THE UMVERSITY OF ILLINOIS UBRARY H3(bc FC Return this book on or before the Latest Date stamped below. University of Illinois Library NOi' 17l3b5 ^ J^bb JUL SEP 3|19?H 1.161 — 1141 PHTNTRn ITV P^iWP» HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles- Joseph HE FELE DOGTIUB BN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ëvËQUB DE ROTTENBOURO NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAB DoM H. LECLERCQ BÉNÉDICTIN DE L'aBBAYE DE FARNBOROUGH TOME V PREMIÈRE PARTIE / I PARIS LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 76 w, RUE DES SAINTS-PÈRES 1912 HISTOIRE DES CONCILES TOME V PREMIÈRE PARTIE NIL OBSTAT F. Cabrol Imprimatur : Parisiis, die 18 januarii 1912, H. Odeliiv, V. G. HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Chakles-Joseph HEFELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUB DB ROTTBNBOURG NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR DoM IL LECLERCQ BÉNÉDICTIN DE l'aBBAYE DE FARNBOKOUGH TOME V PREMIÈRE PARTIE f f PAUIS LLTOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 76"'% RUE DES SAINTS-PÈRES 1912 2. <■- EXTRAIT DE LA PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION En publiant ce cinquième volume de VHistoire des conciles, je me sens obligé d'exprimer ma joie et mes remerciements pour le bienveillant accueil fait à mon livre aussi bien en Allemagne qu'à l'étranger, par des hommes de tendances et d'opinions assez diverses. Tous ont reconnu l'impartialité avec laquelle j'ai exposé des résultats acquis de la manière la plus scientifique. Je visais à produire une œuvre historique impartiale, à m'appuyer tou- jours sur les sources, à les interpréter fidèlement et à examiner rigoureusement levir valeur ; je voulais aussi tirer parti avec le plus grand soin de tous les travaux récents relatifs à mon sujet, me sentant décidément hostile à cette méthode arbitraire qui m'eût conduit à exposer l'histoire d'une manière trop subjective ou à apprécier les événements avec partialité. Je crois donc n'avoir jamais porté atteinte aux dogmes de l'Eglise auxquels je suis attaché du fond du cœur et j'espère avoir pu servir les intérêts de cette sainte Église. Il me semble n'avoir nui en rien à la dignité des historiens catholiques. Tous les collecteurs et les historiens des conciles ont autrefois fait l'exposé de chacun d'eux en particulier sans les relier ni à l'histoire de leur époque ni à celle de l'Église ; ils les ont traités [tour ainsi dire d'une manière atoinistique. Mécontent de cette méthode peu scientifique, j'ai essayé de faire l'historique de chacun d'eux tout au moins des plus importants en montrant la part qu'ils avaient eue dans la formation historique de l'Église et de faire ressortir ainsi leurs véritables conséquences. Serait-il possible par exemple de parler du concile de Chalcédoine sans traiter en même temps de toute la discussion christologique ? Ainsi il est arrivé que V Histoire des conciles s'est souvent trans- formée en histoire de l'I^'.glise et des dogmes, ce qui, je pense, ne saurait lui nuire, mais devra augmenter plutôt sa valeur et son utilité. I 003365 8 PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION En abordant cet ouvrage, j'avais l'intention de m'y borner à l'historique des dogmes tel qu'il ressortait de l'examen des conciles et je me proposais d'écrire cinq volumes. Mais des hommes cminents m'ont manifesté leur désir d'y trouver tout ce que renferment avec tant d'abondance les conciles relativement au droit ecclésiastique, à la liturgie et à la morale, de sorte que mon œuvre fût également utile aux théologiens, aux canonistes et aux historiens de la civilisation. J'ai donc été amené à étendre mon sujet et à augmenter le nombre des volumes; le lecteur me le pardonnera d'autant plus sûrement que mes efforts pour être bref sont bien visibles. Ce cinquième etnouveau volume, s'étendant dupontificatdeGré- goire VII à la mort de Frédéric II, traite de la période la plus agitée du moyen âge, du conflit entre la papauté et le pouvoir impérial. Dans cette grave question, il m'a fallu accorder mes sentiments patriotiques d'Allemand avec mes sentiments chrétiens, exposer de sang-froid les faits tels qu'ils se sont passés, apprécier impar- tialement les caractères, levirs volontés et leurs efforts, faire ressortir consciencieusement la lumière et les ombres et conserver la netteté du coup d'oeil et le calme de l'esprit. Y ai-je réussi ? Ceux-là en jugeront qui unissent le sérieux à l'amour de la vérité et qui ne cherchent pas dans l'histoire des arguments en faveur de leur préventions. Par suite des relations étroites qui ont existé au moyen âge entre l'Eglise et l'empire, l'histoire des conciles de cette époque reproduit aussi en grande partie l'histoire de l'empereur et de l'empire, aussi je crois avoir contribué à élucider plusieurs ])oints importants de cette dernière histoire, par exemple la paix de Venise en 1177, dont j'ai pour la première fois donné un exposé exact. TiXhui'^ue, le i*^"" arliculicrc. La décompo- sition générale qui sigiude la ilisparition de l'empire carolingien atteignit égale- nu'iit les deux pouvoirs sous l'orme de régime féodal, mais le désaccord subsista; en fait il s'était manifesté dès le ix'' siècle. A celle ('•pu(|nc le clergé exerça une sorte lie supiénialie. I,e corps des évè(jucs disposa de la souveraineté sous les carolingiens et le pape, cjni donnait remj>ire, prétendait déjà à la supériorité sur l'empereur. En 833, ce fut une assemblée d'évèques qui imposa une péni- tence pnbli(]ue au lils même de Charlemagne, à Louis le Pieux et, le dépouillant du baudrier militaire pour i'er.l'enner dans un monastère, entendit ])ar la le rendre incapable de remonter sur le trône el de eommander. Ce fut une assemblée d'évèques qui, en 842, déposa Lolbaire et investit de ses états ses deux frères Charles et Louis. Ce fut une assemblée d'évèques qui, en 8G9, réunie à Metz, décerna à Charles le Chauve le royaume de son neveu Lothairc, royaume que Charles partagea l'année suivante, du gré des évcques, avec son frère Louis le Germanique. Ce fut une assemblée d'évèques qui déposséda à son tour Charles le Chauve lequel ne craignit ^las de déclarer, deux ans après, tjuc les évèques avaient le droit de le déposer, se bornant à protester contre la manière dont ils avaient exerce ce droit, parce qu'ils l'avaient jugé sans l'entendre, et qu'ils auraient dû l'entendre avant de prononcer sur lui. Les évêc{ues n'étaient pas seulement les couronnes, n'autorisaient pas seulement le partage des Etats ; ils créaient des royaumes et faisaient des rois. Les évèques de la Gaule orientale, depuis le Valais jusfju'à la Méditerranée, réunis en synode au nombre de vingt- trois, à Mantaille, non loin de Vienne, fondèrent, en 879, le royaume d'Arles et le donnèrent à Boson. Les évèques lombards, assemblés en 889, à Pavie, dis- posèrent du royaume d'Italie en faveur de Guy de Spolète, et firent passer la couronne, de la tète- d'un prince carolingien, sur celle d'un duc du pays. Repré- sentants principaux des peuples, dont ils étaient les élus, les évèques érigeaient des États et distribuaient des trônes surtout au nom de l'autorité religieuse, qui était alors la plus respectée et la mieux obéic. En réalité, ces élus se com- portaient comme pourraient le faire des élus de nos jours, décidant la substitu- tion d'une forme de pouvoir à une autre forme (Chambre des Communes, 1688, Assemblée nationale, 1871-1873, Cortès, 1874). En même temps que les évèques renversaient les rois et en faisaient, les papes, chefs de l'éplscopat, et maîtres de la Ville, décernaient l'empire et commençaient à proclamer la suprcmalic du pontificat. Déjà en 834, Grégoire IV avait dit à des évèques des Gaules : « Sachez que l'autorité du pontife passe avant toutes les autres, et que le gouvernement des âmes l'emporte sur le pouvoir impérial (jul n'est que temporel,» Epist. ad episcopos regiii Fraitcur., dans Rcc. des //(.s7. de la France, t. vi, p. 352. Le pape Nicolas I*^"^ s'était fait l'arbitre des rois, et II avait excommunié Lothaire, roi de Lorraine, petlt-fils de Louis le Débonnaire. Le pape Jean Xlll, consacrant l'élection de Boson, comme roi, par les évèijues de la Gaule orientale, avait écrit à l'empereur Charles le Gros : « .J'ai adiqili' l'illuslte piincc CONCILES — V - 2 18 LIVRE XXXI Boson pour mon fils; ainsi contenlez-vous de noire propre programme, car j'excommunierai aussitôt quiconque oserait attaquer mon fils. « Schmidt, Gcschichte der Deutschen, in-8, Ulm, 1785, t. i, p. 681-682, note O. Lorsque le même pape eut élevé Charles le Chauve à l'empire, dans un synode romain tenu en 877, il proclama son autorité en ces termes : « Nous l'avons justement élu, et nous l'avons approuvé, avec l'asseutimcnt et lo vote de tous nos frères et co-évcques, ainsi que des autres ministres de la sainte Église romaine, du magni- fique sénat et de tout le peuple romain ; et, selon l'ancienne coutume, nous lui avons solennellement remis le sceptre de l'empire ronaain, l'avons décoré du nom d'Auguste et oint extérieurement de Ihuilc qui est le signe de la vertu et de l'onction intérieure de l'Esprit-Saint. » 11 ajouta : « Après avoir exercé notre ministère, dont Dieu est l'auteur, dans cette Eglise romaine qui est la niaîtresse, la mère et la tête des Eglises, en répandant les prières de la bénédiction, en décer- nant la couronne et le sceptre de l'empire, aujourd'hui, dans cette sainte et générale assemblée de nos frères, nous confirmons et corroborons ce ([uc nous avons fait par les sentiments du cœur, les paroles de la bouche et les souscrip- tions de la main. » Coiic. rom., 877, dans Baluze, Conc. t. ii, p. 253-254. Les pou- voirs qu'exercèrent les papes, au ix"^ siècle, et les prétentions qu'ils émirent, s'accrurent et s'imposèrent au xi'^'. Il y eut, entre la conception de cette théorie et sa jileine réalisation, l'intervalle dun siècle et demi, dû à une interruption prolongée dans la marche ascendante de l'Église et de son chef suprême. Deux causes surtout y concoururent : 1° l'état de l'Europe, qui loin de tendre alors, comme elle le fit plus tard, à se réorganiser à l'aide de l'unité religieuse, allait au démembrement le plus extrême par l'anarchie militaire et la décomposition territoriale ; 2° le mode d'élection au pontificat, qui était fort vicieux. Pendant cette universelle désorganisation, les royaumes se morcelèrent, l'empire cessa quelque temps d'exister, le clergé se corrompit, l'épiscopat devint féodal, et la papauté, réduite au plus triste isolement, tomba dans la plus déplorable dépen- dance. Les papes furent assujettis, non plus aux empereurs, mais aux petits dominateurs de Rome, qui décidèrent de leur élection. Nous avons rapporté l'histoire de ces temps troublés dans les livres 27^ et 28^ de la présente his- toire, t. IV, part. 2, p. 721-995, nous n'y reviendrons pas. Un des plus vils parmi ces papes, Jean XII, rappela les Allemands à Rome, rétablit l'empire dans la maison de Saxe et fut la cause involontaire du premier essai de réforme reli- gieuse (961). Otton le Grand renoua la tradition impériale interrompue depuis trente-huit ans et confirma la donation de Pépin et de Charlemagne au siège apos- tolique. Mais les anciennes inimitiés ne tardèrent pas à renaître entre le pape et l'empereur, les Romains et les Allemands. Elles durèrent autant que les Otton, c'est-à-dire jusqu'au commencement du xi^ siècle. Aux rivalités de pouvoir et aux dissidences de nationalité se joignirent, cette fois, les tentatives de réforme, que l'état de l'Église rendait nécessaires, et qui ne convinrent pas à l'Italie. Les Otton étaient une famille très religieuse, sans être exempte toutefois des passions de la barbarie. Élèves des moines qui leur avaient inspiré des goûts et des desseins pieux ; vainqueurs des Scandinaves, des Slaves, des Hongrois, chez lesquels ils avaient introduit le christianisme ; protecteurs du clergé en Allemagne, où ils avaient investi les évêqucs de l'autorité séculière dans les villes, ils auraient voulu restaurer en Italie la discipline ecclé- siastique et redonner au siège de Rome sa grandeur spirilucUu, en y élevant des 5GS. DÉBUTS DE GRÉGOII'.E VU 19 papes éclairés et austères. Sous eux, l'Allemagne fut une école de christianisme. Des membres de cette famille s'y placèrent à la tète de l'épiscopat. Brunon, frère d'Otton le Grand, occupa le siège de Cologne, et Guillaume, l'un des ses fils, celui de Mayence. Sa fille Mathilde devint abbesse de Quedlinbourg. Son petit- fils, Otton III, s'intitula le Sei^'ilcur des apôtres, et Henri II, dit le Saint, laissa éteindre celte glorieuse maison de Saxe, parce qu'il fit vœu de continence. Mais l'esprit qui animait les Otton n'était ni celui des papes, ni celui des Romains. Jean XII conspira en faveur d'Adalberl, fils dv Bércnger, marquis d'Ivrée, contre Otton, qui, à son tovir, le fit déposer par un concile tenu à Rome. Otton ne s'arrêta point là. Alla de s'assurer des élections pontificales, il ne rétablit pas seulement l'ancien droit de les confirmer, il reçut le droit nouveau de les diriger. Léon VIII, qu'il avait fait nommer après la déposition de Jean XII, porta, dans un synode, le décret suivant : « Nous, Léon, évèque, serviteur des servilt'uis de Dieu, avec le clergé et le peuple romain, accordons et donnons à Otton I*-'"", roi des Allemands, et à ses successeurs en ce royaume d'Italie, la per- pétuelle faculté d'élire notre successeur et d'ordonner le pontife du souverain siège apostolique, ainsi que les archevêques et les évêqves, qui seront ensuite consacrés par ceux auxquels ce droit ajiparticnl. n Gratien, Decretl prima pars, dist. LXIII, c. 2o. Léon VIll prononça rexcoiuiuuiiicalioii coiilre (]ulc()n([uc essaierait d'élire, dans Rome, un patricc ou un pape, et dans lempirc un arche- vêque ou un évêque.Il mit le pontificat à la discrétion de l'empereur, qui, ayant la désignation du choix à faire, et non la sanction du choix fait, nomma réellement le pape. Ce povivoir, conféré aux Otton, pour la régénération de l'Eglise, ne leur servit point à l'opérer. Les Romains le contestèrent. Entraînés par l'habitude de la turbulence, le souvenir de la domination et l'orgueil de leur indépendance, ils se soulevèrent trois fois contre Otton. On vit alors les papes se succéder avec une rapidité (lue le soupçon de poison rendait plus effrayante. Léon VIII chassé, Jean Xll rapi)elé, Benoît V exilé, Jean XIII expulsé, Grégoire V empoisonné conimc peut-être aussi Silvestre II ; l'empereur Otton III mourut lui-même à la fieur de l'âge et dans toute sa force. A))rès la vaine tentative de réforme des trois Otton, les désordres reprirent leur cours dans la ville de Rome. Benoît VIII et Benoît IX, Jean XIX semblaient avoir atteint les limites des excès possibles. Chassé deux fois de Rome pour ses violences et deux fois- rétabli par la puissance de sa famille, Benoît IX fut rem- placé par l'évêque de Sabine ; Silvestre III vendit la papauté à Grégoire VI (Jean Gratien) et la revendiqua après l'avoir cédée. Il y avait trois papes dans Rome : Benoît IX au Latran ; Silvestre III à Sainte-Marie-Majeure, Grégoire VI à Saint-Pierre. Déposés tous trois par le concile de Sutri (1046) ils firent place à Clément II amené par Henri III avec qui s'inaugurait le règne et l'influence de la maison de Franconie. Ce pontificat honnête et rapide de Clément II est demeuré comme l'aube voilée d'un jour réparateur. Damase II ne fit que passer— vingt- trois jours — ; enfin Léon IX parut et rencontra l'homme extraordinaire à l'aide duquel devait s'accomplir la grande réforme, vainement essayée depuis un siècle : Hildebrand. Celui-ci va devenir le conseiller de cinq papes : Léon IX, Victor II, Etienne IX, Nicolas II, Alexandre IL Le véritable caractère du pontificat de Léoii IX, caractère dans lequel s'aflirmo 20 LIVUE XXXI rinflueiice crHildcbraiid, c'est d'avoir ictidu avx siège ponlifical son iincicn pouvoir : désormais le pa])C ajxiL en pasleur nnivcrsel. L'unité d'action (|ni va inspirer la politiiiuc pont i lit ali- pendant les règnes suivants rappelle les grands partis politiques (jue nous avons vus en iinropt;, au xix° sièele, chez quelques États oii trois on quatre chanceliers seuleuient dirigèrent les alïaires de leurs pays pendant une longue suite d'années. Une pensée s'était fait jour (pii reparais- sait ])lns nette elnupu- l'ois (pu; l'occasion s'en oll'rait. Léon 1 X n a\ail consenti à porterie titre de pape (ju'après «pi'il Ini eut été conféré canonlipicinciit.V'iclor II, noiunu'> pai' l'empereur, se lit ic't'lirc pai' le clergé et le jienplc ronuiins. Après la mort de Victor II et pendant la l'aiblesse d'vuie minorité, Ilildebrand osa plus, il désigna au choix des électeurs un italien et non un allemand, et Etienne IX précéda Nicolas II dont le décret célèbre devait assurer l'émancipation entière du Saint-Siège, l'oui- essayer de savoir on Ton eu éliiit, à la mort de Nicolas, Ilildebrand lit élire Alexandre; II (pii lui lonsacré et, intronisé sans attendre le conseiitenuMit de la cour impériale à hupu'llc on se contenta de notilier (pi'on n'avait jin s y j>i'cn(hç anlrcrncnl. Le j)rociiain |i:ipc, ilildci)! and lui-même, man- dera son élection, il sera le dernier qui se soumettra à cette formalité. C'était un résultat acquis. Un autre s'annonçait. Il était manifeste qu'on allait vers une lutte décisive entre l'empire et le pontificat. Alexandre II était sur le point d'en donner le signal, lorsque la mort le surprit. Il venait d'écrire à l'em- pereur Henri IV d'avoir à se rendre en Italie « pour y donner satisfaction sur l'hérésie simoniaque et sur quelques autres actes qui méritaient correction, et dont le bruit était arrivé jusqu'à Rome. » Il laissait la tâche à Ilildebrand. Elu pape, Grégoire VII, fit parvenir à Henri IV l'avis de son élection, l'invitant à n'y pas donner son assentiment : quod si non faceret, certum sibi esset quod graviores et manifeslos ipsius excessus impunitos nullatenus toleraret. Malgré cet avertisse- ment, Henri IV ayant appris que l'élection s'était faite suivant les règles et que l'élu n'avait pas soulîcrt qu'on le consacrât avant d'avoir obtenu la confirmation royale, ratifia le choix des Romains (1073). A cette époque, la papauté avait déjà acquis beaucoup de puissance et de gran- deur. Il y avait vingt-sept ans qu'elle était occupée par des hommes de mœurs austères, que guidaient des vues religieuses et des pensées réorganisatrices. Depuis 104G, époque où elle avait commencé, jusqu'en 1073, la réforme avait pro- voqué en Italie, en Allemagne, en France, vingt-sept conciles dirigés contre la simonie et le concubinage des clercs. Mais la régénération ecclésiastique avait été plutôt promulguée qu'accomplie. Les cinq prédécesseurs de GrégoireVII y avaient habitué les esprits et incliné l'opinion : c'était à lui d'accomplir l'œuvre même. Il fallait sa singulière vigueur pour l'entreprendre et pour soumettre les princes à sa juridiction pontificale, afin de leur enlever la jouissance q\rils avaient acquise et qu'ils exerçaient sur l'Eglise. Il connaissait toutes les difficultés qui l'atten- daient. « Maintes fois, écrivait-il à Hugues, abbé de Cluny, Episl., 1. II, ep. XLix, j'ai deniandé au divin Sauveur de voidoir m'ôler de ce monde ou de per- mettre que je devinsse utile à notre mère commune. Une indicible douleur, une tristesse extrême, s'emparent de mon âme à la vue de l'Eglise... Je découvre à peine quelques évoques qui soient entrés dans l'épiscopat par des voies canoni- ques, qui vivent en évêques, qui gouvernent leur troupeau dans un esprit de cha- rité, et non avec l'orgueil despolitiue des puissants de la terre. Parmi les princes séculiers, je n'en connais aucun qui préfère la gloire de Dieu à la sienne propre, 568. Dl'lBlTS DE r.RKGOlRK VII 21 et la justice à l'intérêt. Pour ceux au milieu desquels je vis, les Romains, les Lombards et les Normands, je leur reproche souvent qu'ils sont pires que des juifs ou des païens. « 11 ajoutait dans une autre lettre, à Guillaume le Conquérant, Episf., 1. I, ep. i-xx : « Nous sommes monté malgré nous sur ce vaisseau emporté à travers une mer agitée par la violence des vents, et que de furieuses tempêtes et des vagues soulevées jusques aux nues menacent de jeter sur des écucils cachés ou de faire sombrer dans la haute mer. » Grégoire VII n'en accepta pas moins la périlleuse mission qui lui était échue. Il se montra atissi hardi dans sa doctrine qu'inflexible dans sa conduite. Sa logique fut de la dernière audace. Selon lui, il n'y avait qu'une autorité fondamentale, l'autorité du pape qui venait de Dieu, lequel l'avait transmise à saint Pierre et à ses successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église,... je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Il en concluait que, Pierre étant le fondement de l'Eglise du Christ, et ayant eu son siège à Rome, c'était dans l'Église romaine que résidait le pouvoir de lier et de délier ; que toutes les Églises particulières étaient des membres de l'Église romaine, laquelle commandait comme une mère à toutes les Églises et à tous ceux qui en faisaient partie, les empereurs, les rois, les princes, les archevêques, les évêques, les abbés et autres fidèles ; qu'en vertu de sa puissance elle avait le droit de les instituer et de les déposer; que, si le prince des apôtres pouvait lier et délier dans le ciel, il pouvait, à plus forte raison, enlever, sur la terre, les em- pires, les royaumes, les marquisats, les comtés, et les possessions des hommes, de quelque nature qu'elles fussent, Epist., 1. I, ep. xv, lxii, lxxv; 1. II, ep. xiii, XVIII, xxxn ; 1. III, ep. viu ; 1. VII, ep. xxv ; 1. VIII, ep. xxi, xxiii; que, jugeant le spirituel et ôtant les primaties et les évêchés à ceux qui s'en rendaient indignes, il devait juger d'autant plus facilement le temporel et disposer des digni- tés séculières ; que le pape, représentant de saint Pierre et vicaire de Dieu, devait dès lors arracher l'Église à ses liens terrestres, lui rendre sa liberté pour lui redonner ses anciennes vertus, et soumettre les princes de la terre à sa juridic- tion, pour opérer cette grande et heureuse réforme. 11 engagea donc contre l'empereur Henri IV cette première lutte du sacerdoce et de l'empire, connue sous le nom de guerre des investitures, et dont les vicissi- tudes sont si célèbres. Grégoire VII et ses cinq successeurs Victor III, Urbain II, Pascal II, Gélase II, Calixte II, dont trois avaient été désignés par lui, la pour- suivirent durant cinquante années. Cette guerre porta à son comble l'autorité des papes, malgré la défaite, la fuite et même les défaillances momentanées de quelques-uns d'entre eux. L'Église se dégagea de la féodalité, le pouvoir reli- gieux l'emporta sur le pouvoir militaire, et, au centre de l'Italie, s'éleva le domi- nateur moral du monde, qui, tout désarmé cju'il était, disposa de la force des peuples et de la couronne des rois. Cette révolution qui organisa la société chré- tienne, et imprima à l'Euroiic des directions dont elle avait alors besoin, l'Italie s'en ressentit plus (jue les autres pays. Devenue le chef-lieu du gouvernement spiriluil (lu monde, elle eut pour (b'I'enseurs de son indépendance les pajies, intéressés })lus que jamais à cMiprihcr (luCllc ne Idtnhàt sous une iloniination unique. Ces vieillards, si faibles en apparence, puiscju'ils n'a vaient point darmée et ne commandaient pas toujours sur leur propre territoire, pos^sédaient au fond une pviissance extraordinaire. S'étant arrogé le droit de déposer les emperciu-s, 22 LIVRE XXXI d'une silnalion critique ^. L'Ep;lise était engagée dans une lutte considérable, et il était facile de prévoir les rudes assauts qu'elle et la papauté allaient avoir à soutenir. Rome le comprit ; à la nouvelle de la mort du pape, le peuple garda un calme extraordi- naire, laissant au cardinal diacre Ilildebrand le soin de tout dis- poser ^. Celui-ci ordonna un jeûne de trois jours, des litanies et des prières, pour que Dieu hénît le choix du nouveau pape. Le lendemain 22 avril, on déposa le corps du pape Alexandre dans la basilique du Sauveur, au Latran ; pendant la cérémonie tout le peuple cria soudain: « Hildebrand évêque^.» Et on le força positivement à accepter cette dignité, alors deux fois redoutable. Tel est le récit de Grégoire lui-même*, confirmé par Bonitho et ils leur opposaient, en Italie, les sentinionLs nationaux ; en Allemagne, les am- bitions mécontentes, et. ils soulevaient oonlrc eux la conscience religieuse de l'Europe, que dirigeait son clergé soumis. Ils se transmettaient les mêmes desseins jusqu'à ce ([u'ils fussent accomplis. Haut dressé entre ses cinq prédécesseurs et ses cinq s\icccsscurs, Grégoire VII les inspire, les stimule, les conduit, les échauffe de son esprit, les identifie à l'œuvre commune sur laquelle rayonne l'éclat de son génie entreprenant, de son Ame altière et de sa fermeté indomptable. (H. L.) 1. Bonitho de Sutri, ami de Grégoire VII, se trompe en plaçant cette mort le 23 avril, Qîfele, Rer. Boicar. ftcripl., t. ii, p. 810; Jaffé, Bihl. rer. germ., t. ii, p. 650; la date est incontestablenicuL le 21, cf. Grégoire VII, Regisirum, 1. I, n. G; Jaffé, Monum. Gregoriana, p. 14, 15; [voir aussi Emorl. Mont. Cass.. dans Muratori, Rerum Italicarum scriptores, t. v, p. 75]; Pagi, Crilica, ad ann. 1073, n. 3, 4; Sur Bonitho de Sutri et ses défaillances de mémoire, cf. W.^oxxy, Studienûher Bonizo, dans Forschungen zur deutschen Geschichte. t. viii, p. 395 sq. et, en sens contraire, Martens, yio;((7/(o i'on Siilri und seine lii.sloriscJien Werke, clnnsTlieolo- gische Quartalschrijt, 1883, t. lxv, p. 457-483. (H. L.) 2. Grégoire VII, Epist. ad Guibertum Ravenn., dans le Registrum, 1. I, n. 3 : In morte ejus (Alexandri) primo quidem rotyianus populus contra morem ita quiesnl et in manu nosfra ronsilii frena dimisil, ut evidenter apparcret, ex Dei miseri- cordia hoc prorenisse. Unde accepta consilio hoc statuimus : ut post triduanum jeju- nium post letanias et muUorum oralionem eleemosinis conditam, diçino fulli auxilio statueremus quod de electione romani pontificis videretur melius. (H. L.) 3. Cette acclamation soudaine et unanime pourrait mettre sur la voie d'une sorte de conspiration. La situation qu'occupait Hildebrand depuis plusieurs pontificats sudisait à le mettre en évidence, elle avait dû — son caractère aidant et aussi la qualité de ses adversaires — lui faire bien des ennemis. Un parti existait depuis longtemps en faveur de l'archidiacre, sans plus de préparation il lui aura suffi de se décider à parler haut, cf. A. Knopflcr, Die ^VaJll Gregor's VII, dans llistor. polit. Bldtler, 1884, t. xciii, p. 492-520; i>r Kalholik, 1892, t. v, p. 332- 365 et G. Mirbt, Die Wahl Gregor's VII, in-8, Marburg, 1892. (H. L.) 4. .Jaffé, Monumcnla gregoriana dans Bihliotlieca rerum Germanicarum, t. ii, p. 10 sq. ; Registrum, 1. 1, n. 1, 3. 508. DIÎBTTTS DE GRÉGOIRE VII 23 par les Acta Valicana ((iii sont de la irième époqno ^. Bonilho [2] raconte : « Épouvanté par ces acclamations, Hildebrand voulut monter i\ l'ambon pour calmer le peuple; mais le cardinal Hugues Candide - l'y prévint : Vous tous, hommes et frères, cous sa^>ez que depuis le pontificat du pape Léon, Hildebrand yia cessé de travailler à V exaltation de la sainte Église romaine et à la protection de la liberté de cette ville. Or, comme nous ne pourrions trouver pour la papauté un candidat meilleur que lui, et même aucun qui le vaille, choisissons-le, car il est clerc de notre Église ^, il nous connaît tous et il a fait ses preuves. Tous les cardinaux, évêques, prêtres et diacres et le reste du clergé, crièrent, selon la forme accoutumée : Saint Pierre choisit Grégoire pour pape, et Hilde- brand fut aussitôt amené et intronisé comme de force par le peuple dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens*. » Les ActaV aticana sont pleinement d'accord avec cette relation, et lorsque le cardinal Benno, ennemi juré de Grégoire, interprète abusivement cette initiative populaire pour imputer aux seuls laïques l'élection d'Hil- debrand^, il se trompe, car les documents que nous venons de citer prouvent que les cardinaux firent véritablement l'élection; de plus, il est en contradiction avec le procès-verbal officiel de cette élection, placé plus tard en tête des lettres (Registrum) de Grégoire ^ D'après ce texte, les cardinaux et tous les clercs 1. Bonilho de Sutri, cf. Baronius, Annales, ad ann. 1073, n. 15, 20; P. L., t. cxLYin, col. 114; Watterich, Vitœ ponlifcum romatiorum, in-8, Lipsia>, 1862, t. I, p. 308 ; Pertz, Monum. Germ. hislor., t. xiv, Scriptores, t. xii, p. 169. Les adversaires répandirent le bruit qu'Hildebrand avait soudoyé le peuple par ses agents ; Vido de Ferrare n'ose pas le soutenir ouvertement. 2. Sur ce personnage, voir § 567. 3. Sur la préférence donnée aux clercs romains, voir § 555. 4. Dans cette église S. Pétri ad vinc. avait lieu à cette époque l'élection et lintronisalion des papes. Lorsque Bonitho ajoute que Grégoire n'avait pas été élu in Drixianorio, il fait allusion, à ce fait, que l'antipape Guibert ou Clément III qui fut opposé à Grégoire, fut installé à Brixen. [Bonitho, Ad Amicum 1. VII ; Jafîé, Monumenta Gregoriana, p. 656. (H. L.)] 5. Baronius, Annales, ad ann. 1073, n. 22; Wattembach, Deutschlands Geschi- chisquellni, t. n, p. 173. 6. Voici ce document : < Sous le règne de Noire-Seigneur Jésus-Christ, l'an 1073 de sa très miséricordieuse Incarnation, la XP indiction et la xi'^ lune, le dix des calendes de mai (22 avril), seconde férié, le jour de la sépulture du seigneur pape Alexandre II d'heureuse mémoire, pour que la chaire apostolique veuve de son pasteur, ne reste pas dans le deuil, nous étant réunis dans la basilique du bien- heureux Pierre-ès-liens, nous tous, membres de la sainte Église romaine, catho- 24 LIVRE XXXI de Rome auraient crié à hante et intelligible voix flans l'éolise de Sainl-Pierre-aux-Liens (après les préliminaires qui avaient eu lieu au Latran) ^ : « Nous choisissons pour pasteur et pour lique et apostolique, cardin.iux, clercs, acolytes, sous-diacres, prêtres, en présence des vénérables évoques et abbés, du consentement des clercs et des moines, aux acclamations des nombreuses foules des deux sexes et des divers ordres, nous élisons pour noire pasteur, et souverain ponlife, un homme religieux, puissant par sa connaissance des choses divines et humaines, passionné pour l'équité et la justice, fort dans l'adversité, modéré dans la bonne fortune et, suivant le précepte de l'apôtre, orné de bonnes mœurs, chaste, modeste, tempérant, austère, hospitalier, sachant bien régir sa maison, dès l'enfance élevé noblement et ins- truit dans le sein de cette Eglise mère, rempli de doctrine, et promu jusqu'à ce jour, par le mérite de sa vie, aux honneurs de l'archidiaconat, c'est-à-dire, l'ar- chidiacre Hildebrand qu'à l'avenir et pour toujours nous voulons et nous nom- mons pape et seigneur apostolique, sous le nom de Grégoire. «Vous plaît-il? Il nous plaît. — Le voulez-vous ? Nous le voulons. — -L'approu- vez-vous ? Nous l'approuvons. « Fait à Rome le X des calendes de mai, indiction XP. » Jafîé, Monum. Gregoriana, p. 9; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. GO; Hardouin, Coll. conc, t. vi, part. 1, col. 1115 ; Baronius, Annales, ad ann. 1073, n. 2']. Ce protocole est écarté par W. Martens, Z)/e Besetzung des pàpstlichen Slnhles iinler den Kaisern Heinrich III und Heinrich IV, in-8, Freiburg, 1887, p. 1 1)9 sq. ; Gregor VII, sein Leben und Wirken, in-8, Leipzig, 1894, t. i, p. 66 sq. ; G. Ruppel, Die Wahl Papst Gregor' sV III, dans Jenaer Dissertât., in-8, Chemnitz, 1876, p. 4 sq.; C. Mirbt, Die Wahl Gregor's VII, in-8, Marburg, 1892;Meyer von Khonau, Jahr bûcher des deutschen Reiches unter Heinrich IV und Heinrich V in-8, Leipzig, 1890, t. ii, p. 205, note 32 ; l'authenticité est défendue par A. Knôpfler, Die Wahl Gregor's VII, dans Ilistorische Politische Blàtter,i88^t, t. xciii, p. 506 sq. et dans Der Katholik, 1892, nouv. série, t. v, p. 352 sq. (H. L.) 1. C. Mirbt, Die Wahl Gregor's VII, in-4, Marburg, 1892; A. Knôpfler, Die Wahl Gregor's VII, dans Der Katholik, 1892, HJe série, t. v, p. 352-365, cf. Annal, bolland., 1893, t. xii, p. 312-313 : « M. C. Mirbt a recueilli avec soin tous les détails fournis par les auteurs du xi® siècle sur l'élection de Grégoire VIL Les témoignages sont classés d'après le parti auquel l'écrivain appartenait ; d'abord défilent les partisans du pontife, ensuite ses adversaires. Je ne puis m'empêcher de trouver assez naïve la réflexion de raulcur, qui déplore de ne pas retrouver le récit de cette élection sous une plume impartiale. L'élection de Grégoire n'est devenu événement que du jour où elle fut attaquée; l'attaque provoqua la défense. Un point d»i mémoire a été assez vivement attaqué par A. Kniiitllcr, à savoir l'ap- préciation du [irocès- verbal o\i ronniinilarius clcclionis, ((iiiOii .i lu dans la noie précédente). M. Mirbtle déclare aptu r\ plie, mais avoue ne i)ou\ nir lixcr a\cc vrai- semblance la date di; sa rédaction, ni démêler avec certitude les jiréoccnpation s du faussaire. Mais, dans la seconde moitié du xi'' siècle, une élection pontilioalc pour être légitime, devait-elle se conformer aux prescriptions du décret de 1059? M.' Mirbt semble adopter celte o|iiui(>n. 'i'il ne pouvait èlic i a\is de Grégoire et de ses partisans ; pour eux, ce décret portait atteinte à la lilieiti- de ri*]glise. TiOS. DKHVTS DF, CRKGOIRE VII 25 pape rarcliidiacre Ilildobrainlj et nous appioiu oiis qiril prenne le nom de Grégoire ^. » Dès lors le notaire aposlolique ne devait pas trop se préoccuper d'en reproduire plus ou moins la teneur dans la rédaction du procès-verbal. Des indices certains de cette préoccupation prouveraient au contraire qu'il date du temps où l'élection de Grégoire commença à être discutée. Enfin, ce n'est pas le silence de Grégoire sur les événements passés dans l'Ésilisc de Saint-Pierre-ès-Liens qui porte à douter de l'authenticité du procès-verbal. C'est dans l'église du Latran que l'archidiacre Hildebrand fut élu pape. Grégoire tenait à TafTirmer; car cet acte avait inopiné- ment rendu à l'Église romaine la liberté de ses élections. Dans l'église de Saint- Pierre où l'on se rendit après la cérémonie funèbre, l'élection du nouveau pape fut ratifiée. (H. L.) 1. Malgré les travaux dont la biographie de Grégoire VII a été l'objet, bien des détails de sa vie demeurent douteux, à commencer par la date et le lieu de la naissance. Les Acta sanctorum, mai. t. vi, p. 107, proposaient l'année 1020, sans pouvoir arguer rien de positif. Baronius, Annales, t. xvii, p. 108, n'a pris aucun parti. Voigt, Grégoire VII et soji siècle, trad. Jager, Paris, 1842, n'a fixé aucune date; Jaffé, Monumetiia Gregoriana, in-8, Berolini, 18G5, p. 433, propose l'inter- valle entre 1013 et 1024; F. Rocquain, dans le Journal des S ai>ants, avril 1872 (reproduit dans La papauté au moyen-âge, 1881, p. 79)', s'en tient à dire d'après un raisonnement ingénieux et fondé sur un texte recevable qu'en 1033, première année du pontificat de Benoît IX, Hildebrand n'avait pas encore atteint l'âge d'homme et approchait au plus de celui de l'adolescence. Delarc donnel020 ?; W. Martens, Gregor VII, sein Leben, vers 1025 ; « nous avons peine à nous rallier à (cette) opinion.» Anal, bolland., t. xiv, p. 215. Quant au lieu de naissance, autres hésitations : Hugues de Flavigny, C/tro/iic. Virdun., dans Mon. Germ. hist.. Script., t. viii, p. 422, fait naître Hildebrand à Rome, tandis que la vraisemblance est pour Soano, en Toscane. Outre ces questions disputées, il faut mentionner celle delà profession monastique. Voigt, op. cit., p. 1 ; J. Schirmer, De Hildebrando subdiacono Ecclesise Romanse, Berolini, 1860, p. 27 ; F. Rocquain, La papauté, p. 80, note ; cf. O. Delarc, Hildebrand jusqu'à son cardinalat, dans Le Correspondant, 1874, IP série, t. lx, p. 326-351 ; 578-596, 1320-1343; t. lxi, p. 631-646; W. Martens, War Gregor VII Mônch ? in-8, Dantzig, 1891, Anal, bolland., t. xii, p. 313-314 ; H. Grisar, L';m memoria di s. Gregorio VII e del suo stato monastico in Roma, dans Civiltà cattolica, 1895, t. m, p. 205-210; cf. Anal bolland. 1896, t. xv, p. 366-368; W.Martens,6'regorF//, .s<'(n Leftfn »/kZ IV'nAen, in-8, Leipzig, 1894; Anal, bolland., 1895, t. xiv, p. 214- 283 ; Gregor VII war nicht Mônch, eine Entgegnung, dans Historisches Jahrbuch, 1895, t. xvr, p. 274-282 ; Anal, bolland., t. xv, p. 365 ; F. Soldani, Leltera 'i^ sopra il moiuiralo e la parenlela di san Gregorio VII, in-4, Fireiize, 1749 ; Leltera in replica e giustificazione... sopra lo stessn, in-4, Aquilejjc (Lucca) 1751 ; Lettera 6^*... tore unie lo stesso, in-4, Firenze, 1850. Grégoire se dit le nourrisson de Saint-Pierre de Rome ; nulle part dans ses lettres il ne rappelle, ni ne fait allusion à son ancienne profession bénédictine. Pierre Damien et Victor III, (jui eussent volontiers réclamé cette illustre recrue, n'en font nulle mention. D'autres se servent de termes ambigus et dont on ne 26 LIVRE XXXI peut rion liror dn bien clair. Parmi les adversaires do Clrégoirp, certains lui repro- chent de n'avoir pris du moine que l'habit, d'autres le déclarent moine et soumis, comme tel, à des censures dont il n'a jamais été relevé. Parmi ses partisans, les uns le disent moine de Saint-Paul, les autres le tirent à Cluny. Dans cette diversité d'opinions, W. Marlens conclut que Grégoire VII n'a jamais appartenu à l'ordre monastique. Les détails fournis par Grégoire VII lui-même sur sa jeunesse doivent avoir au moins autant de poids que ceux des contemporains. Nous savons qu'il fit son éducation à l'école du Latran, sur le caractère de laquelle il faudrait être fixé, et qu'il fut recteiu' et économe du monastère de Saint-i'aiil, dont il faudrait savoir le régime. Revenant à quelques années de là sur ce sujet dans son Gregor VII, sein Leben und Wiikcii, W. Martcns, s'est vu obligé de « rejeter l'autorité d'au moins dix témoignages contemporains, car quoi qu'il dise, ceux de Guy de Ferrare et de Léon du Mont-Cassin sont parfaitement clairs pour tout esprit non prévenu, — il doit admettre qu'IIildebrand, étant déjà cardinal et même pendant son pontificat, a alîecté de porter le costume religieux ; et tout ce qu'il oppose à ces preuves si fortes, ce sont des arguments négatifs, tirés principalement du silence de saint Pierre Damien et de Grégoire VII lui- même au sujet de sa profession monastique, et des interprétations arbitraires et violentes ou même certainement fausses et pouvant être retournées contre lui, dont M. Scheffcr-Boichorst a très bien montre la faiblesse, Deutsche Zeil- schrijl fiir Gescliichlswissenscltafl, 1894, t. i, p. 227-241. J'ajouterai seulement à la démonstration de M. Scheffcr-Boichorst que tous les textes des écrivains contemporains, très loyalement cités par M. Martens — ainsi que le silence de quelques-uns d'entre eux et en particulier celui de saint Pierre Damien et de Grégoire VII lui-même — s'expliquent aisément par une hypothèse très simple qu'IIildebrand soit entré très jeune, comme oblat peut-être, dans le monastère romain gouverné par son oncle; qu'il y ait fait profession lorsqu'il eut atteint l'âge canonique; que peu, de temps après, lors(iu'il était encore assez jeune, il se soit trouvé mal à l'aise dans son monastère, soit parce que la discipline religieuse y était trop relâchée, soit parce que le niveau intellectuel du milieu était vraiment trop bas pour lui, et que la supériorité de ses talents, de sa science, de ses vertus et de ses aspirations y excitait même des jalousies excessivement pénibles poui' son noble caractère ; enfin, cpiavec l'appui, peut-être sur le conseil de son ancien maître, Jean Gratien, devenu ensuite pape sous le nom de Grégoire VI, il ait quitté ce monastère, mais avec la ferme résolution de rester fidèle à ses vœux monastiques et de reprendre la vie régulière ailleurs, résolution que les circonstances l'ont toujours empêché depuis d'exécuter. Dès lors on comprend très bien que ni Grégoire VII lui-même ni Pierre Damien, ni la plupart des partisans du pape, n'aient guère parlé de sa vie monastique, qu'il n'avait menée de fait que pendant sa première jeunesse, et que, au contraire, ce soient surtout ses adversaires qui en ont fait mention, pour le flétrir des qualificatifs de faux moine, de moine fugitif et apostat, de monachus habitu, non professione, et autres seml)lables. De plus, la célèbre phrase du discours synodal de 1080 : Invitus uUrn montes cum domino papa Gregorio abii, MAGis INVITUS cum domino meo papa Leone ad vestram specialem ecclesiam redii, ainsi que ces paroles : [Romce] coactus Deo teste jam a viginti annis habilavi, et (Christum) qui me suis alligavit vinculis et Rouiam invitus reduxit, ces phrases dont M. Màrtens, op. cit., t. i, p. 7-8, ne donne cju'une explication assez embrouillée 568. DÉBUTS DE GRÉGOIRE VII 27 deviennonl claires dès qu'on observe que, en se mettant à la suite de Grégoire YI d'abord et ensuite de Léon IX, il se trouvait dans l'impossibilité de réaliser ses désirs de vivre dans un monastère in peregrinalione, car c'était bien la vie reli- gieuse qui dans le langage du temps était marquée par cette expression. >> .4na/. holland. 1895, t. xiv, p. 215-216. La dernière dissertation de M. Martens, Greg.VII svar nichl Muncli, ànns llisloriscliesJnhrbuch, 1895, t. xvi, p. 274-282, ressasse les arguments déjà réfutés par H. Schefîer-Boichorst, Zof . cit., par U. Berlière, Gré- goire ^' II fut-il moine P dans Revue bénédictine, 1893, t. x, p. 336 sq., par H. Cranort, Ilildebrand einOrdenskardinal, dans Historisches Jnhvbuch, 1895, t. xvi, p. 283-311 et H. Grisar, lac. cit., discuté et apprécié dans.-l/ia/. bolland., 1896, t. xv, p. 366-368, Ce sont deux questions nettement distinctes de savoir si Grégoire VII fut moine — nous venons de répondre affirmativement — et s'il fut moine à Cluny Sur ce dernier point la réponse est certainement négative, cf. J. Greving, Paulus i-on Bernried, Vila Gregorii \'II papœ, in-8, Munster, 1893, p. 161-167, établit bien ce point et suggère une explication très plausible de l'historiette qui fait dHilde- brand un prieur de Chmy. La bibliographie concernant Ilildebrand est une des plus considérables de toutes celles que nous rencontrons au cours de cette histoire. Sources : La correspondance est recueillie dans le Registrum, édit. P. Jafîé, Bibliotheca rerum germanicarum et formant le tome ii : Monumenta Gregoriana^ Berlin, 1865; on y trouve trois cent soixante-trois lettres réparties en huit livres; mais toute cette correspondance n'est pas exclusivement celle de Grégoire, par exemple, 1. I, epist. xxix a; 1. IV, epist. xii a. Sur ce registre les meilleurs travaux à consulter sont ceux de : W. Giesebrecht,De registro Gregorii VII; Jafîé, Regesfa, p. 594-596; De Gregorii VII registro emendando, 1858; E. Dùnzelmann,Z)('cc/;ro- nologischen Xoten des Registrum Gregorii VII, dans Forsch. deutsch. Gesc/i., 1875, t. XV, p. 515-547; K. Beyer, Ueber die Datierung einiger Briefe im Registrum Gregorii VII und im Codex Udalrici, dans Forsch. zur deutsch. Gesch., 1881, t. XXI, p. 407-443; P. Ewald, Dos Registrum Gregorii VII, dans Historische, L'ntersuchungen Arn. Schâfer gewidmet, in-8, Bonn, 1882, p. 296-318 ; J. von Pflugk-IIarttung, Dos Register Gregors VII, dans Neues Archiv Gesells. deutsch. Gesch., 1883, t. viii, p. 227-242 ; Le même, Register und Briefe Gregors VII, dans Neues Archiv, 1886, t. xi, p. 143-172 ; S. Lowenfeld, Die Canonensammlun g des Cardinals Deusdedil und das Register Gregors VII, dans Neues Archiv, 1885, t. x, p. 309-329 ; D. Schiifer, Zur Datierung zweier Briefe Gregors VII [Registr. II, XXIX ; III, vu) dans Neues Archiv, 1892, t. xvii, p. 418-424 ; Jafîé a donné sous le nom d'Epistolse collectse, cinquante-et-une lettres étrangères au Registrum. Sur d'autres lettres qui prendraient place dans cette catégorie, cf. A. Potthast, Bibliotheca liislorica medii ascj, 1896, 1. 1, p. 541. P. Kehr a publié une lettre datée du 11 février 1077 dans Gultingische gelehrte Anzeigen, 1897, part. II, p. 226 sq. Une collection de vingt-sept sentences, les Diclalus papse, prend place dans le Re- gistrum entre deux lettres datées du 3 et du 4 mars 1075, Registr. II, lv a, et cf. Martens, Gregor VII, t. ii, p. 298, mais doit être retirée de l'œuvre de Grégoire VII. comme l'a montré Lowenfeld, dans Neues Archiv, t. xvi, p. 193-202, et rendue au cardinal Deusdedit. Sackur, Zu den Streitschriften des Deusdedil, dans Neues Archiv, 1892, t. xviii, p. 135-153. Pour le sommaire de la correspondance, cf. P. Jafîé, Regesta ponlificum, 2^ édit., 1885, t. i, p. 594-649, n. 4771-5313, t. ii, p. 751 ; sur ce mémo sujet , voir subsidiaircmoiil II . Fr. Stum]>f, Dir Hrichsli-anzler, 2 vol., in-8, Innsbruck, 1865, p. 209 sq. 28 LIVIÎF. \\\I Pour les sources parallèles : Borlhold, /l /tna/es ; Bernold, Chronicon ; Lambert de Hcrsfeld, Annales ; Bruno, De bello saxonico ; Marianus Scotus, Chronicon ; toutes ces pièces se trouvent rasscniltlées dans Monum. Gerni. Iiist., Script., t. v; Léon d'Ostie, Chronicon mon. Casinensis] Pierre du Mont-Cassin, Chronicon, dans Monum. Germ. hisL, Script., t. vu ; Sigebert de Gembloux, CJironicon, dans Script., t. VI ; ITvigucs de Flavigny, Chronicon ; Arnoul, Gesta archiepiscop. Mediolanensium ; Landulf, llistor. Mediolan., dans Script., t. viii •,Vita Jleinrici IV et Donizo, }'ita ]\Ialhil(lis, dans Script., t. xii; Annales Ans^usliani, dans Script., t. m. Pour l'ensemble, cf. Giesebrecht, Kaisergeschirhie, t. m, p. 1087, 1151; Wattembach, Deutschlands Geschichtsquelleii, G*-' édil., 1894, t. ii. Sur la Vita Grego)ii de Paul de Bernried, J. Grcvins;, Pauls von Dernriecl Vita Gregorii VU papœ, ein Beitrag zur Kenntniss der Quellen, und Anschauungen, aus der Zeit des gregorianischen Kirchenstreites, dans Kirchengesch. Sludien, in-8, Munster, 1893. Cette étude est excellente ; la Vita se trouve dans Watterich, Vitœ pontificum, t. I, p. 474-546. Une autre biographie par Pierre de Pise, ^Yalterich, op. cit., t. I, p. 293-307 ; une autre par le cardinal Pandulf, dans Muratori, Scripto- res rerurn Italicarum, t. m, part. 1, p. 304-313 ; cf. PotthasI, op. cit., t. ii, p. 1350 sq. Les sources relatives à l'ardente polémique depuis le milieu du xi° siècle jusqu'au concordat de Worms : C. Mirbt, Die Publizistik im Zeitalter Gregors VII, in-8, Leipzig, ISD't, p. 80, 83: cent (juinze fragments de lettres de soixante-ciiui auteurs, en outre quatorze traités perdus. M. Sdralek, Die Streitschriften Altmanns con Passau und Wezilos von Mainz, in-8, Paderborn, 1890 ; G.Meyer von Khonau, Zur Beurtheilung des histor. Wcrles der Streitschriften aus der Zeit des Investitursstreits, dans Tlieologische Zeitschrift aus der Schweiz, 1897 (Ziirich), t. xiv, p. 130-139 ; Imbart de la Tour, La polémique religieuse à l'époque de Grégoire VII, dans la Revue des universités du Midi, 1898, Bordeaux, t. iv, p. 383-398. La plus grande partie de la littérature polémique et de circonstance a été publiée dans les Libelli de lite imperalorum et pontificum sxculis xi cl xii conscriptis, dans les Monum. Germ. histor., t. i, 1891; t. it, 1892 ; t. m, 1897. Pour les conciles et synodes, Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, xxi. Les ouvrages généraux sont d'un niéritc très inégal et on en trouvera une liste d'aspect un peu cahotique dans U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, Bio-bibliographie, 2° édit., t. i, p. 1876-1881. Nous ne mentionnerons ici que les travaux qui nous sont paru offrir une utilité certaine. A. Fr. Gfrorer, Papst Gregorius VII und sein Zeitalter, 7 vol. in-8, Schafîhausen, 1859-1861 et table générale par H. Ossenbeck, 1864 ; W. von Giesebrecht, Gescliichte der deutschen Kaiserzeii, 5*^ édit., 3 vol., Leipzig, 1890 ; Baxniann, Die Palililx der Pàpste von Gregor I bis zu Gregor VII, in-8, Elberfeld, 1868-1869 ; J. Langen, Geschichte der riimischoi Kirche von Nikolaus I bis Gregor VII, in-8, Bonn, 1892 ; J. Langen, Geschichte der rumischen Kirche von Gregor VII bis Innocenz III, in-8, Bonn, 1893 ; C. Mirbt, Die Publizistik im Zeitallrr Gregors VII, in-8, Leipzig, 1894 ; G. Meyer von Klioiiau, Jahrbûcher des iliulschrn Reichs uiilcr llcinvidi I\ und Heinridi V, I. i, auii. 1056-1069, Leipzig, 1890, t. n, 1070-1077, Leipzig, 1894; A. Hauck, Kirchoi geschichte Deutschlands, in-8, Leipzig, 1896, t. m ; Weizsa- cker, Eiidcilung zu der AkademischenPreisvcitheilung, in-8, Tûbingen, 1896 ; H. Gerdes, Geschichte des deutschen }'olkcs und seiner Kullur itn Mittclallcr, t. ii, Geschidde dir sidi^ohcn Kaiser und ihrer Zeit, in-8, Leipzig, 1898 ; G. Bifhtcr, 5G8. DIÎBUTS DE GRIÎGOIKE \ll 20 Aniialcn dcr deul.'iclicn Ccuclticlde iin Mitliiallcr, paît. 111 : Aniiiilrn des dcutscJicn Reiclis im Zcilaller dcr Olloiien iiiid Scdier, in-8, Halle, 1S!)8. Les monographies oiu'urc iiH'oniinainlaML's soûl : J. \'oi^(, llildehrand als Papsl Gregorius der Siebenle iind sein Zeilalter, iii-8, AVeimar, 1815 ; "2^' édil., 18G'i ; J. \V. Bouden, The Life and Ponlificale uj Cregonj VII, 2 vol. in-8, Lomlou, 18i0 ; G. Cassaiuler, Dns Zeihdier Ilildebiiinds fur und '^c'^en ilui, in-8, Darnislaill, 18'i2 ; H. Flolo, Kaiser lleinrich dcr \'icrle und sein Zeilalter, in-8, SluUgart, 1855, 185G ; F. Steinclorfï, Jahrbûcher des deutschcii Uciclis itiiler Jlcinrich III, 12 vol. in-8, Leipzig, 187''i, 1881; F. Grégorovius, Gescliichle der Sladl Hom ini Millclaller, 3*' édil., 4 vol., Stuttgart, 1877 ; F. Rocquain, La papauté au moyen âge, in-8, Paris, 1881; K. W.Nitzsch, Geschichte des deutsclien \'olhes, édit. G. Matthaï, 2 vol., Leipzig, 1883 ; H. Prutz, Staaten<:ieschiclite des Abendlandes ini MittcIaltersoiiKarldcniGrossen bis anj Mon S^ Paul ausscrlialb der Mauer in Rom, dans Zeilsdirijl filr halholische Théo- logie, 189G, t. XX, p. 169-171 ; W. Lungen, Zur Politik Gregors VII gegen Ileinrich IV (107G-1080), in-4, Bochum, 1882 ; Mahillon, Acta snnct. O. S. B., 1701, t. VI, part. 2, p. '403-406 ; 2^ édlt., p. 406-409; V. Miidgc, Die Pulilik Gregors VII den Gegeiikônigen Rudolf und llerinaun gegeniïbcr, iii-8, Elbeiïcld, 1879 ; W. IMailens, Gregors VII Massnahmen gegen Ileinrich IV, dans Zeil- sdirijl fur Kirchenrechl, 1882, t. xvii, p. 207-230; 6Veg(/r VII, sein Leben und ]\'irhn, 2 vol. iii-8, Lcipizg, 1894 ; L. de Mattheis, San Gregorio VII eil ponli- jicato roniaiio, in-16, Sienna, 188G; J. May, Der Begriff « Justitia » im Sinne Gregors \ II, dans Forsdning. deulsdi. 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Inibarl de la 'J'oiii', Ias élediuiis cpiscopalcs dmis l' Ei^lise de Frcnice du x"^ ait xiiP siècle, iii-8, Taris, 18!)'i : ^V. Pipcf, J)ie Polilik Crei^uis Vil gegenuber die deulsehen MelropolilnngewaU, Quedlinbiirfï, 188'j; K. licriilicirn, Quellcn ziir (iescliiclile des Iiireslilid'streiles, iri-8, LcipziLT, 1007 ; part. 1 : Ziir (îescJii- clile (l'regors Vil uiid /leinrirlis V'7; pari. 2 : Ziir (iesihidile des Woniiser Kon- korddtes ; A. Schaiiiafil, Du- liei^ri/f der liwesliliir in dm Quellcn und der l.ilcialur des 1 w.'eslilurslreiles, iii-S, Sliillgart, 11)08, oire on devait, dans des circonstances propices, avertir le roi de ses devoirs par l'intermédiaire d'hommes de confiance, ce qui fut fait en même temps (jue l'annonce de l'élection. Il est possible que de ces deux explications, combinées dans une certaine mesure, soit dérivée la tradition accueillie par Bonitho et les Acta. L'hypothèse d'un droit de confirmation arbitraire accordé au roi nous met en face d'un problème plus ardu. Pourquoi Henri IV a-t-il confirmé l'élection d'ïlildebrand, de qui le caractère bien connu devait laisser prévoir de violents confiits ? La plupart des auteurs supposent qvie la situation ébranlée du roi en Germanie à la suite de la révolte des Saxons toujours menaçants lui interdisait tout voyage en Italie et lui faisait souhaiter la tranquillité de ce pays ^. Mais l'histoire nous apprend qu'au moment de la confirmation de l'élection (mai, début de juin), Henri était loin de songer à un soulèvement des Saxons et ne pouvait envisager une telle éventualité. Il roulait, à cette époque, d'autres projets qui le montrent rempli du sentiment de sa force sans mélange de faiblesse et de pusillanimité : tout en effet fut préparé en Germanie, en vue d'une grosse expédition au mois d'août suivant. Il serait donc inexplicable que, suivant les racontars de Bonitho, le roi se fût soumis, lâche et craintif, à la première menace. Dès le 29 juin, jour de la consécration du pape, il préparait contre la Saxe cette grande expédition qui brisa son orgueil et amena la fuite honteuse de Ilarzbourg (8 et 9 août). Substituer sans plus de façon ces événements à la réalité, c'est-à-dire à la confirmation de l'élection, est un procédé inac- ceptable. On a cherché une confirmation du récit de Bonitho et des Acta Vaticana dans le récit de Lambert de Hersfeld. Celui-ci rapporte dans ses Annales que : « Le pape Alexandre II étant mort, les Romains choisirent immédiatement et sans consulter le TOI {inconsulto rege) Hildebrand pour son successeur; c'était un homme très versé dans les sciences et célèbre dans toute l'Eglise pour ses vertus. Comme il était fort zélé pour la cause de Dieu, 1. L'opinion de Gfrôrer est plus étrange encore : d'après lui Henri aurait cer- tainement souhaité un conflit avec la papauté ot dans l'attente d'une victoire certaine, aurait confirmé avec joie l'élection d'un homme qu'il savait incapable de se prêter aux transactions. Cfrorer, Papst Gregor VII und sein Zeitaltcr, t II, p. 389 sq. 42 LIVRE XXXI les episcopi Galliarum furent saisis d'iino grande anxiété^, car ils craignaient qu'il n'instruisît contre eux à cause de leur négli- gence. Aussi s'entendireul-ils pour demander au roi de ne pas confirmer l'élection qui s'était faite sans son or dro. [ej us injussu), ajoutant que s'il ne s'opposait dès le début à l'impétuosité de cet homme, il serait le premier à en supporter les plus graves [9] conséquences. Le roi envoya immédiatement à Rome le comte Éberhard de Nellenbourg qui devait s'aboucher avec les princi- paux des Romains [Romanos proceres conveniens) et leur deman- der pourquoi, au mépris de la coutume, ils avaient ordonné un pape romain sans l'assentiment du roi [quare prœter majorum con- suetudinem inconsullo rege R. E. Ponti'ficem ordinassent) ^. l^'J)er- hard devait ordonner au nouvel élu de renoncer à la dignité o])tenue d'une manière irrégulière {illicito), s'il ne donnait pas une satisfaction sufTisante. Grégoire reçut l'ambassadeur du roi d'une manière ferme; après avoir entendu les objections soulevées par Henri, il prit Dieu à témoin qu'il n'avait pas ambitionné cette dignité, mais qu'il avait été élu et contraint par le peuple romain ; néanmoins, il ne se laisserait sacrer qu'après avoir reçu d'une façon indubitable le consentement du roi. Henri, instruit de ces déclarations, les trouva suffisantes, et ordonna de pro- céder au sacre qui eut lieu le jour de la Purification de l'année suivante ^. » Le récit de Lambert s'accorde parfaitement avec les suppositions possibles touchant cette époque troublée, à condition d'examiner séparément l'opinion des évêques allemands et la conduite du roi. Celle-ci est évidemment correcte. La question adressée aux Romains relativement à la consécration du nouveau pape sans l'assentiment royal, est conforme au droit du patriciiis Romanorum. Aussi la réponse faite, à savoir que Grégoire n'est pas consacré, mais simplement élu, vaut l'autorisation de procéder à la consé- cration. En tout cela rien d'incorrect. En ce qui concerne la 1. Par Galliœ, Lambert comprend les pays situés entre les Alpes et le Rhin ; il emploie souvent cette expression pour designer le sud et le centre de la Germa- nie, cf. Pertz, Monum. Germ. hist., t. vu, Script., t. v, p. 154, note 18. 2. Les Otton et Henri III avaient, il est vrai, introduit la pratique de commen- cer par demander au roi quelle était la personne (|iii lui l'iail agréable, afin que l'élection se fît dans ce sens. 3. JMonum. Germ. hiaf.. Script., t. i, p. 19'j ; Baronius, Annales, ad ann. 1073, n. 28. 568. DÉBUTS DE GRÉGOIRE Vil 43 demande dos episcopi GaUiarum. Lamberl no, fait: qno répéter ce que nous savons sural)ondamment, à savoir que le derfré dissident combattait le parti de la réforme en s'appuyant sur la puissance royale à laquelle il attribuait des droits abusifs. La Vita Alexandri H nous renseigne mieux sur ce point que le récit de Lambert. On y peut lire, en efTet, au sujet de l'examen de l'éléva- tion de l'antipape Cadaloiis : Venientes autemadeam (l'impératrice Agnès) suggesserunt ei, quod filins ejus ita in honore Patriciatus deheret succedere, nient in regia dignitate. Prseterea inipudenter asserehant, quod Nicolaus Papa statuerai in decretis suis quod nullus deinceps haheretur Episcopus, nisi prius eligeretur ex consen- su régis ^.On ne peut prendre en considération ces démonstrations d'un zèle qui, sous le couvert de la piété, n'avait d'autre but r[ne de s'assurer l'impunité. Bonitlîo rapporte que «le roi envoya à Rome Grégoire, évoque de Verceil et chancelier d'Italie, confirmer le nouveau pape et assister à sa consécration ". » La contradiction entre Bonitho et Lambert au sujet de la personne chargée par le roi de confirmer l'élection, n'est qu'apparente, car, en combinant leurs récits, on voit qu'Henri envoya Eberhard enquêter sur place, et sur son rapport, chargea le chancelier de la confirmation. — En revanche il existe une irréductible contradiction sur la date. D'après Bonitho, Hildebrand aurait reçu l'ordination sacerdotale aux quatre-temps avant la Pentecôte (22 mai), et l'ordination épiscopale en la fote des apôtres Pierre et Paul le 29 juin 1073 ^, en présence de l'impératrice Agnès et de la duchesse 1. Muratori, Script, rer. itah, 1. m, p. 302. 2. Grégoire de Verceil avait sucoédô à Guibert dans la rliarge do clinnoolior d'Italie; mais l'archichancellerie était entre les mains do l'archevêque de Cologne. Ilonitho, Liber ad Aniiciim, dans IMonuni. Gregor., p. 657 : Rex misit Gregoriuin Vercellensem episcopum, Itnliie regni cancellarium, qui (Hildebrandi) electio- nem firmaret et ejus interessel consecrationi. Quod et factuin est ; et p. 681 : Venera- t)ilem Gregorium in ordinatione sua consensum régis habuisse, nulli duhium est. Nam Vercellensis episcopus Gregorius, a rege missus, ejus interfuit consecrationi. (H. L.) 3. Chronica Benedict., dans Monum. Germ. hist., Script., t. ni, p. 203, fixe la consécration au 30 juin. Sur ces détails, cf. Jaffé, Monum, Gregoriana, p. 657, n. 1 ; Meyer von Khonau, Jahrtiûcher, t. ii, p. 221, n. 59; W. Martens, Gregor VI, t. I, p. 56. D'après la Chronique de Hugues de Flavigny, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. viiT, p. 'ill, les cai'dituinx-évèques d'Albano et do Rome étaient pré- sents. Pour la date du 29, on peut la regarder comme certaine, puisque ce jour 44 LIVRE XXXI Béatrix. — Il est évident qu'il faut préférer ces données chrono- logiques de Bonillio à celles de Lambert. Bonitho est d'ailleurs d'accord avec les lettres de Grégoire lui-même. Du reste, c'élait seulement l'ordination épiscopale qu'il était nécessaire de différer jusqu'à l'arrivée de la confirmation royale, car Grégoire, simple diacre, pouvait recevoir la prêtrise sans attendre cette confir- mation, et, à cette date du 29 juin, on avait pu terminer entre Rome et l'Allemagne les négociations nécessaires ^. Dès les premiers jours qui suivirent son élection, Gré- goire, qui jusqu'à sa consécration prit le titre de pon- niêine on a un acte de Iloiiri IV ainsi libellé : Vigilantissimo et desideralissimo (lomno papie Gregorio apostolica dignitate cœlitus insignito Ilenvicus Romanorum Dei gratia rex debiti famulatus fidelissimnm exhihitionem . Mai-tens, op. cit., t. I, p. 57. (H. L.) 1. C'était donc chose faite ; cependant il ne paraît pas qu'IIildebrand eût souhaité ce pouvoir dont il portait le poids depuis plusieurs pontificats. Peut- être, comme les hommes actifs, s'était-il aperçu que la vie est courte et qu'il est fâcheux d'en consacrer une partie à la représentation. Un pape qui s'en chargeait et laissait la réalité du pouvoir à son archidiacre devait paraître à celui-ci le régime idéal. Aussi l'entendra-t-on soupirer souvent sur cette dignité qu'il n'a pas recherchée et dont la solennité l'excède. Registr., I, 8 : Deus qui desiderium meum nunquam ad honorem istum anhelare cognovit ; I. 12 : Oratio, quce me liberare dehuit, ne incurrerem periculurn, saltem lueaturin periculo positum; I. 39 : Tcsiis est conscientia mea, quanta solliciludine nomen apostolicss dignitatis e<,>itare concupivcrim ; I, 70 : Navem [Ecclesiœ] iiwiti asceudimus. Romana ecclesia cui licel indigni et uolenles prœsidemus. Au concile romain de février 1076 nous l'entendons apostropher saint Pierre: Tua sancta Romana Ecclesia me invitum, ad sua guhernacula traxit, et ego non raplnam arhitratus sum, ad sedem tuam adscendere, potiusque volui vitam, meam in peregrinatione finire quam locum tuum pro gloria mundi sœculari ingenio arripere ; au concile de 1080, il prolestera encore : valde invitus cum multo dolore et gemitu ac planclu in throno vestro valde indignus sum collocatus. Mais il est convaincu que c'est Dieu lui- même qui l'a voulu dans cette place, ce qui est la manière d'identifier ses idées et celles de la Providence. Au concile de 107G il s'adresse à saint Pierre: Ego non rapinam arhitratus sum ad sedem tuam ascendere, cf. Philipp. II, 6 ; et c'est, semble-t-il, dès son élection qu'il a eu cotte persuasion qu'il était chargé person- nellement d'une mission; Registr., 1. I, 8 : Oiuis imposilum non audebamrecusare; 1. I, 39 : Impossibile mihi fuit, contra divinam voluntatem concepta vota defen- dere; 1. III, 10 (il s'adresse à Henri IV) : in Pétri sede, dum nos qualescumque peccatores et indigni dis'ina dispositione vicem suœ potestatis gerimus; 1. II, 73: Occulta Dei dispensatio ad curam ministerii sub obedientia aposlolici principatus nos ordinavit et constituit; 1. VII, 23 : Complacuit [Deo], ut sancta mater nostra Ecclesia ad regimen apostolicœ sedis invitum satis et renitentem Deo teste me rape- ret; 1. VII, 46 : Dispositione dii'ina mater Ecclesia in throno apostolico me valde indignum et Deo teste invitum collocavit. (H. L.) 5G8. DÉBUTS DE GUÉGOIRE \1I 45 tijex electus, écrivit diverses lettres à peu près senil)lahles à Didier, cardinal et abbé du Mont-Cassin ^, au prince Gisolfc de 1. La lettre à Didier du Mont-Cassin est du 24 avril, surlendemain de l'élec- tion. Cette lettre ouvre le Registrum. Jaffc, Monumenta Gregoriana, p. 10, 11; elle est traduite dans O. Dclarc, Saiiil Grégoire VII, t. m, p. 7-8. Avec celte lettre s'ouvre seulement le Regi^lruni, non de Grégoire, mais le pontificat qui ne fut « à quelques égards que la continuation de son diaconat.» On y retrouve les mêmes luttes, plus vives et plus féroces, car on sent des deux côtés que l'heure décisive approche. Sur ce règne et les événements qui l'ont rempli, la France n'a jeté de temps en temps qu'un coup d'oeil. Villemain (1872), Langeron (1874), Delarc (1889) s en sont seuls occupés. Le livre de Villemain appartient à une époque pré-histo- rique, — il a été rédigé entre 1827 et 1834. — La préface seule offre de l'intérêt, c'est un morceau consacré à l'étude des pi-ogrès de la papauté depuis ses origines jusqu'au xi<^ siècle, par un homme impartial, insuffisamment lesté de connais, sances historiques. Cela ne s'écarte pas du genre vague, et des idées dites générales- La pensée maîtresse vraiment intéressante et qui se promène — et s'égare — en deux cent quarante pages est de mettre « en lumière, par le simple récit des faits, le rôle bienfaisant et moralisateur de la papauté en même temps que les ins- tincts de domination et l'ambition persévérante qui ont dirigé la politique pon- tificale. Le siège de Rome ne fut illustré par aucun des grands orateurs, des grands docteurs, des grands saints dont s'honore l'Eglise ( — il me semble que saint Léon le Grand et saint Grégoire, pour ne parler que d'eux, font cependant assez bonne figure — ) ; aucun des papes n'égale par la science les saint Augustin, les [saint] Clément d'Alexandrie, les saint Thomas d'Aquin, ni les saint Bernard ou les saint François par la piété ( — ce dernier point me paraît assez aventureux à apprécier — ) ; mais le génie pratique, la ténacité indomptable qu'ils semblent avoir héritée de la Rome antique, leur ont donné l'empire du monde. » G. Monod, dans la Rei'ue critique, 1873, part. 2, p. 176. L'insuffisance du livre de Villemain est trop manifeste pour qu'il soit besoin de s'y attarder. Le critique, M. G. Monod, porte, pour son compte, sur Grégoire VII le jugement suivant qui, pour avoir la prétention d'être approfondi, n'en est pas moins, lui aussi, superficiel, mais c'est une note qu'il est nécessaire d'entendre : « On ferme le livre sans savoir si Grégoire VII était un grand saint ou un grand fourbe. Peut-être, en effet, est-il difficile de décider ce qu'il fut. Mais encore, si l'àme du grand pontife doit rester une énigme impénétrable, était-il du devoir de Ihistorien d'en poser les termes, d'esquisser au moins les traits contradictoires de cette imposante figure. De toutes les époques de l'histoire, le xi*^ siècle est peut-être celle où l'activité humaine s'est déchaînée avec la plus sauvage énergie. Les Normands créent deux royaumes sous Guillaume le Conquérant et Robert Guiscard, la France et l'Allemagne sont le champ clos de guerres privées sans cesse renaissantes. Les croisades fournissent enfin aux seigneurs d'Occident l'occasion de mettre au jour toutes les passions violentes dont leurs natures sont capables. Les préoccupations morales, les scrupules de conscience, ne pouvaient guère trouver place au milieu d'une si ardente mêlée. Les instincts supérieurs de la nature humaine ne se manifestaient que par des emportements d'enthousiasme, comme chez quelques croisés, ou par la fièvre de l'ambition théocratique, comme chez Grégoire VII. 46 LIVRE XN.X1 Celui-ci était bien un homme de son temps, d'une époque où il ne s'agissait que de combattre et de conquérir. Il a toujours àla bouche cette parole terrible: « Maudit soit riioninie qui détourne son glaive du sang.» Rusé, déloyal, impi- toyable, il bénit Géza l'usurpateur du trône de Hongrie, il encourage Guillaume, le conquérant de l'Angleterre, il ne pardonne à Henri IV que jiour mieux le perdre. Mais en même temps sa conscience ne paraît pas avoir eu un instant d'hésitation et de trouble ; il luttait i)Our le triomphe de l'Église, pour la pureté de la disci- pline et des mœurs. Avait-il le temps, dans la fureur du combat, d'examiner quelles arnu^s il employait ? (^c n'était assurément pas un homme })ieux, saint, dans le sens où nous entendrions ces mois aujourd'hui ; mais il ne serait pas moins injuste de lui aj)pliqucr nos catégories morales et de le condanincr au nom des scrupules de la conscience moderne. C'était en tous cas une nature héroïque cl désintéressée ; et ce qui achève sa grandeur aux yeux de la postérité, c'est (ju'il est mort en exil, triste, désespéré, doulaiil lum j)as de sa vertu mais de IcHicacité de sa vertu. » Ceci, c'est le Grégoire VU à l'usage des orateurs de réunions dites démocrali(jues. C'est à peu iJrcs un Grégoire Vil tlu même genre cju'on trouve dans un livre bizarre intitulé, Grégoire VII et les origineu de la doctrine idlrutnonlaiiw, par E. Langcron, in-8, Paris, 1877. 11 y est question du Syllabus de Pic IX, du crâne eburné (sic) de Napoléon et du mariage des prêtres selon la doctrine... de Mirabeau ! d'ailleurs lorsqu'il s'agit de renvoyer le lecteur à des cx])licalions plus développées, on l'adresse à Voltaire, Diclionnaire philonophique ei Easui sur les mœurs (voir p. lOG, 343, 376, 389, etc.); enfin, parmi d'inelîables appen- dices on rencontre une « Explication du mot dom et origine du chapelet » (p. 419-422). — Passons. Dans une étude sur La Papauté au moyen âge. Nicolas I^''^, Grégoire VII, Innocent III. Boniface VIII, Études sur le pouvoir ponlijical, iu-8, Paris, 1881. M. F. Rocquain a donné de Grégoire VII, (p. 77-135) une appréciation nette et vigoureuse et son travail doit être tenu parmi les plus suggestifs avec celui de Ch. Giraud, Grégoire VII et son temps, dans la Revue des deux Mondes, mars- mai 1873. Nous y reviendrons au cours des notes de ce volume. L'inextricable et défectueux ouvrage de Gfrurer et celui de Giesebrecht présen- tent quelques-uns des défauts de méthode qu'on a pu signaler avec raison chez O. Dclarc, Saint Grégoire VII et la réforme de l' Église au xi^ siècle, 3 vol., in-8, Paris, 1889. «C'est l'oppression des documents et de la chronologie, le regeste substitué à l'histoire. Encore faut-il regretter l'abus des reproductions in- cxtcnso. Le style pontifical a toujours été prolixe, encombré de citations et de dissertations théologiques... Sachez donc peindre au lieu d'énumérer, caractéri- ser au lieu de transcrire, trouver dans vos chartes, même entre leurs lignes, le mot important, nous le dire, nous l'insinuer au besoin, au lieu de nous inonder de prose oli'iciellc ». Bulletin critique, 1892, t. xiu, p. 243. Nous mentionnons ici É. Gebhart, Autour d'une tiare, 1075-1085, in-12, Paris, 1894 ; roman historique qui peut tenir un rang honorable parmi des œuvres dénuées tic toute espèce de méiite. Il nous reste à parler du Iravail le plus récent et le plus remarquable parmi tous ceux qui ont prétendu retracer le personnage et raconter le pontificat de Grégoire VII. C'est le livre de W. Martens, GregorVII, sein Leben undWirken. 2 vol., in-8, Leipzig, 1894, modèle, à beaucoup d'égardS; d'éludé historique et 568. DÉBUTS DE GRÉGOIRE VU 47 Salerne^, à la marquise Béatrix de Toscane-, à Hugues abbé de ^ '■i Cluny ^, à Guibert '* et à d'autres ^ ; il leur mandait son élévation et sollicitait leurs prières, afin que Dieu l'aidât à supporter le poids qui lui avait été imposé contre sa volonté ^. Dans les lettres à l'abbé Didier et au prince Gisolfe, Grégoire se dit alité et hors d'état de dicter longuement, ce qui l'empêche de dire toutes ses peines '. Il prie Didier de saluer en son nom l'impératrice-mère Agnès et Rainald évêque de Côme (alors au Mont-Cassin), et de les prier de lui donner maintenant des preuves de leur bonne amilié. Enfin, il demande à Didier et au prince Gisolfe de se hâter de venir à Rome, où leur présence est bien nécessaire, La lettre à Guibert devait lui rappeler son ancienne promesse de soumission ** el l'ai lâcher étroitement à l'Eglise romaine, Grégoire envoya à la mcmc époque le cardinal Hugues Candide ^ critique. L'élude attentive et personnelle des sources originales a permis d'y recueillir une nouvelle moisson de faits dont plusieurs permettent d'élucider des points historiques demeurés douteux. Grégoire VII s'y montre au milieu de son époque sans que sa biographie se confonde avec l'histoire de cette époque. Nous avons eu déjà l'occasion de citer souvent ce livre ou les renseignements qu'il contient, sans les accueillir parfois pour des points particuliers, tels que la date do naissance, la profession monastique. Ce n'est pas que tout soit à louer comme érudition, comme raisonnement et comme vue générale du sujet ; mais si on tient compte des correctifs nécessaires, cf. Analecta bollandiaiia, 1895, t. XIV, p. 215-223, il reste que c'est dans ce livre qu'on trouve l'idée la plus équitable de l'homme et de son œuvre. (H. L.) 1. Cette lettre est datée du même jour que la précédente. Ilildebrand raconte une fois de plus son élection et invite son correspondant à venir à Rome le plus promptement qu'il lui sera possible, Registrum, 1. I, 2, Monum. Gregoriana, p, 11, 12. (H. L.) 2. Rcgiatrum, 1. I, 4 ; Monum. Gregoriana, p. 13. (H. L.) 3. Regifilruin, 1. I, 3 ; Monum. Gregoriana, p. 12, 13. (H. L.) 4. Dans sa lettre à Guibert il se plaint de l'épuisement que lui ont occasionné de nombreux et cruels soucis, [mullis el magnis curis fatigalus). Registrum, \. I, 4 ; Monum. Gregoriana, p. 13, (H, L.) 5. A Manassès, archevêque de Reims, Registrum,]. 1,4 ; Monum. Gregoriana, p. 13; à Svend Etrithson, roi de Danemark, Registrum, 1. I, 4, Monum. Grego- riana, p. 13 ; à Bernard, abbé de Saint-Victor de Marseille, Registrum, I, 4 ; Monum. Gregoriana, p. 13. En tout huit lettres qui ouvrent le registre du pape, cf, W. Martens, Gregor VII, sein Leben und Wirken, t. i, p. 53. (H. L.) G. Voir la note de la page précédente. (H. L.) 7. Jall'é, Monuta. Gregoriana, p. U s(j. Voir en particulier la lettre à Guibert, d s'y dit muUis el magnis curis faligatus. {H. L.) 8. Voir § 5(17. 9. Brouillon incorrigible, une vieille connaissance (voir le volume précédent), 48 L1\UK X.VXI en Espagne, afin de maintenir auprès d'E valus, comte de Roccio ^ et d'autres grands, les prétentions autrefois émisse par Alexandre II ; par exemple, ({uc tous les pays enlevés aux Sarrasins devaient être regardés comme des fiefs de l'Église romaine, parce que l'Espagne avait autrefois appartenu à cette Eglise 2. De plus, Hugues était chargé d'annoncer l'élection du dont Grégoire s'imagina persévéramment pouvoir se faire un ami. (H. L.) 1. Sous ce déguisement il faut reconnaître Ebles, deuxième du nom, comte de Rouci et de Montdidier, .4^7 de vérifier les claies, t. n, (178'i), p. 738. II avait épousé Sibille, la fille de Robert Guiscard, ce (jui l'avait fait d'emblée le beau- frère de Raymond, comte de Barcelone, une parenté suggestive pour un homme qui ne manquait pas d'idées ni de moyens d'exécution. Ebles était brave, avait même des talents d'homme de guerre (à la mode du temps), et Guillaume de Fouille lui reconnaissait autant d'adresse à enjôler son monde par de belles phrases que de capacité à s'en rendre maître par la force : facundus eraf, linguaque manuque vigebat, Gesla Roberti Wiscardi, 1. III, v. 11-16, dans Monum. Germ. hisL, Script., t. ix, p. 279; Anne Comnènc ne lui est pas moins favorable, Alexia- dis, I, 12, edit. Bonn, p. 72. Ebles avait conclu une alliance avec le Saint-Siège qui songeait sans doute à débarrasser l'Espagne des Sarrasins, mais tout en se faisant la part du lion. Derrière Alexandre II on entrevoit la politique de son archidiacre qui se retrouve lors de la mission de Hugues Candide. Eblespromit tout ce cju'on vovdut ; il serait toujours temps de rei)rcndre la conversation quand on aurait chassé les Sarrasins. L'accord avait abouti à un commencement d'action ; une expédition eut lieu qui eut pour résultat la prise de Barbastro. On n'a pas la certitude cju'Ebles s'y trouvât, cependant une phrase de Suger dans la vie de Louis le Gros favorise cette opinion : Erat enim (aiiiœ inagnanimitatis ul ali- cjuando cum exercitu mcigno, qua solos reges deceret in Hispaniam proficisceretur, Suger, Œuvres, édit. Lecoy de la IVIarche, p. 19. Sur l'expédition de Barbastro, cf. O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. ii, p. 395-404. (H. L.) 2. Grégoire avait en vue la Donatio Constantini, par laquelle cet empereur donnait au pape Silvestre et à ses successeurs le palais de Latran, la ville de Rome et omnes liaUœ seu Occidentalium regionum provincias, ne se réservant pour lui-même que l'Orient, cf. c. 14, dist. XCVI ; Gfrorer, Paps/ Gregorius iind sein Zeilalter, t. iv, j). 4G7 sq. La lettre du pape, Registr., 1. I, 1 ; Monum. Gregor., p. 16-17; Delarc, op. cit., t. m, p. 20-21, est catégorique : Non latere vos credimus, — ■ regnuni Ilispaniie ah antiquo proprii juris sancti Pétri fuisse, et adhuc licel diu a paganis sit occupatunt, lege tamen justitix non cvacuata, ■ — • nulli morlcdium sed soli apostolicx Sedi ex lequo perlinere. Quod enim auctore Deo semel in proprie- tales ecclesiarum juste pervenerit, mniicnle eo, ab usu quidem, sed ah earum jure, occasions transeuntis temporis, sine légitima concessione divelli non poterit. C'était cette lettre qu'emportait Hugues dans son portefeuille, en avait-il connaissance ? II est vrai qu'il était homme à n'être jamais dans l'embarras pour le compte d'autrui. Mais la commission aurait eu de quoi troubler un plus intrépide que lui, d'aller annoncer que le comte Ebles avait obtenu du Siège apostolique la propriété, à des conditions fixées d'avance, des provinces dont il pourrait se rendre maître. 568. DÉBUTS DE GnÉGOinE VII 49 nouveau pape aux deux légats alors en Frauec : GéraKl, cvè([ue d'Ostie, et le sous-diacre Rainibald, et de leur remettre, ainsi qu'aux comtes espagnols, les lettres qu'il lui confiait. Il chargeait ces légats de réconcilier Hugues avec le parti de Cluny et de le faire escorter en Espagne par quelques moines de cet ordre. Hugues Candide ne devait exercer aucune fonction ecclésiastique dans le royaume de France, nù les légats seuls avaient mission. Celle-ci étant daillcurs Icrminée, ils n'avaient qu'à revenir à Rome le plus tôt possible et à solliciter à Cluny des prières pourlepajjc^ Par une autre lettre de Grégoire adressée au même Gérald '^ [1^^' juillcl 1073), nous a])prenons qu'au printemps de cette année, un concile espagnol aborda de nombreuses et graves questions {inque tôt négocia emerserunt) ; on y discuta probablement l'affaire de l'adoption de la liturgie romaine ^ ; il y eut des excommuni- cations prononcées, des dépositions, des interdits dont les victimes adressèrent leurs plaintes à lÀome. C'est ainsi que l'évèque d'Auch, Guillaume de Montant, fut déposé pour être entré en relations avec un excommunié; l'évèque de Tarbes fut frappé de la même peine à raison de plusieurs fautes, tous deux furent rétablis par Grégoire. Coleti nous apprend que ce concile se tint à Fampelune ^. Le 6 mai 1073, Grégoire écrivit à Gottfried le jeune, duc de Lorraine ^, mari de la célèbre Mathilde de Toscane. Il le remercie (( Quiconque voudra faire campagne avec lui devra se conduire à légard de saint Pierre de façon à mériter son assistance. Quant à ceux qui songeraient à faire bande à part et à guerroyer pour leur propre compte, il faut que leur but soit légitime et leurs intentions très droites, afin qu'après s'être emparés du sol, ils ne soient pas aussi injustes vis-à-vis de saintPierre que les infidèles qui l'occupent actuellement. Que nul n ignore que si vous n'acquittez le droit de saint Pierre, nous vous interdirons ce pays. » Sur l'importance de la Donalio Constanlini dans la querelle des Investitures, voir Sagmùller, Die Konstanlinische Sdienkung un Invesdluistreil, dans Tlieologische Quarlalsclirift, 1902, t. i.xxxiv, p. 89-110. (IT. L.) I. .hilTi'', .\/o/(. (ircg., p. 14 et Itj ; ]\iaiisi, op. cil., p. 04 ; Hardouin. op. al. .(.1. 1 r.ts. ■2. Jalïé, loc. cil., p. 28. o. Voir la lellrc do Grégoire au roi de Léon et do Castillc ; Jalïc, Munuin, Gregor., p. 8i. 4. Coleti, Concilia, l. xii, col. 542. 5. Cîottfried 111 le Bossu, duc de Basse-Lorraine et marquis de Toscane, comte de Verdun, duc do Spolète, enfin marquis d'Anvers, mort peu après, assassiné le 2G février 107() ; il était marié à la comtesse Mathilde et aussi dévoué au roi de Germanie Henri IV que sa femme l'était au Saint-Siège otà Grégoire VIT ; CO.NCILLS — V — 1 50 LIVRE XXXI des félicitations reçues de lui au sujet de son élection à la papauté ; il lui avoue l'anxiété avec laquelle il a accepté cette charge, en l'état du clergé; ajoute qu'en de pareilles circonstances, il ne peut ni rem- plir son devoir comme il le voudrait, ni s'en afl'ranchir complètement {acto deserere), et expose au duc la ligne de conduite qu'il com])te suivre à l'égard du roi Henri ^. « Nul, dit-il, n'est soucieux plus que moi de sa gloire présente et future, à la première occasion je lui enverrai des nonces pour m'entendre amicalement avec lui sur ce qui peut procurer l'avancement de l'Eglise et l'honneur de la dignité royale. S'il nous écoute, nous nous réjouirons de tout ce qui lui arrivera de bon, comme si cela nous était arrivé à nous-même; ... mais si, contre notre attente, il nous rend la haine pour l'amour et méprise le Dieu tout-puissaul au lieu de l'adorer, nous ne nous laisserons pas atteindre par cette menace : maudit soit l'homme qui retient son glaive pour qu'il ne verse [13] pas le sang ^, car nous devons faire passer la loi de Dieu avant la déférence que l'on doit à un homme.» Gfrôrer ^ croit que Gottfried devait se trouver alors en Allemagne, et non en Italie, parce ([ue le pape ne lui adressa aucune salutation pour Béatrix et pour Mathilde ■*. Mais il ne cf. Th. Lindiier, dans Allgemeine deiUsche Biographie, 1879, t. ix, p. 470-471 ; A. Wauters, dans Biogr. Belgique, 1886, t. vu, p. 894-898, Giesebrecht, Gesclii- chte der deutschen Kaiserzeit, t. m, p. 1 ; Pannenborg, Studien ziir Geschichie der Herzogin Mathilde l'on Canossa, Gôttingen, 1872. (H. L.) 1. Bien certainement la lettre de félicitations du duc devait contenir une demande à ce sujet, les paroles suivantes de Grégoire l'indiquent clairement : De rege vero mentem nostram et desiderium plene cognoscerc potes. Jalïé, Monum. Gregor., p. 19, 20 ; Registr., 1. I, 9 ; Delarc, op. cit., t. m, p. 11-12. 2. Jérém., xlviii, 10. Voir plus loin, § 571 ; Mansi, op. cit., t. xx, col. 60 ; Hardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 1201 ; Jafté, Monum. Gregoviana, p. 18. 3. Gfrôrer, op. cit., t. ii, p. 392. 4. La duchesse Béatrix était sa belle-mère. De Mathilde nous aurons bientôt à parler. Celle-ci a rejeté dans l'ombre ce mari très capable et très brave qui valait mieux que sa destinée. Il était environné de gens qui l'éclipsèrcnt; ainsi son neveu fut Godcfroid de Bouillon. Ce n'est pas Mathilde qtii travailla à lui faire rendre justice; le ménage ne s'entendait guère. Les i'hroni(jueurs ont clé à peine moins sobres d'éloges. La Chronique de l'abbaye de Saint-Hubert et Lambert d'Aschaflenbourg sont seuls à le louer ; les autres font le silence, du moins n'avaient-ils pas de mal à dire de lui. Landolphe l'ancien de Milan etlaChroni que d'IIalberstadt ont imaginé de faire assassijier Gottfried par les ordres de Mathilde et de deux enfants bossus qu'il aiu-ait eus. Ce sont là des mensonges qui aident à comprendre lardcur des haines du temps et la mesure des calomnies en usage. (IL L.) 5G8. DÉBUTS DE GRÉGOIRE VII 51 devait cependant pas être bien loin de Rome, car autrement le court espace de quatorze jours (22 avril au 6 mai) n'eût pas suffi pour faire parvenir en Allemaone la nouvelle de l'élection de Gré- goire et recevoir à Rome la réponse de Gottfried. L'objection de Gfrôrcr est sans iondemeuL si l'on admet que Grégoire écrivit directement aux deux princesses connues par leur dévouement au Saint-Siège, cl ou i)cui, l'admettre, car le Registrum 1. 1. n. 11, contient une IcLLi-e du pa])C les engageant à ne pas com- muniquer avec les évcques lombards excommuniés ^. « Au sujet du roi, poursiiil Grégoire, voici mon sentiment, ainsi que je vous l'ai déjà écrit : je veux lui envoyer (juelques hommes pieux ^ pour réveiller en lui l'amour envers sa mère l'Église, et le préparer à recevoir dignement la couronne impériale. Si, contre notre attente, il ne veut pas nous écouter, nous ne dévierons cependant pas du sentier de l'Église. Mieux vaut pour lui et pour nous, que nous lui résistions jusqu'à l'effusion du sang pour la défense de la vérité que de participer à ses injustices ^. » Ces mots : « ainsi que je vous l'ai déjà écrit », font allusion à une lettre antérieure à Béatrix et à Matliilde, lettre probablement analogue à celle adressée au duc Gottfried ^. r|/i II ne faut pas confondre les nonces ciue Grégoire envoya « quelque temps après » au roi avec les messagers chargés de lui remettre la première lettre concernant l'élection. Les nonces avaient pour mission d'entamer des négociations, en vue de conclure un concordat. On s'explique sans peine que Grégoire n'ait voulu les envoyer c^u'après la confirmation de son élection **. Vers ce même temps, ou un peu plus tard, le pape écrivit aussi 1. Voir § 565; eu vue d'un avantage temporel les princesses avaient conimuni- (lué avec ces évêques. 2. jRf/(g(osoA <,'iros, des cardinaux à coup sûr ; cf. Hislorisches Jahrbuch, IS80, p. 5'i4. 3. Gfrcircr, Papsl Giegor VU, t. vu, p. 53 suppose que le pape et Aunoudu Cologne avaieul exigé d'Henri IV quelques garanties de bon gouverneinenl ; par exennple, l'extinction des abus, l'éloignement des favoris, l'établissement de certaines réformes. I. Relativement à la siliiation Ironhlée de la Lombaidie le Hi'gislrifin coiilienl, outre la lettre aux princesses, 1. I, n. 11, une lettre à Guillaume, évèque de Pavie, 1. I, n. 12. et une autre aux fidèles de Lombardie, I. 15. (H. L.) 5. Ce qui était chose faite quand il écrivit la lettre mentionnée plus haut, 2'i juin et non 25 mai. 52 I.IVlîK XXXI à Rodolphe, duc de Souabc, qui, d'accord ^ avec son l^eau-frère le roi, avait fait au pape des propositions pour assurer l'union du sacerdoce et de l'empire ^. VoulanL se donner le loisir de réfléchir sur une entente aussi délicate et rassembler les données indispensables, le pape souhaitait ])rendre conseil de l'impératricc- mère Agnès, de la duchesse Béatrix, de l'évcMfuc Raiuald de Côme, du duc Rodolphe ; en conséquence il é(ri\it do CapiMic h; l*^^ septembre 1073 à ce dernier, l'assurauL de sou amour pour le roi Henri et le priant de mettre sa promesse à exécution et de venir à Rome ^. Grégoire averti que Rodolphe se rendait en Lombardie, écrivit le même jour à Rainald, évé([uc de Côme, lui exprimant d'abord tous ses regrets au sujet d'une mésaventure (jui lui était arrivée, lui rappelant ensuite, à lui et à l'impératrice Agnès (revenus du Mont Cassin), leurs muliielles conlidences sur la personne du roi, cl lui exposant son vil' désir de \ uir \v. chef des 1. Il lie poiivail pas 110 j)as I ('(l'c. 2. Jafîé, Moiiuiii. (îrcgoriana, p. 3^; Eciiis/r.]. l., n. 19. Rodolphe de Rhein- feldcii, duc de Souabe, anti-roi de Germanie, élu à Forchheim le 15 mars 1077, couronne à Mayence le 25 mai, mort à Wolkshcim (Mersebour^"-) le 15 octobre 1 080 ; cf. Martin GerJjcrt, De Rudolfo Suevico, comité de Rhelnjeldcn, duce, rcge, dcque ejus inlustri familia ex aiigusio ducum Lotharingiss prosapia, apud D. Blasii sepulta cryptant, iu-4, Sancti lîlasii, 1785 ; Ose. Grand, Die Wahl Rudolf s von Rhcinjelden zum Gegenkôning, in-8, Leipzig, 1870 ; G. Koehne, Die Krbnung Rudolf s des Cegetikoiiigs Heinricli's IV, dans DculacJœ Zcilschr. Ccscit. wiss.,iSi^^i, t. X, p. lOG-111; Meyer von Khomni, duns AUgeitieine deulsc/ie Biographie, t. xxix, p. 557-5G1 ; J. S. Strauss, Dissertatio de Rudolfo Suevico, pseudo-imper alore, cufus manus in prselio amputata, Martishurgi in templo calJic- drali asservalur, in-'i, Lipsia% 1709; in-4, Lipsia>, 1722; iii-'i, llalis, 1728; in-'i, Lipsia-, 1745; Stumpf, Reichskanzler, 18G5, t. ii, p. 251. Pour la généalogie de Rodolphe : W. Gisi, Der Ursprung des Hanses Rheiufcldeu, Aaws Anzcigcr fur iSchweizer Gcschichle, 1887, p. 25 sq. Au point du rôle dans l'iiisloire générale et religieuse d'Allemagne : Giesebrecht, Geschichte der deulsclien Kaiserzeil, t. m; P. Fr. Stiilin, Geschichte Wûrtlcmbcrgs, t. i, p. 208-224. (H. L.) ;}. Le même jour, 1*^' septembre, le Registrum, 1. l, n. 21 ; Jalïé, Monum. Gregoriana, p. 36, contient une lettre du pape à Anselme, évècpic élu de Lueques; cette lettre nous nionlrr un des griefs du pape à légard d'Henri IV, à savoir 1 obstination de celui-ci à frayer dans les meilleurs termes avec des excommuniés et des ennemis notoires de l'f'^glise.La leltre envoyée de Caj)oue à Rodolphe a bien pu être déterminée par la nouvelle d'un voyage de celui-ci eu Lombardie, Regis- trum, I. I, n. 19 ; Jafïé, Monum. Gregoriana, p. 33-34 ; O. Delarc, Grégoire VII, t. III, p. 33-34, traduction. Même jour encore, lettre à Reinald, évcque de Côme, Registrum, 1. I, n. 20 ; Jaffé, Monum. Gregoriana. p. 34, 35. (II. L.) 5G8. DÉBUTS DE GRÉGOIRE Vri 53 laïciucs et fiilur empereur donnant l'exemple des bonnes mœurs et de l'amour de l'Église. Quant à l'union à conclure entre le roi et l'Écrlise romaine, le pape priait Rainald et le duc Rodolphe de venir à Rome se concerter avec lui et avec la iiiai([uise Béatrix, « alin (|ut'. vous puissiez apporici' au roi uolrt' décision défi- nitive el ([u"il trouve tout réglé à son arrivée eu Italie i. » [i->] Dans une troisième lettre 2, du même jour, à Anselme le jeune, évé,/■ f'nlri-iiil Heinrirh's III und llrlnrirlis l\'. i;i-,S, 'J'iilii:i;.;vii, 1908; 54 LIVRE XXXI de sa forto ritadolln do Tlarzboiirg, afin do ne pas tomber entre los mains fie sos ennemis mortels, déjà maîtres de plusieurs H. Floto, Kaiser Heinrich der Vierte utid sein Zeitalter, 2 vol., in-8, Stuttgart, 1885 ; M. Goldast, Jlaiminsjeld, Replicatio pro s. Cœsarca et reç,ia Francorum Majeftiate, ill. imperii ordinibus adversus J. 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Profondément ému et humilié par ces événements inattendus, Henri é(ri\il au pape cette lettre si humble 2, dont 1839-1851, t. VII. p. 525, 875-87r. ; t. x, p. 75-86; Mnnum. Germ. hisL, Leges, 1837, t. II, part. 1, p. ''i'i-ri2 : E. Rœhrich, De .sœcularibus cofisiliarii.'i Heinrici IV dissert., hisl.. in-8, Halis, 18G7 ; P. Scliœfîer-Boichorst, Zu den Anjàngen des Kirchenstreiles iinter Ileinrich IV, dans MiUheil. Instit. œsterr. Gesch.-forsch., 1892, t. XIII, p. 107-137 ; G. Schubart, Dissertatio exhibens Henricum IV exemplum furhahr reipiihlicT, in-'i, lenge, 1680, iii-'i, Halsp, 1727 ; Ileinrich IV in Canossa, jn-'i, Berlin, 1882 ; Schntz, Script, histor., 1763, p. 382-40^i ; K. Sclinlz, Ueber dos Rcichsregiment in DcntscJdand unier Kouig Ileinrich IV {106Q-1066), in-8, Gottingen, 1872 ; Sifzungsberichte phil. hist. Akad. Mûnchen, 1882, t. 11, p. 253- 258; J. M. Sôlll, Ileinrich IV, Kaiser und Kônig der Deutschen, in 4 Buchern ans den Quellen dargestellt, in-8, Mnnchen, 1882; Stumpf, Reichskanzler, 1865, t. 11, p. 209-251, F. Thancr, Zum Liber cationum contra Henricum /F, dans Neues Archiv, 1891, t. xvr, p. 529-540 ; R. Tiefîonbach, Die Sireitjrage zwischen Kônig Iloiricli I\ nnd den Sachsen, in-8, Kônigsberg, 1887 ; Th. Toeche, Kaiser Ileinrich IV, in-8, Leipzig, 1867 ; U. Ulmann, dans Histor. Aufsâtze A. Waitz gesvidmet, 1886, p. 119-129 ; H. Volbert, Reich im Kampfe Ileinrich' s IV mit Fiirstenthnm xmd Papstihnm, dans Westermann Monalshefte, 1887, t. xxxi ; Chr. Volkmar, Der drille Romerziig Ileinrichs IV, in-4, Magdeburg, 1876 ; V\. Wagcmar.n, Die Sarhsenhriege Kaiser Ileinriclis I\', in-8, Colle, 1882 ; G. \Vai(/, dans Gottinger gelehr. Anzeig. 1857, p. 18-38; Das Carmen de bello Sa.roniro nder Gesta Ilenrici I\\ dans Abhanill. hist. pfnlos. Ges. Wissenscli., Gottingen, 1869, t. xv, p. 3-36 ; W. Watlembach, dans Monnm. Germ. hist.. 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I. i, p. 348; Giesebrecht, Gescliichle der deutschen Kaiserzcit, 4*" édif,, t. m, \> 1 T^!, «M p. 246-249, note : Floto, op. cit., t. ii, recon- 56 LIVIIE XXXI l'ail llicnticité a été mise on doiilo, à tort, par quelques historiens : « La royauté et le sacerdoce, dit-il, doivent, pour fonder un [1(J] naîl niissi son aiilliciilirih'- qui ost o('n('i'alf'monl. adiniso aiijounl Inii... Henri s'exprime ainsi : « Aliqnanlulnm compnncii clin nosroversi » ;Gfrorcr,6V<' gori \ I f, t. vu, p. ''125, la considère comme nn chol' d'œnvre d'hypocrisie destiné à tromper le pape et les princes allemands ; mais j'eslime ce jugement trop rigoureux et injuste. Dans ces moments critiques le roi a bien certainement dû réfléchir. Henri a montré alors, comme dans d autres circonstances, qu'il savait se i^lier aux exigences de la situation. Cette vie d'Henri IV est xuk^ des plus accidentées parmi celles des princes du moyen âge. On a vu comment il l'ut enlevé à sa mère. L'acte de violence commis par l'évêque de Cologne, Annon, avait-il été prémédité avec Hildebrand, on n'en a aucune preuve. Quoi qu'il en soit, à partir de cette datclOG2, l'indépendance romaine n'a plus rien eu à redouter de la Germanie ce qui donna à la nouvelle constitution de la papauté le temps de s'affermir. Une cause juste a été servie par une détestable violence. Le jeune roi Henri était un enfant, qui donnait de grandes espérances aux uns et de grandes craintes aux autres. La nature l'avait bien traité sous tous les rapports ; elle lui avait donné avec un corps sain et vigoureux de belles dispositions d'esprit. Il y avait en lui beaucoup du génie de son père, mais un sort cruel et fatal le poursuivit depuis l'enfance jusqu'au tom- beau. L'amour maternel s'était montré indulgent pour ses caprices d'enfant, et les calculs des courtisans favorisèrent ses volontés mal dirigées. Lorsqu'il revint de son douloureux étourdisscment après l'enlèvement de Saint-Suitbert, il se trouva dans un monde cjui lui était étranger et qui lui parut hostile. II pénétrait à peine le fond des choses, et, ne pouvant deviner le but final de la cruauté exercée envers lui, sa jeune âme en était déchirée. Elle flottait entre la méfiance et le soupçon, l'entêtement et la dissimidation, l'indifférence pour l'opinion du monde et le mépris des hommes. Les germes de religion et de moralité que la nature et la première éducation avaient développés dans son cœur furetil broyés, presque étouffés. Quel sentiment pouvait-il avoir pour l'archevêque Annon, réputé saint pourtant aux yeux du grand nombre ? Il paraît qu'après de pr(!mières et inutiles caresses, l'enfant royal fut traité avec une sévérité tout aussi inutile pour le plier au joug d'une direction nouvelle. Le crime vulgaire et presque sauvage dont il avait été victime ne pouvait sortir de sa mémoire ; il n'y songeait qu'avec effroi, et les princes de l'empire eux-mêmes qui l'avaient exécuté se trouvèrent bientôt en face de grands embarras. Ce qui avait paru facile tant qu'on était resté au projet fut reconnu diflicilc après le succès, à savoir l'administration de l'empire et le contentement de chacun. Aucun prince ecclésiastique ou laïque, aucun vassal puissant ou faible, ne se montra disposé non seulement à l'obéissance, mais encore au moindre sacrifice dans l'intérêt général de l'empire ou de la royauté. Nul ne voulut reconnaître l'autorité d'une régence conquise si violemment. Toute situation devint précaire ou équivoque, et chacun chercha ses avantages ou sa sûreté dans la ruse, l'artifice et la menace. Il n'existait plus, à vrai dire, en Allemagne de police publique, témoin la scène atroce des vêpres de Goslar, où bataille fut livrée dans l'église sous les yeux du jeune roi, entre deux dignitaires r)68. OKIiTTS DE GRKCOIRE VII 57 gouvernement juste dans le Christ, se soutenir niuluellement. Sans doute, nous n'avons pas Ion jours roronnn les droits du ecclésiastiques soutenus par leurs suppôts. De l'Eyder aux Alpes, de la Meuse à l'Oder, le pays fut eu proie à la discorde, aux guerres privées, à la violence. Le jeune roi avait clé ramené à Goslar, où s'établit un eentre de gouvernement. Annon de Cologne et le duc Otton de Nordheim s'en posèrent les chefs, Une cour était rétablie pour le jeune prince, et Adalbcrt, archevêque de lîrème, fut spéciale- ment préposé à son éducation. La raideur étroite de l'archevêque de Cologne, cf. Linder, Anno II der Ifeilige, in-8, Leipzig, 18G2, était déjà une calamité pour a royauté franconienne, bien qu'il fût saxon et qu'il eût des liens avi'C la ville de Goslar où tout l'esprit de la Saxe semblait concentré ; mais le choix d'Adalbert était plus déplorable encore. On sait de quelle manière ce prélat traitait les affaires de F Église en général ; il traita celle de l'éducation du prince d'une manière plus singulière et obtint sur son esprit une influence de suspecte origine et de funeste conséquence. Annon avait au moins pour lui la pureté des mœurs ; la vie privée d'Adalbert était assez compromise, ce qui n'empêcha pas la cour de Rome de lui conférer le titre de légat dans les pays septentrionaux. Il était dévoué au pape et, malgré cela, les chroniques monastiques lui sont hostiles. Pour capter l'affection de son royal élève, Adalbcrt ne trouva rien de mieux que de lâcher la bride à ses passions et d'en favoriser même les écarts. Un autre archevêque, celui de Mayence, partage sa responsabilité devant l'histoire à propos de cette éducation princière. C'était Sigefroi d'Eppenstein, abbé de Fulda avant d'être évêque, issu d'une grande famille de Wettéravic dont l'archevêché de Mayence semble avoir été le patrimoine. Le gouvernement de la personne du roi et des choses de l'empire était donc entre les mains des évêques, dit Lambert d'Aschafîenbourg. Ils avaient livré les confidences et la familiarité de l'enfant à un jeune chevalier, Werner, parent de lévêque de Stras- bourg, pernicieux ami dont l'influence et le crédit valurent bientôt au prince la haine du peuple et à lui le mépris universel. Adalbcrt et le comte Werner disposaient de tout à la cour, au grand scandale des honnêtes gens. Hi duo pro rege imperilahant, dit Lambert, ah his episcopatus et abbatiic, ah his quidquid ecclesiasiicarum, quidquid s.Tcularium dignitaium est emebatur. Ce fut dans cette misérable condition que se développa, au physique comme au moral, l'adolescence d'Henri IV. La cour du jeune roi était, selon la coutume, transportée tantôt dans un lieu, tan lui dans un autre, et les grandes fêtes de l'Église étaient célébrées successivement dans des localités différentes. Cet usage, qui avait pour mobile la pensée de propager le respect et l'amour du souverain, n'aboutissait qu'à la désaffection du jjrincc et au mépris de ses conseillers. Les chagrins concentrés, des excès qu'on peut supposer, les crises de 1 âge, détermi- nèrent chez le roi, de 1067 à 1068, une grave maladie dont il eut peine à se relever. Il atteignait alors l'âge de dix-huit ans. Aussitôt après sa guérison éclata le projet de divorce avec Berthe dont il prétendait ne pouvoir faire sa femme. Les arche- vêques de Mayence et de Brème se montraient complaisants pour la volonté du jeune roi, mais ils n'osèrent prononcer la dissolution du mariage sans pren- dre avis de la coin* de Rome, où l'alVain' apparut sous un aspect tout différent, l'îi eiïet, parmi les services ipie la |>ap;ui1i';i iiiidiis à la moralité européenne au 58 LIVRE XXXI sacerdoce ni rendu l'honneur qui lui revient, enfin nous n'avons pas toujours employé le glaive que Dieu nous a confié pour moyen Ago, il faut compter son inexorable sévérité pour maintenir l'indissolu- l)ilité du mariage, l'aile a plié la barbarie an respect de ce lien, qui est une des con- ditions de la société humaine. L'Église s'était surtout montrée inflexible à comprimer les fantaisies des princes sur ce point, et, soit qu'elle y trouvât le moyen d'étendre sur eux son autorité, soit plutôt que ses motifs fussent d'une irréprochable pureté, rien ise p\it la faire dévier do sa voie h cet égard. Les enfants de Charlcmagnc l'avaient éprouvé les premiers ; tout récemment le fils de Hugues Capet avait dû se soumettre, à Paris, à la loi canonique, et donner l'exemple du respect pour la grande loi morale de la calholicilé. I^a papauté fut aussi rigou- reuse pour le roi de Germanie Tlonri IV qui céda aux objurgations du légat Pierre Damien. Dès celle époque de 10G9 commence à poindre dans les chroniques des couvents allemands une malveillance calomnieuse envers le jeune roi qui, victime politique (lu clergé, laissail j)robablement échapper des sentiments peu tendres pour les ordres monastiques dévoués à la cour de Rome. Nous lisons dans les Annales Pa/id^nses d'absurdes et impossil)les accusations d'idolâtrie, de magie, de monstrueuses débauches et cruautés, Mon. Germ. Iiisl., Script., t. xvi, p. 70. L'œuvre de désaffection s'accomplissait el une explosion ne tarda pas à se pro- duire. Elle éclata en 1070, tout à la fois en Thuringe, où l'archevêque de Mayence ruinait les peuples par ses exactions, et en Saxe, où l'archevêque de Brème soulevait les passions locales, et oii le jeune roi suscitait par ses étourderies des mécontentements fomentés et exploités par la grande noblesse. La lutte fut vive, et pénible la victoire qui resta finalement au roi do Germanie. Celui-ci n'en était pas moins très affaibli, car la révolte avait laissé un levain vivace ; une conspira- tion nouvelle était près d'éclater, et les moines se mettaient sourdement de la partie, irrités contre le luxe et les concussions des évêques de la cour. Heiwi, trompé par ses conseils, ne voyait dans les réclamations contre des évêques agréables que la rébellion conire sa personnf^, coaliuuée sous un auli'c pn'lcxte. Son inexpérience le conduisit à d'inévitables fautes. Il n'en a pas, à vrai dire, la pleine responsabilité morale, car il n'avait que vingt ans et l'évêque Adalbert de Brème était encore en plein crédit. L'archevêque de Mayence excommuniait les récalcitrants et Annon de Cologne administrait souverainemient les affaires. Adalbert n'est mort qu'en 1072, et Annon ne s'est démis qu'en 1073, pour se retirer dans un monastère. Ces dates sont précieuses à recueillir. On ne peut douter qu'Henri ne regardât la cour de Rome comme la secrète instigatrice de ces embarras. Il faisait remonter jusqu'à elle son tragique enlèvement des bras de sa mère, et, la légèreté de la jeunesse aidant, les adversaires de la sévérité romaine trouvaient bon accueil auprès de lui. De son côté, la cour de Rome était en méfiance; les rapports du jeune roi et du pape Alexandre II étaient fort tendus. Des incidents naissaient à chaque pas. Le roi prétendait s'opposer à l'exécution d'une sentence d'appel rendue à Rome en faveur des abbés de Fulda et d'Hersfeld, en outre il entretenait ses troupes avec les biens des monastères, vendait les bénéfices, en favorisait le trafic. Hildcbrand n'en parlait qu'avec indignation. Il résolut de frapper un grand coup et de démasquer la dernière i 5G8, DÉBUTS DE GRÉGOIRE Vil 59 la ))unltion des coupables. Mais, touché par la miséricorde de Dieu ol rontraut on nous-mcme, nous avouons nos fautes à Votre batterie de son plan d'attaque contre la corruption du siècle. Il ne suffisait pas d'avoir entrepris la réforme morale de l'Église et d'avoir rendu la papauté indépendante, il fallait encore soumettre l'État à l'Église ; ce troisième point était le complément nécessaire et la garantie des deux premiers. Il fallait à tout événement demander le plus pour s'assurer du moins. L'Angleterre résistait et Guillavmie le Conquérant n'était pas d'humeur à céder. En France, les Capétiens raffermis étaient bien revenus de la docilité du roi Robert. Pour l'Allemagne, l'occasion était belle; on avait affaire à un enfant, l'empire était miné par une révolte. Il fallait s'attaquer vivement à lui, et par lui imposer aux autres rois la suprématie de la papauté. Alexandre II cita donc Henri IV à comparaître devant lui à Rome (1072). C'était là une nouveauté inouïe. Il y avait eu des condamna- tions ecclésiastiques contre des princes régnants, mais le pape n'avait point encore mandé de roi devant son tribunal. Ainsi engagée lorsque mourut Alexandre II, la situation appelait nécessaire- ment Hildebrand. « D'ailleurs, écrit Villemain, par cela seul que les afïaires se brouillaient du côté de l'Allemagne, le plus hardi défenseur de l'Église en devenait le chef nécessaire. Le récent décret d'Alexandre II, qui mandait Henri IV à Rome, ne laissait plus en réalité pour l'Église romaine d'autre pape qu'Hildebrand, intrépide conseiller de cette audacieuse démarche. Il n'y avait que lui placé assez haut pour frapper l'empereur. « Quoiqu'il en soit, on peut considérer la guerre entre l'cnipu-e et la papauté comme ouvertement déclarée par l'avènement de Grégoire VII. Les contempo- rains ne s'y trompèrent pas. Lambert d'Aschaffenbourg constate qu'à la nou- velle de l'élection d' Hildebrand, un sentiment général et profond d'appréhension pénétra tous les esprits. Le personnage était bien connu : on s'attendait à tout de sa part. « Après la mort du pape Alexandre, dit-il, les Romains élurent, inconsulto rege, pour lui succéder, Hildebrand, rinnn fiarris litlcri.^i erudUissimuin, et connu depuis longtemps par la pratique de toutes les vertus ; mais, comme ce personnage était bouillant de zèle pour les intérêts de Dieu, les évêques de Germanie furent sur-le-champ saisis d'une grande crainte, rpiscopi protinus {grandi scrupulo peituorcri rœpeniul, appréhendant que cet homme d'un wénie véhément, ne rii- \'i'linnrnli.^ iiiiicnii, et d'une foi ardente en Dieu, et acris ergaDeum fulei, ne \i's iraïtàl tio[> rigoureusement pour leur négligence, et ne discutât leur conduite avec trop de sévérité. Ils se réunirent donc et, d'un commun accord, communihus omnes consiliis regem adorli, vinrent prier le roi, orabanl, de tenir comme non avenue l'élection pontificale, faite sans son ordre à Rome, id electionem quas ejiis injussu fada fuerat, irrilam fore decerneret, affirmant que si le roi ne prenait les devants sur l'impétuosité du nouveau pape, nisi impelurn liominis pnrvenire maliiraret, le mal deviendrait irrémédiable, et le roi lui-même s'en ressentirait, in ipsum regcm rediimlatnvum esscl.n Henri tempo- risa, envoya à Rome le comte Ebérard qui rendit bon compte de la régularité de l'élection et de la bonne disposition de l'élu. Quelles qu'aient été ces premières communications de l'empereur Henri IV avec te pape Grégoire VII, un fnit est assuré, c'est qu'il y (Mit un sursis apparent 60 LIVRE XX XI bienveillante Paternité, espérant que, ^râce à votre autorité apostolique, le Seigneur voudra l)ieii nous les pardonner. Que nous sommes donc coupable et malheureux ! Trompé par l'élan d'une jeunesse insensée, par la décevante liberté de la puissance et par de mauvais (!onseillers ^, nous avons péché contre le ciel et contre vous (U nous ne sommes plus digne d'être appelé votre fils -. En elîet, nous n'avons pas seulement attenté au bien des églises, nous avons aussi vendu les églises à des personnes indignes et à des simonia({u('s, et maintenant, comme nous ne pouvons, sans votre autorité, améliorer la situation de ces églises, nous d'hostilités entre eux et qu'avant la fin de l'année 1073 une nouvelle et formi- dable insurrection éclata en Saxe. Le règne tragique d'Henri IV commençait. Le roi de Germanie était alors un jeune homme de vingt-trois ans, mal élevé, ignorant, mais fier de sa race, inexpérimenté, mais brave comme son épée et impatient d'en finir avec les amoindrissements que son pouvoir subissait du fait de la noblesse et des moines. Soutenu par l'épiscopat, il en savait l'immoralité profonde et la vénalité, c'était un médiocre secours. En face de lui une noblesse formidable, haineuse et des moines maîtres de l'opinion publique, grâce à de réelles vertus parmi lesquelles on ne comptait pas la modération. En face de cet adolescent dépourvu, un pape dans la force de l'âge et de la réputation, politi- que génial plus qu'avisé, mais énergique, disposant des consciences à défaut de grandes richesses, connaissant bien le personnel princier de l'Europe, ce qu'on pouvait en attendre et en redouter, ayant pour armée des légats et des moines, pour adversaires des évoques simoiiiaques et des prêtres concubinaires. La partie était inégale. Ce fut un tel déluge de violences et de mensonges que Grégoire VII et Henri IV sont arrivés tous deux un peu amoindris devant la postérité. La sainteté n'a pas préservé Grégoire VII de l'hostilité des hommes les plus graves, la vaillance n'a servi de rien à Henri IV. Tous deux ont serviteur cause avec tous les moyens à leur disposition ; parmi ces moyens plusieurs étaient fort indélicats et furent l'occasion de maux irrémédiables. (H. L.) 1. Cette question de l'entourage était une de celles q\ii mécontentaient le plus contre le jeune roi. Il avait rendu à leurs loisirs les vieux conseillers et les avait remplacés par une jeunesse dont on disait tout le mal possible. Lambert de Hersfeld, dans ses Annales, et l'auteur du Carmen de hcllo saxonico, dans Monitm. Germ. hisior., Script., t. v, p. 327-384, ne les épargnent pas. Guy de Ferrare résume en quelques lignes toutes les vilenies qu'on metlait en circulation, à tort ou h raison, sur la jeune cour : Cum vero rex Henricus in anno adolescentix consti- hi/iis el ejnsdem ivtalis consiliariis assuelus nobilium et majorum contra regiarn- consueiudiiirm janiiliares horrchat, et cum morum gravitas phtrimum haheat laudis in regc, reliclis senibus grai'ibiisqiir, i)crsnnis Ie\'ibus deleclabatur, et piieris tam sensu quam annis. Gaudebat muUum consorlio piierorum et maxime venus- toriim; sed utriim id vicio fieret, ut aliqui confixerunt, non satis compertum erat. (H.L.) 2. Luc, XV, 21 568, DÉBUTS DE GRÉGOIRE VII Gl VOUS demandons instamment l'assistance de vos prières et de votre secours. Vos décisions seront observées. L'Église de Milan, tombée dans l'erreur par notre faute, sera organisée canonique- ment ... Quelques-uns de nos amis, parmi les plus fidèles, vous remettront cette lettre et vous donneroul de vive voix d'autres détails. » Le pape aAait reçu ccflc Ici Ire, l()rs([uc. le '11 scplenibre 1073, il écrivit de Capoue à Herlembald ^. Le roi Henri, disait-il, nous a envoyé verha dulcedinis et ohedientiœ plena, comme jamais un de ses aïeux n'en écrivit à un pape ^. Les dernières lettres du pape dont nous avons parlé avaient été écrites à Capouc. Nous trouvons, sur les motifs de ce voyage, des renseignements précieux dans l'ouvrage, trop peu consulté jusqu'ici, du moine Amatus (Aimé), Uystoire de li Normant ^. On y voit que, vers l'époque delà mort du pape Alexandre II, le L -I bruit courut à Rome de la mort de Robert Guiscard ; Grégoire VII envoya des ambassadeurs à la prétendue veuve Sykelgaite, présenter les condoléances de l'Eglise romaine et inviter le fils du défunt à venir à Rome, pour recevoir en fief tous les biens que son père possédait. Cette lettre fut remise à Robert Guiscard c{ui s'empressa d'y répondre, réitérant au pape l'as- surance de sa plus amicale fidélité de vassal. Grégoire VII lui marc{ua le désir d'une entrevue à San Germano (au pied du Mont-Cassin), et le duc se hâta de venir avec ses che- valiers à Rappolla, attendre les instructions du pape ^. Ce 1. Voir § 564. 2. Regisirum, 1. I, n. 25 : Jafl'é, Mojiuni. Gvegonana, p. 42 : Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 81 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, col. t216. Dans une lettre postérieure Grégoire appelle cette lettre epistolam supplicem et oiimi Iiiwii- litale plenam, et s'exprime à son sujet de telle sorte qu'on ne peut mettre en doute le texte que nous avons cité, cf. .Jaffc, op. cit., p. 537. 3. Voir § 542. 4. « Au moment où il monta svu' le trùne pontifical, Grégoire VII devait être assez mal disposé contre les Normands dont l'alliance n'avait pas procure à la papauté tous les avantages espérés. Toutefois depuis l'expédition de Gottfried de Lorraine, un iiiodus vivemli avait fini par s'établir avec Richard de Capouc ; il n'en était pas de même avec Robert Guiscard, tjui n'avait à aucun moment aidé la papauté et auquel le pape attribuait une part de responsabilité dans les attaques continuelles de Robert de Lorilello contre des terres regardées comme dépendant de Rome. « F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, in-8, Paris, 1907, t. i, p. 227. Dès que courut le bruit de la mort de Ro- bert, le nouveau pape qui était aux aguets voulut prendre conseil et nous l'avons G2 LIVRE XXXI dernier changea son plan, et le 2 août 1073, vint du Mont-Cassin à Bénévent, où par l'intermédiaire de l'abbé Didier, il invita Robert à se rendre ^. Le duc, prétextant la crainte que lui inspi- raient les habitants, campait avec son armée hors de la ville, et invitait le pape à venir le trouver dans son camp. Mais aucun des deux ne voulut céder sur ce poinl, et l'entrevue ne put avoir lieu -. En revanche, le pa})c conclut le 12 août, jiendant sou séjour à Bénévent, un traité avec LaiiduU" VI, prince de Bénévent et son vassal ; on y lisait cette clause : « Si, à partir de ce moment, le prince se rend coupable d'une trahison à l'égard de l'Eglise romaine, du pape et de ses successeurs ... et s'il ne peut s'excuser au tribunal même du pape, il perdra immédiate- ment sa dignité ^. » De Bénévent, Grégoire alla à Capoue '^ où il lit prêter le serment vu, dès le surlendemain de son élection, mander à Didier du Mont-Cassin et à Gi- solfc prince de Salcrnc, de venir à Rome au plus vite; Jafïé, .'\/o;u(//i. Gregorlana, p. 10, 11. Une Iroisicme lettre, non insérée dans le Registriun, mais dont Aimé du Mont-Cassin nous a conservé la substance, était celle qui fut adressée à Sykelgaile. Aimé, 1. VII, n. 8. Le bruit de la mort a\ ail-il vraiment couru, en tous cas le nou- veau pape avait saisi l'occasion aux cheveux et l'envoi d'une lettre toute endolorie de condoléances tombant entre les mains de celui qui y verra les larmes que fait couler la nouvelle de sa mort est une de ces rencontres si heureuses qu'on est tenté d'y voir quelque habileté. La promesse faite à Roger de l'investir de la succession palernelle était do bon augure après les relations parfois un peu aigres entretenues sous le pontificat précédent. Guiscard pourrait se demander si l'ancienne politique allait continuer. Qu'il pût se le demander, c'était déjà quelque chose ; en tous cas, il fit une gracieuse réponse; il allait mieux, sans être complètement rétabli, et, très touché, promettait de servir le pape fidèlement. Grégoire voulut battre le fer tandis qu'il était chaud et chargea Didier de ménager une entrevue, c'est ce qui, à défaut d'autres raisons, expliquerait le choix de San-Germano, sur le territoire du Mont-Cassin. Robert Guiscard avait été touché, mais pas convaincu. Il arriva à Rappolla avec une troupe armée qui montra qu'il n'était guère rassuré pour sa sûreté personnelle. (H. L.) 1. Aimé du Mont-Cassin, L'Ystoire, 1. VII, n. 9 ; Pierre Diacre, Chron., III, 36 ; Chron. S. Beiied., dans Monum. Gerni. hist., Script., t. m, p. 203. (H. L.) 2. Robert réclama un sauf-conduit par défiance des habitants de Bénévent ; le pape se jugea offensé et « en continent, dit le chroniqueur du Mont-Cassin, discorde fut entre eux et maie volonté et grant ire. i II se pourrait qu il y ait eu autre chose; cf. E. Chalandon, Histoire de la dotninalion norinmidc, (. i, p. 22'.). (IL L.) 3. Rcgistnuu, 1. I, n. 18 <( ; Monum. Gregoriana, p. 32; Aimé, VYsloire, édit. Champollion-Figeac, p. 197 ; Mansi, Cane, ampliss. coll., t. xx, col. 75 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 1, col. 1210. 4. Seconde quinzaine d'août. (H. L.) 5G8. DÉBUTS DE GRÉGOIRE \1I 63 de vassalité, le 14 septembre 1073, au prince Richard qui était Normand ^. Richard promit fidélité au pape; de jdus il s'engageait à ne prendre part à aucune combinaison contre lui, à ne pas trahir les secrets qu'il lui confierait, à le protéger, lui et l'Eglise romaine, à défendre les droits de Saint-Pierre, son patrimoine et les principautés pontificales, à payer régulièrement l'impôt de vassal, à jurer fidélité au roi Henri, à la demande du pape, et, si celui-ci mourait, à travailler à ce que les meilleurs (a melioribiis) d'entre les cardinaux, les clercs et les laïques de Rome, lui choisissent un successeur ^. Grégoire conclut à cette époque une alliance avec le prince Gisolfe de Salerne ; tandis que Robert Guiscard, plein de haine contre son compatriote [18] Richard, envahit le territoire de Capoue et le dévasta ^. On 1. Jafïé-Lœwcnield, op. cil., u. 4802 ; Registrwn, 1. I, ii. 21 ; Monum. Gregor., p. 30, 37 ; 0. Delarc, t. m, p. 27-28. Le serment est identique à celui prêté à Alexandre 11 sauf une légère addi- tion à signaler : Richard s'engage à prêter serment de fidélité à Henri IV, quand il en aura été requis par le pape. Cette clause montre qu'à ce moment Grégoire cherche résolument à isoler l'Allemagne de tout appoint en Italie. (II. L.) 2. Aimé, L'Ysioire, p. 199 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 78 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, col. 1213. 3. « Il ressort des lettres du pape, Registnim, I, 25, Momiiit. Gregor., p. 42, que Guiscard avait tenté de décider Richard à se joindre à lui; cette union des forces normandes eût été dangereuse pour la papauté ; ce fut donc un succès pour la diplomatie pontificale que d'avoir attiré dans son parti le prince de Capoue. Evidemment Grégoire VII n'obtint pas l'adhésion de Richard sans lui promettre quelques avantages; or, comme par le fait même de son alliance, Richard s'interdisait toute acquisition aux dépens de l'état pontifical, il est natu- rel de penser que les possessions de Guiscard durent faire les trais de l'accord. Si l'alliance de Richard était beaucoup pour Grégoire VII, on ne saurait dire que celle du pape fut aussi profitable au prince de Capone, qui s'interdisait de pour- suivre des conquêtes faciles et n'obtenait que la permission de faire des conquêtes territoriales très problématiques aux dépens d'un ennemi beaucoup plus puissant ([HO lui. Les espérances que le pape dut faire concevoir au prince de Capoue ne j)nuvaii'nt être réalisées qu'avec l'appui armé du puntifc; or les événements des douze dernières années auraient dû suUire pour apprendre à Richard, combien il y avait peu de fonds à faire sur un secours de ce genre, toujours difficile à obtenir et toujours passager. Dans ces circonstances, Richard ne montra pas la finesse politique de Guiscard; il ne vit pas que son intérêt était dans l'alliance avec le duc de Fouille, alliar.ro qui leur eût permis à tous doux de s'étendre aux dépens du territoire pontifical. Dès que Guiscard connut le traité entre Grégoire et le prince de Capoue, il commenra aussitôt les hostilités. " V. Chavanon, op. cil., t. 1, p. 230-231 ; Aimé, op. rit., 1. VHl. n. 10 s.]. (II. L.) G4 LIVRE XXXI a préicndu. à lorl. que dès celle époque Grégoire Vil avait cherché à s'allacher les Normands pour s'en faire un instrument contre les Allemands. La vérité est que Grégoire était mal disposé pour les Normands, et cherchait à arrêter l'accroissement de leur puissance, car il disait lui-même dans une lettre à Hcrlem- bald : « Les Normands veulent, au grand péril do l'I^'^glise, s'unir enlrc eux, mais leurs divisions durcnl eiuore, (!l ils ne pourront sans moi ])ar\'(Mur à laue la paix enire eux. Si j'a\ais jugé (|ue leur soumission pùl èlre ulile à l'Eglise, ils l'auraient déjà faite très humblement ^. » Cette lettre prouve aussi <|uc, pcudaiil son séjoui' dans la liasse- Italie, Grégoire VII n'avait pas perdu de vue la réforme ecclé- siastique des autres contrées. Dès avant son dé])ai I de Rome, le 24 juin, nous l'avons vu exhorter '^ la marquise Béatrix et sa liile à s'abstenir de tout rapport avec les évêques lombards excommuniés ; le 28 juin, il écrix il dans le même sens à Guillaume évêque de Pavie ^, l'engageant à résister à (lOltfried, arche- vêque intrus de Milan, et à ses pailisans ; enfin, le l^^* juillet, il notifia par une circulaire à tous les fidèles de la Lombardie la sentence d'excommunication portée contre Gottfried "*. De Capoue, (27 septembre) le pape exhorta le chevalier Herlembald à continuer courageusement la lutte, espérant (jue le roi Henri IV, ou bien la marquise et sa fille, viendraient enfin au secours de l'Eglise de Milan ^. Le 9 octobre, une seconde lettre à Herlem- bald l'engageait à bien accueillir ceux qui quitteraient, avec un véritable regret, le parti de Gottfried, et à ne pas craindre les évêques ennemis, parce que Béatrix, Mathilde et quelques grands de l'empire, travaillaient à rétablir l'accord entre Henri et le pape, en particulier concernant l'Eglise de 1. Mansi, op. cil., t. xx, col. 81; Hardouiii, op. cit., t. vr, part. 1, col. 1216; Papcncordt, op. cit., p. 20!); Gfnircr, op. cit., t. vn, p. .3G4 sq. Ce dernier pré- tend, par excnmle, (pic l^obert (uiiscard avait, dès celle cpocfuc, conçu le plan d'envahir les l'Hais de l'I^glise. ]'^n fait l'incursion sur le territoire! de ]5énévent et de Capoue peul être considérée conunciUH! vérilable invasion dn iiatrinioinc de Saint-Pierre. Registruni, 1. 1, n. 20 ; Jalïé, Monu.iu. (jrekunde bsterr. Gesch.QuelL, 1854, t. xiii, p. 367-397 ; K. Tangl, Enigegnung auf den Aufsatz ... dans recueil cité, 1855, t. xiv, p. 387-399 ; Basnagc, Thesaur. mojium., 1725, I. m, part. 2, p. 275-276, 313, ^t33; Bibliotli., hagiogr. lai., 1899, p. 493; G. Cassandcr, Zeilallcr llildcbrands, 1842, p. 67-69; CONCILES - V — r. 6G LIVRE XXXI pure calomnie, car Gebhard, ses deux amis d'enfance, Alimann é\ êque de Passau et Adalbéron de Wiirzbourg, étalent partisans déclarés des idées réformatrices de Grégoire auxquelles l'archevê- que en particulier sacrifia la tranquillité de sa vie et la possession de son siège. Nous le verrons luentôt chassé par Henri, et errant en Allemagne. Cette lettre de Grégoire à l'archexcque de Salzbourg est R. Ceillier, llisluire des auteurs ecclésiastiques, 1757, t. xx, p. 677-682; 2° édil., t. XIII, p. 397-399 ; Fabricius, nibliolli. tiiedii sévi, 1735 ; t. iir, p. 79 ; édit. Harles, p. 27 ; J. Ilelfenstein, Gregors \' 1 1 Desirebungen, 1856, p. 149-153 ; A. von Jaksch, dans Millh. Iiislif. oslerr. (iesch-jorsch., 1885, t. vi, p. 454-455; Acla sancL, 1715, jim. t. vi, p. 145-147 ; 3^ tklil., I. iv, p. 2-4 ; Fr. Mayer, ŒstUche AJpenlànd. im 1 iivestilurstreil, 1883, p. 28-67 ; E. Michel, dans Bull, soc. avchéol. hisl. Moselle, 1867, t. x, p. 43 ; P. L., t. ci., col. 847 ; L. Schmued, Gebhard von Salzburg, 1060-1088, iii-8, Wien, 1857, dans Programm. d. Ober- Realschule am Schollenfelde ; L. Spohr, Ueber die politische und publizislische Wirksamkeit Gebhardts von Salzburg [1060-1088), in-8. Halle, 1890; Zcissbcrg, dans AUgemeinc deutsche Biographie, t. viii, p. 472-475 ; J. Wichncr, Geschi- chle des Bcnedictiner Stiflcs Admonl., 1874, 1. 1. — Sur Alimann de Passau : Bischof Altmann von Passau ini. Inveslilurstreit, dans llisl. polit. Bldll. fiir hatliol. Deulsch- land, 1849, t. xx, j). 257-276; 333-350, 402-'il9 ; Bibli»!h. hagiogr. lat., 1898, p. 52, n. 1312 ; Acta sancl., 1735, aug. 1. ii, p. 356-366 ; A. Linsenniayer, Zur Erinneruïig an den Biscitof Altmann von Passau, in-8, Passau, 1891 ; B. Pez, Script, rer. Austriac, 1721, I. i, p. 111-115; M. Sdralek, Die Streitschriflen All- manns von Passau und WeziWs von Mainz, in-8, Paderborn, 1890, cf. E. Michael, dans Zeitschrift fiir katholische Théologie, 1891, 1. xv, p. 81-95 ; Strunck, Wcstphalia sancta, 1715, t. i, p. 9-16 ; 2° édil., p. 143-147 ; Jod. Stûlz, Bas Leben des Bischofes Altmann von Passau, dans Denkschrifl d. j\kad. derWissenschaflen, Wien, 1853, t. iv, part. 1, p. 219-287; W. Wattembach, dans Monum. Germ. hisl.. Script., 1856, t. xii, p. 226-228; W. WalLcmbach, Deutschlands GeschiclUsquellcn, 1874, t. Il, p. 55-56 ; Th. Wiedcmann, Altmann, Bischof zu PasscH(, nach seinem Leben und Wirken dargestellt, mit Vorrede von G. T. Rudiuu-dt, in-8, Augsbourg, 1851 ; Heigel, dans Allgemeine deutsche Biographie, t. i, p. 369-371. — Sur Adalbéron de Wurzbourg, 30 juin 1045, déposé en 1085, résigne en 1088, mort le 6 octobre 1090 : Hibl. hagiogr. lat., p. 6-7 ; Fr. Emincrt, Adalbert und das Bisihum }yûrzburg zu seiner Zeit, dans Archiv Verein Unlcrjranken und Aschaf- (enburg, ISiJÏ, t. xv, p. 179-259 ; G. Juritzsch, Adalbero, Graf von Wels und Lambach, Biscliof von Wûrzburg und Grûnder des Bcnedictiner Stiftes Lambach in Ober-Oesterreich, cin lieilrag zur Invesliturhampjc, in-8, Braunschweig, 1887; Mabillon, Observationes prœviie, dans Acta sanct. O. S. B., 1701, t. vi, part. 2, p. 661-663 ; 2^ édit., p. 658-659 ; II. Pcrtz, Observationes, dans Script, rer. Austriac., 1725, t. II, part. 1, p. 1-6; P. Schmiedcr, Argumenta cultus beati Adalberonis, in-8, Vienme, 1868, Acla sanct., 1770, octobr. t. m, p. 451-469 ; W. Wattembach, dans Deutschlands Geschichtsquellen, 1874, t. ir, p. 56, 127 ; Monum. Germ. hisl., 185G, l. XII, 1». 127-128. (H. L.) [20] 5G8, DEBUTS DE GKÉGOllir; \11 07 la dernière qu'il ait JaU'e de Cai)tme ^. Le pape reprend le chemin de Rome et, pendant le \ oya^e, s'oecupe avec succès des affaires de plusieurs Eglises -. 11 a^'aitdéjà, mais nous ne savons à quelle date, notifié à Lanfranc, primai d'Angleterre, son élévation, et à cette occasion avait blâmé la coutume des Scots de vendre leurs femmes '^; le 20 novembre, il lui écrit de nouveau de San Germano, lui donnant des instructions au sujet des violences que l'évéque Arfast d'Elmham s'était permis d'exercer contre Ballduin abbé de Saint-Edmond *. Le 4 décembre, il écrit de Piperno à l'évéque de Chalon-sur-Saône, Roclin, le chargeant de rappeler au roi de France Philippe sa promesse d'éviter à l'avenir la simonie et son devoir d'autoriser l'élévation à l'évêché de Mâcon de l'archidiacre d'Autun nommé en dehors de toute simonie. Si le roi ne remplissait pas sa promesse, la France serait frappée d'interdit ^. Arrivé à Rome, Grégoire VII noue avec Wratislas II, duc de Bohême, d'amicales relations, et ordonne à ses légats de rendre à Jaromir, évêque de Prague, ses anciens revenus sous la défense d'exercer les fonctions épiscopales avant 1. Le séjour du pape à Capoue se prolongea jusqu à la nii-uoveuihie, Jalîé- Lœwcnfeld, ii. 'i790 ; F. Chalandon, op. cit., t. i, p. 230. (II. L.) '2. Le '20 novembre, à San-Gennano, au pied du î\Iont-Cassin, ce jour-là, lettre à Lanfranc de Canlorbéry; le 27 novembre, à Argentea ; le 2 décembre, à Tcrraoine; le 4 décembre, à Piperno; le 7 décembre, à Sezze; la première lettre du Regislrum datée de Rome après le voyage est datée du 17 décembre, cf. Jaiïé, Regestapontificum, 1851, p. 408, n. 3566-3574, 2^ édit., p. 601, n. 4802-4812. (H. L.) 3. Mansi, Conc. onipliss. coll., t. xx, col. 374 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 1509 ; Jaiïé, Reg. pontif., 4801. (H. L.) 4. RegislruDi, 1. I, n. 31 ; Moniiiii. (ji-egoriana. j). 49 ; Jaiïé, Regesta pontifi- um, n. 4803. (H. L.) 5. Regislrum, 1. I, n. 35; Aloniiin. Gregortana, p. 53 ; Jaiïé, Rcge.sla pontifi- cuni, n. 4807 : O. Dclarc, Saint Grégoire \ II, 1889, t. m, p. 45-47 et au t. n, p. 254-385 une excellente Elude sur le clergé de France ditraul le pontifical d'Alexandre II, 1061-1073. Sur le personnage de Roclin, destinataire de la lettre papale, cf. Gallia christiaiui, X. iv, p. 885 sq., et M. Canat de Chizy, JSolcs hisiori- (jues sur quelques évèques de Chalon-sur-Saône, dans Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de C}iàlo)i-sur-Saànv. 1872, I. v, jiarl. 3, \). 95-101, 109. Dans le Gallia on lit à propos de cette lettre : Mime hucusque inauditiv nec usquam à Romanis pontificibus iiitenfativ. Le même jour, 4 décembre, Grégoire écrivait à llundjcrl, archevêque de Lyon, relativement à la même affaire. Regislrum, 1. I, n. 36, Monum. Gregor., p. 54 ; Jaffé, Regesta pontificum, n. 4808 ; O. Delarc, op. cit., t. III, p. 47 (traduction). Sur Ilumbert de Lyon, cf. Gallia christiana, t. IV, col. 88 sq. Le différend se termina par la venue à Rome de l'évéque nommé de flacon. Grégoire Vil le sacra liii-niènie, cf. Gallia chrisliana, t. iv, Instruin., 68 L1V15E XXXI de s'être présenté à Rome ^. Le 20 décembre, le pape écrit aux évoques de Magdebourg et d'IIalberstadt, et aux princes des Saxons: il leur dit la peine que lui cause leur guerre avec le roi Henri, et les informe qu'il a conseillé au roi une suspension d'armes jusqu'à l'arrivée de ses messagers. Jus({ue-là, ils doivent eux-mêmes s'abstenir pareillement de toute hostilité ^. 569. Vaste plan de Grégoire VII et concile du carême de 1074. Les lettres de Grégoire laissent entrevoir la haute idée (|u'il se faisait de la papauté et le coui'age avec lequel il alfrontait les luttes ([uc sa charyc lui imposait. Toute sa conduite s'expli({ue p. 282; Scvert, Chronologla JiisL, i. u, p. 113; Bouquet, Recueil des hisl. de la France, l. xiv, p. 575 ; Jalîé, Bibliolli. ver. Gevman., t. ii. Monum. Gregoriana, p. 527 ; Jafîc, Regesta ponllficum, n. 4857. (H. L.) 1. Ce n'est qu'en 108G que le duché de Bohême fut élevé au rang de royaume. En 1073, le pape Grégoire, peu après soia avènement, envoya en Bohème deux légats, Bernard et Grégoire, qui furent bien accueillis par le duc Wratislas, mais fort aigrement par Jaromir, frère du duc et évêque de Prague, qui refusa de soumettre aux légats le différend qui existait entre lui et son collègue d'Olmûlz. Les légats, modelés sur le type du nouveau pape, déclarèrent simplement Jaromir déchu de la dignité épiscopale et les biens de son église furent confisqués ; il aurait à s'expliquer à Rome, Regisfruni, 1. I, n. 17; Moniuu. Gregoriana, p. 2t); Jalïé, Regesla ponlificuni, n. 4788. Jaromir répondit qu'on l'avait ruiné el qu'il n'avait pas le moyen d'entreprendre un long et coûteux voyage ; on s'y prendrait autrement sinon il ne remuerait pas. Les légats en référèrent au pape qui donna avis à Wratislas de rendre à son frère les revenus confisqués de Prague, mais non la charge épiscoi)ale, Rcgislrain, I. I, n. 45; JMonuni. Gregoriana, p. 63; Jaifé, Regesla ponli/icani, n. 4822 ; et Jaromir était prévenu d'avoir à se trouver à à Rome le 13 avril 1074, dimanche des Rameaux, Regislruin, 1. I, n. 44 ; Monum. Gregoriana, p. 62 ; Jalîé, Regesta. pontificum, n. 'i82l. Sur ces entrefaites, Siegfried de Mayence, métropolitain de Prague cL d'Olmùtz, évoqua l'affaire devant lui, manda ses deux suffragants et s'apprêta à rendre jugement. Siegfried en avertissait le pape, février 107'j, Moituinenla Bainhergensia, p. 84 et s'attirait de Grégoire VII une réponse du ton le plus vif, Regisiruni, 1. I, n. 60, Monum. Gregoriana, p. 78 ; Jaffé, Regesta pontificum, n. 4837 ; le même jour, 18 mars 1074, le pape écrivait à Wratislas, Registrum, 1. I, n. 61; Monum. Germanix, p. 80 ; Jaffé, Regesla pontificum, n. 4838 ; Jaromir vint à Rome, se justifia et emporta une lettre pour le duc, Registrum, 1. I, n. 78 ; Monum. Gregoriana, p. 98; Jafîé, Regesta pontificum, n. 4859. (H. L.) 2. Registrum, 1. I, n. '.j.) ; Monum. Gregoriana, p. 57 ; Jafïé, Regesta ponHp.' ium, n. 4813. 509. VASIi; PLAN DE GRÉGOIRE VII G9 par sa convirlion. que, comme i)ape, il devait réaliser le règne de Dieu sur la terre, et jMHir l'obtention de ce but, clercs, laïques, prêtres et princes, devaient être soumis au représentant de Dieu sur la terre. Depuis des siècles, on iMunmait respuhlica christiana, le règne de Dieu sur la terre, sous ses deux formes visibles : l'I^^lat chrétien et ri^glise chrétienne; à partir de Charlemagne, les empe- reurs et les princes de l'Eglise avaient dit et répété que la respuhlica christiana est régie par le |)()u\()ir royal et le pouvoir sacerdotal. Mais depuis les Otton, les césariens avaient fait pencher la balance en faveur de rb'.tal et s'étaient enivrés de cette idée, ([ue Dieu même avait départi à Constantin le Grand et à ses successeurs, les empereurs romains, Vimperium mxtndi dans l'acception la plus étendue du mot. Leiu' conception du règne de Die\i n'était que la soumission de toute puissance spirituelle ou tcuqiorelle à l'empereur, et ils rêvaient ce règne de Dieu sous [211 ^^ forme d'une sorte de césarisme pontifical. Nul mieux que Ilildelirand ne comprit les dangers que ces théories pouvaient faire courir à l'Eglise ; dès qu'il paraît dans l'histoire, nous le voyons occupé à défendre la liberté des élections pontificales ^ (Voir § 539) ; c'était un acheminement pour défendre ensuite la liberté de l'Eglise 2. 1 . Voir § 539. 2. Cf. Ciesolji'orlit, Die Ceaelzgchiing, (1er rim. Kirehc zitr Zeit Gregors T'//, clans Muiirli. Ilislor. Jalirbiich, 1806. — Depuis que Ilefcle faisait ces remarques on a porté sur la période des Investitures une attention servie par un sens critiqtie et des ressources documcnlaires qui ont ouvert des perspectives nouvelles. Parmi les historiens qui ont appliqué leur attention aux problèmes de cette époque, M. A. Gauchie après avoir approfondi la situation dans les diocèses de Liège et de Cambrai a résumé en quelques pages l'état présent de la question .au point de vue général, Revue d'histoire ecclésiastique, 1904, t. v, p. 573-598. Nous allons les transcrire ici, en ajoutant quelques observations et références tirées du 1ra\ail de A. Solini, Staio e Chiesa seconda gli scriili politici daCarlomagno fino alConcor- data di Worms {800-11Q2], Studio storico e giuridico, forme le t. 11 dG]iï Biblioteca deW Archiv'io giuridico « Filippo Serafmi^K iii-8, Modena, 1901, et parfois une remarque en passant. Après avoir passionné l'opinion publique et mis en mouvement toutes les forces vives de l'Église et de l'État, les relations des deux pouvoirs au moyeu- âge ont fourni matière à d'innombrables publications et controverses durant toute l'époque moderne et contemporaine, E. Lœning, Geschichle d. deutsciten Kirchenrechts, in-8, Strassburg, 1878 ; A. Crivellucci, Sloria délie relazioni jra lo Stato e la Chiesa, in-8, Bologna, 1885-1886 ; Tamassia, Longobardi, Franchi e Chiesa roinana, fino ai tempi di re Liuiprando, in-8, Bologna, 1888 ; Crivellucci. Studi storiri, 1897, t. vi : P>ryce, ï.e saint Empire romain germa- 70 LlVllE XXXI A l'onnontro rie ceux qui, clans la respnhJica christinna, voyaient surtout ri'^lal, Grégoire VIT \'il l'Eglise, et fut logi(iuement nique, in-8, Paris, 1890 ; Gaudcnzi, Sui rappotii tra l'ilalia el'impero d'Orienté, dans Rivistn giurirJica, 1880, 1. xiv, p. lOfi sq.; G. Pfeilschriftor, Der Ostgnthkdiiii^ Tlieodoricli der Grosse iind die lialliulisch.e Kirclie, in-8, Munster, 1806 ; CrivoUucci, Le Chiese cattoliche e i Longohnrdi ariani in Italia, dans Slndi storici, 1895, t. iv, p. nS.-) sq. : IROr,, l. V, p. 153, 531 ^i\.; 1897, t. vi, p. 93 sq. 198 sq.; lî.Weyl, Das frdukisclie Slaotskirchenredil zur Zeit der Merovinger, in-8, Brcslau, 1888, A. Nissl, Der fîericlilss/and des C'Ieriis im jrdnk. Reicli, in-8, Innsbruck, 1886; B. Malfatli, Iniperalori e papi al tempo delln signoria dei Franchi in Ilalin, in-8, Milano, 1886 ; G. Calisse, Diri/lo ecclesiaslico e dirillo Longobardo, in-8, Roma, 1888; W. Marions, Die rômischc Frage unier Pippin und Karl dent Grossen, in-8, Stuttgart, 1881 ; W. Martens, Politische Gescitichie des Langohardenreichs unter Konig Liulprand, (712-744], in-8, Hcidell)crg, 1880 ; Dahmen, Das Ponli- fikaf Gregors II, in-8, Diisseldorf, 1888 ; Rosi, Longobardi e Chiesa roniana al tempo del rc Liii/prando, in-8, Catania, 1890 ; G. Monticolo, Le spedizioni di Liutprando nelV Esarcalo, dans Archivio delta soc. rom. di storia palria, 1896, t. xv, p. 321 sq. ; Hartmann, Unter suchungen zur Geschichte der byzanlinisclien Ver- w'cdiung in Itcdien [540-750), in-8, Leipzig, 1889 ; R. Wcyl, Die Beziehangen des Papstthums zum frànk. Staats-und Kirchenrecht unter den Karolingern, in-8, Breslau, 1892 ; A. Crivellucci, dans Studi slorici, 1900, t. ix, p. 350-408 ; 417- 447 ; 1901, 113-125; 3-39; 289-329; 1902, l. xi, p. 37-86, 409-349, etc., ; A. Kleinclausz, L'empire carolingien, ses origines et ses transformations, in-8, Paris, 1902 ; W. Ohr, Der Carolingische Gotlesstaat in Théorie und Praxis, in-8, Leipzig, 1903; Le même, La leggendaria elezione di Carlomagno a imperatore; Comuiiicazio)ip lella al Congresso internazionale di scienze storiche a Roma, in-8, Roma, 1903 ; Le même, Die Kaiseikriinung Karls desGrossen, Fine kritische Studie, in-8, Tiihingen, 1904 ; H. Lilient'ein, Die Anschauungoi ron Staat und Kirche im Reicit der Knrolinger, Fin Beitrag zur mittelaltcrliclicn W eltanschauung, in-8, Heidelberg, 1901: ; J. Flach, La royauté de V Fglise en France du ix*^ au xi^ siècle, dans Revue d'histoire ecclésiastique, 1!)03, t. iv, p. 432-447 ; V. Lot, Éludes sur le règne de Hugues Capet et la fin du x^ siècle, Paris, 1903. Envisagé longtemps au point de vue des événements politiques et des princi- pes juridiques, voir par exemple : P. llinschius : Staat und Kirche, dans Mar- quardsen's Handbuch des ôffentlichenRechfs,in-8, Freiburg, 1883 ; J. Hergenriither, Katholische Kirche und christlicher Staat in ihrer geschichtlichen Entwickclung und in Beziehung auf die Fragender Gegenwarl. Ilistorisch-theologischo Essays und zu- gleichein Anti-Janus vindicatus, in-8, Freiburg, 1872; le problème est entré, depuis quelques années déjà, dans une pliase nouvelle. D'un cùté, l'aspect écono- mique de cette question a été abordé avec maîtrise par P. Fabre dans son Élude sur le liber censuum de V Église romaine, fasc. 62 de la Bibl. des écoles fr. d' Athènes et de Rome, Paris, 1892, et par U. Stutz, dans sa remarquable Geschichte des Benefizialwesens von seinen Anfdngen bis auf die Zcit Alexanders III, Berlin, 1895; d'autre part, l'attention des bistorions s'est portée davantage sur les tbéories politiques formulées au cours des conflits entre l'Église et l'État ; c'est, en elîet, dans les débats soulevés à cette occasion que se concentra toute la pensée politique du moyen Age. G'est ainsi (pi'oulrt; quebjues li;ivan\ généraux (par exemple : 5G9. VASTE PLAN DE GREGOIRE VII 71 convaincu que le règne do Dieu sur la lorro ne serait possible que si toutes les puissances, soit temporelles soit spirituelles, Fricdbersr, De finium itjler Ecdesiamct civitaicm Regundorum jiuUcio quid medii xvi doctores et leges staliierint, in-8, Lipsia?, 1841, 2^ édit., 18G1 et l'étude générale sur les théories politiques du moyen-âge insérée par A. Gierke, Die dexttsche Genossemchaft. 3 vol., in-8, Berlin, 18G8-1881, trad. Maitland, PolUical théories n( the Middle Ages, Cambridoe, 1900), nous possédons pour le temps de la querelle des Investitures, le précieux recueil des LiheUi de Lite imperatorum cl ponti/lciim sœculis x\ et xn couscripti, 3 vol. in-4, Hannovern?, 1891-1897, édité dans les Monumenla Germaniir Jiistorica, et la remarquable élude de C. Mirbt, Die Publizistik im ZeitaUer GregorsVII, in-8, Leipzig, 1894,( omme nous possédons aussi pour l'époque de T3onil'ace VIIl, le travail de R. Scholz, Die Publizistik zur Zeit Philips des Schônen iind Bonijaz VIII, Ein Beitrag zur Geschicitle der Ans- chauungen des MitleluUers, in-8, Stuttgart, 1903, et pour l'âge postérieur les travaux de Riezler, Die literarischcii Widersacher der Pdpsle zur Zeit Ludwigs des Baiers, in-8, Leipzig, 1874 ; de Scaduto, Stato e Chiesa negli scriiti politici dalla fine délia lolla per le investiture a Ludovico il Bavaro [11?'J-1347), Firenze, 1882 ; de Labanca, Marsilio da Padova, in-8, Pâdova, 1882 ; de C. Cippola, // trattato a de monarchia » di Dante Alighieri e l'opusculo « de polestate regia e papalii) di Giovanni da Parigi, dans les Memorie dclla Eeale Accademia délie scienze di Torino, 1892, t. xiii (II® série), p. 325 sq.; d'A. Baudrillart, Des idées qu'on se faisait au xiv^ siècle sur le droit d'intervention du Saint-Père en matière politique, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1898, t. m, p. 193-223, 309, 337. etc. Toutefois il reste beaucoup à faire dans te domaine et pour la période do la querelle des investitures notamment, k' publication de M. Mirbt est loin d'avoir épuisé le sujet. L'étude des siècles antérieurs est encore bien moins avancée : jusqu'en ces dernières années l'étude des théories politiques qui se sont fait jour depuis Charlemagne jusqii'à la grande controverse du xi^ siècle n'avait, peut-on dire, fait l'objet d'aucune étude spéciale. Et toutefois n'est-ce pas dans la litté- rature de cette époque reculée que les systèmes proposés à l'ère des grandes, luttes, plongent leurs racines ? Si les données ultérieures de la science politiqvie se retrouvent déjà à l'âge de la querelle des investitures, elles-mêmes ont des origines lointaines dans les écrits du ix'' et du x^ siècle. Aussi veut-on comprendre les événements et les doctrines qui depuis Grégoire VII ont assuré l'hégémonie de l'Église ? Veut-on pénétrer le sens des revendications des partis en présence et s'expliquer les théories politiques du moyen âge ? Il est indispensable de remonter aux premières manifestations de la littérature politique du ix^ au xi^ siècle. C'est alors que s'ébauchent et cherchent à se formuler les théories dont la cristallisation et la systématisation se trouvent achevées dans les traités du xin® et du XI v^ siècle. Prenant les laits dans leur germe, M. A. Solmi est remonté aux conditions d'existence juridique de l'Église, sous les premiers empereurs romains et dans les états chrétiens de création germanique, soit ariens soit catholiques. Envisageant ces relations sous l'angle des idées modernes, il voit, chez les peuples ariens, l'Église libre dans l'État libre et, chez les peuples catholicjues, la suprématie de l'Élal sur ri'.glisc. Dès l'époque de Charlemagne, la puissance séculière tend à la 72 LIVRE XXXI étaient snumisos an représentant do Dieu. î^os poiijilos chrétiens ne devaient former qu'une famille, reconnaissant le pape pour monai'cliio uniNciselIi' cl nlisoluc, mrino diiiis le (loiniiini' iclliiiriix' ; rÉerlisf. réagit conlro la domiiialioii de l'empire et vise à riiéf^éinonie. La ])oi'le est ainsi ouverte anx coiiflils : c'est le véritable dél)\it des controverses sur les deux pouvoirs. Aussi, à l'époque de la renaissance carolingienne, éclôt en France toute une littérature politique. J\isque vers le milieu du i\.^ siècle, les écrivains du genre didaclique dominent presque exclusivement, A. Verminghoiï, Die l'iirstenspieiiel (1er KaioUngcrzeit, dans Ilislorischc ZcitscJiriff, 1902, t. lxxxix, p. 193-21''i. Le premier représentani, est un moine obscur nommé Catwnlphus qui adresse en 775 à Charlcmagne un plan de bon gouverncmenl, Momiin. Genii. Jtist., Episl. karol. œvi, édit. Dûmmler, l. ii, p. 501-505. Dès la première dizaine du ix^ siècle, se présente Smaragde de Verdun, auteur d'une Via regia destinée à Charlemagne à qui elle doit donner des règles de gouvernement, D'Achery, Spicilegiiim, Parisiis, 1733, t. I, p. 238 sq. et la préface dans Denis, Codices juss. Bihiiolli. Palat., t. i, p. 1050 ; A. Ebert, Gesdiichte d. Litler. d. MiUchilters, t. ii, p. 108-112. Puis c'est le tour de Jonas d'Orléans, qui, vers 834, mettant à profit les décrets du concile de Paris de 827, dédie à Pépin d'Aquitaine son De iii.slitulioiie regia faisant suite à un De institutione laicali; D'Achery, Spicilegiui», t. i, p. 158 sq., p. 321 sq.; Ebert, op. cit., t. ii, p. 220 sq. ; Simson, Jahrhûcher des /rditkischeii Reiches unier Ludwig d. Fr., in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 380-386. Vient ensuite Scdulius Scotus, vers le milieu du ix^ siècle, qui publie un De rectorihus rliristianis, nouveau règle- ment pour un monarrpie [recfor] ; A. Mai, Spirilegiinn rnituimnn, Pioma^, 1812, t. vTii, p. 1-G9;c'esl le moins médiocre parmi tous ces écrits politicpies mentionnés ici; A. Ebert, op. cil., t. n, p. 191-202; Schrors, Ilinkinar, Erzhinchof von Rlieinis, in-8, Freiburg, 1884, p. 387. Enfin, vient Hincmar de Reims, qui avait au moins cette supériorité sur les prédécesseurs, de s'être fait longuement la main à la poli- tique. Tous préconisent un système de théocratie royale, tout en rappelant au monarque ses devoirs et tout en assignant pour règle suprême et pour limite à l'absolutisnic princier le respect de la loi divine et des prescriptions canoniipies. Dans la seconde moitié du ix^ siècle, l'Église, dominée par l'iiltat, voit se lever en France toute une phalange de polémistes qui défendent son indépendance et sa supériorité. Au premier rang brillent Agobard de Lyon (1 840), Florus de Lyon (I 860) et surtout Hincmar de Reims (f 882) ; de l'avis de M. Solnii, ce célèbre lutteur aurait déjà él)auché le système contractualiste sur l'origine du pouvoir civil, (Agobard, Liber apologeticus, dans Monuni. Iiisl. Germ., ScripL, t. XV, part. 1, p. 274-279 ; Epistola de divisione imperii Frnucorum, dans Opéra, édit. Baluze, 1666, t. ii, p. 42-47 ; A. Ebert, op. cil., t. ii, p. 209-222. — Florus, Qucrela de divisione imperii, dans Poelie laliiii, édit. Diimmler, t. ii, p. 559 sq. ; Liber de cleclionibus episcoporitm, dans Agobard, Opéra, édit. Baluze, t. ii, p. 254-258, cf. Conrat, Geschichie der Qucllen und Litlcratur d. romischen Redits im jrûheren MitlelaUer in-4, Leipzig, 1889; t. i, p. 253 ; voir aussi la correspondance d'Alcuin et celle de Claude de Turin, Episl. karol. levi, édit. Dûmmler, t. iv; quel- ques fragments poétiques recueillis dans Pœtse laiiiii œvi Carolini, t. i-iii, d'Audra- dus, Modicus, telle page des Revelationum de la Chronique d'Albéric des Trois- 509. VASTE PLAN DE GREGOIRE VII 73 fonliiiiiPS, cdit. P. SchelTer-Boichorst, dans Monum. Gcrtn. Iiisf., Scripl., t. XXIII, p. 733-735 et Bouqviol, Becueil dct hisf., t. vu. p. 28*,)-2!)2. Cependant à la même époque, en opposition à l'anarcliie, l'idée impérialiste on, si l'on veut, l'idée d'un Empire romain universel, hantait en Italie le cerveau de quelques écrivains : le Lihcllus de inifx'iitloi ia p(ili'.s cnnceptions politiques sont )ilus mûres que 5G9. VASTE PLAN DE GKÉGOIRE VII 75 ce que romporle son époque; Lihelll de lilc, 1. ir, p. 'lOo sq. C'est aussi une posi- lion intermédiaire entre les écrits de polémique virulente que doivent occuper les travaux de Landulphe de Milan et de Hugues de Flavigny, Moniim. Germ. hist., Script., t. viu, p. 32 sq., 1 sq., 280 sq. On trouvera une analyse à peu près sufTisanle de toute cette littérature dans C. Mirbt, Die Publizistik im Zeilaller aregors VII, in-8, Leipzig, 1894. A cet inventaire des écrits qui nous ont conservé alors la physionomie de l'époque joignons les idées en covirs en matière d'investitures, voir Histoire dea conciles, I. TV, part. 2, p. 1020, n.'i: nous pouvons alors aborder l'iiistoire dos solutions préconisées. Touchant I'I'.tat, les Césaristes proclament l'origine divine, le caractère sacré, la mission divine, l'indépendance, l'inviolabilité, l'omnipolonce terrestre du pou- voir politique. A leurs yeux, la seule forme possible du gouvernement est la monarchie : elle est le pouvoir suprême et unificateur qui se superpose à l'ensemble des groupements féodaux. Il existe deux types monarchiques : le premier est la royauté ; elle représente le principe d'unité et de centralisation hiérarchique et, de par le sacre, elle est investie d'un ministère sacerdotal ; mais le type idéal de la monarchie est incontestablement l'Empire ; il est la puissance suprême à la cime de toutes les souverainetés, il est un pouvoir universel s'étendant à tous les royaumes et à tous les peuples. L'archétype en est, non pas l'empire chrétien d'un Constantin ou d'un Théodose, mais celui d'Auguste et de Tibère ; Salluste a donné la formule de son absolutisme : Nam inipune facere qiiod libet, id est regem esse. Entre cet Imperium et celui d'Henri IV, il n'y a aucune solution de conti- nuité : l'Empire est passé des Romains aux Grecs, de ceux-ci aux P'rancs et de ces derniers aux Allemands. Ainsi campée sur l'histoire, l'idée impériale s'appuie sur le droit romain, dont la persistance se révèle jusque dans la supposition de la donation de Constantin, destinée à déraciner l'idée de l'Empire d'Orient, aussi bien qu'en divers écrits de couleur césaristc postérieurs ù la rénovation de l'Empire. Ce n'est toutefois qu'au xi*" siècle que se produit une vigoureuse renaissance du droit romain, renaissance si puissante que les canonistcs eux-mêmes demandent à ce droit des arguments en faveur de la thèse grégorienne, et que l'Italie y cherche la base de son droit public. Aux yeux des juristes de ce temps, le droit romain n'a jamais cessé et il est légitime d'y voir le fondement de la société politique, parce que l'Empire, par suite de sa propre continuité, l'a toujours maintenu en vigueur. Aussi les juristes arrivent-ils à faire de ce droit, dès les premiers temps de sa renais- sance, un champion déclaré de l'empire. Le duel que se livrent alors la papauté et la puissance civile se pose donc comme un problème juridique : les juristes les plus éminents de l'époque le discutent et de suite se dessine l'antithèse entre le droit canon et le droit romain. Ce dernier est en honneur surtout dans les écoles de Bologne et de Ravenne ; ici il est brillamment représenté par Pierre Crassus (vers 1080); à Bologne également Pépon (| 1074) vraisemblablement et plus vraisemblablement encore Irncrius (f entre 1125 et ll'iO) militent au profit de l'idée inipériale. C'est dans la question de la succession au Irùne que le droit romain rendit aux césaristes les services les plus importants. Le système de l'hérédité n'avait pu triompher complètement sous les Carolingiens : le concept de l'origine divine delà souvcr.iinclé devait servira exclure l'intorvi-nt ion du peuple et faire accepter 76 LIVRE XXXI le prinripo svircossornl, mais la niarclic cniKiiu'ranlo do la féodalité et rin<;ércjioc (les grands onli'avôrfnt les progrès do oc principo, si liioii ipio diii'aiil celte période prôvalul, Je système mixte de l'iiorôdilé o( dt; l'éloclion. Au xi'' siècle le recul do la féodalité sous l'empereur Henri ITT (lO;j'J-1056) donne au principe d'hérédité une recrudescence incontestalilo ; mais alors naît le grand débat provoqué par la (picicllo des investitures. Grégoire VII, se rcnoonlranl mode naturel de créer un roi, mais cette élection est irrévocable et le choix immuable au piofit dos héritiois du monarque ; ce principe que la souve- raineté dérive de Dieu par voie de succession est absolu, à telles enseignes que le roi qui a légitimement hérité le trône de son père, ne peut être ni condamné ni déposé. Mais comment légitimer la thèse de Théiédilé ? A cet eiïet, avec plus ou moins de bonne foi, Pierre Crassus transporte dans le domaine du droil jnihlic le princiiio du dioit pjivé romain, à savoir qiie tout héritage passe à l'héritier soit par testament, soit par succession légitime, soit par accord tacite. Il s'ensuit que le souverain est inviolable : il ne peut être déposé ; de plus, le sacre et la proscrij)- tion créée par la légitiine possession du pouvoii' concourent aussi à corroborer cet axiome de l'inviolabilité du trône. En réponse à tout cola, Grégoire VII bat en brèche l'iiLtangibilité de la royauté en faisant sienne la théorie de l'origine démocratique du pouvoir. Vu l'égalité native des hommes, la royauté est nue dignité enqirtmtée. Bien plus, pour mieux élablir l'infériorité de la dignité royale, Grégoire enseigne l'origine « humaine d et « diabolique « de l'État ; « non seulement il soutient et afTirme la natuie diaboli- que d'un État pervers, mais il désigne lout le pouvoir matériel polilifjue comme un produit démoniaque.» D'où la nécessité impérieuse crvuie totale subordination de l'État à. l'Église, et de fait Grégoire VII dépose les rois et délie leurs sujets du serment de fidélité. Il montre ainsi que l'Eglise n'admet plus d'autre lien politique que celui cpii dans l'organisation féodale liait volonlairenieiit le vassal au seigneur. Nous i'(;viendroiis là-dessus dans un moment. En outre, la théorie contractualiste renaît sous l'empire des circonstances. Ainsi, d'après Manegold de Lautenbach (f après 1103), la royauté ne dérive pas d'une nécessité naturelle, ni de If. volonté divine, mais elle a été établie par l'acte et par la volonté des hommes qui ont attribué à l'un dos leurs la charge et l'hon- neur de les régir, en vue de mieux pomvoir à leur conservation. La souveraineté se constitue donc au moyen d'un pacte entre le roi et le peuple. Il en résulte (]ue si le roi n'observe pas les conditions du contrat, il est un tyran et conséquemment le peuple peut le déclarer déchu et s'affranchir du devoir de fidélité, tout comme se résilie un contrat avec un serviteur quand celui-ci ne remplit pas ses obligations. En somme toute la souveraineté réside dans le peuple. Ci. G. Koch, Manegold i'on Laulcnhach und die LeJire con der VolkssoiweraiiUal unter Ileinrich IV, in-8, Berlin, 1902 ; C. Mirbt, JManegold von Laulcnhach, dans Rcal-Enciiklopâdie tilr protestanlische Théologie und Kirche, 3^ édit., t. xii, p. 189-190 ; J. A. Endrcs, Manegold von Lautenbach. Ein Beitrag zur Philosophiegeschichte des xi Jahrhnn- deris, dAus II istorisch-politische Blà'Uer, 1901, t. xxvii, p. 389-401,486-495 ; Le même, Manegold von Laiilcnbach, luB précieux parce que moins tendancieux et plus voisins des milieux où se décident les interventions. Ft encoie que d'annalistes, de chroniqueurs et d'hagiographes, que d'écrivains de tout genre fournissent des données précieu- ses aussi, parfois indispensables à rapprocher de celles des autres sources, si l'on veut s'éclairer sur les idées régnantes touchant les relations des deux pouvoirs. Nous avons écrit plus haut que, suivant l'opinion d'A. Solnu, Gré- goire YII a soutenu comme « principe doctrinal « '< la dérivation humaine et diabolique de l'État ». L'auteur reprenait ici à son compte une thèse si souvent répétée et tellement accréditée dans divers milieux, qu'il nous paraît intéressant, disait M. Gauchie, de nous arrêter quelque peu à cette vieille querelle. L'on sait quel est l'objet de ce débat. Au cours de la querelle des Investitures, Grégoire VII fut amené à s'expliquer à deux reprises dilîérenles, auprès d'Hermann, évêquc de Metz, sur le droit qu'il revendiquait y)Our la Papauté d'excommunier les princes et de délier les sujets du serment de fidélité, lorsque les dépositaires du pouvoir gouvernent conlraircment aux lois ecclésiastiques et aux intérêts du peuple chrétien. C'est dans les deux lettres (piil écrivit à ce sujet, que Grégoire VII parle en termes virulents de l'origine diabolique de la puissance civile (Lettres du 25 août 1071 et du 15 mars 1081). — Depuis lors des sentiments analogues se sont fait jour à de multiples reprises dans la littérature médiévale. A l'époque niciicriie, les (iailiraus, RossinU en tèle [IJejensio declurationi.s con\'rnluv ileri gallicani an. IGS'J, l. i, p. 108 si|. Anislerdam, 1745; De eccleaiaslica polesîate, part. I, t. I. scct. I, c. X : GVp^'orn/s VII iiiniia et nova sectatur : initia regiœ potestalis superbiœ ac diabolo a.ssignat, répugnante scriptura; neque tantum Palruni sed totius humani generis tradidone], se sont emparés des paroles de Grégoire VII pour lui attribuer le principe doctrinal de la dérivation humaine et diabolique ae la royauté. Voir aussi les écrits publiés à partir de 1729, à l'occasion de la publication de l'ollicc de saint Grégoire VII, dans .L Lclong, Bibliothèque liivtori- I 569. VASTE PLAN UE GRÉGOIRE VII 79 que de la France, nouv. cdil. par Fov et de Foutette, Paris, 17G8, t. i, p. 500 sq. ; et notamment le Mandement et instruction pastorale de Mgr V Évêque de Troyes au sujet d'un office iinprinté sur une feuille volante, qui commence par ces mots : Die XXV maii, in festo sancli Gregorii VII, dans Durand do Maillanc, Les libériez de V Église gallicane, Lyon, 1771, l. y, p. 40 S([. Une opposition analogue se produi- sit d'ailleurs dans les diverses monarchies catholiques de l'Europe. Combattue avec succès par les adversaires du gallicanisme, notamment par G. A. Blanchi, Délia potcstà e délia polizia délia Cliiesa, in-4, Roma, 1745, lib. II, sect. 10, n. 2, t. I, p. 275 sq.. la thèse de Bossuct n'a cependant pas manqué d'être maintes fois répétée. A notre époque, elle a compté et compte encore de nombreux parti- sans et aussi de multiples adversaires. Citons parmi les auteurs qui voient dans les paroles de Grégoire VII la doctrine de la dérivation tliabolique du pouvoir : E. Ouinet, Le catholicisme et la Révolu- tion française, in-8, Paris, 1845, p. 145 ; E. Friedberg, De finium inter ecclesiam et civitatem Regundorum judicio quid medii .wi doctores etleges statuerint, in-8, Leipzig, 1871, p. 8; Le même, Der 3/ iss6;Y(N(7/ der geistlichen Amtsgewalt und der Recurs an den Staat, dans Zeitschrift fiir Kirchenrecht, 1863, t. m, p. 72; C. B. Hundeshagen, L'eber einige Hauptmomente in der geschichtiichen Entwicke- lung des Verholtnisses zwischen Staat und Kirche, dans Zeitschrift filr Kirchen- recht, 1861, t. I, p. 450 sq. ; James, Der Papst unddas Concil, in-8, Leipzig, 1869, p. 164 sq. ; O. Gierke, Johannes Althusius und die Entwickelung der naturrechtlichen Slaatstheorien, V cdit., 1880, 2^ édit., Breslau, 1902, p. 62 sq. ; Le mème,Das deutsche Genossenschaftsrecht, in-8, Berlin, 1888, t. m, p. 122 sq.; cf. l'extrait de cet ouvrage traduit en anglais sous le titre Political théories of the middle âges, translated by F. W. Maitland, in-8, Cambridge, 1900, p. 12 sq.,p. 109 sq.; Von Eicken, Geschichie und Sijstem der mittelaltertlichen Weltanschauung, in-8, Stuttgart, 1887, p. 357 sij. ; \V. Martens, Gregor VII, Sein. Leben und seine Wirhen, in-8, Leipzig, 1894, t. ii, p. 13 sq.; C. Mirbt, Die Puhlizistik im Zeitaller Gregors VII, in-8, Leipzig, 1894, p. 546 sq. ; C. Bayet, Grégoire VII et les rois, dans E. Lavisse et A. Rambaud, Histoire générale du iv^ siècle à nos jours, in-8, Paris, 1893, t. n, p. 95 sq. ; A. Solmi, Stato e Chiesa, 1901. p. 102 sq. En sens contraire, on peut voir Hergenrôther, Katholische Kirche und chrislli- cher Staat in ihrer geschichtiichen Entwickelung, in-8, Freibnrg, 1872, p. 460 sq. ; J.M.S. Gorini, Défense de V Église contre les erreurs historiques.... in-8, London, 1875, 7e édit., t. III, p. 214 ; Michaël, Wie dachte Papst Gregor VII ûber den L'rsprung und das Wesen der weltlichen Gewalt, dans Zeitschrift fiir katholische Théologie, 1891, t. xv, p. 164 sq., et en partie aussi E. Bernheim, Politische Begriffe des Mittelalters im Lichtc der Anschauungen Augustins. dans Deutsche Zeitschrift fiir Geschichtswissenschafl, 1896-1897, nouv. série, l. i, p. 20 sq. Dans les trois volumes sur Saint Grégoire VII et la réforme de V Église au xi^ siècle, in-8, Paris, 1889, O. Delarc n'a môme pas touché ce poinL. Un fait est certain, c'est que Grégoire VII déclare expressémenl el constamment que le pouvoir civil est d'origine divine. Il est voulu de Dieu et les dépositaires de ce pouvoir tiennent leur autorité de Dieu. — Le 6 mai 1073, Grégoire VII écrit à Goltfried III le Bossu, duc de Basse-Lotharingie, au sujet d'Henri IV : Sin vero, quod non optamus, nobis odiuni pro dilectione, omnipotenti autem Deo pro ianto honore sihi collato, dissimulando justitiam cjus, contemptum non ex cequo rcddidcrit [rc.v llcnricuti], interminatio qua dicitur : « Mcdedictus homoq ui prohibcl 80 Livre xxxl gladium suuin a sanguine )> super nos Deu piovidenle non véniel {Jh'L;islr. 1. I, n. 9 : Mon. Giegor., p. 19). — Le 15 septembre 1073, il écrit aux Carthaginois : munda- nis potcstatihus obcdiie prvedicai-il aposlolus (Registr. ]., I, u. 2"2 ; Monum. Gregor., p. 38). — Le 7 décembre 1073, à Adélaïde comtesse de Turin : Ad hoc enim tibi n Domino et Jionoris dignilas et polcnfiiv ampliiudo concessa est, ut in suo suojunique servitio experulalur iltegistr., 1. I, n. 37 ; Mon. Gregor., p. 55). — Le 28 juin 1077, aux princes d'Espagne : Nolite spem ponere in incerto diviliarum liujus .srculi, sed in illo, de quo scripluiii est : « /■*('/• nw cniiu reges régnant''^ ci alibi : (( Quoniaiii data est a Domino poiestas vobis, cl virtus ab Allissimo » [Regislr., 1. IV, n. 28, Monum. Gregor., p. 285). — Le 8 mai 1080, à Guillaume, roi d'Angleterre : Credimus prudcntiam veslram non latere: omnibus aliis excellentiores aposlolicam et regiam dignitales Jiuic nnindo,ad ejus regimiiut, omnipotentemDeum distribuissc... ne creatura, quam sui benignilas ad imaginent suam in hoc mundo creaverat, in crrunca cl morlijcra Iraherclur pcricula, [Deus] providit ut apostolica et regia digni- tale per diversa regeretur ofjicia. {Regislr., 1. VII, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 419). — Ce qu'il dit en général de l'origine du pouvoir royal, il l'applique, dans les cas particuliers, aux juinccs eux-mêmes. Le 7 décembre 1074, il écrit à Henri IV : tibi - — quern Deus in summo culmine rerum posuit [Regislr., 1. II, n. 31 ; Mon, Gregor., p. 144). — Et encore dans une autre lettre de la même dalc : Et lune dcmum regiam poteslatem te obtinere cognoscas, si régi reguni Chrisli ad res- laura'ionem dcfensionemque ecclesiarum suarum faciendam dominalionis lux alliludincm inclinas. (Regislr., 1. II, n. 30; Mon. Gregor., p. 143). — Eu 1075, il le lui répète : vobiscum, quem Deus in summo rerum posuit culmine [Regislr., 1. III, n. 7 ; Mon. Gregor., p. 212-213). — En 1076, il écrit aussi aux Allemands : Raque misimus ci [llenrico quarto] epistolas commonilorias ... ne inhonorel Deuni Jwnorantem se [Epislolœ collectai, 14, cdit., Jaffé, Mon. Gregor., p. 538). — Le novembre 1077, à Harold Hein, roi do Danemark: Monemus insuper kurissime ut tibi commissi a Deo regni honorem omni industria sollertia peri- liaque cuslodias.. ut de le vera sapientia quic Deus est dicere queat : ^ Per me rex islc régnai n [Regislr. V, n. 10 : Mon. Gregor., p. 300).— Le 19 avril 1080, à ce même roi Harold Hein : Te ilaque specialiler, fdi karissime, cui regni curam pros'idcnlia diviiia roiumisil [Regislr., 1. VII, n. 21; Mon. Gregor., p. 412). — C'est la même pensée (jue, le 24 avril 1080, il exprime à Guillaume \^^, roi d'Angle- terre : s/c p< /», r/ncz/i co; àerco /)ccTrt/f m('.scro cl paupcrculo — ila quippe omncs nascimur — polcnlissimum regem. Deus gratis jecil [Regislr., 1. \'II. n. 23 ; Mon. G'/T^'oc, p. 416). — En 1081, il écrit aussi à Alphonse VI, rui de Léon et de Ctstillc : Mémento honoris cl glorix quam libi super omnes llispanix reges misericordiu Chrisli concessit [Regisl., 1. VIII, n. 25 [ix, 2] ; Mon. Gregor., p. 472). D'autre pari, il est bien évident ...ussi que Grégoire VII donne une origine violente et diabolique aux rois. Le 25 août 1076, il écrit à Hcrmann de Metz : Sed forte pulanl, quad regia dignilas episcopalem prœcellat. Ex earum principiis colligere possunl, quantum a se utraque differunL Ill.vm quidem superbia nuMANA RKiTiiuiT, hauc diviuu pietas insliluit. Rla v(mam gloriam incessantcr captai, hicc ad tœlestem vilam semper aspirât. [Regislr., 1. IV, n. 2 ; Mon. Gregor., p. 243). Le 15 mars 1081, Grégoire VII écrit encore au même Hermann : Rane DIGNITAS A S/ECUI.AUIBUS ETIAM DEUM IGNORANTIBUS INVENTA, IIOU Subi- cietur ei dignitati quam omnipolentis Dei providentiel ad honorem suuin invenit mundoquc misericordilcr Iribuil ?... Quis nesciat reges et duces ab iis habuisse 569. VASTE PLAN DE GREGOIRE VII 81 {■} itnii'uiti. (jui. Dcuin ii^iiordiilrs, .supciljiii, nipinis^ prrfidid, lioiiiicidiis, poslicmo iDiisrrsis pciic scclcribu.s, niiiiidi prindpr diabolo riili'lircf tii^ilniilc, .super jxircs scilicel honiiiies, doniiiiaii rivca (itpidine cl inlolntilnli piicsuiiiplioiic afjectas'e- ruiil? {Regii^lr., I. VIII. n. "JI ; Mon. Gvcgor., p. 45G). Que le pouvoir tivil suit d'origiiic divine cl (|M(' les rois ait'iil im |)ouvoir (l'oritzini' violente et dialKilique, voilà bien denx ihèses (jui, seniLle-t-il, sont en contradiction formelle. W. llarlens. oj). (il., l. ii. p. lo sq.. admet olïectivcment que c'est vine vérilalde i uniradiclior, cl l'e\|>lii|ue par la dillérence des circons- lanecs: Grégoire VIT s'adrcssanl anx princes leur expose l'origine divine du pou- voir d'aprî;s la doctrine do rÉeriturc; écrivant à ïcs'i^'que de Mclz, il donne libre lours à son indignation et parle de l'abondance du cœur. — Cependant, les deux lettres de Grégoire VII à llermann étaient, dans la pensée du pape, destinées à recevoir la ])lus grande publii'iLé aus^i bien tlans le monde laïc foi'mc si)écialc, mais Lien du jxjuvoir considéré coinnuï 1(1. Divers auteuis ont également invoqué, pour expliquer la pensée de GrégoireVII, la distinction entre le pouvoir eu général et la persomie revêtue du pouvoir. Il est bien évident cependani (|u'à plusieurs repi'ises il parle non des personnes, mais bien de la dignili' rnyalc : Scd /idIc pidiinl. (jiitxl i'.iaux du; m tas ('/"■'■''"/"'^''"i piiPcellat. Ex ctinirn priiiripiis colUgere possunl quantum a se utraquc dij'jciunl. Ili.am quidem supiibia liuniouo repperil, hanc divina pietas iit.sliluil, Rci^istr., 1. IV, n. '2 ; Mou. Grc^or., p. 2415. Et encore : Ilauc dicnitas, a s.TcuIarihus — etiam Dcum ignoranlibus — iu^'euta, non subiciclur ei dignilali, quam oninipo- lentisDei providenlin ad houorem suuni iurcnil P Regist., 1. VIII, n. 21, AIon.Gregor., p. 456. Cette distinction ne peut donc pas elle-même expliquer la pensée de Grégoire VII. Le P. Michael a bien montré l'insuffisance de cette distinction, mais il a tort de l'écarter complètement. A notre avis il y a lieu d'en tenir compte dans une certaine mesure. Bien que, en ces endroits et ailleurs encore, Grégoire VII enveloppe sa pensée sous une forme abstraite [dignilas], il a cependant en vue non pas la dignité in abstracto, mais la dignité en tant qu'elle est recherchée et exercée d'une manière antichrétienne par telle et telle personne. En effet, pour développer cette affirmation : diguitas a siccuhwibus, eliam Dcum ig))oyantihufi, inveiila, il fait précisénient appel à un ensemble dc^vénements particuliers : qui.s ncsciaf regcs et duces, etc. La fcrmvde d'abstraction n'est donc que l'expression synthéti([ue de faits concrets : sous la dignité, ce sont les personnes revêtues de cette dignité qui sont ^ isées par Grégoire VIL Si donc cette distinction entre la dignité et le dignitaire ne suffit pas à expliquer complètement la pensée de Grégoire VII, elle peimcl. cependant d'eu préciser un aspect : la manière dont s'est établi le pouvoir civil est le fait d'hommes ignorant Dieu, etc. Pour terminer cette (piestion, on peut se demander comment, s'il est bien manifeste que Grégoire envisage l'origine humaine et diabolitjue du pouvoir non comme un principe, mais comme un fait inhérent à son mode d'établissement, il se fait cependant qu'on ait pu si longtemps lui attribuer comme un principe cette doctrine de la dérivation humaine et diabolique de la puissance séculière. — A l'époque de ce granel pape, on retrouve des idées analogues aux siennes sur l'origine du pouvoir chez plusieurs écrivains du parti pontifical. Toutefois, il faut reconnaître ([ue, sans nier l'origine divine du pouvoir — et ceci confirme encore notre manière de voir — ils insistent cependant avant tout sur le mode humain de son origine. Le malheur fut que, sur ce point comme sur plusieurs autres et notamment sur la ejucstion de la validité des sacrements conférés par des prêtres indignes, la pensée de Grégoire VII, exagérée par certains de ses partisans, fut bientôt défigurée par un écrivain du parti impérial, Hugues do Fleury. Ainsi grégoriens et antigrégoriens en viennent à attribuer à l'illustre pontife l'atténuation o\i la négation de l'origine divine du pcuvoir civil, les 86 LIVRE XXXI chef unique et représentant de Jésus-Christ, Partant de là cl s'inspirant des idées du moyen-âge, Grégoire concluait cjue les rois, chefs des hranches de cette, grande famille, devaient, à ce titre, ohéissance an pape, et que les rapports entre eux et lui étaient ceux des vassaux vis-à-vis de leur suzerain. De même f[uc le vassal jurail fidélité et ohéissance à son suzerain, de même le (lnM'lirn ]ir()nicllail à son haplénie, fidélité au Christ son Seigneur el à son représenlanl sur la Icrrc. Grégoire parle hion, il est vrai, des deux pouvoiis (jui régisseni le monde, le pouvoir ecclésiastique el le pouvoir royal ; et au déhul il leur reconnaissait des droits égaux ^ ; mais ])eu à peu et sous l'influence de ses luttes violentes contre les partisans de la prépondérance du pouvoir séculier, il en vint à dire que le pouvoir séculier devait être subordonné au pou- voir ecclésiastique. C'est ce qu'il dit sans détour dans sa lettre à Guillaume le Conquérant, où il compare ces deux pouvoirs au soleil et à la lune ^, Que tels aient été les sentiments de Grégoire VII, c'est ce que prouvent le denier de Saint-Pierre, et les redevances analogues, que les peuples germaniques durent payer à Rome à partir de leur conversion, et en outre cette théorie souvent formulée par Grégoire VII et très répandue à cette époque, que seul le pouvoir ecclésiastique provenait de Dieu, tandis que le pouvoir civil provenait du démon et n'était issu que de l'ambition, etc ^. La réalisation du règne de Dieu fondé sur la théocratie [22] aurait pour point de dépari la réforme du clergé, l'n pareil idéal et de si vasies pensées exigeaient un clergé IWn-v et irrépro- chable, Grégoire inaugura la lui le en s'allaquaul donc au relâ- chement des mœurs du clergé, à la simonie el à l'investiture laïque. Beaucou]) de clercs vivaient en concubinage ou en état premiers poiii' mieux humilier la puissnneo iîiipérialo, l(>s anlros pour provorpier une réaction en sa faveur. Depuis lors le rôle du démon ou du péehé dans rétablis- sement du pouvoir n'a cessé de préoccuper bien des écrivains catholiques ou héléi'o- doxes du moyen-âge et des temps modernes. Mais, quoi qu'il eu soit de ces opinions, il est bien certain, en ce qui regarde Grégoire VII lui-même, qu'il n'a nullement nié l'origine divine de la puissance séculière ni érigé en principe son origine diabolique el humaine. A Gauchie, dans la /?eruerf'/(is/. ecc/e's., 1904, t. v, p. 588-596. (H. L.) 1. Voir la lettre adressée au duc Rodolphe, Jaffé, Mon. Germ., p. 33 : Namsicui duohus oculis humanum corpus tempovali lumine regilur , itahis duahus dignitaiibus in pura regione concordant i bu ft corpus Ecclesiœ spirituali lumine régi et illuminari probalur. 2. Voir § 594. 3. Voir la noie 2 de la pâtre G1 . (Tl. L.) 5G9. VASTE PLAN DE GREGOIRE Vil 87 de mariage illicite. Le droit canon, à cette époque, permettait à un clerc de contracter un mariage légitime, à condition de résigner sa place dans l'Église^. Néanmoins, beaucoup gardaient la femme et les dignités ecclésiastiques ; dans bien des pays, en Lombardie par exemple, c'était la coutume générale. La plupart des hautes charges de l'Église étaient données par les princes, ou même vendues, de sorte que les plus indignes et les plus incapables parvenaient souvent aux évechés et aux abbayes. Ils restaient ensuite sous la complète dépendance du pouvoir civil, préoccupés par-dessus tout de récupérer le plus tôt possible, et avec bénéfice les sommes avancées pour l'achat des charges. Et, pour que la dépendance de l'Église à l'égard des princes fût bien avérée, l'usage s'était établi pour les princes laïques de donner aux évêques et abbés l'investiture du pouvoir ecclésiastique par la remise de la crosse et de l'anneau, symbole de leur mariage mystique avec l'Église. Dans la lutte qui s'ouvrait, Grégoire VII attendait la victoire de la justice de sa cause. Il comptait aussi sur le courant d'idées réformatrices créé depuis un demi-siècle par Cluny et les Patares, grâce auxquels des milliers et des milliers de cœurs réclamaient la lutte contre la corruption du clergé et contre la vente des dignités ecclésiastiques. Si, avec cet appui de l'opinion publique, Grégoire rendait au clergé l'indépendance et le respect, il aurait assuré la base d'une réforme durable. Le clergé lui serait un auxiliaire d'autant plus puissant que l'empereur et les rois se trouvaient dans la nécessité de compter avec évécjues et abbés, dont le pouvoir servait à l'occasion d'utile contrepoids aux rr)qi tentatives d'indépendance des vassaux temporels. Grégoire réalisa lui-même en grande partie ses idées; il finit sans doute par succomber devant Henri, et mourut en exil, mais son esprit passa à ses successeurs qui se montrèrent fidèles à ses traditions, jusqu'à ce qu'Innocent III posât le couronnement de l'édifice formidable commencé par son prédécesseur. Grégoire entama la lutte par le rappel delà législation existante contre la simonie et la corruption du clergé. Ce fut l'œuvre du premier concile tenu par lui à Rome (10 mars 1074) 2. On 1. Dans le volume précédent nous avons réduit cette observation à des termes moins généraux (H. L.) 2. La plupart des lettres de convocation à ce synode romain se sont perdues, toutefois nous en possédons encore deux que va mentionner licfele. (H. L.) 88 LIVRE XXXI possède encore les lettres de convocation adressées à Sicard patriarche d'Aquilée, et aux sufîragants de Milan ^, toutes deux du 24 janvier 1074. Dans la première, Grégoire se plaint des princes temporels cjui oppriment l'Église comme une esclave, et des prêtres qui, oublieux de leurs devoirs, infatués du monde, trompent le peuple, qui ne s'applique plus aux bonnes œuvres et oublie presque entièrement la foi chrétienne. Pour améliorer. Dieu aidant, cette situation, il liendrail un synode dans la première semaine du carême, (du î) au 15 mars) et priait Sicard de s'y rendre avec ses suffragants. — Aux évoques suffraganls de Milan, Grégoire disait : C'est une coutume déjà ancienne de l'Église romaine de tenir un synode général annuel à Rome. La situation actuelle rend cette réunion ])lus nécessaire que jamais, aussi tous, sans excepter les abbés de Lombardie, devront se trouver à Rome dans la première semaine du carême et se souvenir cju'en temps de guerre un bon soldat ne doit pas abandonner son chef. Le 10 mars 1074, ce synode s'ouvrit à l'heure même où Henri IV, pour sauver sa couronne contre les Saxons révoltés et ses vassaux infidèles, était obligé de renouveler à Goslar, au milieu des plus grands dangers, les promesses faites le 2 février 1074, h Gerstungen, à savoir: destruction de ses châteaux-forts sous sa propre surveillance et responsabilité ; dévastation des églises et des monastères, pillage des tombes royales et profanation des ossements de son fils et de son frère. Les actes du synode sont perdus, mais les plus importantes décisions ont été transcrites dans les lettres du pape aux archevêques Siegfried de Mayence, Werner de Magdebourg et à Otton évêque [24] de Constance. Ces lettres manquent dans la correspondance du pape, c'est-à-dire dans le Registrum ; mais Jaffé a publié ^ les deux premières, trouvées par lui dans un manuscrit de Munich, et la 1. Regislium, 1. I, n. 'i^ ; Monum. Gregoiiaiia, p. GO ; .TafTé, Regesla pontif. roinauor., 2^ édil., n. 481!) ; O. Dolarc, Saint Grégoire VIL I. m, p. 52-54 ot, pour la IcIliT aux sviiïraganls de Milan : ('vôqucs de Brescia, Crémone, Bcrgamc, Lodi, Novaic, Ivréc, Turin, Alba, Asli, Acqui et Torlone : Regisrnnti. 1. T, n. 4.T; JMon. Gregoriaiia, p. Gl ; Jafié, Regesla, n. 4820. (II. L.) 2. Lettres à Werner de Magdebourg cl à Siegfried de Mayence, dans JafTé, Monuin. Gregoriana,p. 523, 524; la Icltrc à Olton de Constance, dans Paul'de P.ernried, Vila Gregorii, c. xxxvi ; Watlerich, Pnniificum romanorum vilve, t. i, p. 490 : cf. Mansi. Cour, ariipliss. coll., t. xx, col. 40'i : Maji. Gregor.. p. 525. (It. L.) 5G0. VASTE PLAN DE GREGOIRE Vil 89 dernière a été conservée par deux contemporains, Paul de Bernried, biographe de Grégoire \ II ^, et Bernold de Constance^, à qui nous devons xine série d'ouvrages en faveur de Grégoire, notamment une apologétique détaillée de la loi du célibat portée par le synode du carême de 1074 ^. Dans sa lettre à l'arche- vêque Siegfried de Mayence, Grégoire s'exprime ainsi : En vertu de mon autorité apostolique, m'appuyant sur les principes des saints Pères, soutenu par le sentiment de mon devoir, je me suis efforcé d'extirper l'hérésie des simoniaques cl de rétablir la chasteté dans le clergé : il \ ous a])paiii('iit donc à vous, archevêque à qui un clergé si important et un |>cuplc si nombreux ont été confiés et qui avez, sous votre autorité, plusieurs sulYragants, de recommander instamment à tout le clergé les décisions de l'Eglise romaine et d'en procurer soigneusement l'observation. Voici les décisions les ])lus imjiortantcs prises par le concile'* ; 1. Paul de Bernried, chanoine régulier de Ratisbonne, séjourna à Bernried en Bavière vers 1120, écrivit la biographie de Grégoire en 1128, mort en 1145 à Rome où il avait été contraint de se réfugier. Sa Vila Gregorii est l'ouvrage dun panégyriste jdIus que d'un biographe; on la trouve dans Mabillon, Actci sanct. O. S. B., sœc. vi, part. 2 ; dans Aluratori, Script, rer. Italie, t. m, P. L., t. CXI.VIII, col. 55 sq. — V. Balzani, Chronache Ital. med. evo, 1874, p. 171-176; J. Greving, Pauls von Bernried vila Gregorii VII papsc, ein Beitrag zur Kenntniss dcr Qiielleii iind Ansrhaïuingen aufi der Zeit des Gregorianischen Kirrtienstreiles, dans Kirdicngesrhiclilliche Sludien, l. ii, in-8, Munster, 1893; E. Michael, dans Zeitschrijt fiir katholische Théologie, 1895, t. xix, p. 529-531 ; M. Herrmann, Paul uiid Gebliard von Bernried und ihre Ihie/e an Mailànder Geistliche, dans Neues Archiv, 1889, t. xiv, p. 565-588 ; Histor. polit. Bldtter fur hathol. Deul- schland, 1892, t. ex, p. 97-103; J. May, Leben Pauls von Bernried, lIrtis Neues Archiv, t. xii, p. 333-352 ; Zum Leben Pauls von Bernried, Xachtrag, in-4, Ofîen- burg, 1896 ; W. Wattembach, Deutschlands Geschichlsquellen, 1874, t. ii, p. 158; Gicsebrccht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, t. m, p. 1069. W. Wattembach dans Allgemeine deutsche Biographie, t. xxv, p. 244-245. (H. L.) 2. Allgemeine deutsche Biographie, t. ii, p. 469-470. Bcrnold, (f 1100) est l'auteur du Micrologue ; S. Baumer, Der Micrologus, ein ]Verk Bernold's von Konstanz, dans Neues Archiv, 1893, t. xviii, p. 429-446.' E. Strelau, Leben und Werke des Mônches Bernold von S. Bla-sien, einc Quellensludie zur Geschichte des Invesliturslreites, in-8, Leipzig, 1889 ■,\\ .Wattemhuch, Deutschlands Geschichts- fjuellen, 1874, t. ii, p. 42-44. La Clu-onique de Bernold, dans Perl/., Monum. Germ. hist.. Script., t. vi, 385, P. L., t. cxlviii, col. 1275. (H. L.) 3. L'apologie dans Mansi, op. cit., l. xx, col. 404 ; Ilardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 1523 ; P. L., t. cxlviii, col. 752. (IL L.) 4. Nous (levons aussi ces renseignements à la lettre de Grégoire à Otton. (H. L). 90 LIVRE XXXI 1. Quiconque a obtenu, par simonie, une ordination ou une chartre spirituelle, ne doit plus servir dans l'Église. 2. Quicon- que a obtenu à prix d'argent une église (c'est-à-dire un bénéfice ou un office ecclésiastique) perd cette église, et à l'avenir on ne devra plus ni vendre ni acheter d'église. 3. Tout clerc fornicateur ne doit plus dire la messe ni exercer à l'autel les fonctions des ordres mineurs. 4. S'il méprise cette ordon- [25] nance ({ui provient des saints Pères, le peuple ne doit pas assister à ses fonctions, afin que, si l'amour de Dieu et le souci de ses fonctions ecclésiasticjues ne parviennent pas à le faire renirer en lui-même, la crainte du peuple et de son Ijlâme l'oblige à se corriger ^. — Mêmes décisions dans les lettres à Werner de Magdebourg et à Otton de Constance. En termi- nant sa lettre, le pape engage Otton de Constance à le sou- tenir dans l'extirpation des abus ; il exhorte Siegfried de Mayence et Otton de Constance comme de bons pasteurs, à détruire ces scandales dans leurs diocèses. Bernold, qui énumère ces quatre points dans son Apologie, cherche à montrer leur conformité" avec les ordonnances des Pères et des conciles et avec les maximes du Saint- Esprit. Il insiste surtout sur le troisième point et s'applique à réfuter l'apparente objection tirée de ces deux passages de la Bible ; « Chacun doit avoir sa femme " » et : « Que l'évoque n'ait qu'une femme ^ ». En terminant, il justifie la défense faite aux laïciues d'assister aux fonctions ecclésias- ti(|ues des ])rêtres concubinaires. Nous avons vu les papes 1. Jaiïi'. nihiiolliern reriin) gennaiiirarinn, l.\j, Moniini. 6'/r/;'o;/r7//rt, p. 523, sq. ; Episl. coll., 11. .'5, ''i, ï), dans Aloiiiim. firegor., p. 523-520 ; Mariamis Scottus, Chronicon, dans Moniiin. Cerni. Jiisf., Srripf.. t. v, p. 560 sq. ; Paul Bernried, Vila Gregnrii, c xxxvi, cf. Greving, op. cil., p. 35 ; lîcriiold. Clirotiira, dans Monum. Germ. IiisL, Script., t. v, p. 430 ; Meyer von Klionau, Jahrbiïclier des deuischen Reiches unter Heinrich IV und Ileinrich V, in-8, Leipzig, 1890, t. ii, p. 348 sq. ; Meltzer, Papsfs Gregors VII Gesetzgebung und Bestrebungen in Belrefl der Bischojswahlcn, 2^ édit., Dresde, 1876, p. 63 sq. £08 sq.; W. Marteiis, Gregor VII, t. i, p. 30^1 ; E. Ecrnhcim, Quellen zur Geschichte des Invesiilur- streiles, Leipzig, 1907, 1. i, p. 40 sq.; O. Delarc, op. cit., p. 62-65 ;Co//. regia, t. xxvi> col. 520 ; Lal)be, Concilia, t. x, col. 313-343 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 1522 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 547 ; Mansi, Concilia, Supplem. t. ii, col. 1, Conc. ampliss. coll., t. xx. col. 401 ; Jaffé, Bcgesla. 2^ cdil.. p. 603. (H. L.) 2. I Cor.. VII, 2. 3. I Tini., III, 2. 569. VASTE PLAN DE GREGOIRE VII 91 Nicolas II et Alexandre II porter des ordonnances semblables^; Sigebert de Gembloux a donc tort d'écrire dans sa Chronique : « Cela est arrivé nowo exemplo ~. >' Lambert de Hersfeld parle aussi de ce synode ^, mais se contente d'en mentionner le décret sur le célibat ; d'autre part Gerhoh de Reichensbero; a donné dans son Commentaire des psaumes, le texte même de cette partie des décrets du synode ^. Nous trouvons un autre rensei- gnement dans une notice placée à la fin du i)romier livre de la correspondance de Grégoire ; on y lit : « Au synode de 1074, le pape a excommunié le duc Robert Guiscard, ainsi que tous ses partisans, jusqu'à amendement ^. C'était une conséquence [261 fl^ ^^^ brouille survenue l'année précédente entre le pape et le duc, et aussi la revanche de l'invasion de Robert sur le territoire de Capoue, qu'un autre Normand, le comte Richard, gouvernait comme vassal du pape ^. Roniger et les acla 1. Voir § 555, § 562 ; on pourrait dire aussi que les papes Léon IX, Victor II, Etienne IX avaient porté des ordonnances semblables. (H. L.) 2. Monum. Germ. hist.. Script., t. vi, p. 362. 3. Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 217. 4. Mansi, Cojic. ompliss. coll., t. xx, col. 433 ; Watterich, Mtie pontificum rom.. 1. I. p. 3G1. Marianus Scottus et Berthold de Reichenau, disciples et continuateurs d'Hcrmann Contract, attribiiont à tort ce décret au synode du carême de 1079, Pertz, t. v, p. 317, 561. 5. Mansi, Conr. ampliss. coll., t. xx, col. 125 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 1260 ; Jafïé, op. cit., p. 108. (II. L.) 6. « Juscju'à amendement »? Et à quel propos se seraient-ils amendés ? Grégoire VII avait partie liée avec Gisolte de Salerne et celui-ci était en assez mauvaise posture. Vers les derniers temps de 1073, peut-être en novembre, Robert Guiscard s'était emparé d'Amalfi à la barbe de Gisolfe. Ilefele, tout adonné aux affaires de Germanie, a omis un épisode qui se rattache étroitement à cette excommunication. Vers le mois de juisi de lainjéc 1073, peu après son élection a>i pontificat, Grégoire avait reçu deux moines, Thomas et Nicolas, qui lui apportaient une lettre de rempercur de Constantinople Michel VII et devaient communiquer de vive voix sur des projets de la plus haute importance, Regisiritm, 1. I, n. 18 ; Mon. Gregor., p. 31 ; Jaffé, Regesta pontif. rojn.. n. 4789. Le pape, gardant des doutes sur le caractère des ambassadeurs, envoya à Constantinople Dominique, patriarche de Venise. « Nous ne savons rien de plus sur ces premières négociations, mais il est permis de croire qu'elles amenèrent le pape à cette idée de croisade qui va inspirer sa politique au début de l'année 1074. Seulement, dès l'instant que l'horizon politique de la papauté s'agrandissait, dès l'instant que le pape songeait à intervenir dune façon effective dans les affaires d'Orient» les Normands d'Italie rebelles à son autorité devenaient pour Grégoire VII un obstacle à l'accomplissement de ses projets. Comment le pape pouvait-il 92 LIVRE XWl Vaticana rapportent que de nombreux évoques, venus de toutes les jirovinces, siégèrent dans ce concile, et parmi eux espérer agir au loin, alors ijii'il avait, à redouter pour lui et ses États un danger de tous les instants ? Le résultai le jilus évident de la politique pontificale, durant l'année 1073, avait été d'amener un certain ralentissement dans les conquêtes de Guiscard en lui opposant Richard de Capouo et Gisolfe; niais, malgré cette alliance, le danoci' restait le même et le pape ne pouvait songer à intervenir en Orient qu'autant (pie les Normands auraient été entièrement réduits à l'impuis- sance ou se Hcraicnl de bonne grâce soumis à ranloiil(' d\\ Sainl-Siège. Mais pour obtenir celle soumission il lallail que Grégoire VII eût des lioupcs suffisantes pour lui permettre de dicter ses voioiités ; il passa les preniicis mois de l'année 1074 à essayer d'en recruter. « Dès le 3 janvier, Regislnini, 1. I, n. 40; Mon. Gregor., p. 58-59, le pape veut communic[uer à la comtesse Malhildc ses projets et la prie de venir à Home. Très probablement vers la même époque, il écrit aussi à Gotlfricd de Lorraine qui lui promet de lui amener des secours. Enfin, ses projets apparaissent claire- ment dans la lettre qu'il adresse le 2 iévrier à Guillaume comte de Bourgogne, Regislrum, 1. I, n. 46 ; Mon. Gregor., p. G4-65. Il lui demande de préparer une armée pour défendre la liberté de l'Eglise romaine et le prie de communiquer ses intentions à Raimond de Saint-Gilles et à Amédée comte de Savoie, ainsi qu'à tous ceux qu'il saura être fidèles à l'Eglise; il ajoute que Béa triée, Mathilde et Gottfried de Lorraine s'occupent activement do ce projet. Il termine sa lettre en expliquant cpi'il ne rassemble pas cette multitude de soldats, pour répandre le sang chrétien, mais afin que ses ennemis effrayés par la vue de ses forces redoutent d'en venir aux mains et se soumettent à la justice. Il ajoute :« Nous espérons même que de « là naîtra peut-être un airtre avantage, à savoir que, les Normands étant pacifiés, « nous passions à Constant inople pour aider les chrétiens qui, affligés par les trop « fii'upientes attaques des Sarrasins, nous supplient instamment de leur porter « secours. « C'est là surtout le Imt ai!i|ui'l il tend, car contre les Normands, il a des troupes suffisantes. « Il ne me paraît })as qu'il y ait lieu de douter que le pape ait été amené à cette idée de croisade par ses négociations avec Constantinople. On ne saurait dire que cette idée n'a été que le rêve d'un instant. Tout nous montre au con- traire qu'il s'est agi là de quelque chose de très sérieux. Le 1'"'' mars, dans une lettre adressée à tous les fidèles, Grégoire VII invite le monde chrétien à le seconder dans son entreprise et à porter secours à Constantinojile, assaillie par les Barbares qui viennent, dans leurs incursions, ravager jusqu'aux environs immédiats de Byzance, Regislrum, 1. I, n. 49; Mon. Gregor., p. ()9. Les barbares dont parle Grégoire VII, ce sont les Petchénèques dont les attaques contre l'Empire sont alors constantes. Si l'on rapproche les lettres de Grégoire VII, relatives à la croisade, d'un renseignement que nous fournit Atlaliatès, on voit (pie les projets du pape furent pris très au sérieiix à Constantinople. En 1074, dit Attaliatès, on songea à diminuer les subsides que l'empire payait aux barbares, ce cjui faillit amener un soulèvement général, Hisloria, édit. Bekker, dans Corpus bijz., Bonn, 1853, p. 20'i-205. On ne saurait guère expliquer autrement que par l'espoir d'une intervention du pape, cette mesure que l'état de l'empire grec, 5G9. VASTE PLAN DE GREGOIRE VII 93 Guibeil de Uavennc ; puis la comtesse MalhiKIe, le prince Gisolfc lie Salerne et le marquis Azzon ^. Une lettre de Grégoire à l'évcque Guillaume de Pavie et une autre à Béatrice et à Matliilde nous apprennent (ju'ou ])orla une plainte au concile contre le marquis Azzon. Celui-ci a\ait épousé sa parente la sœur de l'évèque Guillaume ; il devait en répondre devant le concile. Mais il sollicita un délai et réclama un nouvel examen, auquel il })romettait di; se soumettre aussitôt (jue le })apc l'y inviterait. Grégoire invita donc, le 17 mars, les évcques de l'a\ic cl de Modène, au courant de la question, à se rendre à Rome aussitôt ({ue i)ossil)le avec le marquis Azzon -. Les lettres du pape pendant la durée du synode, peuvent nous scr\ il' pour reconstruire l'histoire de cette assemblée. Le L4 mars 1074, lettre à Arald, abbé de Saint-Sever (province ecclésiastique d'Auch). ([ui. nonobstant Tinvitation du légat Gérald d'Ostie, n'était pas venu exposer au synode ses prétentions sur l'église de Sainte-Marie. Le synode l'avait adjugée à Sainte-Croix de Bordeaux ; s'il avait des objections à faire à cette sentence, il devait se rendre à Rome avec l'abbé de Sainte-Croix, pour la fête de la Toussaint ^. Une autre lettre aux chanoines de Saint- Hilaire prouve qu'il s'était élevé, entre eux et les chanoines de la cathédrale de Poitiers, en 1074, autorisait difTicilement. Un i utre témoignage nous montre combien cette idée de croisade lut alors répandue. L'arclievcque de Salerne, dans une pièce de vers adressée au ircre de Gisolfe, Gui, lui dit : Quam cuperem passes poteris pulo Cœsar ut orheni Constanlinopolis siibdere régna tibi. Jamque va/c, sed ab Jtis i\bus desistere noli Evigilet studium grœca Irophxa tuum. Mais, avant toute chose, Grégoire VIT devait en linii- avec les Normands qui étaient le principal obstacle à la réalisation de son projet. Au mois de mars de l'année 1074, le synode, auciucl assistèrent Gisolfe prince de Salerne, Azzon marquis d'Esté, Matliilde, conilessc de Toscane, décida une grande expédition contre les comtes de Bagnorea et contre les Normands. » Le mois de juin fut fixé comme date de rassemblement de l'armée. Cf. F. Chalandon, Histoire de la domi- nation normande en Italie et en Sicile, t. i, p. 235-237. 1. .Jafîé, op. cit., p. 659 ; Watterich, Vitx pontif. rom., t. i, p. 312. 2. .Jidïé, op. c(7., p. 7G, 123 ; JMpiisi, o/;. cit., col. 105, 135 ; llardoiiiu, op. cit., col. 1239, 1270. 3. Il s'agit de Sainte-Marie à Soulac, Registriim, 1. I, n. 51 ; Mon.Gregor., p. 71 ; Hcg. pont, rom., n. 4828 ; Soulac, arrondissement de Lesparre, Gironde. (11. L.) 94 LIVRE XXXI un conflit qui fut soumis au concile. Les chanoines de la cathédrale prétendaient que, lorsqu'ils visitaient en procession le couvent de Saint- Hilaire, leur évêque, ou en son absence le doyen, avait le droit d'y célébrer l'oflice divin, droit que leur constestaient les chanoines du couvenl. Le synode porta une décision favorable [27] aux chanoines de la cathédrale, alléguant que cette pratique existait dans les processions romaines et presque partout ^. On i)ourrait conclure d'une lettre de Gréooire aux rois d'Ara9. Bien que postérieurs d'une vingtaine d'années, ils ont été rédigés dans le môme esprit, mais sur un ton plus modéré, ipir le réipiisitoire on forme de 1059. Le texte que l'on liouvcra ci-dessous doit rtrc très voisin de leur origine ; car notre mi'uuscrit a été transcrit du vivant d'Urbain 11, deuxième successeur de (Grégoire, entre les années 1095 et 1099. C'est ce i|ui résulte du contenu, el, en particulier, des cata- logues d'empereurs et de papes ajoutés à la Chronique d'Isidore et à la collection des Fausses décrétâtes. — Les premiers mots déjà fournissent matière à une observation très intéressante. On sait qu'on a parfois attribué à Grégoire VIT une réforme liturgi(]ue avec luic tendance marquée à abréger la tâche du service divin. Parmi les textes qu'on a fait valoir contre rcxistencc d'une semblable réforme, si peu dans le caractère d'Hildebrand, se trouve un décret que Bernold de Constance, dans son Micrologus, ch. liv, introduit par ces mots : Gregorius papa iii apostolica sede constitutus in hac causa laie slatulum promulgai'it. Gratien l'a pareillement fait entrer dans sa compilation, édit. Friedberg, t. i, p. 1415 sq., et ce, sous la rubrique : Ilein Gregorius VII in geiierali sinodo. Or, ce décret cité par Bernold et Gratien, sous le nom de Grégoire VII, n'est autre que le début de notre règlement pour les chanoines. D'ailleurs, dans le cod. Vatic. lat. 6'>9 ce règlement fait suite à un Ordo pœnit. quem Gregorius papa conslituit et à dix chapitres du concile romain de 1078. On voit donc qu'il n'y a pas place au doute touchant son origine ; tout au plus pourrait-on se demander dans lequel des conciles tenus par Grégoire il fut promulgué. Régula can gg un pp [Psalmodie nocturne : retour à Vajicien ordre romain] In die resurrectionis usque in sabbatum ejusdeni ebdomade : très psalmos tantum ad nocturnes, tresque Icctiones antiquo more cantamus et legimus. Omnibus aliis diebus per totum annum, si festivitas est, viiii psalmos et novem Icctiones dicimus. Aliis autem diebus xii psalmos et très lec. recitamus. In diebus autem dominicis decem et novem p. excepto die pasch;e et pentccostcn et novem lec. celebramus. Illi autem ^ qui in diebus cotidianis, très p. et très lec. videntur agere, non ex régula sanctorum patrum sed ex fastidio et ncglcgentia compro- baiilur faccre. Romani aiilcni divcrso modo agere ceperunt. maxime a tcmpore (pio Icutonicis concessum est regimen nostra? ecclesiœ -. Nos autem et ordinem 1. Allusion à l'usage conservé à Saint-Nicolas de Bari ; il n'y a pour les matines que trois psaumes et trois leçons. 2. Gratien met ces deux mots après antiquuni niurem, ce qui olïre un sens plus satisfaisant. i)G LIVRE XXXI romamiiu cl anliciiiiim inorpiu iiivestij^aiitcs slafiiinius litri iiosli'îc EccIcsi.Tî sicul sujjcrius pra'nolaviimi.s aiilif|Uos iinilaiites patres. Jeûner cl (ibaliiicnccs duniiil le cuiws de l'iiniiée. In piimis a pasca iisquc ad iliom oi'laviiivi ([uoiiiain rcsponsoriiiiu II. dies quoin l'ccit d. iii his j»igiU'r dci'aiilaliir, caniiluis vcsci liciluin lialjt'tur. sola vi t'eria cxchisa. ()\ù aulcm religionis jiralia iv l'cria clsabbalo se a carne abstinerc delec- lal iiulla [lasialls (ciisuia ludliilicl . l'osloclo auleni dies usipio ad j)enlccostcn, secunda- iir et \ l'r edcrc carnem eanoniea aiielorilas non vctat. Qnai'la vero et VII fr sagiininc nsiis fratcrnus uliLur. SexLa eiiim ab his omni Icmpore est abslinendum. Ini'ra hos anlcni dies conlinenlnr Jelaiiiai ;j;retroriana! '. et vig. apostoloruin et terniinns i'Oi;a(. cuiii wi. prnlecostes in (piil)iis oiniiilnis ab omiii polu (pio ineliriari ])olesL cuslodieiidinn esl. Ab ipso cnini die pcntecost. nscjne ad diein oclavnni i(a vivendi rcgularis usns hal)ctur, qucniadinodum in octo pra'dicti paschaï dieluis. Aliqnotics avitcm - dies fpuittuor teinporuni infra hos dies eoneliidunliu', in qnibiis sohi earnc et sagimine est abstinen- dmn et usque ad nonani est ieinnandnin. Transaclis vero prœdictis pascahbus diebns alj ipsa oet pente quadragesinia ^ est cuslodienda. De qua diversi divcrsa senliunt. Alii hos dies usqne ad i'cstivi- latem saneti Johannis abstinendos eensuerunt. Qviidam vero semper xl'^'' dies in abstinentia statucrunl. (piomodo pascahs terminus ant eievetur, aiit depri- malur. Qnos vero rcgnkiris aucloritas secpu^ns xl'-'- dieruni niimernni enslodit in hune modum a carne abstinendo se usque ad testivit. saneti Johannis. Sagimine vero tribus diebns utitur. Sed vi*''' feria in his xl*^ diebus omnino est abslmciida. Quando vero xl™''^ ultra festivit. saneti Johannis cxlendilur, edcre carnem in dominieis diebus et in nataUeiis apostolorum nuUus rcgularis usus prohibet. Finilis namque his quadraginta diebus, postea usque ad festivitatem saneti Martini lyO"" pra?dictis diebus in ebdomada scilicet dominica, ix, m et v fr mandu- care carnem solitns usns concedit. Quarta et vi t'r a carne omnino est abstinenda et sagimine cui placct utenda. Scxta aulem fr ab idibus septemb. praîdictum terminum S. Martini, ieiunandum est usqne ad nonam. In vigiliis autem et quattuor temporibus cpue intra lios dies eveniunt omnium xpianorum debitus usus ieiunandi custodiatur. A transitu S. Martini usque ad nativilalem Domini, omncs dies usque ad nonam sunt ieiunandi, exceplis diebus dominieis, in feslis in quibus celebrantur viiii lec. Carne et sajïimine omnino cuncti sunt abslinendi. In his etenim xl ^o' 1. La lilanic majeure du 25 avril, appelée quelquefois gre^'orjV/i/iC, sans doute j)ar confusion avec la litanie spéciale prescrite ])ar saint Grégoire le Grand au début de son pontificat. Notre procession de Saint-Marc est, comme on sait, de Ijcancoup antérieure à Grégoire I''' ; c'est, avec les (^ualrc-Temps, l'une des institutions liturgiques de Rome qui remontent à la plus haute antiquité. 2. Grégoire YII n'avait donc pas encore porté le décret dont parle le Microloguc, ch. XXV, en vertu duquel les Quatre-Temps d'été furent délinitivcment lixés à la semaine de la Pentecôte, toujours en conformité avec l'Ordre Romain tradi- tionnel. 3. Il s'agit ici du carême après la Pentecôte dont parle le Microloguc, ch. xxv, et qui correspondait au « Jeûne des saints Apôtres " des Orientaux. 569. VASTE PLAN DE Ci lUCGOllî K \II 1*7 dicbus VI fr solo pane cl ;>(iua niai ur. Quarta autom fcria jnoj) 1er fri;j:oris aspeii- latcni quibiis vohiiilas ioiii|)laevieril lierl)arvnu el vini largilas eonceclilnr. Sccunda nanique fr viiio iiikxiih^ piilnieiilo euslodilui'. Prteterca un'"' lenijiora et vig maxime nalalis d. (.\uiv in his dichns contincnlnr usns ennelornin onuiiuni débita veneiatiouc ieiunii custodit cl cxcolit. Idem vero modus (pii in oclodiebns paselia^ supciius comniemoratus est et in ocio diebns nalalis d. cuslodilnr. el qneniadniodum supra ab oelavo die pasehaMisque ad oetavum diem pcntec reficiendnm esse diximus. ila etab oelavo die natalis usquc ad oetavum thcophania' vivendnm fore regularis conecdit moderalio. prtetcr theophaniai vig. ^ cjua' debilo est excolenda jeiunio. ab ipso enim oelavo die epiph. usque ad septuag. dominica, secunda, lertia et qviinla fcria carnibus iili coneedilur. Cieteii vero dies sieut in estivo temporc teneantur. Decursis aulem supradictis et diebus posl hos a septuag. usque ad quincjuagesimam carnibus et sagimine coininiinaii oninis vrluil relisio" sel tanien ovis el easea indulget. (biarta autem et mi fr usque ad nonain ieiunio est vcneraiida. \ inu tanien et pul- inenlariis pro viribus ulcnda esl. A quinquagesima usque ad resurrccliouis tl. tpioniani diessunt peu. dies reinis- sionis. dies deeimarum a regulaiibus ailius ae juulius Iriduanis ae bitlua- iiis quam plurimis vig. ieiuniis et diulurnis orationibus sunt perseverandi. Sed quoniam omnes equaliter omnia non possunt" abstinendum fore usque ad vesj). regularis usus exposeit. In vi autem et un fr semper solo pane et aquarefiei. Secunda vero absque pulmentis vino et crudis herbis partius uti. In parasceven aulem et sabbato saneto ieiunium eelebrari omni excusalione procul remota sanctorum patrum scilicet Silvestri et Innoeentii decrevit puctoritas. Quoniam lii ambo dies a;quanimiter tristitiam apostolis vel his qui xpum sunt secuti iiidixerunl el si vi fr propter passionem ieiunamus" sabbalum ieiunio privandum est" quoniam in trislitia parasceven et lœtitia sancla) resurrectionis inclusum esse videtur.De qua enim celebratione ieiunii per totum anni circulum' borum duorum ymaginem per abstinentiam frequentamus. Et si omnis dies dominicus pro saiiclte resurrectionis dignilatc colendus esl onanis ilaque vi et vu fr pro passionis et sepulturic reverenlia* ea'leris cbdoniadîc diebus in resurreclione cotequanda non est. Ilis etenim usus vivendi regularibus canonicis per circulum anni est custo- diendus" el poslquam hune semel promittit, non est sine gravi peccato deserendus quia scriptum esl. Melius est non voverc quam posl volum est non reddere. Est tamen vita eanonicorum in arbilrio pra'posilorum conslituta. Quos enim videt aut infirmilate deprinii \ el îetate gravari, seu puerita delineri' pra-dictus abslinen- tia; usus patcnia discrelioue corroboratus sul)Ie\at el absohil. Silence, s'ic commune. Descriptis igilur regidarium eanonicorum usibus et per totum anni circulum rite Iraiisactis quoi noclis tliei lioris" silenlii lacilurnilas cuslodicnda sil expli- canda [sic) dignuni tore ^id(•lnl■. Al liera vero oialionis in ipso cn'jjusculo noclis usque ad venturi dici capituliini suninio studio silentium esl custodiendum. In ecclesia nisi forte propter ecclesiastici ofTicii utililalem non corrumpalur. In dormitorio aulem, in refectorio, in clauslro, el in capilulo similiter. In quibus 1. Ce jeûne de la vigile de 1 ï'!j)iphanie, a disparu complètement de l'usage occidental ; il esl luentioinié dans un Ovdo romunus, cf. Marlèiie, Anccdula, t. v, CONGlLliS - V - 7 98 LlNllK XXVI étaient ;:lnrs revenus cl avalcnl fait le rii]i|)(tif réclamé par Grégoire sur le concile tenu en Espagne ^. On voit, par une Ici Ire du pa})e à (juillaurne, comte lamcn post soliilic.iuMii ca|>ituli ex ( onimuni [nolcclo aniiiKc cl corporls. et, ulilitate ccdesiic disputaiMliiin est. Victiis auloni et vcstitus anjuauimilei' accipiant' et de conuniiiii loco cpii conunuuia est omnibus. In doiiuilorio oninos onini tcmpore siniul dorniianl. singuli pcr singula slrala. kicerna in incdio radiante. A pasca domlni iisquc ad cxaltationcni crucis dormitionena exercere in die debitus usus non abncgat. In icleotorio onuies eunclo temporc competenti hora ad reficicudum accédant, et cun^ silenlio apposita percipiant. Intcr quos etiam Icct. spiritalis mentibus omniutu iugiter recitcliu". Propiias autein ros non liccat haljcrc ncc possideic. sioiil etiani nec propiiani voluntatcni. ipsa vcrilate proliibente ciiuu dicit : Non veni faccrc volunlaleni nieam sed eius (|ui niisil me. l uiini csl ([uud valib' esl in legulaiibns canoiiicis detestabile. soins ad alli|uiiH ncque die ncque iiocte procedcre locum, etenim absque sui pra^positi lioentia valde est priecavonduni. Quando aulem pro conimuni utilitato ad obedienliam progrcditur salis supcrque est custodiendum si ad projM'iani cellain regrcdi potest. hospitinm ejiis sive prandium non fiât in bis doniibus ubi aoccssio îuerit fœminaiiini. nisi insia fucrit prœpeditus iiecossitale. etlioccnni idoneis testibus agatiir. Ca'terum vestinicuta canonicorum niaxima sinil diligenlia custodienda. ne quid inhonestiirn' vel dcformc scu diversis coloribus rcspcrsum iiivcniatnr. (Iiaid des Jnjmueti, lavement des pieds. Yninos in ecclesia per lolnin aimuni. per onincs horas diei et noelis regularis décantât auctoritas' solis tribus diebus in anno exchisis lioc esl cena d. parasce- ^en. et sabl)ato sancto. Insnpcr etiam ab omnibus regnlaribus canoaicis mandalum esl custodieuduni. cl nullo tenqiore j)ra'termil(endum nisi a pasca usque ad oct penlccosf el a natale dni uscjiie ad oct ejjiph. quod inxla ))ra'ce|)luni salvaloris esl agendura. el a cena d. inchoanduni. Postca vero j'Cgularis conccssil orib» ut lia'c pcduni lavandi célébra tio" divinilus apostolis et ab liis nobis collecta per annorum sabbata omnia' Iratrum revereiitia peragatur. Anlea cnim cpiam mandatum sabbati célèbre tur tpr eundum est ad liospilalia et duo fratrcs vicissim de con- gregationc cum illo cui cura hospitii ccmmissa esl bospilum pedes iuxta domini- cum prœceptum abluant linteisquc exlcrgant. ILtc sunl igitur trs kmi qua-i de vita canonicorum et usu observatione [sic] de multis pauca deccrpsimus. a quibus tamen si cum dilcctiono dei et proxinii. rite custodiantur et cautius obscrvantur vitam conscqui possunt sempiternam, EXPL DECRETA ET lU.GUr.A GC IIII PP. 1. Voir plus liant et II. Fiorez, Espana sagrada, t. m, p. oO'i-SlS ; Legacias y juedios por quieiies se inlenln ht itiutncioii de l'Oficio en Castilla y Léon. Quejas de Espana en Roniu, contra cl Cardenal (Jiraldo. .issislen obispos de Espana en el concilia Romano de 1074. Caria de S. Gregorio VII sobre la muCacion dcl Rezo. Duclo y ano en que el Romano se inlrodujo en Castilla. La Rcyna Dona Constanza no influgo en esta primera introduccion. Ario de la cnirada de esta Princcsa en Espana, y de la primera legacia dcl Cardenal Ricardo. (K. L.) 569. VASTE PLAN DE GKKGOIRE VII 09 de Die ^, et par la Chronique de Hugues de Flavigny -, que pendant ce concile, c'est-à-dire le 1(3 mars lOV-'i, le pape Grégoire sacra Hugues, (pii Nenait d'(Mre élu évèque tir Die (près de Vienne), et le nomma son légat en France jiour faire exécuter le décret contre la simonie -K Le même chroniqueur nous a con- servé une circulaire du pape aux é\èques français, leur rappe- lant la levée de l'impôt (fu'ils oui à payer à la chambre pon- tificale. Les nouveaux décrets devaient être annoncés dans les autres provinces et royaumes, comme ré\'è({ue de Die devait le faire en France, et Lamberl de lleisfeld nous assure, en ])arti- culier, que le pap(; envoya aux é\ r([ues d'Allemagne, de nombreuses lettres pour les engager « à briseï- par un ana- thème éternel les rapporis des clercs avec des femmes ^. » En même temps, le pape envoya en Allemagne l'ambassade 1. Regislruin, I. I, u. G'J ; Moiiunt. Gregor., p. 87 ; Rege.sla, u. '*S'iS. (H. L.) 2. Maiisi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 112; Haidouin, op. cit., t. vi. part. 1, col. 1247 ; Mon. Germ. hist., Script., t. viii, p. 412; Jafîé, Motiiun. Gregor., p. 526. 3. « Depuis son avènement au siège de saint Pierre, éciit Luchaire, Les premiers Capétiens, p. 211, Grégoire VII ne parut plus en France, mais il fut présent par ses lettres, ses décrets, ses conciles, ses moines, et surtout par ses légats. Ces pei^sonnages investis d'un pouvoir discrétionnaire, ont tenu leur rôle avec une conviction, une vigueur, une rapidité de mouvement, un mépris du danger Lieu faits pour intimider les adversaires et surprendre les indilïérents. Presque tous étaient doriirinc monastique, clunistes ou imprégnés de l'esprit clunisien, cardinaux en service détaché, ou pourvus en France d'un siège épiscopal ou d'une légation permanente : Pierre Damien, Hugues de Die, Amat d Oloron, Lambert d'Arras, Matthieu d Albano, Conon de Préneste. » Hugues, un des plus énergiques parmi ces hommes d'énergie à outrance, élu évêque de Die 19 oct. 1073; sacré à Rome 9 mars 1074 ; archevêque de Lyon en 1082, meurt à Suze le 7 oct. 1106 ; D. Brial, dans Recueil des hist. de la France, 1806, t. xiv, p. cxi, 776-777 ; Ceillier, Ilist. des auteurs etclés., 1757, t. xxi, p. 243-254 ; 2^ édit., t. xiii, p. 589-595; .T. Chevalier, Recherches historiques sur Hugues, é<^'èque de Die, légat du pape saint Grégoire VU, in-8, Montélimar; 1880, Colonia; Histoire de Lyon, 1730, t. ii, p. 196-198, 203-229: Ch. Fierville, dans .Xotices et extraits des manuscrits, 1884, t. XXXI, part. 1. p. 121, l'i 1-143 ; B. llauréau, dans yourelle biographie générale, 1858, 1. XXV, p. 429-432 ; Rivet, Histoire littéraire de la France, 1750, t. ix, p. 301-328 ; F. Liebermann, dans Hijitorische Au/scitze G. W'ailz gcA'uiniel, 1886, p. 156-203 ; \V. Meus, Zur Légation des Bischof s Hugo von Die unler Gregor \ II, in-8, Greifswald, 1887; Cypr. Perrossier, dans le Bull. soc. arch. de la Drônie, 1882. t. XVI, p. 69-79, 137-145, 241-256 : Roches, Biogr. Dmphinù, p. ISjS, ( i, p. 443. (H. L.) 4. Lambert, Annales, dans Monum. Germ. hist., Scrijif.- t. v, p. 218. 100 LIVRE XXXI annoncée l'auncc précédenLe, (jui dixail réconcilier Itenriavec les Saxons, s'occuper des alîaires politiques cl ecclésiastiques de l'empire et publier partout les ordonnances du récent concile ^. Sur la demande de Grégoire, l'inipératrice-mère Agnès s'était rendue en Allemagne avec les légats, afin (rins])irer à son [--oj fds de I)ons sentimenis. ("rhii-ci ([uilla Bamherg où il avait cé- lébré la fcle de P;u[ues cl, accompagné des archevêques de Mayence et de Brème, et de plusieurs autres évéques, vint au devant de sa mère et des légats jusqu'à Nuremberg, où il leur fit une réception amicale et honorable. Apres a\()ir renouvelé en leur présence l'aveu de sa faute et s'être engagé à tourner tous ses efTorIs contre la simonie, il fut de nouveau admis à la communion de l'Eglise. Les conseillers du roi jurcrenl également de rendre les biens des églises acquis par simonie et furent alors relevés de rexcommunication prononcée contre eux-'. Les légats ilemandcrent ensuite, au nom du pape, la i)ermission de tenir des synodes en Allemagne, pour faire exécuter les nouveaux décrets contre la simonie et le concubinage*. Le roi y 1. Marianus Scotus rapporte ceci : Unde et de prsedicta synodo legati Papœ missi ad Heiiricum regem Romanorum, id est duo episcopi (les cardinaux-évêques) Gérait! d'Oslie et Huinbert de Palestrina) ciim rcgina, régis ejusdein matre, ut et uulversali synodo coram rege, communi omnium episcoporum inlerdictu, jeininas scpararenl a dericis et maxime a preshyteris ; Monum. Germ. fiist., Script., t. v, p. 561. Cette ambassade se composait ofTiciellement de Gérald et d'Humbert, mais surtout de l'impératrice douairière Agnès escortée de ses conseillers de confiance Raiiiald, évoque de Côme et Henri évèquc de Coire. Bonitho. Liber adamicum, 1. VII, dans Monum. Gregor., p. 657 ; Bcrthold, ad ann. 107'î, dans Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 277 ; Lambert de Hersfeld, Annales, ad ann. 1074, dans Mon. Germ. hist., Script., I. v, p. 215 ; Bernold, Chron., ad ann. 1074, dans, Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 430 ; Marianus Scotlus, ad ann. 1074, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 561. Quanta Rainald et Henri, ils n'étaient pas légats ; le témoignage de Grégoire VII est formel ; Paul de Beruried, V ila Gre- gorii, dans Watterich, Pontif. ronuin. vitw, t. i, p. 519. (H. L.) 2. Agnès et les légats arrivèrent le 20 avril 1074 à Nuremberg ol rel'usèrent de pousser jusqu'à Banibcrg dont l'évèque Hermann passait poiu'simoniaque. (H. L.) 3. J'ai adopté le récit de Bernold, Script., t. v, p. 430, qui en cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, me paraît plus digne de foi que Lambert cl Boiiilho. \jc sci'oiiil concile du carême lonu en 1075, où les conseillers du roi furent de nouveau {ilcrum) excommuniés, prouve (juc ces conseillers avaient été relevés de l'cxconununicatioii. Script., t. v, p. 277. 4. Lambert, Annu, ad ann. 1074 : Petierunt (legati) ver bis ronuini pontijicis ut sinodum tencre intra Gallias pace episcoporum sinercnlur. Vehenienler hoc (ilinneru)il uiinies episcopi. (II. L.) 5GM. VASIE PLAN DK (; Il l'.GOl RK Vil 101 consentit, dans Tesiioir cpie certains évèques, ])armi ceux qui lui étaientle ]ilus opposéset (pii. comme l'évêciue de Worms par exem- ple, étaient du côté des Saxons, seraient déposés^. ^lais les légats rencontrèrent une résistance violente et inattendue de la part {\c répiscoi>at allemand ; aussi cherchèrent -ils à gagner les deux archevêques de Mayence et de Brème. Mais ceux-ci s'entendirent avec leurs confrères j)résents cl. eu leur nom. Liémar de Brème déclara qu'à défaut du pape, rarclicvè((uc de Mayence, étant légat perpétuel, avait seul le droit de tenir en Germanie des conciles généraux. Le concile projeté ne put donc avoir lieu et les légats retournèrent à Rome comblés de présents par le roi, après avoir cité à comparaître à Rome pour la fête de Saint- André (30 novembre), Liémar, chef de l'opposition '^. [-^J Beaucoup de clercs furent surtout irrités de la décision du concile relative au célibat, et Lambert de Hersfeld rapporte que beaucoup d'entre eux tenaient le pape pour hérétique, puisqu'il oubliait ces paroles du Christ : « Tous ne comprennent pas cela ^, » et celles de l'Apôtre : « Celui qui ne peut résister, peut se marier 4.)) «11 voulait forcer les hommes à vivre comme des anges, et, en s'opposant ainsi aux lois ordinaires de la nature, il ne favorisait que la débauche. S'il persistait dans son sentiment, ils aimeraient mieux abandonner le sacerdoce que le mariage, et ils verraient alors si les anges viendraient remplir les fonctions ecclésiastiques ^. » 1. Id., Siquidetti inteiulerat Romanuft pontifeT ut omnes epivropo.»} et abbnles, qui sarros ^ifiilus precio redemis.'if'iil. disrussio)ir liahila. depowerel ; jamque liac de causa Banibe)ge)isem epixcopum et nlio.s uoiinuUos ah onuii dicinn offirio suspenderat, donec coram venientes iiicestum sibi crimeu h^ereseos digna satisfactione purgarent. Et rex quidem cupide i'olebat odio Wormncicusis episcopi et quorutndam aliorum qui euin bello Sa.ronico offenderant: quos hac calumpuia iiivoh'eudofi et dignitatis siuv d( - Irimenta passuros, spe certissima pra'sump.serat. Sed quia per Icgatos res tanta coufici passe despernbatur, consulta iu aiuJieu'iuni ipsius romani pontificis dilata est. (H. L.) 2. Mon. Germ. Iiist., Script., t. v, p. 215 ; Registruin, I. Il, n. ii8 ; Sudendorf a publié dans son Registrum, t. i, p. 8, n. 5, une importante lettre de Liémar de Brème sur cet incident; G. Schrôder, De Liemaro Hammaburgensi archiepis- copo et de legatione eccles. llammaburg. ad populos septentr., dissert, inaug., in-8, Hal;e. 18G0 ; Dehio, Gescliichle des KrzbistJiunis llainhurg-Breinen. l. n. p. 1 sq. ; Bippen, dans Allgemeine deutsche Biographie, t. xviii. p. 628-631 ; A. Hancl;, Kirchengeschichte Deutschlands, in-8, Leipzig, lyOG, t. iv, p. 775. (H. L.) ;{. Malth., IX, 11. 4. 1 Cor.. VII, 9. 5. Lambert, Anncdes, dans Mon. Gertu. hixt.. Script., t. v, p. 218 ; hominein 102 LIVRI! XXXI Sigebert de Gembloiix, du rostp mal disposé pour Grégoire, nous peint sous dos couleurs encore plus vives le mécontente- ment des aiUcrsaires du céllhal ecclésiastique : « Beaucoup, dit-il, voient dans la défense d'assister à la messe d'un prêtre marié une contradiction manifeste avec la doctrine des Pères, qui croient ((ue l'efTicacité des sacrements, par exemple du baptême, du chrême et du corps et du sang du Christ (Sigebert se contente d'énumérer ces trois sacrements), est indépendante de la dignité du ministre ^. Il est résulté de là un grand scandale, et on peut dire que jamais, ]ias même à ré]K)que des hérésies, l'Église n'a été divisée par un pbis grand schisme. Les uns n'abandonnent pas la simonie, les autres déguisent leur avarice sous un nom moins odieux ; ce qu'ils se vantent d'avoir donné gratuitement, ils l'ont en réalité vendu, tout en ]>renant de grands airs de libé- ralité. Un petit nombre seulement garde la continence. Quelques- uns, par avarice ou par orgueil, simulent la chasteté, mais beaucoup ajoutent à leur débauches les faux serments et l'adultère. Les laïques tirent de là occasion pour s'élever contre l'état ecclésias- tique et se délivrer de l'obéissance due à l'Eglise. Ils profanent les saints mystères, administrent eux-mêmes le baptême, pour lequel ils se servent de cire des oreilles au lieu des saintes huiles et du chrême. Ils refusent, au lit de mort, le saint viatique de la part des prêtres mariés et défendent d'être enterrés par eux. Quelques-uns sont même allés jusqu'à fouler aux pieds les hosties et à répandre le ])ié(ieux sang consacré par des prêtres ï?,0] mariés-.)) Est-il uéccssaiio i]o faij'c observer rpie Sigebert exagère, phinr liirri'tinim ri vr^aiii flof^Dintlft p^ftp dirmlps, qui oliUlua KPvmnnisDomiui quo ail : '( Aoii nniiics rapimit lior \'P)liiitti, qui jiolrsf raprrp rnpial, » pt Apostohis : « Meliusesl }}iihprp qiiain ï/c/o, violptila exaclionp honiinps i'ii'ere cogerpi rihi nngp- loriim; ...nmllp sp nacprdotium qitnm ponjiigiiim dpsprprp. (H. L.) 1. Guido de IVrvarc attaqua aussi ptus tard lo papo pour ce mn{'i\. Moniiin. Germ. Iiisl., ScripL, t. xii, p. 172. 2. Mon. Gprrn. fiisl., Scripl.. (. vi, p. 362. Sur ce personnage : U. Berlière, Les dprniers travaux sur Sigebert de Gcrnbloux, dans Rp%>ue bénédictine, \S93, t. x, p. 2'il-245 ; L. R. Bcthmann, Dp Sigpbprto Gpmblacensi clirouogrnpho, dans Mon. Germ. hist.. Script., 18'i/l, t. vr, p. 268-29'J, 8'i 1-842 ; A. r.auchic, La que- relle des inrpstilurps dans les diocèses de Liège et de Cambrai. 1890, p. G7 sq. ; S. Hirsch, Commenlatio historico-litteraria de Sigiberli riionnchi Gemblacensis vita et scriptis, in-8, Berolini, 1841 ; Iluygpiis, Sur la valeur de la chronique historique dr Sigebert de Mnns. in-8, Gand, 1889 ; Manitius, dans Npv.ps Archiv, 1887, l. xTi, p. r)91-ri0r. ; i. mu, p. 2n9-21'i; Roux. iXoticp sh;- un pn.<;sngp remarqiiable 570: CONTII-KS A ROME, A EHFinT, ETC. 103 sa dernière phrase le prouve assez, et en particulier cette mention de la rire des oreilles ^. Il est insensé de comparer à l'hérésie donatisie la défense portée par Grégoire d'assister à la messe d'un eoneubinaire, Grégoire n'a jamais dit (jue les concubinaires ou simoniaques ne pussent consacrer validemenl " ; sa défense est purement disciplinaire : il veut obliger les clercs à faire ce qu'ils auraient dû prali<[uer par amour de Dieu. 510. Conciles à Rome,àErfart et à Passau dans l'automne de i074. Malgré la pureté de ses intentions, Grégoire dut faire de si cruelles expériences qu'il n'y a rien de surprenant si, dans l'automne de 1074, il salua comme une délivrance une grave maladie qui lui survint, et s'il déplora comme un malheur son retour inespéré à la vie^. Mais quoique malade, aiïaildi et âgé, (le la chronique de Sigeberl de Cemhloux, relatij à Vaitlorilé prétendue par les papes sur les couronnes des rois, dans Nouveaux mém. de l'Acad. de Bruxelles, 1827, t. IV, p. 461-483 ; W. Wattembach, Deutsclilands Geschichlsquellen, 1874, t. ii, p. 110-117 ; Allgemeine deuische Biographie, t. xxxiv, p. 2'iG-247. (H. L.) 1. Ne le prouve nullement ? Il tant compter aA^ec les exaltes et les i"anatiqu<-s ; quniil aux ignorants, nous sommes en plein moyen-âge, c'est tout «lire. (H. t..) 2. .lalîé, Moniim. Gregoriana. p. 524. (II. L.) .'). Les inten lions étaient pures, mais le geste brusque et le langage parfois brûlai. A Rome, le pape trouvait, on le ernira sans peine avec ce qu'on a lu des anciens ponlificals, de quoi exercer la réiorme et se faire la main. Il niit en denieiire les prèlres de pratiquer la vie conunnne suivant les prescriptions cano- niques ou de rentier dans la vie laùpie. Plusieurs préférèrent ce dernier parti. Boniibo, Liber ad nmicuni, 1. YII. dans Jalïé, Mouum. r/rp^or., p. 6G0. La basi- lic[ue de Saint-Pierre, jour et nuit, était un lieu d'infamie. Le personnel infime, les « rats d'Église » rasés, glabres et dignes, mître en tête, se donnaient peur évêques et cardinaux aux pèlerins qui sollicitaient des prières, une recomman- dation, grassement payées à ces malandrins. Le jour, ils trompaient; la nuit venue ^ ils volaient à Taise, détroussaient, violaient les femmes et pis que cela, Bonitho, Liber, dans Mon. Gregor., p. GGO, GGl. Grégoire VII chassa tout le personnel sans exception. Des cardinaux venaient dire leur messe avant l'aube du jour afin de tovirlier des honoraii'cs plus élevés, on leur intordit l'autel. Le reste était à l'avenant. Tout ce personnel taré ne se laissait pas évincer sans protestation et surtout sans la plus efticace des protestations, la résistance. Pour un caractère de la trempe de Grégoire, c'était plutôt une humiliation qu'im déboire. Il était homme à faire bon marché d'une lésislance. d'où (prclle ^ int. Mais pendant 104 i.iviîi: XX NI il no se laissa, remar(iiic Lainhcrl, ni riuouvoiT ni (''ji;arer par les criailleries et les mensonges ; il exliorla el, pressa sans relâche les évêqnes à i'cni])lir leur devoir. Ce lui ])robablement ])ouî' le icui- ra|)|)('l('r (|ue, le 'M) novembre 1074, (fête de saint. André) ainsi (juc nous l'avons dit, il linl le synode loinain auquel avait été ci lé Ijiémar archevêque de Brème. L'évèque de Poitiers devait également y comparaîlre et justifier sa conduite dans l'affaire du mariage du comte Guillaume, à <[ni il avait défendu de se séparer de sa femme, (\\\[ élail sa parente. Une lettre du pape à Cunibert, évéque de Turin, nous a])prend que ce synode se tint en effet le jour de la fcle de saint André ; le pape reproche à cet évéque de ne s'y être pas rendu, (juoicju'invité ^. Nous n'avons pas d'autres détails à ce sujet "'. Parmi les évêqnes allemands, Siegfried archevêque de Mayence'^, [31] jugea plus prudent de ne faire exécuter que peu à peu les décrets du pa})e. Il assigna à ses clercs un délai de six mois les exhortant à faire dès lors volontairement ce qu'il leur faudrait ensuite faire de force, et les priant de lui éviter, ainsi qu'au cette première année de pontificat, Grégoire, qui ne se ménageait jamais, s'était véritablement surmené. A lire son Re juin au 28 août (ilili^c le pa|)e à déposer la pliiinc. ()n |>t•ul(l('^ incr le coiihM^-li'iups (]iii, s'ajoutaul à laiit d'autres, terrassa un monu'iit cette fougueuse nature. Le 12 juin, le pape était à Montecimino, près de Viterbe, où s'opérait la concentration des troupes destinées à l'expédition contre les Normands, Registruin, 1. I, n. 8'»; Mon. (iregor., p. 105; jRcfi. poitt. mm., ii. ASTi; sur la date de cette lettre que Diitizcliuanu, dans Vorsc1iune d(''j)lore sou retour à la santé est celle du Rei!,isliinu. 1. Il, n. 9; Mon. dieiior. y. 122; Reg. pont, rom., p. /i882 ; O. l^elarc, o/). ril., t. m, p. 10!. (11. L.) 1. RegistiHni. I. II. n. 33; Mo/t. é qu'il conduirait certainement à une ruine éternelle, car, d'après l'Ecriture, le pécheur n'est pas seul châtié, mais encore celui qui lolèrc le péché. — N'ayant pii obtenir l'assentiment de son cleroé^ mais voyant les préparatifs d'une révolle où sa propre vie serait menacée, il n'insista pas et délibéra en secret avec des hommes sûrs et bien intentionnés. Néanmoins, le jour de la fcte de saint Etienne, (20 décembre 1074), principal patron de l'éolise de Passau, Altmann monta en chaire, hit en présence de tout le peuple les ordres du pape, et défendit aux chanoines et aux prêtres, sous les plus sévères menaces, de continuer la vie conjugale. Aussitôt, tous les clercs se jetèrent sur lui avec une telle furie, qu'ils l'auraient mis en pièces, si les nobles et les gens de l'évêque ne l'avaient pro- tégé. On ne sait ce que fit ensuite Altmann })our remettre en honneur le célibal ecclésiastique, mais le calme et le courage avec lesquels il su]iporla les violences et les brutalités de ses clercs, mettent en relief son caractère et expliquenl la confiance (|ue le pape lui témoigna par la suite '-. 1. Vila Altmnnni, dans Mon. Cerin. hist., Srripl.. t. xti. p. 226 sq.; Aria sanri. août, t. H, p. ^îGfi ; Th. ^Yieclc^nann, Altmann i'on Pasacnt, iu-S, Aiip:sl)urg, 185t ; Stiiltz, Das Leben des Bischo/s Altmann, Wien, 1853, Linsonmayer, Zur Erin- nerung an Bischof Altmann pon Passau, 1891 ; P. L., t. clxviii, col. 878 ; O. Delarc, Saint Grégoire VII et la réjorme au xi'' siècle, t. m, p. 83-8'j. Sur CCS synodes si caractéristiques au point de vue de l'épiscopat allemand, une mention insuflisante dans A. Ilanck, Kirchengeschichte Deutschlands, 1906, t. iir, p. 780-781. Ce dernier ouvrage est indispensable à consulter pour prendre une idée générale de celte période si inextricablement embrouillée du moyen-âge ecclé- siastique allemand. On trouvera un utile résumé dans H. M. Hemmer, Chro- nique d'histoire ecclésiastique, dans Revue (Thist.et de litt. religieuses, 1898, t. m, p. 71-80. (H. L.) 2. Hait'licim, Condl, (ierni., I. iii, p. 17.1, 176. T. a supposition de ilcux synodes 571. CONCILES A PARIS. A ROUEN ET A REIMS 107 571. Conciles à Paris, à Rouen et à Reims, en 1074. Le concile tenu à Paris, en 107'i, fut marqué par les mêmes démonstrations violentes que les synodes d'Erfurt et de Passau. Dès l'avènement de Grégoire VII, Philippe I^r^ roi de France, [33] lui avait écrit pour protester de son attachement au Saint- Siège et de son ohéissance -. Dans sa réponse hautaine (13 avril 1074) Grégoire dit an roi que, « s'il ;i\ail }»arlé sérieu- sement, il devait avant lout dédommager l'église de Beauvais des pertes qu'elle avait eu à subir : puis se souvenir que, si ses prédécesseurs avaient joui sur le trône d'une si grande gloire, c'est qu'ils avaient toujours été les défenseurs de l'Eglise. Ils avaient joint à la vertu, l'honneur et la puissance. Le devoir du pape était de lui inculquer ces vérités, même avec rigueur, s'il était nécessaire -. » Mais l'encyclique du pape adressée le 10 septembre 1074 à l'épiscopat français montre que le roi n'avait guère écouté ces conseils, Grégoire s'y plaint de la dépra- vation des mœurs en France, dépravation dont « le roi est la principale cause, car il gouverne plutôt en tyran qu'en roi. Souillé de sacrilèges, il a donné le mauvais exemple à ses peuples. Non content d'être spoliateur des églises, adultère et parjure, il a naguère dépouillé des marchands étrangers, comme l'eût fait un voleur de grands chemins. Les évoques ne devaient pas garder le silence, car le prophète dit : « Mau- dit soit celui qui retient son glaive pour ne pas verser le de Passau sur la question du célibat est inadmissible. [Si à Ert'urt et à Passau les évêques avaient fait preuve de bonne volonté, il n'en fut pas de mênae partout : Otton de Constance tolérait et encourageait alors même le mariage do ses prêtres. Epislolœ colleclœ, n. 9, édit. Jafïé; Mon. Gregor., p. 530. (H. L.)] 1. Nous avons rappelé plus haut la lettre à Roclin de Chalon-sur-Saône, Registr., 1. I, n. 35 ; Mon. Gregor., p. 53 sq. ; Regesla ponlij. rom., n. 4807, dont le ton n'avait rien de diploniatiquc ; mais le siège de Màcon ayant été pourvu d'un titulaire, on n'eut pas à en venir des menaces au fait. Bientôt cependant surgit lincident de Beauvais dont l'évèque, Guy, fut chassé par le peuple à l'instigation de Philippe I*^"^. Guy se réfugia auprès du pape qui prit la cause en mAxw. Régi sir iim. 1. I, n. 74, 75; Mon. Gregor.. p. S)'à; Reg. pont. rom.. n.4Sô4, 4855. (H. L.) 2. Regi.^lruin, I. 1, ii. 7'i ; .Mon. Gregor., p. 93; Regesla pont, rom., n. -JS-U. 108 1.1 VUK XXXI sano; ^, » c'est-à-dire ([iii néglige de reprendre un débauché. C'est pourquoi une grande responsabilité retombe sur le clergé français. 11 doit se réunir en concile pour reprocher au roi SCS torts ; si le roi n'écoule pas, on jettera l'interdit sur le pays ; et, s'il ne rentre pas en lui-même, le pape cherchera par tous les moyens à dclivrci- la France de son j«»i'S " » 1. Jiri'iaic, xi.viii, 10. 2. Regislrum, 1. II, n. f) ; Mon. (lrc'j.or., ]>. 11;!; Reiicsid jtont. roiit., n. ''i878. La pièce vaut la poinc d'être citée en entier, mais pas avant eetle fine remarque d'nn historien familiarise avec l'époque que nous traversons, A. Luchaire, Les pieniiers capétiens dans Ilisloire de France, in-8, Paris, 1901, t. ii, part. 2, p. 217 : « Il [Grégoire] traita dui'ement le rci de France, Philippe P"", moins puissant que Guillaume [le Conquérant], et qui ajoutait au crime de l'investiture laïque celui de la simonie, sans parler de son inimoralilé notoire. A plusieurs reprises, Grégoire l'a invectivé, flétri, menacé des anallièmes apostoliques, jusqu'à déclarer que, s'il persévérait dans sa conduite, l'Eglise lui enlèverait sa couronne et délierait ses sujets du serment de fidélité. Mais il en est resté aux menaces. On ne l'a jamais vu mettre le domaine royal en interdit, encore moins frapper le roi d'excommuiiication personnelle. Et pourtant, durant tout ce pontificat, Philippe a persisté dans ses pratiques simoniaques et n'a jamais renoncé complètement à l'investiture. Tovit au plus s'est-il résigné, de temps à autre, à des simulacres de soumission que Grégoire, plus ou moins dupé, accueillait avec un empresse- ment qui étonne. En réalité, le pape l'épargna, comme ses prédécesseurs avaient ménagé Henri P"". » Voici la lettre papale : « Grégoire, évèque, serviteur des serviteurs de Dieu, aux archevêques Manassès de Reims, Richer de Sens, Richard de Bourges et Adrald, évèque de Chartres et aux autres évê(pies de France, salut et béiiédietion aposto- lii|ue. « Depuis longtemps d(''jà le royaume de Iranee, jadis illustre et puissant, a vu sa gloire dimimiPi- peu à peu ; des mœin-s détestables qu'on ne prend plus guère soin de cacher ont fait disparaître les insignes vertus d'autrefois. De nos jours, ce royaume semble dému'' du sentiment de l'honneui' et de la dignité ; lc3 lois y sont méprisées, la jusiiee, fouli'e aux pieds, les crimes les ])bis honteux, les plus féroces, les plus horribles, les plus intolérables demeurent impunis pour le plus grand eneovn'agemeiit des malintentionnés. Par suite de lalTaiblissement du pouvoir royal, alïaiblissement qui remonte à plusieiu's années déjà, les lois et l'autorité sont impuissants à répriiner les crimes; il en résulte que, par une sorte de nouveau droit des gens, chacun se fait justice, fait usage des armes et des moyens dont il dispose et tire lui-même sa propre vengeance. Si cette situa- tion a yirovoqué les meurtres, les incendies, les maux de toute sorte, il faut le dépli)rer, mais on n'en peut être surpris. En effet, tous, frappés, semble-t-il, d'une épidi'niie d iniquité, commetten t îles forfaits horribles et exécrables sans pouvoir alléguer la moindre excuse ; ils ne respectent ni les choses divines ni les choses hiunaines : parjures, sacrilèges, incestes, trahisons, tout cela n'est que jeu à leurs yeux. Vous seids sur la terre offrez ce navrant spectacle de concitoyens, i 57 1. CONCILES A PARIS, A HOUEN ET A REIMS iOU de proches, dv frères mcnic, qui, par avarice, se font prisonniers les uns les autres, pour dépouiller ensuite ces niailicuroux de tous leurs biens et les faire mourir dans une alTrcuse misère. Les j)èlerins qui vont à Rome visiter le tom- beau des saints apôtres ou qui in reviennent sont, dans votre pays, si un pi'étexle commode vient à s'offrir, emptisoiuiés et soumis à des traitements qtic les païens n'oseraient infliger ; on leur extorque ensuite, à titre de ran(;on, plus d'argent qu'ils n'en ont. « Votre roi — qui est moins un roi ipi'un tyran — est, à l'instigation dvi démon, la cause et le principe de tous ces maux. Après avoir souillé sa vie de vices et d'infamies, pauvre et niisérahlcî qu'il est, il porto inutilement le sceptre ; non seulement, par la faiblesse de son gouvernement, il a lâche la bride à ses peuples pour tous les attentats, mais il les a lui-même excites par l'exemple de ses pen- chants et de ses actes. Il ne lui a pas suffi de mériter la colère de Dieu par la ruine des églises, les adultères, les rapines, les parjures, les fraudes sans nombre dont nous l'avons souvent rr})ris; tout récemment, à des marchands venus de divers points de la terre, à une foire de France, il a extorqué, en vrai briganti, une immense sonmic d'argent ; jusqu'à nos jours, jamais on n'a raconté, même dans les légendes, qu'un roi se soit conduit de telle façon ; lui, le défenseur attitré des lois et de la justice, il est le premier à les violer. En agissant ainsi, il a nui non seulement à ses sujets, mais, je le dis à sa honte, à ceux qui ne le sont pas. Une telle conduite ne peut éviter la sentence du souverain juge; aussi nous vous prions, nous vous avertissons avec une vraie charité, de prendre garde à vous, de ne pas vous attirer cette malédiction apostolique : « Maudit soit l'homme qui détourne son glaive du sang », c'est-à-dire comme vous le comprenez très bien, qui n'emploie pas le glaive de la parole à la correction des honimes charnels. Vous, mes frères, vous êtes en faute, car en ne résistant pas, avec une vigueur sacerdotale, aux actions détestables de cet homme, vous favorisez sa méchan- ceté par votre complaisance. Nous vous le disons à regret et avec des gémis- sements, nous craignons que, voyant le loup dévorer sous vos yeux le troupeau du Seigneui', vous ne preniez la fuite, cpie vous ne soyez des chiens incapables d'aboyer et muets. Votre salut nous paraît d'autant plus en danger que nous ne voyons pas quelles excuses vous invoquerez, en parais- sant devant Dieu, pour expliquer votre silence; je ne suppose pas que le roi agisse comme il le fait, fort de votre agrément,il ne reste donc que votre négligence qui fait que la perte de son àmc ne vous touche guère. Vous vous rendez compte vous-mêmes qu'une semblable adhésion, une pareille négligence sont entièrement incompatibles avec les devoirs de votre charge pastorale. « Vous vous tronqiez étrangement si, en empêchant le roi de faire le mal, vous croyez manquer au respect et à la fidélité que vous lui avez promise. Celui-là, nous l'affirmons en toute sûreté, fait preuve d'une bien plus grande fidélité qui oblige celui à (jui il l'a jurée, de sauver son àme, et ne la laisse pas, par une com- plaisance coupable, tristement disparaître dans le gouffre du péché. Il est inutile de parler de crainte. Réunis et armés j)our défendre la justice, votre force serait telle que vous pourriez à la fois, sans aucun péril pour vous, le détourner par la pénitence de sa passion de mal faire, et mettre vos âmes en sûreté; y aurait-il du reste crainte ou péi'il de mort que vous ne devriez pas abdiquer l'iiidépen- dancc de voire sacerdoce. IIU LIVRE XXXI Grégoire rcvicnl sur celte spolialion de marchands italiens par Philippe, dans deux lettres écrites un peu plus tard « Nous vou.s |)jiuiis tloiu", nous vous avertissons, au nom de l'autorité apostoli- que, de vous unir j)our veiller au bon renom et au salut de votre patrie ; mettez- vous daceord pour parler au roi, donnez-lui avis de sa honte, du péril où il est et son royaume avec lui. Montrez-lui sans détour l'impiété de ses actes et de ses desseins, hulicz de le lli'cliir i)ar loiilc espèce d'instance afin qu'il indemnise les marchands dont j'ai parie ; vous savez que si ces indemnités ne sont pas l)ayées, il en sortira des querelles sans issue. Que votre roi se corrige, tju'il renonce aux excès de sa jeunesse, qu'il commence, en s'attachant à la justice, à relever la dignité et la gloire de son royaume; pour pouvoir corriger autrui qu'il soit le ])ri'niier à ahandoniicr 1 ini([uilc. " S il refuse de vous écouter; si, bravant la colère de Dieu, au mépris de la dignité royale, de son salut et de celui de son peuple, il s'ubstine dans la dureté de son cfi'ur, i'ailes-lui enlcndrc comme venant de notre bouche qu'il ne pourra échapper plus loiigtcnqjs au glaive do la vengeance apostolique. Ainsi donc vous- mêmes, avertis, commandes j)ar la puissance apostolique, inclinez-vous avec la foi et l'obéissance qui lui sont dues, devant les ordres de voire mère, la Sainte Eglise romaine ; séparez-vous complètement de l'obéissance et de la communion de votre roi, défendez dans toute la France de célébrer publiquement l'oflice divin. « Si ces mesures le laissent insensible, nous essayei'ons par tous les moyens, avec le secours de Dieu, de lui arracher le royaume de France ; que chacun soit bien convaincu de notre résolution à cet ég^rd. « Mais nous sommes persuadés que, si vous le voulez bien, il ne continuera pas à se montrer incorrigible ; si donc nous nous apercevons cjuc vous faites preuve de peu de zèle dans une affaire si importante, nous vous regarderons comme les compagnons et les complices de ces scélérats et nous ne procéderons pas contre lui sans vous dégrader vous-mêmes de l'épiscopat. » Ce qui suit concerne des intérêts particuliers. Une pareille lellre serait aujourd'hui inconcevable; au temps où elle fut écrite il fallait parler haut alin d'être entendu, et on n'en tint d'ailleurs aucun compte: cependant le roi demeura sur son trône et les évêques sur leurs sièges. « La poli- tique réelle de Grégoire VII, celle que révèlent ses actes, dit encore A. Luchaire, ne fut donc pas tout à fait d'accord avec les lettres impérieuses qu'il se croyait obligé d'écrire pour stimuler le zèle religieux et terrifier les récalcitrants. » Elle se résume dans cette courte phrase de sa correspondnacc avec Hugues de Die : « C'est la coutume de l'Eglise romaine de tolérer certaines choses et d'en dissi- muler d'autres, cl voilà poui'quoi nous avoiis cru devoir tcuqiérer la rigueur des canons par la douceur de la discrétion. » Hugues, bcaucouj) plus radical — peut- être parce qu'il n'était pas pape — s'est plaint avec amerlumede la modération de Grégoire Vil : «■ (!Jue votre Sainteté fasse en sorte que nous ne recevions plus d'alïront des simoniaques ou d'autres coupables, que nous avons suspendus, déposés ou condamnés et qui courent à Rome où, au lieu d'éprouver une plus grande rigueur, ils obtiennent leur absolution à \olonle cl revicniicnl ensuite pires qu'ils n'étaient. » (H. L.) 571. cuM.n.i:s a paris, a uouen et a ui;ois 111 à Guillaume, comte de Poitiers ^ (13 novembre 1U74), et à Manassès, archevêque de Reims (8 décembre 1074) '^, les enga- geant à procurer l'amendement du roi ; mais il n'y mentionne aucunement le synode de Paris, Le seul ducumeul (jue nous ayons sur ce synode est une biooraphie de Gautier, abbé de Sainl-Martin à Pontoise, par un contemporain. On V lit hu'h un concile s'étant réuni à Paris pour savoir s'il fallait obéir aux ordonnances du seigneur pajjc liildebrand, de sainte mémoire, touchant le célibat ecclésiastique et la défense d'ouïr la messe d'un prctre concubinaire, presque tous les évêques, abbés et clercs composant l'assemblée, déclarèrent absurdes les ordres ilu pape et conclurent (pTou oc pouvait ni uc devait s'y conformer. Gauthier, abbé de Pontoise, qui élait allé récemment à Home et y avait conféré avec Hildebrand, se leva alors au milieu de l'assemblée et protesta énergiquement contre la déci- sion (|ui venait d'ctre prise; il cita saint Grégoire pour prouver qu'on devait obéir à son supérieur, même lorsqu'on ne voyait pas la raison de l'ordre qu'il donnait. Les paroles de Gautier soulevèrent dans le concile un épouvantable tumulte : de tous côtés on se précipita sur lui, il fut roué de coups, couvert de crachats et traîné ensuite dans les prisons du roi, d'où quelques amis parvinrent ensuite à le faire sortir et il regagna son abbaye de Pontoise ^. Mansi remarque avec raison contre Hardouin ^ qu il ne faut pas confondre ce synode de Paris avec celui de l'année 1092, car les clercs mariés n'avaient pas attendu dix-huit ans pour faire de l'opposition contre Grégoire ; mais Mansi se trompe, à son tour, lorsqu'il cherche le motif de cette opposition, non dans la loi du célibat, mais dans l'ordonnance interdisant d'assister à la messe d'un concubinaire. En effet, les mots : importabilia cjus esse prxcepta, etc., indiquant clairement que les membres du synode trouvaient intolérable l'obligation du célibat. 1. Rcgislntnu 1. II, n. 18 ; Mon. Gregor., p. 132 : Rcg. pontif. rom., n. 4891. (H. L.) 2. Regisfritm, 1. II, n. 32; Mon. Gregor., y*- 146; fîcg. po/*^ rom., n. 4905. (II. L.) 3. Ac(a sancl., avril, t. i, p. 753 ; deux vies anonymes rclateiil la conduite do Gautier, Vita prima, c. ii, 9, p. 755 ; Vita alîera, c. n, 10, p. 760. Mansi, Concilia, Suppl., t. II, col. 6 ; Conc. amplis.'i. coll.. t. xx, col. 437. (H. L.) 4. Hardouin, Coll. conc, t. vi, part. 2, Index, ad ann. 1092. 112 LIVRE XXXI De tous les princes d'Occidenl. ce fui (iiiillaunic le Conquérant, roi d'Angleterre el duc de Normandie, ({ui priL le plus à cœur l'introduction des reformes de Grégoire Vil. Dès avant son élévation sur le Irône pontifical, llildebrand a\ait remarqué les grands talents de ce prince; et le parti ([u'on en |)()urrait tirer })our la cause de Dieu et celle de l'Eglise ; aussi ra\ ait-il soutenu dans son dessein de s'emparer du Irône d'Angleterre ^ On le voit par ses lettres à Guillaume le Concjuérant : llildeljrand, devenu Grégoire Vil, resta attaché à ce prince et continua à f(uuler sur lui les mêmes espérances ^. Il l'appelle en effet « le fidèle })arlisan de saint Pierre)), «la perle des princes "et «le seul ])rince (fui pense sérieusement à remplir ses devoirs ^. )) Nous avons un témoignage de la sollicitude de Guillaume pour les intérêts de l'Eglise et de la conformité de ses pensées avec celles de Grégoire dans le concile général de la Normandie qu'il réunit à Rouen en 1074 ^. Ce synode commence par interdire la simonie, mais comme il ne dit rien à l'égard du célibat, on est porté à croire qu'il fut célébré avant que l'on connût en Nor- mandie les décisions du concile de Rome, (mars 1074). Le concile de Rouen j)orta les quatorze prescriptions suivantes : 1. On devra extirper toute espèce de simonie; ainsi, on ne devra 1. Jiôhmcr, KircJie und Staat in EngUiml luul in (1er yorniandie im \l und xil Jahvh., Leipzig, 1899. (H. L.) 2. Le duc de Normandie disposait de ses évèchcs et de ses abbayes de la ma- nière la plus despotique, la moins conforme à la lettre et à l'esprit des décrets sur 1 investiture. Mais ce duc était Guillaume le Conquérant, celui que le cardinal Hildebrand avait encouragé à prendre l'Angleterre et que la prudence romaine avait intérêt à ne pas heurter. Grégoire recommande à ses légats d'agir doucement et de fermer les yeux à propos. « Cet homme, leur écrit-il eu 1080, ne se comporte pas en certaines choses aussi religieusement que nous le souhaiterions; cependant, parce qu'il ne détruit pas et ne vend pas les églises, qu'il Ji'a pas voulu entrer dans le parti des ennemis du Saint-Siège, et qu'il a fait serment d'obliger les prê- tres mariés à quitter leurs fenmics, et les la'ùiues, propriétaires de dîmes, à les abandonner, il mérite plus de louanges et d'honneurs que les autres rois. » (II. L.) 3. Regislriuti, 1. I, n. 70 ; Mon. (Ircgor., p. 89 ; licii. puni, rotn., n. 'i830. (H.L.) 4. Labbe, Concilia, t. x, col. o 10-3 12 ; Pommeraye, Sanctx Rolliomagcnsis Ecdcsiœ concilia, sijnodalia décréta, p. 96 ; Ilardouin, Coll. conc, t. vi, part. 1, col. 1518 ; Bessin, Concilia Rolhomagensis proi'inciœ, p. 64 ; Coleti, Concilia, t. XII, col. 541 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 398 ; 0. Delarc, Saint Grégoire VII cl la ré/ornic de l Église au xi^ nicclc, t. m, j). 375-377. (H. L.) 571. CONCILES A PAÎllS, A ROUEN ET A REIMS 113 [35] plus vendre ni acheter d'abbaye, d'aiehidiaconé, de paroisse ; en général on ne payera aucune redevance j)our entrer en charge (Guillaume se réservait la nomination aux évêchés, et comme il le faisait sans simonie, le synode ne dit rien sur ce point), 2. Nul ne sera abbé s'il n'a été longtemps moine. 3. Aucun clerc ne sera reçu sans lettres de son évoque, car il est arrivé que des étrangers ont exercé indûment les fonctions sacerdotales. 4. On ne doit pas conférer tous les ordres en un seul jour. 5. Tout ordinand doit lire publiquement la profession de foi du concile de Tolède ^. 0. Un moine coupable d'une faute grave ne peut devenir abbé, 7. La règle bénédictine doit être observée aussi bien dans les monastères d'hommes que dans ceux de femmes. 8. Renouvellement de l'ordonnance de Tolède - contre l'ignorance des clercs. 9. On ne refusera pas la sépulture ecclésiastique à ceux qui sont surpris par la mort, à l'exception toutefois des pécheurs publics. 10. Plusieurs prétendent, afin d'obtenir séparation d'avec leurs femmes, avoir eu auparavant commerce avec des parentes de ces femmes : ils devront désormais en fournir la preuve. 11. Il en sera de même de ceux qui, pour échapper à la cléricature, prétendent n'avoir pas reçu tous les ordres. 12. Les clercs déposés ne doivent pas servir à la guerre. 13. Deux personnes séparées à la suite d'union incestueuse, doivent vivre dans la chasteté jusqu'à ce qu'elles se remarient. 14. Les juifs ne doivent avoir ni esclaves ni nourrices chrétiennes. Jean, archevêque de Rouen, qui présidait ce concile, ayant reçu les décrets de Rome contre la simonie et le concubinage, tint, dans cette même année 1074, un nouveau synode à Rouen, afin de séparer de leurs femmes les clercs incontinents. Il les menaça de l'anathème, mais ces clercs le chassèrent de l'église à coups de y^ierre ^. Le concile célébré à Poitiers (été de 1074) à l'occasion du mariage du comte Guillaume de Poitiers, par les légats du pape, l'évêque AmaL d'Oloron et l'archevêque Goslin de Bordeaux, fut également troublé par des violences *. 1. Voir § 290. 2. Voir § 290. 3. Coleti, Concilia, t. xii, col. 579 ; Mansi, op. cit., i. xx, col. 442. 4. M. Fazy, Essai sur Amat, é^'êque d'Oloron, archevêque de Bordeaux et légat du Saint-Siège, dans Bibliotlirque de la Faculté des lettres de Paris. Y. Mélanges d'histoire du moyen âge, Paris, 1908. (II. L.) CONCILliS —V — 8 114 LIVUE XXXI Guillaume avait épousé la fille du duc de Bournognc sa parente ; il devait donc en répondre devant le concile. Pendant les délibé- J36] rations, l'évoque Isembert de Poitiers envahit l'assemblée à la tête d'une troupe armée, et chassa les évoques présents, les accablant d'insultes et de mauvais traitements. Il fut, pour cela, suspendu par les légats, et cité à comparaître à Rome pour se justifier, au jour de la fête de saint André ^. Le synode ad S. Genesium (près de Lucques) a trait aux tenta- tives de Grégoire pour abolir le concubinage du clergé ; mais ce synode ne s'est pas tenu, ainsi ([u'on l'admet ordinairement, en 1074, mais bien en 107'J ^. Par contre, il y eut en 1074 un synode à Reims, dans lequel l'archevêque Manassès confirma plusieurs donations faites à l'abbaye de Morimond ^. 572. Concile romain du carême de 1015. D'Erfurt, l'archevêque Siegfried se rendit à Heiligenstadt, où il séjourna jusqu'à l'Epiphanie de 1075 ; au service solen. nel célébré en ce jour, il imposa une pénitence aux Thuringiens qui avaient troublé le synode. Nous ignorons s'il choisit ce moment pour envoyer à Rome l'ambassade promise à son clergé, mais il est certain que le pape, instruit de la conduite plus que timide de l'archevêque, l'avait cité (4 décembre 1074) à se rendre à Rome au prochain synode du carême *. Avec lui devaient comparaître six de ses sufTragants : Otton de Constance, 1. Registrum, 1. II, u. 2 ; 1. II, ii. 3 ; Moituin. Gregoriana, p. 109, 111; Regesla pontif. romanor., u. 4875, 4876. Isembert ne répondit pas à cette citation, et fut, pour ce motif, interdit par les légats et excommunié par Grégoire ; il fut ensuite cité à comparaître au concile du carême de 107G sous peine d'vuic déposition irrévocable. Regislrunt, 1. II, n. 23; Mon. Gregor., p. 130; Reg. pont, rom., n. 489G; Coleti, Concilia, t. xii, col. 585. 2. Mansi, Concilia, Suppl., t. ii, col. 34 ; Conc. anipUss. coll., t. xx, col. 439 ; Registrum, 1. VII, n. 2 ; Mon. Gregor., p. 381 ; Regsula pontif. rom., n. 5136. (IL L.) 3. Mansi, Conc. ampliss, coll., t. xx, col. 441. (H. L.) 4. Mon. Gregor., p. 141. Au sujet de la date de cette lettre et de certaines autres lettres du Registrum, Forschungcn zur dculschcn Gescli., t. xv, p. 514 et t. XXI, p. 407 ; 0. Delarc, op. cit., t. m, p. 125. (II. L.) 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 115 Werner de Strasbourg, Henri de Spire, Hermann de Bambcrg, Emerich d'Auo;sbourg et Adalbéron de Wùrzbourg, i|iii auraient à justifier de leur élévation à l'épiscopat et de la façon doni il exerçaient leur charge. En cas de maladie, l'archevêque devait envoyer des fondés de pouvoir en mesure de fournir sur les suffragants les renseignements demandés. L'archevêque ne devait pas s'étonner si on convoquait pour le synode romain un plus grand nombre d'évêques de sa province ([ue de toute autre. [37] Cela tenait à son importance et aux bruits fâcheux qui couraient sur plusieurs de ses suiïragants. Parmi eux, se trouvait Otton de Constance, auquel le pape avait communiqué les décisions du concile de 1074, et qui fai- sait précisément le contraire, permettant aux clercs mariés de garder leurs femmes, et autorisant ceux qui n'en avaient pas à se marier. Grégoire le convoqua donc au synode romain du carême de 1075 ; des deux lettres de décembre 1074, l'une était adressée à l'évêque, lui reprochant paternellement sa conduite, l'autre à ses diocésains, les déliant de toute obéis- sance à l'égard d'Otton, si celui-ci s'obstinait dans sa résis- tance. Le pape envoya en outre à tous les clercs et laïques d'Allemagne, une lettre les invitant à résister aux évêques qui ne feraient pas observer la loi du célibat ^. Le 7 décembre 1074, Grégoire écrivit au roi Henri IV pour le remercier de l'accueil bienveillant qu'il avait fait aux légats, et de sa promesse de détruire dans le clergé la simonie et le concubinage. Le pape exprimait la joie (ju'il avait ressentie lorsque l'impératrice-mère Agnès et les comtesses Béatrix et Mathilde, lui avaient annoncé les bons sentiments du roi à l'égard de l'Eglise -. Grégoire notifiait ensuite à Henri la citation envoyée à l'archevêque de Mayence et à ses suffragants^; s'ils 1. Rci^i.-ilnun, 1. 11, ii. l!8 ; I. 11, n. 21» ; 1. II, n. 30; Epitsl. tullcclw, n. 3-5, 8: Momnn., Gregor., p. l'iO. 141, 143, 523-526, 528, 529, 532 ; Watterich, vp. cil., p. 490 sq.; Mansi, Coiic. atnpliss. coll., t. xx, coi. 025 sq. ; Pertz, Mon. Gerni. hist., Script., t. viii, p. 426-428 a cru à tort que la citation visait le con- cile du carême de 1076. 2. Regislrum, 1. II, n. 30 ; Moiium. Gregor., p. 142 ; Reg. rom. pont., n. 4903; O. Delarc, op. cit., t. m, p. 108-109. Pour la date, Dûnzelmann, dans Forschungen zur deutschen Geschichlc, t. xv, p. 526 : Beyer, mcme revue, t. xxi, n. 411. (TI.L.) 3. Regialntin, 1. 11, n. 29 ; Monunt. Gregor., p. 141 sq. (IL L.) 116 LIVRE XXXI refusaient d'y déférer, le pape priait le roi de les y contrain- dre et d'envoyer de son côté à Rome des hommes sûrs, qui pourraient faire connaître le vérilable état des choses. Il assure le roi qu'il prie pour lui à la messe, afin que Dieu le rende heureux pour lui-même et pour l'Eglise. Grégoire était moins satisfait de la coiiduite d'Henri à l'égard de l'Eglise de Milan, oiî il favo- risait l'archevcque intrus Godfried ^. Néanmoins le pape se déclarait disposé à des concessions, si le roi lui faisait connaître les motifs qui pourraient motiver l'annulation des décisions [38] antérieures sur cette affaire ^. Le même jour, Grégoire adressa une seconde lettre au roi pour le détourner d'écouter les brouillons qui voulaient semer la zizanie entre eux afin d'échapper à la peine réservée à leurs crimes, allusion aux évcqucs déconsidérés vivant à la cour. Il annonçait que les chrétiens d'Orient ont imploré son secours contre les mauvais traitements qu'ils ont à subir. A son appel plus de cinquante mille hommes sont prêts, en deçà et au delà des Alpes, à guerroyer sous sa conduite, contre les ennemis de l'Église, et aller délivrer le Saint-Sépulcre. C'est une belle occa- sion pour réunir l'Orient à l'Eglise ; il lui incombe de réaliser cette œvivre désirée par la plupart des Orientaux. Il demande qu'Henri l'aide de ses conseils et de ses troupes si, avec le secours de Dieu, il se rend de sa personne en l'Orient, son intention est de confier, au roi après Dieu, son Eglise romaine ^. — dès le 1^^ mars 1074 Grégoire avait fait appel à toute la chré- tienté, engagé les fidèles à secourir les chrétiens d'Orient et avant 1. Voir § 565, 567. 2. Registnun, 1. II, n. 30. 3. Registruin, 1. II, ii. 31 ; Mon. Gregor., p. 144 ; Reg. pont, rom., n. 4904. Entre celle Icltrc du 7 décembre 1074 et celle à Hugues de Cluny,du 22 jauvier suivant, le projet de croisade avait sombré. Par cette dernière lettre on voit que le pape s'afi'ecle de l'cloignement de l'Église d'Orient pour la foi catholique. Ceci tendrait à prouver que les relalioiis entre Byzance et Rome se refroidirent à la suite de l'échec du projet de croisade. Le 17 décembre, le pape était en plein rêve, comme en témoigne la très curieuse lettre à la comtesse Malhilde qui devait être de l'expédition. Sudendorf, Rcgistriim, part. 2, Berlin, 1851, n. xxi, p. 24 ; Jaiïc, Mon. Gregor., p. 532; Riant en a contesté l'authenticité à&ns Archives de V Orient latin, t. I, p. 59 : ses raisons sont de peu de valeur ; Reg. pont, rom., n. 4911; O. Dclarc, op. cit., t. m, p. 112-115. A cette idée de la comtesse Mathilde en tête de la croisade, M. Villemain prend feu ; il cite des vers du Tasse ! Ces choses-là se voyaient encore en 1837. (H. L.) 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 117 toiiL l'empire de Constantinople ^ Il adressait les mêmes exhor- tations au comte Guillaume de Bourgogne dans une lettre du 2 février 1074 ^ ; mais il paraît avoir modifié ses projets au cours de l'été ; dans une lettre du 10 septembre 1074 au comte Guillaume de Poitiers, il le remercie du secours promis pour la croisade projetée et ajoute qu'il n'a pas encore pris une résolution définitive, car les nouvelles reçues d'Orient sont meilleures ^. Cependant une lettre postérieure au roi Henri IV prouve qu'en décembre de la môme année, il était revenu à son plan de croi- sade avec plus d'énergie et de fermeté ^ ; c'est ce qu'indique une autre lettre à la comtesse Mathilde, qu'il cherche à gagner à sa sainte entreprise ainsi que l'impératrice douairière Agnès ^. Le projet primitif du pape semble s'être élargi : ce n'est plus seulement Constantinople, c'est le Saint-Sépulcre qui sera le terme de la croisade ; tel est le sens de l'appel général lancé par Grégoire le 16 décembre 1074 ^. Nous croyons donc que Sybel a tort de prétendre que le pape Grégoire ne songeait qu'à délivrer Constantinople, mais n'avait pas eu le projet d'une croisade proprement dite '^. Grégoire entreprit de gagner à ses projets de réforme ecclé- siastique le beau-frère d'Henri IV, Rodolphe, duc de Souabe, et Berthold, duc de Carinthie. En janvier 1075 il leur écrivit une lettre amicale demandant cju'aucun clerc simoniac[ue ou concubinaire ne pût exercer ses fonctions en Germanie, Ils devaient au besoin employer la force et ne céder à aucune réclamation. Répondant à une question du duc, le pape lui 1. Eegistruin, I. I, n. 49 ; Mon. Gregor., p. 69, Reg. pont, rom., n. 4826. (H. L.) 2. Registrum, 1. I, n. 4G ; j\lo]i. Gregor., p. 64, Reg. pont, rom., n. 4823. (H. L.) 3. Registrum, 1. II, n. 3 ; Mon. Gregor., p. 111, Reg. pont, rom., n. 4876. (H. L.) 4. Registrum, 1. II, n. 31 ; Mon. Gregor., p. 144, Reg. pont, rom., n. 4904. (H. L.) 5. Sudendorf, Registrum,]. U,n. 24 ; Mon. Gregor., ip. 532 ; Reg. pont, rom., n. 4911. (II. L.) 6. Registrum, 1. II, n. 37 ; Mon. Gregor., p. \50; Reg. pont, rom., n. 4910. (H. L.) 7. Sybel, Geschichte des ersten Kreuzzugs, 2® édit., 1881, p. 169. [Nous aurons bientôt à aborder ce sujet des croisades; pour le projet de Grégoire VII, cf. I-. Bréhicr, L'Église et l'Orient au moyen âge, Les croisades, iii-12, Paris, 1907, p. r.1-54. (H. L.)] 118 ■ LIVRE XXXI indique l'emploi qu'il devra faire des sommes touchées d'une manière simoniaque ; elles devront être distribuées aux Eglises qui ont souiïert des simoniaques et aux pauvres ^. D'autres let- tres du pape comme celle à Siegfried de Mayence, nous montrent que de nombreux prélats de divers pays furent convoqués au synode romain du carême de 1075. Ainsi les évêques anglais devaient être à Rome jiour la seconde semaine du carême (c'est ordinairement, la première (jiii est désignée) ; en attendant, le pape leur recommandait de s'opposer courageusement aux unions incestueuses qui devenaient si fréquentes dans leur contrée ^. Udon, archevêque de Trêves, fut chargé d'une enquête sur l'évêque de Toul, personnage d'une réputation douteuse dont la conduite avait donné lieu à des plaintes ; il présenterait un rapport à ce sujet au concile ^.L'abbé Etienne* et le chevalier Hugues ^ de Tours avaient été également convo- L^'^J qués au concile ; le premier pour avoir refusé l'obédience à son archevêque, le second pour s'être rendu coupable d'un attentat envers lui ^. Liémar, archevêque de Brème, dut s'y rendre également pour se justifier de son opposition aux légats du pape; jusque-là il restait suspendu de toutes fonctions ecclé- siastiques '^. Le 18 novembre, Annon, archevêque de Cologne, 1. Regisfrum, 1. II, n. 45; Mon.Gregor., p. 158; Reg. pont, rom., n. 4922; cf. Paul de Bernried.Ftto Gregorii, c. xxxix, dans Watterich, Vitee. pontifie, romanor., t. I, p. 493 ; Hugues de Flavigny, Clironicon, 1. II, dans Mon. Germ. hisl., Script., t. viii, p. 428. (H. L.) 2. Lettre du 28 août 1074; cette lettre est la première après l'interruption causée par la grave maladie du pape. Registrum, 1. II, n.- 1 ; Mon. Gregor., p. 108; Reg. pontif. rom., n. 4874. La convocation vise, en effet, la seconde semaine 1-7 mars, mais c'est probablement une erreur pour la première semaine, 22-28 février. (H. L.) 3. On trouve dans Sudendorf, Regisi., 1. I, n. 4, la réponse très blessante d'Udon à Grégoire, Registrum, 1. II, n. 10; Mon. Gregor., p. 124; Reg. pontif. rom., n. 4883. (H. L.) 4. Etienne, abbé de Beaulieu, près Loches, diocèse de Tours, Registrum, 1. II, n. 21; Mon. Gregor., p. 134 ; Reg. pont, rom., n. 4894. (H. L.) 5. Hugues, seigneur de Sainte-Maure, Registrum, 1. II, n. 22 ; Mon. Gregor., p. 135 ; Reg. pont, rom., n. 4895. (H. L.) 6. Quelques autres convocations, par exemple celle d'Isembert, évèque de Poitiers, qui avait si bien bousculé le légat Amat d'Oloron, Registrum, 1. I, n. 73; 1. II, n. 2, 4, 24. La convocation est dans le Registrum. 1. Il, n. 23; Mon. Gregor., p. 13G ; Reg. pont, rom., n. 4896 . (IL L.) 7. Registrum, 1. IL n. 28 ; Mon. Gregor., p. 140. (IL L.) 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME 1075 119 reçoit ordre d'introduire dans sa province ecclésiastique et dans son diocèse la loi du célibat ^ ; il ne peut résoudre le conflit entre l'évêque d'Osnabrùck et l'abbé de Corvey, dont les légal s du pape lui avaient confié la solution, il enverra les deux parties à Rome pour le synode du carême ^. Guibert, archevê- que de Ravenne ^, Cunibert, évêque de Turin ^, et Isembert, évêque de Poitiers ^ reçurent aussi citation à se rendre ; le premier pour assister le pape de ses conseils, les deux autres, parce qu'ils n'étaient j)as venus au synode de novembre 1074. Enfin Guillaume, évêque de Pavie, et sa sœur Mathilde, épouse du marquis Azzon, furent aussi mandés à cause du mariage dont nous avons déjà parlé ^. Pénétré de la grandeur de sa mission, Grégoire VII n'en fut pas moins sensible à la souffrance inséparable de la lutte et aux graves inquiétudes que lui causait l'avenir. Sa lettre dvi 22 janvier 1075, à Hugues, abbé de Cluny, nous dévoile ses sen- timents au sujet du synode imminent et en même temps la grandeur de son âme. « Si c'était possible, dit-il, je voudrais te faire sentir les angoisses cjui assiègent mon âme, car je suis tous les jours fatigué et bouleversé par des travaux considé- rables. Ton amour fraternel te pousserait alors à demander à Dieu que le tout-puissant Seigneur Jésus voulût bien me tendre la main à moi misérable, et me délivrer de mes peines. Voilà longtemps que je lui demande de m'enlever la vie ou de me rendre utile à notre mère la sainte Eglise, et cependant il ne m'a ni arraché à mes afflictions ni permis de rendre à l'Eglise les services que je voudrais. Je suis abreuvé d'une tristesse infinie et d'une douleur insondable, parce que, grâce avix embûches de l'ennemi mauvais, l'Eglise d'Orient a apostasie la foi catho- 1. Regislnim, 1. II, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 137; Reg. pont. rom. n. 4898. Dans le débat soulevé par celte importante question, Annonse tenait pour ainsi dire entre le parti grégorien et le parti adverse. Il n'était pas l'adversaire des idées du pape, mais en pratique il hésitait à les faire exécuter. Cf. Th. Lindner, Anno II der lieilige Erzbisrliof con Kiln, Leipzig, 1869. Reusch, dans Theol. Lileraturhlatl., 18Gfi, p. 350. 2. Begistrum, 1. II, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 137 ; Reg. pont, rom., n. 4898. (H. L.) 3. Regislrum, 1. II, n. 42 ; Mon. Gregor., p. 155; Reg. pont, rom., n. 4919. (H. L.) 4. Regislrum, 1. II, n. 33; Mon. Gregor., p. 147; Reg. pont, rom., n. 4906. (H. L.) 5. Registrum, 1. II, n. 33; Mon. Gregor., p. 13G; Reg. pont, rom., n. 4896. (H. L.) 6. Regislrum, 1. Il, n. 35; Mon. Gregor., p. 149; iîeg. pont, rom., n. 4908. (II. L.) 120 LIVRE XXXI liqiie... Et si je considère rOccident avec l'œil de la foi, si je regarde du côté de l'Ouest, du Nord ou du Sud, je trouve à peine quelques évêques qui soient entrés en charge et se conduisent d'une manière conforme aux lois, ou qui gouvernent le peuple chrétien dans un esprit de charité et non pour un intérêt mondain. De même, il n'y a présentement aucun prince qui mette l'honneur de Dieu avant son propre honneur et qui préfère la justice à l'intérêt personnel. Quant à ceux au milieu desquels je vis, Romains, Lombards et Normands, ils sont pires que juifs et païens. Et maintenant, si je me considère moi-même, je me trouve si accablé par mes propres actions, qu'il ne me reste d'autre espoir que la miséricorde de Dieu. En effet, si je n'espérais pas arriver à une meilleure vie et être utile à la sainte Église, je ne resterais certainement j^as à Rome, oij, Dieu le sait, je n'habite depuis vingt ans que par force. Aussi, ballotté tous les jours entre ces douleurs incessantes et ces espérances qui tardent trop à se réaliser, assailli par mille tempêtes, ma vie n'est à vrai dire qu'une mort continuelle. J'attends le Christ qui m'a chargé de ses chaînes et m'a conduit à Rome contre ma volonté. Que de fois ne lui ai-je pas dit : « Viens, ne diffère pas, sauve-moi au nom de l'amour de la bienheureuse Marie et de saint Pierre. » Mais comme la prière d'un pécheur ne saurait avoir de puissance^, je te demande et je t'adjure de faire intercéder pour moi auprès 1 de Dieu ceux qui, par leurs vertus, méritent d'être exaucés i (les moines de Cluny). Ils doivent prier pour moi, en raison de l'amour dont ils sont redevables à l'Eglise vmiverselle. » En terminant il prie Hugues de l'aider à surveiller le clergé, afin qu'il ne penche pas plus du côté des princes temporels que du côté de saint Pierre, c'était ce cju'il fallait empêcher présentement ^. Il fait allusion à la principale question à traiter au prochain 1. Eccl., XV, 9. 2. Regislrum, 1. II, n. 40 ; Mon. Gregor., n. 163 sq. ; Reg. pont, rom., n. 'i92G ; O. Delarc, op. cit., t. m, p. 116-118; V. Chalandon, op. cit., t. i, p. 239-240. Hugues de Cluny était le parrain d'Henri IV et ne se défendait pas d'une cer- tainetendresse pour ce prince. Grégoire VII semble faire allusion dans quelques passages de sa lettre à ce dévouement aiïeetueux. Dès l'année j)récédente, le 19 mars 1074, il s'étonnait de n'avoir pas encore reçu à Rome la visite do l'abbé de Cluny, Registrum, 1. I, n. 62 ; Mon. Gregor., p. 81 ; Reg. pont, roni., n. 4839. Hugues n'est pas le seul qui ait entendu celle noie ; il y a quelque chose de soup- çonneux dans l'attitude du pape à l'égard de ceux qu'on pourrait nommer assez i [42] 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 121 synode, c'est-à-dire l'interdiction de l'investiture laïque, et en général la libération de l'Église du protectorat des princes tem- porels. Les actes de ce synode du carême de 1075 sont malheureusement perdus. D'après une notice du Registrum de Grégoire, il fut célébré du 24 au 28 février 1075 (1074 du calcul florentin), en présence d'un grand nombre d'archevêques, d'évêques, d'abbés, de clercs et de laïques ^. Entre autres résolutions, le pape décida en principe l'excommunication de cinq conseillers du roi de Ger- manie, particulièrement responsables des ventes simoniaques des églises ; Grégoire YII déclara que si, au 1^^' juin, ils n'avaient pas donné satisfaction, ils seraient par le fait même excommuniés ^. Philippe, roi de France, serait aussi excommunié, s'il ne donnait aux nonces du pape dans les Gaules des preuves de son repentir, de sa pénitence et de son amendement ^. Grégoire justement les « grands fondataires « ecclésiastiques. Il est volontiers disposé à les croire sinon malveillants, du moins très froids pour la cause de la réforme et pour celui qui donne le branle à ce grand œuvre. C'est le revers des qualités, il faut savoir le noter à l'occasion. (H. L.) 1. Registrum, II, n. 52 a; Jafîé, Mon. Gregor., p. 170 ; Reg. pontif. rom., t. r, p. 612 ; cf. Registrum, I. II, n. 42, 53, 54, 62, 67 ; Mon. Gregor., p. 155, 171, 172, 182, 187 ; Bernold, Chronicon, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 430 ; Inter- dictio investiiune, dans Arnulf, Gesta archiepisc. ISIediolanensium, 1. IV, c. vu, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. viii, p. 27. Cf. Registrum, 1. III, n. 10 ; Mon. Gregor., p. 219 sq. ; Hugues de Flavigny, dans Mon. Germ. hist., t. viii, p. 412; Bernold, De damnât, scismat., dans Ussermann, Prod., t. ii, 42 ; Libelli de lite, t. m, p. 45 ; A. Hauck, Kirchengeschichtc Deutschlands, t. m, p. 777, n. 4; Bernheim, Quellen zur Geschichte des Investiturstreites, in-8, Leipzig, 1907, t. i,p. 41 sq. ; Coll. regia, t. xxvi, col. 567 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 344-345 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, col. 1551 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 581 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 443 ; O. Delarc, Saint Grégoire VII, in-8, Paris, 1889, t. ni, p. 129-140. (H. L.) 2. Bonitho, Liber ad amicum, 1. VI, dans Mon. Gregor., p. 655 : In qua [synodo) hortalu imperatricis quosdam régis consiliarios s'olentes cum ad unitate ecclesise sepa- rare, publiée domnus papa excommunicavit. (H. L.) 3. Registrum, II, n. 52 a: Si nunciis papœ ad Gallias iiuris, de satisjactione sua ft emendationc securitatem non fecerit, habcatur excommunicatus.lj'etîoTt du pape Grégoire porta surtout sur la Germanie. La situation n'y était peut-être pas plus grave qu'en France, mais nous avons déjà montré qu'en bon tacticien, le pape prenait l'offensive contre la position dont la conquête devait lui procurer plus de résultats. Et puis, Grégoire avait beaucoup vécu, beaucoup voyagé, beaucoup causé et il avait eu tout le temps d'apprécier ses adversaires, Henri IV, plus puissant (pie le roi de France, offrait une partie jilus rude à jouer ; mais un 122 LIVRE XXXI suspendit Liémar, archevêque de Brème, à cause de sa déso- béissance et de son orgueil ; il lui défendit de recevoir le corps et le sang du Christ ^, Même peine contre les évoques Werner de Strasbourg, Henri de Spire ^, et Hermann, de Bam- prcmier grand succès avec un caractère à ce point débile, permettait d'escompter tous les autres ; avec Philippe I*^' on se heurtait à la plus redoutable des forces, la force d'inertie. Le roi de France n'était pas homme à s'émouvoir beaucoup des anathèmes. Ce gros homme sensuel et cupide avait son siège fait sur la morale: c'était un cynique. Il vendait les évêchés en toute conscience, il louait son armée au plus offrant et dernier enchérisseur. « Les faits eux-mêmes accusent ce triste souverain, mais les chroniqueurs de son temps l'ont peut-être plus malmené encore qu'il ne le méritait. Il eut le malheur d'être presque toujours en conflit avec l'Église, et les clercs, seuls, écrivaient l'histoire. Il s'est opposé à l'inlroduction de la réforme grégorienne dans son état; il n'a pas tenu compte des anathèmes que lui attira son mariage adultérin avec Bertrade de Montfort. On s'explique alors les colères de la papauté et ces légendes édifiantes qui repré- sentèrent le roi de France excommunié, atteint de la gale et d'autres maladies épouvantables, A'ivant comme un pestiféré au milieu d'une cour déserte, n'osant plus mettre la couronne royale, ni faire de nominations d'évêques, perdant même la vertu du sacre, le privilège de guérir les scrofuleux. En réalité, ce maudit, mis hors l'Église et hors la loi, a vécu comme ses prédécesseurs. Au moins exté- rieurement, il fut aussi religieux que les autres rois. Quand le besoin d'argent se faisait sentir, on l'a vu dépouiller des églises (par exemple, celle de Saint- Germain des Prés) ; mais, par compensation, il en a comblé d'autres de ses libé- ralités. Lui aussi a fondé, enrichi, réformé des abbayes. Les monastères qu'il favorisait ont essayé de lui faire une réputation excellente. Un moine de Morigny vante « sa prudence admirable et la profondeur de son esprit. « A Sens, on voit en lui « la providence, l'espoir, la consolation des moines, des clercs, et des pauvres». A. Luchaire, Les premiers Capétiens, p. 168-169. (H. L.) 1. Registrum, 1. II, n. 52; Mon. Germ. Gregor., p. 170 : pro inobedientin siiper- biœ suœ ah episcopali ofjicio suspendit et a corpore et sanguine Domini iiilerdixit: cf. Registrum, t. II, n. 28; Mon. Gregor., p. 140; c'est au reçu de cette lettre que Liémar consultait son collègue Hezil, évêque d'Hildesheim, sur l'opportunité de se rendre à la citation pontificale : Nunc dominus papa multiim iratus pro furore legatorum illorum et in ira [tcrrihili] suggestione me Romam ad hanc proximam synodum, quse in prima septimana -s.-l^ celebrabilur, vocal, ab ofjicio episcopali suspendit dum veniam ad ipsum, quod fieri debere ulli episcoporum nisi judicio fratrum in plena synodo non putabam. Periculosus homo vull jubcre qusevult, epis- copis, ut villicis suis, quse si non fecerunt omnia, Romam venient, aut sine judicio suspenduntur. Verum, ego intelligo oplime qui sint ex nostris episcopis, qui, pro odio gravissimo, in Dominum meum regem, me ejus adjutorem, suis machinatio- nibus in hos labores miserunt, me tamen in eo confliclu pro communi omnium commodo lahorantem. Sudendorf, Registrum, in-8, lena, 1849, t. i, p. 8. (H. L.) 2. L'évêque de Spire, qui ne comparut pas au synode, tomba malade le jour même où se réunissait l'assemblée, et mourut le 26 février, jour où la sentence fut portée à Rome contre lui. Pertz, Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 430, n. 33. d 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 123 berg ^, s'ils ne se présentaient à Rome avant Pâques pour y donner satisfaction. Guillaume de Pavie ^ et Cunibert de Turin furent pareillement suspendus^; Denis de Plaisance fut déposé* ; enfin le duc Robert Guiscard et son neveu Robert de Loritello furent excommuniés comme spoliateurs des biens des églises ^. Une lettre du pape (9 avril 1075) ^ nous apprend que Cunibert de Turin vint à Rome, fit sa soumission et promit de s'employer dans la mesure du possible pour l'affaire dvi monastère de Saint- Michel de Chiusi. Mais dès son retour, les chicanes recommen- cèrent, et le pape le manda à Rome une fois de plus pour la fête de saint Martin. Denis, évêque de Plaisance, paraît avoir beaucoup plus résisté ; le 3 mars 1075, le pape annonce sa déposition à ses anciens diocésains à cause de ses nombreux forfaits, et en particulier de ses attaques contre les biens des églises '. Nous sommes mieux renseignés sur Hermann, évêque de Bamberg, par Lambert de Hersfeld. Hermann avait d'abord fondé à Bamberg, en l'honneur de saint Jacques, une collégiale de vingt clercs ; mais après la mort du premier prévôt, il chassa ces cha- [431 noines et remit la fondation à Egbert, abbé de Saint-Michel (près Bamberg), afin de transformer la collégiale en monastère, non que les clercs vécussent dans le dérèglement, mais par préférence pour l'état monastique. Les clercs chassés s'adressèrent au pape, les chanoines de la cathédrale y joignirent leurs plaintes, les préférences de l'évêque pour l'état monastique leur ayant valu à eux aussi bien des désagréments. Ils envoyèrent à Rome des 1. Jaffé, Mon. Bainbergensia, p. 91, n. 43 ; Registrum, 1. II, p. n. 52 a ; Moji. Gregor., p. 170 ; Reg. pont, rom., t. i, p. 612. (H. L.) 2. Registrum, 1. II, n. 35 ; Mon. Gregor., p. 1^0; Reg. pont, rom., n. 4908. (H. L.) 3. Registrum, 1. II, n. 33 , Monum. Gregor., p. 147 ; Reg. pont, rom., n. 490G. (H. L.) 4. Registrum, 1. I, n. 77 ; 1. II, n. 26 ; Mon. Gregor., p. 97, 138 ; Reg. pont, rom., n. 4858, 4900. La lettre du pape aux Plaisantins leur annonçant la dépo- sition de leur évêque se trouve dans Registrum, 1. II, n. 54 ; Mon. Gregor., p. 172; Reg. pont, rom., n. 4935. (H. L.) 5. Il semble que le duc normand et son neveu n'en lurent guère émus. Pour Guiscard, excommunié l'année précédente, cela ne le changeait guère et il poussait, plus activement que jamais ses opérations militaires en Calabre, cf. F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, 1907, t. i, p. 2'iO. (II. L. 6. Regisirujn, 1. II, n. 69 ; Mon. Gregor., p. 190; Reg. pont, rom., p. 4951. (H. L.) 7. Registrum. 1. II, n. 54 ; Mon. Gregor.. p. 172; Reg. pont, rom., n. 4935. (H. L.) 124 LIVRE XXXI députés qui, d'un commun accord, représentèrent l'évêque comme simoniaquc, ayant acheté sa charge fort cher, déjà accusé de ce crime sous le pape NicoLis II ^ devant lequel il s'était justifié par un faux serment. Il était, ajoutait-on, d'une ignorance crasse, ne connaissant que les affaires d'argent et d'usure, qu'il avait maniées dès sa jeunesse. Avant son élé- vation à l'épiscopat, il avait été, pour divers méfaits, fort mal famé à Mayence sa patrie, et, devenu évoque, il avait continué ses trafics, vendu nomhre d'abbayes et d'églises et appauvri Bamberg. « Le pape, continue Lambert, prononça contre l'évêque déjà suspendu du service divin, une sentence d'excommunication, parce que, cité à Rome,il s'était fait attendre deux ans, et n'était pas venu. Grégoire ordonna en même temps la réintégration des clercs déposés à qui il défendit de communiquer avecleur ancien évêque ^. » Ces faits se rapportent évidemment à notre synode, et on peut facilement les compléter au moyen des lettres que nous trou- vons sur cette affaire dans la correspondance de Grégoire. Une lettre au roi Henri IV (20 juillet) nous apprend que l'évêque Hermann, déférant à l'invitation du pape, s'était mis en route pour se rendre au synode ; il s'arrêta non loin de Rome, où il envoya des messagers avec beaucoup d'argent et des présents pour se rendre favorables le pape et ses conseil- lers ^. N'ayant pu y parvenir, il était revenu sur ses pas, [44] 1. C'est Alexandre II qu'il faudrait dire. 2. Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 219 ; Gfrôrer, Gregor. VII, t. vu, p. 388 sq. 3. Giesebrecht, Kaiser gesch., t. m, p. 326, 1094, et 4^ édit., 1876, t. m, p. 335, 1131, qui reproduit mot pour mot la même donnée, nous dit que« cette tentative (de corruption du pape et des cardinaux) réussit au-delà de toute attente, de l'aveu de Grégoire lui-même. » Cette supposition est plus que surprenante. Mais comme Giesebrecht s'appuie à tort sur l'aveu de Grégoire, il est indispensable de citer ici textuellement le passage auquel il fait allusion. Si/inoniacus ille Heri- mannus... cum propius Romam accessisset, in itinere suhstilit et, prsemitlens numéros suos cum copiosis muneribus, noti sibi artificio innocentiam nosiram et conjratrum nostrorum integritatem pactione pecuniœ attemplare alque, si fieri posset, corrumpere molilus est.Quod ubi prxter spemevenit, jamdedamnationesua securior festinanler retrocessit. On décidera sans peine quelle est la meilleure traduc- tion de cette phrase, celle de Giesebrecht, disant que « cotte tentative réussit au-delà de toute attente », ou celle-ci : « cette tentative échoua contre son attente. » Si Beyer, Die Bamberger, Konstanzer und Reichenauer Hàndel unler Ileinrich IV, dans Forschungen zur deutsch. Gesch., t. xxii, p. 530 sq. considère comme toute naturelle la traduction de Giesebrecht, cela vient sans aucun [-15] 572. CONCILE ROMAIiN DU CAREME DE 1075 125 certain qu'il n'échapperait pas à une sentence d'excommunica- tion ^. Ces détails nous font comprendre pourquoi il est dit dans la notice au sujet des décisions synodales : « De môme Hermann, cvêque suspendu de Bamberg, s'il ne comparaît en personne avant Pâques. » Une lettre pontificale aux fidèles de Bamberg du 20 avril 1074, montre que l'évéque Hermann fut non seulement suspendu, mais déposé, ce qui confirme le récit de Lambert de Hersfeld ; car Grégoire dit qu'il a délivré l'Église de Bamberg de son évêque ignorant et simoniaque, ajoutant qu'on ne doit rien changer aux possessions de l'Eglise de Bamberg, jusqu'à ce que Dieu lui ait accordé un évêque nouveau et capable par l'intercession de saint Pierre ^. En rapportant la suite de cette affaire, Lambert s'écarte des données fournies par les lettres de Grégoire ; aussi LTsser- mann ^ a-t-il relevé des divergences considérables ; nous ne faisons pour notre compte aucune difficulté de préférer le récit officiel des lettres du pape aux renseignements de Lambert, toujours quelque peu risqués. Les lettres de Grégoire nous apprennent qu' Hermann, voyant ses affaires perdues à Rome, reprit le chemin de Bamberg, assurant les clercs de son escorte de son repentir, et de sa résolution, dès son retour à Bam- berg, de résigner son évêché pour se retirer dans un monastère. Trompés par cette ruse, les députés présents à Rome, et à leur tète Popo, prévôt de la cathédrale de Bamberg, revinrent aussi à Bamberg et ne publièrent pas la lettre du pape, (20 avril 1074) aux fidèles du diocèse ^. Néanmoins, doute des tendances qu'il manifeste dans le développement de son sujet ; on ne peut donc regarder son opinion comme une vérité historique. [La lettre à Henri IV se trouve dans Registrum, 1. III, n. 3; Mon. Gregor., p. 205 ; Reg. pont, roni., n. 4963. (H. L.)] 1. Id. 2. Regislriun, 1. II, cp. 76 ; Mon. Gregor., p. 200 ; Reg- [n/nl. roin., n. 4959 ; Codex Udalrici, dans Eccard, Curp. /tint., t. ii, p. 137 ; Dûnzelmann, dans Forschungen zur deulschen Geschiclile, t. xv, p. 517 reporte eette lettre à la fin de l'année 1074, mais Giesebrccht, Geschiclile d. deulsch. Kaiserzeit, t. m, p. 1131 et K. Beyer, dans Forschungen z. d. Gesch., t. xxi, p. 409, ont maintenu, ainsi que Jafîé, la date du registre. (H. L.) 3. Ussermann, Episcopalus Banihergensis sub sede aposlolica chronologice et diplomatice, illustralus, in-4, Typis San-Blasianis, 1802, p. 41. (II. L.) 4. Regislrum, 1. II, n. 76 ; Mon. Gregor., p. 200; Reg. pont, roin., n. 4959. (H. L.) 126 Ln UK NXXI Ilermaim ayant violé ses i)iuiuesses et couliiiuant à dépouiller les clercs les meilleurs et à se venger de ses adversaires ^, le pape écrivit trois lettres le 20 juillet 1075 : aux fidèles de Bam- berg 2^ y Siegfried archevêque de Mayence ^, métropolitain de Bamberg, et au roi Henri *. Dans la première, il confirme la sentence portée contre Hermann à tout jamais dépouillé pour simonie de ses fonctions épiscopales, sans aucun espoir de réintégration : pour les fonctions sacerdotales, il ne pourrait les exercer (ju'après être venu à Rome et avoir pris les moyens )icccssaires pour réparer les loris fails à son Eglise. — Grégoire lail connaître ces mêmes décisions à l'avchcvcque de Mayenee, qu'il charge de les communicjuer à ses sulï'ragants et de s'occuper de l'élection d'un nouvel évoque de Bamberg. Il termine en blâmant Siegfried de sa conduite trop timide vis-à-vis des simoniaques. — Dans la troisième lettre, le pape loue le roi Henri de ce que le bruit public le montre opposé aux simoniaques et occupé à relever le prestige de la chasteté dans le clergé ^. Vient ensuite l'affaire d' Hermann, et le pape termine sa lettre en demandant à Henri de s'entourer des conseils d'hommes dévoués à l'Eglise pour procéder, avec le secours de saint Pierre, à une élection d'un nouvel évêque de Bamberg, de façon à s'attirer par là ia miséricorde de Dieu ^, Les lettres du pape aux fidèles de Bamberg et à l'archevêque de Mayence indiquaient la conduite à tenir ^. Reprenant l'histoire de notre synode, nous apprenons de Bonitho que le marquis Azzon, le prince Gisolfe de Salerne et la comtesse Mathilde y assistèrent, et que Guibert de Ravenne y prononça un très violent discours contre les habitants de 1. On peut le déduire des lettres du Regislrum, I. III, n. 1 ; 1. III, n. 2 ; Mon., Greg., p. 203, p. 204 ; Reg. jwiil. roin., n. 4961, 4962. 2. ReginliujH, 1. III, n. 1 ; Mon. (Jrcgor., p. 203 ; Reg. ijoiil. rum., i\. 4961. (H. L.) 3. Regisirum, 1. III, n. 2 ; Mon. Gregor., p. 204; Reg. pont, rom., n. 4062. (II. L.) 4. Registnini, 1. III, n. 3; Mon. Gregor., p. 205 ; Reg. pont, rom., n. 4963. (H. L.) 5. Gfrôrcr, op. cit.. t. vu, p. 464 prétend (juo cette altitude du roi n'avait d'autre but que de tromper le pape. 6. L'étrange remarque de Giesebrecht au sujet de celte lettre de Grégoire dans laquelle il croit voir combien le pape était peu résolu à maintenir la défense faite au roi de procéder à des investitures, Kaisergesch., t. m, p. 327, a été juste- ment supprimée de la 4'' édilion, p. 330. 7. Regintiuni, 1. III, n. 1 ; 1. 111, n. 2. I 1 [46] 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1875 127 Crémone (pourquoi ?), mais que l'un d'eux, nommé Dodo, le convainquit de mensonge. Il faut attribuer à ce même synode la solution des difficultés pendantes entre les évé(iues d'Olmûtz et de Prague au sujet des biens des églises, comme il résulte d'une lettre du pape du 2 mars 1075 ^. Par coiUrc on se demande si l'alTaire d'Evrard clerc d'Orléans, fut déférée à ce synode. On voit seulement c(ue le pape lui écrivit pendant le synode, pour lui reprocher les brutalités doul il s'était rendu coupable à l'égard de ses collègues et lui ordonner de venir rendre compte de sa conduite à Rome -. Une lettre })ostérieure du pape à Henri prouva que ce synode s'()[)posa également à V inv^ealilure des laïques ^. Dans cette lettre le pape reproche au roi d'agir en contradiction avec les belles promesses, dont il est prodi- gue. C'est ainsi qu'au mépris des statuts du Siège apostolique, il a donné dernièrement les églises de Ferino et de Spolète, comme si, sans l'assentiment du pape, quelqu'un pouvait donner une église quelconque. Le pape continue: «L'année dernière, au synode romain, nous sommes revenu aux ordonnances et à la doctrine des Pères, et, sans rien introduire de nouveau et de personnel, nous avons remis en vigueur la règle fondamentale et primitive de la discipline ecclésiastique *. Personne, en effet, l)as même le pasteur, ne doit suivre une autre voie que celle (jui a été indiquée par le Christ lorsqu'il dit : Je suis la porte, celui 1. Regislrum, 1. II, n. 33 ; Mon. Gregor., p. 171 ; Reg. pont, rom., n. 493''i (H. L.) -. Il le cite à Rome pour le l'^'' novembre, Regislrum, 1. II, n. 52 ; Mon. Gregor., p. 168; Rcg. pont, rom., n. 4930. (H. L.) 3. Voir § 575. Lettre du 8 (?) décembre 1075, Registrum, 1. III, n. 10 ; Mon. Gregor., p. 128 ; Reg. pont, rom., n. 4972. La date du 8 décembre est soutenue et jusc[u'à un certain point prouvée par Floto, Kaiser Heinrich IV, t. ii, p. 71 ; il faut lire 6 id. dec. et non 6 id. jan.; O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 131-133; Gicsebrecht, op. cit., t. m, p. 1133 : Niliil novi, nihil adinventione, nostra slatiientes ... Allamen ne hœc supra modum tibi gravia aut inirpia viderenlur, per tuos fidèles tibi inandavimus... mitlcres ad nos, quos sapientes et religiosos in regno luo invenire passes ; qui si aliqua ralione demonstrare ce/ adstruere passent, in quo... promulgatam sanctarum patrum possemus temperare sententiam, eoruin consiliis conscenderemus. (H. L.) 4. Voir § 492. Le VIII° concile œcuménique régla que «la nomination d'un évêque doit, contormémcnt aux canons, avoir lieu par le choix et le décret du collège des évc(jvies et qu'aucun prince temporel ne doit, sous peine d'anathème, se mêler de cette .élection, o Can. 22. 128 LivtiE XXXI qui entre par vwi obtiendra la vie éternelle ^. Beaucoup, préférant l'honneur des princes à l'honneur de Dieu, trouvent un joug et une charge insupportables. Nous sommes persuadé que c'est au contraire une vérité et une lumière nécessaires au salut et qui doivent être acceptées et suivies, non seulement par toi et par les tiens, mais aussi par tous les princes et les peuples chrétiens ^. » Arnulf, historien milanais contemporain, attribue aussi à ' î- • • • ['171 notre synode le décret contre l'investiture laïque ; il écrit : L ' « Le pape déclara publiquement dans un synode tenu à Rome que le roi (Henri IV) n'avait aucun droit à donner desévèchés, et il défendit à tous les laïques de conférer l'investiture des charges ecclésiastiques ^. « Un autre contemporain, Hugues abbé de Flavigny (près d'Autun), est moins concis, mais il place ce synode, avec diverses affaires qvii s'y rattachent, en 1074 ; ce qui a induit Baronius en erreur, et lui a fait rapporter le décret contre les investitures à l'année 1074 *. Voici ce texte de Hugues de Flavigny : « Le pape Grégoire s'étant aperçu que, contrairement aux lois de l'Église, le donum régis ou Vinvestitura ex dono régis l'emportait sur l'élection, et même que l'élection canonique était souvent ainsi altérée ou anéantie, le défendit à tout jamais, à cette époque, sous la menace d'anathème, dans un synode romain de cinquante évêques, et en présence de beaucoup de prêtres et d'abbés, où il rendit le décret suivant : Si quis dein- ceps episcopatum vel ahhatiam de manu alicujus laicse personae susceperit, nullatenus inier episcopos habeatur, nec ullaei ut episcopo i'el abbati audientia concedatur. Insuper ei gratiani beati Pétri interdicimus, quoadusque locum, queni cepit, non deserit. Simili- ter etiam de injerioribus ecclesiasticis dignitatibus constituimus. Item : Si quis imperatorum, ducum, marchionum, comitum, çel quilibet sœcularium potestatum aut personarum investituram epis- copatus çel alicujus ecclesiasticse dignitatis dure prœsumpserit, ejusdem sententiœ çinculo se adstrictum sciât ^. Aûn de prouver que 1. Joa.. X, 9. 2. Registrum, 1. 111, n. 10; Mon. Grc^ur., p. 218 ; Rv^. puni, voin., ii. 4972. (H. L.) 3. Arnulf, Gesla archiepisc. Mediolau., 1. V, c. vu, dans Mon. Germ. Iiist., Scripl., t. VIII, p. 27. 4. Pagi, Critica, 1689, ad ann. 1075, n. 2 ; Giesebrccht, dans Miliich. Iiistur. Jahrb., 1866, p. 188 ; Waltciich, \'i(x pontif. rom., t. i, p. 365. 5. Hugues de Flavigny, dans Mon. Germ. hist., Script., t. viii, p. 412. 572, CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 129 cette ordonnance du pape n'était pas une nouveauté, Hugues (le Flavigny en appelle à plusieurs anciens canons. Le second Uvre d'Anselme de Luccpies contre Guibert ^ i)rouve que Hugues de Flavigny a bien cité le texte aulhentique du décret, car Anselme insère ce même texte ^. La défense portée par le pape contre l'investiture laïque était fondée et légitime. L'investiture est une institutio corporalis ou [^i8] installatio, c'est la mise en possession de la charge de celui qui est élu, nommé ou confirmé, par la remise des vêtements ou des insignes qui distinguent cette charge ou fonction. Or, de même qu'un évêque ne saurait posséder le droit d'investir de leur charge les oiliciers royaux, ni de leur conférer les insignes de levirs grades militaires, de même, si l'Eglise n'est pas une simple administration civile, le roi n'a pas le droit de remettre à un évêque ou à un curé le bâton pastoral et les clefs de l'église. Même au xix^ siècle, le droit civil n'a jamais soulevé à l'égard de l'Eglise semblables prétentions, et toute investiture des clercs se fait par les supérieurs ecclésiastiques. Néanmoins, la prohibition des investitures laïques ne pouvait aller jusqu'à enlever au roi toute influence sur la nomi- nation aux évêchés et autres bénéfices; c'aurait été, surtout pour l'Allemagne, une prétention exorbitante ; car, dans ce pays, évêques et abbés avaient titre et rang de princes, et l'empereur avait le plus grand intérêt à conférer les bénéfices à des hommes capables de contre-balancer les velléités d'indépendance qu'affi- chaient souvent les vassaux temporels, La difficulté de laisser au roi ou à l'empereur cette influence, sans nuire toutefois au principe ecclésiastique, prolongea et envenima la querelle des investitures jusqu'à ce que le concordat de Worms eût for- mulé la véritable solution ^, A l'interdiction de l'investiture laïque se rattache étroitement le principe suivant : « Aucun clerc ne doit recevoir d'un laïque une charge ecclésiastique, » Ce principe n'est, en somme, que la prohibition des investitures laïques envisagée sous un autre aspect, IjC principe oblige les ecclésiastiques, la prohi- bition atteint les laïques : l'un et l'autre sont parfaitement légitimes. Il est dans l'ordre des choses qu'un clerc ne puisse 4. Voir § 365. 2. Pagi, Crilica, ad ann. 107r>, n. 5 ; P. L., t. cxlix, col. 'iGS. 3. Voir § 611. CONCILES - V -9 130 LIVRE XXXI recevoir d'un laïque une charge ecclésiastique, par une colla- tion de juridiction proprement dite. Seule, la puissance ecclésias- tique est apte à conférer des charges ecclésiastiques. Toutefois, la donation par les laïques peut cli-e conditionnelle \ sous iorme de présentalton ou nomination; et comme ce droil de présentation ou de nomination ne pouvait être refusé aux laïques, et que, d'un autre côté, le texte du décret synodal ne comportait aiHuno restriction, on a ])u facilement le regarder comme une al teinte aux très anciens droits de. patronage et autres, exercés par les laïques sur des Eglises particulières ^. Si la lettre de Grégoire VII à Sicard, patriarche d'A<[uilée est bien du 23 mars 1075, il faudrait en conclure que notre synode ne s'est pas borné à porter les décrets mentionnés, mais a renouvelé les défenses de raiiuée précédente contre la simonie cl le concul)iuage. Dans cette lellre, en effet, Grégoire informe Sicard (lu'au synode du dernier carême, il a ordonné [^li)] l'éloignement des concubinaires et la déposition des simonia- ({ues ■^. Cette information est d'autant plus vraisemblable que, le 3 mars 1075, deux jours après la clôture du synode, le pape félicite les bourgeois de Lodi, (jui avec leur évêque Opizo combattaient activement la simonie et la corruption du clergé. En revanche, il blâmait à cette même date Dietwin, évêque de Liège, qui avait vendu des charges ecclésiastiques. Le pape lui prescrivait de s'amender, d'imposer à son clergé une vie chaste et de l'obliger à renvoyer les concubines ^. Plusieurs lettres de Grégoire adressées vers ce même temps à des prélaLs français et allemands, prouvent son ardeur à combattre contre la simonie et le concubinage des clercs. Les lettres à Manassès, archevêque de Reims •*, et à Yves, abbé de Saint-Denis ^, annoncent l'institution de légats spéciaux 1. P. Iinbart de la Tour, Les origines religieuses de la France, Les paroisses rurales du iv'' au xi^ siècle, in-8, Paris, 1900. (H. L.) 2. Regislrum. 1. TI, n. 02; Mon. Gregor., p. 182; Reg. pont, roin., n. 4943. (H. L.) 3. Regislrum, I. II, n. 55; Mon. Gregor., p. 173; Reg. pont, rom., n. 4936. (H. L.) 4. Registrum, 1. II, n. 58; Mon. Gregor., p. 178 ; Reg. pont, rom., n. 4939. (H. L.) 5. Regislrum, 1. II, n. G^ii Mon. Gregor., p. 18 1; Reg. pont, rom., n. 4940. (H. L.) 572. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1075 131 pour la France; une autre informe les moines de Saint-Denis que leur abbé devra comparaître devant ces légats, pour y répon- dre de l'accusation de simonie ^. Le 29 mars 1075, Grégoire écrivit à l'excellent évcque Burchard d'Halberstadt, l'encou- raseant à lutter vaillamment contre la simonie et le conçu- binage, afin (jue l'ivraie fût arrachée du champ de l'Eglise '^, — Une autre leltrc ^ du même jour à Annon, archevêque de Cologne, lui rappelle d'abord les liens qui rattachent depuis longtemps l'Église de Cologne à sa mère l'Église romaine, et engage l'archevcque à combattre de toutes ses forces la corruption du clergé et à convoquer des conciles provinciaux ; il faut aussi à tout prix exécuter le décret porté contre la simonie. Une troi^ sième lettre * (29 mars), à Wezelin, archevêque de Magdebourg, contient les mêmes exhortations. Le pape conseille d'abattre les murailles delà nouvelle Jéricho au chant d'un psaume sacerdotal, c'est-à-dire de détruire dans le clergé les sentiments de concu- piscence. [50] On pourrait s'étonner de ce que ces lettres ne mentionnent pas le récent décret synodal contre les investitures laïques. Mais celui-ci concernait surtout les princes et attaquait leurs droits prétendus ; il devait donc être d'abord accepté par ces princes avant d'être publié partout comme loi. C'est ce que dit Grégoire dans une lettre au roi Henri : « Afin que ce décret (contre les investitures laïques) ne te paraisse ni dur ni désagréable, je t'ai proposé de m'envoyer quelc£ues hommes sages et pieux ; car si cela peut se faire sans porter atteinte à l'honneur que nous devons à Dieu, je suis tout prêt à adoucir cette sentence ^. » 1. Registrum, 1. II, n. 65; Mo?i. Gregor., p. 184; Reg. pont, rom., n. 4947. (II. L.) 2. Regisiiutn, l. II, ii. G6; Mon. Gregor.. p. 184; Reg. pont, rom., n. 4948. (H. L.) 3. Registrum, 1. II, n. 67; Mon. Gregor., p. 187 ; Reg. pont, rom., n. 4950. (H. L.) 4. Registrum, 1. II, n. 68; Mon. Gregor., p. 188; Reg. pont, rom., n. 4950. (H. L.) 5. Voir § 575. Le Registrum de Grégoire VII nous offre, intercalées sans date, entre deux lettres datées toutes deux du 3 et du 4 mars 1075, Registr., ii, 55-56, une suite de sentences célèbres, connues sous le nom de Dictatus papœ, dans lesquelles, disait avec magnificence et inexactitude J. Dollinger, Grégoire « a condensé le système entier de la toute-puissance et de la majesté papales. » Ces vingt-sept sentences impérieuses oiit donné lieu à de nombreux débats. 132 LIVRE XXXI 573. Guerre contre les Saxons ; concile de Mayence doctobre 1015. Tandis (|uc, dans le synode du carême de 1075, Grégoire clierchail à ordonner et à (lé\'elopj)er la réforme de l'Eglise, Henri IV se préparait à guerroyer contre les Saxons, pour les châtier de leurs invasions de l'année précédente. Il était surtout irrité contre le duc Magnus et Otton de Nordheim, jadis duc de Bavière, clief des Saxons, et contre les évêques Burchard d'Halberstadt cl Wezelin de Magdebourg. On fit tous les eiïorts imaginables pour apaiser le roi; les Saxons lui envoyèrent ambassade sur ambassade ; ce fut en vain, Henri voulait se venger. Afin d'y mieux réussir, il réunit une armée comme on n'en avait vu de mémoire d'homme ; il obligea même des princes et des prélats malades à venir avec lui, et partit persuadé qu'il allait enfin commencer à illustrer son nom par l'éclat de ses victoires. Il y eut, près du monastère de Hohenbourg, non loin de Langensalza (Thuringe), le 9 juin 1075, une bataille désastreuse pour les Saxons et les Thuringiens ; Henri fit dévaster et piller tout le pays, au point que bientôt les vivres mancjuèrent et le roi dut fixer au 22 octobre la fin de l'expédition ^. Baronius, Annules, ad ann. 1076 et Labbe, Concilia, t. x, col. 358, les reportent au concile de 1076; M. F. Rocquain, Quelques mois sur les « Dictatus papx >', dans la Bibliollu'que de V École des chartes, 1872, p. 378-385, les rattache au concile du carême 1075 ; élaborés entre le 24-28 février, ils trouvent place dans le Registrum entre les 3 et 4 mars. Pour le texte, Mon, Gregor., p. 174 sq. ; Mansi, Conc. ainpliss. co/Z., t. XX, p. 168 ; W. Martens, Gregor VII, sein Lehenund sein Wirken, in-8, Leipzig, 1896, t. ii, p. 314-334. Pour l'aulcui', J. Voigt estimait (pi'il importe peu; Fleury n'en voulait aucun, car le document était apocryphe ; Lœwenield, Die Canonensammlung des Cardinals Deusdedil uud das Register Gregors V'//, dans JSeues Arcliii' Gcs. dit. deulsclie (Jesclt., iSSïi, t. x, p. 309-329; E. Sackur, Der Dictalus Papœ und die Canonensammlung des Deusdedil, dans même recueil, 1893, t. xviii, p. 137-153, attribuent le recueil au cardinal Deusdedit. (H. L.) 1. Gfrôrer traite en détail de cette expédition, Gregor VII, t. \ii, p. 437 sq. Cf. Giescbrccht, Kaisergescli., 4^ édit., t. m, p. 309 sq. [Lambert de Hersfeld, Annales, dans Mon. Germ. liist., Scripl., t. v, p. 266 sq. ; Berthold, Chron., dans Mon. Germ. liisL, Scripl., t. v, p. 278 sq. ; Bruno, De bello Saxonico, c. xi.vi, dans Mon. Germ. Itist., Script., t. v, p. 345 ; ci. A. Zweck, Die Griindc des Sachsenkrie- 573. GUERRE CONTRE LES SAXONS 133 Dans cette guerre, Siegfried, archevêque de Mayence, déploya une grande activité et montra au roi une bonne volonté trop empressée, lorsque, pour calmer les consciences alarmées par le carnage de Hohenbourg et les dévastations de la Thuringe, il excommunia solennellement tous les Thuringiens coupables d'avoir troublé l'année précédente le synode d'Erfurt. [51] Grégoire VII avait exhorté Siegfried, ainsi qu'Annon de Cologne, à tenir des conciles provinciaux pour l'extirpation delà simonie et du concubinage ; mais Siegfried gardait mauvais souvenir de la réunion d'Erfurt, et d'ailleurs, la guerre lui avait pris tout son temps. Il chercha donc à démontrer au pape l'impossi- bilité de réunir un concile dans le moment présent, d'autant que beaucoup d'évêques (saxons) n'oseraient s'y rendre, par crainte du roi. Le 3 septembre 1075, Grégoire lui répondit en l'y exhortant plus vivement^. En termes énergiques et même éloquents, il lui demande de faire preuve d'un courage aposto- lique, et lui montre le peu de fondement de ses excuses. Il sait bien que les clercs mondains et débauchés détournent l'arche- vêque de travailler à la vigne du Seigneur, mais le pasteur ne doit pas ressembler au mercenaire qui s'enfuit devant le loup, ni se montrer moins courageux que les soldats toujours prêts à exposer leur vie pour leur maître. Les évêques qui ne pourraient venir au synode devront y envoyer des fondés de pouvoir ; l'archevêque doit extirper la simonie et le concubi- nage, et faire une enquête contre l'évêque de Strasbourg, qui, sans parler de beaucoup d'autres méfaits, était accusé de simonie ^. Le concile de Mayence, célébré en octobre 1075, et dont parle Lambert de Hersfeld, fut le résultat de ces exhortations. Avant la nouvelle expédition contre les Saxons, l'archevêque Siegfried réunit ses sufîragants pour leur communiquer les ges unter Ileinrich /T im Jahre 1015, in-8, Kônigsberg, 1881 ; R. ^Ya^emann, Die Sachsenkriege Kaiser Ileinrichs IV, Rostock, 1892 ; J. Eckerlin, Die Ursa- chen des Sachsenaujstandes gegeii Ileinrich I\\ Buig, 1883; A. Hahn, Progr., Dramburg, 1885 ; R. liefïenbach, Die Sireitjrage zwischen Kônig Ileinrich IV und den Sachsen, Kônigsberg, 1886 ; H. llUmann. Zum Verstàndnis der Siich- sischcn Erhehung gegen Heinrich I\', dans Ilislorische Aufsâlze dem Andenhen an G. Waitz gewidmet, Ilannover, 1886. (H. L.)] 1. Mon. Gcrin. liisl., Script., t. v, p. 228. 2. Registrum, 1. III, n. 4 ; Mon. Gregor., p. 207 ; Beg. ponl. rom., n. 4964. (H. L.) 134 LIVRE XXXI décrets du pape contre la simonie et le concubinage, et pour abattre Burchard, évêque d'Halberstadt, dont l'influence avait détourné les Saxons de la soumission. Il projeta de le citer au synode et de procéder contre lui comme traître au roi, mais aucun messager n'osa traverser la Saxe soulevée jusqu'à Hal- berstadt pour remettre la citation. D'un autre côté, Henri, (-52] évêque de Coire, représentant du pape, fut chargé de remettre au concile une lettre pontificale, ordonnant à l'archevêque de forcer tous les prêtres de son diocèse à quitter immédiatement leurs femmes, ou à renoncer à tout jamais au service des autels. L'archevê({ue ayant voulu exécuter ces ordres, les clercs s'exprimèrent de telle sorte et manifestèrent une telle rage qu'il craignit de ne pouvoir sortir sain et sauf du synode ; aussi se promit-il dès lors de ne plus s'occuper de cette affaire et délaisser le pape agir comme bon lui semblerait ^. Binterim, qui place à tort ce synode en 1076, a mal com- pris le texte de Lambert et a cru que c'était le légat, l'évo- que de Coire, qui avait été maltraité dans l'assemblée ; il commet une nouvelle erreur en plaçant après le synode de Mayence la circulaire de Siegfried à ses sufîragants, éditée par Schannat ^. L'archevêque dit, en résumé : Les légats envoyés par le pape pour les réformes ecclésiastiques, et en particulier pour la remise en vigueur du célibat, ont rempli leur mission et forcé les uns par la suspense, les autres par l'excommuni- cation, à abandonner leurs concubines, mais ils n'oAt presque rien obtenu auprès d'un grand nombre. Lui-même fait sur cette situation un rapport au pape, cjui lui a permis d'user de dou- ceur et de miséricorde, puisque les coupables sont en si grand nombre. Aussi a-t-il enjoint à ses sufYragants de lui défé- rer f[uiconc{ue serait coupable sur ce point, et il défend, en vertu de l'autorité apostolique, de donner des dispenses à ces clercs ^. Une telle ordonnance, portée après le concile de Mayence, me semble inconciliable avec l'assertion de Lambert, disant qu'après ce synode Siegfried ne voulut plus s'occuper de la 1. Coll. regia, t. xxvi, col. 568 ; Labbe, Concilia, 1. x, col. 345 ; Hardoiiin, Cane, coll., t. vi, col. 1551 ; Coleti, Concilia, t. xir, col. 581 ; Mansi, Conc. ampliss coll., t. XX, col. 455. (H. L.) 2. Binterim, Deutsche Concil., t. m, p. 435. 3. Hartzhcim, Conc. Germ., t. m, p. 175 574, AUTRES CONCILES DE l'a.NNKE 1075 135 réforme. On la comprendrait avant ce synode en admettant que les mesures de douceur du décret papal fussent une suite de l'intervention de Siegfried auprès du pape après le synode d'Erfurt. Mais il est difficile d'admettre ces adoucissements [53] à la loi quand les lettres antérieures à Siegfried témoignent sans exception du contraire. Aussi hasarderai-je cette hypo- thèse : le document découvert par Schannat serait le projet d'une encyclique qui n'a pas été publiée, parce qu'elle n'a pas été approuvée par Rome. Comme il l'avait promis à Erfurt, l'archevêque devait demander à Rome l'indulgence pour les clercs mariés. Il était dans la nature des choses qu'il propo- sât un moyen terme à la fois acceptable à Rome et au clergé de Mayence. Or, notre document répond assez bien à cette exi- gence. Il commence par mettre en relief la condescendance du pape ; c'est comme le miel avec lequel on veut attirer les conçu binaires et, pour amener Rome à consentir à ces mesures de douceur, on décide que le concubinaire ne pourra désormais dire la messe et sera envoyé au métropolitain. Aucun évêque sufîragant ne devra désormais permettre à un clerc marié d'exercer des fonctions ecclésiastiques. A première vue, ces mesures semblent rigoureuses, mais l'habileté du métropolitain pouvait lui suggérer d'ingénieux ménagements à l'égard de chaque clerc en particulier. Grégoire rejeta certainement ces propositions ; il refusa à l'archevêque cette puissance quasi- papale que lui attribuait le projet de circulaire, et exigea la con- vocation d'un nouveau concile provincial pour l'exécution de ses décrets. Ainsi s'explique la présence du document dans les archives de Mayence, et son absence des archives épiscopales de la province. 574. Autres conciles de l'année 1015. En cette même année 1075 se réunirent quelques autres conciles que nous groupons ici afin de ne pas nous écarter de l'ordre chro- nologique, car ils sont étrangers aux grandes luttes engagées par Grégoire VII. Deux de ces synodes se sont tenus à Poitiers, l'un dans la ville même, l'autre dans le monastère voisin de Saint- Maxence. Dans le premier, au dire du Chronicon Malleacense, 136 LIVRE XXXI Bérenger faillil vive massacré. Une lettre de Lanfranc nous apprend que cette scène fui provoquée par l'aiïirmalion de Bérenger que saint Hilaire de Poitiers, dont ou lui opposait l'autorité, était hérétique. L'autre synode, celui de Saint- Maxence, s'occupa du mariage de Guillaume de Poitou, Ces deux L^ M synodes se tinrent, l'un le 25 juin, l'autre le 13 janvier sui- vant, mais on no sait si ce fui en 1074 et 1075, ou en 1075 el 107G \ 1. Labbe, Concilia, (. x, col. 345, o4G, 1815 ; Coleti, Concilia, l. xii, col. 585; Pagi, Critica, ad aiin. 1075, ii. 4 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, part. 1, col. 1551 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 447 ; Sudendorf, Bcrengarius Turo- nensis, Hamburg, 1850, in-8, p. 50. Dans sa deuxième édition, Hofele, revenant sur la date du concile, dit que, d'après les lettres de Grégoire VII et les données du Clironicon IMalleacensc, il y a lieu de croire que le concile qui s'occupa de l'affaire du mariage du comte Guillaume est certunement le même dont il a été question plus haut (Voir§ 571), celui dont Grégoire parle dans ses lettres du 10 septembre et du 16 novembre 1074 ; il fui tenu par ses légats et interrompu violemment par l'évêque Isembert. On doit donc le fixer à l'année 1074. Depuis le concile de Rome en 1059, dans lequel il avait fait piètre figure, Bérenger avait vu d'abord ses affaires aller de mal en pis. Le 14 novembre 1069, le comte d'Anjou, Geoffroy, était mort. Eusèbe Brunon, l'évêque d'Angers, avait commencé à se refroidir et bientôt l'avait abandonné à la suite d'un colloque d'évêcpies et de théologiens tenu à Angers en 1062. Eusèbe Brunon, pour couper court à toute discussion, manda à Bérenger d'avoir à s'abstenir désormais de toute dispute publique et de se taire sous peine d'excommunication: son affaire ayant été jugée et condamnée par quatre conciles tenus à Tours (1050 et 1054), à Angers (1062) et à Rome (1059). (De Roye, Vita, hxresis et pœnitenlia Berengarii Andr- gavensis archidiaconi, p. 48-50). En 1062, le nouveau concile d'Anjou lui interdit l'accès d'Angers et ses propriétés situées aux environs de la ville furent mises au pillage. « L'affaire fut portée à Rome. Le prieur Rahard d'Orléans et révêcjue de Nantes, qui s'étaient rendus auprès du pape, rapportèrent à Bérenger la béné- diction apostolique d'Alexandre II, qui l'exhortait en même temps à supporter avec patience les persécutions. Bérenger, content d'avoir l'appui du pape, résolut de lui demander une lettre spécifiant qu' 1 le prenait sous sa protection. Mais n'osant pas s'adresser directement au Saint-Siège, il envoya au cardinal Etienne, en 1065, une lettre où il lui dépeignait sa position pénible (Sudendorf, op., cil., p. 224, en 1073 ; Bishop, Gôrreszeitschrift, 1880, t. i, p. 275, en 1064 ; Schnitzer, Bcrengar von Tours, p. 81 et J. Ebersolt, Bérenger de Tours, p. 142, en 1065). Le cardinal dut présenter au pape la requête de Bérenger, car Alexandre II lui écrivit (Gôrreszeitschrift, t. i, p. 273) pour lui témoigner sa compassion et pour l'engager à supporter son malheur, lui rappelant la parole du Sauveur : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. » En même temps, le pape donnait l'ordre à l'archevêque de Tours, Bartholomé, de prendre Bérenger sous sa protection et de faire cesser au plus vile les persécu- 57 1. AVir.ns conciles de l'annke 1075 137 Nous avons des renseignements plus précis sur le concile général tions dirigées contre lui; Bishop, clans Gorreszeilschrifl, t. i, p. '2~'i ; De Roye, Vila, etc., p. 75-76. Le comte d'Anjou lut irrité de cette mesure et comme, par la mort de l'évêque du Mans Bulgrin, et par celle d'Albert, abbé de Marmou- tiers, deux postes ecclésiastiques étaient vacants, il suscita au pape des difTicul- cultés à ce sujet. A peine avait-il appris la vacance de ces deux sièges, qu'Alexandre II donnait l'ordre à l'archevêque de Tours que rien, dans l'élection des nouveaux titulaires, ne se passât contre les règles du droit canon, lîartholomé réunit aussitôt une assemblée à Orléans, le comte y assistait, mais ni les exhorta- tions des dignitaires de l'Eglise, ni les objurgations des laïques présents ne purent calmer sa violence ; il voulait même s'emparer de la personne de l'archevêque. Rendu encore plus furieux de la protection ouverte accordée à Bérenger par le pape, il se vengea en dévastant les domaines de l'archevêque de Tours. Les évêques prononcèrent alors une sentence d'excommunication contre le comte, « cet ange de Satan, » et prirent des mesures pour faire confirmer cet arrêt par le pape. Alexandre II envoya à l'excommunié une lettre, Gorreszeilschrifl, t. i, p. 27'i, où il s'étonnait de voir le comte mépriser ainsi l'autorité de saint Pierre. Il le conjurait une dernière fois de cesser les poursuites contre Bérenger, «dont la vie et la conduite, d'après certains hommes pieux, avaient été trouvées dignes de Dieu. » Le comte méprisa ces exhortations et le pape prononça définitivement contre lui la sentence d'excommunication (fin 1067 ou début 1068. Giirreszeil- schrifl, t. I, p. 297). » J. Ebersolt, dans la Revue de ihist. des religions, 1903, t. xLviii, p. 141-143. Bérenger crut pouvoir enfin respirer. Vers 1068 ou 1069, il écrivit un traité dont on ne possède que quelques fragments : Adversus Lanfrnncum, Traclalus de corpore et sanguine Doinini; il y injuriait le concile, le pape Nicolas et le cardi- nal Humbert. A ce pamphlet, car ce n'était que cela si on en juge d'après le ton de ce qui s'est conservé, Lanfranc répondit par un écrit solide qui ramassait toute la controverse et exposait la doctrine : Liber de corpore et sanguine Domini adversus Berengarium Turonensem, P. L., t. cl, col. 407-442; Bouquet, Recueil des historiens des Gaules t. xi, p. 191, 242 ; Mon. Germ. historica, Script., t. vi, p. 471. Ce traité, dont il est possible et même assez probable que Lanfranc retoucha et augmenta les éditions successives (D. Crozals, Lanfranc, archevêque de Can- torhénj, sa vie. son enseigriemenl, sa politique, p. 83), a dû être écrit et complété entre 1059 et 1070. Ce traité eut un immense retentissement et on crut longtemps que Bérenger, enfin réduit au silence, avait quitté la lutte et renoncé à l'erreur. Mais Lessing trouva dans la bibliothèque de Wolfenbuttel une réponse hargneuse au livre de Lanfranc : Berengarii Turonensis De sacra csena adversus Lanfrancum (dans Lessing, Gesammelle Werke, t. viii, p. 314-423, Berengarius Turonensis, 1770 ; Vischer, Berengarii Turonensis, De sacra cœna, adversus Lanfrancum liber posterior, Berolini, 1834), dont la rédaction peut appartenir à l'année 1073. C'est une diatribe remplie d'insolences contre le pape et le cardinal Humbert, qui ne font pas oublier la lenteur de l'exposition et la contusion des idées, œuvre médiocre à tous points de vue. En 1075, on tint le concile de Poitiers sous la présidence du légat du pape Ciérald et on y discuta la question (pii occupait tous les esprits, celle de la présence 138 LIVHK KXXl anglais tenu à Londros en 1075, sous la présidence de Lanfranc ^ réelle dans l'Eucharistie. Grégoire VII était pape depuis deux années et, à torl ou à raison, on le représentait comme bienveillant à la personne de Bérenger ; il ne démentit pas cette rumeur quand on le vit décider, contrairement au légat Hugues de Die, que Bérenger pouvait rester en possession de ses titres, notam- ment de celui d'archidiacre d'Angers, à condition de garder le silence. (II. L.) 1. CoU. ref^ia, I. xxvi, col. 569 ; liabbe, Concilia, t. x, col. 346-350 ; Hardouin, Coll. concil., t. VI, pari. 1, col. 1575 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 587 ; Wilkins, Cn?ic. Brilann., 1737 ; t. i, col. 363-36'i ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. ''i-'iO ; E. A. F-reeman, The historif of (he norman cnnqnest of England, ils causes and iis resiills, in-8, Oxford, 1871, t. iv, p. 'il 4-41 7; A. du Boys, Lanfranc et Guillaume le ConqitcranI, dans la Rei^ue des Qusst. hisl., 1881, t. xxx, p. 349- 352. ; O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 377. Freeman relève, avec juste raison, l'importance de la mesure relative avi transfert des sièges épiscopaux pour l'histoire future de l'Eglise en Angleterre. Le régime de bouleversement chroni- que auquel les invasions soumirent ce pays pendant plusieurs siècles avait nivelé presque tout et fait disparaître des villes dont l'importance à l'époque romame ou saxonne appelait naturellement la fondation d'un siège épiscopal. S'obsfiner à demeurer svir ces emplacements désolés et à peu près délaissés équivalait à renoncer à l'influence et au prestige indispensables. L'organisation et l'administration ecclésiastiques se modelaient sur l'organisation et l'adniinis- tration provinciales et municipales à l'époque romaine. A l'époque barbare, bien des frontières avaient été modifiées et les partages d'états à titre d'héri- tages princiers avaient causé un trouble profond par suite de la confusion qui en était résultée pour les jmidictions ecclésiastiques. Au lieu que jadis, une superpo- sition presque exacte de la topographie épiscopale sur la topographie civile réduisait les chances de conflits, il n'en était plus de même depuis qu'un évêquc sujet de tel prince et résidant sur son territoire gouvernait un diocèse situé en partie dans les états d'un autre prince voisin, rarement allié, le plus souvent ennemi de son souverain. L'unité politique des grands étals de nos jours nous laisse à peine concevoir le détail de ces situations embrouillées et enchevêtrées à l'excès. Dans les Iles Britanniques la répartition des diocèses fut longtemps inspirée plutôt par les convenances politiques, vu le rôle départi aux évêques, que par les préoccupations strictement apostoliques. L'évangélisation du pays s'était accomplie dans des conditions très différentes de celles de l'Italie ou de la Gaule; au lieu de conquérir pied à pied, on avait taillé, sous la protection bien- veillante des rois convertis au christianisme, des territoires plus ou moins vastes autour d'une agglomération monastique ou canoniale, servant à l'évêque de quartier général. Ces agglomérations, qui donnèrent souvent naissance à des villes, ne se développaient toutefois que lentement et leur importance était sans comparaison avec celle de cités romaines ou même nvec celle des centres barbares. Le siège épiscopal se trouvait donc souvent isolé, c'était une sorte de camp monastique, parfois d'accès difTicile, comme à Saint-David et à Lindisfarn. Une semblable situation pouvait offrir un lieu de retraite agréable, mais imposait absolument à l'évêque, s'il voulait remplir les devoirs de sa charge, d'en sortir pour se ménager un élablissemenl }ilus accessible. Certains le comprirent, hommes 574. AUTRES CONCILES DE l'aNNÉE 1075 139 Ses actes, conservés à trois exemplaires, peuvent se résumer d'action et d'apostolat, ils montrèrent la solution. En 995, le siège cpiscopal de Lindisfarn était transféré à Durham ; toutefois, on peut se demander si c'était bien le sens des nécessites apostoliques qui avait déterminé et inspiré cette décision. A Durham il fallait fonder une ville en même temps qu'un évêché, et le site n'avait peut-être été choisi qu'à raison de son admirable sécurité naturelle. En 1070, nous avons vu (§567) un concile tenu à Londres aborder cette question du transfert systématique des évêchés dans les grandes villes ; le concile de 1075 revenait à la charge. Un esprit aussi juste et un stratégiste en politique tel que Guillaume le Conquérant n'avait pu manquer d'apercevoir du premier coup d'œil quelle force morte c'était qu'une disposition aussi excentrique que celle que nous venons de décrire. A un exemple isolé tel que celui de Lindisfarn, à luie tentative timide telle que la translation des sièges de Devonshire et Cornouailles à Exeter, en 1050, sous Edouard le Confesseur, il fallait substituer une délibération et une décision officielle. Ce fut l'objet principal des conciles de 1070 et 1075. Le concile de 1075 se tint à Londres à Saint-Paul. Tous les évêques d'Angle- terre y assistèrent, à l'exception de Walcher de Durham qui donna une excuse canoniquement valable ; le siège de Rochester était vacant. Le lorrain Hermann qui avait réuni les sièges de Sherborne et Ramsbury se porta sur la colline fortifiée de Salisbury (Cf. Freemann, op. cit., t. i, p. 349. t. II, p. 406 ; t. IV, p. 488); ce n'était qu'une étape, un siècle et demi plus tard, Richardus (Foore) cujus consilio et aiixilio nova Ecclesia Saresherise nova inloco incepta est. ecclesia ceteri infra castelli msenia sita prius effracia atqiie snhmola, Stésand passa de Selsey à Chichester. Pierre passa de Lichfield à Chester, que son successeur abandonnerait pour Coventry. Ces trois mutations de sièges ne furent pas les seules qu'on vit s'accomplir sous le règne de Guillaume et de son succes- seur. Rémi de Fécamp transféra son siège épiscopal de Dorchester à Lincoln en 1085 ; Herfast se transporta de Elmham à Thetford en 1078, d'oîi son successeur passa à ^sorwich en 1101. En 1088, Jean de lours transféra son siège de Wells à Bath. Ce même concile de 1075 vit s'asseoir parmi ses membres le dernier membre de l'épiscopat saxon antérieur à la conquête ; Wulstan, évèque de Worcestor, pieux autant qu'ignorant. Le primat Lanfranc, gagné à la politique d'annexion et d'épuration, imagina de faire procéder à la déposition du titulaire. Le roi était tout acquis et la majorité moutonnière des évoques. ne résista pas. Une légende, qui courut alors et surtout depuis, racontait que Wulstan n'objecta rien à l'étrange réquisition à lui adressée de remettre son anneau et sa crosse à raison de son incapacité ; toutefois, il prétendit que, nommé par Edouard le Confesseur, c'était à celui-ci qu'il ferait un dernier hommage de ses insignes épiscopaux, et, quittant son siège, il s'approcha du tombeau du roi et y déposa sa crosse qu'on ne put en détacher. Le primat et le roi assez penauds dirent à Wulstan de reprendre sa crosse et de garder son siège. Ce petit scénario, qui n'a même pas le mérite d'être tout à fait nouveau, est un conte sans la moindre autorité. Guillaume n'assistait pas au concile et le concile, au lieu de se tenir à Westminster auprès de la tombe d'Edouard le Confesseur, se tint à Saint-Paul, (H. L.) 140 LIVRE XXXI ainsi : Tj'usage des conciles étant, tombé en désuétude depuis longtemps en Angleterre, on jugea devoir remettre en vigueur d'anciennes lois ecclésiastiques relatives au rang et à la préséance des évoques, à la pauvreté des moiiies, au cérémonial des synodes, à l'admission des clercs et des moines étrangers, à la simonie et aux degrés de parenté formant un empêchement aux mariages, aux diverses espèces de superstitions et à la translation des évêchés. Sur ce dernier point, oh s'autorisa du 6^ canon de Sardi- que pour permettre aux évêques de Sherburn, de Selsey [Scole- segia) et de Lichfield, le transfert de leurs sièges à Salisbury, à Chichester et à Chester ; pour les autres évêchés, on remit la décision jusqu'au retour du roi Guillaume le Conquérant, qui faisait une expédition de l'autre côté du détroit ^. La dernière des anciennes ordonnances remises en vigueur par le concile de Londres défendait aux clercs de condamner personne à la mort ou à la mutilation. Il est probable que le synode permit aux femmes et aux filles, qui avaient pris le voile pour se soustraire aux brutalités des soldats de Guillaume le Conquérant, lors de la conquête [55] de l'Angleterre, de rentrer dans le monde et de se marier. En 1075, à Bénévent, un concile composé de tous les évêques de la province fut présidé par l'archevêque Milon ^. Il régla la difficulté survenue entre l'évêque de Draconarium ^ (ce siège est maintenant uni à San Severo) et le monastère de Sainte-Sophie au sujet de la possession de deux églises et donna raison au 1 . Ainsi que nous l'avons vu ( § 5G7) , le synode de Londres, tenu en 1070, s'cccupa de la translation de plusieurs sièges épiscopaux. Gfrôrer suppose, Gregor VU, t. m, p. 510, qu'on avait choisi, pour en faire des résidences cpiscopales, les châteaux et villes de Salisbury, etc., afin d'empêcher que ces évoques ne tom- bassent au pouvoir des révoltés, s'il venait à éclater une nouvelle sédition, comme celle de Charles Radulf et Roger. Ex decretis summorum pontificum Damasi et Leonis, nec non ex conciliis Sardicensi et Laodicensi, in quibus prohibctiir episco- pales sedes in i>illis existerc, concessum est regia munificentia et synodali auctorilate episcopis de ifillis irnnsire ad civilales: llcriinauno de Siraburna ad Serisberiam, Stigando de Seleugeo ad Cicestrum, Petro de Licilfclde ad Cestrum, Guill. de Malmosbury, Cesta Pontij., p. 47; cf. Frecman, op. cit., t. iv, p. 417, noie -i. (H. L.) 2. 1er avril 1075. Labbc, Concilia, t. x, col. 1813-1 814; Hardouin, Conc.coll., t. VI, col. 155.'i ; Ursinus, Synodicon sanctgp Benevenlauensis Ecclesiae, in-fol., Romœ, 1724, p. 19-22 ; Coleti, Concilia, 1. xii, col. 583 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 445. (H. L.) 3. Dragonaria, en Terre de Labour, élevé au rang d'évèché, en lOGl, cf. Capellelti, Chiese Ital, 18G4, t. xix, p. 337-340 ; Ughelli, Italia sacra, 1062, t. viii, col. 394-407 ; 2^ édit., col. 274-283. (H. L.) 575. QUESTION UK l'ÉGLISE DE MILAN 141 monastère. On n'a que très peu de renseignements sur les grands synodes que Gérard, archevêque de Siponto, réunit sur l'ordre du i>ape à Spalalo, en Dalmatie \ et sur le concile général a(iuilain célébré à Saintes 2. Frotard, évêque d'Albi, fut sus- pendu cL excommunié i)0ur simonie dans un concile de Tou- louse où fut sacré le nouvel évêque de Rodez ; ce concile ne s'est pas tenu en 1075, mais en 1079, ainsi que l'ont prouvé les auteurs de Gallia christiana ^. 575. Le roi Henri, Cencius et Guibert contre Grégoire. Question de l Église de Milan. C'était un des plus tristes côtés du caractère d'Henri IV de ne pouvoir pas plus supporter le bonheur que le malheur. La prospérité l'enivrait, l'adversité l'accablait et en tous temps il se montrait impatient de fautes à commettre. On le vit bien lors- que, après sa victoire de Hohenbourg, il prit une sorte de plaisir à altérer ses relations jusqu'à ce moment assez cordiales avec Rome. Plusieurs chroniqueurs contemporains rapportent et les faits prouvent, qu'Henri rappela à sa cour des clercs excommuniés, qu'il distribua selon son caprice et contre deniers comptants évêchés et abbayes, et conféra les investitures par l'anneau et par la crosse *. Cependant, au cours de son expédition victorieuse contre les Saxons, Henri avait écrit au pape une lettre amicale et pleine de promesses ^. « Votre Sainteté, écrit Henri IV, doit savoir que presque tous 1 . l']ii 1075, Mansi, Concilia, Suppl., 1748, t. 11, col. Il : Conc. ainpliss. coll., i. XX, col. 455, 457. En 1076, Mansi, Concilia, Suppl. , t. 11, col. 17 ; Conc. amf)li.ss. coll., t. xx, col. 473; Farlali, Ilhjriciim sacnun, l. m, p. l'iO. (H. L.) 2. Hardouin, Conc. coll., t. iv, col. 1551 ; Gallia clirisliana, l. 11, part, l, col. 473-474; Mansi, Concilia, Suppl., t. II, col. 7; Conc. ainpliss. coll., t. xx, 455. (H. L.) 3. Baluze, Miscellanea, t. v, p. 416, 432; Mansi, Concilia, Suppl., t. ir, col. 9; Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 457. 4. Mon. Gerni. hist., Scripl., l. v, p. 236, 237, 241, 280, 431. 5. Cette lettre est mentionnée dans Regislrum, 1. III, n. 7 ; Mon. Gregor., p. 212 ; Reg. pont, rom., n. 4965, lettre du début de septembre ; la 1-ettre précé- dente au roi Henri IV était du 20 juillet. (H. L.) 142 LIVRE XXXI les princes de mon empire sont plus heureux de nous voir brouillés [56] qu'unis. C'est pourquoi je vous envoie en secret des gens de qualité dévoués à l'Eglise, dont le plus grand désir est de voir la paix régner entre nous. En dehors de vous, de ma mère, de ma tante et de sa sœur Mathilde, personne n'a connaissance de cette mission. Aussitôt que, avecl'aide de Dieu, j'en aurai fini avec les Saxons, j'enverrai d'autres légats choisis parmi mes conseillers les plus fidèles et les plus sûrs ; ils vous exprimeront toute mon all'ection et toute la ^•énération que j'ai pour saint Pierre et pour vous ^. » Grégoire, satisfait de cette lettre, espéra que l'union désirée était sur le point de s'accomplir. Mais bientôt, au lieu d'envoyer des fondés de pouvoirs, le roi adressa à ses représentants l'ordre de demeurer à Rome jusqu'à l'arrivée des conseillers annon- cés; son intention était de négocier avec le pape sans le secours des princes. Au courrier porteur de cet ordre et qui retourna aus- sitôt en Allemagne, Grégoire remit pour lleiui une Ici lie, conte- nant l'expression de ses souhaits pacifiques et une exhortation au roi à partager ces sentiments ^. Le pape dit que, lors de l'arrivée des lettres et des envoyés du roi, il était malade ; il désirait avoir la paix avec lui comme avec tout le monde, et se réjouissait du reste de voir les négociations pacifiques confiées à des personnages de ce mérite. Quant à lui, il était personnellement disposé à ouvrir au roi le sein de l'Eglise, à le reconnaître pour son seigneur, son frère et son fils, à le soutenir selon ses forces, et à ne lui demander qu'une seule chose, de prêter l'oreille à des observations qui n'ont en vue que son salut et l'honneur dû à Dieu. La victoire sur les Saxons lui avait causé joie et tristesse, joie pour la paix qu'elle procurait à la chrétienté, tristesse pour l'effusion de tant de sang chrétien répandu dans cette journée. Dans ces conflits, le roi devait chercher l'honneur de Dieu plus que le sien propre. Le pape terminait en exigeant, au nom de saint Pierre, la consécration 1. Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 1327 ; Mansi, Conc. ampUss. coll., t. XX, col. 190 ; Gfrôrer, Gregor. VII, t. vu, p. 464 sq. ; Mon. Gregor, p. 210 ; Gfrôrer pense que ces paroles pacifiques d'Henri n'étaient pas sincères et que le roi voulait seulement empêcher le pape de s'unir aux Saxons. 2. Registrum, 1. III, n. 7 ; Mon. Gregor., p. 212 ; Reg. pont, roin., n. 4965 ; cf. O. Mcltzer, Gregors VII Geselzgebung und Bestrebungen in Belreff der Bischofs- wahlen, in-8, Leipzig, 1869, p. L16 ; Giesebrecht, Geschichle dcr deidschen Kaiser- zeit, t. III, p. 1132. (H. L.) 575. QUESTION DE l'ÉGLISE DE MILAN 143 d'un évoque pour Baïubeig à la place d'IIerinaun depuis long- temps déposé. [57] Dans celle lellre, Grégoire exjtrime l'espoir d'une enlenle prochaine, à laquelle il dul bienlôl renoncer, comme on le voit par sa lellre du 11 septembre 1075 à la marquise Béatrice et à Mathilde de Toscane ^. D'après cette lettre, le pape paraît s'être adressé au roi Henri cl lui avoir fait connaître que leur conflit ne pouvait aboulir à une solution sans l'intervention des princes; ces questions devaient être traitées publiquement, l'assentiment des princes y était indispensable ; Béatrice et Mathilde devaient donc chercher à l'obtenir. Le pape se plaint aussi de l'inconstance et de la mobilité d'Henri IV. Naguère il avait manifesté l'intention et le désir d'arriver à une entente; depuis il a adopté de nouveaux })lans ; il veut poursuivre au vu et au su des ]Mii!((s. ([u'il a dé[)eints comme ennemis de la paix, des négocia- tions (|ui d'abord devaient rester secrètes; ce (|ni revient à dire (pi'il ne veut pas la })aix ; le pa})e n'est })as disposé à agréer ces nouvelles propositions qu'il ne trouve ni acceptables ni a^ an- tageuses, mais si le roi revient à ses premiers projets il ne refu- sera pas d'entamer de nouvelles négociations. L'affaire de l'Eglise de Milan donna également lieu au pape de se j)laindre du roi Henri. Dans ces derniers temps, la lutte entre les patares et leurs adversaires avait pris de grands accroissements : il ne s'agissait plus seulement du célibat des prêtres, mais, pour me servir d'expressions usitées plus tard, les deux partis, gibelins et guelfes, discutaient pour savoir si le véritable archevêque de Milan était Godefried nommé par le roi, ou Atton nommé par le pape ^. Les forces étaient à peu près égales dans les deux camps ; aussi ni Godefried ni Atton ne pouvaient se maintenir à Milan : le premier se fortifia dans le château de Brebbio et le second résida à Rome. Quant au roi Henri, il persista, malgré toutes les admo- nestations du })ape, à défendre la cause de l'intrus Godefried. Milan se trouvant de cette façon sans pasteur, les sufïragants voisins voulaient y remplir des fonctions épiscopales, et en particulier y consacrer les saintes huiles le jeudi saint ; mais Ilerlembald s'y opposa, les sufïragants étant excommuniés 1. Rcgislrunt, 1. III, ii. 5 ; Mon, Gregor., p. 209 ; Beg. pont, rom., n. 4966, (H. L.) 2. Voir § 5G7. 144 LIVKE XXXI avec Godcfricd, et il renversa par terre l'huile consacrée par Atton (Pâques 1074). Il fit de même le jeudi saint de l'année suivante, c'est-à-dire le surlendemain du grand incendie qui, le 30 mars 1075, dévora une partie de la ville et plusieurs églises ^. Sur ces entrefaites, le parti opposé s'étant renforcé, tint une [58] réunion hors de la ville, jura de conserver intact l'honneur de saint Ambroise et de ne recevoir un évêque que de la main du roi; puis, rentrant en ville, se jeta sur les patares. Herlembald fut tué et son cadavre profané et mutilé "^. Aussitôt des messagers porteurs de cette nou\elle furent expédiés à Henri, de qui oji sollicilail la nomination d'un nouvel évcque. Henri, au comble de la joie, consentit à abandonner Godefried son protégé et promit aux Milanais tel évêque qu'ils souhaiteraient. Tedald, sous-diacre de Milan, alors à la cour du roi, fut donc nommé archevêque de Milan ^. Tedald s'étant adressé au pape pour obtenir d'en être reconnu, Grégoire lui répondit que le siège de Milan n'était pas vacant et qu'il n'avait aucun motif de déposer Atton. Tedald pouvait venir à Rome défendre sa cause au j)rochain synode (14-20 février 1076) ou même plus tôt, Béatrice et Mathilde lui accorderaient certainement un sauf-conduit. Si la justice l'exigeait, Atton serait déposé, mais en attendant, Tedald ne devait pas se faire sacrer (7 décembre)^. — Une seconde lettre du len- demain (8 décembre) informe les évêques suffragants de Milan que, malgré ses promesses formelles, Henri IV a nommé Tedald au siège de Milan; elle leur défend, sous peine d'excommunication, de le consacrer ^. 1. A)ino Dominicx Incarnalionis MLXXV, Indicl. XIII, ni kiil. a[>rilis, feria scciindn, cf. Arnulf, Gesta arcliiep. Mediolaii., 1. IV, n. 8 ; Mon. Geiin. hisl., t. VIII, p. 27. (H. L.) 2. Arriult, Gesta archiepisc. Mediol. 1. IV, r.. 9, 10 ; dans Mon. Genn. Iiist., Script., t. VIII, p. 28; Landulf, Ilisloria Mediulan., 1. III, ii. 30, Mon. Gerrn. hist., Script., t. VIII, p. 95. (IL L.) 3. Arnulf, Gesta archiepisc. Mediolan., dans Mon. Gcrni. Iiisl.. Script., \. viii, p. 27-30. 15aronius, Annales, ad ami. 107G. n. 77, cl Pafi'i, Crilica, ad ami. 1075, n. 15, 16 ; ad ann. 107G, n. 8-10, placent la niorl d'Herlembald en 1076 après l'élection de Tedald. C'est une erreur. 4. Registrum, 1. III, n. 8 ; Mon. Gregor., p. 214 ; Rcg. pont, root., u. 4968 ; Giesebrecht, De Gregorii VII regislro, 1858, p. 19. (H. L.) 5. Registrum, 1. III, n. 9 ; Mon. Gregor., p. 216 ; Reg. pont, rom., n. 4969. (H L.) Gfrorer, Gregor VII, t. viii, p. 428, a cherché à faire retomber sur Henri IV la responsabilité du meurlre d'Herlembald [Une autre lettre du pape, probablement 575. QUESTION DE l'Église de mila.n 145 Au cours Je ces événements, Henri, fidèle à sa parole, réunissait de nouveau ses vassaux et leurs gens à Gerstungen, le 22 octobre 1075, afin de reprendre la guerre contre les Saxons. Ceux-ci, humiliés par la défaite de Hohenbourg cl aiïaiblis par des [59] divisions intestines, se rendirent à discrétion (25 octobre) ^. Au lieu de les déférer à un tribunal, le roi exila dans des provinces éloignées leurs évêques et leurs princes, en particulier Wezelin de Magdcbourg, Buco d'Halberstadt, Magnus, duc de Saxe, les comtes Ilermann et Frédéric ^, et donna à ses soldats leurs biens et leurs fiefs. II est vrai qu'il sacrifia alors Hermann, évèque de Bamberg, qu'il avait soutenu jusqu'à ce moment^; mais ce fut pour le remplacer le 30 novembre par le prévôt de Goslar, compagnon de ses débauches et complice de ses du 8 décembre, est adressée à LiutprauJ, prêtre de Milan, ami et compagnon de luttes d'Herlembald. Landulf, Hislor. Mediolan., c. 9, dans Mon. Germ. hisL, Script., t. xx, p. 2i ; Mon. Gregor., p. 533; Jafîé, Reg. pont.rorii., n. 4973. (H. L.] 1. Lambert de Hersfeld, Annales, ad ann. 1075, dans Mon. Germ. hisl., Saijil., t. V, p. 229. Les Saxons multiplièrent, en vain, les démarches auprès du roi pour en obtenir la paix. Bruno, De bello saxonico, u. 48 sq. dans Mon. Germ. hisl.. Script., t. V, p. 346, nous a conservé quelques-unes des lettres des Saxons dans lesquelles ils demandaient grâce. Lambert de Hersfeld, op. cit., p. 233, nous fait connaître le découragement et la désunion qui régnaient chez les Saxons. La dureté avec laquelle Henri IV voulut prendre sa vengeance et son refus d'accepter aucune entente détournèrent trois grands feudataires de s'associer à cette exécution et d'amener leurs contingents à Gerstungen : Rodolphe de Souabe, Welf de Bavière et Berthold de Carinthie : Régi auxilium suiim petenti denegaverunt pœnitentes, ut aiebant, a superiori expeditione in irrifum fusi tauti sanguinis ; offensi etiam régis immili atque implacahli ingenio, cujus iracundias incendium nec lacrimx Saxonum nec inundantes campis Thuringix rivi sanguinis, restrin- gere potuissei, Lambert, Annales, ad ann. 1075, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. V, p. 234. (H. L.) 2. En outre : Le comte Diederich de Cadalemburg, Adalbert, comte de Thu- ringe, les comtes Piuodger, Sizzo, Bérenger, Bern et, avec eux, tous les hommes libres ayant quelque situation dans le pays. Lambert, Annales, ad ann. 107 5, dans Mon. Germ. hisl., Script., t. v, p. 235; Bruno, De bello Saxonico, n. 54, dans Mon. Germ. hisl., Script., t. v, p. 348. Au dire de Bruno, Henri IV avait promis aux chefs saxons la liberté après une courte captivité : ils se rendirent donc; ime fois que le roi les eut en son pouvoir, il viola sa promesse. (H. L.) 3. Lorsque Hermann comprit que sa cause était perdue, il se rendit au monastère de Schwarzach, fit pénitence, puis il se mit en route pour Rome où on lui rendit ses fonctions ecclésiastiques, mais à l'exclusion des fonctions épiscopales. Il mourut dans le monastère cji 1084. GONGIL ES — V- 10 146 LlVllE X.VXI injustices. A quelques jours de là, Aniion de Cologne étant mori ^, Il lui donna ]iour successeur un autre de ses amis de Goslar, le chanoine Hidolf, personnage mal famé, montrant ainsi (ju'il se souciait fort [)eu de conformer sa conduite aux désirs du pape. 11 iKinima enfin les deux abbés de Fulda et de Lorscli, deux hommes respectal)les, à coup sûr, mais dont l'insLallation et l'invesLiture violaient les nouvelles lois de l'Eglise '^. Henri jugea bon de cacher à Rome ces faits et sa conduite à l'égard des évc({ues saxons. Dans ce but, il fit occuper tous les passages des Alpes conduisant en Italie ; ainsi, ses ambassadeurs pourraient seuls faire connaître au pape la déposition des évc([ues saxons. Néanmoins, en dépit de ces mesures, on connut en Italie le véritable état des choses, et comme les plaintes contre le roi y arrivèrent de toutes parts, Grégoire blâma courageusement le prince, et réclama tout d'abord le rétablissement des évêques saxons dans leurs biens et dignités, et ensuite leur citation par-devant un concile auquel lui-même pourrait se rendre ^. Bruno, qui nous a conservé, dans son De hello saxonico, le contenu de cette lettre maintenant perdue ^, la con- fond avec une autre, écrite un peu plus tard, et confiée à l'ambassade que le pape envoya au roi Henri à Goslar lors des fêtes de Noël 1075^; aussi embrouille-t-il le véritable cours des événements. La première lettre relative aux évêques saxons est certaine- ment antérieure (peut-être date-t-elle de 1' arrière-saison de 1075) et la réponse d'Henri est une lettre à sa mère Agnès (fin [60] de 1075) ^. Le roi y déclare qu'après de longues négociations, poussé par les conseils et les exhortations des légats pontifi- caux et de ses fidèles conseillers, il a décidé le rétablissement des évêques chassés de leurs sièges. Néanmoins leur cas devra être traité plus à fond, et jusque-là ils resteront soumis à sa 1. Le 4 décembre 1075 ; Vita Aiinonis, dans Mon. Genn. hisL, Scripl., l. xi, p. 462. 2. Lambert de licisfcld, Annidcfi, dans Mun. Cîerin. IdsL, Scripl., l. v, p. 23G sq. ; 241. 3. Bruno, De hello Saxonico, t. lxiv, dans Mon. Genn. hisl., L. v, p. 351 ; Vila llenrici, dans Mon. Germ. hist., Script., t. xii, p. 272. 4. Jaffé, Régenta pontif. romnnor., n. 4978. (H. L.) 5. Registrum, 1. III, n. 10 ; Mon. Gregor., p. 218; Reg. ponlij. roman., n. 41172. (II. L.) G. Jalîc, Monum. Uainbcrgcnsia, lu-S, Bcroliui. 1869, p. 100. n. 'il. Ô~5. QUESTION DE l'ÉGLISE DE MILAN 117 surveillance. Les légats du pape devront attendre auprès de lui le jour fixé ]iour l'examen de cette affaire. A la fin de 1075 ai)parlient une lettre du pape qui commence par ces paroles sévères : « Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, salut et bénédiction apostolique au roi Henri, dans le cas où il obéira au Saint-Siège ^ » Le pape se plaint de ce que Henri s'entoure d'excommuniés, est fort surpris de ce que, dans ses lettres, il proteste d'un si grand attachement pour lui et pour l'Eglise, tandis qu'il agit en opposition complète avec ses lois. Sans parler de Milan, il avait récemment donné irrégulièrement les évêchés de Fermo et de Spolète à des titulaires que le pape ne connaissait même pas, comme si quelqu'un })ouvaiL recevoir une Eglise à son insu. Grégoire en appelle au décret porté contre les investitures laïques au concile du carême de 1075, et ajoute que, par esprit de conciliation, il s'était déclaré prêt à modifier ce décret, cependant conforme aux principes des pères, autant que l'honneur de Dieu le permettrait, et après avoir pris conseil des hommes sages et dévoués à l'Eglise que le roi devait lui envoyer. Le pape exhorte ensuite le roi à s'amen- der et à ne plus molester l'Eglise, épouse du Christ. Sa récente victoire sur les Saxons doit lui inspirer de la reconnaissance envers Dieu, Quant aux autres points traités dans la lettre du roi, il y répondra lorsque Radbot, Adalbert et Odascalk, les ambas- sadeurs d'Henri qui étaient retournés de Rome en Allemagne avec les légats du pape, seront revenus en Italie et auront rendu compte de leurs négociations secrètes avec le roi, [Gl] Les légats du pape arrivèrent le [i^'" janvier 1076] à Goslar, où le roi célébrait la solennité de Noël ". Il suit de là que la lettre de Grégoire n'a pu être écrite le 8 janvier 1076, ainsi que 1. lifgisliuni. I. 111, II. lu ; Mon. (Jre^or., p. 218 : Reg. poiil. luin., n. 497'J. Cette lettre avait été fixée à luil au 8 janvier 1076, elle est plutôt du 8 décmbre 1075. Cf. Floto, Kaiser H eiivich lier Vierle und seinZeilaUer,in-8,Si\illgavl,lSSô, t. II, p. 71; O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 108-184. (H. L.) 2. Epist. coUeclie, ri. xiv, dans Mon. Gregor., p. 538 : Prœterea minimum ad eum 1res religiosos viras, suos utique fidèles per quos eum secreto monuimus : ul psenilen- tiam ageret de sceleribus suis, quse quidem horrenda dictu sunt, pluribus aulem nota et in muUis partihus divulgata, propter quae eum non excommunicari solum usque ad condignnm satisjactionem, sed ah omni honore regni absquc spe recupera- iionis debere deslitiii, divinarum et humanarum legum leslalur et juhel aucloritas, (H. L.) 148 LIVRE XXXI le porlent nos exemplaires ^. On trouve tous les renseignements désirables sur la mission secrète confiée aux légats du pape, dans vme lettre ])Ostérieurc où Grégoire se justifie d'avoir porté contre Henri la sentence d'excommunication ^. Ces légats devaient avertir secrètement le roi que, s'il ne faisait pénitence pour ses méfaits dont il avait été maintes fois repris, non seulement il serait excommunié, mais encore à jamais déchu de la royauté ; ils devaient encore le prévenir que s'il n'éloi- gnait pas de lui les excommuniés dont il était entouré, le pape prendrait à son égard des mesures sévères, c'est-à-dire le retran- cherait de la communion de l'Eglise^. Mais Henri afîecta de garder ses relations avec les excommuniés; loin de négocier amicalement avec les légats, il rendit publique leur mission secrète, afin d'indisposer tous les esprits contre le pape. Il se montra surtout irrité de la menace d'excommunication, qu'il représentait comme une intention du pape, inconnue jusqu'alors. Pour se venger, il convoqua les évêques et les abbés de son empire à Worms, le dimanche de la Septuagésime (24 janvier). On devait y délibérer sur l'opportunité de la déposition du 1. On lit 6 ici. Jaii.; il faut: 6 id. dec. Luden, Gesch.desdeutschenVolkes,t.ix, p. 568, donne d'autres motifs pour prouver que cette date du 8 janvier 1076 n'est pas la vraie, et Voigt, p. 469 accepte son sentiment, tandis que Stenzel, op. cit., t. I, p. 377 sq., et Gfrorer, sont d'un autre avis. Glrôrer, op. cit., t. vu, p. 488- '±94, place l'arrivée des légats du pape à la mi-janvier 1076, et croit qvie le décret du pape a été rendu le 8 janvier 1076. 2. Epist. collecta', n. xiv, dans Mon. Gregor., p. 535 sq. ; voir la note 2 de la page précédente. 3. Le pape laissait pressentir que cette menace d'excommunication se réalise- rait au prochain concile de carême (14-22 février 1076) ; Bernold, Mon. Germ. hisL, Script., t. V, p. 432, le dit positivement et Giesebrecht, Kaisergeschichte, t. m, p. 339. Hefele-Knôpfler estime invraisemblable la citation à comparaître adressée au roi lui-même. Lambert de Hersfeld, dans Mon. Gcrm. hist., Script., t. V, p. 241, atteste que les légats déclarèrent au roi ut secunda feria secundsn hehdomadsc in Quadragesirnu ad synodum Romœ occurreret, de criininibus, qux obji- cerentur, causam dicturus; cependant il est plus qu'étrange que le pape n'en dise rien dans sa lettre, Epist. coll., n. xiv. Gfrorer t. vu, p. 495 est d'avis quelepape n'avait envoyé ces légats qu'après la ré vol Le de Cencius, le jour de Noël 1075 et qu'il avait mandé le roi à comparaître à cause de la part prise par celui-ci à cette révolte. Mais Lambert de Hersfeld, Berthold, Bernold racontent ces événements dans un ordre tout autre ; ils rapportent d'abord l'arrivée des légats à la cour de Goslar, puis la révolte de Cencius, et ils placent à la Noël de 1075 l'arrivée des légats romains à Goslar. \Y. IVIartens, Gregor VII, t. i, p. 88 sq. ; Der Dezemberbricj iiiul die Botschaft des Papstes. (H. L.) [62] 575. QUESTION DE l'Église de milan 149 pape ^. Nous croyons ne pas nous aventurer en disant que la révolte de Cencius contre le pape (25 décembre 1075) ne se fit pas à l'insu du roi. Tous deux poursuivaient le même but, la déposition de Grégoire, et Henri ne se serait certainement pas lancé à l'aventure, s'il n'avait pas su que s'ourdissait à Rome un complot qui devait faciliter sa victoire ^. Grégoire s'était fait à Rome beaucoup d'ennemis, aussi désireux de sa perte que le roi Henri, et parmi eux se trou- vaient plusieurs clercs et employés de l'Eglise romaine. Plu- sieurs cardinaux étaient froissés de la défense à eux faite par le pape de célébrer de nuit la messe à l'autel de Saint- Pierre. Par dessus tout les mansionarii, au nombre d'environ soixante ou soixante-dix, chargés du service de nuit et de jour dans l'église de Saint-Pierre, haïssaient le pape qui avait aboli leur corporation afin de couper court aux abus et excès dont les pèlerins étaient victimes. Mais un ennemi plus redoutable par sa puissance, était ce Cencius ^ que nous avons rencontré déjà parmi les adversaires d'Alexandre II et les amis de Cadaloûs ^. Cencius possédait une haute et forte tour comman- dant le pont du Tibre et tyrannisait Rome, exigeant, par exemple, une redevance de tous ceux qui traversaient le pont Saint-Pierre. Il avait causé de très grands dommages aux biens de l'Eglise romaine ; mais, peu auparavant, le préfet de la ville, son homonyme [03] et cousin ^, l'avait humilié et forcé de donner des otages au pape. Il dut aussi livrer sa tour et la voir démanteler soiis ses yeux. Impatient de vengeance, Cencius fit dès lors cause commune avec tous les ennemis secrets ou déclarés de Grégoire, en particulier avec les Normands. Peu de temps avant le synode du carême de 1075, il envoya son propre fils à Guibert, arche- vêque de Ravenne, pour lier partie avec lui. On se souvient que le pape Alexandre s'était laissé décider par Hildebrand à confier à Guibert ce siège archiépiscopal^, Grégoire VII devait 1. Mon. Germ. hisi., Script., t. v, p. 280, 432; Epist. coll., n. xiv, Mon. Gregor., p. 535 sq. Watterich, Vilie pontif. rom., t. i, p. 367 ; W. Martens, op. cit.. l. i, p. 91 sq. (H. L.) 2. \V. Martens, op. cit., t. i, p. 75-85: Die BezieJmngen zum Kônige bis Ende 1075 und dds Weihnachtsattenlat des Cencius. (H. L.) 3. Abréviation de Crescentius. 4. Voir § 559, 563. 5. Gfrôrer, Gregor VII, t. vi, p. 817 ; t. vu, p. 480. 6. Voir § 567. 150 LIVRE XXXI apprendre à ses dépens combien étaient fondées les appréhen- sions qu'inspirait Guibcrt à son prédécesseur. Ne soupçonnant pas la bonne foi do l'archevêque de Ravenne, Grégoire l'invita au synode du carême de 1075. Guibert y vint et, au moment même oii il promettait au pape aide et soutien dans la Guerre contre les Normands et contre le comte de Bagnorea, il nouait des relations secrètes avec Cotk lus et d'autres mécontents ^. Tedald É>^'or ^ II, t. VII, p. 8'i, 506. (H. L.) 3. Mon. Germ. hist.. Script., t. v, p. 242 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 463 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 1563 ; Gfrorer^ Gregor F//, t. vu, p. 505; Watterich, Vitx pontif. rom., p. 372. 4. Paul de Bernried, Vita, c. i.xvi, dans Watterich, Vite pontif. ;om.,p. 510; Donizo, }'i!a Mathildis, vers 1224 sq. dans Mon. Germ. hist., Script., 1. xii, p. 377. (II. L.) 154 LIVRE XXXI (allusion à l'attentat de Cencius), aussi sa déposition ne souffrira pas de difficulté ^. » On se demande comment Stenzel ^ e\ Voigt ^ ont pu ignorer la lettre du conciliabule de Worms au pape, ce document ayant été publié par Flacius et Goldast, et plus récemment par Pertz ^, ou bien l'attribuer au concile de Mayence de 1080, et se contenter d'utiliser pour le synode de Worms la dernière phrase de cette lettre, conservée par Ekkehard et l'annaliste saxon. Dès la suscription, les évoques allemands réunis à Worms font connaître l'esprit qui les anime. Ils écrivent sans plus d'am- bages : Ilildehrando fratri, et s'expriment ainsi : « Jusqu'alors ils avaient gardé le silence sur son élévation illégale au Siège pontifical, dans l'espoir que sa conduite ferait oul)lier ses débuts. Mais au contraire, ces tristes commencements ont été suivis de faits plus déplorables encore. Hildebrand détruit la paix de l'Église, et, après avoir allumé la discorde à Rome, il [67] a propagé cet incendie dans toutes les églises d'Italie, de Ger- manie, de Gaule et d'Espagne. Autant qu'il le pouvait, il a enlevé aux évêques la puissance qu'ils tiennent de Dieu, et confié le gouvernement de l'Eglise à des populaces sans frein (on soutenant les patares et en défendant d'assister aux céré- monies des clercs simoniaques ou mariés, etc.) Il ne reconnaît comme évêques ou prêtres, que ceux qui lui ont mendié cette dignité par d'indignes flatteries (allusion à la défense portée contre les investitures laïques), et il trouble l'harmo- nieuse diversité des membres de l'Eglise, vantée par saint Paul, voulant pour lui seul tout le pouvoir. Il s'arroge une puissance inouïe aux dépens des droits épiscopaux, en soutenant que, lorsque le pape connaît une faute d'un chrétien quelconque, ce n'est plus à l'évêque diocésain, mais à lui ou à son légat d'en juger. Ces empiétements et d'autres encore ont mis l'Église en si grand danger, que le synode s'est vu contraint de le déclarer, à l'unanimité, inhabile à occuper le Siège apos- tolique. Déjà, du vivant d'Henri III, il avait juré de refuser 1. P. L., t. r.xLviTi, p. 69, 992, 993 ; Mon. Germ.. hist., Sn-ipl, l. xit, p. ^17. Wattorich, op. cit., p. 511. 2. Si onze), GescJiichle dcr Jiauk. Kaiser, l. i, p. 380. 3. J. Voigt, sa seconde édition est cependant de 1810. 4. Mon. Germ. hist., Leges, t. u, p. ''il ; Walleiicli, np. cit., p. 373. 576, CONCILE DE WORMS ET DEPOSITION DE GREGOIRE 155 le pontificat et de s'opposer à toute autre élection sans l'as- sentiment de ce prince et de son fils ^. De même, lors des compétitions de divers prétendants au Siège apostolique, il avait juré, pour empêcher tout conflit, de ne jamais consen- tir à être pape ^. On put voir comment il a tenu ces deux serments ^. D'ailleurs, un concile de cent vingt-cinq évêques, tenu sous Nicolas II ^, avait décrété que nul no pouvait devenir pape, sinon par l'élection du clergé, avec l'agrément du peuple et l'assentiment et l'autorité du roi, et Hildebrand lui-même avait été l'auteur de ce décret " . De plus, son intimité avec Mathilde de Toscane est un sujet de scandale pour toute >■] l'Église ^, et on dit partout que tous les décrets du Siège apos- ^ tolique sont faits par des femmes (Béatrice, Mathilde et l'im- pératrice-mère Agnès), et que l'Église est gouvernée par un sénat féminin. On ne peut non plus assez déplorer les injures dont il charge d'autres évêques, les appelant fils de femmes de mauvaise vie, etc. » — Enfin, Ekkehard nous donne cette con- clusion de la lettre : « Comme tu t'es introduit d'une ma- nière irrégulière dans la charge que tu occupes, que tu as mis l'Éo-lise en grand péril par tes dangereuses nouveautés, que tu as souillé ta vie et ta conduite de diverses manières, nous te déclarons solennellement que nous ne t'obéirons pas. Nous n'avons du reste jamais promis de le faire et nous ne le ferons jamais; et, de même qu'à tes yeux aucun de nous n'est évêque légitime, de même tu n'es pour aucun de nous le pape véri- table '^, )) Pour empêcher les membres du concile de se retrancher der- 1. Cette promesse fut peut-être faite lorsque, après la mort de Léon IX, Hildebrand traita avec Henri III de l'élection pontificale. Voir § 551. 2. C'était probablement à la même époque et lorsqu'un parti voulait choisir Hildebrand. .3. L'élévation de Grégoire au pontificat était une réponse péremptoire à ces accusations, nous n'y reviendrons pas, Voir § 568. 4. Voir § 555. 5. Il ne l'a pas transgressé, voir § 568. 6. Lambert de Herstcld a déjà réfuté ces calomnies, dans Mon. Germ. hisf.^ Srript., t. V, p. 257. Mais à notre époque cette réfutation est inutile. Cf. Floto. op. cil., t. Il, p. 127 : Néander, Kirchengeschichte, t. v, p. l'iT. 7. Mon. Germ. hist., Leges, t. h, p. 44. Watterich, op. cit., p. .373. Dans Mansi, op. cit., t. XX, col. 543, cette lettre, qui n'est pas à sa place, est attribuée à tort à Henri, évêqiie de Spire, aous le titre de : Altéra ejuadctn, etc. 156 LIVRE XXXI rière des restrictions, chacun dut approuver les décisions de l'as- semblée, par la déclaration suivante : Je N., évêque de N., notifie à Hildebrand, que dès ce moment je lui refuse soumis- sion et obéissance, et que je ne le réconnaîtrai plus pour pape et ne lui donnerai plus ce titre ^. » Il n'y eut, dit Bruno, que (juel- ques personnes à souscrire de plein gré cette déclaration ; la plupart n'obéirent que par crainte, ainsi qu'ils le déclarèrent dans la suite au pape. Voigt ^ dit que le roi avait le premier signé la sentence syno- dale, mais il se trompe et interprète mal le texte de l'annaliste saxon, ou plutôt d'Ekkehard ; ces deux derniers historiens disent : Chaciue évêque dut faire suivre son nom d'une promesse d'obéissance. (Je N., évoque de N., etc.). — Voigt parle aussi de neuf chefs d'accusation formulés à Worms contre Grégoire, mais les contemporains n'en disent rien, et Voigt n'a pour lui sur ce point que l'autorité de Sigonius, Italien du xviii® siècle, historien ecclésiastique de mince crédit. 577. Publication des décrets de Worms. Aussitôt après le concile, Henri envoya les évêques de Spire et de Baie ^ en Lombardie et dans la Marche d'Ancône, sou- mettre à la signature des évêques de la Haute-Italie les dé- 1. Bruno, De bello Saxonico, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 531 : Ego N. civilatis N. episcopus, Ilildehrando suhjectioncm et ohedienliam ex hac hora et deinceps interdico et eum posthac apostolicum nec habebo nec vocabo; cf. Mon. Germ. hist., Script., t. vi, p. 201-707 ; Leges, t. ii, p. 46. (H. L.) 2. Op. cit., p. 370. 3. Berthold, Annales, ad ann. 1076, dans Mon. Germ. hist., t. v, p. 282 ; l'auteur de la Vita Anselmi episcopi Lucensis, n. 14, dans AJon. Germ. hist., Script., t. XII, p. 17, ajoute que le vieux comte Eberhard de Nellcmbourg accom- pagnait cette ambassade. Le projet d'Henri IV était de préparer les voies à la proclamation de la déchéance de Grégoire VII dans le synode romain qui allait se tenir. Ce synode lui enverrait une ambassade le priant de désigner un nouveau pape qu'Henri IV confierait au duc Gottfried. qui se chargeait de le faire intro- niser dans Rome, à ce qu'assure Berthold, Atundcs, ad ann. 1076, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 284 : qui papam, illic constituendum ad sedem romaiiam se perducturum jam régi audacter proniiserat. Gottfried apportait dans cette affaire l'ardeur d'un césarien et le désir de vongeance d'un mari. C'était sa propre femme [69] 577. PUBLICATION DES DECRETS DE WOHMS 157 cisions prises à Worms. Ces évè(jues haïssaient trop Grégoire pour hésiter ; aussi signèrent-ils dans une réunion tenue à Plaisance ^ (d'après Paul de Bernried, à Pavie). Ils jurèrent sur les saints Evangiles qu'ils ne reconnaîtraient plus Grégoire comme pape et ne lui obéiraient plus. En même temps, ils envoyèrent des messagers aux évoques d'autres pays, pour les inviter à faire de même ^. Bruno assure qu'Henri avait cherché à gagner les Romains à prix d'argent, et donne le texte de sa lettre au peuple de Rome, lui communiquant une autre lettre adressée au pape. Le roi enga- geait d'abord les Romains à lui conserver leur ancienne fidélité et à regarder ses ennemis comme les leurs. 11 entendait par là le moine Ilildebrand, usurpateur et oppresseur de l'Eglise et de la république romaine, en même temps qu'ennemi de l'empire. Il écrivait donc à ce dernier : « Henri, roi par la grâce de Dieu, à Hildebrand. Tandis que jusqu'ici je t'ai obéi, même contre la volonté de mes fidèles, tu t'es constamment conduit envers moi en ennemi. Tu as essayé de m'enlever la dignité que je tiens par héritage, tu as voulu t'emparer du royaume d'Italie, et tu t'es attaqué à mes évêques les plus chers (par l'excommunication), etc. Comme je supportais tout cela avec patience, tu as pris ma longanimité pour de la faiblesse, et tu as osé t'attaquer à moi-même, en disant que je perdrais la vie ou que tu m'enlèverais l'âme (c'est- à-dire la vie, ou bien le ciel) et l'empire. Ne pouvant accepter cette effronterie, j'ai réuni un concile... et, adhérant à sa juste sentence, je t'annonce que tu es dépouillé de la dignité papale, et je t'ordonne d'abandonner le siège de la ville dont le patriciat m'a été confié de par la volonté de Dieu et les serments des Romains. » Il communiquait aux Romains que la déclaration de Worius venait de désigner comme compromise par ses relations avec le pape. (H. L.) 1. Paul deBeTxiriedjVita G}-egorii, c. lxvii, dans WaticrichfVilse ponlif.roni., t. I, p. 511 ; cf. Greving, Pauls pon Bernried Vila Gregorii VII papae, in-8, Munster, 1893, p. 64. (H. L.) 2. Paul de Bernried, dans P. L., t. cxlviii, col. 69 sq. ; Bonitho, dans Wattcrich, Vitœ ponl. rorti., t. i, p. 511 ; Jaiïé, op. cit., p. 666; Berthold, dans Mon. Gerin. hisi., Scripl., t. v, p. 282. Dominique, patriarche de Grade, resta fidèle au pape et lui donna avis de toutes les intrigues qui se tramaient contre lui. C'est ce que nous apprend la réponse du pape dans liegistrum, 1. III, n. 14. Mon. Gregor., p. 228; Jafîc, Reg. pontif. rom., n. 4988. Cette lettre que Jafïé place en mars-avril est plus probablement antérieure au milieu de février, date où se tint le concile. 158 LIVRE XXXI cette lettre, adressée au moine Hildebrand, afin qu'ils le forçassent [70] à abdiquer, tout en lui laissant la vie, et qu'on élevât au Siège apostolique un autre pape avec l'assentiment des évoques et des Romains dévoués au roi, Henri envoya à Grégoire Vil une autre lettre dont voici les début : « Henri, roi non par usurpation, mais par la volonté de Dieu, à Hildebrand qui n'est plus pape mais seulement un faux moine ^. » Grégoire mérite ce salut par le désordre qu'il a mis dans l'Eglise, « lui qui a renversé des archevêques, des évoques et des prêtres dans le seul but de flatter le peuple... Il a pris ]ioin' de la pusillanimité, la i)atiencc du roi à su.])i)orler ses enq)iètements, et a fini ])ar s'attaquer à la puissance royale elle- même. II a menacé Henri de \\in dépouiller, comme si c'était lui et non pas Dieu (jui donnait l'empire. Henri est arrivé légitimement à la royauté ; Hildebrand, au contraire, est par- venu au sacerdoce par argent, par faveur et par force. Grâce à lui, les laïques sont devenus les maîtres des prêtres, (ju'il leur livre en jouet. Il a osé porter sa main jusque sur le roi, qui, d'après les traditions des Saints Pères, ne doit cependant être jugé que par Dieu, et cela sans avoir aucune faute à lui repro- cher; il s'est donc écarté de la vraie foi et doit être déposé. » En terminant, le roi s'écriait d'une façon pathétique : « Et maintenant, puisque tu es condamné par notre jugement et par celui des nos évêques, descends, abandonne ce Siège apos- tolique que tu as usurpé, et qu'un autre monte dans la chaire de Pierre... Nous, Henri, par la grâce de Dieu, nous te crions avec tous les évêques : Descends, descends, loi qui es condamné à tuu l jamais ^. » 578. Concile romain du carême de 1076. Grégoire célébrait le concile du carême de 107G, lorsque les ambassadeurs d'Henri lui remirent cette lettre avec le décret 1. Mon. Cerm. /(/.sV., Le^es, sect. iv, part. 1, n. 62, p. 110 sq. ; O. Delarc, Sainù Grégoire VU, t. m, p. 196-197 ; W. Martens, Grei-or VII, t. i, p. 94. (H. L.) 2. Bruno, De bello Saxonico, dans Mon. Germ. Iiist., Script., t. v, p. 352 ; Leges, t. II, p. 46 sq.; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 471 sq. ; Walterich, Vilœ pontij. roin., t. i, p. 377. 578. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1076 159 de Worms ^. Parmi ces ambassadeurs se distingua en particulier un certain Roland, clerc de Parme, dont le nom nous a été L -I conservé par Donizo. Plusieurs de nos documents présentent les divers incidents du synode comme s'étant passés le même jour ; d'autres les répartissent eu deux jours, et nous adoptons cette chronologie, qui est celle de Bruno, tout en puisant largement parmi les détails fournis par Paul de Bernried, par Bonitho, Donizo, Lambert de Hersfeld, Berthold et Bernold. Comme on l'a vu, Tedald de Milan avait été cité à Rome pour la première semaine de carême (14-22 février). Paul de Bernried et Bonitho prétendent qu'à l'ouverture du synode, qui comptait cent dix cvô(jues, ou junnlia uu ti-uf Irais pondu, sur l'écaillc duquel (111 voyait la miraculeuse image d'un scrpeul ([ui, sur le l)oint de s'élancer, élail subitement rcduil à l'iuipuissance '. 1. Hozemann de Spire et Burchard de Bâle ne semblent pas avoir paru au concile ; vinrent-ils même à Rome, on en peut douter. Le concile comptait cent- dix évêques et se tenait au Latran, du 14 au 22 février. Paul de Bernried, Vita Gregorii, c. lxviii. dans Watterich, Vitae pont, rom., t. i, p. 511 sq. ; J. Greving, op. cit., p. 64 sq. ; Bonitho, dans Mon. Gregor., p. 666; Donizo, 1. I, c. xix, ibid., ]i. 378, vers 1314 sq. ; Berthold, Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 282 sq. ; Hugues de Flavigny, Chronicon, 1. II, p. 435, cf. Watterich, op. cit., t. i, p. 381 ; Jalïé, Reg. pontif. rom., 2^ édit., t. i, p. 616-617. Nous avons déjà cité les lettres pontificales portant convocation au synode de 1076, Registruin, 1. III, 8 et Epist. coll., n. 8, 9 ; Jafïé, Regesta pont, rom., n. 4968, 4970, 4971 ; Mon. Gregor., p. 214, 528, 529. La convocation indiquait : pri'ma hehdomada quadragesimœ, dans Régis- trum,\. III, 8, etc. Cependant Lambert de Hersfeld écrit: aderant prseterea H ildc- brandi papae legati denunciantes régi, ut secunda feria secundse hebdomadae in quadragesima ad sinodum Roniœ occurreret, Annales, ad ann. 1076, dans Mon. Germ. liisl.. Script., t. v, p. 241 ; Giesebrecht, op. cit., t. m, p. 1134, a suivi cette dernière date qui est rectifiée par Meltzer, Gregor VII und die Bisclwf^vahlen, p. 205, suivi par Jafïé, Reg. pont, rom., p. 616-617 ; O. Dclarc, op. cit., t. m, p. 204; W. Martens, op. cit., t. i, p. 97 ; Coll. regia, t. xxvi, col. 573 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 355-358 ; Hardouin, Conc. coll.. t. vi, col. 1565 ; Coleti, Con- cilia, t. II, col. 597 ; Mansi, Concilia, Supplem.. t. ii, col. 17 ; Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 467; Jafïé, Reg. pont, rom., 1^^ édit., p. 420-421; 2^ édit., p. 616- 617. (H. L.) 2. Kl Ion occupait un pape et cent dix évêques avec une pareille mystifica- tion ! Donizo, à l 'affût de tous les ragots, n'a pas manqué de cuisiner des vers sur un si rare sujet : Incipiens sijnodum pastor Gregorius, ovum Gallinœ sculptum, gestans in cortice scutum, Et colubrum nigritm qui tendehal caput ; iclu Quippe repercussus quudam pertingere sursum 160 LIVllK XXXI On appliquail nalurellement ce présage aux ennemis de Grégoire. Tandis qu'on se passait l'œuf de main en main, les gens d'Henri entrèrent. L'hymne chantée, le pape voulut ouvrir le synode par un discours, mais le clerc Roland se dressa et lui cria : « Le roi, mon maître, et tous les évoques allemands et italiens t'ordonnent de quitter le siège de Pierre dont tu t'es emparé, » Paul de Bernried donne le discours de Roland aux clercs de Rome, mais il est plus naturel qu'après cet éclat, l'ambassadeur royal ait lu immédiatement les lettres de son maître à Hildebrand, « le faux moine, « et la lettre des évêques de Worms. Ensuite, pour remplir la seconde partie de sa mission, Roland aura mandé les clercs de Rome de se rendre en Allemagne. Paul de Bernried dit que Roland cria : « Sachez, mes frères, que vous devez vous rendre auprès du roi pour la prochaine fête de la Pentecôte, afin de recevoir de sa main un pape et un père ; car celui-ci n'est pas un pape, mais un loup ravisseur. » C'en était trop : les partisans de Grégoire perdirent patience, et Jean évoque de Porto hurla : « Empoignez-le ! » Aussitôt, les laïques présents à l'assemblée^ se jetèrent sur Roland, et l'auraient massacré si le pape ne l'avait couvert de sa personne ^ et n'eût calmé les esprits Non poterat, clinum sed centre tenus caput ipsum Torseral et caiidam triplicando dabat sinuatam — Aon eral liœc plaida, sed erat sculplura levata — Ad sinodum fertur, nunquam par anlc rcpriinin. Quod duin miralur Donizo, Vila Mathildis, vs. 299 sq., dans Mon. C,cr?n. Iiist., Script., t. xii, p. 377 sq. (H. L.) 1. Le préfet de Rome, Cencius et des juges, des nobles, le service d'ordre. (H. L.) 2. C'est toujours l'histoire des gendarmes chargés de protéger la vie des assas- sins. Grégoire VII avait une belle occasion de laisser déblayer la scène d'un agi- tateur dangereux, il l'a manquée. Cette mansuétude est peut-être admirable, mais elle est singulièrement nuisible aux honnêtes gens qu'on laisse exposés a de nouveaux troubles et à de nouvelles alarmes. Quant il aura Henri IV à discré- tion, Grégoire usera encore de cette fatale indulgence et laissera vivre, régner et travailler le roi, au plus grand détriment de la portion pacifique de la société contemporaine. Aussi, malgré tout ce qu'on a pu dire de ce tempérament com- batif de Grégoire VII, l'avons-nous classé parmi les utopistes et l'y maintien- drons-nous. La politique est chose concrète et, faute d'avoir poussé à bout sa victoire, Grégoire VII a perdu la situation conquise à Canossa. Certaines situa- tions sont engagées de telle façon qu'on ne peut les résoudre qu'en les suppri- mant. Faire grâce de la vie à un agitateur comme Roland, laisser le trône à un ennemi tel que Henri IV, sont des fautes de lèse-société. Un chef d'État, sur le 578. CONCILE UO.M.VIN DU CAUÈ.ME DE 107G IGi itar un discours ^. Ainsi se termina la nremicre session, car '"-1 Grégoire ne voulut certainement pas prononcer sur-le-champ une sentence de condamnation contre Henri et les autres auteurs de ce sacrilège, de peur qu'on n'y pût voir l'émotion de la colère générale. Le lendemain, le pape prit la parole, et rappela ses efforts pour remettre par la bonté ou par la rigueur le roi dans le bon chemin, mais il n'en avait recueilli que haine et colère ^. Suivant Berthold, Grégoire fit ensuite lire une série d'anciens canons relatifs au châtiment de ceux qui déniaient, de vive voix et par écrit, l'obéissance. Tous les assistants crièrent : « On ne doit \)AS tolérer une pareille effronterie. » Le synode déclara donc : « Que ta censure, très saint Père, juge ce blasphémateur, envahisseur, tyran, déserteur ; qu'elle le brise et le rende à l'avenir plus prudent... Nous souffrirons volontiers la mort, s'il est nécessaire, plutôt que d'abandonner les traces des Pères... Use du glaive et du tribunal, afin que tout homme juste se réjouisse en voyant porter cette condamnation. » Enfin on déclara par acclamation Henri dépouillé de la dignité royale et frappé d'anathème avec tous ses partisans. Grégoire prononça alors cette pompeuse sentence ^ : « O Pierre, vénérable seul fait qu'il entame la lutte, provoque la constitutiou d uu parti modéré qui lui confie ses intérêts et lui fait crédit des violences indispensables à l'acquisition de tout résultat durable. Si, par une mansuétude intempestive, pour céder à l'instinct de générosité naturelle ou par appréhension a'un trop rigoureux jugement de 1 histoire, ce chef d'Etat s'arrête à des demi-mesures, il trompe la confiance qu'on a mise en lui, lèse les intérêts et menace parfois la sécurité de ses partisans en les laissant exposés à une réaction possible pour le plus grand avantage des adversaires qu'à l'instant favorable il n'a pas supprimés. C'est par là que Grégoire VII se montre politique utopiste, et sera toujours inférieur à Richelieu, à Cromwell, pour qui un ennemi vaincu est un homme mort. Si la querelle des Investitures avait pris fin en 1077 au lieu de se prolonger jusqu'en 1122, c'étaient quarante-cinq années de troubles épargnés, ceci est une excuse qui en vaut beaucoup d'autres. (H. L.) 1. Un discours, c'est au moins douteux, après une pareille scène et l'émotion produite; quant au discours lui-même, tel que Paul de Bernried l'a donné, tout bourré de textes bibliques, c'est une rapsodie dont le biographe aura été heureux de trouver le placement. P. L., t. cxlviii, col. 71-74; Watterich, Vilce pont, rom., t. I, p. 512. (H. L.) 2. Brunon le Saxon dit que le pape parla également de ses efforts en faveur des évoques saxons. 3. Registnwi, 1. III, n. 10 a;Mon.Gregoi:, p. 222-224. Le pape revient, pour les expliquer, sur les raisons qu'il a eues d'excommunier le roi, dans la xiy^ des Epist, CONCILES — V — 11 162 LIVRE XXXI prince des apôtres, incline vers nous ton oreille ; écoute ton serviteur, que tu as protégé dès son enfance jusqu'à ce jour dans sa lutte contre les impies. Toi, et ma dame la Mère de Dieu, et ton frère entre tous les saints, Paul, vous m'êtes tous témoins que la sainte Église romaine m'a , contre ma volonté, établi à son gouvernail, et que je ne me suis pas assis sur ton Siège comme intrus. J'eusse préféré rester pèlerin toute ma vie plutôt que de m'emparer de ton Siège par vanité ou avec des sentiments mondains. Aussi suis-je persuadé que c'est ta grâce, et non ma coopération, qui a fait et qui fait ({ue le peuple chrétien qui t'est plus spécialement confié m'obéissse en vertu de la charge dont je suis revêtu ; par ton intercession, Dieu m'a accordé le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans les cieux. Fondé sur ce pouvoir, j'interdis, au nom de Dieu le tout-puissant, du Père, du Fils et du Saint-Esprit, au roi Henri, fils de l'empereur Henri, le gouvernement de tout l'empire d'Allemagne et d'Italie, parce qu'il s'est élevé contre ton Eglise avec un orgueil inouï. Je délie tous les chrétiens du serment de fidélité ([u'ils lui ont coUeclic, dans Mou. Giegor., p. 535-540. On a disciifc la question de savoir si ces mois : lotius regni Teutonicorum et Italiic gubeniacula coiilradico expriment la déposition ou une simple suspension du pouvoir royal. Poiir la suspension : R. Goldschmidl, Die Tage i'on Trihur itiid Canossa, in-8, Strassburg, t873, p. 13; L. Ranke, ]Vellgeiichic}Ue, t. vu, p. 267 sq. ; I. Dollinger, Lchrbnch der Kirchen- geschichte, t. ii, p. 142 ; J. Hergcnrothcr, Kirche und Slaal, p. 117 ; Hcrgenrôther, KircliengencliLchte, édit. Kirsch, t. ii, p. 358 ; W. MarLens, Gregors VU Mass- nahmen gegen Heiurich IV, dans Zeitschrift fur Kirchenrecht, 1882, t. xvir, p. 211 sq. ; Die Besetzung des pâpsllichen Sluhles, p. 194 sq. ; Gregor VII, sein Lehen und sein Wirken, t. i, p. 97. — Pour la déposition : Gicsebrecht, op. cit., t. m, p. 1134 ; Mcycr von Khonaii, JalirbiXcJier, t. ii, p. 640, n. 32 : V. Domcier, Die Pàpsle ah Ricldcr ûher die deulsclwn Kônige von der Mille des \i bis zuiii Aus- gange des xiii Jalnli., in-8, Breslau, 1897, p. i2 sq. ; C. Mirbl, Abselzung Ileinrichs IV durch Gregor VII in der Publizistik seiner Zeit, dans Kirchenge- schichlliclie Sludien, zu Ehren von Ilermann Renier, in-8, Leipzig, 1890, p. 104 sq. ; Dôberl, Zuni Rechljerligungssclireihen Gregors VII an die deulsche Nation vom Sommer, 1076, in-8, Munster, 31890-1891, p. 58 ; A. Hauck, Kirchengeschichle Deutschlands, t. m, p. 796, n. 1. Ceux qui soutiennent la théorie de la déposi- tion ont pour eux ce texte du Regislruui, 1. VII, n. 14 a; Mon. Gregor., p. 402; Jafîé, Reg. pont, rom., t. i, p. 634 : in regno a quo eum in Romano synodo deposue- ram, cf. Registrum, 1. IV, n. 3 ; Mon. Gregor., p. 2'i5 ; Reg. pont, rom., n. 5002. Quant à 0. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 207, il lire occasion de cet ana- thème ])our un pieux sermon à l'usage des catéchismes de persévérance. C'est vraiment attristant do voir l'insuffisance dont il fait preuve chaque fois que loccasion se présente pour lui de dépasser l'écoice d'un texte. (H. L.) [73] 578. CONCILE ROMAIN DU CAREME DE 1076 163 prêté ou qu'ils lui prêteraient dans l'avenir i, et je leur défends de le reconnaître à l'avenir pour leur roi. 11 convient en eiïet que celui qui veut attenter à la dignité de ton Église perde la sienne ; et, comme il a rougi d'obéir à l'exemple d'un simple chrétien, comme il n'est pas revenu à Dieu qu'il avait abandonné, mais au contraire s'est entouré d'excommuniés, a fait beaucoup de mal, a méprisé mes exhortations, et, par suite de ses efforts pour diviser l'Église, s'est lui-même séparé d'elle, je le lie, en Ion nom, des liens de l'anathème, afin que tous les peu- ples sachent et apprennent que tu es Pierre, et que sur cette pierre le Fils du Dieu vivant a bâti son Église, contre laquelle les portes de l'enfer ne pourront prévaloir ^. » Le chroniqueur Berthold ajoute que le cœur de l'impératrice- mère, présente à ces délibérations, fut percé de douleur ; Lambert [' i] de ^llersfeld dit encore (|ue Siegfried archevêque de Mayence, el les évêques Guillaume d'Utrecht et Rupert de Bamberg furent excommuniés avec le roi. Quant aux autres membres du conci- liabule, on leur fixa un délai au terme duquel ils devaient se rendre en personne à Rome, s'ils voulaient éviter la même peine. Du reste, ajoute Lambert, l'excommunication avait été déjà portée contre 1. Cet acte par lequel le pape déliait les chrétiens du serment de fidélité a été souvent interprété avec une extrême malveillance : il y a donc lieu de l'expli- quer brièvement : Non seulement, au point de vue de la morale chrétienne, mais encore au point de vue strictement politique, on doit admettre que tout serment de fidélité prêté à un supérieur au moment d'une entrée en fonction et tout serment de soumission ne peuvent naturellement être valides qu'autant que le supérieur conserve sa qualité. S'il vient à la perdre régulièrement, ou si les inté- ressés peuA-ent croire de bonne foi qu'il l'a perdue, le serment prêté perd son objet. Les princes allemands eux-mêmes ont soutenu cette thèse en face de Grégoire. C'est ainsi qu'Otton de Nordhcim s'exprime au nom des seigneurs saxons : Diim miln rex eral, et ea, quic simt régis, faciebal, (idelilulem, quant ei juravi, inlegrain et inipoUutam seivai^i; jwstquatn vero rex esse deswit, cul ftdem servare deberem, non fuit. Bruno, dans Mon. Cenn. Iiist., Script., t. v, p. o37 : Lambert, dans Mon. Cerm. Iiisl., Script.. I. i, j\ Uw. 2. Paul de Bernried, dans P. L., t. cxlvii, col. 74 ; W'atlerich, op. cit., t. i, p. 295, 516 ; Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 282, 353 ; Hardouin, Coll. concil., t. VI, part. 1, col. 1566 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 468 ; Jafîé, Mon. Gregor., p. 223; Damberger, Synchronist. Gesch., t. vi, p. 878 ; Kritikhejl, p. 136, pense que Grégoire n'a pas délié les sujets d'Henri de leur serment de fidé- lité et ajoute que « l'archimenteur » Bruno, De hello Suaonico, est seul à rap- porter celte prière Béate Pctre. Mais ce document se trouve aussi dans Paul de Bernried, panégyriste de Grégoire; Bruno ne l'a pas inventé; amis et adver- saires admettent le lait de l'excommunication. (H. L.) 164 LlNRE XXXI les cvêqucs de Ratisbonnc, de Constance et de Lausanne, ainsi que contre les comtes Éberhard de Nellembourg et Ulrich de Cosheim, principaux conseillers du roi ^. Divers fragments des actes synodaux conservés dans les collections conciliaires concor- dent avec ces données; on y lit : « Par jugement du Saint-Esprit, et en vertu de l'autorité des saints apôtres Pierre et Paul, nous svispendons de tout exercice des fonctions épicopales, Siegfried, archevêque de Mayence, qui a cherché à séparer de leur mère spirituelle, la sainte Eglise romaine, les évêques et abbés de l'empire d'Allemagne ; nous lui interdisons la communion du corps et du sang du Seigneur, sauf en danger de mort et encore à la condition qu'il fera pénitence et se convertira. Nous suspendons de toutes fonctions épiscopales tous les évêques qui ont volontairement adhéré au schisme et y ont souscrit. Quant à ceux qui n'y ont pas souscrit volontairement, nous leur accordons un délai jusqu'à la fête de saint Pierre (saint Pierre-ès- liens, 1^^ août); si à cette époque ils n'ont pas donné satisfaction soit en personne, soit par procureur, ils seront aussi dépouillés de la charge épiscopale. )) La sentence de Grégoire contre les évo- ques lombards est plus sévère encore, probablement parce qu'ils n'avaient pas à faire valoir, comme les évêques allemands, l'excuse d'avoir été intimidés et contraints par la présence du roi. «Tous ceux d'entre eux qui s'étaient conjurés contre saint Pierre devaient être suspendus de leurs fonctions épisco- pales et exclus de la communion de l'Eglise ^. » Bonitho ^ prétend que, dès cette seconde session du synode, on remit au pape des lettres de plusieurs évêques allemands, qui reconnaissaient leur faute, en demandaient pardon et promettaient à l'avenir obéissance à saint Pierre. Voigt répète cette assertion ^, et comprend parmi eux quelques évêques de la Haute-Italie. Il est plus probable, et c'est ce que laisse entendre Paul de Bernried ^, que ces lettres sont de date postérieure. Le concile aborda aussi plusieurs questions étrangères à l'affaire princi- 1751 pale; en premier lieu l'excommunication de plusieurs évoques 1. Mon. Germ. hisL, Script., t. v, p. 243, 283. 2. Mon. Gregor., p. 222 sq. ; Hardouin, Conc. cojicil., t. vi, part. 1, col. 1565; Mansi, Conc. anipliss. coll., t. xx, col. 467. 3. Mon. Gregor., p. 667. 4. J. Voigt, Jlildebrand als Papst Gregor Vil, 1846, p. 385. 5. ^\ allciicli, Vilic poiifif. roni. I. 1. p. 521. 578. CONCILE nO.MAIN DU CARÊME DE 1076 IGf) français : Bérenger d'Agde, (|ui rtail, demeuré dans la communion de l'archevcHjue de Narbonne, son métropolitain, excommunié, dont il avait rempli certaines fonctions ^ ; — Hermann, évoque de Vienne, déjà déposé pour simonie, etc. et qui élevait des prétentions sur l'Eglise de Vienne 2. Deux églises qu'il possédait encore furent frappées d'interdit ^. On excommunia également Ponce, évêque de Grenoble ^, et Etienne, évêque du Puy ^, coupable de simonie et d'avoir versé le sang. Plusieurs comtes, en particulier Humbert de Beaujeu ^, furent excommuniés à cause de leurs attaques contre l'Eglise de Lyon ; un autre, le comte de Saint-Gilles, le fut aussi pour avoir épousé une parente '^ ; enfin on confirma les ordonnances portées par Hugues, évoque de Die, en qualité de légat du pape pour la France ^. On admettait généralement, que dans ce synode de 1076, Grégoire VII avait publié les vingt-sept courtes sentences connues sous le nom de Dictatus Gregorii ^ Mais, quoique plusieurs de ces sentences (il serait difficile de dire toutes) expriment les idées de Grégoire et soient en harmonie avec ses principes sur la situation de Rome, on peut cependant assurer qu'il n'en est pas l'auteur ; c'est très probablement l'un de ses partisans qui aura rédigé des propositions émises par le grand pape [dic- tatus), ou qu'on lui a imputées, afin de donner un aperçu des droits du Siège de Rome ^®. 1. Bérenger I, évêque d'Agde, Gallia christiana, 1739, t. vi, col. 673 ; son métropolitain était Guifred de Narbonne. A deux années de là, on retrouve Bérenger siégeant en sa qualité d'évèque d'Agde dans un concile présidé par le légat Amat d'Oloron. (H. L.) 2. Hermann ou Arman, évêque de Vienne, Gallia christiana, t. xvi, col. 69. (H. L.) 3. Les églises de Romans et de Saint-Irénée de Lyon. (H. L.) 4. Gallia christiana, t. xvi, col. 230. (H. L.) 5. Etienne III, évêque du Puy; sur ce personnage, Gallia christiana, 1720, t, II, col. 720, à compléter par Registrum, 1. I, n. 80; Alon. Gregor., p. 100; Reg. pontif. rom., n. 4861 ; Registrum, 1. IV, n. 18; Mon. Gregor., p. 266 ; 1. IV, a. 19, Mon. Gregor., p. 267 ; Reg. pont, rom., n. 5028, 5029. (H. L.) 6. Humbert I, Art de vérifier les dates, t. 11, p. 474. (H. L.) 7. Raimond IV, surnommé de Saint-Gilles, plus tard comte de Toulouse, qui s'immortalisera par la première croisade. (H. L.) 8. Jafîé, Mon. Gregor., p. 223 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 1, col. 15G5; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 467. (H. L.) 9. Voir plus haut, § 572, p. 131, note 5. (H. L.) 10. C'était une manière portative de résumer la doctrine cl les idées connues ion LIVRE XXXI Après lo synode, Cir('o;olrr annonça à Ion te la chréfîenté, par la bulle Audisti ^, la sentence portée contre Henri. « Vous avez entendu, mes frères, les empiétements inouïs, les assertions éhontées et hlasphcmatoires, l'eiTronterie des schismatiques; vous avez appris les mauvais Irailements et les injures prodigues à ce saint Siège apostolique, tels que jamais rien de semblable ne s'est produit... Si vous croyez réellement (\uo le Christ a donné à saint Pierre les clefs du ciel, et si vous voulez vous ménager par cet apntre l'accès au 1)onlienr éternel, vous devez (lu pape. Deusdedit, s'il en est l'auleur, a arrangé ce qu'il avait peut-être rcouoilli parmi ces idées qui se traînent jusqu'au moment où on les dresse debout. Quant à l'ai liihulion au pape, elle accréditait du premier coup ces sentences et les jetait toules vives dans la discussion. Les dictaius furent, en leur temps, un syllabus. (H. L.) 1. Ce concile romain du carême de 1076 excommuniait Henri IV d'Allemagne avec le groupe d'évêques qui lui était resté fidèle. C'était une grave décision ot qui entraînait diverses questions de droit canonique. Deux clercs de Constance, que ce décret rendait fort perplexes, consultèrent un de leurs amis [P.L., t. cxlviii, ccl. 1141, et dans Libelli de lite, t. ii, p. 27) relativement aux ordinations laites par les simoniaques et par les excommuniés. Les consultants penchaient pour la nullité et se retranchaient derrière un texte de Prosper, un autre de saint Léon et un troisième de saint Grégoire. Le destinataire paraît fort embarrassé, enfin il estime que 1° les simoniaques et les excommuniés dont le crime et la condamna- tion ne sont pas notoires peuvent administrer validement les sacrements ; 2° les mêmes ministres, dans le cas où leur situation vient à être connue, ne peu- vent plus administrer les sacrements. Suivent les preuves ou prétendues telles. Cette indigente doctrine manquait de tout soutien et même de logique. L'auteur s'en doutait, mais on l'avait questionné : il fallait, coûte que coûte, répondre. Et il en venait à cette solution plus qu'étrange d'après laquelle un même personnage administrera ou non les sacrements selon qu'il est disqualifié publiquement ou non. Les correspondants ne furent ni convaincus ni satisfaits et demandèrent autre chose [P. L., t. cxlviii, col. 1166 et dans Libelli de lite, t. ii.) On ne pouvait admettre que la consécration eucharistique dépendît de l'habileté avec laquelle un coupable dissimulait son crime. Quant aux ordinations, la validité et la nullité sont également soutenues par de belles raisons. Qui croire ? Et Bernold de Constance proposait d'appliquer à l'ordination la dispense que le cardinal Humbert ne consentait à accorder qu'au baptême. «^ïout fait croire que Bernold n'a pas connu l'ouvrage du cardinal. Dès lors, il est remarquable que ces deux auteurs s'accordent pour interpréter de façon identique la foj'ma sacramenti dont ont parlé saint Augustin et saint Léon. Cette forma n'est qu'une apparence, un rite extérieur ; interpréta lion «pii prouve que Bernold et Deusdedit n'avaient qu'un soupçon très lointain de la doctrine du caractère. Il va sans dire que, sur ce point, ils sont solidaires et représentatifs de la doctrine de leurs contemporains. Pareille théorie laissait admettre la possibilité de réordination. » L. Saltet, Les réordinations, 11)07, p. 209 •.:!1. [76] 579, l'opinion sauvegarde le pape 167 comprendre le profond chagrin que nous causent ces injures... Aussi demandons-nous à votre charité de prier le Seigneur pour qu'il incline les cœurs des méchants à la pénitence, qu'il traverse leurs projets et montre la folie de qwiconque veut renverser la pierre fondée sur le Christ et cherche à détruire des privilèges divins. Les documents ci-joints vous apprendront poiirquoi et comment saint Pierre a frappe le roi d'anathème ^. » Le pape fait allusion à la sentence transcrite plus haut et qui débute ainsi : « Pierre, vénérable prince des apôtres, etc. » Hugues de Flavigny ^ s'est trompé en disant que le pape avait en vue dans ce passage la bulle Audivimus quosdam inter cos, qui est plus récente. Gfrorer se trompe aussi, en supposant que le pape fait allusion à un passage aujourd'hui perdu de la chartida dont nous avons parlé ^. 579. Lopinion sauvegarde le pape delà vengeance du roi. Aussitôt après Pâques (1076), et à la suite des menées de Guibert de Ravenne, les évêques et abbés de Lombardie assemiblés à Pavie répondirent à la sentence du pape par une sentence d'excommunication ^. Les procédés de Dioscore et de Photius recommençaient. Dans la Haute-Italie, l'opinion publique était généralement défavorable à Grégoire VII, elle l'était bien moins en Allemagne. Pendant que le synode de Rome se prononçait contre lui, le roi Henri s'était rendu de Worms à Goslar, où il distribua les biens des princes saxons prisonniers et ordonna la construction de nouvelles citadelles pour réduire le peuple saxon. Il se rendit de Goslar à Cologne pour imposer en personne l'élection et 1. Hardouin, Conc. coll.. t. vi, part. 1, col. 1328 ; Maiisi, Conc. amplis.'i. coll., 1. XX, col. 191 ; Mon. Gerni. hisl., Script., t. v, p. 353 ; Watterich, Viise pontif. romanor., t. i, p. 517. 2. Mon. Germ. hist., Script., t. vin, p. 442. 3. Gfrorer, Gregor VII, t. vu, p. 514. 4. Baronius, yl/î/jfl/t's, ad aiui. 107G, n. 34; Bonitho, dans j1/o7). Gregor. p. 670; o sœcido non est auditum, ut lut uno Icmpore inimicus huinani generis mente captos contra sanctam romanam Ecclesiam armasset episcopos. Aruulf, Gesta archiep. Mediolan., v, 7, dans Mon. Germ. Jiist., Script., t. viii, p. 30. (H. L.) 168 LIVRE XXXI l'installation d'IIilclulf; puis de Cologne à Utrecht où il comptait célébrer les fêles de Pàqnes chez son ami l'évequc Guillaume. Mais l'avant-veille de la fête arriva la novivelle de la décision du concile de Rome qu'il sembla d'abord dédaigner et, nonobstant l'excommunication, il parut dans l'église. Pour affaiblir l'im- pression que la sentence du pape aurait pu faire sur le peuple, l'évoque Guillaume prononça, à la messe du jour de Pâques, un discours injurieux contre le pape, qu'il cjualifia de par- jure, adultère, faux apôtre, dont la sentence était sans valeur parce que lui-môme avait été excommunié par les évoques ', et il renouvela en leur nom cette sentence d'excommunication. Cette initiative de l'évêque manqua le but et fit tort à la cause du roi. Un événement fortuit causa une profonde émotion ; en cetLe môme fôte de Pâques, la foudre frappa la cathédrale d'Utrecht et la réduisit en cendres ; peu après l'évoque Guillaume tomba malade et mourut. D'Utrecht, Henri se rendit à Worms par la Lorraine; il y avait convoqué les prélats allemands à un concile qui devait se tenir à la Pentecôte (15 mai) dans le but d'élire un nouveau pape que le roi projetait de conduire à Rome. Roland avait parlé de ce projet du roi dans le concile romain du carême, mais la lettre de convocation ne fut envoyée qu'après l'arrivée des nouvelles d'Italie ^. Elle commence par une captatio beneç'o- lentiœ, et aborde cette thèse : la prospérité de l'Eglise repose sur le principe des deux pouvoirs, sacerdotal et royal, et cette prospérité est compromise si quelqu'un s'arroge les deux pouvoirs. C'était ce qu'a tenté Hildebrand qui, malgré ses habits de pape, n'a pas la sollicitude d'un pasteur, qui se signale sur le Siège apostolicfue par les brutalités d'un malfaiteur, qui, quoique assis sur un siège de paix, s'applique à détruire la paix universelle. Il s'approprie, contre la volonté de Dieu, le pouvoir royal et le pouvoir spirituel, tandis que la sainte b^criture parle symboliquement des deux glaives ^. Hildebrand détruit cet ordre. « Il ne permet à personne, continue Henri, de devenir prêtre sans avoir mendié cette dignité à son orgueil ; il a voulu 1. Mon. Germ. hisL, Script., t. v, p. 243 sq., 283 ; 361 ; t. vr, p. 709 ; Watterich, Vitœ pontif. romanor., t. i, p. 5L1. 2. On a, par erreur, considéré cette lettre de convocation comme appartenant au dossier du conciliabule tenu à Worms, en 1075. (H. L.) 3. Luc, XXII, 28. 579. l'opinion sauvegarde le pape 1G9 m'enlever l'empire et la vie, parce que je veux tenir mon pouvoir de Dieu ol non de lui, et parce qu'il ne m'a pas fait roi. 11 a émis à plusieurs reprises et à noire honte ces prétentions ; bien plus, il a maltraité mes ambassadeurs qu'il a fait jeter en prison et souffrir de la nudité, du froid, de la faim, de la soif ; il les a môme, comme un autre Dèce, fait promener dans la ville comme des rygi martyrs ^. Aussi, mon bien-aimé, n'hésite pas à venir à Worms pour la fcte de la Pentecôte, afin de concerter la conduite <à tenir 2.» Les objections de Baronius à l'authenticité de cette lettre de convocation tombent quand on considère qu'elle ne se rapporte pas, comme il le croyait, au conciliabule de Worms, du 24 janvier 1076, et quand on consulte le texte publié par Mansi, par Pertz et par Jafîé. En effet, l'adresse de cette lettre ne porte que l'indication A.; on avait pu la croire envoyée à Annon de Cologne et Baronius avait raison d'objecter que ce prélat était mort à cette époque. Plus tard on l'a crue écrite à Adalbert de Wûrzbourg ; en fait elle fut adressée à Altwin de Brixen : son contenu ne laisse aucun doute à ce sujet. Toutefois, les choses prirent en Allemagne une tournure très différente de celle qu'avait rêvée Henri. A la nouvelle de la sentence portée par le synode romain, une grande émotion s'empara, au rapport de Bonitho, de toute l'Allemagne. C'était la première fois qu'un roi romain allemand était ainsi frappé. Sous le coup de la surprise, un grand nombre de personnes, effrayées à la pensée des violences auxquelles Henri allait s'abandonner, ou par un patriotisme mal entendu, se répandirent en violences contre le pape. Peu à peu, cependant, beaucoup se convainquirent de l'équité de cette sentence, et leur nombre s'accrut d'autant plus qu'Henri ne se mit guère en peine de gagner à sa cause l'opinion publique en améliorant sa vie et sa politique. Le sentiment général lui fut donc de jour en jour 1. Il s agit de ce Roland que le pape avait fait épargner. Cet homme devint évêque de Trévise, cf. Udalric, Codex, 64, dans JaHé, Monuin. Bambcrg., p. lod; Anne Comnène, qui avait l'imagination erotique, imagine des mutilations telles qu'on en faisait dès lors à la cour de Byzance. Anne Comnène, Alexiadis, 1. I, c. XIII, édit. Bonn, 1869, t. i, p. 62 sq. (H. L.) 2. Mansi, Conc. nmpliss. coll., t. xx, col. 466; Mon. Gerni. hist., Leges, t. ii, p. 48 ; Monum. Bamhcrg., p. 106, n. 49. Hugues de Flavigny a raconté en détail les incidents qui se passèrent à Utrecht, pendant le séjour d'Henri IV, Chronicon, dans Mon. Germ. hist., Script., t. viii, p. 458. (II. L.) 170 LIVRE XXXI plus défavofablp, o\ plusieurs morts subites ne contribuèrenl. pas peu à éloigner du roi bien des esprits. Guillaume d'Utrecht, si injurieux en paroles à l'égard du pape, tomba malade ; parmi d'atroces douleurs il hurlait qu'il se savait condamné, par un juste jugement de Dieu, à la mort éternelle. 11 mourut en désespéré et sans avoir reçu les sacrements de l'Église ^. Burchard, préfet de Meissen et favori du roi, fut tué dans une révolte, parce que, [79] montant un cheval