! THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY Z1Q *4' ;«»**%< Return this book on or before the Latest Date stamped below. University of Illinois Library £k^)WI9fcï, AUG 2 7 1JW JAf?9 DU L161— H41 > "TSD IN FRANCS HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles Joseph H E F E L E DOCTEUR EN l'HILOSOPHIB ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUB DE ROTTBNBOURG NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR Dom H. LECLERCO BÉNÉDICTIN DE L'aBBAYB DB FARNBOROUCH TOME IV PREMIÈRE PARTIE PARIS LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 76»»», RUE DES SAINTS-PÈRES 1911 HISTOIRE DES CONCILES TOME IV PREJMIL RE PARTIE HISTOIRE DES CONCILES D APRES LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Chaules Joseph HEFELF. DOCTEUR EN' PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA D EUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAU ])o.m II. LECLE RCO BENEDICTIV DE L VHIUYE DK F A R \ B RO U GIT TOME [\ p i; i: m 1 1 i; i va i; t i i. l\\ RIS LETOUZEY ET ANE, ÉDITE 1RS 76 bis, i; i k DES S \ I NTS-PÈR ES 191 I Imprimai m F. Cabrol H: V . LIVRE VINGT ET UNIÈME ÉPOQUE DE LOUIS LE DÉBONNAIRE [1] ET DE LOTHAIRE I er JUSQU'AU COMMENCEMENT DES DISCUSSIONS DE GOTESCALC 415. Renaissance de l'hérésie des iconoclastes sous Léon l'Arménien. Tandis que la mort de Charlemagne (28 janvier 814) ébranlait l'Occident, l'Orient voyait reparaître l'hérésie des iconoclastes. Malgré les condamnations du II e concile de Nicée, l'empire grec et surtout l'armée gardaient de nombreux partisans des théories rationalistes de Constantin Copronyme. Parmi eux se trouvait le général Léon Bardas l'Arménien, qui, au mois de juillet 813, après l'abdication moitié volontaire et moitié forcée de Rhangabé, monta sur le trône impérial sous le nom de Léon V, l'Arménien. L'imprécision des documents originaux ne permet pas de décider si, lors de son couronnement, il fit aux orthodoxes les promesses écrites habituelles en pareille circonstance ou s'il s'y refusa, en disant : « Il n'y a plus assez de temps pour le faire, ce sera pour une autre fois. » On se demande également si le solitaire et devin Sabbatius lui fit sa mensongère prophétie, pour l'engager à com- battre la prétendue superstition : « Dans ce cas, et dans ce cas seulement, Dieu t'accordera un règne heureux de trente années. » Quoi qu'il en soit, il est certain que l'empereur dit à plusieurs reprises, et dès le début de son règne : Les empereurs iconoclastes Léon l'Isaurien et Constantin Copronyme ont été heureux dans leurs expéditions contre les barbares et contre les païens; en revanche, les iconophiles ont été malheureux; c'est probablement le culte des images^qui explique la défaite des chrétiens par les CONCILES - IV - 1 I 000363 LIVRE XXI païens 1 . Au commencement de la seconde année de son règne, Léon fit colliger par le savant grammairien et lecteur Jean les [2] passages de la sainte Ecriture et des Pères qui semblaient conclure contre les images. On fit surtout usage du recueil composé à l'occasion du conciliabule de 754. Outre le lecteur Jean, l'empe- reur trouva un autre partisan de ses idées dans Antoine, évêque de Sylœum en Pamphilie 2 , à qui on fit entrevoirie siège patriarcal de Constantinople comme récompense de son zèle. Du mois de juillet au mois de décembre 814, les auxiliaires de l'empereur composèrent en grand secret leur mémoire contre les images; mais le patriarche Nicéphore, ayant eu vent de ce qui se tramait, cita les coupables à comparaître par-devant plu- sieurs métropolitains, c'est-à-dire devant une aùvoooç èvSY] jouera. Antoine produisit hypocritement la profession de foi émise lors de sa consécration épiscopale par laquelle il admettait la vénéra- tion des images. Pour mieux donner le change, il ajouta de sa propre main à ce document en présence de l'assemblée plusieurs signes de croix. Il se vanta ensuite à l'empereur d'avoir trompé ses collègues, afin de le mieux servir. Jean, moins effronté et troublé par les mesures du patriarche, demanda pardon et se retira dans un monastère 3 . Quelque temps après (décembre 814), Léon V manda le patriar- che' Nicéphore, et lui déclara que l'issue malheureuse des expédi- tions contre les païens s'expliquait par la vénération des images, par conséquent qu'il était prudent de céder sur ce point. Il lui remit, probablement dans cette même circonstance, le tomos composé par Jean, afin que le patriarche pût se convaincre que la vénération des images ne se fondait pas sur la Bible 4 . 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 115; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1046. Les prin- cipales sources originales à consulter sur ce retour offensif de l'iconoclasme sont: 1) le continuateur anonyme de Théophane, appendice à Léo Grammaticus, éd. Bekker, dans le Corpus, de Bonn, 1842, sous le titre Scriptor incertus de Leone Barda, p. 340 sq.; 2) Ignace, Vita Nicephori patriarchœ, dans les Acta sanct., mart. t. h, col. 296 sq.; Walch, Kelzerhist., t. x, p. 606 sq., a donné de longs ex- traits de ces documents originaux. 2. On lui donne souvent, dans les anciens documents, le titre de métropoli- tain, et plusieurs supposent qu'il était abbé de ce qu'on appelait le monastère métropolitain. Mansi, op. cit., col. 112; Walch, op. cit., t. x, p. 609, 656. 3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 118; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1047 sq. 4. Je rattache ici le récit du continuateur de Théophane à celui des évêques orentaux dans Mansi et Hardouin. 415. RENAISSANCE DE L IIEKESIE DES ICONOCLASTES à [3] Nicéphore attacha peu d'importance à l'argumentation du lomos, et en appela à la tradition, ajoutant que l'Évangile était vénéré partout, sans que cependant cette vénération fût recom- mandée nulle part dans la sainte Écriture. L'empereur ayant déclaré qu'il ne regardait pas ses objections comme résolues par une semblable réponse, le patriarche lui envoya quelques évêques et abbés, personnages fort savants, qui répondraient d'une manière satisfaisante à toutes les questions. Léon demanda une con- férence contradictoire avec d'autres savants convoqués à dessein, promettant de se soumettre à l'opinion qui triompherait dans ce colloque 1 . Les orthodoxes repoussèrent cette proposition, disant avec raison que « la question avait été résolue en concile gé- néral. » Les impériaux rétorquèrent maladroitement « qu'on avait tenu un concile à cause d'Arius, qui était seul, et qu'eux étaient en plus grand nombre. » Les ambassadeurs du patriarche revinrent attristés, et Nicéphore réunit dans l'église de Sainte-Sophie un concile de deux cent soixante-dix Pères auxquels il fit promettre fidélité à l'orthodoxie, et prononcer l'anathème contre Antoine, dont l'hypocrisie s'était dévoilée. Un grand nombre de laïques présents à cette assemblée accla- mèrent avec joie cette condamnation et passèrent toute la nuit dans l'église, demandant à Dieu de changer le cœur de l'empereur 2 . Léon s'irrita de ces démonstrations, et sinon par son ordre, du moins avec l'espoir d'une complète impunité, ses soldats détrui- sirent l'image du Christ qu'Irène avait érigée sur la porte de Chalcoprateia, à la place même de celle que Léon l'Isaurien avait fait détruire. — Ce fut probablement dans ce concile, ou dans d'autres assemblées réunies par lui, que le patriarche Nicé- phore publia les canons qui nous ont été conservés 3 . [4] En la fête de Noël de 814, le patriarche supplia l'empereur d'épargner à l'Église toute innovation, ajoutant que, si sa personne lui était désagréable, il le priait de lui donner un successeur. Léon 1. Tel est le récit de Théodore Studite dans Episl., cxxix, dans Sirmond, Opéra, t. v, p. 461. 2. Mansi, loc. cit., col. 118 sq. ; Hardouin, loc. cit., col. 1050; Walch, op. cit., t. x, p. 610, 673. Il ne faut pas s'étonner qu'il y eût à Constantinople un si grand nombre d'évêques, car ils y étaient toujours très nombreux. Genesiuset Ignatius, dans Walch, op. cit., p. 629, 644, supposent que l'empereur avait con- voqué ce synode; ils le confondent avec un autre qui est postérieur. 3. Hardouin, loc. cit., col. 1051; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xtv. col. 119. LIVRE XXI répondit qu'il n'avait aucune intention de le déplacer ni d'in- nover dans l'Eglise, et, le jour même de la fête de Noël, il baisa avec beaucoup de dévotion le dessus d'autel, sur lequel était représentée la naissance du Christ. On vit là un indice de change- ment dans les idées de l'empereur à l'égard des images ; mais lorsque arriva la fête de la Chandeleur, l'empereur interdit cette même pieuse coutume et entreprit la réalisation de ses plans. Il gagna d'abord une partie notable des évêques et des clercs qui, naguère, réunis en concile avaient promis au patriar- che fidélité à la foi. La cause de l'hérésie semblait devoir l'em- porter si elle obtenait l'adhésion du patriarche, ou du moins son silence. Nicéphore fut mandé au palais et questionné par l'empe- reur. Le patriarche défendit les images, et affirma « n'être pas seul à penser ainsi, car un grand nombre d'évêques et de moines qui se trouvaient dans le voisinage, pensaient comme lui. » A l'instant l'empereur fit entrer ceux dont parlait le patriarche et crut le moment venu de frapper un grand coup. Il fit introduire une grande et magnifique escorte : autour de lui se rangèrent les officiers de la cour, armés de glaives étincelants, et à côté se placèrent aussi les évêques et les théologiens iconoclastes. L'empereur prononça un long et violent discours sur l'idolâtrie iconophile, et demanda au patriarche et à ses amis de réfuter ses objections. Nicéphore et, après lui, l'abbé Théodore Studite repoussèrent cette nouvelle discussion, protestèrent très énergique- ment contre l'empiétement illégal de l'empereur dans les affaires intérieures de l'Eglise, et montrèrent les conséquences dogmati- ques d'une résurrection de l'hérésie iconoclaste 1 . L'empereur [51 les disgracia tous, et il aurait même dit à Théodore Studite : « Tu as mérité la mort, mais je ne veux pas faire de toi un martyr. » — Le patriarche Nicéphore paraît s'être adressé plus tard à l'im- pératrice et aux dames de la cour les plus influentes, pour qu'elles engageassent l'empereur à changer de sentiments; mais celui-ci fut inébranlable et publia un édit défendant aux amis des images, et en particulier aux moines, de tenir des réunions et d'exciter 1. On se demande si la Disputalio Nicephori cum Leone Armeno,de veerann- dis imaginibus etc., éditée en 1664 par Combéfis, Origin. Constantin, manipul., p. 159-190, se rapporte à ce second entretien on au premier. Quant au discours de Théodore Studite, il a été inséré dans sa biographie par le moine Michel. Sirmond, Opéra, t. v, col. 32 sq. 415- RENAISSANCE DE l'hÉRESIE DES ICONOCLASTES 5 les esprits. Il en serait probablement venu, dès lors, aux mesures de rigueur, si une maladie du patriarche ne lui avait fait entre- voir une solution plus facile. Mais le patriarche guérit, et l'empereur se hâta de réunir en concile à Constantinople les évêques de l'empire. Il ne leur permit pas d'aller d'abord, selon la coutume, saluer le patriarche ; il les manda tous immédia- tement auprès de lui, et mit en jeu tous les moyens de les gagner. Une fois assemblés, ces évêques adressèrent au patriarche deux d'entre eux, porteurs d'une invitation. Nicéphore y ré- pondit avec dignité, sans se laisser effrayer par les cris de la populace venue avec les députés, qui cernait le patriarcheion et vomissait mille injures et anathèmes contre Nicéphore, et ses prédécesseurs iconophiles, Germain et Tarasius. L'empereur excusa ces indignités sous prétexte que le patriarche avait fait violence à la conscience du peuple. A la demande du concile, il interdit à Nicéphore de porter à l'avenir son titre de patriarche; il envoya des soldats dans sa maison, lui imposa l'abdication et l'exila par delà le Bosphore, probablement non loin de Chalcé- doine, à Chrysopolis, où il vécut encore plusieurs années. L'empe- reur assura ensuite, devant le sénat, que le patriarche avait quitté son église de plein gré, à la suite de la requête qui lui avait été faite de réduire le culte des images, il en conclut qu'il fallait dési- gner une autre personne pour occuper ce siège. Son choix se porta d'abord sur ce lector et grammaticus Jean, dont nous avons parlé; mais le sénat lui objectant la jeunesse et l'origine plébéienne de ce candidat, Léon nomma Théodote Cassitera, beau-frère de feu l'em- pereur ConstantinCopronyme.il était fonctionnaire de l'Etat et marié, néanmoins il reçut en toute hâte la tonsure et fut ordonné pour la Pâque de 815. Le jour des Rameaux 815, Théodore Studite fit une procession solennelle autour de son monastère, dans laquelle on porta des images et on chanta des cantiques en leur honneur. Théodore repoussa la communion du nouveau patriarche, et engagea les autres moines à ne pas aller dans son palais 1 . [6] Après la Pâque de 815, l'empereur réunit un nouveau concile à Constantinople, sous la présidence du nouveau patriarche Théodote Cassitera. Léon et son fils Constantin, associé à l'em- pire, étaient présents. Dès la i' e session l'assemblée confirma les décisions du conciliabule de 754, et annula celles de Nicée. 1. Ci. Vita Theodori Stud., dans Sirmond, Opéra, I. v, p. 38. LIVRE XXI Le lendemain (11 e session) on introduisit plusieurs évêques ortho- doxes qui, refusant d'adhérer à ce qui s'était fait, furent mal- traités, frappés d'anathème et foulés aux pieds. Dans la 111 e session enfin, on rédigea un formulaire signé par tous, et le concile se sépara, après les acclamations accoutumées en l'honneur de l'empereur, et les anathèmes contre les adversaires 1 . On passa ensuite à la destruction effective des images, et au châtiment de leurs défenseurs. Le plus célèbre de ces derniers était Théodore Studite, qui, malgré trois séjours en prison, la flagellation à plu- sieurs reprises et des traitements d'une cruauté inouïe, était toujours prêt à défendre, dans ses lettres ardentes, la cause de l'orthodoxie. Plusieurs de ces lettres nous ont été conservées, notamment celle adressée au concile iconoclaste (c'était le second après la Pâque de 815), et dans laquelle il refuse ainsi que les abbés qui partagent ses sentiments, de se rendre à cette assem- blée ; une seconde au pape Pascal, dans laquelle, dépeignant la triste situation du moment, il dit : « Le patriarche est prisonnier, les archevêques et les évêques sont bannis, les moines et les nonnes sont dans les fers, sous la menace de la torture et de la mort; l'image du Sauveur, devant laquelle les démons eux-mêmes tremblent, est devenue un objet de dérision; les autels et les églises sont dévastés, et beaucoup de sang a déjà coulé. » Il demandait au pape de les secourir, et une autre lettre de Théodore nous apprend que le pape fit en effet ce qui dépendait de lui pour changer cet état de choses. — Avec Théodore, beaucoup de ses amis et de ses disciples furent poursuivis, maltraités et empri- sonnés; lui-même fut déporté à Smyrne, où ses tourments furent aggravés par l'évêque iconoclaste de cette ville 2 . Les lettres de Théodore montrent que tous les iconophiles n'eurent pas un courage égal au sien; beaucoup se turent, d'autres passèrent dans le camp opposé pour éviter la prison et l'exil. Parmi les indomptables, citons le chronographe Théophane, si souvent nommé dans cette histoire, alors courbé par l'âge et affaibli par de cruelles souffrances. L'empereur ne put l'ébranler; 1. Les actes de ce synode ne sont pas parvenus jusqu'à nous ; mais l'empe- reur Michel le Bègue en parle dans sa lettre à Louis le Débonnaire en 824 (voy. plus loin), et Théodore Studite en parle également, ainsi que d'autres documents originaux. Cf. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 135 sq., 417. 2. Vita Theodori, dans Sirmond, Opéra, t. v, p. 39. 416. CONCILES TENUS EN OCCIDENT [V] il lui fit en vain les plus belles promesses, et fut réduit à l'envoyer en prison 1 . 416. Conciles de peu d'importance tenus en Occident de 814 à 816. Pendant qu'à Byzance, Léon l'Arménien anéantissait les images et poursuivait leurs défenseurs, on tint en Occident plusieurs conciles. Parmi les moins importants 2 , nous citerons celui de Noyon en 814 (au sujet d'un conflit survenu entre les évêques de Noyon et de Soissons, pour la délimitation de ces deux diocèses) ; celui de Lyon, pour choisir un successeur à l'archevêque Leidrad, encore vivant; celui de Trêves (dont l'objet est inconnu), et celui de Compiègne, en 816, dans lequel l'empereur Louis le Débon- naire reçut les ambassadeurs des Sarrasins 3 . Cette même année Etienne V (IV) fut élevé à la dignité pontificale, après la mort de Léon III; le nouveau pape envoya aussitôt deux ambassadeurs à l'empereur Louis, pour lui faire part de son élection et solliciter, pour ainsi dire après coup, l'approbation impériale. On croit aussi que le pape Etienne V (IV) a publié dans un synode romain une décrétale portant qu'à l'avenir le pape serait élu par les évêques (cardinaux), et par tout le clergé (romain), en présence du sénat et du peuple, mais qu'il ne serait consacré que praesentibus legatis imperialibus. Cette décrétale fut insérée dans le Corpus juris canonici 4 , mais Baronius 5 , Noël Alexandre 6 et d'autres historiens 1. La Biographie de Théophane et de Théodore Studite se trouve dans Acla sanct., mart. t. n, p. 218 sq. ; Walch, op. cit., p. 643. 2. Conc. de Noyon : Coll. regia, t. xx, col. 424; Labbe, Conc, t. vu, col. 1303- 1304; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1053; Coleti, Concilia, t. ix, col. 393 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 141. — Conc. de Lyon : Lalande, Conc. Gallise, p. 103; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1864; Coleti, Concilia, t. ix, col. 395; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 143. — Conc. de Trêves : Labbe, Concilia, t. vu, col. 1304-1305; Coleti, Concilia, t. ix, col. 393 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 147. — Conc. de Compiègne : Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 787; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 147. (H. L.) 3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 142 sq.: Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1054. 4. Corp. juris can., dist. LXIII, c. 28. 5. Baronius, Annales, ad ann. 816, n. 101. 6. Hist. eccles., Venetiis, 1778, t. vi, p. 138. 8 LIVRE XXI la regardent comme apocryphe, tandis que Pagi x ne la rejette pas complètement, mais pense qu'elle a été publiée plus tard par le pape Etienne VIL Hinschius 2 a exprimé la même opinion, et estime qu'on se trouve ici en présence d'une prescription du concile romain de 898. En effet le c. 10 de ce concile tenu sous le pape Jean IX contient une ordonnance absolument analogue au sujet de l'élection des papes (voir plus loin § 510). Mais, ajoute Hinschius, si Muratori 3 fait remarquer que déjà un concile romain de 862 ou 863 (c'est-à-dire avant Etienne VII et Jean IX) s'est occupé in concilio beatissimi Stephani Papse des droits du clergé et des personnages importants de la ville de Rome en ce qui con- [8] cerne l'élection des papes, cette décision ne se rapporte pas à l'é- poque d'Etienne V, mais au concile de 769 célébré sous Etienne IV. Nous ne croyons pas au bien fondé de cette dernière assertion, et nous ne pensons pas avoir des motifs suffisants pour contes- ter cette ordonnance du concile de l'année 816 tenu sous Etienne V. Le décret de l'année 898 nous semble au contraire n'être qu'une reproduction du décret du concile dont nous nous occupons. Un concile anglais, tenu le 27 juillet 816 à Celchyt (= Chelsea) 4 sous la présidence de Wulfred, archevêque de Cantorbéry, déclara dans son premier canon vouloir rester fidèle à la foi orthodoxe, puis il rendit les décisions suivantes : 2. Les églises nouvellement bâties doivent être consacrées par l'évêque ; à côté des reli- ques, on conservera la sainte Eucharistie dans une capsula (elle était placée dans le tombeau de l'autel), et dans le cas où il n'y aurait pas de reliques, on conservera la sainte Eucharistie seule- ment. Sur les parois de l'oratoire, sur une table, ou sur l'autel on re- présentera les saints auxquels les églises et les autels sont dédiés (il y avait donc des images dans l'Eglise anglaise). 3. L'entente doit régner dans le clergé. 4. Chaque évêque doit choisir dans son diocèse les abbés et abbesses, avec l'assentiment des moines ou des nonnes. 5. Aucun Écossais ne doit remplir de fonction ecclé- siastique dans un diocèse anglais, parce qu'on ne sait ni où ni 1. Pagi, Critica, ad ann. 816, n. 19; 817, n. 4 sq. 2. Kirchenrecht, Berlin, 1870, t. i, p. 231. 3. Rerum italic. scriptores, t. n, part. 2, p. 127. 4. Coll. regia, t. xx, col. 638; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1484-1489; Hardouin, Coll. concil., t. vi, col. 1219; Coleti, Concilia, t. ix, col. 573; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 355; Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical Documents, t. m, p. 579-585. (H. L.) 417. LES GRANDES DIETES D AIX-LA-CHAPELLE y par qui il a été ordonné. 6. Les décisions de l'évêque ont force de loi, et tout ce qui est confirmé par le signe de la croix (dans la suscription) doit être valable (se rapporte aux donations, etc.). 7. Les évêques, les abbés, etc., ne doivent rien aliéner des biens de l'Église, ou en confier une partie à quelqu'un pour un temps qui dépasse la vie de cette personne. On doit conserver avec soin les titres des biens-fonds (telligrapha, de tellus). 8. Les monastères érigés avec l'assentiment de l'évêque doivent rester tels (cf. c. 26 de Chalcédoine). 9. Tout évêque doit avoir une copie des prescriptions du présent concile. 10. On doit donner aux pauvres la dîme des successions épiscopales, et on chantera pour le défunt le nombre de psaumes et de messes accoutumés. 11. Aucun [9] évêque ne doit empiéter sur le diocèse d'un collègue, exception faite pour les archevêques. — On trouve dansun appendice quelques prescriptions pour les prêtres; ils ne doivent refuser le baptême à personne; ils doivent immerger les baptisés, ne se contentant pas de verser l'eau sur la tête 1 , 417. Les grandes diètes synodales d'Aix-la-Chapelle en 817. Les relations amicales qu'Etienne V chercha à établir, dès le début de son pontificat, avec Louis le Débonnaire furent rendues encore plus cordiales à la suite d'un voyage du pape en France pendant l'été de 816; Etienne rencontra l'empereur à Reims, s'entretint avec lui des affaires de l'Eglise et le covxronna solennelle- ment à Reims en octobre 816, ainsi que l'impératrice Ermengarde. L'empereur se rendit ensuite à Compiègne où, dans une diète roya- le, il prescrivit d'importantes mesures législatives et lit préparer des ordonnances réformatrices publiées l'année stiivante dans les célèbres diètes synodales d'Aix-la-Chapelle. On avait cru à tort ;i h I refois que ces ordonnances d'Aix-la-Chapelle appartenaient aux années 816 et 817. Mais Pertz a remarqué avec raison que la Prœfatio generalis 2 parlait de tous ces documents et les attribuait 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 355; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1219. 2. Pertz, Monum. Germ. hist., t. ni, Leges, t. i, p. 197, 204; Mansi, op. cil., t. xiv, p. 380; Hartzheim, Conc. Germ., t. 1, col. 542. Dans ces deux auteurs cette préface se trouve, par erreur, uniquement avant le Capilulare ad episcopos. 10 LIVRE XXI à un seul et même concile, à une seule et même année, c'est-à- dire à la quatrième année de Louis le Débonnaire, en 817. La paix dont jouissait le royaume permit à l'empereur, ainsi qu'il le dit dans la Prsefatio generalis, d'introduire dans l'État et dans l'Eglise cette réforme si longtemps désirée. Cette réforme se fit dans la diète synodale, où l'empereur fit entre ses trois fils ce par- [10] tage de l'empire qui eut de si tristes conséquences \ L'ordonnance la plus importante parmi toutes celles qui furent portées à Aix-la-Chapelle est la règle des chanoines et des reli- gieuses. Elle porte dans les éditions la date de 816; mais Pertz n'ayant pas publié ce document, nous ignorons si cette note chro- nologique se trouve dans tous les manuscrits, ou si elle n'est qu'une interpolation d'un copiste ou d'un collecteur plus récent; fausse par conséquent, comme le sont les données chronologiques du commencement de la Prsefatio generalis 2 . L'empereur exposa lui-même à l'assemblée que malheureuse- ment beaucoup d'évêques ne surveillaient pas assez leurs infé- rieurs, et ne faisaient pas pratiquer l'hospitalité; il ajouta qu'il lui semblait nécessaire de réunir, à l'usage des clercs moins savants, une collection des règles sur la Vita canonica disposées dans les anciens canons et dans les écrits des Pères. Les évêques acceptèrent cette exhortation, quoique la plupart d'entre eux vécussent avec leurs subordonnés conformément aux canons; ils l'acceptaient Enfin ce morceau manque totalement dans Hardouin. [Verminghofï, Concilia, 1896, donne la date : août-septembre 816. (H. L.)[ 1. Pertz, op. cit., p. 198; Mansi, op. cit., col. 389. 2. Reformalio abusuum cleri per Ludovicum imper atorem, in-8, Colonise, 1549; Sirmond, Conc. Gall., t. n, col. 329 ; Aub. Mirœus, Forma institutionis canoni- corum et sanctimonialium canonice viventium anno 816, Ludovici PU imperatoris hortatu in concilio Aquis granensi édita, in-fol., Antwerpiœ, 1638 ; Coll. regia, t. xx, col. 430; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1307-1443, 1865-1866 ; Mabillon, Vetera analecta, 1675, t. i, p. 52 ; 2 e édit., p. 149-150; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1055; Coleti, Concilia, t. ix, col. 399; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 117; Bouquet, Rec. hist. Gaules, t. vi, col. 1445-1446; Verminghofï, Concilia sévi karo- lini, 1906, p. 307-464; Verzeichnis der Akten frànkischer Synoden von 742-843, dans N eues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde, 1899, t. xxiv, p. 480-483 ; Ph. Schneider, Die Entwickelung der bischôflichen Domcapitel in Deutschland bis zum XIV Jahrhundert, in-8, Mainz, 1882, p. 33 ; Hauck, Kir- chengeschichte Deulschlands, t. n, p. 582, 710; Br. Albers, Die Reformssynode von 817 und das von ihr erlassene Kapitular, dans Studien und Mittheil. aus dem Ren.-Cist. Orden, 1907, t. xxvm, p. 528-540; Simson, Jahr b ûcher, Leipzig, 1874, t. i, p. 101; L. Halphen, La crise de l'empire carolingien sous Louis le Pieux, p. 2. (H. L.) 417- LES GRANDES DIETES D AIX-LA-CHAPELLE 11 d'autant mieux que l'empereur leur avait donné des livres indis- pensables à une pareille collection (ces livres avaient été pris dans la bibliothèque de Charlemagne à Aix-la-Chapelle). — On composa en effet, dans un temps assez court, deux collections de ce genre, l'une pour les clercs, l'autre pour les religieuses ; elles furent approu- vées par le concile et présentées à l'approbation de l'empereur. L'empereur et le concile remercièrent Dieu de l'heureuse issue de l'assemblée, et les deux institutiones furent recommandées à l'observation de tous. Elles se composaient de deux livres : 1° De institutione canonicorum, et 2° De institutione sanctimonia- lium. Chaque livre se subdivise en deux parties, consacrées la première aux prescriptions générales et préceptes des anciens Pères et des conciles, la seconde aux décisions du concile d'Aix- la-Chapelle. On citait les textes des Pères à l'appui de chacun des règlements d'Aix-la-Chapelle. Le premier livre, beaucoup l-^J plus considérable que le second, ou, pour parler plus exactement, la première partie du premier livre, c'est-à-dire la collection des sen- tences des Pères, etc., a eu, dit-on, pour auteur le savant diacre Amalaire 1 . Quelques textes de ces deux collections prouvent que d'autres auteurs y ont collaboré. Les plus importantes de ces règles, parce qu'elles nous permet- tent de jeter un regard sur la situation ecclésiastique" de cette époque, sont les ordonnances du concile d'Aix-la-Chapelle lui- même. Inspirées ordinairement par la règle de Chrodegang, elles commencent dans le premier livre avec le chap. cxiv, tandis que les cent treize premiers chapitres ne contiennent que d'ancien- nes prescriptions patristiques, etc. Voici les nouvelles ordonnances : 114. Les préceptes de la sainte Ecriture, qui demandent de mener une vie austère, ne s'appliquent pas seulement aux moines et aux clercs, ainsi que le supposent beaucoup de personnes, mais à tous les chrétiens. 115. Les chanoines peuvent porter du lin,' manger de la viande, posséder des propriétés, toutes, choses défendues aux moines; mais les uns et les autres doivent être zélés à éviter le péché et à 1 1. Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1055-1175 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 147-277; Hartzheim, Conc.Germ., 1. 1, col. 430-539; Binterim, Deutsche Concilien, t. u, p. 349. [Sur le personnage et l'œuvre lu vni e siècle Chrodegang a relevé à Metz la vie canoniale, et composé une règle à cette intention. Plusieurs conciles et capitu- laires du temps de Pépin et de Charlemagne mentionnent une règle de ce genre sur la vie canoniale; nous citerons en particulier le concilium Vernense de 755, le capitulaire de 789 et les conciles d'Arles, de Mayence et de Tours de 813. — On a avancé que les statuts d'Aix-la-Chapelle n'avaient pas mentionné la règle de Chrodegang, parce qu'elle ne s'était pas répandue hors de la ville de Metz, et qu'elle était bientôt tombée en désuétude 2 ; mais cette opinion n'est rien moins que fondée, car les évèques présents à Aix-la-Chapelle disent, dans le prologue de leurs statuts, que la plupart d'entre eux vivaient selon l'ordre canonique, ainsi que ceux qui leur étaient soumis, et que, in plerisque locis, idem ordo plenissime servatur. On s'explique jusqu'à un certain point le silence gardé sur la règle de Chrodegang par les statuts d'Aix-la-Chapelle, si l'on réfléchit que Louis le Débonnaire se proposait tout autre chose que de faire une simple réédition de la règle de Chrodegang. Son but était de réunir ce que les actes des anciens conciles et les écrits des Pères contenaient de meilleur sur la vie canoniale. Ce qui prouve que Louis le Débonnaire tenait pour insuffisante la règle de Chrodegang, c'est l'insistance avec laquelle il demande au concile de réunir les règles données par les anciens, quoique les évêques affirmassent que la vie canoniale avait été déjà introduite partout. L'empereur estimait probablement que les statuts des plus anciens conciles et des Pères de l'Église auraient plus de prestige et de force qu'une règle composée par un évêque contemporain. Tout en utilisant cette règle, il a peut-être cru que le meilleur moyen de lui donner un vernis d'antiquité était de ne pas la mentionner en la citant dans ses capitulaires. Les évêques s expriment plus favorablement sur la règle de Chrodegang; la vie canoniale déjà organisée en plusieurs lieux ne leur déplut pas, et ils ne crurent pas, comme Louis le Débonnaire, qu'il suffisait de reproduire simplement des textes des Pères disposés à la suite les uns des autres. Aussi joignirent-ils à ce premier travail un seeond qui, se 1. Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1198 sq.; Mansi, Conc. amplis*, coll., t. xiv, col. 332 sq. ; d'Achery, Spicilegium, t. i, p. 565. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 313; Binterim, Denkfviirdigkeiten, t. tu, p. 322. 20 LIVRE XXI substituant à la règle de Chrodegang, lit que celle-ci tomba en désuétude. Dans ce cas encore, le mieux était de passer sous silence la règle de l'évêque de Metz. Afin de permettre une compa- raison entre la règle de Chrodegang et les statuts d'Aix-la-Chapelle, nous donnerons, à l'exemple des collections des conciles, cette règle de Chrodegang, d'après la rédaction la plus courte. Règle de Chrodegang 1 . Chrodegang, qui prend le titre de servus servorum Dei, Metensis urbis episcopus, déplore, dès le début, la décadence du clergé et du peuple; cet état de choses Fa grandement attristé, mais, comp- tant sur le secours de Dieu, et soutenu par les consolations spiri- tuelles de ses frères, il s'est décidé à publier un court décret en trente-quatre chapitres sur la conduite des clercs. En voici le som- maire : 1. Exhortation à l'humilité. 2. Le rang à garder entre les chanoines est déterminé par la date de leur ordination, exception faite pour ceux que l'évêque aura voulu honorer particulièrement et pour ceux qu'il aura dégradés. Les chanoines ne doivent s'interpeller ni se désigner l'un l'autre simplement par leur nom; ils y ajouteront toujours la mention de la dignité dont chacun est revêtu. Lorsque plusieurs se rencon- trent, le plus jeune doit demander aux anciens la bénédiction et ne pas s'asseoir devant eux. 3. Que tous dorment dans un dortoir, excepté ceux à qui l'évêque a permis de dormir dans des habitations séparées, mais situées à l'intérieur de la clôture. Chacun aura un lit séparé, les lits seront répartis sans tenir compte de l'âge des chanoi- nes, de telle sorte que les jeunes soient mêlés aux plus âgés — ce qui facilite la surveillance. Aucune femme, aucun laïque ne peu- vent entrer dans la clôture, si ce n'est avec la permission de l'évêque, ou de l'archidiacre, ou du primicier. Lorsque les cha- noines vont au réfectoire, ils laisseront leurs armes à la porte. 1. Mansi, Coll. concil., t. xiv, col. 313 sq. ; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1 181 sq., en abrégé dans Natal. Alexander, Hist. eccl., sec.Vm, Venet., 1788, t. vi, p. 80 sq., et dansLongueval,i/is£. de V Égl.gallic, t. iv, p. 435 sq., etc.; Schrockh, Kirchengesch., t. xx, p. 82 sq. ; Binterim, Denkw., t. ni, p. 322 sq. ; Rettberg, Kir- chengesch. Deutschl., t. i, p. 495 sq., a comparé la règle de Chrodegang à celle de saint Benoît. 418. LES STATUTS d' AIX-LA-CHAPELLE 21 Les laïques ne doivent rester dans la clôture que le temps indis- pensable à ce qu'ils ont à y faire, par exemple les cuisiniers, lorsque aucun chanoine ne sait faire la cuisine. Dans leurs habitations particulières (situées à l'intérieur de la clôture), les chanoines n'auront aucun clerc auprès d'eux sans la permission de l'évêque. 4. Tout clerc qui appartient à la congrégation (c'est-à-dire à la maison canoniale) doit assister à complies dans l'église de Saint-Etienne, où l'on donnera constamment le signal à l'entrée de la nuit. A partir des complies, aucun clerc ne devra manger, boire ni parler, jusqu'au lendemain, à une heure déterminée. Celui qui ne se rend pas à complies, ne pourra entrer dans la clô- ture que lorsque les chanoines vont aux nocturnes. Si quelqu'un s'absente et couche en ville, on se contentera, une première fois, de lui infliger un blâme; une seconde fois il sera au pain et à l'eau pendant un jour, et une troisième fois pendant trois jours; s'il retombe encore, il recevra un châtiment corporel. 5-G. Concernant les heures canoniales. Pendant l'hiver, on se lèvera à huit heures de la nuit (deux heures du matin) pour les vigiles. Après les vigiles on prendra un temps pour la méditation, mais on ne dormira pas. A la première heure du jour, tous devront chanter prime dans l'église de Saint-Etienne. 7. On doit chanter les psaumes devant Dieu, avec beaucoup de respect. Nul ne doit, en le faisant, s'appuyer sur un bâton. 8. Tout chanoine doit venir journellement au chapitre, où on lit des passages de la sainte Ecriture, de la présente règle (insti- tutiuncula), des traités et des homélies des Pères. C'est au chapi- tre que l'évêque, l'archidiacre, ou le préposé, donne ses ordres et adresse ses réprimandes. Lorsque, après prime, les chanoines sont rentrés dans leurs maisons, ils doivent être attentifs au signal qui les appelle au chapitre. Les clercs demeurant hors de la clôture et dans la ville doivent, tous les dimanches, se rendre au chapitre, avec la planeta (chasuble) ou autres insignes de leurs fonctions. Ils doivent de même se rendre, les jours de dimanche et de fête, dans le cloître pour les nocturnes et pour matines, et se restaurer au réfectoire. 9. L'oisiveté étant l'ennemie de l'âme, les clercs doivent, après le chapitre, se livrer aux travaux (manuels) qui leur ont été assignés par leurs supérieurs. 10. Les clercs en voyage ne doivent pas négliger les devoirs de leur état; ils observeront les heures canoniales du jour, etc. 22 LIVRE XXI 11. Un zèle plein de douceur et de charité doit régner parmi les chanoines. 12. Personne ne doit excommunier ni battre son collègue. 13. Personne ne doit s'ériger en défenseur ou protecteur d un confrère. 14. Tout chanoine doit se confesser deux fois par an à l'évêque [21] ou à un prêtre établi par l'évêque, c'est-à-dire pendant le carême et entre le 16 août et le 1 er novembre. Celui qui n'est pas empêché par ses fautes peut communier tous les dimanches et aux princi- pales fêtes. Celui qui cache un péché en confession de crainte que l'évêque ne le dépose, et préfère le confesser à un autre, sera puni, si l'évêque vient à connaître ce fait, et s'il est prouvé 1 . 15. Lorsqu'un chanoine a commis une faute grave : meurtre, débauche, adultère, vol, etc., il recevra un châtiment corporel, sera mis en prison ou exclu. Pendant qu'il est au cachot, nul ne doit lui parler ; une fois rendu à la liberté, il se soumettra à la pénitence publique en la manière voulue par l'évêque; il ne pourra paraître ni dans l'oratoire, ni à table; pendant la récita- tion des heures canoniales, il se tiendra à la porte de l'église, et se prosternera à l'entrée et à la sortie de ses confrères. 16. Un clerc qui parle avec un collègue excommunié, sera lui- même excommunie. 17. Le clerc coupable d'une faute sera, les trois premières fois, réprimandé en secret par ses supérieurs; s'il ne s'amende pas, il sera réprimandé publiquement; s'il s'obstine, il sera excommu- nié, et en dernier lieu il recevra un châtiment corporel. 18. Celui qui a commis une faute légère, par exemple qui a brisé un vase, perdu un objet, ou qui est arrivé un peu tard à table, doit se dénoncer lui-même et demander pardon. 19. On doit proportionner la peine à la gravité du délit. 20. Ordre des jeûnes et des repas. Pendant le carême, à l'excep- tion des dimanches, il n'y aura qu'une seule réfection, après les vêpres, et on s'abstiendra des mets défendus par l'évêque. Pendant ce temps, on doit jusqu'à tierce s'occuper de lectures, et ne pas quitter la clôture; après tierce on réunira le chapitre. De Pâques à la Pentecôte, on fera deux repas auxquels on pourra manger de la viande, etc. (à l'exception du vendredi); de la Pentecôte à 1. Binterim, Denkwùrdigkeiten, t. in, p. 331, a montré que cette disposition s'accorde malaisément avec le respect du secret de la confession. 418. LES STATUTS d' AIX-LA-CHAPELLE 23 la Saint-Jean, il y aura également deux repas, mais on ne man- gera pas de viande jusqu'à la messe du jour de saint Jean. De la Saint- Jean à la Saint-Martin, on fera deux repas chaque jour et [22] on s'abstiendra de la viande les mercredis et vendredis ; de la Saint-Martin à Noël il n'y aura qu'un seul repas après none, et sans viande; de Noël au commencement du carême, il y aura tous les jours deux repas, à l'exception des lundis, mercredis et vendredis. La viande sera interdite le mercredi et le vendredi; si une fête tombe ces jours-là, le supérieur peut permettre de manger de la viande. — Angilram, successeur de Chrodegang, ajouta que l'on pourrait aussi manger de la viande pendant les huit jours qui suivent la Pentecôte, jusqu'à son octave, parce que la descente du Saint-Esprit est comme une nouvelle Pâque. 21. A la première table du réfectoire prendront place l'évêque, ses invités, l'archidiacre, ou ceux qu'il a appelés à sa table; à la seconde table seront les prêtres, à la troisième les diacres, etc. Tous arriveront au réfectoire à l'heure indiquée. On fera la lecture pendant le repas ; nul ne devra en emporter ni nour- riture ni boisson; on n'entrera pas dans le réfectoire à un autre moment qu'aux heures des repas; on ne devra pas demander à boire ni à manger au cellérier. Aucun laïque ni aucun clerc étran- ger ne doit prendre son repas dans le réfectoire, sans permission du supérieur. 22-23. Prescriptions sur la quantité des mets et des boissons. Lorsqu'il y a deux repas le jour, le premier aura lieu à midi (ad sextam) ; le second le soir (ad csenam). A sexte, le prêtre et le diacre recevront trois calices (de vin), et pour le souper deux calices; les autres en auront un peu moins. S'il n'y a qu'un seul repas dans la journée, on y donnera la portion de vin que l'on donne à sexte. S'il n'y a pas assez de vin, on devra s'abstenir de murmurer. Celui qui ne boit pas de vin recevra une égale quantité de bière. Le mieux serait de s'abstenir tout à fait de vin. 24. Chacun doit à son tour faire la cuisine pendant une semaine. Sont exceptés l'archidiacre, le primicier, le cellérier et les trois gardiens des églises de Saint-Etienne, de Saint-Pierre et de Sainte- Marie. 25-27. Devoirs des archidiacres, primiciers, cellériers, portiers et gardiens des églises. 28. L'évêque, l'archidiacre et le primicier doivent s'occuper 24 LIVRE XXI des malades ; on aura des bâtiments spécialement destinés aux malades et un chanoine pour les soigner. 29. Une moitié de la communauté composée des plus âgés recevra chaque année de nouveaux manteaux et donnera les vieux à l'autre moitié. Ils recevront en outre des sarciles (habit de laine d'une forme inconnue), des camisiles (sorte de soutane), [23] ainsi que des souliers et du bois (le latin de la première partie de ce chapitre est, par exception, beaucoup plus mauvais que le latin ordinaire de la règle de Chrodegang). 30. Des fêtes, et des repas qui ont lieu alors. Les jours de Noël et de Pâques, l'évêque devra faire préparer un repas à ses cha- noines, dans sa propre maison (au lieu de ipsis, il faut lire in domo ipsius). 31. Celui qui entre dans un canonicat, doit donner ses biens (immeubles) à l'église de Saint-Paul; mais il peut s'en réserver la jouissance sa vie durant. Quant à sa propriété mobilière, il peut, sa vie durant, la donner aux pauvres, ou à qui il voudra. 32. Un prêtre peut garder ce qui lui est remis comme aumône, par exemple, pour dire la messe. Mais si on fait une donation à tous les prêtres, les autres chanoines, même ceux qui ne sont pas prêtres, doivent y avoir part. 33. Après prime, tous doivent être prêts, au signal donné, à se rendre au chapitre avec les habits de leur fonction; après le chapitre, ils se rendent dans l'église, chantent tierce et attendent l'évêque. Celui qui ne s'y rendra pas sera puni. Les frères qui chantent les vigiles dans une autre église, doivent néanmoins venir au chapitre à l'heure fixée. 34. Tous les quinze jours, c'est-à-dire un samedi sur deux, tous les matricularii x se rendront le matin dans l'église cathé- drale, pour entendre une homélie et recevoir l'instruction ; ils se confesseront deux fois par an. On instituera pour chaque matricule un primicerius matricularum spécial. Détermination de la portion de pain, des autres aliments et du vin, que les matricularii doivent recevoir à certaines époques. Plusieurs de ces matricularii étaient employés aux divers services domestiques; d'autres recevaient de l'église de petits biens qu'ils devaient cultiver et dont ils avaient la jouissance. Le présent chapitre les 1. Les matricularii étaient les pauvres secourus par l'Église et immatriculés sur un registre. Cf. Du Cange, Glossarium, à ce mot. 419. AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 25 divise en trois classes : a)ceux qui in domo sunt, c'est-à-dire dans la maison épiscopale ; b) ceux qui per cseteras ecclesias infra civita- tem matriculas habent, c'est-à-dire ceux qui sont employés dans les autres églises de la ville, et c) ceux qui sont dans les villse. Tous doivent venir tous les quinze jours à la cathédrale. Cette dernière s'appelle ecclesia in domo, dans la maison de l'éveque, c'est-à-dire située près de cet ensemble de bâtiments qui, sans compter la [24] maison de l'éveque, contient aussi le canonicat ou les bâtiments claustraux K 419. Autres décisions du concile d' Aix-la-Chapelle de 811. Si nous revenons maintenant aux actes du concile d'Aix-la- Chapelle, nous rencontrons le statut monastique en quatre- vingts numéros, qui forme le pendant de la Règle de Chrode- gang 2 . Le document est daté de 817, vi idus julius (10 juillet) ; on y lit, dans l'introduction : « Lorsqu'en ce jour, divers abbés et moines se furent réunis in domo Aquisgrani palatii quse ad Lateranis dicitur, on prit, après délibération, les décisions sui- vantes 3 . » Les plus importantes sont ainsi conçues : 1 et 2. Dès leur retour dans leurs monastères, les abbés y introduiront la 1. De là le nom allemand Domkirche, « église de la maison». 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 347 a supposé qu'une partie de ces quatre-vingts capitula appartenait à un ancien synode tenu sous Charlemagne, et que cette ancienne partie coïncidait avec les règlements donnés au monastère de Murbach par saint Simpert, évêque d'Augsbourg. [A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten (rànkischer Synoden von 742-843, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 483. (H. L.)] 3. Binterim dit, au sujet de ces abbés et de ces moines convoqués par l'empe- reur [Deutsche Conciliai, t. n, p. 359) :« L'homme le plus influent de cette réunion paraît avoir été Benoît d'Aniane, que l'empereur chargea, avec quelques autres personnes, de visiter tous les monastères, pour y introduire la nouvelle règle. Pagi, Critica, ad ann. 817, n. 6. Au lieu de Benoît d'Aniane, d'autres nomment Benoît abbé de Corneliusmùnster, près d'Aix-la-Chapelle; c'est, en particulier, l'opinion de Damberger, Synchron. Gesch., t. m, p. 100, et Krilikheft, p. 31. Ce que rapporte Walafrid Strabo prouve que saint Benoît d'Aniane a été le principal auteur de la réforme des moines ; Strabo dit qu'en 818 Hatto, abbé de Reiche- nau, où Walafrid avait été autrefois écolier, avait envoyé à Aniane deux des moines les plus distingués de son monastère, Grimoald et Tatto, afin d'y étudier les institutions en vigueur, et après leur retour en 819, on fit des réformes sem- blables à Reichenau (Kalholik, 1857, octob., 2). 26 LIVRE XXI présente règle, et tous les moines l'apprendront par cœur. 3. L'office doit être célébré de la manière prescrite par la règle de saint Benoît. 4. Les moines doivent faire eux-mêmes la cuisine, laver leurs habits, etc. 5. Après les vigiles (nocturnes), ils ne doi- vent pas se coucher. 6. Pendant le carême, ils ne se feront raser que le samedi saint ; mais en temps ordinaire ils se feront raser tous les quinze jours. 8,9,10,78. Il est défendu de manger des vola- tiles sauf les jours de Noël et de Pâques. Quant aux pommes et à la salade, on n'en pourra manger qu'à la suite d'autres ali- ments. 11. Il n'y aura pas d'époque fixée pour la saignée. [25] 13. Si un moine est blâmé par son supérieur, il dira mea culpa et il se prosternera jusqu'à ce que son supérieur lui dise de se lever. 14. Les moines qui ont commis une faute seront fouettés à nu, en présence de leurs frères. 15. Aucun moine ne doit sortir seul. 16. Aucun ne peut servir de parrain, ni embrasser une femme. 20-22. Leurs habits ne doivent être ni trop pauvres ni trop recherchés, mais d'une qualité moyenne ; la cuculla aura deux aunes de long 1 ; chaque moine doit avoir deux cammée(chemises), deux tuniques, deux cuculles et deux cappas, et même, s'il est né- cessaire, une troisième. En outre, il aura quatre pedules paria (cale- çon ou bas) et deux femoralia paria (culottes), roccum unum (un rochet), pellicias (pelisse) usque adtalos duas, fasciolas duas (jarre- tières), et, pour les voyageurs, deux autres paires, des gants pour l'été, appelés wantos, deux paires de souliers pour l'usage jour- nalier, deux paires de subtalares (pantoufles) pour les nuits d'été, et, en hiver des saccos (sabots). En outre, ils recevront du savon, des onguents, de la graisse pour manger (v. c. 77), une hemina de vin, ou le double de bière 2 . 23. Durant le carême les frères doivent se laver les pieds les uns aux autres, et, le jour de la Csena Domini, l'abbé lavera et baisera les pieds de ses moines. 31. La première place, après celle de l'abbé, revient au prieur, qui devra toujours être un moine. 34. On fera un an de noviciat. 36. Les parents qui veulent offrir leur enfant au monastère doivent le présenter à l'autel pendant l'offertoire ; ils feront la demande d'admission par-devant des témoins laïques. Si l'enfant a l'âge de raison, il confirmera cette demande. 40. On aura pour les moines qui doivent 1. Sur ces vêtements monastiques, voir tous les termes correspondants dans Du Cange, Glossarium. 2. La valeur de l'hémine paraît correspondre au demi-setier. 419- AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 27 être sévèrement punis, un bâtiment spécial, qui pourra être chauffé en hiver, et qui aura une cour où ils feront les travaux qui leur sont assignés. 42. Aucun clerc séculier ne devra demeurer dans un monastère. 45. Il n'y aura dans le monastère qu'une seule école, pour les oblats. — C'est ce canon qui a donné lieu à l'institution générale des scholse externse. Quelques monastères avaient eu anté- rieurement deux écoles, une exierna et une interna. Ainsi, en 815, [26] Walafrid Strabo entra dans l'école des externes de Reichenau; elle comptait alors quatre cents élèves, tandis que la classe d'in- ternes en comptait cent. 47. Le vendredi saint, on n'aura que du pain et de l'eau. 49. Les pauvres percevront la dîme de tous les revenus du monastère. 54. Les supérieurs doivent s'appeler nonni 1 . 62 et 84. Lorsque l'abbé, le prieur ou le doyen n'est pas prêtre, il doit néanmoins bénir ceux qui lisent (à l'office ou à table): mais après les complies, un prêtre seul donnera la bénédiction. 68. Les prêtres (parmi les moines) donneront les eulogies aux frères dans le réfectoire. 69. Au chapitre, on lira d'abord le mar- tyrologe, puis la règle, ou les homélies. 76. Chacun recevra sa portion de mets et de boisson, et il ne devra pas en faire part à un autre. 80. L'abbé doit traiter chacun selon son mérite. Celui qui aura souvent été averti et puni, et même excommunié, et qui ne s'amende pas, sera battu. Toutes les peines doivent être admi- nistrées en présence des autres moines 2 . Le troisième document du concile d'Aix-la-Chapelle de l'année 817 comprend vingt-neuf capitula proprie ad episcopos. 1. Les princes ne doivent pas porter atteinte aux biens de l'église. 2. Les évêques doivent être élus par le clergé et le peuple, sans simo- nie, etc., et avec dignité. 3. Comme la vie canonique est, sous plu- sieurs points de vue, mal observée, l'empereur a prescrit la rédac- tion d'une règle pour les chanoines et pour les nonnes. 4. Ce qui a été donné aux églises sous le gouvernement de Louis le Débon- naire doit, lorsque l'église est riche, être employé aux deux tiers pour les pauvres, de telle sorte que les moines et les clercs n'aient que le dernier tiers; dans les églises pauvres, on devra, au contraire, 1. Nonnus, c'est-à-dire Monsieur. Cf. Du Cange, Glossarium. — Cf. P. Karl Brandes, Erklàrung der Regel des hl. Vaters Benedikt, p. 603. On trouve déjà cette expression de nonnus dans le c. lui de la règle de saint Benoît. 2. Pertz, Monum., t. ni, Leg., t. i, p. 200; Mansi, Conc. ampliss.coll.,t.-x.iv, App., p. 393; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1226; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 3. 28 LIVRE XXI faire un partage égal entre les clercs et les pauvres, à moins que le donateur n'ait fait quelque stipulation particulière. 5. Statut au sujet des moines. 6. Les esclaves ne doivent être ordonnés qu'avec la permission de leurs maîtres. Si un esclave a été ordonné sans la permission de son maître, celui-ci pourra l'arracher au camp [27] du Seigneur et le réduire de nouveau en esclavage. Si des esclaves de l'Église paraissent aptes aux fonctions ecclésiastiques, ils doi- vent être, conformément à un édit de l'empereur, mis en liberté. 7. Aucun clerc ne doit recevoir de présent qui tendrait à dépouiller des enfants ou des parents du donateur. 8. Aucun chanoine ou moine n'engagera qui que ce soit à recevoir la tonsure, dans la pensée d'hériter de ses biens (pour son monastère). 9. Nul ne doit être ordonné prêtre sans l'assentiment de l'évêque; mais les évê- ques ne doivent pas refuser des clercs présentés par des laïques pour l'ordination ou pour diverses fonctions, et qui en sont dignes. 10. Toute église doit avoir une manse parfaitement libre, dont le prêtre n'ait à payer ni dîme ni offrande, ni impôts pour sa mai- son et son jardin, ni à remplir d'autre charge que celle de son ministère. Si un prêtre a du superflu, il doit, sur ce superflu, payer à ses supérieurs ce qu'il leur doit. 11. Toute église doit avoir ses prêtres. 12. Si on a érigé de nouvelles églises dans de nouvelles villse, ces églises percevront la dîme sur ces villse. 13. Les vases des églises ne doivent plus être engagés si ce n'est en cas de nécessité et pour racheter des prisonniers. 14. Nous avons porté des ordonnances spéciales sur les églises détruites, et sur les neuvièmes et les dîmes. 15. De même sur l'honneur à rendre aux églises. 16. Les évêques lombards ne doivent plus recevoir d'argent pour la collation des ordres. 17. Les prê- tres qui, malgré les défenses, ont des femmes chez eux, doivent être punis comme contempteurs des canons, s'ils ne s'amendent pas. 18. Quant aux clercs qui habitent loin de la ville épiscopale, un sur huit d'entre eux doit venir demander le saint chrême à l'évêque, le jour de la Csena Domini. Ceux qui ne sont éloignés que de quatre à cinq milles, viendront en personne. Afin de recevoir des instructions, ils ne se rendront pas dans la ville épiscopale pendant le carême, mais à une autre époque déter- minée par l'évêque. 19. Les évêques ont promis, conformément au désir de l'empereur, de ne plus être, à l'avenir, à charge au peuple dans leurs tournées de confirmation, etc. 20. Sans le consentement de ses parents, aucun fds ne peut recevoir la tonsure, ni aucune 419. AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 29 fille le voile. 21. Une veuve ne peut prendre le voile que trente jours après la mort de son mari, et après s'être concertée avec ses parents, avec l'évêque ou avec des prêtres. 22-24. Au sujet des femmes enlevées et de leurs ravisseurs, on observera les anciennes ordonnances de Chalcédoine et d'Ancyre. 25. Au sujet de ceux qui épousent des vierges consacrées à Dieu, on observera le décret du pape Gélase. 26. Aucune vierge ne doit recevoir le voile avant l'âge de vingt-cinq ans. 27. Défense de continuer l'épreuve de la croix. 28. Les évêques doivent former [28] leur clergé avec beaucoup de soin. 29. Beaucoup de capitula qui ne sont pas encore nécessaires sont remis à une autre époque. On ne donne maintenant que ceux dont l'opportunité est reconnue 1 . — Viennent ensuite trois séries d'ordonnances impériales concer- nant la vie civile et la vie religieuse; les dernières se rapportent aux devoirs des missi 2 . Dans ce même concile d'Aix-la-Chapelle, on distribua en trois catégories, d'après leurs revenus, les monastères de l'empire : ceux qui, dans une campagne de l'empereur, pouvaient lui four- nir argent et soldats ; ceux qui ne pouvaient lui procurer que l'argent, enfin ceux qui ne pouvaient l'aider que de leurs prières. Les quatorze monastères de la première classe sont : Saint-Benoît de Fleury, Ferrière, Nigelli de Troyes, La Croix (Leufroy près d'Evreux),Corbie, Sainte-Marie de Soissons,Stavelot(près de Liège), Flavigny, Saint-Eugende (Saint-Claude, dans le Jura), Novalaise (dans le Piémont, au pied du mont Cenis), Saint-Nazaire (Lorsch), Offunwilar (Schuttern), Monsée (Mananseo) et Tegernsée. Dans la seconde classe sont rangés seize monastères : Saint- Mi- chel, Baume (les messiours) (près de Besançon), Saint-Seine (dans le diocèse de Langres, auj. Dijon), Nantua, Schwarzach (sur le Mein), Saint-Boniface(Fulda), Saint- Wigbert (Hersfeld), Ellwangen (Elehenwanc),Feuchtwangen, iVazarurfa (peut-être faut-il lirellaza- rieda), Hasenried, Herrieden (près de Feuchtwangen), Kempten, Altmunster, Altaich, Kremsmunster, Mattsée et Benediktbeuren. Dans la troisième classe on énumère cinquante-quatre monas- tères qui n'auraient qu'à prier pour l'empereur, pour ses fils et pour l'empire, parmi lesquels on remarque les suivants, situés au delà du Rhin et en Bavière : Seewang (?), Sculturbura 1. Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1213; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 381 ; Hartz- heim, Conc. Germ., t. i, p. 544; Pertz, îoc. cit., p. 206. 2. Pertz, loc. cit., p. 210, 214, 216. 30 LIVRE XXI (peut-être Schliiehtern dans la vallée delà Kintzig), Berch (Haid- lingsberg, près de Mallesdorf, en Bavière), Methema (Metten), Schônau, Masburg (sur l'Isar) et Wessobrunn 1 . Dans la publication de ces ordonnances qui fut faite en son nom, Louis le Débonnaire plaça en premier lieu son Capitulai* e générale par lequel il témoigne de son zèle pour l'amélioration de la situation religieuse, et fait remarquer que, pendant la qua- trième année de son règne (par conséquent en 817), profitant d'un moment de paix, il a convoqué les évêques, abbés, chanoines, M"J moines et les grands de l'empire pour essayer avec leur concours de travailler à l'amélioration de chaque état, de celui des chanoi- nes, des moines et des laïques. Il a fait rédiger, collationner et pla- cer dans les archives publiques le résultat de ces délibérations, c'est-à-dire ce que les chanoines et les moines devaient observer, et ce qui devait être ajouté aux lois et capitulaires 2 . Comme ce Capitulare générale porte expressément la date de la quatrième année du règne de Louis le Débonnaire, on ne saurait l'attribuer, avec Baluze et Mansi, à l'année 816; et comme il rapporte tout ce qui est cité à un seul et même concile d'Aix-la-Chapelle, et forme une sorte d'introduction à tous ces divers documents, on est légi- timement amené à croire que ces statuts, ceux des chanoines, des nonnes, etc., sont de l'année 817. 420. Conciles à Aix-la-Chapelle, à Venise, à Vannes, à Thionville, de 818 à 821. A la demande de l'empereur Louis le Débonnaire on tint, en 818, une autre diète synodale à Aix-la-Chapelle. On y déposa et on relégua dans des monastères les évêques soupçonnés d'avoir pris part à la rébellion de Bernard, neveu de l'empereur et roi d'Italie ; tel fut, en particulier, le sort de Théodulf d'Orléans, qui ne cessa de protester de son innocence 3 . 1. Hardouin, loc. cit., col. 1234, et Mansi, op. cit., t. xiv, col. 400, ont donné de ces documents une édition moins correcte que celle de Pertz, op. cit., Lcges, t. r, p. 223 sq. 2. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 380; Pertz, loc. cit., p. 204. 3. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1866-1867; Lalande, Conc.Galliœ, p. 105;Coleti> Concilia, t. xi, col. 609; Mansi, op. cit., t.xiv, col. 385; Hartzheim, Conc. Germ., t . h, col. 10. (H. L.) 420- CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE, ETC. 31 Dans cette même année, Jean, patriarche intrus de Grado, fut déposé dans un concile tenu à Venise. Les actes des conciles mentionnent aussi un concilium 1 eneti- cum ; cependant il ne se tint pas à Venise, mais à Vannes en Bretagne, lorsque Louis marcha contre les Bretons rebelles 1 . On y délibéra sur les affaires de l'État et de l'Eglise ; malheureuse- ment ce renseignement par trop vague est tout ce que nous savons de cette assemblée. En | janvier] 819, Louis le Débonnaire, remarié avec Judith depuis la mort d'Ermengarde, tint à Aix-la-Chapelle une diète synodale, dans laquelle les missi rendirent compte de l'exécu- [30] tion des réformes ordonnées en 817 ; on promulgua, dans cette même diète, quelques nouveaux capitula 2 . Baluze, Mansi et d'au- tres attribuent à tort à cette dernière assemblée d'Aix-la-Cha- pelle Y Instructif) missorum, oubliant que les missi devaient être munis de cette pièce dès 817, lorsqu'ils entreprirent leur voyage d'inspection et de réforme. D'autres capitula que Baluze et Mansi rapportent à l'année 819 sont en réalité de l'année 817, et forment un appendice aux statuta pro episcopis. Aussi Pertz a-t-il eu raison de les placer tous en 817. Il place au contraire en 819 3 les neuf numéros d'une réponse faite à un missus revenant de sa tournée. Enfin, le 6 e capitulaire que Baluze et Mansi placent en 819 appartient en réalité à l'année 823 4 . Le conventus Noviomagensis (Nimègue), en 821, dans lequel l'empereur Louis le Débonnaire revint sur l'affaire de la divi- sion de l'empire, est une assemblée purement politique et ne peut être regardée comme un concile 5 . Par contre, l'empereur tint, en octobre de la même année, à Thionville (Theodonis villa), une réunion solennelle qui peut, jusqu'à un certain point, être 1. Lalande, Concilia, p. 106; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1867; Coleti, Concilia, t. ix, col. 609; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1238 ; Hartzheim, Deutsche Conciliai, t. n, p. 632; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 805 ; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 386. 2. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1867; Lalande, Conc. Gall., p. 106; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 416; Pertz, op. cit., p. 225. 3. Pertz, loc. cit., p. 227. A. Yermingholï, Verzhichnis, dans Neues Archiw, 1899, t. xxiv. (H. L.) 4. Pertz, loc. cit., p. 236 sq. 5. Coleti, Concilia, t. ix, col. 609; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 387; Damberger, op. cit., t. in, p. 120. LIVRE XXI rangée au nombre des eonciles 1 . L'empereur avait, convoqué les seigneurs et les évêques de l'empire aux noces de son fils aîné et associé à l'empire, Lothaire, avec Ermengarde. Il accorda, en cette occasion, amnistie complète à tous les évêques condamnés pour avoir pris part à la révolte de Bernard. On y publia aussi plusieurs ordonnances dont l'objet était purement civil. Dans notre première édition nous avons attribué à ce concile de Thionville deux capitulaires, nous rapportant en cela à Har- douin et à Mansi 2 . Le premier a pour titre : Karoli M. et Hlu- dovici I capitulare apud Theodonis villam ; le deuxième : Capi- tulum ecclesiasticum apud Theodonis viïlam a Karolomagno et Ludovico et primis Gallise conlaudatum et subscriptum. Ces capi- tulaires ne peuvent être attribués à l'époque de Charlema- gne, car, de tous les archevêques qui y sont mentionnés, seul Aistulf de Mayence existait au temps de Charlemagne. Mais [31] comme une variante du capitulaire ecclesiasticum ne fait pas mention de Charlemagne et ne nomme que Louis le Débonnaire, nous croyons pouvoir les attribuer tous deux au concile de Thion- ville de 821. Dans le premier capitulaire on dit : Les archevêques Aistulf de Mayence, Hadebald de Cologne, Hetto de Trêves, et Ebbo de Reims, avec leurs suffragants et les délégués des autres évêques de Gaule et de Germanie, en tout trente-deux évêques, ont célébré un concile à Thionville, à cause des graves sévices que des prêtres ont eu à subir de la part de quelques tyrans, en particulier à cause de l'assassinat honteux et récent de l'évêque Jean en Vasconie (Navarre). Le concile décida, à l'unanimité, de demander au prince et de s'en remettre à lui pour décider si ceux qui s'étaient rendus coupables de pareilles fautes devaient être punis de peines ecclésiastiques, ou si conformément aux capitulaires des rois antérieurs, on devait les frapper d'a- mendes pécuniaires. Les évêques rendirent donc les quatre ordon- nances suivantes : 1. Celui qui maltraite un sous diacre, le blesse, etc., devra, si le sous-diacre guérit, faire pénitence durant cinq carêmes ; en 1. Coll. regia, t. xxi, col. 46,; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1519-1522; Hardouin, Conc. coll., t. iv, col. 1237; Coleti, Concilia, t. ix, col. 611 ; Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 823; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 389 ; Bjhmer-Muhlbacher, Reg. Karoling., 1881, p. 268-269. (H. L.) 2. Pertz a édité ces capitulaires dans l'appendice du t. iv des Monumenta (p. 4.); il lésa mis en appendice parce qu'il doutait de leur authenticité. 420. CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE, ETC. 33 outre, il payera à l'évêque trois cents solidi, avec la composition requise en pareil cas, et les bannos episcopales (amende due à l'évêque) ; si le sous-diacre vient à mourir, le coupable fera pénitence pendant cinq années entières, payera quatre cents solidi, une composition triple, et trois fois les bannos episcopales. 2. Celui qui maltraite un diacre fera pénitence pendant six carê- mes entiers, payera quatre cents solidi, la composition et les bannos episcopales. Si le diacre meurt, la pénitence durera six années entières, on payera six cents solidi, triple composition, etc. 3. S'il s'agit d'un prêtre, le coupable fera douze carêmes (et si le prêtre meurt, douze ans de pénitence), payera six cents solidi, triple composition et les bannos episcopales ; si le prêtre meurt, tout sera triplé, et on donnera neuf cents solidi. 4. Si on maltraite un évêque, on fera pénitence pendant dix ans, et on payera trois fois plus que pour un prêtre qui n'est pas 3^J mort. Si un évêque est tué par accident, le meurtrier fera péni- tence, suivant la décision portée par le concile provincial. Si l'évê- que a été tué volontairement, le coupable devra s'abstenir de vin et de viande toute sa vie ; vivre dans le célibat, et déposer le cingulum militare (cesser tout service public). L'archevêque Aistulf de Mayence avait demandé si ces prescrip- tions avaient l'assentiment « des princes » et de leurs fidèles, on lui répondit affirmativement. Cette approbation se trouve dans le capitulum ecclesiasticum ; on y lit en effet : « Il a semblé bon à Nous et à nos fidèles, que les évêques et leurs compagnons, que Dieu garde d'après les règles de sa justice divine et non d'après celles de la justice humaine, demeurent sauvegardés par les statuts des canons et des capitulaires qu'on nous a sou- mis. » Les quatre capitula mentionnés plus haut furent alors répétés et approuvés; et l'empereur fit ajouter ce qui suit: «Celui qui désobéira à l'évêque sera d'abord puni canoniquement ; s'il s'obstine, il perdra son bénéfice et sera mis au ban (de l'em- pire). S'il reste un an et un jour dans ce ban 1 , ses biens seront confisqués, et il sera exilé en tel lieu où il restera jusqu'à ce qu'il ait satisfait à Dieu et à la sainte Église. » — Les deux empereurs Louis el Lothaire et pêne omnes Gallise et Germanise principes 1. Damberger, op. cit., t. m, p. 127, croit que le bannus dont il est ici question est le bannus ecclésiastique ; mais il se trompe, -car l'empereur dit : in nostro banno. CONCILES - IV - 3 34 LIVRE XXI signèrent ce décret et le clergé rendit grâce à Dieu et au prince par le chant du Te Deum, après quoi le concile se sépara 1 . Nous avons déjà dit que dans notre première édition nous avions attribué ces Capitulaires au concile de Thionville de l'année 821, mais Philipps a fait justement remarquer qu'Ebbo n'était plus archevêque de Reims en 821, tandis qu'il est nommé au début du premier capitulaire 2 . Philipps pense donc avec Pertz que ces deux capitulaires sont apocryphes, et qu'on a dû attribuer au concile de Thionville des décisions du concile de Tribur de 895 (voir plus loin § 509). Nous ne croyons pas pouvoir admettre cette opinion ; il serait possible que les prétendus capitulaires de Thionville appartinssent au concile de Coblentz de 922 auquel assistèrent Charles le Simple, roi de France, et le roi Henri I er d'Allemagne (voir plus loin § 513). Peut-être le titre a-t-il été modifié et il peut se faire qu'un copiste ait lu Karoli et Hludovici au lieu de Karoli et Henrici. [33] Cependant les noms des quatre archevêques cités au début ne s'accordent pas avec l'époque de Charles le Simple et Henri I er ; il s'en faut de tout un siècle. 421. Concile dAttigny, en 822. Peu après le concile de Thionville, Louis le Débonnaire regretta la rigueur avec laquelle il avait traité Bernard et ses partisans. On sait que Bernard avait eu les yeux crevés avec plusieurs autres personnes, et qu'il était mort à la suite de ces mauvais traitements. Plusieurs évêques furent déposés et enfermés dans des monastères. On infligea des peines semblables aux demi-frères du roi d'Italie, à Drogon, Théodoric et Hugo, fils naturels de Char- lemagne, ainsi qu'à d'autres parents. On leur rasa les cheveux et on les enferma dans un monastère en qualité de moines. Dans la diète d'Attigny (août 822), l'empereur vêtu en pénitent reconnut l'excès de sa rigueur en présence des prélats et des grands de son 1. Peilz, Mon. gertn. hisl., Leges, t. i, p. 228, 229. -. Phillips, Die grossen Synode von Tribur, dargestelll mil Benïitzung von Wiener, Mùnchener und Salzbwger Handschriften, dans Sitzungsberichle d. Akad. il.. Wissensch., 1 8 G 5 , Wien, L. xi.i\, p. 713-784. 421. CONCILE D'ATTIGNY 35 empire ; il se réconcilia avec ses demi-frères, donna à Drogon l'évêché de Metz, à Hugo plusieurs abbayes, promit de réparer autant que possible le mal qu'il avait fait, et, au milieu de l'émo- tion universelle, il demanda aux évêques l'absolution sacramentelle et une pénitence 1 . Agobard, archevêque de Lyon, présent à cette réunion d'Atti- gny, rapporte que l'empereur avait engagé les ecclésiastiques et les dignitaires de l'empire à s'appliquer aux sciences et à éviter toute négligence, et qu'il avait rédigé ses exhortations sous forme de capitulaires. S'appuyant sur cette donnée, Pertz a pensé [34] retrouver le rescrit mentionné par Agobard dans un document comprenant six numéros, et qu'il a le premier édité d'après un manuscrit de Blankenburg 2 . Nous pensons au contraire, que ce document est l'œuvre, non de l'empereur, mais des évêques présents à Attigny, qui, sous l'impulsion de l'empereur, voulu- rent travailler à l'œuvre de la réforme. Leurs décisions en six numéros sont rédigées sous la forme d'un discours à l'empe- reur. « 1. Eclairés par l'inspiration divine, et par la ferveur de votre zèle impérial, excités par l'exemple salutaire de votre confession, nous nous reconnaissons nous aussi coupables de bien des manières, soit dans notre genre de vie, soit dans notre ensei- gnement et dans notre ministère. Mais, fortifiés par votre bonté, et possédant la liberté et la compétence nécessaires, nous voulons être à l'avenir plus vigilants. 2. Comme le salut du peuple dépend surtout de l'enseignement qu'il reçoit, on veillera à ce qu'il y ait partout des clercs savants. 3. Nous voulons apporter tout notre soin à l'amélioration des écoles. Il faut que quiconque veut s'instruire y trouve des maîtres savants ; les frais seront supportés par les parents ou les maîtres. On fondera plusieurs écoles dans les grands diocèses. 4. Si les évêques ne sont pas en mesure de fonder ces écoles, les puissants de l'endroit y pourvoi- ront. 5. Les grands doivent venir assidûment aux sermons 6. On ne doit pas distribuer des places pour des raisons de parenté, ou d'amitié, c'est encore là un genre de simonie. .» 1. Coll. regia, t. xxi, col. 55; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1529-1540; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1247 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 621; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 825; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 403 ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n. p. 26; A. Verminghofï, Verzeichnis der Aklen frànkischer Synoden von 742-843, dans Neues Archw, 1899, t. xxiv, p. i84. (H. L.) 2. Pertz, Mon. Germ. hislor., Leges, i. i. p. 2 36 LIVRE XXI Agobard nous a conservé un discours prononcé au concile d'Attigny par le vénérable et ancien abbé Adalard. Nous appre- nons d'Hincmar de Reims, que, dans cette même diète, une femme noble nommée Northildis porta par-devant l'empereur et l'assem- blée des plaintes contre son mari ; les évêques laissèrent aux laïques le soin d'instruire cette affaire relative aux rapports conjugaux entre cette femme et son mari. Les évêques se réser- vèrent d'infliger une peine, si on constatait un délit qui méritât un châtiment 1 . Sirmond suppose que l'empereur Louis publia également dans ce même concile le capitulare II qui appartient plutôt à l'année 825. Par contre, il est probable que les évêques réunis à Attigny reçurent, avant leur départ, ce court capitulaire en dix numéros édité par Pertz. On a d'autres ordonnances de l'empereur qui manquent dans les anciennes collections des capitulaires francs 3 , elles sont à peu près de cette époque, mais ce sont plutôt des lois [35] civiles, et il n'est dit nulle part qu'elles aient quelque rapport avec des conciles. 422. Conciles à Rome et à Compiègne en 823. En 823, le pape Pascal I er se purgea, dans un concile romain, des accusations portées contre lui. Le fils aîné de Louis le Débon- naire, Lothaire, proclamé Auguste depuis 817, fut solennellement couronné par le pape, dans l'église de Saint-Pierre, le jour de Pâques, 5 avril 823. Aussitôt après, ce prince regagna la Germanie ; mais un parti d'aristocrates ou de républicains, mécontent du gouvernement du pape, chercha, sous le faux prétexte d'un zèle gibelin, à atteindre le but qu'il poursuivait. Quelque temps après, l'empereur Louis, alors à la diète de Compiègne, apprit que deux Romains de distinction, le primicerius Théodore et son gendre le nomenclator Léon, avaient été massacrés à cause de leur attachement à l'empereur Lothaire après avoir eu les yeux crevés au palais de Latran. L'empereur envoya aussitôt l'abbé 1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t.xiv, col. 407. 2. Pertz, op. cit., p. 236. 3. Pertz, op. cit., p. 232, les a éditées pour la première fois. 423. CONCILES A LONDRES ETC. 37 de Saint-Vaast d'Arras, Adolung, et le comte Hunfrid de Chur, en Italie pour y ouvrir une enquête rigoureuse. Avant leur départ, deux ambassadeurs du pape, Jean évêque de Silva Candida, et l'archidiacre Benoît, vinrent au camp impérial protester que le pape avait ignoré le meurtre, bien loin de l'avoir ordonné. Les commissaires impériaux se rendirent immédiatement à Rome. Dès leur arrivée, le pape Pascal tint en leur présence, au La- tran, une assemblée solennelle, dans laquelle il affirma sous ser- ment, et trente-quatre évêques avec lui, qu'il n'avait pas pris la moindre part à ce meurtre. En revanche il refusa de livrer les coupables parce qu'ils étaient serviteurs de l'Eglise et parce que les victimes avaient mérité leur châtiment parleur révolte. L'em- pereur Louis, mis au fait de toute cette affaire, s'apaisa, et Pascal mourut peu après, le 10 février 824 *. Nous avons dit que l'empereur Louis tint à Compiègne, dans [36] les derniers mois de 823, une diète qui fut en même temps un concile. Les évêques se plaignirent de diverses atteintes portées aux biens d'Eglise par des laïques, et n'obtinrent qu'une demi- satisfaction. Vers cette même époque, Ebbo, archevêque de Reims, fut désigné par un concile pour évangéliser la Scandinavie 2 . 423. Conciles à Londres, à Cloveshoë, à Oslaveshlen et à Aix-la-Chapelle entre 816 et 825. Le conflit survenu entre Wulfred, archevêque de Cantorbéry, et le roi Cénulf, provoqua la réunion de plusieurs conciles anglais. Wulfred avait été longtemps le favori de Cénulf, et on ignore le motif de sa disgrâce. Pendant six ans, le roi empêcha l'arche- vêque de remplir son ministère ; il parvint même à tourner le pape contre lui, de sorte que, pendant six ans, le peuple en- tier des Anglais fut privé de l'administration du baptême 3 . 1. Baronius, Annales, ad ann. 823, n. 1-3; Pagi, Critica, ad ann. 823;Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 410; Bower, Gesch. der Pàpste, t. v, p. 523 sq. ; Damberger, op. cit., t. m, p. 123. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 407, 410. 3. C'est là ce que rapportent les actes. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 401. Serait- ce donc que l'archevêque était seul à baptiser, ou bien a-t-il, parce qu'il était persécuté, fait publier un interdit général ? 38 LIVRE XXI En 816, le roi convoqua une grande assemblée dans la cilla royale de Londres et menaça l'archevêque d'un exil éternel, s'il ne lui donnait son bien de Yongesham, comprenant trois cents charrues, et s'il ne lui comptait en outre cent vingt livres d'argent. L'arche- vêque s'exécuta, sur les instances de ses nombreux amis, à la condition que le roi le ferait rentrer en grâce auprès du pape et l'aiderait à ressaisir ses droits primatiaux. Si l'archevêque ne pou- vait les recouvrer, le roi lui rendrait ces biens et cet argent. Mais le roi garda tout et manqua à sa parole 1 . A la mort de Cénulf, en 821, sa fille l'abbesse Quendrida (Cenedrytha) s'empara de sa succession, y compris les biens del' archevêque. On n'est pas cer- tain que cette princesse ait, dans le but de s'emparer du pouvoir, fait massacrer son jeune frère Kenielm, âgé de sept ans, légitime héritier de Cénulf ; quoi qu'il en soit, après le court gouverne- ment de Céolwulf, oncle de Quendrida, le Mercien Béornwulf ceignit la couronne et força l'abbesse à un compromis avec l'arche- vêque. On tint, dans ce but, des conciles à Cloveshoë et à Osla- veshlen. Dans ce dernier concile Quendrida remplit les conditions décrétées à Cloveshoë 2 . Mansi et d'autres historiens prétendent à tort que ce n'est pas à Oslaveshlen, mais dans un concile posté- rieur de Cloveshoë, qu'on a rétabli l'entente. Les actes donnés par Mansi ne parlent 3 que des conciles de Londres, de Cloveshoë et 0"slaveshlen. L'expression prsenominata synodus ad Cloveshoum* fait voir incontestablement que le concile de Cloveshoë, où se fit sans succès la première tentative de conciliation, est identique au concilium ad Cloveshoum 5 , que Mansi a regardé à tort comme très postérieur ; quant aux signatures 6 , elles n'appartiennent pas au synode de Cloveshoë, mais à celui d'Oslaveshlen. Il n'est guère possible de déterminer avec une précision absolue la date 1. Mansi, t. xiv, col. 401 489 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1245. [Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, t. ni, p. 587, placent ce con- cile de Londres en 819-821. (H. L.)] 2. Mansi et Hardouin, op. cit., Lingard, Hist. d'Angl., t. i, p. 155 sq. [Coll. regia, t. xxi, col. 51; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1527-1529 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 518; Wilkins, Conc. Britann., t. i, col. 171 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 393; Haddan and Stubbs, Councils and eccles. documents, t. ni, p. 592-595 ; le 30 octobre 824. (H. L.) 3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 402, 490. 4. Ibid., t. xiv, col. 490. 5. Ibid., t. xiv, col. 489. 6. Ibid., t. xiv, col. 491. [37] 423. CONCILES A LONDRES, ETC. 39 de ces conciles. Celui de Londres eut lieu avant la mort de Cénulf, les deux autres entre 822 et 825 1 . En 825, le roi Béornwulf, qui signa le procès-verbal du concile, fut dépossédé de son trône par Egbert, roi de Wessex. Si le compromis entre l'archevêque et l'abbesse a eu lieu à Oslaveshlen, et non à Cloveshoë, il en ré- sulte que la première réunion n'a pu avoir lieu en 825, ainsi que l'ont prétendu Wilkins et Mansi, car, dans ce cas, il faudrait retarder le concile d'Oslaveshlen en 826 2 , c'est-à-dire à une époque où Béornwulf avait perdu la couronne. En 824, un autre concile, tenu à Cloveshoë, termina un différend survenu entre Herbert, évêque*de Worcester, et les moines de Berkeley, au sujet du couvent de Westbury 3 . Dans une diète synodale d'Aix-la-Chapelle, au commencement de 825, l'empereur Louis publia deux capitulaires se complétant l'un l'autre : le premier, composé de vingt-six numéros, était adressé aux évêques ; le second, comprenant quatre numéros, [38] était destiné aux inissi 4 . Ces deux capitulaires ont trait en partie à l'amélioration de la situation de l'Eglise. Ce fut proba- blement dans la même diète qu'on accéda à la demande des moi- nes de Saint-Audain, dans les Ardennes, qui voulaient transférer dans leur monastère le corps de saint Hubert. 1. Coll. regia, t. xxi, col. 52; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1527-1529; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1245; Coleti, Concilia, t. ix, col. 621; Wilkins, Conc. Brit.,t. i,col. 172-173; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 401. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 403; Haddan et Stubbs, Connais and ecclesiastical documents, t. m, p. 596. (H. L.) 3. Coll. regia, t. xxi, col. 93; Labbe, Concilia, t. vu , col. 1555-1556 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1265; Coleti, Concilia, t. ix, col. 655; Wilkins, Conc. Britann., t. i, col. 173-176; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 489. (H. L.) 4. Mansi, Concilia, Supplem., 1. 1, col. 833; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 491. Binterim, Deustche Conciliai, t. n, p. 365-369, a montré contre Pertz, Leges, t. i, p. 242, en invoquant les derniers numéros du Capilulare missorum, que cette diète synodale ne s'était pas tenue au mois de mai 825. Binterim, op. cit., p. 366, s'est trompé toutefois en disant que cette diète synodale s'était réunie à Tribur. 40 Livrn. xxi 424. Réapparition de F hérésie des iconoclastes. L'empereur Léon l'Arménien fut massacré le jour de Noël 820. Ayant pris ombrage de son ami le général Michel le Bègue, auquel il devait le trône, il l'avait condamné à mort pour crime de haute trahison. L'exécution devait avoir lieu après la fête de Noël. Mais, au commencement de la solennité de la nuit, les amis de Michel, très inquiets pour leur propre sûreté, massacrèrent l'empereur, et Michel sortit de son cachot pour monter sur le trône, avant qu'on eût pris le temps de lui ôter ses chaînes. Michel était aussi un adversaire des images, mais d'un autre caractère que Léon et plus porté à la conciliation : aussi, dès son avènement, rendit-il la liberté ou leur patrie aux iconophiles prisonniers, ou exilés. Ce fut ainsi que Théodore Studite rentra à Constantinople, après avoir quitté sa prison de Smyrne 1 . Présenté à l'empereur, il lui adressa un panégyrique, et une apologie pour les images, dans l'espoir que Michel tenterait une restauration semblable à celle d'Irène. C'était une illusion. L'empereur renvoya Théodore, l'assurant qu'il serait personnelle- ment à l'abri de tout danger, et ajoutant que le culte des images ne serait pas rétabli. L'empereur fit la même déclaration au Sénat, et la tentative de l'ancien patriarche Nicéphore pour rappeler le prince à de meilleurs sentiments ne produisit aucun résultat. Quelque temps après (821), l'empereur chercha, dans un concile, à mettre sur pied d'égalité les amis et les ennemis des images. Sur son ordre, les évèques orthodoxes et les archimandrites des monastères tinrent une délibération à la suite de laquelle ils remirent à l'empereur une déclaration portant en substance qu'il leur était impossible d'assister à un concile où siégeraient les hérétiques. Du reste, s'il restait quelque point qui, dans la pensée de l'empereur, n'eût pas été résolu d'une manière per- 1. A. Gardner, Théodore of Sludium : his life and time, in-8, London, 1905; G. A. Schneider, Der Heil. Theodor von Studion. Sein Leben und Wirken. Ein Beilrag zur byzantinischen M ônchgeschichle, in-8, Munster, 1900; J. Pargoire, Saint Théophane le Chrono graphe et ses rapports avec saint Théodore Studite, dans Aca- demia imper, s'cientiar., Saint-Pétersbourg, 1902, t. ix; Tougard, La persécution iconoclaste, dans la Revue des Questions historiques, 1891. (H. L.) i24. RI- APPARITION DE l'hÉRESIE DES ICONOCLASTES 41 [39 1 tinente par les patriarches, il n'avait qu'à le soumettre au jugement de l'ancienne Rome, car telle était la très ancienne tradition : « en effet, cette Eglise est la tête des Eglises de Dieu ; elle a eu Pierre pour premier évêque, celui-là même à qui le Seigneur a dit : Tu es Pierre, etc. 1 . » Dès lors, Michel s'affirma de plus en plus comme l'adversaire des images ; après la mort de Théodote Cassitera (821), il osa élever au siège patriarcal de Constantinople, Antoine de Silœum, personnage mal famé que nous avons déjà rencontré. Les ico- nophiles furent grandement déçus ; plusieurs d'entre eux vin- rent à Rome exhaler leurs plakites. En conséquence l'empereur Michel envoya des ambassadeurs et des lettres au pape Pascal I er , e1 à l'empereur Louis le Débonnaire. La lettre à Louis est arrivée jusqu'à nous. Ecrite au nom de l'empereur Michel et de Théophile son fils et associé à l'empire, elle est datée du 10 avril 824. Michel veut d'abord informer « son frère impérial » de son avènement au trône. « Un certain Thomas, qui se trouvait à Constantinople au service d'un patrice très distingué, avait avec la femme de son maître des relations adultères ; craignant que sa faute ne fût connue, il s'était, sous l'impératrice Irène, réfugié en Perse, où il se fit passer pour le fils d'Irène, le malheureux empereur Constantin.il prétendit qu'un autre avait eu à sa place les yeux crevés, et lui s'était sauvé ; beaucoup le crurent. Afin d'augmenter le nombre de ses partisans, il avait apostasie, et à la tête de bandes armées il avait envahi l'empire romain, et s'était saisi des duchés de Chaldée et d'Arménie. L'empereur Léon (l'Arménien) n'avait pu lui tenir tête et avait été soudain massacré par quelques mécontenls (a quibusdam improbis, conjuratione in eum jacta). Par la grâce de Dieu, le choix des patriarches et celui des grands de l'empire, Michel avait été aussitôt élevé sur le trône. Thomas, l'imposteur, avait assiégé Constantinople ; mais Michel secouru de Dieu, et miraculeusement protégé, l'avait vaincu et anéanti avec ses par- tisans. Thomas avaii eu les mains et les pieds coupés, on l'avait ensuite attaché à la potence ; ses fils adoptifs avaient été pareille- ment exécutés. » L'empereur voulait mettre à profit la tranquillité présente pour rétablir l'union parmi ses sujets, et envoyer une grande ambassade à l'empereur Louis. Il lui mandait que beaucoup [40 de laïques et de clercs avaient dévié des traditions apostoliques 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 399. 42 LIVRE XXI et des ordonnances des Pères, et imaginé de coupables nouveautés. « Ils ont, continue l'empereur, éliminé des églises la sainte croix, qu'ils ont remplacée par des images devant lesquelles ils font brûler des parfums, leur rendant le même honneur qu'au signe sacré sur lequel le Christ a souffert. Ils chantent des psaumes devant ces images, leur témoignent leur vénération (xpoaxuvelv, mot à mot adorare, geste qui consiste à porter la main à sa bouche et à la baiser en signe de vénération), et en attendent du secours. Beaucoup revêtent ces images d'habits de lin, et les choisissent pour parrains de leurs enfants. D'au- tres, voulant prendre l'habit monastique, abandonnent la vieille tradition, d'après laquelle les cheveux qu'on leur coupe étaient reçus par des personnes de marque ; ils préfèrent les laisser tomber sur les images. Des prêtres et des clercs grattent les cou- leurs des images, mêlent ces couleurs aux hosties et au vin, et distribuent le tout après la messe (comme eulogies). Enfin d'au- tres placent le corps du Seigneur entre les mains des images, avant de le distribuer aux communiants. Quelques-uns ne célèbrent plus le service divin dans les églises, mais dans les maisons privées et sur des images qui tiennent lieu d'autels. Ces faits et plusieurs autres bien constatés, les hommes savants et sages les regardent comme défendus et inconvenants. Aussi les empereurs orthodoxes et les savants évêques se sont-ils décidés à réunir un concile local (celui de Constantinople 815), dans lequel ils ont interdit tous ces abus. Ils ont fait complètement détruire les images placées à hauteur d'homme ; quant aux autres, ils les ont maintenues à la condition qu'on regarderait la peinture comme un écrit et qu'on ne la baiserait pas. Ils ont agi de la sorte pour empêcher les ignorants et les faibles, d'adorer ces images et de faire brûler devant elles des lampes ou de l'encens. Nous partageons ce sentiment, et chas- sons de l'Église tous les partisans de ces nouveautés. Quel- ques-uns, ne voulant pas admettre le concile local, et refusant d'entrer dans le chemin de la vérité, se sont enfuis, et sont allés dans l'ancienne Rome, pour y injurier l'Eglise et la reli- gion. Dédaignant leurs impiétés, nous préférons publier notre foi orthodoxe, car nous professons inébranlablement, de bouche et de cœur, le symbole des six conciles saints et généraux. Nous vénérons la Trinité..., nous implorons l'intercession de notre maîtresse immaculée, la Mère de Dieu, et toujours vierge '25- LOUIS LE DÉBONNAIRE II LA REUNION DE PARIS 43 \l;uii'. et celle de tous les saints dont nous vénérons avec foi les vénérables et saintes reliques. Pour l'honneur de l'Église du [411 Christ, nous avons écrit au saint pape de l'ancienne Rome, lui envoyant par les ambassadeurs susnommés (les mêmes qui étaient adressés à l'empereur Louis) un évangéliaire, un calice et une patène en or pur et ornés de pierres précieuses ; c'était là notre offrande à l'Eglise de Pierre, prince des apôtres. Quant à toi, frère bien-aimé, nous te demandons de veiller à ce que ces ambassadeurs arrivent jusqu'au pape avec toute sorte d'honneurs, et sans courir de dangers ; prête-leur secours, et fais que si les blasphémateurs sont encore à Rome, ils en soient chassés. Comme souvenir, nous t'envoyons un vêtement vert brodé, un autre de couleur hyacinthe, deux habits de pourpre, etc. 1 . » 425. Louis le Débonnaire et la réunion tenue à Paris, en 825, contre les images. L'ambassade grecque, qu'il ne faut pas confondre avec une autre venue plus tard en 827 2 , trouva un accueil favorable au camp impérial, à Rouen (novembre ou décembre 824). L'empereur Louis le Débonnaire fit son possible pour terminer la querelle des images et réconcilier les deux partis ennemis. On pensa que la première chose à faire était de calmer l'iconophilie du pape Eu- gène II qui avait partagé sans réserve les sentiments d'Hadrien I er et de l'amener à accepter le moyen terme imaginé par Charle- magne. Dans ce but, l'empereur Louis adjoignit aux ambassadeurs grecs se rendant à Rome, Fréculf, évêque de Lisieux, et un certain Adegar (dont on ne sait s'il était évêque). Ces deux personnages solliciteraient l'appui du pape dans la question des images ; Louis envoya en même temps des mémoires sur cette question composés [42] par les évêques francs. Louis priait le pape Eugène de permettre à ces évêques de choisir, dans les écrits des Pères, les passages pouvant servir à résoudre la question soulevée par les ambassadeurs grecs 3 . 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 417. Ce document manque dans Hardouin, ains que la plupart de ceux concernant l'assemblée de Paris tenue en 825. 2. Cette dernière apporta, entre autres présents, les écrits de Denys l'Aréopa gite. Cf. Pagi, Critica, ad ann. 827, n. 14. 3. Mansi, op. cit., t. xv, App., col. 437; Baluze, Capitularia regum Franc, 44 L1VRF. XXI Le pape accéda à cette demande, et l'empereur réunit en consé- quence à Paris une assemblée d'évêques et de théologiens, qui, de leur aveu, ne formaient cependant pas un concile 1 . Nous possédons quatre documents relatifs à cette assembléee; un mémoire à l'em- pereur et à son fils Lothaire, contenant une dissertation détaillée sur les images, et trois projets de lettres officielles. Louis écrivait la première au pape, le pape écrirait la seconde aux empereurs grecs, enfin l'épiscopat français entier enverrait la troisième au pape 2 . Cette dernière lettre est intercalée dans la précédente. Si nous ajoutons à ces documents deux lettres de l'empereur, l'une à Jérémie évêque de Sens et l'autre à Jonas évêque d'Orléans, au. pape Eugène 3 , nous avons tous les documents de la réunion de Paris 4 . Evoques et théologiens annoncent à l'empereur qu'ils se sont réunis le 1 er novembre précédent. Dès le début ils se désignent comme oratores vestri (c'est-à-dire députés de l'empereur, et non membres d'un concile). Ayant commencé, disent-ils, par faire lire la lettre du pape Hadrien à Irène et à son fils, ils ont trouvé que, si le pape avait justement condamné les iconoclastes, il avait agi imprudemment en prescrivant une vénération superstitieuse des images (quod superstitiose eas adorare jussit). « Il avait deman- t. i, col. 643. Il est aussi question de tous ces incidents dans d'autres documents de cette époque. Voy. par exemple Mansi, op. cit., t. xvi, col. 413, 463. Cf. Walch, Ketzerhist., t. xi. p. 105, 108, 112. 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 463. Le pape dut permettre bien plus iacilement aux évêques francs de rédiger des travaux préparatoires, pour les lui remettre, plutôt que de se réunir en synode, pour porter un jugement. Synodus Parisiensis de imaginibus habita anno Chrisli 824 ex vetustiss. codice descripta et nunc pri- num in lucem édita- (par Pierre Pithou), in-8, Francoforti, 1596; Goldast, Coll., const. imper., 1615, t. i, p. 151 ; J. Ph. a Vorburg, Historiarum... imperii '. Romano- Germanici, in-4, Françfurti, 1660, t. xi, p. 127; Coll. regia, t. xxi, col. 81; Lalande, Conc. Gall., p. 106; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1542-1550 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 641; Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. vi, col. 338-341, 386; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 417 ; P. h., t. civ, col. 1314; B. Simson, Jahrbùcher des frànkischcn Reichs unter Ludwig dem Frommen, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 218; A. Verminghofï, Verzeiehnis dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 485. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 421, 461, 463, 466. 3. Mansi, op. cit., t. xv, App., col. 435, 437. 4. Bellarmin a rédigé un mémoire contre l'assemblée tenue à Paris, dans l'ap- pendice de son traïté De cultu imaginum, imprimé dans Mansi, op. cit., Venetiis, 1778, t. xiv, col. 473. Voy. aussi Noël Alexandre, Hist. eccles., sœc. vin, diss. VI, 9 et 10, cf. t. vi, p. 119. Quant à l'ancienne littérature, cf. Walch, Ketzerhistorie, t. xi, p. 135,139. [A. Verminghofï, dans Neues Archiv, t. xxiv,p. 485-486. (H.L.)] i25- LOUIS LE DÉBONNAIRE ET LA RÉUNION DE PARIS 45 dé que les images fussent exposées, adorées et appelées saintes; cependant si l'exposition est permise, l'adoration ne l'est pas. [43] Hadrien avait cité des témoignages des Pères, ses choix étaient mauvais, car les textes étaient valde absona et ad rem de qua agebatur minime pertinentia. On avait ensuite tenu un concile en Orient (II e concile œcuménique de Nicée) ; mais comme le premier, tenu sous Constantin Copronyme (le conciliabule de 754), s'était trompé en prohibant les images, ainsi ce nouveau concile était tombé dans une erreur non moins grave en prescrivant l'adora- tion des images, en leur donnant le titre de saintes et en leur attribuant le privilège de conférer la sainteté. Charlemagne avait déjà envoyé à Rome, par l'abbé Angilbert, un écrit contre ce concile ; dans sa réponse, le pape, ayant voulu défendre les preuves apportées par ce concile, avait écrit quse voluit, non tamen quse dècuit. Aussi, sans causer le moindre préjudice à l'autorité du pape, pouvait-on avancer que sa réponse contenait plu- sieurs choses contraires à la vérité. A la fin de son apologie, le pape prétendait enseigner, sur cette matière, la doctrine de Gré- goire le Grand : il ne s'égarait donc pas par ignorance. Les évêques francs disaient qu'ils avaient fait lire ensuite la let- tre remise, l'année précédente, à l'empereur par les ambassa- deurs grecs ; Fréculf et Adégar firent connaître leurs démarches à Rome. Il était notoire que les empereurs avaient pris un moyen terme entre les iconoclastes et les iconophiles exagérés ; ils avaient voulu guérir ces deux factions également malades. Mais l'erreur ayant été défendue aux lieux mêmes où elle eût dû être condamnée (c'est-à-dire à Rome), Dieu avait indiqué aux empereurs une autre conduite à tenir, en leur inspirant de solliciter du pape la permis- sion d'entreprendre sur la question une enquête dont ils expose- raient le résultat, afin que toute autorité dût bon gré mal gré s'incli- ner devant la vérité. La prudence demandait du reste que, dans les déclarations envoyées par l'empereur, on insérât tous les blâmes de rigueur contre amis et ennemis des images ; on devait le faire, en particulier, dans la lettre aux Grecs; mais en s'exprimant, à l'égard de Rome, d'une manière modérée et respectueuse, tout en faisant connaître l'entière vérité. Le pape ne rendrait ensuite qu'une ordonnance conforme au véritable état de choses, par égard pour les empereurs, pour l'autorité de son' siège et pour les témoignages apportés en faveur de la vérité. On demandait aux empereurs de choisir ce qui leur paraîtrait le plus opportun 46 LIVRE XXI dans les passages de la Bible et des Pères que les évêques avaient collationnés, et qu'ils leur envoyaient par l'intermédiaire de Halitgar de Cambrai et d'Amalaire de Metz. Ils avaient eu trop peu de temps pour faire eux-mêmes ce choix, d'autant plus que tous ceux qui avaient reçu ordre de comparaître dans l'assemblée ne s'y étaient pas rendus, par exemple Moduin, évêque d'Autun, empêché par la maladie 1 . » Les évêques ajoutèrent à leur lettre le recueil en question : les deux premiers canons sont dirigés contre les iconoclastes, mais la seconde partie, beaucoup plus considérable (can. 3 à 16), est dirigée contre les iconophiles. Dans cette seconde partie, on essaie d'abord de démontrer, au moyen d'une fausse inter- prétation de quelques passages de saint Augustin, etc., que l'origine du culte des images remonte à Simon le Magicien et à Épicure ; on combat ensuite (c. 8) certains arguments du pape Hadrien et du II e concile de Nicée, favorables aux images; enfin on déclare que la latrie doit être réservée à Dieu, et que ce qui vient de la main des hommes ne doit être ni vénéré (colenduin) ni adoré (adorandum). (Étrange méprise de l'assemblée de Paris; car le II e concile de Nicée avait dit, au sujet de la latrie, précisé- ment ce qu'on prétendait lui imposer comme un correctif. Au sujet du mot colère, le passage de saint Augustin cité par le concile de Paris enseignait exactement le contraire de ce qu'on vou- lait lui faire dire ; ce Père disant que le mot colère pouvait aussi être appliqué aux hommes.) C'était, continuaient les Pères de Paris, une injustice de comparer les images à la sainte Croix. Dans ce désir d'instruire iconophiles et iconoclastes, ils donnaient (c. 15) toute une série de passages extraits des Pères : saint Grégoire le Grand, saint Jean Chrysostome, saint Basile, saint Athanase, Denys l'Aréopagite, saint Augustin, saint Ambroi- se, le vénérable Bède, etc., puis le canon 82 e du concile in Trullo, tenu en 692, canon qu'ils attribuaient à tort au VI e concile œcu- ménique. Enfin, dans le dernier chapitre, les évêques réunis à Paris racontent les origines de l'hérésie des iconoclastes, et, à cette occasion, parlent du calife Iézid. La suite manque 2 . 1. Nous ne connaissons, en résumé, des membres de cette assemblée, que Halil- gar et Amalaire, Jonas d'Orléans, Jérémie de Sens, Fréculf et Adegar. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 421-460. Comme réponse aux arguments de ceux de Paris, cf. Bellarmin, dans Mansi, op. cit., col. 476 sq. 425- LOUIS LE DÉBONNAIRE ET LA REUNION DE PARIS 47 Le second document rédigé par l'assemblée de Paris est un pro- jet de lettre de l'empereur Louis au pape ; elle contient des décla- [45] rations assez vagues sur l'amour et l'union, de même que sur l'élévation du Siège de Rome, et n'a, au fond, d'autre but que de rappeler au pape la permission par lui donnée, et de le rendre favorable à la collection patristique qu'on lui présentait 1 . D'après le projet de la lettre que les évêques francs voulaient faire envoyer aux Grecs par le pape, Eugène les exhortait à l'union et à la concorde, et leur communiquait les principaux passages du mémoire des évêques francs, mémoire qui, pour cette raison, était intercalé dans le projet de lettre du pape aux Grecs. Dans leur document, les Francs faisaient remonter leurs pratiques au sujet des images à leur apôtre Denys, que Clément de Rome avait envoyé dans les Gaules, ensuite à Hilaire et à Martin de Tours; ils remarquaient que, chez eux, il ne s'était jamais élevé de discussion sur ce point, car on n'y avait jamais ordonné ni condamné le culte des images. « En effet, les images n'étaient pas, chez eux, exposées dans les églises et dans les palais pour un but religieux 2 ; elles étaient simplement pour les gens ins- truits un souvenir d'amour pieux ( pro amoris pii memoria ), ou un ornement, et pour les ignorants un moyen d'apprendre (nescientibus vero pro ejusdem pietatis doctrina pictse vel fictse) : elles ne pouvaient donc, en aucune manière, nuire aux vertus de foi. de charité et d'espérance. Celui qui ne voulait pas d'images, pouvait agir à sa guise, à la condition toutefois de ne pas inquiéter celui qui en voulait à la façon qui vient d'être dite. Jusqu'à cette époque, les Gaulois avaient été, au sujet des images, indifférents in habendo vel non habendo, in colendo vel non colendo; cette situation n'ayant amené aucun conflit, le mieux était de s'y tenir. » — Ayant inséré, dans sa lettre aux Grecs, cette déclaration des évêques francs, le pape devait éclaircir le sens des passages de saint Gré- ire qui semblaient y contredire; il devait, en outre, engager l.Mansi, loc.cil., col. 461-463. Voy. comme réponse.JBcllarmin, loc. cit., p. 479. '2. Nous savons cependant que, d'après une ancienne coutume, on allumait en Gaule des lampes devant les images. Ainsi Fortunat dit, dans une pièce de vers sur saint Martin : Hic paries retinet sancti sub imagine formant. Amplectanda ipso dulci pictura colore. Sub pedibus justi paries liabet arcte fenestram, Lychnus adest, cujus vitrea natal ignis in urna. 48 LIVRE XXI fortement les empereurs byzantins à rétablir la paix de l'Eglise, sans oublier de blâmer les Grecs qui avaient laissé la discorde entrer chez eux à cause des images ; enfin le pape devait montrer que Satan avait poussé aux opinions extrêmes aussi bien les icono- clastes que l'impératrice Irène. La suite manque 1 . Le 6 décembre 825, Halitgar et Amalaire remirent les docu- ments rédigés par l'assemblée de Paris à l'empereur qui s'en montra I.^J satisfait ; Louis ne voulut cependant pas les envoyer au pape immédiatement et in extenso ; aussi chargea-t-il Jérémie, arche- vêque de Sens, et Jonas, évêque d'Orléans, désignés comme ambassadeurs à Rome, d'extraire de ce mémoire ce qui leur paraîtrait le plus propre à atteindre le but désiré. Ils remet- traient au pape ces extraits, en lui rappelant qu'il avait autorisé lui-même cette façon d'agir. Les ambassadeurs attireraient en par- ticulier, l'attention du pape sur les passages qui n'étaient con- testés par personne. Ils passeraient alors à des déclarations explicites, évitant de brusquer le pape par des contestations passionnées, cherchant plutôt à le ramener, par de prudentes concessions, à un moyen terme équitable. Dans le cas où la perti- nacia romaine ne se mettrait pas en travers et permettrait aux négociations d'atteindre un heureux résultat, et si le pape envoyait des députés à la cour des Grecs, les deux ambassadeurs francs lui offriraient l'envoi d'une ambassade impériale en Grèce 2 . La lettre de l'empereur Louis et de son fils Lothaire à Eugène II est conforme à ce qui précède. Louis proteste de ses disposi- tions de prêter appui au pape, et rappelle que c'est avec sa permission que les évêques francs ont collationné les passages des Pères, dans le but que l'on sait. « Ils avaient, avec le secours de Dieu, terminé leur travail, et l'empereur l'envoyait au pape par l'intermédiaire des évêques Jérémie et Jonas. Le pape pouvait se servir avec grand profit dans l'affaire des Grecs, de ces deux hommes, très versés dans les sciences sacrées et très exercés à la discussion. En envoyant ces députés, et la collection, l'empe- reur ne songeait pas à donner des leçons à qui que ce fût à Rome ; il ne songeait qu'à offrir son concours. Le pape devait s'employer 1. Mansi, loc. cit., col. 463-474. Cf., par contre, Bellarmin, op. cit., p. 478. 2. LaMettre de Louis le Débonnaire à Jérémie etc. se trouve dans Mansi, op. cit., t. xv, App., col. 435, etHardouin, op. cit., t. iv, col. 1260. Par suite d'une faute de copiste déjà ancienne, on lit dans la suscription de cette lettre la date de 824, au lieu de 825. Cf. Walch, op. cit., p. 125, note 2. 426. CONCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 49 au retour de l'union chez les Grecs. Dans le cas où il enverrait des ambassadeurs à Constantinople, il devait faire choix d'hommes très prudents et professant des idées modérées ; si Eugène en manifestait le désir, l'empereur ferait accompagner par d'autres députés de son choix les ambassadeurs du pape : ce qui n'impli- quait pas que cet, envoi fût nécessaire, ni que les ambassadeurs du pape ne fussent pas à même de remplir seuls cette mission 1 . » On ne sait si le pape entra dans les idées des Francs, ni 47] même s'il envoya des ambassadeurs ; on sait seulement, par un biographe anonyme de Louis le Débonnaire, que ce prince envoya comme ambassadeurs à Constantinople l'évêque llalitgar et l'abbé Ansfried de Nonantula 2 . 426. Conciles à Ingelheim, à Rome et à Mantoue, en 826 et 821. En 826, l'empereur Louis réunit deux fois, à Ingelheim, en juin et en octobre, les grands de l'empire, de l'ordre civil et de l'ordre ecclésiastique. A la première de ces réunions assistèrent les lé- gats romains, probablement porteurs de la réponse du pape aux propositions de l'assemblée de Paris. On y vit aussi les ambassadeurs de l'abbé du Mont-des-Oliviers, en Palestine 3 . Nous possédons de ce concile tenu en juin : a) un capitulaire contenant sept nouvelles ordonnances sur le vol, sur les mauvais traitements infligés au clergé, sur les oratoires, etc. ; b) un second capitulaire remettant en vigueur quelques anciennes ordonnances 4 . Le second capitulaire est le seul authentique 5 ; le premier 6 n'est autre que la réunion des numéros 97-103, et n° 383 du second 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 437; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1259. 2. Walch, Kelzerhisl., p.*115, 132. 3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 494; Binterim, Deulsclie Concilieii, t. n, p. 371 sq. 4. Coll. regia, t. xxi, col. 95; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1556-1557; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1269; Coleti, Concilia, t. ix, col. 657; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 493 ; B. Simson, Jahrbiïcher des frànkischen Reichs unter Ludwig dem From- men, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 254, note 9 ; A. VermingholV, Verzeichnis der Akten frânkischer Synoden von 742-843, dans Neues Arcliiv, 1899, t. xxiv, p. 486. (H. L.) 5. Pertz, Mon. Germ. hist., Leges, t. i, p. 253. 6. Mansi, op. cit., t. xv, col. 440; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 36. • CONCILES — IV — i 50 LIVRE XXI livre de la collection de Benoît le Lévite. Cette collection, assez voisine de celle du pseudo- Isidore, attribue, dans ce n. 383, au concile d'Ingelheim ce qui provient de sources très différentes 1 . Il y a toutefois entre Benoît le Lévite et le pseudo-Isidore cette dis- tinction à établir, appréciable dans le cas présent, cpue le pseudo- Isidore attribue à des conciles ou à des papes plus anciens des textes supposés, tandis que Benoît le Lévite attribue des textes existants à des conciles récents 2 . — Beaucoup de collecteurs des actes des conciles, et, en particulier, Baluze et Mansi 3 , ont réuni en un seul tout la collection de Benoît le Lévite, avec la collec- tion plus ancienne de l'abbé Anségise, en sorte que le premier livre de Benoît le Lévite devenait le cinquième livre de cette unique collection. Pertz a séparé ces deux recueils d'une valeur histori- que si inégale 4 . La seconde réunion (octobre 826), ne paraît pas s'être occupée des affaires de l'Église ; du moins n'en voyons-nous aucune trace dans le court capitulaire qu'elle a laissé 5 . Mais cette réunion L^J confirma les immunités du monastère de Grégorien munster, en Alsace 6 , ainsi qu'un traité d'échange en faveur du nouvel évêque de Worms, Folkwig. On ne possédait qu'un fragment des actes d'un grand concile romain, tenu sous le pape Eugène II (15 novembre 826), lorsque 1. C'est trop sommaire pour être vrai. Si Benoît et Isidore ne sont pas un même personnage, ils sont du même atelier : ils ne fabriquent pas les textes, ils les arrangent. Isidore les antidate ; Benoît ne peut les mettre sous d'autres patronages que les assemblées, auteurs de capitulaires. (H. L.) 2. Knust en a fait la démonstration dans Pertz, Leges, t. n, part. 2, p. 22. 3. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, appendix, col. 337. 4. Pertz a inséré la collection d'Anségise dans Leges, t. i; celle de Benoît dans Leges, t. n. 5. Pertz, Leges, t. i, p. 255 sq. 6. Gregorienthal, à Munster, arrondissement de Colmar (anc. départ, du Haut- Rhin) : Annales Monasterienses (528-828), dans Pertz, Monum. Geirn. lilst., Scriptores, t. m, p. 152, 154; Fr. Hecker, Die Stadt und dus Thaï zu Munster im St Gregorienthal, in-8, Munster, 1891; Notes et documents pour servir à l'intelli- gence de la cause liée entre la ville de Munster et diverses communes du Val Saint- Grégoire, in-12, Colmar, 1836; J. Rathgeber, Munster im Gregorienthal, ein Bei- trag zur politisch. kirchl. u. kuliurhist. Geschichte des elsàss. Munster thaïes, bevor- wort. von Aug. Stôber, in-8, Strasbourg, 1874; L. Spach, L'abbaye de Munster, dans les Mém. soc. mon. hist. Alsace, 1860, t. in, p. 226-273; W. Wiegand, Aeltere Archivalien der Abtei Munster im Elsass, dans Mittheil. Inst. oeslerr. Gesch., 1889, t. x, p. 75-80. (H. L.) 436. CONCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 51 Luc Holstein publia les actes complets de cette assemblée 1 . Ces actes renferment trente-huit canons : 1. On ne donnera l'onc- tion épiscopale qu'à ceux qui en sont dignes. 2. Interdiction de la simonie. 3. L'évêque doit donner, par ses exemples, du poids à ses paroles. 4. Le métropolitain doit engager un évêque ignorant à se faire instruire. L'évêque qui a des prêtres, des diacres et des sous-diacres ignorants, doit les obliger à se faire instruire ; il leur interdira l'exercice de leur saint ministère jusqu'à ce qu'ils aient les connaissances voulues. 5. Nul ne doit devenir évêque par intrusion. 6. On renouvelle l'ordonnance de Sardique rela- tive à la résidence épiscopale. 7. A côté de chaque église (épis- copale) il y aura un claustrum (maison canoniale) pour les clercs, et dans chaque claustrum un seul réfectoire et un seul dortoir pour tous 2 . 8. Les évêques doivent procurer des desser- vants aux églises baptismales (paroisses rurales), et y établir des prêtres suivant les besoins. 9. Ils ne doivent y placer qu'un nombre de clercs correspondant aux revenus de l'église. 10. On ne doit ordonner de prêtres que pour des églises et des monas- tères déterminés ; ces prêtres ne doivent pas habiter dans des maisons privées. 11 et 12. Les prêtres ne doivent être ni joueurs, ni banquiers, ni chasseurs, ni hôteliers, car ils doivent, hors de leur demeure, garder le souci de leur dignité sacerdotale. 13. Ils ne doivent jamais se mêler des affaires séculières, ni pour porter témoignage, ni pour rédiger des documents publics. 14. Si un clerc a commis une faute entraînant la déposition, l'évê- que lui assignera un lieu convenable où il pourra pleurer sa [49] faute. 15. Les évêques doivent veiller à ce que leurs clercs ne fréquentent pas de femmes, car, puisque le mariage leur est interdit, à plus forte raison doivent-ils s'abstenir des rapports illi- cites. 16. Aucun évêque ne doit s'approprier des immeubles des 1. Ils sont reproduits intégralement dans Pertz, Monum., t. iv, Leges, t. n, part. 2, p. 11-17; en outre dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 999 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 62 sq. ; Pagi, Critica, ad ann. 826, n. 1. [Coll. régla, t. xxi, col. 96; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1557; t. vxn, col. 102-113 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 657; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 493 ; Jalîé, Reg. pontif. rom., p. 224-225; 2 e édit., p. 321 ; A. L. Richter, Beitràgc zur Kenntnis der Quellen des canonis- chen Rechts, in-8, Leipzig, 1834, p. 49; A. Verminghoiï, Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 486; B. Simson, Jahr bûcher des frànk. Reiches unter Ludwig dem Frommen, Leipzig, 1874, 1. 1, p. 280. (H. L.)] 2. Ce canon fixe la date de l'établissement régulier de la vie canoniale en Ita- lie. 52 LIVRE XXI églises rurales, ni d'autres lieux saints. 17. Les prêtres ne doivent pas refuser, à la messe, certaines offrandes ; médiateurs entre Dieu et les hommes, leurs prières doivent autant que possible embrasser tous les fidèles. Comme notre Sauveur est tout-puissant, et en même temps plein de miséricorde, il accepte sans partialité les prières de tous. 18. Aucun évêque ne doit donner à un clerc de dimissoires, si ce clerc n'a été expressément demandé par un autre évêque, car il faut éviter qu'une brebis ne coure de côté et d'autre. Et afin de pouvoir distinguer les dimissoires authenti- ques des autres, elles devront porter le sceau du pape ou de l'empe- reur ou du métropolitain. 19. S'il lui survient une affaire ecclé- siastique ou une affaire privée, l'évêque ou le prêtre doivent choisir un advocatus de bonne réputation, de peur qu'en s'occu- pant d'affaires temporelles ils ne compromettent leur récompense éternelle. Toutefois, si le clerc est accusé d'un crime public, l'avocat ne peut le représenter. 20. Si le prêtre ne peut trouver aucun avocat, l'évêque doit en chercher la raison ; si le prêtre a mauvaise réputation, il le punira conformément aux canons .21. Lorsqu'un monastère ou un oratoire a été régulièrement érigé, on doit, avec l'assentiment de l'évêque, y placer un prêtre qui y célébrera le service divin. 22. Celui qui s'est emparé d'une église au mépris du droit, devra, lui ou son héritier, donner une compensation. 23. Les fondations pieuses doivent être employées selon l'inten- tion des fondateurs. 24.0n peut reprendre, pour y placer des clercs, les églises converties à des usages profanes. 25. Les bâtiments en ruines doivent être restaurés, et, s'il est nécessaire, avec le con- cours du peuple. 26. Aucun évêque ne doit réclamer de ses clercs, ni des saints lieux, plus que le droit ne le lui permet ; il ne doit pas imposer de corvées extraordinaires (super posità). 27. On ne choisira pour abbés, dans les csertobia, ou, comme on dit mainte- nant, dans les monastères, que des hommes capables. Ils seront prêtres, afin de pouvoir remettre les péchés aux frères placés sous leur juridiction. 28. Les évêques ne doivent pas permettre aux moines d'aller de côté et d'autre; ils les renverront chacun dans son monastère, ou, suivant les circonstances, dans un monas- tère étranger. 27. Une femme qui a pris l'habit religieux ou le voile par esprit de piété, doit ne plus se marier; son devoir est de se retirer dans un monastère, ou de garder la chasteté chez elle, et l'habit qu'elle a pris. 30. On ne doit ni travailler ni vendre le dimanche. On pourra seulement vendre aux voyageurs la [50] 426. COXCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 53 nourriture qui leur est nécessaire. 31. Il est permis d'arrêter un prisonnier le dimanche. 32. Les femmes qui,quoique innocentes, sont mises de force dans un monastère, ne sont pas tenues d'y rester. 33. Aucun laïque ne doit se tenir debout dans le presby- terium, pendant la célébration des saints mystères. 34. Dans toutes les églises épiscopales ou rurales, et partout où le besoin s'en fera sentir, il y aura des maîtres qui enseigneront les arts libéraux et les vérités de la foi. 35. Quelques personnes, et surtout les femmes, viennent à l'église, les dimanches et les jours de fête, non dans de bonnes intentions, mais pour se faire admirer (à la sortie de l'église), par des danses [ballare), des chants et des chœurs incon- venants et imités des païens. De telles personnes rentrent chez elles la conscience chargée de fautes plus graves que quand elles sont sorties. Aussi les prêtres doivent-ils exhorter le peuple à ne se rendre, ces jours-là, à l'église que pour y prier. 36. Nul ne doit abandonner sa femme et en épouser une autre ; sauf le cas de fornication, si un homme et une femme veulent observer la continence par vertu, ils devront obtenir l'assentiment de l'évê- que. 37. Nul ne doit avoir, outre sa femme, une concubine. 38. Défenses contre les unions incestueuses. Un concile, tenu à Mantoue le [6] juin 827, semble avoir vidé le différend déjà ancien entre les métropolitains d'Aquilée et de Grado 1 . Deux légats du pape Eugène II, l'évêque Benoît et le diacre romain et bibliothécaire Léon, deux ambassadeurs des empereurs Louis et Lothaire, c'est-à-dire le presbyter pala- tinus Sichard et le laïque Théoto, un nombre considérable d'évê- ques et de clercs de la haute Italie assistèrent à cette assemblée. Maxence, patriarche d'Aquilée, rapporta qu'à l'époque du pape Benoît I er (574-578), à cause des invasions des Lombards, le patriarche Paulin avait transféré le siège patriarcal d'Aquilée à Grado 2 ; après la mort de Sévérus, on avait choisi, pour Aquilée, 1. Hardouin, Concilia, t. iv, index; Coleti, Concilia, t. ix, col. 657-666; De Rubeis, Schism. eccles. Aquileij., 1732, p. 222-240; Monum. Eccles. Aquileij., 1740, p. 414-426; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 493-502; Scisma tre capit., 1770, p. 306-109; B. Simson, op. cit., t. i, p. 281; Bôhmer-Mûhlbaeher, Regesla imperii, t. i, p. 814,1164 ; W, Meyer, Die Spaltung des Palriarchats Àquileja, dans Abhandlungen der Gôttinger Gesellschaft der Wissenschaflen. Hist.-phil. Klasse, Berlin, 1898, p. 16 ; A. Verminghofï, Verzeichnis dans Neues Archiv, 1899 : t. xxiv. p. 487. (H. L.) 2. Le titre de « patriarche » ne fut pris que plus tard par les évèques d'Aqui- 54 LIVRE XXI un certain Jean, et pour Grado, l'hérétique Candidien. En même temps, les Grecs, maîtres de l'Istrie, forcèrent plusieurs évêques à entrer en communion avec le schismatique Candidien, tandis que le siège d'Aquilée resta sous la domination lombarde. [ û ±] Le concile de Mantoue accueillit cet exposé avec bienveillance, sans remarquer qu'il dénaturait gravement l'histoire ; car Can- didien avait été, en réalité, l'évêque légitime et orthodoxe d'A- quilée-Grado, tandis que Jean était un évêque schismatique, partisan du schisme occasionné dans la Haute-Italie par la querelle des Trois Chapitres. On parut ne songer à rien de sem- blable et on se souvint uniquement que Grado était autrefois une église dépendante de l'évêché d'Aquilée. Comme d'ailleurs, plusieurs nobles de l'Istrie assistaient au concile et demandaient la restitution au siège d'Aquilée de ses anciens droits, on dé- clara que : « La métropole d'Aquilée ayant été partagée con- trairement aux décisions des Pères, il y a lieu de lui rendre son ancienne dignité. Par conséquent Maxence et ses succes- seurs jouiront du droit d'ordonner des évêques en Istrie et dans les autres parties de leur diocèse (province). » Les fondés de pouvoir de l'empereur invitèrent l'évêque de Grado à se rendre au concile, pour y faire valoir ses droits. Il se fit représenter par l'économe de son Eglise, le diacre Tibérius ; mais les documents qu'il présenta, ou ne méritaient pas de créance, ou ne prouvaient pas en faveur de Grado, les évêques de ce siège s'y trouvant mentionnés partout sous le titre d'Aquilée. On sait cependant par un diplôme de l'empereur Louis II, que cette der- nière circonstance donna lieu à la réunion de plusieurs conciles, sur lesquels nous n'avons pas d'autres données 1 . 427. Conciles réformateurs francs tenus en 828 et 829. Documents qui s'y rattachent. Introduction. Les conciles tenus en 828 et 829 ont une grande importance pour l'histoire de l'empire franc, et en particulier pour l'histoire synodale de ce pays ; mais ordinairement on ne distingue pas, lée, et lorsque la séparation d'Aquilée et de Grado fut un fait accompli. [Cf. Dic- tionn. d'archéol. chrét., t. i, au mot Aquilée. (H. L.) ] 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 527. 427. CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 55 avec une suffisante précision, les événements qui se rattachent à ces conciles, ou du moins on ne les dispose pas dans l'ordre historique. Pour voir les choses sous leur véritable point de vue, [52] il faut commencer par lire la lettre que le concile de Paris, tenu en juin 829, adressait aux empereurs Louis et Lothaire 1 ; elle est ainsi conçue : « L'empereur a justement reconnu que les nom- breux malheurs qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, ont fondu sur l'empire, étaient un châtiment mérité. Aussi, l'année dernière (828), a-t-il engagé, par écrit, tous les évêques à pres- crire un jeûne général de trois jours, à l'issue duquel tout chrétien devra se confesser et faire pénitence. L'empereur a ajouté, dans ce même édit solennel, que si Dieu accordait quelque répit à l'empire, il réunirait un placitum générale, en vue d'introduire les réformes utiles, à commencer par lui-même et ses fonctions, et d'examiner ce qui déplaisait à Dieu dans chaque état et devait être amélioré. Malheureusement, les invasions ennemies ayant fait obstacle à la réalisation de ce projet, l'empereur avait, l'hiver der- nier, tenu un placitum cum quibusdam fidelibus, pour étudier la volonté de Dieu et s'occuper du bien de l'Eglise. Il avait rédigé dans des capitulaires, ce qui lui avait semblé réaliser une prompte amélioration, et avait envoyé des légats pour punir les délinquants conformément à ces capitulaires, qu'ils porteraient à la connais- sance des bons. Il avait décidé en même temps la réunion, à la même époque, de conciles sur quatre points de l'empire, » etc. Le concile de Paris ayant écrit cette lettre vers le milieu de l'année 829, il en résulte a) qu'à la suite des tristes événements qui vont de 823 à 828, et après que des vassaux rebelles, alliés aux Maures, se furent emparés de presque toute la Marche espa- gnole, tandis qu'à l'est les Bulgares se signalaient par de terribles invasions, l'empereur Louis le Débonnaire, au commencement de 828, engagea les évêques à prescrire un jeûne de trois jours, etc., et annonça en même temps un placitum générale. Il publia proba- blement cette ordonnance en février 828, à Aix-la-Chapelle, dans ce conventus dont parle Einhard dans ses Annales. h) Mais de nouvelles invasions des Normands et des Bulgares, survenues vers le milieu de 828, ayant rendu impossible la réunion 1. Sirmond, Conc. Gall., t. n, col. 477 ; Coït, regia, t. xxi, col. 152; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1592-1699 ; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1289 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 704 ; Bouquet, Rec. hist. de la France, t. vi, col. 345-347; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 529. (H. L.) 56 LIVRE XXI de ce placitum général, l'empereur en convoqua un autre moins important (cum quibusdam fidelibus) à Aix-la-Chapelle pendant l'hiver de 828-829. Nous savons par Einhard qu'à la Saint-Martin de 828, Louis le Débonnaire se rendit clans cette ville où il passa tout l'hiver. Ce point établi, examinons maintenant toute une série de docu- ments de cette même année 828. En tête se trouvent deux lettres de l'empereur, commençant toutes les deux par les mots : Recor- dari vos 1 . Binterim prétend 2 que la plus courte appartient au conventus d'Aix-la-Chapelle (février 828), et la plus longue au [53] placitum cum quibusdam fidelibus, hiver de 828-829. Binterim est dans l'erreur; la première partie de ces deux lettres est identi- que : « Vous vous souviendrez, j'en suis persuadé, que, sur le conseil des évoques et d'autres fidèles, nous avons demandé pour cette année la prescription d'un jeûne général, afin que Dieu nous soit favorable, nous fasse connaître en quoi nous l'avons plus particulièrement offensé, et nous accorde des jours tranquilles pour notre amendement. Notre désir était de réunir au moment oppor- tun un placitum générale, et d'y traiter les conditions d'une entière réforme; mais, comme vous le savez, les invasions des ennemis nous ont empêché de réaliser ce projet. Aussi avons-nous jugé à propos de réunir ce présent placitum cum aliquibus ex fidelibus nostris; le moment est venu de vous en faire connaître les déci- sions et, tout d'abord, que les archevêques se réunissent en temps voulu avec leurs sufîragants dans les endroits les plus propices pour y délibérer sur les réformes les plus opportunes, à notre sujet comme au sujet de tous; ils nous feront ensuite connaître le résul- tat de leurs délibérations. » — Jusqu'ici les deux lettres soûl: identiques; il en résulte qu'aucune ne peut remonter au mois de février 828 ; toutes deux ont été écrites après l'époque où aurait dû se tenir le placitum générale, c'est-à-dire après l'été 1. Elles se trouvent dans Pertz, Leges, t. r, p. 32!) ; de plus la plus courte est dans Mansi, op. cit., t. xv, Appendix, col. 441 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1280; Hartzheim, Conr. Germ., t. n, col. 44 ; la plus longue, dans Mansi. op. cil^ i. xiv, col. 529, et t. xv, Appendix., col. 444; Hardouin, op. cit., col. 1289; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, col. 52. Damberger, op. cit., I. m, p. 152, semble vouloir pla- cer cette lettre en janvier 829; mais les mots du commencement : « en cette année», ont trait à l'année 828. [A. Verminghoff, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 487- 488. (H. L.)] 2. Binterim, Deutsche Conciliai, t. n, p. 374, 380. i27- CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 57 de 828; elles appartiennent évidemment au placitum cum quibus- dain fidelibus de l'hiver de 828-829. Il serait bien surprenant que l'édit impérial de décembre 828 fût, pour une si large part, identique à celui de février de la même année. Passons maintenant aux passages qui diffèrent dans les deux rescrits impériaux ; le plus court s'exprime comme il suit : « Nous avons résolu d'envoyer dans tout l'empire des missi, qui améliore- ront aulant qu'il est en eux tout ce qui laissera à désirer, et s'ils ne peuvent exécuter eux-mêmes toutes les améliorations nécessaires, [54] ils porteront les abus à notre connaissance. Vous tous, devez leur obéir et les soutenir. De plus, nous tiendrons toutes les semaines dans notre palais, à jour fixe, une audience publique pour nous faire rendre compte du zèle des missi et de l'obéissance du peuple envers eux. Afin d'aboutir à un heureux résultat, nous prescrivons un jeûne général de trois jours à partir du lundi après l'octave de la Pentecôte. Les ennemis menaçant l'empire de tous côtés, tous les hommes tenus au service militaire tiendront prêts chevaux, armes, habits, chars et vivres, afin de répondre immédiatement à notre appel et se rendre sur le point menacé. » La date du jeûne ici prescrit concorde parfaitement avec celle de la célébration des conciles indiqués par l'empereur comme nous le verrons. Quoique plus longue, la seconde lettre contient cependant moins de renseignements que la première. Après avoir prescrit la célébration des conciles, la missive impériale développe uni- quement cette pensée, que les malheurs des années précédentes étaient une juste punition de Dieu ; pour ce motif, l'empereur désirait apaiser le Seigneur et lui donner satisfaction. « Dans ce but, disait l'empereur, nous décidons et arrêtons, sur le conseil des évêques et autres fidèles, la tenue de conciles dans quatre villes de notre empire. A Mayence se réuniront les archevêques Otgar de Mayence, Hadabald de Cologne, Héthi de Trêves et Bernuin de Besançon, avec leurs suffragants ; à Paris, le futur archevêque (Aldrich) de Sens et les archevêques Ebbon de Reims Ragnoard de Rouen et Landram de Tours, avec leurs suffragants à Lyon, les archevêques Agobard (de Lyon), Bernard de Vienne André de Tarentaise, Benoît d'Aix et Agéric d'Embrun, avec leurs suffragants; à Toulouse, les archevêques Nothon d'Arles, Barthé- lémy de Narbonne, Adalelm de Bordeaux et Agilulf de Bourges, avec leurs suffragants. Ils discuteront les réformes à introduire 58 LIVRE XXI dans la vie des laïques et dans celle des clercs, et les causes qui ont entraîné les uns et les autres hors de la voie droite. Ils garde- ront le secret sur leurs délibérations qu'ils ne feront connaître à personne avant le moment voulu. Un notaire assermenté remplira sa fonction auprès de ces évêques et consignera le résultat de leurs délibérations. La comparaison de ces deux rescrits montre qu'ils appartiennent tous deux aux placitum peu nombreux de l'hiver 828-829 ; et que le [55J plus court était destiné aux laïques tandis que le plus long s'a- dressait aux évêques. Aussi le premier ne fait-il pas mention des audiences publiques que tiendra l'empereur et n'engage-t-il pas à soutenir les missi. Par contre, la lettre aux évêques développe le point de vue surnaturel que les malheurs passés étaient une juste punition de Dieu, et elle donne, sur la tenue des futurs conciles, des détails omis dans le rescrit aux laïques. , Les autres documents ayant trait au conventus de l'hiver 828- 829 sont : 1. La relatio des oratores ad imperatorem, contenant les plans de réforme présentés par les prélats et les grands 1 , que l'empereur avait convoqués à ces délibérations, a) On tiendra tous les ans des conciles provinciaux, auxquels assisteront tant les abbés des mai- sons canoniales que ceux des monastères. Autant que possible les comités impériaux et les missi y assisteront également, b) A parties cas de nécessité, on ne baptisera qu'aux époques déterminées pour l'administration du baptême, c) Presque tous ont jusqu'ici négligé la communion fréquente, d) Les prêtres, médiateurs entre Dieu et les hommes, doivent être plus honorés qu'ils ne le sont ; on ne les emploiera pas pour divers états, car il en résulte que des enfants meurent sans baptême et des adultes sans confession. e) L'empereur doit mettre à exécution son ancien décret portant que les églises sont affranchies de tout census. f) Lorsque ceux qui ont commis des fautes capitales ne veulent pas se soumettre à la pénitence publique, les comtes prêteront secours aux évêques. g) Dans toutes les provinces on aura des mesures égales et sans aucune fraude, h) L'empereur devra surtout prêter secours pour soutenir les droits des pauvres et des églises, i) On laissera aux métropolitains le soin de faire exécuter partout le décret de l'empe- reur relatif à la vie canoniale. 1. Les membres de l'assemblée tenue à Paris en 825 s'appellent aussi oratores. 'i27. CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 59 2. La Constitutio de conventions archiepiscoporum reproduit mot pour mot la dernière partie du grand rescrit impérial, et l'ordonnance concernant les quatre conciles ; elle y ajoute seu- lement que ces conciles s'ouvriront dans l'octave de la Pente- côte; quant aux missi impériaux, ils commenceront leurs tour- nées dans l'octave de Pâques. 3. Le troisième document énumère les points sur lesquels l'em- pereur désirait être particulièrement renseigné par les fidèles qu'il a appelés à délibérer. Ces points concernent les dîmes dues ad capellas dominicas, divers désordres signalés dans des monastères [56] de femmes, les épreuves par l'eau froide, l'usure et le service militaire. 4. La Constitutio de missis ablegandis détermine ce que les missi ont le droit d'exiger pour leur nourriture, etc., et leur prescrit de commencer leurs tournées huit jours après Pâques. 5. Instruction donnée aux missi. 6. Continuation de cette instruction sous forme de capitula impériaux quse volumus ut diligenter inquirant (missi). Ces capitula concernent les devoirs des évêques et des comités, ils font connaître les personnes que les missi ne peuvent juger et qui ne peuvent l'être qu'en placitum générale. 7. Cette énumération est donnée dans le dernier et court docu- ment : Hœc sunt capitula, etc. 1 . C'est dans ce conventus de l'hiver de 828-829 que Wala, abbé de Corbie et parent de l'empereur, tint, au rapport de son biographe Paschase Radbert, un langage si énergique 2 . Il avait noté par écrit tous les abus qu'il avait constatés dans l'empire ; 1. Pertz, Leges, 1. 1, p. 326 sq. ; moins complets et mieux coordonnés dans Mansi, op. cit., t. xv, Appendix, col. 441 sq. ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1279 sq. ; Hartzheim, Conc. Germ., t. u, p. 43 sq. 2. Vita Walse, dans Pertz, Monum., t. n, p. 547 ; Mabillon, Annales Ord. Bened., sœc. iv, part. 1, p. 467; P. L., t. cxx, col. 1609 sq. Adalhard et Wala étaient fds du comte Bernard, fils naturel de Charles Martel. Adalhard fut moi- ne et abbé de Corbie et Wala devint comte ; ils furent l'un et l'autre tenus en grande considération par Charlemagne. Disgracié sous le Louis le Débonnaire, Wala entra, lui aussi, dans un monastère, et, en 826, succéda à son frère comme abbé de Corbie. Plus tard, il fit cause commune avec les fds de Louis le Débon- naire et ce prince le condamna à un exil de plusieurs années. Toutefois, il lui rendit ensuite ses bonnes grâces. Paschase Radbert, l'ami de Wala et son succes- seur dans la charge d'abbé de Corbie, défendit son prédécesseur en écrivant sa biographie sous ce titre Epitaphium Arsenii (c'était le nom que Wala avait, pris) . 60 LIVRE XXI il ne craignit pas de lire son mémoire clans le placitum et de rappeler aux évêques et aux grands les devoirs de leur état ; il osa même adresser des reproches à l'empereur, l'accusant d'em- piéter sur les affaires de l'Église, d'employer pour des intérêts [57] profanes les Liens de l'Eglise et de donner les charges ecclésiasti- ques à d'indignes flatteurs. Aux évêques, il déclara qu'ils s'occupaient trop des affaires du monde, qu'ils négligeaient les devoirs de la charge pastorale et s'inquiétaient trop peu des âmes. Mais ce furent surtout les chapelains de la cour qui fu- rent l'objet de ses critiques ; Wala leur représenta qu'ils ne vivaient ni en moines ni en chanoines, qu'ils menaient une vie purement laïque et n'aspiraient qu'aux riches prélatures. Ces paroles produisirent une vive impression sur l'assemblée; Louis le Débonnaire écouta l'orateur avec patience et avoua que Wala avait dit malheureusement la vérité. — Binterim a raison de dire que ce discours de Wala prouvait la nécessité d'une réforme des clercs ; mais il s'abuse en soutenant que les évêques n'en voulurent pas et que, pour gagner du temps et traîner l'affaire en longueur, ils conseillèrent la réunion d'un concile. A mon avis, ce conseil indiquait le vrai moyen de faire aboutir la réforme. 428. Conciles réformateurs de Mayence et de Paris en juin 829. Des quatre conciles ordonnés par Louis le Débonnaire, nous ne possédons aucun document relatif à ceux de Lyon et de Toulouse, et nous n'avons que quelques données sur celui de Mayence 1 , célébré en juin 829 dans le monastère de Saint- Alban, sous la présidence d'Otgar, archevêque de Mayence. Les arche- vêques de Cologne, Trêves, Besançon et Salzbourg y assistèrent avec leurs suffragants, les chorévêques et abbés (parmi lesquels on comptait Rhaban de Fulda et Sindold d'Elwangen). Nous verrons (au § 443) que le célèbre moine Gotescalc porta des accusations contre son abbé Rhaban. En revanche nous. possédons des renseignements très complets sur le concile réformateur de Paris tenu également en juin 829 1. Dùmmler, Episl. Fuldenses, epist. xxvn ; A. Verminghoff, dans Neucs Archiv, 1899, t. xxiv, p. 487. i28- CONCILES DE MAYENCE ET DE TARIS 61 dans l'église Saint-Etienne 1 . Ses. actes très volumineux sont conte- nus dans trois livres. En tête des actes se trouve la plus longue des deux missives impériales, commençant par Recordari, et dont nous avons parlé plus haut. Puis vient la Prsefatio du concile : « Même charges de lourds péchés, nous ne devons pas désespé- [obj rerj car Dieu est miséricordieux pour celui qui fait pénitence. Nous devons supporter avec patience les peines dont il châtie nos fautes. Comme l'Eglise (ce mot désigne ici les chrétiens de l'empire franc), dont Jésus-Christ a confié à ses pieux serviteurs Louis et Lothaire la direction et le soutien, est affligée de divers maux et frappée de divers malheurs, elle a dû comprendre que le glaive du Seigneur la frappait suivant la justice au dedans et au dehors. Les empereurs inspirés de Dieu ont, à l'exemple des Ninivites, jugé nécessaire une pénitence publique. Reconnais- sant toutefois qu'une pareille affaire n'était pas de leur ressort, ils l'ont, sur le conseil des évêques, des grands et des autres fidèles, remise entre les mains des clercs, qui ont reçu le pouvoir de lier et de délier, et qui sont les vicarii des apôtres. En cela, ils ont eu pleinement raison. Ils ont donc ordonné la réunion de conciles dans quatre villes de l'empire, afin d'examiner en quoi les princes et le peuple, le clergé et les laïques ont contrevenu à la volonté de Dieu. Conformément à ces prescriptions impériales, et pour tra- vailler à leur propre salut comme aussi pour veiller au salut des peuples qui leur sont confiés, les évêques des diocèses (métropoles) de Reims (Durocoritorum), de Sens, de Tours et de Rouen se sont réunis le 6 juin 829 dans la ville de Paris et ont publié les cha- pitres suivants : 1. Le chrétien doit avoir la vraie foi et y conformer sa vie. Enumération des fondements de la foi et des principales vertus. Sans ces vertus, nul ne peut gagner le ciel, car la foi sans les œuvres est une foi morte. Celui-là doit être puni particulièrement qui, 1. Sirmond, Conc. Gall., t. u, col. 477; Coll. regia, t. xxi, col. 152; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1592-1699; Hardouin, Conc. coll., t. iv, col. 1289-1360; Coleti, Concilia, t. ix, col. 704 ; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. vi, col. 345-347; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 855; Conc.ampliss. coll., t. xiv, col. 529-604. R. de Lasteyrie, Cartulaire de Paris, dans Histoire générale de Paris, 1887, (. i, p. \'l ; B. Siinson, Jahrbiïcher des frànkischen Reichs unter Ludwig dem Frommen, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 315; E. Dùmmlcr, Geschichte des ostjrànkischen Reiches, 2 P odit. 1887, L. i. p. 48 : A. Verminghoff, Verzei- chnis der Akten frànkischer Synoden von / Î2-843 dans Xeues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 488. (H. L.)] 62 LIVRE XXI au lieu de rehausser sa foi par ses œuvres, la ternit et la souille par diverses fautes. On compte surtout quatre vices spirituels : l'orgueil, l'envie, la haine et la discorde qui, de nos jours, dépa- rent la foi ; ils sont d'autant plus dangereux qu'ils sont cachés et que ceux qui en sont atteints ignorent ordinairement leur état. 2. L'Eglise forme un seul corps dont le Christ est la tête. Le pécheur se sépare de ce corps et s'unit au corps de Satan ; il ne doit pas différer de revenir en arrière, tant qu'il lui reste le temps de la pénitence. 3. Le corps de l'Eglise comprend deux genres de personnes particulièrement qualifiées, à savoir, les prêtres et les princes. Parlons d'abord des prêtres, puis nous nous occuperons des princes. 4. Avant tout, les clercs doivent observer ce qu'ils enseignent, s'amender eux-mêmes avant de réprimander les autres et devancer [59] tout le monde par leurs bons exemples 1 . Preuves patristiques à l'appui de ce canon. 5. Chacun de nous (prêtres, évêques) doit conduire et exhorter ses ouailles par la parole et le bon exemple afin de les ramener à Dieu sans réserve, de tirer d'eux une satisfaction convenable et de leur obtenir par leurs propres aumônes la faveur divine. Les fidèles prieront pour le pieux empereur Louis, pour sa femme et ses enfants, et pour le royaume. Un prêtre dont la conduite est irréprochable, mais qui ne punit pas et ne réprimande pas les pécheurs, se perd avec eux. 6. Autrefois, on ne donnait le baptême qu'aux catéchumènes déjà instruits dans la foi. Aujourd'hui, depuis que tous les parents sont chrétiens, on agit autrement; mais c'est une grave négli- gence de ne pas instruire suffisamment ceux qui ont été baptisés pendant leur première enfance. 7. Sauf les cas de nécessité, on ne doit baptiser qu'à Pâques et à la Pentecôte ; les parrains doivent être eux-mêmes suffisam- ment instruits pour instruire plus tard leurs filleuls. (Passage de saint Augustin sur les devoirs des parrains.) 1. Lorsque Luden, Gesch. d. deustch. Volk., t. v, p. 316, dit :« L'empereur ne reçut (de ces quatre conciles) que des conseils dont il n'avait que faire et on lui demandait à lui seul de s'amender au sujet des fautes qu'il n'avait pas été seul à commettre, etc., » on voit l'esprit agressif et injuste. L'empereur demandait des conseils; mais les évêques ne se bornèrent pas à émettre des plans de réforme pour l'empereur, ils en firent pour eux-mêmes et pour tout le clergé, ainsi que le prouvent un grand nombre de capitula de rassemblée de Paris. 427. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 63 8. On ne doit admettre à la cléricature, ni ceux qui ont été baptisés dans leur lit ] , ni ceux qui pour recevoir le baptême ont employé des moyens défendus (qui per cupiditatem aut per teme- ritatem, contempla canonica auctoritate, baptizantur). 9. Le baptisé fait un double contrat : 1° il renonce au démon et à ses œuvres; 2° il professe sa foi au Père, au Fils et au Saint- Esprit. Beaucoup violent totalement ce double contrat, et beau- coup le violent en partie ; totalement, par l'incrédulité, l'hérésie, le schisme, etc. ; en partie, par l'orgueil, l'envie, etc. Il est fort déplorable que beaucoup de fidèles baptisés en bas âge n'appren- nent pas, soit par leur faute, soit par la négligence des prêtres, ce qu'est le baptême. 10. Les clercs mettront désormais plus de soin à enseigner la [60] signification du baptême ; de leur côté les laïques mettront plus de soin à s'en instruire. Explication du sens des mots : renoncer à Satan et à ses œuvres. 11. La simonie, devenue trop commune de nos jours, doit être entièrement extirpée. L'autorité et la force impériales doivent en purger l'Eglise romaine, car si la tête est malade, les membres le sont également. 12. Le « Pastoral » de saint Grégoire le Grand, et d'autres ou- vrages, enseignent comment on doit entrer dans la cléricature, comment on doit y vivre et y travailler ; mais beaucoup mécon- naissent ces enseignements. Il doit en être autrement. (Citations de passages de la Bible et des Pères sur les devoirs des clercs.) 13-14. Les évêques doivent principalement s'appliquer à éviter l'avarice et à exercer l'hospitalité. 15. Ils ne doivent pas employer suivant leurs caprices le bien des églises comme ils feraient de leurs propriétés privées. (Cita- tions d'anciens canons et de passages des Pères sur ce point.) 16. Les évêques et les prêtres ne doivent plus, ainsi que cela est trop souvent arrivé, enrichir leurs parents avec ce qu'ils ont reçu de l'Église. 17. Sans une grande nécessité et sans l'assentiment du primat de la province, aucun évêque ne doit aliéner un bien d'église ; malheureusement il arrive souvent que, par complaisance, un évêque échange des biens d'église de plus de valeur que ceux qu'il reçoit en retour. 1. Grabatarii, cf. Marc, n, 4 ; on appelait dans la primitive Église le baptême donné dans ces conditions « baptême des cliniques » (clinici). (H. L.) 64 LIVRE XXI 18. Les biens de l'Église n'appartiennent pas aux clercs, mais aux pauvres. Qu'on ne dise donc pas avec jalousie : « Les églises sont trop riches; » elles ne le sont pas trop si leur bien est employé conformément à sa destination. 19. Saûl est le type des mauvais chefs, David est au contraire le modèle de ceux qui sont soumis avec respect. La faute des supérieurs n'autorise pas les insultes et le jugement des inférieurs. Un évêque coupable encourt une double responsabilité, pour lui d'abord et à cause de ses fautes, et pour les autres, qu'il induit à dire du mal de lui, par conséquent à pécher. La coutume de quelques prélats, malheureusement trop invétérée, de vivre dans le luxe, etc., doit être abolie. 20. Conformément aux anciennes prescriptions, l'évêque doit avoir constamment auprès de sa personne, même dans ses appar- tements particuliers, des clercs qui soient témoins de sa conduite. 21. Les évêques, les abbés et les abbesses n'auront plus d'entre- tiens particuliers avec les laïques qu'en présence de clercs (ou de moines ou de nonnes). Les évêques exerceront sur les monas- [61] tères de leurs diocèses une surveillance beaucoup plus active que celle exercée jusqu'ici. Ils ne devront pas, ainsi que cela a souvent eu lieu, abandonner leur siège par esprit de lucre pour se rendre dans des pays éloignés. 22. Afin de couper court à toutes les difficultés provenant du droit de présentation, les laïques ne doivent présenter aux évêques que des clercs capables, et les évêques ne doivent refuser personne sans faire connaître les motifs de leur refus. 23. Les évêques doivent éviter l'esprit d'orgueil et l'esprit de domination. 24. Ils pourvoiront aux besoins spirituels et temporels de leurs inférieurs. 25. Nous avons appris de source certaine que les serviteurs (c'est-à-dire les coopérateurs, voyez plus loin § 435) de quelques évêques se sont montrés pleins d'avidité, non seulement à l'égard des prêtres, mais aussi à l'égard du peuple. Il ne doit plus en être ainsi à l'avenir et les évêques puniront leurs serviteurs. 26. La prescription de tenir deux synodes provinciaux tous les ans est tombée en désuétude : elle sera remise en vigueur. Dans tous les cas, on tiendra annuellement au moins un synode dans chaque province. Les prêtres et les diacres y assisteront ainsi que tous ceux qui se croient lésés et veulent faire juger leur cas 428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 65 par le concile. L'évêque y amènera des savants formés pour le ser- vice du Christ et l'honneur de l'Église et connus des autres églises. 27. Les évêques sont les successeurs des apôtres; les choré- vêques sont les successeurs des soixante-dix disciples, ainsi qu'il résulte des Actes des apôtres et des canons. C'est donc à tort que quelques chorévêques donnent la confirmation et accomplissent d'autres fonctions réservées aux seuls évêques. Il n'en sera plus ainsi à l'avenir. (Rappel des canons 13 e de Néocésarée, et 10 e d'Antioche de 341.) 28. Clercs et moines ne s'occuperont plus d'affaires mondaines ni de gain pécuniaire. (Citations d'anciens canons sur ce point.) 29. Les évêques emploient parfois leurs clercs à des affaires ou missions mondaines, en sorte que quelques églises restent un certain temps sans prêtres et que le baptême n'est pas administré. Il n'en sera plus ainsi à l'avenir. Si des prêtres, sans ordre de l'évêque, quittent leurs églises pour leurs plaisirs ou pour gagner quelque argent, ils doivent être sévèrement punis. 30. Le pieux empereur Louis a depuis longtemps ordonné aux redores ecclesiarutn (les évêques) d'élever dans leurs églises d'intelligents défenseurs du Christ. Quelques évêques se sont mon- trés très négligents sur ce point; ils feront, à l'avenir, preuve d'un plus grand zèle, et, comme nous l'avons dit plus haut, chaque évêque doit conduire ses « scholastiques» au concile provincial. 31. Dans leurs voyages, les évêques ne doivent plus, comme par le passé, être une charge pour les curés ou les fidèles. Quoique, d'après l'ancien droit, le quart des dîmes et des offrandes (de chaque église de campagne) revienne aux évêques, ils y renon- ceront si l'Eglise a des revenus suffisants. Sinon, ils prendront non le quart, mais le strict nécessaire. Le reste ira à l'Eglise et aux pauvres. 32. Plusieurs prêtres n'imposent pas à leurs pénitents les peines prescrites par les canons, mais des pénitences moindres, en se servant de ce qu'on appelle des « pénitentiels ». Chaque évêque fera rechercher dans son diocèse ces petits livres et les fera brûler; il instruira les prêtres ignorants, leur apprendra comment inter- roger sur les fautes et quelle pénitence imposer. 33. L'évêque doit être à jeun pour administrer la confirmation ; de même pour le baptême, sauf le cas d'urgence. Le temps régu- lièrement fixé pour la confirmation, comme pour le baptême, est Pâques et la Pentecôte. conciles — IV - 5 ( G LIVRE XXI 34. Les clercs qui ne punissent pas les péchés contre nature par les peines prescrites dans les canons (c. 16 e d'Ancyre) doivent être mieux instruits. On les obligera à se défaire de leurs livres pénitentiels (codices psenitentiales). (Voir c. 32.) 35. Chaque évêque doit soumettre à une pénitence et chercher à corriger, conformément au canon 1 er de Néocésarée, les prêtres et clercs de sa paroisse qu'il sait avoir été déposés (parce qu'ils se sont mariés ou ont commis une faute contre les mœurs). 36. Les clercs sont gravement coupables lorsqu'ils abandonnent d'eux-mêmes leurs charges pour s'attacher à d'autres évêques et abbés, ou à des comtes et des nobles. Il n'en sera plus ainsi à l'avenir, et on demandera très humblement à l'empereur de défendre aux laïques de prendre des clercs chez eux. On lui demandera également de défendre aux évêques, abbés et nobles italiens de recevoir les clercs fugitifs des Gaules ou de la Germanie. 37. Les abbés des chanoines doivent donner le bon exemple n^j à ceux qui vivent sous leur juridiction, et l'évêque sera très vigilant sur ce point. S'ils n'obéissent pas à l'évêque, ils devront être corrigés par le jugement du concile, ou bien ils seront déposés avec le secours de la puissance séculière. 38. Des discours insensés et des farces ne conviennent pas aux clercs qui ne doivent ni entendre les uns ni voir les autres. 39. On ne devra plus à l'avenir nommer aussitôt abbesses des femmes nobles qui ont, jusqu'au dernier moment, vécu dans le mariage, et qui viennent de perdre leur mari. 40. Les prêtres ne devront plus, sans en prévenir l'évêque, bénir les voiles des veuves, de peur que celles-ci ne retournent dans le monde. 41. Aucun prêtre ne consacrera une vierge à Dieu. 42. Beaucoup de femmes, agissant en toute simplicité, s'impo- sent elles-mêmes le voile sans l'assentiment du prêtre, afin de pouvoir devenir veilleuses ou servantes dans les églises. Les évê- ques ne le doivent plus permettre. Nous savons que quelques-unes de ces femmes sont devenues pour certains prêtres une occasion de scandale; on ne doit plus les autoriser à servir dans les églises. 43. Il est inadmissible que des abbesses ou des nonnes imposent le voile à des veuves et à des vierges. Dans presque tous les monastères on trouve des personnes qui ont reçu le voile de cette manière ; elle est devenue habituelle, parce que l'on croit que les personnes ainsi voilées peuvent se permettre de pécher avec 428- CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 67 moins de gravité que les autres; il n'en sera plus ainsi à l'avenir. 44, Il arrive souvent qu'après la mort de leur mari, les femmes nobles prennent le voile sans entrer clans un monastère, au con- traire restent clans leur maison, élèvent leurs enfants et adminis- trent leurs Liens. 11 n'en sera plus ainsi à l'avenir. Ces femmes ne doivent pas prendre le voile immédiatement après la mort de leur mari: mais, d'après l'ordonnance de l'empereur, de concert avec les évèques. Elles attendront trente jours, et se remarieront ou iront dans un monastère. Nous saxons que souvent ces jeunes veines revêtues dans leur propre maison de l'habit des religieuses deviennent la proie de Satan. 45. Dans quelques provinces les femmes s'approchent de l'autel, touchent les vases sacrés, fournissent aux prêtres les vêtements sacerdotaux et vont même jusqu'à distribuer aux lidèles le corps [64] et le sang du Seigneur. C'est là un abus épouvantable et qui ne doit plus se produire. (Citations d'anciens canons.) i6. .Munies et chanoines ne doivent pas entrer dans les monas- tères de nonnes et dans les maisons des chanoinesses, si ce n'est pour confesser, dire la messe ou prêcher. La confession n'aura lieu que devant l'autel, avec des témoins dans le voisinage. Une religieuse malade qui ne peut venir à l'église, se confessera ail- leurs, mais toujours devant témoins. Les moines ne se confesse- ront qu'à un membre du monastère. Les moines n'iront pas con- fesser clans les monastères de nonnes. 47. A part les cas de nécessité, on ne dira plus la messe hors des églises, dans des maisons particulières et dans des jardins ; ce qui arrive fréquemment de nos jours où on dit la messe dans des bâtiments accessoires ou dans la maison des laïques de dis- tinction. 48. Par négligence ou par avarice, l'abus s'est introduit dans bien des endroits de dire la messe sans ministres. Mais à qui donc les prêtres diront-ils alors Dominus vobiscum, et qui leur répondra Et cum spiritu tuo ? Qu'il n'en soit plus ainsi à l'avenir. 49. Comme chaque ville a son évêque, chaque basilique doit avoir son prêtre ; mais il arrive que par esprit de lucre, beaucoup de prêtres se chargent de plusieurs basiliques chacun. Qu'il n'en soit plus ainsi lorsqu'une basilique a des revenus. Si la basilique n'a pas de revenus, l'évêque décidera de ce qu'il y a à faire. 50. Recommandation de célébrer le dimanche. On demande à l'empereur d'ordonner que, les jours de dimanche, il n'y ait GS LIVRE XXI ni marchés, ni placita, ni travaux à la campagne, ni corrigationes (transports avec des voitures ou des chars). 51. Les seigneurs laïques et ecclésiastiques ont deux sortes de poids et de mesures; grands lorsqu'ils reçoivent, petits lors- qu'ils donnent. Par là, ils causent préjudice à leurs colons, qui manquent de blé et de raisin pour eux et pour leurs familles. Cet abus sera aboli ; ceux qui s'y livrent et ceux qui le tolèrent encourent une grave responsabilité. 52. Dans quelques provinces de l'ouest de l'empire, il arrive que des évêques, des comtes et divers seigneurs fixent ce que leurs colons doi- vent demander par mesure de froment et par mesure de vin; ainsi ils ne payent que le tiers de ce que coûtent ailleurs le froment et le vin. rg5] 53. Clercs et laïques pratiquent l'usure d'une odieuse manière et réduisent à la misère quantité de gens, les ruinent et les forcent à émigrer.(Enumération des différentes manières de pratiquer l'usure. Citation de divers passages de la Bible et des Pères contre l'usure.) 54. On n'admettra pas en qualité de parrains, au baptême et à la confirmation, les personnes qui ont subi la pénitence publique. Le second livre, qu'ouvre une courte préface, traite en treize capitula des réformes à opérer parmi les laïques, princes ou sujets. 1. Devoirs du roi. Le roi ne doit pas être seulement un modèle de vertu, il doit encore faire pratiquer par ses serviteurs toute la justice. 2. Fonctions du roi, en sa qualité de protecteur des églises, du clergé, des veuves, des pauvres, des orphelins, etc., et surtout en qualité de dispensateur de la justice. 3. Le roi pèche lorsqu'il fait remplir toutes ses fonctions par des serviteurs. Il doit d'ailleurs n'avoir que des serviteurs éprou- vés,, étant de sa personne responsable de leurs actes devant Dieu. 4. L'empire ne subsistera que si la piété, la justice et la miséri- corde y régnent. 5. Le roi se rappellera qu'il tient de Dieu son empire, et qu'il le doit administrer selon la volonté de Dieu. 6. Beaucoup de personnes, ecclésiastiques ou laïques, manquent de charité. De là tant de maux. Les officiers du palais doivent être unis entre eux par l'amitié; malheureusement ils se haïssent, cherchent à se nuire mutuellement, manquent ainsi à la fidélité au roi, et sont pour autrui une cause de scandale. 7. Comparaison entre le temps présenl et les temps apostoli- ques : on manque maintenant de piété; l'avarice et l'avidité ont remplacé la communauté des biens et l'esprit d'amour des 428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 69 temps apostoliques. Alors on louait le Seigneur pendant le repas, aujourd'hui on n'a d'éloges que pour l'art du cuisinier. 8. Les inférieurs doivent obéir fidèlement au prince et prier pour lui. 9. Les péchés qui ont offensé Dieu et mis l'empire en danger sont marqués dans les livres de Moïse, des prophètes et dans l'Évangile ; on étudiera ces livres et on y trouvera toutes les ex- plications nécessaires. (Exemples ex l rails de la Bible.) 10. Il est faux, quoi qu'en disent certains, que le baptisé n'ira pas [66 1 au feu éternel, mais seulement en purgatoire, vécût-il dans le [péché: la foi sans les œuvres ne conduit pas au royaume des cieux.Le chré- tien qui vit en état de péché sera puni plus sévèrement que celui qui n'est pas chrétien et qui s'applique aux bonnes œuvres. 11. Beaucoup vont rarement à l'église. Il ne faut pas que les chapelles environnantes détournent de l'église. 12. Beaucoup à l'église prient du bout des lèvres et non de cœur, ou bien causent et rient. 13. Beaucoup ne prient pas du tout, ne pouvant aller à l'église et n'ayant pas de reliques de saints à leur portée. Le livre III e n'est qu'un extrait des deux premiers ; il débute par la lettre des évêques aux empereurs dont ils louent le zèle, racontant toute la suite de cette affaire, y compris la convocation des quatres conciles, et ajoutant que : « Conformément aux ordres des empereurs, ils ont indiqué dans les livres précédents les réformes à entreprendre dans le clergé et le peuple, et ils les soumettent à l'approbation impériale. Ils n'ont pas voulu omettre ce qui se rapporte aux personnes et aux fonctions des empereurs ; au contraire, par souci pour le salut de leurs âmes, ils ont annoté dans le livre II e quelques points qui leur ont paru nécessaires. Ils en ont extrait quelques parties dans le livre suivant, et ils y ont ajouté ce qu'ils avaient à demander aux empereurs. » C. 1. Répétition abrégée des canons 4 e et 5 e du livre I er ayant trait à la réforme du clergé. 2. Les malheurs qui ont frappé l'Eglise et l'Etat ont été causés par tous nos péchés, en particulier par la bestialité et la pédé- rastie. Des vestiges du paganisme ont subsisté, ce sont : la sorcel- lerie, l'art des devins, l'explication des songes, les philtres amou- reux, les amulettes, etc. Plusieurs font changer la température par des artifices diaboliques, font tomber la grêle, empêchent les vaches d'avoir du lait, etc. En .outre, l'ivrognerie, la glouton- 70 LIVRE XXI nerie, la haine, etc., sont choses communes, de même que les farces, discours insensés, malédictions, mensonges, jurements sacrilèges, chants obscènes. Avec l'aide deDieu,nous voulons nous- mêmes fuir tous ces péchés, donner le bon exemple à nos ouailles et les instruire. Nous avons également mentionné dans notre écrit (in opère conventus nostri) d'autres chapitres que nous résumerons ici brièvement : Le mariage n'a pas été institué par Dieu pour servir la volupté, mais seulement pour procréer des enfants ; la virginité doit être gardée jusqu'au mariage ; les gens mariés ne doivent avoir ni femme de mauvaise vie ni de concubine ; [07] on ne doit pas avoir commerce avec des femmes enceintes ; nul ne doit abandonner sa femme sauf pour inconduite, et dans ce dernier cas c'est commettre l'adultère que d'en épouser une autre; on évitera les unions incestueuses; on ira plus souvent à l'église ; on y priera avec plus de respect ; on exercera la justice ; on ne fera pas de faux témoignage; on ne se vendra pas pour des présents. (On ne trouve dans les I er et II e livres qu'un seul de tous les points rappelés ici et résumés : les mots congessimus etiam in opère conventus nostri nonnulla alla capitula, etc., font peut-être allusion à la seconde partie du II e livre, aujourd'hui perdue. Plusieurs de ces alia capitula se rapprochent de ceux du concile romain tenu sous le pape Eugène II.) 3. Sur l'uniformité des poids et mesures ; extrait du c. 51 du livre I. 4. Extrait du livre I, c. 29. 5. Extrait du livre I, c. 50. 6. Extrait du livre I, c. 47. 7. Extrait du livre I, c. 44. Les vingt autres chapitres sont groupés sous le titre suivant : Hcec sunt etiam capitula, quse a vestra pietate adimpleri flagitamus ; ils renferment les exhorta- lions et demandes du concile à l'empereur. 8. Nous vous demandons de faire connaître à vos fils et aux grands la force et la dignité de l'état ecclésiastique, et de leur citer ces paroles de Constantin aux évêques : « Dieu vous a insti- tués prêtres et vous a donné un pouvoir judiciaire qui s'étend même sur nous ; et vous-mêmes ne pouvez être jugés par aucune personne humaine : il faut laisser à Dieu le soin de vous juger. » 9. Rappelez-leur aussi ce que dit Prosper à l'honneur de l'état ecclésiastique. 10. Recommandez à vos fidèles de ne pas nous mépriser, si, 428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 71 conformément à vos ordres, nous émettons des propositions pour notre réforme et pour celle de tous. Il serait injuste de pro- voquer des soupçons contre nous avant la publication de notre travail. Au contraire, l'entente doit régner entre les pasteurs et les ouailles du Christ. Ce n'est pas notre propre intérêt qui nous guide, c'est le zèle pour le salut des âmes. [o8J |j # Nous vous demandons de nous ménager tous les ans un laps de temps pour tenir des conciles, conformément au livre I, c. 26. 12. Nous vous demandons de fonder, à l'exemple de votre père Charlemagne, des écoles publiques et impériales, en trois endroits au moins de l'empire. 13. Nous vous demandons de faire rechercher par vos missi les clercs fugitifs en Italie, et de les faire rentrer dans leurs églises d'origine, conformément au livre I, c. 36. 14. Veuillez ne pas recevoir les clercs et les moines qui vous demandent audience sans suivre l'ordre canonique. 15. A l'exemple de votre père, veuillez aider quelques sièges épiscopaux tout à fait pauvres. 16. Comme d'épouvantables forfaits ont été commis dans les dio- cèses d'Halitgar (de Cambrai) et de Rangart (de Noyon), envoyez vos missi dans ces pays pour que, de concert avec ces évêques, ils extirpent le mal le plus tôt possible, nous vous en prions. 17. Nous vous demandons humblement de mettre un terme aux meurtres sacrilèges qui se commettent dans l'empire; sans avoir aucune mission, beaucoup s'établissent vengeurs et tuent. 18. Tenez la main à ce que les abbés et les abbesses donnent le bon exemple, conduisent leurs communautés d'une manière paternelle, etc. 19. Veuillez ordonner à vos missi de nous soutenir dans l'œuvre de la réforme et défendez aux palatins et aux grands d'avoir des chapelains, car dès qu'ils en ont, ils ne vont plus à l'église de l'évêque. Veillez aussi à la sanctification du dimanche, confor- mément au liv. I, c. 47 et 50. 20. Au sujet de la communion fréquente, conformez-vous aux exhortations des anciens conciles, et par vos exemples engagez vos serviteurs à vous imiter. 21. Au sujcl du capitulum relatif aux honneurs à rendre à l'état ecclésiastique (capitulum décrété en conventus général), veuillez faire sans délai w <|ui vous paraîtra le plus opportun. 72 LIVltE XXI 22. Veuillez apporter les plus grands soins à l'installation des évêques et des pasteurs. 23. Evitez, ainsi qu'on vous l'a souvent recommandé, d'agir à la légère, pour l'installation des abbesses ou le choix de vos serviteurs. 24. Veillez à l'entente de vos conseillers et serviteurs, confor- mément au liv. II, c. 6 (p. 65). 25. Nous vous demandons et conjurons d'élever vos enfants [69] dans la crainte de Dieu, recommandez-leur de s'aimer mutuel- lement, de déférer aux exhortations paternelles, et de s'abste- nir de toute injustice. 26. Recherchez le motif qui a fait sortir prêtres et princes du droit chemin. Sans compter les chapitres précédents qui dénotent beaucoup de négligences, nous croyons qu'il existe contre le bien un obstacle enraciné, à savoir que, sans tenir compte de la volonté de Dieu, les princes se mêlent des affaires de l'Eglise, tandis que les clercs, soit laisser-aller, soit ignorance, soit avarice, s'enga- gent dans les affaires et dans les soucis du monde. C'est là un sujet dont nous remettons le développement à une autre époque, lorsque nous aurons plus de moyens d'aider l'empereur et qu'il y aura un plus grand nombre d'évêques présents, etc. 27. De même nous traiterons, à une époque plus opportune, la question de la liberté des évêques. Le jour même où se réunit ce concile (6 juin 829), on couronna roi, dans l'église de Saint-Germain, Charles (le Chauve), le plus jeune des fils de l'empereur, issu de Judith, sa seconde femme. Toutefois on ne donna pas d'apanage au jeune roi 1 . Il existe une certaine relation entre ce concile et un document par lequel Inchadus, évêque de Paris, accordait en jouissance aux clercs de sa cathédrale plusieurs biens dont on fait l'énumé- ration. Cet acte fut passé dans l'église de Saint-Etienne, à Paris, en présence des archevêques et évêques réunis pour le concile; le document porte leurs noms et la signature de plusieurs 2 . 1. Pagi, Critica, ad ann. 829, n. 8, etMansi, Notse ad Baron., mettent en doute la valeur de cette date du G juin. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 605 sq. Le concile de Paris de 829 est en relation intime avec deux ouvrages de Jonas d'Orléans intitulés l'un : De ins/itutione renia, et l'autre, De institutionc laicali. Depuis la publication de la Conciliengeschichte un érudit est arrivé à cette conclusion que le De inslitutione laicali doit continuer textuellement la dernière partie du second livre des canons de 829, partie con- sidérée comme perdue. Cf. Simson, Jahrbiïcher des frânkishen Reichs unlerLudwt'x /,29- AGOBARD DE LYON CONTRE LES JUIFS 73 429. Agobard de Lyon contre les juifs. Les actes des conciles réformateurs tenus à la même époque à Lyon et à Toulouse nous manquent, avons-nous dit ; néan- moins, on est porté à croire que deux lettres d' Agobard, archevê- [70] que de Lyon, à l'empereur Louis, ont quelque rapport avec ce concile de Lyon. L'une de ces lettres ne porte comme suscrip- tion que le nom d' Agobard ; mais comme on peut y lire : quee omnia contulimus cum fratribus, plusieurs savants ont pensé qu' Agobard avait déféré au concile tenu à Lyon en 829 l'af- faire dont il parle dans cette lettre, à savoir le danger que faisaient courir les juifs; il aurait donc écrit cette lettre à Louis le Débonnaire, du consentement de l'assemblée 1 . La seconde lettre porte, outre la signature d' Agobard, celles de Bernard, archevêque de Vienne, et de Caof, évêque de Chalon-sur-Saône; ces trois évêques ayant rédigé la missive à la demande du concile. Lyon et ses environs comptant un très grand nombre de juifs, Agobard avait engagé les chrétiens à ne vendre aux juifs aucun esclave chrétien; ils ne devaient pas souffrir que des fidèles achetés par les juifs fussent emmenés en Espagne, que des femmes chrétiennes au service des juifs célébrassent le sabbat avec eux, travaillassent le dimanche et mangeassent en carême. Aucun chrétien ne devait acheter de la viande aux juifs ni boire de leur vin, etc. — Sur les plaintes des juifs, l'empereur envoya trois missi, Gerrik, Frederick et Evrard, qui firent preuve d'une telle partialité en faveur des juifs qu' Agobard crut devoir adresser à l'empereur la première de nos deux lettres. Grâce à la conduite des missi, les juifs, disait l'archevêque, ne gardaient plus aucune mesure : «ils osaient poursuivre les chrétiens et l'archevêque lui-même ; ils voulaient enseigner aux chrétiens ce qu'ils devaient croire (c'est-à-dire ce que permettait la religion chrétienne au dem Frommen, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 381 sq. ; Kl. Amelung, Leben und Schriften des Bischofs Jonas von Orléans, in-8, Dresden, 1888. (H. L.) 1. Luden, Gesch. d. deutschen Volkes, t. v, p. 316, émet une pure hypothèse lorsqu'il affirme que, sur la demande d'Agobard, les quatre synodes tenus en 829 s'étaient occupés de l'affaire des juifs. 74 LIVRE XXI sujet des rapports avec les juifs). Agobard ne pouvait croire que les prétendus décrets impériaux dont les juifs arguaient fussent authentiques. On prétend que les missi auraient dit : « L'empereur aime les juifs et ils lui sont chers. » Et l'archevêque [71] se trouvait en butte à des persécutions, uniquement à cause des directions, pourtant si justifiées, données par lui aux chré- tiens à l'égard de ces juifs. Car on sait que si les juifs tuent un animal ayant quelque tare, ils en vendent la viande aux chré- tiens, et par orgueil, appellent ces animaux « viande à chrétiens», christiana pecora. Ils font le commerce du vin, quoiqu'ils le re- gardent comme une boisson impure ; ils ramassent tout ce qu'il y a de plus difforme et de plus souillé, pour le vendre aux chrétiens. On sait, en outre, que dans leurs prières de chaque jour ils maudissent le Christ « et les nazaréens ». Il faut que l'empereur sache à quel point les juifs nuisent à la foi chrétienne, car ils ne rougissent pas de se vanter de toutes ces indignités en présence des simples chrétiens : à cause de leurs patriarches, ils se trou- vaient en grande faveur auprès de l'empereur, si bien que des personnes haut placées avaient sollicité leurs prières et leurs bénédictions. Des parents de l'empereur et les femmes de quelques employés de la cour avaient offert des vêtements aux femmes ° des juifs ; il leur était maintenant permis, malgré les anciennes prescriptions, de bâtir de nouvelles synagogues. Des chrétiens peu intelligents vont jusqu'à dire que les juifs prêcheraient mieux que les prêtres. A cause des juifs, les missi avaient supprimé tous les marchés qui se tenaient le samedi et laissé aux juifs le choix d'un autre jour. Il fallait que l'empereur connût ce que les anciens évêques des Gaules et les rois s'inspirant de la sainte Écriture, avaient décidé touchant la séparation nécessaire entre juifs et chrétiens... Cette lettre était déjà rédigée lorsque est arrivé de Cordoue un fugitif, qui a fait la déclaration suivante : Il y a vingt-quatre ans, étant encore enfant, il fut volé à Lyon par un juif et vendu ; il s'est sauvé avec un compagnon de capti- vité, pareillement volé par un juif à Arles six ans aupara- vant. De pareils faits sont fréquents, et l'on parle de plusieurs autres méfaits dont les juifs se sont rendus coupables.» La seconde lettre démontre ce qu'avait énoncé la première, sur la nécessité d'établir une séparation rigoureuse entre les chré- tiens et les juifs. D'après le Christ lui-même, le judaïsme est digne de réprobation, ce dont témoignent les Pères de l'E- 'i29. AGOBARD DE LYON CONTRE LES JUIFS 75 glise, les conciles gaulois, les passages talmudiques des juifs et la Bible elle-même 1 . Il semble qu'au xvi e siècle on eût encore les actes du concile tenu à Mayence en 829 ; les centuriateurs de Magdebourg affir- ment les avoir vus et tenus en leur possession. Néanmoins ils se [721 contentent d'en extraire les noms des évêques présents, qui sont : Oto-ar, archevêque de Mayence (président) ; Hatto, archevêque de Trêves ; Hadubald, archevêque de Cologne ; Berwin, arche- vêque de Besançon, et Adalram, archevêque de Salzbourg, avec leurs sufïragants. Ces sufïragants étaient : a) pour Mayence : Bernold de Strasbourg, Benoît de Spire, Nitgar d'Augsbourg, Folcuin de Worms, Wolfléoz de Constance, Adaling d'Eichstâdt, Badurat de Paderborn, Wolf gar deWûrzbourg, Haruch de Verden, Theutorinde Halberstadt; b) pour Trêves : Drogon de Metz (qui, sur la demande de l'empereur Louis et en qualité de fils de Char- lemao-ne et chapelain de la cour, avait reçu du pape le titre per- sonnel d'archevêque), Hildin de Verdun, Frothar de Toul; c) pour Cologne : Waldgoz ou Waldgand de Liège, Willerich de Brème, Frédéric d'Utrecht, Gerfrid de Munster, Géboin ou Gosoin d'Os- nabrûck; d) pour Besançon : David de Lausanne, Udalrik de Bâle; e) pour Salzbourg : Hitto de Freising, Badurich de Ratis- bonne Reginher de Passau, Erbéo de Brixen. Après ces noms viennent ceux de quatre chorévêques et de six abbés; à la tête de ces derniers se trouve Raban Maur, abbé de Fulda. Dans ce même concile le moine Gotescalc porta, paraît-il, ses plaintes contre Raban Maur et obtint de l'assemblée de quitter l'état religieux. Raban en appela de cette sentence à l'empereur et à un autre concile qui se tiendrait en présence du souverain, et il obtint que Gotescalc fût simplement placé dans un autre monastère, celui d'Orbais près de Reims ; nous aurons plus tard ample occasion de parler de lui 2 . 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 607 sq. ; Agobard, P. L., t. civ, col. 69 sq. Cf. Gfrurer, Kirchcngeschichte, t. ni, 2, p. 755. 2. Centur. Magdebg., t. ix, col. 9,10; Hartheim, op. cit., t. u, p. 54; Mabillon, Annales Ord. S.Ben., t. n, 1. XXX, p. 523; Histoire littér. delà France, t. v, p. 352. 70 LIVRE XXI 430. Diète et concile tenus à Worms au mois d'août 829. Ayant reçu les actes des quatre conciles, l'empereur réunit, au mois d'août de cette même année 829, une grande assemblée à Worms. Hincmar de Reims qui l'appelle un synodus et placitum générale, rapporte qu'un légat du pape Grégoire IV y assista, et cite de cette assemblée un capitulum condamnant a faire [73] pénitence publique celui qui aura abandonné sa femme et en aura épousé une autre 1 . On ne connaissait autrefois que le capitulaire, divisé en trois parties, publié par l'empereur dans les conventus de Worms 2 , et dont la troisième partie, c. 3, contient mot à mot la prescrip- tion rapportée par Hincmar. Mais Pertz a édité les propositions détaillées des évêques à l'empereur, presque toutes empruntées aux actes du concile de Paris. 1. Le discours de début adressé à l'empereur est identique à la lettre à Louis et à Lothaire, placée au commencement du livre III e des actes de l'assemblée de Paris ; il n'y manque que le nom de Lothaire et la fin de la lettre, qui devait être supprimée, parce qu'elle se rapportait 3 spécialement aux actes de Paris et à leur division. Quant à l'omission du nom de Lothaire, elle est de nature à surprendre si Einhard est dans le vrai lorsqu'il rapporte que Lothaire ne fut envoyé en Italie qu'après la célébration de l'assemblée de Worms. 2. Viennent ensuite, dans les actes de l'assemblée de Worms, trois capitula, résumés du lib. I, c. 1-3, de l'assemblée de Paris. 3. Le troisième document intitulé De persona sacerdotali com- 1. Coll. regia, t. xxi, col. 266 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1669-1670 ; Har- douin, Coll. conc, t. iv, col. 1361; Coleti, Concilia, t. ix, col. 781 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 626; Pertz, Mon. Germ. liisl., t. m, Leges, t. i, p. 331- 349. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xv, Appendix, col. 447 sq.; Pertz, Monum., t. m, Leges, t. i, p. 439 sq. [Nithard, Histor., i, 3, édit. E. Mùller, 1907 ; Vita Hludowici impe- ratoris, c. xliii; B. Simson, Jahrbiicher, in-8, Leipzig, 1874, 1. 1, p. 328; J. Cal- mette, De Bernardi sancti Gulielmi filio, in-8, ToIosîp, 1902, p. 8 sq. ; L. Halphen, La crise de l'empire carolingien sous Louis le Pieux, dans F. Lot et L. Halphen, Le règne deCharles le Chauve, 1909, p. '.. (II. L.)] 3. Annal.,' ad ann. S29. 'j3Q. diète et concile tenus a worms 77 prend dix-sept numéros, offrant avec les actes de Paris une ressem- blance frappante ; ils ont été revus en détail par Pertz qui n'a pas dit le dernier mot à leur sujet. Les sept premiers numéros sont extraits du lib. I, c. 11, 12, 13, 14, 31, 27. et 25 du concile de Paris: le numéro 11 a de l'analogie avec lib. I, c. 20:1e numéro 12 est identique au lib. I, c. 16, les numéros 13 et 14 sont extraits du lib. I, c. 21, les numéros 15, 16 et 17 du lib. I, c. 22, 4 et 5 (avec une légère modification devenue nécessaire). Enfin les nu- méros 8, 9 et 10 et en partie 16 sont nouveaux, ne provenant pas du concile de Paris, mais bien d'un des trois autres conciles dont nous n'avons plus les actes. 4 Vient ensuite la petitio des évêques à l'empereur concernant [74] ce qu'il avait à faire lui-même. Elle est enprumtée intégrale- ment au III e livre des actes de Paris, numéros 8-21. 5. Dans un autre document les évêques indiquent à l'empereur quœ populo annuntianda surit, et ils placent sous ce titre ce que Je concile de Paris avait prescrit, soit dans le I er soit dans le III e livre. Le n° 1 est identique à I, 54 de Paris, le n° 2 identique à I, 7 et 8, avec cette réserve particulière que celui qui aurait été baptisé à une autre époque qu'à Pâques ou à la Pentecôte ne pour- rait devenir clerc; n° 3= I, 9; n° 4 = I, 10; n° 5 = I, 30; n° 6 = I, 33 ;n07- III, 4 (en partie = I, 29); n° 8=1, 35; n° 9 = I, 48 ; n° 10 = I, 49 (avec cette indication que les trois autres conciles, et non pas seulement celui de Paris, avaient pris cette dé- termination); n° 11 = I, 50 (III, 5);n°12 = 1,47 (III, 6); n°13 = I, 40(111, 7); ^ 14= I,41;n°15 = 1,42 ;n°16=I, 43; n° 17 = I, 48 ; n° 18 = I, 45; n° 19 = I, 46; n° 20 = I, 53 ; III, 3, et III, 2 ^ 6. Le dernier document intitulé De persona regali et son début viennent de la fin de Y Epistola ad imperalorem (placée en tête du livre III e des actes de Paris), avec cette différence que les évêques de Worms disent qu' « ils se sont contentés d'extraire et de réunir une partie de tout ce que leurs conventus (les quatre) avaient décrété. » Ce document traite des devoirs du roi, et par conséquent continue et complète la petitio. Le n° 1 est, avec des changements, extrait du livre II e , c. 1 et 2, des actes de Paris; le reste provient du livre III e , c. 22-27. On serait porté à croire que le capitulaire en trois parties publié 1. Pertz n'esl pas non plus toujours exact dans ses citations. 78 LIVRE XXI à Worms aurait été la réponse de l'empereur Louis à ces'diver- ses propositions des évêques. Mais sauf l'unique point cité par Hincmar, le capitulaire impérial ne contient rien qui soit une sanction des propositions épiscopales. Cela s'explique par l'histoire de l'assemblée de Worms. L'empereur en profita surtout pour donner un royaume à son plus jeune fils Charles, couronné roi depuis quelques mois. Ce royaume comprenait l'Alemannie, la Rhétie et une partie de l'ancien royaume deBurgundie, apanage [75" qui diminuait la part des fils aînés. Lothaire y donna son consente- ment, mais Pépin, roi d'Aquitaine, en fut très irrité; déjà depuis quelque temps il caressait des idées de révolte. Le principal adversaire du parti de Pépin était Bernard, duc de Septimanie (Marche espagnole), homme de guerre distingué, et favori de l'impératrice Judith, plus même que son favori, si on en croit certains bruits 1 . Or, l'empereur Louis choisit pour tuteur et pré- cepteur de Charles, ce même Bernard qu'il nomma chambrier royal afin de le gagner tout à fait à sa cause et à celle de son plus jeune fils. Cette élévation excita chez les adversaires un très vif mécontentement qui se traduisit en injures et en intrigues odieuses. On se sépara presque brouillés, et la diète de Worms se termina sans résultats, du moins en ce qui concerne la réponse définitive aux propositions des évêques 2 . Avant de terminer ce qui a trait à cette diète, qu'il me soit per- mis de rectifier deux erreurs de Binterim 3 . D'après lui l'em- pereur aurait déclaré porter lui-même la défense au conjoint de- meuré seul, après la séparation, de se remarier. C'est une erreur, car les mots congessimus etiam, etc. 4 , ne sont pas de l'empereur, mais bien des évêques. — Lorsque Binterim ajoute : « C'est là presque le seul point des capitulaires laissés par Louis qui ne se trouve pas dans les actes du concile de Paris, » il oublie que le concile de Paris, lib. III, c. 2, avait émis exactement la même proposition. 1. Cf. Paschase Radbert, Epitaphium Arsenii, n, 8. (H. L ) 2. Au sujet de la diète synodale de Worms et de la division de l'empire en 829, cf. Dùmmler, ' Gesch. des ostfrdnk. Reichs, Berlin, 1862, t. i, p. 51, sq. 3. Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 385. 4. Pertz, op. cit., p. 345. ±31. RÉVOLTE DES FILS DE LOUIS LE DEBONNAIRE 79 431. Révolte des fils de Louis le Débonnaire contre leur père. Diète synodale de Nimègue x . Le mécontentement contre l'empereur, qui s'était fait jour dans la diète de Worms, ne fit qu'augmenter jusqu'au printemps de 830; bientôt éclata une révolte, menée par Pépin, roi d'Aqui- taine, avec beaucoup de grands et de prélats francs. Ils mar- chèrent contre l'empereur ; le duc Bernard, chambrier impé- rial, ne sut que s'enfuir en Espagne ; l'impératrice Judith se retira dans un monastère à Laon, et l'empereur Louis vint à Compiègne, essayer, dans une entrevue, de ramener son fils à [76] de meilleurs sentiments, mais il ne retira guère que des affronts de sa démarche. Les parents de Bernard, les frères de l'impé- ratrice et d'autres personnages du même parti eurent les yeux crevés, fvirent relégués dans des monastères, ou enfin réduits à la misère. L'impératrice Judith amenée de force à Compiègne fut condamnée à se rendre à Poitiers, dans le monastère de Sainte- Badegonde, et à y prendre le voile. On conseilla à l'empereur de se raser la tête et de se retirer dans un monastère; on ajoutait que s'il voulait sauver son âme et arrêter l'empire sur sa rui- ne, il devait se hâter de faire cette profession monastique depuis longtemps l'objet de ses désirs. Louis se montra dans l'in- fortune plus courageux qu'on n'aurait pu l'espérer; il déclara que seule la puissance ecclésiastique pouvait l'autoriser à aban- donner ainsi sa femme et son enfant. Sa subite énergie, le zèle déployé en sa faveur par plusieurs amis fidèles, pour la plupart membres du clergé, relevèrent peu à peu le courage d'un grand nombre et ramenèrent à l'empereur beaucoup de sympathies. 1. L. Halphen, La crise de l'empire carolingien sous Louis le Pieux, dans F. Lot et L. Halphen, Lerègne de Charles le Chauve, in-8, Paris, 1909, p. 1-10; B. Sim- son. Jahrbûcher des frànkischen Reichs unter Ludwig dem Frommen, 2 vol. in-8, Leipzig, 1874-76; Mùhlbacher, Die Regesten des Kaiserreichs unter den Karolin- gem, 2 e édit., in-4, Innsbruck, 1908, t. i; A. Himly, Il ala e! Louis le Débonnaire, in-8, Paris, 1819; A. Kleinclausz, L'Empire carolingien, ses origines et ses trans- formations, in-8, Paris, 1902; J. Calmette, De Bernardo sancti Gulielmi filio, in-8, Tolosa-, 1902; L. M. Hartmann, Geschichle I/aliens im Miltelalter, in-8, Gotha, 1908, t. ni, part. 1, p. 127, sq. (H. L.) 80 LIVRE XXI Son fils Louis le Germanique se déclara pour lui, ainsi que les grands de la Germanie; quant à Lothaire qui, sur ces entrefaites, était revenu d'Italie et avait été salué seul souve- rain, il se rapprocha de son père dont il commença par adoucir l'emprisonnement. On convint que l'on viderait ces tristes dis- cordes dans une diète synodale spéciale (concilium mixtum), qui se tiendrait au mois d'octobre 830 à N'mègue. Vainement dans cette diète synodale, les ennemis de Louis le Débonnaire cherchèrent à faire aboutir leurs plans par des menaces et des brutalités, et à provoquer une nouvelle révolte du jeune empe- reur contre son père. Les grands de la Germanie restèrent fidèles au parti de Louis, et le défendirent, les armes à la main. D'un autre côté, Lothaire fut entièrement gagné par les paroles affa- bles de son père; aussi Louis le Débonnaire put-il reprendre le pouvoir et châtier les auteurs de la révolte. Parmi eux se trou- vait Jessé, évêque d'Amiens, qui fut déposé comme coupable de haute trahison. Hilduin, abbé de Saint- Denis, fut exilé à Pader- born ; on lui enleva son abbaye et sa dignité de chancelier; Wala fut relégué dans son abbaye de Corbie, etc. 1 . 432. Deux réunions à Saint-Denis en 829 et 832. [77] Le nom d' Hilduin rappelle deux assemblées ou conciles tenus vers cette époque à Saint-Denis. Le premier, en juin 829, a quelque rapport avec le concile tenu dans le même temps à Paris et précède l'exil d'Hilduin. L'autre, en janvier 832 2 , sui- vit de près la réconciliation de l'abbé Hilduin avec l'empereur et sa réintégration. Nous avons sur ces deux réunions un diplôme 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. G30; Hardouin, op. cit., t. xv, col. 1366; Dûmmlcr, op. cit., p. 58-62. [A. Himly, Wala et Louis le Débonnaire, in-8, Paris, 1849, F. Lot; Les abbés Hilduin au IX e siècle, dans la Biblioth. de l'école des Chartes, 1905, t. lxvi, p. 277-280. (H. L.) 2. Lalande, Conc. Gall., p. 140; Mabillon, De re diplomatica, l re et 2 e édit., p. 518, fac-sim. 450 ; édit. Neapoli, 1789, t. i, p. 538-541, fac-sim. 466; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1365 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 633; Felibien, Histoire de S 'aint-Deny s, in fol., Paris, 1706, p. 49; Buhmer-Muhlbacher, Regesta Imperii,t. i, p. 876, 877; A. Verminghoiï, Verzeichnis derAkteti frànkisclier Syno- den, dans Neues Archù', 1899, t. xxiv, p. 489. (H. L.) 432. DEUX REUNIONS A SAINÏ-DÉNIS EN 82'J ET 832 81 de l'empereur, daté du 26 août 832 ; il y est dit qu'entre autres réformes, le concile de Paris avait jugé nécessaire la réforme de Saint-Denis et s'était précisément occupé de la réa- liser. Les archevêques Aldrich de Sens et Ebbon de Reims s'é- taient rendus avec leurs sufîragants à Saint- Denis, y avaient tenu une assemblée et déterminé la plus grande partie des moines apostats (qui monasticam vitam et habitum deseruerunt) à reprendre l'habit et à renouveler leurs vœux. En même temps, ils avaient prié les moines de Saint-Denis qui, restés fidèles à la règle, demeu- raient dans une cella ( clôture ) attenante au monastère, de reve- nir à l'abbaye. Cette scission s'était produite peu de temps au- paravant, lorsque les deux abbés Benoît d'Aniane et Arnulph, commissaires de l'empereur pour la réforme monastique, s'étaient laissé tromper par les moines de Saint-Denis et avaient main- tenu le parti relâché dans le monastère, reléguant les religieux observants dans une cella particulière. Ces derniers demandèrent et obtinrent des évêques Aldrich, Ebbon, et des autres prélats leur réintégration dans le monastère. L'ordre paraissait rétabli à Saint-Denis ; mais quelque temps après plusieurs moines, mécontents de subir le joug de la règle, envoyèrent, à l'insu de l'abbé, des ambassadeurs à l'empereur pour se plaindre de ce que les évêques avaient agi avec brutalité et n'avaient laissé aux moines aucune liberté. L'empereur Louis ordonna à l'abbé Hilduin de réunir de nouveau à Saint-Denis les évêques ainsi mis en cause, et d'autres avec eux. Dans cette nouvelle réunion on fit la preuve par témoins, que les plaintes des moines étaient sans fondement, et comme ils se montrèrent repentants on leur demanda de s'engager par écrit à revenir à l'observation de la règle 1 . — A ces deux réunions de Saint-Denis se rattachent L'°J deux documents fort maltraités par le temps qui renferment les noms des évêques présents. 1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 634 sq. CONCILES -- IV — G. 82 LIVRE XXI 433. Conciles et diètes pendant le second conflit entre Louis le Débonnaire et ses fils, de 830 à 833. Au mois de novembre 830, un concile de la province ecclésias- tique de Lyon se tint à Langres (Lingonis) ; nous savons seulement qu'Albérich, évêque de Langres, y fit des donations au monastère de Saint Pierre de Bèze (B. Pétri Bezuensis), donations confirmées par un acte impérial \ On avait annoncé au conventus de Nimègue la tenue d'une nou- velle diète où on devait achever la pacification du royaume; cette diète se réunit en février 831 à Aix-la-Chapelle ; les principaux auteurs de la révolte furent condamnés à mort, graciés par l'empereur et relégués dans des monastères 2 . On invita l'impéra- trice Judith à comparaître et à se défendre, s'il s'élevait des accusateurs contre elle. Personne ne l'attaqua, elle prêta le serment d'usage, protesta de son innocence, et tous les fils de Louis le Débonnaire, sans en excepter Pépin, se réconciliè- rent, extérieurement du moins, avec leur père. L'empereur demanda probablement à tous ses anciens adversaires de lui jurer de nouveau fidélité et obéissance ; Lothaire dut renoncer solennellement et par serment à tous ses droits en qualité d'associé à l'empire; dès lors en effet, on ne retrouve plus son nom dans les édits impériaux. Dans la diète tenue en mai 831 à Ingelheim, l'empereur Louis rendit leurs fiefs à beaucoup de coupables et remit en liberté ceux r^m qui avaient été enfermés dans des monastères ; le moine Guntbald, qui s'était fort remué pour le service de l'empereur, pendant que les affaires de celui-ci étaient le plus gâtées, fut nommé grand chambellan à la place du duc Bernard. Vers cette même époque, l'empereur fonda l'archevêché de Hambourg comme un jalon 1. Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1362 ; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 626; [D'Achery, Spicilegium, t. i, p. 509; 2 e édit., t. n, p. 406; Analecta Divionensia, Documents inédits pour servir à l'histoire de France et particulièrement à celle de Bourgogne, in-8, Dijon, 1864 ; Bôhmer-Mûhlbacher, Reg. imp., t. i, n. 849; A. Vermingholï, Verzeichnis, dans Neues Archiv., 1899, t. xxiv, p. 488. (H. L.)] 2. Ce fut alors que Hilduin fut in tenu' à Corvey et Wala exilé sur un roc es- carpé en face du lac de Genève. 433- CONCILES ET DIETES DE 830 A 833 83 pour les missions du Nord, et fit sacrer premier titulaire de ce siège, le célèbre missionnaire Ansgar; le sacre fut fait par Drogon de Metz, Ebbon de Reims, Hetti de Trêves et d'autres évêques. Les préludes de la nouvelle brouille qui survint entre l'em- pereur et ses fils étaient déjà sensibles dans la diète de Thionville (automne de 831). Pépin avait invoqué divers prétextes pour y manquer ; peu après il vint trouver son père à Aix-la-Cha- pelle, où il afficha de tels sentiments que Louis le Débonnaire lui interdit le retour en Aquitaine. Pépin s'enfuit, se ligua avec son ancien ennemi le duc Bernard, que la nomination de Guntbald à la charge de chambellan avait grandement mécontenté, et se prépara à la révolte. L'empereur avait déjà convoqué une diète à Orléans pour y condamner son fils, lorsque arriva la nouvelle que Louis le Germanique avait aussi quitté le parti de son père et s'avançait avec une armée pour lui enlever son empire. En effet, ce prince, voyant que sa fidélité dans la précédente révolte loin d'être récompensée lui avait au contraire coûté une partie de son empire, donnée à Charles, excité de plus par Lothaire, prit les armes et s'empara de la Germanie, qui faisait partie du lot du roi Charles. Toutefois, l'empereur avait promptement réuni une armée considérable, et Louis le Germanique, qui campait sur les bords du Rhin, à Worms, pensa que le mieux était de revenir sur ses pas, et bientôt, à Augsbourg, il jura de rester fidèle à son père. En apprenant la défection de son frère, Lothaire se décida également à la fidélité. Louis le Débonnaire se crut alors assez fort pour châtier son fils Pépin comme il le méritait. Au lieu de réunir à Orléans la diète annoncée, il la réunit à Limo- ges en septembre 832 ; Pépin y fut solennellement déclaré déchu de son royaume. Il devait être emmené prisonnier à Trêves avec sa femme ; mais il parvint à s'échapper et se tint caché pendant que son père se rendait en Aquitaine et donnait le royaume de Pépin à son jeune fils Charles. Le mécontentement qui se manifesta en Aquitaine à la suite de cette décision de l'em- [80] pereur força ce prince à revenir précipitamment. En même temps Lothaire et Louis le Germanique embrassèrent la cause de leur frère Pépin, et le triste conflit entre le père et les fils reparut plus violent et plus envenimé que jamais. Ce ne furent partout que guerres, désordres, révolutions, excès, qui troublèrent profon- dément tout l'empire franc. On chercha, comme toujours, la cause de tant de malheurs, et les mieux intentionnés crurent voir 84 LIVRE XXI dans le malheureux et faible empereur Louis le véritable bouc émissaire. Le savant et énergique Agobard, archevêque de Lyon, qui s'était élevé des derniers degrés à cette haute dignité, se fit l'orateur de ce parti. Dans une lettre courageuse adressée à l'em- pereur, ce prélat lui dit que « lui-même était la cause des désordres de l'empire. Lorsque, spontanément, il avait voulu associer un de ses fils à l'empire, tous les évêques avaient prié et jeûné avec lui afin que son choix tombât sur le plus digne. Ce choix s'était porté sur Lothaire son fils aîné, en même temps qu'il donnait aux deux autres des portions de son empire. Mais voici que lui-même avait rompu tout contrat et toute promesse, ce qui avait fait éclater partout contre lui beaucoup de mécontentement et de haine 1 . » On comprend que tous ceux qui avaient été maltraités, punis, bannis, etc., par l'empereur Louis, parlèrent plus énergiquement encore. Ils se rendirent tous au camp des fils du Débonnaire, et les irritèrent encore plus contre leur père. Vers la Pâque de 833, l'empereur Louis réunit près de Worms ses fidèles, pour la plupart du nord de l'Allemagne, tandis que les troupes du parti des fils de l'empereur se réunissaient près de Colmar. Avec Lothaire se trouvait le pape Grégoire IV, accouru pour interposer son autorité pontificale et mettre un terme à cette triste situation. Mais par le fait seul qu'il était dans le camp de Lothaire et subissait évidemment son influence, il ne pouvait juger le diffé- rend en toute impartialité ; d'autre part, l'empereur et ses amis se défièrent de Grégoire et s'exprimèrent sur son compte avec beaucoup d'amertume. Dans les rangs des adversaires de Louis le Débonnaire on mit tout en œuvre, le vrai et le faux, pour exciter l'opinion contre le malheureux empereur et contre l'impératrice Judith. C'est ce que fit en particulier Agobard, dans son écrit très partial pro filiis Ludovici 2 . « L'empereur [81] Louis, dit-il dans ce mémoire, est un insensé qui, captivé par la beauté et par la finesse d'une femme, s'abandonne à elle aveuglé- ment et lui livre son empire, et cependant c'est la même femme qui a eu avec le duc Bernard des relations adultères et ne songe qu'à placer son bâtard Charles. Quant aux trois fils aînés de Louis, ils ne méritaient que des éloges et des récompenses, pour 1. Luden, Gesch. d. deulschen Volkes, t. v, p. 343 sq., p. 606. 2. P. L., t. civ, col. 307 sq. 433. CONCILES ET DIETES DE 8 .'5 A 833 85 avoir songé à l'honneur du lit paternel et à délivrer du démon le palais impérial. » L'empereur Louis aurait pu avoir facilement raison de ses fils, s'il les avait attaqués avant qu'ils fussent complètement armés ; mais il temporisa et perdit un temps précieux à des négociations inutiles, qui ne firent qu'augmenter l'amertume de part et d'autre. Pendant le séjour de l'empereur à Worms, Aldrich, archevêque de Sens, tint dans sa ville épiscopale un concile pour octroyer certains privilèges au monastère de Saint-Remi à Sens 1 . Vers cette même époque les évêques anglais, unis aux rois Egbert de Wessex et Withlas de Mercie, se réunirent à Londres en concile, le 26 mai 833, pour se consulter au sujet des invasions des Danois et confirmer les donations et le droit d'asile accor- dés par le roi Withlas au monastère de Croyland 2 . Dans la seconde moitié de juin, l'empereur Louis quitta Worms et vint camper avec toutes ses forces devant l'armée de ses fils. On allait en venir aux armes, lorsque le pape Grégoire IV, quit- tant le camp de Lothaire, vint trouver l'empereur, et les deux grands représentants de la chrétienté délibérèrent ensemble sur la paix pendant plusieurs jours. Les fils de Louis le Débon- naire mirent à profit ce délai et les relations qui se nouèrent entre les deux camps, pour gagner par ruse, argent et promesses beaucoup de partisans de leur père. Se sentant ainsi les plus forts, ils fermèrent l'oreille aux propositions de paix faites par le pape, et ne lui permirent même pas de retourner suivant sa promesse au camp impérial pour porter à Louis la réponse de ses enfants. Ils répandirent le bruit que le pape s'était décidé en leur faveur ; et l'empereur fut si rapidement abandonné de tous ses fidèles qu'il suffit à ses ennemis de faire mine d'attaquer son camp, pour le réduire à se rendre prisonnier. Ce qui eut lieu dans les derniers jours de mai 833, non loin de Colmar, au pied de la montagne de Siegwald, en un endroit juste- [82] ment appelé depuis « le champ du mensonge» 3 . L'armée des fils 1. Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1370; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 639. 2. Coll. regia, t. xxi, col. 273; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1683-1686; Har- douin, Coll. conc, t. iv, col. 1375 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 797; Wilkins, Conc. Britann.. t. i, col. 176-178; Mansi, Conc, Suppl., 1. 1, col. 819; ConcJampliss . coll., t. xiv, col. 642. :!. Luden^op. cit., p. 357. 86 LIVRE XXI se dissipa proflftptemeiit, les vassaux retournèrent chez eux, sans chercher à se rendre compte de ce qu'il y avait à faire et sans trouver de solution aux graves questions pendantes. Le pape revint mécontent en Italie, et la malheureuse impératrice Judith fut exilée à Tortone. Quant au jeune prince Charles, il fut relégué dans le monastère de Prum. Pépin et Louis le Germanique regagnèrent leurs royaumes ; quant à Lothaire, il conduisit son père à Soissons, où il l'enferma dans le monastère de Saint - Médard, et de là se rendit à Aix-la-Chapelle pour y régner comme seul souverain et y recevoir le serment de fidélité. Louis le Débonnaire fut tellement harcelé dans le monastère de Saint-Médard, qu'il fut le premier à demander l'habit de moine. On le trompa par toutes sortes de fausses nouvelles : sa femme avait pris le voile; elle était morte ; son fils Charles s'é- tait fait couper les cheveux, avait pris l'habit monastique, avait dit au monde un éternel adieu. Il paraît que les saints dont les reliques reposaient dans le monastère de Saint-Médard apprirent à l'empereur détrôné la fausseté de ces nouvelles, en même temps que l'abbé lui recommandait de ne pas abdiquer le trône que Dieu lui avait donné. Au mois d'octobre 833, Lothaire tint une diète à Compiègne. Les évêques présents, en particulier Ebbon, archevêque de Reims, acceptèrent la mission de se rendre à Soissons pour faire naître de nouveaux scrupules dans l'âme du vieil empereur. Cet Ebbon était né de parents esclaves dans la maison de Charle- magne, et avait été élevé avec Louis le Débonnaire ; affranchi à cause de son talent, il s'était élevé de degré en degré. Demeuré presque jusqu'à cette époque un des plus fidèles parti- sans" de Louis, il était passé du côté de Lothaire, au « champ du mensonge », et, ainsi que cela arrive trop souvent, d'ami il était devenu adversaire déclaré de son ancien maître. Serviteur de la onzième heure, il voulait réparer par son zèle le temps qu'il croyait avoir perdu. Non seulement il récapitula au vieil em- pereur toutes ses anciennes fautes, en particulier sa dureté vis- à-vis de son neveu Bernard et d'autres membres de sa maison, faute que Louis le Débonnaire avait déjà expiée publiquement, mais il l'accusa de tous les maux, de tous les désordres et de [83] toutes les guerres qui depuis des années ravageaient l'empire franc ; il entassa reproches sur reproches, et, abusant de son caractère sacerdotal, il mit dans une telle anxiété l'âme du vieil - i34. RÉINTÉGRATION DE LOUIS LE DEBONNAIRE 87 lard que Louis n'osant plus douter de sa culpabilité se montra de nouveau disposé à accepter une pénitence ecclésiastique et émit le vœu que Lothaire vînt le trouver à Soissons. Lothaire se rendit à cet appel (13 novembre 833) ; Louis le Débonnaire, à genoux devant le maître-autel de l'église de Saint-Médard, se déclara indigne de porter la couronne et prêt à se soumettre à une pénitence publique. On lui remit une liste de ses fautes, qu'il dut lire solennellement en présence de son fils, des évêques et d'une grande foule de peuple. L'archevêque Ebbon porta cette pièce sur l'autel, Louis y déposa le glaive impérial, se désarmant lui-même et échangea ses habits militaires contre un vêtement de pénitence 1 . C'était prononcer son abdication, et Lothaire revint triomphant à Aix-la-Chapelle. Néanmoins son père ne fit pas ce qu'on désirait le plus, la profession monacale, alléguant toujours, comme il l'avait fait à Soissons, que pour une pareille démarche il fallait jouir de toute sa liberté. 434. Réintégration de Louis le Débonnaire, diètes et conciles à Thionville et à Stramiac en 835. Quelques mois suffirent pour retourner les affaires. Des milliers d'honnêtes gens furent indignés du déshonneur infligé au fils de Charlemagne, à ce prince vraiment bon et qui était l'oint du Sei- 1. La honteuse Relalio episcoporum de exauctoratione Hludovici, ainsi que la Cartula d'Agobard, qui avait joué un rôle dans cette affaire, se trouve dans Pithœus, Annalium et historié Francorum...scriptores coœtanei, Francofurti, 1594, p. 322; Baronius, Annales, ad ann. 833, n. 9; Binius, Concilia generalia et provincialia, Coloniœ Agrippinœ, 1606, t. ni, part. 1, p. 573; Goldast, Collec- tio constilulionum imperialium, Francofordiœ ad Mœnum, 1613, t. n, p. 16; Sirmond, Concilia antiqua Gallise, 1629, t. n, col. 520 ; A. Duchesne, Historiée Francorum scriptores, Lutetiœ Parisiorum, 1636, t. n, p. 331 ; Collectio regia, t. xxi, col. 278; Ph. a Vorburg, Historiarum... imperii Rom.-German., Francofurti t. xi, p. 251; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1686; Coleti, Concilia, t. ix, col. 801; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1377 ; Liinig, Reichsarchiv, t. xv, p. 111; Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. vi, col. 243 ; Mansi, Conc. ampliss coll., t. xiv, col. 647; Monumenta Germ. hist., Leges, 1. 1, p. 366; Capitul., t. n, p. 51; P. L., t. xcvn, col. 659 ; A. Verminghofî, V erzeichnis dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 489 ; L. Halphen, La pénitence de Louis le Pieux à Saint-Médard de Soissons, dans Bibl. de la Faculté des Lettres, 1904, t. xvm, p. 177-185. (H. L.) 88 LIVRE XXI gneur. L'opinion commença bientôt à changer dans toutes les par- ties de l'empire. Pépin et Louis le Germanique, mécontents des avantages de leur frère Lothaire, peut-être aussi poussés par de meilleurs sentiments, se liguèrent pour délivrer Louis le Débonnaire. Lothaire s'y refusant, ils marchèrent (printemps de 834) contre le royaume des Francs, l'un par le sud et l'autre [84] par l'est. Lothaire convoqua ses fidèles, fort peu répondirent à son appel, et d'autres réclamèrent hardiment la liberté du vieil empereur. Déjà les troupes de Pépin s'approchaient de Paris, où Lothaire avait réuni ses partisans, lorsque ce der- nier, craignant d'être fait prisonnier, s'enfuit à Vienne et de là en Italie, où il espérait trouver plus d'adhérents. Il avait, on ne sait pourquoi, fait transférer son père et son jeune frère Charles à Saint-Denis, où on les gardait. Dès qu'on sut ce départ, tous les partisans de Louis le Débonnaire accoururent de Paris à Saint-Denis pour jurer fidélité au vieil empereur. Ils souhai- taient lui voir reprendre immédiatement la couronne, mais Louis refusa en disant : « L'Eglise m'a condamné, c'est à l'Église à m'absoudre maintenant ; les évêques m'ont désarmé, c'est aux évêques à me rendre mes armes. » Ce qui fut fait solennellement le dimanche suivant, à Saint-Denis, à la grande joie du peuple 1 . L'empereur Louis embrassa son fils Pépin, le remercia de son secours, le renvoya en Aquitaine et se rendit à Aix-la-Chapelle où il rencontra Louis le Germanique. Peu après arriva dans cette ville l'impératrice Judith, que des amis fidèles avaient amenée d'Italie. La joie du prince fut complète. Il proposa à Lothaire le pardon. Mais Lothaire répondit à ces avances par des moqueries et organisa une armée. Les commencements de la campagne lui furent favorables ; mais, arrivé sur les bords de la Loire en présence de l'armée de son père unie à celles de ses frères, il perdit sa belle assurance. Voyant ses partisans renouveler contre lui cette fois la scène du a champ du mensonge, » il se hâta d'accep- ter les propositions de paix, et demanda humblement pardon pour lui et ses amis. Il jura d'obéir à son père, d'aller en Italie et de n'en plus sortir sans permission. Vers cette époque (novembre 834), Louis le Débonnaire célé- bra à Attigny une diète où il prit des mesures pour rétablir «■■ 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 654; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1383; Luden, op. cit., p. 358-372. 89 l'ordre dans l'Eglise, et ordonna à son fils Pépin de rendre à l'Église les biens qu'il s'était appropriés ou qu'il avait donnés à ses amis. — Quelques-uns rapportent aussi à cette diète d'Attigny ce qui se passa au sujet de Northildis et dont nous avons parlé plus haut, § 421. Vers le même temps (16 novembre 834), à Aix-la-Chapelle, [85] Louis confirma les privilèges que, l'année précédente, Aldrich de Sens avait accordés au monastère de Saint-Remi, à Worms.fc 1 Le concile de Thionville (février 835) fut célébré pour réintégrer solennellement l'empereur et juger les évêques qui, pendant les troubles, s'étaient le plus mal conduits vis-à-vis de lui. Les actes de cette importante assemblée sont malheureusement perdus, et nous en sommes réduits à quelques renseignements contempo- rains ou à des sources plus récentes. Hincmar en a parlé en détail, dans son dernier écrit contre Gotescalc, c. xxxvi, et Flodoard, dans son Historia Remensis, 1. III, c. xx. Outre l'empereur et les grands du royaume, il y eut quarante-trois évêques présents 1 f parmi lesquels Drogon, archevêque de Metz, président 2 , et les archevêques Hetti de Trêves, Otgar de Mayence, Ragnouard de Rouen, Landran de Tours, Aldrich de Sens, Notho d'Arles et 1. Hincmar, op. cit., P. L., t. cxxv, et dans Mansi, t. xiv, p. 658 sq., compte et nomme quarante-trois évêques, et parmi eux Otgar de Mayence, mais Binterim, Deutsche Concil., t. n, p. 392, doute de cette présence d'Otgar par suite de son attitude hostile vis-à-vis de l'empereur. Dans notre première édition, nous basant sur une lettre de Florus de Lyon adressée à plusieurs mem- bres de l'assemblée, nous avions compris au nombre des membres présents Aldrich, évêque du Mans; mais Simson, op. cit., p. 186-187, montre qu'il est bien plus vraisemblable que cette lettre (dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 465 sq.), la seconde par conséquent, ne se rapporte pas au concile de Thionville, mais bien à celui de Quierzy de 838, peu de temps avant le jugement prononcé sur Amalaire. "2. Nous avons vu que Drogon, fils naturel de Charlemagne, avait reçu de son frère, Louis le Débonnaire, l'évèché de Metz. Metz était un siège sufïragant de Trêves, mais Angilram de Metz avait déjà porté le titre d'archevêque et ce litre avait été consacré par le c. 55 du concile de Francfort, en 794. Nous voyons maintenant que Drogon portait aussi le titre d'archevêque et qu'il avait la préséance sur tous les autres archevêques en fonction (même sur celui de Trêves). Dix ans plus tard environ nous le retrouverons comme vicaire du pape pour la Gaule et la Germanie ; il reçut ce titre du pape Serge II sur les ins- tances de l'empereur Lothaire qui cherchait à avoir en Drogon un soutien pour affermir sa prépondérance sur son frère. V. Norden, Hinckmar, Bonn, 1863, p. 16. Mais l'opposition des évêques força Dro»on à renoncer à cette dignité. V. § 411. [Ch. Pfister, L'archevêque de Metz, Drogon, 823-856 dans Mélanges PaulFabre, 1902, p. 101-145. (H. L.)] 90 LIVRE XXI Ajulf de Bourges 1 . Ebbon, archevêque de Reims, ne parut pas comme membre du concile, mais en qualité d'accusé ; après la vie- [86] toire de Louis, il avait voulu s'enfuir chez les Danois ou chez les Normands; mais la goutte l'en avait empêché, et on l'avait conduit prisonnier à Fulda. D'autres personnages gravement compromis avaient fui en Italie pour s'y mettre sous la protection de Lothaire. Sur le désir de l'empereur, chaque évêque apporta un libellas particulier renfermant son opinion sur la restitutio imperatoris. Ebbon apporta le sien, où il déclarait que tout ce qui s'était fait pour déshonorer l'empereur était injuste. Comme tous ces libelli se prononçaient unanimement en faveur de Louis, ce prince réprit courage, et, le 28 février 835, dimanche de la Quin- quagésime, il se rendit solennellement en grand cortège dans l'église cathédrale de Saint- Etienne de Metz. Pendant l'office divin, Drogon monta en chaire et lut la sentence signée par tous les évêques, portant que Louis avait été injustement déposé. Alors l'évêque de Metz se rendit avec six autres évêques auprès de l'empereur et à côté de l'autel, tous imposèrent les mains au vieux souverain, sur qui on prononça sept prières ; enfin on plaça sur sa tête, à la grande satisfaction du peuple, la couronne impériale. Ebbon monta en chaire et réprouva tout ce qui s'était fait, sous son inspiration et d'après ses conseils, contre l'empereur. Toute l'assemblée revint à Thionville ; mais ce qui venait de se passer à Metz a induit plusieurs historiens à croire qu'un concile fut tenu dans cette dernière ville en 835. Après le retour à Thionville, l'empereur se porta accusateur d' Ebbon, qui l'avait renversé du trône. On renouvela d'anciennes accusations contre l'archevêque de Reims, et les évêques présents furent appelés à décider. Il semble qu'au début Ebbon chercha à éviter une dépo- sition, quelques-uns de ses amis mirent en question, au sujet d'une déposition épiscopale, la compétence d'une assemblée qui n'était ni convoquée ni confirmée parle Siège apostolique 2 . Ebbon demanda la permission cependant de faire un exposé fidèle de ses fautes par-devant trois évêques présents: Ajulf, archevêque de Bourges, 1. Dans la première édition nous avions signalé comme présents l'évêque Gosbert, qui, chassé de Suède, était administrateur d'Osnabrùck, ainsi que plu- sieurs autres évêques; nous les avions cités d'après Binterim, mais Hincmar ne nomme aucun de ces prélats. 2. Binterim, Deutsche Concilie}!, t. n, p. 394. 434. RÉINTÉGRATION DE LOUIS LE DÉBONNAIRE 91 Badurab, évêque de Paderborn, et Modoin d'Autun 1 . On y consen- [87] tit. et conformément à la décision de ces trois évêques, Ebbon se déclara par écrit indigne de la dignité épiscopale, demandant l'é- lection et le sacre d'un autre archevêque de Reims. Il lut lui-même cette déclaration, et prit trois autres évêques à témoin de son acte d'abdication ; puis tous les membres de l'assemblée prononcèrent successivement la sentence : Secundumtuam confessionem cessa a ministerio, et Jonas, évêque d'Orléans, dicta un court procès- verbal, daté du 4 mars 835. Ebbon fut conduit à Fulda, et le prêtre Fulcon fut nommé administrateur de Reims. On pardonna à la plupart des autres évêques : notamment à Hildeman de Beauvais ; mais on prononça la déposition d'Agobard arche- vêque de Lyon, parce que, après Ebbon, c'était lui qui s'était montré le plus intraitable vis-à-vis de l'empereur ; de plus il n'avait pas répondu à trois citations qu'on lui avait faites 2 . Le diacre Florus, supérieur de l'école de Lyon, dénonça au concile de Thionville les erreurs que répandait Amalaire, choré- vêque dans cette ville. Nous avons déjà parlé d' Amalaire lors- qu'il n'était encore que diacre à Metz, et signalé sa grande acti- vité au concile d'Aix-la-Chapelle, en 817. A l'époque où nous som- mes arrivés, il venait de publier un livre de liturgie fort savant et que nous possédons encore, le De offîciis ecclesiasticis, en quatre livres ; malheureusement, on y trouvait quantité d'ex- plications mystiques du culte, des cérémonies, des vases sacrés et des habits sacerdotaux, la plupart fort hasardées et même dangereuses 3 . En 834, il profita de l'absence d'Agobard pour réunir, en qualité de son représentant, un synode diocésain à Lyon, et pendant trois jours il lut aux clercs le livre de sa com- position. La plupart accueillirent avec applaudissement ce travail, 1. Hincmar dit que c'étaient là les judices electi dont parle le concile africain, c. 63 (il aurait dû dire, le c. 2 du concile de Carthage tenu en 407), et dont on ne pouvait pas appeler. 2. Sirmond, Conc. Gall. t. n ; Coll. regia, t. xxi, col. 291 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1695-1700 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1385 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 811 ; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 866 ; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 657; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 63; Binterim, Deutsche Conci- lien, t. ii, p. 391; Luden, op. cit., t. v, p. 383, 619; Bôhmer-Mùhlbacher, Reg. Karoling., p. 346-347 ; A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten frànkischer Syno- den von 742-843, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 489-490. 3. Sur Agobard et Amalaire, cf. Dict. d'arch. chrél., t. i, col. 971, 1323. (H. L.) 92 LIVRE XXI qui, grâce à cette circonstance, se répandit rapidement. Mais Florus adressa deux lettres aux évêques réunis à Thionville pour les prévenir contre les nouvelles doctrines ; il se plaignait en particulier de ce qu'Amalaire enseignait l'existence d'un triple corps du Christ : a) son corps réel, b) son corps mystique dans [88] les fidèles vivants, c) son corps mystique chez les défunts. C'est pour cela que l'hostie doit être partagée en trois parties; l'une, qui est placée dans le calice, est le corps réel du Christ; les par- celles qui sont sur la patène représentent le corps du Christ dans les vivants, et les parcelles qui sont sur l'autel représentent le corps du Christ dans les morts. Au dire de Florus, Amalaire enseignait également que le pain était le corps et le vin l'âme du Christ ; le calice de la messe était le tombeau du Christ ; le célébrant, Joseph d'Arimathie ; l'archidiacre, Nicodème ; les diacres étaient les apôtres qui se tenaient en arrière et voulaient se cacher ; les sous-diacres étaient les femmes au tombeau ; lorsque le prêtre s'inclinait, cela voulait dire : inclinato capite tradidit spiritum, etc. 1 . — Le concile fut empêché par d'autres affaires de s'occuper du livre d'Amalaire qui ne fut censuré que plus tard, en 838, par le concile de Quierzy 2 . Ce n'est pas en 836, mais en juin 835 que s'est tenue une diète à Stramiac près de Lyon 3 ; elle s'était réunie pour porter une dernière décision au sujet d'Agobard de Lyon et de Bernard de Vienne, et donner leurs sièges à d'autres. Toutefois, l'un et l'autre ayant pris la fuite, on ne voulut pas les juger par contumace, et on remit l'affaire à un concile postérieur 4 . 1. Florus, P. L., t. cxix, col. 71, 94, et dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 663 sq. ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 66 sq. Cf. A. Verminghofï, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 490. Une troisième lettre de Florus concernant cette même affaire a été adressée au synode de Quierzy tenu en 838. Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France, t. v, p. 223, croient que la plus courte des deux lettres dont nous parlons (c'est la première dans Mansi, la troisième dans Migne) n'est pas adressée à notre synode, mais à un autre tenu plus tard à Thionville ; Mansi a déjà, loc. cit., col. 663, réfuté cette opinion. 2. Mansi, op. cit., col. 655, 662; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 395. 3. Le biographe anonyme de Louis le Débonnaire, souvent appelé Astrono- mus, place à tort cette diète de Stramiac en 836. Pertz, Monum., t. n, p. 642 ; Pagi, Critica, ad ann. 836, 8 et 9. 4. Coll. regia, t. xxi, col. 396; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1768-1769; Har- douin, Coll. conc, t. iv, col. 1447; Coleti, Concilia, t. ix, col. 883; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 734; A. Devaux, L'ancien Stramiacus est-il Tramoyes ',;J5. GRAND CONCILE A AIX-LA-CHAPELLE 93 435. Grand concile à Aix-à-Chapelle, en 836. A peine remonté sur le trône, Louis le Débonnaire reprit son ancien projet de réforme générale des clercs et des laïques. Il réunit dans ce but un grand concile (février 836), dans le secre- tarium de l'église de Notre-Dame dite de Latran, à Aix-la-Chapelle 1 . Les actes de cette assemblée sont très considérables et compren- nent plusieurs divisions. Les évêques disent dans la préface : «Le pape Gélase a écrit que le monde était gouverné par deux puissances, la puissance sacerdotale et la puissance impériale. Or, la plus grande responsabilité revient à la puissance sacerdo- tale, et nous sommes pleins de reconnaissance de ce que Dieu [89] nous a exhortés, avec tant de douceur et par l'intermédiaire de notre pieux empereur, à remplir de notre mieux nos fonctions ecclésiastiques et à nous en acquitter conformément à la volonté de Dieu. » A ces causes, ils avaient envisagé les trois points soumis par l'empereur : a) ce qu'un évêque doit savoir et doit faire, b) ce qui appartient à l'honneur et aux fonctions du sacerdoce, c) ce qu'il est nécessaire de faire pour le salut de tous. Dans leurs réponses, ils voulaient s'en tenir aux statuts des Pères, en parti- culier à ceux de Grégoire le Grand, et, au sujet des laïques, ils n'entendaient parler que de l'empereur, de ses fils et de ses officiers. La première partie des actes comprend trois chapitres : 1) de la vie des évêques, 2) de la science des évêques, de la vie et de la science des clercs inférieurs, 3) de la personne du roi, de ses fils et de ses serviteurs. La matière n'est pas toujours (Ain) ou Crémieu (Isère)? dans l'Université catholique, 1891, t. vin, p. 452-462. (H. L.) 1. Sirmond, Conc. GalL, t. n, col. 574; Coll. regia, t. xxi, col. 295; Labbe, Concilia, t. vin, col. 1700-1768; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1387;Coleti, Concilia, t. ix, col. 816; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 671-695; Bouquet, Rec. hist. des Gaules, t. vi, col. 354 ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 73 sq. ; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 398, 479 sq. ; B. Simson, J ahrbiï cher des fràn- kischen Reichs unter Ludwig dem Frommen, 1876, t. n, p. 148; Bohmer-Mùhl- bacher, Regesta Imperii, t. i, n. 923 a; Dùmmler, Geschichte des ostfrànkischen Reiches, Leipzig, 1887, t. i, p. 144; A. Verminghofî, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 490-491. (H. L.) 94 LIVRE XXI distribuée suivant les trois catégories, la première contient les ordonnances suivantes : 1. On doit arriver à l'épiscopat par ses vertus et non par l'argent. 2. Un évêque doit remplir les fonc- tions de sa charge. 3. L'évêque doit exercer l'hospitalité et nourrir les pauvres. 4. Il doit s'abstenir de toute dispute. 5. Il ne doit rien exiger pour l'exercice de ses fonctions ecclésiastiques, et ne pas permettre que ses serviteurs (ses coopérateurs) acceptent quoi que ce soit. 6. Il doit être sobre. 7. Lorsqu'on fait une enquête sur la vie d'un prêtre, (pour l'élever à l'épiscopat), on doit examiner comment il prêche et comment il enseigne ; il ne doit pas, par excès d'humilité, refuser l'épiscopat ; devenu évêque, il doit conformer sa vie à son caractère. 8. L'instruction du sacerdos (évêque ou prêtre) doit être proportionnée à ses audi- teurs, utile, claire, etc., et sa vie doit être conforme à son ensei- gnement. 9. La conduite de l'évêque doit être pour son troupeau comme une lumière conductrice (extrait de la Régula pastoralis de saint Grégoire). 10. Il ne doit pas, pour se faire aimer, se dépar- tir de sa vigilance (extrait de saint Grégoire). 11. Malheureusement beaucoup d'évêques administrent avec négligence les maisons canoniales et les monastères sous leur juridiction. Il en sera autre- ment à l'avenir. 12. Il ne faut plus que désormais les évêques aban- donnent leurs diocèses par esprit de lucre. Chapitre n. — 1. Tout évêque doit être très instruit dans les choses de la foi. 2. Il doit savoir présenter d'une manière profi- table les vérités du salut contenues dans l'Ancien et le Nouveau Testament. 3. Il doit savoir administrer des remèdes spirituels et donner des conseils salutaires. 4. Il doit être versé dans la science des évangiles, des épîtres, des canons et de la Régula pastoralis de saint Grégoire. 5. Il doit méditer tous les jours. 6. Il doit se rendre compte de la différence des caractères et ne pas les traiter tous de la même manière. 7. Il ne doit pas employer le bien de [90J l'Église selon son bon plaisir et pour enrichir ses parents. 8.11 doit consacrer l'huile des malades le jour de la Csena Domini et ne pas différer de le faire, ainsi que cela arrive trop souvent. 9. On doit être assidu à fréquenter l'office qui a lieu le soir du sa- medi saint. 10. On doit célébrer la Litanie le 25 avril selon la coutume romaine. 11. Chaque évêque doit donner des soins à l'instruction de son coopérateur (d'après le canon 4 e de la seconde division de ce chapitre, il faut entendre par ces coopérateurs jes chorévêques, archiprêtres et archidiacres), afin que, s'il vient 435- GRAND CONCILE A AIX-LA-CHAPELLE 95 à tomber malade, etc., celui-ci puisse prêcher à sa place, et pour que l'Église ne manque pas d'un docteur si l'évêque vient à mourir. 12. Tout évêque ou tout clerc qui, à l'avenir, ne gardera pas fidé- lité à l'empereur Louis, perdra sa dignité de par une sentence synodale ; quant au laïque, il sera excommunié. La seconde division de ce deuxième chapitre traite des clercs inférieurs et comprend treize numéros : 1. Les abbés des maisons canoniales doivent veiller aux besoins temporels et spirituels de leurs subordonnés. Enumération des devoirs de ces abbés. 2. Devoirs des abbés. 3. Les moines ne doivent pas déprécier, ainsi que cela arrive souvent, les curés sur les paroisses desquels ils se trouvent. 4. Il est arrivé que les coopérateurs des évêques, c'est-à-dire les chorévêques, archiprêtres et archidiacres, se sont montrés avares à l'égard des prêtres et du peuple. L'évêque ne doit instituer aucun coopérateur avide de s'enrichir. 5. Les prêtres, qui sont à la tête des églises et sont les collègues des évêques par la consécration de l'Eucharistie, doivent être assidus à la prédi- cation, à leurs fonctions, et à tout leur ministère. Ils auront souci de tous ceux qui appartiennent à leur église, fussent-ils encore en- fants, pour qu'aucun ne meure sans baptême. Après le baptême l'évêque imposera les mains, puis on instruira ces fidèles dans l'intelligence du Notre Père, du symbole et de leurs devoirs. Si un fidèle vient à pécher, le prêtre doit travailler à son amende- ment; il veillera à ce qu'il ne meure pas sans la confession, l'huile sainte et la communion, et que son corps soit enterré d'une manière chrétienne. 6-9. Les prêtres tombent surtout dans les quatre fautes suivantes : Certains dépensent pour eux-mêmes les biens de l'église, négligent les restaurations nécessaires à cette église et l'entretien du luminaire. D'autres ont des femmes à leur service, ce qui a été souvent défendu. D'autres se conduisent comme des paysans, vont dans les auberges, font des commerces défendus, s'assoient à des banquets ou à des parties à boire, vont à la foire, etc. Enfin quelques-uns ont un patrimoine insuffisant, en sorte 91] qu'obligés de s'occuper des affaires temporelles ils négligent les affaires spirituelles. 10. Nous voulons nous efforcer d'introduire des réformes parmi les prêtres, mais vous, Sire, vous devez ordon- ner aux laïques de les honorer et devez punir ceux qui y manquent. 12. Beaucoup de nonnes sont devenues presque des filles publiques. Aussi est-il nécessaire de confier à des hommes d'une piété éprouvée le soin d'y mettre ordre. 13. Les abbesses (prœlatas) doivent donner 96 LIVKE XXI à leurs nonnes le bon exemple et leur fournir le moyen de subsister, afin que la faim ne les fasse pas tomber dans les pièges de Satan. 14. Elles doivent veiller à ce qu'il n'y ait pas dans le monastère de ces recoins obscurs où l'on puisse commettre des fautes. 15. Les missi impériaux doivent veiller à ce que les supérieurs des maisons canoniales et des monastères d'hommes et les supé- rieures des monastères de femmes fassent observer la règle scrupuleusement. 16. Autant que possible, l'évêque devra placer dans chaque église un prêtre, qui la gouvernera, et la dirigera d'une manière indépendante ou sous la surveillance d'un archi- prêtre (prior presbyter) ; beaucoup d'endroits sont en effet privés de prêtres. Ils peuvent, il est vrai, célébrer des messes dans toutes les églises qui leur sont confiées ; mais ils ne peuvent pas remplir les autres fonctions de leur ministère, parce qu'ils ont trop d'églises c'est pourquoi on signale pour le baptême des malades, la con- fession et la communion de ceux qui sont en danger de mort, lacunes fort regrettables. Dans le chapitre 3, les évêques rassemblent des exhortations à l'empereur et à ses serviteurs. Ils répètent en partie les avertis- sements donnés à Paris et à Worms, en 829. Ainsi, c. 1-4 incl. est identique au n° 1 De persona regali du concile de Worms ; c. 5 est identique aux n os 8 et 9 ; c. 6, au n° 10 du III e livre du concile de Paris ; c. 9, au n° 2 de Worms de persona regali, et au lib. III, c. 22 du concile de Paris; c. 10, au n° 3 de Worms et aux c. 23 et 24 de Paris ; c. 13, au n° 5 de Worms et au lib. III, c. 25 de Paris, c. 14 et 15, au n° 7 de Worms et au lib. III, c. 26 de Paris; c. 16, au n° 8 de Worms et au lib. III, c. 27 de Paris. — Les nou- veaux capitula sont : C. 7 : L'empereur ne doit pas recevoir de dénonciations secrètes contre les évêques. C. 8. On doit observer les anciens canons relatifs à l'aliénation des biens de l'Eglise. C. 17. L'empereur ne doit charger les évêques d'aucune affaire, du moins pendant le carême. C. 18. On ne doit pas jeûner le dimanche, et ne célébrer ce jour-là ni placitum ni noces 1 . C. 19. Les églises 'ne doivent pas être données aux laïques ; celles qui sont ruinées doivent être relevées. C. 20. On doit engager [92] les laïques à se montrer très-respectueux à l'égard des prêtres. C. 21. Celui qui a en sa possession des biens et des esclaves de l'Eglise ne doit pas les traiter avec dureté. G. 22. On doit recevoir 1. Au lieu de nuptias, Binterim op. cit., t: u, p. 492 veut qu'on lise nundinas. ',.'!;,. GRANDS CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE 97 tous les dimanches le corps du Seigneur. C. 22. Aucun prêtre ne doit venir dans le camp impérial sans permission de l'évêque. G. 24. Aucun moine ne doit s'éloigner de son monastère sans une raison suffisante. C. 25. Celui qui enlève une veuve ou une jeune fille sera recherché par les comités et puni. Les évêques disent en terminant : « Si on se conforme aux recommandations qui précèdent, l'Église recouvrera, avec le secours de Dieu, sa première beauté. Pour y parvenir, il faut que chacun remplisse son devoir. Aussi longtemps qu'elle accom- plira son pèlerinage sur la terre, l'Église sera gouvernée par les prêtres et par les rois. Il est incontestable et connu de tous que nous, évêques, avons eu des torts nombreux et divers ; mais il faut reconnaître que notre fidélité n'a été ébranlée que par suite de la défection de vos propres enfants et parce que la malice des grands est arrivée à un degré inconnu jusqu'ici. Tout cela ne sera réparé que si, après avoir recouvré la puissance et la dignité impériales, vous travaillez à faire rendre à l'Église les honneurs qui lui reviennent et à relever l'autorité épiscopale. Dans les conciles précédents, les évêques ont, sur vos exhortations, porté de nombreuses ordonnances pour la réforme de tous les états. Mais ces capitula sont, nous ne savons pourquoi, tombés dans l'oubli. Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas de même pour les présents capitula ! » Nous avons vu qu'à Attigny l'empereur Louis avait ordonné à son fils Pépin, de rendre les biens enlevés à l'Église, soit pour se les approprier, soit pour les donner à ses amis. Les évêques avaient, dans le même but, adressé à Pépin, dans une réunion d'ailleurs inconnue, des salutaria monita. Toutes ces démarches étant demeurées vaines, les évêques s'en occupèrent de nouveau à Aix-la-Chapelle et envoyèrent à Pépin un long mémoire divisé en trois livres. On lit, dans la préface du premier livre, qu'« Ils avaient eu autrefois trop peu de temps pour appuyer leurs saluta- [93] ria monita sur des textes de la Bible. Il était cependant bon de le faire, afin que nul ne pût dire qu'ils avaient agi suivant leurs ca- prices et poussés uniquement par leur propre intérêt. » De ces pa- roles et de plusieurs autres passages des trois livres, il résulte que Pépin ou ses adhérents avaient prétexté toutes sortes de sophis- mes pour se dispenser de rendre les biens de l'Egliee ; ils disaient par exempl3 : « Les saints à qui on avait donné ces biens n'en avaient plus besoin ; ou bien, Dieu n'avait pas demandé de CONCILES - IV - 7 98 LIVR E XXI pareilles offrandes puisque tout lui appartenait. » Afin de réfuter ces arguties, les évêques rapportent, dans les 38 n (JS du I er livre, comment l'Ancien Testament avait déclaré agréables à Dieu, l'érection d'un temple, le don de vases précieux, l'immolation des victimes, etc. Il était seulement défendu d'offrir à Dieu des biens injustement acquis. La pieuse coutume d'offrir des sacri- fices à Dieu, de lui élever des autels, etc., remonte jusqu'à Abel et, venue de lui jusqu'à nous, a été pratiquée dans tous les temps. Nous en avons pour témoins, après Abel : Noé, Abra- ham, Melchisédech, Isaac, Jacob, Moïse. Grâce à Moïse, qui agissait sur l'ordre de Dieu, le service divin s'était grandement perfectionné. Dieu avait eu son sanctuaire et sa maison, et les sacrifices avaient été institués d'une manière légale. Viennent ensuite des passages de la Bible sur le respect dû au temple et la manière d'y offrir les holocaustes. Le second livre, qui renferme trente-et-un numéros, continue les preuves extraites de l'Ancien Testament. Il fait voir, par une suite de citations, comment Dieu a puni les contempteurs de son tabernacle et du culte divin, comment Salomon a bâti le temple et l'a enrichi de présents, comment les étrangers eux- mêmes ont honoré ce même temple, et enfin comment Dieu a puni Nabuchodonosor, Balthazar, Antiochus, Héliodore, profa- nateurs et voleurs de ce temple. Le troisième livre contient vingt-sept chapitres et passe à l'épo- que chrétienne ; voici le résumé de l'argumentation : Le temple de Salomon était le type de l'Église chrétienne, enrichie dès l'origine par les dons des fidèles. Le Christ lui-même avait, pendant sa - vie terrestre, accepté les présents des fidèles ; mais Judas en avait volé une partie, et quiconque volait ainsi l'Église, était, au jugement de saint Augustin, un nouveau Judas. Saint Augus- tin ajoute que le Christ avait possédé de l'argent, pour montrer que l'Église devait avoir aussi des biens, et saint Jérôme compare aux scribes ceux qui abusent des biens de l'Église. Le Christ [94] avait loué Marie d'avoir répandu sur ses pieds un parfum précieux, et Judas ne sut que la blâmer. De même, beaucoup de gens désapprouvent les offrandes faites au Seigneur. Le Christ avait aussi loué la veuve qui mettait deux deniers dans le tronc. Le Christ avait prouvé qu'il ne supporterait aucun affront fait à son Église lorsqu'il chassa vendeurs et acheteurs du temple de Jérusalem, qui n'était pas encore une église. Explication de saint 436- DIÈTES SYNODALES, ETC. 99 Jérôme sur ce passage. Ce même Père applique plusieurs au lus passages de la Bible aux puissants et aux violents qui prennent le bien des églises et des pauvres, et essayent de racheter leurs fautes par des aumônes. Le respect du Christ à l'égard du temple est la mesure de l'honneur que les chrétiens doivent rendre à l'église. Exemple de donations faites aux églises, extrait des actes des apôtres ; exemple de Constantin le Grand et d'autres princes. Les saints canons défendent expressément de porter atteinte aux biens de l'église ; citation de ces canons. A la fin, les évêques demandent, à Pépin de recevoir ce mémoire favorable- ment et d'imiter ses prédécesseurs qui ont enrichi et exalté l'Église 1 . 436. Événements qui surviennent dans la famille impériale. Diètes synodales à Aix-la-Chapelle et à Quierzy en 838. Dès avant l'ouverture du concile d'Aix-la-Chapelle, l'empe- reur Louis avait renoué avec son fils Lothaire des relations ami- cales. L'impératrice Judith poussait à ce rapprochement dans l'espoir que, si l'empereur déjà souffrant venait à mourir, elle trouverait peut-être dans Lothaire un protecteur pour son fils [95] Charles 2 . Louis envoya donc près de Lothaire, à Pavie, Otgar, archevêque de Mayence, rentré en grâce 3 , sur les instances de son diocèse, Hilti, évêque de Verdun, et deux comtes. Lorsque, peu après la clôture du concile d'Aix-la-Chapelle, Louis tint, en mai 836, une diète à Thionville, ces personnages étaient de retour, escortés d'une ambassade de Lothaire, à la tête de la- quelle se trouvait le vieil abbé Wala, réfugié en Italie à cause de sa conduite envers l'empereur Louis, et devenu, grâce à Lothaire, abbé de Bobbio. Il n'en fut pas moins reçu avec cordialité en qua- 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 696-733; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1048 sq.; Hartzheim, Conc. Germ., t. n. p. 91 sq. 2. C'est l'opinion émise par Astronomus dans sa Vita Ludovici; voy. Pertz, Monum., t. n, p. 640. 3. Voy. l'epist. cxxxix, dans Wurdtwein, dans V Appendix de son édition de Opéra sancti Bonijacii, p. 329, e1 dans l'édition de ( Jilcs, I. i, p. 255; seulement il faut remarquer que ce dernier auteur donne la fausse date de 840. 100 LIVRE XXI lité d'ambassadeur, et fit tous ses efforts pour réconcilier le père et le fils. On décida que, dans la prochaine diète, à Worms, Lothaire paraîtrait en personne. Wala retourna en Italie où il mourut dans l'été de l'année suivante, d'une peste qui enleva un grand nombre des partisans de Lothaire, et parmi eux Jessé, l'ancien évêque d'Amiens. L'empereur Louis, dont ils avaient été les ennemis décla- rés, n'en pleura pas moins sur cette fin« de la fleur de la noblesse franque. » La mort de Wala retarda la réconciliation des deux souverains. A la diète de Worms (septembre 836), on apprit que Lothaire, dont on attendait l'arrivée, avait été saisi de la fièvre et qu'il manquerait au rendez-vous. Mais presque aussitôt on sut que ce prince opprimait et dépouillait l'Église romaine, déte- nait les biens de l'Église, enlevait leurs sièges aux évêques italiens et leurs établissements aux grands qui avaient accompagné l'impératrice en France. L'empereur Louis renvoya de nouveaux ambassadeurs en Italie, à Lothaire aussi bien qu'au pape Gré- goire IV, et Lothaire promit de faire une partie des restitutions réclamées, déclarant d'ailleurs ne pouvoir les faire toutes. Le pape Grégoire accueillit avec bienveillance les ambassadeurs de Louis le Débonnaire, et leur adjoignit, au retour, deux évê- ques italiens chargés de traiter personnellement avec l'empe- reur. Lothaire voulant empêcher les évêques d'arriver jusqu'à son père, les retint prisonniers à Bologne. Ils parvinrent néan- moins à faire passer leurs dépêches à l'empereur qui se décida, vu cet état des choses, à faire une expédition en Italie. Malheureu- sement les invasions des Normands et d'autres peuples, et peut- être aussi la nouvelle des armements de Lothaire, firent échouer ce plan 1 . Vers la fin de l'année 837, l'empereur convoqua une diète à Aix-la-Chapelle pour faire attribuer à son plus jeune fils Charles, son enfant préféré, une partie de l'empire. Ce prince ne possédait plus d'apanage, depuis que Louis le Germanique, d'accord avec son père, s'était adjugé l'Allemanie. Charles reçut à Aix-la-Chapelle la plus grande partie de la Belgique et une série de comtés depuis [96] la Meuse et le Rhin inférieur jusqu'à Paris inclusivement. Mécon- tent de cette décision, Louis le Germanique eut avec Lothaire une entrevue secrète à Trente ; il chercha, il est vrai, à apaiser la méfiance qu'en avait conçue son père, mais dans une diète 1. Dûmmler, op. cit., p. 117 sq., 122-125 436- DIÈTES SYNODALES, ETC. 101 tenue à Nimègue, Louis le déclara déchu d'une grande partie de son royaume, et augmenta de nouveau à la diète de Quierzy (septembre 838) la part de Charles devenu majeur et cou- ronné roi de Neustrie. A cette même assemblée une députa- tion venue de Septimanie se plaignit de ce que le duc Bernard permettait à ses serviteurs d'accepter les biens des Églises et des particuliers et réclama l'envoi de missi dans cette province 1 . On admet généralement qu'en même temps que la diète de Quierzy il se tint un concile auquel assistèrent l'abbé Sigismond et quarante moines du monastère d'Anisol (Saint-Calais) qui expo- sèrent leurs plaintes contre Aldrich, évêque du Mans. A l'origine, Saint-Calais dépendait de la juridiction épiscopale des évêques du Mans, à laquelle il fut soustrait par Pépin le Bref en châtiment de la révolte d'un évêque du Mans, et transféré sous la protection royale. L'évêque repentant obtint que Charle- magne remît les choses dans leur premier état 2 . Dans la suite, les moines de Saint-Calais voulurent de nouveau se soustraire à l'obéissance de l'évêque et obtinrent par ruse de Louis le Débon- naire un diplôme d'exemption 3 . Il en résulta un conflit entre Aldrich, évêque du Mans, et Sigismond, abbé de Saint-Calais, qui repoussa les propositions les plus conciliantes. L'affaire fut défé- rée à l'empereur, qui s'en occupa dans le placitum d'Aix-la- Chapelle (carême de 838). Les deux parties devaient s'y présenter immédiatement après Pâques. L'abbé Sigismond cité trois fois fit défaut, et Aldrich exposa des preuves si péremptoires 4 , que les évêques et les grands de l'empire déclarèrent expressé- ment que Saint-Calais serait sous sa juridiction (30 avril 838), 1. Baluze, Miscellanea, 1761, t. i, p. 109-110; Coleti, Concilia, t. ix, col. 887; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 875; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 738; P. L., t. cxix, col. 80; Martène et Durand, Veierum scriptor. coll, 1733, t. ix, col. 641, 649 ; Pertz, Monum. Germ. hist., t. ii, p. 643 sq. ; R. Monchmeier, Amalar von Metz, in-8, Munster, 1893, p. 44 ; B. Simson, Jahrbiicher, t. ir, p. 183 ; A. Verminghofï, Verzeichniss dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 491. (H. L.) 2. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 757. 3. Ibid., col. 766. Cf. J. Havet, Questions mérovingiennes, IV. Les chartes de Saint-Calais, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1887, t. xlviii, p. 5- 58 ; Appendice : Cartulaire de Saint-Calais envoyé au pape Nicolas I er en 863, ibid., p. 209-247; E. Mùhlbacher, dans Mittheil. d. Instit. œsterr. Gesch., 1888, t. ix, p. 485-489. (H. L.) 4. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 760, 763, 764. 102 LIVRE XXI et que l'empereur enverrait des missi remettre toutes choses selon les règles. Après la réintégration d'Aldrich dans ses droits sur le monastère de Saint-Calais, les moines se plaignirent à la diète de Quierzy d'avoir été expulsés de chez eux par l'évêque lui-même. Celui-ci voulut recommencer la démonstration de ses droits sur Saint- Calais. Mais Drogon de Metz et les autres prélats qui avaient assisté à la réunion d'Aix-la-Chapelle 1 ) déclarèrent que c'était [97] peine inutile, puisque son droit avait été reconnu à Aix-la-Chapelle et qu'il suffisait de parler de la prétendue expulsion des moines. Il fut prouvé que personne n'avait chassé les moines, qu'ils étaient partis d'eux-mêmes pour faire opposition à l'évêque. L'assemblée de Quierzy les condamna donc à revenir dans leur monastère et à faire pénitence ; et comme ils ne voulaient pas se soumettre, ils furent exclus de l'état ecclésiastique et de l'Église. Le procès- verbal de cette condamnation signé par Drogon, Otgar de Mayence, Agobard de Lyon, Bernard de Vienne et beaucoup d'autres évêques, est daté du vin idus sept. 838 2 . Il en résulterait qu'A- gobard de Lyon avait été, dans l'intervalle, réintégré sur son siège, si la source dont nous avons extrait ce qui précède n'était très suspecte; c'est un des documents apocryphes fabri- qués au Mans sur l'affaire du monastère de Saint-Calais 3 . Les erreurs d'Amalaire de Lyon furent condamnées dans la diète de Quierzy d'après une lettre de son adversaire Florus, qui écrit à ce sujet à ses amis : « Après qu'Amalaire eut commencé à répandre ses erreurs, le pasteur (c'est-à-dire l'archevêque de Lyon), très attristé, en informa le pieux empereur qui avait alors précisément réuni les évêques dans son palais de Quierzy, pour délibérer sur les affaires de l'Église ; il leur proposa donc de juger les nouvelles doctrines. On lut les principaux passages du livre d'Amalaire en présence de son auteur à qui on demanda si c'était là réellement sa doctrine et d'où il l'avait extraite. — Il répondit : « De mon esprit. » Les évêques lui dirent que c'était un esprit d'erreur, et après d'interminables disserta- tions, le concile déclara sa doctrine condamnable..., étrangère 1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 738. 2. Id., t. xiv, col. 757, 765. 3. Roth, Beneficialwesen, p. 459 ; J. Havet, Les actes des évêques du Mans, dans la Bibl. de l'École des chartes, 1893-1894, t. liv, p. 645-692; t. lv, p. 5-60. (H. L.) 437- CONCILE DE KINGSTON 103 à la vraie foi et à toute l'Église. Sans doute les cérémonies de l'Ancien Testament avaient un aspect mystérieux et sym- bolique, mystère et symboles élucidés par la venue du Christ. Les types de l'ancienne loi et la vérité de l'Évangile ayant pour eux l'autorité divine, personne ne devait introduire de nou- veaux types et de nouveaux mystères. On devait, en outre, se conformer aux règles de l'Église au sujet des vêtements et des ["8] vases sacrés, sans aller chercher des explications fantastiques et nébuleuses. Quant à la doctrine du triple corps du Christ, les évêques la condamnaient et n'hésitaient pas à la faire venir du démon. Florus assure avoir dans la* mesure du possible, rendu les mots et le sens du concile; il s'applique ensuite à réfu- ter longuement Amalaire, soit par des passages de la Bible, soit par des citations des Pères 1 . 437. Concile de Kingston, 838. Mort de Louis le Débonnaire, 840. Vers le même temps (838), se réunit à Kingston, en Angleterre, sous la présidence de Céolnoth, archevêque de Cantorbéry, un grand concile auquel assistèrent, s'il faut en croire les actes, les deux rois Egbert et Aethelwulf et un très grand nombre d'évêques. Les actes ne portent d'autres signatures que celles de l'archevê- que et de plusieurs prêtres et diacres, comme s'il ne s'agissait que d'un concile diocésain 2 . Nous n'en connaissons autre chose 1. Dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 741 sq., mieux dans Florus, P L., t. cxix, col. 80 sq. Nous remarquerons, en passant, cette phrase dans la lettre de Florus : « L'Église de Lyon est présentement malheureuse, car elle a un episcopus sine poteslate et un magister sine veritate. Dans son édition de Baronius, Mansi, ad ann. 838, n. 75, t. xiv, p. 231, comprend ainsi cette phrase : Agobard était alors en exil, par conséquent sine poteslate, et Amalaire était le magister sine veri- tate. Mais alors cette phrase ne s'accorde pas avec ce que Florus a dit au début, que le pasteur avait accusé Amalaire auprès de l'empereur, » et nous voyons en outre, qu'Agobard assista au synode de Quierzy, qu'il était par conséquent réintégré dans sa potestas. [Sur la question des deux Amalaires (de Trêves et de Metz), qui se réduisent au seul Amalaire de Metz, cf. Diction, de théol. cathol.,t. i, col. 933-934 ; Diction, d'archéol. chrél., t. i, col. 1323, 1330. (H. L.)] 2. Kinsgton-upon-Thames, comté deSurrey. Coll. regia, t. xxi, col. 397; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1767-1768 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1447; Coleti, Concilia, t. ix, col. 888; Wilkins, Conc. Brit., t. i, col. 178; Mansi, Concilia, 104 LIVRE XXI que la confirmation d'une donation faite par les deux rois sus- nommés à l'église de Cantorbéry. Pépin d'Aquitaine mourut probablement au mois de décembre 838, laissant deux enfants mineurs, incapables de régner, et que l'empereur écarta d'un nouveau partage dans lequel son fils Louis fut réduit à la Bavière, tandis que Lothaire et Charles se [99] partagèrent le reste de l'empire. Lothaire adopta ce projet avec joie et se hâta de passer les Alpes. Louis le Germanique parla inutilement d'amener une armée; le partage eut lieu à Worms (juillet 839); on fixa, autant que possible, la limite des royaumes de Lothaire et de Charles, et on fit jurer à tous ceux qui étaient présents fidélité à ce contrat. L'empereur se rendit (août 839) à Chalon-sur-Saône, où il tint un conventus Cabillonensis sou- vent énuméré parmi les conciles, quoiqu'on n'y ait traité que des affaires de l'Etat, en particulier, de l'exclusion des fils de Pépin du royaume d'Aquitaine \ On tint dans le même temps des réunions qui peuvent être comprises au nombre des conciles, mais n'étaient en réalité que des synodes diocésains de peu d'importance : ainsi, à Sens et à Saint- Orner. Au cours de cette même année 839, on tint à Cordoue, en Espagne, sous la domination des Maures, un concile plus im- portant; Florez nous en a conservé les actes dans le t. xv de son Espana sagrada (1759), et après lui Helfferich 2 et Gains 3 s'en sont particulièrement occupés. Huit évêques (dont plusieurs métro- politains) et de nombreux prêtres assistèrent à ce concile, à la célébration duquel les Maures ne s'opposèrent pas. La princi- pale discussion concerna la secte des Cassianistes, formée dans les diocèses d'Egabra et d'Anci, principalement à Epagro dans le diocèse d'Egabra où ils avaient élevé une église dédiée à saint Cassien. Ils s'étaient introduits, disent les actes, venant du rivage de la mer, c'est-à-dire d'Afrique et paraissaient avoir adopté les doctrines des Migétiens. Ils avaient un évêque nommé Quiné- Supplem., t. i, col. 805; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 754; Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, t. ni, p. 617-620 ; W. D. Biden, Histo- ry and antiquities of Kingston, in-8, Kingston, 1852. (H. L.) 1. Coll. regia, t. xxi, col. 398; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1770; Coleti, Conci- lia, t. ix, col. 899; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 767. (H. L.) 2. Helfferich, Weslgoth. Arianismus, p. 108 sq. 3. Die Kirchengeschichte von Spanien, t. h, part. 2, p, 311 sq. 438- concile d'ingelheim, été 840 105 ricus qui se prétendait envoyé par Rome, désignaient comme leur fondateur un certain Cassien complètement inconnu, et furent désignés par le concile sous les noms de Juvéniens Simonistes et Acéphales (Séparatistes). Ils permettaient les mariages entre parents, avec les divorcés et avec les infidèles, rejetaient le culte des reliques, voulaient introduire une discipline du jeûne plus sévère, regardaient comme impurs une grande quantité de mets, avaient la prétention de s'administrer à eux-mêmes la sainte Eucharistie, ne se présentaient plus à la sainte table sous pré- texte que la sainte Hostie y était placée dans la bouche des fidèles; ils se considéraient comme des saints, et menaient une vie fanatique. Le concile mit en garde contre eux tous les chré- tiens et les exhorta à revenir aux saines doctrines de l'Eglise. On ne sait si ce conseil fut suivi; toutefois la secte disparut peu de temps après 1 . [100] Cette même année 839, mais quelques mois plus tard, l'empereur quitta Chalon et se dirigea sur l'Aquitaine, pour y réprimer les révoltes des partisans de ses petits-fils. Mais au commencement de 840, il dut revenir en Germanie, parce que Louis le Ger- manique avait repris les armes. Le père et le fils marchèrent l'un contre l'autre ; mais de part et d'autre, on voulait éviter le combat. L'empereur déjà malade devint si faible que, de la Thu- ringe où il était avec son armée, il ne put regagner Aix-la-Chapelle. Il fit élever une tente dans une île du Rhin, en face d'ingelheim (Palatinat), et y mourut le 20 juin 840 2 . Durant les quarante derniers jours de sa vie, il ne prit d'autre nourriture que la sainte Eucharistie, fit aux églises de nouvelles donations, s'occu- pa du salut de son âme, et, sur les représentations de Drogon et d'autres évêques, pardonna sincèrement à son fils rebelle Louis. 438. Concile d'ingelheim, pendant Vété de 840. Un des premiers actes de Lothaire fut de réintégrer dans sa charge Ebbon, archevêque de Reims. Depuis sa déposition à Thion- 1. Florez, Espana sagrada, 1759, t. xv, p. 12-15; 1792, t. x, p. 525-532. (H. L.) 2. Simson, Jahrbiïclœr, 1874, t. n, p. 230; Mùhlbacher, Regesten, 2 e édit., t. i, n. 1014 c. (H. L.) 106 LIVRE XXI ville, en 835, Ebbon s'était caché en Italie. Après la mort de Louis le Débonnaire, Boson, abbé de Saint-Benoît, à Fleury, l'amena à l'empereur Lothaire àWorms. Là, Ebbon manifesta son repentir, et fut en conséquence réintégré dans ses hautes fonctions par le concile d'Ingelheim (août 840), et par un décret impérial contre- signé d'un grand nombre d'évêques \ A la tête du concile se trou- vait Drogon, archevêque de Metz, qu'assistaient Otgar de Mayence et Hetti de Trêves, Almavin de Besançon, Audax de Tarentaise et quinze évêques 2 . Le décret impérial porte la date de vin Kal. Jul. (24 juin) ; Louis mourut le 20 juin, et Lothaire se trouvait à cette époque en Italie, en route pour la Germanie ; il est impos- sible d'admettre que le concile d'Ingelheim ait eu lieu quatre jours après la mort du vieil empereur. Aussi Le Cointe, Pagi 3 et d'autres proposent-ils de lire vin kal. sept. (25 août). Outre l'édit impérial de restitution, les collections conciliaires nous ont conservé un document considérable intitulé Apologe- ticum Ebbonis, divisé en trois parties. Il est dit, dans la première, qu'après sept ans d'exil, Ebbon avait été réintégré sur son siège par l'empereur Lothaire et les évêques Drogon, etc., dans la réunion d'Ingelheim ; les évêques de la province ecclésiastique de Reims reconnurent cette décision et acclamèrent solennellement Ebbon dans l'église cathédrale de Reims, le 6 décembre 840 4 , et avaient rédigé un document sur ces événements. — Ce document forme la seconde partie de Y Apologeticum et contient les détails sui- vants : Ebbon avait été chassé par l'effet de l'inimitié person- nelle de l'empereur Louis, réintégré par l'empereur Lothaire et les évêques, décision à laquelle s'étaient associés avec joie Théo- dore de Cambrai, Hrodhad (Rothad) de Soissons, etc. 5 . — 1. M. Goldast, Collect. constitutionum, 1608, t. i, col. 189; Sirmond, Concilia, t. ii, col. 631 ; Coll. regia, t. xxi, col. 399; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1770-1771 ; Coleti, Conc, t. ix, col. 905; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1447 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 774 sq. ; t. xvn, app. n, col. 233; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 406 sq. ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, col. 139 ; F. Walter, Corp. jur. germ., Berolini, 1824, t. in, p. 262; Monum. Germ., Leges, t. i, p. 374; A. Verminghoff, dans NeuesArchiv, 1899, t.xxiv, p. 491-492. (H. L.) 2. Sur Amalvin et Audax, voy. Moozer, Onomasticon hiérarchise germ., Minden, 1854, p. 11, 107. 3. Pagi, Critica, ad ann. 840, n. 11. 4. Ebbon n'avait pu se rendre plus tôt à Reims, parce que la ville était alors au pouvoir de Charles le Chauve encore brouillé avec son frère Lothaire. 5. L'authenticité de ce document a été mise en doute dans le synode de Sois- sons en 853. Voyez plus loin § 453. [101] 438- conciles d'ingelheim, été 840 107 La troisième partie, qui est d'Ebbon lui-même, contient la déclaration de sa réintégration sur le siège de Reims. Il cher- che à y démontrer « qu'on lui a fait violence à Thionville, et que la sentence d'indignité portée alors ne constituait pas un empê- chement à remonter sur le siège épiscopal. Le Christ dit : « Lors- que tu apporteras ton offrande à l'autel, si tu te souviens que ton frère est irrité contre toi, laisse là ton offrande, etc. 1 ; or, ce n'était pas un frère, mais son maître et empereur, qui s'était irrité contre lui ; il avait tout supporté avec patience, espérant qu'un aveu sincère lui obtiendrait l'oubli et le pardon de ses fautes. Il s'était accusé d'orgueil, d'esprit mondain, de juge- ments sévères, c'est-à-dire pécheur. Enfin il avait abdiqué l'épis- copat pour épargner un péché à ses adversaires. Afin de couper court à toutes fausses suppositions, il voulait publier mainte- nant l'aveu de ses fautes, et la sentence d'abdication qu'il avait signée à titre de déchéance non à titre de condamnation. Dans ce document, il se reconnaissait pécheur en général, mais sans articuler aucune faute en particulier. Or, d'après le droit canon, il ne pouvait être déposé que dans ce dernier cas. Il s'avouait indigne assurément, mais il avait fait dans d'autres écrits des aveux analogues ; on aurait donc pu avec autant de raison le [102] condamner sur ces écrits. Il avait dit qu'on pouvait nommer un autre évêque à Reims, et il ne s'y était pas opposé, cependant on ne l'avait pas fait. Du reste, d'après le droit canon, l'abdication d'un évêque emprisonné n'est valide que si son diocèse y consent. Enfin, sur la demande réitérée du clergé de Reims, sur la sentence de l'empereur et des évêques, et non de lui-même, il était remon- té sur son siège. » Certains auteurs pensent que pour démontrer la nullité de sa déposition, Ebbon a produit un document se rattachant aux doc- trines du pseudo-Isidore 2 . 1. Matth., v, 23. 2. Lalande, Conc. Gall., p. 142;Labbe, Concilia, t. vu, col. 1781; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1458; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 786; Pertz, Monum. Germ. hist., t. n, p. 662. (H. L.) 108 LIVRE XXI 439. Conciles à Fontenoy, à Aix-la-Chapelle, Bourges, Milan et Germigny, en 841-843. Dès que l'empereur fut mort, Lothaire franchit les Alpes et chercha à imposer sa suprématie impériale à ses frères, comme aussi à agrandir son apanage à leurs dépens. Le prétendant à la couronne d'Aquitaine, le jeune Pépin, l'accompagnait. Par contre, Louis le Germanique et Charles le Chauve firent cause commune, et après diverses négociations, des marches et des contre-marches, de légers combats sans résultat, les deux armées se rencontrèrent non loin d'Auxerre, à Fontenoy (25 juin 841) et le sort des armes fut contraire à Lothaire 1 . Les rois Charles et Louis restèrent quelques jours sur le champ de bataille, pour 1. Pasumot, Dissertation sur le lieu où s'est donnée la bataille de Fontenay en 841, dans Malte-Brun, Annales des voyages, t. xm, p. 171-215 ; Discours prononcé pour l'inauguration du monument commémoratif de la bataille de Fontenoy-en-Puisaye Van 841, par Bravard, in-8, Auxerre, 1860; J.-B. Buzy, Chant funèbre sur la bataille de Fontenay, livrée l'an 841, un samedi 25 juin, dans le Bull, de la Soc. arch. de Sens, 1872, t. x, p. 178-187; Challe, De l'emplacement de la bataille de Fontanetum (Fontenoy-en-Puisaie) improprement appelée de Fon- tenay ou de Fontenailles par la plupart des historiens, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1860, série I, t. iv, p. 151-158; Crosnier, Bataille de Fonte- nay, en 841, dans le Bull. Soc. nivern., 1855, t. n, p. .'i97; Dey, Les petits côtés de la bataille de Fontenoy, dans l' Annuaire de l'Yonne, 1885; E. Duché, Note sur la bataille de Fontenoy, dans le Bull, de la Soc. scient. del'Yonne, 1885-1886, série III, t, ix, p. 534-536; E. Duché, Fontanetum, cauchemar à propos d'un rêve, in-12, Auxerre, 1860; E. Dùmmler, dans Neu. Archiv Ges. ait. deutsch. Gesch., 1879, t. iv, p. 267 ; Ebert, dans Gesch. d. Liter. d. Mittelall.,18S0, t. n, p. 312-313; Lebeuf, Dissertation sur le lieu où s'est donnée l'an 841 la bataille de Fontenay, dans Recueil d'écrits hist. de France, 1738, t. i, p. 127-190; Lebeuf, Sur l'époque de la bataille de Fontenai, dans Hist. de l'Acad. des inscr. et bell.-lettr., 1753, t. xvin, part. 1, p. 303-341 ; t. xix, 2 e part., p. 515-529; D.M..., dans le Bulletin mo- numental, 1860, III e série, t. vi, p. 611-614; J. Perrin, Notice historique et littéraire sur la bataille de Fontenoy, le diacre Florus et sa plainte sur la division de l'Empire après la mort de Louis le Pieux, dans le Bull, de la Soc. arch. de Sens, 1885, t. xm, p. 89-114 ;Vaulet, La bataille de Fontanet, 25 juin 841, in-8, Paris, 1900 ; E. Millier, Der Schlachtort Fontaneum [Fontanetum) von 841, dans Neues Archiv, 1907, t. xxxin, p. 201-211; F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chau- ve, in-8, Paris, 1909, p. 13-36: L'ouverture des hostilités et la bataille de Fon- tenoy. Pour le poème relatif à la bataille de Fontenoy, cf. Dict. d'arch. chrét., au mot Cantilène, la bibliographie des notes. (H. L.) 139. CONCILES A FONTENOY, ETC. 109 célébrer le dimanche, prendre soin des blessés et enterrer les morts. Les évêques se réunirent en concile sur le champ de bataille entre Tauriac et Fontenoy (diocèse d'Auxerre) ; l'assemblée déclara juste la guerre contre Lothaire et vit dans son issue le [103] doigt de Dieu. On ne devait donc pas punir ceux qui y avaient coopéré, par conseil ou autrement, bien qu'il fût défendu aux clercs de prendre part aux combats. Du reste, tous ceux qui reconnaîtraient y avoir contribué par haine ou par crainte, de- vaient confesser leurs fautes en secret et en faire pénitence. Enfin, pour rendre honneur à la justice de Dieu qui venait de se manifester et contribuer au salut des âmes dès défunts, on ferait une pénitence de trois jours. Tel est le récit de Nithard, petit- fils de Charlemagne, fils de Bertha et d'Angilbert, dans le troi- sième livre de ses histoires 1 . Après la bataille de Fontenoy, Lothaire chercha à reconstituer ses forces, et on l'accusa de s'être allié aux ennemis de l'empire. Néanmoins, sa puissance alla en diminuant, et beaucoup de ses fidèles amis, tels Rhaban-Maur abbé de Fulda, Walafrid Strabon abbé de Reichenau, Otgar, archevêque de Mayence, furent dépos- sédés de leurs charges par les armées envahissantes des deux frè- res. Lothaire lui-même se vit en tel danger, qu'avant la Pâque de 842 il dut s'enfuir d'Aix-la-Chapelle à Châlons-sur-Marne, puis à Troyes, tandis que Louis et Charles faisaient leur entrée solennelle à Aix-la-Chapelle et réunissaient dans cette prima sedes Francise, ainsi s'exprime Nithard, les évêques (concile d'Aix-la- Chapelle de 842), pour décider du sort de l'apanage de Lothaire 2 . Les évêques, dont aucun n'est mentionné par Nithard, déclarèrent que Lothaire avait mérité par ses péchés de perdre l'empire que Dieu avait transmis à ses frères. Toutefois, avant de s'en emparer, les deux frères promirent de l'administrer, non comme Lothaire, mais d'une manière conforme à la volonté de Dieu. Ayant prêté ce serment, chacun des deux frères choisit douze arbitres (le roi 1. Coll. regia, t. xxi, col. 406 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1777-1778 [1781- 1782]; Lalande, Conc. Gall., p. 143;Coleti, Concilia, t. ix, col. 917; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 786; Pertz, op. cit., t. n, p. 668 ; G. Meyervon Khonau, Ueber Nithards vier Bûcher Geschichten, der Brùderkrieg der Sôhne Ludwigs des Frommen und sein Geschichtschreiber, in-4, Leipzig, 1866 ; F. Lot et L. Hal- phen, Le règne de Charles le Chauve, 1909, p. 38. (H. L.) 2. Lalande, Conc. Gall., p. 143; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1874; Coleti, Con- cilia, t. ix, col. 919; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 789. (H. L.) 110 LIVRE XX [ Charles choisit en participer Nithard), pour régler le partage équitable du royaume de Lothaire. Hincmar de Reims croit que son prédécesseur Ebbon, chassé par Charles le Chauve, fut de nouveau déposé vers cette même époque (842 ou 841), dans un concile tenu à Bourges. Un concile tenu à Milan en 842 confirma les immunités du mo- nastère des Saints-Faustin-et-Jovite, à Brescia 1 ; enfin un autre concile tenu à Germigny près d'Orléans, en 843, réforma la discipline monastique et conféra un privilège au monastère de Curbion 2 . 440. Fin de l'hérésie des iconoclastes. [104] Pendant que ces événements se passaient en Occident, la situa- tion des iconoclastes avait bien changé dans l'empire de Byzance. L'empereur Michel le Bègue 3 mourut (octobre 829), après avoir donné un grand scandale en épousant une religieuse ; il eut pour successeur son fils Théophile, associé à l'empire. Peu après l'arrivée au pouvoir de Théophile, les patriarches Job d'Antioche, Christophe d'Alexandrie et Basile de Jérusalem 4 lui remirent un mémoire détaillé 5 , le suppliant de ne pas suivre les iconoclastes, mais de rester, par ses œuvres, fidèle à son beau nom de Théophile 6 . — Les évêques se faisaient une complète illusion, car Théophile, ico- noclaste acharné, n'hésitait pas à employer la barbarie contre la doc- trine contraire. Persuadé d'être César et pape, il tenait toute opposi- tion à un décret impérial, qui empiétait sur les choses de l'Eglise, pour, crime de lèse-majesté. Aussi détruisit-on, à la façon des Van- dales, les images refaites dans les dernières années, etlesremplaça- 1. Muratori, Antiq. Ital., t. v, col. 985; Mansi, Concilia, Supplém., t. i, col. 903 ; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 791 ; Cod. dipl. Langob., p. 257. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 784, 789, 794. Voir Appendices de ce tome. 3. Voir § 424. 4. Le Quien a justifié ces noms et Walch, Ketzerhist., t. x, p. 727, a adopté ses conclusions. 5. Nous en avons déjà tiré parti dans § 415. 6. Combéfîs, Manipulus origin. Constantinopol., p. 110-145 ; S. Jean Da- mascène, Opéra, édit. Le Quien, t. i, p. 638-646. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 114-120, n'en donne qu'un extrait, ainsi que Walch, op. cit., t. x, p. 593 sq. 440- FIN DE L'HÉRÉSIE DES ICONOCLASTES 111 t-on sur les murs des églises par des oiseaux ou d'autres animaux ; Les cachots se remplirent de moines, de clercs et de laïques de toute condition qui repoussaient les édits des iconoclastes, et reje- taient la communion de l'intrus Jean Grammaticus (patriarche depuis 833). Ce patriarche ordinairement appelé Janes, comme le devin dont parle la Bible 1 , avait été le précepteur de l'empereur; c'était un homme savant, rusé, hétérodoxe, et l'un des principaux coopérateurs de son prince dans l'affaire des iconoclastes. On rapporte que, dès son élévation, en 833, il prononça, dans une [105] sorte de synode tenu aux Blakhernes, l'anathème contre tous les iconophiles. Rome ne le reconnut pas plus que son prédécesseur Antoine de Syllœum. Aussi, aucun Grec orthodoxe n'accepta sa communion. La fureur impériale était surtout déchaînée contre les moines, les plus zélés et les plus hardis défenseurs des images et qui comptaient même des artistes parmi eux. Beaucoup de monastères devinrent déserts ; il fut défendu à tout moine de paraître dans la capitale ; quant aux artistes qui se trouvaient parmi eux, ils devaient être exterminés, et s'ils continuaient, comme par exemple le moine Lazare, à peindre des images, ils devaient être fouettés jusqu'au sang, et leurs mains brûlées au fer rouge. Ce châtiment fut infligé aux savants qui défendirent le culte des images. L'empereur se laissa quelquefois entraîner à discuter avec eux ; mais malheur à celui qui ne se laissait pas convaincre par ses arguments. Les deux frères Théophane et Théo- dore, nés l'un et l'autre à Jérusalem, furent, non seulement punis de deux cents coups de bâton, mais on leur scalpa dans le front des vers grecs pour se moquer d'eux : aussi reçurent-ils le surnom de ypaircoC. Un autre savant, nommé Méthode, fut, pour la même raison, enfermé pendant sept ans avec deux malfaiteurs dans un tombeau situé dans une île 2 . L'empereur parvint à réprimer les tentatives extérieures favo- rables au culte des images, lequel n'en poussa que des racines plus profondes dans les cœurs, sans même excepter l'impératrice Théodora et sa mère Théoktista. Celle-ci enseignait à ses petites- filles, c'est-à-dire aux enfants de l'empereur, à baiser les images 1. Exod., vu, 22 ; II Tim., m, 8. 2. Constantin Porphyroa:énète, Chrono graphia, édit. Bonn. Ce travail porte Je titre suivant : Theophanes coiUinuatus, c. x-xiv, p. 99-106; Walch, op. cit., p. 622 sq., 716 sq. 112 LIVRE XXI des saints, ce que voyant Théophile, il défendit à ses filles de visiter leur grand'mère. L'impératrice elle-même fut dénoncée par un nain, pour garder dans sa chambre des images saintes ; elle n'évita que par la ruse la colère de son mari 1 . La mort de l'empereur (20 janvier 841) mit fin à ces persécutions. Sur son lit de mort, il fit décapiter le général Théophobe, et apporter la tête sur son lit, et, tandis que les autres chrétiens meurent en tenant en mains le crucifix, Théophile mourut en tenant encore cette tête ensanglantée 2 . [106] Théophile laissa l'empire à son fils Michel l'Ivrogne, âgé de trois ans, proclamé empereur par ordre de son père, avec sa mère Théodora et sa soeur aînée Thécla. En fait, sa mère avait le pouvoir. Avant de mourir, l'empereur lui fit promettre, ainsi qu'au chevalier Théoktiste, de ne faire aucun changement rela- tivement au culte des images. Ce qui survint fut plutôt obtenu par les sujets qu'imposé par la princesse. Celle-ci fit immédiate- ment sortir de prison les iconophiles et accorda à plusieurs d'entre eux, notamment à Méthode, toute sa confiance. Parmi les premiers grands et les tuteurs du jeune empereur, le chancelier Théoktiste admettait ouvertement que le culte des images devait être réta- bli, même contre le désir du peuple, si cela était nécessaire. Son collègue Bardas, oncle de l'impératrice du côté maternel, était du même avis, quoiqu'il s'occupât peu d'affaires ecclésiastiques. Le seul hésitant était Manuel, général des gardes du corps et oncle de l'impératrice (frère de son père). Tombé malade à cette époque, il fit, sur les instigations des moines de Studium et d'autres clercs, le vœu de travailler pour l'orthodoxie, s'il obtenait sa guérison. Il guérit en effet, et se rendit avec les autres tuteurs du prince auprès de l'impératrice, pour la prier formellement de rétablir le culte des images. Théodora aurait d'abord refusé, dit-on, par égard pour la mémoire de son mari; puis comprenant que son refus pourrait lui coûter le trône, elle se serait rendue. On est plus porté à croire, d'après les sources plus recommandables, que Théodora aurait répondu qu' «elle partageait l'opinion 1. Elle prétendit que le nain avait vu dans une glace son image et celle des da- mes de sa suite et qu'il avait cru voir de véritables tableaux. Constantin, loc. cit., t.. vi, p. 92. Cet incident fait l'objet d'une miniature reproduite par de Beylié, L'habitation byzantine, in-4, Paris, 1902, p. 120. 2. Le général Théophobe était tellement aimé de ses soldats que l'empe- reur conçut contre lui des sentiments de jalousie. 440- FIN DE L HERESIE DES ICONOCLASTES 113 des tuteurs du prince, mais qu'à cause des sénateurs et des grands du royaume, en particulier à cause des évêques et du patriarche Jean, elle n'avait encore rien voulu tenter. Ce dernier avait, par ses prédications, grandement développé ce germe d'hérésie que son mari avait reçu de ses ancêtres. » Sur de nouvelles instances de Manuel et de ses amis, l'impératrice envoya au patriarche un offi- cier appelé Constantin, et lui fit dire : « De tous côtés, et en parti- culier de la part des pieux moines, on demande le rétablissement du culte des images, si tu y consens, les églises recouvreront leurs [107] ornements ; si tu es encore dans l'erreur, tu peux quitter la ville et te retirer pour quelque temps à la campagne, jusqu'à ce que les saints Pères (les moines) viennent te trouver et t'enseignent une meilleure doctrine. » L'ordre était clair; le patriarche demanda à réfléchir et se fit à lui-même des blessures, ce qui permit à ses amis de répandre, dans le peuple déjà agité, le bruit que l'im- pératrice avait voulu faire massacrer le patriarche. Afin d'ins- truire cette affaire, Bardas fut envoyé dans le patriarcheion. Le patriarche Jean accusa en effet l'officier Constantin de l'avoir maltraité ; mais il fut démontré, par les dépositions de ses propres serviteurs et par la découverte des instruments dont il s'était servi, qu'il s'était blessé lui-même, et il fut déposé pour avoir cherché à se suicider et relégué dans sa campagne de Psicha. C'est ce que rapportent les documents les plus sûrs et les plus nombreux 1 . Toutefois Walch 2 et Schlosser 3 , s'appuyant en partie sur Genesius, croient que les ambassadeurs de l'impératrice avaient voulu faire sortir de force le patriarche de sa maison, et que celui-ci ayant résisté, ils l'avaient blessé. On donna pour successeur au patriarche Jean le savant Méthode, confesseur sous Théophile 4 . D'après les uns il aurait été choisi par l'impératrice, d'après les autres, les clercs l'auraient élu, avec l'assentiment des grands de l'empire, dans la chancellerie du palais impérial. On tint alors un concile qui déposa solennellement le patriarche Jean 5 . Les actes de cette assemblée ne nous sont pas 1. Par ex., Constantin Porphyr., op. cit., 1. IV, De Michaele, p. 149 sq. ; Walch, op. cit., t. ii, p. 731, 740, 758, 772, 786. 2. Walch, op. cit., p. 772. 3. Schlosser, Gesch. der bildensliirmenden Kaiser, p. 547. 4. Il est vénéré comme saint ; voy. Léo Allatius, Diatribe de Methodiorum scriptis, § 34 sq. et Acta sanct., jun. t. n, p. 960 sq. 5. Cf. Libellus synodicus, dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 787; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1546. CONCILIAS — [[I — s 114 LIVRE XXI parvenus ; mais les documents byzantins la mentionnent très souvent, quoique brièvement. Sur l'ordre de l'impératrice, plu- sieurs savants moines préparèrent la réunion de ce concile en réu- [108] nissant dans un tomus divers passages des Pères en faveur des images. On lut leur mémoire devant une réunion de clercs et de sénateurs qui se prononça en faveur de la restauration du culte des images. En même temps arrivèrent à Constantinople un grand nombre de moines venus de divers pays, soit pour travailler par leurs prédications l'opinion du peuple, soit pour prendre part au concile et aux solennités qui auraient lieu à cette occasion l . Le concile lui-même renouvela les décisions des sept conciles antérieurs, déclara légitime le culte des images, et frappa d'ana- thème les iconoclastes. Les évêques de ce parti furent chassés de leurs sièges, distribués pour la plupart entre ceux qui avaient le plus souffert sous l'empereur Théophile pour la cause des images. Tel était, en particulier, le cas du ypocrroç Théophanes, évêque de Smyrne. L'impératrice Théodora aurait, dit-on, demandé aux évêques comme condition de sa coopération à l'œuvre de la restauration des images, de prier pour la délivrance de l'âme de son mari qu'elle prétendait avoir vu dans une vision condamné au feu. On lui répondit qu'il était mort hérétique ; mais elle assura que, sur ses instances, il aurait, au dernier moment, reconnu ses erreurs et baisé les images des saints qu'elle lui aurait présentées. — Pour perpétuer le souvenir de l'événement le concile décida qu'on ferait chaque année le premier dimanche de carême, une procession solennelle commémorant la fête de l'orthodoxie, et qu'on y renouvellerait chaque fois l'anathème contre les iconoclastes 2 . La* première fête de ce genre fut célébrée immédiatement après la tenue du concile (19 février 842), et les images furent pour la première fois exposées dans les églises de Constantinople. Un grand banquet donné par l'impératrice termina la solennité 3 . Cette fête de l'orthodoxie obtint plus tard, dans l'Eglise grecque et dans 1. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1778-1780 (1782-1784); Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1546; Coleti, Concilia, t. ix, col. 917; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 787. (H. L.) 2. Sur le sens de cette fête, cf. Tubinger theol. Quarlalschrift, 1846, p. 424. Et quant aux cérémonies qui l'accompagnaient, cf. Walch, op. cit., p. 800. 3. Constantin Porphyrogénètc, op. cit., c. îv, 5, p. 152 sq., c. xi, p. 160. Walch a réuni les autres documents fournis par les sources, op. cit., p. 736, 741,749,773,783, 788, 799. 441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 115 l'Eglise russe, une signification beaucoup plus étendue. Ce fut la célébration de la victoire remportée sur toutes les hérésies, et on y prononça l'anathème contre les diverses catégories d'hérétiques. L'ancien patriarche Jean fut relégué dans le monastère de Klidii, près de Sténum, et donna aussitôt carrière à son zèle puritain contre les images, en crevant les yeux à des images du Christ et de Marie qui se trouvaient dans sa chambre. Indignée, l'impéra- [109] trice le fit châtier corporellement, mais il est faux, quoi qu'on en ait dit, qu'on lui ait infligé la peine du talion. Quelque temps après, une femme accusa le patriarche Méthode d'avoir entretenu avec elle des relations coupables; tous les iconoclastes exultèrent. La cour ordonna immédiatement une enquête ; Manuel, Théoktiste, et d'autres sénateurs, se rendirent pour cela chez le patriarche. Méthode prouva que l'accusation était pure calomnie, et cela d'une manière si péremptoire, que cette femme avoua avoir été poussée par l'ancien patriarche et ses amis. En punition, on les condamna à se trouver tous les ans avec des torches allu- mées en tête de la procession de la fête de l'orthodoxie, et d'y entendre l'anathème prononcé contre eux 1 . Le patriarche Méthode mourut en 846, ayant occupé quatre ans le siège patriarcal. L'un de ses derniers actes fut le transfert solennel du corps de son prédécesseur, le patriarche Germain, partisan des images. Méthode eut pour successeur saint Ignace. A partir de cette époque, les iconoclastes commencèrent à dispa- raître, et, jusqu'à ce jour, le culte des images a été conservé en grand honneur dans l'Eglise grecque. Même au plus fort des luttes entre Photius et Ignace, les deux partis restèrent d'ac- cord au sujet des images, et le VIII e concile œcuménique approuva de nouveau le culte qu'on leur rendait. 441. Les conciles francs depuis le traité de Verdun jusquen 841 . Après le traité de Verdun, conclu au mois d'août 843 2 , un concile tenu à Lauriac ou Loire, près d'Angers (octobre), menaça de peines 1. Constantin Porphyrogénète, op. cit., ç. ix et \, p. 157 sq. 2. F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 1909. p. 63-67; 1 1 G LIVRE XXI sévères les contempteurs du pouvoir royal et de l'Eglise 1 . Presque en même temps Charles le Chauve réunit (novembre) une diète à Coulaines, près du Mans, pour essayer de rétablir l'union entre les grands de son royaume, très irrités les uns contre les autres et contre lui-même. Les évêques et les grands entrèrent dans ce plan et Charles publia un capitulaire dans lequel chacun des deux partis assurait l'autre de son respect et de son amitié 2 . [110] Pour rétablir l'entente entre les évêques et les prêtres de la province de Septimanie, Charles célébra (juin 844), un concile à Toulouse 3 . Il fixa les redevances dues par chaque prêtre à son évêque, donna des règles sur les voyages des évêques en cours de visites, sur des divisions inutiles de paroisses, sur l'érection de nouvelles églises, etc., et décida que l'évêque ne pourrait réunir annuellement plus de deux synodes diocésains. Au mois d'octobre 844, les trois frères Lothaire, Louis et Charles se réunirent à Thionville, où ils célébrèrent, sous la présidence de Drogon, un concile dont ils approuvèrent les décrets, conjointe- ment avec les grands qui étaient présents 4 . Les six capitula, G. Monod, Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'empire carolingien, dans Y Annuaire de V Ecole pratique des hautes études, 1896, p. 5-17. (H. L.) 1. Lauriacum, Loire, arrondissement de Segré (Maine-et-Loire). Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 8; Coll. regia, t. xxi, col. 420; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1790-1791, 1826-1827; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1463 ; Le Cointe, Annales ecclesiastici, t. vin, p. 698; Coleti, Concilia, t. ix, col. 931 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 798. (H. L.) 2. Coulaines, Villa Colonia, arrondissement du Mans (Sarthe). Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 4; Coll. regia, t. xxi, col. 414; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1787- 1790, 1819-1820; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1459; Coleti, Concilia, t. ix, col. 928; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 798 ; Pertz, Monumenta Ger- manise historica, t. ni ,Leges, t. i, p. 376; Capitul., t. n, p. 253; P. L., t. cxxxvin, col. 527; A. Verminghofï, Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 611. (H. L.) 3. Sirmond, Conc. Gall., t. ni, p. 1 ; Coll. regia, t. xxi, col. 409 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1780-1887 ; Baluze, Capitul. reg. Francor., t. n, p. 21 ; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1458; Coleti, Concilia, t. ix, col. 921; Mansi, Conc ampliss. coll., t. xiv, col. 798 ; Pertz, Monum. Germ. hist., t. m, Leges, t. i, p. 378; Walter, Corp. jur. Germ., t. ni, p. 16; Monum. Germ., Leges, t. i, p. 378; P. L., t. cxxxvin, col. 531 ; Mon. Germ., Capit., t. n, p. 256; Verminghofï, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 611. (H. L.) 4. In loco qui dicitur Judicium, c'est Yùtz. Coll. regia, t. xxi, col. 436 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1800-1805, 1820-1825; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1465; Coleti, Concilia, t. ix, col. 941; Mansi. op. cit.. t. xiv, col. 807; t. xvn, uppendix, 441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 117 contiennent des exhortations et des prières adressées aux princes. 1. Ils doivent vivre d'accord entre eux, s'aimer mutuellement et faire régner la concorde parmi les peuples, s'ils veulent préserver de la ruine l'Église qui leur était confiée pour la gouverner (ad gubernandum commis s a), et dont ils rendront compte au Roi [111] des rois. 2. Les sièges épiseopaux devenus vacants à la suite des discordes survenues entre les frères, devront être de nouveau pourvus. On demande aux rois de choisir des hommes dignes de l'épiscopat et purs de simonie ; on leur demande aussi le rappel des évêques exilés. 3. Les monastères ne doivent plus res- ter en la possession des laïques, ils doivent être gouvernés par leurs supérieurs réguliers. 4. On adresse les plus pressantes exhortations pour que les Eglises dépouillées rentrent dans leurs biens. 5. S'il est impossible de retirer immédiatement certains monastères aux laïques qui les possèdent, les évêques dans les diocèses desquels se trouvent ces monastères les feront surveiller par un abbé voi- sin. 6. Enfin, on doit rendre au clergé son ancienne dignité pour qu'il puisse se rendre utile en travaillant au salut des hommes. Au mois de décembre 844, Charles le Chauve convoqua dans le palatium Vernum les évêques et les autres grands de son royaume, pour délibérer sur la situation lamentable de l'Eglise, et lui propo- ser des plans de réforme. 1 Sous la présidence d'Ebroïn, évêque de Poitiers, de Wénilo, archevêque de Sens, de Louis, abbé de Saint- Denis, et d'Hincmar, plus tard évêque de Reims, ils proposèrent au roi douze capitula rédigés par Loup, abbé de Ferrières. 1. Le roi doit être avant tout rempli de la crainte de Dieu, misé- ricordieux et juste; il remportera ainsi la victoire sur ses ennemis. 2. Plusieurs évêques ont commis des fautes pendant les guerres civiles, et ont négligé leurs diocésains. On remettra les malfaiteurs, dans l'ordre au moyen d'intelligents missi impériaux (coer- ceantur) ; de leur côté, les évêques feront tout ce qui dépendra p. 5 sq. ; Pertz, Leges, t. i, p. 380; Bohmer-Muhlbacher, Regesta Karolin g, 1881, p. 416-417. Voir Appendices. (H. L.) 1. Vernum, Vern, Ver, arrondissement de Senlis (Oise). Un concile s'y était tenu en 755, un autre s'y réunira en 884. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 17; Coll. regia, t. xxi, col. 445 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1805-1811 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1469; Coleti, Concilia, t. ix, col. 947; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 810; t. xvn, Appendix, p. 9 sq.; Pertz, Leges, t. i, p. 383. Sur l'emplacement et les conciles de Ver, voir la bibliographie du concile de 755. Voir Appendices. (H. L.) 118 LIVRE XXI d'eux pour prêcher. 3. Le roi chargera ses missi de s'informer auprès de l'évêque du diocèse, de l'état des monastères, état qu'on fera ensuite connaître au roi et à un concile. 4. Les moines qui ont quitté leurs monastères et les clercs qui ont abandonné leurs églises et vont de droite et de gauche, au grand déshonneur de leur état, devront, s'il est nécessaire, y être ramenés de force. 5. Les mariages avec des nonnes seront punis d'excommunication l . 6. D'après le c. 11 d'Ancyre, une fiancée enlevée par un autre sera rendue à son fiancé, même dans le cas où on lui aurait fait- violence. Le ravisseur sera puni par les lois civiles comme contemp- teur de l'excommunication de l'Eglise. 7. On doit recommander aux nonnes de s'abstenir, sous l'inspiration d'une piété mal enten- due, de revêtir des habits d'hommes ou de se couper les cheveux, si elles ne veulent se voir appliquer les prescriptions du concile de Gangres (c. 13 et 17). 8. Quelques évêques ne peuvent, à cause de leurs infirmités, suivre le roi dans ses expéditions, d'autres en ont été dispensés par le souverain. Pour que les affaires militai- res ne souffrent pas, les évêques devront confier leur contingent à un de leurs fidèles. 9. Il est urgent que l'Eglise de Reims ait bientôt un autre évêque. 10. On demande au roi de confirmer la nomination d'Agius sur le siège d'Orléans, ce qui mettra finaux maux de cette Eglise. 11. Le pape Sergius II a nommé, récemment, l'archevêque Drogon de Metz, son vicaire en Gaule et en Germanie. Les évêques déclarent s'abstenir d'exposer leurs sentiments sur cette élévation de Drogon, mais un grand concile, composé des évêques [112] des Gaules et de la Germanie, s'en expliquera. Sur ces entrefaites, Drogon renonça à sa nouvelle dignité. 12. Les personnes de diverses conditions doivent s'abstenir de toute injustice et brutalité, et en particulier de toute attaque contre les biens des églises. Conformément au souhait exprimé par le 9 e canon, le concile de Beauvais (avril 845) ordonna un pasteur pour l'église de Reims 2 . L'archevêque Ebbon en avait été expulsé par Charles le Chauve (mai 841), quelques mois après sa réintégration. Il se réfugia auprès de l'empereur Lothaire, qui lui donna deux 1. Sanctimoniales olim dictée, feminse aut virgines, quse sanctimonite dabant operam, interdum certis, ssepe nullis illigatse monasticis votis.Du Cange. 2. Sirmond, Conc. Gall., t. in, col. 23; Coll. regia, t. xxi, col. 454; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1811-1813, 1826-1828; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1473; Coleti, Concilia, t. ix, col. 954; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 810 ; t. xvn, Appendix, p. 16; Pertz, Leges, t. i, p. 387. Voir Appendices. (II. L.) Vil. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 119 abbayes, et sollicita à Rome, en 844, la protection de Sergius II qui ne l'admit qu'à la communion laïque. Après le départ d'Eb- bon, on nomma Fulcon, et après la mort de Fulcon on lui donna Nothon pour successeur ; mais aucun des deux n'avait été con- sacré, dans la crainte du retour d'Ebbon. Toutefois le concile de Beauvais, qui se tenait dans la province ecclésiastique de Reims, déclara que, sans plus tenir compte d'Ebbon, on pouvait et on devait pourvoir au siège vacant ; les évêques qui avaient signé l'édit de restitution fait par Lothaire en faveur d'Ebbon trouvèrent juste de faire un nouveau choix. A la de- mande du clergé, du peuple et des sufïragants, Hincmar prit donc, dans ce concile de Beauvais, possession du siège archiépis- copal de Reims. Hincmar, ou, comme portent parfois les manuscrits, Ingu- mar, Ingmer, Igmar, était né vers l'an 806 d'une honorable fa- mille de l'ouest de la France. Elevé sous Hilduin, à Saint-Denis, il s'était attiré par ses talents et sa modestie l'estime de l'empereur Louis le Débonnaire, qui lui avait confié un grand nombre de missions. Il tenta avec toute l'énergie dont il était capable de réta- blir une sévère discipline dans le monastère ; mais lors de l'exil d' Hilduin en 830, Hincmar l'accompagna volontairement, quoique [113] personnellement toujours fidèle à l'empereur. Grâce à ses démar- ches, Hilduin put rentrer à Saint- Denis après une année, et Hinc- mar y séjourna, tout le temps qu'il n'était pas obligé de passer à la cour, jusqu'à ce que, peu après l'année 840, Charles le Chauve le prit à son service d'une manière définitive, lui confia la surveil- lance de plusieurs monastères et lui fit don d'une propriété rurale qu' Hincmar donna à l'hôpital de Saint-Denis, après sa nomination à l'archevêché de Reims. Nous l'avons vu assister au concile de Ver ; maintenant à Beauvais, avec l'assentiment de ses anciens supérieurs ecclésiastiques, en particulier de l'abbé Louis de Saint-Denis et du roi Charles le Chauve, il accepta la haute dignité qui lui était offerte 1 et tint désormais un des pre- miers rangs, dans l'histoire de l'Eglise franque. Les huit capi- tula du concile de Beauvais ne me paraissent pas être, ainsi qu'on pourrait le croire à première vue, le résultat des deman- des des évêques réunis : je serais porté à les croire l'œuvre du seul 1. Cf. Flodoard, Hist. eccl. Rhemensis, 1. III, ci, réimprimé dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 810, et P. L., t. cxxxv, col. 138. 120 LIVRE XXT Hincmar ; ils expriment le désir que l'on protège le nouvel arche- vêque, son diocèse et toutes les églises qui en font partie, et qu'on les préserve de toute atteinte. Le concile de Meaux (juin 845), dont nous parlerons plus loin, a renouvelé d'autres capitula du concile de Beauvais, qui ne s'harmonisent pas complètement avec ceux qu'on vient de lire et qui sont évidemment l'œuvre de tous les évêques. En 845, et non en 852, comme l'a prétendu d'Achéry, se tint à Sens un concile, qui confirma un privilège pour le monastère de Saint-Remi. La date de 852 est sûrement inexacte, puisque les deux évêques Ursrnar de Tours et Adalbert de Troyes, qui signè- rent les actes de cette assemblée, étaient morts en 852 1 . Entre 845 et 847 se tinrent, dans le royaume de Charles le Chauve, quatre réunions qui n'ont pas été jusqu'ici rangées par les historiens dans leur véritable ordre chronologique. Le premier et le plus considérable des fragments que nous possédions sur ces réunions, porte le titre de Concilium Meldense; mais la préface prouve incontestablement qu'il appartient à deux conciles : celui de Meaux, tenu le 17 juin 845, et sa continuation à Paris le 14 février 846. « Depuis l'époque de Louis le Débonnaire, dit la très intéressante prœfatio, l'Église est malade des pieds jusqu'à [114] la tête. Les évêques ont beaucoup prié et ont arrêté des pro- jets de réforme ; ainsi à Lauriac (août 843), [à Coulaines] (novembre 843) et à Ver (décembre 844). Malheureusement, la malice de Satan et de ses serviteurs fit que ces propositions n'é- taient pas encore entrées dans l'esprit du roi et du peuple 2 . Comme ses ordres divins n'étaient pas exécutés, Dieu permit comme châtiment l'apparition des persécuteurs des chrétiens, les Normands, qui s'avancèrent jusqu'à Paris. Les évêques revin- rent à la charge à Beauvais (avril 845) ; mais la malice et les maux n'avaient fait que s'accroître. Pour essayer de fléchir la colère 1. L. d'Achéry, Spicilegium, t. n, p. 586 ; 2 e édit., t. i, p. 595; Gallia christ., t. iv, p. 363; Lalande, Conc. Gall., p. 161; Labbe, Concilia, t. vin, col. 77; Hardouin, Coll. conc, t. v, col. 39; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1085 ; Mansi, Conc.ampliss. coll., t. xiv, col. 975; M. Quantin, Cartulaire général de l'Yonne, Auxerre, 1854, t. i, p. 63. (H. L.) 2. On s'explique d'autant moins cette affirmation, que le concile de Ver s'était tenu sur l'ordre de Charles le Chauve. Peut-être était-ce là pour les évê- ques une manière polie de dire que le roi n'avait pas fait exécuter les stipulations de cet acte. 441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 121 divine, introduire la réforme dans le clergé, veiller au salut du roi et de l'empire, les archevêques Wenilo de Sens, Hincmar de Reims et Rodulfe de Bourges se réunirent, sur l'ordre de Charles, avec leurs sufïragants à Meaux, le 17 juin 845 1 . Ils renouvelèrent d'abord d'anciennes ordonnances, et décrétèrent ce que le Saint- Esprit leur avait inspiré. Toutefois, après la célébration de ce concile, diverses circonstances ne permirent pas de le faire suivre d'une exhortation épiscopale adaptée au sujet et d'assurer l'exé- cution de ses décrets. Aussi les mêmes évêques se réunirent-ils avec Guntbold de Rouen, à Paris, du consentement de Charles, le 14 février 846 (indict. X), pour poursuivre et terminer ce qui avait été commencé à Meaux. » Viennent ensuite quatre-vingts canons, dont les vingt-quatre premiers sont extraits des actes des conciles dont nous avons déjà parlé, par exemple, de ceux de Coulaines (n. 1-6), de Thionville (n. 7-12), de Loire (n. 13-16), de Beauvais (n. 17-24) ; quant aux cinquante-six autres on se demande s'ils ont tous été rédigés à Meaux, ou si certains ne proviennent pas du concile de Paris. Voici le résumé de ces cin- quante-six derniers canons : 25. La demeure de l'évêque doit être toujours située près de l'église et être disposée pour recevoir les étrangers et les pauvres. 26. Lorsque le roi vient dans une ville, il doit demeurer chez l'évêque, mais dans ce cas il n'aura pas de femme dans sa suite. 27. La présence du roi dans une ville ne devra pas être l'occa- sion, comme il arrive fréquemment, de quantité de violences et [115] de vols. 28. Le roi doit permettre aux évêques de rester dans leurs diocèses pendant le carême et l'avent, et les évêques devront utiliser ces époques pour faire leurs visites, etc. 29. Ils doivent visiter eux-mêmes leurs diocèses. 30. Ils ne doivent pas passer d'une église moindre à une église plus considérable. 31. On doit respecter et maintenir les droits des métropolitains. 32. Les princes doivent permettre la réunion annuelle d'un ou deux synodes provinciaux et diocésains. 33. Un évêque qui, sans excuse, ne se rend pas à ces assemblées, sera suspendu jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction à ses collègues. 34. On doit observer les canons, expliquer les saintes Écritures d'après le sens des 1. Sirmond, Conc. Gall., t. ni, p. 25; Coll. regia, t. xxi, col. 458; Labbe, Con- cilia, t. vu, col. 1813-1848; Hardouin, Concilia, t. iv, col. 1475;Coleti, Concilia, t. ix, col. 955; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 811. Voir Appendices. (H. L.) 122 LIVRE XXI Pères, et interdire aux moines ces nouvelles expressions par les- quelles ils veulent se rendre célèbres. 35. Chaque évêque doit avoir un coopérateur instruit dans l'œuvre de la formation des prêtres. 36. Les prêtres doivent rester dans leurs églises; là où se tient le prêtre, aucune femme ne doit entrer. 37. Aucun clerc ne doit, sous peine de déposition, porteries armes. 38. Aucun évê- que ne doit prêter serment super sacra (en étendant la main sur des choses saintes) il le peut toutefois, inspectis sacris (en face de choses saintes). 39. On doit éviter le parjure. Il est arrivé que des parjures, venus dans le sanctuaire d'un martyr, y ont été saisis par un démon. 40. Les hospices, en particulier ceux qui ont été fondés par les Scots (Irlandais), doivent être rétablis 1 . 41. Les monastères livrés en commende aux laïques sont tombés dans une grande décadence. Devoirs du roi à ce sujet. 42. Il nommera des missi qui rechercheront la quantité de biens ecclésiastiques donnée aux laïques soit par l'empereur, soit par son père. 43. Pres- sante exhortation contre la simonie. 44. Un chorévêque ne doit ni consacrer le saint chrême, ni donner la confirmation, ni consacrer des églises. Il ne peut conférer les ordres qui réclament l'imposition des mains (la prêtrise et le diaconat) ; quant aux autres ordres, jusqu'au sous-diaconat (inclusivement, car le sous-diaconat ne fut compris au nombre des ordres majeurs que depuis le xn e siècle), il ne pourra les conférer que sur l'ordre del'évêque et dans les conditions prescrites par les canons ; toutefois, il pourra impo- ser des pénitences et réconcilier les pénitents, s'il a reçu de l' évê- que mission de le faire. Après la mort de l'évêque, il ne doit rien faire de ce qui doit être fait exclusivement par un évêque 2 . \ 1. Au sujet de ces hospices irlandais fondés en particulier à Cologne, à Paris, à Ratisbonne, à Vienne, en Hongrie et en Italie pour les pèlerins irlandais qui se rendaient à Rome, cf. Greith, Gesch. d. altirischen /forcée, Freiburg, 1867, p. 155. Greith s'en rapportant àHardouinne fait que reproduire les ordonnances du con- cile de Meaux de 845. Sur les Schottenkloster, cf. Revue bénédictine, 1902, t. xix, p. 60-69 (H. L.) 2. Les conciles d'Ancyre (314), c. 13, etd'Antioche (143), c. 10, avaient interdit aux chorévêques l'ordination des prêtres et des diacres. D'après le concile d'An- tioche, les chorévêques même pourvus de la consécration épiscopale ne peu- vent consacrer un prêtre ni un diacre sans mission de l'évêque du diocèse ; par contre, il leur était permis de conférer les ordres inférieurs sans mission de l'évêque (contrairement aux prescriptions du canon dont nous nous occupons). L'ancien droit canon se trouvait donc aggravé, ou plutôt complété, par les or- donnances actuelles ; cependant la question n'était par encore complètement élucidée. On aurait dû ne plus tenir compte de la distinction faite par le concile [116] i41. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 123 45. L'évêque et ses serviteurs ne doivent rien demander aux prêtres pour le chrême ; de leur côté, les prêtres devront en temps oppor- tun envoyer volontairement à l'évêque, et en signe de respect, des eulogies. 46. Le chrême ne doit être consacré que le jour de la Cœna Domini. 47, Du vivant d'un évêque, nul, pas même le roi, ne doit sans son assentiment exercer une domination sur les biens de l'Église ou établir un économe pour ces biens. Si un évê- que est malade au point de ne pouvoir administrer les biens de l'Église, le métropolitain doit y pourvoir d'accord avec lui. 48. A part les cas de nécessité, on ne doit administrer le baptême que dans les baptistères et aux époques indiquées par les canons. 49. Aucun laïque ne doit employer un prêtre à des occupations viles. 50. Aucun clerc ne doit être admis dans une autre paroisse (diocèse) sans une littera formata. 51. Même dans le cas où il aura [117] une littera formata, on lui fera connaître où et de quelle manière il doit s'acquitter du service divin. 52. Nul ne doit être ordonné, même s'il est pourvu d'un titre, à moins d'avoir servi une année dans le clergé (inférieur). 53. Les chanoines, aussi bien ceux qui habitent la ville que ceux qui habitent la maison canoniale, doivent dormir dans le même dortoir, manger au réfectoire, etc. d'Antioche et il eût été indispensable de décréter que : « Même les chorévêques qui ont reçu réellement la consécration épiscopale (et qui par conséquent ont d'au- tres droits que les chorévêques qui n'ont reçu que la prêtrise, ne peuvent) sans l'assentiment de leur propre évêque, procéder à aucune ordination (ni pour les ordres majeurs, ni pour les ordres mineurs). Ils ne peuvent consacrer le saint chrême, ni confirmer, ni consacrer des églises, ni imposer des pénitences, ni réconcilier les pénitents. Mais après avoir reçu mission de l'évêque ils peuvent procéder à toutes ces cérémonies et même conférer les ordres majeurs (ce que notre canon ne permet pas). Si l'évêque vient à mourir, ils ne peuvent exercer aucune fonction épiscopale (puisqu'il leur faut pour cela l'autorisation de l'évêque). » On leur donnait habituellement la situation de coadjuteurs du nouvel évêque. — Von Norden, Hinckmar Erzbischof von Reims, Bonn, 1863, p. 36 sq., pense que, selon toute vraisemblance Hincmar provoqua ce canon au sujet des chorévêques, parce que pendant neuf ans son diocèse avait eu à souffrir de l'administration des chorévêques. Du reste Hincmar n'avait voulu que restreindre les droits des chorévêques, mais non les abolir complète- ment, comme le Pseudo-Isidore. Peu de temps après, Hincmar adresse une demande au pape Léon IV, sur le même objet. On ignore s'il reçut une réponse et quelle elle fut ; en tous cas la question des chorévêques ne fut pas définitive- ment tranchée à ce moment-là et nous la verrons revenir plus tard devant plusieurs autres conciles; le pape Nicolas I er prit également plusieurs décisions à leur sujet et en général en leur faveur. Voir J. Weizsàcker, Der Kampf gegen den Chorepiscopat, 1859, p. 24-32 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 389, 459. 124 LIVRE XXI Si un évêque n'a pas la place indispensable pour l'érection d'une maison canoniale, ou s'il n'en a pas les moyens, il devra recevoir l'aide du prince conformément à l'ordonnance de l'empereur Louis. 54. Les évêques doivent disposer des tituli cardinales (églises) qui se trouvent dans leurs villes ou dans leurs faubourgs 1 . 55. Les clercs et les laïques doivent s'abstenir de l'usure ; les évêques mena- ceront des peines canoniques ceux qui s'obstineront à la pratiquer. 56. L'évêque ne doit excommunier personne sans preuve et sans l'assentiment de l'archevêque et des évêques ses collègues ; de même, il ne doit anathématiser personne sans avis préalable ; on excepte les cas indiqués par les canons. En effet, l'anathème qui entraîne la damnation éternelle ne doit être lancé que pour un crime mortel, et lorsque le pécheur reste insensible à tous les autres moyens. 57. Abolition des abus parmi les moines. 58. Le roi ne prendra aucun chanoine à son service sans le consente- ment de l'évêque de qui dépend ce chanoine. 59. Un moine ne doit être chassé du monastère qu'avec l'assentiment et la permis- sion de l'évêque ou de son vicaire, et on doit faire tout ce qui est possible pour que l'âme de ce moine ne soit pas perdue durant l'éternité. 60. Les voleurs d'églises doivent être punis conformé- ment aux canons. 61. Quiconque porte atteinte aux biens de l'Eglise sera soumis à une pénitence publique. 62. Punition de ceux qui n'acquittent pas les redevances à l'Église. 63. Les prêtres ne doivent payer aucun census pour les biens des églises. 64. Celui qui enlève une vierge ou une veuve et l'épouse avec le consente- ment des parents, sera soumis à une pénitence publique. La péni- tence faite, si, pour éviter de plus grandes fautes, les coupables [118] continuent à vivre dans le mariage, ils s'appliqueront aux bonnes œuvres et aux aumônes, jusqu'à ce qu'ils puissent s'abstenir de la vie conjugale. Les enfants nés de pareilles unions ne seront pas admis à la cléricature, s'ils sont nés avant le mariage ; ni même ceux qui sont nés dans le mariage, à moins que les besoins de 1. Le cardo d'un diocèse est l'évêque placé sur la cathedra episcopalis autour de laquelle tout évolue. Les clercs de l'évêque s'appellent par suite cardinales, par- ce qu'ils se rattachent de très près au cardo, et leurs églises (tituli) sont par suite aussi appelés tituli cardinales comme se rapportant directement au cardo. Il ne s'ensuit cependant pas qu'elles soient toutes des églises paroissiales. Le Cardo ecclesise ■/.%-' -Jluv.ifi est. le pape, et les prêtres qui l'entourent sont les cardinaux sensu eminenli, mais jadis cette expression de cardinaux fut aussi employée pour d'autres églises et d'autres diocèses. Voir Philipps, Kirchenrecht, t. vi, p. 45-51. 441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 125 l'Eglise ou les services qu'ils ont rendus ne permettent de faire une exception. 65-68. Autres ordonnances au sujet de ceux qui enlèvent une vierge, une nonne ou une fiancée. 69. Celui qui, ayant commis un adultère, épouse ensuite sa complice après la mort du mari, sera soumis à une pénitence publique. Si la femme ou son amant a tué le mari, ils ne pourront se marier ensemble et feront pénitence le reste de leurs jours. 70. Les nonnes accusées et convaincues de débauches, seront forcées, par le pouvoir épis- copal et le pouvoir royal, d'habiter en des lieux où elles pourront faire une pénitence contrôlée, surveillée. Si elles sont accusées, mais non convaincues de se mal conduire, elles se disculperont confor- mément à la loi et on les obligera à vivre à l'avenir d'une manière plus conforme aux règles {religiosius). 71. Le roi doit donner à l'évêque de pleins pouvoirs confirmés sous le sceau, afin que celui-ci puisse se faire soutenir, autant qu'il sera nécessaire, par les fonctionnaires civils. 72. Nul ne doit être enterré dans l'église sans la permission de l'évêque ou du prêtre qui aura à examiner la vie du défunt. Aucun corps ne doit être enlevé d'un tombeau ; on ne demandera rien pour la place octroyée dans une église afin d'y construire un tombeau ; on pourra cependant accep- ter un don volontaire. 73. On observera les anciennes lois et pres- criptions au sujet des juifs. Viennent alors plusieurs lois et pres- criptions émanant de Constantin, de Théodose et de Valentinien, du roi Childebert, du pape Grégoire le Grand, de saint Avit de Vienne, de Césaire d'Arles et de divers conciles. 74. Les grands, et en particulier les dames des grandes familles, doivent veiller à ce qu'il ne se commette dans leurs maisons ni adultère, ni concu- binage, ni inceste ; ils doivent charger les prêtres desservant leurs chapelles de bannir ces scandales de leurs maisons. 75. Le roi ne doit pas être, dans les affaires de la religion, plus négligent que ses sujets ; il encourt une grave responsabilité s'il laisse plus longtemps entre les mains des laïques les chapelles de ses villas, [119] et s'il ne les fait pas occuper par des clercs. 76. Le roi doit interdire à tous ses serviteurs de tenir ni placitum ni mallum, depuis le mercredi qui commence le jeûne (jusqu'à l'octave de Pâques), parce que c'est un temps de pénitence. 77. Les huit jours de la fête de Pâques doivent être de même exempts de tous travaux serviles, etc. 78. On doit observer fidèlement les capitulaires ecclésiastiques publiés par Charlemagne et par Louis leDébonnaire. 79. Par égard pour les besoins de l'époque et pour la faiblesse 126 LIVRE XXI des hommes, on a sur certains points adouci l'ancienne sévérité. Mais si quelqu'un méprise avec obstination les prescriptions de l'autorité épiscopale ou royale, il devra, s'il est clerc, être déposé de sa charge par le concile, et s'il est laïque, il sera frappé par la perte de sa dignité, par l'exil, ou par d'autres peines. 80. Les évêques disent en terminant : Si le roi peut faire exécuter immédia- tement ces divers points, nous en remercions Dieu. S'il a la bonne volonté de le faire, mais s'il ne le peut immédiatement, que cette volonté se réalise le plus tôt possible. Quant aux capitula souscrits par lui, il devra les mettre à exécution sans délai. » Les premiers mots d'un document rédigé en faveur du monas- tère de Corbie prouvent qu'il provient du concile de Paris. En voici le début : « Les évêques se sont réunis à Paris sur l'ordre du roi, pour délibérer sur la réforme de l'Eglise, et sur les causes de tant de malheurs, et sur les statuts qui, d'après les institutions des Pères, conviennent le mieux aux besoins des Eglises. Radbert, abbé de Corbie, présenta des documents provenant de Louis le Débonnaire, de l'empereur Lothaire et de l'empereur Charles, d'après lesquels le monastère de Corbie avait le droit d'élire son abbé et d'administrer ses biens d'une manière indépendante. Rad- bert demanda au concile la confirmation de ces droits. » Le docu- ment contient cette confirmation sanctionnée par vingt évêques, qui signent dans un ordre assez confus, et par quatre abbés x . De même que la prœfatio des actes de Meaux fixe la date du concile de Paris au 14 février 846, indict. X, de même le document de Corbie est daté de 846, indict. X. Mais Yindict. X n'a commencé que le 1 er septembre 846 ; par conséquent, le mois de février de la X e indict. se trouve être le mois de février 847. Pour faire concorder Yindict. X avec l'année 846, Labbe a supposé que, dans les deux documents, suivant une coutume fort répandue dans le royaume [120] franc, on a ouvert l'année au 25 mars, de sorte que l'année com- prise entre le 25 mars 846 et le 25 mars 847 était tout entière pour lesFrancs l'année 846. Pagi répond que ce comput n'a été usité que dans les relations privées, non dans les documents publics, et il propose de lire IX e au lieu de X e indict. 2 ; c'est-à-dire qu'il place le concile de Paris en février 846. Mansi 3 hésite, et commet 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 843 sq. ; Hardouin a op. cit., t. iv, col. 1501 sq. 2. Pagi, Critica, ad ami. 846, n. 6. 3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 850. Voir Appendices. (H. L.) 441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 127 une erreur que nous relèverons plus loin. Pour ma part, je serais disposé à adopter l'opinion de Pagi ; car le concile de Paris ayant pour but de terminer ce qui avait été commencé en 845, à Meaux, on peut admettre que ces deux conciles ne sont pas séparés par plus d'une année. Nous arrivons au même résultat par la réunion d'Epernay (in villa Sparnaco). En effet, il est dit très clairement, dans les annales de Prudence de Troyes (continuation des Annales Ber- tinian.). qu' en 846, le roi Charles tint par exception, au mois de juin, la diète générale (c'est-à-dire le champ de mai), et qu'il fit peu de cas des exhortations des évêques 1 . A ces données se ratta- che ce passage que les anciens collecteurs ont placé en tête du capitulaire de Sparnacum : « Le roi Charles n'accepta et ne con- firma à Sparnacum que dix-neuf capitula, de tous ceux publiés par les évêques dans le concile et présentés ensuite aux souve- rains. En effet, une faction des grands de ce monde avait incri- miné les évêques auprès de lui ; aussi le roi s'était-il éloigné ab eodem concilio (c'est-à-dire de la réunion d'Epernay). Les membres de la diète avaient aussitôt envoyé par écrit aux évêques les dix- neuf capitula confirmés, en leur mandant que ceux-là seuls avaient reçu la sanction, et qu'ils étaient décidés à les observer, eux et le roi. » Ces dix-neuf capitula forment, dans les capitula de Meaux et de Paris, les numéros suivants : 1, 3, 15, 20, 21. 22, 23, 24,28, 37, 40, 43, 47, 53, 56, 57, 62, 67, 68, et 72. La diète d'Epernay s'étant tenue en juin 846, les conciles de Meaux et de Paris l'ayant précédée, il en résulte que le concile de Paris a dû se tenir en février 846. Nous voyons en outre, par les ri211 mots c l nl servent d'introduction au capitulaire de Sparnacum 2 , que non seulement les archevêques Wenilo, Hincmar et Gombaud, mais aussi les archevêques Ursmar de Tours et Amolo de Lyon, assistaient avec leurs suffragants à ces conciles réformateurs. Sur ces entrefaites, l'entente entre l'empereur Lothaire et son frère Charles le Chauve fut troublée par divers incidents, en particulier parce que le comte Gielbert, qui avait fait violence à Hermingunde, fille de Lothaire, avait trouvé asile auprès de Charles, 1. Pertz, Monum., t. i, p. 442, et P. L., t. cxv, col. 1399. [Coll. regia, t. xxi, col. 517; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1852-1854; Coleti, Concilia, t. ix, col. 995 s Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1506 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 850; Pertz, Monum. Germ. hist., t. ni, Legex, t. i, p. 388. (H. L.) 2. Voir le texte dans l'édition de Pertz. 128 Liviu-: xxi avec la permission d'épouser solennellement la princesse dans son royaume 1 . Lothaire imagina, pour se venger et aussi pour assouvir sa haine contre Hincmar, de déterminer le pape Serge II à pres- crire une nouvelle enquête au sujet d'Ebbon, « sous prétexte de difficultés soulevées au sujet d' Hincmar dans l'Eglise de Reims. » Ebbon quittant l'Italie se rendit en Germanie, où le roi Louis le nomma évêque d'Hildesheim dont il mourut titulaire, en 851. Le pape Serge écrivit à Charles le Chauve d'envoyer à Trêves Gombaud, archevêque de Rouen, avec d'autres évêques choisis par cet archevêque; ils se livreraient dans cette ville, conjointe- ment avec les légats du pape, à l'examen de l'affaire en question 2 . Charles devait assurer autant que possible la présence d' Hincmar à ce concile. Dans une seconde lettre adressée à Gombaud, le pape dit qu'il enverra ses légats à l'empereur après Pâques, et qu'à cette époque Gombaud devra se trouver à Trêves avec ses évêques. Dans une troisième lettre, Serge fut invité à paraître au concile. Hincmar de qui nous tenons ces détails, Hincmar lui-même ajoute : « Nous avons attendu les légats du pape jusqu'au terme indiqué et ils ne sont pas venus 3 . » Mais déjà, Gombaud se conformant à la lettre du pape et avec l'assentiment de Charles et de tous les évêques de l'empire, avait convoqué un concile par devant lequel il cita Ebbon, en vertu de l'autorité pontificale 4 . Flodoard dit que ce concile se tint à Paris. Il ne fait guère que répéter les paroles d' Hincmar, et remarque seulement qu'Ebbon ne se rendit M22] 1. Sur cette affaire, cf. F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 1909, p. 159. On ne sait où Hefele a trouvé ce nom d'Hermingunde qu'il donne à la victime volontaire de Gilbert. Parisot, Le royaume de Lorraine, p. 67, note è. Fuite et mariage se placent au début de 846. E. Lesne. Hincmar et l'em- pereur Lothaire, dans la Revue des Quest. histor., 1905, t. lxxviii, p. 9. note 5. (H. L.) 2. Schrôrs, Hinckmar, p. 54, note 14; Lesne, Hier, épisc, p. 11, n. 3; L. Hal- phen, op. cit., p. 160, n. 5, estiment que Trêves n'est pas un simple lieu de ren- dez-vous, mais la ville désignée pour le concile. (H. L.) 3. Peut-être parce que, à cette époque, les Sarrasins assiégèrent Rome et pillè- rent l'église de Saint-Pierre. Voyez la chronique de Prudence de Troyes, Contin. Annal. Berlin., dans P. L., t. cxv, col. 1399; Pertz, Monum., t. i, p. 442, Von Nor- den, op. cit., p. 44, croit au contraire que le pape ne prit pas au sérieux l'inter- vention qu'on sollicitait de lui au sujet d'Ebbon et pour cela n'envoya pas ses légats. 4. Hincmar, Ep., xi, ad Nicolaum papam, dans P. L., t. cxxvi, col. 82 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 777. i41. CONCILES DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 129 pas à la citation. Les évoques présents, Gombaud, Wenilo de Sens, Lantran de Tours * et Hincmar écrivirent, sur ces entrefaites, à Ebbon pour lui interdire l'accès du diocèse de Reims et lui défendre toute agitation jusqu'à ce que, conformément aux ordres du pape, il se fût présenté par devant le concile. Ebbon n'ayant pas obéi, le pape Léon IV, successeur de Serge, donna le palliant à Hincmar 2 . Hincmar affirmant à plusieurs reprises qu'en vertu des pleins pouvoirs apostoliques de Serge, Gombaud réunit le concile (à Paris) et y convoqua Ebbon, il semble impossible que le pape ait, comme on le croit ordinairement, assigné la réunion du concile à Trêves : d'ailleurs Hincmar et Flodoard ne disent rien de semblable, mais seulement que Trêves élail désigné pour la réunion des évêques et des légats apostoliques 3 . On peut se de- mander si ce concile de Paris dont nous parlons est celui qui acheva l'œuvre commencée à Meaux et confirma les privilèges de l'ab- baye de Corbie. Les savants se partagent sur cette question 4 . A mon avis, il résulte des données fournies par Hincmar et Flo- doard que l'empereur Lothaire a demandé au pape les lettres en question, une année entière [emenso anno) après l'ordination d' Hincmar. Or, comme Hincmar a été élu archevêque au concile de Beauvais en 845, et ordonné à Reims le 3 mai, l'expression emenso anno nous reporte au mois d'avril 846; par suite les let- tres du pape auront été reçues dans le royaume franc vers la Pâque de 846, qui, cette année-là, tombait le 18 avril. Ces lettres disant que le pape enverrait ses légats immédiatement après la fête de Pâques, il s'agit évidemment de la Pâque de 846, les let- tres pontificales ayant été rédigées peu de temps avant les fêtes pascales. « Nous avons attendu, à Trêves, dit Hincmar, jusqu'à ce que le délai indiqué fût passé, sans voir arriver les légats du pape. » Si ces légats ne devaient quitter Rome qu'après la [123] Pâque de 846, on ne pouvait guère les attendre dans les Gaules 1. Nous avons vu, plus haut, Ursmar désigné comme archevêque de Tours: avant et après lui, il y eut, sur ce même siège, un certain Lantran, ou Landranus. On avait d'abord admis que Lantran avait abdiqué, tout en gardantle titre, et avait sans doute exercé de nouveau en quelques circonstances ses fonctions. Toutefois, le Gallia christiana, t. xiv, p. 34 sq., distingue deux Lantran, l'un prédécesseur, l'autre successeur d'Ursmar. 2. Flodoard, Hist. Eccl. Rhem., 1. III, c. n, P. L., t. cxxxv, col. 139 sq. ; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 899; Hardouin, op. cit., I. v, col. 3. 3. Voir page précédente, note 3. 4. Pagi, Crilica, ad ami. 846, n. 2, 3; 847, n. 1. CON CI LES — IV - 9 130 LIVRE XXI avant l'été de cette même année. Après avoir constaté cette absence, Gombaud se décida à tenir le concile à Paris : il solli- cita la permission du roi Charles, invita Ebbon à s'y rendre .par une lettre particulière confiée à Erpoin, évêque de Senlis. On avait perdu deux mois à la préparation de ce nouveau con- cile, en raison soit de la mission confiée à Erpoin pour Ebbon, soit du délai de deux mois nécessaire pour permettre à Ebbon de se rendre d'Hildesheim à Paris. Aussi, le nouveau concile ne put- il se tenir avant la fin de l'année 846. Cette hypothèse trouve sa confirmation dans la remarque suivante : le pape Serge mou- rut le 27 janvier 847 1 , or, le concile de Paris adresse sa lettre non à Serge, mais à son successeur Léon IV 2 . Il en résulte que le con- cile de Paris s'est prolongé jusque dans les premiers mois de 847. Résumons maintenant nos conclusions 3 . 1. Le concile de Paris tenu au sujet d' Ebbon ne peut être le même que celui qui a terminé les travaux du concile de Meaux ; en eilet ce concile de Paris est daté du 14 février 846; de plus, il est antérieur à la diète tenue à Epernay en juin 846. 2. Le concile tenu au sujet d' Ebbon ne peut être celui qui con- firma les privilèges de Corbie, car dans ce même concile, dès le début du décret de confirmation les évêques affirment qu'ils s'étaient réunis dans le même but que précédemment à Paris en février 846, à savoir c'est-à-dire la réforme de l'Église. 3. Le concile de Paris tenu au sujet d'Ebbon a eu lieu après la diète d' Epernay. 4. Mansi 4 rapporte qu'en la nuit de Noël de 846, un certain Hervé avait voulu communiquer à Baltfried, évêque de Bayeux, une sienne vision, mais que cet évêque se trouvait alors au con- cile de Paris. Ce détail convient au concile qui s'occupa d'Ebbon, r, « ,-, mais non avec celui qui s'occupa de Corbie. Mansi s'est trompé pour être parti de deux suppositions inexactes : que le concile qui confirma le privilège de Corbie était le dernier et qu'il avait eu lieu vers la fin de 847. 1. Pagi, Critica, ad ann. 847, n. 3. 2. C'est ce que dit Hincmar. 3. Voir Appendices. (H. L.) 4. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 848. 442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 loi 442. Premier concile de Mayence sous Rhaban-Maur, en 847. Plusieurs fois déjà nous avons mentionné le nom de Rhaban - Maui' ; avec l'année 847 commence pour lui une époque de grande activité. Rhaban (Hraban, c'est-à-dire Corbeau), né à Mayence en 77G (ou 774), tirait son origine de la gens Magnentia, connue sous Julien l'Apostat. Alcuin, dont il était le disciple chéri, lui imposa le nom de Maur en souvenir du disciple bien-aimé de saint Benoît. A l'âge de neuf ans (785), Rhaban vint au monas- tère de Fulda, où il eut pour protecteur l'abbé Bangolf, succes- seur de Sturm, et second abbé de Fulda, et pour maître le moine Haymon, plus tard évêque d'Halberstadt. Ordonné diacre en 801, Rhaban fut envoyé à Tours par le troisième abbé, Ratgar, pour y continuer ses études sous la direction d' Alcuin. Après un an, il regagna Fulda pour diriger l'école de l'abbaye. Mais bientôt l'abbé Ratgar laissa voir ses graves défauts. Saisi d'une véritable passion pour les bâtiments, Ratgar supprima l'école et obligea, parfois même par des sévices tous ses moines à travailler à ses nombreuses constructions. Il fut déposé en 817. Sous son suc- cesseur Cigil l'école refleurit et Rhaban-Maur, prêtre depuis 814, en devint le supérieur, ou magister. Après la mort de Cigil, en 822, il fut choisi pour abbé, dignité qu'il conserva jusqu'en 842, où il dut démissionner soit par suite de difficultés avec ses moines, soit pour avoir pris parti pour l'empereur Lothaire contre Louis le Germanique. Ces vingt années d'une administration économe et intelligente avaient rendu célèbre le monastère de Fulda, et de tous côtés les jeunes gens y étaient accourus : ainsi Walafrid Strabon de l'Alemannie, Servatus Lupus des Gaules, le célèbre moine et poète Otfrid de Wissembourg, Fre- menold, plus tard abbé d'Ellwangen, et tant d'autres. Après avoir résigné ses fonctions, Rhaban se rendit d'abord auprès de son maître et ami Haymo, évêque d'Halberstadt, et habita le monas- tère de Saint-Vigbert-des-Terres, fondé par cet évêque. Il y retrouva Walafrid Strabon, qui semble y avoir commencé sa Glossa ordinaria. Plus tard, Rhaban se retira sur le Petersberg, près [125 1 d e Fulda, pour s'y consacrer exclusivement à l'étude. Mais, dès 847, il était réconcilié avec le roi Louis et, après la mort d'Otgar 132 LIVRE XXI (avril 847), il fut, « par le choix des princes francs et l'élection du clergé et du peuple 1 , » élevé sur le siège archiépiscopal de Mayence et sacré au mois de juin de la même année. Sur le désir du roi Louis, il réunit à Mayence, dès le mois d'octo- bre 847, un concile provincial, auquel se rendirent ses suffragants Samuel de Worms, Gozbald de Wùrzbourg,Baturad dePaderborn, Ebbon de Hildesheim (l'ancien archevêque de Reims), Gerbrath (Gozprath) de Thur, Haymon de Halberstadt, Waltgar de Verden, Otgar d'Eichstâdt, Lanto d'Augsbourg, Salomon de Constance, C.cbhard de Spire, avec plusieurs chorévêques, abbés, moines, prêtres et d'autres clercs 2 . Ansgar, l'archevêque exilé de Hambourg, s'y était aussi rendu pour faire connaître au roi et au concile le triste état des missions du Nord 3 . Cette assemblée nous a laissé une lettre synodale adressée au roi Louis et trente et un capitula. Les évêques disent au roi, qu'ils avaient tout d'abord appelé sur le concile la bénédiction de Dieu, par un jeûne de trois jours accompagné des litanies; ils avaient prescrit dans toutes les paroisses des prières pour le roi, la reine et leurs descendants. Ensuite, ils avaient pris séance dans le monastère de Saint- Alban, selon l'ordre réglé sous Char- lemagne par les évêques Hildebald et Riculf, et avaient commencé leurs travaux. Tous les membres présents s'étaient divisés en deux groupes : dans l'un, les évêques, assistés de quelques no- taires, se consultaient sur la réforme de l'Eglise, et du peuple chrétien en général; dans l'autre, les abbés et les moines délibé- raient sur la réforme des monastères. Cela fait, on avait pris la résolution suivante :« Conformément aux préceptes de la sainte Ecriture, on devait rendre à toute personne et à tout état l'honneur qui était dû, et en particulier, honorer les prêtres et 1. C'est ainsi que s'exprime l'abbé Hatto, dans sa lettre au pape Léon IV. 2.^Baronius, Annales, ad ann. 847, n. 30 ; Coll. regia, t. xxi, col. 574; Labbe, Concilia, t. vin, col. 39-52 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 8; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1035; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. vu, col. 580-581 : Hartz- heim, Conc. Germ., t. n, col. 151 sq. ; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 899; Mùhlbacher, Reg. Karoling., 1886, t. i, p. 531; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 413 sq., 495 sq. (H. L.) 3. Nous connaissons tous ces noms par le commencement de la lettre synodale. Ces noms se trouvent aussi dans un manuscril de Saint-Gall (sec. ix-x) reproduit par Hattemer, Denkmale des Miltelalters, Saint-Gall, 1844, t. i, p. 317. Voir, sur ce concile, Dùmmler, op. cit., p. 303 sq. 442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 133 les Eglises de Dieu et conserver leurs droits intacts. » Les évêques parlaient ensuite énergiquement des mauvais traitements infli- gés aux prêtres et des vols faits aux églises. Il était grand [126] temps que le roi, suivant l'exemple de ses ancêtres, défendît les Eglises et ne livrât pas leurs biens à ceux qui n'y avaient aucun droit. Non seulement des princes chrétiens, mais même des princes païens, Artaxercès par exemple (/ Esdr., vu), avaient fait des présents aux temples de Dieu, et il était vrai- ment honteux que sous le gouvernement du roi Louis, on enle- vât aux églises les biens autrefois offerts par les fidèles. Les capitula suivants, la plupart empruntés aux anciens conciles, feraient connaître les peines réservées à ceux qui, sans ordre du roi, opprimaient l'Église au profit de leur avarice. 1. Avant tout, la foi est nécessaire, elle est le fondement de tous les biens ; mais la foi sans les œuvres est une foi morte 1 . 2. Les clercs doivent lire souvent les collections des canons. Chaque évêque doit avoir un recueil d'homélies, que chacun traduira ensuite clairement in rusticam Romanam linguam aut Theotiscam, afin que tous comprennent ce qui se dit en chaire 2 . 3. Le baptême doit être administré dans toutes les paroisses selon la coutume romaine, et, sauf les cas de nécessité, on ne bap- tisera qu'à Pâques et à la Pentecôte 3 . 4. La concorde doit régner parmi les chrétiens, surtout entre les évêques et les comtes 4 . 5. Toute révolte contre le roi, contre l'autorité ecclésiastique ou l'autorité civile, sera punie par l'excommunication. 6. Le roi doit ne pas écouter ceux qui disent qu'il a moins à songer aux biens des églises qu'à son propre patrimoine. 7. Le pouvoir sur les biens de l'Église appartient aux évêques, et les laïques qui les aident à l'exercer, doivent leur obéir ; de même les comtes et les juges doivent les soutenir. 8. Un clerc doit rendre à l'Eglise ce qu'il a perçu des revenus ecclésiastiques. Il ne pourra employer, selon son bon plaisir, que ce qu'il a reçu en présent ou ce dont il a hérité 5 . 1. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 1. 2. Conc. Turon., ann. 813, can. 17. Voir Hist. des conciles, t. m, part. 2, p. 1263, dernière note. (H. L.) 3. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 4. 4. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 5. 5. Cocl. can. Eccles. Ajric, can. 33; Conc. Mogunt., ann. 813, can. 8. 134 LIVRE XXI 9. Rappel du c. 04 du Codex can. Eccl. Afric. concernant les affranchissements à l'église 1 . 10. La dîme, instituée par Dieu, doit être acquittée conscien- [1^'J cieusement. Conformément aux anciennes ordonnances, on fera quatre parts des revenus des églises et des offrandes des fidè- les : pour l'évêque, pour le clergé, pour les pauvres et pour la fabrique de l'Eglise 2 . 11. Aucune église existante ne doit être dépossédée de ses biens et droits, au profit d'un nouvel oratoire, si ce n'est avec l'assentiment de l'évêque 3 . 12. Défense contre la simonie. 13-16. Sur la conduite des chanoines, des moines et des religieu- ses 4 . 17-18. Le roi doit s'opposer à l'oppression des pauvres dont les évêques ont devoir de s'occuper 5 . 19. Quiconque accepte des présents pour agir contre la justice, s'exclut lui-même du royaume de Dieu. 20. Beaucoup de parricides errent en fugitifs ; mieux vaudrait qu'ils restassent, en un lieu déterminé pour y faire pénitence. Ils ne doivent plus servir à la guerre ni se marier, les canons le leur défendent. 21. Les femmes qui tuent leurs enfants ou qui se font avorter, étaient autrefois condamnées à la pénitence pour le reste de leur vie ; on réduit cette pénitence à dix ans 6 . 22 et 23. Renouvellement d'anciens canons sur la pénitence des meurtriers. 24. Conformément aux ordonnances de nos prédécesseurs, le meurtrier d'un prêtre fera douze ans de pénitence. S'il nie le fait, et s'il est homme libre, il prêtera serment qu'il fera appuyer parle serment de douze cojurateurs ; et s'il ne l'est pas, il su- bira l'épreuve du feu 7 . 25. Quelques clercs dégradés, accomplissant divers pèlerinages 1. Cf. Diction, d'arch. chrét., au mot Affranchissement. 2. Cane. MogunL, ann. 813, can. 38. ::. Id., can. 31. 4. Id., can. 9, 10, 13, 14. 5. Id., can. 6, 7. Ci. Conc. Illiber., circa ann. 300, can. 63. 7. Cf. Du Cange, Glossarium: Vomeres ferventes; Binterim. Denkwùrdigkei- ten, t. v, part. 3, p. 69. 442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 135 de pénitence pour obtenir les suffrages des saints, ont été massa- crés. Leurs meurtriers sont excommuniés, jusqu'à ce qu'ils aient fait une pénitence suffisante. 26. On doit se contenter de confesser ceux qui sont en danger de mort et sans leur imposer de pénitence obligatoire à ce moment, [128J puni parce que, contrairement à ses vœux monastiques, il s'était mêlé aux affaires du monde et à celles du clergé séculier, ce qui, on le sait, n'a jamais été le cas de Go- tescalc 1 . /) C'est par suite d'un autre malentendu que l'auteur de la sentence fait prononcer contre Gotescalc, par les évêques, la peine de la flagellatio. Il avait lu dans Hincmar : Ut im- probus virgis csesus, sicut decreverant Germanise provinciarum episcopi, ne aliis noceret... ergastulo est retrusus 2 . Il a cru que [146] les mots sicut decreverant Germanise, provinciarum episcopi se rapportaient à virgis csesus, c'est-à-dire que la flagellatio avait été prescrite par les évêques ; en réalité Hincmar veut dire que Gotescalc a été fouetté, et, afin qu'il ne pût nuire, em- prisonné, selon que les évêques de la Germanie, réunis à Mayence, l'avaient jugé nécessaire. Hincmar a en vue ces mots de la lettre de Rhaban-Maur : Decrevimus eum mittere ad vos, quatenus eum recludatis in vestra parochia. Nous voyons donc dans la sentence en question l'œuvre d'un faussaire assez récent et peu instruit de l'affaire de Gotescalc. Quant aux quatre capitula que le P. Sirmond a, dans ses premiers travaux, attribués au présent concile de Quierzy, ils appartien- nent au concile tenu également à Quierzy, mais en 853. Le P. Sir- mond l'a reconnu après la publication des Annales de Saint- Bertin, et ce point est généralement admis. Nous ajouterons que saint Rémi de Lyon a, en deux passages, fortement critiqué la punition infligée à Gotescalc. Il estime incorrect que la sentence de flagellation ait été portée par les abbés, et celle de condam- nation proprement dite, par les évêques; le jugement entier au- 1. Maugin, op. cit., t. n, p. 80, a aussi mal compris les mots : ecclesiastira Gotescalc à résipiscence. Ces tentatives consistaient probable- ment en entretiens ou en lettres; ainsi, nous savons qu' Hinc- mar écrivit à Gotescalc une lettre, aujourd'hui perdue, pour lui expliquer, à l'aide de saint Augustin et d'autres Pères, certains passages patristiques, notamment quelques-uns de Prosper 4 . 1. Liber de tribulis epistolis, P. L., t. cxxi, col. 1028, 1030; Maugin, op. cil., t. i, 2 e part., p. 107, 109. 2. Flodoard, op. cit., 1. III, c. xxviii. 3. Nous n'avons plus qu'un seul fragment de cette lettre dans Flodoard. III, c. xxi, et Maugin, op. lit., t. n, p. 93. 4. Flodoard, op cit., 1. III, c. xxvm, 156 LIVRE XXII L'archevêque y montrait encore que,'si la prescience de Dieu s'étend au bien et au mal, Dieu prévoit simplement le mal {prsescire), tandis qu'il prévoit et prédestine le bien (prsescire et prsedestinare). Il peut donc y avoir prescience sans prédesli- nation, mais non prédestination sans prescience. Les bons étaient prœsciti et prœdestinati de Dieu ; les mauvais, au contraire, étaient simplement prœsciti, mais non prsedestinati ; enlin la prescience n'oblige personne à se perdre. Comme nous le verrons plus tard, Hincmar s'appuyant surtouL sur Y Hypomnesticon et sur un prétendu écrit de saint Jérôme, expliquait, dans un sens aussi atténué que possible, ce passage de la Bible: «Dieu endurcit le cœur,» et comme si Dieu avait simplement laissé produire cet endurcissement. Flodoard ajoute que Gotescalc avait obstinément refusé d'approuver cette expli- cation d' Hincmar et d'y souscrire. Ce fut probablement sur le conseil donné par Prudence que L^^°J Gotescalc put recevoir à Pâques la sainte communion, ce que Rhaban blâma plus tard. II lui fut également permis d'écrire, et il composa alors deux professions de foi qui nous sont parvenues. 445. Double profession de foi et autres écrits de Gotescalc. La première et la plus courte l débute ainsi : « Je crois et pro- fesse que Dieu prœscivit et prœdestinavit les saints anges et les élus à une vie éternelle qu'ils n'avaient pas méritée ; de même (pariter) qu'il a prédestiné, par un jiiste jugement, à une mort éternelle et méritée le démon, ainsi que ses pareils et tous les hommes condamnés qui sont les membres de Satan ; il les a pré- destinés, parce qu'il a prévu leurs futures mauvaises actions. » A l'appui de cette proposition Gotescalc cite des passages de la sainte Écriture, de saint Augustin, de Fulgence et d'Isidore ; ces textes serapn/>rtent à une double prédestination et sont jusqu'à un certain point favorables à l'opinion de Gotescalc, si ce dernier n'était allé trop loin, si l'assimilation absolue qu'il exprimait par ces paroles pariter, son sic omnino et similiter omnino, 1. P L., t. cxxi, col. 347; Maugin, op. cit., t. i, l re part,., p. 7. [L. Traubc, Go- tescalci Car mina, dans Poetse latini sévi Carolini, 1896, p. 716, note 1.(11. L.)] 445. PROFESSIONS DE FOI ET ÉCRITS DE GOTESCALC 157 ne l'avaient fait tomber dans l'erreur du prédestinatianisme. La seconde profession de foi, plus détaillée 1 , commence par une prière : « Que Dieu m'accorde la grâce de parler sur sa pres- cience et sur sa prédestination, de sorte que la vérité éclate, et que le mensonge, justement maudit, disparaisse. » Gotescalc discute l'opinion d'Hincmar et de Rhaban, à savoir que la pres- cience divine s'étend à la fois au bien et au mal, mais que la pré- destination se rapporte exclusivement au bien. Gotescalc ré- pond : « Tout cela est vrai ; mais d'après le psaume xxxn, 5, le bien est de deux sortes, car Dieu aime la miséricorde et la justi- ce. » Gotescalc veut dire (mais il ne développe pas sa pen- sée ) : « En prédestinant les bons ad vitam, Dieu montre sa miséricorde; au contraire, en prédestinant les pécheurs à la mort, il montre sa justice ; la miséricorde et la justice sont également bonnes 2 . Par conséquent, cette proposition que la prédesti- [149] nation de Dieu ne porte que sur le bien, n'est pas en contra- diction avec la doctrine de la double prédestination. » Rhaban aurait volontiers accepté la proposition : « Dieu a prédes- tiné la mort pour les pécheurs ; » mais il semble avoir rejeté cette autre : « il prédestine les pécheurs à la mort. » Aussi Go- tescalc disait-il : « Tu prédestines (il s'adresse constamment à Dieu dans cette seconde profession de foi) aux élus une vie éter- nelle que tu leur accordes par pure grâce, et tu les prédestines également à cette vie, car ce serait en vain que tu leur aurais prédestiné la vie, si tu ne les avais pas, eux aussi, prédestinés à cette vie. A peu près de la même manière (propemodum) tu as prédestiné au démon et à tous les maudits une peine éter- nelle, qu'ils ont méritée, et en même temps tu les as prédestinés à cette peine éternelle et toujours la même, car en toi il n'y a jamais de changement. » Il ajoute ensuite avec saint Augustin : «Si l'on considère les actions de Dieu, prévoir, vouloir et faire sont une seule et même chose. Si Dieu a prévu de toute éter- nité qu'un homme sera puni comme pécheur par la mort éter- nelle, il a voulu aussi de toute éternité cette punition et l'a pro- noncée, c'est-à-dire qu'il l'a prédestiné ad mortem. » Pour évi- 1. P. L., t. cxxi, col. 350; Maugin, loc. cit., p. 9. Le texte est altéré en plusieurs endroits et ne fait pas honneur aux deux éditeurs. 2. Vers le milieu de cette seconde profession de foi, il revient sur cette même pensée et l'énonce plus clairement. 158 LIVRE XXII ter tout reproche de prédestinatianisme, Gotescalc aurait dû dire : « Je dis Lingue entre l'action des pécheurs et l'action de Dieu; les actions des pécheurs, leurs méfaits ont été, sans doute, prévus par Dieu, mais Dieu ne les a pas voulus et n'y a prédestiné aucun d'eux ; c'est en effet un principe que Dieu ne prédispose pas au mal. Par contre, la punition des pécheurs est l'œuvre de Dieu, qui, ayant de toute éternité prévu la mauvaise conduite du pécheur, a aussi de toute éternité déterminé la peine qui lui serait appliquée, et l'a destiné à cette peine. » — Le moine cherche à montrer en- suite, par une série de passages de la Bible, que la sainte Écriture parle de l'éternelle prédestination des maudits; d'après lui, dire que Dieu connaît d'avance le châtiment éternel qui attend les pécheurs, mais ne le leur assigne pas de toute éternité et seulement après leur mort, ce serait introduire en Dieu un changement et, par conséquent, un principe d'instabilité. En développant ces preuves tirées de la Bible, Gotescalc dit clairement que Dieu n'a pas prédestiné les réprouves au péché ; voici ses paro- les : « Ceux dont tu prévoyais, ô mon Dieu ! l'obstination par leur propre misère dans les fautes méritant la damnation, tu les as, en juge équitable, prédestinés à la ruine. » (Proposi- tion parfaitement orthodoxe et qui ne contient plus trace des expressions sic omnino et similiter omnino.) Les adversaires de Gotescalc avaient allégué, paraîL-il, ce pas- sage de saint Augustin : « Les maudits ont été condamnés par la prescience de Dieu » (et non pas par la prédestination). Saint Augustin citait aussi ce texte de l'Apôtre 1 : Non repulit Deus plebem suant, quant prsescU'it. Aussi Gotescalc prouve-t-il que, [150] dans d'autres passages, saint Augustin a enseigné la damna- tion des réprouvés par la prédestination. Il ajoute que, dans le passage cité par ses adversaires et dans ceux cités par lui, saint Augustin ne s'est pas mis en contradiction avec lui-même, puisque, dans les actions de Dieu, le prsescire et le prsedestinare sont une seule et même chose, tout comme dans le passage biblique qui était allégué, les mots prœscwit et preedes- tinavit sont employés comme entièrement synonymes. Il cher- che ensuite à démontrer, par des passages tirés des Pères, la dou- ble prédestination. Il cite alors saint Augustin, Fulgence, saint Grégoire et saint Isidore ; il remarque, que, par l'expression 1. Rom., xi, 7. 445. PROFESSIONS DE FOI ET ÉCRITS DE GOTESCALC 159 gemina prœdestinatio, on n'enseigne pas deux prédestinations, mais une seule, quia, il est vrai, deux aspects, bipartita. (D'après cela, il enseignerait donc une prédestination absolue, même pour les réprouvés !) Il remercie Dieu de lui avoir donné ces lumières ; il assure que la crainte des hommes ne le fera jamais vaciller, traite ses adversaires d'hérétiques et demande à Dieu d'extir- per de la terre cette hérésie par la lumière de la vérité. Quoiqu'il ne veuille avoir aucun rapport avec les hérétiques, il désire cepen- dant, à cause des minus periti, avoir une assemblée publique , dans laquelle il demande à Dieu de pouvoir prouver la gemina prœdestinatio, en présence du roi et de tous les évêques, des prêtres, des moines, et par l'épreuve plusieurs fois réitérée de l'eau et du feu 1 . [lolj L a violence avec laquelle Gotescalc I rail ail ses adversaires, les appelant hérétiques, menteurs, les accusant de s'obstiner par orgueil à défendre les anciennes erreurs, lorsqu'ils se trouvaient en présence d'opinions meilleures, dut naturellement blesser 1. Wiggers, dans Niedner's theolog. Zeitschrift, 1859, p. 490, dit avec raison que « Gotescalc ne s'écarte pas, comme saint Augustin dans ses luttes avec les péla- giens, du point de vue anthropologique, mais du point de vue théologique. 11 cherchait à donner une explication rationnelle des qualités divines, et croyait mettre en péril la constance et la sagesse de Dieu en admettant que de la pré- destination devaient découler les actions humaines. Mais il ne développait pas avec autant d'âcreté que les augustiniens cette proposition que la sainteté des uns et la réprobation des autres dépend du bon plaisir de Dieu et de ses décrois éternels, ou du péché de la race humaine commis en Adam. D'après la théorie de saint Augustin, la faute d'Adam s'est répercutée sur toute l'humanité, et tous les hommes sont soumis à la juste sentence de la damnation, par suite du péché originel. Dans sa bonté Dieu a résolu d'en sauver quelques-uns, mais ceux qui ne sont pas compris au nombre des élus ne peuvent attendre que le châtiment mérité. La cause dernière de la sainteté des hommes réside dans la pré- destination de Dieu, mais la cause de leur perdition réside dans le péché origi- nel. Dans ce sens, et d'après saint Augustin, la prédestination ne s'applique qu'aux élus, non aux réprouvés. Pour ces derniers toutefois, la prescience de Dieu avait prévu leur sort de toute éternité, mais le décret absolu de Dieu ne se rapporte pas à eux. Ainsi saint Augustin pensait pouvoir faire accorder la justice de Dieu avec sa bonté. Il ne pouvait admettre une prédestination (ad vitam) découlant de la conduite des hommes, car par suite de la faute originelle l'homme n'est pas capa- ble de faire le bien. Par cette profession de foi, écrite sans grande énergie, nous pouvons juger comment Gotescalc cherchait à mettre d'accord sa doctrine de la prédestination avec la nature morale des hommes issue du péché; il comprenait que sa prédestination (même pour les réprouvés) découlait d'un décret absolu, et non d'un décret ayant égard à la faculté qu'a l'homme de devenir digne de mérite. » 100 LIVRE XXII ] au vif Hincmar, car c'était lui surtout qui était visé. Gotescalc ajoutait, ce qui prouve sa ferme conviction et son exaltation, qu'il était prêt, pour démontrer la vérité de sa doctrine, à entrer dans quatre tonneaux remplis d'eau bouillante, d'huile et de poix, et s'offrait aussi à marcher sur des brasiers ardents. Il était convaincu qu'il ne faisait que renouveler la doctrine de saint Augustin, mais il le fit de manière à mériter le reproche de prédestinatianisme. Outre ces ^deux professions de foi, Gotescalc écrivit à Amolo, archevêque de Lyon, une lettre dont nous parlerons plus loin, et un petit livre intitulé Pitacium (Pittacium), adressé à un moine et dont Hincmar nous a conservé plusieurs fragments. Gotescalc y dit : « Celui qui affirme que le Christ est mort pour tous, contredit Dieu le Père ; » et plus loin : « Le Christ a racheté par le baptême ceux qui ne sont pas. prédestinés ad vitam, non ta- men, pro eis crucem subiit, nec mortem pertulit, nec sanguinem fu- dit;» et encore: « Il y a deux redempt iones, l'une quse communis est et electis et reprobis, l'autre quse. propria et specialis est solorum omnium electorum. » Et ailleurs : « Nullus tibi (Christo) périt, quisquis redemptus est per sanguinem crucis tuse. » Enfin : « L'opi- nion que le Christ est mort pour tous, sans que tous ceux pour qui il a souffert fassent leur salut, n'est autre chose que evacuare crucem Christi 1 . » On ne saurait dire si un autre fragment conservé par Hincmar 2 appartient au Pittacium ou à un autre écrit de Gotescalc au- jourd'hui perdu. Il ^est significatif que Maugin 3 ait prétendu, quoique sans preuve, que ce Pittacium n'était pas un écrit au- '1M501 thentique de Gotescalc ; l'intrépide janséniste a agi de même, à l'égard de tous les documents qui pouvaient faire tort à son client. C'est ainsi qu'il a nié plus tard l'authenticité de la lettre de Gotescalc à Amolo 4 . 1. Hincmar, De prasdesL, c. xxix, xxxiv, xxxv, P. L., t. cxxv, col. 271, 365, 370, 371, 372. 2. Id., c. xvn, .i 5 . L.,t. cxxv, col. 159 sq. 3. Maugin, op. cit., t. 11, p. 307. 4. Id., t. ii, p. 171. 446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 lGl 446. Ratramn, Loup et Prudence prennent parti pour la double prédestination ; concile de Paris dans 1 automne de 849. Maugin croit 4 que Gotescalc n'a pu écrire ni lettre ni traité sans l'assentiment d'Hincmar, et que ses deux professions de foi ont dû passer d'abord par les mains de l'archevêque de Reims. On ne sait à <|iii il les communiqua ; mais vers le milieu de l'année 849, Hincmar jugea nécessaire d'éclairer les moines de son diocèse sur les erreurs de Gotescalc, probablement parce que plusieurs d'entre eux avaient pris parti pour leur collègue. L'archevêque écrivit donc son Opusculum ad reclusos et simpli- ces, dont nous ne connaissons encore quelque chose que grâce à Rhaban t . Cet opuscule tomba entre les mains de Ratramn, savant moine de Corbie, au diocèse d'Amiens, qui se crut obligé de combattre les opinions d'Hincmar, dans une lettre à son ami Gotescalc. Hincmar, dit-il, se trompe lorsque, dans le passage de Fulgence : Prseparavit Deus malos ad luenda supplicia, il en- tend le mot prseparavit dans le sens de permisit prœparari ; il s'est laissé induire en erreur par un prétendu écrit de saint Jérôme De induratione cordis Pharaonis, jusqu'à soutenir que Dieu n'avait pas lui-même endurci le cœur du Pharaon, mais avait simplement permis qu'il fût endurci 2 . Dès lors, le débat s'agrandit. Du côté d'Hincmar se rangea, avec beaucoup d'ardeur, son sufîragant Pardulus, évêque de Laon, et ces deux évêques s'adressèrent, la plupart du temps en commun, à différents autres évoques et savants, pour con- naître leurs sentiments sur cette difficile question. Pardulus parle de six personnages dont ils avaient l'approbation 3 . Les premiers d'entre eux étaient Loup et Prudence. Loup, abbé de Ferrières, près de Sens, avait en elîet écrit à Hincmar : « Après mûre réflexion voici, je crois, la vérité : d'après saint Augustin, la prédestination des bons est une prseparatio gratise, pour les mé- 1. Rhaban, Ep. IV ad Hincmar., P. L., t. cxn, col. 1519. 2. Rhaban, P. L., t. cxn, col. 1522; G. Morin, Un traité pélagien inédit au commencement du V e siècle, dans Revue bénédictine, 1909, t. xxvi, p. 163-188, cf. même revue, 1907, t. xxiv, p. 267. (H. L.) 3. P. L., t. cxxi, col. 1052. CONCILES — IV - II 162 LIVRE XXII chants, la prédestination est une subtractio gratise, car, par un jugement secret quoique équitable, Dieu ne leur accorde pas la grâce et les endurcit, c'est-à-dire les abandonne à leur propre du- reté. Il ne prédestine pas ceux qu'il endurcit non au sens de les précipiter de force dans le malheur, mais au sens de ne les empê- cher pas de tomber dans les fautes dignes du supplice. On peut dire, jusqu'à un certain point, que certains sont induits par Dieu eu tentation, non pas qu'il les y ait lui-même induits, ce qui est contraire au passage de saint Jacques (r, 13), mais en ce qu'il laisse tomber dans la tentation ceux que sa grâce-n'empêche pas d'y succomber. Du reste, la prédestination ne détruit pas plus la volonté chez les justes que chez les autres. Le juste reçoit de Dieu la volonté et le pouvoir de réaliser cette volonté, cl néan- moins il agit en toute liberté; de même, celui qui est abandonné de Dieu n'est pas nécessité à commettre des péchés, mais il com- met de plein gré les fautes pour lesquelles il sera éternellement châtié. En terminant Loup demande à Hincmar, s'il est d'un autre avis, de vouloir bien le lui dire ; il fait la même demande à son ami Pardulus L Loup de Ferrières se prononce donc contre Hincmar, et en faveur de Gotescalc, pour une double prédestination, sans toute- fois laisser percer des doctrines prédestinatiennes proprement dites. Prudence, évêque de Troyes, embrassa par une adhésion plus motivée l'opinion de Loup, dans une réponse adressée à la [154] fois à Hincmar et à Pardulus, mais qu'il ne leur envoya que plus tard, en 850, après avoir obtenvi l'approbation d'un con- cile. Maugin, Baluze, Mansi et d'autres auteurs admettent que cette approbation lui fut donnée dans le grand concile tenu à Paris dans l'automne de 849 2 . Ce concile adressa une lettre d'exhortation très énergique, que nous possédons encore, à Nomi- noé, duc de Bretagne, qui remplissait mal ses devoirs de vassal vis-à-vis de Charles le Chauve et avait fait sur le territoire franc des incursions armées 3 . Les vingt-deux archevêques et évêques présents au concile, parmi lesquels Hincmar et Pardulus, rap- 1. P. L., t. exix, col. 606; Maugin, op. cit., t. i, 1 er part., p. 18, où, par suite d'une faute d'impression, on assigne à cette lettre la date de 859 au lieu de 849. 2. C'est ce qui résulte de sa lettre contra Scolurn, c. xi. Maugin, op. cit., t. n, p. 105 sq. .'!. Fait inexact. Voir Appendices. (H. L.) 446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 163 pelèrent au duc tous les maux causés par sa soif de pillage et de domination, la dévastation d'un grand nombre de mai- sons de chrétiens, la destruction et l'incendie de beaucoup d'é- glises et de reliques des saints, la confiscation de tant de biens d'église ; enfin le grand nombre d'hommes lues ou réduits en esclavage, les rapines, les adultères, le viol des vierges. Le duc avait, en outre, chassé de leurs sièges des évêques légitimes, pour les remplacer par des mercenaires. Ce qui était plus grave, il avait méprisé le vicaire de saint Pierre, à qui Dieu a donné la primauté sur le monde entier. Malgré son désir d'être en relation avec le pape, il n'avait pas voulu recevoir sa lettre, de peur qu'elle ne contint quelque reproche à son endroit. Les évêques l'exhortaient instamment à faire pénitence et à recevoir la lettre du pape qui était, pouvaient-ils assurer après l'avoir lue, con- çue en des termes entièrement impartiaux *. Pour comprendre ce qui précède, il faut savoir que. dans un conciliabule tenu à Redon en Bretagne, en 848, le duc Nominoë avait déposé les quatre évêques Sulsannus de Vannes, Salaco d'Aleth, Félix de Cornouailles et Libérât de Léon. Institués par le roi Charles le Chauve à qui ils étaient restés fidèles, Nominoë les accusait de simonie et les menaçait de mort, s'ils n'avouaient pas ce crime. Terrifiés, ils dirent quelque chose qui pouvait être interprété comme un aveu et se réfugièrent auprès de Charles le Chauve. Nominoë les remplaça par ses favoris, érigea deux autres évê- chés et éleva Dol à la dignité d'archevêché, pour affranchir son duché de la province ecclésiastique de Tours 2 . Deux autres documents, provenant de ce même concile de Paris tenu en 849, concernent les donations d'Hérimann, évêque de Nevers, à son église. Le moine Albéric rapporte encore que ce même concile de Paris décréta l'abolition des chorévêques en France 3 . Néanmoins on rencontre encore plus tard plusieurs chorévêques. Avant la découverte du Chronicon Fontanellense, on croyait [1551 généralement 4 Q ne QOtre concile s'était tenu à Tours, parce 1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 923; Hardouin, op. cit., t. v, col. 19. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 924, 942. Voir Appendices. (II. L.) :;. Lalande, Concilia Gallise, p. 330; Labbe, Concilia. t. vin, col. 58-61. 1928- 1931 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 1!); Coleti, Concilia, t. ix, col. 1057 ; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, p. 921; Conc. ampliss. coll., t. xiv. col. 923. (H. L.) 4. Cf. Baronius, Annales, ad ann. 849, n. 14. 164 LIVRE XXII que Lantran, archevêque de Tours, y avait tenu la première place. Mais cette chronique indique jusqu'à l'évidence que l'assemblée s'est tenue à Paris. Quant à la présidence de Lan- tran, on l'explique parce que le concile eut surtout à s'occuper des affaires de la Bretagne qui faisait partie de la province ecclé- siastique de Tours 1 . Von Norden conteste à bon droit 2 que ce concile de Paris ait approuvé formellement l'écrit de Prudence et par suite condamné l'opinion d'Hincmar. S'il en eût été ainsi, les adversaires d'Hincmar auraient certainement invoqué contre lui ce concile si important, ce qu'en réalité ils ne firent jamais. Dans l'écrit dont il est question ici, Prudence commence par protester qu'il aurait été heureux d'éclaircir de vive voix cette question avec les savants et saints personnages, Hincmar et Pardulus, mais il en a été empêché et a dû se résigner à le faire par écrit. Il leur demande de ne pas s'attaquer à la doctrine de saint Augus- tin, approuvée par tant de papes, et défendue par Fulgence, Prospcr, de. Alors il s'agissait [dus particulièrement de la pré- destination des élus ; maintenant au contraire, la question porte sur la prédestination des maudits. — Prudence expose en- suite, dans le c. ni, la doctrine de la double prédestination. « Comme, par suite de la désobéissance de nos premiers parents, toute la masse du genre humain se trouve condamnée, Dieu tout- puissant a fait tout à la fois acte de prescience et de prédesti- nation lorsque, par pure miséricorde, il a voulu détacher de cette massa perdita ceux qu'il fait arriver au moyen de la grâce et du sang du Christ, à la vie, à la magnificence et au royaume. Il a de même prévu et prédestiné tous ceux que la grâce et le sans: du Christ ne détacheraient pas de cette massa tniserabdis, et ils les a frappés d'une peine éternelle. Il ne les a pas prédes- tinés, i. e. prœordinavit, dans ce sens qu'ils seraient obligés de pécher, mais dans ce sens qu'ils seraient, à cause de leurs péchés, soumis à une peine éternelle. Il ne les a pas prédestinés à la culpa, mais bien à la pœna. » - De là. Prudence passe à la seconde question, connexe avec la première : Le sang du Christ a-t-il été versé en général pour tous les hommes, ou seulement pour les electi, les prsedestinati ? « Le Christ lui-même, dit-il, 1. Maugin, loc. cil., t. n, p. 101 sq. Pagi, Crilica, ad ami. 849, 1, 2. Op. cit., p. 69. 446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 165 paraît indiquer que son sang n'a été versé que pour les élus, car nous lisons ces mots dans trois évangélistes : Ceci est mon sang, qui sera verse pour beaucoup. Saint Luc porte celle variante: qui sera versé pour vous. On voit donc par là que le sang du Christ n'a pas été versé pour tous ; on lit, il est vrai, dans I re à Timo- 15b] thée, ii, 4 : qui vuli omnes homines salvos fi.eri; mais le mot omnes doit être pris ici non pas gêner aliter, mais specialiter. Il désigne non tous les hommes, mais, d'après saint Augustin, ceux dont Dieu veut qu'ils arrivent au bonheur éternel, ou encore des hommes pris dans toutes les nations; ou enfin la phrase signi- fie : Dieu fait que nous voudrions voir tous les hommes arri- ver au bonheur éternel. Celui qui interpréterait le mot omnes dans un sens tout à fait général, nierait la toute-puissance divine; car tous les hommes devraient devenir bienheureux, si Dieu le désirait réellement. Prudence cherche ensuite (c. iv,) à démon- trer, par des passages de la Bible, sa troisième proposition : Dieu ne veut pas que tous les hommes deviennent heureux, et ne donne pas sa grâce à tous ; ensuite (c. v à xn), il cite des passages des Pères pour appuyer la doctrine de la double prédestination. Enfin, dans le treizième et dernier chapitre, il réunit encore plu- sieurs passages des Pères sur la grâce et le libre arbitre pour montrer qu'à la suite du péché, la liberté humaine était devenue nulle pour le bien, mais que la grâce du Christ l'avait ressuscitée et relevée. — La dernière partie, que l'on a prétendue extraite de Gennade, mais qui est en réalité la conclusion de Prudence, décrit la marche de la justification : Il est vrai que. malgré la chute originelle, le libre arbitre est resté à l'homme pour faire son salut ; mais pour que ce libre arbitre parvienne effectivement à pratiquer le bien, il doil être d'abord excité par Dieu au moyen d'une inspiration divine et invité au salut. Initium ergo salutis nos- trse Deo miserante habemus; ut acquiescamus salutiferse inspirationi, nostrse potestatis est ; ut adipiscamur quod acquiescendo admoni- lioni cupimus, divini est muneris ; ut non labamur in adepto salutis munere, sollicitudinis nostrœ et cselestis pariter adjutorii ; ut laba- mur, potestatis nostrœ est et ignavise 1 . Ce beau passage prouve, incontestablement, que Prudence, pas plus que saint Augustin., 1. P. L., t. c.xv. cpl. 971-1010. Maugin n'a inséré qu'une partie de cet écrit t. ii, p. 107. 166 LIVRE XXII n'entendait ces expressions liberum arbitrium periit, etc., au sens destréformateurs protestants. 447. Autres écrits de Loup et de Ratramn sur la même question 1 Après le concile de Paris, en décembre 849, Loup de Ferrières séjourna à Bourges, à la cour de Charles le Chauve, et exposa à ce prince sa manière de voir sur la prédestination, le libre [157] arbitre et la rédemption par le sans; du Christ. Il appuya ses doctrines de passages tirés de la Bible et des Pères. Comme certains (Hincmar et ses amis) l'accusaient de ne pas penser à l'égard de Dieu pie et fideliter, il crut bon d'exposer brièvement son opinion sur ces trois points, dans une lettre au roi :« Dieu, dit-il, a créé Adam en état de justice, et avec lui il nous a nous- mêmes tous créés dans cet état. Mais Adam a, sans aucune contrainte, abandonné la rectitude naturelle et péché si gra- vement qu'il s'est précipité dans sa ruine, entraînant avec lui tous ses descendants. Notre culpabilité ne mérite donc que la punition, et Dieu, pour qui l'avenir est présent, a vu que toute la masse du genre humain serait corrompue en Adam par le péché. Néanmoins, il n'a pas voulu retirer au genre humain sa bienveillance, bene usurus etiam malis ; avant même la création du monde, il a choisi dans cette masse ceux qu'il voulait, par sa grâce, délivrer de la peine qu'ils avaient méritée. Quant aux autres, c'est-à-dire ceux auxquels il n'a pas accordé cette grâce. il les a abandonnés au juste jugement mérité parle péché. On peut donc dire de ceux qui ne sont pas atteints par la grâce de Dieu, que Dieu les endurcit, indurat eos ; ils sont appelés par saint Augustin prsedestinati ad pœnam, non dans ce sens qu'ils soient forcés de se perdre, mais dans ce sens que leur abandon par Dieu ne saurait être commué.» Loup dit au sujet du second point : « Le libre arbitre pour le bien a été perdu; l'homme avait le pou- 1. Sur l'activité épistolaire et la chronologie du recueil de Loup de Fer- rières, cf. G. Desdevises du Dezert, Lettres de Serval Loup, abbé de Ferrières. Texte, notes et introduction, in-8, Paris, 1888 ; L. Levillain, Étude sur les lettres de Loup de Ferrières, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1901, t. lxii, p. 445 sq. ; 1902, t. lxiii, p. 69 sq., 289 sq., 536 sq. (H. L.) 447. AUTRES ECRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 167 voir de le perdre, mais il n'avait pas celui de le recouvrer. Il se trouverait donc sans aucun libre arbitre pour le bien, si celui- ci n'avait pas été affranchi par la grâce divine (dU'ina gratia liberatum). Dieu seul a relevé cette volonté pour le bien. La grâce divine nous arrive d'abord, pour nous faire vouloir et commencer le bien, puis elle nous accompagne (subsequitur), afin que nous ne voulions pas en vain et que nous coopérions avec elle. Tou- tes les bonnes actions sont princip aliter l'œuvre de Dieu, elles ne sont la nôtre que consequenter, quia voluntate a nobis fiunt. » Loup a tort de ne pas mentionnner ici cette distinction si claire, savoir si le libre arbitre a été perdu simplement actu ou poten- tia. Mais l'expression liberatum montre que Loup est dans le vrai, c'est-à-dire que d'après lui le libre arbitre n'est pas anéanti, mais simplement prisonnier, il est devenu latent actu et il a besoin d'être délivré. Loup reconnaît aussi la nécessité de notre coopéra- tion. Enfin à cette troisième question : Si le sang du Christ a coulé pjro-|pour tous? l'abbé de Ferrières répond en ces termes: « Le Christ dit lui-même pro multis, et saint Jérôme explique ces mots : pro his qui credere voluerint. Par conséquent il entend dans ce pro multis les fidèles en général, aussi bien ceux qui restent fidèles à la grâce que ceux qui la perdent par le péché. Saint Augustin est du même sentiment; saint Jean Chrysostome croit au contraire, mais il est dans l'erreur, que le Christ est mort pro unis'erso mundo.Si quelqu'un montre au roi les œuvres de Fauste de Riez, qui professe une autre doctrine que saint Augustin, le roi pourra se souvenir que le pape Gélase et son concile ont condamné les écrits de cet homme 1 . Au début de cette lettre Loup parlant au passé de son séjour à Bourges, on en peut conclure que la lettre a été écrite en 850. Or, à cette date, l'abbé de Ferrières traitait ces mêmes questions dogmatiques avec beaucoup plus de détails dans son Liber de tribus qusestionibus 2 . Ne suivant plus l'ordre observé dans sa 1. Loup, Epist., cxxviii, P. L., t. cxix, col. 601 sq. ; Maugin, loc. cit., t. i, part. 2, p. 37; t. n, p. 110. [Sur cette lettre, cf. L. Levillain, dans la Bibliothè- que de l'Ecole des chartes, 1902, t. lxiii, p. 553-556. (H. L.)] 2. Loup, P. L., t. cxix, col. 619 sq. ; mieux dans Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 9 sq. Seulement Maugin est dans le faux lorsqu'il attribue cet ou- vrage, non pas à Loup, abbé de Ferrières, mais à un prêtre qui vivait à cette même époque à Mayence ; il pense que Loup a simplement composé la lettre Ad Carolum regem et le Collectaneum dont nous parlerons 'plus tard, t. i, 168 LIVRE XXII lettre au roi, Loup s'occupe d'abord du libre arbitre, et y cou- sacre la moitié de son mémoire. Il y revieul encore en traitant la question de la prédestination. La division entre les deux parties est si peu tranchée, que Maugin a pu faire commencer la seconde partie aux mots: Hsecautem gratiam, tandis qu'en réalité elle commence plus haut : llœc plane ut supra relatum est. Dans la première division, Loup expose longuement que, par suite du péché, le libre arbitre pour le bien a été perdu (de fait) ; avec- saint Augustin (dans le troisième ou le quatrième livre de l'o- peris imperfecti), maintenant perdu, il dit que le libre arbitre, né avec nous et que nous ne saurions perdre, consiste en ce que beati esse volunt etiam hi qui ea nolunt quse ad beatitudinem du- cunt. Loup répète ici : Le libre arbitre pour le bien doit être affranchi par la grâce de Dieu ; ici doue, comme dans la lettre au roi Charles, il comprend cette non-existence du libre arbitre après la chute originelle comme un emprisonnement, un état la- tent, mais non comme un anéantissement proprement dit. Il croit, à l'encontre du semi-pélagianisme, qu'aucun bien, si petit qu'il soit, ne procède de nous-mêmes, mais vient de Dieu, que [159] de lui proviennent les cogitaliones bonne, initium fidei et la perfectio fidei. Il croit également que la perseverantia est un don, une grâce de Dieu. Tout bien est donc principaliter un don de Dieu, mais consequenter c'est aussi une action de l'hom- me. Idemque opus et Dei est, qui operatur in nobis, et nostrum est, quia voluntate facimus quod prœceptum est nobis. Loup for- mule aussi cette proposition remarquable, pleinement conforme au c. 19 du concile d'Orange de 529 : « Adam a eu besoin (même avant sa chute) du secours divin pour avoir la volonté de faire le bien.)) - - En tête de la seconde partie, De prsedestinatione, . Loup pose ce principe : tandis que Ions les hommes avaient mérité la mort, la ^miséricorde de Dieu en sauve quelques- uns, pendant que les autres, occulto Dei judicio quamquam rectissimo, sonl abandonnés à la damnation méritée. Quant à la question de savoir pourquoi Dieu sauve les uns et non les autres, elle est supra hominem. Ensuite Loup explique l'expression : « Dieu endurcit » (dont nous avons parlé au part. 2, p. 10 ; t. n, p. 114. Le P. Sirmond a bien jugé cette question [P. L., t. exix, col. 619 not.) ainsi que l'auteur de V Histoire littéraire de la France, t. v, p. 262 sq. 447. AUTRES ÉCRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 169 début du présent paragraphe), puis il interprète exactement tomme Prudence, le passage de l'apôtre saint Paul : qui vull omîtes homines salvos fieri : il rejette la doctrine d'une seule prédestination propter prsevisa mérita, enseigne la gemi- na prœdestinatio, en disant : (Deus) operatur in mentibus pio- rum, adjuvando al saluiaria velint et in eis proficiant ; ope- ratur ( !) in mentibus impiorum, deserendo, ne nisi noxia velint et in pejora labantur. 11 réfute ensuite l'opinion qui voit en Dieu l'auteur de la mauvaise volonté des perditi, puis il établit cette distinction fort juste : que Dieu prédestine ce qu'il fait lui-même ; mais quant aux péchés des hommes, il ne les prédestine pas, il les prévoit seulement, en sorte que la prœscientia est le plus souvent sine prsedestinatione. Du reste, le nombre des élus es1 fixé, on n'y peut ajouter ni en retrancher personne. Loup n'ignore pas que certains illustres évêques ont élevé des objec- tions contre la prœdestinatio ad mortem, sous prétexte que, si on l'admettait, on devait aussi admettre que Dieu avait condamné, de par son bon plaisir, une partie des hommes au châtiment, et parce qu'il serait injuste de condamner ceux qui n'avaient pas le pouvoir d'éviter la faute et par conséquent la punition. Il répond : « Tous ont péché volontairement en Adam, et Dieu [1G0] n'a pas forcé l'homme à tomber ; il l'a seulement laissé tomber ; il prévoyait la chute (prsescU'it) et, dès l'origine, il a déterminé et prédestiné la conséquence de cette chute. » C'est se faire grandement illusion, continue-t-il, de dire : « Si je suis prédes- tiné ad mortem., je veux du moins jouir de cette vie.» Dieu veuille, ajoute-t-il, que jamais un chrétien n'ait cette croyance insensée, qu'il appartient au nombre des maudits et qu'il ne peut se sépa- rer des méchants et devenir bienheureux! Ceux-là ne peuvent pas penser ainsi qui se souviennent d'avoir été rachetés par le précieux sang du Christ, et savent que la pénitence peut leur ouvrir l'entrée d'une éternité bienheureuse. David, Pierre et le bon larron sont des exemples de ces retours. Quand même quelqu'un saurait qu'il sera damné, il devrait cependant s'appli- quer aux bonnes œuvres pour diminuer son châtiment ( !). Ces illustres évêques (lamina) ne doivent pas rougir de changer de sentiment, car le déshonneur ne consiste pas à tomber dans l'erreur, mais à s'y obstiner. — La troisième partie, très courte, cherche à prouver que l'expression omnes dans I Timoth., tt. A, ne désigne pas seulement les Juifs, mais des personnes prises dans tous les 170 LIVRE XXII peuples et qui seront sauvées par le sang de Jésus-Christ. Saint Jean Chrysostome seul a pris omnes au sens de toute l'humanité, Dans son troisième écrit, Collectaneum de tribus qusestionibus. Loup a réuni les passages des Pères sur lesquels il appuyait son sentiment 1 . Le savant moine Ratramn de Corbie avait reçu de Charles le Chauve une demande semblable à celle adressée à l'abbé Loup, et nous possédons encore les deux livres De prsedestinatione, datés de 850, par lesquels il exposait au roi sa manière de voir 2 . Les principaux passages du premier livre nous disent que : « de toute éternité Dieu prévoit et dispose toutes choses [dispensât et disponit), par conséquent même les pensées des hommes. Toutefois dans les bonnes pensées il est à la fois auctor et ordinator, tandis que pour les mauvaises il est simplement ordinator. Ces dernières ne sont pas de lui, mais elles servent sa volonté. Ayant tout prévu de toute éternité, il a aussi disposé toutes choses de toute éternité. Dans cette disposition éternelle, il n'a pas oublié la fin des élus et la fin des maudits, qu'il a réglée par un décret immuable. Cette dispositio sempiterni consilii est la prsedestinatio operum Dei, par laquelle il dispose les élus pour le règne de Dieu (ad regnum disponit) et les réprouvés au châtiment (reprobi ad psenas). » Vient ensuite une preuve tirée de saint Augustin 3 montrant [ltilj que Dieu dirige même les pensées mauvaises des hommes dans le sens où il veut et les fait encore servir à sa volonté. C'est ainsi que la trahison de Judas a servi à procurer la mort du Rédemp- teur. L'auteur donne quelques autres exemples tirés de la Bible prouvant que Dieu met à profit même les mauvaises pensées des hommes et agit dans leurs cœurs. Il dirige les hommes vers le bien et vers le mal ; mais cette direction vers le mal n'est autre chose que le résultat d'une malice existant déjà chez celui qui est ainsi dirigé (manifestatur operari Deum in cordibus hominum ad inclinandas eorum voluntates, quocumque voluerit, sive ad bona pro sua misericordia, sive ad mala pro meritis eorum, judicio utique suo aliquando aperto, aliquando occulto, semper ta- men justo). Il endurcit les cœurs, mais seulement après qu'on a mérité cet endurcissement. — Viennent alors des passages 1. P. L., t. cxix, col. 647 sq. ; Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 41 sq. 2. P. L., t. cxxi, col. 14 sq. ; mieux dans Maugin, op. cit., t. i, part. 1. p. 29; t. ii, p. 133. 3. De gratia et libero arbitrio, c xx, P. L., t. xlv, col. 905 8q. 447. AUTRES ÉCRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 171 de saint Grégoire le Grand, de Prosper et de Salvien, qui traitent de cette disposition divine et font voir que Dieu utilise, pour réa- liser ses plans, même les mauvaises pensées et les mauvaises ac- tions des hommes, même le mal que fait Satan, car Dieu a tout déterminé par avance d'une manière immuable. Ainsi, saint Grégoire le Grand dit : « Les pieux obtiennent par la prière ce à quoi Dieu avait décidé par avance qu'ils parviendraient au moyen de la prière. » — Dans la deuxième division du premier livre, Ratramn parle de la double prédestination, et prouve, par dos passages de saint Augustin, que la foi et les œuvres sont de pures grâces de Dieu, qu'aucun prédestiné ne se perd, que tous avaient mérité la damnation, que ceux qui n'arrivent pas au bon- heur sont laissés dans la massa perdîtionis ; que les autres, au contraire, sont distraits de cette masse sans qu'ils aient mérité d'en être séparés. De plus, Dieu choisit certaines personnes ad tempus, Judas, par exemple, et ne leur accorde pas le donum perseverantise ; le nombre des prédestinés est fixé, on ignore pourquoi Dieu donne la grâce aux uns et ne la donne pas aux autres, pourquoi il laisse mourir les uns en état de grâce et non les autres ; enfin le Christ est le plus splen- dide modèle prsedestinationis sanctorum 1 . En tête du second livre, également adressé au roi Charles, Ratramn donne, d'après saint Augustin et Fulgence, la défini- tion de la prédestination : elle est futurorum operum Dei seterna prseparatio. Il prouve, par un grand nombre de passages des Pères, qu'il y a une double prédestination, l'une des élus, l'autre des réprouvés. Dieu prédestine les élus à leurs bonnes œuvres et à ht récompense qui en est le résultat ; les réprouvés, au contraire, sont, parce que Dieu a prévu qu'ils s'obstineraient dans le péché. [1<)2] prédestinés ad psenam, mais non ad peccatum, car ce n'est pas le peccatum. c'est la redditio psense qui provient de Dieu. Dieu ne prédestine qu'à ce qu'il fait lui-même, il ne saurait donc prédestiner au mal, mais simplement à la peine résultan I du mal. Lorsque saim Augustin se sert de l'expression: les mé- chants sont prédestinés ad interitum, il entend par intentas, non pas le peccatum. mais la peccati vindictam. Quelques personnes acceptent l'expression : « la peine est prédestinée aux méchants, » mais rejettent cette autre : « les méchants sont prédestinés îi 1. Tiré de saint Augustin, De prœdestinalione sanctorum, c. xv. 172 LIVRE XXII la peine ; » en cela ils sont en contradiction avec ce passage de l'apôtre saint Paul: ç>asa irse aptata in interitum (Rom., ix, 22), et avec saint Fulgence. Vainement objectent-ils, la prsedesti- natio ad mortem porte atteinte à la liberté de l'homme et à la justice de Dieu : car a) la prescience divine ne force personne ;'i pécher, mais Dieu sait de toute éternité les péchés que chacun commettra en toute liberté ; b) la prédestination n'oblige pas les hommes à se perdre, car nul n'est damné parce qu'il est prédestiné à la damnation, mais parce que Dieu a vu qu'il persévérerait librement dans le péché. — Un très beau passage de saint Isidore 1 {Différent., lib. II, dist. XXVII, xi, 2) donne à l'auteur l'occasion de revenir sur la doctrine de la double pré- destination, de même que sur la liberté et la grâce. Il insiste beaucoup sur les mots nullis prsevisis meritis, et reprend l'en- seignement déjà énoncé : Dieu retire certaines personnes de la massa perditionis pour montrer sa miséricorde tandis qu'il aban- donne les autres à un juste jugement ; celles-ci ne peuvent se plaindre, parce qu'il ne leur attribue que ce qu'elles ont mé- rité ; la prédestination est éternelle, immuable, et la raison pour laquelle les uns sont sauvés et les autres abandonnés à leur ruine, n'est autre que le propositum prsedestinantis Dei. — Jusqu'ici Ratramn avait développé ses sentiments plutôt d'une manière analytique et en s'appuyant sur des passages des Pères ; clans la dernière partie du deuxième livre il procède d'une manière plus synthétique et vise surtout les opinions de ses adversaires. Aussi s'applique-t-il à mettre en relief l'idée prin- cipale de Gotescalc dans sa profession de foi détaillée, que la prsedestinatio adpsenam est un acte bon parce qu'il provient de la justice divine en sorte que le principe d'une prsedestinatio in bonis n'est pas en opposition avec celui d'une double prédesti- [163] nation. L'auteur prouve ensuite que la prsedestinatio ad pgenam n'est pas une prsedestinatio ad peccatum, bien qu'on ne puisse dire : Dieu ne fixe la peine qu'après la faute de l'homme, parce qu'on introduirait ainsi en Dieu un principe de mutabilité. 1. EtymoL, lib. II, dist. XXVII, c. n, n. 2. 448. RHABAN POUR HINCMAR 173 448. Rhaban prend parti pour Hincmar. Charles le Chauve fit remettre à Hincmar les écrits de Prudence et de Ratramn, peut-être aussi celui de Loup 1 ; aussitôt (avant Pâques de l'année 850), l'archevêque de Reims sollicita l'appui de Rhaban, archevêque de Mayence, dans les nouvelles contro- verses. La lettre d' Hincmar est perdue 2 ; mais nous possédons la réponse de Rhaban. Elle nous apprend que le messager d' Hinc- mar était arrivé chez Rhaban en mars 850, et lui avait remis, avec une lettre, l'opuscule d' Hincmar ad reclusos et simplices, et les scripta aliorum qui avaient pris parti pour Gotescalc, en par- ticulier ceux de Prudence de Troyes et de Ratramn de Corbie. Rhaban s'accorde avec Prudence, pour admettre que Dieu n'oblige personne à pécher ; mais lorsque l'évêque de Troyes dit :« De même que (sicut) Dieu conduit les élus à la vie éternelle, de même (ita) il force les pécheurs à se perdre, » l'archevêque déclare n'avoir pas trouvé cela ainsi exposé (mixtim positum) dans la sainte Écriture. Aussi, les traditions (les témoignages des Pères) invoquées par Prudence ne le tranquillisent pas. Rhaban attribue ici à Prudence une phrase qui n'existe pas tex- tuellement dans son écrit, mais qui se trouve à peu de chose près dans Gotescalc ; entre les deux prédestinations, l'assimila- tion étroite exprimée par les mots sicut et ita, est de Gotescalc, non de Prudence. — Rhaban regrette de ne pouvoir, à cause de l'âge et de la maladie, réfuter en détailles opinions de Prudence et opposer d'autres textes à ceux qu'il a réunis. Il a d'ailleurs ex- posé sa manière de voir et ses preuves, scripturaires et patristi- ques, dans ses livres à Noting et au comte Eberhard. Comme, selon la remarque d' Hincmar, Gotescalc a altéré ces livres, Rhaban en envoie une copie authentique. Il ne veut y ajouter que peu de chose. La sainte Ecriture ne parle d'une prédestination que pour le bien, il ne se souvient pas d'en avoir trouvé une pour le mal. Viennent alors des passages de la Bible établissant la prse- [164] destinatio ad vitam, et démontrant que Dieu n'est pas auctor mali. 1. Hincmar, De prsedest., c. v, P. L., t. cxxv, col. 90. 2. C'est la troisième lettre à Rhaban mentionnée par Flodoard, op. cit., 1. TFT, C. XXI. 174 LIVRE XXII Le moine de Gorbie, poursuit Rhaban, avait eu tort de blâmer Hincmar de ce qu'il avait regardé ces paroles de Fulgence, prse- paravit Deus malos ad supplicia, comme identiques à prœpa- rari permisit, et l'expression de la Bible : Deum indurasse cor Pharaonis, comme signifiant indurari permisit. Hincmar avait pleinement raison, car Dieu n'endurcit pas lui-même le cœur de personne, il le laisse simplement s'endurcir, sauf à punir en- suite le coupable. Le véritable auteur de cet endurcissement est la malice de l'homme, ou la ruse de Satan. Obdurare est ici synonyme de relinquere. Du reste l'homme n'a pas à scruter les jugements et les secrets de Dieu, il doit les vénérer et croire fer- mement que Dieu, qui veut le salut de tous les hommes, n'a- bandonne aucun de ceux qui espèrent en lui. Rhaban s'était contenté de signaler ces courts passages de la sainte Ecriture et des Pères, auxquels Hincmar pouvait en ajouter lui-même beaucoup d'autres, car il était personnellement très savant et jouissait d'une bonne santé. Il l'exhortait instamment, à ne plus souffrir entre les chrétiens de pareilles et honteuses discussions, et à ne plus laisser Gotescalc nuire par ses écrits et ses dis- cours. Il était surpris qu' Hincmar, ordinairement si prudent, eût autorisé ce dangereux Gotescalc à répandre des écrits, dont le venin avait infecté tant de personnes en divers lieux. C'était agir contre les conseils de saint Paul {Tit. m, 10). On ne devait permettre à Gotescalc aucune discussion, mais on devait prier pour lui, afin que Dieu lui accordât un cœur guérissable. Rhaban ne pouvait approuver qu'on lui eût permis de recevoir la commu- nion, même avant sa conversion 1 . Il partageait pleinement les sentiments d' Hincmar, dans son écrit ad reclusos, mais il regar- dait comme superflu d'écrire contre Gotescalc, chez qui il n'y axait que de l'orgueil. Ce qui trahissait cet orgueil, c'est qu'il avail tescalc, et en quel sens on peut défendre l'une ou l'autre, voyez Maugin, op. cil. t. ii, p. 175 sq. 180 LIVRE XXII explique d'une manière très satisfaisante l'expression prœdes- tinatio ad mortem. Au n. 5, s'inspirant de saint Augustin, le fidelissimus doctor, il dit que, dans ce passage de l'Evangile (Joan., xn, 39) : « Les juifs ne pouvaient pas croire, » il fallait [170] interpréter le non poterant par nolebant : au n. 6, il dit que les saints ont compassion du malheur des damnés, mais que dans ce châtiment, ils reconnaissent, honorent, et. vénèrent la justice de Dieu. Comme septième point de mécontentement contre Gotes- calc, Amolo lui reproche sa conduite : il insulte ses adversaires, les traite de rhabaniens, s'obstine dans sou excommunication, persiste dans son orgueil et se tient pour infaillible. En terminant, Amolo en appelle au second concile d'Orange, tenu en 529, et donne à Gotescalc comme règles de foi deux propositions ex- traites de l'épilogue de ce concile : Hoc etiam secundum, etc., et Aliquos vero. Nous possédons encore un court et remarquable écrit d'Amolo sur la prédestination et le libre arbitre {depravatum arbitrium) ; c'est probablement un fragment de la lettre à Hincmar qui accompagnait le traité dont nous venons de parler x . Ces condamnations de la doctrine de Gotescalc par Amolo et Florus déterminèrent Hincmar et Pardulus à faire plus que jamais cause commune avec l'Église de Lyon, dans la question en litige. C'est pourquoi, vers la fin de l'année 852 ou au commencement de l'année suivante, ils adressèrent deux lettres aux Lyonnais, avec une copie de la lettre de Rhaban à Noting. Mais avant même que ces documents n'arrivassent à leur destina- tion, le malheureux livre de Scot Erigène avait provoqué une réfutation de Florus à la demande de l'Eglise de Lyon (852) 2 . Elle commence ainsi : Venerunt ad nos cujusdam vaniloqui et garruli hominis scripta. Par où l'on voit que Florus n'avait pas sous les yeux tout l'écrit de Scot, mais seulement les dix-neuf capitula extraits par l'archevêque Wenilo. Ils sont réfutés en détail et par ordre. Comme dans le Sermo de prasdestinatione, Florus se prononce ici pour une double prédestination, dans le sens indiqué, et réfuie les objections pélagiennes de Scot Erigène, à peu près de la même manière que Prudence. Comme celui-ci, il nie l'existence d'une secte particulière qui ferait tout dépen- 1. Maugin, op. cit., t. n, p. 211 sq. 2. P. L., t. exix, col. 101 sq.; Maugin, op. cit., I. î, part. 1, p. 595 sq. 451. REMI DE LYON 181 dre de la grâce (sans tenir compte de la liberté), et ne douté pas que Scot a inventé celte secte afin de pouvoir combattre par ee subterfuge la doctrine de saint Augustin. 11 déplore que [171] des hommes d'Église considérables (Hincmar) favorisent Scot Erigène. Il dit, enfin, qu'après la sévère condamnation portée con- tre Gotescalc. on aurait dû envoyer aux Églises un exposé de ses erreurs, afin que l'on connût positivement l'enseignement de ce malheureux moine, et qu'on réfutât d'une commune entente ses fausses doctrines (c. iv). 451. Rémi de Lyon. Ces derniers mots de l'écrit de Florus prouvent que les trois lettres d' Hincmar et de Pardulus aux Lyonnais n'étaient pas encore arrivées, pas plus qu'en les écrivant, Hincmar et Pardulus ne connaissaient le mémoire de Florus. Amolo, archevêque de Lyon, étant mort sur ces entrefaites, son successeur Rémi com- posa, au nom de l'Église de Lyon, une réponse détaillée à Hincmar et à Pardulus 1 , intitulée Liber de tribus epistolis. Après une courte introduction, Rémi discute la lettre d' Hincmar dont il cite plusieurs fragments. Le premier blâme Gotescalc d'avoir' prêché aux païens la doctrine si difficile de la prédestination, au lieu de leur prêcher la pénitence, et contient mot à mot cinq propositions de Gotescalc. Rémi répond que l'accusation au sujet des païens est inadmissible ; quant à la doctrine sur la prédestination, il faut se conformer aux règles suivantes : 1) La prescience divine, ainsi que la prédestination, est, néces- sairement, éternelle et immuable. 2) Tout ce que Dieu fait est prévu et préordonne d'une manière immuable par un décret de toute éternité ; décret qui comprend le bonheur des élus et la punition des réprouvés. 3) Il n'existe pas de diilerence entre la prescience et la prédestination de ce que Dieu fait lui-même ; mais toute chose que Dieu a prévu vouloir faire se trouve par le fait prédestinée. C'est pour cela qu'il a préordonné les reprobi ad mortem, de même qu'il a préordonné les electi ad vitam. 4) A 1. P. L., t. cxxi, col. 985-1068; dans Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 67-118; cf. t. ii, p. 223, 229, 234, 258. 182 LIVRE XXII l'égard de ce que font les créatures raisonnables, la prescience et la prédestination divines sont identiques. Les actions de chaque créature sont en partie bonnes et en partie mauvaises ; les bonnes sont l'œuvre (opéra) aussi bien de la créature que de Dieu, qui donne aux créatures le vouloir et la force de réaliser ce qu'elles veulent ; comme œuvre de Dieu, ces bonnes actions sont donc [172] prévues et prédestinées de Dieu. Les actions mauvaises, au con- traire, ne sont l'œuvre (opéra) que des créatures ; aussi sont-elles prévues, mais non prédestinées par Dieu. 5) Dieu sait qui s'obsti- nera dans l'injustice et il l'a, avec une équité parfaite, prédestiné à la ruine. Mais la prescience et la prédestination ne le for- cent pas à être mauvais, de telle façon qu'il ne puisse pas ne pas l'être. Au contraire, Dieu l'invite à la pénitence et au sa- lut. 6) Lorsque la sainte Ecriture emploie tantôt le mot prœscire, tantôt le mot prsedestinare, on ne doit pas s'en tenir uniquement à ces mots d'une façon puérile, mais on doit examiner le con- texte et voir s'il enseigne ou n'enseigne pas la prédestination. C'est ce qu'a fait saint Augustin. 7) Aucun des élus ne se perd et aucun des réprouvés ne se sauve, non parce que les hommes ne peuvent s'amender, mais parce qu'ils ne le veulent pas. Dieu, prévoyant leur obstination volontaire dans le mal, les a prédesti- nés ad mortem. Mais il existe une autre catégorie très nombreuse de reprobi, celle des enfants morts sans baptême et condamnés en vertu du péché originel. Disons simplement que Dieu est juste, même dans la ruine de ces enfants. Mais, dira-t-on, la prédestina- tion ne rend-elle pas la prière inutile ? Grégoire le Grand répond : « Nul ne peut obtenir ce à quoi il n'est pas prédestiné, mais la pnedestinatio ad vitam est disposée par Dieu de telle manière que les electi l'obtiennent ex labore, et qu'ils doivent obtenir par la prière ce que Dieu a, de toute éternité, décidé de leur donner. » Rémi donne ensuite, à l'appui de la doctrine sur la prédestination exprimée dans ces sept règles, toute une série de passages des Pères ; il conclut que les deux premières propositions incrimi- nées de Gotescalc, contenaient l'expression de la vérité. Les voici : 1) quia ante omnia secula et antequam quidquam faceret a principio Deus, quos voluit prsedestinavit ad regnum, et quos voluit prsedestinavit ad interitum ; 2) qui prsedestinati sunt ad interitum, salvari non possunt ; et qui prsedestinati sunt ad regnum, perire non possunt. Quoique, dit Rémi, la levitas, temeritas et importuna loquacitas de ce miserabilis monachus méritenl le blâme, on ne 451. REMI DE LYON 183 doit cependant pas méconnaître la vérité divine (c. i-x). Le troi- sième principe de Gotescalc : et Deus non vult omnes homines sah'os fieri. sed eos tantum qui salvantur, peut aussi s'entendre dans un sens orthodoxe, car déjà les Pères avaient donné diverses 173] interprétations du passage de saint Paul [I Timoth., n, 4), pour le faire concorder avec ce fait, que tous les hommes n'arrivent pas à faire leur salut (c. xi-xiii). Le quatrième principe de Gotes- calc ne fait que développer sa troisième proposition; il dit : Chris- tus non venit ut omnes salvaret, nec passus est pro omnibus, nisi solummodo pro his qui passionis ejus salvantur mysterio. Rémi fait voir dans quel sens la sainte Ecriture dit que le Christ est mort pour tous, et remarque qu'on ne peut cependant pas nier que le Christ n'ait pas versé son sang précieux pour les milliers de personnes qui sont mortes et se sont perdues avant son arrivée sur la terre, et que ce sang n'a pu contribuer à racheter. Le Christ n'est venu et n'a été crucifié que pour les fidèles, et on peut même dire que parmi les fidèles il n'est mort que pour ceux qui ont persé- véré jusqu'à la fin. S'il était mort pour tous les hommes, il serait mort même pour l'Antéchrist ! Par conséquent, la phrase de Gotescalc est, dans ce sens, admissible, et elle a beaucoup de docteurs en sa faveur (c. xiv-xx). Il en est autrement de la cinquième proposition, portant qu'après la chute originelle l'hom- me ne peut se servir du libre arbitre que pour le mal et non pour le bien [et postquam primus homo libero arbitrio cecidit, nemo nos- trum ad bene agendum, sed tantum ad maie agendum libero potest uti arbitrio). Rémi ne peut croire qu'un chrétien professe une pareille doctrine, et que le bien que nous faisons doive être uni- quement attribué à la grâce sans la coopération de l'homme. Jamais personne n'avait émis pareille opinion (il n'eût plus parlé ainsi au xvi e siècle). Mais peut-être Gotescalc voulait-il simple- ment dire que, sans la grâce divine, nul ne pouvait utiliser son libre arbitre pour le bien, et, dans ce sens, la proposition était catho- lique (c. xxi-xxm). Le second fragment de la lettre d'Hincmar raconte les préli- minaires du concile de Quierzy ; Rémi n'approuve aucunement que Gotescalc, condamné d'abord par les abbés à être fouetté, ait été ensuite condamné par les évêques pour hérésie, tandis que l'autorité supérieure (c'est-à-dire celle des évêques) devait seule émettre le jugement. Il parle de la dureté inhumaine avec laquelle on s'est conduit envers Gotescalc, et répète que les principes 184 LIVRE XXII de ce dernier, condamnés à Quierzy, étaienl en partie orthodoxes, du moins qu'ils étaient d'accord avec la doctrine de quelques Pères (c. xxiv-xxv). Le troisième fragment et les suivants contiennent les réponses d'Hincmar aux propositions de Gotescalc ; Rémi soumet ces réponses à une analyse minutieuse, a) Dieu, dit Hincmar, veut que tous arrivent au bonheur éternel, ce qui ne fait que répéter [174] la sainte Ecriture. Mais on pourrait, avec saint Augustin, inter- préter ce passage de l'Ecriture sainte (/ Timoth., n, 4) dans un autre sens, c'est-à-dire que tous ceux dont Dieu veut le salut, arrivent à le faire {y ère vult salvos fieri). Lorsque Hincmar dit que le sang du Christ a été versé pour tous, sa proposition est inac- ceptable, car dans la plupart des passages de la Bible, on lit pro multis, et le mot omnes qui se trouve dans la première à Ti- mothée (n, 6) est synonyme de multi. b) Dans les c. xxvm etxxix, Rémi discute l'opinion d'Hincmar sur une seule prédestination, celle ad vitam, et il expose en abrégé, mais exactement, la doctrine de la gemina prsedestinatio. c) Hincmar admettait que la psena était prédestinée à ceux qui s'obstinaient dans le péché, mais Rémi prouve l'inanité de ses répugnances contre la proposi- tion correspondante : « les pécheurs sont prédestinés ad pse- nam » (c. xxx). d) Dans les c. xxxi-xxxiii, Rémi explique divers passages de la Bible, allégués par Hincmar ou par Gotescalc, et il se prononce de nouveau pour ce dernier avec cette restriction que plusieurs textes cités par lui en faveur de la prédestination ne se rapportent pas à la prsedestinatio futurorum, mais au prsesens Dei judicium, par exemple le passage si connu, induravit Do minus cor Pharaonis : Dieu l'avait endurci pour le punir, e) Dans les c/xxxiv-xxxvi, Rémi rejette avec beaucoup de vivacité l'assertion d'Hincmar devant laquelle saint Augustin aurait rétracté dans Y Hypomnesticon, le principe si souvent formulé dans ses écrits antérieurs : Reprobi pysedestinati sunt ad interitum, pour le rem- placer par cet autre : Psense Us prédestinât se sunt. Rémi prouve quel' Hypomnesticon est apocryphe, et accuse Hincmar d'une absur- ditas et impia prsesumptio. /) Enfin dans les c. xxxvn et xxxvin, Rémi attaque deux opinions d'Hincmar: que le libre arbitre a été simplement vicié par le péché, et que tout le bien que nous faisons, et Dei est et nostrum. Rémi pou va il répondre avec raison que le libre arbitre avait été non seulement lésé, mais était devenu comme latent. Malheureusement, au lieu de se servir de cette 451. REMI DE LYON 185 expression, à V état latent, il emploie le mot mortuum, qu'il corrige, il est vrai, aussitôt après par cette explication : Mortua est anima per peccatum, non amittendo naturam suant, sed amittendo veram vitam suam. Sur l'autre principe, il reproche à Hincmar de vouloir, sa us raison aucune, partager le bien entre Dieu et l'homme. e1 il il à ce sujet : « Tout le bien que nous faisons est totum JJei donando, et devient totum nostrum accipiendo. » 11 me semble cependant qu'il n'y a ici aucune différence essentielle entre la pensée d' Hincmar et celle de Rémi. [175] ^ partir du c. xxxix, Rémi s'occupe de la lettre de Pardulus qui disait : « Après que cinq personnages (parmi lesquels Amalaire) nous eurent fait connaître dans leurs lettres leurs diverses opi- nions sur la prédestination, nous avons pressé Scot de nous écrire à ce sujet. » Pardulus avait en même temps cherché à défendre l'authenticité de V Hypomnesticon et de l'écrit apocry phe de saint Jérôme, De induratione cordis Pharaonis. Rémi lui répond : On eût évité toute cette dispute, si on s'en était tenu aux sentiments des Pères, et si on n'avait pas préparé un livre apocryphe, V Hypomnesticon, à tous les écrits aiithentiques de saint Augustin. Le livre De induratione n'est pas non plus de saint Jérôme. Pour indiquer le vrai sentiment de ce Père, Rémi s'abuse gravement en donnant comme de saint Jérôme, un passa- ge de Pelage, dans sa professio de foi si connue adressée au pape Innocent I er . Enfin, Rémi se plaint vivement de l'importance don- née à l'opinion d'hommes tels qu' Amalaire et Scot (c. xxxixet xl). Contre la troisième lettre, celle de Rhaban à Noting, Rémi remarque en général qu'elle ne touche pas à la question en litige, et réfute ce que personne ne soutient, à savoir, que « Dieu pré- destine et force certains hommes à commettre le péché. » Quant à la question de savoir « si ceux dont Dieu avait prévu l'obstina- tion dans le péché étaient prédestinés par lui, » elle est passée sous silence. Au début de sa lettre, Rhaban déclare hérétique, ce principe de Gotescalc : « aucun de ceux qui sont prédestinés à la vie ne peut se perdre, » principe qui, cependant, est juste. Ce que Rhaban affirme ailleurs n'est nié par personne, et ce qu'il attaque n'est professé par personne (c. xlii). Au c. xliii, Rémi a tort de vouloir prouver contre Rhaban qu'on imputera au damné toutes ses fautes, même celles qui ont été effacées par le baptê- me, même le péché originel. Il s'engage ensuite dans une pure question de mots lorsque, au cxLiv.il blâme l'opinion de Rhaban 186 LIVRE XXII soutenant que les réprouvés n'ont jamais été distraits par Dieu de la massa perditionis. Dans le c. xlv, il montre qu'un long pas- sage de Rhaban est emprunté à V Hypomnesticon et par consé- quent n'a aucune force probante. Enfin il cherche (c. xlvi et xlvii) à résoudre diverses objections soulevées par Rhaban contre la double prédestination, en particulier sur les sept points énoncés par lui. En appendice à ce mémoire, Rémi écrivit, au nom de l'Église de Lyon, un petit livre intitulé : De generali per Adam damna- [176] tione omnium et speciali per Christian ex eadern ereptione electorum 1 . 452. Conciles tenus entre 850 et 853, étrangers à la question de Gotescalc. Nous avons déjà mentionné le concile de Paris de l'année 849, qui très vraisemblablement n'eut aucun rapport avec les discus- sions soulevées par Gotescalc. On peut en dire autant du syno- dus Regiaticina tenu dans Yurbs regia Ticino (Pavie) en 850 2 . Les membres les plus importants furent : Angilbert, archevêque de Milan, Théodeman, patriarche d'Aquilée, et Joseph, évêque (d'Ivrée) et archicapellanus totius Eclesise 3 . Les collections con- ciliaires donnent vingt-cinq canons de ce concile, ainsi qu'un dé- cret impérial plus cinq numéros. Pertz a publié en outre quatre fragments inédits mais qui, en somme, n'ajoutent guère à ce qu'on savait. Le premier document contient vingt-quatre canons ou capitula proposés au jeune empereur Louis II, présent au concile et récemment associé à l'empire par son père l'empereur Lothaire. Le second document contient les vingt-quatre mêmes canons devenus canons impériaux, par la confirmation impériale. Ils sont identiques aux vingt-cinq canons des collections plus anciennes 4 . 1. P.L.,t. cxxi, col. 1068 sq. ; Maugin, op. cit., t. 1, part. 2, p. 118 sq. Voyez t. h, p. 559. 2. Sur la chronologie, cf. les notes de Mansi, op. cit., t. xiv, col. 930, et Pagi, Critica, ad ann. 850, 5. 3. Il était archichapelain de l'empereur Louis IL Cf. Hardouin, op. cit., t. iv, col. 77; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 1019. 4. Dans Pertz, le canon 18 réunit les canons 18 et 19 d'autres collections. 452. CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 187 La plupart ne sont du reste qu'une répétition d'anciennes ordonnances; en voici un résumé: 1. L'évêque doit avoir cons- tamment quelques clercs témoins de sa conduite. 2. Il doit autant que possible dire la messe tous les jours. 3. Il doit tenir une table modeste, ne pas forcer ses hôtes à boire, recevoir des pauvres et des étrangers à sa table. 4. Il ne doit pas aimer les chiens, les faucons, les chevaux, la chasse, les vêtements somp- tueux, etc. 5. Il doit étudier assidûment, instruire ses clercs et son peuple. 6. Les archiprêtres des campagnes doivent visiter [177] toutes les maisons pour obliger ceux qui ont commis une faute publique à faire aussi une pénitence publique. Ceux qui ont péché en secret doivent confesser leurs fautes aux prêtres institués par l'évêque ou par les archiprêtres des campagnes. Dans les cas difficiles, c'est à l'évêque à décider, et si l'évêque est lui-même dans le doute, ce sera au métropolitain ou au synode provincial. Quand la confession est secrète, on doit traiter le cas sous une forme impersonnelle. Dans les environs des villes et dans les fau- bourgs, l'évêque doit faire régler par l'archiprêtre de la ville (mu- nicipal) et par d'autres prêtres ce qui a trait aux pénitences. 7. Les prêtres doivent veiller à ce que leurs pénitents accomplissent les œuvres de satisfaction qui leur sont imposées. Sauf les cas de nécessité, l'évêque seul peut réconcilier les pénitents. 8. On doit exhorter les malades à recevoir l'huile sainte, maison ne doit la leur donner que lorsqu'ils sont réconciliés avec l'Eglise et ont reçu la communion. 9. Plusieurs marient leurs filles beau- coup trop tard; aussi arrive-t-il souvent qu'elles commettent des fautes, même pendant leur séjour dans la maison paternelle. Quelques-uns, ce qui est épouvantable à dire, font même com- merce de leurs filles. Les parents doivent marier leurs filles plus tôt. S'ils ne le font pas^ et si une fille commet une faute, les parents seront condamnés à la pénitence. S'ils font commerce de leurs filles, on leur imposera une pénitence plus considérable que celle imposée à la fille coupable. Une fille ainsi violée ne doit se marier que lorsqu'elle et ses parents auront accompli la pénitence publique qui leur aura été imposée. 10. Sur le rapt des filles. 11. Si quelqu'un, ayant des possessions dans plusieurs dio- cèses, est excommunié par un évêque, cet évêque doit faire connaître aux autres eveques compétents la sentence portée par lui, afin que l'excommunié ne soit reçu nulle part. 12. Un excommunié ne doit être admis ni au service militaire, ni à 188 LIVRE XXII aucune charge civile. 13. Il, doit y avoir pour chaque plebs ] un archiprêtre qui aura la surveillance des prêtres placés dans les petites églises. 14. Les évêques doivent, sous peine d'excom- munication, faire rebâtir les monastères détruits. 15. Il en sera de même pour la conservation des xenodochia. 16. On doit exhor- ter les empereurs à être plutôt les protecteurs que les oppres- seurs des nombreux monastères et des xenodochia placés sous leur puissance. 17. Tous les chrétiens doivent donner la dîme de leurs biens (omnium rerum suarum). 18. Tous les clercs doi- vent être soumis à la discipline de leur évêque ; aussi, nul ne doit installer dans une maison un chapelain qui ne soit ap- prouvé par l'évêque. De même nul ne doit confier à un clerc des affaires ou des missions séculières et cela sous peine d'ex- communication pour les deux. 19. Il est défendu de faire l'usure ou de prêter à intérêt. 20. Les oppresseurs des veuves et des orphelins doivent être admonestés par l'évêque; s'ils ne s'amen- [178] dent pas, ils seront dénoncés à l'empereur. 21. Les clercs et les moines qui vont de province en province et de ville en ville, sou- lèvent des questions inutiles et occasionnent des disputes. L'évê- que doit les faire arrêter pour les soumettre à une enquête faite par le métropolitain, et s'ils ont agi par frivolité et non par zèle pour la doctrine, ils seront punis comme troublant la paix de l'Eglise (allusion évidente à Gotescalc, qui avait d'abord dissé- miné ses opinions dans la haute Italie). 22. Il arrive souvent, sur- tout dans le peuple de la campagne, que des pères marient leurs fils trop jeunes avec des femmes plus âgées, puis qu'ils attirent ces belles-filles chez eux pour avoir avec elles des relations adultères. En conséquence on ne devra plus à l'avenir marier un fils trop jeune avec une femme plus âgée. 23. Les femmes qui, par leurs sortilèges, font naître l'amour ou la haine ou qui vont jusqu'à causer la mort, seront recherchées avec soin et soumises à une sévère pénitence. 24. Les juifs ne doivent pas exercer l'office de juges sur des chrétiens ; ils ne doivent exiger d'eux aucune redevance. Le troisième document édité par Pertz aurait dû n'être placé qu'après le quatrième, car il contient un extrait (fait pour les comités) de la grande ordonnance contenue dans le quatrième docu- ment, et publiée par l'empereur Louis II à la demande de son 1. Plebs, c'est l'archiprêtré ou doyenné rural. (H. L.) c'est-à-dire qu'on ne doit célébrer aucune fête do saint 2 . 23. Les clercs ne doivent pas assister aux représentai ions théa- 1. Conc. Tolet., can. 19. Cf. Hisi. des conciles, § 112. 2. Conc. Laodic, can. 'i9; Conc. Trull., can. 52, contiennent une ordonnance analogue, mais dans ce sens que, les autres jours de carême, on devait dire seulement les missse prsesanctificatorum. Dans le canon de Mayence, les mots panis benedictionis doivent s'entendre des eulogies. Quoiqu'en Orient il n'y eût durant les premiers siècles et pendant le carême de messe proprement dite que le dimanche, cette coutume était changée, dès le iv e ou le v° siècle, en celle à laquelle notre canon fait allusion. Cf. Binterim, Denkwùrdigkeiten, t. v, p. 504 sq. - 192 LIVRE XXII traies, qui onl lieu d'ordinaire à l'occasion tics banquets et des noces ; ils doivent se retirer auparavant. 24. On ne doit pas dire la messe dans les habitations privées. 25. Défense portée contre la simonie 1 . Le manuscrit de Bamberg 2 portant la suscription : Canon llludowici, il en résulte que Louis le Germanique a confirmé ces ordonnances. Sans nous arrêter à deux réunions peu nombreuses et sans importance, nous nous occuperons du grand concile de Sois- sons, en 853. A la demande des évêques francs, le roi Charles le Chauve avait prescrit la tenue d'un concile dans le monastère de'Saint-Médard et Saint-Sébastien, le 22 avril 853 3 . Il y assis- tait, ainsi que les archevêques Hincmar de Reims, Wenilo de Sens et Amalric de Tours, un grand nombre d'évêques, des abbés, des prêtres, etc. Parmi les évêques, on distinguait en parti- culier Prudence de Troyes et Pardulus de Laon, et parmi les abbés, Loup de Ferrières et Bavon d'Orbais (c'était l'abbé de Gotescalc). Nous ne possédons pas les actes complets de cette assemblée ; une partie néanmoins nous est parvenue, à sa- voir : a) des extraits des procès-verbaux des huit sessions où fut agitée la question des clercs déposés par Hincmar ; b) le mémoire adressé au concile par les clercs déposés; c) treize ca- nons ; d) un capitulaire publié à cette époque par Charles le Chauve et relatif aux affaires de l'Eglise. Nous avons vu que le prédécesseur d' Hincmar sur le siège de Reims, l'archevêque Ebbon, avait été déposé dans un concile de Thionville; mais en 840, l'empereur Lothaire l'avait réintégré de force. Il ordonna alors plusieurs clercs. Quelques mois après, il était de nouveau expulsé par le roi Charles le Chauve et, en 845, Hincmar était élevé sur le siège de Reims. On comprend qu' Hinc- mar ait regardé comme illégale la réintégration d'Ebbon en 840, sans quoi son élévation sur le siège de Reims, du vivant d'Eb- bon, eût été sans valeur. Hincmar se refusa donc à reconnaître [182] 1. Conc. Chalced., can. 2. 2. Ms. Bamberg A. I. 35, ix c Siècle. (II. L.) 3. Sirmond, Conc. Gall, t. m. col. 71, 80 ; Coll. regia, t. xxi, col. 636; Labbe, Concilia, t. vin, col. 79-98, 1943-1945; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 41 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1087; Mansi, Concilia, Supplem., t. t, col. 930; Conc. am- pliss. coll., t. xiv, col. 978; t. xvn, Appendix, p. 33; Pertz, Monum. Germ. hist., t. m, Leges, t. i, p. 416. Voir Appendices. (H. L.) 4.32. CONCILES l'IM s ENTRE 850 ET Soà 193 les ordinations faites par Ebbon après sa réintégration, el inter- dit aux clercs ainsi ordonnés les fonctions de leur ministère. Ceux-ci portèrent leurs plaintes par-devant le concile de Soissons, et, sur leurs prières, on leur permit de paraître devant le con- cile. Dès qu'ils furent introduits, Sigloard, archidiacre d'Hinc- mar, lut leurs noms : Rodoald, Gislad, Wulfad et Frédébert, les uns moines, les autres chanoines de la cathédrale de Reims. Mais Wulfad, dont le nom avait été appelé, n'était pas présent. Ils demandèrent, de vive voix, leur réintégration, mais Hinc- mar exigea d'eux une pièce écrite. Quelques jours après, 26 avril, ils remirent leur requête 1 ; Hincmar, président, remar- qua alors l'absence du nom de Wulfad ; Sigloard répondit que W ulfad était malade dans un des monastères de la ville. Aussitôt on lui envoya une députation réclamant sa signature. Quand il l'eut donnée, ainsi que l'affirment les actes de Soissons. Hincmar déclara que, conformément aux règles canoniques, les plaignants et lui devaient faire choix d'arbitres. Il désigna pour sa part 183] les archevêques Wenilo de Sens, Amalric de Tours et l'évêque Pardulus de Laon. qu'il chargea de représenter le siège de Reims, et de présider le tribunal des arbitres, afin qu'il ne fût porté aucune atteinte aux droits de la primatiale de Reims. Il concéda à ses adversaires le droit de choisir les mêmes arbitres ou d'autres; ceux-ci se contentèrent d'y adjoindre Prudence, évêque de Troyes. Lorsque, dans la seconde session, les arbitres demandèrent aux évêques qui avaient autrefois ordonné Hincmar, s'ils pouvaient démontrer le motif de la déposition d' Ebbon et de l'élévation d' Hincmar, Théodoric, évêque de Cambrai, se leva et remit un mémoire, lu par l'abbé Loup, et contenant l'exposé de ce qui s'était passé à Thionville. L'évêque de Cambrai montrait que, île son propre aveu et par la sentence des trois juges de sa con- science, devant des témoins, dont Théodoric lui-même, Eb- bon s'était reconnu indigne, à cause de ses péchés et méfaits, d'occuper la charge archiépiscopale. Le mémoire exposait, en 1. Ce renseignement est reproduit dans Bouquet, Rec. des historiens des Gaules, t. vu, p. 277 sq., et dans A. Du Chesne, Historiée Franc. Scriptor es, t. n, p. 340 sq. Les clercs déposés emploient ici un principe conforme à celui du pseudo-Isidore pour déclarer que la déposition d' Ebbon par le concile de Thionville n'était pas valable, en particulier parce que cette réunion n'avait pas été Aposlolica auctoritate convocata. Ils pouvaient facilement connaître ce principe du pseudo-Isidore, si Ebbon est un partisan de cette doctrine. Cf. Von Norden, Hincmar, p. 122 sq. CONCILES — IV — 13 194 LIVRE XXII outre, qu'un évèque démissionnaire dans ces conditions ne pou- vait revenir sur sa décision, et indiquait les conditions de la réintégration d'un évêque déposé. Enfin, le pape Serge avait confirmé la déposition d'Ebbon, et l'avait réduit à la communion laïque. Le^concile approuva le mémoire de Théodoric. La troisième session enquêta sur l'élévation d'Hincmar au siège de Reims ; à la demande des judices, Rothade, évèque de Soissons, rappela les règles canoniques d'élection d'un métropo- litain. Il montra que, conformément à ces canons, Hincmar avait été demandé pour archevêque par le clergé et le peuple, et ajouta qu'il l'avait lui-même sacré canoniquement en présence de tous les évêques de la province. Hincmar communiqua les do- cuments relatifs à son ordination et à sa reconnaissance par les évêques des Gaules, par le pape et par le roi. Aussi la quatrième session proclama-t-elle Hincmar régulièrement élu, ordonné cano- niquement, décoré du pallium et reconnu en qualité de primat. Immo, évêque de Noyon, remit alors un mémoire, démontrant la nullité des ordinations faites par Ebbon après sa réintégra- tion. Dans la cinquième session le concile se rangea à cette décision, et déclara non avenues les fonctions ecclésiastiques remplies par Ebbon après sa prétendue réintégration, sauf le baptême. Frédébert, un des clercs ordonnés par Ebbon, se leva et déclara avoir reçu les ordres d'Ebbon, uniquement parce que les suffra- gants de Reims, Rothad, Siméon et Erpuin, étaient venus, avec le décret de l'empereur Lothaire, dans la cathédrale, et avaient réintégré Ebbon en sa présence. Il parla de leur procès- verbal de réintégration signé de leur propre main. Mais il fut prouvé que ce document était apocryphe, et on démontra éga- lement que trois des sufîragants d'Ebbon (Siméon, ancien évê- que de Laon, Loup de Châlons et Erpuin de Senlis) n'avaient pas, comme on le prétendait, reçu de lui l'anneau et la crosse. Le concile décida en conséquence d'excommunier les prétendus clercs, calom- [184] niateurs des évêques, et dans la sixième session Hincmar reprit, à la satisfaction générale, les fonctions de président, pour décider, conjointement avec Wenilo et Amalric, les autres questions en litige. Halduin, prêtre et abbé d'Hautvilliers. fut dégradé de la prêtrise, ayant été ordonné par Loup, évêque de Châlons, sans une enquête préalable suffisante et per saltum. Car. Ebbon lui avant conféré le diaconat et cette ordination se trouvant nulle 452- CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 195 comme les autres, Halduin avait été sans transition élevé du sous-diaconat à la prêtrise. Dans la septième session, on demanda la conduite à tenir à l'égard de ceux qui étaient restés en communion avec Ebbon pendant le temps de son excommunication. Les règles de l'Église exigeant de ces personnes une satisfaction écrite, on prouva que, lors de l'élévation d'Hincmar, toute l'Église de Reims avait rédigé un acte semblable, et s'était infligé à elle-même une pénitence, qu'Hincmar avait levée. A la fin de la huitième session, le roi Charles intercéda en faveur des clercs d'Ebbon, qu'on admit par grâce à la communion. Le second document du concile de Soissons comprend treize, ou, d'après Pertz, douze canons. 1. Le premier est un résumé de ce qui s'était fait et avait été décidé le 26 avril au sujet de la prétendue réintégration d'Ebbon et des clercs ordonnés par lui après cette réintégration ; le canon renvoie aux actes plus dé- taillés. 2. Hériman, évêque de Nevers, est blâmé d'avoir exercé ses fonctions à une époque où il ne jouissait pas de ses facultés; on recommande à son métropolitain Wenilo de le faire venir l'été suivant auprès de lui à la campagne, pour voir si un air plus sain n'améliorera pas son état. 3. Une commission devra exami- ner la régularité de l'élévation de Burchard, par ordre du roi, sur le siège de Chartres. 4. Aldrich, évêque du Mans, malade, sollicite les prières du concile. Celui-ci les promet et charge l'arche- vêque de Tours de veiller au gouvernement de l'Église du Mans. 5. Deux moines de Saint-Médard qui avaient aidé le prince Pépin, enfermé dans ce monastère, à prendre la fuite, sont punis. 6. Le roi Charles s'étant plaint que Ragamfrid, diacre de Reims, avait composé de faux documents portant le nom du roi, le con- cile prescrit que le diacre ne quittera pas Reims avant d'avoir prouvé son innocence ou donné satisfaction. 7. On nomme des [185] commissaires pour rétablir le service divin dans les villes et dans les monastères dévastés par les Normands. 8. Les immunités des églises doivent être confirmées. 9. On paiera la dîme et le neu- vième des biens de l'Église qui sont dans des mains étrangères et peuvent être restitués. 10. On ne rendra pas la justice les diman- ches ou jours de fête dans les lieux saints. 11. Ceux qui sont sous le coup des peines ecclésiastiques, ne doivent être protégés par personne contre l'évêque. 12. Les incestueux ou autres sacri- lèges qui veulent se soustraire au tribunal épiscopal, doivent lui 196 LIVKE XXII être livrés de nouveau par les juges civils. 13. Aucun bien d'Église ne peut être échangé sans l'assentiment du roi. Le troisième document, c'est-à-dire le capitulaire publié par le roi dans la septième session de Soissons, est une instruction aux missi dominici relative à l'exécution des canons 1-13 inclu- sivement, énumérés plus haut 1 . Nous verrons plus tard le juge- ment catégorique du pape Nicolas I er sur ce concile. Au mois d'août 853, on tint un concile franc à Verberie (arron- dissement de Senlis, Oise) au sujet de la maladie de l'évêque Ilériman, dont nous avons déjà parlé, et on établit un adminis- trateur pour le diocèse de Nevers. Il fut décidé que le monastère de Saint-Alexandre de Lebraha ne serait pas séparé de celui de Saint- Denis et ne serait pas donné en précaire 2 . Le 20 décembre de cette même année 853, le pape Léon IY réunit dans l'église de Saint-Pierre, à Rome, un grand concile de soixante- sept évêques, qui renouvelèrent les trente-huit canons du concile romain de 826, et en ajoutèrent quatre autres ; ce concile pro- nonça pour la troisième fois la peine d'excommunication contre le cardinal Anastase, qui avait abandonné sans autorisation son église titulaire Saint-Marcel. Depuis cinq ans, il errait de coté et d'autre, surtout dans les environs d'Aquilée, et n'avait tenu aucun compte de quatre avertissements du pape, ni des ordres réitérés de l'empereur et du concile 3 . 1. Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 54; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xvu, Appendix, p. 37; Pertz, Monum. Germ. histor., Leges, t. i, p. 418. 2. Sirmond, Conc. Gallise, t. in, col. 91; Coll. regia, t. xxi, col. 667; Gallia christiana, 1656, t. m, col. 793 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 99-101, 1945- 1946; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 59; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1112;Scheidt, Orig. Guelf., t. n, p. 89-90; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 997 ; t. xvn, Appendix, p. 40; Pertz, Monum.Germ. hist., t. ni, Leges, t. i, p. 420. Voir Appendices. (H. L.) 3. Les actes mentionnent ici pour la première fois la date des années du pape à côté de la date des années de l'empereur. [Coll. regia, t. xxi, col. 671 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 101-102, 113-133; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 61; Coleti, Concilia, t. ix, col 1115; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 997. Voir Appen- dices. (H. L.)] 453. CONCILE DE QUIERZY 197 453. Concile de Quierzy. en 853, et les quatre chapitres [186] THincmar. .. Maugin suppose 1 que la réponse de l'Église de Lyon, dont nous avons parlé 2 , et qui devait déplaire à Hincmar et à Pardulus, était connue* de ces deux évêques à l'époque du concile de Sois- sons (avril 853), mais qu'ils avaient prudemment gardé le silence sur l'affaire de Gotescalc, parce que la plupart des évê- ques présents s'étaient déjà prononcés à Paris, en 849, pour Prudence et pour la gemina prsedestinatio (ce qui est inexact). Aussi, après le concile de Soissons, Hincmar réunit-il, au dire de Maugin, sur la question de la prédestination, une assemblée moins nombreuse, et qui, pour ce motif, était susceptible de subir plus facilement son influence. Comme toujours, Maugin prête à Hinc- mar le plus vilain rôle; que si ce concile de Soissons ne s'est pas occupé de l'affaire de Gotescalc, c'est peut-être pour de tout autres motifs. L'histoire de cette assemblée nous l'a montrée, en général, bien disposée pour Hincmar, et assez chargée d'affaires sans y ajouter la question de la prédestination. Les Annales de Saint- Berlin rapportent, qu'à l'issue du concile de Soissons, Charles le Chauve publia, conjointement avec quel- ques évêques et abbés réunis à Quierzy, quatre capitula, qu'il confirma en les contresignant lui-même 3 . Comme ces Annales donnent en abrégé ces quatre canons, il est incontestable qu'il s'agit ici des quatre célèbres capitula d'Hincmar contre Gotes- calc, souvent attribués, mais à tort, au concile de Quierzy de 849. Ils portent, clans les collections des conciles, ce titre : in synodo constituta, et Maugin 4 fait de vains efforts pour prouver que la réunion de Quierzy, d'où proviennent ces capitula, n'a pas été un concile proprement dit. Hincmar dit, au contraire, que le roi Charles avait synodali decreto et episcopali definitione réuni la doctrine des Pères dans quelques capitula, qu'il avait fait 1. Maugin, op. cit., t. n, p. 264. 2. Voir § 451. 3. Pertz, Monum., t. i, p. 447. 4. Maugin, op. cit., t. u, p. 273. 198 LIVRE XXII signer par tous 1 . Même les adversaires d'Hincmar déclarent, dans le c. 4 de Valence, que ces capitula proviennent d'un concile, (voir p. 194). En voici le texte : 1. Quod una tantum sit prœdestinatio Dei. Deus omnipotens hominem sine [187] peccato rectum cum libero arbitrio condidit et in paradiso posuit, quem in sanctitate justitiœ permanere voluit. Homo libero arbitrio maie utens peccavit et cecidit, et factus est massa perditionis totius bumani generis. Deus autem bonus et justus elegit ex eadem massa perditionis secundum prsescientiam suam, quos per gratiam prœdestinavit ad vitam, et vitam illis prœdestinavit œternam. Caeteros autem, quos justitiœ judicio in massa perditionis reliquit, perituros prœscivit, sed non ut, périrent prœdestinavit, pœnam autem illis, quia justus est, prœdestinavit œternam. Ac per hoc unam Dei prœdestinationem tantummodo dicimus, quœ aut ad donum pertinet gratiœ, aut ad retributionem justitiœ. 2. Quod liberum hominis arbitrium per gratiam sanetur. Libertatem ar- bitra in primo homine perdidimus ( !), quam per Christum Dominum nos- trum recepimus. Et habemus liberum arbitrium ad bonum, prœventum et adjutum gratia. Et habemus liberum arbitrium ad malum, desertum gratia. Liberum autem habemus arbitrium, quia gratia liberatum, et gratia de corrupto sanatum. 3. Quod Deus omnes homines velit salvos fieri. Deus omnipotens omnes homines sine exceptione vult salvos fieri,licet non omnes salventur. Quod autem quidam salvantur, salvantis est donum; quod autem quidam pe- reunt, pereuntium est meritum. 4. Quod Christus pro omnibus hominibus passus sit. Christus Jésus Do- minus noster, sicut nullus homo est, fuit, vel erit cujus natura in illo assumpta non fuerit, ita nullus est, fuit, vel erit homo, pro quo passus non fuerit, licet non omnes passionis ejus mysterio redimantur. Quod vero omnes passionis ejus mysterio non redimuntur. non respicit ad magni- tudineni et pretii copiositatem, sed ad infidelium et ad non credentium ea fide, quœ per dilectionem opéra tur. respicit partem; quia poculum humanœ salutis, quod confectum est infîrmitate nostra et virtute divina, habet quidem in se. ut omnibus prosit; sed si non bibitur, non medetur 2 . [188J Les collecteurs des conciles ont cru devoir identifier ce concile de Quierzy avec le concile provincial également tenu dans cette ville et dont parle Flodoard (m, 28). D'après celui-ci, Hincmar avait demandé au chorévêque Richald et à l'archiprêtre Rodoald 1. Hincmar, Ep. ad regem, P. h., t. cxxv, col. 68. 2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 920, 925 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 18, 58 ; Gess, Merkwurdigkeiten aus dem Leben und den Schriften Hinkmars, p. 34 sq. 454. CONCILE DE SENS OU DE PARIS 199 le renvoi par devant le concile provincial, qui devait se tenir apud Carisiacum, de tous ceux du diocèse de Reims qui avaient des sujets de plaintes. Ils inviteraient Milon. et sa fille, dont Fui- cric avait abusé, avec tous les autres complices à y comparaître. Flodoard rapporte (III, xxvi) que Fulcric, magnat au service de l'empereur Lothaire, avait abandonné sa femme légitime pour en prendre une autre. Enfin, au lib. III, x, nous apprenons qu'Hincmar (ou son concile de Quierzy) avait excommunié l'em- pereur Lothaire, à cause de ses relations avec Fulcric, excommu- nié lui-même, mais que plus tard il l'avait absous. 454. Concile de Sens ou de Paris et contre-capitula de Prudence. Hincmar assure que Prudence de Troyes avait signé les quatre capitula de Quierzy ; mais que, peu de temps après, il leur avait opposé quatre autres capitula contenus dans une lettre à Wenilo, archevêque de Sens 1 . Nous possédons encore cette lettre de Pru- dence, et nous y voyons que les évêques de la province de Sens s'étaient réunis à Paris ou à Sens, pour le sacre d'Éné, évêque de Paris, successeur d'Ercanrad 2 . Prudence, malade, ne put se rendre en personne à ce concile auquel il délégua un de ses prêtres nommé x\rnold, avec une lettre approuvant complètement l'or- dination d'Ené, si celui-ci reconnaissait les prescriptions du Siège apostolique et les écrits des saints Pères Augustin, Fulgence, Isidore, Bède, etc., surtout au sujet des quatre capitula par lesquels l'Église catholique combattait Pelage et ses adhérents. Par ces quatre capitula, l'ordinand professait les points suivants 3 : 1. Videlicet ut liberum arbitrium in Adam merito inobedientiœ amissum, ita nobis per Dominum nostrum Jesum Christum redditum at'que libera- 189] Mini confiteatur, intérim in spe, postmodnm autem, in re, sicut dicit 1. Hincmar, De prsedest., c. xxvi et xxi, P. L., t. cxxv, col. 182, 268. 2. Lalande, Conc. Gallise, p. 161 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 1932; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 39; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1085; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 975. Voir Appendices. (H. L.) 3. Ces contre-capitula ont été conservés par Hincmar dans la prsefatio de son ouvrage De prœdestinatione, P. L., t. cxxv, col