THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY H3G>cN> $0< The person charging this material is re- sponsible for its return to the library from which it was withdrawn on or before the Latest Date stamped below. Theft, mutilation, and underlining of books are reasons for disciplinary action and may resuit in dismissal from the University. UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN AUG 2 7 W SEP 3 19W L161 — O-1096 PftïNTRD T1V PPAivr*- HISTOIRE DES CONCILES D APRES LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Chaules Joseph HEFELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG NOLYELLE TRADUCTION FRANÇAISE TAITE SLR LA DEUXIEME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAB UN RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE L'ABBAYE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH TOME I DEUXIÈME PARTIE PARIS LETOUZEY ET ANE, ÉDITEURS 76 bis, RIE DES SAINTS -PÈRES 1907 HISTOIRE DES CONCILES TOME I D E U X I E M I P A li T I E Imprimatur •j* F. Cabrol HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles Joseph HE FELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG NOUVELLE TRADVCTION FRANÇAISE FAITE SLR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR UN RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE L'ABBAYE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH TOME I DEUXIÈME PARTIE PARIS LETOUZEY ETANÉ, ÉDITEURS 76 bis, RUE DES SAINTS-PÈRES 1907 Fi- v.l f 444 ! LIVRE TROISIÈME DU PREMIER CONCILE ŒCUMÉNIQUE AU CONCILE DE SARDIQUE 45. Conséquences immédiates du concile de Nicée. Après la célébration du concile de Nicée, Constantin exila en Illyrie Arius et les deux évèques égyptiens Théonas et Secundus, qui n'avaient pas voulu souscrire le Symbole 4 ; avec eux furent exilés les prêtres de leur parti. Constantin, soucieux d'extirper l'aria- nisme jusqu'à la racine, prit encore d'autres mesures : il fît brûler les écrits d'Arius et de ses amis, défendit sous peine de mort de les avoir chez soi, et abolit le nom d'ariens 2 . Cependant l'hérésie 1. Voir la lettre encyclique du concile dans Socrate, Hist. eccles.. I. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 78 ; Supplem. Pliilostorg.. P. G., t. lxv, col. 624. L'exil d'Arius nous paraît indubitable et nous comprenons difficilement l'opinion de Barouius, Petau et du P. Maimbourg d'après lesquels Arius se rétracta, sous- crivit au concile et, à ce prix, évita l'exil. Le passage de saint Jérôme, Dialog. adv. luciferianos, c. vu, P. L., t. xxm, col. 174, sur lequel ils fondent leur sentiment est ainsi conçu : Legamus acta et nomina episcoporum synodi Nicx- me ; et hos quos supra diximus fuisse susceptos subscripsisse 6;o.oo-jaiov inter ceteros reperiemus. Ce texte est loin d'autoriser les conséquences qu'on pré- tend en tirer. De quels évèques parle-t-il ? Très probablement de ceux dont l'auteur vient de s'occuper, c'est-à-dire Eusèbe de Nicomédie, et quelques autres. Piien u'autorise formellement à contredire Socrate et Philostorge. Quant à l'opinion exposée par Seeck, Untersuchungen zur Gesch.ich.te des nicànischen Konzils, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte. 1896, t. xvn, p. 69, 358-361, opinion d'après laquelle la rétractation d'Arius se rapporterait à une reprise du concile de Nicée, en 327, reprise provoquée par les méléliens, on n'en peut rien dire sinon qu'elle est purement gratuite. (H. L.) 2. Voir plus baut, p. 450. Cf. Sozomène, Hist. eccles., 1. I, c. xxi, P. G. } t. lxvii, col. 924; Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 88 ; CONCILES- 1-40* 1000353 634 LIVRE III, CHAPITRE I ne disparut pas, le feu eouva sous la cendre. Les doctrines ariennes purent d'autant mieux s'insinuer dans les esprits que plusieurs évêques, entre autres Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée, sans être positivement ariens, inclinaient cependant vers le subordi- natianisme et n'avaient signé le symbole de Nicée que pour la forme et par crainte de l'empereur i . Ce symbole, et en particulier le mot o \j.o o û ato ç, leur déplaisait; ils l'accusaient de dénaturer la doctrine de l'Église sur le Christ, qui doit réunir Yhyposlase (la personnalité) L'*'* ] du Fils de Dieu et sa divinité. Or, disaient-ils, le mot b[iooùaioq n'in- dique pas assez une différence personnelle entre le Père et le Fils; la personnalité du Fils n'est pas sauvegardée, et sa divinité est égale- ment sacrifiée pour faire place à une idée sabellienne sur Videnlité du Père et du Fils. D'après le récit de Socrate 2 , les évêques, qui furent dans la suite qualifiés d'eusébiens, auraient refusé de se joindre au concile pour anathématiser Arius. Ils auraient expliqué leur refus par une distinction devenue laineuse aune autre époque de l'histoire de l'Eglise, la distinction du fait et du droit. Ils consentaient à signer S. Athanase, Ilist. arian., c. li, P. G., t. xxv, col. 754; Cod. Theod., édit. Haenel, 1. XVI, tit. v, lex. 66; Seeck, op. cit., p. 48. Le document qui fait mention de ces dispositions contre les ariens n'est pas à l'abri de tout soupçon. (H. L.) 1. Au sujet de la doctrine théologique d'Eusèbe de Nicomédie, cf. T. Zahn, Marcellus von Ancyra, in-8, Gôltingen, 1867, p. 37 sq. Eusèbe et Théognis recommencèrent leurs intrigues vers le mois d'octobre-novembre 325, trois mois à peine après la clôture du concile qui avait donné l'illusion d'assurer définitivement la paix religieuse. La théologie d'Eusèbe de Nicomédie ne nous est counue que par les réfutations qu'en ont faites les adversaires, cequiest une condition assez désavantageuse pour se présenter devant la postérité. Sa situa- tion très forte auprès des empereurs Constantin et Constance, la manière dont il en usa et son rôle de chef du parti arien après Nicée sont aujourd'hui établis. Son activité et son autorité de leader semblent s'être exercées de préférence dans sa correspondance; mais ce qui en subsiste est insignifiant: c'est un passage d'une lettre à Arius (avant Nicée) cité par saint Athanase, De synodis, c. xvn, et une lettre d'Eusèbe à Paulin de Tyr, transcrite intégralement par Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. v, P. G., t. lxxxii, col. 914. Cette lettre et celle d' Arius à Eusèbe (P. G., t. lxxxii, col. 909 sq.) sont les deux sources les plus recevables sur les opinions théologiques d'Eusèbe. Une phrase de la lettre à Paulin permet de penser qu'à cette date de son évolution théologique Eusèbe était très peu éloigné des hétérousiens ou anoméens : A scriptura sancta edocti affirma- mus creatumesse (Filiumj fundatum et natum substantiel et immutabilitateinef- fabili natura, factorisque sui similitudine didicimus, sicut Dominas ipse ait : Deus creavit me initium viarum suarum et ante sœculum fundavit me et ante omnes colles genuit me. (IL L.) 2. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xïv, P. G., t. lxvii, col. 109. 45. CONSÉQUENCES IMMÉDIATES I)U CONCILE DE NICÉE 635 le symbole de Nieée, àcondftmnerles erreurs qu'il condamnait, mais ils niaient que de fait Anus : r { '>i'/,r'7i'j àTTEAo-'/iCraTO (De svnodis, c. xm, P. G., t. xxvi, col. 704). 11 voyait très bien qu on cherchait non seulement à ravaler mais à compromettre la clarté du symbole de Nicée, sauf à reprendre bientôt contre 1 ôjj.oojct'.o; l'argument in- diqué cette fois, de son absence dans la sainte Ecriture. Eustathe d'Antioche ne s'y trompait pas plus qu 'Athanase. Il jeta feu et flammes et accusa formel- lement Eusèbe d'altérer la foi de Nicée. Eusèbe riposta en accusant Eustathe de sabellianisme, imputation qui réussissait presque daus tous les cas : Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxm, P. G., t. lxvii. col. 144 ; Sozomène, Ilist. eccles., 1. II, c. xvm, P. G., t. lxvii, col. 982. C'était une feinte qui masquait l'attaque véritable, laquelle se découvrit bientôt et visait l'ôjAooûerioç. « Ceux qui reje- taient ce mot, écrit Socrate, croyaient que les autres introduisaient par là le sentiment de Sabellius et de Montai], et les traitaient d'impies comme niant l'existence du Fils de Dieu ; au contraire ceux qui s'attachaient à l'ô(i.ooyTov tjj-îtpîT&ai -f t c rtôv lepoo-oXÛ ;j.fi)v Oia: tTxr)tj/x(j.svoç 1 v.x: xa.'Jit\ t'ov '^xnù.ïx [jov/.o'av-^s:, (1); 70 noXuOpûXXYjTQ'v tfjç oixo§0(itac ïpyov Ô'Lou.îvo;. P. G., t. lxxxii, col. 965. (H. L.) 644 tioche, qui les reçut avec beaucoup de cordialité. Arrivés eu Pales- tine, ils dévoilèrent a Eusèbe de Césarée x et à quelques autres amis leurs projets contre Eustathe et accompagnés de ces nouveaux auxi- liaires, ils retournèrent a Antioche pour y tenir un concile contre Eustathe. Toutefois, comme Théodoret suppose que ce voyage à Jérusalem n'eut lieu qu'après l'élévation d'Eusèbe de Nicomédie sur le siège de Constantinople, c'est-a-dire après 337, on peut douter de son récit, et il est plus prudent de s'en tenir à ce que disent Sozo- mène 2 et Socrate 3 . D'après Sozomène, qui paraît mieux renseigné, les discussions qui s'élevèrent entre Eustathe et Eusèbe Pamphile donnèrent lieu à la convocation à Antioche d'un grand concile. Il se tint en 330 4 ; au rapport de Socrate, Cyrus, évèque de Béroé, fut, [452J dans ce concile, le principal adversaire d'Eustathe contre lequel il porta une accusation formelle de sabellianisme. Théodoret ne parle pas de cette accusation, mais il en rappelle une autre basée sur des motifs différents. Les eusébiens, dit-il, se servirent d'une femme de mœurs légères, et lui firent dire qu'Eustathe lui avait donné un en- fant. Cette femme ne put faire la preuve de cette calomnie ; plus tard elle avoua son odieux mensonge 5 . Athanase dit qu'Eustathe fut accusé d'irrévérence à l'égard de l'impératrice mère 6 , mais il ne parle pas, non plus que saint Jean Chrysostome — quoique l'un et l'autre aient donné plusieurs détails sur Eustathe — - de l'accusation lancée contre la vie privée de l'évêque d'Antioche ; c'est probablement ce qui a provoqué les doutes des éditeurs bénédictins des Œuvres de saint Athanase, relativement au récit de Théodoret; récit qui paraît 1. Les deux pèlerins ne s'abouchèrent pas qu'avec Eusèbe; ils profitèrent du voyage pour s'assurer de la fidélité de quelques comparses très oubliés au- jourd'hui, mais qu il eut été imprudent de négliger et que nous retrouverons dans toutes les intrigues de ce temps : Patrophile de Scythopolis, iEtius de Lydda, Théodote de Laodicée et quelques autres. (H. L.) 2. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xvm, xix, P. G., t. lxvii, col. 982. 3. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxiv, P. G., t. lxvii, col. 144. 4. A la lin de cette année 330 ou au début de Tannée suivante, cf. Welzer, Restitutio verse chronologie, p. 6, 7 ; Tillemont, Mém. p. serv. l'hist. eccles., t. vu, p. 11, 298, note 3 sur saint Eustathe. [G. Goyau, Chronolog. de l'empire romain, in-12, Paris, 1891, p. 420 ; de Broglie, L'Église et l'empire rom. au IV siècle, t. ii, p. 297, n. 1. (II. L.)] 5. Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xx, P. G., t. lxxxii, col. 96 ï. 6. S. Athanase, Histor. arianorum ad monachos, n. 4, P. G., t. xxv, col. 700. [Stabulaiiam fuisse ferunl, S. Ambroise, De obitu Theodosii, c. xlii, P. L., t. xvi, col. 1463. (H. L.)] 46. CONCILE d'aNTIOCHE EN 330 645 être la simple reproduction d'accusations de ce genre lancées contre d'autres évêques à la même époque ' . Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Eustathe lut déposé par le concile et exilé par l'empereur en Illyrie; plusieurs de ses clercs lui restèrent fidèles et le suivirent en exil. Eulalius qui recueillit la succession d Eustathe 2 , étant mort peu après, Eusèbe Pamphile intrigua pour se faire attribuer le siège vacant, il ne put y réussir : car, depuis la déposition d'Eustathe, Àntioche était en proie aux discussions et aux disputes entre eusé- 1. B. de M ont faucon, Vita S. Athanasii, dans Opéra S. Athanasii, in-fol., Patavii, 1777, t. i, p. xix. [L'accusation intentée contre Eustathe et sa déposi- tion soulevèrent un mouvement populaire dans la ville d'Antioche où l'évêque était particulièrement aimé. Des magistrats et des gens eu charge se mirent à la tète de celte petite insurrection dont on fil à Constantin un récit inexact et démesurément grossi. Constantin toujours violent envoya Eustathe en exil. On ajoute qu il envoya à Antioche lestratège Musonianus pour réprimer la sédition et mettre à exécution les décisions du concile. Eustathe se soumit et prit le chemin de l'exil. Socrate. Hist. écoles., 1. I, c. xxiv, P. G., t. lxvii, col. 144 ; Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 981 ; Théodore!, Hist. eccles., I. I, c. xx, P. G., t. lxxxii, col. 968 : Philostorge, Hist. eccles., 1. II, c. vu, P. G., t. lxv, col. 469 ; Eusèbe, De vita Constantini, 1. III, c. lix, P. G., t. xx, col. 1125. Ce chapitre d'Eusèbe, relatif à la sédition d'Antioche provo- quée par une intrigue dont il espérait recueillir le bénéfice, est un des plus expressifs sur le caractère profondément déloyal de l'évêque de Césarée. D'après saint Jérôme, Eustathe aurait été relégué à Trajanopolis en Tlirace ; Théodoret (Hist. eccles., 1. I, c. xx, P. 67., t. lxxxii, col. 967) parle sans la désigner d'une ville d'IUyricum qu'on atteignit après avoir traversé la Tlirace, il semble qu'une part notable des années d'exil d'Eustathe s'est passée à Phi- lippes. L'évêque déposé mourut vraisemblablement vers l'an 337. Certains le font vivre jusqu'en 360. Saint Jérôme, De viris illustr., c. lxxxv, édit. Richard- son, in-8, Leipzig, 1896, p. 44, n. 85, et saint Athanase, Historia arianovum ad monachos, n. 5, P. G., t. xxv, col. 700, rapportent par erreur sans doute cet épisode au règne de Constance. Eustathe fut enterré à Trajanopolis, ubi asque hodie conditus est, écrit saint Jérôme, loc. cit. ; ce fut Calandio, évêque d'Antioche, qui obtint de Zenon, vers 482, l'autorisation de ramener le corps à Antioche. (H. L.)] 2. Ce fut Paulin de Tyr, arien avéré et anliochien de naissance, qui recueillit la succession d'Eustathe. .S'il fallait en croire Eusèbe, son intime ami, Paulin avait à Antioche de nombreux admirateurs. Paulin n'occupa le siège d'An- tioche que pendant six mois (J.stà u,f,va; 1% ànsSîw, dit Philostorge, Hist. eccles., 1. III, c. xv, P. G., t. lxv, col. 504. 11 est vrai qu'on a discuté la liste épisco- pale d'Antioche et qu'on a voulu y placer deux évêques du nom de Paulin qui encadreraient Eustathe. J. B. Lightloot, dans Dict. of christ, biogr., t. n, p. 322, n'admet qu'un seul Paulin dont l'épiscopat précède celui d'Eustathe, mais il semble avoir oublié Sozomène, Hist, eccles.. 1. III, c. xi, J>. G., t. lxvii, col. 1061. (II. L.) 646 biens et eustathiens i . L'empereur promit à Eusèbe l'évêché désiré, qui n'en demeura pas moins vacant, finit par tomber aux mains des eusébiens et fut même occupé par quelques ariens. En 360 ou 361, le choix qu'on fit de Mélèce pour le siège d'Antioche, augmenta encore les divisions et les tiraillements, même parmi les orthodoxes 2 . [^53] Tillemont juge probable que le concile d'Antioche déposa Asclé- pas, évèque de Gaza, à cause de son opposition aux ariens; il tire cette induction des deux lettres synodales des deux partis du concile de Sardique 3 . Si Tillemont a raison, Théodoret, Socrate et Sozo- mène se seraient trompés en plaçant cette déposition à une époque plus récente; Théodoret ne l'a placée qu'au concile de Tyr en 335 4 . Les bénédictins de Saint-Maur croient que l'évêque Eutrope d'Adrianopolis fut aussi exilé à cette époque; son unique faute était sa résistance ouverte aux ariens plus ou moins déguisés, en particu- 1. Antioche fut désormais livrée aux divisions religieuses. Les eustathiens représentant le parti de Nicée refusèrent de reconnaître un évèque quelconque, eusébien ou arien, parmi ceux qui se succédèrent sur le siège devenu vacant par la violence. En conséquence ils tinrent des assemblées particulières. Théo- doret, Hist. eccles., 1. I, c. xx, xxi, P. G., t. lxxxii, col. 966-970. (H. L.) 2. Divisions et tiraillements avaient une cause plus profonde. Derrière les questions de personne on savait que la véritable question en jeu était celle de l'unité numérique de la substance divine et de rôptooijo-ioç nicéen, car on en reve- nait là toujours et quand même. C'est que l'é|j.ooija-io<; nicéen entraînait directe- ment la consubstantialité du Père et du Fils, consubstantialité inséparable de l'unité de Dieu. Eustathiens et eusébiens recommençaient le conflit étouffé en 325 lorsque les Pères du concile, dans leurs réponses à Eusèbe de Césarée avaient écarté de la génération comme de la substance divine l'idée de divi- sion, de séparation, de composition à un degré quelconque. Eusèbe avait reçu le coup et caché son mécontentement parce que l'heure eût été mal choisie pour le manifester, mais acculé comme il l'était à reconnaître que la génération du Fils ne se fait ni par production, ni par multiplication de substance, mais par communication ou co-possession d'une seule et même substance, il se trouvait réduit à confesser l'unité numérique. Il le fit du bout des lèvres et avec des interprétations, dessous-entendus, qui étaient des restrictions, se réservant de revenir à son système lorsque le moment serait plus favorable. Il le jugeait tel vers 330-331, mais démasqué depuis longtemps par Eustathe, il se trouvait avoir maintenant à louvoyer et à biaiser avec le parti entier et irréconciliable des eustathiens. C'était un point sur lequel ceux-ci s'entendaient presque tous. (H. L.) 3. S. Hilaire, Fragment., n, n. 6; ni, n. 11, P. L., t. x, col. 636, 666. 4. Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xxvm, P. G., t. lxxxii. col. 984 ; Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. v, P. G., t. lxvii, col. 192 ; Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. vin, P. G., t. lxvii, col. 1052. Tillemont, Mém. /j. serv. ùl'hist. eccles. , édit., Bruxelles, t. vi, p. 117, note 11 sur les ariens. 47. TENTATIVES POUR FAIRE RENTRES ARIUS DANS l'ÉGLISE 647 liera Eusèbe de Nicomédie qui se servit, pour le faire exiler, du cou- cours de la princesse Basiline, tnère de Julien l'Apostat '. 47. Tentatives pour faire rentrer Arius dans l'Eglise et pour renverser saint Athanase. A cette époque, ou peu de temps auparavant, Eusèbe de Nico- médie, cherchant à multiplier ses moyens d'action, s'allia aux mélé- tiens d'Egypte. Au concile de Nicée, ce groupe schismatique avait fait une opposition très franche aux ariens, et l'évèque Acésius avait explicitement déclaré que la foi de Nicée était celle des temps apos- toliques; mais après la mort d'Alexandre d'Alexandrie, les mélétiens oublièrent leurs engagements : ils renouvelèrent le schisme, et, Mélèce étant mort, ils lui donnèrent à Alexandrie Jean Archaph pour successeur. A cette nouvelle Eusèbe conçut l'espoir de grossir de ces sectaires son parti, et il réussit en effet, grâce à la haine des mélé- [4541 tiens contre Athanase et contre le parti orthodoxe à Alexandrie 2 . Désormais les mélétiens partagèrent toutes les erreurs des ariens et s'identifièrent complètement avec eux. Sur ces entrefaites, Eusèbe de Nicomédie jugea le moment venu de frapper un grand coup. Soit qu Arius fût revenu de l'exil avant Eusèbe et Théognis, soit qu'il ne fût rentré qu'après eux 3 , il est 1. S. Athanase, J/istor. arian. ad monachos, c. v, P. G., t. xxv, col. 700; S. Athanasii Opéra, in-fol., Pata\ii, 1777, t. î, p. xx. [Ces dépositions d'évêques furent assez nombreuses ; on recourut tantôt à des conciles, tantôt à un ordre direct de l'empereur. Parmi les victimes de cette première réaction on peut nommer : Eutrope d'Andrinople, Euphratien de Balanée, Kymace de Paltus, Kymace de Taradus, Asclépas de Gaza, Cyrus de Béroé en Syrie, Diodore évèque en Asie-Mineure, Domnion de Sirmium, Hellanique de Tripolis. Un indice non moins significatif des dispositions nouvelles de Constantin à l'égard du l'arianisme fat le long édit de l'année 331 interdisant les assemblées GÉvTa... Si nous ne croyons pas cela et si nous n'admettons pas véritablement le Père, le l'ils et le Saint-Esprit, ainsi que l'enseignemenl de l'Église catholique entière el les Ecritures aux- quellcs nous adhéi s en tout, Dieu soit noire juge. ■> Cette formule souscrite par Arius en 331 prend tout son intérêt quand on la rapproche de la formule élaborée par lui dix ans plus tôt, en 321 ; ou trouvera les textes dans A. Hahn, Bibliolhek * édit., in-8, Breslau, 1897, p. 255 sq , n. 186, 187. (H. L ) '2. C. est surtout Socrate qui nous a conservé tous ces détails (Hisl. ceci., I, xxv et xxvi . Sozoniène est plus bref (II, xxvn). Ru fin s'étend encore moins, mais ce (ju il dit est plus ancien que ce que Socrate el Sozomène rapportent (Rufin, Ilist. eccl., I. 1, c. xi). Dans ses notes sur Sociale (I, xxv), Valois met en doute tout ce récit, mais Tillemont (t. vi, note 10 sur les ariens) et W'alcli (Ketzerhist. t. n, p. 489), l'ont avec raison réfuté sur ce point. 650 LIVRE III, CHAPITRE I inspirait à Athanase son refus d'admettre Arius à la communion ecclé- siastique. En conséquence, il obtint de Constantin l'injonction faîte à Athanase — sous de graves menaces — de recevoir tous ceux qui sollicitaient leur réintégration. Saint Athanase nous a conservé la fin de la lettre impériale 1 ; elle se trouve aussi dans Sozomène 2 . Les quelques mots dont Sozomène la fait précéder sont assez ambigus; on pourrait croire qu'il s'agit des mélétiens, mais le fragment de la lettre impériale que Sozomène donne ensuite, montre qu'il s'agit des ariens. Le fait que Constantin a donné ordre de réintégrer Arius est indubitable grâce au témoignage d'Athanase. Celui-ci parvint cependant à faire comprendre à l'empereur qu'il est impossible de recevoir des hérétiques à la communion de l'Eglise, et l'empereur se désista 3 . Il ne voulait pas décider par lui-même de l'orthodoxie d'Arius, et comptait laisser ce soin à un concile. Il s'en trouva un pour rendre ce jugement en faveur d'Arius quelques années après, à Jérusalem, en 335. Rufin 4 et Sozomène 5 supposent par erreur que Constantin s'appuie ici, et dès le commencement de toute l'af- faire, sur le jugement porté à Jérusalem; ils confondent les temps et croient qu'Arius n'était revenu de l'exil qu'après 335. La tentative pour obtenir, par l'intermédiaire de l'empereur, la réintégration d'Arius dans la communion de l'Eglise, ayant donc échoué grâce à la fermeté de saint Athanase, et les partisans de Vb[j.ooù(jioç ayant paré ce coup dangereux, les ariens songèrent à tirer parti des mélétiens pour arriver à leur fin. « Eusèbe fît voir alors, 1. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lix, P. G., t. xxv, col. 856. 2. Sozomène, ffist. eccles., 1. II, c. xxn, jP. G., t. lxvii, col. 902. « Vous connaîtrez l'expression de ma volonté qui est que vous laissiez, libre accès dans l'église à ceux qui veulent y entrer. Si j'apprends que vous ayez refusé cette entrée à quelqu'un, vous serez déposé de votre charge et expulsé de la ville » Heureusement que « ces orthodoxes intraitables, appuyés à leur Christ, égal à son Père, le prenaient déjà de haut avec l'autorité temporelle » (Y. Du- ruy, hist. des Romains, in-8, Paris, 1885, t. vu, p. 191). Constantin qui en se faisant ou en se disant chrétien n'avait peut-être songé qu'à mettre la main sur le souverain pontificat et à réunir entre ses mains les charges de grand pontife de la religion romaine et de souverain pontife de la religion chrétienne, ne concevait pas que le clergé catholique échappât à son influence et résistât à ses ordres. (H. L.) 3. S. Athanase, Apologia contra arianos. c. lx, P. G., t. xxv, col. 357; Socrate, Hist. eccles. ^ 1. I, c. xxvn, P. G., t. lxvii, col. 151 ; Sozomène, Hist. eccles., I. H, c. xxu, P. G., t. lxvii, col. 902. 4. Kufin, Hist. eccles., 1. I, c. xi, P. L., t. xxi, col. 483. 5. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxvn, P. G., t. lxvii, col. 1000. 47. TENTATIVES POU» FAIRE RENTRER ARIUS DANS L'ÉGLISE 651 dit saint Athanase, la raison de son alliance avec les mélétiens *, auxquels il demanda par lettre de chercher des accusations contre 457] Athanase. ^.près plusieurs essais infructueux, troisprêtres mélétiens, Ision, Eudémon et Callinique, accusèrent Athanase d'avoir introduit en Egypte une coutume toute nouvelle, celle d'employer des linges de fil pour le saint sacrifice (cmvàpia) 2 • Avec cette accusation, ils allèrent trouver l'empereur à Nicomédie, mais ils rencontrèrent dnns cette ville deux prêtres de saint Athanase, Apis et Macaire, qui firent connaître à l'empereur le véritable état des choses et la fausseté de l'accusation. Il leur fut facile de le convaincre ainsi que nous l'ap- prend saint Athanase. L'empereur ordonna cependant que l'évêque d'Alexandrie vint lui-même se disculper «à Nicomédie. Eusèbe, averti de cet incident, recommanda aux mélétiens de ne pas s'éloigner et, à l'arrivée de saint Athanase, ils formulèrent deux autres chefs d'accusation, un contre le prêtre Macaire qui, disaient-ils, avait brisé un calice (appartenant aux mélétiens — nous reviendrons sur ce sujet), et un contre saint Athanase qui-, selon eux, avait donné comme secours toute une cassette remplie d'or a un certain Philo- mène coupable de haute trahison :i . Il semble que, par suite de ces accusations, Athanase fut retenu quelque temps dans une sorte de captivité ; c'est au inoins ce qu'on croit pouvoir conclure de la troi- sième lettre pascale de saint Athanase, écrite avant la Pâque de 331 4 . L'évêque d'Alexandrie put cependant convaincre l'empereur que cette dernière accusation n'était pas plus fondée que la pre- mière 5 ; aussi fut-il congédié avec beaucoup d'honneur. Avant son départ, il envoya aux évèques et aux prêtres de l'Egypte, pour la Pàque de 332, une nouvelle lettre pascale datée de la résidence im- 1. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lx, P. G., t. xxv, col. 357. -. La véritable nature du grief n'était pas du tout d'avoir introduit une inno- vation liturgique, mais d'avoir empiété sur les pouvoirs impériaux en chargeant les Egyptiens dune sorte d'impôt ou de redevance pour se procurer ce fil. (H. L.) 3. Y. Duruy, op. cit., t. vu, p. 192, note I, se montre disposé à identifier ce Pliilomène avec Calocerus qui souleva l'île de Chypre, en 334 (ou 335 d'après la Chronique de saint Jérôme) ; mais les dates s'y opposent, car la série d'accu- sations qui provoqua le voyage d Athanase à .Nicomédie est de l'année 330. (H. L.) 4. On voit par le début de la lettre pascale de 331 qu'Athanase avait été soutirant à Nicomédie, P. G., t. xxvi, col. 1377; Chronicon, col. 362. 5. L'audience eut lieu à Psammatliia, faubourg de Nicomédie, cf. Seeck, dans Zeitschrift fur Redits geschichte, 1889, p. 198. (H. L.) 652 LIVRE III, CHAPITKE I périale *. L'empereur y joignit un long décret, que saint Athanase nous a conservé, clans lequel il exhorte à la concorde, et emploie contre les mélétiens des termes très sévères, tandis qu'il donne à saint Athanase le titre très honorable de avOpwzoç Stz : j 2 . [^58] L'archevêque d'Alexandrie jouit d'un moment de répit, mais on ne tarda pas à entraîner par des présents les mélétiens à porter contre lui de nouvelles accusations. Dans la Maréotide, qui dépendait du siège d'Alexandrie et dans laquelle du reste les mélétiens ne possédaient pas une seule église, un laïque, nommé Ischyras, s'était faussement attri- bué la qualité de clerc et excerçait les fonctions sacerdotales. Athanase, instruit de cet abus, lors d'une tournée pastorale, en- voya le prêtre Macaire porter à Ischyras l'injonction de venir à Alexandrie afin d'y expliquer sa conduite. A son arrivée Macaire trouva Ischyras malade, il dut se contenter de voir le père du prêtre imposteur et de lui recommander d'interdire à son fils la continuation d'un pareil scandale. A peine rétabli, Ischyras courut chez les mélétiens, et ensemble ils imaginèrent un nouveau mensonge. A les entendre Macaire, sur l'ordre d'Athanase, était entré dans l'oratoire d'Ischyras, dont il avait renversé l'autel, brisé le calice et brûlé les saints livres 3 . Tout ceci s'était passé avant le voyage d'Athanase à Nicomédie, aussi les mélétiens ne manquèrent- ils pas d'exposer ii l'empereur ces calomnies, lorsque l'évèque d'Alexandrie était encore à Psammathia. L'empereur n'en crut rien 4 , probablement parce que saint Athanase put lui montrer une lettre 1. Larsow, Die Festbriefe des heil. Athanasius, p. 77, 80. 11 s'est glissé une erreur dans l'ancien préliminaire delà lettre festale. Il faut rapporter àlalettre de 332 ce qui est dit de la lettre 331, qu'elle a été écrite au moment de quitter la ville impériale. 2. S. Athanase, Apolog. contr. arian., c. lxii, P. G., t. xxv, col. 362 ; Sociate, Ilist. eccles.. 1. I, c. xxvn, P. G., t. lxvii, col. 151 ; Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxn, P. G., t. lxvii, col. 1000; Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xxv, P. G., t. lxvii, col. 980. 3. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxiii, P. G., t. xxv, col. 364 ; Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxvn, P. G., t. lxvii, col. 152 ; Sozomène. Hist. eccles., 1. II, c. xxm, P. G. } t. lxvii, col. 992. 4. Saint Athanase, Apologia contra arianos, c. lxiv, P. G., t. xxv, col. 364, nous a conservé la lettre d'Ischyras. Le c. lxv montre que celte lettre avait été écrite avant l'accusation d'assassinat commis sur Arsenius. [Iscliyras parvint cependant dans la suite à l'épiscopat, cf. T. W, Davids, dans Diction, of christ, biogr., t. m, p. 302. (H. L.)] 47. TENTATIVBS POUR FAIRE RENTRER A RI US DANS L 'ÉGLISE 653 d'Ischyras lui-même qui, reconnaissant sa faute et ses mensonges, sollicitait son admission à la communion ecclésiastique 1 . Les mélétiens reprirent plus tard cel te accusation, à Laquelle ilsjoi- gnirent celle-ci : ils assurèrent qu'Athanase avait fait assassiner Ar- sénius, évêque d'Hypsélé, el qu'il avait coupé une main au cadavre pour s'en servir dans des opérations de magie. Ce fut l'évêque mé- létien Jean Archaph qui machina toute cette intrigue. Arsénius, lar- gement payé, se cacha afin d'accréditer le bruit de sa mort, tandis que les ennemis de saint \thanase montrèrent partout la laineuse main coupée et firent parvenir jusqu'il l'empereur leur accusation. Constantin chargea son neveu, le censeur Dalmatius d'Antioche 2 , de l'instruction de cette affaire, et Athanase reçut ordre de préparer [459] sadéfense 3 . Au début, Athanase n'avait naturellement prêté aucune attention à une pareille absurdité, mais il se trouva obligé de faire chercher partout Arsénius. Il écrivit diverses lettres et mit un diacre en campagne. Ce diacre apprit qu'Arsénius était caché dans le couvent égyptien de Rtemencyrcis. I! s'y rendit sur-le- champ; mais avant son arrivée, les moines avaient emmené plus loin sur une petite barque l'évêque d'Hypsélé : le diacre fit sai- sir deux moines : Hélias, compagnon d' Arsénius dans sa fuite, et le prêtre Pinnès instruit de tonte l'intrigue. Conduits devant le préfet d'Alexandrie, ils déclarèrent qu'Arsénius vivait encore 4 . Nous venons plus loin comment il fut retrouvé 5 . 1. S. Athanase , Apologia contra arianos, c, lx, P. G., t. xxv, col. 357. 2. Socrale, Hist. écoles., 1. I, c. xxvn, P. G., t. lxvii, col. 157. Socrate croyait ce Dalmatius fils du frère de Constantin, par conséquent son neveu ; en réalité il était smi Irère consanguin et de son vrai nom Hannibalien, mais surnommé Dalmatius ; il fut le père du Dalmatius qui fut élevé à la «lignite de César. Voir les textes cités par Valois dans son commentaire à Socrate, op. cit., P. G., t. lxvii, col. 157. Baronius, Annales, édit. Theiner, t. iv, p. 258, place l'enquête de Dalmatius en l'année 332, et de même G. Goyau, Chronologie de l'empire ro- main, p. 422. (H. L.) 3. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxv, P. G., t. xxv, col. 366. Dalmatius prévint lui-même saint A-tlianase de préparer sa défense. (H. L.) 4. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxv-lxvii, P. G., t. xxv, col. 365 sq. ; Socrale, Hist. eccles., I. I, c. xxvn, /-". G.. 1. lxvii, col. 996. 5. Ces accusations, ridicules à force d'être invraisemblables, pourraient bien n'avoir eu d'autre but que de détourner l'attention et de l'occuper à autre chose qu'aux mesures qui se préparaient et ne pouvaient pas être si secrètes qu'on ne les aperçût. Derrière le rideau d'horreurs qu'on jetait en pâture à l'imagination de Constantin et de la foule, le parti eusébien, ot (jlst' Eùa-éëiou, se comptait et disciplinait ses adhérents en \ue de la véritable attaque, celle qui aurait lieu 654 LIVRE III, CHAPITRE I 48. Concile de Césarée en 334. Impatients de lui donner le coup de grâce, les eusébiens firent convoquer Athanase, alors occupé à préparer sa défense , à un con- cile qui devait se réunir à Césarée en 334 4 . Dalmatius transmit la convocation dans laquelle Athanase vit une pure manœuvre de ses ennemis ; en conséquence il refusa de s'y rendre 2 et informa l'era- dans les assemblées synodales. Ce parti était d'autant plus malaisé à former qu'il réunissait divers groupes de mécontents très attachés les uns et les autres à leur opinion théologique particulière : lucianistes enrégimentes par Eusèbe de Nieomédie, origénisles subordinaliens acceptant la direction d'Eusèbe de Césarée, mélétiens groupés autour de Jean Archapli dont la soumission à Atha- nase ne dura pa*. L'entente ne pouvait donc se faire entre eux que sur le ter- rain d'une hostilité commune à l'égard de l'ôfiooyffioç. 11 n'est pas aisé de décou- vrir la mesure de sincérité qu'apportaient les troupes dans leurs efforts con- tre l'ôu.ooTJ. Saint Athanase arriva à Constantinople le 30 octobre. Epist. heort. Chron., P. G., t. xxvi, col. 1353. D'après Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxxiv, et Sozo- mène, Hist. eccles., 1. II, c. x-xvm, Athanase quitta Tyr dans la première quin- zaine de septembre peu après le départ des commissaires, cf. De Broglie, o/j. cit., t. ii, p. 336 ; G. Goyau, Chronologie de l'empire romain, 1891, p. 427. (H. L.) 4. IS'oël Alexandre, Hist. eccles., saec. iv, dissert. XXI, a soutenu avec talent le droit d'appel ab abusa à l'autorité séculière dans les matières qui ne sontpas strictement ecclésiastiques. Roncaglia adopta l'opinion contraire et les éditeurs de Noël Alexandre imprimèrent les deux dissertations à la suite l'une de l'autre. 668 LIVRE III, CHAPITRE I de Tyr de se rendre à Constantinople; il exprima à cette occasion la r*'^J peine que lui causaient ces dissensions et le zèle dont il était animé pour la cause de l'Eglise 4 . Les eusébiens se gardèrent de laisser venir à Constantinople tous les évêques du concile de Tyr 2 ; car plusieurs d'entre eux avaient désapprouvé la conduite tenue vis-à-vis de saint Athanase 3 . Ils laissèrent entendre que la lettre de l'empereur ne présageait rien de favorable; aussi plusieurs évêques, intimidés par ces bruits, prirent le chemin de leurs Églises au lieu d'aller à Constantinople 4 . En re- vanche l'élite du parti des eusébiens se transporta à Constantinople ; comme jadis dans la Maréotide, c'étaient les deux Eusèbe, Théognis, Maris, Patrophile, Ursace etValens; ces évêques arrivèrent auprès de Constantin avec une nouvelle accusation contre Athanase coupable d'empêcher le transport annuel des blés d'Alexandrie à Constanti- nople 5 . L'affaire du calice et celle d'Arsénius furent, au témoignage d'Athanase lui-même, de Théodoret et de Socrate, abandonnées. Sozomène dit au contraire 6 qu'elle fut remise en question et que les Roncaglia distingue. Il découvre que dans le fait qui nous occupe Athanase n'a pas fait appel à l'empereur puisqu'il s'est rendu vers lui avant que la déci- sion du concile de Tyr fût portée, cependant il a appelé, mais appelé d'un juge incompétent, ce qui fait qu'il n'y avait pas proprement appel, mais demandé de protection. Et les distinctions continuent. Hefele ajoute qu Athanase ne récla- mait pas une sentence de l'empereur, mais seulement la convocation d'un nou- veau concile — ce qui ressemble fort à la cassation de la sentence du concile de Tyr. En définitive, Athanase, acculé, se trouvait réduit à s'adresser au pouvoir civil contre l'iniquité des conciles de Tyr et de Jérusalem. Sans doute les accusations étaient d'ineptes calomnies, sans doute aussi le droit naturel avait été violé, mais le point délicat, l'intervention du pouvoir civil dans la convocation des conciles, recevait ici un appoint inespéré. (H. L.) 1. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxxvi, P. G., t. xxv, col. 401 ; Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxviii, P. G., t. lxvii, col. 1013 sq. Toujours mobile, Constantin, qui avait écrit d'une façon si maussade au concile de Tyr, Eusèbe, De vita Constantini, 1. IV, c. xlii, P. G., t. xx, col. 1189, trouvait le moyen de parler avec éloge des travaux du même concile lorsque les Alexan- drins sollicitèrent peu après le retour de saint Athanase. Sozomène, Hist. ec- cles., 1. II, c. xxxi, P. G., t. lxvii, col. 1024 sq. (H. L.) 2. S. Athanase, Apol. cont. arian., c. lxxxvii, P. G., t. xxv, col. 405. 3. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxv, P. G., t. lxvii, col. 1008. 4. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxxv, P. G., t. lxvii, col. 169 ; Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxviii, P. G., t. lxvii, col. 1013 sq. 5. Socrate, loc. cit.; Atlianase, op. cit., c. lxxxvii ; Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xxix, P. G., t. lxxxii, col. 988. 6. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxviii, P. G., t. lxvii, col. 1017. 51. CONCILE DE CONSTANTINOlM.i: 669 473] eusébiens parvinrent à tromper la bonne foi de l'empereur. Quoi qu'il en soit, sans entendre Athanase, l'empereur l'exila à Trêves 1 . Au dire d'Athanase lui-même, l'accusation d'accaparement des blés d'Egvptc consomma sa perte dans l'esprit de Constantin. Ses efforts pour en démontrer l'inanité et l'impossibilité même, ne prévalurent pas contre les affirmations d'Eusèbe de Nicomédie donnant pour preuve du contraire les richesses d'Athanase. Sozomène donne une explication qui paraît assez en harmonie avec la psychologie de Constantin et toute sa conduite dans l'histoire de l'arianisme. Cons- tantin, dit-il, se persuada que l'exil d'Athanase allait lui permettre de rétablir promptement la paix dans l'Église. Plus tard, Constantin le jeune assura qu'en exilant Athanase, son père avait eu en vue de l'arracher à ses ennemis, sans aucune intention de le punir ou de le condamner '-'. Le respect de la mémoire paternelle pouvait ins- pirer ces paroles, auxquelles saint Athanase semble avoir ajouté une certaine créance 3 . Quoi qu'il en soit, l'empereur interdit aux eusé- biens de donner un successeur à Athanase et le fils de l'empereur, Constantin le jeune, en résidence à Trêves, y reçut l'illustre exilé de la manière la plus bienveillante, et lui procura tout le nécessaire 4 . 1. L'entrevue d'Athanase avec Constantin est du 7 novembre. Epist. heort. Cliron., P. G., t. xxvi, col. 1353. La même chronique semble placer dès ce jour le départ de l'évèque d Alexandrie pour l'exil. Mais entre l'arrivée d'Athanase à Constantinople et son départ pour Trêves se placent la lettre de Constantin aux évèques assemblés à Jérusalem et l'arrivée d'une fraction d'entre eux. Il est impossible de resserrer ces événements entre le 30 octobre et le 7 novembre 335. C'est ce que démontre Sievers, Einleitung zur Vita Acephala, dans Zeitschrift fur die historische Théologie, 1868, t. xxvvm, p. 98 ; en conséquence il corrige les données fournies par l'avant-propos des lettres pascales (Larsow, Die Fes- tal-briefe des heitigen Athanasius, in-8, Leipzig, 1852, p. 28) et remplace le 10 Athyr par le 10 Méchyr, c'est-à-dire qu'il fixe le départ d'Athanase pour Trêves au 5 février 336. Gwatkin, Studies of arianism, 2c édit. , London, 1900, p. 140, et X. Le Bachelet, Arianisme, dans le Dictionnaire de théologie catho- lique, 1903, t. i, col. 1804, adoptent cette date, de même que G. Goyau, Chro- nologie de l'empire romain, p. 427, n. 4. (H. L.) 2. vS. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxxvii, P. G., t. xxv, col. 406. 3. S. Athanase, Hist. arian. ad monachos, cl, P. G., t. xxv, col. 753. 4. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxxvii, P. G., t. xxv, col. kQ5;Hist. arian. ad monachos, c. xxix, P. 67., t. xxv, col. 725. Entre Constantin et Athanase on s'étonne de voir surgir ce conflit terminé par l'argument du plus fort. Mais rien n'était plus facile à prévoir dès l'année 325. L'évèque et l'em- pereur incarnaient des conceptions contraires par les droits respectifs qu'ils représentaient. Constantin était trop sensé pour croire à d ineptes calomnies, mais il était trop politique pour nen pas tuer profit. A ce point de vue le 670 LIVRE III, CHAPITRE I Les évêques eusébiens venus à Constantinople y tinrent un concile, dans lequel ils reprirent la procédure commencée contre Marcel d'Ancyre qu'ils accusèrent de manquer d'égards envers l'empereur par son refus d'assister à la consécration de l'église de Jérusalem. De plus ils l'accusaient d'hérésie 1 . Dans un écrit assez considé- rable, Marcel avait défendu la foi orthodoxe contre le sophiste arien ['*''*] Astère de Cappadoce 2 , et contre les eusébiens; malheureusement il n'avait réussi qu'à donner à ses adversaires l'occasion et le motif de l'accuser lui-même d'hérésie. Marcel en appela à l'empereur et lui envoya un mémoire justificatif en le priant de le lire et de l'examiner lui-même; mais il n'en fut pas moins déposé par le concile, qui enjoi- gnit à tous les évêques de la province de Marcel (la Galatie) de dé- truire son livre 3 , plus grossiers mensonges étaient les meilleurs, puisqu'ils l'armaient plus puis- samment contre relui qui menaçait de faire de l'Église catholique autre chose qu'un prolongement de la religion romaine. En 313, celle-ci était vaincue, Constantin le comprit et passa, avec armes et bagages, dans lecamp chrétien, mais il comptait bien mettre la main sur le christianisme et en être le chef. Toute sa politique religieuse le démontre rigoureusement et surtout la convo- cation du concile œcuménique et le titre d evêque du dehors qu'il s'attribue. Il se conduisait avec l'Église comme avec le culte païen, tyrannisant l'un et l'autre. Athanase était à ses yeux un sacrilège du moment où il revendiquait l'indépendance. (H. L.) 1. « Notre ennemi, dira bientôt saint Grégoire de Nazianze, est toujours hérétique. » La tactique n'a pas changé, cf. S. Em. le cardinal Mathieu, Libe- ralismum sapit, dans la Bévue du clergé français, 15 février 1907, t. xlix, p. 656. (H. L.) 2. Tillemont, Mém. p. serv. à l'hist. eccles., in-4, Paris, 1699, t. vi, p. 291- 292. Saint Athanase qualifie cet individu de « sophiste à plusieurs testes et d'a- vocat de l'hérésie arienne ». Il avait passé par l'école de Lucien d'Anlioche ; apostat pendant la dernière persécution, cette tare lui interdit, même chez les eusébiens, le sacerdoce. Philostorge le représente comme fort disert et fort modéré, une sorte de Mélanchton. Il serait, d'après ce même Philostorge, le père de la secte des semi-ariens, parce qu'il avance que le Fils est une image sans différence de la substance du Père, passage que Marcel d'Ancyre a pris la peine de réfuter. Nous n'avons rien de lui aujourd'hui que les citations in- troduites dans les écrits de ceux qui l'ont réfuté. Il est possible qu'Astère ait commencé d'écrire pour le parti avant le concile de Nicée et avant la Thalie d'Arius. (H. L.) 3. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxxvi, P. G., t. lxvii, col. 172, Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxxm, P. G., t. lxvii, col. 1029. Marcel était rempli de bonnes intentions et ne varia jamais dans sa foi de Nicée, mais sa théologie était un peu courte et sujette à caution. Elle a été étudiée par Chr. Fr. Irgens, Dissertatio de Marcello, Ancyrse episcopo, catalogo hsereticorum jure eximendo, 51. CONCILE DE CONSTANTINOPLE 671 Il n'est pas facile de porter sur Marcel un jugement impartial. Nous verrons plus tard que le concile de Sardique jugea sa déposi- tion injustifiée etlui rendit son évèché. A cette époque, Athanase et le pape Jules étaient pour lui; mais plus tard les opinions changèrent, surtout lorsque l'évêque de Sirmium, Photin, élève de Marcel, eut été convaincu d'hérésie *. Saint Athanase lui-même évita une réponse catégorique, lorsque saint Épiphane le questionna au sujet de l'or- in-4, Hafniœ, 1733 ; C. R. W. Klose, Geschichte und Lehre des Marcellus und Photinus, in-4, Hamburg, 1837 : Cli. Vogel, Dissertatio de Marcello Ancyrse episcopo, in-4, Gôltingae, 1757 ; Willenborg, Ueber die Orthodoxie der Mar- cellus von Ancyra , in-8, Munster, 1859: ces travaux n'ont plus guère aujour- d'hui qu'un intérêt bibliographique. Sur Marcel, il faut consulter Th. Zahn, Marcellus von Ancyra, ein Beitrag zur Geschichte der Théologie, in-8, Gotha, 1867 (on y trouvera, p. 1-6, une bibliographie très complète pour l'époque) ; W. Môller, dans Theologischc Studien and Kritiken, 1869, p. 147-176; E. S. Foulkes, dans Dict. of christ. Biogr., t. i, p. 808-813 ; A. Harnack, Dogme/i- geschichte, t. n, p. 237 sq. ; R. Seeberg, Dogmengeschichte, t. i, p. 175 sq. ; F. Loofs, Die Trinitàtslehrc. Marcellus von Ancyra und ihr Verhàltnis zur al- teren Tradition, dans Sitzungsberichte d. Berliner Akademie, philol-philos. Classe, 19Ù2, 26 juin ; F. Loofs, Marcellus von Ancyra, dans Real-encyklopâdie fur protestant. Théologie und Kirche, éd. Hauck, 1903, t. xn, p. 259-265. Ac- cusé de sabellianisme par les ariens, il en fut déclaré indemne par les Pères de Sardique. Athanase se montra toujours indulgent à ce fidèle compagnon ; par contre les Cappadociens et les apollinaristes l'accablèrent d'anathèmes. Photin, évêque de Sirmium (mort en 376) fut l'élève de Marcel dont il pousse à bout la pensée et force peul-être un peu l'expression. Astère et Acace ont réfuté Marcel, Eusèbe de Césarée l'a cité copieusement dans ses traités Contra Marcellum, et De theologia ecclesiastica. A tous les défauts d'Eusèbe nous ne pouvons ajouter celui de faussaire, il faut donc l'en croire et recon- naître que la théologie de Marcel est indéfendable. Il est probable que celui-ci avait fortement amendé le texte qui lui valut une réhabilitation à Sardique, en tous cas ce ne peut être celui qu'Eusèbe nous a conservé. Pour ce qui subsiste de lui, cf. Ch. X. G. Rettberg, Marcelliana éd. et animadversatio- nibus intruxil, in-4, Gôttingen, 1794, reproduit dans P. G., t. xvm, col. 1299 sq. (H. L.) 1. Photin avait sacrifié à la mode du temps et composé un catalogue d'héré- sies, dans lequel, dit Socrate, Ifist. eccles,, 1. II, c. xxx, P. G., t. i.xvii, col. 280 sq., il n'avait oublié qu'une erreur, c'était la sienne propre ; mais Photin ne s'en était pas tenu là: saint Jérôme, De viris illustr., n. cvn, édit. Richard- son, Leipzig, 1896, p. 49, parle à son sujet de plura voluniina, dont les plus im- portants étaient un traité Contra gentes et un autre Ad Valenlinianuni. Photin, nous dit encore Socrate, avait publié ses écrits en deux langues, latin et grec. 11 n'en reste rien. Cf. les travaux cités dans la note précédente de Klose, Zahn et Loofs ; ajouter F. Loofs, Photin, dans Real-encyklopddiv fur prot. Th. und Kirche. 1804, t. xv, p. 372-374. (H. L.) 672 LIVIiE III, CHAPITRE I thodoxie de Marcel *. D'après saint Hilaire, dès avant 349 Athanase avait rompu toute communion ecclésiastique avec Marcel 2 . D'autres Pères de l'Eglise, en particulier saint Hilaire, saint Basile et saint Jean Chrysostome, de même que de grands théologiens, Petau par exemple 3 , jugent Marcel sévèrement. Tillemont 4 lui est hostile et Baronius n'ose le défendre 5 . Par contre, Noël Alexandre 6 , Mont- faucon 7 et Mœhler 8 ont défendu l'orthodoxie de Marcel, disant qu'il n'était coupable que de n'avoir pas toujours su choisir ses ex- pressions; à notre époque Dorner 9 et Dollinger 10 ont porté sur Marcel un jugement défavorable. Le seul ouvrage de Marcel 11 , celui contre Astérius, est perdu, et c'est d'après quelques fragments con- servés dans les citations d'Eusèbe que Zahn le juge 11 . Marcel fournit [^75] des documents importants pour l'histoire de la théologie plutôt qu'il ne se livre à l'exposition du dogme, et son formulaire ne doit pas être considéré comme tendant à réformer la foi proclamée à Nicée à laquelle, au contraire, il adhère dans ses parties principales. Toute la discussion théologique à laquelle Marcel se livra ne paraît être que la conséquence du mélange intempestif des idées philosophiques et de la doctrine de l'Ecriture, et pour trouver la vérité, il aurait dû se reporter seulement à cette dernière doctrine. Dans la plupart des passages de la Bible il n'est question que des rapports du Logos devenu homme avec le Père, tandis que le prologue de l'Evangile de saint Jean est la principale source à laquelle on peut reconnaître les rapports éternels du Logos avec Dieu, le Logos dans sa préexis- tence. Marcel considérait l'expression engendré, employée univer- sellement par les théologiens des deux partis, comme tout à fait 1. S. Épiphane, Ilœres., lxxii, P. G., t. xlii, col. 381. 2. S. Hilaire, Fragment., u, n. 21, P. L., t. x, col. 650. 3. Petau, Theol. dogm , t. n, 1. I, c. xm. 4. Tillemont, Mém. p. servir à l'hist. eccles , 1700, 1. VII, p. 503-514, 762. 5. Baronius, Annales, 1590, ad ann. 347. 6. Noël Alexandre, Hist. eccles., saec. iv, dissert. XXX. 7. Montfaucon, Collectio nova patrum t. n, p. 51. [Cf. Diatriba de causa Marcelli ' Ancyrani, P. G., t. xvm, col. 1278 sq. (H. L.)] 8. Mœliler, Athanasius der Grosse, t. n, p. 22 sq. 9. Dorner, Lehre von der Person Christi, 2e édit. , p. 864 sq. 10. Dollinger, Ilippolytus und Callistus, in-8, Regensburg, 1853, p. 217. 11. Le titre en serait :IIepl ~r\z toû iho-j •JuciTayo?, (Z>e subjectione Domini Christi. S. Jérôme attribue à Marcel, De viris illustribus, c. lxxxvi, un traité Adver- sus arianos, qui est sans doute celui dont nous venons de transcrire le titre, et, en outre, multa diversarum liypotlieseon voluinina. (H. L.) 12. Zalm, Marcellus von Ancyra, p. 318. 51. CONCILE DR CONSTANTINOPLE 673 malheureuse et y voyait une source de confusions; il pensait qu'er» admettant cette expression il étail impossible d'éviter le subordi- natianisme ou l'arianisme. Le faitd'ètre engendré constitue toujours une forme spéciale de commencement (suivant l'expression des ariens) et tout ee qui a un commencement ne peut s'accorder avec I éternité du Logos si formellement proclamée par saint Jean. Une procréation éternelle, comme rappelaient \thanase et d'autres théologiens, lui paraissait inimaginable et il proclamait le Logos dans sa préexistence comme n'ayanl très certainement pas été engendré (il était en cela en contradiction avec le sens littéral du symbole de Nicée). C'est pourquoi, ajoutait-il. le Logos dans sa préexistence ne peut être appelé /lis; mais /ils de Dieu et le Logos, [476] lié à la nature humaine, a été seul engendré. De même le Logos éternel ne peut être appelé l'image de Dieu, car l'image n'est qu'une représentation de ce qui existe, et, par conséquent, ne représente que celui qui est devenu homme étant né d'une vierge, (le sujet est également iei le Logos). Quand donc Marcel emploie en par- lant du Logos les termes §uvau.ei et èvspYSia, il attribue au Logos par cette dernière expression (èv kvep^éûx slva'.) une puissance agis- sante et créatrice du monde, la Ivep-feia ccxcttc/.y;. mais tandis que le Logos envisagé de la sorte émane en quelque sorte de Dieu, et agit en dehors de lui, Dieu n'est cependant pas aXo-foç, et le Logos demeure en tout en union avec Dieu en tant qu'il est oiiva^iç, c'est-à-dire en tant qu'il est la puissance se reposant en Dieu dont il représente la faculté d'agir, laquelle opère comme une ivipysia cpy.7- -.lY.r,. Le Logos est en même temps une puissance se reposanten Dieu et agissant en dehors de lui, il est dans Dieu et à côté de Dieu (zpbc tov Oeiv). Marcel paraît donc séparer le Logos en deux : celui qui demeure en Dieu et celui qui émane de Dieu, lequel doit alors retour- ner à lui-même à la fin du monde en tant qu'il est demeuré en Dieu. II établit une rupture dans les natures de Jésus-Christ : l'une s'est abaissée jusqu'il s'unir à l'humanité, tandis que l'autre a continué de posséder la vie absolue L On voit que cette doctrine diffère certainement du sabellianisme, et d'ailleurs Marcel se déclare très explicitement contraire aux doctrines de Sabellius, quoique ses adversaires et en particulier Eusèbe de Césarée pré- tendent que sa doctrine a des analogies avec le sabellianisme 2 . 1. Zalin, op. cit., p. 318. 2. Id., p. 215, compare la doctrine de Marcel à celle de Sabellius. CONCILES — II — 43 674 LIVRE III, CHAPITRE I Les évêques réunis à Constantinople portèrent contre la doctrine de Marcel une autre accusation, qui, au premier abord, paraît en con- tradiction avec la première. Au rapport de Socrate 1 et de Sozomè- ne 2 , ils accusèrent Marcel de partager les erreurs de Paul de Samo- sate ; et, en y regardant de près, on constate que l'évèque d'Ancyre donnait quelque prise à ces attaques. Paul de Samosate partait de principes différents de ceux de Marcel, mais Marcel arrivait de son côté à dénaturer la vraie notion du Dieu fait homme ainsi qu'on vient L -> de le voir dans l'exposé qui précède. Athanase vaincu, on songea à réintégrer solennellement Arius dans la communion ecclésiastique, et l'hérésiarque s'était rendu dans ce but à Alexandrie après le concile de Jérusalem 3 . La vacance du siège d'Alexandrie lui donnait peut-être l'espoir de l'occuper, mais les alexandrins attachés à saint Athanase et exaspérés de sa déposi- tion se soulevèrent. L'empereur manda Arius à Constantinople. So- crate suppose que c'était avec l'intention de lui demander compte de son retour à Alexandrie 4 ; peut-être n'était-ce qu'une ruse pour ob- tenir à Constantinople la réintégration trop difficile à Alexandrie. L'évèque de Constantinople, Alexandre, se montrant hostile, on re- courut à l'empereur à qui Arius fut de nouveau présenté. Cons- tantin l'interrogea encore sur sa foi, et lui fît signer une nouvelle formule orthodoxe. Athanase dans sa lettre De morte Arii ad Sera- pionem 5 , nous raconte ce qui suit : Arius jura à l'empereur que la 1. Socrate, Ilist. eccles., 1. I, c. xxxvn, P. G., t. lxvii, col. 173. 2. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxxn, P. G., t. lxvii, col. 1025. 3. Socrate, loc. cit., Sozomène, op. cit. ; 1. II, c. xxix, P. G., t. lxvii, col. 1017. Nous avons admis l'exil d'Athanase, le 5 février 336. Le concile de Constanti- nople siégeait alors. Il semble que les intrigues contre Athanase et la condam- nation doctrinale de Marcel ne puissent guère suffire à remplir des sessions pendant plusieurs mois, à moins qu'on admette qu'elles étaient largement espa- cées. Nous sommes très mal renseignés sur ce concile de Constantinople. Les eusébiens y avaient envoyé quelques meneurs de leur parti, parmi lesquels les deux Eusèbe, Tliéognis, Maris, Palrophile, Ursace et Valens. Tillemont nous paraît s'aventurer plus qu'à l'ordinaire quand il parle d'un « grand concile, composé de diverses provinces de l'Orient, du Pont, de la Cappadoce, de l'Asie, de la Phrygie, de la Bithynie, et encore de la Thrace et des pays plus occi- dentaux ». Cette énumération donnerait l'impression d'un concile général ; il faut reconnaître que les noms des évoques présents ne favorisent guère cette opinion. Aux noms qui ont été cités il faut ajouter ceux de Protogène de Sar- dique, de Placille d'Antioche et de l'évèque de Syracuse ; encore ne sont-ils pas tout à fait certains. (H. L.) 4. Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxxvn, P. G., t. lxvii, col. 173. 5. Saint Athanase, Epist. ad episc. Mgjpti et Libyse, o. xix, P. G., t. xxv, 51. CONCILE DE CONSTANTINOPLE 675 doctrine pour laquelle il avait été dix ans auparavant retranché de la communion par Alexandre, évêque d'Alexandrie, n'était réelle- ment passa doctrine. En le congédiant, Constantin lui dit: « Si ta foi est orthodoxe, tu as eu raison de jurer ; si elle est impie, que [478J Dieu te juge à cause de tes serments *. » A la suite de cette entre- vue, Constantin, poussé parles eusébiens, donna à l'évêque de Cons- tantinople l'ordre de recevoir Arius à la communion de l'Eglise; et, de leur côté, les eusébiens menacèrent Alexandre de la déposition et de l'exil s'il ne s'inclinait devant la volonté impériale, et ils lui déclarèrent que le lendemain (ce jour-là était en efTèt un samedi ils célébreraient, et malgré lui si c'était nécessaire, le service divin en recevant Arius à la communion ecclésiastique. Dans ce péril Alexan- dre se rendit dans l'église d'Irène, et lii s'adressant à Dieu : « Pre- nez ma vie, disait-il, avant qu' Arius entre dans le temple ; ou si vous voulez avoir pitié de votre Église, empêchez ce scandale, pour que l'hérésie n'entre pas avec Arius dans l'Église. » Quelques heu- res après, le soir de ce même samedi 2 , Arius traversa la ville ayant à sa suite un grand cortège. Arrivé près du Forum de col. 580, a inséré une relation de la mort d'Arius. Cet écrit claie de 356 ; il y est revenu dans la lettre à Sérapion, écrite en 358, et composée d'après la rela- tion du prêtre Macaire, présent- à Constantinople lors de l'événement. P. G., t. xxv, col. 685-690. (H. L.) 1. S. Alhanase, De morte Arii, c. n, P. G., t. xxv, col. 685. 2. S. Afhanase, Epist. adepisc. .Vgypti et Libyse, c. xix. Cette mort d'Arius, on va le voir, devint le thème préféré des écrivains qui voulaient y décou- vrir un châtiment providentiel. La coïncidence était indéniable et frappante ; quant au châtiment providentiel, il fui rarement mieux mérité à coup sûr, mais cette raison de convenance n'est pas une preuve. Saint Athanase a dû faire usage d'un mémoire du prêtre Macaire, mais comme il s'est écoulé 19 et 21 ans entre l'événement et les deux relations qu'il en a données, on ne peut se tenir d'observer que c'est uu laps de temps bien long et qui favorise l'ima- gination aux dépens de la vérité toute nue des faits. Les récits mis à profit par Rufin et Socrate ne sont pas à l'abri du doute: ainsi les circonstances histo- riques très précises laissent quelque incertitude sur les conditions médicales. D'après V. Duruy, Histoire des Romains, in-8, Paris, 1885, t. vu, p. 195, « au- jourd'hui un apprenti médecin trouverait la cause physiologique » de celte fin soudaine. Nous gardons quelque doute à ce sujet. Les textes d'Athanase, de Rufin et de Socrate demeurent obscurs. Les seules opinions discutables sonl, paraît-il, les suivantes : Arius aurait élé affligé d'une hernie très grave, ou bien il aurait été saisi d'une colique néphrétique ; enfin nous avons tout ré- cemment entendu soutenir que le mal mystérieux était une crise extrêmement violente d'appendicite. Tout ce qu'on peut faire, croyons-nous, est d'indiquer sans prendre parti. (H. L.) 676 LIYISE III, CHAPITRE I Constantin, un besoin naturel le força à s'écarter, et il mourut su- bitement d'une rupture clans les intestins, en 336 i . Beaucoup regardèrent cette mort comme une punition de Dieu 2 ; et Constan- tin inclina à croire qu'Arius avait réellement été un hérétique, qu'il s'était parjuré et qu'il en avait été puni par une telle fin 3 ; d'après Socrate 4 , Constantin aurait même vu dans la mort d'Arius une con- firmation delà foi de Nicée. Le spectacle d'une telle mort fit, ajoute saint Athanase, que beaucoup d'ariens se convertirent, d'autres cherchèrent à faire croire qu'Arius était mort par les sortilèges de ses ennemis, d'autres enfin que c'était la joie de son triomphe qui l'avait tué 5 . Le lieu où mourut l'hérésiarque fut longtemps tenu pour maudit jusqu'à ce qu'enfin un riche arien l'acheta et y fit bâtir [479] une nouvelle maison 6 . Pendant l'exil d'Athanase à Trêves, les fidèles d'Alexandrie fai- saient des prières publiques pour obtenir son retour, et le célèbre 1. S. Athanase, De morte Arii, P. G., t. xxv, col. 685-690; Socrate, ffist. écoles., 1. I, c. xxxvn, xxxvm, /'. G. t t. lxvii, col. 173 sq. ; Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxix, xxx, P. G., t. lxvii, col 1017 sq. ; Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xiii, P. G., I. lxxxii, col. 949. 2. S. Alhanase, De morte Arii, c. iv, P. G., I. xxv, col. 690. 3. S. Athanase, J'Jpist. ad episc. Mgypti et Libyse, c. xix, P. G., t. xxv, col. 580; Hisloria arianorum ad monackos, c. i.i, P. G., I. xxv, col. 754. 4. Socrate, Hist. eccles., 1. I. c. xxxvm, P. C, t. lxvii, col. 177. 5. S. Allianase De morte Arii, c. iv, P. G., t. xxv, col. 690 ; Sozomène, Hist. eccles. y 1. II, c. xxix, P. G., t. lxvii, col. 1020. 6. Soxomi'ne, loc. cit., Socrate, loc. cit,, [J. F. Buddeus, De Arii morte, dans Observ. sélect, lilter., 1705, t. xi, p. 181-190; Ph. L. Hannecken, Epitome his- toriée arrianse, in qua \>ila, mores et mors Arii traditur, in-8, Giessae, 1660 ; C. Janning, Dissertalio de an no quo Arias lucre siarcha, qao s. Alexander épis- copas Conslantinopol. obierinl, dans Acta sanct., 1715, juin, t. vi, p. 71-84; G. N. Ockellu, Dissertatio de Ario misero abrepta fato, in-4, Roslochii, 1708 ; J. Wuclierer, Prolnsio de Arii morte misera, in-4, Ienae, 1730 ; A. Grève, Alha- nasius de morte Arii referens, in-4, Halae, 1722. Sozomène et Théodoret n'ont fait que citer Allianase. Ituiîn et Socrate ont fait usage d'une source non iden- tique. Au i\e siècle ou rencontre de fréquentes allusions à la mort tragique d'Arius. S. Épiphane, Hœres., lxviii, 6, P. G., I. xlii, col. 194; Faustin et Mar- cellin, Libellas precam, M, /-*. /.., t. xm, col. 85; S. Ambroise, De fide, 1. I, c. xix, P. L., t. xvi, col. 557 ; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xxv, 8, P. G., t. xxxv, col. 1210. Arius mourut avant saint Alexandre, quoi qu'en disent Valois, notes à Socrate, 1. II, c. i, n, P. G., t. lxvii, col. 1643 sq., et Seeck, Untersu- chungen, p. 29-31. On trouvera une discussion excellente du récit de saint Atha- nase dans Ch. W. F. Walcli, EnUvnrf einer vbllstàndigen Historié der Ketze- reien, 2 e partie, p. 500-510. (11. L.)] 51. CONCILE DE COWSTANTINOPLE 677 patriarche de la vie religieuse, saint Antoine, écrivit aussi plusieurs fois dans ce sens à l'empereur, qui le tenait en très haute estime. Constantin ne se laissa pas persuader : il répondit non sans quel- que aigreur aux Alexandrins, ordonna aux clercs et aux vierges con- sacrées à Dieu de se tenir tranquilles et assura qu'il ne consentirait pas à rappeler Athanase, qui n'était qu'un brouillon condamné par une sentence ecclésiastique : il écrivit à saint Antoine qu'il était im- possible que tant et de si sages évèques eussent porté une injuste sentence, qu'Athanase, impérieux et orgueilleux, portait la peine de la désunion et de la discorde. Sozomène ajoute : « Les adversaires d'Athanase insistaient sur ce dernier point, sachant qu'aux yeux de Constantin le plus grand crime était de troubler la paix de rÉglise 4 . » 1. Sozomène, ffisf. eccles., 1. II, c. xxxi, P. G , t. i.xvii, col. 1025. M. P. Al- lard, Le cliristianisme et l'empire romain de Néron à Théodose, in 8, Paris, 1897, p. 182, tire d'indioalions du genre de celle de Sozomène une psychologie de Constantin qui nous parait singulièrement bienveillante en ce qui concerne les sentiments de l'empereur à l'égard de l'Eglise chrétienne qu'il aurait « tou- jours passionnément aimée. Un sens catholique très remarquable et qui en une certaine mesure compensait ou corrigeait ses erreurs, lui faisait haïr dans l'Eglise jusqu'à l'ombre d'une division. L'unité, tel lui semblait en être le carac- tère divin. S'il oublia plus d'une fois la tolérance religieuse, ce fut à l'occasion de chrétiens jugés rebelles à cette unité. Respectant l'existence il" culte païen, qu'il injurie parfois, qu'il gêne même dans certains de ses actes, mais dont il garantit au moins les libertés essentielles, il réserve ses rigueurs aux héré- tiques ou à ceux qu'il estime tels. Il les poursuit moins encore pour exécuter à leur égard les décisions des conciles que pour se contenter soi-même et rem- plir la mission dont il se croit investi. De là, en plus de nombreuses mesures de détail, une loi générale de 331, interdisant les sectes de toute dénomination, proscrivant leurs livres, bannissant leurs chefs, confisquant leurs églises et défendant leurs assemblées ». Cette psychologie semble par trop simpliste : Constantin considérait le christianisme comme une puissance, il le rattachait aux forces politiques et entendait lui faire rendre son maximum d'effet pacifi- cateur dans l'État. Quant aux destinées et à L'intégrité de l'Église catholique, il s'y intéressait sans doute, mais simplement parce qu il avait pour ainsi dire pris à ferme la gérance du catholicisme pour l'incorporer à l'empire. C'est ce qui explique son horreur et sa brutalité à l'égard des sectes héréti- ques et dissidentes 11 savait qu'il pouvait, à force de vigueur, maîtriser l'E- glise étroitement unie et la faire avancer dans In direction voulue par lui mais l'éparpillement des sectes lui échapperait et il le- maltraitait avec le même arbitraire et la même arrière-pensée peut-être qu il maltraitait l'évêque Atha- nase, non moins dangereux qu'elles, puisque celui-ci voulait soustraire en bloc à l'empereur ce que les sectes lui dérobaient en détail. A l'égard des sectes, pas plus qu'à l'égard d'Athanase, Constantin ne gardait de mesure. Il s'attri- 678 LIVRE III, CHAPITRE I A Alexandrie, deux partis étaient en présence : celui d'Athanase et celui des mélétiens dirigé par Jean Archaph. Celui-ci ambition- nait le siège d'Alexandrie et se montrait si remuant que Constantin, sans égard pour tout ce qu'on put lui dire, l'envoya en exil i . Cons- tantin s'opposait par-dessus tout à la multiplication des sectes dans le christianisme ' 2 . A la date où nous nous trouvons, les ariens ne formaient pas encore des communautés distinctes de l'Eglise, pas plus à Alexandrie qu'ailleurs 3 . Paul, évêque de Constantinople, successeur d'Alexandre 4 , à qui les ariens n'avaient pu venir à bout de faire succéder Macédoniusle futur hérésiarque, Paul fut exilé par Constantin et relégué dans le Pont 5 . On lui reprochait son installation sans le concours d'Eusèbe de Nicomédie et de Théodore d'Héraclée qui revendiquaient le droit de sacrer l'évêque de Byzance 6 . Sa moralité ne fut pas à l'abri des soupçons injustes. Socrate et Sozomène placent l'exil de Paul sous Constance ; ils confondent le premier et le second exil ; la chronolo- gie de saint Athanase est préférable sur ce point 7 . 52. Baptême et mort de Constantin, retour de saint Athanase [480] de son premier exil. Vers l'époque de la fête de Pâques de l'année 337, Constantin se sentit malade et, pour se remettre, il se rendit aux bains deNicomé- buait le droit de supprimer les unes et de se débarrasser de l'autre. Car il ne faut pas faire de Constantin une âme sensible : il était homme à tout faire. Assassin de son fils Crispus et de sa femme Fausta, nous doutons qu'il ait eu pour la vie d'Athanase la sollicitude dont Constantin le jeune lui fait honneur. L'exil d'un Egyptien dans la Germanie pourrait bien avoir été le résultat d'un calcul que la robuste santé de l'évêque et la prompte mort de l'empereur dé- jouèrent. (H. L.; 1. Sozomène, Hist. eccles., 1. II, c. xxxi, P. G., t. lxvii, col. 1025. 2. Relire les édits de 313 et de 323, Cod. theod., 1. XVI, tit. n, leg. 5. (H. L.) 3. Sozomène, Ilist. eccles. } 1. II, c. xxxn, P. G., t. lxvii, col. 1025. 4. Mort à la fin d'août 336, ïillemont, op. cit., t. vu, p. 37, 657. (H. L.) 5. Fin de l'année 336. S. Athanase, Hist. arian., c. vu, P. G., t. xxv.col. 701 ; Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. vi, vu, P. G., t. lxvii, col. 192 sq. ; Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. ni, iv, P. G., t. lxvii, col. 1037 sq. (H. L.) 6. La revendication de l'évêque d'Héraclée en ïhrace était fondée, celle de l'évêque de Nicomédie ne l'était pas. 7. S. Athanase, Hist. arianor. ad monachos, c. vu, P. G., t. xxv, col. 701. 52. BAPTÊME ET MORT DE CONSTANTIN 679 die et peu après aux sources chaudes de Drépanum, qu'il avait ap- pelé Héléuopolis en l'honneur de sa mère. Ce fut dans cette ville que Constantin recul, comme catéchumène, l'imposition des mains. D'Hélénopolis, Constantin se fit transporter dans la villa d'Ancyro- na, située dans un faubourg de Nicomédie, et il y convoqua un cer- tain nombre d'évèques pour assister à la cérémonie de son baptême. Jusqu'alors Constantin, suivant l'usage ou plutôl l'abus de son épo- que, avait différé de le recevoir : il avait donné pour raison de ces dé- lais, qu'il désirait le recevoir dans le Jourdain 4 . Les évêques firent les diverses cérémonies, et Constantin reçut le sacrement avec une piété très vive ; il ne revêtit plus la pourpre à partir de ce moment, [481] et se prépara à la mort. Saint Jérôme dit dans sa Chronique qu'Eu- sèbe de Nicomédie lui donna le baptême, et cette assertion parait fondée, car Constantin se trouvant dans le diocèse d'Eusèbe, il était convenable que celui-ci administrât le sacrement. Mais la ré- flexion que saint Jérôme fait à ce propos, à savoir que Constantin prouva par là qu'il partageait les idées des ariens, est insoutenable. Depuis son retour de l'exil, les sentiments ariens d'Eusèbe étaient ignorés de Constantin qui s'en tenait à la profession de foi or- thodoxe de l'évêque en qui il voyait l'artisan de la paix dans l'Égli- se 2 . L'exil d'Athanase et la réintégration d'Arius à la communion ecclésiastique ne prouvent pas que Constantin ait eu des sentiments hétérodoxes 3 . Constantin demanda toujours à Arius et à ses amis 1. Eusèbe, De vita Constantini, 1. IV, c. i.yii, P. G., t. xx, col. 1216. 2. Excuser Constantin à ce prix c'est plaider l'irresponsabilité. Il paraît vrai- semblable que le premier empereur chrétien n'a jamais été vraiment chrétien, ce qui, d'ailleurs, l'intéressait peut-être assez peu. Après avoir retardé le plus pos- sible ce baptême qui lui eût imposé des obligations dont il entendait bien s'exo- nérer, il se résignait à le recevoir à l'heure où il sentait que tout allait finir pour lui. Chrétien, in extremis, il fut chrétien de foi arienne c'est-à-dire incorpo- ré officiellement à la secte que l'Eglise chrétienne combattait avec l'énergie qu'on apporte à repousser loin de soi un germe de mort. La formule baptismale employée par Eusèbe était-elle valide ? Nous ignorons cette formule. Sur cette question nous renvoyons à la dissertation du Dictionn. d'archéol. chrét. et de liturgie, t. i, col 2818, relativement à la rebaptisation des ariens reçus dans l'Église catholique. Il faut tenir compte des doxologies hérétiques qui laissent pressen- tir une formule baptismale plus ou moins parallèle. (H. L.) 3. X. Le Bachelet, dans le Dictionn. de théologie catholique, 1903, t. i, col. 1807, estime que « rien n'autorise à dire que Constantin abandonna la foi de Nicée ; tant qu'il vécut, personne n'osa l'attaquer en face, et quand il bannit saint Athanase et d'autres évêques, ce ne fut pas pour avoir soutenu celte foi, mais parce qu'il crut voir en eux des obstacles à sa politique de paix religieuse, 680 LIVRE III, CHAPITRE I une profession de foi orthodoxe, conforme à celle de Nicée, à la- ou parce qu'on les lui représenta comme coupables à divers titres ». Constan- tin ne pouvait abandonnée la foi de Nicée parce qu'elle constituait à ses yeux une mesure de police d'une importance capitale pour le maintien de la paix religieuse; quant à accorder à cette foi l'assentiment de sa conscience, on ne s'aper- çoit pas qu'il y ait jamais songé. Il était persuadé, ou faisait semblant de l'être, qu'il était chrétien autant qu'homme au monde. « Vous ne nierez point, écri- vait-il en 335 aux évoques assemblés à Tyr, que je sois un fidèle serviteur de Dieu » et la preuve qu'il en donne est celle que tous les païens comprenaient et concevaient : « puisque c'est grâce au culte que je lui rends que la paix règne sur la terre. ï Or le culte que rendait Constantin non baptisé consistait à quitter l'église au moment de la célébration de la liturgie. La bibliographie relative à Constantin est considérable, nous n'avons à rappeler ici que ce qui concerne son christianisme et sa politique religieuse. Deux travaux récents et inégalement intéressants relatifs à la vision dite du labarum ont paru dans la Revue du clergé français, Canet, Le Labarum, 1898, t. xiii, p. 1-22, et J. Turmel, L.a vision de Constantin, 1906, t. xlvjii, p. 518-526 ; cette dernière dissertation est de tous points remarquable, tandis qu'il n'y a guère à prendre dans F. G. Allaria, Dell' apparizione délia, croce ail' imperatore Costantino, in-8, Alba, 1887 ; J. Ch. Wolf, Disputatio de visione cruels Constantino Magno in cœlo oblatse, in-4, Witteburgi, 1706 ; G. Toderini, La Costantiniana apparizione délia croce difesa contra G. A. Fabricio, in-4, Venezia, 1773 ; J. J. Weidener, Dissertatio de Constantino Magno signo crucis Christi in nubibus viso ad chris- tianismum inaugurata, in-4, Rostocliii, 1703 ; N. Baring, Dissertât, epistolica de crucis signo a Constantino Magno conspecto, in-8, Hannoverae, 1645; J. F. Borchmann, Dissertatio historico-critica de labaro Constantini Magni, in-4, Ilafniœ, 1700; J.-B. du Voisin, Dissertation critique sur la vision de Constan- tin, in-12, Paris, 1774; T. M. Mamachi, De Cruce Constantino visa et de evan- gelica chronotaxi, in-4, Florentiœ, 1738 ; D. G. Môller, Dissert, de labaro Constantiiiiano, in-4, Allorl'. 1696 ; M. Jacuzio, Syntagma quo ad parentis ma- gno Constantino crucis historia complexa est universa, in-4,Romae, 1755; CL- X. Girault, Dissertât, hist. et critique sur le lieu où la croix miraculeuse appa- rut à Constantin et à son armée, dans le Magasin encyclopédique, 1810 ; L. de Saint-Victor, Apparition de la croix à l empereur Constantin, dans Analecla juris poniifici, 1873, t. xji, p. 389-401 ; enfin il faut faire une place à part à la curieuse dissertation de ,1. A. Fabricius. Dissertatio de cruce Constantini Maologetices christianœ historiam spectans, in-8, Gôtlingœ, 1843. (H. L.) 1. S. Athanase, Ilist. urianor. ad monachos, c. ix, P. G., t. xxv, col. 703. 2. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. m-xix, P. G., t. xxv, col. 252 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. u, p. 1-79 sq. 3. Hefele donne, par erreur, la dale 3.59. (H. L.) 4. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xrx, xxiv, P. G., t. xxv, col. 280, 288. 5. Ce récit est celui des évêques égyptiens, Athanase, Apolog. c. arian., c. xix. Il prouve que Pistus ne fut choisi que par la seule communauté arienne d'Alexandrie ; il ne permet donc pas de conclure, comme l'ont fait dom Ceillier, [Histoire générale des auteurs sacrés, t. v, p. 161) et Mœhler, (Atkanasius l. n, p. 52) que les eusébiens avaient déjà déposé saint Athanase et nommé Pistus à sa place. Ces deux historiens ont pensé que la nomination de Pistus avait eu lieu dans un synode eusébien tenu à Antioche ; mais CONCILES — 1 — 44 690 LIVRE III, CHAPITRE I A la même époque, les eusébiens reprirent non seulement les anciennes accusations contre Athanase, mais ils en inventèrent de nouvelles, aussi peu fondées que les premières. Ils accusèrent donc Athanase : 1) D'avoir affligé les citoyens d'Alexandrie par son retour; 2) D'avoir causé, depuis lors, nombre de sévices; 3) D'avoir accaparé et vendu le blé à lui confié par Constantin pour les veuves de Libye et d'Egypte 1 . 1^9^-] 4) D'après Sozomène 2 , les eusébiens auraient enfin accusé Atha- nase d'avoir repris son siège épiscopal sans y être autorisé par un jugement préalable de l'Église. Ces accusations furent portées par les eusébiens devant les trois empereurs (par conséquent du vivant de Constantin II), et Constance les regarda comme fondées; il crut en particulier à l'accaparement et à la vente des blés de Constantin le Grand 3 . Les eusébiens ne s'en tinrent pas là : ils envoyèrent aussi dans le courant de 339 4 une ambassade à Rome au pape Jules I er . Elle se composait du prêtre Macaire et des deux diacres Martyrius et Hesychius, ayant pour mission de porter devant le pape les accusations intentées contre Athanase, de l'indisposer contre l'évêque, et de l'amener à envoyer à Pistus, le faux évêque d'Alexandrie, qu'ils donnaient comme un évêque orthodoxe, les lettres de communion, c'est-à-dire de décider Jules à reconnaître Pistus comme véritable évêque 5 . Les ambassa- deurs eusébiens devaient en outre remettre au pape les procès-ver- Tillemont a déjà fait la remarque très fondée que les actes de ce synode ne disent rien de ce fait. Cf. Tillemont, Mémoires, t. vi, p. 129, éd. Bruxelles. — Saint Epiphane dit aussi (User., lxix, 8) que Pistus fut établi par les ariens, évêque d'Alexandrie. 1. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. m, P. G., t. xxv, col. 250 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. n, col. 1279 sq. 2. Soz.omène, Hist. eccles., 1. III, c. ir, P. G., t. lxvii, col. 1036. 3. Mansi, op. cit., col. 1279, 1302; S. Athanase, Apol. cont. arian., c. m, xvn, xvin, P. G., t. xxv, col. 250, 273 sq. ; Hist. arian. ad monachos, c. ix, P. G., t. xxv, col. 704. Dans ce dernier passage, saint Athanase se sert d'une figure de rhétorique pour faire tenir aux eusébiens un discours à l'empereur ; les eusébiens lui font voir combien il est nécessaire qu'il vienne à leur secours. 4. Cette ambassade est de la fin de l'année 339 ; cf. Sievers, Einleitung zur Athanasii vita acephala, dans Zeitschrift fiir historische Théologie, 1868, t. xxxvin, col. 102. (H. L.) 5. S. Jules Ier ; lettre citée par S. Athanase, Apol. cont. arian., c. xxiv, P. G., t. xxv, col. 288. 54. CONCILE D 'ALEXANDRIE EX 338 691 baux de la commission qui avait enquêté dans la Maréotide au sujet de l'affaire d'Ischyras '. Les hérétiques de tous temps ont compris combien Rome pèserait dans la balance de l'église et de l'opinion si elle se déclarait pour eux et ils n'ont nié sa primauté que quand elle les a repoussés. 54. Concile d'Alexandrie en 338]. Rome entre dans le débat. Fuite de saint Athanase. Le pape Jules communiqua à saint Athanase une copie des procès- verbaux de la commission qui s'était rendue dans la Maréotide -. Celui-ci songeant à sa défense, envoya dans ce but des représentants à Rome et aux empereurs Constantin et Constant 3 . En outre il prépara la réunion à Alexandrie d'un concile composé des évêques 1*1 de l'Egypte, de la Libye, de la Thébaïde et de la Pentapole, chargé de connaître des accusations portées contre lui 4 . Au nombre d'une centaine, ces évêques déclarèrent sans fondement les nouvelles accu- sations et ils attestèrent : 1° L'allégresse générale causée par le retour d' Athanase ; 2° L'absence de toutes représailles contre les prêtres ou les laïcs à cette occasion. Les faits argués étaient antérieurs au retour d'Àtha- nase, la responsabilité en retombait sur le préfet d'Egypte bien éloigné dans sa conduite de favoriser les orthodoxes ; 3° L'activité désintéressée déployée par Athanase dans les distri- butions de blé. Nulle plainte à cette occasion n'avait jamais été 1. Jules 1er, lettre citée par S. Athanase. Apologia contra arianos, c. xxn- xxiv, xxvii, lxxxiii, P. G., t. xxv, col. 284, 285, 288, 292, 396. 2. L'enquête de 335, cf. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxxiii, P. G., t. xxv, col. 396. 3. S. Athanase, Histor. arianor. ad monachos, c. ix, P. G., t. xxv, col. ,04; Apolog. cont. Arian., c. xxir, x\iv, P. G., t. xxv, col. 284, 288. 4. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. i, P. G., t. xxv. col. 248. [Baro- nius, Annales, 1590, ad ann. 339. n. 2-11 ; Conc. regia, t. u, col. 620; Labbe, Conc, 1671, t. ii, col. 532-558; Pagi, Crit. Annal. Baronii, 1689, ad ann. 339, n. 7 ; Hardouin, Concil. coll., t. i, col. 569 ; Coleti, Conc, 1728, t. n, col. 557 ; Mansi, Conc. amplis s. coll., t. n, col. 1277. La date du concile d'Alexandrie est discutée entre 339 et 340; le millésime 338 nous parait plus acceptable. (H.L.)] 692 LIVRE III, CIIAPITIti: I portée contre l'évêque, tandis que les ariens s'étaient employés à accaparer les blés appartement à l'Église 1 . Le concile d'Alexandrie se tint à la fin de [338], ou au plus tard dans le commencement de [339], parce que dans leur lettre synodale les évêques parlent encore des trois empereurs, ce qui prouve que Constantin II vivait encore " 2 ; et Athanase rapporte que ses ambassa- deurs lurent bien reçus par Constantin et Constant, qui renvoyèrent avec mépris ceux de ses adversaires 3 . Lorsque le prêtre Macaire, chef de l'ambassade des eusébiens, apprit que les fondés de pouvoir de saint Athanase approchaient de Rome, il se hâta quoique malade d'en sortir : il avait compris que tout allait être découvert. Les deux diacres eusébiens demeurés à Rome, Martyrius et Hesychius, redoutant une confrontation immé- diate avec les défenseurs d'Athanase, réclamèrent la convocation d'un concile devant lequel ils promettaient de prouver la culpabilité [493] d'Athanase. Le pape Jules accéda à cette demande : il écrivit d'un côté à saint Athanase, de l'autre aux eusébiens, pour les convoquer tous à un concile qui ferait une enquête sur le véritable état des choses; le pape se réservait de déterminer le lieu et l'époque de la réunion de ce concile 4 . Pour répondre à la convocation faite par le pape 5 et par suite des événements survenus à Alexandrie, Athanase se rendit à Rome. Au moment où la paix reparaissait dans l'Eglise, où nulle accusation ne subsistait alors contre Athanase, le préfet d'Egypte avait inopi- nément publié un décret impérial arrivé de Constantinoplc, portant la nomination d'un certain Grégoire de Cappadoce à la succession d'Athanase. Celui-ci a écrit à plusieurs reprises que cette nomina- tion avait été obtenue par une intrigue des eusébiens 6 ; dans un autre passage, il dit que ce Grégoire avait été à Constantinople un ordonnateur de fêtes immorales 7 , et, dans une lettre encyclique 1. S. Atlianase, Apolog. cont. arian., c. v, vu, xvm, P. G., t. xxv, col. 256, 260, 277 ; Mansi, op. cit., (. n, col. 1279 sq. 2. Il mourut avant le 'J avril 340. (H. L.) 3. S. Athanase, Hist. arian. ad mon., c. ix, P. G., t. xxv, col. 704. 4. La lettre du pape Jules est transcrite par S. Alhanasc, Apolog. cont. arian., c. xxu, xxiv, P. G., t. xxv, col. 284 sq. ; Ilistor. arianor. ad monachos, c. ix, P. G., t. xxv, col. 704. 5. S. Athanase, Apolog. cont. arian.. c. xxi\, P. G., t. xxv, col. 296. 6. S. Athanase, Epist. encycl. ad episcopos, c. n, P. G. } t. xxv, col. 541 ; Hist. arian. ad mon., c. ix, P. G., I. xv, coî. "04. 1 Ad., c. lxxv, P. C, t. xxv, col. 754. 54. concile d'Alexandrie en 38. 129. 2. Larsow, op. cit., p. 115, 124. 3. .Nous avons dit que l'entrevue de Constance et Athanase, à Viminacium, datait de l'automne 337. Tout de suite après Athanase s'était dirigé vers Ale- xandrie. Il y avait donc, en mars 339, dix-huit mois environ, depuis la dernière rencontre de l'empereur et de l'évèque. (H. L.) 4. Tûb. theol. Quart., 1853, p. 150. 5..W., p. 163. 6. Maffei, Osservazioni litterarie, 1738; S. Athanase, Opéra, Patavii, t. m, p. 89 sq. ; Tubing. theol. Quart., 1852, p. 361 ; 1853, p. 150. 7. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxx, P. G., t. xxv, col. 296 sq. 696 LIVRE III, CHAPITRE I pape Jules ne fait pas allusion au célèbre concile d'Antioche in en- cseniis, car il ne se tint qu'en 341; il parle évidemment d'un concile eusébien antérieur qui a dû se tenir à Antioche au plus tard dans les premiers mois de 340 (avant l'arrivée de Grégoire à Alexandrie 1 ). Athanase a souvent répété que la responsabilité de sa déposition devait retomber sur les eusébiens, que « l'empereur » avait envoyé le Cappadocien ; que Grégoire avait été «. de la cour et du palais » 2 . Ces détails ne sont pas contredits par le pape Jules; on peut les concilier en disant que les eusébiens obtinrent de l'empereur, dans une assemblée tenue à Antioche, la permission de déposer Athanase et de lui donner pour successeur Grégoire, que l'empereur fit accom- pagner jusqu'à Alexandrie par une escorte militaire. On voit ainsi la valeur historique de l'assertion de Socrate 3 et de Sozomène 4 , d'après laquelle Athanase fut déposé et Grégoire élu dans le concile in encœniis. Ils ont confondu ce concile avec celui d'Antioche pendant les premiers mois de 340 5 , la célébrité du con- [497] cile in encœniis et l'approbation qu'il donna à la déposition de saint Athanase, leur auront fait penser que la déposition même avait été décrétée dans ce concile. Quant à l'élection d'Eusèbe d'Emèse 6 rap- portée par les deux historiens, à son refus et au choix de Grégoire de Cappadoce, ces faits peuvent être reportés au concile tenu au commencement de l'année 340 7 . Toute cette inique procédure de l'empereur Constance et des eusébiens contre saint Athanase s'explique d'autant mieux si on sup- pose qu'elle a eu lieu en 340, qu'en cette même année les deux dé- fenseurs de l'orthodoxie et de saint Athanase, les empereurs Cons- tantin le jeune et Constant, étaient engagés l'un contre l'autre dans une guerre fratricide au sujet du partage de l'empire; la guerre se 1. Le synode d'eusébiens se lint à Antioche au début de l'at.née — janvier ou commencement de février — 339. Gwalkin, Studios, 1900, p. 116, noie 1. (H. L.) 2. S. Athanase, Historia arian. ad monachos, c. xiv, lxxiv, lxxv, P. G., . xxv, col. 708, 781 sq. ; Episiola encyclica ad episcopos, c. ii, P. G., t. xxv, col. 541. 3. Socrate, Ilist. eccles., 1. II, c ix-xi, P. G., t. lxvii, col. 197 sq. 4. Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. vi, P. G., t. lxvii, col. 1045. 5. Le concile in encsenïis se place entre le 22 mai et le 1 er septembre 341. (H. L.) 6. Il était alors Eusèbe d'Edesse, ce n'est que plus tard qu'il passa à Emèse. (H. L.) 7. Nous avons dit : 339. (H. L.) 01 4. CONCILE d' ALEXANDRIE EN 388 697 termina par la mort de Constantin le jeune, arrivée au commence- ment d'avril 340 *. Une grande partie de la population d'Alexandrie refusa de com- muniquer avec l'intrus Grégoire et renonça aux secours spirituels administrés par les ariens. Beaucoup demeurèrent sans baptême, d'autres, malades, sans prêtre ; car il était interdit aux orthodoxes d'exercer leurs fonctions. Grégoire 2 et le préfet Philagrius étendirent plus tard ce système à l'Egypte entière afin de contraindre tous les évèques à reconnaî- tre le nouveau patriarche. Le vieil évèque Sarapammon (ut envoyé en exil pour refus de communication avec l'intrus. Le vénérable martyr Potammon, qui avait perdu un œil dans une persécution contre les chrétiens, fut flagellé avec une telle barbarie qu'on le laissa pour mort, il expira quelque temps après des suites de ce [498] mauvais traitement. La lettre du pape Jules aux eusébiens 3 nous ap- prend qu'un nombre infini de moines, d'évèques et de vierges furent fustigés ou maltraités de différentes façons. On refusa la sépulture à une tante d'Athanase, et saint Antoine avant plaidé la cause des per- sécutés, dans une lettre écrite au duc Balacius, on lui fit savoir avec 1. Et 1 année précédente n'offre plus de coiacidence fortuite, mais invite par là même à chercher la raison politique profonde d'une conduite si différente chez Constantin JI et Constant d'une part et Constance d'autre part. Constantin le Grand avait fait rédiger à Nicée un formulaire théologique qui devait être entre ses mains une ordonnance de police à l'usage du clergé et du peuple chré- tien tout entier. Mais les orthodoxes, et parmi eux les intransigeants du type d'Athanase, ne lui avaient pas laissé longtemps l'illusion de gouverner la cons- cience chrétienne, tandis que les ariens lui avaient témoigné une docilité à toute épreuve. Sous les fils de Constantin la situation changea bout pour bout. Les orthodoxes répandus en très grande majorité dans les états de Constantin II et Constant suivaient le formulaire de Nicée et ne revendiquaient nullement l'indé- pendance chrétienne que ces princes respectaient, tandis que dans les états de Constance les ariens, qui pullulaient littéralement, devenaient de plus en plus turbulents dans leurs conflits avec les catholiques. Sûrement et persévéram- ment l'influence orthodoxe étendait dans les conciles l'influence romaine et occidentale. Dès lors Constance et ses successeurs orientaux seront tout pré- parés à frapper les orthodoxes qui représentent l'influence étrangère et à favo- riser les ariens qui se dérobent à l'influence romaine et semblent un parti na- tional. Ainsi Constance était partisan en Orient des ariens parce que ses frères en Occident Tétaient de l'orthodoxie. (H. L.) 2. S. Athanase, Epist. encycl. ad episc, c. v, P. G., t. xxv, col. 548. 3. S. Athanase, Apologïa contra arianos, c. xxm, P. G., t. xxv, col. 285. 698 LIVRE III, CHAPITRE I des railleries accompagnées de menaces de se tenir tranquille 1 . Athanase arriva à Rome après la Pâque de Tannée 339 2 . Le pape Jules envoya aussitôt à Antioche deux prêtres, Elpidius et Philoxène, chargés d inviter les eusébiens au concile provoqué par leurs solli- citations 3 et fixé à Rome vers la fin de l'année [339] 4 . A la nouvelle de l'arrivée à Rome d'Athanase, les eusébiens mul- tiplièrent les délais, différèrent leur réponse pendant plusieurs mois et retinrent les envoyés du pape [jusqu'au début de l'année 340] °. Ils leur remirent alors une lettre assez impertinente 6 qui peut se résumer ainsi : a) C'est ravaler l'autorité des conciles que de revenir sur la dé- position d'Athanase prononcée par un concile (Tyr, 335) 7 . b) Le terme fixé par le pape pour la tenue du concile est beau- coup trop rapproché, et la situation créée en Orient par la guerre avec les Perses ne permet pas d'entreprendre le voyage de Rome 8 . c) L'importance d'une cité n'ajoute rien aux prérogatives de son évêque qui n'a droit qu'aux mêmes honneurs que tous ; le pape Jules n'a sur eux aucune prééminence 9 . d) Jules aurait dû adresser des lettres de convocation à tous les évêques réunis à Antioche et non aux seuls eusébiens 10 . e) Jules préfère la communion d'Athanase et de Marcel d'Ancyre à la leur n . 1. S. Athanase, Hist. arian. ad monachos, c. xm, iv, P. G., t. xxv, col. 708 ; Vita S. Antonii, c. lxxxvi, P. G., t. xxvi. 2. Sievers, Einleitung, p. 104. (H. L.) 3. S. Athanase, Hist. arian. ad mon., c. xi, P. G., t. xxv, col. 705. (H. L.) 4. Hefele fixe la fin de l'année 340 pour être conséquent avec sa chronologie; nous sommes autorisés de noire côté, après les remarques qui ont été faites dans les notes précédentes, à assigner la date de fin d'année 339. (H L.) 5. Hefele dit : « janvier 341 . » Cette lettre fut probablement rédigée dans un synode d' Antioche au début de 340. (H. L.) 6. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxv, P. G., t. xxv, col. 289. 7. S. Jules, Lettre insérée par S. Athanase, Apolog. contr. arianos, c. xxn, xxv, P. G., t. xxv, col. 284, 289 8. S. Athanase, Apolog. contr. arian., c. xxv, P. G., t. xxv, col. 289; Hist. arian. ad monachos, c. xi, P. G., t. xxv, col. 705. 9. S. Athanase, Apolog. contr. arian., c. xxv, P. G., t. xxv, col. 289. 10. Id., c. xxvi, P. G., t. xxv, col. 292. 11. Id., c. xxxiv, P. G., t. xxv, col. 304. 55- CONCILES DE ROME ET D EGYPTE 699 [499J 55 conciles de Rome et d'Egypte tenus en 340 . Le pape Jules garda longtemps secrète la lettre des eusébiens ; il espérait que, ces emportements passés, quelques-uns d'entre eux se décideraient à se rendre à Rome pour le concile i . Après une lon- gue attente, voyant leur obstination inflexible, le pape décida vers la fin de [340] 2 (Atbanase attendait à Rome depuis dix-huit mois) de réunir en concile dans une des églises secondaires de Ro- me 3 une cinquantaine d'évèques devant lesquels l'évêque d'Alexan- drie présenterait sa défense 4 . Outre Atbanase, on vit au concile Marcel d'Ancvre et un grand nombre d'évèques de la Thrace, de la Célésyrie,de la Phénicie et delà Palestine, ainsi que beaucoup de prêtres venus de divers pays ; une députation du parti orthodoxe des Égyptiens se rendit aussi à Rome pour se plaindre de l'arbitraire et des excès des eusébiens 5 . Un grand concile égyptien avait en- voyé à Rome un exposé apologétique complet de la conduite de saint Atbanase 6 . Après une enquête consciencieuse et sévère, le concile romain déclara sans fondement les accusations portées contre saint Athanase et Marcel d'Ancvre, et proclama l'injustice de leur dépo- sition : il admit les deux évèques à la communion, et chargea le pa- pe de faire connaître ces résolutions aux eusébiens d'Antioche et de répondre énergiquement à leur lettre 7 . Le pape communiqua ces décisions aux Orientaux par la lettre remarquable : Epistola Ju- in Danio, FlacciUo, Narcisso, Eusebio, etc, que saint Athanase a in- sérée dans son Apologie contre les ariens 8 . Le pape s'y plaint 1. S. Athanse, Apologia contra arianos, c. xxi, P. G., t. xxv, col. 28t. 2. Hefele donne 341. Cf. Sievers, Einleitung zur Athanasii vita acephala, dans Zeitschrift fur historische Théologie, 1868, t. xxvm, p. 106. (H. L.) 3. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xx, P. G., t. xxv, col. 280. 4. Id., c. xxix, P. G., t. xxv, col. 297. 5. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxxm, P. G., t. xxv, col. 301. 6. C'était la lettre du concile d'Alexandrie tenu vers la fin de l'année 338. (H. L.) 7. S. Athanase, Apologia cont. arian., c. xx, xxvn, P. C, t. xxv, col. 280, 292. 8. S. Athanase, la 1 ., c. xxi, xxxv, P. G., t. xxv, col. 281, 305. 700 LIVRE III, CHAPITRE I d'abord de la lettre remise à ses députés, lesquels sont revenus à Rome attristés de ce qu'ils avaient vu à Antioche. Le pape n'avait p"0J pas voulu publier cette lettre aussitôt, dans l'espoir que, l'émo- tion passée, quelques-uns d'entre eux se rendraient au concile. Quand enfin il l'avait publiée, personne n'avait pu croire qu'une pièce si inconvenante eût été rédigée par des évoques. De quoi donc se plaignaient-ils? Que leur avait-on lait? Etait-ce l'invita- tion à un concile ? Mais celui qui croit à la justice de sa cause accepte sans déplaisir la discussion de son jugement et des motifs sur lesquels il se fonde. Les Pères du concile de Nicée ont permis l'examen des décisions d'un synode par un autre synode. Les eusé- biens avaient réclamé les premiers la convocation d'un concile ; dès qu'il avait appris l'arrivée des députés d'Athanase, le parti d'An- tioche avait objecté l'autorité et la valeur de chaque concile, et l'of- fense infligée au juge, par la revision de son jugement. Mais les eu- sébiens ne s'étaient guère souvenus de ce principe, eux qui avaient, au mépris de l'autorité du concile de Nicée, reçu de nouveau à la communion les ariens condamnés par ce concile. Pareille chose était arrivée à Alexandrie. Carpones et d'autres personnes déposées par l'archevêque Alexandre pour cause d'arianisme, avaient été en- voyées en ambassade à Rome par Grégoire (le Cappadocien). Aune époque antérieure, le prêtre Macaire, ambassadeur des eusébiens, avait recommandé a Rome Pistus, et plus tard, après l'arrivée des ambassadeurs d'Athanase, on avait appris que Pistus était arien. Le parti d'Antioche accusait le pape de nourrir la division; mais qui donc méprisait les décisions des conciles si ce n'est ce parti? Ses évêques disaient que l'autorité et l'influence d'un évêque ne sauraient dépendre de la grandeur de sa ville épiscopale ; s'il en était ainsi, les eusébiens devaient se contenter de leurs petits évêchés et ne pas in- triguer pour être tranférés sur des sièges plus élevés (c'était le cas pour Eusèbe de Nicomédie). Le devoir eût été de se rendre à Rome pour le concile. Les prétextes allégués pour ne pas venir, le délai insuffisant et les difficultés créées par la guerre contre les Perses i , n'étaient pas recevables. Ils avaient retenu en outre à Antiochejusqu'au moisde jan- vier les envoyés du pape. Les évêques d'Antioche s'étaient plaints que la première lettre du pape relative à la convocation du concile avait été adressée seulement aux eusébiens, et non pas à tous ceux de la réunion d'Antioche ; mais ce reproche était ridicule : la lettre du pape 1. S. Athanase, Hist. arianorum ad monachos, c. xi, P. G,, t. xxv, col, 705. 55. CONCILES DE HOME ET d'ÉGYPTK 701 [501] était une réponse, elle s'adressait donc à ceux qui lui avaient écrit, c'est-à-dire qui lui avaient soumis les accusations contre saint Atha- nase. Il leur avait écrit, non comme ils croyaient, en son nom seul, mais au nom de tous les évèques italiens et voisins de l'Italie, et c'est ce qu'il faisait aussi dans cet le seconde lettre. Alhanase et Marcel avaient été réintégrés par le concile romain dans la communion ecclé- siastique. Les accusations des eusébiens contre Athanase se contredi- saient entre elles : l'enquête faite dans la Maréotide n'était pas sé- rieuse, on n'y avait pas observé le grand principe : Audiatur et altéra pars; non seulement Arsénius vivait, mais il était devenu ami d'Athanase. Celui-ci avait montré une lettre de l'évêque de Thessalonique, Alexandre, et une autre d'Ischyras, dans laquelle ce dernier avouait l'intrigue à laquelle il avait pris part. Les clercs de la Maréotide venus à Rome avaient déclaré qu'Ischyras n'était pas prêtre, qu'on ne lui avait brisé aucun calice ; les évèques égyp- tiens avaient prodigué les meilleurs témoignages en faveur d'Atha- nase, et, du reste, les procès-verbaux de la commission de la Maréo- tide ne s'accordaient pas entre eux dans les accusations portées con- tre lui. Athanase avait attendu à Rome un an et six mois que ses accusateurs se présentassent, il n'y était pas venu de lui-même, mais pour répondre à l'invitation au concile. Mais eux, méprisant la coutume générale, avaient à xVntioche, c'est-à-dire à trente-six journées de chemin d'Alexandrie, choisi un évèque pour cette der- nière ville, l'avaient sacré et envoyé à Alexandrie, avec une escorte militaire. Ils avaient agi contre les canons en nom- mant un nouvel évoque lorsque tant d'autres étaient encore en relation ecclésiastique avec Athanase. Marcel d'Ancyre avait affir- mé à Rome que les accusations formulées contre lui n'étaient pas fondées ; il avait prouvé son orthodoxie, et les prêtres romains, ja- dis membres du concile de Nicée, avaient affirmé qu'il s'était mon- tré dès cette époque véritablement orthodoxe et adversaire décidé des ariens. Aussi Rome lavait-elle reconnu comme l'évêque légiti- me. Du reste, Athanase et Marcel n'avaient pas été seuls à porter plainte ; beaucoup d'autres évèques de la Thrace, de la Célésyrie, de la Phénicie et de la Palestine, ainsi qu'un grand nombre de prê- tres, étaient venus à Rome et avaient déclaré qu'on faisait violence aux églises. Des prêtres d'Alexandrie et de toute l'Egypte étaient venus 1502 I témoigner que même depuis le départ d'Athanase, on employait la force pour contraindre les Égyptiens à reconnaître Grégoire. Des faits analogues s'étaient passés à Ancyre. En présence d'un pareil état de 702 LIVRE III, CHAPITRE I chose, comment le parti d'Antioche osait-il bien soutenir que la paix régnait dans l'Eglise ? Ils avaient dit que Rome préférait la commu- nion ecclésiastique d'Athanase et de Marcel à celle des autres évêques ; mais il était temps encore d'apporter leurs accusations ; on les exa- minerait. Ils auraient dû, au reste, lorsque des soupçons au sujet de l'évêque d'Alexandrie commencèrent à se répandre, s'adresser à Rome, car c'était la coutume d'écrire d'abord à Rome, qui aurait rendu une sentence juste. Le pape Jules terminait sa lettre par des exhortations à la paix. On se demande en lisant cette lettre quelle est l'assemblée des eusébiens à Antioche à laquelle elle est adressée, si c'est le fa- meux synode in encseniis 1 ? Cette question nous amène à aborder maintenant l'histoire de cette célèbre assemblée. 56. Le concile d'Antioche in encaeniis en 341 et ses suites. L'empereur Constantin le Grand avait bâti à Antioche une église, qu'on appela pompeusement l'Église d'or 2 ; son fils Constance la ter- mina et la fit consacrer très solennellement. L'usage était, en pareil- le circonstance, de célébrer un concile. La consécration de l'église d'Antioche attira quatre-vingt-dix-sept évêques 3 . Saint Atha- 1. Il semble difficile qu'il en soit autrement. Le premier synode arien tenu à Antioche remonte au début de l'année 339 ; les eusébiens retiennent jusqu'au début de l'année suivante les envoyés du pape, Elpidius et Philoxène. Le con- cile de Rome se tienl en octobre ou novembre 340 et la lettre du pape Jules est nécessairement postérieure. Dès lors, il est plus facile d'admettre que cette lettre, que le pape aura tardé un peu d'écrire, fut adressée au concile inauguré le 22 mai 341, qu'à un concile commencé vingt ou vingt-deux mois auparavant et auquel nul document ne permet d'attribuer une telle durée. (H. L.) 2. Cette église portait les noms de Ecclesia magna, Apostolica, Dominicum aureum; nous en avons parlé au point de vue archéologique dans le Dictionn. d'archéol. chrét., t. i, col. 2372 sq. (H. L.) 3. Ce concile tint séance du 22 mai au 1 er septembre. Le nombre de quatre- vingt-dix sept évêques est généralement admis, quoique l'on trouve le nombre quatre-vingt-dix dans Socrate, Hist. écries., 1. II, c. \m,P. G., t. lxvii, col. 196, et saint Athanase,Z)e synudis, c. xxv, P. G., t. xxvi, col. 725; mais quatre-vingt- dix-sept est attesté par saint Hilaire, De synodis, c. xxvm, P. L., t. x, col. 502, et Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1041 sq. 56. LE CONCILE d'aNTIOCHR 703 nase dit expressément que ce concile, appelé concile in encœniis (eYXBivioiç) ou i' 1 dedicatione *, se tint dans la quatorzième indic- tion, sous les consuls Marcellinus e1 Probinus 2 ; par conséquent \pyjô\ en 341 et avant le l 01 septembre. Sociale 3 et Sozomène 4 sont d'ac- cord avec cette donnée ; ils disent que le concile se tint dans la cin- quième année après la morl de Constantin le Grand, donc après le 22 mai 341, et en présence de l'empereur Constance. Il résulte de l'ensemble de ces documents que le concile in encœniis s'est tenu vers le milieu de l'année 341, de la fin de mai au mois de septem- bre. Les deux légats du pape, Elpidius et Philoxène, ont quitté An- tioche au mois de janvier [340] ; le concile ineneseniis n'était pas en- core ouvert ; il faut donc le distinguer du concile tenu à Antioche dont nous avons parlé et qui se tint plusieurs mois auparavant [début de 3391. Cette remarque s'autorise des considérations qui vont suivre. a) Dans la lettre de [339] les eusébiens s'excusent de ne pouvoir aller à Rome par suite du délai insuffisant et de la guerre avec les Perses; or si cette lettre avait été écrite à l'occasion du concile in encœniis, les eusébiens auraient dit que, conformément aux ordres de l'empe- reur, ils avaient dû venir à Antioche pour assister à la consécration de l'église. h) Dans sa réponse aux évêques le pape Jules reproche de vouloir rabaisser l'autorité du concile de Nicée 5 . Ce n'est encore qu'un procès de tendance ; mais si le pape avait répondu au concile in encœniis, il aurait autrement parlé, puisque dans ce concile les eusébiens ont tenté de substituer de nouvelles formules dogmatiques à celle de Nicée. Il ne faut pas s'étonner de voir des conciles se succéder à Antioche à si peu d'intervalle. Saint Athanase nous apprend qu'après le con- cile in encœniis, plusieurs autres furent encore célébrés dans cette 1. S. Augustin, Tractatus XLVIIT, in Johann., n. 2, P. L., t. xxxv, col. 1074 : Encsenia festivitas erat dedicationistempli: Grseceenim dicitur novum; quando- cumque novum aliquid fuerit dedicatum, Encxnia vocantur. Jam et usus habet hoc verbum : .si quis nova tunica induatur, encxniare dicitur. Illum enim diern quo templum dedicatum est, Judxi solemniler celebrabant. (H. L.) 2 Antonius Marcellinus et Petronius Probinus Probiani f. ; cf. Borghesi, fastes, t. v. p. 413 ; Bouché-Leclercq, Manuel des instit. romaines, 1886, p. 609. (H. L.) 3. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. vin, P. G., t. lxvii, col. 196. 4. Sozomène, Hist. eccles. f 1 III, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1041 sq. 5. Saint Athanase, Apologia contra arianos, c. xxn, xxnr, xxv, col. 284, 285, 289. 704 LIVRE III, CHAPITRE I même ville en un laps de temps assez court *; les séjours fréquents de Constance à Antioche et la rapidité des événements qui caracté- rise cette époque, donnèrent souvent aux eusébiens l'occasion de se trouver réunis à la cour; c'est une situatiou à peu près analogue à celle qui a amené plus tard le crjvoccç èvsY];j.sUc7a à Constantinople. Nous abordons maintenant l'histoire proprement dite du concile in encxiiiis 2 . Les eusébiens n'y formaient qu'une minorité, la majo- 1. Nouveaux conciles à Anlioche en 343, 361, 363, 379, 431, 432, 445, 447 ou 448, 508 ou 509. (H. L.) 2. L'exposition des événements, telle qu'on vient de la lire, n'a guère fait de place à tout un ordre de faits qui appartient, à l'histoire de la doctr'ne semi- arienne au cours des années écoulées entre 325 et 341. Cet aspect de la situa- tion théologique pendant la première moitié du iv e siècle ne saurait être négli- gé sans inconvénient. Il a été étudié par Th. Zahn, Marcellus von Ancyra, in-8, Gotha, 1867, p. 10-32, 87 ; Gummerus, Die homoiïsianische Partei bis zum Tode des Konstantius, in-8, Leipzig, 1900 ; G. Rasneur, L'homoiousia- nisme dans ses rapports avec l orthodoxie, dans la Revue d'hist. eccles., 1903, t. iv, p. 189-206, 411-431. On pourrait être tenté de croire que les chrétiens se partageaient en deux partis bien tranchés : orthodoxes et ariens. En réalité bien des doctrines intermédiaires demeuraient, pour ainsi parler, en suspen- sion. L'origénisme, gros de pensée, était susceptible d'interprétations condui- sant à des opinions nouvelles et hasardées. L'hypostase du Logos n'était qu'un rayonnement de l'être divin du Père et le commencement du monde immaté- riel causé par Dieu. Ce Logos était susceptible de prendre bien des aspects suivant qu'on l'envisageait comme engendré par le Père ou comme opposé au Père, seul àyéwr^oç. Toute exagération faisait courir risque d un côté, de dé- passer l'homoousie pour identifier le Logos et le Père et aboutir au sabellia- nisrne, de l'autre côté, de réduire l'union du Logos et du Père à une simple union de nature, ce qui conduisait au monarchianisme. Entre ces deux systè- mes contraires se plaçaient la doctrine de Nicée et celle des semi-ariens ou homoiousiens. Ces derniers, comme presque tout ce qui spéculait alors dans le christianisme, procédaient d'Origène. Ils lui avaient emprunté celte idée un peu vague (et d'autant plus séduisante pour des esprits opposés aux situations claires et aux expressions nettes), que le Logos est une sorte de moyen terme entre la substance première immatérielle et la matière créée, sans appartenir strictement ni à l'une ni à l'autre. Celte doctrine s'incarna dans le personnage d'Eusèbe de Césarée, très médiocre homme d'action, qui laissa l'idée et les partisans s'écouler et s'amalgamer dans la doctrine et le parti eusébien dirigé par Eusèbe de Nicomédie. Ce contingent vint grossir les rangs des antinicéens d'un appoint précieux. Le tiers-parti se com- posait en très grande majorité d'hommes modérés, timidement hostiles à l'â;j.ooûaioç dans lequel ils voyaient une « nouveauté ». Heureux de voir le parli avancé combattu par Eusèbe de Nicomédie, le tiers-parti s'était effacé derrière les eusébiens jusqu'en 341. A cette date, la question doctrinale longtemps né- gligée pour les questions personnelles reprend plus d'importance. Est-ce le 56. le concile d'antioche 705 [504] rite était orthodoxe; mais tous les évêques appartenaienl à l'Eglise d'Orient, el la plupart au patriarcal d'Antioche; on voyait cependant quelques métropolitains et quelques évêques de contrées voisines, entre autres de la Cappadoce et «le la Thrace. Sozomène cite, parmi les membres les plus influents du concile, Flacillus évêque d'An- tioche, quiprésida probablement; Eusèbe de Nicomédie, transféré à Constantinople, Acace de Césarée en Palestine, Patrophile de Scy- thopolis, Théodore d'Héraclée, Eudoxe de Germanicie, Dianée de Césarée en Cappadoce, Georges de Laodicée en Syrie i . Les anciennes traductions latines des actes synodaux citent en outre les noms d'en- viron trente évêques siégeanl au concile 2 et signantses actes; mais les manuscrits offrent sur ce point de notables et très nombreuses variantes, et ces signatures ne sauraient inspirer confiance, puis- qu'on y trouve celle de Théodore de Laodicée, mort avant 335 3 . Parmi les signatures on lil les noms de saint Jacques de Xisibe et de saint Paul de Néocésarée; mais le silence complet des actes ne permet pas de recevoir un si vague témoignage 4 . Socrate 5 et Sozo- mène 6 racontent que l'évêque de Jérusalem, Maxime, refusa de se rendre au concile, parce qu'il regrettait de s'être laissé circonvenir par les eusébiens six ans auparavant, au concile de Tyr, pour donner son approbation à la déposition d'Athanase. II ne se trouva au con- souci d'y reprendre une situation compromise par un liés long silence qui provoqua le mouvement en avant du tiers-parti ou bien la mort récente d Eu- sèbe de Césarée (339) lui rendil-il conscience de lui-même ? Peut-être ! Mais ce qu'il faut dire, c'est que l'arianisme militant exaspéré par quinze années de luttes et d'un succès enlevé par la main vigoureuse d'Eusèbe tic Nicomédie, s'affaiblis- sait et s'affaissait. Au concile de 341 ce sont les modérés du tiers-parti, quoi- que formant incontestablement une minorité, qui dominent par leur influence les exaltés et les violents. Nous le constaterons en parcourant les quatre pro- fessions de foi rédigées par la minorité, toutes si modérées (pi elles consacrent l'échec définitif des eusébiens militants, cf. Gwalkin, Studies of arianism, 1882, p. 118. (H. L.) 1. Sozomène, Hist. eccles., 1. UT, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1041 sq. 2. Ce nombre de 36 évêques seulement siégeant au concile in encseniis est aujourd'hui universellement abandonné. 11 s'explique par une fausse interpré- tation d'une phrase de la lettre du pape Jules transcrite et conservée par saint Athanase, Apologia contr. arianos, c. xxix, P. G., t. xxv, col. 297 ; cf. Tille- mont, Mém. Itist. eccles., 1704, t. vi, p. 312 ; note 27, p. 755 : « Que ce qu'on dit de 36 évesques eusébiens dans le concile d'Antioche, n'est point fondé. » (H. L.) 3. Tillemont, op. cit., t. vi, p. 312, et note 26, p. 763. 4. Tillemont, loc. cit. 5. Socrate, Hist. eccles., 1. II, <•. vin, P. G., t. lxvii, col. 196. 6 Sozomène, Hist. eccles,, 1. III, c. vi, P G., t. lxvii, col. 1048. CONCILES — 1—45 706 LIVBE III, CHAPITRE I cile aucun évêque de l'Occident et de l'Église latine *, ni aucun représentant du pape Jules, quoique, remarque Socrate, « il soit de règle ecclésiastique que les Eglises ne prennent aucune décision sans l'assentiment de l'évèque de Rome 2 . » Le concile porta vingt-cinq canons qui nous ont été conservés dans [505] de nombreux manuscrits faisant partie des anciennes collections conciliaires, soit en grec, soit dans des traductions. Ces canons ont joui d'une grande estime dans l'Eglise; deux d'entre eux, le 4 e et le 15 e , turent cités au IV e concile œcuménique tenu à Chalcédoine (actio iv) sous cette dénomination : Canons des saints Pères 3 . Le pape Jean II [en 534] montra le cas qu'il en faisait, en en- voyant le 4 e et le 15 e de ces canons d'Antioche à Césaire, archevê- que d'Arles, afin qu'il s'en servit dans l'affaire de l'évèque Contu- meliosus 4 . Le pape Zacharie, écrivant à Pépin le Bref, place le 9 e canon d'Antioche parmi les sanctorum Patrum canones 5 , et le pape Léon IV mentionne dans un acte public la déclaration unanime des évêques dans un concile réuni par lui à Rome en 853 : « Nous ne saurions mieux (aire que de répéter ce que les sancti Patres, qui Antioeheno concilio résidentes tertio capitulo (c'est-à-dire dans le 3 e canon) promulgarunt et inviolabiliter statuerunt 6 . Enfin saint Hi- laire de Poitiers, contemporain de ce concile d'Antioche, l'appelle synodus sanctorum 7 . Tous ces témoignages amènent l'historien à se demander : com- 1. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. vm, P. G., t. lxvii, col. 196. 2. En écrivant cette phrase, que l'on a très souvent citée, Socrate avait pro- bablement en vue ces mots de la lettre du pape Jules : « Quand même Athanase et Marcel d Ancyre auraient commis les fautes que vous leur reprochez, on n'aurait cependant pas dû, contrairement aux canons ecclésiastiques, traiter si vite cette affaire; on aurait dû nous écrire... Ne savez-vous donc pas que l'habitude est de commencer par nous écrire pour que de ce côté (svôev) ce qui est juste soit décidé ? * Athanas., Apolog. contr. arian., c. xxxv. Môlher a méconnu, si je ne me trompe, la valeur de svÔsv, qui joue ici, le rôle d'ad- verbe de lieu ; il traduit ainsi : « pour que ensuite il soit décidé ce qui est juste. » Athauasius der Grosse, t. u, p. 66. 3. Hardouin, Concil. collect., t. n, col. 434. 4. Id., t. ii, col. 1156. [Cf. Malnory, Saint Césaire, évêque d'Arles, in-8, Paris. 1894, p. 156. Hefele fixe l'intervention du pape Jean II à l'année 533 (H. M 5. Hardouin, Concil. collect., t. ni, col. 1890. 6. Id., t. iv, col. 78. 7. S. Hilaire, De synodis seu de fide Orientalium, c. xxxn, P. L., t. x, col. 504. 56. le concile d'antioche 707 ment un concile dans lequel les eusébiens avaienl la majorité, dans lequel ils ont cherché à altérer la foi de Nicée en introduisant de nouvelles formules dogmatiques, dans lequel enfin ils ont confirmé la déposition de saint Athanase. comment un pareil concile peut-il [o06] avoir été proclamé régulier, saint e1 vénérable, par des Pères ortho- doxes, par des papes et des conciles? comment a-t-on reçu partout ses canons? Baronius i et Binius "-' ont prétendu résoudre la diffi- culté, en invoquant une erreur historique. Les vingt-cinq canons décrétés à Antioche n'ayant en eux-mêmes rien d'hétérodoxe, et débutant au contraire par des témoignages de respect pour le concile de Nicée 3 , on les aura cru promulgués par un concile orthodoxe. Cette erreur a facilite leur admission dans les collections canoniques; pos- térieurement on les a acceptes avec plus de facilité encore comme l'œuvre d'une assemblée conciliaire régulièrement convoquée. Prise en elle-même, cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable; mais les remarques suivantes montrent qu'elle est insoutenable. Le synode d' Antioche de 341 ne s'est pas contenté de décréter vingt-cinq canons, il a élabore plusieurs professions de foi que saint \thanase et saint Hilaire nous ont conservées, et ce dernier nous apprend que le synodus sanctorum les a composées 4 . Or saint Hilaire, contemporain du concile d'Antioche, n'a pu tomber dans l'erreur historique que supposent Baronius et Binius. Il savait très bien quel concile avait composé chacun de ces symboles, et s'il avait considéré ce concile comme infecté de tendances ariennes, il ne lui aurait certainement pas donné le titre que nous venons de rap- peler. En présence de ces difficultés très réelles, des historiens ont pensé qu'il v a eu deux synodes dans ce concile in encseniis : un synode orthodoxe, qui a rédigé et émis les vingt-cinq canons, et un synode a lien, qui a dépose'* saint Athanase °. Le savant jésuite Emmanuel Schelstrate a donné à son explication la forme la plus acceptable 6 ; voici son raisonnement : La majorité 1. Baronius, Annales (1590), ad ann. 341, n. 34. 2. Dans Mansi, Cotte, amplis s. coll., t. in, col. 1347. 3. Canon 1. 4. S. Hilaire, De synodis, c. xxxn. P. G., t. x, col. 504. 5. Hardouin, Collect. concil., t. i, col. 590; Mansi, Co/tcil. ampliss. coll., t. ii, col. 1306. 6. Emm. Schelstrate, Sacrum antiochenum conci/iaiti pro Arianorum cuttet- liabulo passim habitant, nunc veto primum ex omni antiquitaie auctoritati sua; restitutum, in-4, Autverpias, 1681. Sur le concile in encseniis, cf. Baronius, 708 LIVRE III, CUAI'lTUi: I des évoques réunis à Antioche étant orthodoxe, les eusébiens lors des premières sessions eurent soin de ne pas dévoiler leurs plans, qui, à cette période du concile, n'auraient pu aboutir; ils se joigni- rent à la majorité qui décrétait vingt-cinq canons et émettait trois professions de foi. Cela fait, la plupart des évêques orthodoxes 1 rega- gnèrent leurs diocèses, mais les eusébiens demeurèrent et, avec le secours de Constance, se donnèrent comme les continuateurs du concile. Ils confirmèrent la déposition de saint Athanase et commi- [507] rent d'autres irrégularités. Si, en parlant de ce concile, on a en vue sa première phase, celle où il est demeuré au complet, on peut l'ap- peler un saint concile suivant l'adage : a parte potiori fit dénomi- nation si on veut au contraire désigner sa seconde phase, celle qui suit le départ des orthodoxes, on peut dire que le concile in enaeniis a été un conciliabule arien ; c'est le titre que lui donnèrent saint Jean Chrysostome, ses amis et le pape Innocent I er , lorsque Théo- phile d'Alexandrie cita une phrase des actes de ce conciliabule pour s'en servir contre saint Jean Chrysostome 2 . L'hypothèse de Schelstrate a, au premier abord, quelque chose de séduisant qui explique l'accueil que lui firent des savants Annales, 1590, ad ann. 341, n. 1-7, 18-44 ; Pagi, Critica, 1689, n. 3-36 ; Conc. reg., t. n, col. 640 ; Labbe, Conc, t. n, col. 89, 559-598 ; Hardouin, Coll. conc, t. i, col. 589; Coleti, Conc, l. n, col. 583; Ceillier, Hist. gêner, aut. sacrés, t. iv, p. 646-660; 2e édit., t. m, p. 464-472 ; Mansi, Conc ampliss. coll., t. n, col. 1305; Ballerini, dans S. Leonis, Opéra, t. ni, p. xxvi, Alexander Natalis, Hist. eccles., 1778, t. iv, p. 452-454 ; Pitra, Juris eccles. Grsecorum hist. et mo- num., in-fol., Romse, 1864, t. i, p. 455-467. (H. L.) 1. Nous reviendrons plus loin sur ces 25 canons de discipline générale ; mais, dès maintenant, nous pouvons remarquer que deux d'entre eux trahis- sent nettement l'influence des évêques eusébiens et leur hostilité à l'égard de saint Athanase. Le canon 4e interdit tout espoir de réintégration à l'évêque qui a osé continuer ses fonctions malgré sa déposition par un synode. Le canon 12 e porte la même peine contre l'évêque qui, frappé par un synode, porte sa cause devant l'empereur. Les eusébiens, donnant à ces deux canons une portée rétro- active, confirmèrent immédiatement la déposition d'Athanase, espérant ainsi couper court à toute tentative du pape Jules pour amener le rétablissement dans ses droits de l'évêque d'Alexandrie. (H. L.) 2. Palladius, Vita Joan. Chrysostoini, c. vin, P. G., t. xlvii, col. 25 sq. ; Socrale, Hist. eccles., 1. VI, c. xvm, P. G., t. lxvii, col. 716 sq. ; Sozomène, Hist. ec- cles., 1. VIII, c. xx, P. G., t. lxvii, col. 1568 ; Innocent le', Epist. VII ad cle- rum et popul. Constantinop., P. L., t. xx, col. 501 sq. Dans l'hypothèse de Schelstrate on devrait distinguer avec soin la phrase ou le canon mis en avant parles adversaires de S. Jeau Chrysostome des 4 e et 12e canons d'Antioche. 56. LE CONCILE d'anTIOCHE 709 catholiques et protestants, tels que : Pagi i, do m Ceillier ' 2 , Walch '', en partie aussi Schrockh * et quelques autres. Le premier qui, à ma connaissance, ait attaqué l'hypothèse de Sehelstrate est Tillemont. 11 a fait remarquer que, d'après Socrate 5 , le concile d'Antioche commença par la déposition de saint Athanase, et que mis en goût par ce débul illégal, il entama les autres affaires 6 . Evidemment, s'il est prouvé que la rédaction des canons a suivi la déposition de saint Athanase, l'explication de Sehelstrate est ruinée. Mais une étude attentive des textes de Socrate ne donne pas raison à Tillemont; elle prouve au contraire que. d'après Socrate 7 , les canons ont été décrétés avant la déposition de saisit Athanase (c'est- à-dire avant la confirmation de cette déposition). Voici les propres paroles de Socrate : « Les eusébiens travaillèrent à la perte d'Atha- nase, sous prétexte qu'il avait agi contre un canon qu'eux-mêmes avaient porté alors (ov ajTii wpiaav tsts). » Ce texte revient donc à dire que les canons furent d'abord portés et qu'on procéda ensuite à la déposition de saint Athanase. Sozomène 8 parle dans le même r5081 sens : (< H s reprochèrent à Athanase, avec beaucoup d'insistance, dit-il, d'avoir transgressé un canon qu'ils, avaient décrété et d'avoir repris possession du siège d'Alexandrie (après son premier exil) avant d'y avoir été autorisé par un concile. » Socrate et Sozomène disent donc le contraire de ce que Tillemont veut leur faire dire, ils laissent voir que les canons existaient lors de la confirmation de la déposition de saint Athanase. Il est aisé de s'expliquer l'erreur de Tillemont. Socrate dit, dans le passage dont fait partie le texte cité plus haut : z\ r.zpl Eùaéëiov ouv epYOv TiGevTat TCpoY)YOojJt.év(Dç, 'Aôavaa-iov oiaêaXXetv. Tillemont a cru que le mot %pofiyo\>\i.év(ù<; désignait le temps, et il a traduit : « La première chose que firent les eusébiens fut de perdre Athanase; » mais r.por l ';o'j[j.vJci)q peut aussi signifier surtout, principalement, et c'est le sens qu'il a ici certainement; en sorte que Socrate veut dire et dit réellement : La principale affaire des eusébiens fut la déposition 1. Pagi, Critica in Annales Baronii 1689, ad ann. 341, n. 7. 2. Ceillier, Hist. génér. des auteurs sacrés, t. v, p. 660. 3. Walch, Historié der Kirchenversammlungen, p. 170. 4. Schrockli, Kirchengescliichte, 6e partie, p. 60. 5. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. vin, P. G., t. i.xvii, col. 196 sq. 6. Tillemont, Mém. p. serv. à l hist. eccles., 1704, t. vt, p. 756, note 28. 7. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. vin, P. o'., t. lxvii, col. 196 sq. 8. Sozomène, Hist, eccles., 1. III, c. v, P. G., t. i.xvii, col. 1041 sq. 710 LIVRE III, CHAPITRE I (c'est-à-dire la confirmation de la déposition) d'Athanase, et pour la faire décréter, ils mirent à profit un des canons qu'ils venaient de promulguer. Si ces données de Socrate et de Sozomène ne contre- disent pas l'hypothèse de Schelstrate, comme le disait Tillemont, elles lui sont cependant opposées mais d'une autre manière. Si elles établissent que les canons furent d'abord décrétés, et ensuite exploités contre saint Athanase, il n'est pas moins vrai que ce canon d'Antioche auquel saint Jean Chrysostome et le pape Inno- cent I er attribuent une origine arienne est cependant identique au 4 e ou au 12 e des canons du concile d'Antioche, lesquels, d'après Schel- strate, ont du être nécessairement composés pendant la période orthodoxe du concile 1 . Une autre indication chronologique fournie par Socrate et par So- zomène, montre mieux le peu de fondement de l'hypothèse de Schelstrate. Ces deux historiens disent explicitement qu'après la déposition de saint Athanase les membres du concile s'occupèrent L 50JJ de la rédaction du symbole de la foi 2 . D'après Schelstrate, cette ré- daction tomberait donc dans un temps où le concile était sous l'in- fluence des ariens; et cependant saint Hilaire déclare que ces for- mules de foi ont été élaborées par un s y no dus sanctorum. Schelstrate 3 et Pagi 4 ont essayé de récuser la valeur de ce té- moignage, en disant que Socrate et Sozomène avaient donné une fausse indication chronologique. Les conciles, ont-ils dit, commen- çaient d'ordinaire par la rédaction du symbole de foi, et ils atten- daient qu'elle fût terminée pour passer à l'examen des autres affai- res. Mais on ne saurait infirmer l'assertion précise des deux histo- riens, du moins aussi longtemps qu il sera interdit d'opposer à une certitude historique des suppositions arbitraires 5 . Voici encore quel- ques réflexions qui vont à l'encontre de l'hypothèse de Schelstrate. a) Schelstrate s'appuie sur une phrase du pape Jules, ainsi con- çue : « Quand même Athanase aurait été, après le concile, reconnu coupable, on n'aurait pas dû s'abandonnera son égard aux injustices 1. Ceillier essaye, sans succès, de prouver que le canon rejeté par saint Jean Chrysostome dilt'èredes 4e et 12e canons d'Antioche ; cf. Tillemont, op. cit., t. vi, p. 756, note 28 ; Fuchs, Bibliothek der Kirchenversammlungen, 2e partie, p. 59. 2. Socrate, Hist. eccles , 1. II, c. x, P. G., t. lxvii, col. 200 sq. ; Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. vi, P. G., t. lxvii, col. 1045 sq. 3. Schelstrate, op. cit., p. 665. 4. Pagi, Critica (1689), ad ann. 341, n. 12. 5. Tillemont, Mém. hist. ecclés., 1704, t. vi, p. 756, note 28. 56. LE CONCILE D'ANTIOCHE 711 qui furent commises 1 ; l'expression [m'y. tyjv tûvoSov laisse voir que saint Athanase a été déposé après le concile d'Antioche propremenl dit et par une partie des membres qui le composaient. Mais le con- texte prouve que le pape Jules avail en vue un autre concile ; etvoi- ci le véritable sens de la phrase : « Même en admettant qu'Athana- se eût été trouvé coupable dans le concile que vos ambassadeurs ont demande, et que moi-même j'ai convoqué, on n'aurait pas dû », etc. b) L'hypothèse que nous discutons est fondée sur ces mots de Palla- dius, l'historien de saint Jean Chrysostome : « Le canon auquel en ap- pelaient les adversaires de Jean était l'ouvrage de quarante évêques ariens. » Schelstrate se hâte de conclure qu'après le départ des évê- ques orthodoxes, quarante évêques ariens étaient restés à Antioche, 15101 avaient formé le conciliabule et composé ce canon. Mais comme ce canon est identique aux quatrième et douzième des vingt-cinq ca- nons d'Antioche, il n'y a aucune raison pour le mettre sur le comp- te des ariens, et l'hypothèse ne se soutient plus. Tillemont a même présumé que Palladius, ou un de ses copistes, avait écrit xeffaapaxov- to, au lieu de èvveVjxovTa, et que cette erreur avait amené Palladius à croire que tout le concile d'Antioche avait été arien 2 . Les frères Ballerini 3 , s'inspirant des idées de Tillemont ', ont abordé le problème qui nous occupe, et suivi un autre chemin que Schelstrate : leur solution a été acceptée par Mansi, dans ses no- tes sur Y Histoire ecclésiastique de Noël Alexandre 5 . Ils disent que les vingt-cinq canons ne sont pas du concile in enese- niis, mais d'un concile antérieur tenu à Antioche en .'532 (celui qui choisit Euphrone pour évèque d'Antioche après l'expulsion d'Eusta- the) ; plus tard et par erreur on avait attribué ces vingt-cinq canons au synode in enceeniis. Rien de plus naturel, que l'estime générale accordée avant que cette confusion eût lieu et pendant longtemps par ceux qui n'eurent pas connaissance de celte fausse interpréta- tion. Nous ne pouvons partager l'enthousiasme avec lequel Mansi a adopté cette hypothèse. Placent, dit-il, et vehementer placent. D'abord 1. S. Athanase, Apologia contra aria-nos, c. xxx, P. G., t. xxv, col. 297. 2. Tillemont, Mém. hist. eccles., 1704, t. vi, p. 755, note 27. 3. Ballerini, dans S. Leonis. Opéra, t. ni, p. xxv. 4. Tillemont, op. cit., t. vi, p. 752, noie 26. 5. Alexander Natalis, Hist. eccles., Venetiis, 1778, scec. iv, dissert. XY.VI, t. iv, p. 453. 712 LIVRE 111, CHAPITRE I où est la preuve que les vingt-cinq canons viennent du concile tenu à Àntioche en 332 ? On l'a cherchée, mais sans succès, dans le texte même des vingt-cinq canons. On a dit : a) Le premier de ces canons rappelle que le concile de Nicée s'est tenu sous Constantin, et il n'ajoute pas que cet empereur est mort ; donc il a dû être composé avant 341, car à cette date Constantin était mort. Mais on se demande à quoi bon le dire alors que tout le monde le savait ? b) Diverses particularités des vingt-cinq canons, a-t-on ajouté, ne s'expliqueraient pas si on admettait qu'ils proviennent du synode inencseniis. Ainsi, l)le onzième canon défend aux évêques d'aller à la cour ; or, Eusèbe a été un évêque de cour. C'est vrai ; mais trop souvent le législateur se met au-dessus de la loi. On objecte enco- l *- 1 ] re 2) le canon vingt-et-unième qui défend le transfert d'un siège épis- copal à un autre ; or ce canon est en opposition avec la conduite d'Eusèbe, qui a échangé le siège de Béryte pour celui de Nicomédie et celui de Nicomédie pour le siège de Constantinople. Mais ce canon vingt-et-unième n'est que la répétition d'une ancienne règle ecclé- siastique ; or en quoi Eusèbe, arrivé au terme de ses désirs, pou- vait-il être gêné, si la majorité renouvelait cette défense . J c) Pour étayer leur hypothèse, les Ballerini se servent des souscrip- tions des lettres synodales à la suite des canons ; ils remarquent : 1) qu'il y a dans ces signatures des noms d'évèques morts en 341 ; 2) que les noms des coryphées du concile in encseniis ne s'y trouvent pas, et 3) qu'il n'y a pas non plus le nom d'un évêque d'Antioche, ce qui prouve que le concile s'est tenu pendant la vacance du siège. Ces assertions seraient fondées si les listes de souscriptions jouis- saient elles-mêmes de quelque autorité, mais elles varient de telle façon selon les manuscrits qu'on ne peut vraiment y faire fond. cl) La lettre synodale qui suit les vingt-cinq canons représente l'Église d'Antioche comme jouissant de nouveau dune heureuse paix. Mais, a-t-on dit, la situation n'était pas telle en 341. Nous ré- pondrons qu'à cette date Eustathe, qui avail été chassé d'Antioche, était certainement mort, circonstance qui avait dû calmer beaucoup les dissensions de cette ville. C'est en 332, à l'époque où, d'après les Ballerini, cette lettre a été rédigée, qu'il faudrait placer ces vio- lentes animosités, puisque c'est le moment où Eustathe fut expulsé. L'hypothèse de ces érudits se trouve donc ainsi attaquée sur son point le plus vulnérable. Pour y remédier, ils imaginaient comme Tillemont de faire rédiger les vingt-cinq canons et la lettre 56. le concile d'antioche 713 synodale par un concile d'Antioche tenu très peu de temps après le concile deNicée '. !1 ne faut pas oublier non plus que, dans sa lettre au pape Jules, le concile de34 I parle de l'Eglise d'Alexandrie comme d une Eglise très heureuse et fort tranquille ; il aurait du dire exactement le contraire, ainsi que le pape en fit la remarque 2 . On ne peut donc guère s'y fier quand il parle de l'Église d'Antioche. é) On a cherché par tous les moyens à prouver que le canon em- ployé contre saint Jean Chrysostome et, qui était l'œuvre d'une pl-J assemblée d'ariens, n'était pas le quatrième et le douzième des vingt- cinq canons ; ces efforts ont été inutiles, l'identité est évidente. Les Ballerini se sont fait du reste illusion en pensant que leur hypothèse allait résoudre toutes les difficultés. En contestant que les vingt-cinq canons aient été décrétés par le concile de 341 et en les attribuant à celui de 332, ils n'ont modifié en rien l'état de la question. Le concile de 332 qui proclama Euphrone évêque d'Antioche après avoir déposé Eustathe était aussi un concile d'eusébiens, et Socrate 3 a pu dire à son sujet : « Grâce aux efforts des adversaires de la foi de Nicée, Euphrone put être élu évêque. » Il est bien certain aussi que, même si l'on refuse au concile de 341 la paternité des vingt-cinq canons, ce concile est incontestablement l'auteur des symboles que saint llilaire disait avoir été composés par un synodus sanctorum. Comment les Ballerini expliqueront-ils cette parole, puisqu'ils ne voient qu'une réunion d'ariens dans ce synode de 341? La source des difficultés, le irpàkov <|>£uooç, dans toute cette contro- verse, vient de ce que l'on part toujours de cette alternative que le synode in eneseniis a été ou un synode orthodoxe ou un synode arien. C'est lui chercher un type beaucoup trop tranché qui s'ins- pire trop des idées de saint Athanase ou de nos idées modernes; en ne tenant pas assez compte des fluctuations de la pensée reli- gieuse à cette époque. Saint Athanase tenait les évêques eusébiens pour ariens; nous les tenons au moins pour semi-ariens ; mais ces évêques ayant donné une profession de foi orthodoxe, ayant sous- crit à la condamnation des erreurs prononcée par le concile de Nicée, ont dû être regardés par beaucoup de leurs contemporains comme orthodoxes et légitimes, et de grands saints ont pu sans hésiter s'unir 1. Tillemont, op. cit., t vi, p. 753, note 26; t. vu, p.25sq. 2. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxx, xxiv, P. £., t. xxv, col. 297, 304. 3. Socrate, Hist, eccles., 1. I, c. xxiv, P. G., t. i.xvii, col. 144 sq. 714 LIVRE III, CHAPITRE I à eux dans les conciles. Ainsi Dianée, métropolitain de Césarée, si célèbre dans l'ancienne église et dont saint Basile a fait un pompeux éloge, siégea au concile in encœniis, ainsi qu'aux réunions antérieures des eusébiens, réunions qui provoquèrent la lettre du pape Jules. Le pape lui-même, quoique blessé par l'in- juste déposition de saint Athanase, ne traite cependant pas le con- cile qui l'a décrétée comme un conciliabule arien ; il appelle « très aimés frères » les évêques qui le composent i et les invite à siéger dans un concile commun pour y discuter les accusations contre saint Athanase. Une occasion comme celle de la consécration de l'église d'Antioche s'étant présentée, les évêques orthodoxes n'ont eu au- cun scrupule à se réunir en concile avec Eusèbe et ses partisans. Voici [la traduction intégrale] des canons décrétés par le concile d'Antioche in encœniis 2 [et dont Hefele n'avait donné qu'un abrégé. (H. L.)] Can. 1. Tous ceux qui auraient osé enfreindre le décret du grand et saint concile assemblé à Nicée, en l'auguste présence de l'empereur Constantin aimé de Dieu, touchant la sainte et salutaire solennité de la Pâque, doivent être excommuniés et rejetés de l'Eglise, s'il s'obs- tinent, par esprit de dispute, à s'élever contre ces sages décisions. Ce canon concerne aussi les laïques. Si, à la suite du présent dé- cret, un des supérieurs ecclésiastiques évêque ou diacre osait se sin- gulariser en célébrant la Pàque, avec les juifs, le saint concile le tient dès lors pour séparé de l'Eglise ; car, non seulement il commet une faute mais il devient pour beaucoup une cause de trouble et de per- dition ; le saint concile doit dépouiller les coupables de leur office et porter les mêmes peines contre ceux qui resteront en communion 1. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxi, xxv, xxvi, xxx, xxxv, P. G., t. xxv, col. 281, 289, 292, 297, o05. 2. Texte intégral dans Conc. Reg., t. n, col. 640 ; Labbe, Conc, t. n, col. 559- 598; Hardouin, Conc. coll., t. i, col. 589 sq. ; Coleti, Conc, t. n, col. 583; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. n, col. 1305 sq. ; Beveridge, Synodicon sive Pan- dectse canonum, t. i, p. 430 ; Bruns, Canones apostolorum, t. i, p. 80 sq. Pour les commentaires, outre E. de Schelstrate, mentionné plus haut, et D. R. Ceil- lier, Hist. génér. des aut. eccles., 2 e édit., t. ni, p. 466 sq., qui ne donne guère qu'une traduction, il faut citer Beveridge, op. cit., t. n, Annot., p. 188 sq. ; Tillemont, Mém. p. serv. à Vhist. ecclés., in-4, Paris, 1704, t. vi, p. 317-322 ; Van Espen, Commentarius in canones, in-fol., Colonise, 1755, p. 139 sq. ; Her- bst, dans Tiibinger theolog. Quartalscrliift, 1824, p. 42 sq. (H. L.) [5131 56. LE CONCILE D'ANTIOCHE 715 avec eux après la déposition. Les clercs déposés seront privés des honneurs extérieurs auxquels leur donnent droit le saint canon f et [514] le divin sacerdoce 2 . Cax. 2. Ceux qui viennent dans l'Eglise de Dieu qui écoutent la lecture des saints livres, mais, ne veulent pas prendre part à la prière avec le peuple ou qui, par une coupable désertion, ne participent pas à la sainte Cène ; tous ceux-là doivent être exclus de l'Eglise jusqu'à ce qu'ils aient fait pénitence, produit des fruits de repentir et obtenu par leurs prières le pardon demandé. Il n'est pas permis d'être en com- munion avec ceux qui son exclus de l'Église, ni de prier dans les maisons de ceux qui s'abstiennent des prières de l'Église, ni de rece- voir dans une église ceux qui n'en fréquentent aucune autre. S'il est prouvé qu'un évèque, un prêtre, un diacre ou un autre clerc reste en communion avec les coupables, il doit être excommunié lui-même, comme ne se conformant pas au canon de l'Eglise 3 . Can. 3. Si un prêtre, un diacre ou tout autre clerc, laisse sa paroisse pour aller dans une autre, et quittant complètement son domicile, tente de séjourner longtemps dans une autre paroisse, il ne pourra plus exercer son ministère 4 , notamment s'il a refusé d'obéir au rap- pel de son évèque et à l'ordre d'avoir à réintégrer sa propre paroisse. S il s'obstine à rester dans cette situation anormale, il doit être dépouillé de ses fonctions ecclésiastiques sans espoir de réinté- gration. Si un autre évèque accepte un clerc pour ce motif, il sera puni par un concile commun, comme transgresseur des lois ecclésiastiques 5 . Can. 4 6. Si un évèque déposé par un concile, un prêtre ou un diacre osent continuer quelques-unes de leurs fonctions, ni l'évêque selon lacou- 1. y.avôjv, c'est-à-dire ordo clericorum 2. Kober. Der Kirchenbann, in-8, ïûbingen, 1857, p. 57 sq., cf. le 8e des canons apostoliques. 3. Kober, op. cit., p. 382, cf. canons apostoliques, 9-12e. 4. 11 sera déposé. 5. Les canons apostoliques 3 e -16 e et le 16'' canon de Nicée renferment des prescriptions semblables, cf. Kaber, op. cit., p. 44. Causa VJ1, quest. i, can. 24. 6. Causa XI, quest. m, can. 6. 716 LIVRE III, CHAPITRE I tume en vigueur, précédemment, ni le prêtre, ni le diacre ne peuvent [515] espérer en aucune manière leur réintégration par un concile ni mô- me la faculté de se défendre, non plus que ceux crui resteront en communion avec eux, surtout s'ils osent le faire après la sentence portée contre les susdits i . Can. 5. Si un prêtre ou un diacre, ne faisant aucun cas de son évêque, se sépare de l'Eglise, forme une communauté à part, érige un autel, refuse d'écouter les avertissements de l'évèque, ne veut aucunement prêter l'oreille et obéir à ses rappels réitérés, il sera déposé sans ré- mission étant incapable de recouvrer sa dignité. S'il continue à troubler l'Eglise et à s'insurger, qu'il soit traité en factieux par le pouvoir séculier. Can. 6 2 . Celui qui a été excommunié par son propre évêque ne peut être admis par un autre évêque, avant sa réintégration par le sien propre; mais lors de la réunion du concile l'excommunié pourra se présen- ter, se défendre, convaincre le concile et obtenir l'abrogation de sa sentence. Ce décret atteint laïques, prêtres, diacres et tous ceux dé- signés dans le canon 3 . Can. 7. Aucun étranger ne sera reçu sans lettres de paix 4 . Can. 8. [516] Les prêtres de la campagne ne peuvent donner aucune lettre canonique 5 ; il leur est permis cependant d'en envoyer aux évêques voisins. Les chorévêques irréprochables peuvent donner des lettres de paix. 1. On a abusé de ce canon pour faire décider la confirmation de la déposition de saint Athanase, et plus tard pour perdre saint Jean Chrysostome ; ce canon a sa répétition dans le 29 e canon apostolique ; le IV 6 concile général tenu à Chal- cédoine ne fit aucune difficulté d'en appeler à ce canon (c'est le 83 e dans sa col- lection) et de se le faire lire tel qu'il est. Voir Hardouin, Collect. concil., t. n, p. 434. 2. Causa XI, quest. ni, can. 2. Ce canon est pour le fond identique aux 31e et 32e canons apostoliques ; il a été également cité par le IV e concile œcu- ménique. Cf. Kober, op. cit., p 440. 3. Le 33e canon apostolique et le 5 e de Nicée contiennent des prescriptions semblables, cf. Kober, op. cit., p. 221. 4. Voirie 34 e canon apostolique. 5. Sur ces mots xavovixod È7tiaToXal ? Suicer, Thésaurus, au mot xavôvtxoç, n. 11, [517] 56- le concile d'antioche 717 Cax. 9. Les évêques de chaque province doivent savoir que l'évêque placé à la tête de la métropole est également chargé du soin de la province, car. c'esl à la métropole que se rendent tous ceux qui ont des allaires à traiter 1 . En conséquence il a été réglé qu'il occuperait aussi le premier rang pour les honneurs et que les autres évêques (conformément à l'ancien canon porté par nos pères et qui a toujours force de loi^ ne pourraient rien faire sans lui, sinon administrer leur diocèse et le territoire attenant ; chaque évêque en effet est maître de son diocèse qu'il doit gouverner en respectant les droits de chacun. Il doit aussi prendre soin des campagnes qui dépendent de sa ville épiscopale, ordonner, pour elles, des prêtres et des dia- cres et faire toutes choses avec discernement. Mais, en dehors de ces limites, il ne peut rien faire sans l'assentiment de l'évêque de la mé- tropole qui, à son tour, ne décide rien sans l'avis des autres évêques. Can. 10. Les prêtres des bourgs et des campagnes ou ceux ayant le ti- tre de chorévêque, même s'ils ont reçu la consécration épiscopale, doivent, selon l'avis du saint svnode, connaître les limites du ter- ritoire qui leur est confié, avoir soin des églises dont ils ont la juri- diction, mais se contenter de cette administration. Ils peuvent ordon- ner, pour elles, des lecteurs, des sous-diacres, des exorcistes. Ces promotions doivent leur suffire et ils ne peuvent avoir la prétention d'ordonner ni diacre ni prêtre sans l'assentiment de l'évêque sous la juridiction duquel ils sont placés eux et leur territoire. Si quelqu'un ose outrepasser ces ordonnances, qu'il soit déposé et privé de sa di- gnité. Le chorévêque doit être ordonné par l'évêque de la ville dont il dépend 2 . Can. 11 3. Lorsqu'un évêque ou un prêtre ou n'importe quel clerc ose aller trouver l'empereur sans avoir l'assentiment ni des lettres des évêques de l'éparchie et surtout de l'évêque de la métropole, il doit être non seulement réprouvé et excommunié, mais encore privé de sa 1. Maassen, Der Primat des Bischofs von Rom und die altea Palriarcalkirchen. Bonn. 1853, p. 3. La division des provinces ecclésiastiques était habituellement calquée sur celle des provinces civiles. 2. Causa IX, quest. ni, can 2. Canon aposlol. 35e. 3. Causa XXIII, quesl. vin, can. 26. 718 LIVRE III, CHAPITRE I dignité, parce que, contrairement aux règles de l'Eglise, ilaimportuné notre empereur très agréable à Dieu. Si donc une nécessité ou une affaire l'oblige à aller trouver l'empereur, il doit prendre l'avis et avoir l'assentiment de l'évêque métropolitain de l'éparchie et des autres évêques qui en font partie, et ne se mettre en route que muni de leurs lettres. Can. 12. Si un prêtre ou un diacre déposé par son évêque, ou un évê- que déposé par un synode sont allés importuner l'empereur, ils doi- vent porter leur cause devant un concile plus considérable, exposer leurs raisons devant une plus grande assemblée d'évêques et se sou- mettre à leur enquête et à leur décision, mais si, faisant peu de cas de ces moyens légitimes, ils insistent auprès de l'empereur, ils ne sont dignes d'aucun pardon, n'ont plus la faculté d'exposer leur dé- fense, et doivent perdre tout espoir de réintégration 1 . Can. 13. Aucun évêque ne doit passer d'une paroisse dans une autre, ne doit pas faire d'ordination dans une église étrangère pas même s'il amène avec lui d'autres évêques, à moins qu'il n'y soit convoqué par des lettres du métropolitain et des évêques suffragants sur le terri- toire desquels il se trouve. S'il arrive que, sans en avoir été prié et contrairement à la règle, il procède à des ordinations et à d'autres affaires ecclésiastiques qui lui sont étrangères, ce qu'il fera sera in- valide et lui-même subira la peine de sa démarche inconsidérée et [518] de son entreprise insensée. Le saint concile le déclare déposé par le fait 2 . Can. 14. Lorsqu'un évêque est accusé de diverses fautes et que les autres évêques de l'éparchie sont partagés sur le jugement à porter sur lui, les uns paraissant le trouver innocent, les autres coupable, pour dissiper toute incertitude il a paru bon au saint concile, que l'évê- que de la métropole convoque d'autres évêques de l'éparchie voisine qui éclairent le débat et, conjointement avec les évêques de l'épar- chie, confirment la décision prise 3 . 1. Causa XXI, quest. v, can. 2. Le 29e canon apostolique renferme de sembla- bles dispositions ; ce canon 12 e , de même que le 4e ? paraît bien avoir été rédigé à dessein par le pnrti d'Antioche contre saint Athanase ou au moins l'aura- t-il renouvelé et accentué dans ce but ; cf. Kober, op. cit., p. 388. 2. Causa IX, quest. n, can. 6. Cf. Canon apost. 36e. 3. Causa VI, quœst. iv, can. 1. 56. le concile d'antioche 719 Can. 15. Lorsqu'un évêque a été accusé de diverses fautes et que tous les évêques de l'éparchie ont été unanimes à porter sur lui un juge- ment défavorable, ce jugement est sans appel; il ne peut être revisé par d'autres évêques ; cette unanimité des évoques de l'éparchie le rend irrévocable 1 . Gan. 16. Si un évêque sans diocèse s'introduit dans un évèché vacant, et s'empare du siège épiscopal sans l'autorisation d'un concile pro- prement dit, il doit être déposé, quand même il serait parvenu à se faire élire par l'Eglise qu'il a occupée par intrusion. Un concile proprement dit est celui auquel assiste le métropolitain 2 . Can. 17. Si, après avoir reçu la consécration épiscopale et le pouvoir de juridiction, un évêque néglige de remplir son ministère et s'obsti- ne à ne point se rendre dans l'Eglise pour laquelle il a été ordon- né, il doit être excommunié jusqu'à ce qu'il se voie dans la nécessité d'accepter ce qui lui est offert ou bien un concile des évêques de l'éparchie statuera sur son cas 3 . Can. 18. Si après avoir reçu la consécration épiscopale un évêque ne peut se rendre dans l'Eglise qui lui est destinée, non par sa faute mais parce que son peuple refuse de le recevoir, ou pour tout autre motif indépendant de sa volonté, il conservera son rang, et les hon- neurs qui y sont attachés : il aura soin seulement de ne pas s'ingé- 1. Causa VI, quest. iv, can. 1. Ce canon ne défend pas, en général, d'en appe- ler à une autorité, supérieure, par exemple à Rome (voyez le concile de Sar- dique, c. 3-5) ; il ne vise que le cas particulier du tribunal de première instance rendant une sentence à l'unanimité. Cf. Ballerini dans S. Leonis, Opéra, t. n, p. 943. 2 Causa VI, quest. iv, can. 5. Le concile œcuménique de Chalcédoine a, dans sa xi<- session, rappelé ce canon, qui est le 95 e dans sa collection. Une partie du 6 e canon de Nicée émet des prescriptions semblables. 3. Uist. CXII, can. 7. La première partie du 37« canon apostolique renferme une prescription analogue ■ ce 17 e canon du synode d'Antioche a été, à part quelques variantes, renouvelé par le concile de Chalcédoine (sess. xi), et dans la collection de ce dernier concile il forme le n. 96. Hardouin, Collect. concil., t. n, p. 551. 720 LIVRli III, CHAPITRE I rer clans les affaires de l'Eglise où il se trouve et il acceptera la [5191 décision que le concile de l'éparchie prendra à son sujet i . Can. 19. Un évèque ne peut être sacré sans concile et sans la présence du métropolitain de l'éparchie. La présence du métropolitain ne rend pas moins souhaitable celle de tous ses collègues de l'épar- chie; le métropolitain les convoquera par lettres. Si tous viennent, ce sera pour le mieux; si cela est difficile, il faut que la majorité au moins des évêques soit présente, ou qu'elle envoie par écrit son as- sentiment à l'élection. L'intronisation (d'un nouvel évêque) n'aura lieu qu'en présence de la majorité des évêques de l'éparchie, ou avec l'approbation écrite de cette majorité. Si on contrevient à la présente ordonnance, le sacre sera invalide; si, au contraire, tout se passe selon les règles et si quelques-uns font de l'opposition par esprit de dispute, le vote de la majorité décidera la question a . Can. 20. Pour le bien de l'Eglise et la solution des affaires contestées on a sagement décidé qu'il y aurait, chaque année, deux conciles dans chaque éparchie, le premier se tiendra après la troisième semaine qui suit la Pâque, de manière à se terminer dans la qua- trième semaine de la Pentecôte 3 ; le métropolitain doit y convoquer ses collègues de l'éparchie. Le second concile se tiendra aux ides d'octobre (15 octobre), c'est-à-dire le 10 du mois asiatique d'hy- perbérété. A ces conciles pourront comparaître les prêtres qui se prétendent lésés et le concile examinera leur cause. Il n'est pas permis aux évêques de tenir concile entre eux sans en avoir reçu la mission du métropolitain 4 . Can. 21. Un évêque ne doit pas passer d'un diocèse dans un autre, s'en 1. Dist. XCII, can. 5. Voyez la seconde partie du 37e canon apostolique. 2. Dist. LXV, can. 3. Cf. les canons 4 e et 6° du concile de Nicce. 3. On appelait ilsvTcxoa-Tr,; le temps qui s'écoulait entre la fête de Pâques et celle de la Pentecôte ; cette expression de la quatrième semaine de la Pen- tecôte signifie donc la quatrième semaine après la Pàque. Voir Beveridge, Annot ad canon SI apostol. 4. Dist. XVIII, can. 4. Can. apost. 38 e et can. Nicœn. 5. Cf. Kober, op. cit., p. 222. 56. LE CONCILE 1) ANTIOCHE 721 emparer, ni de plein gré, ni forcé par le peuple ni contraint par les autres évêques. Il doit s'attacher à l'Église pour laquelle Dieu 1 a choisi, des le commencement et conformément à une ancienne ordonnance, il ne doit pas l'abandonner *. Can. 22. Un évêque ne doit pas aller dans une ville ou dans un terri- toire hors de sa juridiction, pour y faire une ordination ; il ne doit pas instituer des prêtres ou des diacres pour des localités soumises à un autre évêque, sinon avec le consentement de cet évêque. Si un évèque osait transgresser cette ordonnance l'ordination faite serait invalide et lui-même serait puni par le concile "-'. Can. 23. Il n'est pas permis à un évêque même se trouvant au terme de sa vie d'établir et de sacrer un autre évèque. Si le cas se présentait l'ordination serait nulle. Il faut observer la loi ecclésiastique d'après laquelle un autre évèque ne peut être institué que par le concile et l'avis des évêques qui, après la mort du prédécesseur, ont le droit de présenter celui qu'ils jugent digne 3 . Can. 24. Les biens appartenant à l'Église doivent être conservés avec un grand soin et une conscience scrupuleuse, et aussi avec la pensée que Dieu voit et juge tout. On doit les administrer sous la surveil- lance et l'autorité de l'évèque à qui sont confiés le peuple et les âmes des fidèles. Les prêtres et les diacres qui entourent l'Eglise doivent avoir une notion claire et exacte des propriétés de l'Eglise ; rien ne doit leur être caché, afin qu'à la mort de l'évèque ils sachent parfaitement ce qui appartient à l'Eglise, que rien ne s'égare et ne se perde et que le patrimoine de l'évèque ne souffre dommage sous prétexte qu'il fait partie des biens ecclésiastiques. Il est juste et agréable à Dieu et aux hommes que l'évèque dispose à son gré de ses biens propres et aussi que les intérêts de l'Eglise soient sauvegar- dés. L'Église ne doit subir aucun dommage ni la chose de l'évê- que aucune confiscation en faveur de l'Eglise. Les héritiers ne doi- 1. Causa VII, quest. i, can. 25. Canon apost. 14°, Nicaen. 15. 2. Causa IX, quest. n, can. 7. Canon apost. H6 e . 3. Causa Vlll, quest. i, can. 3. Canon apost. 76 e . CONCILES — I - 46 722 LIVRE III, CHAPITRE I vent être impliqués dans aucun procès ni la mémoire de l'évêque dé- funt en butte à des bruits infamants 1 . Can. 25. L'évêque a la disposition des biens de l'Eglise pour les dépenser en faveur des indigents, avec discernement et crainte de Dieu. Il peut en user pour lui-même selon ses besoins, celui de ses proches, ou [521] des frères qui reçoivent l'hospitalité chez lui et qui ne doivent jamais manquer du nécessaire selon la parole du divin apôtre : « Ayant la nourriture et le vêtement, nous devons être satisfaits (ITim., vi, 8). » Mais si, non content de cela, l'évêque emploie ces biens à des affai- res privées, s'il ne gère pas les revenus de l'Église, le produit des biens fonds selon l'avis des prêtres et des diacres, s'il les livre à gé- rer à ceux de sa maison ou à ses parents, à ses frères, à ses fils de fa- çon que, sans qu'on le voie, préjudice réel fût porté par ces gens aux comptes de l'Église, l'évêque devra rendre compte de sa gestion au concile de l'éparchie. Si d'autre part il est accusé ainsi que ses prêtres d'accaparer les revenus de l'Église provenant des biens fonds ou de toute autre source de façon à porter dommage aux pauvres et à exposer les administrateurs au mépris, le concile procédera à une enquête et décidera des mesures à prendre 2 . Le concile envoya à tous les évêques ces vingt-cinq canons, avec une courte lettre d'envoi demandant que ces canons fussent reçus partout. Le texte grec de cette lettre ne renferme aucune signature ; tandis qu'on en lit une trentaine environ dans les anciennes versions latines, mais ces listes diffèrent suivant les manuscrits. On y trouve le nom d'un évêque défunt à la date du concile, tandis que ceux des principaux membres du synode de 341 manquent. Nous avons dit comment les Ballerini ont voulu démontrer que ces lacunes appuyaient leur hypothèse. On a remarqué que les seules provinces du patriarcat d'Antioche sont citées dans les salutations finales de la lettre qui accompagne les canons, tandis qu'il est constant que plusieurs évêques étran- gers à ce patriarcat assistèrent au synode de 341. 11 ne faut pas ou- blier que dans la Prisca 3 on ne trouve aucun nom de ces provinces de l'Eglise d'Antioche ; ce qui porterait à croire à une interpola- 1. Causa X, quest. i, can. 5. Canon apost. 40«. 2. Causa XIII, quest. i, can. 23. Cf. canon apostol. 41e. 3. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vi, col. 1159. 56- LE CONCILE D'ANTIOCHE 723 [5221 tion de quelque collecteur des conciles prenant pour base de son tra- vail les noms des évèques qu'il avait sous les veux '. Celle circons- tance ne prouverait donc pas l'hypothèse des Ballerini. La rédaction des canons du concile in eneseniis trahit l'influence des évèques ariens ; les canons quatrième et douzième en particulier laissent voir leur intention hostile à saint Athanase. Le canon qua- trième s'oppose au projet du pape Jules de soumettre à un nouveau concile l'affaire de saint Athanase. Les eusébiens ayant remporte ces premiers succès demandèrent, après la rédaction des canons, la con- firmation de la sentence de déposition prononcée contre saint Atha- nase. Le caractère eusébien de ce concile et les témoignages posi- tifs de Socrate 2 et de Sozomène 3 ne laissent aucun doute sur la réa- lité de cette démarche. Les deux historiens disent, il est vrai, que Grégoire le Cappadocien fut nommé évêque d'Alexandrie et Atha- nase déposé pour la première lois dans ce concile in encasniis, mais les explications données plus haut ont montré que ce concile, s il s'occupa de saint Athanase, ne fit que ratifier la sentence portée par un concile d'Antioche tenu antérieurement [339]. Comment les évèques orthodoxes réunis à Antioche ont-ils pu con- sentir à la déposition de saint Athanase? Pour comprendre ce fait, il faut se placer a l'époque où il s'est produit. Pour nous. nous identifions la cause de saint Athanase à celle du symbole de Nicée, mais les contemporains du grand évêque ne portaient pas et ne pouvaient porter sur lui et sur sa doctrine ce jugement calme et définitif qui est celui de la postérité. Que de fois ne lui a-t-on pas dit, à bonne intention, qu'il ne mettait pas convenablement en re- lief la distinction qui existait entre les personnes de laTrinité ! que de fois ne l'a-t-on pas accusé de sabellianisme ! A l'époque du concile in eneseniis, Marcel d'Ancyre, un ami d'Athanase, au premier rang comme lui, à Nicée, lorsqu'il s'était agi de réfuter Arius, venait d'être condamné, non sans motif, pour cause de sabellianisme. De plus, toutes les anciennes accusations portées contre saint Athanase et renouvelées par les eusébiens avaient pu induire en erreur les personnes pourtant bien intentionnées : nous l'avons vu par l'exem- [5231 pie de Constantin le Grand. Lorsque le pape Jules convoqua le con- cile romain, peu de temps avant le concile in eneseniis, 1 innocence d'Athanase ne lui paraissait pas évidente et il souhaitait arriver par 1. Puchs, Bibliothek der Kirchenversammlungen, t. n, p. 53, note 39. 2. Socrate, Jlist. eccles., 1. Il, c. vm, /'. (>.. t. i.wn, col. 196 sq. 3. Sozoïiiène, Hist, eccles., 1. III. e. v, P. G'., t. i.xvii, col. Il) il sq. 724 LIVRE III, CHAPITRE I une enquête sévère et consciencieuse à connaître la vérité 4 . Si les évêques orthodoxes réunis à Antioche ont hésité au sujet de saint Athanase tout comme le pape Jules, il est facile de prévoir que la diplomatie et l'astuce persévérante des évêques eusébiens ont su en tirer parti. Nantis dedocuments faux, ils les auront utilisés et seront finalement parvenus à établir la culpabilité d'Athanase aux yeux de beaucoup de leurs collègues. Au rapport de Socrate 2 et de Sozomène 3 , le concile passa ensuite à la rédaction des professions de foi qui nous ont été conservées par saint Athanase 4 . Voici le premier et le plus ancien de ces symboles 5 : 1. Voir sa letlre dans S. Alhanase, Apologia contra arianos, c. xxm, xxxiv, xxxv, P. G., t. xxv, col. 286, 304, 305. 2. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. x, P. G., t. xvir, col. 200. 3. Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1041. 4. Les quatre formules d'Antioclie furent rédigées à différentes reprises, ainsi que nous le savons par les témoignages de Sozomène et de Socrate qui viennent d'être cités. La première de ces professions de foi est dirigée contre les ariens ; la deuxième contre les sabelliens et peut-être contre Marcel d'An- cyre ; on pourrait en dire à peu près autant des troisième et quatrième for- mules. (H. L.) 5. L'influence eusébienne dans le concile était venue à bout de faire rédiger et promulguer les canons 4e et 12e • elle se manifesta encore dans les profes- sions de foi, mais ici l'intervention des évêques orthodoxes réagit contre la tendance arienne. Les quatre formules se trouvent dans S. Athanase, De synodis, c. xxn-xxv, P. G., t. xxvi, col. 720 sq. ; A. Hahn, Bibliothek der Sym- bole und Glaubensregeln der alten Kirche in-8, Breslau, 1897, p. 183 sq., n. 153-156 ; Kattenbusch, Das apostolische Symbol, in-8, Leipzig, 189'*, t. i, p. 259, 262 sq., 379, noie 21 ; 382, note 26 ; t. n, p. 262 sq., 739, note 19. Cf. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. n, col. 1339 sq. ; Hardouin, Coll. concil., t. i, col. 606. La première formule présente divers genres d'intérêt : outre son texte dont on trouvera une édition critique dans Hahn, elle nous apprend par son préambule que les évêques se défendaient d'être partisans d Arius, ce qui cons- tituait donc une mauvaise note. Les termes dont ils font usage sont très clairs : un seul Dieu suprême, stç ëva ©ebv xbv twv ô'Xoiv ; un seul Fils de Dieu qui est avec le l'ère qui l'a engendré, xoù a-uvdvra tw jsysvvr^ô-zi aùtov 7va-rpi. La fin vise Marcel d'Ancyre lorsqu'il est dit du Fils « qu'il reviendra juger les vivants et les morts et qu'il demeure roi et Dieu pour l'éternité ». 11 est clair que les rédacteurs de ce symbole étaient des évêques soupçonnés qui ont éprouvé le besoin de se refaire une réputation d'orthodoxie irréprochable ; en conséquence, ils ont rédigé une pièce dont le contenu ne prête le flanc à aucune attaque, bien que l'omission de 1'ôfj.oo-jffio; et la généralité des termes employés, ainsi que la circonstance mentionnée au début, révèlent des irréconciliables obligés à une concession. Quels peuvent être, en 341, les évêques siégeant à Antioche qui ont à se laver du re- proche d'avoir accueilli Arius ? Très vraisemblablement le groupe eusébien, qui au concile de Tyr, en 335, avait obtenu la réintégration d Arius. (H. L.) 56- LE CONCILE D'ANTIOCHE 72.") «Nous ne sommes pas sectateurs d'Anus : comment suivrions-no 1111 prêtre, étant évêques ? Nous n'avons d'autre foi que celle qui nous a été transmise par la tradition. Après avoir examiné et re- cherché sa loi (d'Arius), nous Taxons reçu plutôt ([lie nous ne l'avons suivi. Vous le verrez par ce que nous allons «lire. Nous avons appi-is dès le commencement a croire en un seul Dieu, souverain créateur et conservateur du monde intelligible et sensible ; et en son Fils unique qui existe de toute éternité et coexiste au père qui l'engendre : par lequel tout le visible et l'invisible a été lait, qui dans ces derniers temps est descendu selon le bon plaisir de son Père, qui s'est incarné dans le sein d'une Vierge et a rempli toute la vo- lonté de son Père ; (nous croyons) qu'il a souffert, qu'il est ressusci- té et qu'il est revenu au ciel où il est assis à la droite de son père, qu'il reviendra pour juger les vivants et les morts et qu'il reste roi et Dieu pour l'éternité. Nous croyons aussi au Saint-Esprit. Et, s'il faut l'ajouter, nouscrovons également à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. » [5241 Ce symbole a un but apologétique : ses auteurs ont voulu se dé- gager de tout soupçon d'entente avec les ariens ; il doit être l'œuvre des eusébiens. Athanase rapporte qu'ils l'adressèrent à d'autres évèques par une lettre encyclique. Si nous n'étions contredit sur ce point que par la chronologie de Socrate et de Sozomène, nous au- rions placé la rédaction de ce symbole tout au commencement du concile, car un tel document ne pouvait que gagner aux eusébiens laeonfianee de leurs collègues, et ils ont dû dès le début travailler à l'obtenir. Ce symbole est orthodoxe, malgré l'absence du mot C[xss'j7tsr, que les eusébiens accusaient d'être entaché de sabellia- nisme, ou bien de représenter l'essence divine comme divisée en trois parties. Peu après, le concile émit un second symbole que l'on a donné à tort comme l'ouvrage du martyr Lucien *. Saint Hilaire nous 1. Nous avons parlé avec assez de détail de Lucien d'Aulioclie (p. Ji'iT sq., pour n'y pas revenir ici. Cetle deuxième formule se lit dans S. Alhanase, De synodis, c. xxiii, P. G. f t. xxvi, col. 721 sq., et dans Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. x, P. G., I. lxvii, col. 201. Saint Hilaire en a donné une traduction latine dans De synodis seit de fide orientalium, c. xxiv, P. /.., ;. x, col. 502. Le texte grec d'Athanase avec les variantes de Socrate et les lectures d'ili- laire se trouve dans A. E. Burn, An introduction tu the Creeds and lo the Te Deum, in-8, London, 1899, p. 83-85 ; A. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln, in-8, JJreslau, 1899, p. 184, n. 154 ; Kattenbusch, Das aposto- lische Symbol, in-8, Leipzig, 1894, t. i, p. 255-259, 267, 268, note 52 ; 271, 726 LIVRE III, CHAPITRE I donne le motif qui amena la rédaction de ce nouveau symbole lors- qu'il dit : Cum in suspicionem venissel unus ex episcopis , qnod pra- 351, 379, noie 21 ; t. n, p. 248, noie 6; 261 sq., 739, note 18 ; enfin on trouvera encore le texte dans Mansi, op. cit., t. n, col. 1340-1342, et dans Walch, Bill. symb. vet.,p. 29 sq. Cette même formule reparaît dans un concile tenu en 367 en Carie. Hahn, op. cit.. p. 184, note 60, donne d'utiles détails sur cette formule au sujet de laquelle on doit tenir compte des opinions présentées par Burn et Kattenbusch. La formule prendrait un intérêt particulier s'il était démontré qu'elle vient de Lucien d'Antioche, selon l'affirmation de Sozomène, Ilist. ec- cles., 1. 111, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1044; niais la question reste douteuse, comme le reconnaissent Hahn, op. cit., p. 184, note 60, et Gwatkin, Studies, p. 120-122. Ce second symbole était dirigé principalement contre les sabelliens. Il est très original dans sa partie centrale lorsqu'il multiplie les figures pour arriver à exprimer la ressemblance du Fils avec le Père quant à la substance. Une telle particularité suffirait à justifier l'opinion que formule Gummerus, Die komoùsianische Partei bis zuin Tode des Konstantius, iu-8, Leipzig, 1900. p. 15, quand ii représente les divers symboles du synode in encœniis comme des tâtonnements vers une formule fixe. La deuxième profession de foi, quoi qu'en puisse dire Hefele, est singulièrement équivoque. Cette phrase en parti- culier, « Le Fils n'a pas été créé comme les créatures ont été créées, » est moins anodine qu'on le pense. Loin de s'appliquer à refuser au Fils les épithètes de : engendré, créé, devenu, le concile lui applique le mot engendré, en conséquence les rédacteurs de la formule n'admettent pas une parité absolue entre la géné- ration du Fils et celle des autres êtres, ainsi donc sa création ne ressemble pas non plus à celle des autres êtres. Comme on sait, par ailleurs, que la majo- rité du concile qui agréa la rédaction de la deuxième formule était opposée à l'arianisme strict, c'est ce qui rend sa manière de parler parfaitement équi- voque. La source de cette équivoque peut difficilement être déterminée avec certitude. Une hypothèse plus ingénieuse que solide de Caspari, Alte und neue Qnellen, p. 33, 42, et de Harnack, dans Real-encyclopàdie fur protest. Theol. und Kirche, t. vin, p. 770, propose l'explication suivante : Les évêques ortho- doxes ne voulaient pas de l'arianisme, mais se contentaient d'une formule ayant pour base une profession de foi de Lucien, lequel, nous l'avons vu, était le proto- arien dont les écrits et les doctrines avaient servi de fond et de point de rallie- ment au groupe collucianiste d'où sortit l'arianisme. En admettant cette hypo- thèse très gratuite, il semble bon de l'améliorereu supposant que d'autres influen- ces intervinrent dans la rédaction de la profession de foi. D'après Philostorge, la conception du Fils comme à7rapaAXootTov Etxova serait une altération de la pure doctrine lucianiste par le sophiste Astérius. Il serait aisé de montrer que les idées et même les expressions caractéristiques de la deuxième profession de foi se trouvent dans les livres d'Eusèbe de Césarée contre Marcel d'Ancyre. En réa- lité le choix des termes qui composent cette formule confirme ce que nous disions de la répugnance persistante dans certains milieux orthodoxes pour la termi- nologie de Nicée et les nouveautés d'alors, comme était la consubstantialité. A cette tendance réactionnaire se joignait la tendance subordinatienne qui trouve ici pleine satisfaction dans la phrase où l'rrti parle du rang et de la gloire 56. LE CONCILE d'aNTIOCHE 727 va sentiret i . Baronius a vu dans cet iinus Grégoire de Cappadoce, destiné au siège d'Alexandrie ; les bénédictins de Saint-Maur de leur côté, dans la note qu'ils ont écrite sur ce passage de saint llilaire, pen- sent que le parti entier des évoques cusébiens était en suspicion. Ces deux sentiments sont également erronés, car le second symbole n'est dirigé que contre les sabelliens, peut-être contre Marcel d'Ancyre, comme le font voir le troisième symbole, et une phrase de saint Hi- laire 2 . Ce second symbole était ainsi conçu: « Conformément à la tradition évangélique, nous crovons en un Dieu le Père tout-puis- 1525] sant, l'auteur, le créateur et le conservateur de toutes choses, et en un Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique engendré, Dieu par qui tout a été fait, engendré du Père avant tous les temps, Dieu de Dieu, tout de tout, unique de l'unique, parfait de parfait, Roi de Roi, Sei- gneur du Seigneur, Verbe vivant, Sagesse vivante, vraie lumière, voie, vérité, résurrection, pasteur, porte, immuable et sans vicissi- tude, image adéquate de la Divinité, de la substance, de la volonté, de la puissance et de la gloire du Père, le premier-né de toute la création, qui au commencement était en Dieu, Verbe-Dieu, comme s'exprime l'Evangile : le Verbe était Dieu ; par qui tout a été fait et en qui tout subsiste ; qui aux derniers temps est descendu d'en haut est né d'une Vierge selon les Ecritures ; qui est devenu homme et médiateur entre Dieu et l'homme, l'apôtre de notre foi et l'auteur de la vie, ainsi qu'il le dit lui-même : Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais pour faire celle de celui qui m'a en- voyé 4 , qui a souffert pour nous et est ressuscité le troisième jour ; qui est retourné au ciel, et est assis à la droite du Père, d'où il vien- dra avec majesté et puissance pour juger les vivants et les morts ; et au Saint-Esprit qui nous a été donné pour la consolation, la sanctification et la perfection des fidèles, ainsi que l'ordonna Notre- Seigneur Jésus-Christ, quand il a dit à ses disciples : Allez et en- seignez tous les peuples, et baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, c'est-à-dire du Père qui est véritablement Père, propres à chacune des personnes divines. Enfin le terme d'hypostase était alors pour les ariens et pour un grand nombre d'orientaux, synonyme de substance, ce qui fait que l'expression tf, ij-àv ûïtoffrdtirei tpca rrj 5É (H. L.) 2. Joël, il, 28. 730 LIVRE III, CHAPITRE I Néronias, Maris de Chalcécloine, Théodore d'Héraclée et Marc d'Aré- thuse en Syrie 4 . Constant avait demandé des éclaircissements sur les motifs delà déposition de saint Athanase et de Paul de Constanti- nople 2 . Au dire de Socrate, cette nouvelle formule n'aurait pas été rédigée par le concile d'Antioche lui-même, mais par les évoques nommés ci-dessus et envoyée à l'empereur au lieu du symbole d'An- tioche (le deuxième ou le troisième) que ces évêques auraient caché dans leurs habits ; elle est ainsi conçue : «Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, auteur et créateur de toutes choses, de qui provient toute paternité dans le ciel et sur la terre. Et en son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, engendré du Père avant tous les temps ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, par qui tout a été [528] créé dans les cieux et sur la terre, le visible et l'invisible, qui est Verbe et Sagesse, Force et Vie et Lumière véritable ; qui, aux der- niers temps, s'est fait homme pour nous, est né d'une Vierge sainte, a été crucifié, est mort, a été enseveli et est ressuscité le troisième jour, a été de nouveau dans les cieux, où il est assis h la droite du Père, et il viendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts et pour rendre à chacun selon ses œuvres, dont le royaume restera inébranlable pour l'éternité (car ce n'est pas seulement pour maintenant qu'il est assis à la droite du Père, mais il y sera aussi dans l'avenir) ; et au Saint-Esprit, c'est-à-dire au Paraclet, qu'il avait promis à ses apôtres et qu'il leur a envoyé après être monté au ciel pour les instruire et ne leur laisser rien oublier ; par lequel sont aus- si sanctifiées les âmes qui croient véritablement en lui. Quant à ceux 1. S. Athanase, De synodis, c. xxv, P. G., t. xxvi, col. 725; Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. xviii, P. G., t. lxvii, col. 221 ; Nicéphore, Hist. eccles., 1. IX, c. x, P. G., t. cxlvi, col. 248; Mansi, Concil. amphss. coll., t. n, col. 1344; Walch, op. cit., p. 111 sq. ; A. Hahn, op. cit., p. 187, a. 156 ; F. Katlenbusch, op. cit., t. i, p. 260, 261 sq.. 269, note 53 ; 350 sq., 379, note 21 ; t. n, p. 199, note 26 ; 897. Les auteurs du symbole appartenaient à la Cilicie seconde (Né- ronias = Irénopolis), cf. Wiltsch, Kirchl. Geogr. und Statistik, t. i, p. 198 ; à la Thrace (Héraclée), cf. S. Jérôme, De viris illustribus, n. xc, édit. Richardson, Leipzig, p. 45 ; à la Bithynie (Chalcédoine). Cette quatrième formule d'An- tioche est basée sur le livre Vie des Constitutions apostoliques qui comprend une formule revisée d'après celle de la Didascalie. On trouvera une compa- raison des deux textes [Const.ap., vu, 41 = Antioch. } 4) dans Kattenbnsch, op. cit., 1. 1, p. 262 sq., reproduite dans A. Burn, An introd. to the Creeds, p. 88 sq. D'après Kattenbusch cette 4e formule serait la propre formule de Lucien que Sozomène a confondue avec la 2e formule. Ceci est pure hypothèse et une hypo- thèse qui confine à la fantaisie. (H. L.) 2. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. xvm, P. G., t. lxvii, col. 221. 56- LE CONCILE d'aNTIOCIIE 731 qui disent 1 : Le Fils est né du néant (i; ;■>/. ovtmv), ou d'une autre hypostasc ï"z Ixépaç ÛTCOTcaaetùç . et non pas de Dieu ; et ceux qui di- sent qu'il \ avait un temps où il n'était pas (fjv r.z-.i /pôvoç ots oùx ïjv . l'Eglise catholique les regarde comme étrangers. » Tous ces symboles ont le même caractère. Ils se rapprochent autant que possible de la loi de Nicée, sans cependant admettre le mot z[j.zoùaioç. Les anathèmes empruntés au concile de Nicée et insérés à la fin du quatrième symbole étaient surtout de nature à dissiper toute espèce de doute sur l'orthodoxie de leurs auteurs. C'est donc à tort que Sehelstrate, (loin Ceillier et Pagi ont voulu attribuer au concile or- thodoxe d'Antioche les trois premiers symboles et le dernier au con- ciliabule arien -. Ces quatre symboles sont, pour le fond, conçus de la même manière ; ils ne sont ni positivement ariens ni tout à lait or- thodoxes, ils laissent voir leur inspiration eusébienne ; ils restaient acceptables cependant pour des évêques orthodoxes, parce qu'ils ne [5291 contenaient rien qui lût, a proprement parler, erroné, et au con- traire ils renfermaient une condamnation formelle du principe de l'arianisme. Saint Hilaire de Poitiers est allé, nous l'avons vu, jusqu'à inter- préter dans un sens orthodoxe la seconde de ces formules (il ne parle pas des autres). Saint Athanase les juge plus sévèrement, sans toutefois les déclarer ouvertement hérétiques ; il les regarde comme un piège tendu à l'Eglise chrétienne par les évêques eusé- 1. Le quatrième symbole se distingue principalement des trois précédents par l'anathème final. Cet anathème, ainsi qu'on va le voir, ne diffère pas de celui de Nicée ; ce qui démontre une t'ois de plus le caractère d'indécision des formules antiochéniennes de o41 Ici les termes ^■Koa-dm; et oùaxa sout iden- tiques et signifient « substance » (cf. Loofs, dans Realencycl. f. prot. Theol. und Kirche, t. il, p. 26; Gummerus, op. cit., p. 15) tandis que dans le second symbole il en va tout autrement lorsqu'on lit: r/j ÛTrooroto-et tpia. I .'accord ne se fait que sur un point caractéristique, l'abstention — soit hostilité, soit défiance — de l'é|Jiooûo-ioç. Voici maintenant les textes de l'anathème : Antioche Aicëe i 'Io-j: 5; /.syjVTa;, r,v TtOTE OTE ÛÙx r,v, v.x rcplv ysvvr^v/ai oûx^v, xal oti i% où-/, ovtwv ÊyéveTo, V, iç éxépaç ÛTroa-râa'ecoç r, oùct'aç cpaaxov-ra;; sivai, /, xtkttov t\ rpeittov r t à.1- Xoitoxbv tov uîbv roù ©eoù, àva3 ; Lalore, Optatien, deuxième évêque de Troyes, et les conciles de Cologne et de Sardique. Eclaircissement historique, in-8, Troyes, 1868 ; C. H. Turner, The genuiness of the sardican canons, dans The Journal of theological studies, 1902, t. m, p. 370-397. (H. L.) 1. S. Jérôme, Chronicon, P. L., t. xxvn, col. 499. 2. Mamachi, Ad Joh. M. Mansium de ratione temporum Athanasianorum.. . epist. IV, in-4, Romœ, 1748. 3. H. J. Wetzer, Restitutio verx chronologix rerum ex controversis arianis ab anno 325-350 exortarum, in-8, Francofurti, 1827. 4. Hefele, Controversen ùher die Synode von Sardika, dans Tûbing. theolog. Quartals., 1852, p. 360 sq. 5. W. Cureton, The festal letters of Athanasius, discovered in an ancient syriac version, in-8, London, 1848 ; texte syriaque, dont le cardinal Mai donna une traduction latine, Nova patr. biblioth., Romae, 1853, t. vi, part. 1 ; repro- duite dans P. G., t. xxvi, col. 1339-1450. Une traduction allemande fut publiée par F. Larsow, Die Fest-Briefe des heiligen Athanasius, in-8, Leipzig, 1852 ; et une traduction anglaise par A. Robertson, Select writings and letters of 58- DATE DU CONCILE DE SARDIQUE 739 Parmi ces lettres, la xix fi , composée pour la Pâque de 347, par conséquent dans les premiers mois de cette année, a été écrite à Alexandrie 1 ; c'est ce que dit explicitement son contenu 2 . \JHistQ- ria acephala était donc dans le vrai en plaçant en octobre 346 3 le retour de saint Àthanase à Alexandrie; l'hypothèse de Mansi se [535] trouve confirmée et la donnée de Socrate et de Sozomène (l'unifor- mité de leurs témoignages permet de les regarder comme un seul témoin) plaçant ce retour en 347 réfutée par l'autorité de saint Atha- nase lui-même. Mansi fixait à l'année 344 la célébration du concile de Sardique ; le prologue des lettres festales donne l'année 3^3 ', on n'aura plus à choisir qu'entre ces deux dates 5 . Si ce prologue avait l'ancienneté et la valeur des lettres de saint Athanase, la question serait tranchée; mais il contient des erreurs manifestes de chronologie, par exemple au sujet de la mort de Constantin le Grand 6 ; aussi ne pouvons-nous accepter la date de 343 que si elle s'accorde avec d'autres données chronologiques. Le mieux est de partir de ce point incontestable, que saint Atha- nase est arrivé à Rome lors de la Pâque' de [339] 7 . On sait qu'il y a passé trois années entières, et qu'au commencement de la quatrième il s'est rendu à Milan, auprès de l'empereur Constant. C'était donc Athanasius, p. 495 sq. ; Th. Zahn, Gesch. d. Neutestamentl. Kanons, in-8, Erlangen, 1890, t. n, p. 203-212 ; E. Freppel, Etude critique sur les lettres pas- cales de saint Athanase, dans Commodien, Arnobe, Lac tance et autres frag- ments inédits, in-8, Paris, 1893. (H. L.) 1. Au sujet de la chronologie de l'index syriaque, cf. Hefele, dans Theolog. Quartals., 1853, p. 146 sq. ; R. Sievers, dans Zeitschrift fur die historische Théologie, 1868, t. xxxvm, p. 89 sq. ,• Gwatkin. Studies, Ire éd., p. 103-105; 2« éd. 107-109. (H. L.) 2. Larsow, op. cit., p. 141. 3. Le 21 octobre, Epist. heort. Chron., P. G., t. xxvi, col. 1355. (H. L.) 4. Larsow, op. cit., p. 31. Ce prologue taisait partie originairement d'une autre collection, aujourd'hui perdue, des lettres festales de saint Athanase : il a été ajouté par un copiste à la collection actuellement existante, cf. Gluck, dans Sitzungsberichte d. k. Akad. zu Wien, Ilist. phil., 1855t. xvn, p. 65. 5. Ces deux dates (343, 344) sont indiquées dans le titre des anciens mss. des canons de Sardique. Hardouin, Coll. concil., t. i, col. 635. On y lit que le concile de Sardique se tint sous le consulat de Léonce et Salluste, en 344; l'an- née 381 de 1ère d'Espagne, par conséquent en 343 d'après le calcul de Denys. 6. Cf. Hefele, dans Tiïb . theol. Quart., 1853, p. 163 sq. 7. Hefele donne 340, nous avons montré plus haut l.i rectification d'uue année qu'appelle cette date. (H. L.) 740 LIVRE IV dans l'été de [342] 4 . De là il traversa les Gaules et se rendit au concile de Sardique, qui commença à siéger dans les derniers mois de 343 2 . Il se prolongea probablement jusqu'au printemps de 344, car Euphratas de Cologne et Vincent de Capoue, que le concile dé- [536] puta à l'empereur Constance, ne purent arriver à Antioche que pour les fêtes de Pâques (344) 3 . Etienne d'Antioehe les traita d'une manière véritablement diabolique, mais ses indignes procédés furent bientôt connus, et un concile le déposa (après la Pâque de 344 4 ). Les membres de cette assemblée étaient des eusébiens; aussi donnèrent- ils Léonce le castrat pour successeur à Etienne. C'est à cette réu- nion que saint Athanase fait allusion quand il dit qu'elle se tint trois ans après le concile in encœniis (jjioapotm^oç), et qu'elle donnaune pro- fession de foi détaillée et tout imprégnée d'eusébianisme 5 . 1. Exactement: avril ou mai 342 et non 343. Au début de 343, Athanase vint en Gaule conférer avec Osius ; de là il se rend à Sardique où le concile a dû commencer dans l'été ou au plus tard dans l'automne de 343. (H. L.) 2. Voir la note précédente. Sievers, Einleitung, p. 106, demeure incertain sur la date de la rencontre d'Athanase et Osius, il hésite entre 342 et 343; mais pour ce qui est du concile, il ne conserve plus de doute. Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. vm, p. 92, avait adopté la date 347, d'après la chronologie de Socrate et de Sozomène ; l'ouverture qu'il fixe au 22 mai semble commandée par la date de la mort de Constantin (22 mai 337) ; cette façon littérale d'en- tendre le texte de Socrate et de Sozomène nous semble abusive, h' Index des Lettres /estâtes fixe l'ouverture du concile au 29 août 342. Nous mainte- nons cependant la date 343 pour les raisons qui vont suivre : 1° La lettre pas- cale pour 347 a été écrite à Alexandrie et le retour d'Athanase dans sa ville est fixé au 21 octobre 346, indépendamment de la chronologie de VIndex. Or, Constance écrivant à Athanase qu'il l'attend depuis plus d'une année, les né- gociations relatives au retour de l'évèque à Alexandrie auront occupé par consé- quent plus d'une année et demie, et le complot d'Etienne d'Antioehe ayant eu lieu à Pâques, ce ne peut être qu'à Pâques de l'année 344, ce qui reporte le concile de Sardique à 343. — 2° La rencontre d'Athanase et de Constant à Milan ne peut être antérieure au printemps de 342, probablement au mois de mai. (H. L.) 3. Sievers, Einleitung, p. 108. 4. S. Athanase, Histor. arianor. ad monachos, c. xx, P. G., t. xxv, col. 716 sq. 5. La date 344 pour ce concile paraît seule acceptable. On trouve cependant 343 (Dict. de théol. catkol., t. i, col. 1434) et 345 {Hev. d'hist. ecclés., 1903, t. iv, p. 197) et Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche, in-8, Breslau, 1897, p. 192, n. 159, qui donne le texte critique de l'sxQeaiç (AaxfôffTtx ? d'après saint Atahnase, De synodis, c. xxvi ; Socrate, Hist. ecclés., 1. II, c. xix, et Nicéphore, Hist. ecclés., 1. IX, c. xi ; Sozomène, Hist. ec- clés., 1. III, c. xi, n'en avait donné qu'un abrégé ; cf. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. ii, col. 1361 sq. ; Walch, op. cit., p. 113 sq. Ce symbole répète et étend un peu celui qui est désigné sous le nom de 4e d'Antioehe, rédigé en 341. Il jette 58. DATE DU CONCILE DE SABDIQDE 741 La conduite indigne d'Etienne, évêque d'Antioche, ébranla la confiance de l'empereur dans le parti arien. Dans l'été de 344, il autorisa le retour à Alexandrie tics clercs exilés de saint Athanase. Dix mois plus tard (en juin 345 4 ), mourut Grégoire, l'évêqûe intrus d'Alexandrie. Constance ne permit pas qu'on lui donnât de succes- seur; il envova au contraire trois lettres à saint Athanase pour l'in- viter à revenir dans sa ville épiscopale. Le siège d'Alexandrie resta inoccupé pendant plus d'un an, c'est-à-dire jusqu'au mois d'octobre 346 - ; ainsi saint Athanase rentra dans sa ville épiscopale. Appuyés sur des monuments d'une valeur incontestable, sur les lettres festales et sur Lavant-propos, nous arrivons à un système chronologique en harmonie avec les données de l'histoire et accep- table dans toutes ses parties. L'objection émise 3 contre la date 344 [537] peut maintenant se résoudre. Il est exact qu'en 353 ou 354 le pape Libère a écrit que « huit ans auparavant les députés des eusébiens, Eudoxius et Martyrius (venus en Occident avec LexÔeiriç [i.axpô<7Ti^oç), n'avaient pas voulu à Milan anathématiser la doctrine arienne ». Mais ce concile de Milan se tint vers l'an 345 4 , après et non avant le concile de Sardique. Nous sommes moins heureux au sujet d'une autre difficulté. Les eusébiens, réunis à Philippopolis, rappellent dans leur lettre synodale la déposition « dix-sept ans auparavant d'Asclépas de Gaza ». Cette déposition eut lieu dans un concile tenu l'auathème sur les principales erreurs des ariens, s engage dans des explica- tions un peu diffuses contre les ariens et les sabelliens, Marcel d'Ancyre et Photin, enfin contre saiDt Athanase qui avait attaqué cette proposition « que le Père avait engendré le Fils par sa volonté ». Ailleurs on trouvé cette propo- sition semi-arienne, que « le Fils est semblable au Père en toutes choses ï. Pour les détails, cf. S. Athanase, De synodis, c. xxvi, P. G., t. xxvi, col. 728. (H. L.) 1. Le 26 juin. Saint Atlianase, Epist. heort. Chron., P. G., t. xxvi, col. 1355, rapporte le fait à l'année 3'i6. Sievers, Einleitung, p. 108, ne trouvant pas de place entre le 26 juin 346 et le 26 octobre 346 pour les trois lettres de Cons- tance et les trois voyages d'Athanase auprès de Constant, du pape Jules et de Constance, place la mort de Grégoire au 26 juin 345. Du 19 mars 339, date de son intronisation, au 26 juin 345, on a les six années d'épiscopat marquées par Théodoret, Hist. ecc/es.,1. II, c. m, P. G., t. lxxxvii, col. 996. (H. L.) 2. Le 21 octobre. Chronicon syriacum, P. G., t. xxvi, col. 1355. (H. L.) 3. Hefele, Controverse/! in betr. der Synode von Sardika, dans Tub. theol. Quartals., 1852, t. xxxiv, p. 376. 4. Cette date flotte entre la fin de 344 et le commencement de 345. La date fin 346 commencement 347, adoptée par X. Le Bachelet, dans le Dict. de theol. cath., t. i, col. 1817, vise un deuxième concile tenu à Milan, deux ans après celui dont nous parlons; ces deux assemblées sont souvent confondues. (H. L.) 742 LIVRE IV à Antioche i . Si nous identifions ce concile d'Antioche avec celui de [331] qui déposa aussi Eustathe d'Antioche, nous arrivons à donner l'année [348] pour la célébration du concile de Philippopolis, et par conséquent aussi pour le concile de Sardique. On peut répondre à cette objection : a) qu'Asclépas de Gaza a été déposé trois ans avant ce concile d'Antioche de 330; ou bien b) que la traduction latine de la lettre synodale de Philippopolis (le texte original en est perdu) est fautive au sujet de ce chiffre de dix-sept. Dans tous les cas, cette lettre synodale ne saurait infirmer ce l'ait incontestable de la composition de la lettre pascale de 347 à Alexandrie, et par conséquent de l'antériorité du concile de Sardique. 59. Objet du concile de Sardique. La lettre synodale 2 nous apprend que le concile de Sardique fut convoqué par les empereurs Constant et Constance, sur le désir du pape Jules 3 , pour trois motifs : 1) pour mettre fin aux différends en particulier ceux relatifs à Athanase, à Marcel d'Ancyre et à Paul de Constantinople ; 2) pour extirper toute erreur de l'enseignement religieux, et 3) pour faire professer par tous la véritable foi en Jésus-Christ. Dans un autre écrit le concile expose différemment la triple [538] objet de sa réunion : 1) la restauration de la vraie foi alté- rée par plusieurs, 2) la déposition projetée de plusieurs évê- ques, 3) les actes de cruauté exercés contre des évêques, des 1. S. Athanase, Apolog. contra arianos, c. xlvii, P. G., t. xxv, col. 332. 2. S. Athanase, Apol. contra arianos, c, xliv, P. G., t. xxv, col. 324 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. m, col. 58. 3. Se fondant sur une expression de Socrate, 1. H, c. xx, P. G., t. lxvii, col. 233 sq. Binius a déclaré dans ses notes sur le concile de Sardique (Mansi, op. cit., p. 75) que le pape Jules avait convoqué le concile de Sardique ; d'autres l'ont répété après lui. Voici le texte de Socrate : « Plusieurs qui n'avaient pas paru à Sardique auraient voulu expliquer leur absence par le délai trop court qui avait été fixé et en faire retomber la faute sur le pape Jules. y> Il est incon- testable que Socrate confond ici le concile de Sardique avec celui de Rome et rapporte au premier ce qui avait été dit du second. Dans saint Athanase, Apolog. c. arian., c. xxv, P. Z., t. xxv, col. 289. Noël Alexandre, Hist. eccl., sec. iv, dissert XXVil, art. 1, p. 454, éd. Venet., a examiné avec tous les détails la question de savoir qui a convoqué le concile de Sardique. 60. MEMBRES ET PRÉSIDENCE DU CONCILE DE SARDIQUE 743 prêtres et d'autres clercs *. La convocation prouve qu'on désirait : a) faire porter par un concile universel une sentence définitive contre Athanase et les autres évêques jugés d'une manière si différente en Orient et en Occident, et obtenir par ce moyen la tranquillité dans l'Eglise et dans l'Etat; b) mettre la vraie foi à l'abri des machinations des eusébiens qui avaient donné en quelques mois quatre symboles différents et qui traitaient ainsi les questions de foi d'après leur intérêt ou leur caprice. Afin de rendre ce concile aussi nombreux que pos- sible, on lui assigna Sardique ou Serdique pour lieu de réunion, parce que cette ville, quoique située dans l'empire de Constance, 15391 se trouvait à peu près sur la limite des deux empires et dans une position centrale 2 . 60. Membres et présidence du concile de Sardique. Les évêques occidentaux, auxquels s'étaient joints quelques évê- ques grecs profondément dévoués à la foi de Nicée, arrivèrent les premiers à Sardique. Les eusébiens, obéissant à Tordre de l'empe- reur, s'y rendirent dans l'espoir de faire confirmer à Sardique leurs conclusions contre saint Athanase et ses partisans. Pour atteindre ce but, ils comptaient sur l'appui de l'empereur Constance et de deux hauts fonctionnaires, Musanius et Hesyehius, délégués par l'empe- reur 3 . Le nombre des représentants de chaque parti est évalué très diver- 1 Mansi, Conc. ampliss. coll., t. m, col. 40; Hardouin, Coll. concil., t. i, col. 653. 2. Sardique (Ulpia Sardica), faisant parlie de la Thraçe, devenue plus tard capitale de la Dacia liipensis, se trouvait dans YIllyricum orientale et appar- tenait par conséquent à l'empereur Constance ; elle faisait cependant partie du patriarcat romain, cf. Wiltsch, Kirchl. Statistih, t. i, § 44, 80, 88). Attila dé- truisit cette ville; mais elle fut rebâtie et existe encore aujourd'hui sous le nom de Sofia (en bulgare Triaditza), dans la Bulgarie, à 500 kilomètres à l'ouest de Constantinople. Elle compte environ 50.000 liabitants, parmi lesquels 6.000 chrétiens. Sofia est le siège d'un métropolitain grec et d'un vicaire apostolique romain. Depuis quelque temps, le vicaire apostolique ré- side à Philippopolis, ville voisine de Sofia et qui joue un si grand rôle dans l'histoire du concile de Sardique. 3. S. Athanase, Apolog. contra arian., c. xxxxvi, P. G., t. xxv, col. 308 sq. ; Hist. arian. ad monachos, c. xv, P. G., t. xxv, col. 709 sq. ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 662 ; Mansi, op. cit., t. m, col. 58. 744 LIVRK IV sèment par les actes, mais nous pouvons le déterminer d'une manière approximative. Les eusébiens disent, dans leur lettre synodale 4 , qu'ils étaient au nombre de quatre-vingts; les signatures ne donnent que soixante-treize noms, auxquels il faut ajouter ceux des évêques Maris de Chalcédoine, Macédonius de Mopsueste et Ursace de Sin- [540] gidunum, présents au concile ~, ce qui fait soixante-seize évêques eusébiens, c'est-à-dire le nombre donné par Socrate 3 et Sozomène 4 ; Socrate prétend tenir ce nombre de Sabinus d'Héraclée, témoin plus ancien que lui-même 5 . Les membres les plus distingués du parti eusébien étaient : Etienne d'Antioche, Acace de Césarée en Palestine, Théodore d'Héraclée, Marcus d'Aréthuse, Eudoxe de Germanicie, Basile d'Ancyre (devenu plus tard le chef des semi-ariens), Valens de Mursa, Démophile de Véroa et Maris de Chalcédoine, Macédonius et Ursace dont nous avons déjà parlé. Dianée de Césarée en Cappa- doce, qui n'était pas précisément eusébien, et le célèbre Ischyras étaient inféodés au parti 6 . Il est plus difficile de déterminer le nombre des Occidentaux, ou 1. S. Hilaire, Fragmentuin IH, n. 16, P. L. , l. x, col. 668; Mansi, op. cit., t. n, col. 132. 2. Les eusébiens dans cette lettre synodale (Mansi, op. cit., t. ni, col. 133) disent que des six évêques envoyés de Tyr avec la commission d'enquête dans In Maréotide, cinq assistaient au concile de Sardique, le sixième, Théognis de Nicée, était mort. cf. Tillemont, Mém. lus t. eccles., édit. Bruxelles, t. vi, p. 141, Dissertation sur les ariens, art. xxxvm. Il en résulte que Maris, Macé- donius, Ursace, Valens, Théodore étaient présents au synode et les noms des deux derniers avaient seuls été ajoutés aux signatures, Tillemont, op. eit., t. vin, p. 291, note 52 sur saint Athanase. 3. Socrate, Hist. eccles., I. II, c. xx, P. G., t. lxvii, col. 235. 4. Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. xn, P. G., t. lxvii, col. 1064. 5. Sabinus, évêque d'Héraclée en Tlirace, semi-arien affilié à Macédonius. Il écrivit une S-Jvaywyï) rwv ç xepi tûv xotouTwv oôçat Ttvà çspetv xapatnrjciv , otaêsêatoojxevov âxb tou" tcXtqôouç éauTOV xexouicôai ypç Srjôev ■cbv sauTbv e^etv èiucxoxov àî;touvTaç. xaOà-a^ ouv ixç zci zzzr r AiusxptvavTO ot STrï-y-O-si' Ta AsyOs'vTa r.psTEv. 1. Ellics du Pin, Zte antiqua Ecclesise disciplina, éd. 4, Mogunthe, 1788, dis- sert. Il, 3, p. 86. 2. Fleury, //is*. eccles., 1. XII, 39. 3. Ceillier, Ilist. génér. des auteurs sacrés, l. iv, p. 68'» ; 2e edit., i. m, p. 348. 4. Néander, Kirchengeschichte , 2 e édit., t. m, p. 348. 5. Stolberg, Geschuhte der Relig. Jesu, t. x, p. 489, note 9 : in solchem l'aile (dans ce cas), ces mots font voir que l'auteur entend le canon dans le sens ex- posé ci-dessus. 6. Eichhorn, Kirchenrecht, t. i, p. 71. 7. Kober, op. cit., p. 390. 8. Fuchs, Bibliothek der Icirchenversammlungen, t. ti, |>. 108. 9. Rohrbacher, Ilist. universelle de l'Eglise, t. vi, p. 310. 10. Ruttenstock, Instit. hist. eccles.. t. n, p. 128. 11. Dans Denys, Isidore cl la Prisca. canon 7. CONCILES — II - 19 770 LIVRE IV Osius episcopus dixit : Placuit autera, ut si episcopus accusatus fuerit et judicaverint congregati episcopi regionis ipsius, et de gradu suo eum dejecerint, si appellaverit qui dejectus est, et confugerit ad episcopum Romanae Ecclesiae et voluerit se audiri : si justum putaverit, ut renovetur judicium (vel discussionis examen), scribere his episcopis dignetur, qui in finitima et propinqua provincia sunt, uti ipsi diligenter omnia requirant et juxta fidem veritatis definiant. Quod si is, qui rogat causara suam ite- rura audiri, deprecatione sua inoverit episcopum Romanum, ut de latere suo presbyterum mittat, erit in potestate episcopi, quid velit et quid aes- timet ; et si decreverit mittendos esse, qui présentes cum episcopis judi- cent, habentes ejus auctorititem a quo destinati sunt, erit in suo arbitrio. Si vero crediderit episcopos sufficere, ut negotio terminum imponant, faciet quod sapientissimo consilio suo judicaverit. Le sens est celui-ci : «quand un évêque déposé par les évêques de sa région fait appel à Rome, si le pape juge nécessaire la revision du procès, il mande aux évêques les plus rapprochés de la province en question 1 d'examiner l'affaire en détail, et de rendre un juste juge- ment . Mais si celui qui réclame une deuxième instance obtient de l'évêque romain 2 l'envoi de prêtres de son entourage pour former avec les évêques susdits le tribunal et qu'ils en obtiennent la ^ -* présidence (laquelle appartient au pape), ce dernier est libre d'agir de la sorte 3 . Mais s'il pense que seuls les évêques 4 suffisent à former ce tribunal et à rendre cette sentence, qu'il fasse pour le mieux. » Ce canon est passé dans le Corp. fur. canon. 5 . La comparaison du canon 5 e avec la troisième partie du canon 3 e explique en détail cette dernière en ce qui a trait «à la deuxième instance, a) Le 3 e canon avertit les juges du procès en première instance d'avoir à déférer l'affaire à Rome ; le 5 e canon ajoute que l'accusé peut seulement faire appel à Rome, b) S'il plaît au pape de cons- tituer avec les évêques des provinces voisines un tribunal de seconde 1. Le texte grec porte toïç ày/ta-rEyouat ir, intxpyiz ; le texte latin : qui in fini- tima et propinqua provincia sunt; on voit qu'il n'y a là aucune différence sé- rieuse. 2. D'après la correction du texte proposée par Mansi et que nous avons in- troduite dans le nôtre. 3. P. de Marca, De concordia sacerdotii et imperii, 1. VII, c. ni, 11, p. 1001. 4. Au lieu de to-j kmaxônov, il faut lire : xov; iTzirr/.ônovç, c'est-à-dire le régime de è?apxeiv; cf. Tiibing. theol. Quartals., 1825, p. 26, note 20. 5. Cause I, quest. vi, canon 36 (Hispana). 64. LES CANONS DE SARDIQUE 771 instance, il leur écrira sa décision. Le 5 e canon ajoute que le pape peut faire entrer des prêtres romains dans ce tribunal et leur déléguer son droit de présidence. Le sens des trois canons est très clair ; cependant ils ont fait l'objet d'une controverse très vive entre gallicans et ultramontains, ce qui s'explique par le souci constant d'en tirer parti dans un sens ou dans l'autre, au lieu de les étudier en eux-mêmes. La première question est de savoir si les droits reconnus au pape par le concile de Sardique lui étaient attribués pour la première fois ; c'est [570J la thèse de Pierre de Marca *, Quesnel 2 , Dupin 3 , Richer 4 , Fébro- nius 5 etleurs successeurs. Mais Noël Alexandre 6 a démontré irréfu- tablement le contraire. Le principe de l'appel, contenu dans l'idée de la primauté, et par conséquentdans le fait même de la fondation divine de cette primauté, était appliqué avant le concile de Sardique, qui n'a fait que définir et proclamer un droit préexistant. Cette démons- tration a été reprise par les Ballerini 7 , Palma 8 , Roskovany 9 et par d'autres. La formule : si placet, employée dans un concile, ne signifie jamais : « Si vous le trouvez bon, nous allons définir et pro- clamer ceci ou cela 10 . » Les mots du 3 e canon : sancti Pétri apostoli memoriam honoremus, n'autorisent pas l'opinion d'après laquelle le concile accordait au pape une prérogative nouvelle. La reconnais- sance d'un droit, même d'un droit ancien appartenant au pape, se fait toujours par respect pour Pierre, qui a le premier reçu de Jésus- Christ la primauté. Il faut se souvenir qu'à l'époque du concile de Sardique, le droit d'appel à Rome n'était pas reconnu partout: les eusébiens l'avaient contesté peu auparavant au pape Jules 11 , et dans 1. P. de Marca, op. cit., 1. VII, c. n, 6. 2. Ballerini, dans S. Leonis, Opéra, t. n, p. 951, n. 14, observât, in Impart, dissertât. V Quesnelli. 3. Ellies du Pin, op. cit., diss. II, c. i, 3, p. 86. 4. Richer, Hist. conc. generalium, 1. I, c. ni, 4, Colonise, p. 93. 5. Febronius, De statu Ecclesiœ, cap. v, 5, 6. 6. Nat. Alexander, Hist. eccles., ssec. iv, dissert. XXVIII, propos, i, p. 461 sq. 7. Ballerini, dans S. Leonis, Opéra, I. n, p. 947 sq., 978 sq. 8. Palma, op. cit., p. 86-89. 9. Roskovany, De primatu roman. pontif., iu-8, Augustœ Vindelicorum, 1834, p. 191, 195. 10. Nat. Alexander, Hist. eccles., p. 463 : Mos enim solemnis est veteribus con- cilies, cum antiquas Ecclesiœ consuctudines le^esque non scriptas rénovant, illas proponere, quasi de novo instituerint, etc. 11. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xxn, xxm, xxv, P. G., t. xw, col. 284, 285, 289. 772 LIVRE leur encyclique de Philippopolis, ils le contestèrent encore, parti- culièrement clans ces mots : ut orientales episcppi, etc. Edmond Richer, syndic de Sorbonne, souleva une seconde con- troverse à propos de ces canons. Le nom du pape Jules se trouvant dans le 3 e canon, il suppose que le droit d'appel à Rome établi en faveur de ce pape n'a pas passé à ses successeurs 4 . Spittler a ré- [571] futé cette argumentation. « On prétend, dit-il, que les canons de Sardique ont été provisoires, décrétés pour les besoins d'une époque, en particulier pour sauver Athanase persécuté à outrance par les ariens. On aurait imaginé pour le délivrer de rendre légal l'appel aune sentence définitive donnée par l'évêque romain. Richer a exposé et défendu cette explication adoptée par Horix 2 . Cette dis- tinction entre canons provisoires et définitifs n'enlève-t-ell.epas toute autorité aux canons des conciles? Comment distinguer les canons provisoires des canons qui ne le sont pas? Les Pères du concile de Sardique n'ont pas mis de restriction : n'est-ce pas pure fantaisie d'en mettre? Si la position très embarrassée d'Athanase a grande- ment contribué à la rédaction de ces canons, il ne s'ensuit pas qu'ils sont provisoires. A tenir pour provisoire tel décret motivé par telle circonstance connue, on infirmerait presque toutes les lois les plus importantes de l'ancienne Eglise 3 . » Ajoutons que dans le 4 e et le 5 e canon, traitant de l'appel à Rome, on ne nomme plus personnellement le pape Jules, mais bien l'évêque romain; de plus, si les Pères de Sardique désiraient venir en aide à Athanase, ils auraient mal réussi en ne conférant les droits dont nous parlons qu'au seul pape Jules qui mourut peu de mois après la tenue du concile. Athanase se serait alors trouvé sans protecteur. La troisième controverse porte sur le caractère de la prérogative [5721 attribuée au pape par les canons de Sardique. Les gallicans, suivis par Van Espen et Febronius, pensent que ces canons ne parlent pas d'une appellation proprement dite à Rome, mais d'une simple revi- sion du premier jugement, et qu'ils ne reconnaissent au pape que le droit d'ordonner cette revision 4 . La preuve en est, disent-ils, 1. Riclier, op. cit., 1. I, c. m, 4, p. 90. 2. In concordatis nationis Germ. integris, etc., t. n, p. 25; t. m p. 129-132. 3. Spittler, dans la dissertation : Kritische Untersuchung der Sardicensischen Schliisse, d'abord imprimée dans le Geschichlsfbrscher, de Meuse!, 4' part., Halle, 1777, puis dans les Werke de Spittler, édition Cari. Wachter, part. 7, p. 129 sq. 4. Ellies du Pin, De antirj. Ecoles, discipl., dissert. II, c. i, 3, p. 86, 88. 64. LES CANOXS DE SARDIQUE 773 dans le fait que les juges en première instance doivent aussi siéger en la revision, mais assistés alors par des évêques étrangers à la province *. Comme il est de règle que les juges de première instance ne siègent pas en appel, si le concile de Sardique avait voulu convo- quer à la deuxième instance les juges de la première instance, il n'eût pas parlé d'appel. Rien au reste n'autorise cette opinion, au contraire tout semble l'exclure. Noël Alexandre 2 , les Ballerini 3 et Palma 4 ont réfuté l'opinion de Richer. Les gallicans s'appuyent sur le sentiment d'Hincmar, archevêque de Reims, qui, en professant cette erreur, a été conséquent avec lui-même 5 . L'appel a encore pour effet de retirer l'affaire au premier juge et de suspendre l'exécution de la sentence jusqu'au second jugement, qui confirme ou casse le précédent. La prérogative accordée au pape par le 4 e canon a aussi cet effet; nous en pouvons conclure qu'elle consacre le droit d'appel. Le 5 e canon donne explicitement [5/3J le nom d'appel à ce recours au pape (èx>t,aXear«fji,evoç, appellaverit); et à ce propos nous observerons que la nomination des juges de deuxième instance par le pape, la faculté à lui donnée de leur adjoindre ses légats, lait sien ce jugement qui se trouve ainsi être véritablement rendu en son nom. Joignons à la réfutation de ces théories gallicanes, la réfuta- tion de certaines théories ultramontaines. Palma se trompe quand il a écrit « que les plus fameux parmi les canons de Sardique, étaient ceux in quitus de appellationibus agitur^ a quolibet episcoporum judicio ad Romanum pontifîccm deferendis » 6 . Les canons de Sardi- que ne parlent d'appel que dans le cas de déposition d'un évêque par les comprovinciaux ; il ne va pas au delà. Les Ballerini et Palma ont revendiqué pour le pape, en vertu des canons de Sardique, et en cas d'appel, le droit d'évoquer l'affaire à Rome et de l'y juger sans recourir aux évêques de la province voisine 1. Van Espen, op. cit., p. 269 ; Marca, op. cit , 14 ; Ellies du Pin, op. cit., p. 90. 2. Nat. Alexander, Hist. eccles., saec. iv, dissert. XXVIII, propos, n, p. 463 sq. 3. Ballerini, op. cit., p. 951. 4. Palma, op. cit., p. 92. 5. Cf. La lettre d'Hincmar au pape Jean VIII au nom de Charles le Cliauve ; cf. Nat. Alexander, op. cit., p. 465; Marca, op. cit., lib. VII, c. m, 14. 6. Palma, op. cit., p. 86 et p. 91, il dit encore : De quibuslibet ecclesiaslicis judiciisy in quibuf ad eum (le pape) fuerit appcllaluin. 774 LIVRE IV de celle de l'inculpé 1 . Les canons ne disent rien de semblable, sinon que le pape peut instituer un second tribunal avec les évêques des provinces voisines, et leur adjoindre deux de ses légats. A la fin du 4 e canon, il est bien question en général dune décision de Rome, mais non au sens de Palma et des Ballerini. Voici le sens exact : le pape seul décide s'il faut donner suite à l'appellation, par la consti- tution d'un second tribunal : ou bien il confirme le jugement rendu en première instance, ou bien il institue un nouveau tribunal: mais il n'est dit nulle part qu'il puisse juger l' affaire lui-même indépen- damment de ce tribunal. C'est encore dans ce sens qu'il fautenten- [574J dre les derniers mots du 5 e canon : « Le pape peut faire ce qui lui semble juste : c'est-à-dire envoyer ou non ses légats à ce tribunal. » Palma et les Ballerini paraissent avoir erré sur un autre point 2 . D'après eux il ne s'agit pas dans le 3 e canon de l'appel proprement dit, mais simplement de la revision du procès, les canons 4 e et 5 e parleraient seuls de l'appel 3 . Ils fondent leur raisonnement sur ces mots du 3 e canon : Si vobis placet, sancti Pétri apostoli memoriam honoremus. Ces mots marqueraient, d'après eux, la concession au pape d'une prérogative qu'il ne posséderait pas de droit, prérogative qui ne saurait être le droit d'appel que le pape possède de droit divin. En conséquence, d'après le 14 e canon d'Antioche, la cause aurait pu être examinée dans un concile plus important et sans l'inter- vention du pape ; mais le concile de Sardique réclama l'intervention du pape pour rendre la revision plus sûre. Tous ces détours paraissent inutiles, car les mots : memoriam... honoremus ne sont pas si difficiles à expliquer que les ultramontains le supposent; de plus la coïncidence entre le 3 e et le 5 e canon est si rigoureuse que si dans le 5 e il est question de l'appel, il en est cer- tainement aussi question dans le 3 e . Le 3 e canon et le 5 e s'occupent également du jugement en première instance porté par les évêques de la province de l'accusé 4 , puis du recours à Rome après ce pre- mier jugement, enfin les canons 3 et 4 s'occupent de la nomination par le pape des évêques des provinces voisines de celle de l'accusé pour former un tribunal de deuxième instance. Sur quel fondement 1. Ballerini, p. 950, 951 ; Palma, op. cit., p. 93. 2. Ballerini, dans S. Leonis, Opéra, t. n, op. cit., p. 947-950 ; Palma, op. cit., p. 88, 89, 92. 3. Walter, Kirchenrecht, lie édit. , p. 34, n. 27, adopte et expose les conclu- sions des Ballerini, sans regarder au-delà. 4. Palma concède très bien cela, op. cit., p. 90. 64. LES CANONS DE SARDIQUE 775 [575] s'appuvera-t-on pour voir clans le 3 e une simple revision et dans le 5 e l'appel proprement dit? Dira-t-on que dans le 5 e canon l'évè- que condamné défère lui-même sa cause à Rome, tandis que dans le 3 e canon les juges font sur sa demande cet appel? Cet argument serait inadmissible. La citation du 14° canon d'Antioche 1 par les Ballerini et Palma n'est pas heureuse : car, a) dans ce canon, la revision du procès n'est autorisée que dans le cas où les juges de première instance ne s'accordent pas; s'ils s'accordent, la revision est défendue par le 15 e canon de ce même concile d'Antioche. Au con- traire, les canons de Sardique autorisent la revision dans un cas comme dans l'autre. 11 est évident que le canon de Sardique permet ce que celui d'Antioche défend ; ainsi Ballerini et Palma s'égarent quand ils soutiennent que le 14 e canon du concile d'Antioche permet absolument une revision du procès jugé en première instance. £) Le 14 8 canon d'Antioche disposait que le tribunal en seconde instance devait comprendre les évêques de la province de l'accusé, c'est-à- dire ses juges en première instance; il permettait à peine de leur adjoindre quelques nouveaux évêques. Le second tribunal institué par le canon de Sardique est donc très différent de celui dont parle le concile d'Antioche; par conséquent, l'opinion de Palma et des Ballerini est insoutenable, f) En outre, le 3 e canon reconnaît au pape non seulement le droit de décider de l'institution de ce tribunal, mais encore, comme dans le canon 5 e , celui de nommer, s'il le jugeait nécessaire, les membres qui devaient constituer ce tribunal. Ce n'était donc pas un tribunal séparé de lui; c'était plutôt son propre tribunal. Les Ballerini et Palma avaient un autre motif pour nier qu'il fût ques- tion d'appel dans le 3 e canon : c'est qu'autrement, leur explication du 4 e canon était réduite à néant. Soutenant que le 4 e canon autorise l'appel au Saint-Siège après le jugement en deuxième instance des évêques de la province voisine de celle de l'accusé et remettant la décision au pape, ils ne pouvaient reconnaître l'appel dans le 3 e canon, sous peine d'admettre deux appels. Puisque le tribunal de deuxième instance érigé par le pape décidait au nom de celui-ci, permettre [576] d'appeler de cette sentence c'était autoriser l'appel du pape au pape. Pour éviter cette contradiction, les Ballerini et Palma ont nié qu'il s'agit de l'appel dans le 3' : canon. Ils voulaient avant tout maintenir leur explication du 4 e canon, et prouver que le pape avait seul le droit de 1. Palma, op. cit., p. 88. 776 LIVRE IV décider à Rome sur l'affaire; pour établir ce droit ils expliquaient, dans un sens inadmissible, les derniers mots du 4 e canon : èàv [J.r, b TYJÇ Pm[J.0U(i)V ETCtaXOTCOÇ •/.. t. X. . Voici maintenant nos conclusions sur le sens de ces trois canons de Sardique : 1) Si un évêque déposé par ses comprovinciaux croit avoir le bon droit de son côté, il peut en appeler à Rome soit par lui-même (5 e canon), soit par l'intermédiaire de ses juges en première instance (3 e canon). 2) Rome reçoit ou rejette l'appel. Dans le dernier cas, elle con- firme le jugement rendu en première instance ; dans l'autre cas, elle constitue un tribunal de deuxième instance (c. 3). 3) Pour juger en deuxième instance, Rome fait choix d'évèques voisins de la province de l'accusé (c. 3 et 5.) 4) Le pape peut ajoindre ses propres légats à ces évèques, et ces légats présideront en son nom (c. 5). 5) Dans le cas où un évêque, déposé en première instance, en ap- pelle à Rome, on ne peut disposer de son siège épiscopal avant la confirmation du premier jugement par le pape ou la décision rendue par le tribunal de deuxième instance 2 . \p' '] Dans l'affaire du prêtre Apiarus de Sicca (en 417-418) le pape Zozime invoqua les canons de Sardique, qu'il confondait avec ceux du concile de Nicée 3 . Dans la suite des temps le droit canon défini à Sardique a été modifié, le synode provincial a perdu le pouvoir de déposer, même en première instance, un évêque de la province ; ce droit a été déféré au pape, parce qu'il s'agissait là d'une cause ma- jeure. C'est au ix e siècle, que nous constaterons pour la première fois l'existence de ce nouveau droit canon issu du temps et des cir- constances ; il apparaît lors de la discussion entre les Hincmar, c'est- à-dire au sujet de Rothade de Soissons et d'Hincmar le jeune, évêque 1. Palma, op. cit., p. 9^!; Ballerini, op. cit., p. 950, n. 10. 2. Marchetii parle d'un ancien écrit concernant le concile de Sardique inti- tulé : Del concilia di Sardica e de stioi canoni su la forma de giudizi eccle- siastici, Rom., 1 7 8i> ; el. en particulier les trois canons que nous venons de commenter. 11 ne m'a pas été possible de mettre la main sur cet écrit ; mais, d'après ce que dit Marchetli lui-même, la perte ne serait pas grande. 3. Voir p. 504.il. G, 7 ; p. 505, note 1, 3. Sur le texte des canons de Sardique, leur suture avec les canons de Nicée dans les collections romaines, la clause finale et les signatures épiscopales, cf. Fr. Maassen, Geschichte des Quellen und der Literatur des canonischen Redits, in-8, Graz, 1870, t. i, p. 5065. (H. L.) 64- LES CANONS DE SARDIQUE 777 de l.aon, et trouve son expression définitive dans les fausses décré- tâtes -. G AN. 6 '. Ocrioç i~i~y.z~zz eTx£V" Eàv cuj/.êïj èv \j.\j. izxpyta, àv y] xXsïotoi ï~i~- v.zt.z'. T'JYyzvou-iv ïvx èxîcxoxov àxo^eïvou, xàxetvoç xaxà xtva à^éXsiav ;j.y; J3ouXyî6yj suveXôeïv xai auvaivécat ty] xaxaoràast xôiv èxiaxoxttv , xà ok xXy)6yj uuvaôpotaOévTa xapaxaXoî£V vivssOai Tr ( v /.aTzsTaa-iv xoû xap' aùxâv èxiÇy)- TOUf/,£VOU èxtJXÔXOU' /pY] XpOTEpOV EXEÏVOV TOV £Var:0|J.£tVaVXa ÈxtffXOXOV ÛXO[Jt.l- [jLVïjaxecrôat z'.y. YpafJt[JtaTpou é~y.pyiy.~ îxtaxoxouç, xpbç tyjv xaxaircacriv xoj tyjç [JLYjTpoxôXewç èxtaxbxou. 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"ï; xoioiixoiç u,y] âpvr)- xéav aiva 1 . ttjv (3o^9eiav, àXXà x w P'Ç jjisXXij xb xpôa-wTtov où/. çxifQovov tuyx^vsi, xaï. t« TCapaa7_£()Yja6[j.£va Aôcttov oiaxo [juOYjvoa ouvyj- cj£Tou. 'AxExptvavTO xavTeç' Kai toîjto ôpiÇéaOw. Osius episcopus dixit : Hoc quoque providentia vestra tractare débet, quia decrevislis, ne episcoporum improbitas nitatur (Isidore porte notetur, ce qui vaut mieu.r), ut ad cornitatum pergant. Quicumque ergo quales su- perius memoravimus preces habuerint, per diaconum suum mittant, quia persona ministri invidiosa non est, et quae impetravit celerius poterit referre. Lévêque Osius proposa cette addition : « Après avoir décidé qu'un évèque pouvait, sans se rendre coupable 3 , intercéder auprès de la toire des institutions liturgiques et disciplinaires dont elle expliquerait souvent la transplantation lointaine et l'exotisme en apparence inexplicable. Saint Germain d'Auxerre est sans cesse en courses et va jusque dans l'île de Bretagne. Acholius de Thessalonique percurrebat omnia ex cursu frequenti, Constantinopolim, Achaïam, Epirum, Italiam et il lassait les jeunes gens. S. hmhroise, E pist. ,L\, P . L., t. xvi, col. 1000. Saint Loup de Troyes, saint Sévère de Trêves et surtout saint Martin sont fréquemment sur les routes d'Oc- cident, comme saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, Eusèbe de Samosate ou Mélèce d'Antioche sur les routes d'Orient. Nous ne faisons allusion dans les indications qui précèdent qu'aux ambassades et aux courses apostoliques, nous omettons à dessein les absences et les déplacements imposés par les conciles et les pèlerinages aux Lieux-Saints. Pour la période d'histoire comprenant les vi e , vn e et vme siècles, il est aisé de trouver des textes sinon plus formels du moins plus nombreux. C'est un sujet sur lequel nous pourrons avoir occasion de revenir en étudiant les conciles de ce temps. (H. L.) 1. Sur les pétitions de ce genre faites par les évêques, voyez Van Espen, Comment, in can. et decr. juris vet et novi, p. 272. 2. C'est la première partie du 9« canon ; dans Denys, dans Isidore et dans la Prisca. 'S. Le texte de Dtnys : Ne episcoporum improbitas nitatur, ne donne aucun sens acceptable ; c'est notetur qu'il faut lire, ainsi que l'a fait Isidore. L&Pris- ca porte : Ne episcoporum importunitas depravetur. 64. LES CANONS DE SARDIQUE 787 Cour impériale, pour les malheureux, qu'il plaise à votre prudence de décider que (dans ce cas) l'évêque se contentera d'envoyer un diacre à la Cour ; car la personne d'un serviteur n'excite pas la jalou- sie et il peut rapporter plus promptement ' ce qui a été accordé par l'empereur. Que cela soit décrété. » Ce canon n'a pas été inséré dans le Corpus juris canonici. Can. 9 2. 'Oîi:; ï-'.zv.zr.zz i':r.i' Kat touto âxoXoy0ov elvai vojjuÇg), v/x si iv z'rxzr- TCQTQîiv ïr.xzyyx ï-'.zv.z-z: zizzz 3;§eX. cit., p. 118 ; Van Espen, op. cit., p. 271!. '2. Ce canon correspond dans Penys, dans Isidore et la Prisca, à la seconde partie du 9 e canon et au 10 e . 788 LIVRE IV coepiscopo nostro Roraanœ Ecclesiœ preces quas habent tradant, ut et ipse prius examinet, si honestae et justae sunt, et praestet diligentiam at- que sollicitudinem, ut ad comitatum perferantur. Universi dixerunt, pla- cere sibi et honestum esse consilium. Alypius episcopus dixit : Si propter pupillos et viduas vel laborantes, qui causas non iniquas habent, susceperint peregrinationis incommoda, habebunt aliquid rationis ; nunc vero cum ea postulent praecipue, quae sine invidia hominum et sine reprehensione esse non possunt, non ne- cesse est eos ire ad comitatum. Sur la proposition d'Osius, on fit au canon 7 e une seconde addi- tion ainsi conçue : « Si un évèque envoie à son métropolitain * une pétition destinée à l'empereur, le métropolitain doit la transmettre par un diacre 2 , pourvu de lettres de recommandation pour les évê- [588 ques séjournant en ce moment à la Cour 3 . » Ce canon infirme partiellement les dispositions du canon précé- dent, puisque c'est maintenant le métropolitain qui envoie le diacre 1. Le texte latin ordonne formellement à chaque évêque de faire sa demande par l'intermédiaire du métropolitain. Le texte grec est moins précis, mais les scoliastes grecs l'ont cependant interprété dans ce sens ; peut-être aussi parce que le 11° canon d'Antioche, par une prescription à peu près semblable, avait décidé que tout devait se faire hiérarchiquement par l'intermédiaire du métro- politain. 2. Kat' àxoXouÔtav = àxoAoyOâç. Cf. Zonaras dans Bcveridge, op. cit., t. i, p. 495, 496, à la suite, en même temps, aussi. 3. Nous avons parlé déjà du c-jvoSoç èvôr^o-jaac, composé d'évêques vivant à la cour impériale et, trop souvent, courtisans prêts à toute besogne. L'empereur les avait toujours sous la main et presque toujours dans la main. Le reste de l'épiscopat en faisait peu de cas et en tirait, à l'occasion, quelques services. Saint Jérôme, que son genre d'existence dispensait d'observer les ménagements, disait nettement que les hommes sincères et vertueux n'ont d'autre logement à la Cour des princes que les cachots. Saint Grégoire de Nazianze montrait le plus grand éloignenient pour la Cour ; mais le pli était pris et rien ne changea. Constantin avait imaginé de se faire accompagner par une troupe d'évêques pendant l'expédition contre Licinius, Eusèbe, De vita Constantini, 1. II, c. iv ; 1. IV, c. lvi, P. G., t. xx, col. 981, 1208. Il en traîna une autre troupe dans la guerre des Perses et leur fit célébrer le culte dans une chapelle mobile, pro- bablement une tente affectant plus ou moins la forme d'église. Au retour des expéditions, on négligea de licencier ces évêques qui s'établirent à demeure à la Cour. Il est vrai que tous les évêques de Cour n'étaient pas corrompus, mais ils font généralement triste figure dans les luttes théologiques et les con- ciliabules des siècles troublés. Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Église, in-fol., Paris, 1725, t. n, col. 1621 sq., a rapporté divers traits hono- rables aux saints évêques de passage à la Cour : saint Martin, saint Ambroise, saint Augustin, saint Basile, saint Jean Chrysostome. (H. L.) 6'». LES CANONS DE SARDIQUE 789 à l'empereur ; mais après s'être rendu compte de l'affaire, afin d'être instruit des affaires de sa province et d'être en mesure d'écarter les pétitions injustifiées de ses suffragants, comme aussi pour appuyer celles qui sont justes. Zonaras, Balsamon et Aristène expliquent autrement cette partie de notre canon. « Si un évêque veut en- vover à l'évêque de la résidence impériale une pétition destinée au souverain, il adressera celle-ci au métropolitain de la province (d'après Aristène, à son propre métropolitain), et ensuite ce métro- politain enverra son diacre muni de lettres de recommandation pour l'évêque ou les évêques présents à la Cour. » Les premiers mots du canon r.pbç àâeXçbv '/.ai (juvextaxoirov ne sont pas entendus dans le même sens, d'où la divergence entre les explications. Poumons, qui enten- dons parla le métropolitain, nous regardons la petite phrase b ïv tyj \j.iiZovi TUY^avwv TCÔXet,TOUT' 'éa~i -f t {j.r t ~:po-b\zi, comme une explication de Œuvexic-xoTcoç, puis le participe rjv/avfov comme mis à la place de TUYvàvsi, et nous faisons commencer la phrase suivante avec txûxbq •/.ai xov Siàxovov. Beveridge a interprété ce canon de la même maniè- re. Zonaras et d'autres commentateurs supposent nu contraire que cruvexioxoTcoç désigne l'évêque de la résidence temporaire et ne voient pas dans 6 Iv ty; \xzïlovi y., t. a. une explication de ce qui précède, mais le commencement de la phrase suivante, et dans ce sens : « le métropolitain doit, etc. » D'après cette explication les mots qui expriment cette pensée : « l'évêque doit s'adresser au métro- politain, » manquent complètement ; de même cette phrase sup- plémentaire : « ce auvsTTiaxo'âOç est l'évêque de la résidence, » fait aussi complètement défaut et rien dans le début du canon ne tient lieu de cette explication, et ne la remplace. Remarquons encore que les explications des scoliastes grecs s'éloignent trop du texte latin, [589] tandis que les nôtres s'accordent constamment avec lui x ; à la fin de cette phrase, il est question de plusieurs icjuyjpeaiav exTeXecr/), ïva xaQ' exaarov (3a6[xbv, èav ix£p aqioq vo|aiaxe yj èTïia-xoTrov y) Trp££p£i èxicraoxov, eî ;rr;o£;j.iav [3apuTspav àvaYXYjv £701 yj xpaY^a Suoyspsç, èxi xXsïjtov âxoXsi- TceafJai tyjç èauToy ExxXïjcrïaç, xai Xux£ïv tbv è[/.xsxiaTsujJi^vov aÙTÔ Xaov. "Axavtsç 01 sxïaxoxoi sip^xacri' Kai TauTYjv tyjv "v-vcojjltqv asôopa sivai xpe- xo)0£a-aTY;v opiî^ô[X£9a. Osius episcopus dixit : Et hoc quoque statuere debetis, ut episcopus si, ex alia civitate, convenerit ad aliam civitatem vel ex provincia sua ad aliam provinciam, et ambition i inagis quam devotioni serviens voluerit in aliéna civitate multo tempore residere : forte enim evenit episcopum loci non esse tam instructum neque tam docturn ; is vero, qui advenit, incipiat contemnere eurn et fréquenter facere sermonem, ut dehonestet et infir- met illius personarn, ita ut ex bac occasione non dubitet relinquere assi- gnalain sibi Kcclesiam et transeat ad alienam. Definite ergo tempus, quia et non recipi episcopum inhumanum est, et si diutius resideat pernicio- sum est. Hoc ne liât, providendum est. Memini autem superiore concilio fratres nostros constituisse, ut si quis laicus in ea in qua commoratur civitate très dominicos dies, id est per très septimanas non celebrasset conventum, communione privaretur. Si ergo haec circa laicos constituia sunl, niulto magis episcopum nec licet nec decet, si nulla si tam gravis nécessitas quœ detineal, ut amplius a supra scripto tempore absens sit ab Ecclesia sua. Universi dixerunt placere sibi. Le canon porte l'ordonnance suivante : « Lorsqu'un cvêque, par orgueil ou vaine gloire plus que par piété, va d'une ville dans une autre, ou bien de sa province dans une province étrangère, s'il y 1. Ce canon est le 14 e dans Denys, dans Isidore et dans la Prisca. [592] 64. LES CANONS DE SARDIQUE 793 demeure longtemps et quo l'évèque de eetle ville n'est pas savant, il ne doit cependant pas le mépriser, ni prêcher souvent, parce que cela nuirait à cet évêque et le ferait déprécier; cette manière d'agir ne servirait qu'à troubler la paix et à faire soupçonner A qu'il peut convoiter le siège d'autrui. Lui-même oublierait l'Eglise qui lui est confiée pour passer dans une autre. Aussi est-il bon de déterminer le temps (de son séjour dans une ville étrangère), car il serait inhu- [593J main et contraire à la charité de ne pas recevoir du tout un évêque. Souvenez-vous que nos pères avaient décrète l'excommunication du laïque qui pendant trois dimanches manque au service divin dans la ville de sa résidence. S'il en est ainsi pour les laïques, à plus forte raison, un évêque ne doit pas s'absenter plus longtemps de son Eglise et abandonner son troupeau à moins d'y être contraint par une affaire importante. » Une prescription analogue a été portée, au sujet des évêques, par le 14 e [alias le 13 e ), et au sujet des prêtres et des diacres par le 15 e (alias le 14 e ) canon apostolique. Ce qui a rapport aux laïques a été décrété par le concile d'Elvire (can. 21 e ) et renouvelé dans le 80 e canon du concile de Quinisexte, qui l'étend aux diacres, aux prêtres et aux évêques 2 . Can. 12 3 . Oticç èicioxoiroç v.r.v;' 'Er.v.zr, z'jzév kz-.i rcapaXet'ïûTéov , v.ol\ -.z\j~.z opia- Oyj-oû. Tiveç :wv àBsXçôv xat cuveTCiuxéictùv èv Taù irôXeuiv, èv oûq l~i~v.z- r.z'. •/.aOîrrav-rai. zzv.zïzi xexTYjaôat nz'zzzx iXiva ûicap^ovTa îc'.a, èv éxépoiç oi tstuoiç XTYjaeiç ;j.£-;aXsç, ïz wv y.a ; . èxixcupeîv cuvaT:î etaiv -ziç rcévrjaiv' ijtu; o'jv aÙTOîç z"j\"/iùzr-ézv tb/xi xpîvcd, îva e't piXXotev i\: txç èauTÙv icapaYiveaOat v-i t ~iiz. v.y.\ tyjv z-j^v.zy.izr^ :wv xapitôv -cisîsOat, tpsïç xo- pi.xv.y.: Tj^spaç, toutécti t^ôîç £cs;;j.2;aç. èv toi? èauxôv XTYjjJiaaiv aùxoùç Biayeiv, -/.a-, èv tt] àY/ioTeuoû 7wpk T ^Ç <™"f xa " Taôéuctùç toû \oiou èTucxiTuoo, stç xiva (3a0[j.bv x~jy:>v. \ tgW (skroaXov '.•/.£<.) v [i,Y)Tp6xoXi<;. QoXXmxiç TOiY<*poûv - r, ..r aù'Hjv à~b èréptov zr.yp- 5(tÛv xp£ç £-177.07:17 vcjuÇscrôai' s ; . oè Xocïxyjv xoivwvtav àxatTOïev, ;j.y; XP*5 vat ay^oïç àpvstaSai. IlavTSç sit:sv" 'Apsaxsi. L'évêque Osius dit : Mon humble avis est que nous devons être calmes, patients et miséricordieux vis-à-vis de tous ; je crois cependant que ceux qui ont été élevés à l'état ecclésiastique par quelques-uns de nos frères et qui ne veulent pas revenir dans les églises confiées à leur soin, ne doivent plus être reçus désormais. Quant à Eutychianus, il ne doit pas prendre le titre d'évêque, auquel il n'a pas plus de droit que Muséus. S'ils demandent à être admis à la communion laïque, il sera fait droit à [bO_J leur demande. Tous répondirent : Qu'on la leur accorde. f Les désordres et les coteries avaient agité l'Eglise de Thessaloni- que avant l'épiscopat d'Aétius. Eutychianus et Muséus se posèrent comme prétendants au siège épiscopal et ordonnèrent des clercs. Aétius l'emporta sur ses deux rivaux, fut nommé évêque de Thessa- lonique et la paix reparut. Aétius excommunia les deux prétendants ainsi que les clercs ordonnés par eux. Gaudentius demanda au con- cile de Sa'rdique d'admettre ces clercs quand ils se trouveraient par ailleurs irréprochables. En quoi consistait cette admission (G-:cîy- ÔYjvai)? Nous manquons, pour répondre à cette question de toute don- née sur les troubles de l'Eglise de Thessalonique i . Nous ignorons même si Muséus et Eutychianus étaient évêques ou non. S'ils l'étaient, Gaudentius a dû probablement demander que ceux qu'ils avaient or- donnés fussent réintégrés dans leurs fonctions ecclésiastiques 2 ; s'ils ne l'étaient pas, et c'est ce que les scoliastes grecs prétendent 3 , il a dû se borner à réclamer pour eux la communion laïque. On pouvait tout autern episcopatus sibi vindicare nomen non débet, nec M us se us episcopus xsti- mabitur. Cxterum, si laicam communionem exposcunt, his negari non débet. (H. L.) 1. Dans la lettre synodale des eusébiens à Philippopolis, Ililaire, Fragm. lit, P. L., t. x, col. 670, il est question d'un différend survenu entre Protogé- nès de Sardique et un évêque de Thessalonique. Le nom de ce dernier parait être Aetio. Le texte est du rest(; si corrompu qu'il n'est pas possible de savoir lequel des deux avait fait des reproches à l'autre. Voyez dans l'édition de saint Hilaire les notes des bénédictins de Saint-Maur sur ce passage. 2. C'est l'explication donnée par Herbst, dans Tiibing. theol. Quart., 1825, p. 34, et Hergenrôther, Pholius, t. 11, p. 338. 3. Beveridge, Synodicon, t. i, p. 505 ; t. 11, Annotât., p. 201. CONCILES - I — 51 802 LIVRE IV au plus émettre le vœu qu'ils fussent plus tard ordonnés vali- dement. Il n'est pas certain que le concile ait accédé à la demande de Gau- dentius ; mais on peut le présumer, parce que le 18 e canon est joint au 19 e , et qu'à la fin du 19 e canon se trouve le placet du concile. Il est évident que la seconde partie du 19 e canon se rattache au 18 e , puisque Osius, après la proposition de Gaudentius, demande à son tour que Muséus et Eutychianus ne soient admis qu'à la communion laïque. Cetle connexion évidente permet de penser qu'Osius accéda à la proposition de Gaudentius, et se contenta d'exclure des rangs du clergé les deux chefs des schismatiques ; il aurait, dans ce cas, renouvelé ce qu'on avait fait à Nicée à l'égard des mélétiens. Les autres clercs devaient se soumettre à leur évêque légitime, et garder leurs dignités s'ils consentaient à se rendre dans les églises pour lesquelles ils avaient été ordonnés. Notre sentiment serait donc que la première partie du 19 e canon se rapporte aussi à l'affaire dont parle le 18 e , tandis que Tillemont A et, après lui, dom Ceillier 2 pensent que la première partie du 19 e canon se rapporte au 16 e canon et non au 18 e . On s'explique que ces deux canons ne figurent pas dans les collec- tions latines, puisqu'ils ne regardaient que l'Eglise de Thessalo- nique 3 . Can. 20 4 . rauâsvTioç Ituiuxotcoç sîtus* Taûxa atoxYjp kùoS>ç, xai àxoXouôcùç opwôivTa, xai TCpexovTcoç T?j £TciTi[Ma rj^ûv twv tspstov , xai Gsw àpéuavTa xai àvOpwTroi?, tyjv oûvajj.tv xai tïjv tcr/ùv éauxcov xaxa<7y£tv où SuvaaovTai, làv \).r t xai àxoXcu6ï)<7Y] - ïa(A£V -yàp xaiaùxoi, tcXsovoxiç ctà ttjv cXiywv àvau/uvTiav to 6stov xai as6a,a[Mù~xxov ovo[/.a tyj'ç tspwcjvïjç etç xaxaYvwa-iv èXrjXuôévai' et toîvuv tiç Tîapà ~a ~aai oô^avxa toXjjl^coi, axouSaÇwv xùcpa) [j.aXXcv xai àXaÇovsta, y; tw 6sw àpéaat, Irepov xi Siazpa^aff- Oat, yjcy; YtY VQ(J7 " TW ^xX^axt âiroXoYtaç éautbv ûtc£u6uvov xaôtsxaaOai, xai tyjv Tt[i.Yjv xai xo àçtco[j.a xy)".; èiuiffXOTCYjç à-oôàXXav. "ATravxEç a~zv.pl- vavxo" Ilp£-£i xai àpéraei t}|mv y) xotauxY] yvw[j.y). Can. 21. Kai xoîixo Se IxeïOev [AaXtara Y v wpi[Ji.ov Y sv1 ') cre ' TCtl xai xXY)po)6Yj<7£xat, làv 1. Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. vin, p. 49 ; dissert, sur saint Athanase, art. 52. 2. D. Ceillier, Hist. gêner, des auteurs sacrés, t. iv, p. 691. o. Herbst, dans Tiibing. theol. Quartals., 1825, p. 34. 4. Le lie dans Denys, dans Isidore et dans la Prisca. [603] 64. LES CANONS DE SARDIQUE 803 exaoroç r,y.<"V t<3v sv xaïq xapoSoiç , v;:-jv xavaXuo, xaSearwTtov àTCioy-OTCWv, 6ea 1905, 1II« série, t. ix, p. 3 19. (H. L.) 2. Larsow, Die Festbriefe, p. 275. 65. LA CÉLEIIRATIOX DE LA FETB DE PAQUES 805 cile de Sardique s'occupa de la question de la Pâqne ; il y est dit à l'année 343: « A Sardique, ou parvinl à s'entendre au sujet de la Tète de Pâques. On décida que pendant que pendant cinquante ans les Romains et les Alexandrins annonceraient partout, selon l'usage, le jour de la fête de Pâques *. » La différence existant entre le comput alexandrin et le comput romain n'avait pas été définitivement tranchée par le concile de Nicée qui se contenta de décider que la Pàque serait toujours célébrée après Péquinoxe du printemps ; les Romains plaçaient cet équinoxe au 18 mars, les Alexandrins au 21 du même mois, et le concile de Nicée n'avait pas tranché cette différence. 11 avait réglé la question au point de vue pratique, en décidant que l'évêque d'Alexandrie éta- blirait le comput et que le pape le publierait ; en théorie, la question avait été réservée, et il fut bientôt nécessaire d'essayer, une lois de plus, de la résoudre. D'après la préface des lettres festales 2 , le concile de Sardique établit non pas un accord basé sur les principes, mais un simple modus vivendi; on ne choisit pas un nouveau cycle, on se borna probable- ment, par des concessions réciproques,. à faire l'entente sur le jour précis de la fête pascale pour les cinquante années qui devaient sui- vre. Nous voyons en effet qu'en 346 la Pàque aurait dû, d'après le calcul des Alexandrins, tomber le 27 phaménoth, c'est-à-dire le 23 mars; mais Athanase dit dans sa xvm e lettre : « Le saint concile (de Sardique) s'était occupé de cette affaire, et il avait été résolu d'un [bO/J commun accord que la Pàque serait célébrée huit jours plus tard, le 4 pharmuthi, c'est-à-dire à l'époque fixée par le comput romain 3 . » En 349, il veut encore un écart entre les calculs des Romains et ceux des Alexandrins. D'après ces derniers, Pâques devait tomber le 28 pharmuthi, c'est-à-dire le 23 avril. La préface des lettres festales raconte que les Romains firent observer « que d'après une tradition de leur Eglise, remontant à saint Pierre, il leur était défendu de cé- lébrer la Pàque après le 26 pharmuthi, c'est-à-dire le 21 avril ». Les Alexandrins consentirent, pour le bien de la paix, à célébrer la Pàque avec les Romains le 30 phaménoth, c'est-à-dire le 26 mars 4 . Plus tard, l'harmonie fut de nouveau rompue, et en 350, 360 et 368, les 1. Voyez p. 45. 2. Larsow, Die Festbriefe des keiligen A/hanasius, in-8, Leipzig, 1852, p. 31. 3. Larsow, p. 141, et p. 50, n. xvm. 4. Larsow, p. 3o, 50, n. xxi. 806 LIVRE IV Romains et les Alexandrins se trouvaient en désaccord, ce qui prouve que l'on n'observa pas la trêve de cinquante ans établie par le con- cile de Sardique 1 . 66. Documents du concile de Sardique. Nous possédons trois autres documents importants du concile de Sardique ; le principal est la lettre encyclique du concile à tous les évêques de la chrétienté, elle nous a été conservée en grec par saint Athanase et en latin par saint Hilaire de Poitiers 2 . Cette circons- tance paraît être l'indice d'une double rédaction par le concile lui-mê- me 3 , composé en nombre presque égal d évêques orientaux et d'évê- ques occidentaux. Voici, sinon la traduction littérale, du moins le sens un peu abrégé de cette lettre synodale. « Les pieux empereurs ont convoqué le concile de Sardique ptuir trois motifs, et les évêques orientaux (les eusébiens) s'y sont rendus pour montrer leur obéissance aux ordres des empereurs, et faire la preuve des accusations portées auparavant contre Athanase et contre Marcel. Mais lorsqu'ils ont appris la pré- L °J sence de ces deux évêques et celle d'Asclépas, évêque de Gaza, ils n'ont plus osé s'engager dans une enquête, quelque pressantes sol- 1. En 350, les Alexandrins fêtaient la Pàque le 8 avril, les Romains le 15 ; en 360, les Alexandrins le 23 avril, les Romains le 19 mars ; en 368, les Ale- xandrins le 20 avril, les Romains le 23 mars ; cf. Ideler, Handbuch der Chro- nologie, t. il, p. 251 ; Galle, dans Larsow, op. cit., p. 47. [Nous ne revenons pas ici sur un sujet qui a été étudié quelques pages plus haut, p. 133-151, 450- 477. Pour la question entière du coniput pascal, pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, voir le Dictionnaire darchéol. chrél. et de liturgie, au mot Comput. (H. L.)] 2. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xliv, P. G., t. xxv, col. 324 : S. Hilaire, Fragmentum II, 1-14, P. L., t. x, col. 632 sq. ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. m, col. 57 sq., 69 sq. ; Hardouin, Coll. concil , t. i, col. 662 ; Théodoret, Hist. eccles., 1. II, c. vi, P. G., t. lxxxii, col. 1000. [Deux légats, Vincent de Capoue et Euphratas de Cologne, furent envoyés à l'empereur Constance, solliciter de ce prince l'autorisation pour les évêques déposés de rentrer dans leurs diocèses, en particulier saint Athanase. La lettre de l'empe- reur Constant dont ils étaient porteurs était rédigée sur un ton menaçant, cf. Socrate, Hist. eccles., 1. II, c. xxn, P. G., t. lxvii, col. 246; Théodoret, Hist. eccles., 1. II, c. vi, P. G., t. lxxxii, col. 1018. (H. L.)] 3. Mansi, op. cit., t. m, col. 58; Ballerini, notes à S. Leonis, Opéra, t. m, p. xxxi ; P. L., t. lvi, col. 840 sq. 66r DOCUMENTS DU CONCILE DE SARDIQUE 807 licitations que Ion ait faites pour les y amener. Ce qui les effravait plus encore, c'est que plusieurs évêques et plusieurs prêtres mal- traités par eux étaient venus en personne porter leurs accusations, ou bien avaient fait appel à leurs connaissances ou à leurs amis; ils voulaient même montrer les chaînes qu'ils avaient portées. La fureur (des eusébiens) avait été si loin que plusieurs évêques, entre autres Théodule (probablement l'évèque de Trajanopolis), n'avaient pu échapper à la mort que par la luite. Des députés de plusieurs dio- cèses s'étaient également rendus à Sardique pour faire comprendre au concile les actes de violence qui avaient accompagné l'expulsion des évêques orthodoxes et l'installation des évêques et des prêtres intrus, et ariens. Les Orientaux, jugeant leur cause insoutenable, avaient quitté Sardique; néanmoins le concile avait examiné toute l'affaire avec grand soin, et les actes avaient prouvé que les Orien- taux n'étaient que d'adroits calomniateurs et de faux témoins : on y avait vu qu'Arsène vivait encore, qu'on n'avait jamais brisé de calice et le cas qu'il fallait faire des procès-verbaux de l'enquête dans la Maréotide. L'orthodoxie de Marcel demeurait indemne et l'innocence d'Asclépas attestée précisément par les accusations de ses adver- saires. En revanche, la preuve était faite du rétablissement sur leurs sièges épiscopaux des évêques jadis déposés pour cause d'hérésie; bien plus ils avaient été élevés à de plus hautes dignités. Les prin- cipaux chefs de ce parti étaient Théodore d'Héraclée, Narcisse de Néronias, Etienne d'Àntioche, Georges de Laodicée, Acace de Césa- rée, Ménophante d'Ephèse, Ursace de Singidunum et Valens de [6091 Mursa, qui, en faisant route vers Sardique, avaient tenu des conci- liabules et empêché les autres Orientaux de se réunir au concile, ainsi que l'ont attesté Macaire et Astérius, leurs compagnons de route. Après leur départ de Sardique, leur culpabilité a été prouvée dans les crimes dont on les accusait, les calomnies, les actes de violence, les lettres falsifiées, les coups, les emprisonnements, le viol des vierges consacrées, la destruction des églises, etc. Ils ont été con- vaincus, ce qui était pire, d'avoir réveillé l'hérésie d'Arius ; aussi le concile a-t-il déclaré innocents Athanase, Marcel et Asclépas, excom- munié les chefs des eusébiens. On ne devra donc plus communiquer avec eux, et chaque évêque signera les actes de Sardique, comme s'il avait assisté en esprit à leur rédaction, afin que l'union règne entre tous les serviteurs du sanctuaire i . 1. Quant au prétendu symbole de Sardique, qui dans Théodoret et dans d autres auteurs fait suite à cette lettre synodale, [cf. §. 63, et pour le texte du 808 LIVHB IV Le second document du concile de Sardique est une lettre adressée à l'Eglise d'Alexandrie *. Athanase nous en a conservé le texte grec 2 , mais elle ne se trouve pas dans saint Ililaire. La voici : « Les amis de l'arianisme avaient été empêchés par leur mauvaise conscience de prendre part au concile, et celui ci avait ratifié le juge- ment porté en laveur d'Athanase par le pape Jules, jugement londé sur les dépositions de quatre-vingts évêques. Tous les membres du concile de Sardique avaient reconnu qu'il était légal d'être en corn- pseudo-symbole de Sardique ; Théodore!, Hist. eccles., 1. II, c. vi, P. C, t. lxxxii, col. 1000 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 1215 sq. ; Ballerini, .S 1 . Leonis opéra, t. in, p. GOô sq. ; A. Halin, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der ait en Kirche, in-8, Breslau, 1897, p. 188 sq., n. 157. Ce symbole n'est pro- bablement qu'une explication «le la loi de iNicée projetée par Osius de Cordoue et Protogène de Sardique. On y remarque, écrit X. Le Bachelet, Dictionn. de théol. cathol , t. i, col. 1813 sq., plusieurs points notables, une allusion aux erreurs christologiques des ariens, quand il est dit qu'en Jésus-Christ l'homme a soull'eit et non pas le. Verbe ; l'affirmation explicite de l'éternité du Fils et de son règne ; la reconnaissance d'une certaine supériorité dans le Père « non pas en vertu d'une substance autre ou d'une diversité quelconque, mais eu égard au nom de Père qui est plus grand que celui de Fils » ; surtout, l'emploi du mot ÙTTOTTaii; dans le sens d'oùuta, ce qui l'ait qu'on maintient dans les trois per- sonnes de la Trinité une seule hyposlase, [aîocv yTcôaTaatv. Sous ce dernier rap- port, la feuille de Sardique témoignait chez quelques Occidentaux d'une atti- tude intransigeante en f;