitement pu confondre le célèbre corroyeur Théodote avec le Théodote c[ue le fragment représente comme un homme célèbre, et identifier ces deux personnages. S'il en est ainsi, rien ne nous empêche de placer l'origine du montanisme et les con- ciles d'Hiérapolis et d'Anchiale avant l'année 150 de l'ère chrétienne *. 1. Remarquez que pour les captifs de Lyon les montanistes sont o£ àjj.oi tov MovTavbv y.al 'Azltêtàôriv y.al ©edSotov. (H. L.) 2. Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xxviii.P. G., t. xx, col. 513 ; Philosophoumeria, 1. VII, c. xxxv-xxxvi, P. G., t. XVI, col. 3342 sq. La ressemblance des noms expose à confondre Théodote le Corroyeur et Théodote le Changeur; tous deux doivent être distingués d'un certain Théodote qualifié dans un des fragments antimontanistes {Eusèhe, Ilisl., eccles., 1. V, c. xvi,) de premier administrateur (ÈTitTpoTroç) de la prophétie, c'est de celui-ci ; dont le rôle paraît avoir été con- sidérable dans la secte naissante, qu'on disait que, dans une extase, il s'était élevé vers le ciel et qu'il s'était lue en tombant; ce qui semble bien n'être, comme on l'a justement dit, qu'un vulgaire « commérage ». Dans le texte cité à la note précédente on voit que Théodote marchait de pair avec Montan, ce qui explique que les conciles asiates eussent fait mention de leurs deux noms. Celui de Théodote fut éclipsé par les deux autres Théodote, le corroyeur et le banquier, ce qui peut expliquer l'affirmation du Libellas synodicus associant Théodote le Corroyeur au coryphée du montanisme. (II. L.) 3. Hist. eccles., 1. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. 464, 4. rs'ous avons dit plus liant (p. 131 noto2)que nous serions disposépour notre CONCILES CONCllIiXANT LA IKTK DE PAQLKS 133 2. Conciles concernant la fête de Pâques. Une deuxième série de conciles du u'^ siècle fut occasionnée par la controverse relative à la célébration de la fête de Pâques. Dans les premiers siècles de l'Eglise cette controverse fut vive et eut une grande importance, et aux xviii° et xix" cette question de la fête de Pâques a provoqué de la part des savants des discussions encore plus acharnées ^ part, à abaisser la date de ces conciles jusqu'en 172. On pourrait aller plus loin et supposer en Orient toute une série de conciles postérieurs à cette date. En effet, à Uome, 1 histoire de la secte montaniste se résume dans les trois condamnations successives dont on voulut faire une seule en l'attribuant tantôt à Éleuthère (174-189). tantôt à Victor (189-198), tantôt à Zépliyrin (198-217), Cf. Harnack, Gesch. d. alichr. Liter., t. ii, p. 363 sq. Il est impossible de soutenir une seule condamnation, les détails qu'on rapporte ne peuvent s'appliquer au même pape. Tout s'explique si on admet trois édits : celui d'Eleulhère provo- qué par la lettre des confesseurs lyonnais (Eusèbe, Hist. eccles., 1. Y, c. m, P. G., t. XX, col. 437) ; celui de Victor provoqué par l'intervention de Praxéas (TertuU. Adv. Praxeam, c. i, P. L., t. ii, col. 177 sq.) ; celui de Zéphyrin pro- voqué par l'issue des conférences de Proclus et de Caius (Eusèbe, op. cit.,\. II, c. XXV ; 1. m, c. XXVIII, XXXI ; 1. VI, c. xx, P. G., l. xx, col. 209, 276, 281, 572). Ces condamnations solennelles n élaient-elles pas 1 écho de condamnations syno- dales portées en Asie-.Mineiire ? Quoi qu il en soit, nous sommes loin de savoir tout ce qui concerne l'histoire des origines du montanisme. Il semble que les catholiques d'Orient aient cherché à faire confirmer par l'Eglise de Rome les excommunications prononcées dans leurs synodes (P. Monceaux, Hist. littér. de l'Afrique chrét., t. i, p. 402). Dès le pontificat de Soter (166-174), une cor- respondance relative au montanisme avait été échangée entre ce pape et Denys. de Corinthe (Eusèbe, Ilist. eccles., 1. IV, c. xxxiii, P. G., t. xx^ col. 388) ; sui- vant une affirmation de Pra'destinatus le pape Soter aurait même écrit un livre contre le monlanisme naissant. (H. L.) 1. Parmi les anciens travaux on ne peut guère citer encore aujourd'hui que N. Alexander, De controversia qux secundo sseculo Ecclesise emeisit circa cele- brationein Paschatis, dans Ilist. eccles., in-fol.. Venetiis, 1778, t. m, p. 347- 363 (réimprimé dans Zaccaria, Thés, theol., 1762, t. vu, p. 1329-1349 ; Theol. hist. eccles., 1842, t. vi, p. 421-430) ; J. A. Ernesti, De Paschate christianorum cum judxis concurrente, in-4, Lipsiœ, 1775 ; [Van der Hagen], Dissertationes de cyclis paschalihus, in-4, Amstelodami, 1736 ; Ideler, Haiidhuch der Chronologie, in-8, Berlin, 1826, p. 191-298; Lehrbuch der Chronologie, in-8, Berlin, 1831, p. 345-379. — Parmi les travaux modernes : A. Hilgenfeld, Der Paschastreitder alten Kirche nach seiner Bedeutung fiir die Kirchengeschichte und fur die Evan- 134 LIVRE I, CHAPITRE 1 Avant tout se pose cette question : Y eut-il clans l'ancienne Église [87] deux ou trois partis soutenant des opinions difFérentes au sujet de la célébration de la fête de Pâques? Dans la première édition de cet ouvrage nous avions adopté l'opinion de ces savants qui, comme Weitzel 1, en comptent trois. Nous disions qu'au temps des apôtres et dans les années qui suivirent, il ne fallait pas seulement distin- guer deux partis : les pauliniens et les pétriniens (judaïsants), mais qu'à côté des chrétiens orthodoxes de Judée qui, comme Pierre et Jacques le Majeur, observaient entièrement l'ancienne loi, mais ne faisaient pas dépendre d'elle le salut et ne voulaient pas en faire une obligation pour les gentils 2, on voit un autre parti, ébionito-juif, qui ne pouvait se dégager du judaïsme et maintenait pour tous les chré- tiens l'obligation d'observer la loi. Ce furent les partisans de cette dernière doctrine qui occasionnèrent des troubles en Galatie, à Antioche et à Corinthe et, après la mort de Jacques le Majeur et l'élévation de son successeur Siméon le Pétrinien sur le siège de Jérusalem, l'opposèrent à l'évéque de Thèbes ^. Nous regardions gelienforschung urkundlich dargestellt, in-8, Halle, 1860, p. 4-18 ; E. Schùrer, De controversiis paschalihus secundo p . Chr.n. sa?cti/o eiio/'i/s, in-8, Leipzig, 1868; Newman, The Arians ofthe IV century^ 3^ édit., 1871, p. 13 sq. ; L. Duchesne, La question de la Pâque au concile de Nicée, dans \a.Iiev. des quest. hist., 1880, t. XXVIII, p. 5-42 ; B. Krusch, Studien zur christlich-miltelalterlichen Chrono- logie^ in-8, Leipzig, 1880 ; Die Einfûhrung des griechieschen Paschalritus in Ahendland, dans Neues Archiv. f. Ces. ait. deitt Gesch., 1883, t. ix, p. 99-169; F. X. Funk, Die Entwicklung des Osterfastens, dans Theolog. Quartals., 1893, t. Lxxv, p. 179-225; Grotefend, Zeilrechnung des deutschen Mittelalters und der Neuzeit, in-8, Hannover, 1891, p. 144 ; O. Bardenhewer, Gesch. des allkirchli- chen Literatur, in-8, Freiburg, 1902, t. 11, p. 578-582 ; F. Cabrol et H. Leclercq, Monum. Eccles. liturgica, in-4, Parisiis, 1902, t. i, p. 193*-202*; L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, in-8, Paris, 1906, t. i, p. 285-291. (H. L.) 1. Weitzel, Die christliche Passafeier in den drei ersten Jahrhunderte, in-8, Pforzheim, 1848. 2. Act., XV, 28. 3. Sur la secte des ébionites : Gieseler, Ueber die Nazaràer und Ebioniten^ dans Standlin et Tzschisner, Archiv fiir altère und neuere Kircltengeschichte., in-8, Leipzig, 1820, t. iv, p. 279 sq. ; Creduer, Ueber Essàer und Ebioniten, dans Zeitschrift fiir wissenschaftl. Théologie de Winer, Sulzbach, t. i, part. 2, p. 211 sq. ; Chr. Baur, De Ebionitarum origine et doctrina ab Essaeis repeten- da, (TiibingerOsterprogram,) in-8, Tubingse, 1831; Schliemann, Die Klementi- nen nebst d. verwandten Schriflen u. d. Ebionilismus, in-8, Hamburg, 1841; A. Hilgenfeld, Die Clementinischen Recognitionem und ffoinilien, nach ihrem Ursprung und Inhalt dargestellt, in-8, Jena, 1848 ; Uhlhorn, Die Homilien und Recognitionen des Clemens Romanus nach ihrem Ursprung und Inhalt dar~ 2. COXCILES COXOEHNANT LA FKTE DE PAQLES 135 comme une erreur fondamentale la thèse de Técole de Tubingue qui se refuse à voir une différence entre les chrétiens de Judée, suivant la doctrine des pétriniens, et les judaïsants proprement dits qui se conformaient à la doctrine de Siméon de Tlièbes. Il nous paraissait certain et nous nous sommes affermi dans cette opinion que, dans les premiers siècles de l'Eglise, de nombreux judaïsants célébraient la fête de Pâques, non seulement en se con- formant à la date juive, mais encore d'après la coutume juive. L his- toire ne nous apprend rien de plus, et 1 existence d'un troisième parti ne ressort pas de l'étude des controverses relatives à la fête de Pâques, ainsi que nous avons pu nous en convaincre. Ce que nous avions tenté de faire ressortir dans la première édition du présent ouvrage* se rapporte aux quartodècimans johamiistes, c est-à-dire à ces fidèles qui, dans l'Asie proconsulaire en particulier, célébraient [88] toujours la Pàque le (deuxième) soir du 14 de Nizan (quarta-decima = '.o') comme l'indiquait le livre de l'Exode -, et comme nous avions voulu l'établir en parlant de la manière dont ces fidèles pratiquaient la Pàque d'après saint Jean l'Évangélisfe ^. Il ressort également des renseignements concernant Blastus,C{ue l'on peutpuiser dans Eusèbe * et dans l'ancien supplément apocryphe au livre de Tertullien De gestelll, iu-B, Gottingen, 1854, p. 383 sq. ; A. Hilgenfeld, Die Ketzergeschichte des Uichristentums, in-8, Leipzig, 1884, p. 421-446 : Die Ebionâer und Genossen; A. Hilgenfeld, Jiidenthum und Judenchristeiithiim , in-8, Leipzig, 18^6, p. 89 sq. ; Harnack, Dogmengeschichte, in-8, Freiburgim Br., p. 215 sq. ; Gesch. d. alt- christl. Literatur, 1893, t. i, p. 205-212 : Lemme, Das Judenchristenthum der Vrkirclie und der Btief des Clemens Bowanus, dans Neue 'Jahrbûcher fur deutsche Théologie, 1892, p. 325 sq. ; G. Mercati, Velà di Siinmaco l'Interprète e S. Epiplianio ossia se Sinimaco ti-adusse in greco la hihlia solto M. Aurelio il filosofo^ dissertazione storico critica, in-8, Modena, 1892 ; Hai-nack, Die Chro- nologie d. altchr. Literatur, t. i, part. 1, p. 625 sq. ; O. Bardenhewer, Gesch. d. altkirchl. Litterot., 1902, t. i, p. 347-350; G. Uhlhorn, Ebioniten, dans Real- Encyklop. f. protest. Théologie und Kirche, édit. Hauck, t. v, p. 125-128, (H. L.) 1. Conciliengeschichte , t. i, p. 287 sq. (trad. Delarc, p. 299 sq.). 2. Exode, XII, 6. 3. Schùrer, op. cit.. p. 34 sq., qui a écrit plus récemment à ce sujet, tire ses renseignements d'un fragment (qui n'avait pas été remarqué jusqu'à ce jour) puisé dans ce livre d'Eusèbe sur la Pàque (voir A. Mai, Nova PP. hihl., t. iv, p. 209-216), ainsi que dans les écrits d'Athanase ; il indique qu'au temps du con- cile de Nicée auquel ne participèrent pas les quartodécimans ébioniles, on com- battit les quartodécimans johannistcs, exactement avec les mêmes arguments qui, au ne siècle, servirent à Apollinaire à combattre les pseudo-ébionites. 4. Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xr, P. G., t. xx, col. 464. 13G LIVr.E I, CHAPITRE I praescriptionibus, c. lui, que Blastus fut un judaïsant, alors que nous le considérions autrefois comme étant le seul connu nommément pour être un quartodéciman ébionite, [latenter Judaismum çiilt inducere^ dit le pseudo-Tertullien). Dans ces passages toutefois on ne souffle mot de la manière dont Blastus célébrait la fête de Pâques. Le mot hébreu PIDS, aramaïque 5^nD2 (Pasclia), signifie transitas^ passage ^, c'est-à-dire le passage de l'ange exterminateur dans les demeures des Egyptiens. La fête de Pâques chez les Juifs consistait en une suite de réjouissances auxquelles on se livrait en souvenir de la délivrance des enfants d'Israël sauvés de la servitude d'Egypte. Comme les apôtres et leurs disciples empruntaient toujours à l'an- cien Testament les types et les images du Nouveau Testament, à la place de l'ancienne fête de la délivrance, on institua dans le Nouveau Testament une fête de la délivrance des âmes de la puissance de Satan et de l'enfer; et dans l'agneau pascal juif on trouva le type de l'agneau du Nouveau Testament qui était immolé tout comme lui. Déjà saint Paul désignait le Sauveur crucifié comme to tct-t/cx. r,;j,(3v ^ et les deux par- tis opposés au ii*^ siècle, les quartodécimans et leurs adversaires, disent également que déjà les apôtres avaient institué la fête de Pâques chrétienne. Nous trouvons pour la première fois chez les chrétiens une diver- gence relative à la célébration de la fête de Pâques, vers le milieu du II® siècle. Eusèbe ^ nous a conservé une lettre de saint Irénée à l'évêque de Rome, Victor * : « Lorsque le bienheureux Polycarpe (évêque de Smvrne) vint à Rome sous l'épiscopat d'Anicet ^' et lors- 1. Exode, XII, 21, 27. 2. I Cor., V, 7. 3. Hist. eccles., 1. Y, c. xxiv, P. G., t. xx, col. 493. 4. fJist. eccles., 1. V, c. xxiv, P. G... t. xx, col. 505 sq. 5. Les dates de cet épiscopat sont incertaines. Anicet, dixième successeur de saint Pierre (Irénée, Adv. hseres., 1. III, c. m, P. G., t. vu, col. 851), succes- seur immédiat de Pie 1er (Eusèbe, Hist. eccles,, 1. IV, c. xi, xix, P. G., t. xx, col. 329,377). Le Liber pontificalis assigne à Anicet un pontificat de 11 ans, 4 mois, 3 jours, ce qui ne concorde pas avec les dates extrêmes qu'il lui marque entre le consulat de Glabrio Gallianus et Velus, eu 150, et celui de Bruttius Praesens et de Junius Rufinus, en 153 {3ai[é, Begesta poiitificuin Boinanorum, 2^ édit., 1885, t. i, p. 9), L'épiscopat d'Anicet doit se placer probablement entre 154-155 et 166-167. Harnack, Gesch. d. allchr. Litterat., t. ii, part. 1, p. 342 ; O. Bardenhewer, Gesch. d. altkirchl. Litter., 1902, l. i, p. 147; Lipsius, Chro- nologie d. rùni. Bischôfe, iii-8, Kiel, 1869, p. 189 ; Langen, Gesch. d. roin. Kirche bis Léo I -^ in-8, Bonn, 1881, p. 103; Liglitfoot, The apostolic Fathers, in-8, ondon, 1890, t. i, p. 433, 659 ; Harnack, dans Sitzungsberichle der Berliaer 2. CO.NCILKS CONClilî.NANT L\ Fi. I E DE PAQUKS 137 [89] (|u"ils eurent des démêlés plus graves au sujet de certaines questions (~tpl aAA(.)v Tivwv) ils tombèrent promptcmentd'accord. Mais au sujet de [la fête de Pâques] ils se disputèrent peu. Anicct ne put déter- miner Polycarpe à abandonner la pratique (;j.y] T-^psCv) qu'il avait observée en commun avec saint Jean le disciple du Seigneur, et les autres apôtres avec lesquels il avait été en relations. Polycarpe ne put amener Anicet à observer cette pratique (r/ipsîv) de l'Ancien Testament * et Anicet déclara qu'il devait continuer à observer les usages de ses prédécesseurs. Au reste ils demeurèrent unis et Anicet accorda à Polycarpe une marque de distinction toute particulière en lui laissant ofï'rir le saint sacrifice dans son église; ils se séparèrent en paix. De même la paix continua à régner entre les 7Y;psyvT£ç et les ;j,-/^ T-^piîjVTcÇ. » De ce fragment nous ne pouvons tirer de grands éclaircissements sur la différence qui existait dans la célébration de la fête de Pâques, mais deux choses en découlent : 1" Polycarpe se conformait dans la pratique de la Pâque aux règles établies par saint Jean et les autres apôtres ; Anicet observait les usages de ses prédécesseurs ; 2° la pra- tique johanniste découlait des règles instituées par l'Ancien Testa- ment. Quelques années plus tard, des démêlés beaucoup plus graves s'élevèrent et Méliton, évêque de Sardes, en Asie-Mineure, crut nécessaire d'écrire deux livres r.'zpl -rou Tracrya (en 170) ^. Dans un fragment écrit à ce sujet et qu'Eusèbe nous a conservé ^, Méliton dit : « Servilius Paul étant proconsul en Asie et l'évêque Sagaris (de Laodicée) ayant subi le martyre, un vif débat éclata cà Laodicée * Akademie, 1892, p. 631. La présence à Rome de Polycarpe ne peut se placer que vers la fin de l'année 154 ou les premiers mois de 155. (H. L.) 1. Joan.,ix, 16. 2. Ce livre fut écrit sous le proconsulat de Servilius Paulus, proconsul d'Asie, personnapje dont le cursus honorum n'est pas établi, Waddington propose la date lô'î-lôô ; W. Schmidt recule jusqu'en 166-167. CF. Harnack, Chronologie, t. II, part. 1, p. 359 sq. ; C. Thomas, Melito von Sardes. Eine kirchengeschicht- liche Studie, in-8, Osnabrùck, 1893, p. 20 ; O. Bardenhewer, Gesch. d. altkirchl. Lifter., t. I, p. 549 sq. (H. I^.) 3. Eusèbe, Hist. ecdes., 1. IV, c. xxiv, P. G., l. xx, col. 393. 4. Duchesne, Hist. anc. de l'Église, t. i, p. 288 : « L'Église de Laodicée fut troublée en 167, par une grave discussion... » Renan, Marc-Aurèle, 1883, p. 193, veut qu'on lise le nom du proconsul, L. Sergius Paullus. Eusèbe se sérail trompé en écrivant ilEpoui),;.to-j pour Sepyto-j ; Rufin donne Servius, voir Borghesi, OEuvres, t. viii, p. 503 sq. Waddington, Fastes de la proi,'. d'Asie, 138 LIVRE I, CHAPITRE I au sujet de la Pàqiie dont la fête était sur le point d'arriver. » Ce fragment ne dit pas sur quel point particulier portait le débat. Mais nous trouvons quelques renseigneriients à ce sujet dans Apollinaire d'Hiérapolis, contemporain et compatriote de Méliton^ qui écrivit également un ouvrage sur la Pâque. Deux fragments de cet ouvrage nous ont été conservés dans le Chronicon paschale ^. Nous y lisons : 1° « Ceux-là se trompent qui croient cpie le Seigneur mangea l'agneau pascal avec ses disciples le 14 nisan et qu'il mourut le grand jour des pains azymes ^ (15 nisan). Ils prétendent que saint Matthieu le dit : mais leur opinion n'est pas d'accord avec la loi ancienne et les Évangiles seraient dans ce cas en contradiction ; » 2°, le 14 nisan est la vraie Pâque du Seigneur, le grand sacrifice : en place de l'agneau on a ici le fils de Dieu, etc.. Apollinaire combat donc la croyance de ces chrétiens qui pensent que le Seigneur luangea le 14 nisan la nourriture pascale habituelle; il estime c{u'en ce jour le Christ était le nouvel agneau pascal déjà immolé. Il donne comme preuve à l'appui la chronologie de saint Jean l'Evangéliste qui place la mort du Seigneur le 14 nisan et le repas du soir le 13. Hilgenfeld ^ affirme à plusieurs reprises que les quartodécimans combattus par Apollinaire s'appuyaient dans leur manière de célé- brer la Pâque non seulement sur saint Matthieu, mais aussi sur la loi ancienne; mais contrairement à Apollinaire, ils ne le faisaient pas d'une manière conforme à cette loi, et Hilgenfeld ajoute : iii-4, Paris, 1872, p. 226 sq., a démontré qu'il faut lire Sergius et non Servilius et restreindre à la période 164-168 l'intervalle dans les limites duquel se place le proconsulat de ce personnage. D'après Renan le proconsulat de Sergius Paul- lus dut tomber en 164, 165 ou 166. La lecture L. Sergius Paullus et la date 165 pour le martyre de Sagaris sont adoptés par G. Goyau, Chronologie de l'empire roinaiii, in-12, Paris, 1891, p. 218. (H. L.)] 1. Chronicon pasc/iale, édit. Bonn, t. i, p. 13. 2. La question des quartodécimans est si fastidieuse en elle-même qu'elle paraît avoir rebuté les érudits ; elle a cependant une importance considérable dans l'histoire des controverses relatives à la fête de Pâques ; c'est principale- ment dans les écrits relatifs à cette fête qu'on trouve traité avec plus ou moins de brièveté ce qui concerne les quartodécimans. La dissertation de G. H. Goe», De quartadecimanis, in-4, Wittebergœ, 1685, est notoirement insuffisante. Il faut donc recourir à Hilgenfeld, Ber Paschastreit in der alten Kirche, 1850; Weilzel, Die chrisll. Passafeier, 1848; Schùrer, De controv. pascholib., 1869; Renan, L'Église chrétienne, p. 445 sq. ; Marc-Aurèle, p. 194 sq. Pour la biblio- graphie ancienne, cf. Winer, Ilandbuch d. theolog. Litterutur, 1838 (3« édition), t. I, p. 618. 3. A. Hilgenfeld, DerPaschastreit in der alten Kirche,'m-è,Tisl\e,i^Ç)Q, p. 257. [90] 2. CONCILES CONCERNANT LA FETE DE PAQUES 139 « Leur opinion ne s accordait pas avec la loi ancienne. » Il ne montre pas comment Apollinaire, dans sa manière de célébrer la Pàque, s'était mis d'accord avec cette loi; il me semble qu'Apollinaire a dû raisonner ainsi : « D'après la loi ancienne l'agneau pascal devait être immolé le 14 nisan ; comme l'Ancien Testament sert de type au nouveau, le nouvel agneau pascal devait également être immolé le 14 nisan, » mais le Christ était déjà mort au moment du repas pascal, le repas qu'il fit avant sa mort avec ses disciples n'était donc pas le repas pascal. Apollinaire affirme plus loin que sa manière de célébrer la Pàque s'accorde avec les évangélistes; et il est le précurseur de ces théologiens qui s'efforcent de mettre la chronologie des synoptiques en harmonie avec celle de saint Jean ^. De ces fragments d'Apollinaire on ne peut déduire avec certitude si ce fut lui ou bien ses adversaires ou bien les deux catégories de quartodécimans qui voulurent fixer la fête d'après le jour de la semaine ou d'après le jour du mois. Dans le premier cas, l'anniver- saire de la mort tombait toujours un vendredi et celui delà résurrec- tion toujours un dimanche; dans l'autre cas (c^uartodéciman), on se réglait d'après lejour du mois (14 nisan), cpii pouvait tombern'importe quel jour de la semaine. On pourrait également déduire du deuxième [91] fragment d'Apollinaire: « le 14 nisan est la vraie Pàc^ue, » qu'il célé- brait le 14 nisan l'anniversaire de la mort du Christ sans tenir compte du jour de la semaine tout comme les quartodécimans; cependant nous sommes obligés de ne pas attribuer grande importance à ce fait que Clément d'Alexandrie, l'adversaire déclaré des quartodécimans, se servit d'expressions semblables à celles d'Apollinaire. Provoqué par Méliton et dans le but de le réfuter, Clément écrivit son Àôyoç T.zpl 'OU T.iz'/jx, ouvrage dont le Chronicon paschale - nous a con- servé des fragments. Dans le premier de ces fragments on lit : « Dans ses premières années le Christ mangea toujours l'agneau pascal avec ses disciples, mais non au cours de sa dernière année dans laquelle il fut lui-même l'agneau immolé sur la croix. » Le deuxième fragment rapporte : « Le Christ mourut le 14 nisan et, après sa mort, le soir de ce jour, les Juifs consommèrent leur repas pascal. » Ilippolyte, le savant prêtre romain (qui fut quelque temps antipape) au commencement du m® siècle, et l'historien Eusèbe au commence- ment du iv" siècle, combattirent de la même façon leurs adversaires 1. Abei'le, daus Tûb. theol. Quartalschv., 1863, fasc. 4. 2. Chronicon paschale, édit. Bonn, p. 14. 140 LIVRE I, CHAPITlîIi I quartodécimans. Dans le fragment publié par Mai tiré de l'ouvrage sur la Pàque ^, Eusèbe reprend avant tout les arguments de Clément d'Alexandrie ^, mais Hippolyte écrit "^ : « Notre adversaire dit : Le Christ a célébré la Pâque en ce jour (14 nisan) et il a été crucifié {k-KOffiuB xb tA^/o. h Xpto-îbç tots ty) r^\).i'^y. y.xl STCaOîv) ; je dois donc faire ce que le Christ a fait (c'est-à-dire prendre le repas pascal le 14 nisan). Mais il se trompe en ne voulant pas reconnaître que le Christ, lorsqu'il souffrit, ne mangea plus la Pâque conformé- ment à la loi ancienne, car il fut lui-même la Pâque annoncée d'avance et qui eut ce jonr-là son accomplissement. » Dans le second frag- ment de son ouvrage irspl tou àyCou xc^a^a, Hippolyte écrit : « Comme le Christ a prédit * : « Je ne mangerai plus la Pàque, » il a par con- séquent pris le BeîTïvsv (repas du soir) avant la Pâque (comme saint Jean le rapporte ch. xiii, v. 9), mais il n'a pas mangé la Pâque puisqu'il était mort ; il n'était plus temps de la manger. » Hippolyte déclare [92] encore plus explicitement dans les Philosophoumena (attribué à Ori- gène ") : « Certains ignorants qui aiment les controverses souhaitent que l'on célèbre la Pâque le 14 du premier mois, d'après les pres- criptions de la loi, telle qu'elle a été promulguée ^. » 11 en résulte qu'IIippolyte, de même que Clément d'Alexandrie et Apollinaire, pense c[ue le Christ n'a pas mangé la Pâque la veille de son sup- plice, mais qu'il a pris le repas du soir avant le temps du repas pascal ; au moment du repas pascal (juif) il était déjà mort. Il s'élève donc contre l'opinion de ceux qui croient que le chrétien doit manger la Pâque le 14 nisan comme le Seigneur l'a fait, quel que soit le jour de la semaine. Sur ce dernier point il dénonce une des théories essen- tielles des cjuartodécimans. Dans les démêlés concernant la fête de Pâques qui s'élevèrent entre le pape Victor et les évêques d'Asie- Mineure, cette divergence se manifesta clairement. Le pape Victor ne voulut plus tolérer la pratique des quartodécimans, et il écrivit à ce sujet en 196, dit la chronique de saint Jérôme, aux évêques les plus 1. A. Ma!, Nova PP. Bihl, t iv, p. 209-216. 2. E. Schùrer, op. cit., p. 40 sq. 3. Dans le premier fragment de son ouvrage intitulé Tcpbç àTTàaa; aipÉo-eiç publié dans le Chronicon paschale (édit. Bonn), t. i, p. 12. 4. Luc, XXII, 16. 5. Philosoph., lib. VIII, c. xviix, P. G., t. xvi, col. 3366. Nous ne pouvons aborder ici, dans une noie, l'interminable problème, toujours irrésolu, de l'attri- bution des Philosophoumena . Aujourd'hui Hippolyte est généralement tenu pour l'auteur de ce livre. 6. Deut., xxvii, 26. 2, CO.NXILES CONCEnXAXT l.V FKTl' DK PAQUES 141 éminents de tous les pays, les engageant à se réunir en conciles dans leurs provinces et à introduire de cette manière le mode occi- dental de la célébration pascale. Quelques-unes de ses lettres, par exemple celles à Polycrate d'Ephèse, renfermaient aussi des menaces en cas de résistance. Eusèbe nous rapporte encore à ce sujet ce qui suit : « En ce temps (il avait parlé dans un chapitre précédent du pape ^ ictor, de Poivcrate d'Ephèse et de certains autres évêques célèbres \ ivant à la fin du ii*^ siècle) il s'élcxa un violent conflit, parce que toutes les Eglises d'Asie, d'après la tradition ancienne, estimaient ([ue la fête salutaire de la Pàqne devait être célébrée le quatorzième jour du mois (14 nisan), jour où les Juifs immolaient l'agneau, et que (juelque fût le jour de la semaine ils devaient cesser le jeûne, tandis ({ue dans tout le reste de lEglise on se conformait à la tradition apostolique et on observait la coutume encore en vigueur de termi- ner le jeune au jour de la Résurrection du Seigneur. Plusieurs con- [93] ciles et plusieurs assemblées d'évéques se réunirent et tous établirent cette règle cju'on ne pouvait enun autre jour c[ue le dimanche, célébrer le mvstère de la Résurrection du Seigneur après sa mort et terminer le jeûne pascal. Nous possédons encore la lettre synodale des évêques réunis en Palestine sous la présidence de Théophile de Césarée et Narcisse de Jérusalem. Une deuxième lettre synodale, également conservée, fut publiée par le concile romain et en tête des signataires de cette lettre figure le nom du pape Victor. Nous avons enfin les lettres des évêques du Pont présidés par Palma, des évêques des Gaules présidés par saint Irénée, des évêques de l'Osrhoène et enfin celle de Bacchyle, évêque de Corinthe, et de beaucoup d'autres; toutes ces lettres se prononcent dans le même sens et proclament la même sentence. » Dans le chapitre suivant '^^ Eusèbe poursuit : « A la tête de tous les évêques d'Asie (surtout d'Asie proconsulaire) qui défendaient avec le plus d'énergie leurs coutumes reçues de leurs ancêtres, se tenait Polycrate d'Ephèse. Dans sa lettre adressée au pape Victor et à lEglisc romaine, il explique ainsi les usages différents qu'il observe et qui lui ont été transmis par la tradition : « Nous célébrons le jour exact (y;;j,î'2xv àpao'.sJpYTjTcv -), sans rien ajouter, rien retrancher. En Asie des hommes éminents sont morts... Philippe un des douze apôtres qui mourut à Hiérapolis, et ses deux filles, vierges, 1. Eusèbe, Ilist. eccles., 1. Y, c. xxiv, P. G., t. xx, col. 493. 2. fa3io-jp-;'£w, s'occuper tic quelque chose avec indolence, légèi'eté. 142 LIVRE I, CHAPITRE I çwent enco7-e, une plus jeune sœur également, qui fut pénétrée du Saint-Esprit et est inhumée à Ephèse, plus tard saint Jean qui reposa sa tête sur la poitrine du Seigneur, fut prêtre, porta le pétalon (cou- ronne d'airain du prêtre), propagea la doctrine du Christ et ayant subi le martyre fut inhumé à Ephèse. Polycarpe, évêque de Smyrne et martyr; Thrasias, évêque d'Euménie et martyr, qui repose égale- ment à Smyrne. Dois-je aussi parler de Sagaris, évêque et martyr, qui fut mis à mort à Laodicée, de Papirius, de Méliton de Sardes, l'Eunuque saint? Tous considéraient le 14 nisan comme le vrai jour de la Pâque, se conformant aux préceptes de l'Évangile sans rien y changer et suivant en cela les règles de la foi; moi donc Polycrate, le plus indigne de tous, j'agis de même, suivant en cela la tradition de mes devanciers auxquels j'ai succédé, car avant moi sept évêques m'ont précédé, et je suis le huitième. Tous ont toujours célébré la Pâque au jour où le peuple d'Israël s'abstenait d'employer le levain. Et maintenant mes frères, parvenu à l'âge de soixante-cinq ans, en observant les lois du Seigneur, après avoir entretenu de bonnes rela- r94] tions avec mes frères dans l'univers entier, et lu d'un bout à l'autre toute la sainte Écriture, je ne suis plus effrayé par les menaces. Car ceux qui ne sont plus l'ont dit : On doit plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes. Je pourrais également mentionner ces évêques que j'ai convoqués suivant leur désir; si je voulais donner leurs noms, j'en aurais un grand nombre à citer. Ils ont donné leur entière adhésion à cette lettre sachant bien que, malgré mes cheveux blancs, je puis être encore de quelque utilité et que dans ma conduite je me suis toujours conformé à la doctrine du Seigneur Jésus. » Là-dessus, con- tinue Eusèbe, le pape Victor voulut excommunier les évêques de toute l'Asie [Asia proconsularis) et des provinces voisines et il publia à ce sujet plusieurs lettres ; mais ce dessein ne convint pas à tous les évê- ques et plusieurs l'engagèrent à se montrer plus pacifique. Les lettres dans lesquelles il est question de cette excommunication existent encore, nous dit Eusèbe, mais aussitôt après il nous cite un impor- tant passage d'une lettre (actuellement perdue) de saint Irénée au pape Victor qui renferme un document précieux pour nous relative- ment à ces démêlés concernant la fête de Pâques. Eusèbe dit en effet : « Parmi ces évêques (qui firent des remontrances au. pape Victor), saint Irénée, dans une lettre qu'il écrivit au nom de ses frères des Gaules, dont il était le président, proclame que bien certainement on ne doit célébrer que le dimanche le mystère de la résurrection du Seigneur, mais il exhorte le pape à ne pas prononcer l'excomm.uni- -. CONCILES CONXEUNAJXÏ LA FETE DE PAQIES 143 cation contre toutes les Eglises qui ne font que se conlormei- à une ancienne tradition, il ajoute : « La controverse ne roule pas seulement sur le jour (de la fête de Pâques) mais aussi sur la manière dont on doit observer le jeûne. Les uns pensent que l'on ne doit jeûner qu'un seul jour, d'autres deux jours, d'autr(;s enfin plusieurs jours, quelques- uns Tî!JTapx7.;vTa wpaç •i][J.zpiviq ~z /.aî vuxTcptvaç (TU[A[j-£Tpoîjfft T*r]v Tt[j.épy.v aù- [95] xàiv ^ Cette divergence entre ceux qui observent la loi twv £ziT-/;po')VT03v (c'est-à-dire la divergence que l'on constate entre eux et ceux qui n'observent pas la loi), ne date pas seulement d'aujourd'hui, mais existait bien avant, grâce à limprévoyance et à l'appréciation défec- tueuse de beaucoup de leurs pasteurs ^. Malgré cela aucune discus- sion ne s'élevait entre eux et maintenant encore nous demeurons en paix. La différence dans l'observation du jeune se concilie avec l'unité dans la foi... Les prêtres (évêques romains) qui avant Soter (vers l'an 170) ont gouverné l'Eglise, je veux parler de Anicet, Pie, Hygin, Télesphore et Xyste, n'ont, il est vrai, ni observé le jour dé- signé par l'Ancien Testament, ni toléré • cette observance parmi les 1. Le sens de cette phrase est douteux : si on place une virgule aj)rès TEG-Tapi/ov-a le sens est « certains jeûnent pendant quarante jours, réunissant ensemble les heures du jour et celles de la nuit », c'est-à-dire ils jeûnent aussi bien le jour que la nuit. C'est ainsi que Massuet a compris ce passage dans la deuxième dissertation jointe à son édition des œuvres de saint Irénée (art. 1, § 23-28). Si on ne met pas de \"irgule, le sens au contraire est le suivant : cer- tains comptent pour leur jour de jeûne quarante heures de jour et de nuit (sans doute le vendredi saint en entier et seize heures du samedi) et Valois en parti- culier donne ce sens à la phrase citée (dans ses remarques à Eusèbe, Hist. eccles.jl. V, t. xxiv). Citons encore le savant bénédictin allemand mort si pré- maturément, Dr Nickes, de Saint-Paul à Rome [Journal de Scheiner, Vienne, t. viii, part. 1, p. 54), Hilgenfeld [op. cit., p. 308) et Schûrer (op. cit., p. 66), qui donnent à cette phrase le sens suivant : « Certains comptent un jour de jeûne de quarante heures par superpositio puisqu'ils prolongent le jeûne depuis le vendredi jusqu'au samedi. » Le D'" Nolte croit enfin qu'il y a une faute d'im- pression dans le texte de saint Irénée et que l'original a dû dire : oî Ss -/.S' (= 2i) wpa; •/.. t. x. c'est-à-dire, certains (tels que ceux cités plus haut) ne jeûnent pas seulement un jour (en ce cas le jeûne cesse pendant la nuit) mais jeûnent pendant vingt-quatre heures consécutives [Journal de Scheiner, t. vi, part. 1, p. 119). Ce sens nous paraît complètement rationnel; mais comme il est toujours délicat de modifier les textes, nous estimons que l'explication proposée par Valois mérite la préférence sur toutes les autres. 2. Massuet ne traduit pas xpaTo-jvTwv par pasteurs mais par maintenir. Voici ce qu'il dit : « lesquels aïeux ne maintenaient pas scrupuleusement la coutume et ne la prenaient pas au sérieux. » Voir Irenaji, Opéra, édit. Massuet, Vcnetiis, 1734, t. i, p. 340, not. x, et t. ii, diss. II, vi, 27, p. 76. 144 LIVIiE I, CIIAPITUE ( leurs ; mais cependant malgré cela ils sont demeurés en paix aA'Cc ceux qui venaient des diocèses dans lesquels régnait une pratique contraire (les diocèses quartodécimans) et ils ne les ont pas excom- muniés; ils envoyaient même, en signe d'unité, la sainte Eucharistie aux prêtres des diocèses quartodécimans. Lorsque saint Polycarpe vint à Rome an temps d'Anicet, etc., » voir plus haut (p. 136). Nous possédons encore une antre appréciation de saint Irénée dans le troisième fragment de Pfaffi. Irénée s'exprime ainsi : « Les apôtres ont ordonné que nous ne pouvons réglementer pour personne les questions de nourriture, de boisson, des fêtes, de nouvelle lune et de sabbat 2. Pourquoi maintenant ces disputes, pourquoi ces menaces de schisme ? Nous célébrons des fêtes, mais nous le faisons en nous laissant guider par le levain de la méchanceté, puisque nous déchirons l'Eglise de Dieu par nos querelles et que nous nous con- tentons d'observer les pratiques extérieures {-zx èxToç) en laissant de côté ce qu'il y a de meilleur, la foi et l'amour. Les prophètes nous ont appris que ces fêtes et ces jeûnes n'étaient point agréables au Seigneur. » Tirons de ces renseignements puisés aux sources, les [96] conclusions qui en découlent ; on y voit tout d'abord : 1. Que l'antiquité chrétienne ne considérait pas comme une cjues- tion de principe ni comme une question dogmatique la différence qui existait dans la manière de célébrer la Pàque. La religion chré- tienne des pauliniens n'était pas en conflit avec la moitié du judaïsme ; mais, bien au contraire, les deux partis demeuraient sur un terrain absolument chrétien, le sujet et l'essence de la fête de Pàque demeuraient chrétiens. Ainsi que le rapporte saint Irénée, dans le fragment que nous avons cité en dernier lieu, ils ne différaient que pour TOC £X-6ç, les « pratiques extérieures », pour l'époque de la célébration de la fête. Nous trouvons encore une preuve de ce que la manière différente de célébrer la Pàque employée par les quarto- 1. Sans doute dans son ouvrage contre Blastus v. Irenaei Opéra, éd'it. Massuet, Venetiis, 1734, appendix, t. 11, p. 35. [L'authenticité des fragments de Pfaff a été niée récemment par Harnack, Die Pfaffschen Irenàusfraginente als Fâlsch- ungeii Plaffs nachgewiesen, dans Texte und Untersuchungen, 1900, IP sé- rie, t. V, part. 3, p. 1-69 ; P. Batiffol, Le cas de Pfajf d après des pièces nou- velles, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1901, p. 189-200 : Ce sont quelques lettres de Pfaff à dom Le Nourry (Pièces du ms. Bibl. natio- nale, ms. franc. 196àS). Ce qui y est dit confirme — non pas la thèse de la falsification des fameux fragments d'Isaïe, qui est d'ailleurs acquise — mais la dissimulation du caractère de PfafT. (H. L.)] 1. Coloss., II, IG. 2. CONCILES CONCERNANT LA FLTE DE PAOLM'S 145 décimans ou les joluiiinistes cl celle usitée dans le reste du monde ne touchait pas la loi el n'était pas d'une importance capitale dans ce fait. a) Que le pape Anicet demeura en paix avec saint Polycarpe et que, malgré leurs opinions opposées, il lui permit d'oftVir le saint sacri- fice dans son église, ce qui est une preuve capitale de leur union et de leur amitié ; h) Que les anciens papes permirent aux évêques chrétiens quarto- décimans qui vinrent à Rome, de célébrer le service divin ; c) Qu'ils envovèrent la sainte Eucharistie à ces évêques; cl) Que saint Irénée blâma le pape Victor de la rigueur qu'il montrait vis-à-vis des quartodécimans, ajoutant qu'autrefois la paix régnait entre les deux partis et qu'elle continuait encore à régner en Gaule (« nous demeurons en paix »). Pour bien apprécier toute la valeur démonstrative de ce point, nous devons nous rappeler avec quelle force et quelle âpreté l'apôtre saint Jean s'est élevé contre Cérinthe et comment tous les anciens disciples se sont prononcés contre toute dérogation dogmatique. e) Apollinaire et Hippolyte se contentèrent d'imputer à leurs adversaires la manie de la dispute et de les taxer d'ignorance ^ ; mais ils ne les accusèrent pas d'erreur dogmatique. f) Enfin les conciles d'Arles en 314 et de Nicée en 325 ne consi- dérèrent pas cette différence comme intéressant le dogme ni comme touchant l'essence et la signification dogmatique de la fête ; ce fut également l'avis d'Eusèbe qui écrivit : « pour cette fête la manière différente d'en apprécier l'époque (mais aucune différence sur le principe même de la fête ni sur son dogme) a occasionné un si grand désaccord 2. » Nous aurons occasion de revenir sur ce passage. 2. Les quartodécimans sont signalés comme T-/;psuv-:£;, par ce (jii'en fait ils observaient un jour de fête prescrit par l'ancienne loi (le 14 nisan) et l'auteur des Philosophoumena dit que l'observation scrupuleuse des paroles de l'Ancien Testament : « que celui-là soit maudit qui n'observe pas ce qui est ordonné, » les a conduits à célé- brer la fête le 14 nisan 5. Mais le véritable motif qui les a poussés à agir ainsi, ne fut pas l'observation de la loi, mais l'Evangile. Ils continuèrent à célébrer la fête le 14 nisan, non pas parce qu'ils con- sidéraient que les chrétiens devaient (comme les Judaïsants) continuer 1. Voit- plus haut, p. 138-140. 2. Eusèbe, Vita Constantiui, 1. III, c. v, P. G., t. xx, col. 1060. o. Voir plus haut, p. 138. CONCILES — I — 10 146 Livin-: I, CHAPirnE i à se conformer à la loi ancienne, mais parce que le Christ avait célébré la Pàque en ce jour. C'est ce qu'expliquent clairement Apol- linaire et Hippolyte. Eusèbe lui aussi, dans son fragment sur la Pâque '^, nous rapporte qu'ils se sont autorisés de l'exemple du Christ, Il leur répond : « en fait il n'y eut aucune disposition ayant force de loi. » Polycrate nous dit également d'une manière tout à fait positive : « ils célèbrent la Pàque le 14 nisan conformément à l'Évan- gile ^. » Mais s'ils ne s'étaient conformés qu'aux prescriptions de la loi, ils ne se seraient pas contentés d'un jour unique pour la célé- bration de cette fête. On peut encore ajouter que d'après certains de leurs adversaires, si les quartodécimans ne se conformèrent pas exclusivement avix prescriptions de l'Ancien Testament, ils leur attribuèrent cependant une importance prépondérante. C'est en effet ce qui paraît avoir existé, et l'opinion des adversaires des quartodécimans est habituellement rapportée de la façon la plus inexacte. 3. Quelles cérémonies commençaient le 14 nisan? Certainement pas le sacrifice de l'agneau et le repas pascal. Même chez les Juifs, l'habitude de manger l'agneau pascal n'existait qu'à Jérusalem, et depuis la destruction de cette ville on avait perdu l'habitude d'im- moler l'agneau. Mais les quartodécimans avaient conservé l'usage de considérer comme jours de fêtes dans le Nouveau Testament les jours auxquels ces fêtes étaient ordonnées par l'Ancien Testament. Aucun de leurs adversaires ne leur reproche d'avoir adopté des fêtes d'après la coutume juive, et la discussion n'a jamais roulé que sur le choix du jour. De même que la Pâque de l'Ancien Testament était la fête de réjouissance établie en souvenir de la sor- tie d'Egypte, la fête du Nouveau Testament (aussi bien pour les quartodécimans que pour leurs adversaires) fut la fête de la rédemp- tion. La différence consistait en ceci : les quartodécimans célé- braient leur fête [Psischsi-transitns) le jour où le Christ, d'après leur doctrine, avait pris le repas pascal et avait commencé sa Passion, ragl tandis que leurs adversaires célébraient la fête de la délivrance au jour où la Passion se termina par la résurrection. Les adversaires des quartodécimans ne regardaient pas ces réjouissances comme la fête de la résurrection, mais bien comme la fête de la délivrance, et en effet le terme Pascha s'accorde bien avec la dernière signifi- 1. Mai, Nova PP. Bihlloth., t. iv, p. 88. 2. Voir plus haut, p. 141. 2. CONCILES CONCERNANT LA FETE DE PAQUES 147 cation, et non pas avec la prcmiùie K Les quartodécimans aussi bien crue leurs adversaires célébraient d'ailleurs la fête d'une manière absolument identique, et tous prenaient part à des agapes solennelles et faisaient la sainte communion. 4. On croit habituellement que les quartodécimans n'ont eu en vue, en établissant leur fête de Pâques, que la commémoration de l'insti- tution de l'Eucharistie. Cette opinion me semble erronée. Déjà le Seioncur lui-même a établi la relation la plus intime entre sa mort et l'institution de l'Eucharistie. « Ceci est mon sang qui sera répandu pour beaucoup pour la rémission des péchés 2; » et il décrète clairement : « aussi souvent vous mangerez ce pain etc., vous devrez proclamer la mort du Seigneur ^. »Lesfidèlessesont en effet conformés à la volonté du Seigneur dans leurs cérémonies eucharistiques, ils ont de tout temps célébré la jiioi't du Seigneur. Les quartodécimans n'ont point fait exception à cette règle des chrétiens et personne ne leur a adressé un pareil reproche. Comment d'ailleurs auraient-ils pu faire exception à cette règle, puisqu'ils célébraient la Pâque comme une fête de la délivrance? Comment le chrétien pourrait-il songer à la délivrance sans avoir en même temps devant les yeux le souvenir de la mort du Seigneur? Les cjuartodécimans célébraient la Pâque en un jour unique, ainsi que le dit Polycrate, ils étaient donc obligés en ce jour unique de songer à la question si importante de notre salut obtenu par la mort du Christ. Hippolyte et Théodoret con- firment notre opinion que les quartodécimans célébraient le 14 nisan la mort du Christ. Le premier met en effet dans leur bouche les paroles suivantes : à^notr^îs to raoya h -/.piG-z: zô-t tyj r,'fj.épx y.oil £7:a0cv ^. Théodoret dit de son côté qu'ils célèbrent leur Pâque quelque soit le jour de la semaine, suivant que la fête tombe tel ou tel jour et T.xvTf-^upi'^ouzi -.oXi zaOouç ty;v ixv/^jjiyjv ^. 5. Contrairement à l'usage adopté par les quartodécimans, les autres chrétiens, qui formaient la grande majorité, célébraient la fête de la délivrance (la Pâque) un dimanche (le premier dimanche après mg] le 14 de nisan) parce que le Christ ressuscita le dimanche et cpi'il cou- ronna ainsi l'œuvre de la délivrance. Mais à côté de ce jour principal (célébré par les agapes joyeuses de Pâques), ils célébraient la mort 1. Schûrer, op. cit., p. 28 sq., 60-66. 2. Malth., XXVI, 28. 3. I Cor., XI, 26. 4. Chronicon paschale, édit. Bonn, t. i, p. 12. 5. Théodoret. haeret. fahid. cornpend., 1. III, c. iv, P. C, t. lxxxiii, col. 405. 148 du Christ le vendredi précédent, et donnaient également à ce jonr le nom de Pâques. Déjà Tertullien, vers l'an 200, indique deuxjours pour la Pàque, le dies paschae. qiio com/minis est et quasi puhlica jejunii religio, jour auquel merito deponimus osculum (se. pacis) c'est-à-dire le vendredi saint *, et le dies paschae, jour depuis lequel on ne flv'chit plus les genoux jusqu'à la Pentecôte, c'est-à-dire le dimanche de Pâques. Bien plus tard on distinguait encore ces deux jours en tAt/x !7Taup(oa'i[j.cv et àvaaTaanj.sv. 6. En ce qui concerne le jeûne, deuxième point diversement apprécié, la différence est aussi claire : Les quartodécimans termi- naient le jeûne le 14 nisan, quel que fût le jour de la semaine, tandis que, pour le reste de l'Eglise, le jeûne ne prenait fin que le dimanche où Ton célébrait la Résurrection du Seigneur. Eusèbe ^ s'exprime explicitement à ce sujet ^. Il n'est pas nécessaire pour donner plus de clarté à l'exposé de la question de parler des autres différences que l'on peut remarquer dans la manière d'observer le jeûne, diffé- rences que signale saint Irénée *, mais il est vraisemblable de penser que les quartodécimans peuvent être classés au nombre de ceux qui ne jeûnaient qu'un seul jour. Il est évident, en effet, que les quartodécimans célébrant leur fête pendant une seule journée sans distinguer entre le jour de la mort et le jour de la résurrection, n'avaient aucun motif de prolonger le jeûne, tandis que les autres chrétiens suivant en cela une pratique toute naturelle en ces jours de tristesse, jeûnaient aussi longtemps que le Spoiisus ahlatus erat ^ , c'est-à-dire jusqu'au jour de joie de la Résurrection. 7. Les quartodécimans faisaient remonter à saint Jean l'Evangéliste et à l'apôtre Philippe, leur mode de célébration de la Pàque. Il n'est pas nécessî^ire de rechercher si cette prétention est bien réellement fondée. En tous cas leur pratique était fort ancienne, et nous devons rappeler à ce sujet ce que Polycrate dit ^ de l'apôtre Philippe et de saint Jean (qui portait le petaloii). L'école de Tubingue se montre, il est vrai, disposée à admettre cette origine johannistc de la pratique des quartodécimans, et « l'école critique » n'a cette fois élevé au- 1. Tertullien, De oratione, c. xiv, P. /.., t. i, col 1272. 2. Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. xxm, P. Z., t. xx, col. 492 sq. 3. Voir plus haut, p. 140. 4. Voir plus haut, p. 142 sq. 5. Tertullien, De jejunio, c. ii, P. Z., t. ii, col. 1006. 6. Voir plus haut, p. 141. Lepiu, L'origine du quatrième Evangile, c. m : Le séjour de 1 apôtre saint Jean à Éphcse, Paris, 1907, p. 73 sq. 2. CONCILES COXCEnXANT LA FÈtE DE PAQUES 149 ciinc objection, parce qu'elle croyait trouver dans cette déclaration 1^^'J un argument capital contre l'authenticité du cjuatrième évangile. Son raisonnement est le suivant : Les quartodécimans pensent (jue le Christ a mangé la Pàque le 14 nisan et qu'il est mort le 15 ^; le qua- trième Évangile dit au contraire que le Christ était mort le 14 nisan (et non pas le 15). Les quartodécimans représentant donc la chrono- logie johanniste, le quatrième Évangile est en contradiction avec cette chronologie. Notre tâche n'est pas d'approfondir cette importante question, il nous suffit d'avoir indiqué le caractère particulier de la déclaration de Polvcrate et de demander si l'école critique accepte aussi la déclaration des anti-quartodécimans qui affirment que leur manière de célébrer la Pàque leur vient de l'apôtre saint Pierre ? et si la libre pratique chrétienne découle de la tendance judaïsante non libre des -:r,pzjv-t^ ? 8. L'Asie proconsulaire, au dire d'Eusèbe ^, était le boulevard du quartodécimanisme, et il ajoute : « et les provinces voisines; » ce qui semblerait indiquer la Cilicie, la Mésopotamie et la Syrie, comme l'atteste Athanase ■^; cependant toute la Cilicie ne peut être comprise au nombre des pays quartodécimans, car, d'après Eusèbe *, l'empereur Constantin déclare que la Cilicie suivait la pratique de l'Occident. 9. La plus grande partie de la chrétienté, en opposition avec les quartodécimans, célébrait le dimanche la fête principale de Pâques. D'après ce que dit Eusèbe ^, ce mode de célébration de la fête de Pâques était observé, à l'exception des Églises d'Asie, par toutes les autres Églises du monde entier. Il nomme en particulier la Palestine, Rome, le Pont, les Gaules, l'Osrhoëne, Corinthe, la Phénicie et Alexandrie. L'empereur Constantin le Grand affirme que toutes les Églises de l'Ouest, du Sud et du Nord avaient adopté cette pratique, notamment Rome, toute l'Italie, l'Afrique, l'Egypte, l'Espagne, les Gaules, la Rretagne, la Lybie, toute l'Achaïe (la Grèce), elle avait été adoptée même dans les diocèses d'Asie, du Pont et de la Cilicie ^. Il en résulte qu'il n'est pas absolument exact de dire que cette pra- 1. Voir plus haut, p. 137 sq. 2. Eusèbe, Ilist. eccles., 1. V, r. xxiv, P. G., t. xx, col. 493. 3. Athanase, Epist. ad Afros, c. ir, P. G., t. xxvi, col. 1032. 4. Eusèbe, Vita Constantini, 1. III, c. xix, P. G., t. xx, col. 1077. 5. Hist. eccles., 1. V, c. xxiii, P. G., t. xx, col. 492 sq. 6. Eusèbe, Vita Constantini, 1. III, c. xix, P. G., 1. xx, col. 1077. 150 LIVRE I, CHAPITRE I tique fut celle de l'Occident, il serait plus juste de Vapi^eler générale. \ 101] D'après Socrate '^, ce furent les apôtres Pierre et Paul qui éta- blirent ce mode de célébration et Eusèbe dit aussi ^ que cette pratique provenait sH àTcouTcXa^'ç Trapaooaswç; Irénée prétend au contraire, ainsi que nous l'avons dit ^, que ce furent seulement les papes qui établirent ce mode de célébration de la Pâque au commen- cement du II® siècle. Retenons simplement ce résultat : nous sommes maintenant en mesure de comprendre ce qu'Eusèbe dit sur les démêlés concernant la fête de Pâques : « Les uns pensent que l'on devait suivre la cou- tume juive (c'est-à-dire célébrer la Pàque le 14 nisan sans tenir compte du jour de la semaine), d'autres veulent que l'on célèbre tous les événements qui marquent l'oeuvre de la délivrance : la mort, le séjour au sépulcre, la résurrection, et ils veulent qu'on les célèbre h l'heure et au jour de la semaine où ils ont eu lieu réellement *. » Pendant longtemps et dans tout l'univers les peuples furent en désaccord à ce sujet; on put remarquer pour cette seule et même fête la plus grande divergence quant à l'époque où on devait la célébrer (mais cette divergence ne touchait en rien au principe même de la fête et n'intéressait en rien l'unité du dogme) ; les uns se fai- saient une obligation de la célébrer par le jeûne et la tristesse, tandis que les autres se livraient au repos et la célébraient dans la joie, (c'est- à-dire les quartodécimans terminaient leur jeûne au 14 de nisan et que d'autres encore continuaient le jeûne et demeuraient plongés dans la tristesse jusqu'au dimanche suivant) ; aucun homme ne pou- vait remédier à ce mal. Dieu seul put y remédier, et, ajoute un vil courtisan, l'empereur Constantin. D'après tout ce qui vient d'être dit, nous avons pu discerner quels furent les conciles qui eurent lieu vers la fin du ii" siècle au sujet des démêlés concernant la fête de Pâques. Ce furent : a) Les conciles de Palestine sous la présidence de Théophile de Cé- sarée et de Narcisse de Jérusalem ^. b) Le concile de Rome sous la présidence du pape Victor. 1. Socrate, Hist. eccles., 1. V, c. xxii, P. G., t. lxvii, col. 625. 2. Eusèbe, Hist. eccles., 1. V, c. xxiii, P. G., t. xx, col. 492 sq. 3. Voir plus haut, p. 143 sq. 4. Eusèbe, Viia Constantini, 1. HT, c. v, P. G., t. xx, col. 1057 sq. 5. Tillemout, Mem. hist. eccles., 1071, t. m, p. 632 : « Sur les actes du con- cile de Césarée sous Théophile. » (H. L.) o. COXCILES DOUTEUX DU 11^ SIKCLK 151 c) Le concile du Pont sous la présidence de lévêque Palmas d'Amastris. d) Un ou deux conciles des Gaules sous la présidence d'Irénée. é) Le concile de rOsrhoëne en Mésopotamie. f) Le concile d'Ephèse sous la présidence de Polycrate. Ce dernier seul adopta la pratique quartodécimane, tous les autres y furent opposés ^. 3. Conciles douteux du ii" siècle. 102] L'auteur anonyme du Prsedestinatiis parle de trois autres conciles du 11^ siècle; selon lui, 1. En 125 se tint un synode de tous les évêques de la Sicile, présidé par Eustache de Libybée et Théodore de Palerme. Ce synode instruisit la cause des héracléonites gnostiques dont la doctrine prétendait qu'aucun péché ne pouvait compromettre le salut de celui qui avait été baptisé. Le synode envoya ses actes au pape Alexandre, pour qu'il décidât dans cette affaire -, 2. En 152, l'hérésie des colarbasiens, autre secte gnostique, fut anathématisée par Théodote, évêquede Pergame en Mysie, et par sept autres évêques réunis en synode ^. 3. En 160, un synode d'Orient rejeta l'hérésie du gnostique Cer- don *. Le Lihellus synodicus fait mention à son tour : 1. D'un synode tenu à Rome, sous le pape Télesphore (127-139), contre Théodote le Corroyeur, antitrinitaire ; 2. D'un autre synode de Rome tenu sous le pape Anicet, sur la question de la célébration de la fête de Pâques, à l'époque où Poly- carpe, évêque de Smyrne, rendit visite au pape; 3. D'un troisième synode romain célébré sous Victor, et qui con- damna Théodote, Ebion et Artémon ; 4. D'un quatrième synode romain également célébré sous Victor, et qui anathématisa Sabellius et Noët ; 1. Voir plus haut, p. 141 sq., et la dissertation Ille à I'Appe^dice. 2. Mansi, Concil. ainpliss. coll. t. i, col. 647. Ct. la note de Mansi sur le peu de confiance qu'il faut accorder au Prxdestinatus. 3. Mansi, op. cit., p. 670. 4. Mansi, op. cit., p. 682. 152 1.1 Vil H I, ciiAinri!!^ I 5. Enfin d'un svnodedes confesseurs des Gaules, qui se déclarèrent contre Montan et Maximille dans une lettre adressée aux Asiatiques ^. Ces huit synodes, dont l'auteur du Prœdestinatiis et le LibeUus syiiodicus font mention, sont apparemment imaginaires : car, d'une part, il n'y a pas un seul document ancien et original qui en parle ; d'autre part, les données de ces deux sources sont ou invraisem- L-'-^'^J blables ou contraires à la chronologie ; nous citerons, par exemple, ce prétendu synode romain présidé par Victor qui aurait anathéma- tisé Sabellius. En admettant que la donnée commune suivant laquelle Sabellius aurait vécu un demi-siècle plus tard (vers 250) soit inexacte, comme l'ont prouvé les PJiilosoplioumena , nous savons cependant par ce dernier document que Sabellius n'avait pas encore été exclu de l'Eglise sous le pape Zéphyrin (de 198-199 à 216-217), successeur de Victor, et qu'il ne le fut que sous le pape Callixte ^. Il est aussi impossible que Théodote le Corroyeur ait été jugé par un synode romain tenu sous Télesphore, puisque Théodote n'a vécu que vers la fin du ii" siècle. Il en est de même du prétendu concile sicilien de 125. D'après les renseignements que nous fournissent les anciens, surtout saint Irénée et Tertullien, Héracléon transforma le système de Valentin. Il n'a donc pu se faire remarquer qu'après 125. Quant au pape Alexandre, auquel ce synode aurait rendu compte de ses actes en 125, il était mort martyr en 119 ^. C'est aussi une méprise qui a fait croire à l'existence d'un synode auquel auraient pris part le pape Anicet et Polycarpe : on a confondu l'entrevue de ces deux évêques avec un synode *; il en est de même du prétendu synode des Gaules tenu contre Montan. L'auteur du LibeUus synodicus a évidemment mal compris Eusèbe qui dit à ce 1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 1491 sq. ; Mansi, up. cit., t. i, col. 662, 686, 725. 2. Ign. DôUiuger, Ilippolyliis nnd KalUstus, in-8, Regensburg, 1853, p. 198 sq.; [L. Duchesne, Hist. anc. de l'Église, 1906^ t. i, p. 312. -ov SagéXXtov àTréwusv tôç (XY) cppovoûvTa ôpôdiç ; Schleiermacher, dans Theologisclie Zeitschrift, 1882, fasc. 3 \ Lange, dans Zeitschiift fur historische Théologie, 1832, t. ii, part. 2, p. 17-46 ; Zahn, Marcel von Ankyra, in-8. Gotha, 1857 ; A. Harnack, Monarchianismus^ dans Real-Encjklopddie filr protest. Théologie u/id Kirche, éd. Hauck, t. xm, p. 324-336. [n.h.]] 3. Le Liber pontificalis, in-4, Paris 1884, t. i, p. xci, 127, lui attribue un règne de 10 ans, 7 mois, 2 jours sous Trajan, jusqu'au consulat de L. ^Elius Lamia et de ^lianus Vêtus, en 116. (H. L.) 4. Voir à I'Appendice, Dissertation \\\^. o. COXCll.KS DOUTEUX DU II'' SIECLE 153 sujet ^ : « La nouvelle de ce qui s'était passé en Asie au sujet de Montai! lut connue des chrétiens de la Gaule. Ceux-ci étaient alors cruellement persécutés par Marc-Aurèle ; plusieurs d'entre eux étaient en prison. Ils donnèrent cependant leur avis, du fond de leur cachot, sur l'aHaire de Montan, et adressèrent des lettres à leurs frères d'Asie et à Eleuthère, évèquc de Rome. •» On voit qu'il csl ici ques- tion non de synode, mais de lettres écrites par des confesseurs (le Libellas sjjnodicus parle aussi de captifs). Enfin, un neuvième concile, qui aurait transmis à l'évéque de Sé- [10^] leucie un droit patriarcal sur toute l'Assyrie, la Médie et la Perse, est évidemment controuvé, et la mention d'un patriarcat en cette occasion est un anachronisme patent, comme l'a prouvé Assemani dans sa Bibliothèque orientale ^. 1. Eusèbe, Hist. eccles.^ 1. V, e. m. P. G., t. xx, col. 437. 2. Assemani, Bihliotli. orientalis, in-fol., Romae, 1719-1728, t. m ; Mansi, Concil. ampliss. collect. l. i, col. 706. J. Labourt, Le christianisme dans l'Em- pire perse, in-22, Paris, 1904, ne fail aucmie mention de ce prétendu concile ; quant au IÂl)er synodicon orientale, édit. Chabot, 1902, il commence en l'année 410. Westphal, Untersuchungen Hier die Quellen und die Giaubivurdigkeit der PatriarchalcJironiken des Mari ibn Sulaimen, Amr ihn Matai und Satiba ibu Johannan, in-8, Strassburg, 1901. (H. L.) CHAPITRE II LES SYNODES DU Ille SIÈCLE 4. Première moitié du iii'^ siècle. La série des synodes du m® siècle s'ouvre par celui de Garthage, auquel Agrippinus ^, évéque de cette ville, avait convoqué les évo- ques de la Numidie et de l'Afrique proconsulaire 2. Saint Gyprien parle 1. Agrippinus, dit-on, fut contemporain de Tertullien de même que cet Optatus mentionné dans la Passio de sainte Perpétue. Tous deux furent évèques de Gar- thage, mais on ne s'entend pas touchant l'époque à laquelle vécut Agrippinus. Morcelli et les autres historiens faisaient d'Agrippinus le plus ancien évêque de Garthage, mais depuis quelques années des doutes ont surgi. On a proposé de faire d'Agrippinus le successeur ou l'un des successeurs d'Optatus ; Harnack, Gesch. d. altkirch. Liter., in-8, Leipzig, 1893, t. i, p. 687 sq. ; G. Schmidt, dans Gôtting. gel. Anzeigt., 1893, p. 240. Cette hypothèse, basée sur une fausse interprétation de Tertullien, n'est pas soutenable. Non moins gi-atuite est celle de Toulolte, Géographie de l'Afriq. chrét., t. i, Proconsulaire, in-8, Montreuil, 1891, p. 13, qui recule l'épiscopat d'Agrippinus jusqu'aux dernières années du ler siècle. Nous avons adopté ailleurs la date 198 pour le concile tenu à Gar- thage par Agrippinus ; H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. I, p. 32; t. II, p. 344. En ce qui concerne Optatus, il pourrait bien avoir été évêque, non de Garthage, mais de Thuburbo. Ibid., t. i, p. 77, note 1 ; P. Mon- ceaux, Hist. littér. de VAfriq. chrét., in-8, Paris, 1901, t. i, p. 20, trouve « na- turel d'admettre que [Agrippinus] fut le prédécesseur d'Optatus et gouverna l'Église de Garthage vers la fin du ne siècle ». (H. L.) 2. Nous ne savons rien sur ce concile que ce que nous en a appris saint Gyprien qui, en 256, le qualifie de très ancien : Quando anni sint jam multi et longa setas ex quo sub Agrippino. S. Gyprien, Epist., lxxiii, 3, P. Z., t. m, col. 1157. On a imaginé récemment d'invoquer un texte de Tertullien, De jejunio, c. xiii, P. L., t. 11, col. 1024: Aguntur prxterea per Grsecias illa certis in locis concilia ex universis Ecclesiis, per quse et altiora quseque in com- mune tractantur et ipsa repnesentatio totius nominis Christiani magna venera- tione celebratur ; on a donc voulu faire dire à ce texte que, à la date où fut écrit le traité De jejunio, en 213, ou ne connaissait pas encore en Afrique les réunions d'évêques, et que par suite ou ne pouvait placer avant cette date l'épiscopat et le concile d'Agrippinus. Mais le sens obvie n'est plus douteux. Tertullien ne 4. PREMIÈUE MOITIÉ DU IH'' SIÈCLE 155 de ce synode dans ses lxxi" et lxxiii" lettres, en disant que tous les évêques présents "* déclarèrent nul le ]>aptême conféré par les héré- tiques, et il appuie sa propre opinion à cet égard sur ce qui s'est passé dans cet ancien synode de Carthage ^. Ce synode a été probablement le plus ancien synode de l'Afrique latine : car Tertullien ^, qui rappelle comme une gloire les synodes grecs, ne cite pas un seul concile qui ait eu lieu dans sa patrie. Comme ce fut entre 205 et 212 que l'écrit de Te)-tullien De jejunio fut composé *, le synode en question a donc dû avoir lieu ou après 205 ou après 212. On n'avait pu jusqu'à présent vérifier plus exac- [105] tement cette date. Les P/tilosophoiimena (Hippolyte ^) nous donnent des renseignements identiques, et Dollinger, s'appuyant sur ce document, a placé la célébration de ce synode de Carthage entre 218 et 222 ^. Les P/nlosophoumena racontent en effet que l'usage de rebaptiser (c'est-à-dire de renouveler le baptême de ceux qui parle pas des conciles provinciaux, mais des conciles réunissant les évêques d'un pays entier, (H. L.) 1. Ils étaient au nombre de soixante-dix. S. Cyprieu, Epist., lxxi, 4 ; lxxiii, 3, P. L., t. m, col. 1157 ; t. iv, col. 424. (H. L.) ' 2. S. Cyprien, Epist., lxxi, 4, P. L., t. iv, col. 424; Mausi, Concil. ampliss. coll., t. I, col. 733 ; D. Cellier, Zf/s^. génér. des auteurs ecclesiast., in-4, Paris, 1865, t. II, p. 545. Agrippinus introduisit la coutume de la réitération du bap- tême des hérétiques. S. Augustin, De unico baptismo contra Petilianum, c. xiii, n. XXII, P. L., t. xLiii, col. 606 ; De baptismo contra Donatistas, 1. II, c. vn, 12; 1. III, c. II, 2, P. L., t. XLin, col. 133, 139 ; Epist., xcm, 10, P. L., t. xxxiii, col. 338. On trouvera les principaux textes relatifs à Agrippinus et à son concile dans D. Cellier, op. cit., t. ii, p. 545, note 1 à 7 inclus, et E. W. Benson, dans Smilli and Wace, A dictionary of Christian biographj, 1877, t. i, p. 65, au mot Agrippinus. (H. L.) 3. Voir le texte du De jejunio, c. xiii, cité dans la note (2) de la p. 154. (H.L.) 4. La chronologie des écrits de Tertullien a été complètement reprise par M. P. Monceaux, 0/?. cit., t. i, p. 193-209 ; il adopte, pour le De jejunio, la. date : « après 213 ; » Duchesne, Ilist. anc. de l'Église, t. i, p. 396, dit que « ce livre a été écrit vers l'année 220 ». (II. L.) 5. Nous laissons la responsabilité de cette attribution à l'auteur. Après d'in- terminables enquêtes on attribue aujourd'hui les Philosophoumenak Hippolyte, cf. Duchesne, Ilist. anc. de l'Église, 1906, t. i, p. 312 ; A. d'Alès, Lathéologie de saint Hippolyte, iu-8, Paris, 1906, p. xxiv-xliii. Ce n'est toutefois qu'une opinion. 6. Doiliugei-, Ilippulylus und Kallislus, 1853, p. 189 sq. E. W. Benson, op. cit., est partisan de la date la plus ancienne, celle que propose Morcelli, t. II, p. 44, et qui fuit remonter le concile jusqu'en 186-187. (H. L.) A. Audol- leul, Carthage romaine, i>. 447, note 3, place le synode entre 218 et 223 ; Duchesne Hist. anc. de l'Eglise, t. i, p. 422, adopte la date 220. 15o LIVRE I, CHAPITRE H avaient été baptisés par les hérétiques)^ s'introduisit tout d'abord sous l'évêque de Rome Callixte (dans quelques Eglises en rapport avec lui). On ne peut guère douter que ce passage n'ait en vue l'évêque Agrippinus et son synode de Cartilage : car saint Augustin et saint Vincent de Lérins ^ disent expressément qu'Agrippinus fut le premier qui introduisit l'usage de rebaptiser. Le synode de Cartilage eut donc lieu sous le règne du pape Callixte P*", c'est-à-dire entre 218 et 222 2. Cette date s'accorde avec ce fait bien connu, que Tertullien fut de tous les écrivains chrétiens le premier qui déclara invalide le baptême des hérétiques ; aussi peut-on présumer que son livre De haptismo a exercé une certaine influence sur les conclusions du synode de Carthagc 3. Cette hypo- thèse n'est pas contredite par le 47" (46") canon apostolique, qui ordonne aux évêques, sous peine de déposition, de rebaptiser celui qui a été baptisé par un hérétique : car on sait que ces prétendus canons apostoliques n'ont été composés que quelques siècles plus tard ^. Saint Cyprien parle dans sa lxvi" lettre d'un synode tenu depuis longtemps, j a mpr idem, en Afrique, et qui avait décidé qu'un clerc ne pouvait être choisi par un mourant comme tuteur ^, mais rien n'indique s'il entend par là le synode présidé par Agrippinus ou un autre concile d'Afrique ^. Peu de temps après, Origène fut l'occasion de deux synodes à Alex- andrie. Appelé vers 228 en Achaïe, à cause des troubles religieux qui y régnaient '^, Origène passa par la Palestine et fut ordonné prêtre 1. S. Augustin, De haptismo contra Donatistas, 1. II, c. vu, P. L., t. xlii, col. 132 sq. ; Vincent de Lérins, Commonitorium, c. ix, P. L., t. i, col. 650 sq. [Vincent de Lérins ne fait probablement que répéter, sans autorité personnelle, l'affirmation qu'il avait lue dans saint Augustin. (H. L.)] 2. Pagi, Critica in Annales Baronii, t. i, ad ann. 219, 222, 224. 3. Dôllinger, op. cit., p. 191. [Hypothèse gratuite sur le De haptismo, cf. P. Monceaux, Hist. littér. de l'Afr. chrét., t. i, p. 25-27, 369-371. (H. L.)] 4. Voir la Dissertation IVe à I'Appendice. 5. S. Cyprien, Epist., lxvi, 1, P. L., t. iv, col. 410 : Cam jampriden in con- cilio episcoporum. 6. Cyprien semble faire allusion dans une de ses lettres, Epist., lv, 21, P. L., t. III, col. 855, à un concile africain qui aurait discuté la question de la péni- tence, peut-être au temps et à propos de l'édit d-i pape Callixte. Tertullien fait allusion à des synodes dans lesquels on avait fixé le canon des Livres saints. De pudicitia, c. x, P. L., t. n, col. 1051 sq. (H. L.) 7. Sur cctlc dale, voir Tillemonl, Mém. pour sen\ h Vhist. ecclos., in-'j, Paris, 'i. PRKMIKRE MOITIK DU IIl'' SIKCLE 157 à Césarée par son ami xXlexandrc, évêqiie de Jérusalem_, cl Tliéoc- tistc, évêque de Césarée, quoiqu'il y eût deux motifs pour ne pas l'admettre aux ordres sacrés : il appartenait à un autre diocèse, et [106] il s'était mutilé lui-même K On ignore ce (|ui le détermina, ainsi que les évêques de Palestine, à faire cette démarche non canoni- que '-. En tout cas, il est certain que Démétrius d'Alexandrie, évo- que diocésain d'Origéne, fut très mécontent de ce qui s'était passé, et si on se place au point de vue du droit ecclésiastique, il avait raison. Lorscpie Origène fut de retour à Alexandrie ^, Démétrius lui fit connaître son mécontentement et lui rappela sa mutilation volontaire *. Mais le grief principal portait, sans aucun doute, sur 1701, t. m, p. 76i ; Dictionn. d'archéol. cltrét., t. i, col. 330. E. Preuschen, dans Real-Encyldupâdie fur protest. Theol. und Kirclie, éd. Hauck, t. xiv, p. 471, place l'ordination sacerdotale en 230 ; O. Bardenhewer, Gesch. d. altkirch. Lilter., in-8, Freiburg, 1903, t. ii, p. 79-80. (H. L.) 1. Origène s'était mutilé afin de couper court aux périls et aux soupçons que pouvaient faire naître ses fonctions de catéchiste. Méliton de Sardes et Hyacin- the, prolecteur de Marcia, étaient eunuques, l'un évêque et l'autre prêtre. L'évê- que Démétrius d'Alexandrie conserva le jeune eunuque à la tête de l'école caté- chétique, mais ne l'ordonna pa.s, ce qui maintenait le docteur dans l'enseigne- ment extérieur el lui interdisait toute prédication dans l'église. La castration d'Origèue était-elle pour quelque chose dans cette conduite, ou la jalousie toute seule, comme l'affirme Eusèbe et le déclare saint Jérôme ? nous n'avons pas d'éléments pour en décider. Toujours est-il qu'en 216, Origène passant à Césarée de Palestine et à ^lia (Jérusalem) prêcha dans ces Eglises surfin vitation de leurs évêques, qui expliquèrent leur conduite par des précédents. Voyant le maintien de la suspicion contre Origène à Alexandrie et le prétexte de sa cas- tration dont on se couvrait pour le tenir à l'écart, les deux évêques profitèrent du séjour d'Origène, eu 228, en Palestine. Ils ne s'inquiétaicMit ni de sa muti- lation ni de son appartenance à une Eglise sur laquelle ils n'avaient pas juri- diction. (II. L.) 2. Non canonique semble peu exact. Pendant le premier quart du me siècle, la discipline offrait encore des points à régler. Nous n'avons pas de preuve certaine que l'usage d'Alexandrie fût contraire à l'ordination des eunuques. Ce n'est qu'un siècle plus tard, à Nicée, eu 325, que nous lirons dans un canon une disposition en ce sens. De même en ce qui concerne l'appartenance du sujet ordonné à une autre église que celle de l'évêque consécrateur, nous voyons que Démétrius ne songe jjas à en faire un grief; il ne parle que de la mutila- tion volontaire. Ce n'est qu'avec le iv° siècle qu'on voit se préciser la règle interdisant d'ordonner les clercs d'une autre Eglise ; plus tard, on (-tendra cette règle aux laïques. Rappelons-nous qu'Origènc n'était que laïque. (H. L.) 3. Il essaya alors de reprendre la direction du Didascalée. Cf. Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 1174. (H. L.) 4. Eusèbe, Hixt. eccles., 1. YI, c. viii, P. G., t. xx. col. 537. Cf. P. Zorn, 158 LIVRE I, CHAPITUK II plusieurs opinions dogmatiques d'Origène, qui, dans le lait, étaient erronées, car Origène avait alors déjà écrit son livre De principiis et ses Strot7iata, qui renferment ses erreurs ^, et il n'est pas néces- saire d'attribuer à l'évêque d'Alexandrie des sentiments personnels de haine et de jalousie contre Origène, pour comprendre qu'il ait ordonné une enquête contre ce dernier. Dans ces conditions Origène se décida de son plein gré à quitter Alexandrie ; c'est ce qu'atteste Eusèbe 2, tandis qu'Épiphane ^dit par erreur qu'Origène prit la fuite parce que peu auparavant il avait montré beaucoup de faiblesse durant une persécution. Ses plus cruels ennemis ne lui ont jamais adressé un reproche de ce genre. Démétrius réunit en 231 un synode d'évéques égyptiens et de prêtres d'Alexandrie, qui dé- clarèrent Origène indigne d'enseigner et l'exclurent de l'Eglise d'Alexandrie. Démétrius présida encore un second synode à Alexan- drie *, sans y appeler cette fois ses prêtres, et Origène fut déclaré privé de la dignité sacerdotale ; une encyclique publiée par Démé- trius fit connaître ces résolutions à toutes les provinces ^. D'après saint Jérôme et Rufin, une assemblée romaine {senatus), réunie probablement sous le pape Pontien, délibéra peu après sur ce jugement^, et Origène remit plus tard au pape Fabien (236-250) Exercitatio de eunuchismo Origenis, in-4, Giessœ, 1708. Le fait est cependant nié par Schnitzer, Origenes ûher die Grundlehren der Glaubenswissenschaft, in-8, Stuttgart, 1835, p. 33, ot Chr. Baur, dans TheQ.1. Jarlihûcher, 1837, t. 11, p. 652. (H. L.) 1. Ensèhe, Hist. eccles.,\.\l, c.xxiv, P. G., t. xx, col. 580. [O. Bardenhewer, Gesch. d. altkirchl. Literatur, in-8, Freiburg, 1903, t. 11, p. 136, donne au irepl àpxMv la date 230 et aux SxpwiAaxa (dix livres) la date 222-235. Cf. E. Preus- chen, dans JReal-Encjklopàdie, éd. Hauck, t. xiv, p. 480. (H. L.)] 2. Eusèbe, op. cit., 1. VI, c. xxvi, P. G., t. xx, col. 585. 3. Epiphane, Ilaeres., lxiv, ii, P. G., t. xli, col. 1072 ; [Cf. Tillemont, Mém. hist. ecclés., in-4, Paris, 1701, t. m, p. 766-769. (H. L.)] 4. Photius, Bihlioth., cod. cxvin, P. G., t. cm, col. 396 sq. ; S. Jérôme, In Rufinum, 1. II, c. v, P. Z., t. xxiii, col. 447. 5. Le second concile contre Origène se tint en 231 ou 232. Ce furent très pro- bablement les décisions des deux conciles mises en un même décret que l'évê- que d'Alexandrie communiqua aux évêques qui, pour la plupart, les ratifièrent sans discussion. (H. L.) 6. Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. xxiii, P. G., t. xx, col. 577, renvoie au livre II* de son Apologie pour Origène ; malheureusement cet ouvrage est perdu. Nous n'en connaissons que les courts passages transcrits par Photius (cod. cxviii). D'après ces fragments il semble que, au dire d'Eusèbe et de Pam- phile, les seuls évêques d'Egypte intervinrent dans la condamnation d'Origène ; 4. PREMIÈRK JÎOITIÉ DU lll*^ SIKCLE 159 une profession de foi pour expliquer et rétracter ses erreurs ^. Plu- [107] sieurs historiens ont cru qu'on ne pouvait entendre le mot senalus dans le sens d'un synode^ et qu'il ne fallait y voir que la réunion du clergé romain. Dollinger présume au contraire qu Origène avait pris part aux discussions du prêtre Hippolyte avec le pape Callixte et ses successeurs (Origène avait appris à connaître Hippolyte à Rome et il partageait en partie ses opinions -), et que, pour ce motif, le pape Pontien avait présidé un synode dirigé contre Ori- gène ^. Sans aucun doute, un peu avant cette époque ^, et avant l'avène- ment du pape Fabien, eut lieu à Iconium, en Asie-Mineure, un synode qui devait faire autorité dans la controverse qui allait bientôt avoir lieu au sujet du baptême des hérétiques. De même que le synode de Carthage présidé par Agrippinus, celui d'Iconium déclara invalide tout baptême conféré par un hérétique. Les meilleurs renseignements sur ce concile nous sont fournis par la lettre qu'adressa à saint mais saint Jérôme laisse entrevoir que la sentence portée à Alexandrie fut entérinée à Rome et ailleurs : Damnatur a Demetrio episcopo, exceptis Palse- siinx et Arabise et Phcenices atque Achaiœ sacerdotibus in damnationein ej'us consentit orbis, Borna ipsa contra hune cogit senatum ; non propter dogmatuni noiitatem nec propter hseresim, ut nunc adversus eum rabidi canes simulant, sed quia gloriam eloquentiœ ejus et scientiae ferre non poterant, et illo dicente onines muti putabantur. Ku&n, Apolog., II, xx, P. L.. t. xxi, col. 600. (H. L.) 1. Tillemont, Mém. liist. eccl., 1701, t. m, p. 771 : « Que saint Fabien n'a point cité Origène à Rome. » (H. L.) 2. Origène connut personnellement Hippolyte. Pendant son voyage à Rome, vers 212, il assista à une homélie d'Hippolyte qui eut l'à-propos d'introduire dans son discours une allusion à son illustre auditeur. S. Jérôme, De viris ilhistr., c. Lxi, éd. Richardson, 1896, p. 35. (H. L.) 3. J. Dollinger, Hippolytus und Kallistus, p. 260. |H. L.) 4. Nous avons vu dans Tertullien, De jejunio, c. xiii, P. L., t. ii, col. 1024, que, dès la fin du ii® siècle, les synodes d'évêques étaient fréquents et impor- tants en Grèce et en Asie. Au in° siècle, cet usage s'introduisit en Cappadoce et dans les régions avoisinantes. On tenait chaque année des conciles dans les- quels se réglaient les affaires les plus graves, principalement celles qui avaient rapport à la discipline pénitentielle. Le concile d'Iconium eut une importance plus grande que ces simples réunions annuelles. Celui-ci était assemblé dans le but de décider si le baptême administré par les cataphryges ou montanistes devait être réitéré. Sur ce concile, cf. Conc. coll. regia (1644), t. i, col. 479; Labbe, Conc. (1671), t. i, col. 751-760; Pagi, Crit. Annal.., Baron. (1689), ad. ann. 258, p. 15-16 ; Hardouin, Cowc. (1715), t. i, index ; Co\&ii, Conc. (1728), t. I, col. 769 ; D. R. Cellier, Hist. génér. aut. ccclés. (1732), t. m, p. 562-563 ; (1765), t. II, p. 545-546 ; Mansi, Concil. anipliss, coll. (1759), t. i, col. 910. (H. L.) 160 LIVRE I, CHAPITRE II Cyprien l'évêque Firmilien de Césarée (en Cappadoce), qui se montra si actif dans cette controverse ^. La lettre de Firmilien a été conservée sous le n" 75 dans les lettres de saint Cyprien 2. Elle dit : « Quelques fidèles ayant soulevé des doutes sur la validité du baptême conféré par les hérétiques, nous avons décidé, il y a longtemps, dans le con- cile tenu à Iconium en Phrygie, avec les évêques de Galatie, de Cilicie et des autres provinces voisines, qu'on maintiendrait contre les hérétiques l'ancienne pratique (de ne pas tenir compte du baptême conféré par eux), et qu'on la soutiendrait. » Vers la fin de la lettre, on lit : « Parmi nous, de même que l'on n'a jamais reconnu qu'une Eglise, de même n'a-t-on jamais reconnu comme saint que le baptême de cette Eglise. Quelques-uns ayant eu des doutes sur la validité du baptême conféré par ceux qui admettent de nouveaux prophètes (les montanistes), mais qui cependant paraissent adorer le même Père et le même Fils cjue nous, nous nous sommes réunis en grand nombre à Iconium; nous avons très soigneusement examiné la question [diligentissime tractaçimus) et nous avons arrêté qu'il fallait rejeter tout baptême administré hors de TEglise. » Cette lettre parle donc [108] du concile d'Iconium comme d'un fait déjà ancien, et elle dit aussi qu'il fut occasionné par la question de la validité du baptême con- féré par les montanistes. Or comme Firmilien écrivit cette lettre 1. Sur ce personnage très original, cf. B. Bossue, De S. Firmiliano episcopo Csesarese in Cappadocia comment, historié., dans Acta sanctor., octobr. t. xii, col. 470-510 ; A. Harnack, Gesch. d. altchr. Liter., t. i, p. 407-409 ; Ch. de Smedt, Dissertât, sélect, inhist. eccles., in-8, Parisiis, 1876, p. 238, 258-275; Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, (1696), t. iv, p. 308-314, 667 ; Tournemine, dans les Mém. de Trévoux (1734), p. 2246-2262. (H. L.) 2. Sur cette lettre célèbre, cf. R. Missorius, In epistolam ad Pompeium inter Cyprianicas lxxiv adversus decretum S. Stephani Papse I de non iteran- do hœreticorum haptismo dissertatio critica. Prœmittitur dissertatio de epistola S. Firmiliani, in-4, Venetiis, 1733; M. Molkenbuhr, Binse dissertationes de S. Firmiliano, in-4, Monast. Guestph., 1790, réimprimées dans P. L., t. m, col. 1411-1476; O. Ritschl, Cyprian von Kart hago und die Verfassung der Kirche, in-8, Gôttingen, 1885, p. 126-134, et pour l'opinion opposée : J. Ernst, Die Echtheit des Briefes Firmilians ûber den Ketzertaufstreit in neuer Beleuch- tung, dans Zeiischrift fur kathol. Théologie, 1894, t. xviii, p. 209-259 ; Zur Frage Hier die Echtheit des Briefes Firmilians an Cyprian in Ketzertaufstreit, dans la même revue, 1896, t. xx, p. 364-367; E. W. Benson, Cyprian, his life, his time, his work, in-8, London, 1897, p. 377-386. Le texte de la lettre dans P. L., t. III, col. 1201-1226, et dans S. Cyprien, Opéra, in-8, Yindobonas, 1868-1871, t. Il, p. 810-827. (II. L.) Pr.lCMIKKR MOll'IK DU III SIECLE IGl vers 1(> milieu du m" siècle ', il laiit ([iie le coucile d'Ieonitim. dont il parle ii plusieurs reprises eonimc diiiu' aiu-icnne assemblée, célé- brée depuis longtemps, /a/)ip?-i(len/. ait eu lieu environ une vingtaine d'années avant la rédaction de sa lettre. Denys le Grand, évéque d'Alexandrie (247-264), dit de même : « Ce ne sont pas les Africains (Cvprien) qui ont iiitioduil riia])itiide de rebaptiser les hérétiques; cette mesure a été prise bien avant Cvprien par d'autres évêques (-pb -z'kkz'j) plus anciens, aux synodes d'Iconium et de Synnada 2. » Dans ces deux passages de sa lettre à saint Cyprien, Firmilien nous donne un nouveau jalon pour fixer la date du synode d'Iconium, en disant rormellement Ix plusieurs reprises : « Nous nous sommes réunis ii Iconium, nous avons examiné la (piestion, nous avons arrêté, » etc. D'où il résulte qu'il assista lui-même à ce synode. D'un autre côté le jampridem et d'autres expressions analogues nous autorisent à placer ce synode dans les premières années de l'épiscopat de Firmilien ; or, nous savons par Eusèbe que Firmilien florissait déjà sous l'empereur Alexandre Sévère (222-235) ^, en qua- lité d'évèque de Césarée; aussi pouvons-nous placer, avec Valois et Pafi, la célébration du synode d'Iconium dans les années 230-235 *. Baronius admet, })ar une erreur évidente, lannée 258. Selon toute probabilité, il faut rapporter au synode d'Iconium \\n passage très court de saint Augustin °, dans lequel il parle dun svnode composé de cinquante évêques orientaux. Denvs le Grand, évêque d'Alexandrie, parle, nous l'avons vu, non seulement du svnode d'Iconium. mais encore dun svnode de Synnada, 1. Vers la fin de l'année 256, cf. O. Bardenhewer, Gesch. d. altkircliL Liter., 1903, l. II, p. 270. (H. L.) 2. Vers le temps du concile d'Iconium, un concile se tint à Synnada, qui pril une détermination semblable. L. Duchesne, Hist. anc. de l'Eglise, 1906, 1. i, p. 423, 442; Eusèbe, Hist. eccles., 1. VII, c. vu, P. G.,l. xx, col. 649. (H. L.) 3. Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. xxvi, P. G., t. xx, col. 585. 4. Valois, note sur Eusèbe, Hist. eccles., 1. VII, c. vu, P. G., t. xx, col. 650- 651 ; Pagi, dit. in Annal. Baron., ad. ann. 255, n. 16 ; J. Dolliuger, Ilippu- lytus und Kallistus, p. 171 s([. 5. S. Augustin, Contr. Cresconium,\. III, c. m, P. L., t. xliii, col. 497.[Doin R. Ceillier, Hist. géiiér. des aut. eccles. (1865|, t. 11, p. 546, propose de rappor- ter au concile d'Iconium un déci'el observé en Cajipadoce et portant que l'on assimilerait aux baptisés par des hérétiques ceux qui auraient été baptisés par des évêques tombés dans l'idolâtrie. Il se tint alors d'autres conciles ailleurs qu'à Iconium et à Synnada, mais nous n'en savons pas plus sur leur compte. Eusèbe, nisl. eccles., 1. VII, c. vit, P. G., t. xx. col. 649. (H. L.)] CONCILES — I — 11 l62 LIVRE I, CHAPITRE II ville également située en Phrygie. «Dans ce synode, dit-il, le baptême [109] des hérétiques fut aussi rejeté. » On peut conclure de ces paroles que les deux assemblées eurent lieu à peu près en même temps. Nous n'avons pas d'autres renseignements à ce sujet ^. Nous ne savons que très peu de chose sur le concilium Lamhesi- tanum, qui, d'après saintCyprien dans sa lv" lettre aupape Corneille ^, « avait été célébré longtemps auparavant dans la Lamhesitana Colonia (en Numidie) par quatre-vingt-dix évêques ; ce synode jugea un hérétique nommé Privatus (probablement évêqne de Lambèse) et le condamna pour plusieurs graves méfaits. » Les prêtres de Rome parlent aussi de ce Privatus dans leur lettre à saint Cyprien; mais ils ne donnent pas sur lui de plus amples renseignements 3. Un concile plus connu se tint vers l'an 244, à Bostra dans l'Ara- bie Pétrée (aujourd'hui Bosra ou Bosseret), au sujet des erreurs de Bérylle, évêque de cette ville *. On sait que Bérylle appar- 1. Eusèbe, Hist. eccles., 1. VII, c. vu, P. G., t. xx, col. 649. [Dôllinger, Hippol. und KalL, p. 191, veut que ce synode de Synnada fut à peu près con- temporain de celui de Carthage sous Agrippinus, ce qui, selon lui, le reporte vers 218-222 ; mais on a vu combien incertaine est la date de ce concile d'Agrippinus. (H. L.)] 2. S. Cyprien, Epist.^ lv, 10, P. i., t. m, col. 836. Il n'y a pas eu de concile de Lambèse à propos de Privatus, mais seulement une fausse interprétation (par suite d'une ponctuation défectueuse) d'un passage de saint Cyprien. Il n'est pas douteux qu'il faille lire : Venisse Cavthaginem Privatum, veterem hsereticum in Lambesitana colonia, ante multos fere annos oh viulta et gravia delicta nonaginta episcoporum sententia condemnatum . Il ressort de ce texte que Pri- vatus, évêque de Lambèse, fut déposé par un concile de 90 évêques (dont la sentence fut confirmée par le primat de Carthage, Donatus, et le pape de Rome, Fabianus ). On n'a pas l'ombre d'une raison de croire que le concile se soit tenu à Lambèse; car jusqu'au ivc siècle la Numidie ne forma pas une province ecclésiastique distincte et, en tous cas, il est douteux qu'on y eût trouvé vers le premier quart du iii^ siècle, le nombre de 90 évêques. Il y a donc tout lieu de penser que ce concile se tint à Carthage, sous l'évêque Donatus. L'in- tervention de Fabianus et de Donatus permet de fixer l'aCTaire de l'évêque Privatus entre 236 et 248. Cf. P. Monceaux, op. cit., t. ii, p. 5 ; Duchesne, op. cit., t. I, p. 397. (H. L.) 3. S. Cyprien, Epist., xxx, P. L., t. iv, col. 314. Sur le pseudo-concile de Lambèse, cf. Baronius, Annal. (1589), ad. ann. 242, n. 2, 3 ; Conc. coll. regia (1644), t. I, col. 337; Labbe, Conc. (1672), t. i, col. 650; Hardouin; Coll. conc. (1714), t. I, index; Coleli, Conc. (1728), t. i, col. 669 ; D. R. Ceillier, Hist. génér. aut. ecclés. (1732), t. m, col. 575 ; (1865) t. ii, p. 553 ; Mansi, Conc. ampliss. coll. (1759) t. I, col. 787. (H. L.) 4. Sur Bérylle, cf. Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. xx ; P. G., t. xx, col. 572; 4. PREMIÈRE MOITIÉ DU IIl'^ SIÈCLE 163 tenait au parti des monarchiens, désigné ordinairement sous le nom de patripassiens ^. Cet évoque avait d'autres opinions erronées qui lui étaient particulières, et qu'il est aujourd'hui très difficile de démêler exactement "'. La tentative faite par les évêques arabes pour ramener Bérylle de ses erreurs ayant échoué, ils appelèrent à leur aide Origène, ([ui demeurait alors à Césarée. en Palestine '^. Origène répondit à l'appel, et s'entretint avec Bérylle, d'abord en particulier, puis en présence des évêques. Le procès-verbal de la discussion fut rédigé ; Eusèbe et saint Jérôme l'ont eu sous les yeux, il est perdu depuis *. Bérylle revint à la doctrine orthodoxe et exprima plus tard, dit-on, sa recon- naissance à Origène par une lettre particulière ^. [ llOJ Une autre controverse s'était élevée en Arabie au sujet de l'âme; il s'agissait de savoir si elle se dissolvait à la mort comme le corps, pour ressusciter à la résurrection générale. Sur la demande de l'un 1. VJ, c. xxxiii, ibid., col. 594; S. Jérôme, De viris illustr., c. lx, P. /.., t. XXIII, col. 669-671 ; Otto Fock, De christologia Berylli Bostreni, in- 4, Gry- phisw., 1843 ; Kober, Beryll von Bostra, dans Tiihing. Quaitalschrifl, 1848 ; C. Ullmann, De Beryllo Bostreno ejusque doctrina commentatio,in-i, Hamburgi, 1835 ; Ginouihiac, Hisf. du dogme catholique, in-8, Paris, 1852, t. ii, p. 228- 229 ; A. Harnack, Gesch. d. altchr. Liter . , 1893, t. i, p. 514 ; Lehrhuch d. Dog- mengeschichte, in-8, Leipzig, 1894, t. i, p. 679-680 ; Venables, dans Dict . of christ, hiogr., 1877, t. i, p. 317. (H. L.) 1. L'erreur de Bérylle n'est pas encore tirée au clair par les théologiens. Suivant qu'ils ont lu Eusèbe, op. cit., 1. VI, c. xxxiii, P. G., t. xx, col. 594, ou Socrate, Hist . eccles,,\. III, c. vu, P. G., t. lxvii, col. 390, ils rangent Bé- rylle parmi les monarchiens dynamistes ou parmi les patripassiens. (H. L.| 2. Bérylle paraît avoir été modaliste, plutôt à la manière de Sabellius qu'à la manière de Théodote. Celle erreur déjà condamnée à Rome était fort mal reçue en Arabie, cf. Dorner, Lehre von der Person Christi,2^ édit., t. i, p. 545 sq. Le fond de sa doctrine, si tant est qu'on le puisse atteindre, niait l'existence du Verbe comme personne distincte avant l'Incarnation, soutenait son indistinction d'avec le Père, sa « personnalisation » retardée jusqu'à l'instant de l'union hypostatique. (H. L.) 3. Ce ne fut pas du premier coup qu'on s'adressa à Origène, cf. L. Duchesne, Hist. anc. de l'Eglise, t. i, p. 463. (H. L.) 4. Du temps d'Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. xx, P. G., t. xx, col. 567, la bibliothèque de Jérusalem conservait les lettres et opuscules de Bérylle. Saint Jérôme, De viris illustr., c. lx, assure, sans dire d'où il tient le renseignement, que Bérylle dans ses lettres remerciait Origène de son intervention. (H. L.) 5. On possédait encore, paraît-il, au iv" siècle, une lettre d'Origène à Bérylle avec le procès-verbal de leur discussion; rien de t