THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY 270 V Return this book on or before the Latest Date stamped below. Theff, mutilation, and underlining of books are reasons for disciplinary action and may resolt in dismissal from the University. University of Illinois Library DEC ictass AUG 2 7 197^ L161— O-1096 PRIWTED IN VdXNCE HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles Joseph HE FELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÈQDB DE ROTTENBOURO NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES DoM H. LECLERCQ BiltiDICTlN DE l'abbaye DE FARNBOROUGH TOME IV DEUXIÈME PARTIE PARIS LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 76"', RUE DES SAINTS-PÈRES 1911 HISTOIRE DES CONCILES TOME IV DEUXIÈME PARTIE CONCILES - IV — 31 HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Chaules Joseph HEFELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURC NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES DoM H. LECLERCQ (ÉNÉDICTIN DE l'aBBAYE DE FARNBOROUGI TOME IV DEUXIÈME PARTIE PARIS EÏOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 76ti5, RUE DES SAINTS-PÈRES 1911 Jmprimatur F. Cap.rol LIVRE VINGT-SIXIÈME CONCILES OCCIDENTAUX DE 870 A 900 INCLUSIVEMENT 500. Conciles de Vannée 810. Conflit entre les deux Hincmar. Nous avons vu Charles le Chauve roi de France se faire couron- L ^ ner roi de Lorraine dans un concile tenu à Metz, le 9 septembre 869, afin d'enlever l'héritage de son neveu Lothaire II à l'empe- reur Louis II, frère du mort et son héritier légitime ^ Lors- que le 11 novembre suivant, fête de saint Martin, Charles reçut les serments de ses nouveaux vassaux de la Provence et de la haute Bourgogne, à Gondreville ^, deux légats du pape Hadrien II, les évêques Paul et Léon, y vinrent lui remettre une lettre menaçant d'anathème cjuiconque attenterait aux droits de l'empereur Jjouis II. Le pape exhortait les évêques français à ne pas soute- nir le roi Charles dans une cause si injuste. Mais ni les évêques ni le roi ne prirent garde à ces remontrances ; et Charles le Chauve se prépara à annexer le reste de la Lorraine ^. C'est à Gondreville qu'eut lieu l'incident rapporté par Hincmar de Reims dans le c. 4 de ses célèbres LV capitula: les nombreux évêques présents à l'assemblée vinrent saluer l'archevêque de Reims; seul 1. Voir § 486. 2. Gondreville (Gundulfi i>illa), arrondissement de Toul, département de Meurthe-et-Moselle; cf. J. Calmette, La diplomatie carolingienne du traité de Ver- dun à la mort de Charles le Chauve, 843-877, in-8, Paris, 1901, p. 140-141. (H. L.) 3. Hincmar, Annales S. Bertini, dans Pertz, op. cit., t. i, p. 486; Hadriani, Epist, Mansi, op. cit., t. xv, col. 839 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 708. Voyez aussi la notice d'Hincmar dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 623; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1265. Cf. Noovden,Hinkmar, p. 254 sq. (il place à tort Gondreville en Bour- gogne) ; Dûmmler, Gesch. des ostfrànk. Eeichs. l. i, p. 725. l 000364 614 LIVRE XXVI son neveu et sviffragant, Hincmar de Laon, ne l'embrassa ni ne [490] lui adressa la parole. L'archevêque Wenilon ayant demandé à celui-ci le motif de cette conduite, il répondit : « Je ne ferai la paix avec mon oncle qu'après qu'il aura brûlé publiquement et annulé son écrit contre l'interdit que j'avais jeté sur l'Eglise de Laon. Je tiens de mon oncle l'exemple d'une pareille excom- munication ^, lorsqu'il abolit le service divin dans la villa d' Attola, en sorte que des enfants sont morts sans baptême, et des malades sans viatique, et de ceci je puis fournir les preuves écrites. Mais je n'en veux pas faire un reproche public à mon oncle. » Wenilon, sur le désir formel d' Hincmar le jeune, rapporta ces paroles à Hinc- mar de Reims, qui répondit :« C'est faux; du reste, que mon neveu remette aux évêques (réunis à Gondreville) tous ses griefs contre moi, et par écrit, alors ces évêques jugeront en connaissance de cau- se. «Hincmar de Laon déclara n'avoir pas présentement sous la main tous ses dossiers, mais seulement quosdam quaterniunculos, c'est- à-dire une collection de canons ^, et quelques vers adressés au roi Charles. Il fit remettre avant la fin du jour ces documents à son oncle, lequel composa dans la nuit suivante une réplique qui nous est parvenue, avec les pièces de son neveu. Hincmar de Laon citait des autorités anciennes, et parfois des fragments pseudo- isidoriens, pour prouver que son oncle avait dépassé à son égard les limites du pouvoir métropolitain, et allait jusqu'à le menacer ^. La réunion de Gondreville terminée, Hincmar de Reims retravailla sa réplique *, qui devint l'ouvrage en LV capitula^. Il y contestait la valeur (mais non l'authenticité) des fragments pseudo-isi- doriens cités par son neveu, donnant comme raison qu'ils ne s'harmonisaient pas avec les décisions des grands conciles. Dans sa réplique, il invoque, lui aussi, les décrétales pseudo-isido- riennes (c. 11-15), pour démontrer la subordination des évêques [491] vis-à-vis de leurs métropolitains, et ajoute : « Tout le pays est 1. Autrefois on donnait ce nom à l'interdit. Pour cet incident, cf. Schrôrs, Hinkmar, Erzbischof von Reims, in-8, Freiburg, 1884, p. 329. (H. L.) 2. Quosdam quaterniunculos, quelques cahiers seulement. (H. L.) .'3. Le mémoire d' Hincmar de Laon se trouve dans ses Œuvres, cf. P. L,, t. cxxiv, col. 1002 sq. 4. P. L., t. cxxvi, col. 290-494. [H. Schrors, op. cit., p. 331-334. (H. L.)] 5. Elle se trouve sous forme de lettre à son neveu, dans ses Œuvres, ci. P. L., t. cxxvi, col. 534; dans Mansi, op. rit., I. xvi, col. 829; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1379. 500. CONCILES DE l'aNNÉE 870 615 plein de pareils documents et je les connaissais longtemps avant mon neveu. » Il croit cependant, mais à tort, qu'ils appartenaient à la collection isidoricnne authentique, tlivulgurc par Riculf, arche- vêque de Mayence. Hincmar de Reims apporta les LV capitula à la diète synodale, réunie à Attigny par Charles le Chauve au mois de juin 870^. On y vit des évêques de dix provinces ecclésiastiques. L'assemblée s'occupa d'abord de répondre aux douze députés de Louis le Germanique, touchant la question d'un partage de la Lorraine '^. Elle lut et discuta les lettres du pape présentées à Gondreville ^. Vint alors le tour des affaires ecclésiastiques, et les deux Hinc- mar présentèrent au concile les pièces et les actes dont ils s'étaient abondamment pourvus. Hincmar de Reims aurait volontiers discouru, mais ses rhumatismes l'empêchant, il fit lire un résumé de son mémoire : « Le roi Charles et les clercs de Laon s'étaient plaints à lui métropolitain que son neveu et suffragant avait, par un interdit, exposé les enfants à mourir sans baptême et les adultes sans pénitence et sans eucharistie. Pour éviter un si grand mal et mettre fin à un abus sans exemple il avait cru devoir réunir les passages de la sainte Ecriture, des anciens canons et des décrets des papes relatifs à cette situation, et les avait envoyés à son neveu, au roi et aux clercs de Laon : à son neveu pour sa correction, au roi parce qu'il résidait alors dans le diocèse de Laon, aux clercs afin de les mettre en mesure, si leur évêque s'obstine, de détourner le danger qui menaçait un si grand nombre d'âmes. L'évêque de Laon, comme Hincmar l'avait prévu, s'était opiniâtre ; averti de vive voix et par écrit à cinq reprises, il n'avait ni rapporté des mesures injustes ni L ^ -1 donné satisfaction pour l'atteinte portée aux droits des métro- 1. Noorden a démontré, op. cit., p. 269, que cette diète se tint au mois de juin et non au mois de mai 870. Les procès-verbaux de cette diète n'existent plus et les renseignements que nous possédons sur elle sont très disséminés. [Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 386 ; Coll. regia, t. xxni, col. 782; Labbe, Concilia, t. VIII, col. 1537-1539, 1841-1842 ; Hardouin, Conc. coll., t. v, col. 1217 ; Co- leti. Concilia, t. x, col. 1049; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xvi, col. 562; T.-M.- J. Gousset, Les actes de la prov. ecclés.de Reims, in-k, Reims, 1841, t. i, p. 390; H. Schrôrs, Hinkmar, p. 334-336; V(>rminghoff, dansNeues ^rc/î.,1901, t. xxvi, p. 642. (H.L.)] 2. Pertz, op. cil., l. i, p. 487. 3. Mansi, op. cit., t. xvr, col. 623; ILirdouin, np. rit., t. v, col. 126.') sq. 616 LIVRE XXVI politains. Hincmar demandait donc la lecture des écrits en- voyés à son neveu, et si le concile les trouvait conformes à la sainte Écriture et à la tradition, il priait qu'on se joi- gnît à lui, pour exhorter Hincmar de Laon à l'obéissance ^. » On fit immédiatement cette lecture, et tous les évêques approu- vant Hincmar de Reims, l'évêque de Laon crut opportun de pa- raître céder, car il savait que le roi se préparait à l'accuser de désobéissance. Il remit donc spontanément au roi et à son oncle un Libellus professionis, témoignant des meilleures dispositions pour l'avenir. Ceci se passait le 25 juin 870 ; on en rédigea aussi- tôt un procès-verbal qui fut signé par les membres du concile. Le lendemain, le neveu fit présenter à son oncle, par l'intermé- diaire d'Hartwig, évêque de Besançon, un nouveau libellus, par lequel le métropolitain promettait au suffragant le respect constant de ses privilèges et sa protection en tout temps, ("ette demande inouïe étant contraire aux règles de l'Eglise, on n'y donna aucune suite. La situation d'Hincmar le jeune s'aggrava lorsque ses propres diocésains vinrent se plaindre qu'il eût injus- tement dépouillé les possesseurs de certains bénéfices. Parmi ces accusateurs se trouvait probablement le comte Nordmann 2. Hinc- mar de Laon réclama alors, conformément au droit canon, l'institu- tion des arbitres [judices electi) 2; mais, sans attendre leur décision, il prit la fuite et envoya de Laon à son oncle ce billet [pittacium) : « Le pape Hadrien m'a deux fois convoqué à Rome, mais à A'er- berie et à Attigny j'ai demandé en vain la permission de m'y rendre. Je prie maintenant mon métropolitain de m'obtenir du roi celle permission, sinon je ne pourrai plus lui rendre l'obéissance cniu)- nique ^. )> Hincmar de Reims différa sa réponse, et le concile d'Atli- gny aborda la troisième affaire qui lui était soumise. Le plus jeune fils de Charles le Chauve, Carloman, avait été destiné par son père à l'état ecclésiastique, afin que l'héritage paternel de- meurât intact aux deux autres fils Louis et Charles. En consé- quence, Carloman reçut, en 854, la tonsure monacale et la com- mende de plusieurs abbayes. Mais comme, peu de temps avant le 1. Ce grand ouvrage d'Hincmar, c'est-à-dire les cinquante-cinq capitula, est analysé en détail dans V. Noorden, op. cit., p. 269-283. 2. Voir § 48G. ;i. Sur les judices electi, voir p. 308, note 't. (H. L.) /i. Mansi, op. cit.. t. xvi, col. f>99, 8r.2 ; Hardouin, np. cit., t. v, col. 1242,1405; Pertz, 1. H. Schrôrs, Hinkmar, Erzbischof von Reims, y>- 325, a un peu cédé au be- soin de poétiser, si poésie il y a, en faisant d'Hincmar de Laon le champion con- vaincu et la victime très peu résignée d'une cause respectable qui l'entraînait à résister à l'ingérence des séculiers tout comme à l'envahissement métropoli- tain et qui lui suscita deux adversaires dont un seul eût suffi à l'occuper, le roi Charles le Chauve et l'archevêque de Reims Hincmar. Ce dernier qui n'y met pas tant de façons, qui connaît son sang et ne s'en laisse pas imposer par les idées, accuse tout simplement l'évêque de Laon d'avoir été entraîné par sa passion pour la célébrité : immoderalus amor sœculi. Hincmar, LV Capitula, n. XLV, P. L., t. cxxvi, col. 455. Charles le Chauve le ménageait d'autant moins qu'il l'avait connu plus courtisan et plus avide de faveurs. Ce champion sans le savoir des idées pseudo-isidoriennes y venait sur le tard ; on l'avait vu autre- fois s'accommoder fort bien d'une abbaye à lui donnée dans le diocèse d'un évêque qui n'avait pas même été consulté. Hincmar, op. cit., n. ii, P. L., t. cxxvi, col. 296. En ce temps de grande fringale juvénile, tout lui était bon, même d'assez vilains compromis. Par exemple lorsque Charles le Chauve lui restituait une villa depuis longtemps soustraite à l'Église de Laon et qu'un certain Nort- man tenait en bénéfice, Hincmar avait jeté les hauts cris, le roi avait cédé, mais à peine l'évêque avait-il recouvré ce bien qu'il le cédait en précaire à Charles le Chauve, afin que Nortman ne perdît pas son bénéfice. Évidemment, Charles le Chauve ne pouvait pas considérer un pareil prélat comme un confesseur, Hinc- mar devait lui faire plutôt l'impression d'un fripon, catégorie qu'on ménage, mais jusqu'à un certain point seulement. Cette fois Charles espérait en avoir fini des ménagements et pouvoir se débarrasser de l'évêque de Laon, mais il avait affaire à forte partie. Au roi qui réclame sa condamnation, Hincmar le jeune oppose l'excepfio spolii que lui oiîrent les Fausses Décrétales et en vertu de laquelle un évêque ne peut être jugé s'il n'a été au préalable rétabli dans ses 622 LIVRE XXVI Après avoir exposé ces plaintes, le roi demanda au concile de [^97] former un recueil de tous les passages de la sainte Écriture et des canons utilisables dans le cas présent, afin que, si Hincmar de Laon se présentait, l'assemblée pût décider régulièrement entre le roi et lui ^. • Hincmar de Reims remit contre son neveu un mémoire détaillé en trente-cinq chapitres 2, dans lequel il s'appliquait à démontrer qu' Hincmar le jeune avait méprisé tous les droits des métropo- litains. Le P. Cellot dit que, dans ce réquisitoire ^, Hincmar de Reims s'est servi du mot expostulo, et non accuso, parce qu'il ne voulait pas que l'évêque de Laon fût jugé et puni du chef des griefs qu'il se bornait à exposer au concile. Mais la préface de sa Schedula expostulationis contredit cette hypothèse ; on y lit en effet : « L'archevêque a essayé plusieurs fois, par écrit, d'obtenir d'Hinc- mar le désistement de ses prétentions ; tous ses efforts sont demeurés vains. Il l'a invité, le 14 mai, à se rendre au présent concile, mais Hincmar de Laon n'a répondu que par des récriminations et des injures. Il demande donc au concile d'exhorter son neveu à s'amender, ou de morigéner son insolence par le regulare medica- mentum, car'pour lui, il est décidé à en finir, d'autant que le pape Hadrien l'a accusé de faiblesse à l'égard de ses évêques co-pro- vinciaux. (A ce propos on donna lecture de la lettre du pape du 25 ijiars 87L) Hincmar ne se plaint pas des offenses personnel- les de l'évêque de Laon à son égard, mais il remplira tout son devoir qui est de faire respecter ses droits de métropolitain. » Les trente-cinq capitula, par un appel constant aux anciens canons, montrent à quel point Hincmar de Laon porte atteinte à ces droits métropolitains ^. biens et ses charges. Hincmar de Laon, Collecta altéra, P. L., t. cxxiv, col. 1004- 1006, 1007, 1012, 1014, 1020; Conc. Duziacum, cap. iv, Mansi, op. cit., t. xvi, col. 662. D'un pareil rétablissement Charles le Chauve ne veut à aucun prix; c'est restaurer ce qu'il veut détruire; mais les jurisprudences ont de ces trou- vailles à l'usage de ceux qui s'y aventurent. (H. L.) 1. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 578 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1222 sq. 2. Dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 581-643; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1225 sq. ; P. L., t. cxxvi, col. 566 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 726. 4. Pour avoir la théorie d'Hincmar sur les droits du métropolitain, il faut en dégager les traits dans sa correspondance et ses écrits polémiques. Il est plus rapide et aussi sûr de s'en rapporter à l'excellent chapitre relatif à Hincmar et la théorie des droits des métropolitains, dans E. Lesne, La hiérarchie épiscopale, in-8, 501. CONCILE DE DOUZY, AOUT 871 623 Paris, 1905, p. 171-185. Outre les LV Capitula, P. L., t. cxxvi, col. 282 sq., et le Lihellus expostulationis Hincmari, P. L., t. cxxvi, col. 566, il faut surtout lire VEpistola ad episcopos de jure métro politanorum, P. L., t. cxxvi, col. 189 sq. « De ces opuscules, il est aisé de dégager la conception que se faisait Hincmar des prérogatives d'un métropolitain, H. Schrôrs, op. cit., p. 318 ; mais est-il légi- time de prétendre y retrouver les idées de ses contemporains et le droit qui était alors en vigueur ? Hincmar n'est jamais en effet un témoin désintéressé ; c'est un défenseur passionné. Il présente l'apologie de sa propre conduite et c'est sa situation personnelle qui est en cause. Pour couvrir ses actes ou se garder contre les intrusions d'une juridiction supérieure, il devait être tenté de grandir son pri- vilège et d'exagérer ses droits de métropolitain. On le soupçonne d'autant plus d'avoir cédé à cette propension naturelle que telle est précisément l'accusation lancée contre lui par plusieurs de ses suffragants et qu'à vouloir exercer les droits qu'il revendique, il a provoqué leur révolte. A notre connaissance, il ne s'est produit en aucune autre province de conflits semblables à ceux qui, à deux reprises, se sont élevés entre le métropolitain de Reims et l'un de ses suffragants. Si le seul Hincmar est entré en contestation avec ses suffragants au sujet de ses prérogatives, on pensera que peut-être il en réclamait de plus étendues que celles dont se contentèrent les autres métropolitains. Il semble qu'Hincmar soit le dernier qu'il faille interroger sur l'exacte portée des droits des métropolitains. « Hincmar rehaussait en sa personne la prérogative de métropolitain à la fa- veur de l'autorité exceptionnelle qu'il exerçait dans l'Église et dans l'État. Le crédit que de grands services rendus lui assuraient auprès des rois, l'ascendant qu'exerçaient sur l'épiscopat sa science et ses talents, lui faisaient une situation hors de pair avec celle des autres métropolitains du royaume. (Tu qui honore et dignitale cseteris illius regni episcopis es sublimior. Lettre du pape Hadrien II, P. L., t. cxxii, col. 1302.) A le voir tout diriger et décider à sa volonté, on conclu- rait à tort que tout autre archevêque avait les mêmes droits. L'autorité person- nelle dont jouissait Hincmar l'invitait à tirer de son privilège plus qu'il ne con- tenait. Faute de trouver dans le droit ecclésiastique un point d'appui à cette situation exceptionnelle, ne devait-il pas chercher à la légitimer à la faveur du privilège des métropoles ? C'est peut-être seulement sa propre et extraordinaire autorité qui se révèle quand il expose ou exerce ses prétendus droits. Son ca- ractère le portait à enfler la prérogative du métropolitain. Altier et autoritaire à l'excès, Hincmar prétend régenter non seulement ses suffragants, mais sou- vent tout l'épiscopat. ' Les advei'saires du fougueux défenseur des droits des métropolitains ne se font pas faute de lui reprocher sa prétention de faire plier tous les évêques devant sa volonté. Au concile de Pitres, au moment où Rothade interjette appel, Hincmar, comme s'il était le maître de tous, rassemblait ses foudres au-dessus de la tête de son suffragant : quasi omnium dominus prœsidens ac praevalens, sententiam in me damnationis violenter ac prsecipitanter jaculari accelerarei. Mansi, op. cit., t. xv, col. 682. Il est à la fois accusateur, témoin et juge : ipse accusator, ipse testis, ipseque judex. Rothade le représente trônant comme un empereur et prononçant l'arrêt en pontife suprême : Tanquam impera- tor triumphans et tanquam summus ecclesise ponlifex decernens, subjugata suo po- lentatui et oppressa fratrum humilitate. Le pape Nicolas reprochait au même archevêque d'avoir été au concile de Boissons où comparurent les clercs ordonnés par Ebbon, successivement accusé, accusateur et juge et d'avoir tout disposé G24 LlVllK XXV 1. Malgré la volonté expresse de son métropolitain, Hincmar a accepté une charge dans le palais impérial. ^ 2. Sans la permission de son métropolitain, il s'est absenté pour gérer une abbaye reçue du roi. 3. Il ne s'était pas rendu à la convocation du métropolitain, pour l'ordination du nouvel évêque de Cambrai. 4. 11 a, à plusieurs reprises et sans motif, offensé le roi et ex- communié des diocésains étrangers, quelques-uns même de l'ar- chidiocèse, sans qu'ils eussent commis de fautes dans son pro- pre diocèse, et sans prendre l'avis préalable de*son métropoli- tain. 5. Il a, sans prendre avis de personne, excommunié les clercs [498] de son diocèse, de sorte que tout service divin a été interrompu. (i-7. Il a interdit de baptiser les enfants et d'administrer les sacrements aux mourants. 8-9. Il a également interdit de rendre aux morts les honneurs de la sépulture ecclésiastique, et son métropolitain l'ayant averti de l'inopportunité de ces mesures trop rigoureuses, il n'en a tenu aucun compte. 10. Il a contrevenu aux canons, en signant dans une province ecclésiastique étrangère, avec des évêques étrangers, un docu- ment (pour assurer le roi de leur obéissance) ; ce qu'il ne devait pas faire à l'insu du métropolitain. 11. Pour ruiner le pouvoir des métropolitains, il a com- posé une très honteuse et diffuse collection d'anciens canons, souvent contradictoires, qu'il a fait signer par son clergé ^. 12. Dans cette collection, et dans une autre subséquente ^, il a altéré les propositions des Pères. à sa guise : modo quasi accusatus, modo accusator, modo judex accedit elprolibitu propria cuncta disponens. P. L., t. cxix, col. 1094. Au synode de Douzy, s'il faut en croire Hincmar de Laon, les évêques plient en gémissant devant l'inflexi- ble volonté d'Hincmar et balbutient, terrifiés, une sentence qu'ils réprouvent. Ne serait-il pas illogique, quand il s'agit d'un tel homme, de rapporter au privilège des métropolitains ce que revendique pour lui-même un polémiste intraitable et peu scrupuleux, ce qui appartient au plus à l'ascendant personnel d'Hincmar et à l'énergie de sa volonté ? « E. Lesne, op. cit., p. 172-174. (H. L.) 1 . Sur l'ordre de son métropolitain, Hincmar avait abandonné cette charge, mais pour en reprendre possession sitôt qu'HiTicinac «lo P.einisfut un peu éloigne. P. L., t. cxxvi, col. 499. (H. L.) 2. Il s'agit ici de sa collectio prima, voir § 48G. 3. Voir § 500. 501. CONCIL]; DE DOUZV, AOUT 871 625 13-14. 11 a quitté, de lui-même et par pur caprice, le concile d'Attioiiy, sans attendre la décision des judices electi qu'il avait demandés ; il ne peut donner de sa fuite que de mauvaises rai- sons. 15. Il a présenté sous un faux jour l'affaire du comte Nort- mann, car c'est lui-même qui, à l'insu du métropolitain et pour plaire au roi, a donné au comte ces biens de l'église devenus maintenant une source de conflit. 16. Aucun évêque du concile de Verberie n'a connu l'appel au pape d'Hincmar de Laon; aucun n'a rapporté son emprisonne- ment à ce motif ; de plus, ayant fait cause commune avec le roi Lothaire, il a formé le projet d'entrer à son service et de quitter son diocèse. 17. Après sa fuit^e d'Attigny, Hincmar a mandé à son oncle qu'il en parlerait à Rome ; mais il n'en a rien fait, pas même le voyage. Telle a été sa constante conduite. Lorsque, à raison de ses insolences, on le cite à comparaître, il dit en appeler à Rome, et vouloir s'y rendre ; puis, lorsqu'il suppose le roi et les évêques moins animés contre lui, il ne veut plus entendre parler d'appel et ne s'inquiète guère de répondre à l'invitation du pape. Son billet à son oncle après sa fuite d'Attigny est en contradiction for- melle avec son Lihellus professionis déposé précisément dans ce concile. Dans le Lihellus, il promet l'obéissance dont il se déclare affranchi dans le billet. 18. Il a présenté un canon faux, le donnant comme l'œuvre du concile de Toucy. 19. En dépit du droit ecclésiastique, il a demandé au roi, après le concile d'Attigny, des juges laïques à qui il en appelé de la sentence des juges ecclésiastiques. 20. Il n'a pas voulu souscrire à l'excommunicaliou })ortée contre les complices de Carloman. Correspondance échangée à cette occasion entre les deux Hincmar. 21. Les exhortations répétées du métropolitain au sujet de cette affaire sont restées infructueuses, et l'évêque de Laon, au mépris des canons, a manqué au respect dû à l'autorité métro- politaine. 22. Réfutation de quelques reproches du neveu à I'oticIc. Une semblable désobéissance est intolérable. 23-24. Il est faux qu' Hincmar de Reims ait conseillé au roi de s'emparer d'Hincmar de Laon à Silvacum ; au contraire, il CONCILES — V — 40 G2G MA l!l. XXVI a désapprouvé l' emprisonnement et n'a jamais fait usage de ter- mes injurieux à l'adresse de son neveu, en particulier, il ne l'a jamais appelé « licorne ». 25-26. C'est pure calomnie de représenter Hincmar de Reims comme méprisant l'excommunication du pape. 27. A Attigny, on n'a pas communiqué à Hincmar de Laon un exemplaire remanié de la lettre du pape. 28. C'est pure vanterie de prétendre que l'interdit jeté par lui serait confirmé par le pape. 29-30. Hincmar s'abuse Aoloatairement en soutenant que son oncle l'a précédé dans cette voie des interdits. 31. Il cherche en vain à justifier son interdit jeté sur Laon. 32-34. Réfutation des attaques contenues dans la lettre d' Hinc- mar de Laon de juin (mai) 870. 35. Quiconque ne se rend pas au concile pour lequel il a reçu une une triple citation doit être, conformément aux anciens canons, puni comme contumace. Hincmar passe à sa conclusion : il n'a pas, dit-il, écrit ce mémoire à cause des injures de l'évêque de Laon, mais pour maintenir ses droits de métropolitain. Le neveu a doublement tort, puis- qu'il connaît très bien les canons qu'il a transgressés. Le concile décidera s'il doit prononcer une sentence, ou s'il doit absoudre, dans le cas où Hincmar de Laon en ferait la très humble demande, pourvu que cette indulgence n'aille pas contre les anciens décrets des conciles et des pa}ics, contre les |>rivilèges du Saint-Siège et les droits de la métropole de Reims. Jusqu'à présent, l'évêque de Laon ou n'a émis aucun appel canonique, ou n'a pas donné suite à ceux qu'il avait émis ; cependant il demeure libre d'en appeler régvilièrement en se conformant aux canons de Sardi- que. )) Quelques jours après, les évêc[ues présentèrent le mémoire [500J dans lequel, à la demande du roi. on jugeait, à l'aide de la Bible et des Pères, la conduite d' Hincmar le jeune. Ce mémoire est très prolixe. Après une courte préface (c. 1) on prouve (ch. ii-iv), par de nombreux textes de l'Ecriture, des Pères et des con- ciles, que les parjures, les révoltes, etc., d' Hincmar de Laon sont de grands péchés. On prouve (c. 5) qu'après avoir pris sur lui de conférer certains biens au comte Nortmann, il les lui a enle- vés de force et au mépris de tous droits, au lieu de suivre la voie r)0 1. coNciM-: DK ijouzv, Aour 87 1 627 (J-8 : Pour les plaintes portées à Rome contre le roi et les calomnies répandues, d'après les lois civiles, il mérite la mort, la déposition, d'après les lois de l'Église. 9 : Il est également punissable pour avoir engagé certains de ses gens à se rendre à Rome, malgré leur vœu de n'y pas aller. 10 : De même, à cause de sa désobéissance envers le roi, après le concile d'Attigny. 11 : De même encore à cause de sa résistance armée au missus royal. 12 : Enfin, pour avoir favorisé la fuite de sujets rebelles au roi. En terminant, on groupa tous ces méfaits pour montrer que, placé sous le coup de lois ecclésiastiques immuables, Hincmar le jeune devait être puni ^. Au cours de ces discussions Hincmar de Laon fut cité trois fois devant le concile. La première députation, conduite par Hilde- bold de Soissons, lui dit : k Frère Hincmar, le pape Hadrien a envoyé à notre métropolitain des lettres relatives aux affaires de la province de Reims. Une de ces lettres t'est destinée ; du reste toutes doivent être lues en ta présence ^ En outre, plusieurs ayant émis au concile des plaintes contre toi, le concile et le métropo- litain te citent, en vertu de l'autorité du pape et des canons, à comparaître sans délai . )> L'évêque de Laon usa d'abord de faux- fuyants, mais s'étant rendu à une troisième citation, on lut en sa présence les plaintes du roi contre lui dont on lui remit copie, afin qu'il pût répondre point par point. On lui communi- ((ua alors une lettre d'Hadrien II, à lui adressée. Le pape disait voir clairement que l'appel n'était pour lui qu'un jeu ; et comme «et abus devait ne pas se prolonger, il lui ordonnait de se sou- mettre en tout au métropolitain conformément aux canons (salço (hindaxat apostolicœ Sedis synudico proclamandi judicio). Cela l'ait, il pouvait venir à Rome sur-le-champ et satisfaire son dé- sii-, à supposer qu'il l'éprouvât réellement *. Le lendemain Hincmar le jeune devait reparaître devant le 1. « L'évêque de Laon n'est pas aussi coupable qu'ils le disent. Il tenait sur- tout à faire reconnaître par le roi le droit de son Eglise sur un bien dont elle était depuis longtemps dépouillée, et s'il a consenti à laisser au roi l'usage de cette villa, c'est peut-être qu'il savait ne pouvoir obtenir davantage. Mais en faisant cette concession, il n'obéissait pas à l'esprit du pseudo-Isidore. » E. Lesne, op. cit., p. 223, note 3. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 643 sq. ; Hardouiu, op. cit., t. v, col. 1285 sq, 3. Ce sont les lettres du 25 mars 871, voir § 501. 4. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 658 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 12yU. 628 LIVRE XXVI concile pour exposer sa défense, mais on fut obligé de l'envoyer quérir par des députés, auxquels il remit un mémoire plein de récriminations contre son oncle ; il ne se décida à venir en per- sonne devant l'assemblée, qu'après l'envoi d'une seconde dépu- tation. On lui fit comprendre que, conformément au droit canon, ses accusations ne seraient discutées que lorsque lui-même se serait disculpé de celles qui pesaient sur lui. Le métropolitain ayant réclamé de lui des réponses détaillées aux accusations du roi, il dit : « On m'a pris tout mon bien, aussi ne répondrai-je rien devant ce concile, » et il tira un cahier dont il lut des pas- sages pseudo-isidoriens sur l'appel des évêciues à Rome. Hincmar de Reims l'interrompit : « Nous avons les canons de Sardique confirmés par Rome ; où as-tu trouvé ce que tu viens de dire ? C'est du pape Félix, )) répondit le neveu. Et lorsque le concile l'eut engagé à exposer sa défense, avec promesse de pouvoir ensuite en appeler à Rome, il répéta sa déclaration : « On m'a tout pris, aussi ne répondrai-je pas. « Le concile dit : « Qui a fait cela ? » Mais il s'obstina à vouloir faire interroger ses clercs sur ce point, et le roi Charles finit par consentir à ce qu'il dît à Fagenulf, prê- tre de Laon : « Nomme les personnes qui oui Fait cela, et puis j'ajouterai ce qui est juste. » Fagenulf répondit: « C'est vous, sire, qui avez fait cela. » Charles déclara aussitôt l'accusation calom- nieuse, et fit un long récit qui peut se résumer ainsi : « L'évêque de Laon avait d'abord demandé de se rendre au concile avec un grand nombre de personnes armées, mais le roi lui interdit d'ame- ner, outre ses clercs, plus de dix ou douze serviteurs, à l'exem- ple des autres évêques. Aussitôt Hincmar quitta le concile et vou- lut fuir avec les trésors de l'église. Aussi le roi le fit-il surveiller. Mais on ne lui a rien pris, il a encore ses trésors; par exemple, la croix d'or ornée de pierres précieuses donnée par Irmentrude, la défunte reine, se trouve encore dans la demeure d' Hincmar. » [502] On introduisit des témoins qui confirmèrent les affirmations du roi. Fagenulf et les clercs de Laon durent tout avouer, tandis que l'évêque avoua une partie et nia le reste. On découvrit en- suite que peu auparavant Hincmar de Laon avait donné en secret au prêtre Yrmion, trésorier de son Église, plusieurs des objets en- levés, tels qu'un calice, une ])atène en onyx, afin qu'on ne les trou- vât plus i-fiez lui; d'autres objets encore étaient en sa possession, il avait eu soin d'emporter avec lui l'inventaire des biens de l'Egli- se. Pressé de restituer, Hincmar se déclara prêt à le faire entre 501. CONCILE DE DOUZY, AOUT 871 629 les mains du métropolitain, si celui-ci le demandait. Hincmar de Reims vit le piège et dit : « Il ne demandait que ce à quoi le 24^ canon d'Antioche l'autorisait ^ ; au reste, les biens d'une Église devraient être aussi bien connus des clercs et des diacres, afin qu'entre la propriété privée de l'évêque et les biens de l'Église il ne pût y avoir confusion.)) Après la lecture du canon d'Antioche, le roi observa qu' Hincmar de Laon ne possédait rien de son chef, ayant été élevé et nourri par son oncle ; lors de sa promotion à l'épiscopat, il ne possédait pas un denier et depuis n'avait pas augmenté d'un sol les biens de l'Église de Laon. En revanche, il avait distribué ces biens à ses amis, qui s'étaient en- fuis. En preuve du châtiment que méritait cette conduite, on lut le 25 ^ canon d'Antioche. Hincmar de Laon retira de sa poitrine la croix en question, et la remit au prêtre Yrmion. Son oncle l'ayant encore exhorté à répondre aux accusations portées contre lui, il dit :«Je ne répondrai pas à ton apjiel; je n'ac- cepte pas ta sentence, j'ai des sujets de plaintes contre toi, et j'en appelle au Siège apostolique. )) Le métropolitain lui fit voir qu'il manquait de toute raison canonique pour le récviser et qu'il devait avant tout rendre raison au concile, ou recevoir sa sentence, s'il ne pouvait se purger des accusations portées contre lui, reservato per omnia juris priçilegio aque judicio Romanse. Sedis, sicut sacri Sardicenses prœcipiunt canones. Il ne pourrait en ap- peler à Rome qu'après avoir accepté cette sentence : tel était le [oUoJ ggjjg (jgg lettres du pape Hadrien conformes en cela aux canons de Sardique. On relut alors les deux lettres du pape à l'oncle et au neveu ; mais Hicmar le jeune n'y voulut trouver qu'un nouveau motif de se rendre immédiatement à Rome, quoique l'assem- blée lui fît voir que, selon le véritable sens des paroles du pape, « il devait d'abord se soumettre au métropolitain, et ne réaliser qu'ensuite son projet de voyage à Rome. )> Hincmar renouvela son refus de répondre au métropolitain et de le reconnaître pour juge 2. Il avait, nous l'avons vvi, accusé son oncle de l'a- voir fait emprisonner par le roi; Charles le Chauve fit en consé- quence, à la demande d' Hincmar de Reims, la déclaration sui- vante : « Cette accusation est fausse; si, par égard pour son oncle, on n'avait pas fait sortir de prison Hincmar le jeune, il s'y trou- 1. Voir § 56. 2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. G60-6G6; Hardouiii, op. cil., t. v, col. 1302-1307. 630 LIVRE XXVI verait encore pour expier son efl'ronterie à l'égard du ici, effron- terie si grande, que plusieurs personnes de la cour avaient voulu le tuer pour le punir. » Des évêques, des prêtres affirmèrent éga- lement qu'Hincmar l'ancien n'avait été pour rien dans cet empri- sonnement. Le concile déclara donc l'oncle justifié et le neveu calomniateur. A la demande du concile, Hincmar de Reims exhorta une fois de plus son neveu à répondre aux accusations portées contre lui par le roi, et d'abord au reproche d'avoir violé ses serments. Hincmar de Laon répondit évasivement « qu'il n'avait pas prêté ce serment sur les Evangiles, et que les paroles n'étaient pas celles que citait le roi, » Mais de nombreux témoins, clercs et laïques, qui avaient entendvi le serment, déposèrent en fa- veur du roi. Aussi l'évêque de Laon se vit-il acculé à son faux- fuyant habituel : « Que mes accusateurs comparaissent à Rome avec moi. » A propos du Libellus professionis, il déclara avoir souscrit, mais on lui prouva le contraire. Il ne voulut pas répondre aux accusations ; on lui prouva, par témoins et documents, ses manques de parole et ses injustices de toutes sortes envers le roi et le métropolitain ^. Le président du synode, Hincmar de Reims, réunit les votes. Le premier votant, Harduic, archevêque de Besançon, se prononça pour la déposition d' Hincmar le jeune, sah'o per omnia aposto licse Sedis judicio; Frothar, archevêque de Bordeaux, ajouta l'anathème ; les autres évêques s'en tinrent à la déposition -. |504] Tous les votes émis, Hincmar l'ancien prononça la sentence : (( ConsidéranI les divers méfaits (suit l'énumération), je déclare Hincmar déchu de Ja dignité épiscopale et des fonctions sacer- dotales, sans préjudice du privilège du Siège apostolique, dé- crété par les canons de Sardique et promulgué par les papes Innocent, Boniface et Léon » (on voit qu'Hincmar de Reims néglige ici les documents pseudo-isidoriens). Cette sentence fut signée par tous les évêques, par les représentants d'évêques, et par un grand nombre de prêtres et d'archidiacres ^. Le concile communiqua aussitôt au pape ce résultat et lui députa l'évêque 1. Mansi, op. clL, 1,. xvi, col. 066-671 : tTardouiii, np. cit., t. v, col. 1307-1311. 2. Mansi, «/>. cil., 1. xvi, cul. 671-675; Itardoiiin, o/j. cil., t. v, col. 1311-1316. 3. Mansi, op. cil., I. xvi, col. 675 ; Hardouiii, op. inc. décréta et canones, Lovanii, 1665, part. 2, p. 1267, 1268, 1269, et P. de Marca, De concordia sac. et imp., 1704, col. 373, 374, sont d'accord pour voir dans ces mots une intention très arrêtée. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 346 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1 , col. 192. 3. Pertz, op. cit., t. i, p. 506. 670 LIVRE XXVI lieu de croire que ce décret contenait le j)rojet des sept canons relatifs à l'autorité des évcques et à leur union, adoptés dans la session suivante. Dans cette session, on remit au pape et au concile [530] deux mémoires d'accusation, le premier contre Hincmar de Reims, le second contre Rotfred, évêque d'Avignon. Celui-ci était absent, et on donna au premier un délai pour préparer sa réponse. L'accu- sation venait de son neveu, Hincmar de Laon : « L'archevêque de Reims l'ayant invité au synode de Douzy, il avait été sur ces entrefaites séparé des siens, enlevé et conduit de force à Douzy, où le roi l'avait accusé de trahison et de parjure, pour avoir en- voyé à son insu des messagers à Rome. Il avait fait à ces ac- cusations, une réponse écrite, dont il ne s'était pas servi, parce qu'il aurait dû la remettre à son oncle qu'il récusait pour juge, connaissant la haine qu'il lui portait ; néanmoins on n'avait pas tenu compte de son appel à Rome. La déposition avait été pro- noncée contre lui par son oncle, et les évêques avaient été forcés d'y adhérer. Exilé, chargé de chaînes pendant un temps, il avait eu ensuite les yeux crevés, et il était resté en prison jusqu'à l'ar- rivée du pape. Il réclamait une sentence équitable ^. » Au rapport de Vepitome, on lut, dans la quatrième session, la sentence du pape, déjà approuvée et confirmée par le concile, contre les ravisseurs des biens d'Église et les contempteurs des commandements divins, et on exigea de tous leur souscription à cette sentence. On pense ordinairement qu'il s'agit ici des sept canons décrétés par le concile, mais Vepitome ne parle que plus loin de ces sept canons. Aussi serais-je porté à croire que, par cette première sentence, il faut entendre le décret parvenu jusqu'à nous sous le titre : Excommunicatio Joannis apostolici et cete- roruin episcoporiun ... de pet\>asoribus, etc. ^. Sous sa forme actuelle, ce décret ne porte aucune signature, mais nous voyons par les Annales d' Hincmar qu'il fut réellement porté et signé ; ce décret est ainsi conçu : « Si, d'ici au 1^^ novembre, les ravis- seurs des biens des églises ne les ont pas restitués, ils seront excommuniés ; celui qui méprisera cette excommunication épis- 1. Mansi, op. cit., t. xvn, col. :J52 ; Hardouiu, op. cit., t. vi, part. 1, col. 199. Sur la responsabilité de Boson dans le supplice d'Hincmar de Laon, cf. R. Pou- pardin, Le royaume de Provence, p. 88, note 6. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 349 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 195 ; Pertz, op. cit., t. i, p. 507. 505. CONCILE DE THOYES, AOUT S78 671 copale sera anathème ^, et quiconque mourra excommunié sera [àol\ privé des honueurs de la sépulture chrétienne, et traité comme les suicidés 2. » Lecture faite de ce décret, que le pape fit ajouter à son écrit contre Lambert ^, le concile demanda, au rapport de Yepitome, la publication de quelques capitula sur les besoins de certaines églises. Le pape y consentit, mais l'exécution fut ajournée à la prochaine session. Il engagea ensuite, d'une manière générale, à ne pas rester en communion avec des excommuniés, fit lire les promesses de Pépin et de Charlemagne au sujet du patrimoine de saint Pierre, et proposa plusieurs capitula que le concile approuva. A mon avis, il faut entendre par là les sept canons ; la manière dont ils sont rédigés prouve qu'ils viennent du pape, qui y parle de lui-même à la première personne. Ils sont ainsi conçus : « ï. Les grands de ce monde doivent respecter les évêques et ne s'asseoir en leur présence qu'après y avoir été invités par eux. Aucun laïque ne doit, sous peine d'excommunication, s'atta- quer aux biens des églises ; s'il ne s'amende pas, il sera anathème. 2. A moins d'y être autorisé par les canons, nul ne doit demander au pape ou à un êvêque un bien de l'Eglise, ainsi que nous l'aA'ons déjà ordonné dans l'église de Saint-Pierre, la première année de notre pontificat. 3. Tous doivent observer les capitula décrétés à Ravenne (on donna lecture de ces capitula). 4. Aucun évêque ne doit voir de sang-froid une atteinte portée à un collè- gue, ou les églises de celui-ci livrées à la dévastation. Les évêques doivent se soutenir dans la lutte pour la maison d'Israël. 5. Celui qui est excommunié par son évêque ne doit pas être reçu par vm autre. 6. Nul ne doit, ainsi que nous l'avons décidé dans un pré- cédent synode, donner asile aux vassaux d'un autre. 7. On n'ac- ceptera pas les accusations secrètes portées contre des évêques. » Ces canons furent signés par le pape, par quelques évêques italiens 1. « Lorsque l'auathème et l'excommunication sont ainsi éiiumérés, l'anathè- me comprend par le fait même l'excommunication. » Walter, Kirchenreclit, § 191. 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 349; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 195. Cette menace d'excommunication contre les ravisseurs des biens d'Eglise vi- sait particulièrement Bernard, marquis de Gothie et comte d'Autun, contre qui il faudra, à la fin de cette année, diriger une expédition et qui était d'ailleurs en état d'hostilité ouverte contre Louis le Bègue. (H. L.) 3. Perlz, op. cit., t. i, p. 507. G72 LIVRE XXVI de sa suite, puis par les huit métropolitains francs, Hincniar de Reims, Anségise de Sens, Aurélien de Lyon, Sigebod de Narbonne, Rostaing d'Arles, Adalard de Tours, Théoderich de Besançon et Ottram de Vienne ^, ainsi que par dix-neuf évêques. Vj epitome ajoute que le concile confirma l'anathème contre L'^'^-'J Formose, le nomenclateur Georges et le magister militum Grégoire. On y lut les anciens canons concernant les plaintes contre les évêques (explication du 7® canon), et la récusation des Juifs (probablement lorsqu'ils se portaient comme accusateurs contre des clercs) 2. Dans la v^ session, on traita les affaires particu- lières de cp.M^lques Eglises, déjà abordées dans la vi^ session; Ottulf, évêque de Troyes, lut un mémoire contre Isaac, évêque de Langres, présent à l'assemblée, au sujet de la villa Vandeu- vre, qui apparte.nait à son diocèse ; Théoderic de Besançon se plaignit de la négligence que mettaient ses sufîragants à se rendre au concile. On lut des canons défendant de passer d'une église à une autre; on porta, sur les deux points signalés et agités dans la 11^ session, le décret suivant : « Entre autres plaintes déférées au concile, on a rapporté que beaucoup de laïques aban- donnaient leurs femmes pour en prendre d'autres ; c'est ce qu'ont fait un certain Odilon, dans le diocèse d'Arles, Evold, dans le diocèse de Vienne, et beaucoup d'autres. Pour faire mieux ressor- tir cette misère, on a ajouté que, dans sept des provinces ec- clésiastiques de la Gaule, l'abus s'est introduit d'échanger un petit évêché contre un évêché plus considérable. Il faut réprimer ces deux abus. Les évêques qui se sont conduits ainsi doivent être ramenés dans leurs anciennes Églises, et les laïques doivent reprendre leur femme ^. « Tels sont les renseignements de Vepitome, ([ue nous avons cher- ché à compléter par d'autres détails puisés dans des documents particuliers. Malheureusement Vepitome ne donne la date que de la première session, et ne nous dit pas s'il y en eut plus de cinq. On est porté à croire que ce nombre ne fut pas dépassé, car Vepitome ne résume probablement les opérations de l'assemblée 1. Mansi, op. cit., t. xvii, Append., p. 187 sq. ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 196 sq. 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 347 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 193. 3. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 347, 350 ; Hardouin, op. cit., t. vt, part. 1, col. 193, 196 ; Pertz, op. cit., t. i, col. 507. 505. CO>CILE DE TROVF.S. AOUT 878 673 que jusqu'à l'arrivée ou tout au plus jusqu'au couronnement du roi. Néanmoins il ne parle en aucune façon du roi, et ne men- tionne pas sa présence, quoique celui-ci, comme nous le savons par ailleurs, assistât à plusieurs reprises aux sessions de la seconde période du concile de Troyes. Ainsi nous avons dit, au dél)ut de ce paraoraphe, que le 18 août le pape avait donné, en présence du roi. un diplôme en faveur du monastère de Saint-Gilles ^. [533] Le même jour, Sigebod. archevêque de Narbonne, avec ses suffragants, remit au concile un exemplaire du code des Goths, qui avait force de loi dans son district, se plaignant de « n'y trou- ver aucune loi contre les sacrilèges, que les juges ne puni- raient jamais : car, d'après ce même code, les juges n'avaient pas à enquêter contre les délits qui ne s'y trouvaient pas visés.» Fai- sant droit à cette demande, le pape adressa à tous les évêques, comtes, juges, etc., et à tout le peuple chrétien de l'Espagne et de la Gothie, un décret punissant à l'avenir les sacrilèges — con- formément à une loi de Charlemagne — d'une amende de trente livres d'argent. Si le coupable refusait de payer cette compensa- lion, il devait être excommunié. Ou ajouterait cette loi à tous les exemplaires du code des Goths '^. C'est donc le 18 août, dans une session du concile, que l'arche- vêque Sigebod a émis ses plaintes; mais l'insuffisance des données chronologiques fournies par Vepitome ne nous permet pas dé dire si cette session est l'une des cinc{ dont il parle. Il est vrai que le 30 août, durant son séjour à Troyes, le pape donna un diplôme en faveur de l'Église de Poitiers ; le 5 septembre, un autre pour le monastère de Fleury;le 6 septembre, un troisième accordant le pallium à \yala, évêque de Metz, mais à titre personnel; enfin, à une dale incertaine, un quatrième diplôme en faveur de l'Eglise de Tours ^. Mais rien ne prouve que le concile ait participé à la publication de ces pièces, cfue le pape a fort bien pu envoyer sans prendre l'avis des évêques. On ignore pour quel jour le pape con- 1. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 351, et Append., col. 189 ; Hardouin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 198. Sur le Forum Judicum ou Fuero Juzgo, cf. H. Leclercq, Espagne chrétienne, in-12, Paris, 1906, p. 329-332 ;U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, Topo-bibliogr., col. 3556-3557. (H. L.) 2. Mansi, op. cil., 1. xvii. col. 351, 355, 248. 354 ; Hardouin, op. ril.. t. vi, part. 1, col. 199, 202, 121, 201. 3. D'après R. Poupardin, op. cit., p. 88, Louis le Bègue n'arriva à Troyes que le 1" septembre. (H. L.) CONCILLS — IV —lu 674 LIVRE X?vVI voqua devant le concile Frothaire, archevêque de Bordeaux, pour produire les documents établissant sa translation sur ce siège. Il devait aussi se disculper de plusieurs accusations, et on l'avertit que la contumace nuirait à sa cause ^. La cxv^ lettre du pape au comte Bernard ^ nous apprend en c{uoi consistaient ces 1534] autres accusations portées contre Frothaire. D'après cette lettre, le comte Bernard aurait adressé au roi une accusation écrite imputant à l'archevêque le dessein de livrer Bourges aux enne- mis du roi. Mais a Troyes, Frothaire expliquaj d'une manière pleinement satisfaisante, sa translation sur le siège de Bor- deaux et les motifs qui avaient retardé sa comparution. Le comte Bernard lui-même était cause de son retard, et sa transla- tion à Bordeaux avait été approuvée par le pape Jean ^. Il voulut en même temps se disculper de l'accusation de trahison; à sa demande, le pape cita le comte Bernard en personne devant le concile, avec les fonctionnaires sous ses ordres, afin d'examiner l'affaire de Frothaire *. A la date de cette lettre le roi Louis se trouvait à Troyes, et sans doute il put se convaincre de la cul- pabilité de Bernard et de l'innocence de Frothaire, car nous le verrons plus tard accorder à ce dernier une confiance particulière, et consentir à l'excommunication du comte Bernard, contumace ^ Une ou deux semaines auparavant, le 7 septembre 878, le pape avait couronné le jeune roi Louis le Bègue^ non comme empereur, mais simplement comme roi, quoiqu'il eût déjà été couronné roi l'année précédente par Hincmar de Reims. Nous avons vu Pépin le Bref couronné deux fois, par saint Boniface d'abord, en- suite par le pape Etienne ®. Après le couronnement, le pape fut invité par le roi, dans son habitation non loin de la ville, à une 1. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 353 : Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 200. La première convocation de Frothaire avait eu lieu même avant l'arrivée du pape à Troyes. 2. Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 38 ; Mansi, op. cit., t. xvii, col. 91. 3. Epist., VIII, XII, XIV, dans Hardouin, op. cit., t. vi, part, l, col. 4 ; Mansi, op. cit., t. XVII, col. 9 sq. 'i. Epist., cxv. 5. Epist., cxx, dans Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 39 ; Mansi, op. cit., t. XVII, col. 93. [R. Poupardin, op. cit., p. 85, 89. (H. L.)] 6. Cf. la note de Sirmond dans Mansi, op. cit., t. xvii, col. 358, et Bower, Ge schiclile der Papste, t. vi, p. 204. [Sur ces sacres et couronnements multiples, cf. E. Lesne, La hiérarchie épiscopale, p. 27'i, tî. 1. (H. L.)] 505. CONCILE DE TROVES, AOUT 878 675 somptueuse collation, d'où il revint comblé de présents. Aus- sitôt le roi le fit prier de couronner la reine Alpaïde, mais le pape s'y refusa. La raison probable de ce refus serait, au dire de Ré- ginon. que Louis avait autrefois, à l'insii de son père, épousé une jeune fille noble nommée Ansgarde, qui lui avait donné deux enfants. Louis (III) et Carlonian ; plus tard, sur l'ordre de son père, il l'avait abandonnée pour épouser Alpaïde ^. Les deux archevêques Adalgaire et Frothaire (celui-ci était donc rentré en grâce) vinrent, de la part du roi, trouver le pape et le con- [535] cile pour leur remettre un diplôme de Charles le Chauve insti- tuant sou fils Louis héritier de l'empire (c'est-à-dire de l'Italie et de la couronne impériale). Ils demandaient la confirmation de ce testament ^. Le pape exhiba, de son côté, une donation de l'em- pereur Charles à l'abbaye de Saint-Denis, dont il réclama lui aussi la confirmation. C'est ainsi qu'aucun de ces documents ne fut pris en considération ^. Le 10 septembre, le roi, à la prière de plusieurs grands vassaux (nous n'en savorts pas plus), visita le pape chez lui, d'où il se ren- dit, pour la dernière session, dans l'assemblée des évêques ^. Ceux-ci menacèrent d'anathème Hugues, fils naturel de Lo- thaire et de Waldrade, s'il contintiait à ne pas tenir compte de son serment ilc fidélité au roi franc ^. On reprit l'affaire d'Hinc- mar de Laon, et à la manière dont en parlent les Annales d'Hinc- mar de Reims ^, on voit assez qu'elle ne se termina pas à la satisfaction de ce dernier. Sur les instances de plusieurs évêques, dit-il, et d'accord avec le roi, le pape décida que Iledenulf, suc- cesseur d'Hincmar le jeune sur le siège de Laon, garderait 1. Pertz, op. cit., t. i, p. 508, 590. 2. Pertz, op. cit., t. i, p. 508. Voyez aussi la p. 504 où le regnum est identifié au sceptre de saint Pierre qui en est comme le symbole. 3. Pertz, op. cit., t. i, p. 508. Hincmar, Annales, ad ann.878, est ici passable- ment embrouillé. « Outre l'obscurité du récit qui empêche de voir clair dans cette aiîaire, on y respire uh air de rancune qui met en délianre. " A. Lapôtre, op. cit., p. 350, note 1. (II. L.) 4. Mansi, op. cit., t. xvxi, col. 94, 357 ; llardouin, op. cil., t. vi, pari. 1, col. 41, 204; Pertz, op. cit., t. i, p. 508. [Cf. R. Parisot, Le royaume de Lorraine soua les Carolingiens, 843-923, in-8, Paris, 1899, p. 443 sq. (H. L.)] 5. Pertz, op. cit., t. i, p. 508. 6. La session avait lieu dans une e.ieclra, cest-à-dirc dans une chapelle laté- rale de l'éclisc. Pertz, od. cil., 1. t, i). .'.08. 676 LIVRE XXVI cette dignité, mais Hincinar pourrait dire la messe et posséder une partie des revenus de l'Eglise de Laon. On ne prit pas en considération le désir exprimé par Hedenulf de se retirer dans un monastère. Dès que les amis d'Iiincmar le jeune ouïrent la sentence du pape, ils revêtirent le pauvre aveugle des orne- ments sacerdotaux, et le conduisirent parmi les chants liturgiques hors de l'église ^, bénir le peuple et reprendre solennellement l'exercice des fonctions ecclésiastiques. A la fin du concile, le pape parla encore aux évêques et au roi. Voici son discours aux évêques : « Mes frères, mes collègues dans l'épiscopat, vous devez avec moi défendre la sainte Église romaine, chef de toutes les Eglises, jusqu'à ce que, avec le secours de Dieu et les armes de vos gens (il demandait donc [536] des troupes aux évêques), je puisse remonter sur le Siège de Pierre. Je vous prie de me donner sur ce point et sans délai votre adhésion. » Au roi, il disait : « Mon très cher fils et glorieux roi Louis, je vous prie de défendre, délivrer et exalter l'Eglise romaine, comme l'ont fait vos ancêtres, et de suivre leurs exemples, en faisant tout ce qu'il sera en votre pouvoir pour que vous et votre empire ne soyez souillés d'aucune faute. Si tel n'est pas votre sentiment, je vous adjure, au nom du Seigneur et de saint Pierre, de le déclarer sur-le-champ et devant nous ^. » Le roi ni les évêques ne firent aucune réponse, ou bien leurs réponses ne sont pas arrivées jusqu'à nous, et Fleury ^ en conclut qu'on ne voulut pas d'une intervention armée en faveur du pape, d'autant plus que les contingents disponibles du roi et des évêques avaient de quoi besogner contre les Normands. Cependant le roi ordonna à quelques évêques de soutenir le pape, qu'il chargea son cousin, le duc Boson, d'accompagner jusqu'à Rome avec des troupes et de protéger contre Lambert ^. Au grand chagrin du 1. Mahsi, op. cit., t. xvii, col. 354, et Append., col. 188 ; Hardouin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 201 sq. 2. R. Poupardiii, Le roijaume de Pro'^'ence, p. 90. (H. L.) o. Joauiiis VIII EpisU, cxxvii et cxxx, dans Mansi, op. cit., t. xvii, col. 96 sq.; Epist., i.viii et lx, Hardouiii, op. cit., t. vi, part. 1, col. 42 sq. Dans sa lettre au comte Bérenger, Jean VIII dit nettement : Ludovicus rex itisi infirmas esset nobiscum veniret, jam quia pro infirniitate non potuit, dédit nohis hune Bosonem principem, P. L., t. cxxvi, col. 809. «En soi, la donnée n'avait rien que de très vraisemblable, Jean VIII avait fait appel aux Carolingiens allemands comme au fils de Charles le Chauve ; les premiers ne paraissaient pas au rendez-vous ; il 505. CONriI.F. DK IROYES. AOIT 878 677 pape, Agilmar, évêque de Clerniont, olîéit seul aux exhortations du roi et vint au secours du Saint-Siège ; en revanche, Boson déploya un grand zèle, dont le pape rendit témoignage dans une lettre écrite de Pavie au roi, en même temjis qu'il réclamait un envoi de troupes afin que Boson pût comljattre avec succès les ennemis de l'Eglise romaine ^. Richter a découvert, dans un manuscrit de Mersbourg. et publié en 1843, à Marbourg, un document qu'il attribue à ce concile de Troyes ^. D'après cette pièce, dans une session tenue le 14 sep- tembre 878, le concile aurait prononcé l'anathème contre Formose, réfugié chez l'abbé Hugues, dans le royaume franc de l'Ouest. [537] Cette sentence aurait été signée par le roi Louis et par trente- six évêques. Mais ces signatures rendent très contestable l'au- thenticité de la pièce, car elles ne concordent guère avec celles des canons de Troyes, et, chose plus grave, plusieurs sont évi- demment fausses ^. Ainsi, au lieu d'Otram, archevêque de Vienne, nous trouvons un certain Bennom: de même, au lieu d'Ingal- wins, évêque de Paris, nous avons un Heldebold; Aimo est donné comme évêque de Chartres, au lieu de Gislebert ^: Bodo, comme évêque de Troyes, au lieu d'Ottulf ^ : Berner comme évêque de devait se contenter de l'appui que pouvait lui olïrir le second, et, faute d'un roi à emmener avec lui en Italie, la présence à ses côtés de l'ancien duc de Lom- bardie pouvait sembler suffisante. » R. Poupardin, Le roi/aume de Provence, p. 90-91. (H. L.) 1. Epist., cxxv, dans Mansi, op. cit., t. xvii, col. 95. L'assemblée de Pavie est de caractère mixte. Dès avant le concile de Troyes et pendant son passage en Provence, JeanVIII avait été l'objet des prévenances de Boson et de sa femme Ermengarde. Le vieux pape fut charmé. Ermengarde, que nous avons rencontrée déjà, fiancée de Constantin, fils de Basile de Macédoine, ne se résignant pas à être moins que reine ou impératrice, elle avait fait le siège du pape. Jean VIII se laissa prendre. Tombant sur l'âme endolorie de ce vieillard qui depuis longtemps ne connaissait plus que les heurts, les caresses opérèrent un effet merveilleux et Jean VIII commença à destiner Boson à l'empire. Cf. Lapôtre, Le pape Jean VIII, p. 345-348; R. Poupardin, op. cit., p. 91-93; L. Duchesne, Les premiers temps de V État pontifical, dans la Re<^>ue d'hist. et de litt. relig., 1896, p. 466-467. Tout échoua par la faute des évêques et des grands seigneurs italiens qui laissèrent le pape se morfondre à Pavie. (H. L.) 2. Dûmmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 56, 157 sq. 3. Même si ce document est faux, il peut cependant être vrai que Formose se trouvait dans les Gaules chez l'abbé Hugues. Cf. Noorden, op. cit., p. 359, note 4. 4. Gallia christiana, t. viii, col. 1107. 5. Id., t. XII, col. 492. 678 LTVRE XXVI Mâcon, au lieu de Lantbert i; Isaac, comme évêque de Limoges, au lieu d'Anselme^; Gaido, comme évêque de Langres, an lieu d'Isaac^; Honorât, comme évêque de Beauvais, au lieu d'Odon * ;Dido comme évêque de Laon, au lieu d'Hedenulf ; Atto comme évêque de Verdun, au lieu de Bérard ^ ; Emino comme évêque de Nevers, au lieu d'Abbo II ^ ; Herpin (Erpuin), comme évêque de Senlis, au lieu de Hadebert, sans parler de beaucoup d'autres erreurs. Les noms cités dans cette liste sont ceux d'évêques qui ne sont montés sur leurs sièges que quelque temps après le concile de Troyes, ou qui étaient morts plusieurs années avant ce concile. Nous citerons, par exemple, Erpuin de Senlis, mort en 871, et Atto de Verdun, mort le 1^^* janvier 870. On ne pour- rait donc pas expliquer ces signatures, en disant que, suivant une pratique assez répandue, les actes du concile de Troyes au- raient été souscrits et signés par de nouveaux évêques, quelques années après la célébration du concile. 506. Conciles entre 819 et 888, jusqu'à la mort de l'empereur Charles le Gros. Le pape, accompagné de Boson et d'Agilmar, se rendit, vers la [538] fin cle septembre, de Troyes à Chalon-sur-Saône; puis il continua sa route par Maurienne et le mont Cenis. Il avait donc renoncé à son projet de se rendre en Allemagne, peut-être parce qu'aucun évêque allemand ni aucun représentant des trois rois allemands ne s'étaient rendus au concile, ce dont il s'était plaint amèrement dans une lettre adressée à Charles k^ Gros '. Dès son arrivée à Turin, et bientôt à Pavie, le pape fit des préparatifs pour fairp célébrer dans cette dernière ville un grand concile au commence- ment de décembre, afin de faire prévaloir ses droits politiques ^. 1. Gullin chrisliana, t. iv, col. 10'i7. 2. Id.. t. II, col. .508. :!. M., t. IV. col. ri'^5 sq. \. Id., 1. IX, coi. 701. .',. Id., I. XIII, col. 117."). C. /(/.. 1. Ml. col. (i;)l. 7. /•;/.. c.xr.ii, cxxvi, cxxvii, cxxniii. r)06. CONCILES ENTRE 879 ET 888 679 On ne sait si cette assemblée se réunit ; mais il est certain qu'Anspert, archevêque de Milan, ne s'y rendit pas plus que ses suiïragants 1. Le pape convoqua alors, à Rome, pour le l^'^ mai 879, un autre concile cjui devait s'occuper du choix d'un nouveau roi d'Italie, Carloman, malade, ne pouvant conserver l'empire {regnum retinere nequit). Le pape ajoutait ^ que les évêques lom- bards ne devaient, sans son adhésion, reconnaître personne pour leur roi, car « l'empereur doit d'abord être choisi et élu par nous. » Il voulait entretenir de cette affaire l'archevêque de Milan et ses sufîragants, et cet archevêque pouvait venir avec d'autant plus de sûreté, qu'il aurait dû être déjà puni en raison de son absence au concile de Pavie. Le l^^mai 879, le pape Jean envoya à Romain, archevêque de Ravenne, et à ses sufîragants ^, une invitation analogue pour le concile romain; et il avait écrit le 3 avril 879, à Charles le Gros, entré quelque temps auparavant en négociations avec lui (probablement au sujet de l'Italie et de la couronne impériale), l'assurant des vœux qu'il formait pour son élévation. Mais afin d'assurer le succès de ses projets, Charles devait envoyer des plé- nipotentiaires ou venir lui-même et secourir l'Église romaine dans sa détresse *. Le concile se réunit en effet à la Confession de Saint-Pierre ^; mais Anspert, archevêque de Milan, et ses sufîragants, n'y vinrent pas, peut-être afin d'éviter de voir le pape limiter leur droit d'élec- tion du roi des Lombards. En conséc[uence, le concile prononça contre lui ime sentence d'excommunication, qui ne devait cesser que par sa comparution ; le pape Jean lui notifia cette déci- [539] sion (19 mai 897), ajoutant qu'il pouvait venir avec tous ses évê- ques, en pleine confiance, au prochain concile romain, fixé au 12 octobre, ou du moins s'y faire représenter, sinon le pape le frapperait de la peine canonique la plus grave. Il interdit, en même temps, à 1. Episl., CLV. 2. EpisL, CLV. o. Epist.. CLiii, Mansi, op. cit., t. xviii, col. 107. 4. Epist., ci-x. 5, Coll. regia., t. xxiv, col. 461 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 321 ; Coleti, Con- cilia, t. XI, col. 325 ; Mansi, op. cit., t. x, col. 359.; Jafîé, Reg. pont. Rom., p. 279; 2^ édit., p. 408. Sur cette affaire de l'évêque de Milan, cf. L. Saltet, Les réor- dinations, i.i-8, Paris, 1907, p. 147-149. (H. L.) 680 LIVRE XXVI lui et à ses sufîraoants, de se mettre, sans autorisalion, en rapport avectoutroifranc venant en Italie, et de tenir un p/act^wm (pour le proclamer roi); le 35^ canon apostolique interdisait aux évêques de rien faire à l'insu de celui qui était le premier parmi eux. Comme nous possédons une seconde lettre du pape à Anspert, identique pour le fond à la prenn'ère, dont elle ne diffère que poui être datée du lendemain et rédioée avec plus de modération, il est probable que la ])remière lettre a été retenue et qu'on a seu- lement envoyé la seconde ^. Pendant la célébration de ce concile romain, le pape écrivit, le 2 mai 879, à Théodose, patriarche de Jérusalem, qui venait d'envoyer à Rome une ambassade de trois moines. Le pape leur donna audience et les renvoya avec des présents el de bonnes paroles pour leur patriarche ^. Il écrivit en même temps (7 juin) à Carloman alors malade, de confirmer rélé\ation du diacre Gosbert sur le siège de Verceil et lui manda, au cas où la maladie l'empê- clierait de venir en Italie, d'y envoyer son frère Charles le Gros 3. Wigbod, évêque de Parme, fut le principal intermédiaire de tou- tes ces négociations ;,il résidait probablement dans une des cours de la Germanie, et le pape échangea avec lui, à cette occasion, plusieurs lettres ^. A la nouvelle (pie Louis II I, roi de Saxe et troisième fils de Louis le Germanique, intriguait j)our avoir la couronne impériale, le pape, prenant cf>nseil de la détresse où il se trouvait, lui lit aussi des ouvertures ; mais Cliarh-s le Gros arriva le premier, passa les Alpes après <|ue Carloman lui eut cédé ses droits sur l'Italie, et fut reconnu roi dans la diète de Ra venue (6 janvier 880) ^. 1. Epist., cLxxxii. 2. Epist., CX.XX. ;3. Epist., CLxxii. 'l. Epist., CLXXIII, CLXXIX. 5. Sur la question de chronologie, voyez Jalïé, Eegesiti ponlif., p. 283; Gfrôrer, t. II, p. 206 sq. A Pavie, le pape Jean VIII avait dévoré son échec en com- posant une belle lettre adressée à Louis le Bègue contenant un grand éloge de Boson ; il se gardait bien de rien dire du projet manque, P. L., t. cxxvi, col. 810. Le pape rentra à Rome et aussitôt pressa Boson de reprendre leur- projet, mais Boson fit la sourde oreille; au lieu d'un titre impérial plus brillant que solide, il s'adjugeait un royaume bien consistant en Provence et Bourgogne, 15 octobre 879, A. Lapôtre, Le pape Jean VIII, p. 349 ; R. Poupardin, Le royau- me (le Provence, p. 93-96, 97 sq. Jean VIII s'indigna à cette nouvelle et traita le nouveau roi de perturbateur et tyran, P. /-., 1. cxxvi, cul. 917. A. Lapôtre, 506. CONCILES ENTRE 879 ET 888 681 Avant le délai fixé pour la célébration du concile romain au mois d'octobre, le pape envoya deux évêques porter à Anspert, archevêque de Milan, ses exhortations apostoliques. L'orgueil- '^'JJ leux prélat laissa attendre à sa porte les ambassadeurs du pape, sans leur donner audience : aussi, au mois de mai, prononça-t-on contre lui la sentence d'excommunication difïérée jusque-là. L'ar- chevêque continua à dire la messe et à exercer ses fonctions ecclésiastiques; le devoir du pape eût été d'user à son égard de la plus grande rigueur, mais il prit pitié de son âge, et l'invita une fois de plus à se rendre au concile du mois d'octobre ^. Quelque temps après, au mois d'août, se tint le second concile romain de l'année 879, qui reconnut sous certaines conditions Photius comme patriarche de Constantinople. après la mort d'Ignace, et composa, pour les légats du pape qui se trouvaient à la cour de Constantinople, le Commonitorium falsifié depuis par Photius 2. Le troisième concile romain, tl'octobre 879 ^, déposa Anspert, qui avait méprisé la citation à lui adressée. On invita les évêques de la province de Milan et le clergé de la ville à faire choix d'un autre métropolitain. Deux légats du pape devaient prendre part à cette élection ^. A la même époque, le pape annonça au roi (d'Italie) Charles le Gros la déposition d' Anspert et ajouta que, malgré son excommunication, Anspert avait, contre la volonté du pape et du roi. ordonné pour Verceil un évêque que Charles n'avait pu rcconnaîlie. Ce même point est encore traité dans la op. cit., p. 349-350. En cette année 879, le chaos se débrouille un peu, L. Duchesnc. Les premiers temps de V État pontifical, dans la Res^. d'hist. et de lit. relig., 189G, p. 467-468; pour les hésitations de Jean VIII et la position embarrassante où le jette sa politique, la valeur et le nombre des candidats et les événements qui se succèdent, A. Lapôtre, op. cit., p. 351-352. Au terme de tant de combinaisons, d'intrigues et de labeurs, Jean VIII, le pape aux tendances françaises, est réduit à mettre la couronne impériale sur la tête d'un pi'ince allemand; il est vrai que, avec ses longues perspectives, le vieux pape a pu se dire : c'est le plus mauvais choix possible, on se lassera et on reviendra à mes idées. (H. L.) 1. Epist., cxcvi. 2. Voir § 497. 3. Coll. regia, t. xxiv, col. 461 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 321-324 ; Hardouin, op. cil., t. VI, part. 1, col. 207 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 325; Mansi, Concilia, Supplcm., t. I, col. 1033 ; Couc. ampliss. coll., t. xvii, col. 535; Ja{ié,Reg. pont. Rom., p. 283, 2^ édit., p. 413. (H. L.) 'h. Epist., ccxxi. 682 LIVRE XXVI lettre au clergé et au peuple de Verceil ^. Dans une autre ses- sion (24 octobre), le concile excommunia l'évêque Pierre, le préfet et les habitants d'Amalfi, qui avaient. conclu un traité de paix avec les Sarrasins ^. On ne sait si quelques autres lettres écrites par Jean VIII à cette même époque ^ impliquent une participation du concile ou sont l'œuvre du pape seul. A ce moment on célébrait en France (15 octobre 879), à Mantala, une diète qui peut être comptée au nombre des conciles *. Louis le Bègue, roi de France, étant mort le [11] avril 878, les deux fils qu'il avait eus de sa première femme, Louis (III) et Carlo- man, furent proclamés rois, quoique l'on doutât de leur droit au point de vue de la naissance. Charles (le Simple), issu d'un second lit, n'était pas encore né lors de la mort de son père. Boson mit à profit cette situation de l'empire franc pour se tailler un royau- me ; il y était poussé par sa femme, Irmengarde, fille de l'empe- L^^IJ reur Louis II, à qui la vie, disait-elle, était insupportable sans une couronne ^. Boson convoqua les évêques et les grands de la Pro- vence et d'une partie de la Bourgogne à Mantala, château situé entre Vienne et Valence ^ Il fit vœu de défendre l'Eglise, fut choisi pour roi ef porté en triomphe à Lyon, où l'archevêque Aurélien lui mit sur la tête la couronne du nouveau royaume 1. ^Epist., ccxxiii. 2. Epist., ccxxv. :i. Epist., ccxxiv, ccxxvi, jusqu a ccxxix. 'i. Convenlus Mantalensis, dans Boretius-Krause, Capilulariti, t. ii. p. 365 ; Annales Bertiniani, ad ann. 879, p. 150. La date du jour est donnée par les actes du concile et par Hugues de Flavigny, Chron. Virdunense, dans Monum. Germ. hisL, Script., t. viii, p. 356 : Anno 879, indictione, XII suscepit regnum Provin- cial Boso ad Viennam, idibus octobris. Il est seul parjni les chroniqueurs à fournir ce renseignement ; cela pourrait faire supposer qu'il a eu entre les mains soit les actes de l'assemblée, soit une source historique perdue les ayant utilisés. (H. L.) 5. Hincmar, Annales, ad ann. 879 : Boso, persuadente uxore sua, quse nolle i'ii'ere se dicebat, si, filia imperatoris Italisp. eidesponsata imperalori Grœciœ, ma- ritum suum regem non jaceret. Or, il paraît que de pareils arguments sont tou- jours puissants sur le cœur d'un mari. (H. L.) 6. On a longtemps identifié ce lieu avec Mante, localité aujourd'hui disparue, dans le voisinage de Vienne, mais Charvet, dont tous les auteurs modernes ont suivi le sentiment, a montré qu'il s'agissait de Mantaille, dans la vallée diteVallis rtMcert ou Valloire. Sur cette localité, cf. Cl. Charvet, Histoire de la sainte Église de Vienne, in-4, Lyon, 1761, p. 220-221; R. Poupardin. Le royaume de Provence sous lesCaralingiens, p. 97, note 2. (II. L.) 506. CON'CILES ENTRE 879 ET 888 683 d'Arles ou de Provence ^. Gfrôrer suppose que le pape se réjouit de cet événement 2, mais c'est tout le contraire que prouve sa lettre à Otrarn de Vienne; le pape y blâme ce prélat, qui soutenait les gens et les prétentions de Boson, le prsesumptor et regni per- turbator, dont la conduite rejaillissait fâcheusement sur l'Église 1. Sirmond, Conc. Gall., 1629, t. m. p. 496 ; A. Duchesne, Hist. Franc, script., 1636, t. II, p. 480-482 ; Coll. regia, 1644, t.xxiv, col. 473; Lahhe, Concilia, 1671, t. IX, col. 331-334; Fantoni-Astracci, Hist. delta città di Avenione, 1678, t. 11, p. 14-15 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 345! ; Bouche, Hist. de Pro- vence, t. I, p. 763 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, p. 304-306 ; Coleti, Concilia, 1730, t. xi, col. 503-506; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xvii, col. 529 ; Mille, Hist. de Bourgogne, 1773, t. m, p. 320-326. R. Poupardin, Le royaume de Proi>ence sous les Carolingiens, p. 320 sq., appendice V, Le texte des actes du concile de Mantaille, présente les considérations suivantes que nous croyons utile de reproduire : « Les actes du concile de Mantaille ont été publiés pour la première fois en 1566 par un personnage assez suspect au point de vue de la probité historique. Guillaume Paradin, qui déclare donner son texte d'après « un vieux manuscrit », désignation un peu insuffisante. Tous les éditeurs, et ils sont nombreux, se sont contentés de reproduire directement ou indirectement le texte donné par Para- din, en remettant cependant en latin les souscriptions des évèques assistant au concile, souscriptions que l'annaliste bourguignon s'était borné à donner en français. Annales de Bourgogne, p. 105. Sirmond introduisit, de plus, dans le texte un certain nombre de corrections qui passèrent plus tard dans l'édition de Pertz. « Le premier qui ait redonné d'après le manuscrit, au moins partiellement, le texte du Conventus Mantalensis est M. Marion. Celui-ci, dans sa publication des Cartulaires de Grenoble, a reprq^uit le texte fourni par l'un d'eux, Cartu- laires de Grenoble, dits Cartulaires de Saint-Hugues, in-4, Paris, 1869, p. 265. Malheureusement ce manuscrit contient seulement une partie des actes, celle que l'on désigne sous le nom d'Electio Bosonis et, de plus, les souscriptions épiscopales y sont extrêmement mutilées. M. Marion s'est trouvé par suite dans l'obligation de combler plusieurs lacunes d'après les éditions antérieures, c'est-à-dire en défi- nitive, d'après la traduction en latin du texte français de Paradin, assez défec- tueux lui-même. C'est d'après ces deux éditions, celle de Paradin avec les cor- rections conjecturales de Sirmond et celle de M. Marion représentant le ms. de Grenoble, qu'a été faite la dernière publication des actes du concile, due à MM. Boretius et Krause, dans la collection in-4 des Monumenta Germanise, Ca- pitularia, t. 11, p. 365. Il va sans dire que cette édition peut être considérée comme définitive, sauf le cas d'une découverte de manuscrits nouveaux. » Siu' les prélats, les signatures et le but de cette assemblée de Mantaille, cf. R. Poupar- din, op. cit., p. 98-112, et une note importante d'E. Lesne, La hiérarchie épis- copale, p. 290, note 6. (H. L.) 2. Op. cit., t. II, p. 209. Voir la lettre de Jean \III à Otrani de Vienne, jEp. cci.xxxviii. P. L., t. i-.xxvi, col. 917. (II. L.) 684 LIVRE XXVI romaine, car on le supposait de connivence avec le pape ^. On voit aussi qu'à cette même époque le pape assura sa protection aux deux jeunes rois de France, Louis et Carloman ^, et en mars 881 il désignait Boson comme perturbator imperii. Vers le même temps le roi de Saxe Louis III, qui avait envahi la France en 879, voulut, réunir un concile à Soissons ; mais l'ar- chevêque Flincmar refusa de s'y rendre et engagea ses collègues à demeurer fidèles à leurs princes héréditaires 3, et le concile ne put avoir lieu *, Le 8 novembre 880, un concile romain rétablit dans la communion de l'Église le duc Deusdedit, incestueux excommu- nié par son évêque Romain de Ravenne. L'assemblée déclara régu- lier son mariage avec Maria ^. Quelque temps après (février 881), [542] Jean VIII couronna empereur Charles le Gros ^, et au mois d'avril il excommunia, dans un concile tenu à Saint-Pierre de Rome, Athanase, évêque et prince de Naples, qui, après avoir mérité à plusieurs reprises ses éloges, avait fait, peu auparavant, cause commune avec les Sarrasins. Plus tard, ayant promis de rompre avec les Sarrasins, il fut relevé de l'excommunication ^. Dès le mois de septembre, le pape Jean réunit un nouveau concile romain, pour prononcer une excommunication temporaire contre Romain, archevêque de Ravenne, qui n'était pas venu pour s'expliquer au sujet de la brus([ue rupture du mariage du duc Deusdedit, qu'il avait autorisé ^. 1. Il faut rectifier d'après ces indications les opinions émises par Giese- brecht, Gesch. d. deusl. Kaiser, t. i, p. 289. V. Noorden nous paraît aussi dans l'erreur, op. cit., p. 371, lorsqu'il admet arbitrairement que le pape Jean s'était prononcé contre Boson lorsqu'il n'avait pu agir autrement, mais qu'il avait auparavant favorisé ses desseins et avait dans ce but désigné Rostaing, arche- vêque d'Arles, comme son vicaire pour la Gaule. 2. Lettre à Louis III et à Carloman, Jailé, op. cit., n. 3370, cf. 3373. (H. L.) 3. Louis III et Carloman, lils de Louis le Bègue. .Jafïé, op. cit., n. 3373 ; A. Lapôtre, Jean VIII, p. 349. (H. L.) 4. V. Noorden, op. cit., p. 370, cf. p. 204. 5. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 535; Epist., ccliii, cclxxi. G. Charles le Gros entre en Italie, octobre 879 ; il est reconnu roi d'Italie, début de 880, Bôhmer-Mûhlbacher, op. cit., 1549 a; Jean VIII lui écrit au mo- ment où il demande la couronne impériale, 25 janvier 881 ; il est couronné em- pereur, 12 février 881. Bôhmer-Mûhlbacher, of>. cit., n. 1566: Gregorovius, op. cit., p. 213. (H. L.) 7. Epist., ccLxiv, CCI. XX, ccxciv, 8. Epist., CCLXXU, CCLXXV, CCLXXVIU. 506. CONCILES ENTRE 8 71) ET 888 685 Le 2 avril 881, les évêques de plusieurs provinces ecclésiastiques de France (et de Belgique) se réunirent dans l'église de Sainte- Macrine à Fismes (Finibus) dans l'archidiocèse de Reims ^, Hinc- mar présidait l'assemblée, et les procès-verbaux que nous possé- dons encore sont généralement regardés comme son ouvrage. Ils comprennent huit capitula, qui, suivant la remarque de Fleury, sont plutôt des exhortations que des canons : 1. Le Christ a été roi et pontife, personne ne l'a été après lui ; les deux pouvoirs sont maintenant séparés, et la dignité des évêques l'emporte sur celle des rois, puisqu'ils les sacrent et doivent rendre compte à Dieu de leur conduite. 2. Pour éviter le reproche fait aux évêques de se préoccuper uniquement d'imposer des charges aux autres, les membres du concile avouent qu'ils ne se conforment pas assez à la dignité de leur ministère, négligent la prédication, voient avec indifférence la perte de ceux qui leur sont confiés, recherchent les biens temporels, etc. 3. On engagera le roi à sauvegarder les droits et possessions de l'Eglise et les privilèges des personnes con- sacrées à Dieu. 4. Les /nis-si royaux doivent, d'accord avec les évê- ques diocésains, visiter les monastères de chanoines, de moines et de nonnes, abolir les abus, établir des chambres de provisions là où elles manquent encore, veiller à l'entretien des habitants du monastère, rendre des ordonnances sur l'hospitalité et le soin des pauvres, dresser et remettre au roi un inventaire des posses- sions, donner le nombre des chanoines et des nonnes de chaque monastère, afin que, suivant l'occurrence, le roi puisse, avec le secours des évêques, augmenter ou réduire ce nombre. 5. Réqui- [543] sitoire contre le vol. 6. Exhortation au roi et à ses officiers de rem- plir exactement leurs devoirs; on cite, pour les y engager, les capi- tulaires des princes antérieurs. 7. Sur l'obligation de restituer le bien volé ou acquis par l'usure. 8. Exhortation au jeune roi Louis : qu'à l'exemple de Charlemagne, il ait constamment autour de lui de fidèles conseillers, tant ecclésiastiques que laïques, et réflé- chisse à tout ce qui touche au bien de l'Eglise et du royaume. Description de la triste situation du royaume, à cause des inva- sions des Normands, des violences, des vols qui se commettent. Le roi a dans l'empire un si grand nombre de comparticipes atque œmulos (féodalité), qu'il gouverne plus de nom qu'en réalité ^. Fismes, arrondissement de Reims, département de la Marne. (H. L.) Maiisi, P. L., t. XVII, col. 537 ; Hardouin, op. cil., t. vi, part, 1, col. 'i39 686 LIVRE XXVl Une léttfe d'ilincmar au roi Louis nous apprend ([ue ce concile tenu à Fismes s'occupa de donner un titulaire aU siège de Beauvais Après la mort de l'évêque Odon, le peuple et le clergé avaient choisi Rodulf, qui fut rejeté, et après lui Honorât, guère plus capa- ble que Rodulf. Les fidèles de Beauvais envoyèrent au concile les pièces concernant cette éleclion, dont ils sollicitaient la confirmation; mais l'assemblée rejeta également Honorât et dé- clara que le })euple et le clergé de Beauvais ayant rUésusé de leur droit d'élection, l'avaient perdu provisoiremerit, et confia aucx évêques voisins la nomination à ce siège. Deux députés furent envoyés communiquer au roi cette décision, et toutes les autres prises par l'assemblée ; nonobstant la vive et courageuse opposi- tion d'Hincmar de Reims, Louis nomma à l'évêché de Beauvais un certain Odacre, qu'Hincmar et ses suffragants excommu- nièrent. Odacre n'a jamais été compté au nombre des évêques de Beauvais ^. Le 13 février 882, l'empereur Charles le Gros et le pape Jean VIII eurent à Ravenne une entrevue à laquelle, d'après un diplôme de Charles, assistèrent plusieurs évêques et seigneurs ^. Dans un autre document 3. Charles qualifie cette réunion de confciZiwm gene7*a/e; néanmoins ce n'en fut pas un; les pièces laissées par cette assem- blée portent en tête le nom de l'empereur, qui y confirmait les possessions et les immunités de quelques églises *. Dans la biographie — sujette à caution — de saint Théodard, [544] archevêque de Narbonne ^, ori lit que les juifs de Toulouse s'étant plaints de mauvais traitements, le roi de France prescrivit la Hincmar, Opéra, P. L., t. cxxvi, col. 1070 ; Gousset, op, cit.. t. i, p. 475; Labbe, Concilia, t. tx, col. 353-.35'j ; Fustel de Coulanges, De la confection des lois au temps de.s CaroUnyiietii;, dans \ix Revue historique, 1817, t. m, p. 10-11. (H. L.) 1. Hincmar, Opéra, Epist., xix, xx, xxxiii ; Gousset, op. cit.. t. i, p. 493 ; V. Noorden, op. cit., p. 377 sq. 2. Mansi, op. cit., t. xvii, col. 558. 3. Ibid., t. XVII, col. 560. 4. Ibid., t. xvu, col. 555, 5G2. 5. Actà sanct., 1680, mai, t. i, p. 141-142 (3'" cicn.Ks i; icfoum ateurs allemands ()8Ô jji'ovincial '. (|iii publia les I roize canons suivanls : 1. Depuis long- temps le concile provincial était abandonné ; cette négligence a causé bien des malheurs au royaume. Désormais, avec le secours d'Arnulf, on punira les méchants. 2. Les seigneurs laïques ne s'approprieront plus une partie des dîmes de l'église. 3. Aucun prêtre ne doit avoir plus d'une église. 4. On ne prélè- vera aucun cens sur les biens peu considérables, ni sur les cime- lières, el on n'exigera rien pour la sépulture. 5. Les clercs n'au- r(tn1 chez eux aucune femme, pas même leur mère ou leur [546] sœur -. G. Au prochain concile, tous les prêtres présenteront à l'évoque leurs livres et leurs ornements sacerdotaux ; ils au- ront toujours le chrême en un endroit sûr ; ils ne porteront ni armes ni habits d'usage mondain. Pour le baptême d'un en- fant, on n'admettra qu'un seul parrain. 7. Aucun chrétien ne doit manger ou boire avec des juifs ; il ne doit accepter d'eux aucune nourriture ni boisson. 8. On ne dira plus la messe que dans les églises, et les églises consacrées par des chorévêques le seront de nouveau par l'évêque lui-même, car les chorévêques iidem sunt qui et presbyteri ^. 9. Punition infligée à deux religieuses et à un diacre. 10. Lhie femme noble, nommée Ava, aidée par son frère Folcrius, avait abandonné son mari. Le prêtre Folcard lui ayant fait des représentations sur sa conduite, a été mutilé par Folcrius et ses complices. Tous ces coupables ont été cités 1. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 524 ; Coll. }'egia, t. xxiv, col. 590 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 412-416 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 409 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 591 ; Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 1061 ; t. xviii, col. 77 ; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. ix, col. 314. (H. L.). Sur la chronologie, voyez Pagi, Critica, ad ann. 888, n. 11; Binterini, op. cit., t. m, p. 140, 143, et Mansi, op. cit., col. 82. Ce dernier remarque, il est vrai, qu'en 888 c'était Dith- mar, et non pas Dodo, qui était évêque de Verdun, comme le prétendent les actes, et il en conclut que le concile n'a pu se tenir en 888. Mais on peut lui répondre que Dithmar et Dodo désignent ici la même personne. Dodo assista aussi au concile de Tribur en 895. 2. Au lieu de nec matrem, etc., Binterim prétend qu'il faut lire, nisi matrem ; mais le can. 10 du concile de Mayence ne permet pas d'adopter cette lecture. 3. A des époques antérieures certains chorévêques avaient reçu la consécra- tion épiscopale, tandis que d'autres n'étaient que prêtres; mais au temps du con- cile de Metz dont nous parlons (888) la plupart des chorévêques paraissent ne plus posséder que le pouvoir des prêtres. Cette décision prise à leur préjudice termina la lutte contre les chorévêques. [Voir Weizsacker, Julius, Der Kampj gegen den Khorepiscopat, 1859, p. 50 sq., et Histoire des conciles, t. ii, part. 2, p. 1197. (H.L.)] CONCILES — IV — 44 690 LIVRE XXVI devant le concile et excommuniés, par contumace, il. Quelc[ues- uns de ceux qui ont depuis peu ravagé toute la contrée, ont com- paru devant le concile et donné satisfaction. De même Théoderic, qui a enlevé une veuve et l'a épousée, et Lantbert, qui a fait périr son parent pour épouser ensuite sa femme Waldrade. 12. Celui qui fréquente les excommuniés tombe lui-même sous le coup de l'excommunication, à l'exception des esclaves, des affranchis et des heneficiati (serviteurs). Celui qui meurt dans l'excommunication ne mérite pas d'être traité après sa mort comme s'il avait été dans la communion. 13. On prescrit pour le roi des prières, un jeûne de trois jours et des litanies ^. Ce concile provincial de Metz était une sorte de préparation au grand concile germanique cjui se tint à Mayence dans l'été de 888, en même temps que la diète réunie par le roi Arnulf à Francfort (juin 888) ^. Les trois archevêques, Liutbert de Mayence, Willibert de Cologne et Ratbod de Trêves assistèrent à l'assemblée de Mayence, avec leurs sufîragants et un grand nom- bre d'abbés et de clercs. Les évêques constatèrent avec regret [547] que, depuis déjà longtemps, on ne tenait plus de concile ni gé- néral (national) ni provincial, et que cette négligence rendait les évêques coupables, pour une part, des malheurs du temps. La situation était en efl'et fort triste ; beaucoup d'églises, de monastères et d'autels avaient été ravagés; on avait volé les tré- sorfe des églises, tué les clercs, massacré grand nombre de per- sonnes de tout âge et de tout sexe, chassé beaucoup de religieux et de religieuses ainsi réduits dans la misère. Ces crimes n'a- vaient pas seulement pour auteurs des ennemis et des païens mais encore des voisins. Afin de préparer un meilleur avenir, les évêciues décrétèrent les vingt-six capitula suivants : 1. On priera constamment dans les églises pour le roi Arnulf, pour sa femme et pour toute la chrétienté. 2. Pour rappeler au roi ses devoirs, nous lui mettrons sous les yeux des passages de saint 1.. Mansi, op. c(7., t. XVIII, col. 77 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 409; Binterim, op. cit., t. m, p. 140 sq. 2. Biiiius, Concilia, t. m, part. 2, col. 1025 ; Coll. rci^ia, t. xxvi, col. 572 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 40^1 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 579 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 1, col. 401 ; Hartzheim, Conc. Germ., t. ii, p. 368; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 61 ; Binterim, op. cit., t. m, p. 31, 177 ; A. Vermingholï, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 660. (H. L.). 507. COXCILES RÉFORMATEURS ALLEMANDS 691 Isidore de Séville et de la sainte Ecriture, en particulier cette sen- tence d'Isidore : Rex a recte agendo ^'ocatur, et celle-ci : « Quicon- que ne gouverne pas pie, juste et misericorditer, ne doit pas être appelé roi, mais tyran. » 3. Énumération des principaux devoirs d'un roi : il doit protéger avant tout les églises, les veuves, les or- phelins et les pauvres. 4. Celui qui fonde une église en doit con- fier les biens à l'administration de l'évêque ^. 5. Contre l'envahisse- ment de la simonie. 6. On appliquera les punitions prescrites par les anciens canons à quiconque retient les biens des églises, des monastères ou des hôpitaux, et en général des aumônes. 7. Quiconque maltraite des clercs sera banni de l'Église. 8. Ana- thème à ceux qui ont coupé le nez à un prêtre d'Arno, évêque de Wûrzbourg. 9. On ne doit célébrer la messe qu'en des locaux consacrés par l'évêque ou avec sa permission. Si l'église est dé- truite, comme en bien des endroits, par suite des invasions de Normands, on célébrera en attendant la messe dans des cha- pelles. A défaut d'églises, les voyageurs pourront célébrer la messe à ciel ouvert, sous des tentes, pourvu qu'il y ait une table d'autel consacrée et les vases nécessaires "^. 10. Les clercs ne doivent avoir chez eux aucune femme, car quelques-uns ont péché même avec leur propre sœur. 11. Le vol commis au préjudice des églises sera puni par la note d'infamie et l'exil perpétuel. 12. Aucun clerc ne doit porter d'accusation contre un clerc d'un ordre plus élevé. Pour condamner un évêque il faut soixante-douze témoins ; l'évêque supérieur ne peut être jugé par personne, parce que le disciple n'est pas au-dessus du maître. Pour condamner un cardinal-prêtre, il faut quarante- deux témoins ; pour un cardinal-diacre de l'Eglise romaine ^, vingt-six ; pour un sous-'diacre et un minoré, sept ; et tous ces r5481 ^smoins doivent avoir bonne réputation, 13. On ne doit pas en- lever aux anciennes églises leurs dîmes ni leurs autres biens pour 1. Voir § 287 ; Concile de Tolède III, en 589, can. 19. 2. Dans Gratien, dist. I, c. 12 et 80, De consecr. 3. « De l'Eglise romaine » est une interpolation d'un copiste plus récent, qui ne savait pas que le titre de cardinal-prètre ou de cardinal-diacre était aussi en usage dans des Eglises autres que l'Église romaine. Pourquoi, en effet, le synode de Mayence aurait-il songé à protéger les cardinaux-diacres de l'Église romaine, à une époque surtout où Arnulf n'était pas encore empereur ? [Parce que c'est là tout sinaplement une reproduction du Constitutum Sylvestrl, où le diacre de l'Église romaine est mentionné. Cf. Hinschius, Pseudo-Isid., p. 449. (H. L.)] 692 LIVRE XXVI les attribuer à de nouveaux oratoires. 14, 15. Aucun évoque ne doit garder auprès de lui, ni ordonner ni juger des fidèles d'un autre diocèse; l'ordination est sans valeur (irrita) ^, de même le jugement et l'évoque transgresseur répondra de sa faute devant le concile. 16. Punition de l'assassin d'un prêtre '^. 17. Celui qui, nonobstant plusieurs admonestations, ne paie pas la dîme, sera excommunié ^. 18. Altmann, du diocèse de Wûrzbourg, qui a épousé sa marraine, sera excommunié. 19. On renouvelle le canon l^^" de Néocésarée et le can. 4 de Carthage de 401 (= can. 25 du Codex can. Eccl. Afric.) au sujet dvi célibat des clercs*. 20. Si quelqu'un a reçu illégalement un bien de l'Église à titre de « pré- caire », il doit le rendre, mais on lui restituera ce qu'il avait donné à l'église pour percevoir ce bien. 21. Rappel des canons 39 et 40 du concile de Mayence, tenu en 813 ^ 22. Tous, sans excepter les esclaves, doivent la dîme. 23. En ce qui concerne les témoins, on ne doit pas avoir égard aux lois civiles, mais aux lois ecclé- siasticjues, qui sont les mêmes partout. D'après ces lois, un té- moin doit être âgé d'au moins quatorze ans. 24. L'union doit régner entre tovis, et surtout entre évêques et comtes. 25. On doit établir à la tête des monastères d'intelligents prévôts et pro- viseurs. 26. Les veuves ne doivent pas recevoir trop tôt le voile. Si elles ont fait vœu de chasteté, elles pourront, ou vivre dans un monastère, ou rester chez elles. Si elles manquent à leur vœu, elles seront punies ; même les vierges consacrées à Dieu, confor- [549] mément avi c. 13 du concile d'Elvire ^. 1. « L'expression ordinatio irrita ne signifie pas toujours ce que nous tradui- sons maintenant parle terme «non valide», mais doit être souvent compris dans le sens «non canonique, illicite, non conformeau droit, n'entraînant pas de con- « séquence légale". Il en résulte tout d'abord et conformément à la règle l'ineffica- cité à remplir la fonction, car il est interdit à celui qui avait été ordonné contrai- rement aux canons d'exercer sa fonction, ou si l'on veut Virrila ordinatio entraî- ne la nullité quoad executionem, gradum et honorem et non quoad characterem. » Tel est l'avis d'Hergcnrôther, Photiiis,t.u, p. 325, dans sa digression Ueber die Reordination der alten Kirche. Hergenrother traite du même sujet dans l'Osierrei- chischeVierteljahrschrift fiir kathol. Theol., 1862, t. ii, p. 207, sq. [L. Saltet, Les réordinations. Élude sur le sacrement de l'Ordre, in-8, Paris, 1907. (H. L.)] 2. Voir § 413. 3. Voir § 442 ; conc. de Mayence, 847, can. 10. 4. Voir § 17, § 113, § 121. Binterim ;i lu, à tori, ;iii «-ommcnromont de ce lapitulaire, sine flagitio, au lieu de ,sù'c. 5. Voir § 114. 6. Voir § 13. 50S. CONCILES ENTRE 889 ET 894 603 Enfin, nous possédons encore de ce concile un acte confirmant aux monastères de Corvey et de Hertford leur ancien privilège d'exemption ^. Du reste les conflits de juridiction, entre le mo- nastère de Corvey el l'éx èclié de Paderborn, durèreuL jusqu'au xviii^ siècle. 508. Conciles entre 889 et 894 inclusivement. Aussitôt après la mort de Charles le Gros, Bérenger, duc de Frioul ^, s'était fait couronner à PaA'ie roi de Lombardie, mais il fut vaincu par Guy, duc de Spolète, l'un des plus puissants princes de l'Italie centrale ^, qui se fit ensuite proclamer roi d'Italie dans une grande diète synodale tenue à Pavie en 889 ou 890 *. Les évèques présents à l'assemblée décrétèrent ensuite les onze capitula suivants, en vue de remédier à la déplorable situa- 1. Mansi, op. cit., col. 73; manque dans Hardouin; Erhard, Regesla hist. Wetsfal., 1847, Codex dipL, n. 34. Au sujet des signatures qui accompagnent ce document, voyez Binterim, t. m, p. 31 sq. 2. Le Frioul, qui appartient en partie à l'Autriche et en partie au royaume d'Italie, se trouve au nord de la Méditerranée, et renferme deux villes principales, Udine et Goritz. Le duc Bérenger était un petit-fils de Louis le Débonnaire, Gisèle, fille de ce dernier, ayant épousé Éverhard, duc de Frioul, celui-là même chez qui Gotescalc se trouva avec Noting. Voir § 443. 3. Guido était aussi, par les femmes, un Carlovingien, car sa mère était fille de Pépin, fils de Charlemagne, mort en 810. Sur les ascendants du duc Gui de Spolète, voir Waitz, Deutsche Forschungen, t. iv, p. 149 sq.. et ihid., p. 383, la dissertation de Wûstenfeld, Veher die Herzoge von SpoletoausdemHause der Guidonen, dans Forschungen zurdeutschen Geschichte, 1863, t. m, p. 383-432. 4. Bérenger, nnarquis de Frioul, roi d'Italie à Pavie, le 13 janvier 888, dépouillé en 895, empereur et couronné à Rome le 24 mars 916, mort à Vérone en mars 924. Cf. E. Dûmmler, Gesta Berengarii imperatoris. Beitràge zur Geschichte Italiens im Anfange des X Jahrhunderts, in-8, Halle, 1871 ; E. Ferrero, Brève introduzione ad una narrazione dei primi tempi del regno di Berengario I, dans Atti accad. scien. Torino, 1882, t. xvii, p. 477-496; Otto Rautemberg, Beren- gar von Frioul, Kônig in Italien, 888-915, in-8, Berlin, 1871. Sur la famille de Bérenger et la marche de Frioul, cf. Dûmmler, Geschichte des Ostfrànkischen Reiches, dans Jahrhûcher der deutschen Geschichte, 2^ édit., Leipzig, 1887-1888, t. III, p. 14 ; E. Favre, La Camille d' Éverard, marquis de Frioul, dans les Études... dédiées à G. Monod, p. 15.^; R. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Caro- lingiens (855-933?), in-8, Paris, 1901, p. 417, au mot Bérenger. (H. L.) 694 LIVRE XXVI tion de l'Italie ^ : 1. L'Église romaine, chef de toutes les Églises, doit demeurer dans tous ses droits, dignités et privilèges. 2. Le pape doit être honoré par tous. 3. Les possessions et droits des autres Églises épiscopales doivent être sauvegardés. 4. Les évo- ques ne doivent pas être entravés dans l'exercice de leur pouvoir. 5. Les évêchés, abbayes, hôpitaux, etc., ne doivent pas être surchargés d'impôts trop lourds. 6. Les prêtres et tous les servi- teurs du Christ doivent être honorés conformément à leur digni- té; on ne doit soustraire ni les gens ni les biens des églises à la juridiction de l'évêque. 7. Les lois doivent conserver toute leur [550] vigueur et nul ne doit être opprimé injustement ; si pareil fait se produit, le comte doit agir, sinon il sera excommunié par l'évê- que. 8. Les gens du roi ne doivent voler qui que ce soit. 9. Ceux qui se rendent à un placitum ne doivent pas piller les i^illas sur leur route. 10. Mesures contre le vol. 11. Le roi Guy a juré d'observer ces canons et d'aimer l'Église romaine, nous l'avons donc choisi pour roi et défenseur. Pertz donne aux canons une numérotation différente. D'après Gfrôrer 2, le langage tenu à l'égard de l'Église romaine s'explique par le désir du concile de se faire pardonner par le pape l'élection du roi Gui. Damberger observe avec raison ^ que cette préoccupation était justifiée, car cette élection lésait le droit du pape à l'élection d'un roi d'I- talie. A cette même époque, fut tranchée la question du royaume d'Ar- les. On sait c{ue le pape Jean VIII avait protesté contre l'usur- pation de Boson qu'il n'avait jamais voulu reconnaître pour roi. Mais, après la mort de Boson survenue en 887 ^, sa veuve Irinen- garde ^ chercha à faiie reconnaître son fils Ijouis, encore enfant ^ 1. Muratori, Scriptores reruin Italicarum, l. n, part. 1, p. 416 ; Muratori Anliq. Italise, t. i, col. 83 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 603 ; Canciani, Barharorum leges, t. V. p. 35 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 91 (manque dans Hardouin) ; Pertz, Monum. Germ. hist., Leges, t. i, p. 554; Historiée palrise mo- numenta, Chart., t. i, p. 76; P. L., t. cxxxviii, col. 797 ; Monum. Germ., Capitula- ria, t. u, p. 104 ; A. Verminghofï, V erzeichnis der Akten frànkisclier Synoden von 843-918, dans Neues Archiv, t. xxvi, p. 660. (H. L.) 2. Gfrôrer, Die Carolinger, t. ii, p. 309. 3. Damberger, op. cit., t. iv, p. 29. 4. Le 11 janvier 887. R. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolin- giens (855-933 ?), in-8, Paris, 1901, p. 140-141. (H. L.) • 5. Ibid., p. 142 s(|. ; la famille de Boson. (H. L.) 6. Né avant 882, et proljablement après 880.J /t/.. [>. ri2-143. (H. L.) 508. COXCILES ENTRE 889 ET 894 695 par son cousin Charles le Gros, et, après la mort de eelui-ci, par le roi Arnulf ^. Ce résultat obtenu, elle envoya à Rome Bernoin, archevêque de Vienne, pour obtenir pareille reconnaissance '^. Se plaçant adroitement au point de vue romain, Bernoin ra- conta que, depuis la mort de Charles le Chauve, la Provence se trouvait sans roi (il ne dit rien de Boson), ce qui avait donné lieu à beaucoup de désordres. Le pape, se rendant à ces raisons, exhorta les grands de l'empire à reconnaître et élever sur le trône le jeune roi Louis, qui, par sa mère, était petit-fils de l'empereur Louis II 3; ses droits, comme fils de Boson, ne furent donc pas re- connus. Ceci eut lieu en 890, au concile de Valence, en présence des archevêques Aurélien de Lyon, Rostaing d'Arles, Bernoin de Vienne, et de leurs sufîragants ■*. En mai 890, un concile tenu à Forschheim confirma la fondation 551] d'un monastère de femmes à Nessenheerse dans le diocèse de Paderborn, et les donations faites à l'église de Verden ^. En cette même année, il se tint aussi à Worms un concile germanique. Hérimann, archevêque de Cologne, ayant voulu faire valoir ses droits métropolitains sur l'évêché de Hambourg-Brème, et Adal- gaire, évêque de Hambourg, s'y étant opposé, Etienne (V) avait invité ces deux évêques à se rendre à Rome. Mais Hérimann ne s'y étant pas rendu, le pape avait chargé Fulcon, archevêque de Reims, de réunir, d'accord avec Sunderold, archevêque de Mayence, et ses suflragants, un concile à Worms et de décider sur cette affaire. Toutefois, l'archevêque Sunderold et le pape étant morts sur ces entrefaites, le concile ne se réunit pas ; ce conflit fut vidé en 895 par le concile de Tribur en faveur de 1. E. Dûmmler, De Arnulfo Francorum rege, iii-8, Berlin, 1852, ; R. Poupar- din, op. cit., p. 144, 155. (H. L.) 2. R. Poupardin, op. cit., p. 155. Bernoin de Vienne était de retour de Rome au mois d'octobre 889. (H. L.) 3. La lettre du pape est perdue, mais elle se trouve mentionnée dans les actes de Valence. (H. L.) 4. L'assemblée de Valence se place à une date indéterminée, automne de 889 ou commencement de l'hiver 890. Sur cette réunion, cf. R. Poupardin, op. cit., p. 156-157 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 422; Mansi, Conc. am- ampliss. coll., t. xviii, col. 95 ; Mon. Gerrn. hist., Capitularia, édit. Boretius- Krause, t. ii, p. 376. (H. L.) 5. Erhard, Reg. iiist. Wesif., n. 481 sq. ; Haitzheim, Cofic. Germ., t. n, p. 3o4; Schaten, Annal. Paderborn., t. i, à l'année 890. 696 LIVRE XXVI Cologne, puis au commencement du x^ siècle, un concile ro- main, tenu sous le pape Serge III, donna gain de cause à Ham- bourg. En 891, Etienne VI eut pour successeur le pape For- mose, qui, comme nous l'avons vu, après avoir été déposé une deuxième fois, avait été rappelé à Rome par le pape Marin et rétabli sur le siège de Porto. Ses partisans affirmèrent qu'il avait été élevé contre son gré à la dignité pontificale par le clergé et par le peuple. Dans les premières années de son pontificat un concile se tint à Meung-sur- Loire {Magduni), qui garantit au monastère de Saint-Pierre le libre choix de son abbé ^, et un autre à Reims (janvier 893), dans lequel Charles le Simple, fils de Louis le Bègue, fut couronné roi de France, et Eudes, comte de Paris, qu'un parti voulait proclamer roi, fut dé- claré usurpatevir ^. Le concile adressa aussi à Baudoin, comte de Flandre, des lettres menaçantes, parce qu'il gardait, au mé- pris de tous droits, des biens des églises. Quelque temps aupa- ravant, un concile tenu à Vienne, en 892, sur l'ordre du pape For- mose et sous la présidence de ses légats, avait menacé quiconque prenait les biens des églises, ou les aumônes, maltraitait les clercs, demandait une redevance pour collation des places de l'Eglise ^. Le pape Formose convoqua pour le 1^^' mars 893 un concile à Rome, dans le but de remédier aux maux de l'Eglise'*, mais nous [552] ne savons s'il se réunit. On ne connaît pas non plus la date des conciles anglais tenus sous le roi Edouard l'ancien et l'archevêque Pleigmund de Cantorbéry. Le but de ces conciles était de pourvoir les sièges épiscopaux vacants depuis longtemps, et d'apaiser ainsi le pape Formose, qui menaçait de lancer, à cause de 1. Avant le 2i septembre 891. ColL regia, t. xkiv, col. 628 ; d'Achery, Spici- legium (1657), t. ii, col. 733-734; Lalande, Conc. Galliœ, p. 310; Labbe, Concilia, t. IX, col. 432-433 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 427 ; Coleti, Concilia, t. III, col. 619 ; Bouquet, Recueil des hisi. de la France, t. ix, col. 316 ; Mansi, Concil.ampliss. coll., t. xviii, col. 119; Duru, Bihl. hist. de l'Yonne, 1863, t. ii, p. 591-592. (H. L.) 2. Sirmond, op. cit., t. m, col. 531 ; Labbe, Concilia, t. jx, col. 434-436; Har- douin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 429 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 621 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 123. (H. L.) 3. Sirmond, op. cit., t. m, col. 530 ; Coll. regia, t. xxiv, col. 620 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 433-434 ; Hardouin, Concil. coll., t. vi, part. 1, col. 429 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 621 ; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. ix, col. 316; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 121 ; Gousset, op. cit., t. i, p. 534. (TI. L.) 4. Flodoard, Hist. Eccles. Rhemensis, 1. IV, c. ii. 509. CONCILE A TRIBUR EN 895 697 cette lonoiie vacance, une sentence d'excommunication ^, Le l^'" mai 894, un concile tenu à Chalon-sur-Saône ^ fit une enquê- te au sujet des attaques portées contre le moine et diacre Gerfroy, de Flavigny, que l'on accusait d'avoir empoisonné Adalgaire, évèque d'Autun. Faute de preuves contre lui, on le soumit à l'épreuve de l'eucharistie, dont il se tira heureuse- mont. 509. Concile à Trihur, en 895. Dans la première moitié du mois de mai 895, se tint à Tribur ^, palais impérial situé sur le Rhin, non loin de Mayence, et en pré- sence du roi Arnulf, un concile important dans l'histoire de l'Eglise d'Allemagne, et qui fut concile national pour la Germanie et pour la Lorraine ^. Les signatures des actes dans les éditions 1. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 111 sq.; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 425 sq. 2. A. Duchesue, Hist. générale de la maison de Verzy, in-fol., Paris, 1625, préf. ; Sirmond, op. cit., t. m, col. 532 ; Coll. regia, t. xxiv, col. 570 ; Gallia christiana, l''^ édit., t. ii, p. 39-40 ; Lalande, op. cit., p. 310 ; Bertaud et Cus- set, L'illustre Orbandale, p. 27; Labbe, Concilia, t. ix, col. 437-438; Hardouin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 433; Coleti, Concilia, t. xi, col. 625 ; Mansi, op. cit., t. XVIII, col. 127; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. ix, col. 316-317. (H. L.) 3. Tribur ou Starkenbourg (Hesse-Darnistadt), (H. L.) 4. Vincent de Beauvais, 6'pecui. /u'sfor., c. xxvi, n. 16; J. Cochlœus, Acta et dé- créta concilii Trihur ensis ex bibliotheca Brixinensi exscripta, hoc concilium a XXII Gernianorum episcopis anle annos DCXXX est Triburœ prope Moguntiacum celebra- lum, in-4, Moguntiœ, 1525 ; Coll. regia, t. xxiv, col. 629 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 438-468 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 435 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 627 ; Hartzheim, Conc. Germ., t. ii, p. 388 ; Mansi, Conc. anipliss. coll., t. xviii, col. 129 ; Binterinx, Deutsche Concilien, t. m, p. 41 sq., 210-217 ; Pertz, Monum. Germ. histor., Leges, 1835, t. i, p. 559 ; Philipps, dans Sitzungsberichte de Vienne, Philos, hist. Klasse, 1865, p. 713-784 ; P. L., t. cxxxvni, col. 803; Monum. Germ. hist., Capitularia, t. ii, p. 196 ; Mûhlbacher, Regesta Karolino- rum, 1880, t. i, p. 694-695 ; Bulletin ecclésiast. de Strasbourg, 1886, t. v, p. 185- 189 ; V. Krause, Die Acten der Triburer Synode 895, dans NeuesArchiv Gesells. fur altère deutsche Geschichte, 1891, t. xvii, p. 49-82, 281-326 ;£>ie Triburer Acten in den Châloner Handschrift, dans la même revue, 1893, t. xviii, p. 411-427 ; E. Sec- kel, Zu den Acten der Triburer Synode 895, dans la même revue, 1893-1895, t. xviii, p. 365-400; t. xx, p. 289-^53 ; A. Hauck, Kir chen geschichte Deutschlands, 2*^ édit., t. II, p. 687, note 3, p. 712 ; A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten G98 LIVRE XXVI imprimées témoignent de la présence de vingt-deux évêques sous la présidence d'Atton, archevêque de Mayence, avec un grand nombre d'abbés et de prêtres. A la suite d'Atton, on lit les signatures d'Hermann, archevêque de Cologne, de Rat- bod, archevêque de Trêves, et de dix-neuf évêques, parmi les- quels onze sulïragants de Mayence, deux de Cologne et deux de Trêves. L'assemblée comptait deux évêques de la province de Salzbourg (Waldo de Freising, Tudo de Ratisbonne), plus Iring, évêque de Bâle (province de Besançon), et Adalgaire, de Hambourg-Brème. On lit, dans la préface {Epistola prselocu- tii^a), en tête du procès-verbal : « Il est devenu nécessaire de s'op- poser officiellement aux machinations du démon. Le roi des rois a donc donné pour roi aux clercs et aux laïques le prince Arnulf ; ce choix s'est fait pacifiquement et le Saint-Esprit a enflammé son cœur de zèle, afin que l'univers entier pût voir en lui non le choix des hommes, mais celui de Dieu. Conduit par l'Esprit, il s'est ren- [553] du, au mois de mai 895, sur le conseil de ses primats, dans la i^illa royale de Tribur en Franconie, avec les évêques signataires du présent document, les abbés, les princes de l'empire et un nom- bre infini de clercs et de laïques, afin de s'occuper des affaires de l'Église et des affaires civiles, d'extirper le mal et de rendre à l'Église toute sa dignité. Sur l'ordre du roi, la réunion s'ouvrit par un jeûne de trois jours, accompagné de litanies et de prières. Le ^oi se rendit au palais, monta sur son trône, et entouré des grands du royaume ouvrit la délibération, practice de statu regni, theorice [theoretice] de ordine et stahilitale ecclesiarum ^. Les évê- ques tinrent leurs réunions dans l'église de Tribur, d'où ils en- voyèrent des députés discourir devant le roi sur les devoirs des souverains, et lui remettre un exemplaire des Institutiones de Martin, évêque de Dumium, au roi Mir de Galice ^. Cette dépu- tation paraît avoir été motivée par l'émotion des évêques à la nouvelle que des laïques avaient gravement maltraité des prêtres. Le roi reçut les députés avec bienveillance, assura les évêques de sa protection contre les ennemis de l'Eglise, et en témoignage frânkischer Synoden von 843-918, dans Neues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde, 1901, t. xxvi, p. 662. (H. L.) 1. Par ces mots, practice et theoretice, on voulait indiquer les rapports du roi avec l'ordre civil et avec l'ordre ecclésiastique. 2. Le traité De tioneatate <,>ilix, voir ^ 285. 509. CONCILE A TRIBXR EX S 9 5 099 de respect, fit reconduire les évêques jusqu'au lieu de leurs réunions par plusieurs seigneurs. Lorsque les députés eurent rendu compte de cette réception, tous les évêques se levèrent et crièrent trois fois avec le clergé : Exaudi, Christe, Arnulpho magno régi i>iia; ils entonnèrent, au son des cloches, le Te Deum ; puis ils reprirent leurs délibérations et publièrent les capitula ^. Le procès-verbal du concile nous a conservé cinquante-huit canons : 1. Avant tout, il faut implorer le secours de Dieu. 2. Un laïque a crevé les yeux à un prêtre; on doit, à son sujet, s'adresser au roi, protecteur de l'Église ^. [554] 3. Le roi a ordonné à ses comtes de s'emparer et de lui ame- ner l'excommunié qui refuse de faire pénitence. 4. Si un prêtre blessé ne meurt pas de ses blessures, on prélèvera le wergeld entier et on le lui donnera. S'il meurt, le wergeld sera divi- sé en trois parts : pour l'autel qu'il desservait, pour l'évêque dans le diocèse duquel il se trouvait, et pour les parents du mort. 5. Pénitence à imposer à celui qui a tué un prêtre ^. 6. Celui qui a franchi le seuil d'une église le glaive en main, a commis un sacrilège et doit faire pénitence. 7. Celui qui a enlevé un bien d'église, doit payer triple com- pensation ■*. 8. Celui qui méprise l'excommunication épiscopale, jeû- nera quarante jours durant au pain, à l'eau et au sel ^. 9. Lorsque le plaid de l'évêque et celui du comte tombent le même jour, celui du comte ne doit pas avoir lieu, et il devra comparaître avec tout le peuple devant le plaid épiscopal (c'est- à-dire devant le synode diocésain ou justice synodale) ^. 10. Un évêque ne peut être déposé que par douze évêques, un prêtre par six évêques, et un diacre par trois ''. 1. Mansi, op. cit., t. vin, col. 131 ; Hardouin, op. cit., t. xvi, part. 1, col. 436. Pertz, Monum., t. m, Leges, t. i, p. 559, donnela. praefaiio, mais non pas les ca- nons. 2. Ceci vise l'envoi des évêques au roi mentionné plus haut, et non pas une seconde démarche. 3. Voir § 483 ; voir le canon 26® du concile de Worms. 4. Citation d'un texte (pseudo-Isidorien) du pape Anaclet, P. L., t. cxxx, col. 66. 5. Citation tirée d)i pseudo-Isidore. 6. Citation de plusieurs passages du pseudo-Isidore. 7. Voir § 106. 700 LIVRE XXVI 11. Le clerc qui a donné un coup mortel, même s'il s'est trouvé en cas de légitime défense, sera déposé. 12. A l'exception des cas de nécessité, on ne doit baptiser ([u'à Pâques et à la Pentecôte. 13. Obligation d'acquitter la dîme ; le synode cite à l'appui de ce précepte un passage de saint Augustin. 14. En règle générale, la dîme prélevée sur les champs rendus propres à la culture appartient à l'ancienne église. Exceptions. 15. Les morts doivent être portés à l'église épiscopale, ou bien, si elle est trop éloignée, dans un monastère, afin que l'on prie pour eux. S'il n'y a pas de monastère dans le voisinage, le mort sera enterré là où il payait la dîme. 16. C'est un épouvantable abus que de faire payer le terrain d'un tombeau. 17. Les laïques ne doivent pas être enterrés dans l'église. 18. On demanda une fois à Boniface, évêc{ue et martyr, de cé- lébrer la sainte eucharistie dans des vases de bois (calices et patènes), il répondit : « Autrefois, des prêtres d'or se servaient de calices de bois, et maintenant des prêtres de bois se servent de calices d'or. » Zéphyrin, le seizième pape, prescrivit des patènes de verre ; Urbain, le dix-huitième pape, prescrivit à son tour que tous les vases sacrés fussent d'argent ; nous, enfin, novis devons ne pas amoindrir les ornements de notre mère la sainte Eglise, aussi défendons-nous que l'on se serve de vases de bois pour la consécration du corps et du sang du Christ ^. 19. Conformément à l'ordonnance dvi pape Evarisle ^, on doit mêler dans le calice l'eau et le vin, parce qu'il est sorti du sang et de l'eau de la plaie faite au côté de JésusChrist ^. Le vin signi- fie le Christ, l'eau l'humanité. Les deux tiers doivent être du vin, et un tiers seulement de l'eau, parce que la majesté du sang du Christ est plus considérable que la bassesse de la nature humaine, 20. Punition de quiconque maltraite un clerc. 21. Comment on doit résoudre les conflits survenus entre prê- tres et laïcs. Si l'affaire est de peu d'importance, le prêtre sera dispensé du serment, on se bornera à l'interroger per sanctam consecrationem. 1. Sur l'usage des calices de bois, cf. Dict. d'archéol. chrét., t. ii, col. 16.38. (H. L.) 2. E;;coTf' un texte jjscuilo-isitlorien. 3. Joa., XIX, o'i. 509. CONCILE A TRIBUn EN 895 701 22. Si un noble est accusé d'un niéfaiL, il peut l'aire usaye de son droil et se purger par serment. Si tous sont unanimes à le regarder comme coupable, et si un grand nombre prêtent serment contre lui [superjurari, c'est-à-dire être surpassé par le serment d'un grand nombre) ^; il devra reconnaître sa faute et faire péni- tence, ou prouver son innocence par l'épreuve du fer rouge. 23. Au sujet des mariages, ou des relations en dehors du ma- riage avec des personnes consacrées à Dieu, on remettra en vi- gueur les anciens canons, notamment le c. 16 de Chalcédoine : on séparera ces faux ménages, qui devront jurer de ne plus habiter sous le même toit et de ne plus avoir entre eux d'entre- tiens secrets. 24. Si une jeune fille âgée de moins de douze ans prend volon- tairement le voile, et si le maître au({uel elle appartient ne la réclame pas pendant l'espace d'un an, celui-ci ne pourra plus en- suite faire valoir ses droits sur elle. 25. Les veuves qui prennent le voile ne doivent pas recevoir de bénédiction, mais le voile non béni qu'elles reçoivent les obli- ge à vivre dans le célibat. 26. Si, pour le salut de son âme ou pour le salut de l'âme d'un de ses frères, un moine veut quitter son monastère et entrer dans un autre, il peut le faire avec l'assentiment de l'évêque, de l'abbé et de ses frères. Quant aux moines qui, par pur caprice, abandon- nent leur monastère, on doit les forcer à y retourner ^. 27. Un clerc élevé par l'Église et qui a déjà lu ou chanté en pu- blic, ne doit plus retourner dans le monde. S'il le fait, on le forcera à revenir dans l'église. S'il s'obstine dans sa désobéissance, et laisse croître ses cheveux, on les lui coupera de nouveau, et il ne pourra plus désormais ni se marier ni recevoir un ordre sacré (supérieur) ^, 28. Défense de passer d'une église dans une autre. Remise en vigueur des anciens canons interdisant cet abus. 29. Aucun évêque ne doit ordonner quelqu'un qui n'est pas libre. [556] 30. Nous devons respecter, à cause de saint Pierre, la Chaire apostolique ; mère de notre dignité ecclésiastique, elle doit être 1. Voir Du Caiige, Glossarium, à ce mot, 2. Voir le canon 4"^ du concile de (jhalcédoine. 3. Voir le canon 7® du concile de Chalcédoine. 702 LIVRE XXVI de même le docteur de notre ordre ecclésiastique [ecclesiastica ratio). Aussi voulons-nous user de patience, quoiqu'elle nous im- pose vin joug à peine supportable. Toutefois, si un prêtre ou un diacre présente une lettre apocryphe d'un pape, l'évêque peut, nonobstant le respect dû au Saint-Siège, le mettre en prison jus- qu'à ce que Rome décide ce qu'il faut faire de lui ^. 31. Si quelqu'un est tué à l'instant où il commettait un vol ou un méfait quelconque, nul ne doit prier pour lui ni donner d'aumônes à son intention. S'il n'a été que blessé et s'il se confesse de sa faute, on lui donnera la communion. 32. Si plusieurs personnes ont des droits (de patronage) sur une église, elles s'entendront sur le choix du prêtre, sinon l'évê- que fera fermer l'église. 33. Le mutilé à qui on ne peut imputer sa mutilation, pourra devenir clerc si, par ailleurs, il est capable. Le mutilé volontaire, par exemple, qui se coupe une partie du doigt, ne pourra être reçu dans le clergé. Citation d'anciens canons. 34. Dans les guerres actuelles contre les païens (les Normands), il arrive parfois dans la chaleur du combat que des chrétiens, prisonniers des païens, sont tués par d'autres chrétiens. On doit user d'indulgence à l'égard de ceux qui ont commis ces meurtres, et l'évêque pourra leur pardonner après une pénitence de qua- rante jours. 35. Aucun comte, et en général aucun laïque, ne pourra tenir son plaid le dimanche et les jours de fête, pendant le carême et aux jours de jeûne. 36. 37. Décisions sur deux cas d'homicide involontaire, et où le droit d'autrui avait été lésé. 38. Le mariage n'est légal qu'entre personnes du même rang. On peut donner sa fille en mariage à un concubinaire, parce qu'en réalité il n'est pas marié. Celui qui a épousé légalement une affranchie, devra la garder. 39. Quiconque a épousé une étrangère, par exemple, un Franc qui a épousé une Bavaroise, avec l'assentiment des parents des 1. Le canon 30 du concile de Tribur de 895 a passé dans Burchard de Worms, 1. I, c. ccxx, et dans Gratien, Decretum, part. 1, dist. XIX, 3. Ce texte est repro. duit par Baluze, Capit. reg. Franc, t. i, col. 357, 358, et parWalter, Corp. jur germ., t. ii, p. 153, qui l'attribuent à Charlemagne, attribution adoptée un peu légèrement par Philipps, Kirchenrecht, 1848, t. m, p. 93, n. 1. (H. L.) 509. CONCILE A TRIBUR E.X 895 703 deux cotés, doit la garder. On doit garder après le baptême la femme qu'on avait avant de le recevoir. 40. Tel, ayant commis l'adultère avec la femme d'autrui, s'est engagé par serment à l'épouser, si son mari vient à mourir. De pareilles promesses ont occasionné des empoisonnements et des meurtres. Il n'est pas permis à l'adultère d'épouser sa com- pli ce 41. Si quelqu'un ne peut, pour cause de maladie, cohabiter avec sa femme, et si, pendant ce temps, son frère s'oublie avec cette femme, celle-ci ne pourra plus à l'avenir avoir commerce avec son beau-frère ni avec son mari, car le mariage, qui était [557] auparavant légitime, a cessé de l'être par suite de cet inceste. Toutefois, pour venir en aide à la faiblesse humaine, l'évêque pourra, lorsque la femme aura fait pénitence, l'unir de nouveau à son mari légitime alors guéri. 42. Si quelqu'un a commis un inceste dans un diocèse étranger, l'évêque du diocèse où l'inceste a été commis doit appliquer le châtiment. 43. Un homme a péché avec une femme, puis son frère ou son fils à son insu avec cette femme, cet homme pourra se marier après avoir fait pénitence. Quant à la femme, elle fera aussi pép.i- tence mais ne pourra pas se marier. 44. Celui dont le frère a eu avec une femme des relations coupa- bles qu'il ignore, peut épouser cette femme, mais son frère sera soumis à une pénitence sévère, pour lui avoir caché ce qui s'était passé. La femme ne pourra jamais se marier ; d'après le c. 2 de Néocésarée, elle devrait faire pénitence le reste de sa vie. Toute- fois l'évêqvie pourra en abréger la durée. 45. Celui qui aura péché avec les deux sœurs passera le reste de ses jours dans la pénitence et dans la continence. La seconde des deux sœurs sera condamnée à la même peine, si elle savait la faute de la première. Si elle l'ignorait, elle fera pénitence, mais pourra se marier. 46. L'adultère, que son mari menace de mort, ne devra être livrée par l'évêque auprès de qui elle s'est réfugiée, que lorsque sa vie ne sera plus en danger. 47. Celui qui a un «compère» dont la femme n'est cependaiil 1. Canon important pour l'empêchement de crime. (H. L.) 704 LIVRE XXVI pas sa « commère)), pourra épouser cette lemme après la mort de son mari. 48. Celui quj a. par ignorance, épousé la fille de sa commère spirituelle doit la garder. 49. Si un enfant est né de relations adultères, le père et la mère doivent être séparés, sans espoir de se revoir. Ce qu'ils se sont donné muLuellement appartient à l'enfant. En ce qui concerne le reste du bien, ils ne doivent avoir entre eux aucune communication^. 50. Induire à l'apostasie est un crime épouvantable. Celui qui attente à la vie d'autrui au moyen de sortilèges, d'herbes, etc., doit être soumis à une double pénitence, comme meurtrier plus pernicieux que les autres. 51. L'adultère ne doit pas épouser sa complice après la mort du mari. 52-53. Celui qui fait un meurtre involontairement et par accident, sera puni par son évêque, qui appréciera. 54. Le meurtrier volontaire devrait, d'après le c. 21 (22) [558] d'Ancyre, être soumis à la pénitence pour le reste de ses jours. Néanmoins, par égard pour la faiblesse humaine, on ne lui infli- gera la pénitence que pour un temps déterminé. 55. Pendant quarante jours, l'entrée de l'Église lui sera inter- dite, il sera condamné au pain, à l'eau et au sel, marchera pieds nus, ne portera aucun habit de lin (à l'exception des hauts-de- chaùsses), ne portera pas d'armes, n'aura aucun commerce avec sa femme et ne communiquera avec personne. 56. Il passera ensuite une année entière sans visiter l'église et sans user de viande, de fromage, de vin, d'hydromel et de miel, à l'exception des dimanches et jours de fête. En voyage ou à la guerre, mais jamais chez lui, il pourra néanmoins les mardis, jeudis et samedis racheter sa pénitence en payant un denier ou en nourrissant trois pauvres ^; alors il pourra user de viande, ou de vin, ou d'hydromel, mais toujours d'une seule de ces trois choses. Au bout d'un an il pourra rentrer dans l'église, 57. Sa pénitence durera deux années encore, et il devra même, chez lui, se racheter pour ces trois jours. 58. Enfin, dans les quatrième, cinquième, sixième et sep- 1. Voir \c caiioii 40. 2. C'est la première trace de la remise d'une pénitence contre une somme d'argent. Binterim, op. cit., t. m, p. 209. 509. CONCILE A TRIBUR EN 895 705 tièine année, il sera condamné à trois carêmes par an : avant Pâques, avant la Nativité de saint Jean-Baptiste et avant Noël ^. Il est probable que ces décisions, prises par les évêques, dans leur concile particulier, furent lues dans l'assemblée générale de la diète, sous la présidence du roi, en présence des grands du royaume et qu'elles furent adoptées et approuvées par tous. C'est ce qu'indiquent deux notices du procès-verbal placées avant et après les signatures. Nous avons reproduit le texte de ces canons tel que le donnent les collections des conciles. Ce texte a été tiré d'un manuscrit de Brixen imprimé par Cochlaiis en 1524, avec lecjuel un autre ms. de Vienne, et deux mss, de Munich (autrefois de Freising) concordent complètement. Pertz [Monum., ' Leg., t. i, p. 559, sq.), a donné quelques passages extraits du ms. de Vienne (la préface, le c. 3, et les signatures des évêques) ; Philipps de son côté nous a fourni deux autres variantes des trois mss. Par contre d'autres manuscrits contiennent les canons de Tribur avec de nombreuses et importantes modifications au texte des collections des conciles (que nous considérons avec Philipps com- me la Vidgata) ; de plus les canons ou capitula de Tribur tels que [5591 ^^s reproduisent Réginon de Prûm, Burchard de Worms et autres collecteurs de canons du moyen-âge, ne concordent que partiellement avec la Vulgata, certains canons sont tout diffé- rents; d'autres reproduisent le texte que nous avons donné mais abrégé. Philipps ayant constaté ces différences, a entrepris une étude minutieuse des sources de ce concile de Tribur. Il a surtout trouvé d'importants matériaux de comparaison dans un manuscrit de Diessen (en Bavière) aujourd'hui à la biblio- thèque royale de Munich {Cod. Diessensis, 41 ; Cod. lat. 5541). Ca 1. Philipps, dans S iizungsherichle de Vienne, 1865, p. 9G8 sq. On trouve dans Gralien les canons suivants des conciles de Tribur : c. 4 = C. XVII, q. iv, c. 76, = C. XVII, q. IV, c. 7 ; 15 = C. XYI, q. i, c. 15 ; 16 = 21 = C. II, q. v, c. 4;23 = C. XXVII, q. i, c. 17; 24 = C. XX, q. ii, c. 2; 25 = C. XXVII, q. I, c. 8; 25 = C. XXVII, q. i, c. 16; 26 = C. XX, q. iv, cl; 72 = C. XXX, q. I, c. 6; 30 = D. XIX, c. 3; 31 = C. XIII, q. ii, c. 31; 32 = C. XVI, q. VII, c. 36; 33 = D. LV, c. 33; 36 = D. VI, c. 51 ; 39 = C. XXVIII, q. II, cl; 40= C. XXXI, q. I, c. 4;41 = C. XXVII, q.ii, c. 11;41 = C. XXVII, q. II, c. 14, 15 ; 41 = C. XXVII, q. n, c 31 ; 43 = C. XXXIV, q. i, c 6; 43 = C. XXXIV, q. I, c 10; 45 = C. XXXIV, q. i, c 8; 47 = C. XXX, q. iv, c 4; 48 = C. XXX, q. III, c. 7; 51 = C. XXXI, q. i, c. 1 ; on trouve dans les Décré- tales de Grégoire : can. 25 = iv (3, 31) : 31 = ii (5, 18) ; 32 = ii (3, 38). (H. L.) CONCILES - IV - 45 706 LIVRE XXVI iiiaJiusciil (lillôrc sciisiMeiueiil tics aulies Icxles îles acies i\v Iri- l)ur, et l'hili[(})s cii eonelul à deux rédaclioiis des acles synodaux, l)ieu ([ue le lexLe ([ue j'ai lOuriu ni"ail élé iluiiné |)ai' Irois suurees dilïéreules dont une se trouvait dans le manuscrit de Diessen. a. Tandis que les aetes contenus dans les collections des con- ciles (la Vulgala) ne parlent (jue île \ in<:t-deux éveques présents, le manuscrit Je Diessen en eomple vin^l-six, les ([uatre ({u'il ajoute sont Wii'emcnt parler des canons, mais une relation historique déjà contenue daiis la préface. d. Le numuscrit de Diessen ne ci)nlient en une série continue que vingt ca/ji^w/a de Tribur et il en donne([uelques autres déta- [560] chés ^, mais il est bien évident t[u'il n'est pas conqtlel. Son texte est plus court que celui de la Vulgata. e. De même le texte de Réginon est sensiblement plus court que le nôtre (la Vulgata). Réginon donne des capitula de Tribur où l'on retrouve ceux que nous avons donnés (ils sont seule- ment abrégés), mais aussi d'autres qui ne hgurent pas dans la Vulgata. D'accord avec Wasserschleben ^, Philipps estime le texte de Réginon authentique et conforme au texte primitif, tandis que celui de la Vulgata contient les amplifications d'une rédaction postérieure, Wasserschleben est d'avis (jue Réginon 1. Imprimé dans Philipps, op. cit., p. 769 sq. 2. Imprimés dans Philipps, op. cit., p. 771 sq. 3. Beitràge zur Gescliiclile dcr vorgrcUianisclien KircJieiirechlsqucllen, Leipzig, 1839, p. 25 sq. 509. coiXCiLi: A iiinuiî lox 895 707 n'aiirail ])ii a I I lihucr au concile de Trihiir les cainnis (uTil cite, s'ils n'avaient élc véri(li({iies, car il exécuta sa compila lion sur l'ordre de Ratlibod archevêque de Trêves, et la dédia à Ilat- ton, archevêque de Mayence, qui tous deux avaient joué un grand rôh; au concile. D'autre part, Réginon n'a pu se contenter de faire des extr'ails tlu lexle de Tribur, car celle l'açou d'agir eût été inopportune; par suite Uégincui a bien donné le texte anthen- ticpie sans modi licalions. Par suite, dit encore Wasserschleben, les 58 canons de Tribur de la Vuli^ala l'ornienl, avec ceux de Réginon, V actio prima du concile, une première division, et c'est ce cjui ressort de VepisLola prœlociUii'a, mots : Deiiide recto ordine consederunt, et quœdaiu capitula... sahscripserunt. /. Philipps a moins conliance tlans les prétendus capitula de Tribur donnés par Burchard de Worms ; car on ne peut être certain de leur attribution. g. Wasserschleben a reproduit^ les capitula de Tribur tirés de Réginon, de Burchard, de Rotger de Trêves et d'un manus- crit de Darmstadt les considérant comme authentiques. Les capitula de la Vulgata qui diffèrent complètement de ceux de Réginon, Burchard et autres, se trouvent dans Bintérini"; ([uant à ceux de Burchard, ils sont reproduits dans llartzheim ^ et dans Mansi ^. Il est bon d'ajouter ([u'Adam de Brème, à la suite d'une étude spéciale des actes de Tribur, croit que ce coiu-ile eut à s'occuper d'un conflit survenu au sujet de la qualité archiépis- [d61] copale du siège de Brème entre Hermann de Cologne et Adalgaire de Brème, et qu'à la suite d'un combat singulier il se prononça contre ce dernier. Le cham|)ion de Cologne avait vaincu le représentant de Brème, et de fait dans les signatures des actes de Tribur, Adalgaire de Brème ne porte que le titre d'évèque et non celui d'archevêque ^. 1. Op. cil., p. 107-186. 2. Deutsche Concilien, i. m, p. 210-217. 3. Conc. Germ., l. ii, p. 408. 4. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 159. 5. Adam de Brème, De gestis archiep. Brcin., i. I, c. li, dans PerLz, Monam,, t. IX, p. 301. Cf. Pliilipps, op. cit., p. 722. 708 LIVRE XXVI 510. Derniers conciles du IX' siècle ; attentat sacrilège commis sur le corps du pape Formose. Sans nous attarder à un concile tenu à Nantes en 658, bien que les collections des conciles le placent à la fin du xx^ siècle (895)^, nous tournerons maintenant notre attention vers l'Italie où une lamentable situation politique avait la plus fâcheuse répercussion sur la situation ecclésiastique. Nous avons vu ^ qu'après la mort de Charles le Gros (888), les deux plus puissants seigneurs de l'Italie, Bérenger, marquis de Frioul, et Gui, duc de Spolète, se disputaient la couronne d'Italie. Bérenger gagna de vitesse son adversaire, et se fit sacrer à Pavie roi de Lombardie (888) ; mais, après des combats sanglants. Gui lui arracha la cou- ronne et fut proclamé roi d'Italie, dans la grande diète synodale de Pavie (889 ou 890). Bientôt après, en 891, le pape Etienne VI (V), subissant surtout l'influence du parti de Spolète, donna à Gui la couronne impériale. Etienne mourut en 891 ; Formose, ancien évêque de Porto, que nous avons déjà rencontré, lui succéda; on se rappelle que, déposé sous le pape Jean YIII, il fut réintégré par Marin en 883 ^. Formose était un adversaire décidé du parti 1. Voir § 290. 2. Voir § 508. 3. Liutprand raconte (dans Baronius, Annales, ad ann. 891, n. 3, etPertz, op. cit., t. V, p. 282, 29) que lors de l'élection de Formose en 891, un parti chercha à lui opposer le cardinal-diacre Sergius, mais que la cause de Formose ayant triomphé, Sergius s'enfuit dans la Tuscie. Damberger, Synchron. Gesch., t. iv, p. 69, accepte cette donnée et identifie ce Sergius avec celui qui, en 898, fut antipape, et qui, au mois de mai 904, devint pape légitime. Damberger est cer- tainement dans l'erreur sur ce point, car Flodoard et l'épitaphe de Sergius (dont nous parlerons bientôt) disent expressément que la première tentative de Sergius pour atteindre à la papauté date de 898, et la seconde de 904, et ils ne disent rien de celle qui aurait eu lieu en 891. [E. Duemmier, ^ua:i/ius undVulga- rius, Quellenund Forschungen zur Geschichte der Papsttums un Anfang des zehn- ten JahrhuTiderts, in-8, Leipzig, 1866 ; E. Duemmler, Geschichte des ostjrànkischen , iîeic/is, in-8, Leipzig, 1887-1888, t. ii, m; J. Langen, Geschichte der rômischen Kirche vonNikolausI bis Gregor VII, in-8, Bonn, 1892, p. 295 sq. ; Rohrbacher, Hist. universelle de V Église, t. xiii; Jungmann, Dissertationes selectsein hist. eccles., in-8, Ratisbonne, 1882, t. m, p. 318 sq., 364 sq. ; t. iv, p. 16 sq., 110 sq. ; Niehues, Geschichte des Verhàltnisses zwischen Kaisertum und Papstium im Mittelalter 510. DERNIERS CONCILES DU IX^ SIECLE 709 de Spolète ; aussi l'empereur Gui ne voulait-il pas le reconnaître ; ils finirent cependant par s'accorder, mais pour peu de temps. L'empereur Gui s'elïorçanl d'augmenter sa puissance, et ayant, dès l'année 892, associé à l'empire son fils Lambert, Bérenger [562] et le pape Formose appelèrent à leur secours ^ Arnulf , roi de Ger- manie, qui, en 894, s'empara de la haute Italie. Gui mourut en 895, et son fils, l'empereur Lambert, prit l'empire. Mais Arnulf traversa les Alpes une seconde fois, remporta une victoire dans le centre de l'Italie et fut couronné empereur à Rome [fin février] 896, par le pape Formose ^. Il ne tarda pas à s'apercevoir du peu de confiance qu'il pouvait avoir dans la fidélité des Italiens et dans celle de Bérenger ; aussi se décida-t-il à regagner la Ger- manie, sans remporter de sa campagne d'autres avantages que Je titre d'empereur ^. Le roi Bérenger et l'empereur Lambert se disputèrent alors la souveraineté de l'Italie et se vengèrent des anciens partisans d' Arnulf^. Le 4 avril 896, le pape Formose 2 vol., in-8, Munster, 1887, t. ii, p. 455 sq.; L. von Ranke, Weltgeschichte, in-8, Leipzig, 1885, t. vi, part. 1, p. 299 sq. ; Knôpfler, Formosus, dans Kirchenlexicon; 1886, t. IV, p. 1619-1623; Fr. Cerroti, Bibliografia di Roma médiévale e moder- na, in-8, Roma, 1893, t. i, p. 259; Chr. W. Fr. Walch, Entwurf einer vollst. Hist. der rum. Pàpste, Gottingen, 1758, 2^ édit., p. 191 sq. ; Kôpke, De vita et scriptis Liutprandi, in-8, Berolini, 1842, p. 78 sq. ; A. L. Richter, Inedita, Marburgers. Prorektorats programm, 1843 ; Gfrôrer, Geschichte der Ost-und W estfrànkischen Karolinger, in-8, Fribourg, 1848, t. ii, p. 138 sq., 183 sq., 253, 335 ; Gfrôrer, Gregor VII, in-8, Schafïhaussen, 1860, t. v, p. 147 sq. ; Damberger, Synchron. Geschichte der Kirche und der Welt, t. m, iv; J. Hergenrôther, Photius, in-8, Regensburg, 1867, t. ii, p. 693 ; A. Pichler, Geschichte der kirchlichen Trennung zwischen Orient und Occident, in-8, Mûnchen, 1864, t. i, p. 202 sq. ; H. Lammer, Papst Nikolaus I, Berlin, 1857, p. 38 sq. ; R. Baxmann, Die Politik der Pàpste, in-8, Elberfeld, 1869, t. ii, p. 67 sq. ; F. Gregorovius, Gesch. d. Stadt Rom, in-8, Stuttgart, 1870, t. m, p. 226 sq. ; von Reumont, Geschichte der Stadt Rom, in-8, Berlin, 1867, t. ii, p. 222 sq. ; R. Zôpfïel, Formosus, dans A. Hauck, Real- encyklôpddie fur protest. Theol. und Kirche, iS99, t. vi, p. 127-129 ; A. Lapôtre, Hadrien II et les fausses Décrétales, dans la Revue des questions historiques, 1880, t. XXVII, p. 411-420 ; A. Lapôtre, L'Europe et le Saint-Siège à l'époque carolin- gienne. Le pape Jean VIII, 872-88-2. in-8, Paris, 1895, p. 25 sq., 56-62 ; Liber pontificalis, édit. Duchesne, 1892, t. ii, p. 227, 353-354. (H. L.) 1. Sur ces événements, cf. A. Kleinclausz, L'empire carolingien, ses origines et ses transformations, in-8, Paris, 1902, p. 539-541. (H. L.) 2. A. Kleinclausz, op. cit., p. 542. 3. Id., p. 543. Ce qui décida le retour en Germanie fut une al Laque de para- lysie qui frappa l'empereur. (H. L.) 4. Schirmayer, Kaiser Lambert, in-8, Gottingen, 1900. (IT. L.) 710 LIVRE XXVI péril [dit-on] (](' mort violente : il ent pour sneeessenr Roniface VI, qui ne réo'na que quinze jours, et Etienne VI, tout dévoué au parti de Spolète, monta sur le trône pou I idéal. Sous son j^on- tifieatse eommit un attentat monstrueux et inouï dans l'histoire, je veux parler de la profanation commise sur le eorps du pape For- mose. Les principales sources sur cet événement sont : 1) les actes (c|uelque peu altérés) d'un concile romain tenu en 898 (d'après d'autres, en 904), et dont nous aurons bientôt à parler ; 2) les écrits du prêtre germain Auxilius (peut-être ce nom est il fictif) ordonné à Rome par le pape Formose et qui vécut depuis dans la Basse-Ttalie, probablement à Naples ^ ; 3) VIJistoria imperatorum [^63] 1. Autrefois on roiuiaissait deux ouvrages d'Auxilius traitant de la question du pape l'ormose el en partieulier de la validité des ordinations qu'il avail faites ; à savoir : a] De ordinalionibus a Formoso papa faclis, et b] l'écrit Injensor et defen- snr avec une epistola prie\^ia ad Leonem, évêque de Noie. Morin, le premier, a pidilié ces deux ouvrages en 1655. En 1685 Mabillon a trouvé un troisième écrit traitant du même sujet (sans indication d'auteur) qu'il a pensé devoir également attriliuer à Auxilius. Mabillon a donné à cet écrit le titre de : Libellus super causa et negotio Formosi papœ. En 1735, Jos. Bianchini, dans le 4^ volume de son édi- tion du Liber pontificalis, a publié un quatrième ouvrage apologétique émanant d'un inconnu en faveur du pape Formose sous le titre de : Invectwa in Romam, et alors que Dûmmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 42, l'attribue à Vulgarius, autre apologiste du pape Formose. Hergenrôther, Phoiius, p. ii, p. 370 et 373, note 9, ne veut y voir qu'une compilation tirée des écrits d'Auxilius. Ces 4 documents seuls se trouvent dans P. L., t. cxxix, col. 823 sq., 1054- 1112. Mais Dûmmler, Auxilius und Vulgarius, a publié deux autres écrits d'Auxilius inconnus autrefois et qu'il a extraits d'un ms. de tlamberg (sœc. x) : a) le premier, sans titre, a pour objet la défense des consécrations faites par Formose : il comprend deux livres et un appendice (Dûmmler l'a intitulé : In defensionem sacrée ordinationis papœ Formosi);b) puis, un mémoire qui dans le manuscrit de Bamberg porte le titre de : Libellus in defensionem Stephaui rj)is- copi et prœfatx ordinationis (l'évêque Etienne de Naples avait été sacré ]>ar le pape Formose ) ; enfui il a aussi publié six autres chapitres tirés de l'ouvrage d'Auxilius cité De ordinationibus, édité par Morin. Dûmmler découvrit en- core, dans le ms. de Bamberg, deux écrits du prêtre italien Eugène Vulgarius dont on n'avait jamais parlé jusqu'à ce jour : a) De causa Formosiana, encore inédit; b) Eugenius Vulgarius Petro diacono fratri et amico, qui traitent tous deux de la question. Comme Mabillon avait déjà publié ce dernier ouvrage dans ses Analecta vetera, p. 28-31, mais sous un autre titre et après l'avoir extrait d'un autre manuscrit, Dûmmler ne le réimp'rima pas, mais il communiqua c) diffé- rentes lettres et poésies de Vulgarius, en parliculicr celles adressées au pape Sergius III et tirées du ms. de Bamberg; elles n'onl pas rapporta la question de Formose, mais en raison des viles flatteries prodiguées à Sergius, elles tran- chent d'une manière criante sur les autres ouvrages de Vulgarius. Sergius était 510. DERNIERS CONCILES DV IX^ SIECLE 711 et ref;uw, ap])olôo aussi Antapodosis, c'est-à-dire le Jugement, dans ce sons (|ii(' Thistoire est le verdict du monde, composée ])ar l^iulpi aiul, c\r(pic de Oémone et chancelier de l'empereur Olhon V^ ^ Tous ces documents, et deux autres de moindre im- portance, racontent avec plus ou moins de détails, mais |^sans se «'ontredire, la partie principale de cet acte sacrilèoe ; ils ne varient que dans la désignation du criminel. D'après les deux premières sources, ce serait le pape Etienne VI cjui aurait fait exhumer le corps de Formose et l'aurait fait placer devant un Irihunal, etc. Liutprand attribue au contraire ce fait à Sergins ; par conséquent, de son propre aveu, à un antipape ; et Damberger, acceptant ici la donnée de Liutprand, pense que ce simulacre rriO't] de procès eul lien ((uelques années plus tard, c'est -à-diro on 898, lors({ue Seroius était antipape contre Jean IX ^. Nous reviendrons sur ce point ; mais, avant d'aller plus loin, remarquons que, d'après Baronius cl d'autres historiens, Liutprand aurait ici ])lacé |)ar erreur le nom de Sergius, au lieu de celui d'Etienne. Ce sentiment est, à iu)lre avis, parfaitement fondé, car les deux premières sources son! plus anciennes et plus importantes que le travail de Liutprand. et il est bien ditlicile <|u'elles se soient trompées en indiquant sous quel pape avait eu lieu le sacrilège. Liutprand, le plus abondant en détails, raconte que, par haine contre Formose, le pape avait fait retirer son cor|)s du lomboau, et, après l'avoir fait revêtir de ses habits ])onli(icaux, TaNtiit fait comparaître devant un simulacre de concile érigé en tribunal (février ou mars 897). Le cadavre ayant reçu un avocat d'office, on donna lecture de l'accusation : « par une aml)ition cou- pable, Formose avait écltangé son siège de Porto contre le siège de Rome.» La défense ne parut pas concluanle (lU)us n'avons pas (l('ji'i im oniionii déclaré do l'^ormosp. Malgré loiilos ces basses advilalions, Vuloa- rliis se méfiait, certainement du pape Sergius, car il refusa énergi({nenient de se rendre à Rome pour répondre à une invitation de Sergius. 1. lia meilleure édition de cette Historia est celle donnée par Pertz, op. cit., t. V, p. 264-339. Le passage auquel nous faisons allusion a été imprimé dans Baro- nius, ad ann. 897, n. 2. Sur Liutprand, ou Luitprand, voir Kirchenlexicou , t. vi, p. 537 sq. On sait que Liutprand raconte souvent des choses inexactes ou fausses, et qu'il a une tendance marquée à la calomnie. Damberger, op. cit., l. iv, Kritikheft, p. 108 sq., l'a très bien fait voir, ainsi que Duret dans les Geschichls- hldtler, ans fier Schweiz, 1854, t. i, part. 3; Damberger va même jusqu'à soutenir, t. IV, p. 364, et Kritikheft, p. 200, que cet ouvrage n'est pas l'œuvre de Liutprand. 2. Damberger, op. cit., t. iv, p. 174, 177; Kritikheft, p. 56, 74, 110, 712 LIVRE XXVI d'autres détails sur ce point) ; Formose fut donc déclaré pape illégitime; tous ses décrets et ses ordinations étaient annulés. Alors, au milieu des lamentations du peuple, on dépouilla le cadavre des vêtements pontificaux, on lui coupa les trois doigts avec lesquels les papes ont coutume de bénir, et on le jeta dans le Tibre ^. Hermann Contract dit, dans sa Chronique, ad ann. 896, qu'on agit de la sorte parce que Formose avait abandonné la cause de l'empereur Lambert et couronné Arnulf ^. Le concile romain de 898 dit (can. 11) que quelques conjurés, espérant trouver un trésor dans le tombeau de Formose, en avaient retiré son corps et l'avaient jeté dans le Tibre, Mais, dans son canon 1^^, ce concile rapporte qu'Etienne avait fait placer devant un tribunal le corps de Formose. Bientôt le pape Etienne VI eut lui-même vine fin tragique, que Flodoard de Reims, célèbre historien du x^ siècle, regarde comme la punition divine du sacrilège commis sur le cadavre du pape Formose. Etienne VI fut brutalement enlevé de l'église, jeté dans un cachot et étranglé (août 897)^. Son épitaphe fait allu- [565] sion à ce genre de mort *. Damberger prétend ^ que, peu de temps avant sa mort, le pape Etienne aurait réellement tenu à Ravenne le concile convoqué dans cette ville pour le mois de septembre 897 (ce qui indiquerait que son autorité était encore reconnue et 1. Gregorovius, op. cit., p. 266 sq.; Diimmler, Auxilius, p. 10 sq. [H. W. Biel et H. C. Burmeister, De Formosi papœ Romani exmnis bis a tumulo deform. ac tandem in Tyberim abjectis, in-4,Wittemberg8e, 1716. Formose mourut le 4 avril 896. Son successeur ne fit que passer; Etienne VI, évêque d'Anagni, occupa ensuite le siège pontifical. Sur les circonstances politiques au milieu desquelles eut lieu l'odieux concile cadavérique, cf. L. Duchcsne, Les premiers temps de V Etat pontifical, dans la Revue d'hist. et de littt. religieuses, 1896, t. i, p. 479-481. (H. L.) 2. Pagi, Critica, ad ann. 896, n. 9. 3. Voyez Pagi, Critica, ad ann. 897, n. 3 ; Gregorovius, op. cit., p. 240. Baro- nius a placé ce pape Etienne quelques années trop tard, aussi a-t-il fort mal ex- posé la chronologie de cette époque. Une insurrection, évidemment inspirée par l'horreur, précipita Etienne VI du trône pontifical. On le déshabilla vivant, comme il avait fait déshabiller Formose mort ; on lui jeta sur les épaules im froc de moine et on l'enferma dans une prison. Même là, il gênait encore, on le fit étrangler; c'était le deuxième pape assassiné; le premier fut Jean VIII, quinze années auparavant. Je ne sais sur quel fondement Hefele ajoute à cette liste le pape Formose; j'ai marqué d'une réserve son affirmation, p. 709. (H. L.) 4. Dans Baronius, Annales, ad ann. 900, p. 6 ; Pagi, Critica, ad ann. 897, n. 7. 5. Damberger, op. cit., t. iv, p. 173. 510, DERNIERS CONCILES DU IX^ SIECLE 713 acceptée) et y aurait assuré que le corps de Formose avait été maltraité contre sa volonté. Il est vrai que le pape Etienne VI convoqua un concile à Ravenne pour le mois de septembre de la XV^ indiction; c'est du moins ce que dit Fiodoard ^. En admet- tant, avec Damberger ^, que le mois de septembre de la XV^ indic- tion soit celui de 897, il est impossible que le pape Etienne ait tenu à cette date un concile. Damberger avoue lui-même ^ que le pape Etienne était mort au mois d'août 897 ; comment aurait-il pu tenir un concile au mois de septembre suivant ? Il serait donc facile de mettre Damberger en contradiction avec lui-même, à s'en tenir à ses paroles ; mais la XV^ indiction tombe en 896, non en 897. En effet, jusqu'en la fin du xi® siècle, on conti- nua à se servir de Vindictio Constantinopolitana, qui commen- çait au 1^^ septembre, en sorte que le 31 août 896 terminait la XIV^ indiction, et le 1®^ septembre appartenait à la XV^. Ce ne fut qu'à partir dvi xi^ siècle que l'on se servit de Vindictio Romana ou pontificia, qui commençait avec le l^'" janvier*. Par consé- quent le concile convoqué par Etienne VI pour le mois de septem- bre de la XV^ indiction, aurait dû se tenir en 896, à une époque où le pape vivait encore. Il est néanmoins très douteux que cette assemblée se soit réellement tenue, et à supposer qu'elle ait eu lieu, nous n'en savons à peu près rien. Ce qu'en dit Dam- berger est certainement faux, notamment lorsqu'il avance que, dans [566] ce concile, le pape Etienne montra que le corps de Formose avait été profané contre sa volonté ^ Car si ce concile de Ravenne s'est tenu en septembre 896, il a eu lieu aidant le sacrilège; et rien dans les documents originaux n'appuie les dires de cet auteur. Damberger avoue avoir puisé ce renseignement dans l'écritd'Auxi- lius ^, mais celui-ci ne parle que du concile tenu à Ravenne en 898 sous le pape Jean IX. Enfin Damberger s'abuse ' en attri- buant au concile de Ravenne le décret suivant porté par Etienne VII (VI) en vue déplaire à l'empereur: « Tout nouveaupape doit être élu par les évêques (cardinaux-évêques) et par le clergé. 1. Baronius, Annales, ad ann. 897, n. 9, 13. 2. Op. cit., l. IV, Kritikhejt, p. 71. 3. M., t. IV, p. 173-174. 4. VoirSickel, dans Sitzungstjerichte deVienne, Philol. histor.Klasse, 1861, p. 341. 5. Op. cit., t. IV, p. 174. 6. Op. cit., t. IV, p. 279. 7. Id., p. 173. 714 LIVRE XXVI en prôsonco du sénat ot du peuple, mais il no doit T'tre snoré que devant les ambassadeurs impériaux (e'est-à-dire avee l'assen- timent de l'empereur).)) Nous avons prouvé, que ce décret vient du pape Etienne V (VI) et d'un concile romain tenu dans les pre- mières années du ix^ siècle ^ A Etienne succéda, pendant l'été de 897 ^, le pape Romain, qui n*occupa le siège que quatre mois et fut probablement mas- sacré. Théodore II, qui ne régna que vingt jours, eut sans doute le même sort ; néanmoins il eut le temps de se distinguer par sa libéralité, chercha à réconcilier les partis ennemis et à réintégrer les clercs ordonnés par Formose et chassés par Etienne, Les actes d'un concile dont nous parlerons bientôt, et qui se tint en 898, prouvent que Théodore II prit cette dernière mesure dans un concile romain •'^. Sous le pontificat de Théodore également, le corps de Formose, que le Tibre avait rejeté, fut solennellement enterré à Saint-Pierre, dans Vatrium ^. Un autre parti, proba- blement le parti toscan, avait opposé à Théodore Serge III, cjui fut élu et proclamé pape au milieu d'un tumulte, et, dit Damber- ger ^, ce fut alors seulement que Serge, ou, pour mieux dire, son parti, commit sur le cadavre du pape Formose le sacrilège que l'on voulut plus tard faire retomber sur la mémoire du pape Etienne. En raisonnant ainsi, Damberger oublie ce qu'il a lui-même écrit, à savoir que le pape Etienne VI, six mois avant l'élévation de [567^ Serge, avait déjà déclaré, dans le prétendu concile de Ravenne, que le sacrilège commis sur le corps de Formose avait élé perpéiré contre sa volonté. Serge III ayant été élu dans un tumulte, l'empereur Lambert refusa de le reconnaître, et sous ces auspices on choisil et on or- donna ])apo, au niois de juin 898, Jean IX ^. Ccl homme excellent, 1. Voir § 416. 2. Sur la date, voyez Jaffé, p. 303. Gregorovius, np. cil., p. 241, se prononce pour septembre ou octobre. 3. Voyez Mansi, op. cit., t. xviii, col. 182. 4. C'est ce que raconte Auxilius dans Dûmmler, op. cit., p. 72. L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, dans la Res'. d'Iiist., et de litl. reiîig., 1896, p. 481. (II. L.) 5. Op. cit., t. IV, p. 177, 190 ; Kritikheft, p. 104. 6. « Sur la tombe de Théodore II un schisme éclata. Deux papes furent élus ensemble, Serge III et Jean IX. L'autorité impériale intervint, apparemment en faveur de .Jean. Celui-ci élait un partisan de la paix, l'autre un tenant radical et farouche d'Etienne VI eL de son concile. C'était désormais la seule question 510. DERNIERS CONCILES DU IX^ SIECLE 715 chercha à ouérir par les conciles les plaies de l'époque et à humi- lier, par rexcommunication, le parti toscan. Des trois conciles romains qu'il réunit, au rapport de Flodoard i, nous n'en connais- sons j)lus que deux ; Pagi ^ a déjà prouvé, contre Baronius, que le premier de ces deux conciles ne s'était pas tenu en 904, mais en 898. et les historiens modernes ont adopté son sentiment. Sur l'ordre du pape Jean IX, on lut dans ce concile les actes des assem- blées synodales célébrées antérieurement au sujet de Formose et de ses partisans par Jean VIII, Etienne VII et Théodore. Plusieurs des principaux témoins qui avaient déposé contre For- mose dans les actes de ce honteux conciliabule d'Etienne, protes- tèrent alors n'avoir rien dit, ou avoir été forcés. On demanda à l'iiu d'eux. Sylvestre, évccjue de Porto, s'il avait assisté au concile fiaiu" tenu contre Formose : d'où Mansi ^ conclut à l'existence d'un concile, inconnu par ailleurs, mais qui aurait été célébré en France et aurait été favorable à Formose. A mon avis, sur laquelle on pût se diviser. L'empereur Lambert était le maître ; nul n'avait l'ide^e de songer aux protecteurs transalpins. Pallier autant que possil)lc l'énorme scandale du concile d'Etienne VI, apaiser les discordes intérieures de l'Eglise ro- maine, rassurer chacun, empereurs, évêques, cardinaux, sur leur légitimité et leiu' situation, telle fut la lâche que s'imposa Jean IX. Il tint, à cet effet, trois conciles dont deux seulement, l'un de Rome, .l'autre de Ravenne, sont venus jusqu'à nous. Des évêques de toute l'Italie s'y rencontrèrent, on lut et l'on cassa les actes du concile d'Etienne ; ceux du concile de Théodore furent lus aussi et approuvés. Il fut bien décidé que jamais plus il ne serait permis de faire passer les cadavres en jugement. Les ordinations de Formose et, en général, tous ses actes, furent de nouveau reconnus valables, à la seule exception du « sacre subreptice d'un barbare ». Enfin, les droits de l'empereur relativement à la juridiction sur les Romains furent solennellement reconnus. Pour les élections pontificales, il fut déclaré que, s'il s'y était produit des désordres, c'est que l'on procédait sans que l'empereur fût informé et en dehors de ses légats ; en conséquence, aucune élec- tion ne pourrait plus être suivie de consécration, si ce n'est en présence des légats de l'empereur. Ainsi l'Église romaine revenait d'elle-même au régime de la cons- titution de Lothaire (824); elle reconnaissait que, en dehors des règlements auxquels elle s'était si malaisément résignée sous Lothaire et sous Louis II, il n'y avait pas, dans l'état présent des choses, de garanties sérieuses, ni pour les élections pontificales, ni pour le gouvernement temporel de l'État romain. » L. Duchesne, Les premiers temps de V État _ pontifical, dans ]a Revue d'Insl. et de litl. relig., 1896, t. i, p. 482-483. (H. L.) 1. P. L., t. cxxxv, col. 831 ; Pagi, Critira, ad ann. 898, n. 3. 2. Pagi, Critica, ad ann. 899, n. 4 s(j. [A. VerminghofT, dans Nettes Archiv, 1901, t. XXVI, p. 0G3. (II. L.) 3. Mansi, op. cit.. 1. xviii, col, 178. 716 LIVRE XXVI il s'agirait ici du concile de Troyes tenu en 878, celui-là même qui réitéra l'anathème contre Formose, et aucjuel assista Walbert, évêque de Porto, en qualité de représentant du pape Jean VIII. Sylvestre, alors diacre de l'Église de Porto, faisait probablement partie en cette circonstance de la suite de Walbert. Après de longs pourparlers, ceux cjui s'étaient rendus coupables à l'égard de For- mose demandèrent humblement pardon, et les autres évêques ayant appuyé cette demande auprès du pape, celui-ci rendit les douze décrets suivants : 1. Le concile célébré sous notre prédé- cesseur Etienne \l [piœ recordationis?) et qui d. îait retirer du tom- beau le corps de Formose pour condamner la mémoire de ce pape, est déclaré par nous de nulle valeur ; et afin que rien de sem- bla])le ne se voie plus désormais, nous défendons de citer des morts en justice. 2. Sur les instances de ce saint concile, nous par- donnons aux évoques et aux clercs qui ont pris part au concile contre Formose, et qui demandent grâce, disant avoir été forcés d'agir comme ils l'ont fait. Nous interdisons à l'avenir toute vio- KQg] lence faite aux évêques dans les conciles, 3. Formose a été, à cause de ses mérites, transféré de l'évêché de Porto sur le Siège apostolique ; mais de pareilles exceptions ne doivent être tolé- rées que rarement, et on doit revenir à l'antique usage. 4. Les clercs ordonnés par Formose et déposés par d'autres recouvreront leurs ordines et leurs gradus ^. 5. Si, d'après le droit canon, une« place n'est pas vacante, on ne doit ordonner aucune autre personne pour la remplir. 6. Nous déclarons valable le sacre de l'empereur Lambert, et rejetons complètement le sacre barbare de Bérenger, obtenu par la force (Pagi ^ propose de lire Arn- nulfi, au lieu de Berengarii, ou bien encore, solution que nous préférons, le mot Berengarii doit être regardé comme une inter- 1. «Cette alîairc des ordinations du pape Formose (891-89G) constitue la dé- marcation entre l'histoire brillante de la papauté au ix<^ siècle et la longue série de scandales qui allaient se succéder à Rome, pendant cent cinquante ans, jusqu'au milieu du xi" siècle. Cette affaire a préoccupé l'opinion pendant plus de trente ans, et au moins jusqu'à la mort de Jean X, en 928. On ne saurait dire cependant qu'elle marque la transition entre des périodes de grandeur et d'a- baissement, car la chute se fit d'un seul coup, et si profonde que le niveau dernier fut dès lors atteint. » L. Saltet, Les réordinations, Étude sur le sacrement de l'or- dre, in-8, Paris, 1907, p. 152-168 ; J. Hergenrôther, Handbuch der allgemeinen Kirchengeschichte, édit. Kirsch, 1905, t. ii, p. 189, 197 ; L. Duchesne, Les pre- miers temps de l'État pontifical [754-1073], in-8, Paris, 1898, p. 153 sq. (H. L.) 2. Pagi, Critica, ad ann. 898, n. 7. 510, DERNIERS CONCILES DU IX^ SIECLE 717 polation d'un copiste ignorant. Le ms. de Bamberg ne contient pas ce mot ^. 7, Les actes du concile tenu sous Etienne seront brûlés. 8. Les anciens prêtres romains Sergius, Benoît et Marin (c'est-à-dire l'antipape Sergius et ses partisans), ainsi que les diacres Léon, Pascal et Jean, sont déposés et excommuniés; ils ne doivent être reconnus par personne sous peine d'excommuni- cation. 9. Quant à ceux qui ont fouillé le tombeau de Formose pour en retirer un trésor, qui l'ont profané et qui ont ensuite jeté son cadavre dans le Tibre, ils seront excommuniés jusqu'à ce qu'ils aient fait pénitence. 10. Comme il se commet de grandes violences, dans les élections des papes, si quelques commissaires impériaux n'assistent pas à ces élections, nous ordonnons qu'à l'avenir le pape soit élu par les évêques (cardinaux) et par le clergé (romain) réuni, en présence du sénat et du peuple ; mais il ne sera sacré que devant les légats de l'empereur. (Décret déjà porté par le pape Etienne V ^. Le meilleur texte de ce canon se trouve dans Damberger ^, tandis que Pertz * donne un texte défectueux). 11. Nous défendons qu'à l'avenir on pille la maison d'un pape ou d'un évêque après leur mort. Celui qui le fera, nonobstant cette défense, sera puni par le pape et par l'empereur. 12. L'abus s'est introduit que les juges civils évoquent à leur tribunal les causes provenant de fautes charnelles, et qui reviendraient de droit au tribunal de l'évêque, puis, moyennant une certaine somme d'argent, ils s'arrangent pour ne pas punir; ou bien ils r5(39"| maltraitent les filles de mauvaise vie, qu'ils ont en leur possession, jusqu'à ce que leurs parents ou leurs maîtres payent le rachat de ces personnes. Ces femmes continuent ensuite leur triste métier avec plus de hardiesse qu'auparavant, car elles sont persuadées qu'elles n'ont plus alors rien à ^'oir avec l'évêque et qu'elles ont été jugées par les ofTiciers publics. Aussi, à l'avenir, nul ne doit empiéter sur le pouvoir qu'a l'évoque de juger les péchés de luxure ^. En cette même année 898 et immédiatement après le concile romain, se tint à Ravenne le second concile du pape Jean IX ^, 1. Dûmmler, op. cit., p. 13, noie 1. 2. Voir § 416. 3. Op. cit., t. IV, Kritikheft, p. 71. 4. Pertz, Monum. Leges, Append., p. 158. 5. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 222 sq. Moins complet dans Hardouin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 487 sq. 6. Labbe, Concilia, t. ix, col. 507-510, 1237 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 491 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 708 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, 718 LIVRE XXVI foin|Mis('' (le s()i\aiil(;-lrcizc évècjucs de Idulcs les parlies de rilalie eL aïKjiiel reinpereiir Lambert assista eu personne. Ce eoneilo ajouta ([uelquc^s uou\elles ordounanecs aux capilidu publiés par le ])ape, 1. Le premier de ces capitula émané du pape ordonnait de payer la dîme aux églises, ainsi que l'avaient prescrit les empereurs Charlemagne, Louis le Débonnaire et Louis IL Le second et le troi- sième capiluluin y joignaient l'empereur Lambert. 2. On ne doit em- pêcher aucun Romain, clerc ou laï(|uc, d'aller I idiiNci l'empereur. 3. Les privilèges de l'Église romaine doivent être de nouveau eonlirnu-s. 4. Le ctjncile tenu récemment dans l'église Saint-Pierre au sujet de Lormosc doit être conlirmé pai- l'empereur, les évc- ([ues et les grands de l'empire ^. 5. L'empereur doit réprimer les vols, les incendies volontaires et les brutalités qui se commet- tent dans l'empire. 6-8. Il doit renouveler les prescriptions de son père Gui au sujet des possessions de l'Église romaine, abroger les décrets contraires et lui rendre les quelques biens qu'elle a perdus. 9. L'empereur doit, à l'exemple de ses prédécesseurs, in- terdire les associations secrètes que les Romains, les Longobards et les Francs avaient ourdies dans le patri'monium Pétri. 10. Le pape demande des secours pour la reconstruction de l'église du Sau- veur, qui s'appelait église de Constantin (Latran), car l'Eglise romaine se trouve dans la plus grande détresse. En termi- nant, le pape recommande aux évêques le sage gouvernement de leurs iliocèses et leur ordonne de prescrire, à leur retour, des jeûnes et des litanies, afin que Dieu accorde des temps meil- leurs ^. En [janvier] 900 mourut le pape Jean IX, après un court gou- vernement. En juillet 900 Hervé, archevêque de Reims, réunit aussi- tôt après son sacre un concile dans sa ville épiscopale, pour frapper d'anathème les assassins de son prédécesseur Fulcon ^. Immé- col. 229 ; Pertz, Monum. Germ. hisl., Leges, t. i, p. 562-565 ; Jafïé,/?eg. pont, rom., p. 305 ; 2^ édit., t. i, p. '±42; A. Verminghofî, dans A'eues Archiv, 1901, t. XXVI, p. 662. (H. L.) 1. Voir Dûmmler, op. ct7., p. 13, 72. Le ms. de Bamljerg dans lequel Dûmmlcr a trouvé les écrits d'Auxilius sur cette question attribue à tort au concile de Ra- venne les six premiers capitula du synode romain de 898. Dûmmler, op. cit., p. 13, note. 2. Baronius a confondu, le synode de Ravenne avec le synode romain qui s'était tenu antérieurement. Pagi, Crilica, ad ann. 898, n. 4 sq. 3. Coll. regia, t. xxv, col. 20; Lalande, Conc. Galliœ, p. 312;Labbc, Concilia, 51Ù. DERNIERS CONCILES Dl" IX^ SIECLE 719 (lia te 11 11' ni apiès son axèiiemeiil au pdiil ilica I . a ii mois d'aoùl 1)00, le nou\eau j)apc Benoît IV réintégra, dans un eoueile romain, Aringre, évc([uc de Langres, injustement déposé i. Par suite de fausses données chronologiques, Baronius a placé à tort ce synode en l'an 906 ^. On a soutenu qu'il s'était tenu, en l'an 900, un con- cile à Coni])ostelle, pour élever l'abbé Césaire sur le siège archi- épiscopal de Tarragone, mais Pagi a prouvé que ce synode ne s'est tenu (pi'cn 071 ; d'ailleurs il ne présente aucun intérêt ^. t. IX, col. 481-48- ; llarilouni, op. cil., l. vi, col. 4Go ; Coleli, Concilia, l. xi, col. 66; Mansi, op. cil., i. xviii, col. 18"J; Jiouquct, Recueil des hial. de la France, t. ix, col. 318-31'J ; Gousset, op. cil., t. i, p. 548. (H. L.) 1. A. Vcriiiinghofî, dans Neues ArcJiiv, t. i, xxvi, p. 663. (II. L.) 2. Pagi, Critica, ad ann. 900, n. 24 ; Labbe, Concilia, l. ix, col. 515; Coleti, Concilia, t. xi, col. 715 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 493; Mausi, Concilia, Supp., I, 1099 ; Conc. amplisa. coll., t. xviii, col. 239. (H. L.) 3. Pagi, Critica, ad anii. 900, n. 8 sq.; Labbe, Concilia, t. ix, col. 482; Aguirre, Conc. Itispan., t. m, col. 168 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part, 1, col. 467; Co- leti, Co»a7(rt, col. 182. (H. L.) [571] LIVRE VINGT-SEPTIÈME CONCILES DU X^ SIÈCLE 5il. Conciles de 901 à 915. Le x^ siècle, si pauvre en assemblées synodales, contraste sin- gulièrement avec le ix^, au cours duquel nous en avons rencon- tré un si grand nombre. Si, au x® siècle, on en compte encore quelques-unes, leur importance n'est plus considérable et leur action purement locale n'a pas eu de lointaine répercussion sur la situation de l'Église. Baronius et les collections des conciles assignent aux premières années du x^ siècle divers conciles, l'un entre autres tenu à Oviedo, puis deux conciles romains et un dernier à Ravenne; mais ils remontent à une époque antérieure K Les conciles du x^ siècle s'ouvrent par celui tenu à Rome, en février 901. Le nouveau pape Benoît IV avait appelé en Italie et couronné empereur, pour l'opposer à Bérenger, le jeune roi de Provence, fils de Bo«on et petit-fils de l'empereur Ijouis II ^. Aussitôt après la solennité du couronnement on tint, suivant la coutume, un concile romain au Vatican : l'empereur résolu! diverses causes pendantes, rendit par exemple à Pierre, é^ èf[ue de Lucques, des biens ecclésiastiques à lui enlevés ^. — Trois conciles tenus dans la province de Narbonne, en 902, 906 et 907. 1. Voir § 502 et ôlO. Cf. Concilio Ovetenae del ano 900 ? teslo iiiedido éd. F. Fila, dans Boleiin delà real Academia de la historia, 1901, l. xxxvii, p. 1 l;>-12o. (H. L.) 2. Le couronnement du jeune roi eut lieu à Rome le 15 ou le 22 février 901. Cf. R. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933 ?), in-8, Paris, 1901, p. 171. (H. L.) 3. Mansi, Concil. ampliss. coll., l. xvni. col. 2'iO. Cf. R. IVnipardiii. oj). cit., p. 177, note 2. (H. L.) CONCILES — IV — 40 722 LIVRE XXTII dont le second fut célébré à Barcelone ^ et le troisième dans l'abbaye de Saint-Tliibéry ^ du diocèse d'Agde, ont exclusive- ment trait à des conflits de possession ou de juridiction surve- nus entre des Églises particulières. De même, le synode diocé- L sain tenu à Vienne en 907 termina un différend soulevé entre deux abbés au sujet de la dîme ^. Un autre synode diocésain célébré à Bergame, en 908, mérite mention, parce qu'il remit en vigueur la vie canoniale *. Arnust, archevêque de Narbonne, et ses suffragants relevèrent de l'excommunication au mois de mai 909, dans le Concilium Magalonense apiid Juncarias, c'est-à-dire à Jonquères dans le diocèse de Maguelonne, le comte Sinuarius, sa famille et ses partisans excommuniés pour avoir prêté main- forte à Selva, évêque intrus d'Urgel ^. Le 26 juin 909, Hervé, archevêque de Reims, ouvrit un concile à Trosly au diocèse de Soissons. Dans son discours d'ouverture il engageait ses suffragants à secourir la religion qui vacillait, 1. Labbe, Concilia, t. ix, col. 518 ; Baluze, Miscellanea, t. vu, p. 51; 2e édit. , t. Il, p. 115-116 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 499; Coleti, Concilia, t. XI, col. 725 ; Vic-Vaissette, Histoire de Languedoc, 1733, t. ii, p. 44-47; 3^ édit. t. V, p. 114-118; Martène, Scriptor. veter. coll., 1738, t. vin, col. 50-51 ; Bouges, Hist. de Carcassonne, 1751, p. 513-515 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, 1757, t. IX, col. 319-320 ; Mansi, SuppL, t. i, col. 1101 ; Conc. ampliss. coll., t. xyiii, col. 253; H. Florez, Espana sagrada, 1774, t. xxviii, p. 248-252. (H. L.) 2. Saint-Thibéry, arrondissement de Bcziers, département de l'Hérault. Labbe, Concilia, t. ix, col. 518 ; Hardouin, op. cit., t. vi, col. 501 ; Baluze, Mis- cellanea, 1715, t. vi, p. 51 ; 2^ édit., t. m, p. 116; Coleti, Concilia, t. xi, col. 725; Vic-Vaissette, Histoire de Languedoc, 1733, t. ii, p. 47 ; 3^ édit., t. v, p. 118-119; Bouges, Hist. de Carcassonne, 1741, p. 515; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, col. 320 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 253; H. Florez, Espana sagrada, 1774, t. xxviii, p. 248-251. (H. L.) 3. L. d'Achery, Spicil., 1677, t. xiii, p. 267 ; Baluze, Capitul. reg. Francor., 1677, t. Il, col. 1527; Hardouin, op. cil., t.. vi, part. 1, col. 501 ; Coleti, Concilia, t. XI, col. 727; Bouquet, Recueil des Iiist. de la France, t. ix, col. 320 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 259. (H. L.) 4. Mansi, SuppL, 1748, t. i, coi. 1104 ; Conr. ampliss. coll., t. xviii, col. 259. (H. L.) 5. Maguelonne, commune de Villeneuve-les-Maguelonne, département de l'Hérault. Baluze, Conc. Narbonn. 1668, p. 5-8 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 519- 520 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 501 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 729; Vic-Vaissette, Hist. de Languedoc, 1733, t. n, p. 51-52; 3^ édit., t. v, col. 126-127 ; Bouges, Hist. de Carcassonne, 1741, p. 516-517 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, col. 321 ; cf. p. xxxv ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 261 ; Fabrèges, Histoire de Maguelonne, in-4, Paris, 1894. (H. L.) 5 11. CONCILES DE 90 1 A 915 723 et le monde, où se commettaient tant de scandales ^. Dieu avait puni le pays par la disette et les incursions ennemies : on voyait des. villes dépeuplées, des monastères détruits, des campagnes désertes et, chose plus triste, la vertu elle-même avait disparu. Le monde était rempli d'impuretés, d'adultères, de sacrilèges (vols dans les églises), de meurtres, d'homicides, de violences contre les pauvres, etc.. Les laïques n'étaient pas seuls à encou- rir la responsabilité de cet état de choses; les évèques, qui avaient négligé la prédication et trop souvent gardé le silence sur les fautes d'autrui, en avaient leur large part. Pour y remédier, autant qu'il était en eux, les évêques du concile de Trosly publièrent les quinze capitula suivants rédigés sous forme d'ex- hortation : 1. Les églises et leurs droits, les év«iques, les clercs et les nonnes doivent être respectés de tous et en particulier du roi et des puissants du monde. 2, Exhortation au roi sur ses de- voirs 2. 3. Beaucoup de monastères sont détruits; dans les autres il n'y a que désordre. Les monastères de moines, de chanoines et de nonnes, n'ont plus leurs propres supérieurs, ils obéissent à des prélats étrangers. Des laïques portant le titre d'abbés, se trouvent être supérieurs d'un très grand nombre de monastères dans lesquels ils viennent habiter avec leurs femmes, leurs en- fants, des soldats et des chiens. Les mœurs sont corrompues, il n'y a plus de clôture, et plusieurs habitants des monastères ont été réduits par la misère à exercer des métiers séculiers. Il faut que cette situation change ; avant tout il importe de revenir à la nomination régulière des abbés et abbesses, car les canons [573] et les capitulaires des rois, qui s'en sont inspirés {pedissequa regum 1. Trosly-Loire, arrondissement de Laon, département de l'Aisne. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 535 ; Coll. regia, t. xxiv, col. 716; Labbe, Concilia, t. ix, col. 520-564 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 503 ; Coleti, Concilia, col. 731; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, col. 321-322; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xvm, col. 263. Michelet, Histoire de France, t. 11, voit dans le concile de Trosly l'indice que « les hommes du x^ siècle n'avaient plus d'autre espoir dans leur affreux malheur que l'efîroyable espoir du jugement dernier. » Assertion fondée sur un texte qui pourrait bien n'être qu'une formule oratoire. Quoi qu'il en soit, on peut voir une réfutation médiocre par d. F. Plaine, Les prétendues terreurs de l'an mille, dans la Revue des questions historiques, 1873, t. xni, p. 150-151. (H. L.) 2. Voir § 507. Exhortation analogue à celle adressée, en 888, au souverain par le concile de Mayeiace. 724 LIVRE XXVII capilularia) défendenl aux laïques d'exercer leur pouvoir sur les choses d'Église ^.Les nouveaux abbés devront rétablir l'ordre et le maintenir, comme aussi s'appliquer à l'extirpation de deux abus trop répandus: le faste et la toilette; ils empêcheront les moines de bonder. 4. Définition du sacrilège. Quiconque enlève à une église vagace qui lui a été offert commet un sacrilège, la chose enlevée ne fût-elle pas sainte elle-même, par exemple, un champ. Un tel sacrilège, maintenant si commun, est cependant très grave (preuves tirées de passages pseudo-isidoriens). Quatre anathèmes portés contre le sacrilège. Peines temporelles (confiscation des biens) dont les capitulaires punissaient le sacrilège. 5. Les prê- tres ressemblent aux colonnes sur lesquelles repose l'édifice ; malheureusement beaucoup oublient que, si Ton ne respecte pas ces colonnes, toute la maison est menacée de ruine, sans ex- cepter les imprudents. C'est une faute grave que le mépris, l'oppression, le pillage à l'égard des clercs. Citation de passa- ges pseudo-isidoriens et des capitulaires punissant ces fautes. G. Les seigneurs {seniores) exigent souvent des redevances des clercs et des églises de leur territoire. Dès longtemps les lois de l'Église et de l'État ont défendu cet abus. Les clercs doivent se montrer humbles et accommodants vis-à-vis de leurs seigneurs et de leurs paroissiens, mais sans rien céder de leurs droits. Cer- tains prétendent qu'ils ne doivent payer aucune dîme de ce qxii vient de la guerre ou de l'industrie, de l'art ou du produit des brebis, etc. ; la sainte Écriture enseigne le contraire. Exhor- tation à payer la dîme en conscience. 7. Le nombre de voleurs est malheureusement considérable, et, pour ce motif, tous les jours des milliers de personnes meurent de faim. Quelques-uns consen- tent à faire pénitence pour le vol. mais ils refusent de restituer <^e qu'ils ont dérobé. Ce sont les derniers des hommes. A cause de ces ^ols innombrables, Dieu nous a punis par la dévastation et par la disette, et nous ne remarquons même pas, chose déplo- rable, notre châtiment. Aussi sommes-nous, comme nous le méri- tons, opprimés par les barbares et par les démons. Énuméra- tion des peines sévères dont les canons et les capitulaires frap- [574] 1. Pagi conclut, Critica, ad ann. 909, ii. 1, de ces mots pedissequa regum capi- lularia, que les capitulaires avaient dans l'Église la même force de loi que les ca- nons. Cf. E. Lesne, Origine des menses dans le temporel des églises et des mo- nasli'n's de France au IX^ siècle, in-8, Paris, 1910. 511. CO.NCILES DE 901 A 9 15 725 pent le vol. 8. Défense expresse du crime de rapL (on cite les lois de l'Eglise et de l'Etat, en particulier le code théodo- sien). Les mariages secrets sont défendus, ainsi que les maria- ges avec des parents, des nonnes, des vierges ou des veuves con- sacrées à Dieu. 9. Exhortation aux clercs à garder la chasteté ; réitération des anciens canons qui défendent aux clercs d'habiter avec des femmes. Si de graves soupçons viennent à peser sur un clerc, on enquêtera à son sujet. Détail de l'enquête : il faut qu'il y ait au moins sept témoins recevables. Si ce nombre n'est pas atteint, le clerc devra protester, par serment, de son innocence. 10. Exhortation générale à la chasteté. 11. Avertissement au sujet des faux serments et de l'habitude où sont certains de tout con- firmer par serment. 12. Conseils contre la division, la haine et les disputes. 13. Contre le meurtre, l'homicide et le mensonge. 14. On condamne l'abus par lequel, à la mort d'un évêque, les grands s'emparent de son héritage et des biens de l'Eglise. Cita- tion des anciens canons à ce sujet. 15. On exhorte les clercs à remplir leurs devoirs avec zèle, pour que nvd ne se perde par leur faute, ensuite tous les chrétiens à rester fidèles à la foi orthodoxe et à la confirmer par leurs œuvres. Exhortation au sujet des fautes déjà énumérées et d'autres encore : gloutonne- rie, ivrognerie, usure, calomnie, superstitions païennes, bestia- lité, etc. ^ A l'époque du concile de Trosly, le pape était Serge III. Be- noît IV, dont nous avons parlé plus haut, mourut [vers la fin de juil- let] 903, massacré, si on en croit Damberger, par le parti de Bé- renger, qui éleva Léon V au souverain pontificat ^. Mais quatre semaines après, ce nouveau pape fut remplacé par son chapelain Christophe et emprisonné ^. Six mois plus tard [dès le début del'an- née 904], le pape Christophe dut à son tour se retirer devant Serge, qui, six ou sept ans auparavant, avait été antipape contre Théo- dore et contre Jean IX. Christophe fut forcé à résigner : on l'en- ferma d'abord dans un monastère, puis dans une prison où il trouva la mort *. Sero;e IIÏ fut intronisé en mai 904 et 1. Mansi, op. cit., t. xvm, col. 263-308; Hardouin, op. cit., t. vi, parL. l, col. 503 sq. ; Gousset, Actes de la province de Reims, t. i, p. 562. 2. Damberger, Synchron. Gesch., t. iv, p. 236 sq. 3. Pagi, Critica, ad ann. 903, ii. 2. 4. Inauguré ainsi, le pontificat de Serge III s'annonça comme une ère de ré- 726 LIVRE XXVII gouverna jusqu'au 28 août 911. Flodoard ^ dit que Serge avait été, [575] sur la demande du peuple, rappelé de l'exil où il vivait depuis l'élection de Jean IX ; Liutprand prétend à son tour qu'après son retour à Rome, il avait été élevé sur le siège pontifical, grâce à Adalbert, margrave de Tuscie ^. Ce récit paraît probable, car la Tuscie avait, en efïet, servi d'asile à Serge. Devenu pape, il s'appuya sur la puissante fraction de la noblesse qui avait à sa tête le duc et consul Théophylacte, ou plutôt son énergi- que et ambitieuse épouse, Théodora l'ancienne. Issue d'une famille de sénateurs, Théodora et ses deux filles, Marozzia (dimi- nutif de Maria) et Théodora la jeune, ont tenu sous leur domi- nation pendant un demi-siècle Rome et le siège pontifical ; et la haine de leurs contemporains a stigmatisé la puissance in- croyable de ces trois femmes en donnant à leur gouvernement le nom de pornocratie. Liutprand de Crémone, en particulier, dont la médisance est connue, a accusé ces femmes des plus gra- ves débauches, tandis qu'un autre contemporain, Eugène Vul- garius, libelle en ces termes l'adresse d'une lettre à Théodora l'ancienne : Sanctissimx et Deo amatœ venerahili matronœ Theo- dorœ. Et dans la lettre on peut Wve : vitam sanctam Vestram et con- action violente contre Formose, Jean IX et les successeurs de celui-ci. Serge III reprit dans toute sa rigueur la tradition d'Etienne VI, dont sa situation ecclé- siastique le rapprochait beaucoup. Il avait, en efîet, été ordonné évêque par For- mose et précisément pour le siège de Cœre, qui avait déjà donné un pape à Rome en 882. Formose fut, il est vrai, laissé dans son tombeau ; mais on grava sur celui d'Etienne une épitaphe insultante pour sa victime, où on le glorifiait d'avoir le premier « repoussé les saletés de Formose, cet orgueilleux, cet intrus. » Hic prhuuni icpulil Formosi spurca superbi culminti qui lin'a.sitSedis apostolicte. \Jn cojicile (dont nous parlerons dans un instant) l'ut réuni pour casser à nouveau les ordinations de Formose; il fut exécuté avec une rigueur impitoyable. Évêques, prêtres, diacres, tous ceux qui avaient été consacrés par Formose durent ou quit- ter leurs fonctions ou se soumettre à la réordination. Même dans la correspon- dance, il était interdit de donner à Formose le titre de prêtre (sacerdos) ; il s'est conservé une lettre de Serge III (Jafîé-Ewald, n. 3534)à l'évêque d'Uzès Amelius, où celui-ci est vivement réprimandé d'en avoir agi autrement. Jean IX et ses successeurs furent considérés comme des intrus, comme des loups ravisseurs. C'est ainsi que les qualifie Tépitaphe de Serge III ; c'est ainsi qu'il les traite lui- même dans les inscriptions monumentales qu'il fit disposer dans la basilique de Latran relevée sous son administration. « L. Duchesne, Les premiers temps de V État pontifical, dans la Revue d'hist. et de littér. relig., 1896, t. i, p. 491. (H. L.) 1. Pagi, Critira. ad ann. 90'i, ii. n. 2. Damberger, op. rit., t. iv, h'ritiklte/t, j). 102. 5 11. CONCILES DE 901 A 915 727 versationem andii'imus. et quia Deus i'os ad exempliun i^irorum prse- senti tempore lucernam fulgentem posuit spirituali gaudio congra- tidamur. Et quidem amplectimur in <^os, quod déesse permaxime cernimus in viris, scilicet sanctum connubium, torum immacula- tiim ^. etc.. De pareilles expressions n'auraient pu être dictées cjue par un sentiment de basse flatterie inadmissible si Théodora avait eu la conduite dépravée que lui attribue Liutprand. Ba- ronius a entièrement adopté la manière de voir de Liutprand, aussi a-t-il attribué à ces femmes et à leur époque la plus mau- vaise réputation. Tout récemment la vérité historique a permis de reconnaître que la haine des partis avait fortement exagéré les faits ^, cependant il ne faut pas oublier qu'à cette époque on mettait peu de freins à la sensualité. Comme le pape Serge avait entretenu des rapports très intimes avec cette noble famille, ses ennemis l'accusèrent d'être le père d'un enfant que Marozzia donna en 906 ou 907 au margrave Albéric, un ])arvenu d'origine germanique. Cet enfant devint pape sous le nom de Jean XI (931) ^. 1. Dans Dùmmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 146. 2. Alfred de Reumont. Gesch. der Stadt Rom., t. ii, p. 228 sq. ; Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom, 1870, t. m, p. 126 sq. Ce dernier dit, p. 259 : « Le gouver- nement de Jean X ne fut certainement pas un règne de cette nature» (c'est-à-dire dominé par des femmes de mœurs dissolues). 3. Liutprand, toujours empressé à accueillir et à répandre les calomnies, n'a pas manqué, s'il est réellement l'auteur de VAntapodosis. de faire de Serge le père de Jean XI (dans Pertz, Mon., t. v. Script., t. m, p. 297, etBaronius, 908, n. 5 ). D'autres auteurs anciens appellent au contraire Jean filius Alberici, ainsi que l'a prouvé Damberger, Kritikheft, t. iv, p. 200 sq. Cet historien re- garde la donnée de Liutprand comme une pure calomnie répandue à plaisir par les ennemis de Sergius (t. iv, p. 289). Jusque-là, nous acceptons volontiers ce que dit Damberger; en revanche nous nous séparons de lui lorsqu'il dit (p. 565) que Jean XI n'était pas le fils de Marozzia, mais qu 'Albéric l'avait eu d'un pre- mier mariage avant d'épouser Marozzia, par conséquent que Jean XI n'était que le beau-fils de cette dernière. Damberger se contredit ici lui-même, car (p. 289) il dit que Marozzia avait donné ce fils à Albéric entre 906 et 907. Il existe une autre contradiction p. 565 et p. 591. Il raconte, dans le premier passage, que vers l'année 915, Marozzia avait donné à son mari un enfant qui devint Albéric II, tandis qu'à la p. 591, Damberger fait, de ce même Albéric II, le beau-fils de Marozzia, ce qui laisserait croire qu'Albéric II était issu du pre- mier mariage d 'Albéric I^"" Or, ce dernier point ne saurait être vrai, car en 932. prince de Rome, Albéric II avait à peine vingt ans, et dès l'époque de Serge III (904-911) Marozzia était déjà mariée à Albéric I". A la fin, p. 289, Damberger lui-même avait tenu ijour vraisemblable le mariage d'Albéric I^^ 728 LIVRE XXVII En opposition avec toutes les injures dont Liutprand a chart^é [57(i] la mémoire de Seroc. et dont Baronius se fait l'écho, lorsqu'il appelle ce pape ]wmo vitiorum omnium sennis'^, plusieurs auteurs avec Mai'ozzia en 905. Enfin il dit. p. 289, qu'Albéric 1°'" était mort peu de temps avant Serge, c'est-à-dire en 910 ou 911, et p. 565, qu'il aurait eu, en 915, un nouvel enfant; ei^fin p. 506, Damberger, ne sachant phisoù il en est, fait mou- rir Albéric en 925. C'est ce dernier point qui est le vrai. Après la mort d'Albéric, Marozzia épousa le margrave Guy de Toscane et plus tard le roi Hugo Malus. [La maison de Théophylacte appartenait à l'aristocratie romaine, elle devait garder la direction des affaires pendant plus d'un demi- siècle. Au début du x'' siècle cette maison était représentée par le vestararius ou vestiarius pontifical Théophylacte, sa femme Théodora, qui portait aussi le titre de vestararissa et ses deux filles, Marozzia et Théodora. Théophylacte était en outre duc et inagister militum.'.i On lui donnait à Rome les titres de con- sul et de sénateur, d'une façon privative ; ce n'était pas un consul, c'était le consul ; ce n'était pas un sénateur, c'était le sénateur. Eugène Vulgarius (édit. Dûmmler, p. 147) l'appelle dominus Urbis. En 901, il fait sa première apparition dans un plaid de justice tenu par l'empereur Louis de Provence ; il y signe en- core le second parmi les nobles laïques. Un document cité par Gregorovius [Sloria di Ronia, t. m, p. 311 note) le qualifie de Senator Romanorum ; cette pièce est de 915 ; au sacre impérial de Rérenger (fin 915), son fils paraît avec le titre de filius consulis, en compagnie du frère du pape (Jean X), tout à fait sur la mê- me ligne, et au-dessus de tous les nobles romains. Eugène Vulgarius, personnage indécis et qui se laissait porter par son intérêt personnel du moment, a adressé plusieurs lettres à l'apocrisiaire Vital, à la veslararissa Théodora, à d'autres en- cora Sa lettre à Théodora, comme aussi une lettre de Ravenne découverte il y a peu d'années [Neues Archiv, t. ix, p. 517), permettent de mesurer le crédit, ou, pour mieux dire, le pouvoir du vestiaire et de sa femme. Ils faisaient cause commune avec le pape, distribuaient ses faveurs, agissaient en maîtres réels de l'État romain. L'entente allait plus loin: Serge III fut l'amant de Marozzia; il en eut même un fils, lequel monta plus tard sur le siège pontifical, Jean XI. Cette paternité était assez connvie pour que, non seulement les chroniqueurs, comme Liutprand, mais les catalogues à moitié officiels par lesquels se conti- nuait le Liber poniificalis, l'aient enregistrée sans hésitation. Ceci donne une idée de ce que pouvaient être alors les tolérances de l'opinion. « Haineux, féroce, polisson, tel était le détenteur de l'autorité pontificale. Il faut reconnaître qu'il sut durer ; en un temps où les papes se succédaient si rapi- dement, Serge tint bon pendant sept années et mourut de mort naturelle. Il sut aussi se faire obéir et craindre, en quoi il dut beaucoup à l'appui de Théophy- lacte et de sa famille. Ajoutons que son épiscopat fut signalé par la renais- sance de la basifique du Latran, pour laquelle il déploya toute la magnificence que les temps comportaient. « L. Duchesne, Les premiei:s lejups de l'État ponti- fical. V. La maison de Théophylacte, dans la Eevue d'histoire et de littérature religieuses, 1896. t. t, p. 'i93. 49'i. (H. L.)] 1. Baronius. .hiiuiles. ml ann. 908, n. 7. 511. CONCILKS DE 901 A 915 729 anciens, ])ar exemple, Jean Diacre ^ et Flodoard, adressent à Serge de grands éloges. Certaines inscriptions chantent ses louanges et vont jusqu'à soutenir la légitimité de l'élection de 898 : seule la violence put alors contraindre le pape à l'exil. Tel est le récit deFlodoard dans les vers suivants ^ : Sergius inde redit ■^ duduui qui lectiis ad arcem Cuhninis. e.rilio tulerat rapiente repulsam ; Qui profugufy latuit sepiem i'olventihus annis, Hinc populi remeans precihus, sacratus honore Pridem assi giiato. quo nomine tertius exit Autistes. Pétri exiinia quo sede recepto Prsesule gaudet o^ans annis septem amplius orhis. Ipse jc'ens cleri censura ■* in culmine rapto F al ce ferit per^'asores. ['^'7] L'épitaphe gravée sur le tonil)eau de Serge à Saint- Pierre éfait ainsi conçue : Liniina quisquis adis Pétri metuenda heati, Cerne pu. Sergii excuhiasque Pétri. Cuhnen apostolicœ Sedis is jure paterno Electus tenuit, ut Theodorus obit. Pellitur urhe pater, pervadit sacra Johannes, Bomuleosque grèges dissipât ipse lupus. Exul erat patria septem voh'entibus annis, Post multis populi urbe{m) redit precibus. Suscipitur, papa sacratur sede recepta Gaudet, amat pastor agmina cuncta simul. IIic inrasores sanctorum falce subegit Rouianse Ecclesifc judi disque Pair uni ^. Après ces remarques qui mettent sous son vrai jour l'honneur du pape Serge III ^, revenons aux quelc{ues conciles qu'il aurait 1. Jean Diacre, De Ecclesia Laferan.,^ 17, dans Pagi, Critica. ad. ann. 90'i. n. 7. ■2. Pagi, Critica, ad ann. 90'i. n. 5, P. L., t. cxxxv. col. 881. 3. De son exil de Tiiscie. 4. Censuru'. 5. Pagi, Critica, ad ann. 910. n. 1: el mieux dans Dambergcr, op. cit.. t. iv, Kritikheft, p. 124 ; Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. n, p. 238. G. Hefele a cédé ici à un malencontreux désir de réhabilitation à léganl d'un 730 LIVRE XXVII réunis. Dans l'un d'eux l'Église de Hambourg-Brème, sur laquelle l'archevêque de Cologne voulait faire valoir ses droits de métro- politain ^, fut déclarée métropole indépendante 2. Dans cette assem- blée, ou dans une autre tenue également à Rome sous le pape Serge, Guillaume, évêque de Turin, fut frappé d'une suspense de trois ans, en punition d'une faute qui n'était peut-être qu'une erreur politique ^. Un troisième concile reprit la question plusieurs fois agitée depuis Etienne VI, de la validité des or- dinations de Formose. Serge exigeait une réponse négative et ré- clamait une nouvelle ordination pour tous les ordinands de For- mose. Comme tous ne voulaient pas obéir, le pape menaça les opposants de la prison et de la déportation; il en gagna certains et obtint que, dans un prochain concile romain, les ordinations faites par Formose fussent déclarées invalides, et que ceux qui avaient été consacrés par ce pape se fissent ordonner de nouveau *. Malgré cette sévérité et cette partialité contre les par- homme qui n'y a aucun droit. Les textes qu'il avance : des chroniques, des épitaphes, des vers, ne peuvent ni ne doivent être pris en considération. Ce sont des ouvrages tendancieux ou complaisants ou dépourvus des garanties indispen- sables d'informations. L'indignité de Serge III n'est pas susceptible d'apologie. (H. L.) 1. Voir § 508. 2. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 250, 310. 3. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 251. 4. Nous tirons ce passage de Dûmmler, Auxilius, p. 60, 78. cf. p. 16. — Hergenrôther, Photius, t. 11, p. 369, fait remarquer avec raison qu'alors la doc- trine, en vertu de laquelle l'ordre ne doit pas être conféré de nouveau, n'était pas bien fixée ni bien définie. Les clercs réhabilités sous les pontificats de Théodore II et Jean IX furent considérés comme laïcs. On leur laissa le choix entre perdre leur charge ou se laisser réordonner. Auxilius, In defensionem sacrse ordinationis Formosi, dans E. Dûmmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 78. On ne se contenta pas d'appliquer cette mesure à Rome, on l'étendit à toute l'Italie et au delà. On poursuivit les évêques qui avaient été ordonnés par Formose et qui, depuis plusieurs années, avaient procédé à de nombreuses ordinations. D'après ces me- sures on peut se faire une idée du trouble jeté dans les consciences, puisque la validité d'actes religieux et sacramentels en nombre incalculable se trouvait niée. Au^Wins, De or dinationihus, c. xxviii, P. L., t. cxxix, col. 1070. Nous pouvons juger de cette agitation qui dura longtemps par la littérature de controverse à laquelle elle donna naissance, principalement dans le sud de l'Italie, dans les endroits où, comme à Naples et à Bénévent, on n'était pas sous la coupe tempo- relle du pape. On engagea même contre celui-ci une lutte d'écrits polémiques dont plusieurs nous ont été conservés sous les noms d'Auxilius et de Vulgarius, 511. CONCILES DE 901 A 915 731 tisans de P'ormose, l'épitaphe dit que Serge fit preuve d'amour à l'égard de tout son troupeau [amat pastor agmina cuncta si- mili). Quelques-uns de ces écrits avaient été publiés par Morin, Mabillon, Bianchini. E. Dûmmler en a retrouvé d'autres et leur a consacré une étude d'ensemble, Aujilius und Vulgarius, Leipzig, 1866. Auxilius, prêtre d'origine franque, venu s'établir à Rome, à la fin du ix^ siècle, avait été ordonné par Formose. De Rome il s'était rendu à Naples, où il s'était fixé et où il écrivit. Serge III, reprenant le procès de Formose, y convoqua Auxilius qui, ne doutant guère du sort qu'on lui réservait, se garda de venir. Le pape vexé le fit poursuivre; Auxilius prit la plume et tint le public au courant. En 908, il fit paraître le traité In defensionem sacrée ordinationis papse Formosi /;vers 911, un dossier patristique intitulé : De ordinationihus papse Formosi, enfin, vers, le même temps, un dialogue : /n/ensore/de/e«sor. Ces écrits se complètent et mon- trent l'auteur de plus en plus maître du sujet qu'il traite. « Le De ordinationihus est un traité didactique. Une première partie montre que les translations d'évê- ques ne sont pas absolument interdites par le droit (ch. i-xv, P. L., t. cxxix, col. 1059-1066). LTne seconde prouve que les ordinations faites par Formose doivent être admises, même s'il y a eu quelque irrégularité dans l'élévation de ce pape (ch. xvi-xxvii, P. L., t. cxxix, col. 1066-1070) ; cette partie comprend les textes traditionnels sur les conditions de validité du pouvoir d'ordre. La fin du traité examine des questions d'ordre pratique : comment doit être jugée cette affaire; quelle est, en des cas pareils, l'autorité du pape et celle du concile géné- ral (ch. xxviii-xL, P. L., t. cxxix, col. 1070-1074). Le troisième ouvrage, intitulé Infensor et defensor {P. L., t. cxxix, col. 1073-1102), est le meilleur des trois. C'est une discussion contradictoire entre un adversaire et un partisan des ordi- nations de Formose. Ce traité se distingue par une forme assez serrée et par la fermeté des idées. L'auteur a été bien inspiré par les circonstances. Il n'écrit pas un ouvrage théorique, mais une consultation demandée par Léon, évêque de Noie. Celui-ci, ayant été consacré évêque par Formose, se vit, comme tant d'au- tres, sommé de se faire réordonner. Il demanda conseil de divers côtés, et enfin à Auxilius, que ses précédents ouvrages sur la question avaient fait connaître. Aussi, dans ce nouveau traité, celui-ci employa-t-il tous ses moyens de persua- sion. » Outre ces trois ouvrages, Auxilius publia une apologie des ordinations de l'évêque de Naples, Etienne, ftiort en 907 ou un peu plus tôt et qui, lui aussi, avait été soi-disant transféré ; cette apologie est de peu postérieure à la mort d'Etienne. Serge III, de son côté, fit écrire en sens contraire, mais on n'a pas ses plaidoyers. On sait toutefois que, faute d'autres raisons, ces écrivains invo- quaient l'autorité souveraine du pape et son droit à exiger l'obéissance. Auxilius examine à plusieurs reprises l'objection. In defensionem, édit. Dûmmler, p. 62, 73-77, 89-93 ; De ordinationibus, c. xxxii-xl, P. L., cxxix, col. 1071-107i. « Ces passages montrent quelles perplexités valaient, à la conscience chrétienne, de tels scandales. Auxilius déclare sans détours que l'on ne doit pas obéir à des prescriptions injustes. Auxilius ne tient aucun compte de l'excommunication portée contre lui par Serge III; il continue à célébrer la messe. Il ne se contente pas, à propos de l'autorité ecclésiastique, de distinguer entre les préceptes jus- 732 LIVRE XXVII En la dernière année du pontificat de Serge on tint un concile apud Fontein coopertum (Fontcoxiverte), près de Narbonne, pour tes ou injustes ; il distingue la sedes du sedens. Il écrit : Honor et dignitas unius- cuiusque sedis veiirrabililer obseri'anda sunt. présidentes si deviaverint, per dévia sequendi non sunt ; hoc est si contra fidem vel catholicam religionem agere cœperint, in ialibus eos nequaquam sequi debemus, quod plerumque apud Conslan- tinopolitanam et Alexandrinam. sedem contigit. Auxilius. Infensor et defensor, c. XVIII, P. L., t. cxxix, col. 1089, cf. c. xxxi, col. 1099 ; De ordinationibus, c. XXXV, P. L., t. cxxix, col. 1073. Auxilius invoque l'instance supérieure du concile général. De ordinat., c. xl, col. 1074 ; Infens. et defens., c. v, col. 1082. Telles sont les revendications dangereuses que provoquait la politique de Serge III. Pour tous les pouvoirs, il est périlleux d'obliger les sujets à distinguer entre préceptes justes et injustes. Cette distinction en amène d'autres moins innocentes. « Au sujet des ordinations, Auxilius oppose à Serge III une doctrine exacte. Il établit une analogie complète entre le baptême et l'ordination. Aucun de ces deux sacrements ne peut être réitéré. Il prouve cette doctrine par la lettre de saint Grégoire à l'archevêque de Ravenne. Epist., 1. II, epist. xlvi. La réité- ration de ces sacrements' est un acte hérétique. P. L., t. cxxix, col. 1082 ; In defens., édit. Dûmmler, p. 78-79. Les ordinations conférées en dehors de l'Église sont valides, comme le prouvent l'histoire de l'hérétique Libère [De ordinationibus-, c. XXV, xxvii, P. L., t. cxxix, col. 1068) et des textes de saint YiCon [De ordina- tionibus, c. XVI, col. 1066, cf. P. L., t. i.iv, col. 1203), et d'Anastase II [De ordi- nationibus, c. XIX, XX, col. 1066); les ordinations des évêques indignes ou intrus sont valides, tout comme celles de Vigile [De ordination., c. xxvi, xxvii, P. L., X. cxxix, col. 1069), le proscripteur et le remplaçant du pape Silvère. Auxilius cite encore le canon de Nicée en faveur des novatiens [De ordinationibus , c. xxiii, col. 1068) et la lettre de saint Léon à Anatole (Z)e ordinationibus, c.y.-s.iy, col. 1068, P. L., t. Liv, col. 1001). « En fait d'objection à sa thèse, Auxilius examine seulement le concile romain de 769, dans lequel furent décidées la condamnation et la réitération des ordi- nations du pape Constantin. C'était la grande autorité invoquée par Serge III. Auxilius n'hésite pas à y voir un abus de poxivoir capable de créer un précédent. Infensor et defensor, c. iv, P. L., t. cxxix, col. 1080.» Eugenius Vulgarius paraît avoir été, en son temps, prof esseur de grammaire dans quelque ville grecque de l'Italie méridionale, peut-être à Naples.A la diffé- rence d'Auxilius, il connaît peu la littérature ecclésiastique, mais il est assez bien muni de littérature classique et cultive avec amour les divers mètres de poésie. Il est l'auteur de deux ouvrages. Le premier (édit. Dûmmler, p. 117) se donne comme une lettre adressée à l'Église romaine par un concile des Gaules tenu à Lutèce, l'an 17 de l'empereur Charles IV, c'est-à-dire Charles le Simple (910); le second ouvrage a la forme d'un dialogue [P. L., t. cxxix, col. 1103) ; il fut composé à la demande d'un diacre nommé Pierre. Mabillon l'avait publié sous le nom d'Auxilius, mais Dûmmler a retrouvé le nom de Vulgarius en tête des deux écrits. Outre les lettres et les pièces de A-ors mentionnées dans le texte (Dûmmler, p. l.'iD-InG), il faut encore cilerV Inverti', a iti liotnani, rédigée sous Jean CONCILES DE 733 [578] régler \\n conllil tle juridiclioti survenu en Espagne entre les évoques d'Lrgel el de Pallas ^. Il se tint aussi à Lyon, à Tours et à Chalon-sur-Saône, des conciles dont rien ne mérite d'être mentionné. II en est de même du synode diocésain tenu à Sens, sous l'archevêque Gauthier ^. Tous eurent lieu entre 912 et 915, X, c'est-à-dire entre 924 et 925, le dernier des plaidoyers connus en faveur de For- inose; celui-ci a été publié par Bianchini. Aiiast. hihl., t. iv, p. lxx. Le dialogue inti- tulé De causa et negotio Formosi papie ne manque pas de mérite. La condition du baptême et celle de l'ordination y sont identifiées, quant à la validité et à la per- manence dans l'âme. La réalité qui est l'effet de ces sacrements y est très nettement décrite. On trouve, dans cet ouvrage, des notions qui allaient singulièrement s'affaiblir pendant deux siècles et qu'on ne retrouvera, avec ce degré de netteté, que vers la lin du xii^ siècle. A ses contradicteurs qui prétendaient que, par la déposition et l'excommunication, Formose avait perdu le pouvoir d'ordre, Vulgarius répond que l'ordination, pas plus que le baptême, ne peut être enlevée de l'âme ; elle en est inséparable. De causa et negotio Formosi papse, P.L., t. cxxix, col. 1108. Vulgarius n'est pas théologien; il n'embarrasse pas sa discussion de textes patristiques ou conciliaires. En bon logicien, il cherche des principes d'où il tire ensuite des déductions qui accablent son adversaire. Tandis qu'Au- xilius invoque des autorités, Vulgarius examine le fond des choses. Ailleurs, il montre la contradiction qui est inséparable de la thèse opposée. Comment se représenter la perte du pouvoir d'ordre chez Formose par suite de sa transla- tion ? L'adversaire en vient à dire que Formose avait des pouvoirs dans son premier diocèse do Porlo, mais non pas à Rome. Vulgarius s'empare de cette concession et eu tire la condamnation de son adversaire. De causa et negotio, P. L., t. cxxix, col. 1107. Auxilius montre aussi que les ordinations de For- mose ne peuvent pas être discutées, si on admet la validité de celle du pape Marin (882-884). Celui-ci aussi avait été transféré d'un siège à l'autre, de Cœre à Rome. Pourtant ses actes épiscopaux restaient incontestés. Par une ironie du sort, Etienne VI et Serge III, qui ont condamné les ordinations de Formose avaient été, eux aussi, transférés d'un siège à un autre; ils avaient été évêques, le premier d'Anagni, le second de Cœre. Les principes qu'ils appliquaient à Formose étaient donc la condamnation de leur administration pontificale à Rome. Mais, comme ils avaient été consacrés par Formose dont, d'après eux, le pou- voir d'ordre était nul à Rome, leur première consécration avait été invalide. Ils étaient devenus évêques seulement après leur réordination, lors de leur élévation sur le Saint-Siège ; ils n'avaient pas été transférés. Jean X avait été d'abord archevêque de Ravenne. N'ayant pas été consacré par Formose, il devait être plus embarrassé pour justifier son changement de siège. » L. Sal- tet. Les réordinations, in-8, Paris, 1907, p. 156-162. (H. L.) 1. Fontcouverte, arrondissement de Narbonne, département de l'Aude, Labbe, Concilia, t. ix, col. 568, Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 549 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 767 ; Marca, Marca Hispan., 1688, p. 379; Bouquet, Rec.des hist. de la France, t. ix, col. 322 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 313; Villanueva, Viaje liter. Espana, 1821, t. x, p. 250-252. (H. L.l 2. Labbe, Concilia, t. ix, col. 577-578 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1. col. 734 LIVRE XXVIl c'est-à-dire sous les successeurs immédiats de Serge (mort en 911), Anastase III, Lando et Jean X. 5i2. Le pape Jean X, le roi Conrad J " et le concile de Hohenaltheim en916. Sous le roi Conrad I^r eut lieu le concile d'Altheim, ou Hohen- altheim, qui présente pour l'Allemagne une véritable importance. Mais avant d'aborder ce sujet, nous devons dire quelques mots du personnage si déconsidéré que fut Jean X. A en croire Liut- prand, Jean X serait comme le principal metteur en scène de la pornocratie. Voici les paroles de Liutprand : « Pierre, arche- vêque de Ravenne, envoyait souvent à Rome, pour les affaires de l'Église, un clerc nommé Jean dont la beauté enflamma les mauvais désirs de Théodora ^ ; séduit par elle, il fut, pour ainsi dire, forcé à pécher [secuinque hune scortari non solum i'oluit, etiam atque etiam post compulit). Sur ces entrefaites, mourut Tévêque de Bologne, Jean lui succéda. Peu après [paulo post), et avant le sacre de Jean, Pierre, archevêque de Ravenne, vint à mourir, et, par les intrigues de Théodora, Jean s'empara de ce der- nier siège; il vint à Rome et fut sur-le-champ sacré archevêque de Ravenne. Mais à quelque temps de là [modica i>ero temporis intercapedine), le pape tjui avait ordonné Jean au mépris des canons mourut aussi. Théodora, désireuse de n'avoir pas son amant à deux cents milles et de jouir plus souvent de sa présence, le força 550, 558, 559 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 787; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 314, 323, 326. (H. L.) 1. Non Théodora la jeune, comme le suppose Gfrôrer, Carolinger, t. ii, p. 480, et Kirchengesch., t. m, p. 1156, mais, ainsi qu'il résulte du contexte, Théodora l'ancienne, car Liutprand avait dit de celle-ci quelques lignes plus haut : Qux duas habuit natas, Maroziam atque Theodoram, non solum coœquales, sed etiam in exercilio Veneris promptiores. V. Loscher, Historié des rômischen Hurenregi- ments der Theodorœ und Marozise, in-4, Leipzig, 1705; [D. Fassmann,] Gesprà- che in dem Reiche der Todten zwischen Marozia und Calpurnia, in-4, Leipzig, 1726 ; De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1864, t. ii, p. 65-69 ; B. Gastineau, Courtisanes de V Église, in-12, Paris, 1870; J.-C. Barbier, Deux dames romaines au X^ siècle, dans l'Investigateur, 1873, t, xxxix, p. 116. (H. L.) 512. r.E PAl'E JEAN X, ETC. 735 à quitter Ravenne. eL [proh nef an !) à s'emparer du souverain [579] pontificat de Ronie^.» D'après ce récit, Baronius "^ n'hésite pas à qualifier Jean X de pseudopapa. En revanche, Amadesi, Mura- tori et Damberger ^ ont plus ou moins mis en doute les assertions de Liutprand, et surtout Duret, chancelier de l'évêché de Soleure *. Ce dernier prouve sur bonnes pièces que Jean était, dès 905, ar- chevêque de Ravenne ; par conséquent, le modica temporis in- tercapedine est une erreur; et Liutprand se trompe également lorsqu'il fait succéder Jean à un pape, qui eum injuste ordinave- rat. En 905, Serge III était assis sur le Siège de Saint-Pierre ; à son successeur Anastase III, succéda le pape Lando, prédéces- seur de Jean X. Duret montre que Pierre de Ravenne, dont parle Liutprand, qui aurait envoyé plusieurs fois à Rome le clerc Jean, n'a jamais existé, et c[ue Pierre fut, non le prédécesseur, mais le successeur de Jean sur le siège de Ravenne. Duret ne nie pas les liaisons de Jean X avec Théodora l'ancienne et sa famil- le, mais il montre que Jean était probablement leur parent et pense que Théodora l'ancienne devait être sa tante ^ Enfin Duret fait voir les grandes qualités déployées par Jean sur le siège 1. Liutprand, Antapod., dans Pertz, op. cit., t. v, p. 297.— Gregorovius, op. cit., p. 263, dit : «Le parti de la noblesse alors tout-puissant à Rome et auquel appartenait Théodora appela l'énergique Jean et lui conféra la papauté après avoir vaincu la résistance du clergé et du parti adverse. Jean X fut redevable à une femme toute-puissante, qui était l'âme d'un parti important, de la pos- session du trône apostolique, mais nous avouons que nous ne connaissons pas d'une manière sûre les circonstances de son élection.» « Après Serge III, le siège pontifical fut occupé par Anastase III, qui dura un peu plus de deux ans et Lando qui ne siégea guère que six mois. Nous ne savons rien de leur histoire. Il est peu probable qu'ils aient contrecarré l'influence de Théophylacte, le vrai prince temporel. Leur successeur, Jean X, se maintint pendant quatorze ans (914-928). C'était l'honneur de la famille. On prétendait même que son élévation, due à Théodora, était la conséquence de ses rapports adultères avec cette femme qui, comme dit Liutprand, régnait sur Rome avec quelque vigueur, Romanse civitatis non ini'iriliter monarchiam obtinebat. Quoiqu'il en soit de ces rumeurs, Jean X déploya, lui aussi, dans le gouvernement de Rome, une remarquable virilité. » L. Duchesne, Les premiers temps de l' Etat pontifical, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, t. i, p. 494. (H. L.) 2. Baronius, Annales, ad ann. 912, n. 12. 3. Damberger, op. cit., t. iv, Kritikheft, p. 140. 4. Duret, dans Kopp'schen Geschichtsblàttern aus der Schweiz, 1854, 1. 1, fasc. 3. 5. Gregorovius, op. cit., p. 265, note 1, admet aussi comme vraisemblable que Jean X était parent de Théodora ou de Théophylacte. 736 LIVRE XXVll deRavennc; d'anciens aiileurs.au lieu de réj)éLeries accusations de Liutprand, font l'éloiie de ce pape, et même ceux qui blâ- ment quelques actes de son pontificat vantent d'une manière générale sa conduite. Ainsi le panégyriste de Bérenger, qui n'a- vait aucun motif de partialité pour le pape Jean, s'exprime ainsi à son sujet : Summus erat pastor tune teinporis urhe Joannes, Officia affatirn clarus sophiaque repletus. Flodoard s'exprime avantageusement sur son compte, quelque mécontent qu'il fût au sujet de la confirmation donnée par Jean à [580] l'acte de violence par lequel Herbert, comte de Vermandois, avait, en 905, placé sur le siège de Reims son fils Hugues, âgé de cinq ans seulement. Herbert se réserva l'administration des biens de l'ar- chidiocèse et Abbon, évêque de Soissons, se chargea du spirituel ^. Jean X s'illustra en formant une ligue contre les Sarrasins, qu'il vainquit à la bataille de Garigliano 2. Il assista en personne à cette action, s'empara des fortifications que les Sarrasins avaient élevées non loin de Rome, et détruisit presque entière- ment les garnisons qui s'y trouvaient (été de 916). Il obtint ce résultat grâce à son alliance avec Bérenger qu'il avait appelé à son secours après l'avoir couronné empereur en décembre 915 ^. En 916, il se ligua aussi avec Conrad I^^, roi de Germanie, afin de rétablir la situation ecclésiastique et civile de ce royaume. En 911. mourut en Germanie le dernier descendant, par les hommes, de la branche allemande des Carolingiens ; c'était le roi Louis III, ou Louis l'Enfant, fils de l'empereur Arnulf. Grâce aux démarches de Halton. le vénérable archevêque de Mayence, les princes allemands proclamèrent roi l(^ duc de Franconie sous le nom de Conrad I^^r *. considérant jtlutot ses grandes 1. Voyez Baronius, Annales, ad ann. 925, 11. 9, 10 ; Pagi, Crilica, ad ann. 928, II. 2 ; Damberger, op. cit., t. iv, Kriiikhejl, p. 14t. 2. Sur l'invasion sarrasine dans l'Italie méridionale, cf. J. Gay, L'Italie mé- ridionale et l'empire btjzantin depuis l'avènement de Basile I" jusqu'à la prise de Bari par les Normands, 867-1071, in-8, Paris, 1904, p. 49-165. Nons n'avons ici qu'à mentionner le dernier épisode, la bataille de Garigliano, en 915, p. 162. Cf. L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, dans la Bévue d'Inst.etdc litt. religieuses, 1899, t. i, p. 494-496. (H. L.) .'{. Gregorovius, op. cit.. p. 278. 4. I. F. B6\\mQv, Acta Conrad i I n:i^is\ Die Lrinmdcn Kœnigs Cunrads /.911- 512. LK l'AI'K JEAN X, EIC. 737 qualités que le lien de parenté par sa mère avec les Carolingiens. S'il faut en croire le chroniqueur Widekind, on aurait d'abord offert la couronne au duc de Saxe, Otton, qui, trop âgé, tourna les suffrages vers le duc de Franconie, son égal en puissance et en considération. Le roi de France, Charles le Simple, se montra très irrité de ce choix d'un roi en Germanie, et, soutenu par un parti considérable, il fit valoir des droits à ce royaume; en con- séquence il envahit la Lorraine et s'en em]>ara ^. 918, 11.-4, Frankfurt, 1859; Damberger, Synchron. Gesch., 1852, t. iv, p. 305-624; Kritikheft, p. 127-212; E. Diimmler, Die letzten Karolinger, Konrad I, in-8, Berlin, 1865; Fr. Stein, Geschichte des Konigs Konrad I von Franken und seines Hanses, in-8, Nôrdlingen, 1872 ; E. Mûhlbacher, Regest. d. Karoling., 1889, p. 743-758. (H. L.) 1. Hefele, si impartial qu'il se soit appliqué à être toujours, ne peut oublier ici son origine et sa patrie allemandes, et, malgré la modération qu'il garde, laisse per- cer sa conviction que l'Empire appartenait de droit à la dynastie et à la nation germaniques. Nous croyons rétablir l'équilibre historique que déplace légèrement cette revendication en citant les considérations les plus profondes, à notre con- naissance, qu'ait inspirées l'empire caroligien; nous les empruntons au livre du P. A. Lapôtre : Le pape Jean VIII, qui est assurément l'étude d'histoire la plus originale qui ait été écrite sur cette période. Tout le ch. v de ce livre, celui qui est intitulé : L'Empire carolingien, p. 203-357, serait à citer. « Quelque idée qu'ils se soient formée de l'origine première de leur titre d'empereur, il est clair que les premiers Carolingiens se considéraient comme possédant désormais ce titre en propre, qu'ils regardaient la dignité impériale comme définitivement acquise à la race franque et entrée pour toujours dans le domaine de ses institu- tions nationales. Louis le Pieux, en réglant le transfert de l'Empire sur une telle base, n'avait fait que s'inspirer des principes et de l'exemple de Charlemagne. Son père, en effet, avait naguère agi envers lui comme il agissait maintenant envers ses enfants. C'était au grand empereur que l'on devait la première idée d'une investiture de l'autorité impériale en dehors de toute participation active du pape et des Romains, et avec le concours unique du peuple franc. Après s'être longuement demandé s'il ne laisserait pas plutôt tomber avec lui l'honneur auquel les Romains l'avaient appelé, après avoir même partagé entre ses fils la charge de défendre le Saint-Siège, Charlemagne s'était enfin décidé, le 11 septem- bre 813, à accomphr cette mémorable cérémonie d'Aix-la-Chapelle, qui paraît avoir produit sur les imaginations contemporaines une profonde impression. « Il put sembler en effet ce jour-là que l'Empire, au lieu d'être l'image inanimée d'un passé disparu, constituait une réalité vivante, l'instrument efficace d'une société jeune et faite pour durer. Un empereur nouveau était créé ; Char- les léguait à son fils le nom qu'il avait lui-même rapporté de Rome, mais il le léguait sous une forme et dans des conditions qui donnaient à l'institution im- périale une physionomie toute différente de celle qu'elle avait eue jadis dans la basilique de Saint-Pierre. Si la solennité perdait en éclat religieux par l'absence CONCILES - IV — 47 738 LIVRE XXVll L'unité et l'avenir de ce royaume germanique claient encore plus menacés par la désunion à l'intérieur et par l'hostilité de du chef suprême de l'Eglise, s'il manquait au spectacle l'illusion des souvenirs antiques que produisait encore la ville des anciens Césars, rien, par contre, n'était plus là pour troubler l'orgueil franc à l'idée que cette puissance lui venait par les Romains et pour les Romains. Ce sont les Francs, cette fois, que l'on consulte uniquement ; ce sont les Francs seuls qui acclament ; c'est au cœur de la France que la scène se passe. Rien n'empêche de penser qu'il eût mieux valu pour tout le monde que le principe politique de la puissance impériale demeurât où Char- lemagne l'avait mis, qu'il restât au centre et comme le bien commua du peuple franc, le seul capable alors de servir d'instrument à sa mission, plutôt que de le laisser s'en retourner à Rome, dans ce milieu excentrique, qui, en raison de la situation privilégiée de son chef d'État, avait le droit de faire l'Empire, sans être obligé d'y entrer pleinement lui-même. La papauté aurait plutôt gagné que perdu à la constitution d'un empire moins dépendant d'elle dans son origine, mais aussi moins disposé à lui rappeler son caractère romain, en la dominant. S'il faut imputer à quelqu'un le renversement de tout ce qui avait été fait, ce n est assurément pas au pape Jean VIII. Ni lui, ni les pontifes romains qui l'ont précédé, ne furent les premiers auteurs responsables de la transformation qui re- tira avix Francs l'investiture politique de la dignité impériale pour la remettre tout entière à la disposition du Saint-Siège. Que quelqu'un d'entre eux, moins clairvoyant ou naoins désintéressé, ait vu cette transformation avec plaisir, c'est possible, encore qu'on n'en ait pas la preuve, mais aucun ne l'a provoquée. Jean VIII, en ce qui le concerne, s'est borné à tirer parti d'une situation qu'il n'avait point créée, et cela dans un dessein qui ne visait pas précisément à dimi- imer le prestige de l'autorité impériale. En réalité, ce sont les Francs qui abolirent d'eux-mêmes le droit qu'ils avaient établi. En effet, du jour où il fut convenu entre Carolingiens que le nom d'empereur ne conférait à son détenteur aucune supériorité sur les autres, où, par conséquent, l'Empire cessait d'avoir un intérêt général à tous, non seulement le droit de participer en commun à sa collation était perdu pour eux, mais ils forçaient la branche aînée, alors en possession du titre, à se pourvoir d'un autre mode d'investiture, au cas où elle tiendrait à le perpétuer en elle. Le pontife romain, par son universelle et transcendante auto- rité religieuse, connu par sa qualité de représentant officiel des anciens maîtres du monde, devenait désormais, pour les futurs empereurs, l'unique ressource qui pût leur procurer la justification de leur nom. Maintenant qu'ils ne régnaient plus que sur une part de l'héritage de Charlemagne, il n'y avait pas à compter que les acclamations de cette portion restreinte de la nation franque parussent, aux yeux des autres rois et des autres peuples, un titre suffisant à s'attribuer une situation à part dans le monde carolingien. Or, quoique les représentants de la branche aînée eussent consenti finalement à ne plus s'autoriser de leur qualité d'empereur pour troubler l'égalité des partages, tout espoir cependant ne leur semblait pas perdu de voir un jour leur droit revivre, et la puissance impéri;ile re])rcndre son ancien éclat avec son ancienne universalité. Aussi est-ce dans la i)ouche d'un empereur de cette seconde manière, et non dans celle d'un pape, que Ton trouve poxn- la première fois, nettement et fortement exprimée, la théorie .il'J. i.i: l'Ai'i; .iiCA.N x. Kic;. 730 l)lusieuis jii'ijicrs coiitic ic nom eau loi. iJiiiis i'espuir de s'al lâ- cher Arruili'. le jeune due de Bavière, et ses oncles Erehanger et de l'origine et de l'investiture romaine, do l'Empire, telle qu'elle devait dès lors triompher pour longtemps. <; Jusque-là l'opinion avait pu s'établir que, tout en ayant reçu à Rome sa première consécration religieuse et la première manifestation solennelle de sou exislénce icnouvcire, l'Empire de Charlemagne n'avait tiré son origine essen- tielle ni de la voloulé des Romains, ni même de la volonté du pape. Maître en l'ait de presque tout le territoire de l'Empire romain d'Occident, entré par légitime conquête dans l'héritage des anciens Césars chrétiens, remplissant par devoir toute leur mission dans l'ordre religieux, aussi bien que dans l'ordre politique, il parut au grand prince franc que le droit d'être appelé empereur lui venait avant tout de lui-même, de sa position, de son rôle, qu'il était la conséquence naturelle de la suprématie franque et non le résultat d'un vote émis par les mo- dernes et peu glorieux possesseurs du nom romain. On s'est maintes fois demar.dé ce qui avait tant déplu à Charlemagne dans la cérémonie de son couronnement à Saint-Pierre par Léon III, d'oîi vient qu'il affirma lui-même depuis, que, s'il avait prévu le dessein du pape, il n'aurait pas mis ce jour-là les pieds à l'église, quoique ce fût la Noël. Beaucoup d'historiens en ont conclu que le roi franc, pour une raison ou pour une autre, avait alors répugné à devenir empereur. Il se- rait peut-être plus juste de dire que sa répugnance ne portait ni sur l'événement en lui-même, ni sur la date où il se produisait, mais sur le lieu et les circonstances qui donnaient à celle rénovation de l'Empire ini caractère bien fait pour déplai- re à un Franc aussi pénélré de la valeur de sa race, aussi persuadé qu'elle n'avait rien à demander aux autres. Accepter le nom d'empereur dans de telles condi- tions, sur l'initiative et aux acclamations des habitants de Rome, ce n'était pas seulement avoir l'air de reconnaître qu'on leur devait la dignité impériale : c'était en quelque sorte placer l'axe du nouvel empire à l'endroit qui convenait le moins aux intentions de Charlemagne, très satisfait peut-être de porter le titre d'empereur des Romains, mais sûrement très décidé à être surtout l'empe- reur des Francs et à laisser le plus possible les Romains sous le gouvernement de leur pontife. « Tout autres sont maintenant les idées de son petit-lils ; et i-ien de plus ins- tructif que la façon dont Louis II se justifie, aux yeux du basileus byzantin, d'avoir usurpé le nom d'empereur, les arguments qu'il invoque en faveur de son droit impérial. Il n'oubhe pas sans doute les mérites de la nation franque; mais c'est aux Romains qu'il fait remonter l'origine première de son pouvoir ; c'est Rome, en sa double qualité d'ancienne capitale de l'Empire et de mère de toutes les Églises, qui a été pour lui le principe de l'autorité impériale. C'est parce qu'il gouverne le peuple romain et protège l'Église romaine qu'il est empereur, et il ne pourrait pas se dire cmpeieur des Francs, s'il ne l'était des Romains, s'il n'avait' reçu l'oïKlion du pontife de Rome. La théorie est des plus claires. Elle suppose, il est vrai, que Rome a gardé à travers tous les âges et malgré toutes les vicissitudes la source immanente, cachée parfois, mais jamais tarie, de la puis- sance impériale, et qu'elle a pu la rouvrir un jour par le moyen de son chef re- ligieux, qui était en même temps son chef politique. 740 LIVHE XXVII Bei'thold, forL puissaiiLs eu Souabe, le roi Conrad épousa eu 013, [581] Cunéoonde, duchesse de Bavière et alors veuve, sœur d'Erchan- «Tel était le trouble apporté par les fils de Louis le Pieux dans le fonctionnement de l'Empire ; cet organisme politique du vieux monde, déjà si rebelle par lui- même à l'adaptation dans un monde nouveau, avait été si profondément faussé, qu'il devenait presque impossible de le manier sans toucher à des intérêts res- pectables peut-être, mais appuyés sur des principes et des institutions contra- dictoires. Libre, en droit, de donner la couronne impériale à celui des deux Caro- lingiens qui lui agréerait davantage, Jean VIII voyait sa liberté enchaînée par la nécessité de tenir compte de la loi des héritages restée eu vigueur chez les Francs. Car, si les cadets, Louis le Germanique et Charles le Chauve, s'étaient désintéressés du titre que portait la branche aînée, par contre, ils s'intéressaient vivement aux États qu'elle gouvernait. Ces États, à l'exception du territoire de Saint-Pierre, continuaient à former le bien commun de la famille, l'héritage à par- tager d'après le principe d'égalité. Il ne serait pas complètement exact de dire que la distribution des États dût s'opérer suivant la loi brutale et forcée des suc- cessions. Les peuples ne formaient pas un bétail à partager, et la confusion de l'autorité avec la propriété n'avait pas encore atteint à ce degré. Au droit héré- ditaire devait s'ajouter le consentement de la nation représentée par ses hom- mes libres et spécialement par les grands dignitaires ecclésiastiques et laïques. Réduit souvent à une pure formalité d'un caractère obligatoire, lorsque l'héré- dité était évidente et directe, lorsque le fils succédait au père, ce consentement acquérait une importance considérable dans les cas de succession douteuse et éloignée. Les pactes avaient beau régler d'avance les partages de frère à frère, d'oncle à neveu et réciproquement, tous ces calculs étaient souvent dérangés par l'attitude des grands du royaume à acquérir, par l'empressement qu'ils met- traient à se choisir pour seigneur celui-ci plutôt que celui-là. Tout obscur que fût le droit, il y avait là un fait dont il fallait tenir compte, en vue duquel peuples et rois se voyaient obligés de prendre leurs sûretés, à peine, pour ceux-ci, de perdre la couronne attendue, et pour ceux-là de subir un maître que l'intrigue plus prompte de quelques-uns leur aurait donné. La précaution, utile partout, l'était doublement en Italie, où la distinction jusque-là soigneuse- ment entretenue par les papes eux-mêmes, entre la couronne impériale et la couronne d'Italie, devait nécessairement faire surgir deux corps électifs dis- tincts, ayant chacun la prétention de disposer de ce qu'il croyait lui appartenir, les Romains de l'Empire et les Italiens de l'Italie. «NicolasI^i' avait jeté les yeux et JeanVIII avait choisi pour porter le titre d'em- pereur, Charles le Chauve, en qui se rencontraient, outre la puissance, les quali- tés les plus propres à séduire un pape et un Romain. Le roi des Francs occiden- taux avait, sur les princes de la maison de Germanie, l'avantage incontestable non seulement d'être personnellement un esprit plus cultivé, plus orné de toutes les connaissances divines et humaines, mais d'avoir su faire naître ou entre- tenir dans ses États le feu sacré de la science dont il était animé. Que Jean VIII soit sorti émerveillé de ses conversations avec un tel prince, il n'y a donc pas lieu de s'en étonner. Il n'est même pas nécessaire de recourir à une hallucination ou à ur.e exagération intentionnelle pour s'expliquer que JeanVIII ait vu dans 512. LE PAPE JEAN X, ETC. 741 ger et de Berthold et mère d'Arnulf. Conrad n'en eut pas moins à lutter avec ces trois princes, que vint renforcer en 912, après Charles le Chauve plus qu'un Charlemagne, un Charlemagne plus complet, mieux fait pour réaliser l'idéal d'empereur que pouvaient rêver les pontifes romains de ce temps-là. A cet égard, Charles le Chauve s'annonçait comme devant remplir le programme d'Empire romain plus fidèlement que son illustre grand-père. Cependant son règne a paru longtemps marquer l'heure de la déca- dence définitive du pouvoir impérial et de l'avènement de la féodalité. Ainsi, la solution des deux immenses problèmes tiendrait dans un seul nom. Si le monde a changé de face par suite de la déchéance simultanée des autorités royale et im- périale, la faute en est à Charles le Chauve qui n'aurait su faire, dit-on, ni son métier d'empereur ni son métier de roi, qui, par complaisance pour Jean VIII, lui a livré tous les droits, toutes les meilleures terres de l'Empire, tandis que la noblesse de son royaume arrachait à sa lâcheté les plus nécessaires prérogatives de la couronne. «L'étude minutieuse du fameux Capitulaire de Kierzy impose un jugement très différent sur Charles le Chauve qui fut, non pas le destructeur systémati- que de la royauté, mais un de ses plus intelligents soutiens. Mais Charles le Chauve avait aux yeux des historiens allemands le tort inexpiable d'avoir attiré la cou- ronne impériale de la branche germanique dans la branche française. En pei- gnant des plus tristes couleurs le roi des Francs occidentaux, celui qu'ils se plai- sent à considérer à la fois comme le fondateur et le parfait modèle de la nation française, de cette race au sang mêlé, où les vices gaulois et romains auraient cor- rompu la vertu du vieux sang germain, les historiens allemands ont cru n'obéir qu'aux exigences d'une érudition purement objective. Ils ont en réalité glissé sur la pente douce d'un patriotisme inconscient qui conduit d'autant mieux à juger sévèrement les nations rivales, que le mépris des autres n'est d'ordinaire qu'un éloge indirect et plus délicat de soi-même. On peut d'ailleurs supposer dans Charles le Chauve toute la lâcheté et toute la mollesse que l'on veut, il n'en est pas moins vrai qu'il avait fini par réussir dans son œuvre comme s'il avait eu des qualités toutes contraires. Que sa politique fût ou non inspirée par une ambition frivole et sans autre objet qu'une vaine satisfaction d'amour-propre, ses Etats n'en étaient pas moins arrivés, sous sa direction, à s'organiser plus tôt et mieux que les autres parties démembrées de l'empire franc de Charlemagne. La France gauloise, qu'il avait trouvée divisée en plusieurs royaumes et sans attaches d'au- cune sorte, se trouvait presque tout entière dans sa main et se formait à cette vie commune que le chaos du moyen âge pourra bien interrompre, mais dont la cons- cience ne se perdra pas, et reformera un jour l'unité de la patrie. «La branche germanique disputa à Charles le Chauve la couronne impériale et ne cessa dès lors de prétendre confisquer cette dignité au profit des princes allemands. Les entreprises tentées en vue de s'assurer l'Italie, qui disposait de cette couronne, aboutirent souvent à de pitoyables débandades, ot le moment semblait venu, pour les chefs des deux maisons carolingiennes, de se demander sérieusement s'il ne valait pas mieux rester chez soi, occupé de ses propres affaires, plutôt que de s'en aller au loin chercher des sujets équivoques et conquérir une couronne exotique, qui, modelée sur d'auties fnuils, demeurail IV, lalcfueiil 742 LIVKE XXVII la mort de son père Otton, Henri duc de Saxe. Par une insigne trahison. ITonri de Saxe s'allia aux Francs ennemis de l'empire, braiilaiilc. L'Allemagne eepeiulaiil ne lui |juliil eonvaiiieue. Par deux fois en- core avant que le ix^ siècle eut pris lin, ses princes étendirent la main sur la digni- té impériale, et il fallut un nouveau malheur, le x*" siècle, pour que l'ambition ger- manique perdîl son essor. Encore n'était-ce qu'un répit passager. Le x'' siècle déclinai L à peine cjuc l'Empire et l'Italie tombaient derechef au pouvoir des Ger- mains et cette fois pour longtemps. Obstinément, à travers tout le moyen âge et jusqu'en pleine Europe moderne, la nation allemande garda pour elle le nom et la dignité d'empereur des Romains. Il ne restait guère dans ce nom qu'un vain bruit, et dans cette dignité qu'un hochet puéril, qu'elle les gardait encore. A la lettre, elle ne desserra la main que quand il n'y avait plus rien dedans. « Plus vive, et tombant dans un milieu mieux préparé, la leçon fut plus pro- fitable aux Francs occidentaux. Si, depuis lors, la royauté française a cessé durant (les siècles de porter ses ambitions du côté de la couronne impériale, ce n'est pas uniquement, comme on le redit beaucoup trop, par suite de son impuissance; les princes germaniques furent souvent en aussi mauvaise posture — c'est encore, sinon surtout, parce que la couronne impériale ne la tente plus, parce que la généralité de la nation elle-même est arrivée à la conscience 1res nette que, pour vivre et prospérer, elle n'a rien à demander au dehois, rien à emprunter aux Romains. « Déjà, du vivant de Charles le Chauve, ce sentiment d'iiuiilïérence pour l'Em- pire s'était fait jour dans certains milieux français. Tout le monde n'avait même pas approuvé la première expédition d'Italie ; et il s'était rencontré des personnages considérables, comme l'illustre archevêque de Reims, Hincmar, pour estimer que l'ambition (l'iui roi de France avait de quoi se satisfaire chez soi, sans courir après l'honneur de commander ailleurs sous un nom d'emprunt. P. L., t. cxxv, col. 961 sq. Lorsque les Allemands de nos jours essaient de jus- lifier la longue obstination de leurs ancêtres à occuper l'Empire, ils trouvent surtout le ramena la paix Irou- blée par le quatrième mariage de l'empereur Léon YI, dit le Sage. Nonobstant les principes de l'Eglise orientale et les lois civiles de l'empire de Byzance, cet empereur avait épousé en 906, en quatrièmes noces, Zoé Carbonopsina, de qui il venait d'avoir im fils le futur empereur Constantin Porphyrogénète ^. Le patriarche Nicolas Mysticos refusa de bénir ce mariage, et excommunia l'empereur ainsi cjue Thomas, chapelain du pa- lais, qui avait béni cette union. L'empereur exila le patriarche et le remplaça par Euthymius. Une partie du peuple et du clergé se soumit au nouveau patriarche, le reste demeura fidèle à l'an- cien, et cette division dura jusqu'à la mort de Léon (i)12) et la réintégration du patriarche Nicolas. Constantin Porphyro- génète s'entendit alors avec son beau-père Romain (auparavant amiral) associé à l'empire, et avec le patriarche Nicolas, pour convot(uer à Constantinople un concile, dans le but de rétablir la paix. Ce concile publia un toinus que nous possédons encore ; il condamne expressément ces quatrièmes noces, et se mon- tre presque aussi sévère pour les troisièmes, puisque celui qui, âgé de plus de quarante ans, se mariait pour la troisième fois, serait durant cinq ans exclu de la sainte eucharistie. S'il exis- tait des enfants des deux premiers mariages, une troisième union ne pouvait être permise, quand même celui qui voudrait la contracter aurait moins de quarante ans. S'il n'en avait pas plus de trente, il serait, dans ce inême cas, soumis à une pénitence de ([uatre ans ^. Le patriarche Nicolas avait inutilement essayé d'arracher l'assentiment du pape Jean X à cette interdiction for- 1. Cf. A. Rambaud, L'empire grec au x^ siècle, Constantin Porphyrogénète, in-8, Paris, 1870, p. 5 sq.; Ch. Diehl, Les quatre mariages de l'empereur Léon le Sage, dans Figures byzantines, 1906, p. 181-215 ; en particulier, p. 197 sq. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 331 sq. 51 o. CONCILES UE '.» 2 U A 9 2 8 Ibi melle des quatrièmes noces. Le |)a|ie iiiainliuL leiinement la [588] pratique plus tolérante de l' Eglise occidentale, et toute l'élo- quence byzantine ne put venir à bout de sa décision. En 921, dans un concile tenu à Trosly, Hervé, archevêque de Reims, releva de l'excommunication le comte Erlebald, ex- communié de son vivant pour sa conduite à l'égard des biens des églises ^. L'année suivante, 922, sur l'ordre de Charles le Simple, roi de France, et d'Henri I^r de Germanie, un concile se tini à Coblentz, qui prohiba les mariages incestueux, défendit aux laïques possesseurs de chapelles de prélever des dîmes, soumit aux évêques les églises des monastères, déclara la vente d'un chré- tien punissable au même titre qu'un meurtre, et enfin assura le prélèvement des dîmes dans le cas de vente des biens et des vil- las ^. — Un concile tenu dans la province ecclésiastique de Reims ^, sous l'archevêque Sénlf, imposa une pénitence à ceux qui avaienL pris part à la bataille de Soissons, livrée peu de temps aupara- vant (923-924) entre le roi Charles et son adversaire le roi Ro- bert (frère d'Odon de Paris). Quelque temps après (octobre 924), on célébra, sous la présidence du même archevêque, un autre concile à Trosly, dans lequel le comte Isaac se réconcilia avec l'évêque de Cambrai *. Vers 925, on tint en Illyrie, à Spalato,un concile de peu d'importance ^. — Un synode diocésain tenu à 1. Trosly, arrondissement de Laon, département de l'Aisne. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 578 ; Collectio regia, t. xxv, col. 20 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 579 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, part 1, col. 559 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 793 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 343. (H. L.) 2. Coll. regia, t. xxv, col. 14; Labbe, Concilia, t. ix, col. 579-581 ; Hardouin, op. cit., t. VI, part. 1, col. 559 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 795 ; Mansi, op. cit., t. XVIII, col. 343 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, col. 324 ; Pertz, Mo- num. Germ. hist., Leges, 1837, t. ii, part. 2, p. 16-17 ; Philipps, dans Sitzungsbe- richted.Akad. Phil., hist. Klasse, Wien, 1865, p. 763 sq. ; Alb. M. Kôniger, Zu den Bescldûssen der Sijnoden von Meaux 845 und Kohlentz92'2,àa.i\?,NeuesArchivder Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde, 1906, t. xxxi, p. 377-398. (H. L.) 3. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 578 ; Lalande, Conc. Gallise, p. 322 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 581 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 561 ; ColeLi, Concilia, t. xi, col. 795 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 346 ; Recueil des hist. de la France, 1. ix, col. 324. (H. L.) 4. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 579 ; Coll. regia, t. xxv, col. 21 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 581 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1 sq. col. 561 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 797 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 346. (H. L.) 5. Farlati, llhjricum sacrum, t. m, p. 87; Hergenrôther, Photius, t. ii, p. 615 sq. [Voir Appendices (H. L.)] 752 LlVRli -VXVll Tours, en 925, termina un différend au sujet de la dîme ^ ; un concile provincial célébré à Charlieu (dans la province de Lyon) 2 s'occupa de la restitution à faire aux Eglises pillées de ce qu'on leur avait pris ; une autre assemblée analogue, tenue à Trêves en 927, publia une collection de canons ^. Dans un nouveau concile de Trosly, le comte Herluin se soumit à une pénitence ecclésiastique pour s'être remarié du vivant de sa première femme "*. Le concile de Duisbourg, en 928, excommunia ceux qui avaient crevé les yeux à Bennon, évêque de Metz, second fondateur du célèbre couvent de Notre-Dame des Ermites (Ein- siedeln) en Suisse (successeur de saint Meinrad ^). En cette même année 928, il se tint à Gratley, en Angleterre ^, une grande diète synodale qui décréta les neuf canons suivants, relatifs ("589] à la vie ecclésiastique et à la vie civile : 1. On doit prélever la dîme sur les biens du roi, ainsi que sur les possessions des évêques et des grands de l'empire ; l'on doit aussi nourrir toute l'année un pauvre avec les biens du roi, qui devront en- core servir à racheter tous les ans un prisonnier. 2-4. Peines dé- crétées contre les voleurs dans les églises, les sorciers et les faux monnayeurs. Enumération des monnaies ayant cours dans les 1. Hardouin, Coiic. coll., t. vi, part. 1, col. 563 ; Martène, Tlies. nov. anecdot., 1717, t. IV, p. 71-74 ; Martène, Scriptor. <^et. coll., 1724, t. 1, part. 1, p. 223 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 797 ; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. ix, col. 324-325; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 347. (H. L.) 2. Charlieu, arrondissement de Roanne, département de la Loire. Sivert, Chronol. Lugdun., 1828, p. 194 ; Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 579 ; Coll. regia, t. xxv, col. 21 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 582 ; Hardouin, Coll. concil., t. VI, part. 1, col. 563 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 797 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. ix, col. 325 ; Mansi, op. cil., t. xviii, col. 347. (H. L.) 3. Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 1115; Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 349. (H. L.) 4. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 580 ; Coll. regia, t. xxv, col. 21 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 582 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 563 ; Coleti, Concilia, t. XI, col. 797 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 349. (H. L.) 5. Duisbourg, Prusse rhénane. Coll. regia, t. xxv, col. 22 ; Labbe, Concilia, t. IX, col. 582 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, col. 563 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 799 ; Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 1115 ; Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 349, ; Pertz, Mon. Germ. hist., Leges, t. 11, part. 1, p. 17-18 ; Binterim Deutsche Concilien, t. m, p. 306-311 ; Landolt, Ursprung und erste Gestaltung des Stiftes Maria-Einsiedeln, in-8, Einsiedeln, 1845, p. 53 sq. (H, L.) 6. Labbe, Concilia, t. ix, col. 582-590 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 565 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 799 ; Wilkins, Conc. Britann., t. i, p. 205-207 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 351. (H. L.) lA^i. CONCILIAS A RAI ISBO-N.NE, EIC. /oJ diverses villes d'Aiigleterre ^ 5. Ordoimance uu sujeL des ordalies (jugement de Dieu), (jui jouaient alors un très grand rôle dans la jurisprudence anglaise 2. 6. On ne doit rien vendre le dimanche. 7-9. Peines décrétées contre ceux ([ui n'observent i)as leurs ser- ments ou qui désobéissent à l'autorité. 5i4. Conciles à Ratisbonne, à Erfiirt et à Dingolfing, en 932. En 932, se tinrent trois conciles germaniques, à Ratisbonne, à Erfurt et à Dingolfmg. Arnulf, duc de Bavière, expulsé par Conrad I^^", et réconcilié avec son successeur Henri I^^, se montra disposé à travailler à la restauration de l'Église dans son duché de Bavière. Dans ce but, il réunit, le 14 janvier 932, un concile dans l'église de Saint-Pierre à Ra Lisbonne, sous la présidence d'Adalbert, archevê(iue de Salzbourg et métropolitain de Ratis- bonne 3. Etaient présents les évcques Udalfrid d'Eichstàdt, 1. Mansi, op. cit., t. xviii. col. 352, a écrit à tort ruona.'iterii, il faut iii'c iitonr- larii. 2. Quelques travaux anciens, encore estimables, d'autres tout récents et des plus soignés étudient les ordalies, ce sont : J. P. Leitersberger, Dissertalio de Ordaliis seu purgatione vulgari, in-4, Argentorati, 1716 ; F. Maier, Geschichte der Ordalien, inshesondere der gerichtlichen Zsveikdmpfe iiiDeutschland, in-8, lena, 1705; Zwicker, Ueber die Ordalien, in-8, Gôttingen, 1818; E.Gerhard, De judicio duellico, vulgo von Kampf-und Kolben-gerichte, in-4, lenœ, 1711 ; Jobard, Sur le duel judiciaire, dans Acad. scien. Besançon, 1844-1845; P. Marchegay, i^itei ju- diciaire entre les communautés religieuses, 1098, dans la Bibliothèque de V École des chartes, 1840, pe série, t. i, p. 552-564; J.-J. Mader, De duello et ordalei quondam speciedissertatio, in-4, Helmstadii, 1662; E. R. Roth, Dissertatio historico-polifica de antiquissimo illo more, quo veteres iîinocentiam suani in duellis probare nitebantur, in-4, Ulmœ, 1678 ; J. D. Schœpflinius, Prœlect. de duellis et ordaliis veteris Francise Rhenensis, dans Comment, acad. Theod. Palat., 1773, t. m, p. 281-284 ; Fed. Patetta, Le Ordalie, studio di storia del diritto e scienza del diritto comparato, in-8, Torino, 1890 ; V. Saillet, Étude historique sur les ordalies ou épreuves judi- ciaires, vulgairement appelées jugements de Dieu, dans le Bulletin de la société académique de Brest, 1874-1875, IP série, t. 11, p. 44-121 ; E. Yacandard, U Église el les ordalies auXII^ siècle, dans la Revue des questions historiques, 1893, 11^ série, t. IX, p. 185-200, réimprimé avec des retouches, sous le titre : L' Église et les ordalies, dans Études de critique et d'histoire religieuses, in-12, Paris, 1905, p. 191-215 ; Ch. de Smedt, Le duel judiciaire et V Église, dans les Études reli- gieuses, 15 janvier, 1895. (H. L.) 3. Martène, Script, vet. coll., t. vu, col. 53 ; Mansi, Concilia, Suppl., t. 1, col. CONCILES - IV — 18 754 LIVRE XXVII Wolfram de Freising, Isengrin de Ratisbonne, Gerhard de Pas- sau, le chorévêque Schwarzloh (d'Eichstâdt), l'abbé Egilof (d'Altaich ?) et d'autres clercs. L'unique notice que nous possé- dions sur ce concile se trouve dans un ancien manuscrit du monastère de Stavelot ; elle qualifie l'assemblée de generalis (pour la Bavière) ; les évêques s'engagèrent d'abord à ne plus retomber dans leurs fautes ; ensuite avec une sollicitude paternelle, ils engagèrent l'assemblée à garder la foi orthodoxe et à y conformer sa conduite. La notice ne cite qu'une seule décision par laquelle les évêques s'engageaient réciproquement à dire douze messes et à faire certaines aumônes à la mort de chacun d'eux. Les prêtres, les clercs et les nonnes devaient réciter [590] quatre psautiers pour les défunts. Le l^ï" juin ou juillet 932, le roi Henri I^^^ g^,j. jg conseil de Hil- debert, archevêque de Cologne, réunit à Erfurt dans une grande diète les principaux personnages de l'ordre ecclésiastique et de l'ordre civil. Sans compter Hildebert, deux autres archevêques, Rupert de Trêves et Unni de Hambourg, assistèrent à l'assem- blée avec les évêques Adalgard (Adalward) de Verden, Richwin de Strasbourg, Noting de Constance, Unwann de Paderborn, Ulrich d'Augsbourg, Bernhard de Halberstadt, Burchard de Wurzbourg, Dudo (Tuoto) d'Osnabrûck, Rumald de Munster, Ebergis de Minden, beaucoup d'abbés et de clercs. Le procès- verbal du concile, dans sa teneur actuelle, contient les cinq capitula suivants : 1. On célébrera les douze fêtes des apôtres et on jeûnera les veilles de fête, en la forme accoutumée. 2. Les jours de fête et les jours de jeûne on ne tiendra aucun plaid civil. Le roi permet que, sept jours avant Noël jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, de la Quinquagésime à l'octave de Pâques et sept jours avant la nativité de saint Jean-Baptiste nul ne soit cité à un plaid afin que chacun puisse aller à l'église du- rant ce saint temps et prier Dieu ^. 3. Nul ne doit, tant qu'il se rend à l'église, qu'il y est, ou qu'il en revient, être cité de- vant un tribunal, afin de n'être pas troublé dans ce qu'il fait pour le salut de son âme. 4. Un prêtre ou un diacre, sur lequel 119 ; Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 365 ; Dalham, Conc. Salisburg., 1733, p. 57 ; Hartzheim, Conc. Germanise, t. ii, col. 602; Binterim, Deutsche Concilien, t. VII, p. 336 ; Pertz, Mon. Germ. hist., Leges, t. m, p. 482, cf. p. 253. (H. L.) 1. Le can. 2 d'Erfurt dans Gratien, caus. XV, q. iv, c. 2. (H, L.) A RAIISBO-NNE, KIC. 75; pèsent de graves soupçons, doit, ou reconnaître sa faute, ou se purger par serment. 5. Nul ne doit, sans l'assentiment de l'évêque, s'imposer un jeûne particulier. — Outre ces cinq capitula, Burchard de Worms cite celui-ci auquel il donne le n° 9 : « Si un évêque garde des rapports avec un excommunié, il doit être exclu de la communion de ses collègues, jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction dans le concile suivant. » Tels étaient les textes connus du concile d'Erfurt soigneuse- [o91] ment édités par Pertz ^, lorsque, en 1856, on publia pour la première fois cinq autres fragments de ce concile ^. Le premier est ainsi conçu : « A l'époque où se tint le concile, le roi Henri reçut de Jérusalem une lettre rapportant que, lors d'une dis- pute entre chrétiens et juifs pour savoir la meilleure de ces deux religions, un miracle avait décidé en faveur des chrétiens. » Le second fragment est, sinon à la lettre, du moins quant au sens, identique au cinquième capitulum donné ci-dessus. Le troisième ordonne de jeûner les vigiles de la Toussaint, de l'As- somption, des fêtes des Apôtres et de saint Laurent ; de même, quatorze jours avant Noël et avant la nativité de saint Jean- Baptiste. Le c{uatrième prescrit à chaque diocésain le don d'un denier à son évêque, le lundi avant l'Assomption de la sainte Vierge. Le cinquième défend le chant de V Alléluia aux vigiles, à moins que la vigile ne tombe un dimanche. Le prernier de ces fragments montre que Binterim ^ avait eu raison de fixer la date de ce concile au vendredi 1^^ juin, mais non au diman- che 1er juillet. 1. Coll. regia, t. xxv, col. 36: Labbe, Coitcilia, t. ix, col. 591-592 ; Hardouin, Coll. conc, t. VI, part. 1. col. 574 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 809 ; Mansi, Con- cilien, Suppl., t. i, col. 1118 ; Conc. arnpliss. coll., t. xviii, col. 302. (H. L.) Pertz, Monum. Germ., Leges, t. 11, p. 18; Hartzheim, Conc. Germ.. t. 11, col. 601 ; Binterim, Deutsche Concilien, l. m, p. 275. Ce dernier regrette de n'avoir pu, malgré tous ses efforts, « avoir le bonheur » de consulter la Collectio synodorum Erford., 1792, par Heine, laquelle donnait d'une manière plus complète les actes du concile d'Erfurt. — J'ai eu ce bonheur ; malheureusement j'ai dû consta- ter que Heine ne donnait autre chose qu'un cornmentaire assez vide de textes connus depuis longtemps. H ajoute, il est vrai, ceci qui est nouveau, que le con- cile d'Erfurt avait décrété 28 canons ; mais cette assertion repose sur une fausse interprétation d'une remarque d'Hartzheim, lac. cit., p. 602. 2. Wittmann, Quelleii zur bayeiischen uiid (Iculsrlini Geschichie, t. i, p. 408, 410-411. o. Op. cit., t. III, p. 278. 756 LIVRE XXVll Quinze jours plus Laid, le 16 juillet 932, on tint un concile bavarois à Dingolfing ^, où se trouvait le palais du duc de Bavière 2. Aucun évêque bavarois n'avait assisté au concile d'Erfurt ; on ne sait pourquoi, peut-être le duc le leur avait-il défendu. Néanmoins, afin d'introduire en Bavière les réformes ecclésiastiques décrétées par ce dernier concile et de continuer l'œuvre commencée à Ratisbonne, on décida la tenue d'un con- cile à Dingolfing. Adalbert, archevêque de Salzbourg, présida l'asseml^lée, comme il avait présidé celle de Ratisbonne ; les mêmes évêques y assistèrent, sauf Udalfrid, évêque d'Eichstâdt, qui, empêché par la maladie, s'y lit représenter par deux chor- évêques. On y comptait seulement deux nouveaux membres : Nithard, évêque de Seben (Brixen), et un représentant de saint Ulrich, évêque d'Augsbourg (bien que ce dernier n'appartînt pas à la province de Salzbourg). La présence d'un nombre con- sidérable de grands de la Bavière fait supposer que l'assemblée s'occupa aussi des alfaires civiles ; malheureusement uoiis avons bien peu de renseigJicments sur ce concile. La brève el, L^^'^^'-'J iiisullisaulç notice donnée par Hartzhcim et Perlz a été heu- reusement suppléée grâce à un fragment des actes de Dingolfing découvert par Wittmann. Pertz ^ a pu donner de tous ces actes une édition plus complète ; en voici le résumé : 1. Les jours de fêtes sont ainsi fixés : à Pâques, les quatre pre- miers jours de la semaine sont célébrés solennellement ; les trois autres jours on ne })ourra travailler que jusqu'à midi. On doit considérer comme obligatoires les fêtes de saint Philippe et de saint Jacques (l^"" mai) et l'anniversaire de tous les apôtres, l'invention de la sainte Croix, l'Ascension, la Pentecôte (qui sera célé- brée comme Pâques), saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Laurent, l'Assomption, la Nativité de Marie, saint Michel, la Toussaint, saint Martin, saint André, Noël dont la fête dure quatre jours, et son octave, puis l'Epiphanie, la Puri- 1. Hartzhoini, Conc. (ierm., t. ii, p. 603; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 362 ; Dnlhaiii, Cour. Salifthui'^., 1788, p. 58-59; Pertz, Monuin. Gerni.,Legeti, 1837, t. II. part. 2. p. 171, cf. p. 170 ; t. m, p. 482-483, ci. p. 253-25^i ; Pertz, Archiv, 183U, t. VII, p. 826-827; Wittmann, dans Quellen der bayer. Geschichie, 1856 , t. i, p. 411-413, cf. p. 408-'i0y. (H. L.) 2. Voir § 383. 3. Op. cil., Legc.s, t. ht, p. 'i82 sq. 593] 515. CONCILES DE 033 A 040 /D/ fication, et enfin la fête des saints dont les corps reposent dans la paroisse. 2. On renouvelle les anciennes ordonnances concernant le jeûne. On devra jeûner pour la Litania major (le 25 avril), aux vigiles des fêtes des apôtres, aux trois jours des Rogations, à la vigile de la Pentecôte, trois semaines avant la fête de saint Jean-Baptiste, à la vigile de saint Pierre et saint Paul, de saint Laurent lors de la communia après la fête de saint Rémi et à la 2^ 3^ 4^ feria. Tous ces jours, chaque prêtre dira trois messes ; tous les autres clercs et religieuses chanteront un psautier et une vigile et donneront les aumônes habituelles du jeudi... Depuis le commencement du temps du jeûne [caput jejunii), on jeûnera complètement pendant quatre jours : aux Quatre-Temps on s'abstiendra de viande, de vin. d'hydromel, de bière douce, de fromage et d'oeufs. Si les Quatre-Temps de mars coïncident avec le caput jejunii, on les célébrera dan'- la première semaine de carême. Le lundi qui suivra l'Assomption, tous jeûneront au pain et à l'eau, et chaque prêtre célébrera trois messes. 3. Le jour des Rameaux, tout paroissien apportera à son pas- teur un denier ou son équivalent. Ce prêtre remettra à révê([ue ces aumônes lors de la Cœna Domini pour la restauration de l'église et l'entretien du luminaire. 515. Conciles de 933 à 940. Grand concile dingelheim en 948. Artaud (Artald), archevêque de Reims, ordonna en 933 Hil- degar, évêque de Beauvais, au concile franc tenu à Châ- teau-Thierry ^. Le même métropolitain présida aussi le conci- le ad sanctam Macram. à Fîmes, en 935 ^. qui invita à faire 1. Castellum Theodorici, département de l'Aisne. Sirmond, Concilia Gallise, t. m, col. 580 ; Coll. regia, t. xxv, col. 39: Labbe, Concilia, t. ix, col. 592-593; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 573 ; Coleti. Concilia, t. xi, col. 817: Mansi, Conc. ampliss. coll.. t. xviii, col. 374. (H. L.) 2. Sainte Macre, à Fîmes, arrondissement de Reims, département de la Marne. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 580 ; Coll. regia, t. xxv, col. 39 ; Labbe, Con- cilia, t. IX, col. 593 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 573 : Coleti, Con- cilia, t. XI, col. 817 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 374. (H. L.) 758 Livnii XXVII pénitence tous ceux qui avaient pris les biens des églises ; et en 936, le concile de Laon, dans lequel Louis d'Outre-Mer fut couronné roi, et Rodulf sacré évêque de Laon ^. De cette même époque est un synode diocésain à Poitiers, à l'occasion d'un conflit survenu à cause des dîmes entre un abbé et un prêtre. Le document, auquel nous devons la connaissance de ce concile, l'appelle synodus generalis, ce qui signifie que tout le clergé du diocèse prit part à l'assemblée ^. — Le concile de Soissons, célébré en 941, se rattache à la triste nomination de Hugues, encore enfant, au siège archiépiscopal de Reims. Cette intrvision dura tant que Herbert, comte de Vermandois et père de l'enfant, fut en bons rapports avec le roi Rao\il (com- pétiteur de Charles le Siinple pour la couronne de France). Lorsqu'ils se furent brouillés, en 931, le roi Raoul plaça sur le siège archiépiscopal de Reims, non sans user de quelque vio- lence, Artaud, ci-dessus mentionné, auparavant moine au monastère de Saint-Rémi. Après huit ans de jmntificat Artaud fut à son tour renversé, car, en 940, le comie Herbert et le comte Hugvies s'emparèrent de Reims cl forcèrent Artaud à abdiquer, en lui assignant deux abbayes en compensa- tion ^. Mais x\rtaud s'enfuit auprès du roi Louis d'Outre-Mer et révoqua son abdication. Un grand concile se réunit à Soissons en 941 ^. L'assemblée députa à Artaud pour l'engager à renou- veler son abdication. Celui-ci s'y refusa et menaça d'excommu- nication ses sufîragants réunis à Soissons, s'ils osaient, de son vivant, nommer un autre évêque de Reims. Le concile répondit 1. Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 574; Mansi, op. cit.. X. xviii, col. 379. Flodoard dit expressément que le couronnement de Louis eut lieu à Laon et non à Reims, quoique Mansi, qui s'appuie néanmoins sur Flodoard, soutienne le con- traire, P.L., t. cxxxv, col. 448. [Le sacre de Louis d'Outre-Mer eut lieu le diman- che 19 juin 936, à Laon. Cf. Ph. I^aner, Le rèf-tie de Tjntifi IV d'Outre-Mer. in-8, Paris, 1900, p. 13-15. (H. L.) 2. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 381. (H. L.) 3. Ph. Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, 1900, p. 53-55. Artaud reçut les abbayes d'Avenay et de Saint-Basle. (H. L.) 4. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 581; Coll. reu,ia., 1. xxv, col. 52 : Labbe, Concilia, I. i\, col. COG-GOT ; Hardouin, np. cit., i. vi, ])arl. \, col. 587 : Colcli, Concilia, I. xi, col. 831 ; Mansi, Conr. t, H isi. lill. de la France, 1742. (. vi, p. 295-300; /^. /.., I. cxxxiii, col. '.>:>:', ; Ph. Lauer. ap. cit.. (.. CC,. (II. L.) 515. CONCILES DH 933 A 940 759 [594] à ces menaces en déclarant qu'Artaud intronisé de force n'avait jamais été archevêque légitime, qu'il avait abdiqué, et qu'à la demande du peuple et du clergé, on avait élu un nouvel archevê- que. On intronisa donc Hugues de Vermandois, âgé de vingt ans, et, depuis plusieurs années, ordonné prêtre et évêque. Pertz nous apprend qu'en 942 on célébra à Bonn un concile à l'occasion de différends survenus au sujet de la dîme ^. On ne sait si les Constitutions ou exhortations adressées par Odo ou Oda, archevêque de Cantorbéry, en 943, au roi Edmond, à tous les grands du royaume, et aux évêques, prêtres, moines, et à tous les fidèles, ont été rédigées dans un concile. Son encyclique aux évêques était probablement destinée à accompagner ces constitutions. Quant aux Leges ecclesiasticœ du roi Edmond, elles furent réunies dans une grande assemblée de clercs et de laïques qui se tint à Londres (Pâques 944) '^. Le 1^^ septembre 946, le roi espagnol Ranimir tint, avec Sa- lomon, évêque d'Astorga, et quelques grands personnages ecclé- siastiques et civils, une réunion (le document dit concilium, mais ce n'était pas un concile proprement dit) sur la montagne de Trago ; nous savons que, dans cette assemblée, le roi fit à un monastère des donations considérables ^. On confirma, dans un concile de Narbonne, en 947, l'élection de R culf au siège d'Elne *. Sans doute en cette même année, Aymeric, archevê- que de Narbonne, célébra à Fontanis dans le diocèse d'Elne [Helenense concilium) ^ un autre concile pour notifier la déposi- tion prononcée par le pape contre les évêques de Girone et d'Urgel, qui cependant furent graciés peu de temps après. On décida, dans ce même concile, que l'évêque d'Elne occuperait 1. Labbe, Concilia, t. ix, col. 1237 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 834 ; Maiisi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 394 ; Pertz, IMonum. Germ. liisf., t. v, p. 4, ad aiin. 943. (H. L.) 2. Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 590 sq. ; Mansi, op. cit., t. s.vm, col. 394 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 413. (H. L.) 4. Baluze, (dpilularia, t. ii, col. 634-635 ; Bouquet, Recueil des hist. de la J'i-ance. t. ix. col. 326 ; Mansi, Concilia. Supp)., 1. i, col. 1127: Conc. ampliss. cuil., t. XVIII. col. ',15. (H. L.) 5. EInc, IJelena. Elna, arrondissemeiil de Perpignan, département des Pyn'- nées-Orieiitales. (H. L.) 7()0 LIVRE XXVII toujours la première place après l'archevêque. — Deux conciles francs tenus à Verdun ^ et à Mouzon 2. en 947 et 948, déclarèrent (fu'Artaud devait ctre réintéojré sur le sièae de Reims. 1. Sirmond, Conc. GnUise, l. lu, col. .58.3 ; Coll. re^ia, t. xxv, col. 70 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 622 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 603; Coleti, Concilia, t. XI, col. 847; Mansi, Conc. ainpliss. coll., t. xvin, col. 417; Flodoard, Hisf. Eccl., Rhem., 1. IV. c. xxxiv, Annales, ad ann. 947, P. L., t. cxxxv, col. 467; Ph. Lauer, Le règne de Louis W d'Outre-ÂIer, 1900, p. 163-165. Ce fut une assemblée assez restreinte, mais qui comptait des personnages importants : Robert de Trêves présidait, assisté d'Artaud, d'Odoric, évêque d'Aix, d'Aubéron, évêque de Metz, do Josselin, évêque de Toul, de Bérenger, évêque de Verdun, de Hildebold de Munster et d'un évêque breton, Israël. Étaient encore présents le père d'Otton, 15rumon, abbé de Lauresheim, et disciple du Breton Israël, Eginold, abbé de Ciortze, Odilon, abbé de Stavelot, et quelques autres abbés. Le synode cita Hugues à comparaître devant lui; comme il fallait s'y attendre, Hugues se garda bien de venir. On lui dépêcha deux évêques,Aubéron et Josselin, pour le décider à se pré- senter, mais il s'y refusa obstinément. Alors le synode rei dit par défaut un arrêt donnant gain de cause à la partie seule présente et condamnant l'absent. Les évêques et abbés qui y assistaient adjugèrent unanimement à l'archevêque Ar- taud la possession du siège de Reims. Avant de se séparer ils s'ajournèrent au 13 janvier de l'année suivante, pour laisser à Hugues, suivant les règles de la procédure, le temps de s'opposer à l'arrêt. (H. L.) 2. Mouzon, arrondissement de Sedan, département des Ardennes. Sirmond, Cotic. Coll., t. m, col. 58'i ; Coll. regia, t. xxv, col. 71 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 622-623 ; Hardouin, op. cit., t. vi, col. 603 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 847 ; Mansi^ op. cit., t. xviii, col. 417. En 946, Otton et Louis d'Outre-Mer recouvrè- rent Reims où ils réinstallèrent Artaud par les mains de Robert, archevêque de Trêves, et de Frédéric, archevêque de Mayence. Hugues de Vermandois protesta et il fut décidé que ses différends avec Artaud seraient tranchés dans un concile. Dès lors les affaires de l'archevêché de Reims et de la rébellion de Hugues le Grand sont étroitement confondues, ce dernier soutenant la maison de Vermandois. Hugues commença par refuser de comparaître à deux con- ciles tenus à Verdun et à Mouzon (17 novembre 947 et 3 janvier 948) et aux- quels n'assistèrent que des prélats allemands et lorrains. F. Lot, Les derniers Caro- lingiens, Loihaire, Louis V, Charles de Lorraine, 954-991, in-8, Paris, 1891, p. 7. La décision prise par le concile de Verdun n'était qu'une mesure provisoire don- nant à Artaud la jouissance momentanée de son évêché. Le concile de Mouzon se tint dans l'église Saint-Pierre en face des murs de Mouzon. La présidence avait été dévolue à Robert de Trêves, assisté de ses trois sufTragants : Aubéron de Metz, Josselin de Toul et J^érenger de Verdun. On voyait également à ce con- cile ((uelques évêques de la province de Reims. « Hugues ne pouvait refuser (le se rendre auprès de ces évêques qui A-enaient s'assembler près de sa retraite ponr lui ôter tout prétexte d'abstention. Il se décida à sortir de sa ciladelle de Mouzon et osa venir jusque devant l'église Saint-Pierre, dans laquelle toutefois il ne pénétra pas. Il s'cnlictiiil avec Farchovèque de Trêves, mais refusa obstiné- 515. CONCILES DE 033 A 940 761 [595] La mrmp résolution fut prise dans un grand concile célébré, ment de paraître devant le synode. Il savait ce qu'il en avait coûté à son ad- versaire Artaud de s'être laissé mener trop facilement devant une assemblée de ce genre. II se contenta d'y envoyer par un diacre, Sigebold, une bulle émanée du pape Agapit et que ce' même clerc avait rapportée de Rome. Ce document or- donnait de rendre l'évêché de Reims à Hugues, sans s'occuper autrement du sort d'Artaud, faisant ainsi totalement abstraction des droits de ce prélat. Après en avoir pris lecture, les évêques, les abbés et tous les autres clercs doctes en droit canon qui étaient présents au synode délibérèrent sur le mérite de la bulle et la suite qu'elle comportait. Ils déclarèrent que « puisque Robert (de Trêves) avait reçu la charge d'iuie mission apostolique à lui transmise, en présence des rois et des évêques, par l'intermédiaire de l'archevêque de Mayence, Frédéric, il n'était ni digne ni convenable qu'eux, évêques, vinssent l'interrompre dans l'accomplissement de cette mission, que Robert avait déjà en partie remplie (par les convocations de Verdun et de Mouzon), à cause d'une bulle produite par l'ennemi personnel et le rival d'Artaud. Ce qui avait été commencé réguliè- rement devait être traité canoniquement. » Ensuite, on ordonna la lecture du chapitre xix^ du concile de Carthage intitulé : « De l'accusé et de l'accusateur. » Après cette lecture solennelle il fut statué, selon le contenu du canon, que l'ar- chevêque Artaud conserverait le diocèse de Reims dont il était actuellement en possession et qu'il demeurerait en communion avec l'Eglise. C'était la confirmation de la décision prise au synode de Verdun. Envers Hugues on prit cette mesure sévère : puisque cet évêque, appelé à comparaître devant deux synodes successifs, avait négligé de se rendre à l'un et à l'autre, on décida « qu'il eût à s'abstenir désormais de l'administration de l'archevêché de Reims et à se considérer comme exclu de la communion jusqu'à ce qu'il vînt en personne se justifier devant le concile général » fixé par les pères du synode au 1^^ août de la même année. Cette décision arrêtée, les Pères firent dresser en leur présence un acte contenant l'énoncé du chapitre xix^ du concile de Carthage et, à la suite, la sentence qu'ils venaient de rendre, puis, après l'avoir authentiqué par l'apposition de leurs signa, ils l'envoyèrent porter à Hugues dans Mouzon. Hugues devait bien s'at- tendre à ce résultat qu'il avait provoqué par son obstination à se soustraire à la juridiction du synode. Il avait pu cependant espérer que sa visite auprès de Robert de Trêves lui aurait évité les rigueurs de l'excommunication. Il n'en avait rien été ; sa situation no s'était nullement améliorée par cette démarche. Mais l'excommunié n'était pas homme à se déconcerter pour si peu. Son père, le comte de Vermandois, lui avait appris à se jouer de semblables embarras. Il ne fut pas long à prendre son parti. Dès le lendemain de la réception de l'acte qui lui signi- fiait sa condamnation, il retournait le document à l'archevêque Robert, le faisant aviser verbalement qu'il ne se conformerait en aucune façon au jugement du synode ; et il garda Mouzon malgré les ordres des rois et des évêques. Hugues restait inébranlable dans sa tactique qui consistait à décliner la compétence des juges qui l'avaient condamné. En droit, il avait peut-être raison de refuser de comparaître devant un synode provincial : ce n'était pas à une assemblée de cette nature qu'il appartenait de trancher le débat, et les suffragants de Reims eussent été mieux désignés pour connaître d'un différend relatif à leur métropole que 762 LIVRE XXVII les 7 et 8 juin 948, dans l'église de Saint-Rémi à Ingelheini ^, sur la convocation du pape Agapet II et des deux rois Otton I^^ ceux de Trêves. Il est vrai que Robert de Trêves avait été chargé d'une mission par le pape, et cette circonstance aurait dû rendre Hugues plus circonspect. Mais ce prélat, fort de l'appui de son oncle le duc des Francs, croyait pouvoir toujours résister.» Ph. Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, in-8, Paris, 1900, p. 166-168. (H. L.) 1. Ingelheim, cercle de Bingen, Hesse rhénane. Sirmond, Conc. Galliae, t. m, col. 585 ; Coll. regia., t. xxv, col. 72 ; Labbe, Concilia, t. ix, 623-632 ; Har- douin, Coll. conc, t. vi, col. 603 ; Basnage, Thesaur. monum., 1725, t. m, part. 1, p. 8-10 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 849 ; Bouquet, Rec. des hisl. de la France, il51, t. ix, col. 326-327 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 409; Pertz, Monum. Germ. hist., Leges, t. n, part. 1, p. 19-26 ; Hist. patr. monum., Chart., 1853, t. n, col. 40-42 ; J.-A. Duc, dans Miscell. stor. liai., 1885, t. ix, série II, p. 337-349 ; Doc. hist. ecclés., moyen âge, 1885, p. 5-17 ; Hartzheim Conc. Germ., t. ii, col. 610 ; Binterim, Deutsche Concilien, t. m, p. 277 sq., 360 sq. ; Actes des conciles, édit. Weiland, dans Monum. Germ. histor., C onstitutiones imperatorum, 1893, t. i, p. 14 sq. ; F. Lot, Les derniers carolingiens, 1891, p. 7; Ph. Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, in-8, Paris, 1900, p. 168-186. On ne pouvait en rester sur les décisions de Verdun et de Mouzon et il y avait lieu de craindre que le concile assigné au l'^r août ne donnât pas de meilleurs résultats. Artaud sut, très habilement, montrer sa situation liée à celle du roi. Le pape Aga- pet, convaincu de la nécessité d'une solution qui ne fût pas un expédient, se déter- mina à intervenir directement et envoya son bibliothécaire Marin, évêque deBomarzo. « Il fallait, écrit M. Lauer, aviser à toutes les dispositions nécessaires pour que ce concile se trouvât en nombre et pût ainsi prendre des décisions va- lableâ ; il fallait aussi veiller à ce qu'il se tînt dans un endroit sûr, à l'abri d'un coup de main de Hugues le Grand ou de son neveu. C'est pourquoi, sans doute, on choisit le palais d' Ingelheim, ancienne résidence des rois carolingiens. Il y avait là une église dédiée à saint Rémi, le patron des Francs et de l'Église de Reims. Elle fut désignéecommelieuderéunion.» Ingelheim étant compris dans le ressort du diocèse de Mayence dont l'archevêque avait transmis à Robert de Trêves le mandat pontifical relatif aux difficultés pendantes, il pouvait sembler que la réunion se plaçait sous la protection officielle et l'arbitrage plus ou moins officieux d'Otton. Le légat présidait naturellement le concile, Jafïé, Reg. pont, rom., n. 3645, 3646, qui comptait trente-deux évêques, un grand nombre d'abbés, de chanoines et de moines. Le nombre d'évêques présents est élevé à trente-quatre par le continua- teur de Réginon, ad ann. 948. Dûmmler, op. cit., p. 163, n. 1, estime que le con- tinuateur compte les évêques Guy de Soissons et Audegier de Beauvais, parti- sans de Hugues. On n'a aucune preuve de la présence de ces évêques au con- cile. Hermann de Reichenau, Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 113, et les Anna- les Mellicenses ne comptent que trente évêques. Parmi les évêques du royaume d'Otton on ne remarquait que deux abstentions : Ruthard de Strasbourg et Wal- don de Coire. Les évêques lorrains étaient lous à leur posie ; d'abord leur mé- lr(ij)olitain Robeil, archevêque de Trêves, puis Auberon de Met/, ; Josselin 515. CONCILES DE 033 A 940 763 de Germanie et Louis d'Outre-Mer, roi de France. Ces deux sou- verains assistèrent en personne à l'assemblée, composée presque exclusivement d'évêques germains, car les évêques français, rete- nus par l'usurpateur Hugues, comte de Paris et duc de France, ne purent pas suivre leur roi dans l'exil. Il faut cependant excep- ter Artaud, archevêque de Reims, et les évêques Fulbert de Cam- brai et Rodulf de Laon ^, qui, voulant partager jusqu'au bout la fortune de Louis d'Outre-Mer, se rendirent avec lui au concile d'Ingelheim. Parmi les évêques allemands, on comptait cinq métropolitains : Wigfred de Cologne, Frédéric de Mayence, Ro- bert de Trêves. Hérold de Salzbourg et Adalgar de Ham- bourg, chacun avec plusieurs sufîragants, en particulier Ulrich d'Augsbourg et Conrad de Constance, depuis canonisés. Nous citerons, parmi les prêtres et abbés présents à Ingelheim, Flodoard, l'historien de l'Eglise de Reims, auquel nous devons une histoire du |)résent concile ^. Vers la fin du x^ siècle. Richer, de Toul et Bérenger de Verdun, qui avaient siégé à Verdun et à Mouzon; Guifroy, archevêque de Cologne, avec ses sufîragants, Farabert, évèque de Tongres, et ceux de la rive di-oitc du Rhin, Baldrich, évêque d'Utrecht, Doddon, évèque d'Osnabrûck, Hildebold, évèque de Miinstèr, Évéric, évêque de Minden. Comme évêques ft-ançais : Artaud et deux seulement de ses sufîragants, Raoul, évêque de Laon, chassé de soh siège par Hugues le Grand, et Foubert, évêque de Cambrai, dont le diocèse était tout entier en Lorraine. La liste des signatures nous est donnée par les actes et par Flodoard que reproduit Richer, sauf des variantes orthographiques. La suite des évêques donnée par Flodoard difîère de celle que l'on trouve dans les Actes ; la liste de Flodoard commence par Robert de Trêves, celle des Actes par Guifroy de Cologne, etc. L'une et l'autre liste suivent un ordre arbitraire. Parmi les absents, ceux dont l'éloignement se remarque le plus sont Guy de Soissons et Audegier de Beauvais, alors sortis de captivité, Thibaud d'Amiens, ordonné par Hugues, les évêques de Térouanne, de Tournai et d'Arras, sufîragants de Reims. L'Allemagne était largement représentée. Ou- tre l'archevêque de Mayence, Frédéric, ses sufîragants franconiens de la rive gauche du Rhin, Raimbaud, évêque de Spire, Richson, évèque de Wurzbourg, Thiéthard, évêque d'Hildesheim, Bernard, évêque d'Halberstadt, Dudon, évê- que de Paderborn, Ulrich, évêque d'Augsbourg, Conrad, évêque de Constance, bien plus l'archevêque de la cité lointaine de Salzbourg, Hérold, avec deux de ses sufîragants : Michaël, évêque de Ratisbonne, et Albert, évèque de Passau; un seul évêque de la province de Besançon se présenta, ce fut l'évèque de Bàle, Guichard. Il y eut même des évêques missionnaires: Adalgar, archevêque de Hambourg, Horath, évêque de Sleswig, Lioptach, évêque de Ribe (en naneinark), Rpginbrand, évêque d'Aarhuus. (H. L.) 1. Et non de Lyon comme dit Binterim, Deutsclie Concilien, I. lu, p. 280, 285. 2. Uisl. Eccl. Rem., 1. IV, c. xxxv, et Annales, ad ann. [l\S, l'. L.,t.cxxxv, 764 LIVRE XXVII moine de Saint-Rémi et disciple de Gerbert, donna dans le second livre de son Historia, un récit assez détaillé du concile d'Ingel- heim ^ ; mais on a mis en doute ^ |a véracité de ses renseignements qui ont été utilisés par Trithême •'. Enfin, nous possédons un court procès-verbal de ce concile dont Pertz a donné la meil- leure édition, d'après un manuscrit de Weingart. La situation se résume : Marin, évêque de Polymartium (Bomarzo) et légat du pape, présida le concile dont l'orateur et second président, le savant et éloquent Robert, archevêque de Trêves, déclara que la principale mission du concile était de rendre à Louis son [596] trône de France, à Artaud, son archevêché de Reims *. Le roi col. 304, 468. Pour la biographie de Flodoard, cf. Ph. Lauer, Les Annales de Flo- doard publiées d'après les manuscrits avec une introduction et des notes, in-8, Paris, 1905, p. v-xxix. Pour la période qui nous occupe, nous voyons que Flodoard fit un voyage à Rome, vers 936-939. Vers cette époque, il reçut la prêtrise. En juin ou juillet 940, Artaud est chassé de Reims et ses prêtres sont en butte aux tra- casseries de Herbert de Vermandois. Flodoard penchait pour Artaud, sans être cependant hostile de parti pris à Hugues, mais il ne se déclarait pas. Il crut avoir trouvé le moyen de tout concilier en allant faire un pèlerinage à Saint-Martin de Tours. On se défia de cet accès de dévotion et Flodoard fut arrêté, dépouillé de la terre qu'il tenait en bénéfice de l'Église de Reims et de sa cvire de Cormicy; on le plaça dans une sorte de captivité qui dura cinq mois (fin octobre 940- 25 mars 941). Cet épisode avait eu la vertu de convaincre Flodoard du bon droit dArtaud. Au concile de Soissons, 18 avril 941, Hugues lui restitua ses béné- fices et lui donna même en plus l'église de Notre-Dame deCauroy ; ce fut en vain. Dès qu'Artaud revint, Flodoard reprit auprès de lui son ancien poste de con- fiance. C'est ainsi qu'en 947 et 948 il assista aux conciles de Verdun, de Mouzon, de Trêves et d'Ingelheim. Il est présumable qu'il joua un rôle important dans cette assemblée, bien qu'il ne s'en soit pas vanté, et on peut se demander si le très re- marquable discours d'Artaud qu'il rapporte tout au long dans son Historia Ecclesisc Remensis, 1. II, c. xxxv, n'est pas son ouvrage. Le concile fini, Flodoard accompagna Artaud à Trêves où ils séjournèrent quatre seniaities. (H. L.) 1. Imprimé pour la première fois dans Pertz, Monum., t. v. Script., t. m, p. 603 sq. 2. Surtout Reinmann, De Richeri vita et scriptis, Olsnœ, 1845 ; Wattenbach, Deutschlands Geschiclitsquellen, p. 204. 3. Chronic. Hirsang., t. i, p. 90 sq. 4. Première session, mercredi 7 juin. On remarquera que le concile avait été assigné au 1^^" août par les évêques réunis à Mouzon. Le concile fut donc devancé de cinquante et un jours. Le fait est indiscutable, vu qu'on possède, outre l'affir- mation de Flodoard, deux diplômes d'Otton, datés du 11 juin à Ingelheim, Flo- doard, Annales, ad ann. 948 ; Mon. Germ. hist., Diplom., t. i, p. 165, 186. Con- formément à ce qui avait été déridé, l'assemblée se tint dans l'église Saint-Remi. M. Ph. Lauer, o]i. cil., p. 17'î, ti. 2, a eu raison de l'aire remarquerque le résumé 5 15. CONCILES DK '.)'■) o A !• 'i d 7<)5 Louis raconta ensuite comment Hugues ([m Tavait poursuivi dès l'enfance était enfin parvenu à le chasser de son royaume. — du concile donné par Hefele est <' bien insuffisant » ; nous y suppléons à l'aide du travail même de M. Lauer, op. cit.. p. 172. Le mercredi 7 juin l'assemblée ouvrit ses séances en l'église de Saint-Remi. Les rois Louis et Otton y firent leur entrée solennelle et prirent place l'un à côté de l'autre. Après avoir lu l'évangile, récité les prières d'usage et procédé à l'inter- prétation d'un certain nombre de canons qui consacraient l'autorité du concile, le légat Marin, présidant l'assemblée, produisit avec pompe la bulle qui lui confé- rait sa mission apostolique. Cette bulle invitait, « par égard pour le souverain pontife romain, à faire aborder le navire de l'Église universelle au port de la tran- quillité souhaitée et à lui épargner la peine d'être ébranlé plus longtemps par la tempête des tribulations. » Il y était dit que Marin avait été délégué par le « pape universel » (unwersalis papa) pour être son « vicaire» dans toute discus- sion des « décrets ecclésiastiques », avec le pouvoir de « lier, en vertu de l'auto- rité apostolique, tout ce qui doit être lié et de délier tout ce qui doit être délié. » Les deux rois, les évêques et tous les clercs présents, se félicitant de ce qu'ils venaient d'entendre, déclarèrent qu'ils obéiraient aux décisions apostoliques. Le légat exposa ensuite les raisons qui avaient amené la réunion du concile et l'objet que celui-ci devait poursuivre dans ses travaux. La cause qui avait la prio- rité était celle du roi de France. Louis se leva sans quitter sa place, et prit la pa- role afin de développer les raisons de son appel au concile, ses griefs contre le duc de France. Il avait, dit-il, été rappelé des régions d'outre-mer par les en- voyés de Hugues et de tous les seigneurs français, pour être remis en possession du royaume de France son héritage paternel : il avait été en effet élevé à la digni- té royale et, selon les vœux de tous, consacré, aux acclamations des grands [proceres] et des guerriers [milites] du royaume de France. Mais après cela il avait été chassé de son trône par Hugues. Puis, attaqué traîtreusement et fait prisonnier, il avait été détenu sous bonne garde par le même Hugues pendant une année entière. Il n'était parvenu à recouvrer sa liberté qu'en abandonnant la ville de Laon, que, seule de toutes les résidences royales, la reine Gerberge et ses fidèles avaient pu conserver, et Hugues l'avait occupée. Il ajouta pour con- clure, que si « quelqu'un venait prétendre que tous ces maux par lui soufferts, depuis qu'il avait obtenu la royauté, lui étaient advenus par sa faute, il se pur- gerait de cette accusation, selon le jugement du synode et le choix du roi Otton, au moyen de justifications produites devant l'assemblée ou par un combat judiciaire. Le résumé de ce discours, qui nous a été conservé par Flo- doard, provient des actes du concile et renferme très probablement les paroles que Louis a prononcées. Il est précieux, car il donne un tableau de la situa- tion fait par le roi lui-même et montre d'une façon bien nette quels étaient les sentiments de Louis à l'égard de Hugues le Grand en cette année 948. Quand Louis eut achevé d'exposer ses griefs, le concile, ému par sa plainte, prit la décision suivante dans un premier canon : « Que nul n'ose à l'avenir porter atteinte au pouvoir royal ni le déshonorer traîtreusement par un per- fide attentat. Nous décidons en conséquence, suivant l'arrêt du concile de Tolède (can. 75, cf. Hinschius, Décrétâtes Pseudo-Isidorianss, p. 373), que Hugues, Jim LIVRE xxvri ]^e roi ayant parlé, Robert, évêque de Trêves, fit cette remarque : Comme, en fait, Hugues avait en son pouvoir toute la France, envahisseur et ravisseur du royaume de Louis, sera frappé du glaive de l'excom- munication, à moins qu'il ne se présente, dans le délai fixé, devant le concile et qu'il ne s'amende en donnant satisfaction pour son insigne perversité.» Hugues le Grand était en outre menacé d'excommunication parce qu'il avait expulsé de Laon l'évèque Raoul. Des lettres de convocation pour le prochain concile devaient lui être envoyées. La cause du roi entendue, on passa à celle de l'archevêque. Artaud avait reçu du pape, dans l'intervalle, l'ordre d'expliquer l'origine et les diverses phases de son différend avec le fils d'Herbert, Hugues, au sujet du siège de Reims. Il avait rédigé, sous la forme d'une lettre au légat Marin et aux évêques, l'exposé dont il devait faire part au concile, et lui-même il le lut, debout devant l'assemblée. Voici ce discours fort habile, dans lequel l'orateur présente les événements sous le jour le plus favorable à sa cause, en évitant soigneusement toute allusion aux anciens différends de Louis avec Otton. « Au seigneur Marin, vicaire du Saint-Siège apostolique romain, et à tout le saint concile réuni à Ingelheim, Artaud, par la grâce de Dieu archevêque de Reims. «Notre Seigneur le pape Agapit nous a adressé, comme aux autres évêques [coepiscopis) de notre province, une lettre par laquelle il nous a ordonné de nous rendre à ce concile, muni de toutes les preuves nécessaires pour exposer à votre sainteté le tableau vrai des misères que souffre notre siège et que nous souffrons nous-même. En conséquence, nous avons jugé utile d'expliquer à votre prudence comment a pris naissance le malheureux débat qui existe encore entre Hu- gues et moi. Après la mort de l'archevêque Hervé, nous avons élu à l'épis- copat de Reims Séulf, qui remplissait dans notre ville les fonctions d'archidiacre. Ce prélat, après son ordination, concevant de la jalousie contre les parents de son prédécesseur, et ne pouvant par lui-même les déposséder, prit conseil de quel- ques laïques en qui il avait confiance, et rechercha l'amitié du comte Herbert. Il ne l'obtint que lorsque ses conseillers eurent promis pour lui, par serment, qu'après sa mort aucun des vassaux de l'Église ne concourrait à l'élection d'un évêque sans le consentement du conate Herbert et que celui-ci éloignerait de toute participation aux affaires de l'évêché le frère et les neveux de l'archevêque Hervé. «Ce traité conclu, les conseillers de Séulf accusèrent les parents d'Hervé d'infi- délité envers leur seigneur. Ils firent venir le comte Herbert avec plusieurs des siens, et les accusés reçurent l'ordre de rendre compte de leur conduite devant eux. Comme ils ne voulurent pas accepter le duel contre leurs accusateurs, ils furent privés des biens qu'ils tenaient de l'évêché, arrêtés et conduits par Her- bert au roi Robert, qui les retint en prison jusqu'à sa mort. Enfin, la troisième année de son épiscopat, Séulf mourut empoisonné, dit-on, par les gens d'Herbert. Rientôt le comte Herbert vint à Reims, et, en exécution de la parole jurée, fit consentir les gens de l'Église et quelques laïques à ses projets relatifs à l'élection d'un pasteur. Il alla avec eux trouver le roi Raoul en Rourgogne, et obtint de lui que l'évêché lui serait confié, à condition qu'il conserverait tant aux clercs qu'aux laïques les honneurs auxquels ils avaient droit, qu'il ne ferait 5 1,"). CONCILES DE 933 A !tAO 707 la prudence exigeait l'essai des moyens de conciliation, et l'imi- tation paternelle à s'amender. En cas de refus, on frapperait Hugues aucune injustice à personne, et qu'il gouvernerait l'évêché avec équité jusqu'à ce qu'il présentât au roi un clerc qvii pût être ordonné canoniquement pour remplir les fonctions épiscopales. Le comte, de retour à Reims, distribua à ses partisans les biens de l'évêché suivant son caprice, enleva à d'autres les biens qu'ils pos- sédaient, et, sans suivre aucune loi, aucune règle, dépouilla et bannit tous ceux qu'il voulut. Enfin, il fit venir à Reims Odolric, évêque d'Aix, et le chargea d'exercer les fonctions épiscopales. Ainsi, pendant six ans et plus, il s'appro- pria cet évêché, en disposa à sa fantaisie et résida, avec sa femme, dans le palais de l'archevêque. Enfin, la septième année, des difficultés s'élevèrent entre lui, le roi Raoul, et le comte Hugues; le roi Raoul accompagné de Hugues, de Boson, son frère, et de plusieurs évêques et comtes, vint assiéger Reims, sur les plaintes des évêques irrités de ce que, au mépris des lois canoniques, le roi laissait si longtemps cette ville sans pasteur. Le roi, ému de leurs plain- tes, avertit le clergé et le peuple d'élire un pasteur et leur laissa la faculté de le faire suivant la gloire de Dieu et la fidélité qu'ils lui devaient à lui-même. Du consentement unanime des clercs et des laïques qui étaient hors de la ville, et même avec l'assentiment de plusieurs des assiégés, notre humilité fut élue à cette dignité qui est moins un honneur qu'un fardeau. Enfin, les soldats et les citoyens ouvrirent les portes de la ville au roi Raoul. Dix-huit évêques présents me donnèrent la bénédiction épiscopale. Je fus accueilli par tout le clergé et les autres citoyens et placé sur le trône par les évêques de la province. Pendant près de neuf ans, j'ai exercé le ministère qui m'était confié, suivant le pouvoir que Dieu m'en avait conféré. J'ai ordonné huit évêques dans la province, j'ai institué dans mon diocèse le nombre de clercs nécessaire aux besoins de l'Église. Enfin, la neuvième année de mon épiscopat, lorsque le roi Louis, du consentement de Hugues et de tous les grands du royaume, avait reçu de moi, ainsi que la reine Gerberge, la bénédiction et l'onction sainte, le comte Hugues, irrité de ce que je n'avais pas voulu me joindre à lui dans sa révolte contre le roi, vint assiéger Reims avec le comte Herbert et Guillaume, prince des Normands. Bientôt, le sixième jour du siège, je fus abandonné de presque toute la milice laïque. Dans cet abandon, je fus forcé d'aller trouver Hugues et Herbert qui, par violence et intimidation, me contraignirent à abdiquer les fonctions épiscopales, puis me chassèrent et me fixèrent pour habitation le monastère de Saint-Basle. Ils amenèrent à Reims, Hugues, fils d'Herbert, qui avait été ordonné diacre à Auxerre, et ils restèrent maîtres de la ville. Mais le roi Louis, à son retour de Bourgogne, me trouva à Saint-Basle, et me prenant avec lui, moi et mes parents, que le comte Herbert avait dépouillés de leurs biens, me conduisit à Laon, qui était alors assiégé par Herbert et Hugues. Ceux-ci levèrent le siège et nous entrâmes dans la ville, oîi l'on nous prépara une demeure. Pendant ce temps-là, les clercs de notre diocèse, et même quelques laïques, étaient maltraités par Herbert ; quelques clercs furent jetés dans les fers, leurs biens leur furent enlevés ou furent livrés au pillage ; le brigandage était autorisé dans toute la ville. Cependant les évêques de la province furent convoqués par Hugues et Herbert, désireux et jaloux de faire ordonner 768 LIVRE XXVII d'anathènie. Le légal du pape et le concile adhérèrent à cet le proposition, et le légat ajouta (jue le pape avait écrit aiixFran- Hugues, fils d'Herbert. Dès qu'ils furent réunis à Soissons, ils m'envoyèrent à Laon l'évêque Audegier avec d'autres députés pour m'enjoindre de venir auprès d'eux et de donner mon consentement à cette ordination criminelle. Je leur répondis qu'il ne convenait pas que je me rendisse à une assemblée où mes ad- versaires et mes ennemis siégeaient avec eux; que, s'ils voulaient s'entretenir avec moi, ils devaient se rendre en un lieu où je pusse aller sans danger. Ils vinrent donc dans un endroit choisi par eux, et j'allai les trouver. En arrivant, je me jetai à genoux en leur présence, et je les priai, au nom de l'amour et de l'hon- neur de Dieu, d'émettre un avis qui fût utile tant à eux qu'à moi. Ils commen- cèrent à me parler de l'ordination de Hugues; ils me pressaient de toutes maniè- res d'y donner mon consentement, promettant d'obtenir pour moi quelques biens de l'évêché ; mais moi, après avoir longtemps différé de répondre, voyant qu'ils persistaient tous dans leurs vues, je me levai, et, sous peine d'excommunication, je défendis à haute voix au nom de Dieu, le Père Tout- Puissant, du Fils et du Saint-Esprit, qu'aucun d'eux n'osât procéder à cette élec- tion, imposer, de mon vivant, les mains à qui que ce fût, pour lui conférer l'onc- tion épiscopale, ou que nul n'osât recevoir ladite onction; s'ils le faisaient, j'en appelais au Siège apostolique. Ces paroles les mirent en fureur, et, pour pouvoir me tirer de leurs mains et retourner à Laon, je me radoucis et leur dis d'envoyer avec moi quelqu'un qui leur rapporterait ce que j'aurais décidé à ce sujet,d'après les conseils de ma reine et maîtresse, et ceux de ses fidèles, puisque le roi était absent. A cet effet, ils envoient l'évêque Deraud, persuadés que je changerais d'avis. Lorsqu'il fut arrivé, comme il m'interpellait en présence de la reine et de ses fidèles, je me levai et lançai de nouveau l'excommunication contre les évo- ques. 'J'eus soin de réitérer également mon appel au Saint-Siège, excomnrmniant Deraud lui-même, s'il se taisait, et s'il ne donnait à tous connaissance de l'excommunication. Les choses s'étant ainsi passées, ils se rendent à Reims sans faire cas de notre excommunication, et quelques-uns d'entre eux pren- nent part à la consécration ; quelques autres, on le sait, se retirèrent. Pour moi, restant avec le roi, j'ai partagé avec lui toutes les calamités qu'il a eu à souffrir ; lorsque Hugues et Herbert lui firent la guerre, j'étais avec lui, et ce n'est pas sans peine que j'ai échappé à la mort. Grâce aux secours et à la protec- tion de Dieu, je me suis tiré du milieu de mes ennemis; errant et fugitif, j'ai par- couru des forêts, des lieux inaccessibles, sans oser m'arrêter nulle part. Mais les comtes Hugues et Herbert, s'étant abouchés avec quelques-uns de nos amis soumis à leur puissance, leur conseillèrent d'aller me chercher, de me ramener près d'eux, leur promettant de me faire du bien et de me donner ce qu'ils deman- deraient eux-mêmes. Mes amis se mettent donc à ma recherche, me trouvent errant çà et là, et je suis amené par eux et par mes frères devant les deux coni- Ics. Dès qu'ils me voient en leur puissance, ils me demandent de leur céder le pallium, qui m'avait été conféré par le Saint-Siège de Rome, et d'abdiquer en- tièrement les fonctions sacerdotales. Je proteste que je ne le ferai jamais et que le danger de la mort même ne pourrait m'y déterminer. A force de rigueurs et de mauvais traitements, ils me contraignent à renoncer aux biens de l'évêché 515. CONCILES nE '.'.îo A ".)4U 7l)9 çais, les (Mii^agoanl à obéir au roi Louis. Le concile exiioila Ja- coni([ueinent. Hugues à se soumettre au roi, sous menace d'ex- Oa me ramène à Saint-Basic, pour y demeurer, comme si je n'avais plus d'em- ploi. Je ne restai que peu de jours dans cette abbaye. Averti par des avis sûrs, que je tenais des familiers d'Herbert, que celui-ci en voulait à ina vie, épouvanté et déterminé par ces bruits, qui me revenaient coup siii' coup, j'abandonnai mon asile ; je recommençai à errer au milieu des bois, dans le silence des nuits, et, par des chemins détournés, j'arrivai à Laon. Le roi me reçut et me décida à rester avec lui. Je demeurai donc a^ec lui et ses fidèles, attendant et implorant la misé- ricorde divine jusqu au momeni où Dieu inspira an roi Otton de venir en France au secours du roi, notre sire, et au mien. Enfin, lorsque la reine, notre maîtresse, quitta Laon, pour obtenir la délivrance du roi, j'en sortis et j'allai avec le roi, mon maître, à la rencontre du roi Otton, et nous marchâmes ensemble sur Reims. La ville fut donc investie par les armées, et les évêques présents furent d'avis de me rétablir sur mon siège. Le roi Otton donna à Hugues l'ordre de sortir et d'abandonner la yille qu'il avait usurpée. Celui-ci, après avoir balancé autant qu'il put, se voyant dans l'impossibilité de résister et de recevoir du secours de ses amis, résolut de parlii' et demanda «pion )<" laissât sortir librement avec ses troupes. On lui [n'iniil de sortir sain cl sauf avec tous ceux qui voudraient l'accompagner. 11 emporta, sans qu'on s'y opposât, tout ce qu'il voulut prendre. Je rentrai ainsi avec les rois dans Reims, et ils ordonnèrent que je fusse rétabli sur mon siège et dans ma dignité. Je fus donc reçu par Robert, archevêque de Trêves, par Frédéric de Mayence, el par les autres évêques qui les accom- pagnaient, au milieu des félicitations des clercs de notre Église et des autres ci- toyens, et je fus replacé sur mon trône épiscopal. Hugues, en sortant de Reims avec ses soldats, alla s'emparer de Mouzon, fortifia cette place et la garda contre les fidèles du roi notre sire. Enfin, une entrevue fut arrêtée entre le roi, mon seigneur, et le roi Otton près du Chiers. Je m'y rendis ainsi que Hugues, avec les évêques qui l'avaient consacré. Là, fut exposé aux prélats l'objet du différend, Hugues produisit une lettre qu'il prétendait avoir été écrite par moi au Siège romain, par laquelle je priais le pape d'agréer ma démission et de me décharger de l'administration de mon évêché. Je protestai et je proteste encore que je n'ai jamais dicté ni signé une lettre semblable. Mais, comme il n'avait pas été convo- qué de concile, ainsi que le faisaient valoir les partisans de Hugues, le jugement ne put être prononcé. On annonça que le concile se tiendrait à Verdun, à la mi- novembre, et les évêques des deux partis y consentirent. En attendant on me donna lu direction du diocèse de Reims, et l'on permit à Hugues de demeuier à .Mou/dii. Peu de temps après, vers l'époque de la vendange, Hugues, mon l'ival, pri'uaiil avec lui Thibaud, ennemi du roi et du royaume, vint avec plusieurs niallailcuis dans les villages du diocèse de Reims, voisins de la ville, l'I fil enlever tout le vin qu il transporta en divers endroits. H y commit beaucoup d'autres dégâts, emmena prisonniers des hommes de notre Église, et leur fit supporter mille tourments pour les forcer à se racheter. Le concile, convoqué à Verdun à la mi-novembre, s'ouvrit, suivant l'ordre de Brunon et de plusieurs évêques et abbés. Hugues qui avait été cité devant le concile, et à qui l'on avait même envoyé deux évêques, Aubéron et Josselin. pour l'ampiicr. ncdaigna pas conipa- CONCILKS ^ IV - 411 770 LIVRE XX vu coinmui)icaliou. L'assemblée décréta ce canon : « Qne nul ne se permette à l'avenir de déprécier le pouvoir royal on de le trahir, raître. Le concile, d'une voix unanime, me donna la diiectioa de l'évèché de Reims et l'on désigna un autre concile qui devait s'ouvrir aux ides de janvier. Il se tint en effet, comme il avait été dit, dans l'église de Saint-Pierre, en face de Mouzon, sous la présidence du seigneur Robert. Tous les évêques de la pro- vince de Trêves s'y étaient rendus avec quelques-uns de celle de Reims. Hugues, mou rival, y vint et, après s'être entretenu avec le seigneur Robert, ne voulut pas entrer au concile. Il envoya aux évêques une lettre qu'il prétendait écrite par notre seigneur le pape et apportée de Rome par son clerc. Cette lettre,sans contenir aucune décision canonique, ordonnait seulement que l'évèché fût rendu à Hugues. Après la lecture de ce document, les évêques entrèrent en délibéra- tion avec les abbés et les autres doctes personnes qui assistaient au concile. Ils déclarèrent qu'il n'était ni digne ni convenable d'annuler un ordre du Saint- Siège qui, apporté par Frédéric, archevêque de Mayence, avait été reçu depuis longtemps par l'archevêque Robert, en présence des rois et des évêques de France et de Germanie, et déjà même en partie exécuté, et cela pour une lettre pro- duite par notre ennemi. Il fut décidé à l'unanimité qu'on exécuterait canoni- quement ce qui avait été régulièrement commencé. On donna l'ordre de lire le xixe chapitre du concile de Carthage, concernant l'accusateur et l'accusé. Après cette lecture, il fut statué que, conformément à ce chapitre, je serais con- servé dans la communion, que je garderais le diocèse de Reims, et que Hugues, qui, cité devant deux conciles, avait refusé de comparaître, serait exclu de la communion et privé de l'administration du diocèse, jusqu'à ce qu'il se présen- tât au concile général, qui serait indiqué, pour se justifier et rendre compte de sa conduite. Les évêques firent transcrire en leur présence ce chapitre, ajoutè- rent au-dessous leur décision et l'envoyèrent à Hugues. Le lendemain, celui-ci le renvoya à l'archevêque Robert, en lui faisant dire de vive voix qu'il n'obéirait pas au jugement des évêques. Après la dissolution du concile, Hugues retint Mouzon, malgré les ordres des rois et des évêques. Pour moi, à mon retour de Reims, j'ai fait parvenir mes plaintes au siège romain par les députés duroiOtton et j'attends aujourd'hui les décrets de Rome, tout prêt à y obéir, ainsi qu'au ju- gement de votre saint concile général. » On traduisit en langue tudesque [teustica lingua) ce discours prononcé en la- tin que les rois Louis et Otton n'étaient pas à même de comprendre [Teustica lingua n'est-il pas une déformation de rustica lingua due au copiste ? Il s'agirait alors de la lingua rornana rustica). Alors le diacre Sigebold dévoué à Hugues, qui avait déjà paru au synode de Mouzon, entra dans l'assemblée. Il produisit de nouveau la même bulle qu'il avait exhibée devant les évêques lorrains, et déclara l'avoir obtenue du légat Marin lui-même. Il n'eut pas besoin d'en ap- porter la preuve. Le légat, sans doute prévenu d'avance, était muni du document dont Sigebold s'était servi pour obtenir la bulle pontificale. Il en fit immédiate- ment donner lecture au synode. C'était une lettre par laquelle Guy, évêque de Soissons, Audegier, évêque de Beauvais, Raoul, évêque de Laon, et tous les autres évêques de la province de Reims, Giboin de Châlons, Transmar de Noyon, Thi- baud d'Amiens, Foubert de Cambrai, et Guifroy de Thcrouanne demandaient 51.J. CONCILES DE '.» o o A 940 771 car couluriiiémeiil au 75*^ caiiou de Tolède^ nous avons décidé d'excommunier Hugues t|ui s'est emparé de l'empire de ijouis, à moins qu'il ne comparaisse devant le concile dans un délai assigné, qu'il ne s'amende et ne donne satisfaction. » Artaud de Reims se leva et suivant les instructions reçues du pape en répon- se à son recours, exposa lui-même son afïaire. Son récit, rédigé en forme de lettre au légat Marin, nous a été conservé par Flodoard et contient l'histoire détaillée des troubles de l'Église de Reims depuis la mort de l'archevêque Hervé. Après la lecture de cette lettre en la- an pape la restaura tiou de Hugues sur le siège de Reims et Texpulsiou d'Artaud. Aussitôt la lecture du document terminée, Tarchevêque Artaud se leva et com- mença à le réfuter. Raoul et Foubert qui vêtaient visés, l'un formellement, l'autre implicitement, eu firent autant. Ils déclarèrent qu'ils n'avaient jamais vu, ni entendu, ni autorisé semblable pétition. Sigebold ne put les contredire. Il se contenta d'éclater en injures contre eux. Le légat Marin requit alors le concile de se prononcer sur ce qu'il y avait à faire de cet imposteur qui insultait les évê- ques. On décida de le dégrader et de le chasser de l'assemblée. Ainsi fut traité l'envoyé de Hugues, victime de l'audace qu'il avait déployée. La démarche, loin de profiter à la cause du fils d'Herbert, n'avait fait au contraire qu'irriter le concile contre lui et hâter une solution en faveur d'Artaud. En effet, dès le premier jour de la réunion, le concile rendit l'arrêt suivant : « il décide, confirme et approuve d'après les canons des conciles et les décrets des saints Pères » que l'archevêché de Reims sera conservé et administré par Artaud qui s'est présenté à tous les synodes sans jamais se soustraire à la juri- diction des évêques. Artaud avait obtenu une prompte satisfaction grâce à l'ar- rivée du faussaire Sigebold. Le concile s'occupa dans sa séance du second jour de régler définitivement la situation de Hugues. Après une nouvelle allocution du légat Marin, Robert, archevêque de Trêves, à qui Artaud devait déjà beau- coup de reconnaissance, lui rendit un liouveau service. Il demanda au concile de compléter le jugement relatif à l'archevêché de Reims en réglant les mesures à prendre envers l'usurpateur Hugues. Marin requit, en conséquence, le concile de prononcer une « sentence canonique» sur la motion présentée par l'arche- vêque de Trêves. On donna lecture des articles généraux de la « loi ». Après quoi, « selon les règles canoniques et les décrétales des saints Pères Sixte, Alexandre, Innocent, Zozime, Boniface, Célestin, Léon, Symmaque, et de tous les autres saints docteurs de l'Église, le concile excommunia et chassa du sein de l'ÉgHse de Dieu Hugues, envahisseur des biens de l'Église de Reims, jusqu'à ce qu'il donnât une satisfaction convenable. » Tels furent à peu près les termes de l'acte d'excommunication publié le 8 juin 948 dans une deuxième session, contre Hugues fils d'Herbert. Les évêques qui l'avaient ordonné, notamment Guy de Soissoiis et Guy d'Auxerre, ainsi que Thibaud, évêque d'Amiens, et tous ceux qui avaient été ordonnés par lui, furent menacés de l'excommunication, s'ils ne venaient faire amende honorable au prochain synode, à Trêves, le 8 septembre. (H. L.) 1. Voir § 290. 772 LIVRE XXVI 1 tin et dans une traduction allemande, le diacre Sigebold, fondé de pouvoir du parti adverse, prit la parole et exposa que la nomination de Huoues de Vermandois au siège archiépiscopal de Reims avait eu lieu sur les instances des sufîragants de cette Eglise. Les quelques suffragants de Reims présents à Ingelheim décla- rèrent l'assertion fausse, mais Sigebold les insulta ; et le concile, se conformant aux anciens canons, prononça immédiatement sa déposilidii du diaconat. Ainsi se termina la [)ieinière session. Dans la session suivante, Robert, arch('vr((ue de Trêves, de- manda rexconiiiiiiuication de Hugues, usurpateur de l'Église (le Reims, «•<• (jui liil fait, après lectucc d'une longue série de [597] documents. KÀilaud. archevêque de Reims, chassé de son siège, est réintégré eji \ ertu de l'autorité canonique, et Hugues usur- j)ateur de ce siège, est frappé d'anathème ; ceux qui l'ont ordonné, ceux (|ui ont été ordonnés par lui, devront se trouver à Trêves Je (S se|)lembre prochain, pour y donnei- satisfaction et y faire pénitence. S'ils s'y refusent, ils seront également excommuniés. » Les jours suivants, dit Flodoard, on s'occupa des unions inces- tueuses, de la collation irréguliêre et simoniaque des Eglises, et de plusieurs autres sujets intéressant l'Église de Dieu. On dut alors promulguer les huit canons contenus, outre ceux que nous avons donnés, dans le procès-verbal. Des dix canons, le premier a trait à Hugues, duc de Paris. Le second est la sentence en faveur d'Artaud et contre Huoues de Vermandois ^. Puis vien- 1. Le canon 2" du concile nous a été conseivc sous cette forme abrégée C. IL Item reclamatio Artoldi archiepiscopi qualiter Hugo pseudo-episcopus sedem suam illicite invasit. Artoldus Remensis ecclesiœ arcliiepiscopus propria de sede rrpiilsus ex canonica auctoriiate in printiiium honorem inironizatus ; Hugo autem qui ejus sedem contra jus sibi usurpât, anathematis est mucrune mulctatus ejusque ordinatores, et qui ah eo sunt ordinati nisi VI idus septembris Treveris veniant, et ibi pro erratibus dignam satisfaciendo psenitentiam subeanl, similem excommuni- cationis sententiam sustineant. Mon. Germ. hisL, Const. lit. imper., t. i, p. 14. Ce canon 2 est développé en termes qui rappellent beaucoup ceux de Flo- doard sans loufefois être exactement les mêmes : Canonum exempla et sanc- lorum Patrum instituta sequentes, Gregorii videlicet, Simmachi, Zossimi, Celes- tini, Leonis et aliorum sanctse ecclesise cloctorum quendam Hugonem Remensis ecclesise invasorem et raptorem et episcopale ministerium inclite [= inlicite) usurpantem judicio Sancti Spiritus excommunicamus et a gremio sanctse matris Ecclesiiv excludimus quoadusque pœnilendo resipiscat et Ecclesise Dei satisfaciat. Quod si non jecerit, sub anathematis damnalione lucerna ejus cxtingualur... .■■)l."i. CONCILES DE 'J'ào A !)40 773 nent les canons suivants : .']. Hugues ayant chassé nodull. évpcjuc (le J^aon. uniquement à cause de sa fidélité au roi Louis, nous avons résolu d'excommunier Hugues, s'il ne vient pas et ne donne pas satisfaction. 4. Les laïques ne doivent pas, sans la permission de l'évêque, installer un prêtre ni lui enlever sa charge. 5. Ils ne doivent non plus ni blesser ni maltraiter un prêtre. 6. On doit solenniser toute la semaine de Pâques, ainsi (]ue le lundi, le mardi el le mercredi de la Penlecotc ^ 7. Le jour de hi Litania major (25 avril) esl un jour de jeune, ainsi (|nc les Ktjga- tions qui précèdent 1" Ascension. S. Les laïcjucs n'oni ain un droil aux offrandes des fidèles ])résentées à l'an le). 1>. Les autorités civiles n'ont ])as le droit de décider de la retenue des dîmes : cette décision est du ressort des conciles. 10. Licomplet et altéré. Le canon traite des femmes et de leur progrès. On a supposé, non sans vraisemblance, cpie les deux évêchés de Brandebourg et de Posen avaient été créés dans ce concile parle roi Otton 1*^'". Celui-ci pénétra en France a\i mois de juillet 948 avec une armée, et réintégra les évêques Artaud de Reims et Rodulf de Laon. A cette occasion, il tint un concile à Laon '^. Quelque temps après se réunit à Trêves (8 septembre), sous la présidence du légat Marin, le concile projeté ^. A l'exception de Robert. 598] archevêque de Trêves, il ne s'y trouva pas un sevd évêque ger- main ou lorrain ; par contre on y \\l l'archevêque Artaud avec ses sufîragants, Wido (Guido) de Soissons, Rodulf de Laon. Wicfred de Térouanne [civitas Morinorinn). Artaud annonça que Hœc excommunicatlo acia esl in Ingelenheim ab episcopis infrascriptis : Marinus episcopus vicarius domini mei beadssimi atque aposiolici universalis ecclesise pap;e Agapiti urbis Romse, synodi prsesidens statui, consensi et subscripsi. Monum. Germ., ibid., t. i, p. 15-16. (H. L.) 1. E. Dûmmler, Otto der Grosse, p. 164. (H. L.) 2. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 593 ; Coll. regia, t. xxv. col. 86 ,- Labbe, Concilia, t. ix, col. 632 : Hardouin, Coll. couc, 1. vi. col. 613 : Coleti, Concilia, t. XI, col. 856; Maiisi, op. cit., t. vin, col. 427. Richer, Jlistoriorum libri IV, dans Monum. Germ. hist., Scriptore.s, 1. II, c. ixxxi, prétend qu'on lixa un coiicilc à Saint-Vincent de Laon à trente jours d'intervalle après la ilùluif du comité d'Ingelheim, terminé le S juin. (H. L.) ."!. Coll. regia, 1. xxv. col. 87 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. (;32-C.3;! : Ihiidouin. Cane, coll., t. vi. cnt. (ll.'i : Coleti, Concilia, t. xi, col. 8r)7 ; Mansi. Conc. amplis.^, coll., t. xviii, col. 'i2^) : Ilart/heim, Conc. goin.. I. ic col. dtS ; t?inlcrini, Deut.'iclte Concilieu. 1. m, p. 287 : (;iesel)rcclil, Cesdi. d. (Iciitsrhen l\iiis,'r:ril. l.r. p. 288. (H. L.) 774 I-IVKK XXVII Hugues Ca[)el no s'était pas encore soumis. On décida de remettre la senlence. à la prochaine session pour le cas où il enverrait des fondés de pouvoir. En attendant, on s'oc- cupa des évêques qui avaient ordonné Hugues, l'évèque intrus de Reims, ou qui avaient fait cause commune avec lui. Le seul de ces évèques présent était Wido de Soissons, qui recon- nut sa faute et fut gracié. L'évoque de Noyon s'était déclaré malade et avait envoyé un représentant. Enfin, le troisième jour, sur la proposition de Liudolf, chapelain de la cour d'Ot- ton le Grand, l'excommunication fut prononcée contre Hugues, usurpateur de la couronne de France ^, On excommunia en même temps deux évêques ordonnés par l'intrus Hugues : Thi- baud d'Amiens et Yves de Senlis, ainsi qu'un clerc de Laon, qui avait conduit Thibaud dans l'église. Enfin Hildegar, évêque de Beauvais, et Héribert le Jeime, comte de Vermandois, furent invités à comparaître par-devant les légats on à se rendre à R(.nu> •-. 1. Louis d'Outre-Mer se chargea d'exécuter la sentence à son profil. Cf. F. Lot, Les derniers Carolingiens, 1891, p. 7-8. (IL L.) 2. Dans l'intervalle de trois mois qui s'écoula entre le concile d'Ingelheim et celui de Trêves, les diocèses de Soissons et de Reims avaient été ravagés et pillés par Hugues le Grand. Cf. Ph. Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, 1900, p. 189-190. Le concile de Trêves avait été fixé au 8 septembre ; cette as- semblée n'eut pas l'importance et la solennité du concile d'Ingelheim. « Trêves élail un peu éloignée ])our les prélats de (iermanie. qui pouvaient d'ailleurs consi- déici' leur tâche connue accomplie (lc|)uis que Artaud était définitivement ré- iiislallc sui' if siège de Ucims. Pas un d'entre eux ne s'y rendit, les évêques lor- rains ne iniiciil pas jiliis d'empresscnient, et lorsqu'Arlaud parvint à Trêves il n'.v trouva cpu' le légal du pape. Marin, et l'archevêque Robert que n'assistaient même pas ses sutîragants. Malgré leur petit nombre, les évêques présents prirent séance avec d'autres clercs et des seigneurs la'iques, sous la présidence du légat Marin. Celui-ci reprenant aussitôt la suite du procès du duc de France, demanda comment l'accusé s'était comporté à l'égard d'Artaud et du roi à la suite du concile d'Ingelheim. On lui rapporta ce qUi était arrivé, comment Hugues le Grand avait assiégé et brûlé en partie Soissors, avec sa cathédrale, comment il avait ravagé le diocèse de Reims oi^i il n'avait pas même épargné les églises. Marin ayant demandé si les lettres de citation, qu'il avait envoyées à Hugues, lui étaient paivcimcs. l'aichcx ê(]uc Arlaud déclara (]uc « certaines d'entre elles seulement ('■laieiil aiti\('cs à des I iiia I ion, car le porh'ui' des autres avait été arrêté par des |Uiilisaiis du dcstiiialairc : le iUw de f''janc(> avait été, en lous cas. appelé à com- jiaïaîtri' Ian1 par lettres i\\n- par jucssagers. n Là-dessus Marin fit demander ^'\\ ne se Irouvail |)as dans l'asscinhléc (pieNpi.' envoyé de la |)arl de Hugues. l'.is.innc n.' se prés, i, la. La siluali lail la rnéin<' .ju'à Ingelhcini. Ou décida :>[:>. CONCILES DE 933 A •»40 775 Il se tint en 948, à Londres, un grand concile anglais, dans lequel le roi Edred fit des donations considérables au monas- de surseoir au lendemain pour laisser à un messager de Hugues le Grand le temps d'arriver. Le lendemain personne ne vint. Tous les assistants, clercs et laïques, demandaient à grands cris qu'on prononçât l'excommunication. Les évèques présents, Artaud, Robert, Raoul de Laon, Guy de Soissons, Guifroy de Thérou- anne ne furent cependant pas encore de cet avis. La chose était trop grave, il ne fallait pas compromettre l'efficacité de l'arrêt par une hâte excessive. Il fut donc accordé qu'on différerait encore un jour. En attendant on s'occupa des mesures à prendre envers les évêques qui, convoqués à Trêves, ne s'y étaient pas rendus. Il y eut sans doute peu d'excuses produites, car Flodoard mentionne soigneusement celles que présenta l'évêque de Noyon, Transmar, par la voix d'un prêtre appelé Silvestre qu'il avait envoyé. Transmar se disait retenu à Noyon par une grave maladie. Les évêques français présents attestèrent la véraci- té de son dire. Ensuite, on s'occupa des évêques qui avaient pris part à l'ordina- tion de Hugues. On voulait profiter de la présence de Guy de Soissons, le prin- cipal auteur de cette ordination. L'amende honorable qu'il était prêt à renouve- ler pouvait donner au concile le prestige qui lui manquait à cause du petit nom- bre de ses membres. Guy ne se fit pas prier. Dès qu'il fut pris à parti, il con- fessa la faute par lui commise « prosterné devant le légat Marin et l'archevêque Artaud. » Il fut absous par le légat sur l'intervention d'Artaud et de Robert de Trêves qui le déclarèrent digne de pardon. On profita de la présence de l'évêque de Thérouanne, Guifroy, pour examiner sa conduite et l'on reconnut qu'il s'était tenu tout à fait à l'écart de l'ordination de Hugues. On ne lui fit aucun grief de n'avoir pas assisté au concile d'Ingelheim, considérant sans doute comme une réparation suffisante sa comparution au synode de Trêves. « La troisième séance du concile de Trêves s'ouvrit le 10 septembre. Liudolf, chapelain d'Otton, qui avait été envoyé tout spécialement pour assister aux débats relatifs à Hugues le Grand, joua un rôle important. Les évêques français et l'ar- chevêque de Trêves hésitaient à recourir aux mesures extrêmes envers le puissant duc de France dont la vengeance était à redouter. Hugues le Grand, on pouvait le penser, ne se soumettrait certainement pas à la sentence de cette assemblée, puisqu'il avait dédaigné de se rendre au concile d'Ingelheim qui présentait par sa composition une autorité bien supérieure. Artaud lui-même ne paraît pas avoir insisté particulièrement pour l'emploi des mesvires de rigueur proposées contre le duc. Il craignait sans doute d'avoir à supporter seul tout le poids des représailles. Cependant, sur les instances réitérées de Liudolf qui, au nom d'Otton, les pressait d'agir, les évêques assurés enfin d'un appui se décidèrent à pronon- cer la sentence. Hugues le Grand « l'ennemi du roi Loviis « fut « excommunie pour les méfaits {mala) » dont il s'était rendu coupable sur les terres de l'Église de Reims ; et la décision du concile devait garder toute sa force « tant que Hugues ne viendrait pas à résipiscence et ne ferait pas amende honorable en présence du légat Marin ou des évêques auxquels il avait injustement porté préjudice. S'il refusait de le faire, il aurait à se rendre à Rome pour obtenir son absolution. >' Le concile avait eu l'habileté de ne mettre en avant aucun grief politique, sauf cette :^iniple conslalal lui, qur Hugiu-s (•■l;iii l'cniicini de L(Mns . Il ;i\;iil //(j LIVRE XXVUI 1ère de Croyland, où son ancien chancelier Turketul avail été 7noine et abbé ^. A Rome, le pape Agapet II confirma dans un concile tenu à Saint-Pierre, en 949, la sentence portée à Ingel- brim contre lliioues le Grand et contre l'archevêque intrus Hu- iiiHîs ^. En 950, le concile célébré à Llandall", dans le pays de Galles, restitua au roi (c'esl-à-dire l'un des principaux) Nougui ce qu'il avait enlevé à l'évcque ^. Vers cette même époque, il se linl Cil Xoi'injiiidic "* un (•(uicdc |iio\ iiici;il. (|iii porla vingt, ca- (• xiïoinmuiilé 1Iiil;iu>s lo Cirand soiilemeiil coinmi- ciivaliisseiir de l)ieiis d'Eglise. Maluii' loiitc son assiiiaiici', le duc ne dul pas icsicr insensible à cet arrêt auquel il a\ai( ])('iil-ètic csiKMC' ('■cliapper, car eu l)'i2, il s'était réconcilié avec le roi juste avant l'expiration du délai d'amendement fixé par Etienne VIII. La sen- tence du concile de Trêves ne pouvait, il est vrai, avoir le même efïet qu'une ex- communication directement lancée par la cour de Rome. « Après cet acte décisif, le concile reprit l'étude de diverses questions relati- ves à l'archevêque Hugues. Deux évêques avaient été après consacrés par lui, Thibaud d'Amiens et Yves de Senlis. Ces sacres inspirés par Hugues le Grand avaient eu lieu, le premier, après l'expulsion de Reims, le second après l'excom- munication de l'archevêque disgracié. Thibaud et Yves furent déclarés pseudo- episcopi, faux évêques, et, comme tels, excommuniés. Audegier, évêque de Beau- vais, qui avait assisté à leur consécration, fut appelé par lettre du légat Marin à venir rendre raison de sa conduite en présence du concile. Il avait l'intention d'aller s'expliquer à Rome devant le pape. Raoul de Laon fit aussi frapper d'ex- communication un certain clerc, appelé AUeaume, qui avait introduit l'excom- munié Thibaud dans la cathédrale de Laon. Enfin le concile apprenant qu'Herbert de Vermandois, à l'exemple de son oncle, s'attaquait aux évêques, le somma de comparaître pour donner satisfaction. » Ph. Laner. op. cit., p. 191-19;"). (H. L.) 1. Coll. regia, t. xxv, col. 89 ; Labbc, ConcUia, 1. ix, col. ()33-634 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, col. 613 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 857 ; ^Vilkins, Coiic. Brltan- ni:p, t. I, 001.217-218 ; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 430. (II. L.) 2. Coll. regia, t. xxv, col. 90 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 634 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, col. 615 ; Coleli, Concilia, t. xi, col. 861 ; Alaiisi. op. cit., t. xviii, col. 431 ; Jafîé, Regesia pont. Jioiii.. p. ;'>19 ; 2° édit., p. 'iT)! : Pli. Lauer, Le règne de Louis IV d'Outre-Mer. iii-8. Paris. 1900, p. 205. llu-ucs disparaît dès lors del'his- toirc où il ne fait |)lus (nriine courte apparition en 'J62, à la mort d'Artaud. K. von Kalkslein. Crschiclilc des jranzôsischen Kiinigtliunis unier den ersten Capetingern, I. Der J!)] 516. Otton le Grand devient roi d'Italie. Conciles de 952 à 962. .Vriuilf. le dernier carolinoieu ([ui porta la couronne impéi'iale. ne |»ul conserxer sous sa domination l'Italie, qui se divisa entre Jiunihert de Spolète, son compétiteur à l'empire, et Bérenoer diuî de Frioul. Lamhert occupa l'Italie centrale, et Bérenger l'Italie se|)tentrionaie où il se ht proclamer roi de Lomhardie '^. LamJjert ayant été massacré en 898, les adversaires de Bérenger appelèrent de Provence le roi Louis, fils de Boson ^, que le pape Benoît IV (900)* couronna empereur ; néanmoins en 915 Bérenger atteignit le terme de ses désirs, il fit crever les yeux au roi Louis et le re- jeta de l'autre côté des Alpes ^. Le pape Jean X donna alors la 1. Cassien. Collatio V. Cf. Steitz, dans Jahrbihiier. fur deutsche tlteoL, de Weiz- sâcker, t. m, fasc. 1, p. 10.5. 2. On trouvera un exposé de la situation politique de l'Italie à cette date dans R. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens, in-8, Paris, 1901, p. 164-168. (H. L.) 3. /6(d., p. 169, et la note 1, relativement à la chronologie des expéditions de Louis de Provence en Italie. (H. L.) -i. Le 11 octobre 900. Louis était à Pavie. C'est dans cette ville, peut-être le lendemain, 12 octobre, qu'eut lieu le couronnement de Louis, comme roi d'Ita- lie, au milieu d'un grand concours de nobles et d'évèques. De Pavie, il paraît s'être sur-le-champ dirigé vers Rome où il fut couronne le 15 ou le 22 février 901 par les mains de Benoît IV. Cf. R. Poupardin, op. cit., p. 171, note 1. (H. L.) 5. Le 24 juin 905, l'empereur Louis était encore à Pavie. Bérenger, cepen- dant, avec ses Bavarois et sans doute aussi quelques seigneurs italiens demeurés fidèles à sa cavise, arrivait devant Vérone à l'improviste. Ses anciens sujets lui ouvrirent pendant la nuit les portes de la ville, celles probablement de la rive droite, moins surveillées, et traversant le fleuve, Bavarois et Italiens, avant que Louis eût eu le temps de se mettre en défense, pénétrèrent à l'improviste dans l'église de Saint-Pierre et les bâtiments voisins. Le prince, fait prisonnier, eut les yeux crevés, 21 juillet 905. R. Poupardin, op. cit., p. 185-189. Il était de re- 778 ,1VRE XX\ II couronne impériale à Bérenger dont la mort survint en 924. Pendant l'interrègne Hugues le Mauvais, comte d'Arles, aidé de sa demi-sœur, la trop fameuse Ermengarde, femme de Bérenger marquis d'Ivrée (en Piémont), et de sa belle-sœur, qui devint plus tard sa femme, la célèbre Marozzia ^, alors toute puissante à Rome, obtint le titre et la puissance de roi d'Italie. C'était un bien triste trio que ces deux femmes ri- vales de honte et de corruption, étroitement unies par un homme qui compte parmi les pires scélérats de ce pauvre x^ siècle ^. Peu de temps avant sa mort, Hugues le Mauvais dut laisser la couronne d'Italie à son fils Lothaire, fiancé à Adélaïde, fille de Rodolphe II de Bourgogne ^. Lothaire n'eut d'un roi que le nom, toute la puissance demeura entre les mains de ses vassaux, en particulier de Bérenger d'Ivrée. Lothaire étant mort subite- ment au mois de novembre 950, âgé de vingt et un ans seulement, Bérenger II fut élu et covironné roi d'Italie, à Pavie, au mois de décembre 950 conjointement avec son fils Adelbert, *. Les ennemis de Bérenger lui imputèrent la mort de Lothaire; mais vin ancien chroniqueur attribue cette mort à une inflammation d'entrailles. Bérenger II voulut faire épouser à son fils Adélaïde, veuve de [600] Lothaire, âgée de dix-neuf ans, mais elle s'y refusa. Alors Béren- ger la fit saisir à Côme et enfermer dans le château de Garda, sur lanossa au|>rès tour en Provence, le 26 octobre: il est désormais connu sous le nom de Louis l'Aveugle. (H. L.) 1. Comme nous l'avons fait remarquer, Marozzia avait épousé en premières noces Albéric, puis Guy de Tuscane, demi-frère d'Hugues, et enfin (932) Hugues lui-même. C'était donc pour Hugues aussi bien que pour Marozzia une troisième \uiion. [Marozzia, on s'en souvient, avait commencé par être la maî- tresse du pape Serge III, de qui elle eut un fils, le futur pape Jean XI. (H. L.)] 2. Sur Hugues d'Arles, cf. H. Poupardin. oj>. cit.. p. 204 sq., 219-222, 230, 267, 273. (H. L.) •A. ïhid., p. 22'i-22r.. TM. ;,(.!.■ .I. (H. l..] 4. R. Poupaj.liii, <>i>. ri/.. |.. K;:.. (H, T-.) 51 G. OTTON LE GHAND DEVIKNT UOI d'iTALIE 779 du chevalier Atto (Azzo), vassal de l'évêque de Reggio. Adélaïde et une grande partie de l'Italie tournèrent alors levirs regards vers l'Allemagne, sollicitant du secours à un moment où se pro- duisait dans ce pays une véritable renaissance de l'État, de l'Église et de la science. Déjà le roi Henri l^^, l'aïeul de la mai- son impériale de Saxe, avait ramené l'ordre, fondé des villes, vaincu les Hongrois et fait respecter partout le nom allemand. Il fut surpassé par son illustre fils, le roi Otton I^^, qui, vainqueur des sauvages Danois, s'empara de la Lorraine, étendit les limites de l'empire, fit entrer dans l'Eglise des peuples païens, étouffa d'une main ferme les révoltes, fonda l'archevêché de Magdebourg et six autres évêchés, et sut assurer à tous les sièges d'excellents évêques. On raconte qu'il choisit plusieurs évêques à la suite de visions. Quoi qu'il en soit, sous son règne l'épiscopat alle- mand fut grand et illustre : l Irich. évéque d'Augsbourg, et saint Bruno, archevêque de Cologne (frère puîné d'Otton), en sont des exemples. Il en fut de même povir la science ecclé- siastique, qui, à partir d'Otton. fut cultivée dans tous les prin- cipaux monastères de la Germanie. La puissance d'Otton l'emportant sur celle de tous les autres prin- ces de l'Europe, on ne peut s'étonner que l'Italie ait espéré trou- ver en lui un sauveur ^. Déjà, onze ans auparavant. Bérenger 1. Dans ce ihaos du x*^ siècle, Hefele ne nous semble pas avoir exposé la suc- cession pontificale d'une manière assez suivie; nous allons suppléer à cette la- cune dans une note. Nous avons vu le pape Jean X payer de sa personne au Garigliano et charger les Sarrasins l'épée à la main. Le marquis Albéric ne s'était pas moins distingué." Ses exploits contre les Sarrasins le firent bien voir des Romains. Au retour du Garigliano, Théophylacte lui donna sa fille Ma- rozzia, qui, comme nous l'avons vu plus haut, avait fait ses débuts, d'une façon irrégulière, avec le défunt pape Serge III. Quant à Jean X, fort de ses appuis temporels, il laissait dire les gens scrupuleux qui trouvaient, non sans droit, sa promotion illégitime. Diacre de Bologne, Jean avait été désigné pour occu- per ce siège vacant par la mort de l'évêque Pierre. Mais le trône métropolitain de Ravenne étant devenu libre à ce moment, il opta pour cette situation su- périeure et l'occupa plusieurs années (905-914), jusqu'à ce que la faveur de Théodora l'eût promu au Siège apostolique. Aussi V Invectiva in Romam, fulmi- née de Xaples, et la chronique du Mont-Cassin, le traitent-elles A'invasor. l'his éclectiques, les catalogues romains l'insèrent à son rang, sans observation. Jean maintient l'annulation des ordinations formosiennes. comme son prédé- cesseur Serge IIÎ. C'était \\n singulier cas que celui de ces papes, Etienne Yl, Serge 111. .Jean X.tous trois évêques avant leur avèrieniciil ;ni pontifical et né- anmoins lous liois il'iicroi'il |)()iir coiidnniner l'orinuse. sa pioiiiolioii et ses or- 780 LIVRE xxvn avaiL voulu faire combattre par Otton le roi Hugues le Mauvais, et à cette fin, il s'était rendu en Germanie en 940. De son (linations, alors que les leurs étaient entachées précisément du- même vice. Le temps mit fm à cette querelle de droit canonique. Vers le déclin du pontilicat de Jean X, de graves événements se passèrent dans l'Italie du Nord. Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane, fut appelé, en 922, par le marquis d'Ivréc cl autres potentats locaux pour combattre l'emperevir Bérenger. Après bien des péripéties, parmi lesquelles I;i plus sinistre est l'invasion des Hongrois, que Bérenger provoqua hii-méme, ce malheureux prince mourut assassiné à Vérone, en 924. Mais Rodolphe ne jouit pas longtemps de son succès. Un autre préten- dant descendit des Alpes, Hugues, roi de Provence, successeur de Louis l'Aveugle et, par sa mère Berthe, petit-fils de Lothaire II et de Waldrade. Reconnu à Pavie, en 926, Hugues attira aussitôt les yeux des Romains. Autour du pape Jean X, le désordre recommençait. Théophylacte était mort, Albéric aussi. De la des- cendance mâle du premier, de ce filius consulis qui avait figuré avec tant d'éclat au sacre de Bérenger, il n'est plus question ; mais Marozzia, fille de Théophylacte et veuve d'Albéric, était encore de ce naonde. Elle s'était même remariée à Guy, marquis de Toscane, sans abandonner ses prétentions sur l'État romain. Ici, elle était contrecarrée par le pape, que soutenait son frère Pierre, l'autre assistant de Bérenger au sacre de 915. Pierre s'était créé une principauté à Orte. Appuyé sur cette forteresse et sur l'influence du pape, il cherchait à contre-balancer l'in- fluence de Marozzia. Les Hongrois, appelés par lui, remplaçaient les Sarrasins dans la campagne romaine et la livraient à toutes les horreurs. A ces alliés com- promettants, le pape voulut joindre ou substituer l'appui du nouveau roi d'Italie. Il alla le trouver à Mantoue et conclut avec lui un pacte dont les détails nous sont restés inconnus. Cette tentative d'émancipation n'était pas faite pour plaire à Marozzia. Par ses soins et ceux de son mari, une émeute éclata à Rome. Les ré- voltés, soutenus par des soldats venus de Toscane, envahirent le Latran, se sai- sirent de Pierre et le massacrèrent sous les yeux de son frère. Quant au pape, il fut jeté en prison, et, peu après, on l'étoulîa avec un oreiller (928). Comme dit le moine de Mont-Soracte : Subjugalus eut Romani potestatwe in manu femime. Marozzia usa de son pouvoir en donnant le Saint-Siège à ses créatures, d'abord Léon (Léon VI, 928), prêtre de Sainte-Suzanne, puis Etienne (Etienne VII, 929-931) prêtre de Sainte-Anastasie, enfin à son propre fils Jean (Jean XI) antérieurement pourvu du titre de Sainte-Marie transtibérine. Si celui-ci n'avait pas été pourvu plus tôt, c'est sans doute parce qu'il était trop jeune. «Sur ces entrefaites Guy de Toscane vint à mourir. Le roi d'Italie Hugues, qui menait dans son palais de Pavie une vie de sultan, perdit aussi sa femme légiti- me. L'ambitieuse Marozzia, après avoir trôné à Spolète et à Lucques, rêva de devenir reine et même impératrice ; elle fit offrir sa main au roi Hugues, lequel s'empressa d'accepter. Les noces furent célébrées à Rome au château Saint-Ange, où Marozzia paraît avoir fixé sa résidence. Il n'était guère douteux que Jean XI, en bon fils, ne consentît à mettre des couronnes impériales sur les têtes des nou- veaux mariés. La fête, pourtant, eut une autre issue. Outre Jean XI qui était iflé- gitime, Marozzia avait un autre fils, encore très jeune, appelé Albéric ; elle l'avait eu de son premier mariage avec le marquis de Sj>olèle. Albéric ne pouvait voii' ■ >\(k OTIurs' LE GliArNlJ DEVIENT ROI u'iTALIE 781 côté, Otlon n'avait pas perdu de vue l'Italie, ayant au contraire, toujours caressé le projet de ceindre un jour la couronne de Char- avec satisfaction sa mère passer ainsi d'un lit à un autre. Le roi Hugues eut l'im- prudence de l'injurier, au milieu même des fêtes, et cela publiquement. Ce i'ut l'étincelle. Albéric rallia autour de lui les Romains mécontents ; l'émeute assiégea aussitôt le château Saint-Ange; Hugues réussit, non sans peine, à s'échapper; Marozzia fut retenue prisonnière. « Cet événement n'est rien, tout bien considéié. (|u'un changement de per- sonne. Des mains de Marozzia, le pouvoir passa à colles de son fils Albéric, Marozzia elle-même en avait hérité de son père Théophylacte; la dynastie conti- nuait. Le pape dut se plier aux circonstances et se confiner de plus en plus dans ses attributions ecclésiastiques. Après Jeaii XI (931-935), se succédèrent Léon Vil (936-939), Etienne VIII (939-942), Marin II (942-946), AgapeL II (946-955). Aucun de ces papes ne fut prince temporel, si ce n'est en théorie, comme les rois mérovingiens des derniers temps : à vrai dire, il en était déjà de même de leurs prédécesseurs, depuis Serge III (904). L'État romain, dès sa constitution, en 754, avait été confié à la direction du pape et du clergé, cela évidemment contre le gré de l'aristocratie laïque. Celle-ci, après divers efforts manques, était parvenue en 824, à se faire place dans le personnel dirigeant : mais elle n'y était arrivée qu'en faisant cause commune avec le gouvernement protecteur et en s'appuyant sur lui. Quand la maison carolingienne eut disparu et qu'il fut devenu bien clair que le titre d'empereur ne correspondait plus à aucune autorité réelle, l'aristocra- tie laïque, restée seule en présence du clergé, n'eut aucune peine à le dominer. La grave question, celle de savoir quel serait \e princeps inter par es, ^luisle maître, fut résolue par Théophylacte; des circonstances que nous ne connaissons que très imparfaitement le favorisèrent, et le pouvoir se maintint pendant quatre générations dans la famille de l'ambitieux et habile vestararius. « Devenu prince des Romains, Albéric eut pour première tâche de défendre sa principauté contre les attaques du dehors. Il n'y avait plus de Sarrasins ; avec l'empire grec on n'avait depuis longtemps que des rapports diplomatiques ; sous Albéric, ils paraissent avoir été particulièrement affables. Comme son am- bition ne s'étendait pas au delà des limites de l'ancien duché de Rome, il n'eut aucune difficulté avec ses voisins de Spolète et de Toscane. Quant aux provinces transapennines, Exarchat et Pentapole, elles étaient déjà de fait au pouvoir du roi d'Italie : Albéric les y laissa, ne s'occupant que de deux choses, défendre son territoire contre les revendications du roi et, à l'intérieur, fortifier le pouvoir qui lui était échu. Hugues de Provence essaya à diverses reprises, en 933, 936, 941, de lui enlever Rome et de s'ouvrir les avenues du Vatican, c'est-à-dire du couronnement impérial. Mais Albéric lui opposa une résistance invincible. Après plusieurs trêves ovi intervint le digne abbé de Cluny, saint Odon, Hugues finit par abandonner (946) tous les droits qu'il tenait de son mariage avec Maroz- zia. La même année il rentrait en Provence, laissant le royaume aux mains de son fils Lothaire. Ce prince mourut à la fleur de l'âge, en 950, laissant une veuve également jeune, Adélaïde. Bérenger, marquis d'Ivrée, dont l'importance avait singulièrement grandi les années précédentes, se fit alors proclamer roi ; mais Adélaïde protesta au nom des droits qu'elle tenait de son mari et de son père, /S2 MVHE XXVH leinagne ^. Toutefois l'iin ilalioii de Béicuiicr lui parut })eu op- portune et ce ne fui (|ue onze ans plus lard qu'il se décida sur les instances d'Adélaïde et d'autres, à une descente en Italie. Se donnant donc comme ennemi de Bérenger, il traversa les Alpes dans les derniers jours de l'été de 951, pous' délivrer Adélaïde s'emparer du royaume d'Italie et gagner la couronne impériale. [601] à laquelle les Francs de l'Ouest croyaient avoir plus de droits, parce qu'ils avaient parmi eux les véritables descendants de Charlemagne. Otton commença j)ar délivrer Canossa assiégée par Bérenger, el emmena Adélaïde à Pavie, où il l'épousa (Noël 951). On ne connaît pas de texte afïirmaisl de façon formelle ([u'Ollon se soil fait alors coiirouiicf roi de Lomhardie à Pavie ; néanmoins, il prend, dans deux diplômes de celle époque, le titre de « roi des Francs et des Longobards ». Il envoya en- suite des ambassadeurs à Borne, mais cette ville était alors encore au pouvoir d'Albéric, fds de Marozzia et d'Albéric I'^'" qui, sous le titre de (( jjrince et sénateur de tous les Romains», avait un pouvoir illimité et n'avait laissé au pape qu'iuie autorité pu- rement nominale ^. On comprend que ce petit tyran redoutât le retour de la puissance impériale ; aussi le pape Agapet II, obligé de déguiser ses vœux les plus ardents, ne put-il envoyer à Otton une réponse favorable. Il ne restait plus à celui-ci que d'entrer de force dans la Ville éternelle, et de s'acquérir, avec son Rodolphe de Bourgogne Iraiisjuraiie, qui avait régné entre Bérenger et le roi Hu- gues. Jetée dans une tour sur le lac de Garde, elle réussit à s'échapper, se réfu- gia à Reggio et, de là, appela à son secours le puissant roi de Germanie Otton. « Otton vint en effet. Le 22 septembre 951, pendant que Bérenger se réfugiait dans une forteresse, il entrait dans Pavie et prenait pour femme la jeune veuve de Lothaire. Désormais et pour longtemps les destinées de l'Italie allaient être étroitement unies à celles de l'Allemagne. Otton eût désiré venir à Rome, il envoya même une ambassade conduite par l'archevêque de Mayence et l'évê- que de Coire; mais il se heurta à un refus. Albéric ne pouvait admettre que l'on reprît l'ancienne tradition du protectorat dont l'empire était le symbole. Otton n'insista pas. Rentré dans son royaume où il eut encore fort à faire pendant long- temps, il se décida à remettre le gouvernement de l'Italie à Bérenger, son com- pétiteur, lequel accepta la situation de roi vassal. » L. Duchesne, Les premiers temps de /' État pontifical, dans la Bévue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, I. t. p. '.96-501. (H. L.) 1. Cf. (liesebrecht, Gescit. d. deulsclicit Kaiserzeit, l. i, p. 355 sq. 2. Cf. L. Duchesne, Les premiers temps de l'Étal potitifical, dans la Rc\'ue d'Iiist. et de litt. relig., 1896, t. t. p. 501-502. (H. L.) .J 1 (). OriO.N Li: GRAND UKVIKNl KOI o'iTALIF. 783 épée, la cumouae impériale. Mais de mauvaises nouvelles d'Al- lemaone, où sou propre lils Liudoll', due de Souabe ^, avait pris part à une révolte, le forcèrent à revenir immédiatement sur ses pas. Sa présence arrêta, au moins pour l'instant, la marche de la rébellion en Allemagne. Aussitôt après le départ d'Otton, son gendre Conrad, duc de Lorraine, qu'il avait laissé en Italie en qualité de gouverneur, conclut un traité avec Bérenger, par lequel ce dernier devait gouverner l'Italie avec le titre de vice-roi; et tous deux se hâtè- rent d'aller solliciter d'Otton la confirmatioii de ce beau traité. Ils le trouvèrent à Magdebourg ; mais Otton, mécontent, n'ac- corda qu'une confirmation partielle, et encore, paraît-il, grâce aux instances de sa femme Adélaïde et de son frère Henri, duc de Bavière. Très irrité de ce résultat, le duc Conrad se ligua avec Liudolf, et ces dissentiments dans la famille royale se terminèrent par une terrible guerre. Auparavant Otton, soucieux des intérêts de l'Eglise, réunit à Augsbourg, au nnois d'août 952, une diète synodale, et obligea Bérenger à s'y rendre avec [602] lui ■-. Dans son voyage de Magdebourg à Augsbourg, Otton publia à Francfort, sur le conseil des grands de son royaume, par conséquent dans une sorte de synode, un double décret, menaçant des peines les plus sévères le rapt des jeunes filles, et interdisant la collation à qui quç ce fût des abbayes possédant le droit d'é- lire leur abbé. On décidait que le roi ne pourrait donner que les abbayes qui n'avaient pas ce tiroit d'élection ^. On tint ensuite, 1. Otton avait eu, de sou premier mariage avec Edith, lille du i-oi anglais Edouard, deux enfants, le prince Liudolf et la princesse Liudgarde, qui avait épousé Conrad duc de Lorraine. Cf. R. Poupardin Le royaume de Provence sous les Carolingiens, 1901, p. 315. Otton épousa Edith ou Edgithe, fille d'Edward l'Ancien, en 929, Cf. Dûmmler, Otto der Grosse, p. 10 ; G. Waitz, Heinrich I, dans Jahrbûcher der deutschen Geschichte, 3^ édit., Leipzig, 1885, p. 134. Il y a un peu de vague chez les chroniqueurs au sujet dé la mort de la femme d'Otton le Grand. Poupardin, op. cit., p. 315, note 6. Otton épousa en secondes noces Adélaïde, veuve de Lothaire, elle lui survécut. J. Bentzinger, Das Leben der Kaiserin Adellheid wàhrend der Regierung Ottos III, in-8, Breslau, 1883. (H. L.) 2. Coll. regia, t. xxv, col. 91 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 635-637; Hartzheim, Co7ic. Germ., t. u, col. 622 ; Hardouin, Concilia, t. vi, col. 615 ; Basnage, Thés. Monum.. i. m, part. 1, col. 11-12 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 865 ; Mansi, op. cit., t. XVIII, col. 435 ; Binterim, Deutschen Concilien, t. m, col. 289, 363 sq. ; Pertz, Mon. Germ. hist., Leges, t. ii, part. 1, p. 27-28. (H. L.) 3. Mansi, op. cit., t. xviii, col. 435 ; Hartzheim. Conc. Germ., t. ii, col. 621 ; Pertz, op. cit.. t. ii, p. 26. 784 LIVKE XXVIII le 7 août 952, le concile d'Augsbourg, sous la présidence de Fré- déric, archevêque de Mayence, Avec lui siégeaient les archevêques Hérold de Salzbourg, Manassé de Milan et Pierre de Ravenne, les évêques Ulrich d'Augsbourg, Anno de Worms, Starchand d'Eichstâdt, Conrad de Constance, Poppo de Wûrzbourg, Gott- fried de Spire, Hartbert de Coire, Voto (Wido) de Strasbourg (ceux-ci de la province de Mayence), Lambert de Freising, Michel de Ratisbonne, Adalbert de Passau (tous trois de la province de Salzbourg). Ludfrid de Pavie, Gisibrand de Torlone, Antoine de Brescia, Wullo de Cônie, Adalgis d'Accjui (ces cinq de la pro- vince de Milan), Déodat de Parme, Adelhard de Reggio, Sigolf de Piacenza et Hugo d'Arezzo (de la province de Ravenne). Parmi les évêques, Manassé de Milan et Antoine de Brescia avaient pris possession de leurs sièges d'une manière irrégulière grâce à Bérenger, ce que les évêques allemands et le roi ne savaient pas, ou feignirent d'ignorer. Après avoir délibéré sur les affaires de l'Église, les évêques invitèrent le roi Otton à se rendre à la session de clôture. Il parut entouré d'une brillante sviite, fut reçu avec solennité, et promit, sur la demande de Frédéric, pré- sident du concile, de s'employer à faire exécuter les décisions de l'assemblée. Ces décrets étaient ainsi conçus : 1. L'évêque, prêtre, diacre ou sous-diacre qui se marie, doit, conformément au c. 25 de Carthage, être dépouillé de ses fonctions ^. 2. Aucun clerc ne doit entretenir pour la chasse des chiens ou des faucons. Aussi longtemps cju'il se complaira dans ces divertissements, il ne de- vra plus exercer de fonctions ecclésiastiques. 3. L'évêque, prê- tre ou diacre qui joue aux dés sera déposé, s'il ne s'amende pas. 4. Aucun clerc ne doit avoir chez lui de muUer Hubiniroducla. S'il a dans sa maison une personne de mauvaise réputation, |ti03] l'évêque ou le rnissus devra la faire fouetter et lui faire cou])er les cheveux. 5. Les moines ne doivent pas quitter le monastère sans la permission de l'abbé. 6. Chaque évêque doit veiller sur les monastères de son diocèse, et pourvoir sans délai à leurs besoins, 7. L'évêque ne doit défendre à aucun de ses clercs de se faire moine. 8. Il ne pourra pas non plus empêcher les vierges consa- crées à Dieu [sanctimoniales) de se vouer à un genre de vie plus 1.. C'est la reproduction du c. 4 du VI^ concile Carthag. ou du c. 25 du Codex canonuin Eccl. ajricana\ Voir jj 121. .'H',. onoN i.i. cH.xNi) i)i\iiNi i;<)i d'iim.ii, 78ri aiislt'-rr. !•. Sans rassciiliiiiciil de l'rNrqnc. itiicnii laï(|iic ne dnii chasser nii pièlrr de son éulisc ri le leiiiplater [)ai' un au lie. 10. Tous les droits jxinr la dîme appartiennent à ré\è(iue. J 1. Les «'xèques, prêtres, diacres et sous-diacres doivent, suivani les ordonnances répétées des conciles, s'abstenir d'avoir eomnierce avec des femmes, parce qu'ils sont tenus au ser\ iee di\in. (hiant aux autres clercs, on attendra qu'ils soient de\'enns plus àiiés pour leur faire garder la continence, même conlre leur \()lonté. Le ))rofesseur Friedrich, de Munich, a jtublié, d'après un manns- ciil (le cette ville, les actes peu étendus d'un concile de Mayence leiui sous rarchevè(|ue Frédéric (950-954). C'est de ce manus- cjit (ap|>elé jadis rodp.r Freisingensis). que proviennent nos r«uiseignenient> sur les ciuiciles de Hoheiialtheim et d'Erfurth. (a- cuucile de Ma\ence, au^iuel assistèrent raichevèque Frédéiic et les é\r(|ues Aniu» de Worms et Wido de Strasboui<:. décida »iue tous les prèfies ayant cliaroe d'âmes eu dehors des nionas- lères de^■aient célébrer (piarante messes entre le l*^^' cl le IF' concile de l'année (a\ant Fàcjues et après la Saint- Uémi) : dix pour le pape et l'ensemble du clergé, dix pour le roi et les grands du royaume, dix jiour les vivants et dix pour les morts. Chacjue jirètre devait. ])endanl le carême, célébrer chaque jour liois messes : une de die. une seconde pro vivis et une troisième pro dejuiictis. La même prescription, renouvelée du concile de Din- golling, reparaîtra au c. 5 du concile réformateur de Seligenstadt eu 1022 ^. Le concile de Mayence rendit aussi diverses ordonnan- ces concernant le jevine, la confession et la communion bisan- nuelle : à Pâcfues et à Noël. L'archevêque P'rédéric de Mayence «'•lanl mort en 954, et les évê([ues Anno et Wido étant dexenus évèques de Worms et de Strasbourg en 950, c'est donc euLre (,'es deux dales que l'on doit fixer le concile de Mayence. On doit de même fixer comme extrêmes limites d'un concile de [004] Kalislxuine les années 938 et 968, car c'est entre ces dales que vivaient les évêques Starchand d'Eichstiidt et Gûnther de Ratisbonne. Nous ne possédons sur ce dernier concile qu'une courte notice. Entre la célébration d'un concile et celle du sui- vant, chaque prêtre devait dire trois messes pour le roi et la reine, trois pour le duc et la duchesse, trois pour l'évêque. trois pour 1. Voir § 529. CONCILES — IV — r.o 786 LlNltE XX vu les évècjues voisins, trois pour les vivants, trois pour les dé- funts, trois pour les membres du concile, etc.. ^. Merkel a éj^a- lement ajouté à son édition de la Lex Baiuwariorum ^ quelques fragments d'un concile bavarois (tenu certainement au x^ siècle). Le premier de ces fragments indique, dans un texte très altéré, un certain nombre de questions dont le concile eut à s'occuper. Le second donne deux canons ainsi conçus : 1. Celui qui étant accusé d'un sacrilège veut se justifier devra, s'il est homme libre, prêter serment avec l'assistance de soixante-douze té- moins; s'il est esclave, il devra, avec l'autorisation de son évè- ({uc. subir ré|)rcuve du l'eu. 2. Devront agir de même ceux qui oui porté atteinte à l'immunité des clercs. Le troisième fragment contient trois canons qui traitent de la manière dont les esclaves et les autres païens doivent pratiquer la vie chré- tienne après avoir reçu le baptême. Quatre conciles, à Saint-Thierry, dans la province de Reims en 953^, à Ravenne en 954*, à Padoue en 955 ^, et en Bourgogne en 925 ^, s'occupèrent de faire restituer les biens des églises. En 955, un concile anglais tenu à Llandaff imposa une pénitence aux meurtriers d'un diacre '. Vers 957, un concile célébré probable- ment à Rome sous le pape Jean XII réintégra sur son siège Ra- thier, évêque de Vérone ^. L'n concile tenu pendant l'octave de Pâ([ues 958, à Ingelheim ^. plaça Frédéric sur le siège archié- 1. Pertz, Leg., t. m, p. 483 sq., 254. •2. Ibid., t. III, p. 485, 487. o. Saint-Ttiierry, arrondissement de Reims, département de la Marne. Sirmond Conc. Gallise, t. m, col. 599 ; Coll. regia, t. xxv, col. 95 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 637 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 617 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 867 ; Maiisi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 438. (H. L.) 4. Labbe, Concilia, t. ix, col. 1237-1238; Hardouin, Conc. coll.,i. vi, col. 617; Coleti, Concilia, t. xi, col. 867 ; Mansi, op. cit., t. xvni, col. 409. (H. L.) 5. Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 1129; Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 442. (H. L.) 6. Labbe, Concilia, t. ix, col. 639-640; Hardouin, Cotic. coll., t. vi, col. 619 ; Co- leti, Concilia, t. xi, col. 869; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 445. (H. L.) 7. Coll. regia., t. xxv, col. 120; Labbe, Concilia, t. ix, col. 637-639 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, col. 619 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 869 ; Wilkins, Conc, Britann., t. i, col. 222-223 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 445. (H. L.) 8. Vogel, Ralherius von Verona und das X Jahrhundert, in-8, Jena, 1854. Saltet, op. cil., p. 164, place un concile à Pavie en 962'pour Rathier de Vérone. (H. L.) 9. Mansi, Concilia, Suppl., t. i, col. 1135 ; Conc. ampliss. coll., t. xviii, col. 457. (PL L.) EST COURONNE EMPEREUK ■87 piscopal de Salzbourg, en leinplacement de Hcrold qui, ayant pris part à la révolte de Liudolf contre son père, le roi Otton, avait appelé les Hongrois dans le pays, et avait eu, en punition, les yeux crevés ^. Enfin, c'est-à-dire au printemps de 92, les évêques des provinces de Reims et de Sens se réunirent en concile, aux environs de Meaux. parce que, après la mort d'Artaud, archevêque de Reims, Hugues de Vermandois, dont nous n'a- vons eu que trop occasion de parler, avait de nouveau élevé des prétentions sur le siège archiépiscopal. Les évêques francs déci- [bOo] dèrent que l'on consulterait le pape sur ce point, et Rome ayant décidé contre Hugues, le prêtre Adalrich fut élu archevêque de R eims 517. Otton /' est couronné empereur. Concile romain en 962. Après que le roi Otton eut quitté l'Italie, en 954, le prince Albéric fit nommer par le peuple et le clergé réunis dans l'église Saint-Pierre à Rome, son jeune fils Octavien, âgé de dix-huit ans, pour coadjuteur d'Agapet II ^. Ce dernier étant mort en 955, 1. Giesebrecht, op. cit., ]>. 393. 2. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 594 ; Coll. regia, t. xxv, col. 104 ; Lalande, Concil. Gqll., j). 325 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 647-648 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI , col. 625 ; Coleti, Concilia, t. xi, col. 878; Mansi, op. cit., t. xviii, col. 459. (H. L.) 3. Gregorovius, op. cit., p. 304 sq., 341 sq. Albéric ne laissa pas de faire du bien. Sur le sens de son gouvernement nous n'avons que des renseignements fa- vorables, édifiants même. « Pour qu'un tel régime pût durer et continuer de porter de bons fruits , il eût fallu qu'Albéric vécût longtemps, qu'il laissât un succes- seur animé de son esprit et capable de le continuer. Il n'en fut pas ainsi. Le prince des Romains n'était pas encore âgé de quarante ans quand il sentit la mort approcher. Il avait un fils qui portait l'ambitieux nom d'Octavien. Peut-être s'était-il flatté qu'un jour cet Octavien deviendrait Auguste et qu'un empire ro- main vraiment indigène sortirait de sa principauté et de sa famille. L'appari- tion d 'Otton sur la scène italienne dut lui donner des craintes. Il était inévitable qu'un prince aussi puissant, une fois installé à Pavie, ne se souvînt pas de Charle- magne ; le clergé romain, lui, ne l'avait jamais oublié. De la rencontre de ces sou- venirs, il ne pouvait sortir rien de bon pour l'aristocratie laïque dont il était le chef et dont il conduisait le triomphe. La papauté qui avait le passé, était moins que jamais en droit de désespérer de l'avenir. Albéric vit bien que, surtout après sa disparition, il n y aurait pour sa famille, d'au lie ressource que dais la 788 LIVRE XXVII OcLa vieil lui succéda suus le nom de Jean XU, el réiiiiil dans ses mains le jjouvoir civil el le pouvoir ecclésiastique. On rapporte qu'il fut le premier pape qui changea de nom en montant sur le trône pontifical; mais cette tradition n'est pas sufTisamment éta- blie, et les documents nous montrent Jean XII signant toujours sans les séparer son nom de pape et son nom de baptême ; dans les affaires civiles, il ne prenait que son nom, Octavien ^. Le traité consenti par le roi Otton, en vertu duquel Bérenger et son fils avaient reçu le gouvernement de la Haute-Italie, avait \ ahi à l'Église hien des sujets de mécontentement cl blessé bien des gens. Aussi de nombreuses plaintes arrivèrent-elles à Otton, et en 960 le pape lui envoya des légats, le priant de délivrer l'Eglise romaine et d'accepter la couronne impériale. Otton devait être d'autant plus empressé d'accepter cette offre <(ue Bérenger se montrait un vassal fort négligent ^. et que le io\;nitncde (leiniaiiic se lionNMil déinrc des çruei'vcs uitesliiies possession du pouvoir ccolésiastitjuc. Octavien, d'aliord destin<- à l'etiipire, lut orienté vers le pontifical. Le prince réunit les Romains à Saint-Pierre et leur fit jurer que, quand le pape Agapet II viendrait à mourir, ils le remplaceraient par son fils. Octavien avait alors une quinzaine d'années. Quelque temps après Albé- ric mourut : on était à l'année 954. Son fils lui fut aussitôt substitué comme prificeps et omnium Romanorum senator. Pour le bien de Rome et de l'Eglise, il eût été désirable que le pape Agapet prolongeât son existence el donnât à son successeur désigné le temps de s'assagir. Malheureusement, il disparut vers la fin de l'année suivante, et, le troisième dimanche de l'Avent, 16 décembre 655, un jeune homme de seize ans devint le prince des Romains, vicaire de saint Pierre et chef de la chrétienté. Octavien pii1 le nom de Jean XII. L'antagonis- me qui existait à Rome entre le pouvoir des nobles et celui du clergé cessa par le fait de sa promotion. On remontait an delà du régime de Serge III et de 'l'héo- phylacte, de Nicolas et de Louis II, d'Eugène II et de Lothaire; on renu)nlail même plus haut; comme il n'y avait plus d'empereur, même titulaire, ni do pro- tecteur étranger, de patricius Romanorum, on revenait à cet équilibre instable d'oii était sortie la papauté temporelle. Jean XII, sauf ce que la tradition deux fois séculaire avait introduit de changements, était à Rome à peu près dans la situation de Zacharie et d'Etienne II, avant le voyage en France. La différence est que le jeune pape n'avait d'appui solide que dans le souvenir de son père, tandis que la papauté du viii'^ siècle avait derrière elle un long passé d'influen- ce et de services rendus. " L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontif' rai, dans la Revue d'histoire el de littér. relig., 1896, t. i, p. 504-505. (H. L.) 1. Damberger. op. cit.. t. iv, p. 887. '1. Déjà, en 956, OtLon avait envoyé en Italie, avec une armée, son fils Liu- dolf avec lequel il s'était réconcilié. Mais la mort du prince, survenue peu après ■jIT. OTTOX 1®^ EST COURONNÉ EMPEREUR 789 par la défaite des Wendes et des Hongrois à Lechfelde en 955. Le moment était venu de réaliser cette grande pensée de la restau- ration de l'empire romain germanique ; aussi Otton repassa les Alpes (été de 961). Bérenger voulut résister, mais son armée se dispersa, les villes lombardes ouvrirent volontairement leurs portes à Otton, les évêques et les comtes vinrent à sa rencontre pour prêter serment, et sans aucune opposition, il entra avec une brillante escorte dans la ville de Pavie, où il célébra les fêtes de Noël. Au début de l'année suivante, il se dirigea sui- Rome, où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie ; il ^•int dans l'église de Saint-Pierre, où le pape lui donna le baiser de ]taix. Le 2 février, il fut solennellement couronné empereur avec sa femme Adélaïde ^. après avoir promis par ses représen- tants (suivant la coutume de l'époque) : < de proc\irer l'exal- tation du |ia|H' p| (le rKglise romaine, de ne jamais |Mtrlti' (il mourut de la fièvre le G septembre 957), fut cause que Bérenger ne fit pas sa soumission. 1. Bryce, Le saint Empire romain germanique, trad. Domergue, in-8. J'ans. 1890; W. Giesebrecht, Geschichte der Kaiserzeif, 5^ édit., Leipzig, 1881-1888. 1. i : F. Grégorovius, Storia délia città di Roma nel medio evo, in-8, Roma, 1900, l. i : .J. Zeller, Histoire d'Allemagne, L'Empire germanique, et l'Église au moyen dge, in-8, Paris, 1892 ; L. von Borch, Zu dem Kaisertitel Ottos I, dans Historisches Jahrbuch, 1887, t. vin, p. 101-10?. ; A. Brackmann, Otto I und sein Bruder Heinric/i his zum Jahr 941, in-8, Rostock, 1870 ; Cenni, Monum. domin. pon- tif., 17til. t. II, p. 134-164 : W. Dônniges, JahrhUcher des deutschen Reichs unter der Herrschaft Kônig und Kaiser Ottos, I ^'. 951-973, in-8, Berlin, 1839 ; H. W. Guenderode, Abhandlung vo/i der Stadtverfassung des deutschen Reichs unter der Regierung Ottos I, in-è, Francfort, 1775 : (.. F. Hertel. /)r <)ltone Magno, in-4, Magdeburgi, 1736; R. Kopke et V.. Diinunlcv. Kaiser Otio der Grosse, \i\- 8, Leipzig, 1876 ; J. P. G. Luckius, Dissertatio de Ottone Magno Italia' rege. in-4, Jenae, 1746; ^A . -Maurenbi'acher, jDe historicis A sseculi scriptoribus, qui res ab Ottone Magno gestas mémorise tradiderunt dissertatio, in-8, Bonnœ, 1861 : W. Maurenbracher, Die kaiserl. Politik Ottos I, dans Historisclte Zeitschrijl^ 1861, t. V, p. 111-154; E. von Ottenthal, Die Quellen zur ersten Roiufahrt Ottos I . dans Mitheil. Instit. ôsterr. Geschichtforsch., Ergânz., 1893, t. iv. p. 32-76, 518 : Le même, Ottos I Wahl und Krônung zum Konige der Deutschen, dans Hist. polil. Blàtter, 1839, t. iv, p. 366 ; .J. S. Fuet.ter, Commeniationes VI de instaurationc imperii per Ottonem I, in-4, Gôttingœ, 1770-1775 ; J. Sander, Programma de lau- dibus Ottonis I seu Magni, imperatoris Romani, in-4, Magdeburgi, 1665 : Th. Sic\ie:\, àa.n% Sitzungsberichte d. Akad. d.Wissensch. zu Wieu. 1877. l. i.xx.xv, p. 351-457 ; G. Stin-m, Demonstratio Otloiiem I imperiu/ti Romanuni cum regno germanico non conjunxisse, in-4, \Yittebergœ, 1732, (H. L) 700 LivriE XXVII atteinte au corps ni à la dignité du pape, de ne jamais tenir à Rome de placitum sans le conseil du pape, de ne jamais s'im- miscer [ordinatio) dans les affaires du pape et des Romains, de rendre au pape tout ce qu'il détenait du patrimoine de Saint- Pierre, enfin d'exiger du gouverneur auquel il avait confié ce royaume d'Italie - le serment de protéger le pape et les biens de Saint-Pierre. » Ce serment d'Otton, conservé dans trois for- mules identiques ^ pour le fond, a été contesté ^. Ce serment n'a rien de si étrange. Des trois formules que nous possédons. Gie- sebrecht tient pour seule véritable la première donnée par Pertz, et qui se trouve aussi dans le Corpus jur. can., dist. LXIII, c. 33. On pourrait supposer qu'O