THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY 2?0 H36cN> Return this book „ Lo *e*t Date £ °" or b ^ore th, 1 ~o.i 096 HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR m Charles-Joseph HEFELE DOCTEUR EN PHILOSOPHIE BT EN THÉOLOGIE, ÉVOQUE DE ROTTENBOUKO NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR Dom H. LECLERCQ BÉNÉDICTIN DE L'ABBAYB DE FARNBOROUOH TOME VII PREMIÈRE PARTIE PARIS LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ 87, BODL. RASPAIL, RUE DÉ VAUGIRARD, 82 1916 HISTOIRE DES CONCILES TOME Vil PREMIÈRE PARTIE HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAK Charles-Joseph HEFELE DOCTBDR i:N PHILOSOPHIE ET EN THEOLOGIE, ÉVÈQUE DE ROTTENBOUKO NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME EDITION ALLEMANDE CORRIGÉE ET AUGMENTEE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR Dom H. LECLERGQ BÉNÉDICTIN de l'abbaye de farnborougii TOME VII PREMIÈRE PARTIE PARIS LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ 87, BOUL. RASP.UL, RUE DE VAUGIRARD, 82 1916 NIHIL 0BS1 \T F Cabrol, Farnboi Imprinn Parisiis, die L" aprilis L916. !. \:> \ m, vie. gen. no LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME LE CONCILE DE PISE ET GRÉGOIRE XII CONTRE-SYNODE TENU A CIVIDALE EN 1409 733. Les trois premières sessions du concile de Pise. [T. vi] Après tant de préliminaires *, le synode de Pise, désiré depuis [992] s i longtemps, s'ouvrit enfin le jour de l'Annonciation, 25 mars 1409 2 . Nos sources principales pour les délibérations de cette 1. Ce concile de Pise n'est pas seulement intéressant par lui-même, mais encore par les manœuvres qui s'exercèrent au cours de ces préliminaires. Juridiquement, on doit s'étonner de voir des cardinaux s'arroger le droit de convoquer un concile du vivant du pape légitime, quel qu'il fût; mais au seuil du xv e siècle on n'était plus à s'étonner de ces étrangetés, les réserves de surprises étaient depuis long- temps épuisées et, ce qui ne laissait pas d'être suggestif, c'est que le mouvement était donné par des cardinaux italiens. Les deux universités de Paris et de Bologne menaient la campagne (Martène, Amplissima colleciio, t. vu, col. 894) et c'est dans l'écrit d'un Italien, d'un Padouan, François Zabarella, qu'on peut lire expli- citement la doctrine dite gallicane de la supériorité du concile sur le pape; pour que rien n'y manque, ce Padouan était cardinal de la sainte Eglise romaine. Le premier jet de son traité est daté du 4 novembre 1408, mais il le retoucha et le renforça dans le sens indiqué. Selon lui, rien ne s'oppose à ce que les deux papes fussent contraints d'abdiquer; cf. Schard, De jurisdictione.... imperiali et polestate ecclesiastica, in-fol., Basileœ, 1566, p. 706; J. F. Scheuffgen, Bcilràge zur der Ge- schichte des grossen Schismas, p. 118; A. Kneer, Kardinal Zabarella, in-8°, Munster, 1891, p. 58, 59; N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, in-8°, Paris, 1902, t. iv, p. 57, note 5. Le cardinal Zabarella n'était pas seul de son avis. Dès 1398, Balde de Pérouse, autre Italien, resté pendant vingt ans fidèle aux papes de Rome, avait revendiqué pour les cardinaux et évêques réunis en concile, le droit de déposer les deux papes. M. Souchon, Die PapsUvahlen in der Zeit des grossen Scliismas, t. i, p. 60. (II. L.) 2. Le 24 avril, arrivèrent à Pise neuf ou dix représentants de l'Université de conciles — vu — 1 l 000369 I.IVUK XI. IV assemblée sont quatre anciennes collections d'actes et de noies répartis dans diverses archives de France, «le Belgique et d'Alle- magne et aujourd'hui imprimées. I ,a première de ces collections provenant d'un mi scrit de Paris passa depuis le commencement du jcvii 6 siècle dans I «>u les les collections des conciles l . La seconde, beaucoup plus complète, lui imprimée par d'Achéry dan- son Spicilegium d'après trois manuscrits de l'abbaye de Jumièges 2 . Van (1er Hardt donna la troisième collection d'après un manu- scrit de Vienne; ce même savant trouva dans un manuscrit de Wolfenbût tel un autre exemplaire de la première collection fournie par un manuscrit de Paris 3 . Enfin la qualrième parut en 1733 dans le septième volume de la Veterum scriptorum amplissima colle ctio ; elle provenait d'un manuscrit de Saint-Laurent à Liège 4 . Paris. Religieux de Saint-Denys, t. rv, p. 222; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 341; Dcnifle et Châtelain. Auctarium Chartularii universitalis Parisieneis, t. ii, c. xlvii, note 1. (H. L.) 1. Dans Ilardouin, Concil. coll., t. vin, col. 5 sq. ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1136 sq. ; Colcti, Concilia, t. xv, col. 1127. 2. Imprimé dans .Mansi, op. cil., !. xxvi, col. 1184 sq.; Hardouin, op. cit., t. vm, col. 46 sq. ; Colcti, op. cil., col. 1 I 70. 3. Imprime dans l'ouvrage : Van der Hardt, Magnum et œcumenicum Constan- liense concilium, t. n, p. 90 sq. ; ce texte a été reproduit par Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 115 sq., et Colcti, op. cit., t. xv, col. 1361 sq. 4. Martène, Vetcr. script, ampliss. coll., 1733, t. vu, col. 1078 sq., réimprimé dans M. nsi, op. cit., t. xxvn, col. 358 sq. Sur ce concile, voir encore Pisanum concilium celebratum ad tollendum schisma anno 1409 et concilium Scncnse anno 1123, cum... ex Bibliolhcca regia, in-4°, Lutetiae Parisiorum, 1612; Bini, Concilia. 1618, t. m. col. 1553-1555; Concil. regia coll., 1644, t. xxix, p. 188; Ughelli. Italia sacra, 1647, t. m, col. 554-574; 2 e édit., col. 465-476; Baronius-Raynaldi, Annale» eccles., 1652, ad ann. 1408, n. 32-39; ad ann. 1409, n. 12-73, 79; d'Achéry, Spici- legium, 1664, t. vi, col. 39-376, cf. prœf. p. 7-9; Labbe, Concilia, 1672. t. xi. col. 2114- 2320; Ilardouin, Concil. coll., t. vin, col. 1; J. Lcnfanl. Histoire du com ile de Pise, et de ce qui s'est passé de plus mémorable depuis ce comili jusqu'à celui il' Constance, 2 vol. in-4°, Amsterdam, 1724, Utrecht, 1731; Liron, Singularités historiques, 1739, t. m. p. 404-413; Coleti, Concilia, 1732. t. xv. col. 1 12.5; Martène, Scriptorum veterum amplissima collcctio, 1733, t. vu, col. 425-1208; Pasini, Codit manuscripli Taurinenses, 1749, p. 70; Mansi, Concilia, Supplem., 1749, t. m, col. 848; Concil. ampliss. coll., 1784, t. xxvi, col. 1131; I. xxvn, col. 1-502; t. xxvm, col. 1058; N. Alexander, Historia ecclesiastica, 1778. t. ix. p. 267-278; K. R. ECdtzschke, Ruprecht von der Pfalz mol dos Konzil zu Pisa, in-S°, Iena, 1891; F. Stuhr, Die Organisation und Geschàftsordnung des Pisaner und Konstanzer Konzils, in-8°, Schwerin, 1891, Leipzig, 18M2: N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, in-8°, Paris, 1902, t. iv, p. 77-107; L. Schmitz, Zur Geschichte il' s Konzils von Pisa, 1891; P. Blietmetzrieder, Die Generalkonzil im grossen abendlàndischen Schisma, in-8°, Padcrbom, 1904. (II. L.) 733. LES TROIS PREMIÈRES SESSIONS DU CONCILE DE PIM. 3 [993] Une autre source 1res cligne d'attention est le récit du moine de Saint-Denis dans la chronique désignée sous son nom l . Mais il manque dans cette relation la conclusion du synode, probable- ment parce que, après l'élection d'Alexandre V, l'auteur avait quitté l'ise 2 . A ces sources principales s'ajoutent divers docu- ments et notices disséminés sans ordre et que Mansi a collectionnés avec soin et imprimés. Dans la matinée du 25 mars, les cardinaux et prélats arrivés à Pise se réunirent dans l'église de Saint- Michel d'où ils se rendirent en procession solennelle à la cathédrale, dans la grande nef de laquelle se tinrent toutes les sessions du concile. Les premières places près du chœur furent occupées par les cardinaux; immédia- tement après vinrent les ambassadeurs des rois 3 , si ces ambassa- deurs étaient prélats, puis les archevêques, évêques et abbés; un peu plus bas étaient les nombreux membres de l'assemblée non prélats. Il y eut en tout 4 , à l'époque où le concile compta le plus 1. Dans Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 1-10, et dans Hardouin, Concil. coll., t. vin, col. 115-120; Le Religieux de Saint-Denys, 1. XXX. ch. ii-iv, t. iv, p. 222 sq. (H. L.) 2. Cf. d'Achéry, Spicileg., t. i, col. 828. 3. Etaient représentés : Charles VI, roi de France, Jean sans Peur, duc de Bour- gogne, Antoine, duc de Brabant, Louis d'Anjou, roi de Sicile; le roi d'Angleterre, le roi des Romains et de Bohême Wenceslas, le roi de Pologne, le roi de Portugal, le roi de Chypre, le comte de Savoie, le marquis d'Esté, le duc de Lorraine, le due de Hollande, le duc d'Autriche, l'évèque de Liège, les électeurs de Cologne et de Mayence, le margrave de Brandebourg, les landgraves de Thuringe et plusieurs autres seigneurs tudesques. Cf. Kôzschke, op. cit., p. 77 sq. Les chanoines de Lin- kôping constataient, le 26 novembre 1409, qu'à part le Danemark, la Suède et la Norvège, presque tous les royaumes de la chrétienté avaient envoyé des ambassa- deurs à Pise; Daae, Symboli ad historiam ecclesiasticam provinciarum septentrio- nalium magni dissidii synodique Conslanliensis temnoribus pertinentes, p. 26. (H. L.) 'i. La composition du concile a beaucoup varié entre le 25 mars et le 7 août, dates d'ouverture et de fermeture des sessions. Un urbaniste a prétendu que les représentants de la France étaient légion et les pays d'obédience romaine, à part la Lombardie, la Romagne et la Toscane — ce qui serait déjà un lot fort considé- rable - — étaient à peine représentés. J. Weizsâcker, Deutsche Reichstagsakten, t. vi, p. 562. C'est une de ces petites impostures dont les urbanistes se montrent coutumiers. En réalité, on vit d'abord arriver un flot de prélats italiens. Le 29 avril, un Allemand constate la présence à Pise de vingt évêques français sur cent vingt prélats mitres présents, cf. H. V. Sauerland, dans Romische Quarlalschrift, 1897, t. xi, p. 449, 451. Vers le début du mois de juin, le nombre des Pères du concile s'élève au inoins à cinq cents (IL Finke, Acla concilii Constanliensis, t. i, p. 283) et parmi eux on ne trouverait pas plus de cent cinquante Français ou Provençaux. A LIVRE XLIV de membres, vingt-deux ou vingt-quatre cardinaux, quatre patriarches 1 , quatre-vingts évêques, les procureurs de cent deux [ ( J94] Mansi, ( < ne. ampliss. colL, t. xxvn, col. 331, ;i publié un docunn nt très -ùr dans lequel on oote, au jour le jour, l'arrivée des prélats : du -\ mars au 14 juin, <>n peut relever les noms d'un patriarche, de But archevêques, de vingl trois évêquea, d'une trentaine d'abbés e1 d'environ quatre-vingt-cinq autres ecclésiastiques fran- is ou provençaux. Le 5 juin, le Religieux de Saint-Denys, t. iv, p. 238, compte ■ .-ut soixanl ■ archi vêqui B, évêques el abbés mitres, cenl vingt docteurs en théo- logic et trois cents docteurs en droil présents à la session du concile. Le même jour, 5 juin, au bas de la Bentence prononcée par le concile contre Benoît XIII ire XII on ne relève qu'environ cent cinq signatures tram açales, outre celles des ambassadeurs de Charles VI, du roi Louis de SiciL- el des délégu • 1rs universités de Paris, d'Angers, de Toulouse et de Montpellier (Bibl. du Vatican, i is. lat. vatic. 4000. fol. 96 r°). Le 6 juin, Minerbetti compte trois patri cent quai re-vingts archevêques ou évêques, trois ont s abbés et deux cenl quati vingt-deux maîtres en théologie; cette évaluation paraît exagéi . Deux letti datées du 2S mai et du 19 juin adressées à l'université de Vienne [L. Schmitz, op. cit., p. 372) et Kônigshofen [Chroniken der deutschen Stàdle, t. in, p. 612 ne peuvent guère être crues quand elles parlent de quatre cents archevêqu [ues, trois cents maîtres, cent envoyés de princes et de seigneurs. Les listes à peu près sem- blables, fournies par le Spicilegium de d'Acbéry. t. i. col. 853, par VArmarium LIV des arch. du Vatic, Baronius-Raynaldi, t. vin,. p. 264, par le ms. 578 de Dijon, t 1. 'J\ v° e1 par le journal do Thomas Trotet (Arch. Vatic, Armarium LXII, t. lxxxv, fol. 672) relèvent les noms d'environ deux cent cinquante prélats, religieux ou docteurs présents, sans compter les mandataires d'environ quatre cent cinquante prélats, religieux, chapitres, diocèses ou provinces; mais beaucoup de ces mandataires se confondent avec les Pères nommément d< V Val op. cit., t. iv, p. 77. (II. L.) 1. Les manuscrits de Jumièges (dans d'Achéry, Spicileg., t. i, col. 803, Mansi, Concil. amplis-,, coll., t. xxvi, col., 1239, et Coleti, Concilia, t. xv, p. 1231) donnent les noms des vingt-deux cardinaux suivants : 1) Guy de Malessi t, i ardinal-évêque de Palestrina (du parti de Benoît XIII), appel' cardinal de Poitiers; 2) Henri Minuloli, rardinal-évèque de Frascati ou Tusculum, appelé cardinal de Naples :>égorien) ; 3) Nicolas Brancaccio, cardinal-évêque d'Albano (du parti île B noit XIII); ! k) Jean AUarmet de Brogny, cardinal-évêque d'Ostie, appelé cardinal «le Viviers (du parti de Benoît XIII); 5) Antoine Cajetan, cardinal-évêque de Palestrina (grégorien), appelé cardinal d'Aquiléi parce qu'il avait été patriarche de cette ville; 6) Pierre Girard du Puy (de Po< dinal-évêque de Frascati lu côté de Benoîl XIII); 7) Pierre de Thury, cardinal-prêtre de Saint< - i .no (du côté de Benoît XIII); 8) Ange de Naples, cardinal-prêtre de Sainte-Pu- dentienm e1 appelé de Lodi, Laudeneis i a);9) Fernandez Pierre de Frias, cardinal-prêtre de Sainte-Praxède, appelé cardinal d'Espagne (du parti de Be- noît XIII); KM Conrad Caracciolo, cardinal-prêtre «le Saint-Chrysogone, appelé urdinal de Malte (du parti de Grégoire); 11) François Uguccione d'Urbino, cardinal-prêtre des Quatre-Saints-Couronnés, appelé le cardinal - la Bolennité d'ouverture, le '2~> mars , le cardinal de Niiiiy chanta la messe (d'après le moine de S;iint-Denis, ce fut le cardinal de Palestrina); le dominicain Léonard de Florence prêcha le sermon à la fin duquel il déclara que, par égard pour la fête du jour, la première session n'aurait lieu (pu; le lendemain l . Le lendemain mercredi 26 mars, le cardinal d'Ostie célébra la messe De S])irilti sancto 2 . Le cardinal d<> Milan (Philarghi) prêcha sur un texte du livre des Juges, xx, 7 : « Vous tous, fils d'Israël, qui [995] ries ici réunis, décidez ce qu'il y a à faire.» On ne peut pas «lire que le choix de ce texte soit délicat; car il est emprunté à ce lévite <|iii invite Israël à se venger des benjaminites qui ont fait mourir de honte sa femme. La suite du discours manqua égale- ment de tact, car la culpabilité des deux papes est dépeinte sous des couleurs vigoureuses, et l'orateur en conclut à la nécessité de la convocation d'un concile général 3 . On chanta ensuite quel- lard, Jean de Ségovie, op. cit., t. n, p. 369, ne comptera comme ayant pris part au concile de Pise que vingt-six docteurs et cinq licenciés en théologie de l'Univer- sité de Paris. (H. L. 1. Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1136, 1184 ; t. xxvn, col. 115, 358; Hardouin. Concil. coll.. t. vin, col. 5, 46; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1127. Le manuscrit de Paris est le seul à placer la première session au 25 mars. Par suite d'une erreur de copiste, le moine de Saint-Denis place l'ouverture du concile au 20 mars au lieu du 25; mais la première session est exactement indiquée au 26. 2. Le manuscrit de Vienne, c'est-à-dire la troisième source (Mansi, op. cit., t. xxvo, col. 116 sq. ; Coleti, op. cit., t. xv, col. 1361), dit expressément que le cardinal d'Ostie, Jean Allarmet de Brogny, appelé le cardinal de Viviers, chanta la mes- et que le cardinal-évêquc de Palestrina, Guy de Malessct, appelé cardinal de Poitiers, présida. Avec ces données coïncident celles de la seconde collection ixlraite des manuscrits de Jumièges (Mansi, op. cit.,\. xxvi, col. 1185; Coleti, op. cit., t. xv, col. 1176). Dans les deux autres collections ces faits ne sont pas men- tionnés. Lenfant (Hist. du concile de Pise, t. i, p. 214 sq.) se trompe complètement sur ce point, car Malesset n'était pas cardinal-évêque d'Ostie, mais bien de Pales- trina, et il n'appartenait pas à l'obédience de Grégoire, mais à celle de Benoît. 3. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 118; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1364. < ta avait eu dans les précédents conciles tenus à l'occasion du schisme le spectacle fréquent d'un désaccord irréductible; il n'en fut pas de même à Pise et cette bonne entente, si elle est de nature à édifier, n'ajoute pas à l'intérêt de la situation que nul dissentiment ne trouble. C'est ainsi que le 17 mai, à l'interrogatoire nominal, un Anglais se risque à n'être pas de l'avis général et l'incongruité paraît si fort< qu'on l'expulse et qu'on le met en prison sous prétexte qu'il n'avait pas mandat pourprendre part au concile (Martène, op. cit., t. vu, col. 1090); mais alorspourquoi l'y laissait-on assister ? Dès lors, les sessions se réduisirent à l'enregistrement ou .i la promulgation de décisions prises d'avance par les officiers du concile ou par les cardinaux. Prélats de tout rang siégeaient et opinaient d'après un programme 733. LES TROIS PREMIERES SESSIONS DU CONCILE DE PISE 7 ques antiennes, litanies et oraisons, et le Veni Creator; puis Pierre Alaman, archevêque de Pise, monta en chaire et lut : I. Le décret concernant la loi, de Grégoire X et du quatorzième concile œcuménique. '1. Le décret du concile de Tolède de l'année G75 concernant arrt}t< d'avance, auditeurs bénévoles des détails de la procédure entamée contre les deux papes rivaux par les avocats et les procureurs. L'assiduité aux sessions n'en était, de leur part, que plus méritoire. Quoi qu'on en ait pu dire, les Italiens gardaient dans le concile et dans ses abords la haute main; la présence d'un nombre restreint d'étrangers, principalement de Français, les irrita néanmoins à tel point qu'ils se crurent évincés. Susceptibilité justifiée par la séculaire habitude d'un dévouement désintéressé. Parmi les officiers du concile les deux maréchaux sont Italiens : Poncello Orsini et Busillo Brancacci; parmi les avocats et procu- reurs, tous, à part un Français et un Allemand, sont Italiens. La commission constituée le 4 mai pour procéder à l'interrogatoire des témoins sur les chefs d'accusation relevés contre les papes comprenait deux cardinaux, un Français et un Italien, ensuite quatre Français, un Provençal, quatre Anglais, quatre Alle- mands et quatre Italiens [Religieux de Sainl-Denys, t. iv, p. 222, 224). Malgré ce léger froissement d'amour-propre, en se voyant mis dans l'Eglise sur le pied de tous les chrétiens, quelle que fût leur nationalité, les Italiens avaient d'autres sujets de satisfaction, par exemple lorsque Pierre Plaoul, orateur de l'Université de Paris, leur rappelait que cette illustre institution n'innovait rien en déclarant les deux papes schismatiques, puisque sur ce terrain difficile, Allemands, Anglais, Italiens lui avaient frayé la route (Martène, op. cit., t. vu, col. 1094). « Les Français n'eurent même pas, dans l'assemblée de Pise, le monopole des traits acerbes, de l'éloquence passionnée. Pour cinq discours qu'ils prononcèrent du 25 mars au 19 mai, j'en trouve douze débités par des Allemands, Italiens ou Anglais (Mansi, op. cil.,t. xxvn, col. 114) ; et si un Languedocien qualifia les deux pontifes de traîtres (14 avril ), si Bertrand Raoul, évêque de Digne, proposa de les chasser comme des mercenaires (21 avril), si ces conclusions furent appuyées par Guy de Malesset et par Simon de Cramaud (18 avril, 8 mai), c'est un Anglais, Robert Hallum, évêque de Salisbury, qui accabla peut-être les deux papes des invectives les plus violentes (30 avril) ; c'est un Aragonais, Nicolas Sacosta, évêque de Sisteron, qui les désigna sous les noms injurieux d'Anne et de Caïphe, les compara aux « diables d'enfer » et dans un langage non moins vulgaire qu'insultant déclara qu'ils « n'étaient pas plus papes que ses vieux souliers. » Quant à les tenir et les proclamer hérétiques, cela ne faisait difficulté pour personne, puisque la réponse faite à cette question donnait six ou huit négations seulement contre plus de cent affirmations. Cette quasi-unanimité eût peut-être été troublée si l'archevêque de Reims avait pu par- venir jusqu'à Pise. Guy de Roye n'était pas d'humeur accommodante. Il s'était abstenu de paraître à l'assemblée de Paris, avait protesté en son nom et au nom de la province de Reims contre la neutralité et en appelait de celle-ci comme de tous les décrets promulgués à Paris. 11 se décida fort tardivement à partir pour Pise, mais fut tué en chemin d'un mauvais coup qui ne lui était peut-être pas destiné (8 juin). A cette date, le gros de la besogne du concile était terminé et la présence ou l'absence de Guy de Roye importait assez peu; d'ailleurs on en est 8 LIVRE XLn le calme e1 l'ordre qui doivenl régner dans un concile (cf. t. m, p. 31 2, ci Caus. V, (j. iv, c. 3). 3. La déclaration portanl que le présenl concile croyait et enseignail toul ce que l'Eglise avail jusqu'alors cru el enseigné. Un notaire proclama que l'ordre Ar préséance sni\i dans la pré- r. luit aux conjectures sur le parti qu'il eûl pris. L'attitude de Jean Genou avait plus d'importance. Celui-ci n'avait pas quitté Paris et, dès le mois de novembre avait manifesté l'intérêt qu'il portait à l'ccuvrc des cardinaux (J. Gerson, Opcra. t. iv a, p. G25). Depuis lors il soutenait le droit et l'utilité du concile, d'abord, à la (in de janvier dans un traité Mir l'Unité de l'Eglise [ibid., t. n, p. 113), ensuite dans un écrit dont le canevas Beul nous est parvenu [ibid., t. II, p. 121). Le ^''jan- vier, il avait harangué l'ambassade anglaise à son passage à Paris (ibid., t. n, col. 123) : enfin, entre le 15 juin et le 8 juillet, il écrivait son De auferibilitaté pnj>.> (ibid., t. n, p. 209). Une pensée constante inspire dans ces ouvrages le grand théologien français. L'unité de l'Église doit être rétablie à tout prix. A tout prix il faut arriver à pouvoir procéder à l'élection d'un pape unique et incontestable. Les cardinaux, les princes, le premier chrétien venu peuvent, dans ce but, con- voquer un concile. Suivant une conception brillante mais que l'opinion général n'a pas accueillie, le pape ne serait uni à l'Église que par une sorte de contrat révo- cable au gré d'une des parties. On avait vu Célestîn V — et plus anciennement Pont ion — rompre volontairement et spontanément le lien qui les unissait tous deux à l'Kglise. Celle-ci, de son côté, n'était pas sans ressources pour se dégager, elle assemblait le concile et Gerson énumérait les cas où, suivant lui, un pape pou- vait être déposé (ibid., t. n, p. 214, 222, 223K II allait plus loin : non seulement il admettait qu'on refusât l'obéissance au pape, qu'on appelât de ses jugements, qu'on lacérât ses bulles, qu'on l'accusât d'hérésie et que, par l'emprisonnement, on le contraignît à l'abdication, mais il ne voyait nul obstacle à ce qu'en cas de refus, on se débarrassât de lui en le jetant à l'eau. C'était là, suivant lui, un droit divin et naturel d'une nécessité si absolue que l'abroger par une constitution humaine eût été une erreur intolérable (ibid., t. ii, p. 117, 221). Voici des propo- sitions qui, à défaut d'autre mérite, avaient celui d'être si claires qu'on ne pouvait s'y méprendre; dès lors, qui concède le plus accorde le moins, Gerson n faisait aucune difficulté quant à l'ouverture du concile, à la déposition des papes et à l'élection de leur successeur. Toutefois si l'on prévoyait que le nouvel élu n'obtien- drait pas l'assentiment de la partie la plus notable fie la chrétienté, mieux valait en ce cas renoncer à l'élection projetée et se borner à assurer le rétablissement de l'unité au décès du premier mourant. La solution ne pouvait être retardée long- temps eu égard à l'âge avancé de Grégoire XII et de Benoît XIII (ibid., t. n, p. 118). Non moins signalé que Gerson, Pierre d'Ailly prenait également parti dans le conflit qui tenait les esprits en suspens. D'Aix en Provence, il écrivait à Benoît, qu'il avait jusqu'alors loyalement suivi el servi, une lettre sévère lui prédisant sa chute profonde et ignominieuse (Kcrvyn de Lcttenhovc, Chroniques relatives à l'/ustoire tle lu Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne ; Textes latins, t. i, p. 138) ; en môme temps, il écrivait aux cardinaux pour leur exprimer sa satis- faction »lu projet de concile dont il souhaitait la prompte réunion (P. Tschackerl. Peter von Ailli. Appcndix. p. 29, cf. p. 147). A Aix, puis à Tarascon, Pierre d'Ailly 733. LES TROIS PREMIÈRES SESSIONS DU CONCILE DE T1SE 9 sente session ne pourrait constituer un précédent préjudiciable à qui que ce fût. Le cardinal de Palestrina ou de Poitiers, président du concile en qualité de plus ancien cardinal-evéjqûe^ adressa une courte allocution aux prélats assemblés et les invita à désigner le personnel nécessaire au bon fonctionnement. On élut six notaires, quatre procureurs et deux avocats, avec mission île proposer, de faire et de demander ce qui paraîtrait nécessaire pour rétablir l'union dans l'Église 2 . Les nouveaux élus prêtèrent serment entre rédigea deux séries de dix propositions « probables » et les soumit à Vincent Fcrrier, l'illustre dominicain, et à Boniface Ferrier, son frère, prieur de la Grande-Char- treuse. Un argument commun à d'Ailly et à Gerson, c'est que, dans la primitive Église, les conciles n'étaient pas convoqués par le pape, et ils citaient à l'appui do leur opinion les quatre premiers conciles mentionnés dans les Actes des Apôtres, tenus sans la participation de saint Pierre. Une discipline différente avait prévalu avec le temps, mais simple affaire de déférence, d'une part, à l'égard du Saint-Siège, de prévoyance, d'autre part, à l'égard des manœuvres des hérétiques et des schis- matiques. Entre temps, l'Eglise conservait son droit, une précaution prise en sa faveur ne devait ni ne pouvait lui porter préjudice. La règle n'était applicable que sous le règne d'un pape unique; en présence de plusieurs papes, il appartenait à chaque fidèle de provoquer le concile pour en finir avec le schisme (Bibl. nat., ms. lat. 12543, fol. 71 r°; Bibl. Barberini, ms. XVI, 77, fol. G7, Bibl. de Dijon, ms. 578, fol. 68 r°; Martène, Vcter. scriptor. ampl. coll., t. vu, col. 909, 912; Thés, nov. anecdot., t. u, col. 1409; J. Gerson, Opéra, t. n, p. 112; P. Tschackert, op. cil.. Appendix, p. 30, 37, 148-152; N. Valois, op. cit., t. iv, n. 85). Les deux pontifes étaient tenus d'approuver le concile qui allait régler leur sort, d'y comparaître soit en personne, soit plutôt par procureurs, et d'y offrir leur démission sous peine de n'obtenir aucun ménagement. Comme Gerson encore une fois, Pierre d'Ailly tombait d'accord qu'il ne fallait pas procéder à l'élection si l'on n'était bien assuré de l'assentiment de tous les chrétiens, car le remède serait pis que le mal. D'Ailly imaginait une prime à l'abdication : Si les deux concurrents abdi- quaient, ils seraient également récompensés; si un seul cédait, sa récompense serait le souverain pontificat (ms. lat. 12543, fol. 79 v°). Dès qu'il connut le juge- ment des pères du concile, d'Ailly subordonna son appréciation particulière. Il arriva à Pise le 7 mai 1409. (H. L.) 1. La présidence du conseil fut d'abord confiée au cardinal de Malusset, ensuite à Simon de Cramaud. Elle fut, suivant la remarque de M. Valois, op. cit., t. iv, p. 78, plus honorifique que réelle. Sur cette présidence, cf. Stuhr, Die Organisation utid Geschciftsordnung des Pisaner und Konstanzer Konzils, p. 9-11, et L. Schmitz, Zur Geschichte des Konzils von Pisa, p. 364; Simon de Cramaud n'arriva à Pise que le 24 avril. Pendant les sessions, il fut placé après le premier cardinal (Religieu c de Saint-Denys, t. iv, p. 222; Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 125, 345). 2. Il y eut quelques oppositions sans importance, venues de la part du roi d s Romains et du seigneur de Rimini. Les ambassadeurs du premier demandèrent la prorogation et la translation du concile (Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxvn, col. 395; Religieux de Saint-Denys, t. iv, p. 216; Monstrelet, t. n, p. 12; Zantfliet, dans Martène, op. cit., t. v, col. 395; Thierry de Nieheim, De scl/isma/r, p. 300; 10 LIVRE XI.IV les mains du cardinal de Palestrina, et l'un des deux :t\u,;:ts, Simon de Pérouse, entama une harangue concluant à la lecture des lettres de convocation au concile envoyées par les cardinaux des deux obédiences, ainsi que des documents se rattachant à cettr ('(invocation, (le qui fui fait; puis, à la demande d'un pro- cureur, le président du concile envoya deux cardinaux-diacres, deux archevêques e1 deux évêques avec deux notaires devant les portes de l'église pour demander si l'ierre de Luna et Ange Correr avec leurs cardinaux étaient présents en personne, ou par pro- cureur. Après qu'ils fureiii rentrés dans l'église sans avoir obtenu de réponse, les procureurs du concile demandèrent que Pierre de [ï)96] Luna et Ange Correr fussent, eux et leurs cardinaux, déclarés K. T R. Kôtzschke, Ruprecht von derPfah, p. 55, 63 sq.), et après avoir communiqué les raisons prétendues de leur maître pour n'attacher aucune valeur aux actes décrétés à Pise, ils s'éloignèrent sans même attendre une réponse, 21 avril (Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1138; Religieux de Saint-Dcnys, t. iv, p. 220), mais non sans avoir fait afficher un acte d'appel au souverain pontife et à Jésus-Christ, dans lequel ils rejetaient sur la France la responsabilité du schisme (J. Wcizsàcker, op. cit., t. vi, p. 503; Thierry de Nieheim, De srhismatc, p. 300). Cela fit sourire et on n'y fit pas attention; les Français eurenl le bon goût de ne pas entreprendre une réfutation, dont ils laissèrent le soin à des Italiens : François de Padoue et Pierre Ancharano. Charles Malatcsta se montra des plus aimables à l'égard des Fran- qui avaient eu, à l'entendre, l'honneur d'ouvrir la voie, dans laquelle les Italiens ne seraient que des imitateurs (Religieux de Sainl-Denys, t. iv, p. 218; Monstrelet, 1. n, p. 14; Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 245 sq., 256, Cronaca di Rolo- gna, dans Muratori, Script., t. xvm. col. 596; Martènc, op. cit., t. vu, col. 966 sq.). Mais toute sa bonne grâce n alla pas jusqu'à se laisser persuader de profiter de la présence de Grégoire XII à Rimini pour lui arracher une abdication. Le séjour du • oncile à Pise, malgré les objections des partisans de Grégoire XII. n'offrait donc aucun inconvénient ni péril. C'étaient de chétives ctiicanes tirées de l'alliance entre Florentins et Français, du voisinage de Livournc et de Gênes, chicanes auxquelles ne s'arrêtait pas Grégoire XII lorsque, tout le premier, il avait reconnu les avantages de Pise où les Pères du concile ne cessèrent d< jouir de l'abondance et de la sécurité. Les Génois avaient promis à quiconque se rendrait à Pise pro- tection et franchise. Boucicaut fit relâcher, presque aussitôt qu'il l'ut instruit de leur arrestation, les envoyés de l'archevêque de Cologne [Religieux de Saint-Denys, i. iv p. 222). L'évêque de Salisbury. chef de l'ambassade anglaise, rendit grâces et voulut que le concile 6'associâl à lui afin de reconnaître les faveurs que l'univer- sité cl. l'.ni-, Simon de Cramaud et Boucicaul prodiguaient à ceux qui Be rendaienl à Pise (Martène, op. cit., t. vu, col. 1085). Enfin, le 22 mai, le concile désigna Pierre l'Aillv pour se rendre, de sa part, auprès des magistrats de Gênes et du maréchal Boucicaut, tandis que l'évêque d'Arras remplirait une mission semblable au nom [( . cardinaux [Bibl. nat., m>. lai. 12542, fol. 164 r°; Martène, op. cit., t. vu, ni. 988, 1091), cf. N. Valois, op. cit.. i. iv, p. 87. (II. L. 733. LES TROIS PREMIÈRES SESSIONS DU CONCILE DE PISE 11 contumaces 1 . Le président approuva cette demande; mais, par modération, il demanda qu'elle ne fût mise à exécution que dans la deuxième session 2 . Cette session eut lieu le lendemain 27 mars 1409. On envoya une nouvelle députation devant les portes de l'église, afin d'appeler, une fois de plus, les deux prétendants 3 . Toutefois la déclaration de contumace ne fut prononcée contre eux que dans la troisième session, le 30 mars; à cette dernière date, on accorda un nouveau délai, jusqu'à la prochaine session fixée au 15 avril, aux quelques cardinaux d'anciennes promotions qui étaient restés fidèles à leur pape respectif, c'est-à-dire au cardinal de Todi du parti de Grégoire, au cardinal de Challant (de Sainte- Marie in via lata), au cardinal Fieschi (de Saint-Adrien) et à Jean Flandrin, cardinal-ôvêque de Sabine, appelé le cardinal d'Auch. ces trois derniers du parti de Benoît XIII 4 . Quant aux cardinaux récemment créés par les deux prétendants, il n'en fut même pas question, parce que leur promotion fut regardée comme nulle et non avenue. Au milieu de ces travaux, le concile de Pise célébra les fêtes de Pâques (7 avril 1409). Le jeudi saint, le sermon fut prêché par un évêque de l'ordre des frères mineurs; le vendredi saint, par un Anglais, maître Richard; le dimanche de Quasimodo, par un autre frère mineur du nom de Vital. Tous prêchèrent dans l'église de Saint-Martin au delà de l'Arno 5 . A cette époque, arrivèrent un 1. L'avocat commence par dénoncer la contumace de ceux qu'il nomme Errorius \ et Benefictus et requiert leur condamnation; là-dessus deux cardinaux, deux pré- lats, les notaires et l'avocat vont sur la place demander à la foule si elle n'a pas vu les papes contumaces, ils rentrent et il ne dépend pas de l'avocat qu'on les déclare tels sur l'heure, mais les Pères, moins emportés, accordent vingt-quatre heures. (H. L.) 2. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1136-1185, t. xxvn, col. 115 sq., 358 sq. ; Hardouin, Concil. coll., t. vnr, col. 5 et 47; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1127- 1176. A partir de cet endroit le manuscrit de Paris (Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1137; Coleti, op. cit., t. xv, col. 1128 et Hardouin, op. cit., t. vm, col. 6) coïncide avec les trois autres sources pour ce qui concerne l'énumération des sessions. 3. Même cérémonie les 27 et 30 mars, les 15 et 24 avril. Mais comme on a acquis ht preuve que les deux papes ont été touchés par la citation (d'Achéry, Spicilegium, t. i, col. 829, 833; Martène, op. cit., t. vu, col. 1078 sq. ; Religieux de Sainl-Denys, t. iv, p. 212 sq; Monstrelet, Chroniques, t. u, p. 11), alors la procédure entre dans une phase nouvelle. (II. L.) 4. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1137, 1186 sq. ; t. xxvn, col. 120 sq., 359 sq. ; Hardouin, Concil. coll., t. vin, col. 6 et 48; Coleli, Concilia, t. xv, col. 1128, 1178. 5. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 114; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1360 12 LIVRE XI. IV grand nombre de nouveaux membres pour le synode. La liste qu'en donne Mansi, d'après un manuscrit de Turin, remplît quatre colonnes 1 . C'étaient pour la plupart des docteurs ou des maîtres, par exemple, «les députés de l'université de Paris, ou encore les procureurs des chapitres des cathédrales ou des prélats absent-; mi trouve cependant parmi eux plusieurs archevêques, évêques et abbés et même trois cardinaux : ceux de Malte, de Ravenne et de Hai-i. Le 10 avril arriva Charles de Malatesta, e1 déjà, plusieurs jours auparavant, les ambassadeurs du roi des Romains, Robert. "'7] Ceux-ci, avec leurs lettres de créance, avaient quitté la résidence royale de rleidelberg dans la deuxième moitié du mois de février. Ils avaient d'abord rendu visite au pape Grégoire à Rimini el disputé dix jours durant. Ils reçurent de Grégoire des promesses semblables à celles laites par son légat, à Francfort. Mais s'il refusait d'aller à Pise, c'est parce que les Florentins étaient ses ennemis personnels. Ainsi nantis de promesses et de missives, les ambas- sadeurs partirent pour Pise où ils arrivèrent probablement vers la fin du mois de mars. Ils engagèrent aussitôt avec les cardinaux des pourparlers en vue d'une nouvelle convocation relativement au déplacement du concile, soutenus par Malatesta. Les ambassadeurs proposèrent Mantoue, Forli et Bologne; Malatesta de son côté proposa Rimini. Mais ni les cardinaux, ni les autres membres du < oncile ne voulurent en entendre parler ~. Lenfant 3 fournit encore deux autres preuves démontrant que le synode de Pise comptait, dès cette époque, un très grand nombre de membres. Il est remarquable que quelques-uns des derniers arrivés soient indiques par le titre de episcopi in universali Ecclcsia. A l'un d'eux on ajoute que le pape l'a promu ad ecclesiam Saltomensem ( ?). C'étaient sans doute des évêques coadjuteurs. Et l'un d'eux est explicitement désigné comme député du patriarche d'Aquilée 4 . *j g 1. Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 338-3 \ 2. Document des plus sûiv. ^ ^ 2. Eeichstagsaktcn, t. vi, p. 472 sq., 491-492. A la page 332, Weizs&cker donne un passage intéressant d'un rapport du concile d'après le manuscrit I, 476 b . de la bibliothèque de Hanovre. .'i. Histoire du concile de Pise, t. i, p. 2i7 sq. 4. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvii, col. 338; cf. t. xxvi, col. 12't2; Colcti, t onrilia. t. xv, CoL 1234. 734. LES AMBASSADEURS ALLEMANDS A PISE 13 734. Les ambassadeurs allemands à Pise, quatrième session, le 15 avril 1409. Les ambassadeurs du roi des Romains, Robert de Palatinat, étaient l'archevêque Jean de Riga, les évêques Matthieu de Worms et Ulric de Verdcn, le protonotaire Jean de Weinheim et le maître Conrad de Soest. Ils se trouvaient à Pise depuis quelque temps, quand ils furent reçus en audience solennelle le 15 avril 1409, date de la quatrième session. L'évêque de Worms prêcha sur le thème « Pax vobis », après quoi il exposa vingt-quatre considérations l [998] contre la conduite des cardinaux et de leur concile. 1. Avant tout, dit-il, il y a contradiction dans la conduite des cardinaux. Dans leur lettre du 1 er juillet 1408, il est dit qu'ils avaient, dès le 11 mai, complètement abandonné l'obédience du pape Grégoire, et cependant deux jours après, dans le documen! de leur appel, ils le reconnaissent de nouveau comme pape; de même, dans une lettre au roi datée du 12 mai, les cardinaux pro- testent de leur disposition à témoigner à Grégoire l'obéissance et le respect qui lui sont dus 2 . Dans le manuscrit de Turin, on lit en marge de cette première objection la remarque suivante : L'aban- don de l'obédience a été bien déclaré le 11 mai, mais n'a pas été aussitôt après mis en pratique. 2. D'après les lettres des cardinaux du 1 er juillet et du 12 mai, la soustraction d'obédience de la part des cardinaux le 11 mai eut lieu sans aucune solennité, donc avec une hâte extrême. 3. Grégoire n'avait été auparavant ni exhorté ni averti. On n'avait pas consulté non plus le roi des Romains ni les princes ni les prélats de notre obédience, tandis que les cardinaux de l.'Weisiicker, Reichstagsaklen, t. vi, p. 334 et 497, a divisé les considérations en vingt-quatre numéros, d'après les réponses qui y furent faites. On voit par leur contenu qu'elles reposent sur les gloses de la lettre des cardinaux du 24 juin 1408, indiquées plus haut. 2. Ceci devait se trouver dans la lettre à Rnbcrt; en effet, ces mots se trouvent également dans l'appel officiel de Robert. Mais ce passage ne se trouve pas dans le formulaire général tel que nous le possédons encore (Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 29 sq. ; cf. plus haut, p. 907). 11 faut donc en conclure que cet le lettre a été perdue. Cf. également, Rciclislagsakten, t. vi, p. 399, note. Sur ce point tout à fait d'après les conclusions n. C0 du glossateur, cité plus haut, Reichslag aklcn. t. vi, p. 399 sq. 14 LIVRB XLIV Benoîl XIII, agissanl d'une manière plus loyale, n'avaient agi que de concert avec le roi de France 1 . Tou1 en accordant à Ilôfler - que le roi des Romains avait le droit d'exiger ceci, nous croyons qu'il se trompe en disant que les cardinaux furent dans l'impos- sibilité absolue de répondre à ces reproches. En effet, les contre- remarques du manuscrit de Turin que lloller a rues sous les yeux cL qui d'ailleurs ne concernent pas ce point, ne proviennent pas des cardinaux, mais d'un anonyme 8 . i. 11 est douteux que les cardinaux dans leur lettre du 1 er juil- let I 4.(18, aux fidèles, aient eu le droit d'obéir au pape Grégoire 4 . 5. Il est douteux que Grégoire soit encore pape ou non; s'il l'est, on doit lui obéir. Dans le cas où l'on nierait qu'il fût encore pape, la question se pose : quand a-t-il cessé de l'être; car il n'a pas abdiqué, il n'a pas été condamné par l'Église universelle, il n'a pas [999] été convaincu d'bérésie, etc 5 . L'annotateur anonyme répond : Dans ses actions, Grégoire s'était montré schismatique et héré- tique, et avait ainsi cessé d'être pape. Avant que la sentence (de déposition) fût prononcée, on ne pouvait pas, il est vrai, élire un autre pape; mais on pouvait se soustraire à l'obédience. 6. Il est douteux que pour coopérer à l'œuvre de l'union, nu puisse se soustraire à l'obédience, car on ne doit pas faire le mal pour procurer le bien 6 . 7. Il est douteux que l'on puisse abandonner l'obédience avant que la sentence soit rendue, voire même avant que l'enquête soit commencée. L'anonyme répond sur les n. 5 et 6 que, dans les circon- stances actuelles, il avait été impossible d'agir autrement, et que l'abandon de l'obédience n'était pas chose mauvaise en elle- même. 8. On ne doit pas secourir les autres au prix du plus grand dommage pour soi-même; on ne doit pas se damner pour sauver les autres; on ne doit pas sortir soi-même de l'union pour unir les autres '. 9. Il est téméraire d'affirmer que ceux qui restent fidèles à 1. Cf. Glose o'J, Reichstagsakten, t. m. p. '.VJS. 2. Hôfler, JUiprcclit con der Pjalz, 1861, p. 436. 3. * at Reichstagsakten, t. vi, p. 518 sq. 4. Cf. '.lu-- 81, Reichstagsakten, t. vi, p. 406. 5. Cf. Close 140, Reichstagsakten, t. vi. p. 'il6. 6. Cf. Close 82, Reichstagsakten, t. vi, p. i07. 7. Cf. Glose 82, Reichstagsakten, t. vi. p. 4U7. 734. LES AMBASSADEURS ALLEMANDS A PISE 15 Grégoire soient les protecteurs du schisme. (Les cardinaux l'avaient affirmé dans leur lettre du 1 er juillet 1408 1 .) 10. Il est surprenant que, dès leur lettre du 24 juin, les car- dinaux aient convoqué le concile à Pise, alors qu'aux mois de juillet et d'août, ils ne savaient pas encore si ce concile pourrait avoir lieu dans cette ville. Nous avons déjà fait remarquer que cette date est fausse, et la pièce antidatée; ce que l'anonyme dit sur ce point est sans valeur. il et 12. Si les cardinaux ont convoqué le concile dès le 24 juin, comment se fait-il qu'ils n'en aient informé les pays du Rhin qu'au mois d'octobre, deux mois après que Grégoire a envoyé les invitations pour son concile " 2 ? 13. La convocation au concile de Pise eut lieu le 24 juin, soi- disant par les deux collèges des cardinaux réunis. Mais cette union n'a eu lieu que le 20 juin 3 . L'anonyme n'a rien à répondre à cette objection, parce qu'il regarde la date du 24 juin comme exacte. 14. C'est au pape de convoquer un concile, et Grégoire en a, en effet, convoqué un 4 . 15. Si les cardinaux doutent que Grégoire soit véritablement le [1000J pape ou non, ils devraient également douter de leur propre car- dinalat. 16. Ils devraient même douter si Innocent VII, Boniface IX et Urbain VI ont été des papes légitimes, et se placeraient ainsi complètement au point de vue de leurs adversaires 5 . 17. Il n'est pas certain que Grégoire doive comparaître devant l'assemblée de Pise. En effet, le plus grand nombre des membres de cette assemblée vient du parti de l'antipape, et les autres sont par principe les ennemis de Grégoire, parce qu'ils l'ont abandonné. Or, les ennemis ne peuvent être juges 6 . L'anonyme prétend sur ce point que les meilleurs juges sont précisément ces neutres qui ont abandonné l'obédience. 18. La convocation du concile de Pise et l'ouverture de cette assemblée ont eu lieu en des jours de fête : la convocation, le jour 1. Jusqu'ici la plus grande partie des considérations concerne la soustraction d'obédience : 10-23 renferment les considérations concernant la convocation du concile. 2. Glose 149, Reichstagsakten, t. vi, p. 417. 3. Glose 92, Reichstagsakten, t. vr, p. 408. 4. Glose 104, Reichstagsakten, t. vi, p. 410. 5. Glose 100, Reichstagsakten, t. vi, p. 409. 6. Glose 162, Reichstagsakten, t. vi, p. 420. 1G LIVRE XLIV de Saint-Jean Baptiste (d'après là fausse date du 24 juin); l'ou- verture, le jour de l'Annonciation; or, les citations faites les jours de fêtes sont nulles. L'anonyme dit à ce sujet : Le jour de fête, il n'y eut aucune session proprement dite, mais seulement une eéré- monie ecclésiasl ique. 19. 11 ae semble pas que les cardinaux aienl ledroit de convoquer un concile. Ils n'ont pour cela ni pouvoirordinairc ni pouvoir délégué l . L'assemblée lus mûrement encore cette affaire et mettront de côté tout esprit de dispute. Grégoire XII est décidé à faire plus qu'il n'est tenu de faire; aussi les cardinaux, et en particulier Philarghi, ne doivent- ils pas, par haine ou par vengeance, poursuivre le Christ dans son représentant et dans l'homme qu'ils ont eux-mêmes choisi pou L004] successeur de Pierre. La voie suivie parles cardinaux conduit rapi- dement à un résultat nuisible, qui serait non l'unité, mais unetrinité 3 . 1. Thierry de Nieheim, De schismale, p. 300 sq. ; Mansi, Concil. ampliss. coll.. t. xkvii, col. 96, 97, 99. (II. L.) 2. Martène et Durand, Vet. scripl., t. vu, col. 996-1005; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 245-252. 3. Martène et Durand, Vet. scripl., t. vu, col. 1005-1022; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 252-266. 20 I.IVKE XLIV Les cardinaux répondirent par l'alternative suivante : ou Gré- goire viendra à Pise, ou il abdiquera à Rimini en présence d'une députation du concile. Afin d'intéresser Malatesta à ce dernier parti, les cardinaux ajoutèrent qu'il en adviendrait un grand honneur pour cette ville, dont .Malatesta était seigneur, parce que la loi voulait que l'élection du nouveau pape eût lieu là où l'ancien était mort : or l'abdication produisait des effets analogues à la mort. Malatesta répondit qu'il ne cherchait pas plus sa gloire que celle de sa ville de Rimini, mais uniquement le bien de l'Eglise. Après des pourparlers sans résultat entre Malatesta et les quatre cardinaux, on chercha à gagner Malatesta par un autre moyen l . L'archevêque de Pise, d'Ailly et deux autres personnages se rendirent (liez lui comme députés des nations présentes au concile, et l'entreprirent chacun à sa façon : d'Ailly notamment voulut lui prouver qu'il était obligé de conseiller à Grégoire XII de céder, ou même de l'y forcer; de plus, que sa proposition de changer de lieu n'était pas fondée en droit et ne pouvait que nuire à la cause de l'union. Malatesta répondit d'une manière très complète et détaillée. Il déclara, selon leur désir, que s'ils consentaient à tenir le concile en un autre lieu, Grégoire XII ferait tout ce que le concile demanderait et abdiquerait, même si Benoît XIII refusait d'en faire autant. Malatesta eut alors une nouvelle et assez vive entrevue avec les quatre cardinaux et les quatre députés des nations; entre autres choses, le cardinal Philarghi le pria de dire au pape Grégoire : « Nous avons été autrefois commensaux et excellents amis, mais maintenant que nous sommes vieux, nous devons penser au salut de notre âme et, pour cela, nous déposerons toute dignité et nous servirons le Seigneur à Saint-Nicolas de liltore (il lido, près d.e Venise). » Malatesta répondit avec beaucoup de présence d'esprit : « Puisque vous voulez suivre le pape Grégoire au couvent, à plus forte raison devriez-vous le suivre dans une ville qui olïre à tous pleine sécurité et où il abdiquera sa dignité, tandis que vous pourriez garder la vôtre. » Philarghi répondit : « Grégoire n'abdiquera pas, il a trop de plaisir à régner. Malatesta se permit cette réponse ironique : « Puisqu'il est des gens si enflammés de l'amour du pouvoir qu'ils n'hésitent pas à bouP verser le peuple de Dieu pour se placer eux-mêmes sur le trùne is un bref délai, il ne faut pas se formaliser de ce que Grégoire [100. : . Martène et Durand, op. cit., t. vu, col. 1022-1026; Mansi, op. cit., t. x.wn, col. 2GG-270. 735. CHAULES MALATESTA A PISE 21 hésite à abdiquer. Du reste, il faut encore attendre pour voir s'il ne s'y résoudra pas. S'il le fait, les cardinaux verront leurs désirs accomplis; on ne pourra démontrer sa mauvaise volonté. » Philargki répondit que les sous-entendus de Malatesta ne le tou- chaient pas, parce que, grâce à Dieu, il n'aspirait guère à devenir pape. Mais Malatesta lui rétorqua, au grand amusement de l'audi- toire, qu'on savait assez qu'il n'aurait aucune répugnance à monter sur la chaire de Pierre l . Ce qui mit fin à la conférence. Dans celles qui suivirent, on discuta, entre autres choses, les compensations dues à Grégoire et à ses parents, en cas d'abdication. De plus, une assemblée générale des cardinaux se déclara disposée à accepter une entrevue avec Grégoire hors de Pise, à une distance maxima de 30 milles italiens de cette dernière ville, à Pistoie ou à San Miniato (près de Florence). Malatesta répondit que Grégoire se défierait probablement d'une ville florentine; toutefois, il lui recommanderait Pistoie, si on lui offrait les garanties nécessaires. En terminant, on agita encore la question de l'envoi immédiat des députés du concile auprès de Grégoire, à Rimini; comme on ne put tomber d'accord, on n'insista pas et on se contenta de la promesse de Malatesta, qui s'engagea à faire connaître le plus rapide- ment possible au concile la suite de ses négociations avec Gré- goire XII 2 . Le 26 avril, Malatesta rentra à Rimini, et le lendemain matin rendit compte de sa mission au pape en présence de ses cardinaux; le soir il eut un entretien secret avec Grégoire XII; Antoine et Paul Correr assistèrent seuls à cette entrevue. Le pape pleura, accusa les cardinaux réunis à Pise d'aspirer chacun à la papauté et manifesta l'intention d'ouvrir son concile le plus tôt possible. Malatesta l'en dissuada, et chercha à le gagner par de nombreuses raisons au projet de Pistoie. Le pape répondit qu'il ne pouvait qu'être très surpris du changement survenu chez Malatesta, ajoutant qu'il était déoidé à ne pas se sacrifier lui, ses parents, ses amis et les rois Robert et Ladislas. Malatesta ne cacha pas au pape que tous ses discours lui semblaient des faux-fuyants; mais Gré- goire prit très mal cette remarque et protesta qu'il abdiquerait, [1006] mais d'une façon qui ne troublerait pas l'Église et ne serait pas 1. Marteau et Durand, Vet. script., t. vu, col. 1026-1044; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 270-285. 2. Martène et Durand. Vet. script., t. vu, col. 1044-1059; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 285-L ,, 'S. 22 LIVRE XLIV nuisible pour ses amis. En terminai! I, il déclara très nettement qu'il ne se rendrait en aucun lieu dépendant de Florence l , 736. Cinquième session à Pise, 24 avril 1409. — Mémoire sur l'origine et sur l'histoire du schisme. Avant que Malatesta fût rentré à Rimini, la cinquième session générale se tint le 2 / i avril. On y cita de nouveau les deux pré- tendants, et de nouveau on les déclara contumaces; niais on accorda un nouveau délai jusqu'à la prochaine session aux car- dinaux des deux papes. On commença par renvoyer de nouveau la réponse à faire aux envoyés de Robert, puisque ceux-ci avaient sur ces entrefaites quitté le concile sans prendre congé. Cette réponse d'ailleurs serait plus facile à comprendre après une connais- sance plus exacte de la conduite des deux papes. Dans ce but l'un des secrétaires lut, avec l'agrément, du concile, un mémoire tirs long, dirigé contre les deux papes, sur l'origine et l'histoire du schisme. Ce document devait servir d'introduction au procès des deux papes qui allait commencer; il comprend les trente-sept numéros suivants : J. Après la mort de Grégoire XI en 1378, les cardinaux élurenl d'abord Urbain VI et plus tard Clément VII, parce qu'ils regar- daient la première élection comme forcée et, par conséquent, comme nulle. Après la mort de Clément VII, Benoît XIII fui élu par ses partisans, à la condition expresse qu'il ferait tout pour le rétablissement de l'union, qu'il abdiquerait même si la majorité des cardinaux le déclarait nécessaire. Il le jura plusieurs fois. l'annonça à toute la chrétienté: mais peu de jours après, il avail changé d'avis et ne voulait plus entendre parler de la via cessionis : bien plus, il haïssait tous ceux qui la lui rappelaient. 2. Plusieurs cardinaux de Benoîl ayant parlé de la via cessionis coururent de grands dangers, faillirent être faits prisonniers et jetés dans des cachots; aussi la peur a fail taire les uns et fuir les autres. 3. Sur le désir de Benoîl XIII lui-même, Charles VI, roi de 1. Martène ) juste, sage, opportune cette réunion faite à l'ise. en lieu sûr et conve- nable: valable cette représentation de l'Eglise universelle; et compétenl !<■ concile sur la question débattue; c) le concile déclarera, en outre, que tous les faits énoncés dans le présent mémoire sonl notoires, que les deux prétendants, en tant que schismatiques notoires, hérétiques opiniâtres, se sont rendus indignes ae la papauté..., qu'on ne doit plus leur obéir ni les sou- tenir «m les défendre; d) que le synode veuille déclarer nuls et non avenus les procès et les sentences émanant des deux papes et dirigés contre les cardinaux et leurs partisans, et annuler égali ment leurs promotions récentes de cardinaux et tout ce qu'ils ont, fait pour empêcher l'union 1 . la lecture de ce mémoire dura une heure et demie; on nomma ensuite une commission pour entendre les dépositions des témoins à charge contre les deux prétendants. La session suivante fut fixée au 30 avril J . 1. Mansi, Concil. ampliss. coll.. t. xx\i. col. 1195-1219; t. xxvn, col. 22 sq.; Haidouin. Concil. coll.. t. vin, col. 57-79; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1187-1211; Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1409, n. 47 sq. 2. Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1139, 1195; t. xxvn, col. 123, 363; Hardouin, op. ci.'., t. vin. col. 7 et 56; Coleti, op. cil., t. xv, col. 1130, 1187. Le concil'' désigna une commission pour vérifier l'exactitude de cet acte d'accusation. L. d'Achéry. Spicilegium, t. i, col. 833, Religieux de Saint- Dem/s, 1. iv, p. 220, 226; Monstrelet, i. ii, p. 15; Rômische Quartalschrift, t. xt, j>. i52. Les procès-verbaux de cette commission sont conservés dans le ms. Ottoboni 2356, fol. 110 sq. de la Biblio- thèque du Vatican; on y trouve les séances tonnes entre le 10 et le 30 mai, treize \ acations en lout, au cours desquelles on interrogea quatre-vingt-quatre témoins. Il ■ -t possible toutefois que nous ne possédions pas la fin des procès-verbaux, car le Manuscrit s'arrête brusquement le 30 mai. Dix témoins furent interrogés deux iois, et ton- les interrogatoires furent faits sous le sceau du secret. Les témoins sont, pour la plupart, des Italiens, un assez grand nombre de Français, quelque Allemands, des G< nevois, des Savoyards. Les chancelleries de Benoît XIII et de Grégoire XII fournissent au moins le quart, ce sont pour la plupart des fonction- nain- subalternes qui ne se firent point scrupule de témoigner contre leurs ance maîtres. Mais à côté de ces scriptores, de ces camériers et de ces auditeurs, je compte quatorze cardinaux, entre autres Olton Colonna, le futur Martin V, puis Antoine de ' ah i, cardinal de Todi, un prince romain Poncello Orsini, maréchal d • la rmir de Rome; divers pi rsonnagi - occupanl une haute situation dans l'Eglise, par exemple Antoine de l'irelo. ministre général des frères mineurs. Matthieu Bologne, général des carmes; Nicolas Lucca, général des frères ermites; Luc Giacomo, ur général de l'ordre du Saint-Sauveur; Gautier le Gra3, 737. SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIEME SESSIONS A PISE 29 737. Sixième, septième et huitième sessions à Pise. [^0\ 2i Apologie du concile par lui-même. Pendant que se déroulaient ces divers incidents, le nombre des membres du concile s'était de nouveau notablement augmenté: presque t^ous les jours c'étaient de nouveaux arrivants; le 2G avril, procureur général de l'ordre de l'Hôpital; Pierre Werund, procureur de l'ordre des TVutoniques; Pileo de' Marini, archevêque de Gênes; Richard Dereham, chancelier de l'université de Cambridge; parmi les Français, Simon de Cramaud, Pierre Fresnel, Gilles des Champs, Guillaume Boisratier, tous quatre ambassadeurs du roi, et l'écuyer normand Robert l'Ermite, qui, malgré ses quatre-vingts ans. ii avait pas manqué, au retour de sa mission en Ecosse, d'entreprendre le voyage de Pise. Notons encore Pierre Le Roy, abbé du Mont-Saint-Michel; Elie de Les- trange, évêque du Puy; Guillaume de Cantiers, évèque d'Évreux; Gilles Lescours, ivèque de Nîmes, etc. Presque tous apportèrent des souvenirs personnels; leurs ■ évélations sont pour l'histoire de la plus grande utilité. « Les fautes reprochées aux deux pontifes étaient presque toutes indéniables. • In éprouva cependant le besoin d'élargir la base de l'enquête : les commissaires urent du concile l'autorisation de grossir l'acte d'accusation soit d'éclaircis- si ments, soit d'articles additionnels, et de faire porter leurs interrogatoires, au besoin, sur ces matières annexes (17 mai). (Cf. L. d'Achéry, Spicilegium, t. i, col. 845.) Ils rédigèrent, effectivement, dix articles nouveaux (Bibl. du Vatican, ms. Ottoboni 2356, fol. 396 r°; Arch. du Vatican, Armario L.X.1I, t. lxxxv, fol. 48 r°), au sujet desquels ils ne questionnèrent pas moins de trente-deux témoins (21-30 mai). La plupart de ces nouveaux chefs d'accusation s'attaquaient moins à la politique qu'à l'orthodoxie des deux pontifes. C'est que, pour pouvoir déposer ceux-ci avec quelque apparence de légalité, il importait, au préalable, de les con- vaincre d'hérésie. Or, on commençait à s'apercevoir que leur attachement au pouvoir, leurs ruses, leur mauvaise foi, quelles qu'en fussent les conséquences, ne constituaient pas une hérésie bien caractérisée. De là, le besoin de rappeler que Grégoire XII, par exemple, avait été jadis l'objet de poursuites de la part de l'In- quisition. — D'après la déposition de Nicolas de Bitonio, Ange Correr aurait favorisé certains hérétiques de Venise et empêché un prêtre de les dénoncer (ms. Ottoboni 2356, fol. 412 r°), d'après Antoine de Rieti (ibid., fol. 410 r°). il aurait même été condamné par l'inquisiteur. — De là encore, l'utilité de prouver que Benoît XIII avait montré à l'égard d'hérétiques une étrange indulgence. — Intervention en faveur de Vincent Ferrier pour le soustraire aux poursuites intentées contre lui à l'occasion d'un sermon dans lequel il avait hasardé l'hypo- thèse que Judas était sauvé : voir les dépositions de Gautier le Gras, ms. Ottoboni -'356, fol. 401 r°, de l'évêquc de Digne, des cardinaux Jean de Brogny et Pierre de Thury (ibid., fol. 430 r°, 437 v°, 438 v°). Plus anciennement Pierre de Luna aurait donné à Jean de Monzon le conseil de fuir (ibid., fol. 407 r°), il aurait enfin délivré un fraticellc poursuivi comme auteur d'un ouvrage où l'on soutenait qu'il n'y 30 LIVRE \I.IY arriva Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie, chef de l'am- bassade française: avec lui vinrriil Gilles des Champs et d'autres. In peu |>lns tard, ce fui le tour des ambassadeurs d'Angleterre, avait plus dans l'Église ni piètre, ni évêque, ni cardinal depuis l'époque d ■ ii .m \ \ 1 1 [ibid., toi. 105 r°) — en outre, il av;iii violé de mille manières l'immu- nité ecclé îiasl ique, en faisant pendre des clercs — (dépositions de ( rermain Flore] et de Pierre de Saluées, doyen du Puy, ibid., Col. 405 v°, 418 r°, 431 v°) — en en taisant ramer d'autres de force sur ses galères — (cf. N. Valois, <>/>. cit., t. m, p. 581) — en emprisonnant, torturanl et condamnant à mort des prélats tels que l'évêque de Bayonne Menendo (ms. Ottoboni 2356, toi. 'i-'i v°; foL VJt'. r°, 'i'.n \ \". Valois, <>/>. cit., t. iv, p. 93, note 3). On s'efforçait enfin d'établir que lîenoît XIII. iin-i que Grégoire XII, étail un peu sorcier : c'est là un côté tout nouveau, non le moins curieux, du procès poursuivi contre les deux pontifes. ( îrégoire XII. paraît- il, passait pour avoir consulté un médecin juif du nom d'Elie, adonné à la nécro- mancie, afin de savoir ce qui lui arriverait s'il conservait la papauté. Quant Benoît XIII. au dire des témoins les plus graves, il entretenait un commen continuel avec les esprits. L'un racontait sérieusement comment le pape aragonais de tout temps, avait eu à son service deux démons enfermés dans une petite bourse. Après son avènement, il avait t'ait rechercher de tous eûtes et fini par trouver en Espagne deux livres de magie; il s'en était procuré un troisième auprès des Sarrasins (ibid., fol. 429 v°, 433 r°). Pour pénétrer l'avenir et découvrir ce qu'on disait de lui, il avait coutume d'en placer un sous son chevet avant de s'endormir [ibid., fol. 'i .">'.> v°, déposition du frère mineur Pons Gaude), celui peut-être qu'on trouva dans son lit quand il repartit de Nice (ibid., fol. 408 i déposition de Jean Seilhons, doyen de Tours). Il avait témoigné aussi un vit désir de posséder un ouvrage composé par un juif, où étail démontré le caractère magique des miracles de Jésus : le bachelier qui le lui apporta fut récompensé par le don d'une cure au diocèse de Cordoue (ibid., fol. 402 r°: il est à remarquer qu'aucun livre de magie ne figure dans le catalog le la bibliothèque de Be- noît XIII, cf. -M. Faucon, La librairie des papes d'Avignon, in-8°, Paris, I8i t. n. p. 43 sq., voir pourtant le n. 939, p. 141). On ajoutait cependant que, ne. mancien inexpérimenté, Benoît XIII ne savait pas très bien faire usage de ces livres : d'où vient que, partout où il découvrait des magiciens, fût-ce en prison, il les Faisail venir et se plaisait à les interroger (ibid.. fol. 'i2'.>. déposition de Jean 1 dard, archiprêtre de Poitiers). On citait même lis personnages de son entoura _ qu'on croyait adonnes à «les pratiques de sorcellerie : un certain ermite, qui • flattait de le mettre en possession de Rome grâce au concours de trois démons : I' dieu des Vents », le « prince des Séditions .et l'inventeur des Trésors cachés nu Espagnol du nom d'Alvar, tertiaire de Saint-François, qui se vantait d'avoir prévu la mort accidentelle du roi de Camille ibid.. toi. il4 v°). entretenait des rapports réguliers avec les magicii ns de Provence et promettait au pape une vi, toire Gnali sur - s adversaires (ibid., fol. 414 v°, 420 v°); le Erère mineur Jean Bergerac, qui. soil par suite de révélations obtenues dans la montagne, suit pour avoir étudié des livres illu-li , il ml la description fait songer au récit de Tel phore, croyait savoir que Benoîl XIII serait conduil à Rome par un prince sicilien de la maison d'Aragon, qu'il aurait le plaisir ensuite de couronner empereur [ibid. . SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIEME 51 -IONS A PISE 31 des ducs de Brabant, de Clèves, de Bavière, de Lorraine, etc. l . U< furent introduits dans le concile le 30 avril, lors de la sixième session 2 , et l'évêque île Salisbury prononça un discours long, fol. 429 r°). Etienne Taberti d 'Arbrella. que le doyen de Tours surprit un soir, à Purtovencre, se livrant pour le compte de son maître à des •vocations magiques (ihid., fol. 408 r°) ; un personnage mystérieux, à longue barbe noire, qui servait également Benoît XIII à Portovenere et que d'aucuns prenaient pour un chevalier de Saint-Jean-de-Jerusalem ibid.. lui. 407 v°, déposition de Jean Seilhons; fol. 413 v°, déposition de François de Chissé, seigneur lettré du diocèse de Genève; fol. 418 r°, déposition de Pierre Fabre, prévôt de l'Église de Riez; fol. 429 v°, déposition de Jean Guiard; fol. 434 r°, déposition de Charles d'Auzac, écuyer du diocèse de Maguelone) ; François Ximenès. nommé par Benoît XIII patriarche de Jérusalem et qui lui avait, disait-on. enseigné l'art d'interroger les démons [ibid.. fol. 429 v°, dép. de Jean Guiard) ; un de ses intimes enfin, bien connu, le chevalier François d'Aranda, qui lui avait annoncé en Provence la mort de Phi- lippe le Hardi, le jour même où ce prince expirait à Halle, dans le Brabant Ubid.. fol. 399 v°, dép. de Gilles, évèque de Fréjus). Dans les incidents mêmes de la vi- de Benoît XIII, la malignité populaire tâchait de découvrir la preuve de ses accointances avec le diable. Avant l'ambassade des ducs, en 1395, il aurait dit qu'il connaissait le but de leur voyage, puis, se levant, aurait tracé une ligne à terre et déclaré que, s'il le voulait, les oncles et le frère du roi ne la franchiraient pas [ibid., fol. 441 v°. dépos. d'Albert André, licencié en médecine). Lors de son d- rnier séjour à Nice, la foudre était tombée tout près de lui. sur une tour, pendant qu'il s'occupait de magie. L'orage enfin qu'il avait récemment essuyé dans le golfe de Gênes, et qui avait paru se déplacer à mesure qu'avançaient ses galères, avait achevé d'accréditer le bruit que les puissances infernales l'accompagnaient partout (ibid., fol. 408 r°, dépos. de Jean Seilhons; ibid., fol. 424 r°, dépos. de Pileo, archevêque de Gênes'i. C'en était, assez, pensait-on. pour persuader aux m nibres du concile de Pise qu'ils pouvaient sans scrupule rejeter Grégoire XII et surtout BenoîL XIII dans la catégorie des hérétiques. « Je dois dire pourtant que les dix articles additionnels semblent plutôt avoir été tenus en réserve que livrés à la publicité : c'était comme une arme dangereuse dont les comnn- ne voulaient se servir qu'à la dernière extrémité. Le chroni- queur Kônigshofen est seul à mentionner les pratiques magiques attribuées aux deux papes (Clironiken der deutschen Slddle. t. ix, p. 613). Topf, Zur Krilik Kônigs- hofen, dans Zeitschrift fur Geschichle des Oberilteins. t. xxxvi, p. 613, qui ignore l'existence des articles additionnels, n'attache aucune importance à ce racontar. X. Valois, op. cil., t. iv, p. 92-07. (II. L.) 1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn. col. 342 sq.. surtout col. 345. D'après la col. 3'iS, Robert llallum, évêque de Salisbury et chef de l'ambassade anglaise, ne serait arrhé que le 7 mai: mais il prononça un discours dès le 30 avrU dans la session générale. Cf. Chron. Caroli VI, lib. XXX. c. ni, et Lenfant, Ilisloire du concile de Pise } t. i. p. 269. 2. Les ambassadeurs anglais, se basant sur une tradition de leur pays, d'après laquelle Joseph d Arimathie aurait introduit le christianisme en Angleterre et fondé l'abbaye de Glastonbury dans le Somerset', si célèbre dans la suite. 32 LIVRE XLIV mais qu'on trouva fort beau, au dire tirs contemporains, sur ce passage du psaume lxxxviii, I 5 : « La justice et L'équité Boni l'appui de votre l rône. Il s'appliqua à me1 1 re en relief le vif désir de son roi de voir rétablir l'unité de l'Eglise. Son discours dura si longtemps qu'il fallut renvoyer les affaires à traiter dans cette session, d'au- tant mieux qu'on voulait adjoindre quelques Anglais el Allemands à la commission chargée d'entendre les témoignages contre les deux prétendants. La ^< >>ion suivante fut <\nur fixée au S mai. Le docteur Pierre d'Ancarano, professeur de droit canon et de droit civil à Bologne, devait y réfuter' les objections des ambas- sadeurs du roi Robert. L'avocat du fisc (employé du concile) lit remarquer, à ce sujet, que les allégations de l'évêque de Verden et des autres ambassadeurs de Robert étaient à bien des points de vue fausses et injurieuses, qu'elles ne répondaient certainement 1013] pas aux intentions de leur maître et qu'eux-mêmes, en s'éloignant du concile, de leur propre autorité, s'étaient rendus passibles des peines canoniques. Deux manuscrits, ceux de Vienne et de Liège, ajoutent que, pendant les sessions, le patriarche Simon de Cra- maud siégeait immédiatement après le plus ancien cardinal, tandis que pendant la messe il se tenait toujours avec les autres prélats, immédiatement après le chambellan pontifical 1 . 'Dans l'intervalle entre la sixième et la septième session, le jeudi 2 mai, le docteur de Paris Guillaume Petit et un ambassadeur de l'archevêque de Mayence prêchèrent, à l'heure des vêpres, dans l'église Saint-Martin, en présence des cardinaux, des prélats et de tous ceux qui voulurent les entendre; ils marquèrent un grand talent; le premier parla au nom de l'université de Paris, le second au nom de l'ambassade de Mayence; mais nous ne connaissons de ces sermons que le texte, emprunté par Petit au psaume xlvi, 10 : di mandèn ni à Pise, e1 plus tard à Constance, à avoir le pas sur Les ambassadeurs Français. Mais la France y opposa ses propres traditions, encore maintenues, dans une certaine mesure, d'après lesquelles sainte Madeleine, sainte .Marthe et Baint Lazare avaienl prêché le christianisme en Provence. En i Efet, vers le temps <>ù écrivail H< fêle, la maladie de l'apostolicité subissait une recrudescence. Aujourd'hui elle a cessé de sévir. Les phases en sont décrites impartialité e1 avec espril par A. Houtin, La controw VapostoliciU ises de France, in-8'\ Laval, 1900, in-12, Paris, 1903. (H. L.) 1. Mansi, ConciL ampliss. coll., t. xxvi, col. 1139, 1219; t. xxvh, col. !_"'. 363 s< j. ; Hardouin, ConciL coll., t. vin, col. S, 79; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1130-1211. 737. SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIEME SESSIONS A. PISE 33 « Les princes des peuples se sont unis au Dieu d'Abraham 1 . » Dans la septième session tenue le 4 mai, Pierre d'Ancarano, au nom de la commission citée plus haut, répondit officiellement aux objections des ambassadeurs de Robert. « Quelque nombreuses qu'elles soient, dit-il, ces objections peuvent se réduire aux quatre points suivants : 1. La soustraction d'obédience; 2. La convocation du présent concile; 3. L'invitation de Grégoire à ce concile; 4. L'union des deux collèges des cardinaux. D'après les ambas- sadeurs, ces quatre points sont nuls et non avenus. Avant tout, il ne faut pas oublier qu'un laïque, fût-il empereur, n'a pas à s'immiscer dans une question de foi, et le doute concernant le véritable pape est une question de foi. C'est à un saint concile seul à décider sur ce point (preuves tirées du droit canon et de l'histoire). Le présent concile a pour but de faire disparaître ce bicéphale et de rendre à l'Église un seul pasteur accepté de tous. Cela n'est pas seulement utile, c'est indispensable, et presque tous les prélats et princes allemands sont d'accord sur ce point. Robert s'oppose donc à un but louable et à la majorité, ce qui est une double injustice. Élever de pareilles objections, c'est défendre le schisme, parce que sans le présent concile le schisme durerait longtemps encore. Les ambassadeurs de Robert ne défendent que Grégoire; ils se taisent complètement sur Benoît XIII, dont pourtant il faut bien s'occuper aussi. Si l'assemblée se préoccupait uniquement de s'entendre avec Grégoire, ainsi que les ambassadeurs le demandent au concile, évidemment ce ne serait pas le moyen d'arriver à l'unité : ce ne serait qu'une perte de temps. Tous les autres princes, [1014] peuples et docteurs sont pour les cardinaux et le concile. Robert seul veut faire exception et être plus sage que tous. La division qui partage actuellement l'Église est un véritable schisme et même le plus grand qui ait jamais existé (preuves : ce n'est pas seule- ment la tête qui est divisée en deux, mais aussi les membres; beaucoup d'églises ont deux évoques). La responsabilité de cet état de choses retombe sur les deux prétendants. Aussi sont-ils schismatiques, ils nourrissent un schisme déjà ancien : par consé- quent ils sont hérétiques, comme l'ont déclaré les universités de Bologne et de Paris. Us veulent partager l'Église, et violent ainsi 1. Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 114 9q. CONCILES VII — '3 34 LIVRE Xl.i\ l'article fondamental «le la f<>i. « une Église sainte d; ils ravageni l'Église : or il > a toute une série qui prononcent des peines contre ce crime. Passons aux quatre propositions des ambassadeurs de Robert. Sur [a première, portanl que L'abandon de l'obédience de Grégoire par les cardinaux est de nulle valeur, il faut remarquer tout d'abord que celui qui tombe dans le schisme et l'hérésie cesse nécessairement d'être pape, du moins, quant à Pusage de sa charge pastorale. Ceci vaudrait même pour le cas où Grégoire serait sans conteste le vrai pape, car par le crime d'hérésie, chacun perd ipso jure sa prélat ure, et Grégoire ne peut demander d'être réintégré, car un hérétique perd tout droit à la possession (d'une charge ecclésiastique). Si un clerc perd déjà sa prélature pour \in crime de lésc-majesté à l'égard du pape, ou d'un cardinal, (m de l'empereur, à plus forte raison doit-il la perdre pour un crime contre l'Eglise tout entière. De plus, Grégoire a encore perdu sa prélature en ne tenant pas le serment fait à Dieu et à son Eglise. Il n'a pas rempli la condition à laquelle son élévation était attachée. Pour toutes ces raisons, les cardinaux eurent le droit de se sous- traire à sou obédience et d'engager les autres à en faire autant (preuves). De plus, celui qui soutient encore les deux prétendants empêche l'unité de l'Église et perd de plein droit ses biens et ses dignités. Les princes civils n'étaient pas seulement tenus d'aban- donner l'obédience des deux prétendants, ils doivent même les obliger l'un et l'autre à abdiquer, mais ils n'ont nullement le droit de décider quel est le pape légitime. Il est sans doute vrai, d une manière générale, qu'on ne peut se soustraire à l'obédience d un prélat incriminé avant, que la sentence soit rendue (septième objection des ambassadeurs allemands); mais cela n'est vrai que lorsque le délit est douteux. Dans le cas présent, la preuve est surabondamment établie. Les deux prétendants sont déjà condamnés par les anciens canons: il n'est donc pas nécessaire [1015] de prononcer contre eux une nouvelle sentence (preuves). Que les cardinaux, après l'abandon de l'obédience, aient enco;*' donné à Grégoire le titre de pape (X. I des Allemands), cela ne peut former objection : car de pareils titres ne signifient rien. En effet, les canons ayant condamné Grégoire comme nutritor schis* matis, les cardinaux ne pouvaient même plus le reconnaître comme pape. En second lieu, les ambassadeurs de Robert prétendent que la convocation du concile pa: les cardinaux était nulle et non avenue, 37. SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIÈME SESSIONS A PISE 35 et ils en donnent de nombreuses raisons. Par où ils montrent qu'ils ne sont pas venus, ainsi qu'ils le prétendent, pour servir d'inter- médiaires, mais comme partisans obstinés de Grégoire, jetant l'ivraie à travers le bon grain. Prétendre que Grégoire peut rejeter, comme suspect, un concile général, c'est affirmer par le fait même que l'Église universelle peut se tromper. Ce langage frise donc l'hérésie et tend à faire durer le schisme. L'appel alïîché aux portes de l'église au moment de leur départ furtif prouve également ■ i n'ils sont venus uniquement pour troubler le concile. Par consé- quent, je réponds ainsi à leurs assertions : a) Grégoire et Benoît ont perdu toute juridiction en nourris- sant le schisme; leur pouvoir a passé aux cardinaux, ainsi que cela a lieu dans tous les autres cas urgents (preuves); les cardinaux peuvent donc convoquer le concile. b) Par le fait du schisme, le siège pontifical est devenu vacant : or, pendant la vacance du siège, c'est aux cardinaux à pourvoir aux intérêts de l'Église. Quand même le Saint-Siège ne serait pas vacant, les cardinaux peuvent avoir le droit de convoquer un concile : x) si le pape ne veut absolument pas le faire, quoiqu'il s'agisse d'une question concernant la foi; (S) si le pape devient fou; y) s'il est fait prisonnier parles infidèles; S) s'il est suspect d'hérésie et ne veut pas, pour cette raison, convoquer un concile général; s) si le pape ne peut pas convoquer de concile parce qu'une partie de l'Église lui obéit, tandis qu'une autre partie obéit à un autre chef. c) Quand il s'agit de papes illégitimes, on peut même, d'après le droit canon, invoquer le bras séculier et les chasser. d) Aucun des deux prétendants ne peut convoquer un concile général, mais seulement un conciliabule, ce qui est insuffisant pour rendre l'unité à l'Eglise. e) Du reste, le présent concile est convoqué de par l'autorité de Grégoire et de Benoît : car, lors de leur élection, ils ont promis implicitement de le convoquer. Dans les temps de nécessité, tout évêque ou clerc, même tout simple chrétien, aurait le droit de réunir l'Eglise : le droit positif seul ordonne que la convocation [1016] d'un concile doit se faire sous l'autorité du pape. Dans les anciens temps, les empereurs ont convoqué les conciles généraux, parce que L'Eglise était alors trop faible pour le faire; mais maintenant elle est plus faible encore, puisque personne ne sait quel est le pape légitime. Les cardinaux ont donc eu pleinement raison en convo- .'ïli i l\ RE XLIV quant le concile. Kst-.-e donc que les cardinaux mit une juridiction s ir le concile ? Non pas sans doute sur le concile déjà réuni, mais i onl le droit de le convoquer et d'y citer tout le monde, même les deux prétendants. Les Allemands se trompenl en affirmant que I régoire n'est pas obligé d'abdiquer, en vertu de la capitulation jurée par lui à son élection, si Benoit n'abdique pas également (preuves). Le troisième point des ambassadeurs de Robert porte que la citation de Grégoire par les cardinaux est nulle et non avenue; ' lis si les cardinaux avaient, comme il a été démontré plus haut, le droit de convoquer un concile général à cause des deux pré- i liants, ces mêmes cardinaux doivent aussi avoir le droit d« citer ces deux prétendants; car celui qui possède un droit doit également posséder les moyens de l'exercer. S'ils ont le droit de i i. iMjuer le tribunal, ils ont aussi celui de citer les inculpés devant ce tribunal. Quand même cette citai ion n'aurait pas été I ■ s c, le concile aurait encore le droit sans autre formalité de déposer les deux prétendants, parce que autrement il est absolument impossible de ramener l'Église à l'unité, aussi bien de fait (parce 'aucun des deux prétendants ne veut céder) que de droit (parce : ie personne ne sait quel est le véritable pape). Celte déposition peut donc avoir lieu en leur présence comme en leur absence. Inutile de les citer, parce qu'il est inutile de les entendre. En effet. d'après le droit canon, schismatiques et hérétiques n'ont aucun droit à être entendus; et leur culpabilité ressort du simple constat, etc. La réfutation de la quatrième objection des Allemands est •ins heureuse et trop subtile : celle objection dénonce la réu- nion des deux collèges de cardinaux connue nulle et non avenue. II est bien vrai, certes, que les cardinaux d'un seul collège sont. véritables, tandis que les autres ne le sont pas; mais on ne l ut dire d'une façon indubitable de quel coté sont ces vrais naux. Il est permis aux grands de s'unir aux petits; on peut i me, lorsqu'il s'agil de défendre la foi, s'unir à des païens, et ur favoriser les intérêts de la foi il est licite d'appeler à son aide . excommuniés et les tyrans. Grégoire XII s'est engagé par ment à faire tout le nécessaire et l'utile pour l'union : par conse- nt, il s'est engagé à cette union des deux collèges des cardi- n iux parce qu'elle est une nécessité. Aucun collège de cardinaux n'aurait pu, s'il avait, été seul, opérer la réunion d'un concile 1017] al. Quant à Benoit XIII, il a approuvé la promesse faite par 737. SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIEME SESSIONS A PISE 37 Grégoire : par le fait même, il a consenti, du moins implicitement, à l'union des deux collèges de cardinaux 1 . » ■ discours aurait donné beaucoup d'énergie aux membres du concile 2 , et déterminé les cardinaux à rompre complètement avec « Robert, duc de Bavière »; et à recevoir les ambassadeurs de Wenceslas comme ceux du véritable roi des Romains, avec pré- séance sur tous les députés des autres princes 3 . Dans la septième session on proclama les noms des commis- saires désignés pour entendre les dépositions des témoins qui se présenteraient contre les deux prétendants. La France comptait parmi ees commissaires l'évêque de Lisieux et trois docteurs, tandis que l'Angleterre n'était représentée que par un seul membre, et l'Allemagne par deux. Les cardinaux avaient également envoyé deux de leurs plus anciens collègues, un du parti de Grégoire et un du parti de Benoît; c'étaient le cardinal Ange d'Anna de Summa Ripa, cardinal de Lodi (appelé aussi INeapolitanus, parce qu'il était natif de Xaples) et le cardinal de Saint-Ange, Pierre Blau 4 . Comme Ladislas, roi de Naples, assiégeait Sienne, peu éloignée 1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn. col. 367-394. Reichstagsakten, t. vi, p. 338, et 522-557; Weizsàcker (Reichstagsakten, t. vi, p. 515 et 518) adonné deux autres réfutations de ces objections des ambassadeurs allemands : l'une est du docteur François de Padoue, l'autre d'un anonyme. Elles furent sans doute pré- Bentées à la commission nommée plus haut [Reichstagsakten, t. vr, p. 335 sq.). Une réplique à la réfutation de François de Padoue, faite par un partisan anonyme de Robert, probablement un de ses envoyés, a été découverte par Lenfant dans la bibliothèque du sénateur Uffenbach à Francfort-sur-le-Mein. Il en a donné les points principaux (Lenfant, Histoire du concile de Pise, t. i, p. 335 sq.). Le t. \v en a été publié par Weizsàcker, Reichstagsakten, t. vi, p. 557 sq. Comme cette pièce esl -ans valeur et ne fut certainement pas communiquée au concile de Pise, elle ne mérite pas d'être mentionnée plus en détail. Weizsàcker [op. cit., t. vi, p. 557 sq.) en place la rédaction au mois de juillet ou d'août 1409. 2. Lenfant, Histoire du concile de Pise, t. i, p. 271. Tll y eut deux réfutations du mémoire des Allemands, celle de François de Padoue et celle de Pierre d'Ancarano. cf. J. Weizsàcker, op. cit., t. vi, p. 521; Religieux de Saint-Denys, t. iv, p. 224: Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 367. La longue réponse de Pierre d'Ancarano. docteur bolonais, fut lue au concile dans la session du 4 mai « dont le concile fut moult réconforté ». Monstrelet, op. cit.. t. n, p. 17; il existe encore une autre réfu- tation anonyme, J. Weizsàcker, op. cit., t. vi, p. 518. (II. L.)] 3. Palacky, Geschichte von Bohmen, t. ni a. p. 241 sq. Voyez la liste des mem- bre? ,ln concile dans Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1240; Hardouin, Concil. coll.. t. vin. col. 98; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1232. 4. Mansi. op. cit., t. xxvn, col. 126. 38 LIVRE XLIV de l'ise x et 1 rouillait par conséquent le concile, On décida de lui enjoindre d'avoir à cesser les hostilités. Les ambassadeurs échouè- rent, car ].a est Spiritus sanctus; ex parte causse efficientis, quse est ipse Christus; ex parte finis, qui est ipse Deus in Ecclesia triumphante). Il ajouta que l'université de Paris tenait Pierre de Luna (Benoît XIII) pour schisinatique et hérétique au sens strict et formel; par consé- [1023] quent, que Pierre de Luna était retranché de l'Eglise de Dieu et par ce fait avait perdu tout droit à la papauté. Les universités 1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1142 sq. ; 1222 sq.; t. xxvn, col. 128 sq., 395 sq. ; Hardouin, Concil. coll., t. vin,, col. 10 sq., 82 sq. ;Coleti, Concilia, t. sev, col. 1134, 121:.. 2. L. d'Achéry, Spicilegium, 1. 1, col. 846 ; Monstrelet, Chroniques, t. n, p. 23. (H. L.) 3. Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1144, 1223; t. xxvn, col. 130, 3 r »S /dans le manu- scrit de Vienne les sessions 12-20 inclusivement manquent]: Hardouin, op. ci!.. t. vin, col. 12, 83; Coleti, op. cit., t. xv, col. 1135, 1215. 4. Discours de Pierre Plaoul, dans Marlène, Vet. scripl., t. vu, col. 109 i; cf. Monstrelet, Chroniques, t. n, p. 22; Jean de Stavelot, op. cit., p. 14; L. Sehmitz. op. cil., p. 372. (H. L.) •i \ LIVRE XLIV d'Angers, d'Orléans et de Toulouse s'associaient à (elle manière de voir. L'évêque de Novare lut ensuite le procès-verbal d'une réunion tenue la veille. 28 mai, dans la sacristie de l'église des frères mineurs par des docteurs, des licenciés et fies maîtres en théologie. Le cardinal Philarghi les avait convoqués sur les ordres de ses collègues et il se trouva dans cette réunion des membres de toul rang : évêques, abbés, généraux d'ordres, prêtres séculiers et moines. On leur avait posé ces deux questions : 1. Pierre de Lima appelé Benoit XIII, et Ange Correr appelé Grégoire XII sont-ils schismatiques et hérétiques ? 2. S'ils le sont, doivent-ils être exclus de l'Eglise et <]>■ L'exercice de la papauté en qualité d'hérétiques ? Après de longs débals, l'assemblée répondit affirmativement à l'unanimité. Celle réunion comptait cent trois ou cent cinq mem- bres : parmi eux vingt-trois maîtres de l'université de Paris; les autres appartenaient à d'autres universités (Cambridge, Tou- louse, etc.), et tout un peuple de moines, frères mineurs, domini- ( ains, carmes, servîtes. — Le même évêque de Novare déclara aussitôt que les universités de Bologne et de Florence partageaient cet avis, et qu'à Florence il n'y avait pas eu moins de cent vingt maîtres à se prononcer par écrit en ce sens. A la fin de la séance, on décida que la sentence contre les deux prétendants serait rendue le 5 juin ] , et que la publication se ferait par l'affichage aux porti 3 des églises 2 . Dans l'intervalle, le 1 er juin, on tint la quatorzième session pour entendre de nouveaux témoignages- et recueillir de nouvelles preuves contre les deux prétendants. Au début, l'arche- vêque de Pise voulait faire sur ces dépositions un rapport : som- maire; mais, sur les réclamations de plusieurs membres, il dut pro- céder comme dans les dixième et onzième sessions, c'est-à-dire donner lecture d'abord du chef d'accusation, puis indiquer le nombre et la qualité des témoins ayant déposé sur ce point. De plus, les actes complets avec les dépositions détaillées de chaque témoin furent ensuite déposés dans le couvenl des Carmes, où 1. Le texte imprimé des Chroniques de Monslrelet, t. u, p. 25, porte, par ero le 5 juillet. (II. L.) 2. L'acte d'assignation fut affiché, le 30 mai, en cinq endroits tic la ville <>nt d< p el à côté de Saint-Sixte, Manuaie de Thomas Trotet, fol. 53 v°. (H. L.J 3. M anuale de Thomas Tn tet, fol. 54 v°; L. d'Achéry, Spicilegium, t. 1, col. 847. (H. L.) 738. PROCÈS ET DÉPOSITION DES DEUX PAPES 45 chaque membre put en prendre connaissance les jours sui- vants l . Vers la même époque (29 mai), les fondés de pouvoirs de l'uni- versité de Taris envoyèrent à leurs commettants un rapport sur [1024] ce qui s'était passé au concile. On y voit que Grégoire XII écrivit une lettre particulière aux prélats anglais pour les sommer d'ap- puyer les ellorts et les plans du roi Robert, en vue d'un change- ment de localité pour le concile; mais les Anglais refusèrent et, d'autre part, les menaces de Benoit XIII ne produisirent aucun effet sur ses anciens cardinaux a . Ces préliminaires remplis, la sentence fut rendue dans la quin- zième session, 5 juin 140'J, avant-veille de la Fête-Dieu. Les céré- monies ecclésiastiques terminées, le cardinal Odon Colonna et le plus jeune cardinal de Saint- Ange (Stefaneschi, nommé cardinal par le pape Innocent en 1405, tandis que Pierre Blau avait été nommé cardinal de Saint-Ange par Benoît XIII en 1396), accom- pagnés de deux archevêques et de nombreux docteurs et notaires, se rendirent aux portes de l'église et demandèrent à deux ou trois reprises, à haute voix, si Pierre de Luna et Ange Correr étaient présents ou représentés. Point de réponse; alors ils revinrent dans l'assemblée et, d'ordre du concile, le patriarche d'Alexandrie, assisté des deux patriarches d'Antioche et de Jérusalem, toutes 1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvi, col. 1144 sq., 1224 sq.; t. xxvn, col. 399- 402; Ilardouin, Concil. coll., t. vin, col. 12 sq., 83 sq. ; Colcti, Concilia, t. xv, col. 1136, 1216 sq. Dans un recueil d'actes du manuscrit de Jumièges cette qua- torzième session est considérée comme une simple congrégation, par conséquent à partir de cet endroit les sessions sont numérotées différemment dans les actes de Jumièges. On s'abstint de prononcer le nom d'aucun témoin et cette précaution souleva plus tard des objections, cf. Dubitaciones partis Pisane in facto Concilii generalis pet- multos celebrati, note rédigée en 1410, Brit. Mus., ras. Ilarley 431, lui. 95 r°. Le texte des dépositions ne fut pas tenu caché, contrairement à ce que dit Boniface Ferrer, dans Thésaurus novus anecdotorum, t. n, col. 1519; l'arche- vêque de Pise avait annoncé qu'on communiquerait le texte des dépositions à qui (ii voudrait prendre connaissance, au couvent des Carmes, les 3 et 4 juin. Les rommissaires, effectivement, se réunircnl, ces deux jours, à l'heure de tierce et à l'heure de vêpres, prêts à satisfaire la curiosité de tous ceux qui se présenteraient; ils attendirent assez longtemps : personne ne vint. Ce détail, révélé par le journal inédit de Thomas Trolet (Arch. du Vatican, Armarium LXII, t. lxxxv, fol. 59 v°) I couverait à lui seul que le siège des Pères du concile était l'ait. Cf. N. Valois, op. cit., t. iv, p. 99. (il. L.) 2. Du Boulay, Ilisl. univ. Paris., t. ■■ . p. 192; Lenfanl, Histoire du concile de Pise, t. j, p. 279. 16 LIVRE XLIV portes ouvertes et la foule emplissant l'église, prononça cette sentence: a Pierre de Luna et Ange Carrer, appelés jadis Be- noit XIII «-t Grégoire XII, sont schismatiquea notoires; ils nour- rissent cl fuiiicntcnl ce schisme déjà ancien. Ils sont, de plus, hérétiques nui. lires el endurcis : aotoiremenl coupables de l'hor- rible crime de parjure et de violation «le leurs vœux; scandale: puni- l'Église, e1 incorrigibles; indignes de tout honneur et de tout emploi et, pour leurs méfaits, crimes e1 excès, rejet es par Dieu et les saints canons et exclus de l'Église. I>e plus, le concile pro- nonce contre eux une sentence définitive de destitution, déposi- tion et exclusion, et leur défend d'agir désormais comme papes. L'Église romaine es1 maintenant vacante. Tous les fidèles, y com- pris l'empereur et les rois, sont à tout jamais déliés de tout serment cl de toute obligation vis-à-vis des deux susnommés; et il es1 sévèrement défendu à tout chrétien d'obéir en quelque façon que ce ^>it à ces deux prétendants ou à l'un d'eux, de les aider de lent - conseils ou autrement, on en lin. de les recevoir. Tous les procès el toutes les sentences pénales de Pierre tic Luna et d'Ange Correr contre les cardinaux sont nuls et non avenus. Il en est de même [1025] • les nominations de cardinaux faites par Ange à partir du 3 mai et par Pierre de Luna à partir du 15 juin L408. Enfin, quant aux procès et sentences de Pierre de Luna et d'Ange Correr contre les lois, princes, patriarches, évèqucs, prélats, universités, commu- nautés et personnes privées, quant aux promotions faites par les susdits Pierre de Luna et Ange Correr, une décision interviendra dans la prochaine session qui aura lieu lundi prochain l . » 1. Mansi, ConciL amplisa. coll., t. xxvx, col. 1146 sq., 1225 sq. ; t. xxvii, col. 27 sq., 402 sq.; llardouin. ConciL coll., t. vin, col. 14 sq., 84 sq. ; Coleli, Concilia, t. xv, col. 1137 sq., 1217 sq.; Martène, Thés. nov. anecdot., t. n, col. 1478. Voici le texte même de la sentence de déposition des deux papes : Chrisli nomine invocato, sancta ci universalis synodus, unwersalem ecclesiam r< tans, et ad litio et decisio hufus causse noscilur pertinere, Spiritus sancti gratia in h î&sia Pisana congregala, ibique pro tribunali sedens, visis et diligentes tpectis omnibus et singulis productif, probatis et agitatis in pressenti causa unionis lesise, /idei cl schismatis contra Petrum de Luna, Benedictum XIII, et Angelum de Corario, Gregorium XII, olim appellaios, quse in pressenti processu et causa pi niu ■ ntur, ac quibuscumque aliis ipsam sanctam synodum ad infrascripta definitivam Uiam moventibus et inducentibus, habita prius inter seipsos, et rnum cum copiosa mutiitudine magistrorum in sacra theologia ac utriu doctorum pluries et pluries diligenti coliatione et tandem délibérations matw . omnesque pariter in hanc riens unanimiter concordare, omni mod via cl jure, quibus magis et melius poicst, in prsedictorum contendentium seu veri 738. PROCÈS ET DÉPOSITION DES DEUX PAPES 47 Après cette lecture, on chanta le Te Dcitm, et une procession fut intimée pour le lendemain, jour de la Fête-Dieu; on défendit eoltudentium de papatu, et cujusque cm ma contwnaciam, in his soriptis pronuntiat, decernit. définit et déclarât, omnia et singula crimina, excessus et alia cuncta neces- iria ad infrascriptam decisionem pressentis causa deducta per providos viros Hen- ricum de Monteleone, Joannem de Scribaniset Bertholdum de Wildungen, promotons. in.siigatorcs et soUiciiatores seu procuratores depulaios ad prosequendum praesentem coûtant, ]. 614. Tout cela avail été mené un peu rondement, il n'est plus guère d'usage de le faire remarqui r de nos jours, aus?i mieux vaut r à l'observation toute Ba saveur en la replaçant m tus la plume des cardinaux : Item forsitan allegabuni quod isti processus et sententia fuerunt valde pru ipitali, quod infra duo Itatietlata sententia, Brit. Mus., ms. Harley431, fol. 95 r°. (II. L.) 739. SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME SESSIONS 49 été mis en accusation dès la quatrième session pour ne s'être pas £1027] rendu au concile l . Le cardinal d'Albano défendit son collègue, déclarant que si Challant était resté si longtemps auprès de Be- noît XIII, c'était uniquement pour l'amener à céder, et qu'il l'avait abandonné lorsqu'il avait constaté l'inutilité de ses efforts. Le concile reçut en silence ces explications et Challant prit place après les cardinaux 2 . L'archevêque de Pise lut ensuite un docu- ment ainsi conçu et déjà signé par tous les cardinaux : « Si l'un de nous vient à cire élu pape, il continuera le présent concile, et autant qu'il lui sera possible, il ne le dissoudra pas, mais avec ses conseils opérera la nécessaire, raisonnable et sulïisante réforme de l'Église, dans son chef et dans ses membres. Si un cardinal absent ou une personne ne faisant pas partie du Sacré-Collège venait à être élu pape, les cardinaux lui feront accepter les mêmes comb- lions avant de rendre publique son élection. Ils sont pleinement d'accord à l'endroit de la déposition des deux papes, et aussi pour que le concile continuât pendant la vacance du siège et prît des résolutions touchant la réforme de l'Eglise. » L'avocat fiscal réclama alors la nomination de commissaires chargés de promul- guer dans tous les pays la sentence contre les deux prétendants; on devait également faire connaître aux fidèles du patriarcat d'Aquilée, qu'Antoine de Portogruaro 3 , qui adhérait au concile, était le véritable patriarche et qu'il ne fallait pas obéir à Ange Çorrer, qui voulait établir son siège à Aquilée et déposer le pa- triarche. Le concile accepta ces deux propositions mais remit à la session suivante la décision à prendre touchant les sentences et les demandes formulées par les deux prétendants. Dans l'après- 1. Dès le mois d'avril, on sut à Pise que les cardinaux de Challant et Fieschi s'étaient séparés de Benoît XIII. cf. Rumische Quarlalschrift, 1897, t. xi, p. 451 ; retiré en Savoie. Antoine de Challant avait envoyé devant lui des serviteurs qui étaient arrivés à Pise avant le 24 mai. (Monstrelet. Chroniques, t. n, p. 21; Boniface Ferrer, dans Thésaurus novus aiiecdolorum, t. n, col. 1453.) (H. L.) 2. Martène, Script, vêler, ampliss. coll., t. vu, col. 1098. Nicolas IJrancacci fit valoir que le retardataire n'avait pas perdu sou temps, ayant, à plusieurs n-prises, reproché à Benoît XIII son ohstination; il n'en obtint d'ailleurs que des menaces de prison ou même <1" sévices. Enfin, noele et cum ignolo et exquisilo habit u, ruagiio- que cum timoré, solum cum tribus equis inde secrète evasit et récessif. [Manuaie de Thomas Trotet, Arch. du Vatic, Armarium LXII, t. î.xxxv, fol. 62 v°.) (H. L.) 3. Il avait été déposé par Grégoire XII le 13 juin 1408, mais le 29 juin 1408 1<- sénat d'Udine décida de ne pas reconnaître cette sentence, et de prendre parti pour le patriarch". Thierry de Niehcim, Nemus unionis, 1. VI, c. xl; J. Weizsacker, rteichstagsakten, t. vi. p. .'!'i0. CONCILES VII 4 50 LIVRE XII \ raidi du même jour, les Français délibérèrent sur la manière dont devrail se faire la prochaine élection à la papauté. Comme tous [l (, _!S ; les cardinaux, à l'exception de Guy de Malesset, président de l'assemblée, avaienl été nommés pendanl Le schisme, plusieurs pensaient que, pour cette fuis, le pape ne devait pas être élu par les cardinau k, mais par tout le ci u ni If. sous peine de voir nici i re en doute la légitimité de l'élection. Le patriarche d'Alexandrie sou- tint, au contraire, qu'on devait laisser l'élection aux cardinaux, mais que, pour colle fois, et afin d'enlever toute hésitation, les cardinaux pourraient, le cas échéant, fane l'élection de l'autorité «lu concile général F De plus, il fallait que les voix des deux tiers an moins de chacun des deux collèges des cardinaux fussent réunies sur un seul candidal ou que l'élection se fit par compromis. Les députés de l'université de Taris appuyèrent ces propositions e1 firent remarquer que, si elles n'étaient, pas acceptées, un conflil pourrait se produire qui entraverait l'élection; de plus, les autres na lions prétendraient, ainsi qu'elles avaienl déjà commencé à le faire, qu'en faisant faire l'élection par le concile, les Français ne visaient qu'à faire arriver l'un des leurs à la papauté. Cependant la proposition du patriarche ne fut pas acceptée tout d'abord : un décida île la soumettre à une autre délibération et de faire une communication sur ce point aux autres nations. Nous en verrons, dans la session suivante, le résultat -. Fendant la grand' messe qui ouvrit la dix-huitième session. 13 juin L409, les cardinaux prêtèrent serment derrière l'autel d'élire exclusivement celui qui obtiendrait l'unanimité, ou du moins les doux tiers des voix do chaque collège des cardinaux. Le podes- tat, le capitaine et le vicaire de Fise prêtèrent ensuite, au nom de la république de Florence, le serment prescrit par le quatorzième concile oecuménique concernant les garanties pour une élection pontificale. On prescrivit aussi, pour le lendemain, une procession solennelle de l'église Saint -Martin à la cathédrale pour invoquer i lumières de Dieu sur l'élection du pape. Le patriarche d'Alexan- drie, assisté «les patriarches d'.Vntioche et de Jérusalem, lut ensuite le décret conciliaire suivant : a Pendanl ce schisme pernicieux. plusieurs cardinaux ont été nommés par des prétendants soucieux 1. [artène, Vêler, script, ampliss. coll., t. vu. col. 1099, 1100. : A insi, ConciL ampliss. coll., t. xxvi, col. 1148 s<|.. 1228 sq.; t. atxvu, col. e>'i sq.; ll.mlnuiu, ConciL coll., t. vm, col. 10 sq., 87 sù il devint professeur de philosophie el de théologie. Il ci>iii|n>sa, dit-on, sur les Sentences de Pierre Lombard des commentaires qui prouvent une grande perspicacité et s'acquit grand renom comme orateur et prédicateur. Par l' effet de cette renommée Jean Galeas Visconti, duc de Milan, l'attira près de lui et se servit souvent de ses conseils. Philarghi lui rendit surtout de bons services auprès de la cour de Wenceslas. Grâce à l'entremise du duc, il fut nommé aussitôt évêque de Vicence a , plus tard de Novare, en 1402 archevêque de Milan, el Innocent VII le fit cardinal-prêtre des Douze-Apôtres. Innocent VII et Grégoire XII le chargèrent de diverses missions de confiance et nous avons vu que, dans les derniers temps, il s'employa d'une façon toute particulière pour la réunion du concile de Pise. Au rapport de Thierry de Nieheim 3 , c' étail un homme 1. On n'en sait absolument rien, puisque Pierre Philarghi ne les connut jamais. Jean de Stavelot, op. cit.. p. 1 5 5 : Marc Renière, 'Icrcopixa! MeXÉrat é Jv.'/.rv Uxr.r; 'AXeÇavBpoç E; Tô BuÇàv-ctov xat f, iv BaaiXeta EûvoBo;, in-8°, Athènes, 1881; Nerio Malvezzi, Alessandro V papa a Bologna, dans Atti e memorie delta r. Depulazione di sloria patria per le provint if di Romagna, 1891, III e série, l. ix, p. 368. (11. I 2. Il avait débuté par le siège de Plaisance. 3. Thierry de Nieheim, De achismate, p. 320, est une méchante langue, ce qui ne veut pas dire que le franciscain Philarghi, plus tard le pape Alexandre V, [ul un modèle de tempérance et l'ancêtre des teatotalers. D'ailleurs ce c'est là qu'un détail sans grande conséquence, et que celui-là jette la première pierre qui n'a jamais péché. Philarghi, à qui Charles de Malatesta avail dit assez clairement que son ambition était connue, la voyait satisfaite et, à toul pr< adre, c'était un can- didat sortante. Il parlait courammenl le latin et le grec, savail suffisamment de théologie et, quoique son éducation d aventure semblât peu s'y prêter, il était poli et bien élevé autant qu'on le savail être au débul du x^ siècle. Thierry di Nieheim, De schismale, p. 321, 322; Eulogium, t. m, p. 415; Journal de Nicola de Baye, t. i, p. 318; Sozomène, dans Afuratori, Scriplores, i. xvi, col. 1195; G. Stella, ibid., t. xvn, col. 1220: Cronica di Bologna. ibid., t. xvm, col. 697; H. Denifle, Chartularium universitatU Parisiensis, t. ni, p. 302. La part qu'il avait priai dans les événements du schisme avait montré chez lui une capacité Bolide et il s'était attiré l'animosité de Grégoire XII qui l'avait dépouillé de ses bénéfii (Martène, op. cit., t. vu, col. 872) ; plus tard, le 24 septembre 1408, c'était le cardi- 741. DIX-NEUVIÈME SESSION' A PISE 57 veillant et généreux, qui menait volontiers une vie agréable el ai mail les vins capiteux. Ce fut surtout Balthazar Cossa qui Dalal qui ce pape lui retiraii [Arch. d'État de Lucques, Tarpea, Iib. XVI H. arm. vi, ii. oOUj. A dire vrai, Philarghi ne s'était pas ménagé et avait tout tenté pour détourner de Grégoire XII le duc de Milan, le roi des Romains, le roi d'Anglc- i .ii-t-, l'archevêque de Cantorbéry, Martène, op. cil., t. vu, col. 813, 815, S17, S72, 874. 11 avait admonesté le pape même par l'entremise de Malatesta, Mansi, op. cit., I. xxvn. col. 284, ef qualifié par surcroît les nouveaux cardinaux (!.■ Grégoire de bêtes monstrueuses )>, Martènc, op. cit., t. vu, col. 869, 881. C'était à son tour maintenant de s'entendre adresser pareilles aménités, car m unanime que lût son élection, il était difficile de lui donner le titre de pape légitim en qualité d'élu d'un concile convoqué ni par l'Eglise entière ni par le pape légi- tima, mais par des cardinaux n'ayant pas qualité pour se substituer à Grégoire XII reconnu jusqu'alors comme pape légitime. Et s'il l'était, l'assemblée qui l'excluait ne le supprimait pas et surtout ne lui enlevait pas son caractère; s'il ne l'était pas, I s lecteurs d'Alexandre V n'avaient ni qualité ni pouvoir pour procéder à une élection nulle et illégale. Le concile, sans lui, n'était pas œcuménique et le concile ne pouvait pas lui enlever sa dignité pontificale pour une faute grave assurément, mais n'entraînant pas de plein droit la déposition. Mais une fois écarté ce point de vue personnel, il restait incontestable que le rôle de la France dans cet épisode demeurait à l'abri du reproebe. De tous les desseins qu'on lui avait prêtés, des candidats qu'on lui attribuait, il ne restait pour les diffamateurs que la courte bonJc d'avoir lancé ces bruits inconsidérés. Louis de Bar, Pierre de Thury. Antoine de Challant, tous candidats français imaginaires, eussent assurément fait aussi bonne figure que Pierre Philarghi. Il fallut quelque temps pour s'en apercevoir et pour en convenir. Jean de Bensbeim, protonotaire de Mayence (cf. J. Weiz- s-acker, op. cit., t. vi, p. 679) avouait qu' « il vaudrait mieux se taire que faire de prétendues révélations aussitôt démenties par les faits. Que reste-t-il des reproches d'intrigue et de simonie adressés aux Français ? La vérité est qu'ils nous ont suivis i\m\- un lieu de notre obédience, qu'ils ont consenti à ce que l'élection fût célébrée par un collège où leurs cardinaux étaient en minorité, enfin qu'ils ont donné la papauté à l'un des nôtres. » D'après le continuateur de YEulogium (édit. F. Scott Ilaxdon, t. m, p. 414), ce serait un cardinal créé avant le schisme — et cela ne peut s'entendre que de Guy de Malesset — qui aurait, le onzième jour, provoqué l'élection unanime de Pierre Philarghi en prononçant l'allocution suivante : « Les Italiens ne veulent pas de Français, les Français ne veulent ni de Romain, ni •■Italien : élisons donc un neutre ! Or voici un clerc de haute valeur, qui a plus lait dans le concile que nous tous réunis. C'est Pierre de Candie, cardinal et arche- ie de Milan, très renomme et solennel docteur en théologie. Pour Dieu, élisons- le, je lui donne ma voix. » Ce désintéressement, dont un Français donnait l'exemple, auquel des Français s'associaient, n'allait cependant à rien moins qu'à sacrifier les intérêts de la France et l'amour-proprc politique du pays engagé à soutenir les droits du successeur de Clément VIL Néanmoins, le résultat fut désastreux. On avait deux papes, on en eut trois; les partisans de Grégoire et de Benoît leur demeurèrent attachés et Alexandre ne put gagner à son parti que les défection- naires de ses collègues en souverain pontificat. Le désordre était maintenant à son «omble: mais ce qui était plus significatif que le gâchis même ; c'était l'impossi- J=7 58 LIVRE XMV aurait influencé cette élection, e1 qui eut avec le cardinal de Thury 1»' plus grand crédil sur le nouveau pape 1 . l>è> que L'élection fut connue à Pise, chacun se hâta pour faire hommage au nouvel élu. s réformes urgentes. (H. L.) 3. Thierry de Nieheim, De schismate, 1. III, c. lu. Il blâme sévèrement Alexandre de la manière peu judicieuse dont il disposa des places, charges et dignités eccle- 60 LIVRE XI.IV couronnemenl solennel eu1 lieu le 7 juilln L409 dans la cathédrale de Pise. avec le cérémonial prévu. Le nouveau pape se hâta ensuite d'envoyei des légats el des nonces dans toute la chrétienté pour y annoncer son élévation. Afin d'honorer plus particulièrement la France, où la première nouvelle de son élection avait causé une grande joie, il y envoya le cardinal Louis . Li 1 S. .Même enthousiasme en province : à Mantes (Bulletin historiq. et pliilolog. du Comité des Irav. hist., lS9 r >. p. 30S) ; à Angers (Arch. nat., P 1334*, fol. 98 v») el ailleurs. (IL L.) 743. CONCILE DE GREGOIRE XII A CIVIDALE, EN 1409 <)L tendants ou par leurs prédécesseurs depuis le commencement du schisme et à cause du schisme. Par contre, toutes les dispcn^. - accordées par eux dans les questions matrimoniales et dans tous les cas intéressant le for de la conscience demeuraient valables l . A cette môme époque, Louis II d'Anjou, fils du roi de Naples de [103bJ ce nom, mort en 1384, vint à Pise faire valoir ses droits contre le roi Ladislas; en elTet, Alexandre V le reconnut comme roi de Naples et grand gonfalonier de l'Église romaine, tandis qu'il pro- nonça la déposition de Ladislas. Une ligue avait déjà été formée avant tout contre Ladislas de Naples, le 27 juin 1409, entre Louis, Florence, Sienne et le légat du pape à Bologne, Balthazar Cossa ; avec l'aide de ce dernier, le pape réussit bientôt à reprendre presque tous les États de l'Église avec Rome (3 janvier 1410) et à en chasser les Napolitains. Les affaires de Louis d'Anjou prirent une tournure aussi heureuse, surtout lorsque Balthazar Cossa, étant devenu pape, le soutint de toutes ses forces. La bataille de Roccasecca (19 mai 1411) fut si heureuse pour Louis que Ladislas avoua lui-même « qu'il aurait tout perdu, sa liberté et sa couronne, si Louis avait poursuivi ses succès le jour môme. » Son hésitation permit à Ladislas de reprendre des forces; et comme, faute d'argent, les mercenaires de Louis se débandèrent peu à peu, celui-ci se vit forcé de regagner la France sans avoir rien fait, ce qui obligea son protecteur Balthazar Cossa (le pape Jean XXIII) à conclure la paix avec Ladislas et à le reconnaître comme roi de Naples 2 . 743. Concile de Grégoire XII à Gividale, en 1409. De Pise les envoyés de Robert retournèrent à Rimini auprès de Grégoire XII pour le mettre au courant de l'insuccès de leur mission. Le pape envoya aussitôt de nouvelles lettres de convo- 1. Mansi, op. cit., t. xxvi, col. 1152, 1233; t. xxvii, col. 130; llardouin, op. cit., t. vm, col. 19, 92; Coleti, op. cit., t. xv, col. 1143, 1225. Cette session manque dans le manuscrit de Liège. Louis de Bar fit son entrée à Paris en qualiié de légat a latere d'Alexandre Y. non pas le 4 septembre 1409 (ainsi que le rapporte le Religieux de Sainl-Denys, t. iv, p. 254), mais probablement le dimanche 6 octobre (Arch. nat., LL 110. p. 282); le roi de Navarre, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon ■ portèrent, hors des murs, à sa rencontre. (H. L.) 2. Thierry de Nieheim, De schismatc, 1. III, c. m; Papencordt, Geschichle der Stadl Rom, p. 459; J. Weizsackcr, Rcichstagsakten, t. vi, p. 563. 62 ii\ RE X u \ cation pour le concile qu'il avail déjà annoncé. Le 19 décembre L408 il avait fixé Cividale et l dine comme lieux de réunion. Il s'y rendit dans 1;* deuxième moitié du mois de mai, et pendant qu'à Pise «m était en pleine activité, (irégoire ouvrit son concile à Cividale de Frioul, près d'Aquilée 1 . Presque personne u' ayant paru à la première session, qui se lini le jour de la l'été- Dieu 6 juin L409), Grégoire publia de nouvelles lettres de convocation [1037] le 20 juin, et annonça pour le 22 juillet la seconde session, à la- quelle les princes devaient également assister, en personne ou par procureur. Il espérait obtenir le concours de sa ville natale, Venise, et du roi Robert. Par un décret daté du 15 juin, il avait autorisé ce dernier à déposer ions les archevêques, évêques et prélats qui refuseraient d'obéir soit au pape légitime, soit au roi légitime, i -l de les remplacer par des personnes plus accommodantes. En même temps tous les sujets de tels évèques furent relevés de leur vœu et la juridiction de l'archevêque de M ayence, s'il continuait son opposition, serait transférée jusqu'à nouvel ordre à l'évéque de Worms; mais il permit au roi Robert de prélever tous les revenus de l'archevêché de Mayence. Le 16 juillet, il étendit ce privilège favorable à tous les ecclésiastiques de l'empire qui embrasseraient le parti de l'un des antipapes; mais Robert, malgré de nombreux essais de recrutement dans tous les degrés de l'empire, ne put rien faire d'eflicace pour son ami: quant aux Vénitiens, ils passèrent au parti d'Alexandre V '-. Néanmoins dans la seconde session, la petite assemblée fut déclarée concile œcuménique. Urbain VI, Boniface IX, Innocent VII et Grégoire XII furent proclamés papes légitimes; leurs adversaires Robert de Genève, Pierre de Luna et Pierre de Candie (Alexandre V) furent dénoncé comme sacrilèges, et on défendit sévèrement de leur obéir 11 . Sur ces entrefaites, les liuil légats nommés par le roi Robert le 1. Raynaldi, Conlin. Annal. Baronii, ad ann. l 'dis. n. 67; Reichstagsakten, t. \ i. p. 477. Lorsque Les Lombards se transportèrent du côté de Pavie ils donnèrent ;'i la Provincia Forofuliensis le nom à'Anstria à cause de sa situation. Cf. Mansi, < oncil. amplisa. coll., t. xxvi, col. 1092; L. Schmitz, dans Rômische Quartalachrift, 1894, t. vin. p. 254, 258. _'. Reichatagsakten, t. vi, p. ^GG, 469, 471 sq. 3. Mansi, ( onciL ampliss. coll., t. wvi. col. 1087-1090. 1003; Hardouin, Concil. roU. } t. mi, «ol. 1051 sq. ; Coleti, Concilia, t. xv, col. 1103 sq.; Raynaldi, Conlin. Annal. Baron., ad ann. 1409, n. 82; Hôfler, Ruprecht von der Pfalz, 1861, p. £42; Jansscn, Frankjurts Reichscorrespondenz, 1865, t. i, p. 798, 801. 743. CONCILE DE CRÉGOini: XII A CIVIDALE, EN 1400 G3 7 août 1409 : les évoques de Wùrzbourg, de Worms et de Verden, l'abbé de Maulbronn et trois légistes parmi lesquels se trouvait Conrad de Soest, arrivèrent auprès de Grégoire. Ils étaient allés d'abord à Venise pour y travailler, de eoncert avec les envoyés >; persévérer; cependant sa situation à Cividale était très dangereuse et il se voyait dans l'obligation de se mettre bientôt sous la pro- tection du roi Ladislas 1 . Il tint néanmoins le 5 septembre une troisième session dans laquelle il fit faire les déclarations suivantes, il était toujours animé à l'égard de l'union d'un zèle dévorant; mais, à cause de l'apostat Pierre Philarghi, cette union ne pouvait plus s'opérer par le seul fait de son abdication et de l'abdication de 1. Reichstagsakten, t. vi, p. 470-488 et 570 sq. A Pise, on voyait de mauvais œil ce conciliabule de Cividale et on combinait 1rs moyens de s'en débarrasser. La Piépublique de Venise, qu'on ne trompait pas facilement quand son intérêt était en jeu, avait remercié de leur prévoyance les envoyés du roi tic Sicile. Ladislas, qui la mettaient en garde contre le parti d'Alexan- dre V et après de belles délibérations, toutes fleuries d'axiomes juridiques ci d'apophtegmes tbéologiques, la Sérénissime République s'aperçut que le parti conseillé par la France et par l'Angleterre était le plus fort, le plus avantageux et par conséquent le meilleur. Le 22 août, les Pregadi décidèrent par soixante-aeul voix contre quarante-huit qu'ils passaient à la nouvelle obédience (Ant. Morosini, t. i, p. 264-27U; S. Ilomanin, Sloria documenta/a di Venezia, in-8°, Venezia, 1855, t. iv, p. 54; lettre du cardinal de Frias au roi d'Aragon, datée de Pise, le 26 août 1 409; P. de Bofarull y Mascaro, Coleccion de documents ineditos del Archivo gênerai de la Corona de Aragon, t. i. p. 153; M. Perret, Histoire des relations de la France avec Venise, t. i, p. 122; E. Piva, Venezia e lo Scisrna, dans Xaovo Archivio Venelo, t. xin, p. 150, 151). Dans cette décision imprévue, la part des bonnes relations avec la France est assez mince puisque, à ce moment même, Venise était inquiète «lis mouvements de Boueicaut dans le Milanais, où elle s'attendait à une attaque «lu iaarécbal (Ant. Morosini, t. i, p. 270-274). Il faut faire entrer aussi en ligne de compte que le doge Michel Sténo avait un grief personnel contre Grégoire XII 3. l'iomanin, op. cit., t. iv, p. 55) que sa qualité de Vénitien desservait au lieu de lui être utile. D'ailleurs. Alexandre V, Pierre Philarghi, en tant cpie Cretois, était lui aussi sujet de Venise. Le résultat de la résolution prise par 'a République était grave pour Grégoire XII qui n'en était pas à pouvoir semer ses partisans en chemin. Rien n'était plus facile aux Vénitiens que d'exécuter dans le Frioul la sentence prononcée contre Grégoire à Pise. Le pape le comprit et, dès le 27 août, déclara son domicile transféré à Home pour une date indéterminée. (II. L.) 64 LIVRE XI.IV Benoît XIII. Aussi faisait-il les propositions suivantes : il étail prêl à abdiquer si Pierre de Luna el Pierre Philarghi voulaient, eux aussi, renoncer à leurs prétendus droits à la papauté, el si un nouveau pape était élu par 1rs deux hors de chacun des trois collèges des cardinaux actuellement existants. Quanl à l'époque de l'entrevue pour L'abdication, les rois Robert, Ladislas el Sigismond (de Hongrie) seraient chargés de l'indiquer. (Le concile de Pise n'accepta certainement pas cette dernière condition et, de plus, Roberl et Sigismond étaient si hostiles l'un envers l'autre qu'on ne pouvait espérer qu'ils s'entendissent.) Si cette proposition n'étail pas acceptée, il consent ail, pour ne pas re larder l'œuvre de l'union, à ce que lesdits rois avec ses deux adversaires choisissent le temps el le lieu où pourrail se réunir un concile général; il promettait de se rendre à cette assemblée et de se conformer à ce qui sérail trouvé bon par la majorité de chacune des trois obédiences, à condition que Pierre de Luna et Pierre Philarghi feraient de même. Enfin il accorda auxdits rois, pour autant qu'ils demeureraient fidèles à son obédience, des pouvoirs illimité^, pour l'exécution «les points susdits, valables pendant une année à partir de la date où ils furent accordés. Grégoire nomma, en outre, légats poul- ies divers royaumes : ainsi pour la Pologne, Albert, évêque de Posen; pour la Bohême, Sbinko (Zbinek), archevêque de Prague; pour l'Angleterre, Henri, évêque de Winchester, etc 1 . Toutefois, comme Antoine, patriarche d'Aquilée, menaçait de le prendre à revers, et comme, d'un autre cùté, il craignait d'être fait prisonnier par les Vénitiens, il s'enfuit déguisé en marchand, et put ainsi gagner les navires envoyés par Ladislas pour le sauver 2 . Son camérier qui, pour protéger le pape, avait pris lv> habits pontificaux, tomba entre les mains des soldats du patriarche d'Aquilée, qui le mal- traitèrent doublement, d'abord parce qu'ils le prirent pour le pape et ensuite parce qu'il les avait trompés. Grégoire se rendit à Ortona, [1039] sur la mer Adriatique, puis à Fondi et à Gaëte, sous la protection du roi Ladislas, tandis que plusieurs de ses gens restèrent à Cividale et y furentsibientraitésqueGrégoire adressa des remercîments à la ville 3 . 1. Mansi, Concil. ampliss. coll. 't. xxvi, col. 1090 sq. ; ^Hardouin, Concil. coU. } t. vu. col. 1953 sq.; Coleti, Concilia, t. xv, roi. 1108; Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ami. l 'îO'.t, n. S3 ; Thierry de Nieheim, De schismcUe, 1. 111, c. xlvi; J. Weizsacker. Reichstagsakten, t. vi, p. 573 sq. -'. 6 Beptembi . (II. L.) 3. Mans!, op. cit., t. xxvi, col. 1090: Coleti, op. cit., t. xv. col. 1 11 'i : Thi< 744. FIN DU CONCILE DE PISE 65 744. Fin du concile de Pise. Sur ces entrefaites, le concile de Pise avait tenu sa vingt-deuxième session le 27 juillet 1409. Le cardinal de Challant y publia le décret suivant du pape, rendu avec l'approbation de l'assemblée : 1. Toutes les élections, postulations, promotions, confirmations, collations, provisions concernant les prélatures, les dignités et les bénéfices de toute espèce; de même, toutes les ordinations d'évê- ques et d'autres clercs faites par les deux prétendants ou par leurs prédécesseurs en faveur de personnes qui adhèrent maintenant au concile, doivent être tenues pour valables si elles ont eu lieu dans l'obédience respective avant la sentence de déposition et suivant la forme canonique. Si pour quelques cas particuliers la présente déclaration était de nature à causer quelque dommage à d'autres partisans du concile, le pape veillerait à une solution équitable. 2. Les élections, postulations, promotions, permutations, ordi- nations, collations, institutions, privations et provisions de toute espèce, faites pendant la soustraction d'obédience en des lieux où elle avait été efficace, par des personnes autorisées, en faveur de partisans du présent concile, sont confirmées par la présente ordonnance, si elles ont eu lieu en la forme canonique. 3. Tous ceux qui possèdent des bénéfices, dignités, personats Nieheim, De schism., 1. III, c. xi.ix; Raynaldi, Conlin. Annal. Baronii, ad ann. 1409, n. 83; Lenfant, Histoire du concile de Pise, t. i, p. 297 sq. Grégoire gagna Laligiana. descendit en barque le Tagliamento et rejoignit deux galères qui lui avaient été envoyées par Ladislas. Elles le conduisirent sans doute à Pescara, d'où par la route de Sulmona et de San Germano, il put gagner Gaëte (novembre 1409). Marino Sanudo, dans Muratori, op. cit., t. xxn, col. 844; Annales Estenses, dans Muratorij t. xvm, col. 1086; saint Antonin, Historia, pars III, tit. xxn, cap. v, n. 3; Martène, Veter. .script, ampliss. coll., t. vu, col. 1118; Le Croniche di G. Ser- cambi, t. ni, p. 152; J. Weizsàcker, Reichslagsaklen, t. vi, p. 573; L. Schmitz, dans Rïmiische Quarlalschrifl, 1894, t. vin, p. 249, 251, 252; K. Eubel, Hierarchia catholica, p. 5G2; N. Valois, op. cit., t. iv, p. 114. « A Gaëte, Grégoire était en sûreté, sous la garde d'un prince aussi intéressé à le défendre qu'habile à exploiter sa bonne volonté, sa faiblesse. Le roi de Sicile ignorait ce qu'il pouvait attendre d'un pape élu par les cardinaux de Pise : il savait, au contraire, qu'avec l'appui ou la connivence plus ou moins forcée de Grégoire XII, il avait acquis déjà Rome, la Marche, la Ilomagne, une partie du patrimoine de Saint-Pierre en Toscane, et parviendrait peut-être, dans la suite, à asseoir sa domination sur l'Italie entière, sinon à s'emparer de la couronne impériale. » N. Valois, op. cit., t. iv, p. 114-115. (II. L.) CONCILES VII 5 66 LIVBB XI. l\ ou autres emplois ecclésiastiques doivenl les posséder en toute sécurité, s'ils les oui acquis d'une manière légitime et sans lés. p Us partisans du présenl concile. 4. Toutefois, ce qui précède ne saurai! déroger aux décisions de la congrégation récemmenl tenue à Paris (concile national), ni aux < I roi ts des cardinaux ni au droit du cardinal-évêque d'Albano sur l'archidiaconé de I .uçon. .">. ( >n procédera i onformémenl aux canons contrôles partisans - teurs ». Le clergé séculier était extrêmement mécontent des empié- tements continuels des mendiants, très aimés du peuple, pour le ministère pastoral : il perdait beaucoup de ses revenus. Alexan- dre V prit néanmoins le parti des mendiants, confirma par la bulle Regiiaiis les décrets de Boniface VIII, de Clément V et de Jean XXII, et censura les propositions nouvelles analogues à celles de Poilly en ajoutant que quiconque les soutiendrait à l'avenir serait hérétique, et encourrait de fait l'excommunication réservée au pape, sauf à l'article de la mort l . Quelque temps auparavant, 2 janvier 1409, l'université de Paris avait réprouvé plusieurs assertions du frère mineur Jean Gorel, qui voulait contester aux curés (comme tels), et revendi- quer pour les moines le droit de prêcher, d'administrer les sacre- ments et de percevoir la dime 2 . Dans ces conjonctures la nouvelle bulle d'Alexandre V fut très mal reçue par l'Université; aussi, pendant que les mendiants, dans l'allégresse, s'empressaient de la publier et d'en développer en chaire le contenu (en l'amplifiant), l'Lîniversité faisait prêcher des sermons contre la bulle « subrep- tice », et nous avons encore un de ces sermons de Gerson. Les dominicains et les carmes déclarèrent alors n'avoir aucune- ment sollicité ce décret du pape, et n'entendre en faire aucun usage;les deux autres «mires, au contraire, soutinrent fermement ce (l'«i et et fuient exclus de l'Université. En même temps le roi. i[3j selon l« \ «in de l'Université, interdit à tous les curés, sou speine de 1. BuUarium magnum, Luxemb., 1730, t. ix, p. 221 sq.; Du Boulay, Hisioria universùatù Paris., t. \. j>. 196 sq.; Schwab, J. Gerson. 1858, p. 'i59. 2. Du Boulay, op. cit., t. v, p. 189 sq." 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 73 voir confisquer leur temporel, de laisser aucun franciscain ou augustin prêcher, confesser ou administrer les sacrements dans leurs églises 1 . Une seconde bulle d'Alexandre V datée de Pise, le 1 er no- vembre 1400, était dirigée contre Ladislas de Naples, qui, malgré tous les bienfaits dont l'Église l'avait comblé, avait, fomenté le schisme au mépris de ses serments, soutenu le schismatique et hérétique Ange Correr (contre lequel Alexandre se répandait en invectives inconvenantes) et occupé une grande partie des Etats de l'Église; qui avait pris les armes pour empêcher le concile de Pise de se réunir, avait dévasté des villes et défendu de reconnaître le pape légitime, Alexandre. Il le sommait de comparaître devant son tribunal pour entendre en personne la sentence prononcée contre lui, à cause de ses crimes; il devait être dépouillé de la Sicile qu'il tenait en fief de l'Église 2 . 1. Du Boulay, Historia universitatis Paris., t. v, p. 200-202; Gerson, Opéra, éd. Ellies du Pin, t. n, p. 431 sq. ; Schwab, J. Gerson, p. 460 sq. ; Lcnfant, His- toire du concile de Pise, t. i, p. 309-320. 2. Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1409, n. 85 sq. Ladislas occupait le trône de Naples au très grand déplaisir de Louis II d'Anjou qui, évincé depuis dix ans, n'avait pas oublié sa royauté el fît le meilleur accueil au Florentin Buonae- corso Pitti qui lui proposa l'alliance de la république. Il fallait bien que Florence fût poussée à bout par les intrigues de Ladislas, par ses déprédations sur le terri- toire d'Arczzo, par son occupation de Cortone surtout, pour en venir à ce point. L'alliance fut conclue à Pise, le 26 juin 1409, le jour même de l'accession d'Alexan- dre V au trône pontifical, le traité fut publié le 7 juillet à Florence. Louis d'Anjou s'engageait à fournir, dans le courant du mois, un secours de mille lances, cinq cents venues de France, cinq cents que les Florentins lèveraient à ses frais. Le jour où il porterait la guerre dans la Pouille, le cardinal Cossa, les républiques de Florence et de Sienne mettraient un autre contingent de mille lances à sa dispo- sition. Louis II s'embarqua à Marseille, relâcha deux jours à Cènes et arriva à Pise le 25 juillet. Tous les cardinaux valides vinrent à sa rencontre, il fut reçu en consistoire public et assista à une session du concile prorogée à l'occasion de sa visite. Alexandre V reçut son obédience et le nomma gonfalonier de l'Eglise, en même temps il lui rendit l'investiture du royaume de Sicile que lui avait conférée en 1385 Clément VII et, en 1402, Benoît XIII. Mais déjà Ladislas levait le siège d'Arezzo et, à peine leur ennemi éloigné, les Florentins se tenaient prêts à découvrir un ennemi dans leur allié de la veille. Le 15 juillet, un Florentin proposait, dans les conseils, que le pape députât vers Ladislas le plus tôt possible une ambassade pour ramener à lui faire obédience. Avec leur coutumière lâcheté, les Florentins s'affolaient à la seule vue de cinq cents lances et déjà ils imaginaient quelque ruse pour empêcher Louis d'Anjou d'entrer dans leur ville, mais celui-ci n'était pas Français pour prendre peur ni pour prendre le change «levant de simples Italiens; 1\ LIVRE XLV l in- épidémie qui se déclara à l'ise sur ces entrefaites (no- vembre L409) obligea le pape à gagner l'istoie, d'où, sur les ins- tances des chevaline île Rhodes et du roi Sigismond de rTorTgrie, il convoqua la chrétienté à une nouvelle croisade contre les Turc.-. Il y publia aussi, le 20 décembre, contre lluss la bulle par laquelle il lui défendail de prêcher dans les chapelles accessoires '. el apprit en même temps avec joie que les troupes croisées el confédérées contre le roi Ladislas faisaient toujours de nouveaux progrès. Le L3 décembre 1409, la ville de Rome elle-même fut reconquise pour Alexandre 2 . Pendant que les armées 3 1 1 \ . 1 1 » ■ s combattaient il fil déclarer qu'il entrerait à Florence, el il y entra. Après quelques autres tirail- lements, les alliés arrêtèrent un plan d'action commun. Ils marcheraient sur Home et chasseraient Ladislas des Etats de l'Eglise. Louis II avait cinq Cents lances bretonnes et angevines sous le commandement de Tanguy du Chàtcl; parti de Pisc le 7 septembre, il attendit à Sienne Balthazar Cossa. De là. tous deux gagnèrent Chiusi où ils firent leur jonction avec les troupes florentines, 2 000 lances et 1 500 fantassins sous Malatesta de Malatesti. Chemin faisant, on se grossit de quelques partisans et des deux Orsini, Paul et Jacques. Dès lors, il ne restait qu'à traverser la Toscane et POmbrie sans difficultés. Orvicto, Montcfiascone, Vitcrbe, toutes les places des Etats de l'Eglise, sauf Todi, ouvrirent leurs portes, le pays entier se soumit à Alexandre V. A Rome même, un partisan de ce pape occupait déjà le château Saint-Ange. Ladislas. jugeant sa situation périlleuse, renonça à défendre le Borgo et se contenta de mettre le quartier à Bac, d'en expulser les habitants. Il fit barricader le pont Saint-Ange; ses capitaines se retranchèrent dans le Transtévère et sur la rive gauche du Tibre. Le 1 er octobre, les alliés péné- trèrent dans le Borgo, Balthazar Cossa prit possession du Vatican. Louis d'Anjou se trouvait récompensé de ses longues années d'attente et de son effort. Mai- l'épuisement de ses ressources ne lui permettait pas un long séjour au Borgo; au bout de neuf jours il se retira, passa le Tibre vers Monte Rotonde et après une vaine tentative pour s'emparer de Tivoli, il laissa ses troupes au comte de Taglia cozzo et gagna Pise où la gêne força un grand nombre de ses gens à se défaire à vil prix de leurs montures. Lu fin, le 1 er novembre, il retrouvait à Prato Alexan- dre V, toujours plus résolu que jamais à poursuivre une lutte dont il ne ressentait pas les coups et qui venait de lancer une bulle assignant Ladislas à comparaître devant lui dans les trois mois. (Areli. du Vatie.. Beg. o39, fol. 26 r°.) (H. L.) 1. Bzovius, Conliii. Annal. Baron., ad ann. I 109, a. 17; Raynaldi, op. cit.. ad ami. 1 109, n. 89; Lenfant, op. cit.. t. i, p. 323. Nous reviendrons sur Huss et cette bulle. '_'. Le 19 novembre, Nicolas Colonna rentra dans le Borgo d'où il fut chassé peu de jours après par Paul Ursini [25 novembre) à la suite du combat de San Spirito. Le 29 décembre, Paul Orsini tourna les chefs du parti de Ladislas et les battit. Cette victoire décida du suit de Rome, Malatesta j entra le l ,r ou le 2 janvier, Jacques Orsini le 3, sans doute avec les lances angevines et bretonnes. Le L"> fé- \ ri< r en s'empara des dernières portes fortifiées, lit. L.) 3. Les années, il faudrait s entendre. Elles nnuit aient . au plus, à l'effectif d'un i giment d'infanterie de nos jours. (H. L.) 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 75 aux alentours de Saint-Pierre, le peuple se souleva dans l'intérieur de la ville au cri de: « Vivent l'Église et le pape Alexandre ! » Les Chefs du parti de Ladislas prirent la fuite, et les troupes du pape purent occuper la ville en toute sécurité, au milieu des acclama- lions des habitants 1 . De tous côtés, on conseillait au souverain pontife, et les Romains le souhaitaient passionnément 2 , de fixer son M.'-ge au tombeau des saints Apôtres. Les cardinaux étaient aussi de cet avis; seul Balthazar Cossa crut qu'Alexandre ferait mieux de se renfermer dans la ville forte de Bologne, parce que Rome et le sud des États pontificaux n'étaient pas encore suffisamment garantis contre les attaques de Ladislas, qui continuait la guerre. D'après Thierry de Nieheim, Cossa ajouta qu'il avait promis aux Bolonais de ne pas revenir sans le pape. Il aurait également fait briller aux yeux d'Alexandre et des cardinaux les ressources finan- cières de Bologne; il ravitailla, en effet, la cour pontificale en vin, bois, etc., mais en moins grande quantité qu'on n'avait espéré. Il alla même jusqu'à payer les serviteurs du pape; cependant celui-ci ne fut pas sans inquiétudes et la crainte seule l'aurait empêché de se plaindre 3 . Peu après son arrivée à Bologne, Alexandre V, par une bulle du 31 janvier 1410, renouvela la condamnation de ses deux compé- titeurs, Ange Correr (Grégoire XII) et Pierre de Luna (Benoît XIII), et de leurs partisans; il confirma en même temps tout ce qui s'était passé à Pise 4 . Afin de donner quelque satisfaction aux Romains, qui lui avaient envoyé au printemps de 1410 une ambassade importante pour lui présenter les clefs de la ville et lui exposer leurs vœux, il leur accorda un jubilé pour l'année 1413 5 ; mais 1. Ces lions habitants qui applaudissent le matin celui qu'ils conspueront le soir, ii >• méritent vraiment pas que l'on compte pour quelque chose leurs convic- tions si changeantes. Cf. Gregorovius, Geschichte der Sladl Rom im Mittelalter, t. vi, 1867, p. 594 sq. (H. L.) 2. Les Romains ne comptaient guère et ne souhaitaient passionnément que les bénéfices attachés au séjour pontifical, c'étaient les Florentins qui poussaient Alexandre V à regagner Rome. Voir les instructions du 1G février 1410. G. Canes- trini. Legazioni di Averardo Leristori, p. 495. 3. Thierry de Nieheim, De vila et jadis Joannis XXIII, dans Van der Hardt, Magnum œcumenicum Con.it an tien se concilium, Franeofurti et Lipsiœ, 1697-1700. t. n, p. 355 sq. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1410. n. 6 sq. ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 83 sq. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1410, n. 16. 70 LIVRE XLV quand même il aurait eu l'intention de revenir plus lard à Rome, il eu aurait été empêché par la mort qui le surprit le 3 mai 1410 *. Thierry de Nieheim et l'excellent chroniqueur de Saint-Denis rapportent que, quatre jours auparavant, il fil venir auprès de son lit tous 1rs cardinaux, ci leur adressa en latin un foii beau discours 8 . Platina ajoute qu'il exhorta les cardinaux à la con- corde, el affirma une fois de plus solennellement sa conviction de la légitimité des décisions de Pise 8 . Il n'avait occupe le siège ponti- fical que pendant dix mois cl huit jouis, et était âgé d'environ soixante et onze ans. Un bruit assez répandu accusa Cossa de l'avoir empoisonné au moyen d'un clystère, et, plusieurs années après, ce soupçon fut repris dans le violent acte d'accusation lancé, comme nous le verrons plus tard, au concile de Constance contre Jean XX1I1 4 ; mais on n'en a jamais donné aucune preuve, et l'on sait qu'au moyen âge, en Italie surtout, on attribuait assez facilement au poison les cas de mort rapide. Alexandre lui-même, dans son dernier discours aux cardinaux, ne fit aucune allusion à une pareille idée ou soupçon; il avait atteint un âge où l'oa est naturellement bien près de la mort. Enfin, qui peut croire que les cardinaux aient choisi, et à l'unanimité, pour successeur d'Alexan- dre V un homme publiquement traité de meurtrier et d'empoison- neur o ? Déjà, du vivant d'Alexandre V, Charles Malatesta avait repris le cours de ses démarches interrompues à Pise en faveur de l'union ''. Après la mort de ce pape, il envoya encore dans ce but un ambas- 1. Procès-verbal d'embaumement du corps par Piclro di Argclaia, cf. Medici, < ompi ndio storico dt lia scuola anatomica de Bologna, in-8°, Bologna, 1857, p. 40 sq. (H. L.) 2. Thierry de Nieheim, De schismate, lib. IV, c. un; L< Religieux de Sainl- Denys, dans Coll. de docum. inédits sur l'histoire de France, l. XXXI, c. vu. 3. Platina, Opus de vilis ac gestis summorum pontificum ml Sixtum IV pont. max. deduclum, éd. Colonise, 1674. //; vita Alexandri, V, p. 2.">6. 4. Van der Hardt, Magnum ncunicninun Constaiiticn.se conciliant. 1. i\\ p. 107: Lenfant, Histoire du concile de Pise, p. 327 et les notes de Mansi, dans liaynaldi. Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1410, n. 17. 5. Tout ceci est du verbiage; on a des preuves ou on n'en a pas de la partici- pation de Cossa à la mort subite de Philarghi. < »r. on n'en a pas. Si on en avait. il y faudrait regarder de bien près, car un scéléral comme Cossa n'a pas l'inno- i ence de fournir à ses contemporains des preuves de ses crimes cl de les trans- mettre à la postérité. Nous allons voir, d'ailleurs, ce que valait L'homme. (II. L.) 6. Veterum scriptorum et monumentorum historicorum, dogmaticorum, moralium amplissima collectio, t. vu. p. llfrj . i 1188 sq. r»', 1 745. Dl" CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 77 sadeur à Bologne, avec mission d'empêcher une nouvelle élection. Son député s'aboucha surtout avec Balthazar Cossa, et chercha à le prévenir contre les autres cardinaux, assez mal disposés pour lui et capables de choisir facilement un de ses adversaires. Cossa répondit que les moyens proposés par Malatesta pour arriver à la paix ne lui paraissaient point expédients; que la voie du synode était trop longue, et celle de la renonciation impraticable : car Ladislas, ayant Errorius (c'est le sobriquet de Grégoire XII) dans la main, ne lui laisserait pas la liberté d'agir; d'autre part, il était impossible aux cardinaux de Bologne de rester plus longtemps sans pape; ils n'avaient déjà plus de quoi vivre, tous les employés de la chancellerie s'enfuiraient et la ville de Rome serait encore une fois perdue. Pour lui personnellement, aucun cardinal n'avait encore dit qu'il voulût lui donner sa voix. Il était d'ailleurs capable de se mesurer avec tous ses autres collègues, et si on lui reprochait de n'avoir pas la conscience très délicate (quod non sit magnas conscientias), au moins pouvait-il se rendre la justice d'avoir plus fait que personne pour la cause de l'Église. Si l'on choisissait quelqu'un qui lui fut sympathique, ce serait bien; mais peut-être serait-il plus profitable à son âme si un de ses adversaires était élu. De plus, les habitants de Bologne, désireux de conserver dans leurs murs la cour pontificale, demandaient une nouvelle élection, et les cardinaux s'étaient déjà entendus avec le seigneur d'Imola sur le lieu du conclave. Ce seigneur lui avait révélé ce secret, et il était probable que les cardinaux avaient agi ainsi dans le but de se soustraire à son influence (de Cossa), mais ils n'avaient pas lieu de la redouter. Enfin la proposition du député, qui consistait à faire nommer par le Sacré-Collège un administrateur provisoire de la papauté, était entièrement inacceptable, car tout dépendait de . e titre de « pape» 1 . Malatesta chercha dans une lettre à écarter les objections de Cossa, et recommanda à son envoyé de faire de nouvelles démarches auprès des cardinaux. Mais ceux-ci ajournaient leur réponse défi- nitive; ils étaient opposés à tout délai, comme l'agent de Malatesta crut s'en apercevoir, parce que chacun espérait la tiare pour lui- même. Cossa lui aussi assura que ceux-là seuls qui n'avaient abso- lument aucun espoir d'être élus ne s'opposeraient pas aux propo- sitions de Malatesta; ainsi, les ultramontains, le cardinal d'Aquiléc 1. Martène, Vei. script, ampliss. coll., t. vu, col. 1163 sq. 78 LIVUE XLV et lui-même (Cossa), qui étail complètement hors de cause. Il «lit encore qu'il se réjouirait de voir examiner la motion de Malatesta et rétablir l'union mais que l'affaire lui paraissait très difficile, <■ schismate, p. :)-~, rapporte qu'à peine parvenu à Piae, Louis d'Anjou dépêcha un émissaire à Bologne pour recommander aux cai- • linaux et principalement aux cardinaux français la candidature de l'ablégat de IJolognc, dont un traité formel lui garantissait les dispositions. Le Sacré-Collège comptait sur dix-sept cardinaux un ^ul Français, Piei re I lérard. Quant à Malesset, rhury, Saluées, Fieschi, ils ne prirent aucune part au conclave. Louis Fieschi arriva à Bologne le 23 mai 11 j avait di ux Savoyards, Jean de Brogny et Antoine de Challant, et un Italien, Nicolas Bi . habitué à servir les intérêts de la maison d'Anjou. < »n voit ce que vaul l'assertion de Hefele. Le conclavistfi du cardinal de Bordeaux dit que Jean XXIII se fit élire à force de promesses et de prières. L. Duchcsne, Liber ponlificalis, t. u, p. 55 1 ; llheinbold Schecht, (Mil. Fester, dans Zeitschri/t jur die Geschichte des Obcrrheins. lS'.'i. t. ix,p. 111, assure qu'il fut élu grâce à la simonie, ayant donné ou prêté de '_ r ro.-*cs sommes d'argenl au-, taux avani If concile de Pise. C'était un début digne de Balthazar Cossa qu'un ■ él< ot i'.n simoniaque, <-\ cel argument \ .'lut |u ut-être autant et plu-; que la recommandation de Louis II, alors très désargenté, et la bienveillance de 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI UE CONSTANCE 7!' 24 mai par le cardinal-êvêque d'Ostie, puis le lendemain consacrer et couronner solennellement. Tout se passa à Bologne. Platina, qui nous donne ce vote pour unanime 1 , prétend néanmoins que les cardinaux ne donnèrent leurs voix <{ue par crainte de la puissance militaire dont Cossa disposait. Cependant l'envoyé de Malatesta. «lui avait de fréquentes relations avec les électeurs, ne remarqua . 304)' 1 :« Tu temetip8um eligens intrusisti. » Ce serait plutôt une mauvaise interprétation de ce texte <|ni aurait donné naissance à une pareille in\ ent ion. Hait ha/ar Cossa étail Napolitain, de bonne souche niais peu [8] fortunée. <>n disait qu'étant jeune clerc, il avail profité de la guerre de Ladislas contre Louis d'Anjou pour faire le pirate dans la nier de Sic die. 1 le cette période de sa \ le, il avait gardé L'habitude île veiller la nuit et de dormir le jour, et n'y dérogeait qu'en cas de nécessité. Après la victoire de Ladislas (131)0), le métier de pirate devenant plus périlleux, il s'inscrivit comme étudiant à Bologne plusieurs années, mais sans cependant prendre de grades dans aucune faculté 2 . Platina et Onofrio Panvinio soutiennent, au contraire, qu'il obtint à Bologne le diplôme de docteur en droit, et en fait il dut s'y distinguer d'une façon quelconque, puisque Boni- face IX, son compatriote, lui conféra la charge éminente et lucrative d archidiacre de Bologne, et le nomma bientôt son camérier. Thierry de Nieheim prétend qu'il tira bon parti de cette charge pour la simonie et le commerce des indulgences 3 ; il assure 1. Dans Lenfant, Histoire du concile de Pise, t. n, p. 4. 2. La période de jeunesse esl naturellement peu connue, les forbans n'ont pas coutume d'écrire leurs mémoires; quant à la dignité d'archidiacre de Bologne, on ne découvre pas les mérites qui la firenl donner à Cossa, et l'aHinnation de Platina, même renforcée d< Panvinio,es1 de celles auxquelles on ne fait crédit que sur bonnes preuves. Tbicrry de Nieheim,que l'hostilité rendait clairvoyant jusqu'à l'injustù • , n'a pas dépassé la mesure de ce que les contemporains se disaient sur cei étrange pape dont un apologiste officiel, L. Pastor, Histoire des papes depuis la /in du moyen âge. 1888, t. r, ]>. 120:2. n'a i>u trouver d'autre justification que celle-ci, qu'il emprunte à A. von Reumont, Geschichte der Stadi Rom, Berlin, 18G7, t. n. p. 1150- 1151 : « Quels qu'aient été les défauts de cet homme, il ne fut pas au inoral le monstre pour lequel on a tenté de le faire passer au concile de Constance. Il n'< pas nécessaire de grossir sa culpabilité, sans preuves et haineusement, comme l'ont fait beaucoup de ses contemporains, sous l'influence de souffrances terribles •Jean XXIII était l'incarnation de l'esprit mondain, qui déjà, longtemps avant lui, avait l'ait dévoyer la papauté de la façon la plus grave. En voyant l'homme en qui se personnifie un parti animé de tendances anticléricales et uniquement occupé d'intérêts politiques arriver au plus haut degré de la hiérarchie au moment. même où la conscience de la chrétienté se soulevait contre l'abaissement infhg à la dignité suprême, contre l'avilissement de la plus noble institution du monde, i! I.nit Lien reconnaître à cette coïncidence le doigt de la Providence. » (H. L.). 3. Thierry de Nieheim, op. cil., col. 340; cf. J. Schwertfeger, Papst Johanr, derXXIIl und die ]\'ahl Sigmunds zum rômischen Kônig 1410] ; ein Hcilrag zur Vorgeschichle des Konstanzer Concils, in-8°, W'ien, 1896; C. Hunger, Zur Geschichte 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 81 aussi que, vers cette époque, deux frères de Cossu qui continuaient leur métier de pirate, ayant été condamnés à mort par le roi Ladis- las, n'auraient dû leur grâce qu'à l'intervention de Boniface IX. En 1402, Cossa fut nommé cardinal-diacre de Saint-Eustache et légat de Bologne, dont il eut d'abord à faire rentrer le territoire sous l'obéissance de l'Église. Sans aucun doute Boniface IX, qui avait avant tout à cœur de recouvrer les États de l'Église, sut reconnaître et apprécier les talents militaires et administratifs de Cossa. Mais Thierry de Nieheim croit avoir trouvé une autre raison desa nomination comme légat. Le pape son protecteur, en l'envoyant à Bologne, aurait voulu l'arracher à ses relations adultères avec la femme de son frère; Cossa néanmoins se serait adonné à Bologne à une vie plus scandaleuse encore, et, pendant la durée de son administration, n'aurait pas séduit moins de deux cents femmes veuves, vierges ou nonnes. Les mêmes plaintes sont en partie reproduites dans l'acte d'accusation dressé contre lui à Constance. Enfin, en sa qualité de légat, il aurait commis bien des exactions et des violences, et écrasé les Bolonais d'impôts de toute nature l . II ne vécut pas en très bonne intelligence avec les deux papes suivants, Innocent VII et Grégoire XII, parce que, dit-on, le premier avait accueilli favorablement les plaintes portées par plusieurs Bolonais contre lui; quant à Grégoire XII, il tint à offense la protestation de Cossa contre la nomination du jeune Ange Correr à l'archevêché de Bologne. Cossa aurait soutenu que les revenus de la mense archiépiscopale étaient indispensables à l'entretien et à la défense de la ville 1 . Pendant les discussions à propos du concile de Pise, Grégoire XII vit toujours dans Bal- thazar Cossa un de ses mortels ennemis. Dans son Mémoire du 14 décembre 1408, qui promet grâce et pardon aux cardinaux infidèles, ce pape se plaint surtout de Cossa, cet « iniquitalis alumnus et perditionis fiîius, qui, abusant de sa position de légat à Bologne, bien avant la défection des autres cardinaux, a insulté le souverain pontife, le traitant de parjure et de schismatique, a répandu sur lui les bruits les plus odieux, et a séduit les autres cardinaux ainsi que de nombreux prélats, villes et personnes privées. Ainsi par ses mensonges, ses cadeaux, ses promesses, il a Papsl Johanncs XXII I, iu-8°, Bonn, 1876; A. Jal, dans Revue de Paris, 1838, t. lvii, p. 187-205. (H. L.) 1. Thierry de Nieheim, dans Van der Il.u.li. op. cil., t. n, p. 337, 330 sq., 346 sq. CONCILES VII 6 82 LIVRE XLV gagné le cardinal Pierre Philarghi, par l'intimidation, le cardinal 1 de Sainte-Croix. Il a fait enlever partoul les armes du pape, emprisonné ses courriers et empêché les envois d'argent à lui adressés. » Toul homme impartial remarquera que Grégoire XII, dans ce \ i'ti'i ; i 1 » I e acte d'accusation dressé contu' ISalthazar Cossa, garde un silence absolu sur les points les plus chargés du tableau qu'en a tracés Thierry de Nieheim : sa débauche effrénée et son insatiable ;i\idiié. Nous ne pouvons cependant admettre que le pape, en parlant de la sorte, n'ail pas dit tout ce qu'il savait de mauvais sur le compte de Cossa. Remarquons en outre que, d'après les assertions de Thierry de Nieheim lui-même, Balthazar pendant sa légation avail frappé les débauchés, les usuriers et les joueurs de dés de liés lourdes amendes 1 : aurait-il agi de la sorte s'il s'était rangé lui-même parmi ces honteuses catégories ? Enfin la constante affection que lui témoigna l'éminent Charles Malatesta, depuis sa nomination à la charge de camérier du pape 2 , ne s'accorde guère rin-i ;i\ec le caractère odieux que lui prêtent ses ennemis; de plus il faut remarquer que Malatesta, dans les écrits assez virulents qu'il publia plus tard contre Jean XXIII (par exemple dans son mémoire à l'empereur Sigismond), quand il s'efforçait par tous les moyens d'obtenir sa démission, ne risqua jamais une allusion «à son indignité personnelle. C'eût été cependant un bon argument que celui-ci : « Jean doit renoncer à sa dignité pour effacer autant que possible le scandale auquel a donné lieu l'élection d'un tel pécheur. » Le jugement d'un contemporain, l'historien florentin Barthé- lémy Valori, est en complet désaccord avec les portraits plus connus : « Balthazar Cossa s'était, dit-il, adonné à l'étude dès sa jeunesse avec une telle application qu'il était devenu non seule- ment milieu: e1 poète distingué, mais encore habile philosophe. Il idonna aux choses les plus variées. Il renonça aux éludes, entra dans l'armée, et s'y distingua si forl que bientôl il fut mis au rang des premiers hommes de guerre de l'Italie 3 . Puis, après de nom- !. V.in der 11. mit, op. cit., t. n. p. 850. _. Martène, Veterum scriptorum amplissima collectio, t. vu. col. 1189, 1197 Bq. Malatesta ne craignit pas, en face de l'empereur Sigismond, d'appeler Cossa son vieil ami. Cependant un correspondant de Malatesta reproche au pape Jean cruauté. 3. Si d'après ce détail il faut, juger du reste... (II. L.) 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 83 breuses entreprises, il tourna brusquement son ambition du coté des honneurs de L'Église, même de la papauté. Dès lors il laissa de côté la guerre, se donna tout, entier à la religion l , et parvint en peu de temps à atteindre le but de ses désirs 2 . » Le moine de Saint-Denis nous apprend qu'en France on était loin alors de connaître à fond Cossa. Voici comment il le nomme : « Virum utique nobilem et expertem 3 . » Plus loin encore, au com- mencement du concile de Constance, le même annaliste célèbre la patenta sollicitudo du souverain pontife 4 . Nous n'avons pas la prétention de transformer Cossa en un personnage irréprochable de tous points ; nous voulons seulement lui rendre la justice de l'histoire, et montrer que, dans ces temps, la calomnie jouait un rôle plus grand que de nos jours, et qu'on n'y pouvait jamais peindre sous des couleurs trop noires ceux qui avaient eu le malheur de tomber dans un discrédit absolu ou par- fil] tiel, par exemple : le pape Boniface VIII, les Templiers, Clé- ment V et Clément VI 5 . Et serait-il équitable de prendre à la lettre toutes les accusations portées contre Jean XXIII, tandis qu'on croirait inique d'accueillir même la centième partie des accu- sations bien plus affreuses dont a été chargé Boniface VIII 6 ? Remarquons en outre que, vers la fin du moyen âge, la continence était devenue malheureusement assez rare dans le clergé comme la chasteté conjugale chez les laïques, et qu'on n'y tenait pas grand compte des licences de la chair. Balthazar Cossa, homme de guerre éminent, gouverneur de place et lieutenant pontifical, put bien ne pas songer assez souvent aux devoirs de son état de clerc, et c'est à quoi fait allusion son contemporain Léonard Arétin Bruni en l'appelant : vir in temporalibus quidem magnus, in spiritualibus vero nullus omnino atque ineptus 7 . Ces paroles furent plus tard reprises textuellement par saint Antonin 8 , et Platina également 1. Le mot est joli, digne d'un Florentin, et Heîele l'a recueilli avec onction. La carrière ecclésiastique de Balthazar Cossa devenue un don total de soi-même << Li religion l (II. L.) 2. Archiv. siorico ilal, 1843, t. rv, p. 261. 3. Op. cil., 1. XXXI, c. i. 4. Op. cit., 1. XXXIII, c. xxviii. 5. Il n'y a pas lieu de discuter de près ces rapprochements. ( II. L.) 6. En n'accueillant même pas cette centième partie, il n'en reste encore que trop. (H. L.) 7. Cf. Muratori, Iierum llalicarum scriptorcs, t. xix, col. ( J27. 8. Summa Itislorialis, p. III, tit. xxn, c. vi. 84 LIVRE M.v attribue au nouvel élu nue vila prope militaris el nnlitares mores. Que pour recouvrer la Pologne el la fortifier, comme pour faire la guerre à l.adislas. il ait dépensé «les sommes énormes, eela est incontestable et se comprend d'autant mieux qu'il ;i\;ut à entre- tenir aussi les cardinaux el la cour d'Alexandre \ : il es1 aussi vrai- semblable qu'un caractère comme le sien, assez peu scrupuleux dans ses exactions d'argent e1 la réalisation de ses plans, ait dû blesser les droits de plusieurs, et peser lourdement sur une foule de citoyens. Thierry de Nieheim nous raconte l que, de son temps, les prélats italiens ne songeaient qu'à amasser île l'argent, tandis que les allemands vivaient au sein d'une énorme et perpétuelle ripaille. — Il est également assez facile de comprendre comment on a pu reprocher au légat Balthazar Cossa beaucoup d'homi- cides : car il est certain qu'en sa qualité de lieutenant, à l'égard des réfractaires de toute sorte, et comme général, à l'égard des ennemis, il ne montra pas une grande modération; lui-même pourrait bien s'être peint assez exactement en disant à l'envoyé de Malatesta « qu'on lui reprochait d'avoir la conscience large, mais qu'il avait plus fait pour le patrimoine de l'Église que tous les autres cardi- naux. » Il est probable que dans de semblables conjonctures son élection ait pu causer quelque scandale, selon le témoignage de Gobelin Persona a . Aussitôt après son avènement (25 mai 1410), Jean XXI 11 [12] écrivit de Bologne, où il passa encore une année entière, une lettre circulaire à tous les évèques pour leur annoncer son élection et confirmer plusieurs décrets de son prédécesseur; mais, pour se concilier Paris, il retira la bulle rendue le 27 juin par Alexandre \ en faveur des ordres mendiants. Les condamnations prononcées à Pise le 2 I juillet contre Grégoire XII et Benoît XIII furent renou- velées, et le cardinal J.andulphe envoyé en Espagne pour détacher les rois de Castille, d'Aragon et de Navarre du parti de Benoit XIII. et sonder les dispositions de ce dernier à l'égard d'une renonciation. Ce légat devait en outre s'occuper de la conversion des Maures de Grenade. 3 . Bien île tout cela ne réussit, pas plus que les négoeia- 1. Nemus wtionis, 1. VI, c. xxxvm, J. Cosmodromium, hoc est chronicon universale complétions res Ecclesise et Rei- publics: ab o. c. usque ad annum Chr. 111$, œt. VI, c. xc. 3. Raynaldi, Conlin. Annal. Baronii, ad ann. 1410, 21-25; du Boulay, HisL universU. Pari*., t. v, p. 204; Lenfant, Histoire du concile de Pis . t. n, p. 7-9. 745. DU CONCILE 1)1". 1MSE A CF.LTJI DF. CONSTANCE 85 tions avec Charles Malatesta. Ce dernier avait recommencé ses tentatives pour l'union de l'Église après l'élection de Jean XXIII,. au parti duquel ni flatteries ni promesses ne purent le gagner l . Il proposait deux moyens d'arriver à la paix : a) Jean se démettrait si ses deux compétiteurs ou seulement l'un d'eux voulait en faire autant, et pour que la cession ne fût plus entravée par aucun obstacle, chacun des trois papes nommerait un procureur et lui donnerait pleins pouvoirs (prévision exacte de tous les cas pos- sibles). Si cette proposition n'était pas acceptée, b) les trois papes s'engageraient par serment, et donneraient toutes garanties de se soumettre à la décision d'un concile général rassemblé dans le délai d'une année. Si deux seulement consentaient à cette réunion, le concile aurait néanmoins plein pouvoir pour terminer le schisme, et le troisième prétendant serait obligé d'accepter la sentence. — Jean XXIII ne voulut pas entendre parler de cession (juin 1410), sous prétexte que ses prétentions étaient bien mieux fondées que celles de ses adversaires, et que le territoire de son obédience était beaucoup plus étendu que le leur; mais il voulait convoquer un concile à Bologne, et inviterait ses deux compétiteurs à y prendre part 2 . Quand il vit Malatesta se disposer à lui faire la guerre, il se [13] montra un peu plus accommodant, protesta qu'il était prêt à abdiquer devant le futur concile et envoya auprès de Malatesta un juriste célèbre, chargé de faire valoir tout d'abord la justice de ses prétentions, et de consentir au besoin à quelques concessions. Mala- testa vit parfaitement que Grégoire XII n'y pourrait pas consentir, car en toutes ces propositions, Jean se donnait toujours comme seul pape légitime; il promit cependant de lui en parler, et envoya ù Jean un nouveau mémoire sur les « modi unionis » : car Jean XXIII prétendait n'avoir pas pris connaissance du premier 3 . Les commencements du pontificat de Jean XXIII furent très attristés par la défaite et la dispersion de la flotte que Louis d'Anjou avait armée contre Ladislas 4 , et par la perte de plusieurs 1. Martène, Vêler um scriplonun arnpliss. coll., t. vu, col. 1189; Thierry do Nicheim, dans Van der Hardt, Magnum œcumenicum Constantiense conciliuw, t. ii, p. 361. 2. Martène, op. cit., t. vu. col. 1171-1179, 1189 sq. et 1193-1197. 3. Martène, Veterum scriptorum amplissima coll., t. vu, col. 1190-1197. Le mémoire s'arrête au n. 3 à la dernière page, et alors commence la continuation du rapport au roi Sigismond, commencé à la col. 1186. '*. Cf. N. Valois, op. cit., t. iv, p. 131-133. (II. L.) 86 I.IVItF XIV villes de la Romagne 1 ; du eôté de l'Allemagne, au contraire, v < affaires prenaient une très bonne tournure. Le roi romain d'Alle- magne, Robert, comte Palatin, l'ami constanl de Grégoire XII, étail mort le lendemain de l'élection de Jean XXIII (IS mai 1410), et le roi Sigismond de Hongrie, litre du monarque détrôné Wen- ceslas, se porta comme prétendant à la couronne. Il était l'ennemi mortel de Ladislas de Naples et du pape Grégoire, son allié. Aussi- tôt après l'avènement de Jean XXIII, Sigismond lui envoya un ambassadeur spécial, qui rapporta à son mattre une réponse très bienveillante 2 . 11 était, en effet, de la plus grande importance pour le pape que ce1 homme attaché à sa cause par de puissants intérêts devînt chef temporel de la chrétienté. Mais le cousin de Sigismond, Josse, margrave de Moravie, fit aussi valoir ses pré- tentions ;m trône, et de fait ils furent l'un et l'autre élevés à la dignité royale par une assemblée de princes (septembre et octo- bre 1410), tandis que Wenceslas continuait à revendiquer ses droits à la couronne. Le monde eut alors ce tragique spectacle de l'empire disputé par trois chefs, comme l'était aussi l'Église :! . Mais le margrave Josse étant mort dès le 17 janvier 1411, Sigis- mond fut bientôt universellement reconnu et élu de nouveau à Francfort le 21 juillet 1411; il ne tarda pas à se réconcilier avec son [14 j frère Wenceslas '. C'est vers lui que se tourna l'infatigable Malatesta, dans les intérêts de l'unité de l'Église; il lui adressa un rapport détaillé de toutes ses démarches et de leurs résultats heureux ou nuls. Il justifiait en outre les deux projets d'union par lui proposés, et suppliait le nouveau prince allemand, au nom des devoirs que lui imposait sa haute dignité, de venir au secours de l'Église. On ne pourrait entreprendre la réforme devenue si nécessaire qu'après avoir rétabli l'union dans l'Église. Malatesta faisait ensuite remar- quer à Sigismond qu'il ne fallait pas convoquer le concile dans un 1. Thierry de Nieheim, dans Van der Hardt, Magnum œcumenicum Constanlienst conciLf t. h, p. 359 sq.; Raynaldi, Contin. Annal. Baron., ad ann. 1410, n. 25, 26. 2. Raynaldi, op. cit.. ad ann. 1410, n. 27, 28. 3. Ce qui est tragique pour l'Eglise où le pouvoir suprême repose, par l'insti- tution divine, entre les mains d'un seul, a'esl nullement tragique pour l'Empire qui n'est, à aucun degré, une institution divine. L'assimilation des deux situa- tions présentée ici par Hefele est intolérable. (II. L.) k. J. Aschbach, Geschickte Kaiser Sigismund's, 1838, t. i, p. 282-310. Les pièces relatives à la double élection de Sigismond ont été reproduites dans Janssen, FrankfurU Reichseorrespondenz, 1863, t. i. p. 154-232. 743. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 87 lieu soumis à la fois à la domination spirituelle et temporelle de .Jean XXIII : cela mettrait des obstacles à la réforme et à l'union. A l'appui de ses assertions, Malatesta joignait une lettre que lui avait envoyée un membre de la propre obédience de Jean XXIII dans laquelle on insistait sur sa cruauté et sa violence, en deman- dant sa révocation. Enfin il se justifiait auprès de Sigismond d'avoir entamé la guerre contre Jean XXIII (pour l'amener îi céder), et lui communiquait sa proclamation du 16 avril 1411 1 . Par un décret du 20 avril de la même année, Grégoire XII avait solennellement revêtu de pleins pouvoirs pour cette guerre contre Jean XXIII Charles Malatesta, « son lieutenant général en Roma- gne ». Quelques jours auparavant, le 16 avril (jeudi saint), par une bulle datée de Gaëte, où il résidait alors sous la protection du roi Ladislas, Grégoire XII avait excommunié et anathématisé pata- rms, vaudois, et tous autres hérétiques, ainsi que les pirates, etc.; en lin ses adversaires : Pierre de Luna, Balthazar Cossa et Louis d'Anjou, avec leurs adhérents 2 . Les préparatifs belliqueux de Malatesta se poursuivaient, naturellement en conjonction avec ceux beaucoup plus considé- rables encore du roi Ladislas. En ce moment même Ladislas mena- çait de nouveau la ville de Rome 3 . Pour pouvoir mieux s'opposer à lui, Jean XXIÏI alla s'y établir, le 13 avril 1411, accompagné de Louis d'Anjou, qu'il avait nommé de nouveau gonfalonier de l'Eglise romaine. Il nomma le cardinal Henri Minutoli gouverneur [15] de Bologne et de l'Emilie et confia les villes de Pérouse, Todi, Orvieto, Terni, Rieti, ainsi que le duché de Spolète, au cardinal Odon Colonna (depuis Martin V). Le 28 avril, Louis d'Anjou, accompagné d'une troupe nombreuse de vaillants chevaliers fran- çais et italiens 4 , et menant avec lui une puissante armée, partit 1. Martène, Veterum scriptorum ampliss. coll., t. vu, col. 1186-1206 et 1206-1208. 2. Raynaldi, Conlin. Annal. Baronii, ad arm. 1411, n. 1. 3. Après la perte de sa flotte, Louis d'Anjou se traîna, sans rien entreprendre, à Bologne, à Sienne, à Montepulciano; puis il finit par reprendre le ehemin de Rome où il fut reçu chanoine de Saint-Pierre et comblé de faveurs spirituelles. Après quelque temps il s'aperçut que les échéances se succédaient sans qu'il pût y faire face et, après trois mois, il décampa (31 décembre 1410). Son allié, Paul Orsini, n'attendait que ce départ pour le trahir impunément et, en même temps que la république de Florence, il passa dans le camp de Ladislas. Louis II d'Anjou retrouva Jean XXIII à Bologne, d'où ils repartirent pour Rome; ils y entraient le 12 avril 1411. (H. L.) 4. Jean XXIII avait tendu l'escarcelle pontificale à Charles VI, aux princes, à 88 LIVRE XLV de Rome ! , cl B'avança à travers la Campagna, dans l'intérieur du royaume de Naples. Dès le 1!) mai, il remporta une brillante vic- toire à Roccasecca '-, où l'armée de Ladislas eû1 été complètement anéantie, si le vainqueur avail poursuivi son triomphe. Mais par une inexplicable lenteur, il laissa ;'i son adversaire le temps de rassembler ses troupes dispersées, et d'occuper les forteresses t t défilés nécessaires, de sorte que Louis dut renoncer à continuer >a marche sur Naples et revint mécontent à Rome, d'où il se mit bientôt en route pour la France 3 . La fête que Jean fit célé- brer à Rome en l'honneur de ce triomphe, et où l'on traîna dans la boue la bannière de r.régoirc XII et du roi Ladislas, lui troublée par la nouvelle que Malatesta avait conquis l'Emilie presque entière pour Grégoire XII, et que le légat de Bologne avait été (liasse par les habitants de cette ville 4 . Avant la bataille de Roccasecca, le 29 avril 1411, Jean XXIII, pour se conformer aux conclusions de l'assemblée de Pise, avail convoqué un concile général à Rome pour le 1 er avril de l'année suivante. Il fortifia bientôt après son parti par la nomination de quatorze cardinaux, presque tous éminents et habiles. comme- Pierre d'Ailly, Gilles des Champs, François Zabarella, Guillaume Fillastre, Robert Uallum, évêque de Salisbury, etc. °; puis, le 11 août, il excommunia de nouveau Ladislas, et le cita à son tri- bunal pour le 9 décembre. Ladislas, n'ayant eu garde de compa- i n'tre, fut frappé d'anathème et déclaré déchu des couronnes de Jérusalem et de Naples. Jean fit également prêcher contre lui 1 université de Paris et imposé des décimes à tout le clergé de :-on obédience. Au son des écus qui entraient dans ses coffres, les fidélités se révélèrent. Paul Orsini, malgré sa défection trois mois auparavant, accourut offrir ses loyaux ser% 1 Le 28 avril, Louis d'Anjou, Orsini et un légat du pape quittaient Rome et entraient i a campagne. (IL L.) 1. D'après Buonincontro, Ladislas avec 26 000 hommes moitié cavaliers, moitié lantassins, et Louis d'Anjou 12 000 cavaliers avec 6 000 fantassins. On peut B'eu tr-nir à ces chiffres. (H. L.) 2. N. V;ilois, op. cit., t. iv, p. 139. (IL L.) 3. N. Valois, op. cil., t. iv, p. 1 \ 1 •. (.. Rei ike, Frankreich und Papsi Johann A Y///, in-8°, Munster, 1900, p. 18. (II. I... 4. Thierry de Nieheim, dans Van der Hardt, Magnum cecumenicum Cons e conciliuni. t. n, p. 363 si.i\. 1411, n. 4, 6; Bzovius, Conlin. Annal. Baronii, ad ann. 1411, n. 4; Gregorovius, <•■ i hic der Sladl Boni, t. vi, p. 602 sq. 5. Raynaldi, op. rit., ad ann. 1411, n. 7, 9; Thierry de Nieheim, dans Van der Hardt, op. cil., t. n, p. 367. 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANC1 89 la croisade en France, en Angleterre, <'ii Italie, en Allemagne H ailleurs 1 . Une seconde croisade devait être prêchée en même temps, en lt, Espagne, contre les Maures, mais Benoit XIII, auquel le pays obéissait, y mit obstacle 2 . D'autre part l'opposition contre Ladislas n'empêcha pas ce prince de remporter chaque jour de nouveaux avantages; il gagna à son parti Sforza, l'un des plus habiles géné- raux du pape, et il menaça Rome encore une fois 3 . Dans ces conjonctures, le pape Jean et le roi Ladislas imagi- nèrent une réconciliation et ouvrirent, à cet effet, des négociations, au mois de juin 1412. Thierry de Nieheim 4 prétend qu'elles coû- tèrent au pape beaucoup d'argent; Gregorovius fait observer avec raison que, de son côté, Ladislas avait des motifs assez sérieux de désirer la paix 5 . « Il craignait, dit-il, de voir recommencer l'expé- dition d'Anjou; le roi de France l'exhortait à quitter le parti de Grégoire; le roi des Romains. Sigismond, qu'il s'était aliéné par ses prétentions à la couronne de Hongrie et qui semblait fort redoutable, songeait à venir en Italie soutenir les droits de l'empire et le menaçait. » Enfin, l'accord se fit le 16 octobre 1412 6 , par une lettre fort humble de Ladislas au souverain pontife. Il y dit « qu'ac- cablé d'affaires, il avait, pendant quelque temps, douté des droits de Jean; mais maintenant, après un examen plus approfondi, après avoir souvent pris conseil de ses prélats, docteurs et autres personnages de marque, et considéré en outre la conduite des autres rois et princes catboliques dans cette affaire, il se déclarait parfaitement convaincu de la légitimité de l'élection de Jean, faite par l'inspiration de Dieu. Il avait donc, en conséquence, déjà fait acte de soumission et de respect entre les mains du commissaire pontifical, tant en son propre nom qu'au nom de ses sujets '. » 1. Raynaldi, op. cit., ait ann. 1411, n. 5. Cf. -N. Valois, op. cit., t. iv, p. 143, notes 1, 2. (H. L.) 2. Raynaldi, op. cit.. ad ann. 1411, n. S. 3. Thierry de Nieheim, dans Van der Hardt, op. cit., t. n, p. 366; Gregorovius, Gescliichle der Sladt Rom, t. vi, p. 604 sq. 4. Thierry de ISieheim, ibid., t. n, p. 367. 5. Gregorovius, op. cit.. t. vi, p. 609. 6. La paix fut conclue le 15 juin 1412. Ladislas promettait de renier Gré- goire XII. L'homme auquel les apostasies coûtaient aussi peu que les trahisons, feignit cependant de consulter, afin de sauver les apparences, une assemblée de- prélats et de docteurs napolitains et, le 16 octobre, publia sa profession de foi en faveur de Jean XXIII. Arch. du Vatican, Reg. 344, fol. 206 v°. (H. L.) 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1412, n. 2. 90 liviu: XI. Y En retour, 1<' pape lui concéda le droit d'occuper non seulement Je royaume de Naples, mais encore la Sicile qui appartenait au roi d'Aragon et était bous Inbédienee » 1 «- Hennit XIII. I.adislas reçut en outre le titre «le gonfalonier de l'Eglise romaine, <•( d'autres pri- vilèges 1 . Jean XXIII promil d'autre pari à Grégoire XII une pen- sion annuelle de 50 000 florins d'or, s'il voulail se soumettre; dans le cas où d refuserait, I.adislas s'engageait à l'expulser de son royaume. Thierrj de Nieheim raconte que Ladislas commença par nier la conclusion du traité lors d'une visite faite à Grégoire à Gaëte; mais, le lendemain, il lui fit signifier un délai pour avoir ;i . initier le territoire. Celte mesure jeta Grégoire dans le plus grand 17 embarras, jusqu'à ce qu'il put enfin profiter de l'arrivée de deux navires marchands de Venise (30 octobre); il s'y embarqua ave. ses amis (parmi lesquels le futur pape Eugène IV) et, après maints dangers (car Jean XX1JI avait envoyé partout îles vaisseaux pour sur> eiller son rival), ils abordèrent sur les côtes de la Dalmatie. De là, cinq barques conduisirent les fugitifs à Césène, où Charles Mala- lesia les reçut et les escorta à Rimini, où ils arrivèrent la veille de Noël 8 . Pour se préparer sérieusement au concile convoqué à Rome par Jean XXIII, le clergé de France avait tenu des réunions dès le commencement de l'année J4J2, et avait très vivement réclamé (initie les taxes pontificales. Leur suppression avait paru aux Français comme aux Allemands le point le plus important de la réforme générale 8 , l'eu de temps après, le roi désigna les députés ■ lui devaient représenter la France au concile romain : parmi eux se trouvaient Pierre d'Ailly et le patriarche Simon de Cramand nommé cardinal par Jean XXIII le 13 avril de l'année suivante, 1 'il?>); l'Université nomma également des députés. La députation 1. Jean XXIII, qui avait autrefois anathémalisé Ladislas, lui conférail ma tenant le titre de gonialonier de l'Eglise repris a Louis d'Anjou, lui promettait 440 000 ducats et. à titre de gages, les villi - de P< rouse, d'Ascoli, de Viterbe et de Bénévent, lui remettait l'arriéré «lu cens dû au Saint-Siège, l'engageait enfin à i nquérir la Sicile puisque Alphonse d'Aragon, souverain de Trinacrie, ne conseil- lait 1 1 n ^ . lui. à trahir Benoîl XIII; cf. N. Valois, op. cil., t. iv, p. 145, note 1. 11. J 2. Iîaynaldi, Conlin. Annal. Barotiii, ad ann. 1412, n. 3. 4; Van der Hardi. Magnum œcumenicum Conslanliense coniilium. t. n, p. 367 sq.; Gregorovius, kichle der Stadt Rom, t. vi, p. 008. [Cf. N. Valois, op. cit., t. iv, p. 144. (IL L.)] 3. Religieux de Saint-Denys, dans Collection de documents inédits sur r histoire (U 1 I Ulii r. 1. \ À \ H, c. LI. 745. Dl CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE i'1 était présidée par Bernard de Chévenon, évêque d'Amiens, qui n'appuya que faiblement, auprès du concile, les plaintes de ses compatriotes, dans la crainte de compromettre ses propres intérêts (il ambitionnait l'évêché île Beauvais) *. Le religieux de Saint- Denis ajoute (|u'outre les envoyés français, il vint encore au concile de Rome des prélats d'Italie, de Bohême, de Hongrie, d'Angleterre et d'autres pays 2 . Mais leur petit nombre et les retards de voyage forcèrent Jean XX11I à des prorogations successives 3 , 1. Religieux de Saiul-Dcnys. 1. XXXIV, c. xxi. 2. lbid., 1. XXXIII, c. xxvni. 3. Il le dit clans sa lettre de convocation. Mansi, Concil. ainpliss. coll., t. xxvu. col. 537; Hardouin, Concil. coll., t. vin, col. 231; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1413, n. 16. C'esl à se demander pourquoi et à propos de quoi le concile, tellement on a pris peu oir '.' Les Français inclinaient pour une province voi du royaume, la Savoie par exemple, où l'on serait à portée de traiter avec les partisans de Benoît XIII et où eux-mêmes pourraient plus facilement se rendre. Jean XXIII, au contraire, fort méfiant à L'égard de la France, ne voulait entendre parler que d'une contrée où il fût le maître (Lettre de Charles de Malatcsta, du 16 avril L411, dans Martène, op. cil., t. vu. col. 1108; Lettre de l'université de Paris a -ban XXIII. dans Denifle, Chartularium, t. iv. p. 204; H. Finke, Acta ,ij. DU CONCILE Ui: PISE A CELUI DE CONSTANCE 93 [18] ainsi le concile ne s'ouvrit qu'à la fin de 1412 ou au commencement de 1413 1 . Au mois de février 1413, le pape, avec l'assentiment de cette assemblée réunie à Saint- Pierre, promulgua un décret Concilii Constanticiisis, t. i, p. 110; Vita Johannis XXIII, dans Muratori, t. ni, part -. col. 846; G. Reinke, Frankreich und Papst JoJuuin XXIII, p. 23, 24), et, dès te - (| avril 1411, il annonça l'intention «Je réunir le concile à Rome même (H. Einke, op. cit., t. i, p. 127). Ce fut une déception vivement ressentie, particu- lièrement dans l'université de Paris (H. Denifle, op. cit., t. iv, p. 211). On alla jusqu'à dire que la France, ou, tout au moins, l'Université s'abstiendrait d'en- voyer des délégations à Rome (Reinke, op. cil., p. 24). Cependant la participation du clergé au concile fut un des sujets réglés dans une assemblée générale qui, primi- livement fixée au mois de septembre 1411, se tint aux mois de janvier, de février et de mars 1412. » N. Valois, op. cit., t. iv, p. 199-200. (H. L.) 1. Ravnaldi, op. cit., ad ann. 1412, n. 5; ad ann. 1413, n. 1, notes de Mansi. Ce qui montre, sous un aspect différent des pamphlets, le grand désir et le profond besoin de réforme, c'est l'étude du « long cahier présenté en 1412 à l'université de Paris et qui eût été soumis à l'assemblée du clergé si les opinions indépendant ■< eussent été libres de s'y produire. Je passe diverses motions tendant à restaurer la discipline ecclésiastique, à répandre dans le peuple la connaissance de la religion, à mettre des bornes aux empiétements du clergé régulier, à fermer aux prélats l'accès des cours princières ou à préparer l'union des Eglises grecque et latine. Maïs, non content de rappeler les promesses d'Alexandre V, l'auteur de ce cahier revenait à la charge au sujet des annates et des services communs : si le Saint- Siège refusait d'en faire le sacrifice, qu'au moins il en rendît le paiement plus facile; que les clercs ne fussent forcés de s'en acquitter qu'au bout d'un an; qu'ils pussent payer sur place; que le droit ne fût exigible qu'une fois en dix années, el seulement quand le bénéfice vaquait pour cause de mort. Instruit par une expé- rience récente, l'auteur du cahier demandait, en outre, que le pape ne pût imposer sur le clergé aucun subside « caritatif » ou autre, à moins d'urgente nécessité, et qu'il n'autorisât aucun prince à taxer le clergé sans son consentement : les biens ecclésiastiques ainsi détournés de leur emploi servaient moins à venir en aide au roi qu'à entretenir le faste des courtisans. Sur le seul chapitre des bénéfices, le cahier présenté à l'Université marquait une certaine hésitation. On se bornait à prier le pape de ne pas entraver par des nominations hâtives le jeu des élections canoniques et de ne point casser celles-ci sans de graves motifs; on lui demandait, quand il lisait du droit de provision en France, de donner la préférence aux clercs français, principalement aux universitaires, de ne confier qu'aux plus dignes les bénéfice s à charge d'âmes et de réserver les évêchés soit aux plus doctes, soit aux plus nobles. C'est qu'à cet égard, il s'était produit dans les idées de l'Université un changement considérable dont il importe de se rendre compte. « Elle s'était aperçue peu à peu que le régime des élections et des collations régulières lui était moins favorable que celui des provisions apostoliques. Les collateurs ordinaires notamment n'accordaient qu'une attention médiocre au mérite de ses suppôts. Ce n'est pas qu'elle eût eu beaucoup à se louer, dans ces derniers temps, du Saint-Siège : naguère encore elle s'était plainte à Jean XXII l de la préférence qu'il accordait aux ignorants, aux « hommes de cheval », comme elle disait (17 septembre 1411). De tous les suppôts inscrits sur son dernier rôle, 94 LIVRE XI. v contre les livres de Wiclef, qu oo lisait dans certaines écoles et qu'on commentait en chaire devanl le peuple en Bohême Jean Huss ci Bes amis). Défense désormais de lire ou expliquer ces li\ une dizaine a peine avaient été pourvus, malgré la promesse faite par le pape qu'ils le scraienl tous dans les trois ans. Néanmoins • - 1 1 * - -.■ souvenail d'époques où le souverain pontife épandail largemenl ses grâces sur la classe lettrée, el elle en tait arriver à cette conclusion epic la suppression définitive «les provisions aposto- liques serait la ruine des écoles, en particulier de celle de Paris. Aussi l'assemblés du clergé entendit-elle, le -'■'< février, le recteur, parlant au nom «le la [acuité des arts, déclarer que le droil de conférer toutes sortes de bénéfices appartenait à Jean XXIII. en dépit des ordonnances de soustraction et de neutralité. Qu'il tallùt combattre les exactions et les abus de la cour de Rome, il en demeurait d'accord; niais le droit de collation du pape était sacré : il défendait qu'on J touchât. Après lui un procureur régulièrement constitué par la faculté Ai- arts prit la parole pour en appeler au pape et au concile de Rome de toute innovation rui tendrait à retirer au Saint-Siège la collation des bénéfices. Le plus curieux était de voir l'université de Paris faire usage des arguments que lui avaient oppo naguère les défenseurs des prérogatives pontificales. Elle parlait couramment du scandale que causerait une révolte contre le Saint-Siège, de la honte qui en rejail- lirait sur l'Église de France. Elle traçait un sombre tableau des sollicitations et «les pressions auxquelles étaient en butte les électeurs et collateurs ordinaires, inconvénients que ne présentait pas le ré^iiiu' déclareraient bous Bermenl si l'élection était canonique ou non; l'on ne créerail plus tant de cardinaux de la mène' nation, etc. Outre ces précau- parfois irréalisables e1 dont plusieurs auraient été à l'encontre de son but, Pierre d'Ailly indiquait toute une sérit de réformes qui devaient, à l'entendre, 745. DU CONCILE Dli PISE A CIÏLUt DE CONSTANCE 95 qui doivent être publiquement livrés aux flammes. Tout défenseur de feu Wielef doit comparaître devant le pape ou le concile dans un délai de neuf mois, passé lequel Wielef serait condamné comme hérétique l . Quelques auteurs ont prétendu que des prélats avaient relever l'Église el. en particulier, la cour do llonic du discrédit dans lequel on les \nsait plongées : la suppression des exemptions, la diminution du nombre des cardinaux et la périodicité des conciles œcuméniques n'en étaient pas les articles les moins notables. De plus, il se prononçait pour la réglementation, sinon pour la suppression totale des annates et voulait que le pape ne pût lever de décimes que dans certains cas déterminés. Pierre d'Ailly, dans une lettre écrite à Jean XXIII. résumait quelques-unes de ces propositions et, tout en ménageant la susceptibilité • lu pape, tâchait de l'amener à les soumettre au concile de Rome. Mais cette lettre. dont il reste un texte dépourvu de date, fut-elle réellement envoyée ? A peine admis par Jean XXIII au nombre de ses cardinaux et assez empressé, semble-t-il, à lui complaire, Pierre d'Ailly osa-t-il lui adresser d'aussi graves critiques, lui conseiller des mesures aussi subversives ? Il est permis d'en douter. Le silence, en tous cas, ne tarda pas à se faire sur ses Capita agendorum : il n'en sera plus question avant le concile de Constance. « Cependant le mois d'avril 1412 s'écoula sans qu'eût lieu l'ouverture effective du concile de Rome. Le clergé de France avait renoncé à s'y faire largement représenter. Il se contenta donc d'envoyer une maigre ambassade : Bernard de Chévenon, évêque d'Amiens; Matthieu Pyllaerdt, abbé de Clairvaux, l'abbé de Fontaine-Daniel; Simon Du Bosc, abbé de Jumièges; M e Ursin de Talevende et M e Jean François. Quelques prélats, tels que Simon de Cramaud, Pierre d'Ailly et Guillaume Fillastre, s'y rendirent isolément. L'Université, d'autre part, le Parlement et Charles VI y adressèrent des envoyés (H. Finke, Acta concilii ('onstanliensia, t. i, p. 162; cf. G. Reinke, Frankreich und Papst Johann XXIII. p. 32, note 2). Le départ de ceux-ci, a-t-on justement remarqué (II. Finke, op. cit.. I. i, p. 116), ne saurait se placer avant l'automne de 1412. Je puis préciser davan- tage : il résulte des comptes du chapitre de Troyes que les envoyés de l'Université cl du Parlement traversèrent cette ville, en se rendant à Rome, le 30 novembre, les ambassadeurs du roi le 19 décembre 1412, l'évêque d'Amiens, principal repré- sentant du clergé de France, le 10 janvier 1413 (Arch. de l'Aube, G. 1847, fol. 5 v°. 6 r°). Un contemporain a pu signaler seulement sous la date du 11 mars la présence à Rome des envoyés de Charles VI, du clergé de France et de l'université de Paris. C'est vers la même époque qu'y parvinrent les ambassadeurs de l'empereur, du ici de Chypre, de Ladislas, des républiques de Florence et de Sienne. L'affluence fut médiocre, en somme, au concile de Rome, quoi qu'en dise un chroniqueur {Religieux de Saint-Denys, t. iv, p. 730), et cela pour diverses raisons, parmi les- quelles il faut compter l'insécurité des routes. Ne prétendit-on pas plus tard que Jean XXIII craignant d'avoir à s'expliquer devant une trop nombreuse assemblée, avait apposlé lui-même des hommes d'armes sur les chemins pour inquiéter les voyageurs ? (G. Fillastre, Origo concilii Conslantiensis, dans Mansi, op. cil.. 1. xxvii, col. 533; Liber ponlijicalis, édit. Duchesne, t. n, p. 536). » N. Valois, op. cit., 1. iv, p. 200-207. (II. L.) • i flj ■;■ ] - i a « ■■> 1. Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 506 sq. ; Ilardouin, op. cit., t. vin, col. 203; 96 I.IVHK XLV été empêchés de se rendre à Rome, parce que Jean lui-même e1 son ami Ladislas occupaieni el barraient les routes '. Du reste, la légende occupe une grande place dans l'histoire de ce concile. Ainsi Nicolas de Cleman^is raconte qu'au moment de l'ouverture, pendanl l'invocation p. cit., t. n, p. '.'>!'>. rapporte une historiette analogue à celle du hibou donnée par les deux écrivains cités, mais il la place au jour delà Pentecôte de l'année L412. (H. L.) .':. Thierry de Nieheim, De vita et jadis Johann., dans Van der Hardi. Magnum cpcumenicum Conslantiense concilium, t. n, p. 37.">. ■'t. Le 3 mars, le concile fut prorogé jusqu'au mois de dé :embre. Bulles adr< .-secs aux archevêques de France (Arch. du Vatic, R< g. 345, Fol. 30 sq. : aux univi rsités de Toulouse (ibid., fol. 19 r°), d'Avignon (Bibl. nat., ms. lai. 8971, fol. 152 v°; aentionnée sous la fausse date de 1412 par M. Marcel Fournier, Les statuts ( / privilèges des universités françaises, I. n. p. 379), d'Angrrs {ibid., I. i. p. 355, îous la date fausse du 2 mars 1412), etc. (Finke, op. cit., t. r, p. 1G5). De ce que les envoyés français n'étaienl pas encore de retour à Paris. 1<' 17 juin 1 ■ rium, i. n, col. 154), G. Reinke conclul assez témérairement que plusieurs sessions du concile avaicnl du être tenues postérieurement au 10 février [op. cit., p. 35, i tel). Je ne sai-; pourquoi, d'ailleurs, il place la quatrième si ssi »n tantôl au lu février (p. 3 r i, note 3) tantôt au 23 mars p. 35, note I). De certaines instructions rédi 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 97 l.e lieu de la réunion devait être ultérieurement désigné 1 . [191 L)ès que Ladislas connut la prorogation du concile ailleurs qu'à Rome, il en prit prétexte pour rompre l'alliance à peine conclue avec le pape. Des Romains, mécontents d'un récent impôt mis sur par Charles de Malatcsta (Finke, op. cil., p. 75) il semble résulter que les ambassa- deurs de France n'avaient pas fait un bien long séjour à Rome. N. Valois, op. cit., t. iv-, p. 207, note 6. (H. L.) 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1413, n. 16, 17. Partant de la fausse hypothèse que le concile avait été convoqué pour décembre 1412 (au lieu de 1413), Lenfant (Histoire du concile de Pise, t. n, p. 99) a mis en doute la bulle contre les livres de Wiclef. « L'attitude des Français à Rome, en 1413, n'en mérite pas moins d'attirer l'attention.Les ambassadeurs de Charles VI, du clergé de France et de l'université de Paris, s'enhardirent, assure-t-on, jusqu'à reprocher au pape en pleine chambre du Parlement, devant une nombreuse assistance de prélats et de seigneurs, sa simonie et sa mauvaise conduite, dont le scandale, disaient-ils, emplissait l'univers. — Ce ton parait avoir été celui de plusieurs discours prononcés, à Rome, avant, pendant ou après le concile. — Ils le supplièrent de s'amender et de renoncer à i xiger, par exemple, des bénéficiers qu'ils finançassent pour l'obtention de grâces expectatives ou avant d'avoir touché la moindre part de leurs revenus. Les mêmes délégués de l'Université s'entendirent aussi sans doute avec les représentants du clergé de France et les ambassadeurs du roi pour présenter au pape un certain nombre de requêtes relatives à la réduction du nombre des cardinaux, à la réforme de la discipline, à l'abus des excommunications, au grand nombre des cas réservés au Saint-Siège. Ils se plaignaient aussi de l'incorporation des églises séculières à d<-s couvents, de l'abus des exemptions, demandaient le rétablissement des visites d'évêques, d'archidiacres, etc., la punition des fornicateurs; et ils lui firent pro- mettre de tenter des démarches auprès des diverses puissances ou nations de l'Europe pour obtenir leur participation aux prochaines sessions du concile. Jean XXIII répondit à la plupart de ces demandes d'une manière évasive. Il promit cependant d'appliquer les peines prévues par les canons aux archevêques qui négligeraient de célébrer les conciles de leur province, et il admit que les juges délégués dussent terminer en France tous les procès qui se rapportaient à des bénéfices n'excédant pas 20 florins. Les requêtes de l'Université présentées au concile de Rome et les réponses de Jean XXIII ont été publiées : 1° avec d'amples iaircissements, par II. Simonsfeld, dans Abhandlungen der historischen Classe, 1893, t. xx, p. 17-30, 47-49, de Munich; 2° d'après un manuscrit de Vienne par II. Finke, Acta concilii Constantiensis, t. i, p. 155 sq. Cf. une lettre que II. Denifle date de la fin du mois de décembre 1412, Chartularium, t. iv, p. 250. Mais, en ce qui touche les régimes fiscal et bénéficiai, les demandes de l'Université se ressentent •le l'évolution dont on a déjà constaté les symptômes. Naguère encore elle récla- mait la suppression de telle ou telle taxe : elle se bornait maintenant à critiquer bien timidement la manière dont s'opéraient les levées, la hâte avec laquelle était exigé le payement des services ou des annates. Sur ce dernier point, elle obtint cependant une sorte de satisfaction : il fut entendu que, pendant les trois années suivantes, le premier terme de ces taxes ne serait exigé, en France, qu'au bout de six mois, le second terme qu'au bout d'un an après que le nouvel évêque ou le nouvel abbé aurait été promu, ou après que le titulaire quelconque aurait pris conciles — vu — 7 08 Ll\ RE XLV le \in par L'autorité pontificale, prêtèrent Leur concours à Ladis- la^, ijiii introduisit une armée dans les Marches (mai 1413). Dès la fin de ce mois, la flotte de Ladislas croisa à l'embouchure «lu possession de son nouveau bénéfice. L'Université rappela aussi au pipe la pro- messe faite à Pise «le De transférer aucun prélat sans son consentement exprès, • t elle i>htint de Jean XX III, à cel égard, un engagement formel d'obsi rver scru- puleusement la constitution d'Alexandre V. Avec moins de succès peut-être, elle lui demanda de laisser aux élections et aux postulations le temps de se produire, afin de pouvoir confirmer celles qui lui paraîtraient régulières. Il va sans dire qu'elle se garda de plaider en faveur du droit des collateurs ordinaires : elle deman- dait même le châtiment des évêques qui conféraient des bénéfices à des clercs dépourvus de toutes ressources ou de toute instruction. Mais elle pria le pape d'annuler les nombreuses réserves faites au préjudice des expectants et de s'en tenir à celles qu'il avait édictées lors de son avènement. Elle supplia Jean XXIII de réserver aux Français, ou du moins aux gradués des universités françaises, les bénéfices du royaume, et elle obtint effectivement qu'entre clercs pourvus en France par grâces expectatives de même date, la préférence fût accordée à ceux qui étaient originaires du royaume, qui avaient conquis leurs grades dans des université- françaises, ou servi à un titre quelconque le roi, la reine ou l'un des princes. Enfin elle obtint pour elle-même une faveur depuis longtemps désirée : ses maîtres ne seraient plus obligés de se transporter hors de Paris pour le jugement de leurs causes bénéficiâtes. « Les demandes des gens du Parlement ne nous sont point parvenues. On sait seulement que le porteur du rôle de ces magistrats devait rappeler aux cardinaux l'obligation d'entretenir les monastères et les églises qu'ils possédaient en France. Je doute que toutes les requêtes des parlementaires fussent inspirées par un sentiment aussi désintéressé. L'existence d'un rôle adressé au pape par les mem- bres du Parlement, ainsi d'ailleurs que par ceux de la Chambre des compl* -. prouve à quel point ces magistrats désiraient avoir pari aux distributions de béné- fices faites en cour de Rome. Allant au-devant de leurs demandes Jean XXIII, dès le 13 décembre 1412, avait cru devoir octroyer aux présidents, aux conseillers et aux greffiers clercs du Parlement, ainsi qu'à plusieurs des fils ou neveux di s présidents et. des conseillers lais, un privilège ou tour de faveur qui leur assurait l'avantage sur la pluparl de ceux qui avaient obtenu des grâces expectativ - sous la même date ou sous une date antérieure. « Simon de Cramaud personnifiait, dans l'Eglise de France, l'espril d'indépen- dance à l'égard du Saint-Siège. Je ac sache pas pourtant qu'il se soit rendu à Rome dans le dessein d'y opérer la réforme des abus : le 14 mars, il y reçut le chapeau de cardinal, et Jean XXIII, pour lui permettre de mieux soutenir son rang, lui conféra en place «le l'archevêché de Reims, l'administration de l'évêché de Poitiers, sans parler de grâces expectatives qu'il lui octroya, suivant l'usage, pour une valeur de 20 000 francs. « Les délégués de l'Église de France avaient juré, avant de partir, de tout mettre en œuvre pour obtenir l'allégement des décimes, des services et des autr charges a intolérables » que les prédécesseurs de Jean XXIII avaient imposées sur le royaume. Ils ne tentèrent rien de semblable, on l'a vu, dans le cahier qu'ils rédigèrent probablement d'un commun accord avec le? universitaires. Au retour, 745. DU CONCILE DE PISE a celui de constance 99 Tibre, et lui-même fut bientôt aux portes de Rome. Le peuple ne manqua pas de jurer au pape fidélité éternelle; mais le 8 juin Ladislas fit brèche aux remparts près de Santa-Croce, et s'empara s'il faut en creire le religieux de Saint-Denis, plusieurs d'entre eux avouèrent qu'ils n'avaient pas su mettre à profit les bonnes dispositions du pape et qu'ils avaient sur- tout songé à leurs intérêts particuliers. Leur chef, Bernard de Chevenon, érvêque 1 1 Amiens, ayant obtenu pour lui l'évèché de Beauvais, avait même conseillé le silence à ses collègues sur les missions d'intérêt général qu'ils avaient mission d'abor 1er. « Quant aux ambassadeurs du roi, en dehors de la part qu'ils prirent, eux aussi, à la présentation des requêtes de l'Université, Tonne voit pas qu'ils se soient beau- coup préoccupés des réformes d'intérêt public. Ce n'est pas, en tous cas, le point de vue auquel se place un d'entre eux, l'humaniste Jean de Montreuil, dans le dis- cours qu'il prononça en présence du pape, au mois de janvier ou de février 1413. Saluer Jean XXIII de la part de Charles VI, le complimenter de son avènement, lui recommander les officiers du roi, de la reine et du dauphin, tel était, à en juger par cette harangue, le prétexte avoué de l'ambassade envoyée à Rome en 1413. Sa mission véritable consistait à arracher au pape, au besoin par la menace, l'abandon du droit de nomination à une partie des bénéfices de France. Privilège sans précédent, ou du moins hors de proportion avec tous ceux qui avaient été anciennement octroyés, mais que le roi de France était bien digne d'obtenir, au dire de Jean de Montreuil, comme étant le principal auteur de 1 union. Ne jouissait-il pas d'ailleurs d'une situation à part parmi les princes catholiques ? Le clergé lui payait assez souvent la décime; les évêques, le pape lui- même avaient eu quelquefois besoin, pour être élus, de son autorisation. Une partie de ces églises, dont il s'agissait de lui attribuer la disposition, lui appar- tenait, dans une certaine mesure, comme ayant été jadis ou fondées ou dotées par ses prédécesseurs : c'est-à-dire que, s'il n'eût demandé ce privilège, il eût fallu le lui accorder spontanément. Puis, il ne s'agissait pas de l'aliénation, mais de la délégation d'un droit, le roi se proposant de n'agir que par l'autorité du pape : c'était un moyen, peut-être le seul, de conserver au Saint-Siège le droit de colla- tion des bénéfices. Charles VI n'était pas jaloux des faveurs extraordinaires dont Jean XXIII avait comblé l'université de Paris, mais était-il sage au pape •! e s'appuyer sur une école qui, d'un jour à l'autre, pouvait recommencer à soutenir la doctrine des « libertés de l'Eglise gallicane », à laquelle autrefois elle se montrait si attachée ? Les « libertés de l'Eglise » c'était l'épouvantail qu'agitait Jean de Montreuil aux yeux de Jean XXIII; si Charles VI se voyait débouté de sa de- mande, il suivrait l'exemple de l'empereur et du roi d'Angleterre, ou plutôt il n'aurait qu'à faire publier une de ses propres ordonnances remettant en vigueur les anciennes « libertés ». L'instant était solennel : si le pape laissait repartir les mains vides ces ambassadeurs qui venaient de faire « sept cents milles » pour lui rendre obédience, plus jamais il ne reverrait aucun des serviteurs du roi se pré- senter comme solliciteurs; mais ce refus serait d'autant plus sensible au monarque très chrétienque Jean XXIII venait de combler,au contraire, de faveurs l'ennemi- né du Saint-Siège, Ladislas de Durazzo. « Ainsi, la royauté elle-même n'élevait la voix que pour solliciter un nouveau privilège. Si elle évoquait le souvenir des fameuses « libertés », ce n'était que pour menacer de les exhumer au cas où le pape refuserait de satisfaire ses exigeno- s. 1 Ml) LI\ RE XI. \ s;ins résistance ' : ' toute la ville. Le pape s'enfuit; mais Ladislae se conduisit eu barbare 1 ; le 18 juin, il ravagea tout 1<; quartier «le Saint-Pierre, ubi fichât concilium, «lit Antonio Pétri, c'est-à- dire où se voyaienl encore toutes les dispositions pour le concile. \insi il n'avait pas encore été dissous '-. Le pape fugitif, ses cardinaux et les membres de la curie (parmi lesquels se trouvai! Thierry de Nieheim) errèrent longtemps « «cédés e1 misera M es parmi les dangers et poursuivis par les soldats de Ladislas. Plusieurs périrent; d'autres gagnèrent enlin Florence, dont les habitants, par crainte d<- Ladislas, n'accordèrent au pape qu'un logement dans le faubourg Sant' Antonio. De ce réduit il lit connaître à la chrétienté son infortune 3 et réclama aide et pro- tection du roi des Romains, Sigismond, défenseur officiel de Jean XXIII semble avoir, sinon cédé immédiatement, au moins promis qu'il céderait bientôt à ecs demandes. Peu de temps auparavant, il avait démenti un bruit « calomnieux » qui le représentait comme ayant délégué à des princes sécu- liers le droit de nomination à certains bénéfices; en 1413, il n'eût pas pu renouveler i ette fière protestation. Les ambassadeurs royaux annoncèrent, à leur retour, que Le pape avait concédé à Charles VI et aux princes un certain nombre de nomi- nations et qu'il avait, lui-même conféré à leurs familiers de nombreux et impor- tants bénéfices. D'autre part, Jean XXIII voulut-il donner aux collateurs ordi- naires une apparence de satisfaction, ou bien faire croire que les « libertés » ne lui inspiraient pas tant de répulsion qu'on se plaisait à l'imaginer ? Il édicta une ■ igle autorisant, en France, les « ordinaires » à pourvoir aux bénéfices qui étaient à leur nomination, non plus une fois sur quatre (ce qu'avait permis Alexandre V), mais une fois sur deux. Pour couper court à un abus, il confirma par une bulle «lu 27 avril 1413 la constitution du concile de Pisc : de paci/lcis jiosscssoribus inslilutis canonice. 11 alla même au-devant des demandes de dégrèvement qui étaient dans la pensée de tous, mais que personne, si l'on l'en tienl au témoignage du religieux de Saint-Denis, n'avait peut-être osé lui présenter. Il chargea 1* 1 er mai son camerlingue, François de Conzié, de réviser les taxes des églises de France en accordant les réductions que motivait l'appauvrissement d'un certain nombre d'entre elles, mais aussi en taxant à nouveau celles qui ne figuraient pas sur les registres de la Chambre apostolique, ou qui, par suite de leurs accroisse- ments, s'v trouvaient insuffisamment taxées. Enfin, à toutes les autres demandes de réformes qui lui lurent plus ou moins directement adressées Jean XXIII répondit en promettant de renvoyer dans le royaume de France un légat — son choix tomba de nouveau sur le cardinal .Vlimari — qui serait chargé de faire disparaître les abu dés. > N. Valois, op. cit., t. iv, p. 202-216. (II. L.) 1. Thierry de Nieheim. dans Van der Ilardt. Magnum œcumenicum Constan- tien86 concilium, t. n, p. 376-382; Raynaldi, Contin. Annal. Baronii '. ad ann. 1413, n. l r J; Gregorovius, Geschiehte der Stadl lium, t. vi, p. Gl'J-017. -. Cf. les notes de Mansi sur Raynaldi, op. cit., ad ann. 1113, n. 1. o. Lenfant donne une lettre de Jean au roi d'Angleterre, Histoire du concile de Pisc, t. n, p. 181. 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 101 l'Église. Ce prince se trouvait alors dans la Haute-Italie pour y relever le prestige de l'empire : il répondit aux nombreuses lettres et messages du pape qu'un concile général pouvait seul rétablir la paix cl opérer la réforme de l'Église. Il ne restait qu'à s'entendre mit le lieu où se réunirait le concile, déjà convoqué par Jean XXIII. Pour trancher la question, le pape expédia à Sigismond, à Côme, les cardinaux de Challant et Zabarella, accompagnés du célèbre [20] savant grec Manuel Chrysoloras 1 . Voici ce que Léonard Arétin Bruni, secrétaire de Jean, nous en dit : « Le pape me communiqua en secret ses desseins dans cette affaire. Tout, me dit-il, dépend du lieu où se réunira le concile; et je ne veux pas que ce soit dans un lieu où l'empereur soit le maître. Aussi donnerai-je à mes légats les pouvoirs les plus étendus, en apparence, tandis qu'en secret je ne les rendrai valables que pour certaines villes déterminées. Il me nomma ces villes. Il garda cette opinion pendant plusieurs jours. Knfin le moment du départ des légats étant arrivé, il leur fit un discours auquel je fus le seul étranger présent. Il leur recommanda d'apporter tous leurs soins à l'exécution de leur mandat, loua leur sagesse et leurs bons sentiments et, tout en s'attendrissant lui- même, ajouta : « J'avais résolu de vous désigner quelques endroits dont vous ne devriez pas vous départir, mais à présent je renonce à cette idée et remets tout à votre prudence. » Pressés par Sigis- mond, les députés consentirent à fixer la réunion dans la ville impériale de Constance. En apprenant cette nouvelle, le pape maudit sa mauvaise fortune, qui lui avait fait abandonner si légèrement ses premières intentions 2 . » Pour empêcher tout repentir chez le pape, Sigismond annonça dès le 30 octobre à la chrétienté, que d'après la convention conclur avec Jean XXIII, un concile général serait convoqué pour le 1 er novembre de l'année suivante à Constance, et que lui-même 1. La lettre de pleins pouvoirs donnée par Jean XXIII aux deux cardinaux et à Chrysoloras (25 août 1413) a été récemment publiée pour la premier' fois par Palacky, Documenta M. Joann. Hus, Pragœ, 1869, p. 513 sq. 2. Léon. Arétin, Commentar. rcrum suo tempore in Ilalia geslarum, dans Mura- tori, Rcrum liai, script., t. xix, p. 928. Le comte Eberhard de Nellenburg, de la maison de l'empereur, lui avait fait remarquer tous les avantages que présentait la ville de Constance. Un autre conseiller de l'empereur, le duc Ulrich de Teck [dans le Wurtemberg), avait recommandé Kempten; Ulrich von Rcicbenthal, Das Concilium so zu Conslanlz gehalten isl worden des jars do man zall von drr geburdt unsers crin ers MCCCCXIII. Mit allen handlungen in Geystlicken und Weltlichen sachen, Augsbourg, 1536, p. x. 10*2 LIVRE XI.V assisterait.. Ce jour-là, ou j ><■ 1 1 après, il adressa missi des invita- tions à Grégoire XII. à Benoîl XIII. et au roi de France 1 ; puis, l<- ' : I oc toi ne, il ht dresser de cette convention un acte notarié, qui ;i é1 é publié. I c S novembre, le pape quitta Florence, qui rie lui offrail plus un [21] asile assez sûr contre le voisinage de plus en plus menaçant de I tadislas, e1 se réfugia à Bologne 2 . Vers la fin de it mois, il rencontra Sigismond d'abord à Plaisance, puis à Lodi, où il put se convaincre que celui-ci ne renoncerait pas à l'idée de réunir le concile à Cons- tance, et qu'il sérail impossible de lui faire adopter une ville de Lombardie 8 . 11 aurail également, sur les instances de l'empereur qui lui reprochait ses mauvaises mœurs, promis de s'amender. Ce fut de Lodi que Jean XXIII lança la bulle de convocation au concile de Constance (9 décembre 1413) 4 , il y recommandait à tous les prélats, princes, etc., de se trouver dans cette dernière ville le 1 er novembre de l'année 1414 5 . I.e pape et l'empereur, étant restés à Lodi jusqu'à Xoël 6 , se ren- dirent ensemble à Crémone, où ils discutèrent les questions rela- tives au concile. Le gouverneur de la ville, Gabrino Fondolo, 1. Van der Ilardt, Ma mutin œcumenicum Constantieu^r concilium, 1. m. p. 5-0; Mansi, Concil. ampliss. coll.. i. xxvni, col. 1-6; Rayrialdi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. I'il3, n. 23: Aschbach, Geschichte Kaiser Sigismund's, t. i. p. 375-376. La réponse du roi de France esl très sèche; il n'empêchera personne 15. 3. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. .">37; Hardouin, Candi, coll., t vin, col. 231; Van dur Ilardt, op. cit., t. vi, p. 9; Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. K13, n. 22. Cotte bulle, avec la réponse de l'archevêque de Cantorbéry, Be trouve dans Mansi. op. cit., 1. xxviu. col. 879 sq. 'i. Religieux de Saint-Denys, t. v. i>. 152; 11. Finke, op. cit.. t. i, p. 25 / î, note 1. (H. L.) 5. H. V. Sauerlainl. dan- Historisches Jahrbuch, t. xvm, ]>. 631; J. Stella, dans Muratori. Script., t. xvn, col. 1250; Gregorovius, op. cit., t. vi. p. 729; Finkc, , 'it., t. i, p. 177: II. Blumenthal, op. cit., p. 123; N. Valois, op. cit., t. iv, p. 231- II. L.) 6. Léon. Arétin, Commenta/*, rerum sua tempore in llalia gestarum, dans Mura- i irij llcrum Italicarum scriptores, t. xix, p. 028: Thierry de Niehcim, dans Van de* Hardi, op. cit., t. n, p. 383; ihid., t. i, p. 559. l'i'o. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 103 conspira pour les précipiter tous deux du sommet d'une tour où il leur faisait admirer la vue, afin de faire tourner à son profit le désordre qu'un pareil événement jetterait dans l'Église et l'em- pire; mais ce projet n'eut pas de suite. Jean XXIII repartit presque aussitôt pour Bologne. Sigismond, au contraire, s'attarda à Crémone jusqu'à la mi-février de 1414. Le 4 de ce mois, il ne se contenta pas d'inviter Ferdinand d'Aragon et de Sicile au concile de Constance, mais lui intima, au nom de son autorité impériale, l'ordre de s'y rendre. Ferdinand, qui venait de se prononcer de nouveau très catégoriquement pour Benoît XIII (22 janvier 1414), répondit très justement à la lettre de l'empereur, et nia résolument la prétendue supériorité qu'on s'arrogeait sur lui K De Crémone, Sigismond alla trouver Charles Malatesta à Plai- sance pour traiter avec lui de Grégoire XII 2 . Ce dernier refusait de [22] se rendre à Constance, et avait décliné l'offre de Sigismond d'une pension de deux mille florins d'or par mois pendant son séjour dans cette ville. Le prince demandait donc à Malatesta de vouloir bien amener son ami à entreprendre le voyage de Constance, mais Gré- goire refusa et promit seulement de se faire représenter au concile 3 . A peine Jean XXIII était-il rentré à Bologne que Ladislas tenta une nouvelle et terrible attaque. Le 14 mars 1414, il parut de nouveau devant Rome à la tête de ses bandes, et eut la sacrilège audace d'entrer à cheval dans la basilique de Latran. Le 25 avril, il quitta la ville, et s'achemina vers le nord pour assiéger Bologne et s'emparer du pape. Mais les Florentins s'y opposèrent et l'obli- gèrent à signer une convention par laquelle il renonçait (22 juin) à son entreprise contre Bologne. A son retour, un surcroît de 1. Les pièces relatives à ces événements ont été pour la première fois éditées en 1863 par Dôllinger, Materialien zur Gcschichte der xv und xvi Jahrhunderle, t. ii, p. 367-374. 2. S'il y avait entente entre Sigismond et Balthazar Cossa, entente scellée à prix fixe, il n'en restait pas moins que Jean XXIII, tout dégradé qu'il fût, avait trouvé plus vil que lui : c'était le roi des Romains, Sigismond, qui, d'une main recevait 50 000 florins, dit-on, du pape et le trahissait en ce moment en le persua- dant qu'il ne serait pas question de sa légitimité au concile de Constance, tandis qu'il était bien déterminé à l'y soumettre, quel qu'en dût être le résultat, trop facile à prévoir, pour son bailleur de fonds. Les négociations engagées durant l'été de 1414 par Sigismond avec la cour d'Aragon ne permettent pas de douter qu'il ne fût partisan de l'abdication des trois papes. Zurita, Anales de la corona de Aragon, Saragoza, 1610, t. m, p. 106 r°. (II. L.) 3. Aschbach, Geschichte Kaiser Sigîsmund's. t. i, p. 376 sq. 104 1.1YIU. XLV débauches l'emporta; n'ayant que peu à faire pour s'en aller en pourriture, il parait que d'une façon ou d'une autre — et le fait importe peu — la fille d'un apothicaire l'acheva; il regagna Rome en litière, de là un vaisseau l'emmena à Naples, au rhâleau de Castelnuovo, où il expira le G août 1414 l . A cette nouvelle, on proclama de nouveau la république à Rome, et le château Saint-Ange demeura seul aux mains de l'héritière de Ladislas, Jeanne de Durazzo, sa sœur, veuve du prince autrichien Guillaume 2 , femme d'une réputation très compromise. Toutefois une grande partie des citoyens tenait pour le pape, et en conséquence celui-ci résolut de revenir à Rome pour y rétablir son autorité 3 . Peut-être encore espérait-il échapper ainsi au concile. Les cardinaux en eurent peur, et s'opposèrent à ses desseins avec la plus grande énergie. Comme pape, disaient-ils, il devait s'occuper des affaires de l'Église, et présider en personne le concile, tandis qu'il pouvait très bien confier à des vicaires et à des légats le soin des intérêts temporels 4 . Malgré l'avis contraire de plusieurs de ses amis, il se conforma au désir des cardinaux, d'autant qu'il espérait que le concile de Constance ne serait pas long, et qu'il pourrait rentrer à Rome grandi et reconnu par tous comme pape 5 . Il exigea des bourgeois de Constance, sous la foi du serment, des garanties [23] nombreuses pour la sûreté de sa personne, et l'empereur Sigismond envoya alors dans cette ville son conseiller privé, l'archevêque de Colocza (Hongrie), pour y traiter l'affaire. Les citoyens de Cons- tance, après des réunions du peuple, consentirent aux exigences du pape et de l'empereur sous de nombreuses et interminables for- malités 6 . Aussitôt Jean XXIII fit partir pour Constance le cardi- nal-évêque d'Oslie. dit le cardinal de Viviers, afin de veiller aux préliminaires du concile. Celui-ci parvint à destination au milieu 1. Thierry do Nieheim, dans v an der Hardt, Magnum œcumenicum Constan- tiense concilium, t. u, p. 386 sq.; Raynaldi, Contin. Annal. Baronii. ad ann. 1414, n. 5, G; Gregorovius, Geschichte der Siadl Boni im Millclalter, t. vi, p. 622 sq. 2. Grejrorovius, op. ci/., t. m. p. 625 sq. 3. II. Finke, op. cit., t. i, p. 184; N. Valois, <>/>. cit.. t. iv,p. 252. (II. L.) 'i. Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1414, n. 6: II. Finke, op. cit., i. i, p. 184; N. Valois, op. cil., t. i\. p. 253. (H. L.) .">. Antonio, Sununa hist., art. III. t. wn. c. vi, § 1 fin; Raynaldi, oj>. rit., ."l ami. 1 VI 'i, n. <>. 6. Les actes do ces pourparlers se trouvent dans Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvni, roi. 6-12; Yan der Hardi, Magnwn acunicnicum Conslanlimsc concilium, t. v. p. 5-10; Dzovius, Contin. Annal. Baronii. ad ann. 1413-, n. 0-17. 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 105 du mois d'août l . Peu de temps avant de se mettre lui-même en route, le pape nomma le cardinal-diacre de Saint-Eustache, Jacques Isolani de Bologne, son légat à Rome, avec la mission de reconquérir cette ville et les autres lieux encore aux mains de l'en- nemi. Le cardinal réussit, et dès le 19 octobre il put recevoir de nouveau au nom de son maître la soumission de Rome 2 . Deux semaines auparavant (le 1 er octobre 1414), Jean XXIIT était parti brusquement de Bologne pour Constance, suivant Thierry de Nieheim, emportant avec lui beaucoup d'argent pour acheter des partisans, et menant grand train pour acquérir du crédit 3 . Arrivé dans le Tyrol, il conclut à Méran, avec Frédéric, duc du Tyrol autrichien, un traité d'alliance, en vertu duquel il le nommait capitaine général des troupes pontificales avec un traite- ment annuel de 6 000 ducats : en retour, le duc s'engageait à lui fournir aide et protection, non seulement pendant tout le temps qu'il resterait à Constance, mais encore dans le cas où il se déci- derait à en sortir 4 . Ulrich de Reichenthal raconte 5 que dans l'Arl- berg (qui sépare le Vorarlberg du Tyrol), la voiture pontificale ayant versé, le pape fut jeté dans la neige, et s'écria en latin : Jaceo hic in nomine diaboli. Jean de Muller ajoute que « les bonnes f-4] gens du pays s'indignèrent d'entendre le pape jurer au nom du diable 6 . » Mais les paysans du Vorarlberg étaient-ils donc assez instruits pour comprendre le latin 7 ? Ulrich de Reichenthal rap- porte plus loin que lorsque le pape vit pour la première fois le lac 1. Reichenthal, Concilium so zu Konstantz gehallen worden, Augsbourg, 155G, p. xiv ; Trithemius, Annales Ilirsaugienses, t. n, p. 336. 2. Raynaldi, Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1414, n. 6; Gregorovius, Geschichlc der SladL Rom im Miltclaller, t. vi, p. 627. 3. Dans Van der Hardt, op. cit., t. n, p. 387. Il suivit le chemin de l'Emilie, de la Vénétie et du Tyrol, Cronaca di Bologna, dans Muratori, op. cit., t. xvm, col. 604 ; ('.. Schmid, Itinerarium Jofianns XXIII zum Concil von Constanz, dans S. Ehses, Festschrifl zum elfhundertjahrigen Jnbilàum des deulschen Campo Santo in Rom, in-4°, Freilmrg, 1897, p. 201. (II. L.) 4. Les pièces se trouvent dans Van der Hardt, op. cit., t. n, p. 146, et Bourgeois du Chastenet, Nouvelle histoire du concile de Constance, Paris, 1718, Preuves p. 296. Cf. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1414, n. 6. Au lieu de Franciscus aulem pf.r Meronam, il faut lire Tkansiens aulem per Meranam. 5. Op. cit., p. xiv b. 6. Gesch. der Schweiz, t. m, cap. i. 7. Au début du xix e siècle, le comte de Neuilly, émigré, qui fit la campagne de 1799 en Suisse, dans l'armée autrichienne, causait latin avec les hôteliers du pays et avec les cavaliers hongrois des régiments. Voir ses Mémoires. (11. L.) 10G 11YKI XIV dc Constance, il dit, connue s'il avail prévu le Borl n ne trouvail plus eu lui, depuis son exalta- tion, presque aucune trace de L'audace e1 de la fierté qui l'avaient l'ait remarquer com me cardinal l . Dans l'intervalle qui s'écoula entre le concile de Pisc et celui de ( '->nstance, on tint, nous l'avons dit, un concile à Rome, à Saint- Pierre, en 1413. Nous parlerons plus tard de rassemblée de Prague • entre le wiclefisme et le hussitisme, lorsque nous étudierons la question de Jean Huss. Un autre concile contre les partisans de Wiclef fut réuni en 1413 à Londres. Thomas de Walsingham, célèbre historien anglais contemporain, rapporte que les lollards avaient affiché dans les églises de Londres des menaces contre leurs adversaires. Leur principal protecteur était alors le chevalier John Oldcastle, devenu par son mariage lord Cobham, excellent capitaine et favori du roi Henri "\ . 11 favorisait les erreurs de Wiclef et envoyait les lollards (les pauvres prêtres de ce sectaire) dans différents diocèses, pour y prêcher, malgré la défense de l'Église. L'archevêque Thomas de Cantorbéry le cita plusieurs foi^ à ce propos devant son tribunal; mais Oldcastle se retranchait dans son château de Cowling, où les officiers du roi, sur la réquisi- tion du prélat, vinrent enfin l'arrêter, et il comparut devant le concile de Saint-Paul, à Londres (1413) 2 . Là, il produisit une pro- fession de foi orthodoxe; mais l'archevêque exigea une déclaration plus précise, spécialement à l'égard des points sur lesquels portaient les erreurs de Wiclef. Le chevalier refusa d'aller plus loin et ne vou- lut pas non plus demander l'absolution de l'excommunication que ses précédents refus de comparaître avaient attirée sur sa tête. L'archeVêque lui accorda un délai jusqu'au lundi suivant, 25 sep- tembre. Au jour fixé, le commandant de la Tour ramena Oldcastle devant le concile. 11 se mit alors à déclamer contre l'enseignement de l'Église sur l'Eucharistie, dénonçant ce dogme comme opposé à l'Écriture et comme une invention des plus mauvais temps 1. En présence r. liai., i. rv, part. 1. p. 262. (II. L.) 2. Labb< . Concilia, t. m. i oL 2323-2328; Ilardouin, L'une, coll.. ;. \u\, col. 1413; Coleti 3 Concilia, t. xv. col. 1381; Mansi. Cnnril, nmpliss. coll.. t. xxvn, col. 505; John iJale, A brefechronycUconcernynggt tkt • vaminacyon and dt ath of syr Johann < >ldi eeasteU, tlir lord Cobham, in-8°, Lond^ii, 1554; Hearne, Script. Jiisf. angl., 1716, t. vm, p. 217-2-20. (II. L.) 745. DU CONCILE DE PISE A CELUI DE CONSTANCE 107 de l'Église. Il s'exprima de même contre la confession et la péni- tence, l'adoration de la croix et le pouvoir des clefs, ajoutant que le pape était la tête, les évêqucs les membres et les moines la queue de l'antéchrist. L'archevêque le condamna solennellement comme hérétique, mais le roi le fit ramener dans la Tour jusqu'à parfait amendement. 11 parvint à s'évader, continua ses menées, fut soup- çonné d'avoir trempé dans une conjuration contre la vie du roi, arrêté et enfin pendu en 1417 1 . Wilkins et Mansi ont recueilli dans les manuscrits anglais des documents relatifs à ce concile de Londres 2 . Nous y voyons que vers la Fête-Dieu 1413, il renouvela une série d'anciens décrets pour la réforme de l'Église, qu'il interdit à différentes reprises aux partisans de Wiclef de prêcher et condamna au feu nombre d'ou- vrages hérétiques répandus par les soins d'Oldcastle. L'archevêque fit observer que ce sectaire devait comparaître devant la justice spirituelle. Le roi pria le concile de différer l'affaire, parce qu'il voulait essayer lui-même de ramener à de meilleurs sentiments cet esprit égaré. Les prélats y consentirent; mais la démarche du roi n'eut pas de succès, et Oldcastle se retrancha dans son château de Cowling. Ces derniers faits sont évidemment antérieurs à ce qu'on a dit plus haut de l'emprisonnement d'Oldcastle et de son interrogatoire devant le concile. f.c 18 novembre 1414, dans une assemblée d'évêques, abbés, docteurs et autres réunis à Paris, on décida que les intérêts du royaume seraient gravement lésés si tous ceux qui avaient été invités par le pape se rendaient à Constance. Par conséquent, on choisirait dans chaque province un certain nombre d'évêques, d'abbés et de docteurs, que l'on enverrait au concile aux frais de la province. La dépense fut fixée à dix francs par jour pour un arche- vêque, à huit francs pour un évêque, à cinq pour un abbé, et à trois pour un docteur. Enfin dans la même assemblée on désigna les députés pour la province de Rouen 3 . 1. Thomas Walsingham, Hisloria anglicana, Londres, 1864, t. n, p. 291 sq., et p. 327 sq. Également dans Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvn, col. 507 sq. 2. D. Wilkins, Concilia Magncc Britannise ri llibcrniœ, Londres, 1734, t. m, p. 351; Mansi, op. cil., t. xxiii, col. 611 sq. 3. Mansi, op. cit., t. xxvn, col. 515 sq. ; Martènc, Thésaurus novus anecdolorum, col. 1538 sq. Malgré cette détermination, les députés de la province de Rouen n'ayant pas reçu de leurs mandants les subsides convenables, le concile de Cons- tance rappela à ces derniers leurs obligations, qui furent d'ailleurs observées 108 LIVRE XLV 746. Les débuts du concile de Constance. Le samedi 27 octobre 1 £14, dans l'après-midi, le pape Jean XXIII descendit avec une suite nombreuse au monastère des chanoines réguliers augustins de Kreuzlingen, près de Constance, où il passa la nuit, et accorda à l'abbé le droit de porter la mitre l . Le lendemain, il lit son entrée solennelle à Constance, accompagné de neuf cardinaux et d'un grand nombre de prélats et de sei- gneurs. Le comte Rodolphe de Montfort et Orsini de Rome con- duisaient sa haquenée par la bride, tandis que le bourgmestre de Constance, Henri d'Ulm, et trois autres gouverneurs de villes portaient au-dessus de sa tête un baldaquin magnifique. Selon l'usage, il fut d'abord conduit à la cathédrale, et ensuite à l'habi- tation préparée au palais épiscopal. Telle est la relation d'un témoin oculaire, Ulrich de Reichenthal, chanoine de Constance, dans son célèbre ouvrage sur le concile 2 ; le moine de Saint-Denis ajoute que le pape fut reçu comme l'ange de la paix, au milieu de l'allégresse générale 3 . Trois jours après, le 31 octobre, la ville lui offrit de nombreux et magnifiques présents en vaisselle d'ar- gent et en vins, et le jour de la Toussaint (1 er novembre) il célébra la grand' messe. Le docteur Jean Polin prêcha, et le cardinal Zaba- rella lut un décret aux termes duquel le souverain pontife, île l'avis des cardinaux, ayant convoqué à Constance un concile général*, pour continuer l'œuvre du concile de Pise, en ferait solen- nellement l'ouverture le samedi suivant (3 novembre). Llle fut retardée jusqu'au 5; ce jour-là le pape chanta de nouveau la grand'" messe solennelle (de Spiritu snneto); un maître en théologie, Jean de Vinzelles 4 , procureur de l'ordre de Cluny, prêcha, et le cardinal Zabarella proclama la première session du concile fixée au 1G no- vembre 5 . depuis lors (29 août 1415). Martène, loc. cit., col. 1541 <<{. [Cf. N. Valois, op. cil., t. iv, p. 256-257. (II. L.)] 1. C'est ainsi qu'on fait des heureux. (TI. T..) 1. ' >p. rit., p. x\ i. 3. Religieux e cxlerno concilii Conslaniiensis apparatu, Iéna, 1856. Au mois de novembre, la disette à Constance était déjà l'objet des plaintes, tant de Muss que des députés de l'université de Vienne. Cf. Archiv fiir Kunde oslerrcichischer Geschichtsquellen, l. xvi, Wien, 185G, p. 9 2. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvnr, col. 534; Van der Ilardt, Magnum acumenicum Constantiense concilium, tome il, page 189 sq. (Ici, comme dans .Mansi, on a imprimé si nilcnlur tyrannidem, au lieu de si niletur). Ibid.. t. iv, pages 7-14 ; Reiclienlhal, Conciliant, so zu Konstanlz gehallcn worden, p. n, XVIXVIII. 110 LIVRE XLV de novembre 1 , sans parler de l'absence de Sigismond, qui venait (8 novembre I 114) île se faire couronner roi d'Allemagne à Aix-la- Chapelle, et reltnail naturellement autour de lui la plus grandi- partie des seigneurs allemands. Le pape le pria de se bâter autant que possible, et il arriva à Constance dès la nuit île Noël. Jean [28] Huss, dont les Pères allaient tant avoir à s'occuper, l'y avait pré- cédé de trois semaines 2 . 747. Jean Huss et son histoire jusqu'à son arrivée à Constance 3 . Jean Huss était né en Bohême, à Husinctz, bourgade du cercle de Prague, en 1369, d'une famille de paysans d'origine slave. Husi- netz dépendait pour moitié du château royal de Huss et, selon 1. Notamment los Français; sur leur arrivée tardive, cf. -Y Valois, op. cit., t. iv, p. 25S-2G2. (H. L.) 2. Van der Ilardt. op. cit., t. iv, p. 11; Reichenthal, op. cit., p, xvm; Aschbach, Geschichte Kaiser Sigismund's, 183S, t. i, p. 410, 412. 3. Le hussitisme est le prologue du grand drame de la Réforme du xvi e siècle, mais ce prologue est beaucoup plus dégagé de passions basses et d'intérêts per- sonnels que l'événement qu'il annonce. Ce qui ajoute encore à sa grandeur, c'est qu'il nous offre pour la première fois le spectacle d'un peuple entier soulevé contre l'autorité religieuse de Rome. Les grandes hérésies du iv c siècle avaient un carac- tère étriqué, le monophysisme et le schisme grec répondaient à des dissensions séculaires très profondes, très compliquées, mais au fond, Arius, Eutychès étaient des abstraetcurs de quintessence que l'autorité un peu lourde de l'Occident olïu~- quait et qui s'y dérobaient a\ ec des grands mots, prélude aux vigoureux anathèmes. L'hérésie de Pelage, d'ordre moins éthéré et très pratique, différait absolument de • s discussions supciTines et demandait des précisions. Après ces grands éclats, le priscillianisme, l'albigéisme, le eatbarisme étaient moins des hérésies que des adaptations du vieux manichéisme el les doctrines de Bérenger, Amaury, el consorts choquaient trop ouvertement la croyance commune et autoritulivement inculquée pour obtenir plus et mieux que la discussion des théologiens; le peuple s'en détourna ou plutôt ne s'y intéressa pas. Ces précédents pouvaient donner lieu de croire que le hussitisme se dissiperail à Bon tour après quelques moments d'éclat. 11 en fut autrement. L'unité catholique imposée par des services i L'autorité acceptée, la puissance enseignante de l'Église catholique romaine paraissaient inébranlables et en possession de l'avenir au moment même où elles allaient être mises en question, ébranlées et bientôt détruites. Le scandale d'un demi-siècle de schisme portant sur l'institution vénérable r Verwandtschaft oder Abhàngigkeit, dans Zeitschriji fur Kirchengeschichie, 1886, t. mu, |>. 345-394, 543-616; T. van der Haegen, Jean Husa, exposé de sa doctrine sur l'Eglise, in-8°, Alençon, 1887; J. A. von Helfert, Husa und Hieronymus, eine Studie, in-8°, Prag, 1853; Mistr Jan Uns aneb pocatkové cirkovniho rozdvojeni v Cechach, Sepsal, in-8° Prazo, 1857; Th. llenke, Johann Hus und die Synode von ■islanz, in-S°, Berlin, 1869; A. Ililferding, Huss et ses rapports avec l'Église grecque-catholique [en russe), in-8°, Saint-Pétersbourg, 1871; C. A. C. Ilôfler, Magister Johannes Jim und der Abzug der deutschen Professoral und Studenten nus Prag, 1409, in-8°, Prag, 1864; D. G. van der Horst, Dissertatio de H usai vita prsesertimque illius condemnati causis, in-8°, Lugd. Batav., 1837; Jean Uuss et le concile de Constance, dans Analecta juris Pontificii, 1872, t. xn, p. 5-46; L. Krum- mel, Johannes Hus, eine Kirchenhislorischc Studie, in-8°, Darmstadt, 1863; G. V. Lcchler, Johannes Hus, ein Lehcnshild aus der Vorgeschichle der Reformalion, in-8°, Halle, 1890; J. Loserth, Hus und Wiclif, zur Genesis der husilischen Lehre, in-8°, Prag-Lcipzig, 1884; F. Palacky, Documenta nwgislri Joa. Hus vitam, doctri- nam, causam in Conslanticnsi concilio aclam et conlroversias de religione in Uoheniia annis 1403-lilS motas illustrantia, quse parlim adhuc inedita, parlim mendosc vulgata, mine ex ipsis fontibus hausla, in-S°, Praga;, 1869; John Hus, the commen- ' ement of résistance lo papal aulhorily on the part of the injerior clergi/, in-18, Lon- don, 1882; J. Zahradka, Huss damnalus, ad trutinam polemicam revoealus, scu Triceni Joannis Huss a concilio Constantiensi et Martino V summo pontifice dain- nati articuli per deeem conlroversias methodo scholaslica expensi et rc/iitali, in-8°. Praire, 17 'il ; A. M. Zm-ni, Johann Huss auf dem Consilio zu Costnilz ncbsl einem A?Jtange. ciïthallcnd Hussens dcnkwurdigc Briefe, geschriehrn wâhrend seiner Gcfan- genschaft, in-8°, Leipzig, 1836. (H. L.) 1. Conrad Waldhauser était Autrichien et augustinien, c'est à tort qu'on l'a confondu avec Jean de Stckno qui était cistercien. Ce Conrad s'étail acquis quel- que réputation quand Charles IV, toujours en quête de prédicateurs, l'attira à i'iaguc et le décida à se fixer en Bohême. Il prêchait on allemand < t parfois en latin, devant les étudiants, avec le plus grand succès. L'alllucnce était telle qui l'église de Saint-' '.ail n'y suffisant plus, les prédications curent lieu en plein vent sur la place: il tapait comme un sourd, on se convertissait avec entrain, femmes, usuriers, lihcrtins se laissaient convaincre. Les laïques étaient plus corrigibles que les clercs et les moines que ce réformateur intempérant assommait et qui l'en- voyaient à tous les diables. Aussi quand il mourut, 8 décembre 1369, on lit cette notice dans Bcnes de Weitmul : « Injurié par les moines, il supporta tout avec indifférence pour la gloire de Dieu et mourut en bon chrétien. » Cette hostilité des couvents s'explique sans peine. Non seulement. Conrad les dénonçait, mais il mett.iit en garde la foule : « Que chacun, disait-il, qui a un fils ou un ami qu'il aime et dont il veut le salut, prenne garde de le laisser entrer dans un de ces 7'i7. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 117 temps dans ce mouvement de réforme, et c'est une question de savoir si Jean Huss, même sans avoir subi l'ascendant des livres ordres. » Franciscains et dominicains bondirent, s'adressèrent à l'archevêque et dénoncèrent l'augustinicn. Ernest de Pardubice laissa dire et dédaigna le factum de vinp:t-quatre accusations rédigé par les ennemis du prédicateur qui, le jour du jugement, monta eu chaire comme d'habitude et prêcha avec autant de verve et de vigueur. A sa mort, un successeur était prêt à continuer son œuvre et de manière plus redoutable, car Conrad ne parlait que l'allemand, tandis que Milie de Kromerize prêcha en tchèque. Et cela même, au premier moment, fit scandale : propter incongruentiaiu vulgaris sermonis, mais les préventions durèrent peu, l'auditoire s'enfla bien vite el i\lilic devint le maître écouté de toute la population tclièque de Prague. Il prêchait tous les jours, deux ou trois fois le dimanche et chaque fois pendant deux ou trois heures, intarissable en textes et en exemples. Sa vie était au moins aussi persuasive que ses discours : « Personne ne lui parlait ou ne s'approchait de lui sans recevoir l'amour, la reconnaissance, la douceur, et personne ne le quittait sans être consolé. C'était un second Elie. Sans cesse il châtiait son corps par les jeûnes, les macérations et la pénitence, sa passion pour le bien du peuple, son activité sans trêve ni repos dépassaient de beaucoup la nature humaine et les forces de la chair. Sans cesse il écoutait les confessions, visitait les malades ou les prisonniers et convertissait les tièdes ou les pécheurs. » Tel est le témoignage que rend de lui Mathias de Janow. Pas plus que Conrad, Milic n'était indulgent aux débauches du clergé, à son ignorance, à son avidité, mais il fut plus audacieux et parfois ses coups frappaient, au delà du clergé, l'Église elle- même, toujours préoccupé de montrer l'opposition entre le spectacle de la déca- dence présente et celui de la primitive Eglise. Cependant, averti, il se tint sur ses gardes et se montra prudent autant que passionné dans son amour de perfection. Les accusations ne pouvaient manquer de la part des êtres vils, dénonciateurs patentes de tout ce qui les dépasse et les offusque. En ces appels enflammés Milic avait dit que ce n'est pas chez les papes, chez les cardinaux, les évêques, les prêtres ou les moines que se trouve la vérité, ils ont la consécration extérieure, les laïques ont la consécration intérieure. De plus, il recommandait la communion fréquente pour les laïques. Ce fut un beau vacarme. Milic fut blâmé par Gré- goire XT, partit se disculper et mourut en Avignon, 1374. Milic était mort, son œuvre survivait; aussi bien le mal dont souffrait l'Eglise exigeait un remède. Le Grand Schisme ajoutait le scandale officiel de la chrétienté à tous les scandales moins connus. Milic ne tarda pas à trouver un successeur, ce fut Mathias de Janow. Celui-ci aussi prêchait tous les jours, mais il s'attaque moins au clergé dégénéré qu'à l'institution caduque et au dogme altéré, il remonte donc à la source du mal, qui est l'oubli de la parole divine. Les papes, qu'il ne ménage guère, ont, dit-il, remplacé la pure doctrine du Sauveur par mille inventions humaine» qui détournent l'âme de la contemplation des vérités supérieures. 11 faut revenir à la loi du Rédempteur, ramener l'Eglise à Jésus-Christ et à la sainteté, dédaigner des prêtres indignes et souillés, s'adresser au Christ. Les Régula tiovi et veteris Testamenli sont un ouvrage d'une rude logique plutôt qu'une œuvre éloquente. Conrad et Milic étaient loin de cette audace, tout au plus montraient-ils le chemin où Mathias s'engage audacieusement. L'Eglise véritable, dit-il, ce ne sont pas les évêques, les cardinaux et les prêtres, mais les fidèles, les élus prosternés devant 1 18 LIVRE XI. Y de Wiclef, ne ^< rail j>as devenu, sous la seuh; influence des efforts tentés avant lui par ses compatriotes, et par le développement Dieu. Fragile est la gloire des méchante : les t< ;mps .-.ont proches où l'Eglise chré- tienne reparaîtra dans toute sa gloire, pure de tous les excès, dégagée de tous les voiles. Que nul ne se dérobe au combat suprême. Pour vaincre l'antéchrist. il faut demander au Christ son secours, à la Bible ses armes, à la communion sa force. C'est déjà tout le protestantisme dans son essence : l'Écriture, unique règle de foi, le Christ, unique médiateur entre Dieu et l'homme. Janow dg - 'esl pas tenu à ce point, il en a tiré des conclusions : nous sommes >auvés par la grâce, nul besoin dès lors des cérémonies extérieures, des exhibitions luxueuses de mobilier et de vétemenl liturgiques, de manifestations respectueuses devant les reliques, les statues. L'Église du Christ est la réunion des prédestinés, les dignités et les titi n'importent guère. Mathias semble bien avoir fait participer les fidèles à la com- munion sous les deux espèces, discipline antique depuis longtemps délaissée et à laquelle on attachait dans les deux partis adverses une signification symbolique nouvelle, faisant de cette communion utraquisle, c'est le mot employé, la mani- festation de l'égalité entre le laïque et le prêtre. Janow, comme Luther, comme Calvin, comme Jansénius, comme Camus ont été séduits, semblc-t-il, par le charme qui s'attache au souvenir de la prûnitn e Kglise chrétienne et se sont proposés de la faire revivre. Dans les replis de calcul qu'on trouve en étudiant leur conduite, cst-il permis de croire que leur pensée ait cédé à une admiration sincère ou bien qu'elle ait exploité le prestige historique .1 ces années de jeunesse évangélique ? Le sujet est encore obscur et d'ailleurs une science archéologique à peu près nulle ne permet pas de penser que ces person- nages aient entrevu cette période primitive sous son jour véritable, ils s'en sont fait, à tout le moins, une conception sentimentale assez incomplète sinon erronée, et il est probable que, dans une certaine mcsurc,le retour à 1'Kglise primitive n'a été pour eux qu'une façon d'exploiter un contraste pour en tirer un moyen d'opj 10- sition; ils se livraient à ce divertissement avec d'autant plus d'entrain qu'il était. pour eux, absolument inofîensif. Quand Camus se réclamait de l'Église primitiv il avait en vue la Constitution civile du clergé, amalgame intempestif d'institu- tions déclassées après un abandon de tant de siècles. L'action de Mathias de Janow demeurait circonscrite de ce fait qu'il écrivait en latin et échappait à la foule. Ce qui manquait ainsi de popularité à son action, Thomas de Stitny le lui procura. Celui-ci était un pur Tchèque, issu d'une famille attai !e'e scrupuleusement aux traditions et à la langue nationales. Etudiant à Prague, il effleura les sciences enseignées de Bon temps, mais pour revenir avec un attrait toujours grandissant à la philosophie religieuse. Auditeur de Milic, il Béjournail longuement à Prague et s'appliquait à exprimer la doctrine de son maître dans les écrits destinés à hâter le but espéré. Ses traités se répandaient dans les châteaux, mais aussi dans les campagnes et ils y apportaient des idées nouvelles îtuea d'un style doux, tendre, tempéré, aussi éloigné que peut l'être le goût littéraire du jargon scolastique. « Aucun auteur bohème n'a écrit avec plus de variété et de charme; le style n'est jamais chez lui que le voile transparent qui dessine tous les contours de la pensée, tour à tour élevée, familière ou sublime. Ce n'est pas seulement un écrivain, c'est un homme; même pour l'étranger, qui a toujours plus de peine à comprendre les qualités littéraires, il n'est pas de lecture 747. jean huss jusqu'à son arrivée a constance 1 l!) naturel de ses propres tendances, tel que nous le connaissons h Neander et Krummel se rapprochent de cette idée, prétendant plus agréable que celle des Six livres sur les questions générales île l. .">()- 100. 4) Neander, Allgi nuinc Geschichte der christlichen Religion und Kirche, t. ri, p. 228-310. 5) Czerwenka, Geschichte du evangel. Kirche in Bôhmcn, 1860, p. 40-51. 6) Hôfler, dans Proie g. aux concilia Pragensia, j>. xxi sq. Les accusations des moines contre Conrad Waldhauser i t la réponse de celui-ci se trouvent dans Hôfler, Ge&chichlschreiber der hussitischen liewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, 1856, t. 11, p. 17-39. lbid., p. 40-116, un élo^e de Milic qui avait converti à Prague un grand nombre de pécheurs parmi lesquels deux cents prostituées et transformé une maison mal famée en l' irlisc (Jérusalem). Dans le même ouvrage, p. 47, Hôfler donne un passade d'un écrit de Janow, De cor pore Christi. 1. Neander, AUgemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche, t. m, p .".17 sq.; Krummcl, professeur à ECirnbach, duché de Bade, Geschichte der bôhmis- chen Reformation im xv Jahrhundert, Gotha, 1866, p. 152. 2. Cf. Hôfler, Magister Joh. Hus und der Ahzug der deutschen Professoral und Studenten aus Prag, 1864, p. 147, et Geschichtschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. vu, p. 90. 3. Krummcl fait la remarque suivante, op. cit., p. 37, note xx :a Shakespeare, dans son drame historique, Le roi Richard II , act' : . . sel ae, 2, trace un émouvant tableau des adieux que le roi, sur le point d'être ass issiné, adresse à si femme. Mais on ne comprend ]>;«^ comment l'auteur la désigne « omme venant de France; 'lins ce cas elle serait venue dr Bohème en Angleterre par la France. > Krummel oublie que la reine Anne était morte depuis longtemps, el qu'au moment de sa chute, lîichard était marié à la princessi 1- Joëlle de France, fille de Charles VI. 4. Palacky, Die Geschichte des Husitenthums und Prof. C. Ilijlcr. p. 113 sq. En conséquence, ceci tranche par le i.ut même l'exégèse <\u< l'ait Krummel (op. cit., p. 109 sq.) des aveux de Huss concernant l'époque OÙ il eut connaissance des i ri la de Wiclef, ainsi que les doutes de Hrî fier M Joh. Hus und der Abzug drr deutschen Professoral und Studenten aus Prag, p. 159). [Sur celle influer) cf. E. Denis, op. cit., p. 70-71 et note 1. (H. L.)] 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 121 Wiclef, dont il s'inspirait et faisait grand cas. Si le réalisme déter- miné du philosophe Wiclef fut une première séduction pour le maître l , le zèle du prédicateur Wiclef contre la richesse et la sen- sualité, surtout dans le clergé, fut le second point essentiel qui lui gagna la sympathie du théologien et du prédicateur, comme Huss du reste l'a déclaré lui-même dans la suite 2 . En outre, selon une remarque fort juste de Schwab, l'étude de Pierre Lombard et du t 'orpus juris fraya la route au wiclefisme dans l'esprit de Jean lluss. Par Pierre Lombard, en effet, dont les sentences formaient alors le fond des études théologiques, il a pu arriver à certaines opinions dogmatiques opposées à l'enseignement commun qui dominait alors, en particulier cette fameuse conception morale des dogmes que plus tard il exalta lui-même d'une façon si exclu- [31; sive. Mais plusieurs décrétales lui ont certainement fait comprendre la différence entre l'ancienne et la nouvelle situation de l'Eglise 3 . Certes Jean Huss n'eût jamais acquis une si haute importance s'il fût demeuré simple professeur d'université, si par conséquent le mou- vement suscité par lui n'avait pas dépassé le cercle cultivé qui l'entou- rait. Mais il était aussi prédicateur dans la grande église de Bethléem (aujourd'hui détruite et alors dédiéeaux saints Innocents), que le con- seiller royal Jean de Mulheim avait fondée en 1391 dans la vieille villeà Prague pour qu'on y prêchât la parole de Dieu en langue tchèque 4 . Cette église devint, selon l'expression de Tosti, l'université populaire, où Jean Huss exposait à la multitude des Tchèques ses opinions et ses théories avec plus d'emportement encore qu'il n'avait coutume de le faire devant son auditoire cultivé de l'Uni- versité 5 . Tel fut le commencement de ce mouvement démocratique qui vint accompagner et fortifier l'élan religieux et national du hussitisme 6 . Il importe, r au reste, de ne pas perdre de vue que ce 1. Ce n'est que par une interprétation tout à fait arbitraire des Urines nontina- lisme et réalisme que Czerwenka peut affirmer que Wiclef el Huss auraient été nominalistes, « car, dit-il, il se sert des règles de la critique, et c'est là le nomi- nalisme. » Czerwenka, op. cit., p. 50 et 25. 2. .loannis Hus el Hieronymi Pragensis historia et monumenta, Francof., 1715, p. 13G b. Movent me sua scripla, quibus nititur loto conamine, omnes homines ad leg,cm Christi reduccre. el clerum prsecipue, etc. 3. Schwab, Joh. Gerson, 1858, p. 556 sq. 4. Le 15 mai l'iOS, le pape Grégoire XII confirma celte fondation. Cf. Palacky, Documenta M. Jouit, lins, 1869, p. .°/i0 sq. 5. Tosti, Geschichle des Conciliants von Constunz, traduit de l'italien par Jî. Arnold. Scliafîhouse, 1860, p. 110 sq. 6. Hôfler, Geschichlahcreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum L22 i.ivni: xlv mouvemcnl n'aurait jamais pris d'aussi fuites proportions, si depuis un quart de snVle, le Grand Schisme n'avait bouleversé l'Église, introduit au lieu de réforme une confusion plus profonde encore, et finalement ébranlé sérieusement l'autorité du gouver- Auatriacarum, S< riptorcs, 1856, t. n, Introduction, [>. XIX. On a amoindri le fait historique du hussitisme en le représentant comme une rivalité nationale et un Boulèvemenl social qui, faute d'avoir suffisamment conscience de soi-même, s' 1 donna un prétexte religieux, la religion étanl encore à cette époque, aux yeux des peuples, L'intérêl capital île la vie. La révolution du xv c siècle fut sans doute un>' révolution slave contre l'Allemagne, mais elle ne fut pas que cela. La foi tendant à s'épurer et la nationalité tendant à s'aulonomiser confondirent leur effort, et 1. - combattants d'alors confondirent dans une réprobation commune l'L^lisc catho- lique et l'Allemagne impériale qui leur apparurent étroitement associées cl indis- solublement liées pour l'œuvre d'oppression dont la Bohême était victime. Cette manière d'envisager l'adversaire à combattre ressort de tous les documents avec lesquels il faut compter quand on étudie les origines du soulèvement. L'al- liance séculaire de la papauté et de l'empire n'avait jamais été qu'un élément de faiblesse et une cause de déceptions pour la papauté; cette fois, dans une crise plus •j;rave que toutes celles qui avaient précédé, la même alliance entraînerait de regret- tàbles résultats. Mille ans auparavant, au moment de la chute de l'empire romain. l'Eglise avait aidé les papes de Home à se constituer les défenseurs de ce qui sub- -i~tait de civilisation et les gardiens de l'unité européenne. Dès lors, patiemment, ils avaient établi un système de centralisation, d'abord timide, puis, sous Gré- goire VII et Innocent III, hautement avoué et dont nous nous faisons une idée plus ou moins nette. La hiérarchie épiscopale et ecclésiastique était devenue l'administration oilicielle de cet empire européen et tout alla sans trop de résis- tances jusqu'au moment où les peuples affirmèrent chacun chez soi leurs carac- tères distinct ifs, leur langue surtout, et commencèrent à supporter impatiemment un gouvernement éloigné dans lequel ils n'apercevaient pas les traits de leur caractère national, et dont, soit maladresse, soit préventions, ils n'entendaient pas toujours apprécier les intentions et juger les actes avec bienveillance; l'Église de Rome en acceptant et en exigeant des impôts nécessaires à l'entretien de son personnel drainait à l'étranger une partie des ressources financières du pays et cela sous la forme la plus impopulaire du monde : celle de l'impôt, de quelque nom qu'on le déguise. Le paysan et le citadin éprouvaient une vive répugnance a se nas un lundi, mais un dimanche; il Eaut lire en conséquence : xxvm Maii. De plus, la liste de? 45 articles publiée par Hôfler, d'après un documenl du chapitre métro- politain, n'esl pas toul à fait exacte. Le n. 5, par exemple, ne forme pas un article séparé, mais rentre >lan~ Le n. 6. 2. Le confesseur de Jeanne, la pr • ièr< femme di Wenceslàs, était Jean Népo- mucène. Krummel [Geschichte der bôhmischen Reformation im xv Jahrh., p. 591- 635) donne la traduction allemande de trois discours synodaux de lluss. Nowotny a aussi traduit du tchèque un certain nombre d'autres sermons prononcés par n (Gôrlitz, 1855 . el Krummel lui en a emprunté trois [op. cit., p. C3G sq.) :'■. Tos . Geschichte des Conciliunu von Constanz, trad. de l'italien par P.. Arnold, p. 117; Hôfler, Magister Joh. Uns und der Abzug der deiUschen Profcssoren urul Studenlen aus Prag, p. 152. 747. jean nuss jusqu'à son arrivée a constance 125 impostures, et, sur le rapport à lui adressé, le prélat interdit le pèlerinage, sous peine d'excommunication l . Il approuva en même temps un écrit publié alors par Huss : De omni sanguine Christi glorificato, où il disait en substance que, lorsque le Christ ressuscita avec un corps glorieux, toutes les parties de son corps furent aussi glorifiées; par conséquent tout le sang versé depuis sa circonci- sion jusqu'à sa mort, répandu sur le sol ou mêlé à la terre, ou versé sur la croix, a été glorifié et réuni au corps glorieux de Notre- Seigneur, de sorte qu'il n'en reste ici-bas aucune molécule; mais il subsiste à l'état glorieux dans le sacrement de l'autel, où se trou- vent vraiment et réellement présents le corps et le sang du Sau- veur. Ce qui est vrai du sang l'est aussi naturellement de toute autre partie du corps de Jésus-Christ, par exemple de ses cheveux. Ils sont glorifiés avec le corps lui-même, et ne peuvent plus par [34] conséquent se trouver sur la terre. Lors donc que l'on montre des linges trempés et rougis du précieux sang, ce n'est plus ce sang lui-même qui se trouve sur ces objets, puisqu'il est glorifié : c'en est la couleur seulement qui en conserve le souvenir 2 . Ce traité et les derniers écrits universitaires de Jean Huss (Discours à l'occasion des cérémonies académiques, disputatwns, etc.) 3 nous font voir que si à cette époque il connaissait et estimait déjà beaucoup les écrits théologiques de Wiclef, il n'en avait pas encore adopté les erreurs sur le dogme de l'Eucharistie (perma- 1. Neander, Allgemeine Geschichte der cltristlichen Religion und Kirchc, t. vi, p. 313-316, Hambourg, 1852. Neander rapporte, d'après les expériences d'Ehren- berg, que du pain ou une substance semblable placé en lieu humide se couvre d'une substance organique (monas prodigiosa), qui n'est visible qu'au microscope, et qui lui donne une apparence rougeâtre. 2. Joaimis Hus et Hieronymi Pragensis hisloria et monwnenla, Franco!., 1715, p. 191-202. Les extraits que Czerwenka [Geschichte der cvangel. Kirche in Buhmen, p. 63) a publiés de cet écrit de Huss ne donnent aucune idée de son véritable contenu. 3. Publiés par Ilofler, Geschichlschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Auslriacarum, Scriplores, t. vi, p. 95 sq. Seul le dernier de ces discours académiques (Lit. H. dans Ilofler, op. cit., t. vi, p. 112-128), s'il est vraiment de Huss, est franchement wiclefite et évidemment d'une date postérieure. L'orateur compare les sept arts libéraux à sept vierges, filles de la reine Philosophie. Dans la deuxième partie, il attaque ces « menteurs » qui accusent d'hérésie la sacrosancta natio bohemica, alors que d'après un ancien dicton, neminem pure Bohemnin posse fore hxrelicuiu. Il s'emporte contre les prêtres ignorants qui font croire au peuple dans leurs sermons qu'il y a des wiclefitcs en Bohême. Quant à lui, il a lu les livres de Wiclef et y a beaucoup appris. Cependant il n'accepte pas comme article de foi tout ce qui y est contenu. Il engage ses auditeurs à lire avec soin les livres de Wiclef, surtout ses ouvrages philosophiques. 12» > LIVRE XLV nence de la substance du pain et du vin ilans le sacrement). Il se montrait en cela plus prudent cpie ses illustres collègues de Bohème, en partie ses anciens maîtres, Stanislas de Znaïm, Etienne Palecz et autres, qui, dans leur enthousiasme pour Wiclef, allèrent jus- qu'à défendre sa doctrine, sauf à devenir plu-* tard les adversaires déclarés de Iluss et de Wiclef lui-même 1 . Aussi lorsque l'arche- vêque, sur les exhortations d'Innocent VII (1405), attaqua 1<- mclefisme à propos de cette doctrine, et le condamna, la confiance qu'il témoignait à son prédicateur synodal n'en fut-elle pas altérée : elle continua même jusqu'à l'automne de 1407, époque à laquelle Jean Iluss prêcha pour la dernière fois au synode (18 octohre) -. A partir de l'été de I 107, les sermons de Iluss parurent, en effet, [35] singulièrement subversifs. Ainsi le 10 juillet 1407 il qualifie d'hé- rétiques tous ceux qui percevaient le droit d'étole; une autre foi- comme il assistait au service funèbre d'un prêtre possesseur en son vivant de plusieurs bénéfices, il ne put dissimuler son indi- gnation. « Pour tout l'univers, dit-il, je ne voudrais pas mourir chargé de tant de bénéfices 3 . » Il alla plus loin encore. Peu de 1. Stanislas do Znaïm. dans son ouvrage l>e remanenlia partis, avait prétendu que soutenir la permanence de la substance du pain dans l'Eucharistie n'était pas contraire au dogme. Cf. Joannis Uns et Hieront/mi Prageiisis hisloria et monu- ineitia, Francof., 1715, p. 334 a et 360 h; Krummel, Geschichte der bôhmischen Reformation im xv Jahrh., Gotha, 1866, p. 159, 168 sq. ; Neandcr, AUgemeine Geschichte der cliristlichen Religion und Kirche, t. vi,p. 320 sq. ; Czcrwcnka, op. cit., p. 63. Mais en 1405, après le bref d'Innocent VII, il rétracta cette opinion. -. lloller, i oncilia Pragensia, p. 51-53 et 59; Geschichtschreiber der hiueitischert Rewegungf dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. u, p. 17; Krummel, oj). cit.. p. 617 sq. 3. Ib'fl t. Magister -l<>h. lins und der Abzug der deulschen Professoren und Studenten ans Prag. p. 186. La nomination de Iluss en qualité de prédicateur à Bethléem, en 1402 — - il était alors prêtre depuis deux ans — eut une influence considérable sur son développement intellectuel et moral. Dégagé des obligation! absorbantes du ministère paroissial, car il n'était pas «le ceux qui les négligeaient, il se livra passionnémcnl à l'étude de l'Écriture sainte. Des adversaires que sa vertu intransigeante alarmait déjà, comprirent bien \ite qu'impuissants à le combattre aussi longtemps qu'il attaquerait les abus, ils n'avaient chance de le compromettre que s'A abordait les question- dogmatiques; là on pouvait le discréditer en con- damnanl le maître Wiclef dont il se réclamait, en attendant de l'atteindre direc- tement Dès lors, tous les elîorts tendirent à découvrir dans Iluss un écho de Wiclef ei c'esl comme disciple de Wiclel qu'il fut excommunié par l'archevêque de Prague et idii lamné par le concile de Constance. Ce qui montre bien l'influence de l'idée nationaliste naissante en Bohême, c'est que les adversaires de Iluss prétendent tirer parti de cette influence anglaise pour amoindrir dans la pensée de leurs com- patriotes la portée des opinions de Iluss. (II. L.) 747. jean uuss jusqu'à son arrivée a constance 127 temps après, le 18 mai L408, Les quarante-cinq articles wicle fîtes furent une seconde foit* condamnés par une assemblée générale de l'université de Prague, parce qu'un maître tchèque, Mathias de Knyn, portant le nom de Père, avait osé soutenir de nouveau la permanence de la substance du pain et du vin l . Deux jours après, le 20 mai, la nation bohème tint une assemblée particulière (à la Schwarzen Rose, dans la Ville-Neuve), composée de soixante doc- leurs et maîtres et d'environ mille étudiants. J. Huss, Jacobeck, Stanislas de Znaïm, Etienne Palecz et autres y assistèrent. On fei- gnit d'adhérer à la décision portée par l'assemblée générale; mais on la rendit complètement illusoire en y joignant cette clause : « Nul ne pourra, sous peine d'exclusion, enseigner ou sou- tenir témérairement aucun des quarante-cinq articles dans leur sens hérétique ou scandaleux [temere in sensibus eorum hereticis aut scandalosis). » C'était évidemment laisser ouverte à tout venant une porte de sortie. On n'osa pas aller plus loin; on eut même soin, pour écarter les soupçons, d'ajouter « que le Dialogue, le Trialogue et le Traité de V Eucharistie de Wiclef, ne pourraient être utilisés aux cours ou aux disputations et que les maîtres seuls, et non les étudiants, étaient autorisés à lire les ouvrages de cet auteur. » Jean Huss ne prit, du reste, aucune part importante à cette délibération; il ne se déclara ouvertement en faveur de Wiclef que lorsque deux étudiants, dont l'un était Nicolas Faulfisch, appor- tèrent à Prague un prétendu mémoire de l'université d'Oxford, qui donnait les plus grandes louanges à Wiclef et affirmait qu'on ne l'avait jamais convaincu d'une véritable hérésie. Alors Huss se laissa entraîner, dans un sermon, à dire « qu'il serait bien aise [36J d'avoir une petite place dans le ciel à côté de Wiclef. » On fut assez longtemps avant de reconnaître la fausseté de l'écrit venu d'Oxford, et le wiclefisme en retira de grands avantages en Bohême 8 . Les partisans de ces doctrines, en annonçant eux- 1. Mathias de Knyn avait été arrêté antérieurement sur l'ordre de l'archevêque, et après avoir longtemps refusé, avait renié les erreurs qu'on lui attribuait (14 mai 1408). Cf. Palacky, Documenta M. Joan. IIu.i, p. 338 sq. 2. L'archevêque Zbynek était peu instruit, mais bien intentionné et désireux de suivre l'exemple d'Ernest de Pardubicc; il prit confiance en Huss dont la vertu lui semblait une garantie de vigilance sur les matières de foi et dont la parole, d'ailleurs, ne pouvait prêter encore aux lâcheuses interprétations. Cependant, on ne se rappelait guère, même parmi les anciens auditeurs de Milic, de Mathias, de Janow, de Stitny, d'avoir entendu des avertissements aussi graves que celui-ci: « Le Sauveur a interdit toute domination terrestre à ses apôtres, mais la parole L28 i i\ RE JCLV mêmes partout les progrès de l'hérésie, jetaienl le discrédit sur leur propre patrie, comme t'infatigal)le Jérôme de Prague qui, depuis 1399, visitant de nombreuses universités et villes de contrées divin'' est devenue une raillerie et une table depuis que l'empereur ' Constantin, trois - iècles après la nais sance de Jésus-Christ, a donné au pape un roj aume. • — ■ Ce n i pas Constantin, mais Cbarlemagne, neuf siècles après Jésus-Christ. — On a entendu ce jour-là xine \oix qui criait : le poison a clé versé dans l'Église de Dieu... Par la richesse, toute l'Église chrétienne a été empoisonnée et corrompue. D'où viennent les guerres, les excommunications, les querelles c:.lre les papes, les évêques, les autres membres du clergé ? Les chiens se battent pour un os, enlevez leur l'os, la paix est rétablie.... D'où vient la simonie, l'insolence des prêtres, leurs adul- tères? Tout vient de ce poison. » De pareils sermons soulevaient contre lluss d'implacables colères ecclésiastiques, mais le bon archevêque veillait, parait les coups et défendail son prédicateur qui semblait devenu, à certains égards, sinon le chef, du moins le modérateur de l'église de Bohême. Outre la sympathie active de Zhynek.il pouvait compter sur celle du peuple, des seigneurs et de la famille royale, principalement de la reine Sophie. Cette protection ne s'arrêtait pas à Huss, elle s'étendait à son parti. A l'Université, Etienne Palecz, le savant astro- nome f Christian de Prachalice, Jean de Jessenctz, Jean Kardinal, Jean de Pribram, Prokop de Plzen, Zdislav de Zviretice, Marc de Kralové Ilradcc, Mathias de Knyn, formaient un bataillon sacré, chaque jour accru de dévouements nouveaux et nullement disposé à se laisser entamer ni disperser. lluss n'offrait pas encore, dans sa doctrine, ces audaces qu'on s'alarmail d'entendre tomber des K \ res de Jakobeck de Sribro, qui faisait appel à l'autorité séculière pour ramener le clergé à la pau- vreté apostolique, ou des lèvres de Stanislas de Znaïn, qui attaquait le dogme de l'Eucharistie et soutenait la permanence du pain et du vin après la consécration. La confiance inébranlable de l'archevêque en son prédicateur dérida les ennemis de Huss à s'adresser à la cour de Home. Dans la situation pitoyable de la papauté à ces déliais du xv e siècle, une telle dénonciation fut accueillie comme une bonne aubaine, car elle permettait de témoigner le souci du pape pour l'orthodoxie et plus encore de montrer que ses partisans le tenaient bien pour juge de la foi. Innocent VII reçut la dénonciation et é\ cilla l'attention de l'archevêque de Prague; après Innocent, ce fut au tour de Grégoire XII de renouveler l'avertis- sement. Zbynek voyait bien quelque manigance, mais ne s'alarmait pas encore, cependant il crut Bage de faire preuve de zèle el permit aux adversaires de la l!é forme de poursuivre quelques-uns des maîtres tchèques les plus compromis. Jean de Stekno dénonça le livre de Stanislas de Znaïm sur la communion et ce dernier désavoua le livre, nia même l'avoir écrit (1406). La communion formait toujours le sujet principal des controverses; pour calmer tout le monde l'archi vêque imagina de déclarer publiquement qu'après la consécration du pain, « la substance du pain d reste pas, mais seulement le véritable corps du Christ; aprè- la consécration du vin, la substance du vin ne reste pas, mais seulement lesang véri- table du Sauveur. » lluss montra que l'archevêque se trompait puisque, d'api la doctrine de l'Église, l'hostie contient à la fois et indivisihlemcnt le corps et le sang, et le calice, à la fois et indivisiblemenl le sang el le corps du Christ. Zbynek se trouve humilié et froissé. (II. L.) 747. jeah nuss jusqu'à son arrivée a cos-: \- 11!!' étrangères, contribua, mais en sens divers, à la renommée de la Bohème l . Cette situation était naturellement très désagréable à Wen- ccslas, à cause de son projet de se faire reconnaître de nouveau roi des Romains : aussi fut-il résolu de mettre un terme à toutes ces fâcheuses rumeurs dans une grande assemblée ecclésiastique et laïque fixée au 17 juillet 1408. L'archevêque Zbynek promit son concours, et tint, un mois auparavant. (15 juin l i08), son synode diocésain d'été, où il ordonna d'apporter dans un délai déterminé, à la chancellerie archiépiscopale, tous les livres de Wiclef, afin qu'on en pût corriger les erreurs 2 . Il demanda aussi des explica- tions aux plus bruyants partisans de Wiclef, dans le clergé de Prague 3 . On déclara néanmoins à la grande assemblée du 17 juil- v qu'on n'avait pu trouver aucun hérétique en Bohême 4 , » ce 1. Hofler, Magisler Joli. IIus und der Abzug der deutschen Professoral und Stu- dcntcn aus Prag, p. 177 sq., 189-191; Geschichlschreiber der hussitischen Bavegung, dans Fontes reruiii Auslriacarum, Scriplores, t. vi, p. 138 et 193; t. vu. p. 35; Concilia Pragensia, p. 53 ; Palacky, Geschichle von Bbhmen, t. m, part. 1 . p. 221 sq ; Geschichte des Husitenthums und Prof. Hofler, p. 116; KrummeL Geschichte der Bôhmischen lie for mat ion im xv Jahrh., p. 170. D'après Palacky, Documenta M. J. Hus, p. 336, nous voyons que Jérôme fut également poursuivi à Oxford pour propagation d'hérésies. 2. Le 11 mai 1408. Mathias de Knyn avait été obligé d'abjurer les hérésies de Wiclef et de rétracter ce qu'à l'en croire il n'avait jamais dit. Nicolas de Welmo- vice qui accordait à tout prêtre le droit de prêcher l'Évangile, fut chassé du diocèse de Prague. IIuss prit la défense de ce dernier et en écrivit à l'archevêque, car pour lui il croyait encore qu'une réforme devait être entreprise, mais en collaboration avec le clergé. Zbynek n'avait pas oublié l'algarade de sa définition eucharistique hétérodoxe, il était excédé des réprimandes de Huss. D'ailleurs, de caractère trop vacillant et de capacité trop médiocre pour suivre une ligne de conduite tracée par lui-même, il subissait alors l'influence des ennemis de Iluss. Il n'en fallut pas plus pour réserver mauvais accueil à la lettre; Zbynek à qui on avait su rap- pelersa longue bienveillance pour Huss était disposé à donner des gages et à dépasser tout le monde désormais. Il fit interdire aux étudiants la lecture du Dialogue, du Trialogue, du Traité sur la communion et dans le synode fit défense d'attaquer le clergé dans les sermons et ordonna de livrer tous les livres de Wiclef. (H. L.) 3. Hofler, Concilia Prag., p. 60; Palacky, Geschichte von Bbhmen, %. ni, part. I, p. 223. Vraisemblablement c'est à ce sujet que se rapporte la lettre de lluss a l'archevêque (juillet 1408), dans laquelle il se plaint de voir les fautes des ecclé- siastiques rester impunies, tandis qu'on poursuit sous prétexte d'hérésie ceux qui veulent améliorer la conduite de leurs frères. C'est la première lettre de la nou- velle édition de Palacky des Documenta M. J. IIus, Prag, 1869. 4. Joannis IIus cl Hieronymi Pragensis historia et monumenla, Franco!'., 171 », p. 11 \b; Palacky, Documenta M. Joannis Dus, p. 392. conciles — vu — 9 130 i.i\ i: r. xi.v qui impliquait une contradiction chez l'archevêque. Huiler pré- tend qu'une copie plus lidèle des décisions de cette friande assern- hléc se trouve dans les actes d'une discussion qui eut lieu plus tard en 1465, 'Mitre quelques théologiens utraquistes et suhunistes. D'après ce document, l'assemblée aurait déclaré : « 1° le corp> du clergé de Bohême n'a pas, sur les sacrements, sur Le pouvoir des clefs, les indulgences et les ordres monastiques, d'autre foi [37j que celle de la sainte Eglise, dont le pape est la tète, et le collège des cardinaux, le corps; 2° le clergé de Bohème se soumet en tout aux décisions de l'Eglise romaine; 3° il reconnaît que l'on doit obéir au Siège apostolique et à l'autorité ecclésiastique, toutes les fois qu'ils ne défendent pas une chose évidemment lionne ou ne prescrivent pas une chose évidemment, mauvaise l . » Obéissant à l'ordre de l'archevêque, plusieurs docteurs, maîtres cl étudiants, el Jean IIuss lui-même apportèrent à la chancellerie les livres de Wiclef qu'ils possédaient, ou du moins quelques-uns; mais d'autres en appelèrent au pape Grégoire XII, et protestèrent en même temps contre le mandement de l'archevêque ordonnant. aux prédicateurs d'enseigner au peuple qu'après la consécration il ne reste plus dans l'hostie que le corps, et dans le calice que le sang de Jésus-Christ. C'est le premier appel des hussites. Us demandèrent en outre au souverain pontife de déléguer un audi- teur du sacré palais, chargé d'informer à leur sujet et autorisé à citer l'archevêque devant la cour romaine ou partout ailleurs 2 . Ils avaient interprété l'ordonnance de l'archevêque dans ce sens que sous l'espèce du pain il ne restait plus que le corps, à l'exclusion du sang, i e qui aurait eu pour conséquence la nécessité de la com- munion sous les deux espèces 3 . Évidemment 4 , ce n'était pas là ce qu'a\ ait entendu le prélat, mais il est aussi intéressant de constater 1. Hdfler, Concilia Prag. } p. 61 sq. Par contre cf. Palacky, Die Geschichle des HueUenlhuma und Prof. C. Hôfler, p. 144 sq. 2. Palacky, Documenta M. Joannis Hue, p. 188 sq. et 332-335, '.02; lloflcr. Concilia Pragensia, p. 51. 52, 53, 64. 3. Palacky, op. cit., p. 188, 189; Hdfler, Geechichtschreiber der hussitiechen Uewegung, dans Foules rerum Austrincarum, Scriptorcs, 1. n, p. 290 cl 1. vu. p. 29 sq.Du même, Magister .loti. Uns und der Abzug der deutechen Professoren und Studenten aus Prag, p. 195. 5 Pour l'acte d'accusation du clergé et la justification de Hus, cf. Hôfler, Geschi ht chreiber der huseitischen Bewegung, dans Fontes rerum Austrutcarum, Srriplnrcs, i. m. p. 143-153; Palacky, op. cit., p. 153-163, cf. Hdfler, Magister Joli. Hus und der Abzug der deutechen Professoren und Studenten ans Prag, p. 197 sq. 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVEE A CONSTANCE 131 comment, à leurs débuts, les hussites qualifiaient d'hérésie ce point qui, plus tard, devait servir de fondement dogmatique à leurs récla- mations si instantes en faveur de l'usage du calice. A cette époque, Jluss et ses partisans étaient encore parfaitement convaincus que sous une seule espèce on recevait le corps et le sang du Christ. Vers le même temps (été de 1408), Huss fut accusé auprès de l'archevêque, par les membres du clergé de Prague, à raison des attaques qu'il dirigeait contre eux dans ses prédications, et cité par le prélat à comparaître devant lui. Sa défense fut prime-sau- tière et spécieuse. On lui reprocha « d'avoir décrié le clergé devant le monde entier; » il répondit que c'était évidemment faux, puisque h le monde entier » n'avait pas assisté à ses sermons. Il répondit de même aux autres points. En conséquence, il n'est pas étonnant [38] que l'archevêque lui interdît de prêcher. Ses amis émirent alors cette thèse : « qu'il est permis à un diacre ou à un prêtre de prêcher >ans l'autorisation du souverain pontife ou de son propre évêque 1 , » et aussitôt ils se l'appliquèrent. Quelques-uns voulurent attribuer même aux laïques le pouvoir de prêcher, comme nous le voyons dans un document du 30 juin 1408 2 . Le mémoire d'Etienne de Dolan, l'é minent prieur de la chartreuse de la Vallée de Josaphat, en Moravie, intitulé Medulla iritici seu Antiwiclefus 3 , écrit en 1408 et adressé à l'archevêque Zbynek, montre les grands progrès qu'avaient déjà faits en Bohème et en Moravie les erreurs wicle- fites. Ce mémoire défend la doctrine catholique de l'eucharistie contre Wiclef et ses partisans, et n'a, par suite, aucune occasion d'y combattre Huss. Par contre, ce même prieur publia quelque temps après trois écrits contre Huss et les hussites, YAntihussus, le Dialogus volatilis inter aucam (Huss) 4 et passerem, et YEpistola ad Jlussitos 5 . Gardons-nous d'en appeler à Etienne de Dolan en faveur de Huss, comme l'ont fait Krummel 6 et d'autres. Etienne aurait dit en parlant de Huss : « c'était un homme de vie austère, de mœurs pures et honorables, adonné à la prière, aux veilles, 1. Huiler, Magisler Joh. II us uud der Abzug der deutschen Professoral un Studenten aus Prag, p. 200. 2. Palacky, Documenta M. Joannis Hua, p. 342. 3. Imprimé dans Pez, Thésaurus anecdotorum novissimus, AugusUc Vindelic., 1721-1720, t. n b, p. i:>l-360. 4. En tchèque Uns signifie oie. 5. Dans Pez, op. cit., p. 3G3-70G. G. Gescltictlie der bùhmischen Reformation un xv Jaltr., p. 149. 132 LIVRE XI.V aux jeûnes, à l'abstinence, etc. » l'ouï' (•<• passade, Krummel renvoi»' à Aniitvycliffus seu Meduîla tritici, p. i62. Mais s'il avail pris la peine de lire lui-même le passage en question, il aurait remarqué : 1) qu'il ne se trouve pasdansle M cdulla tritici seu Antiwyclefu8 t m&îs dans le Dialogué polatilis (page 462 au lieu de t61); 2) que [< louanges en question no sont pas attribuées à Huss par Etienne île Dolan, mais que Vauca (Huss) se les donne lui-même, ce qui lui attire d'amères paroles de la part du passereau. A la tension produite en Bohème par le wiclefisme vînt alors s'ajouter une question de nationalité. Le wiclefisme avait été adopté presque exclusivement par les Tchèques, tandis que les Allemands le combattaient. Les Tchèques songèrent alors [39] naturellement à mettre enfin un terme à la prépondérance des Allemands dans l'université de Prague, prépondérance qu'ils détestaient depuis longtemps déjà. Une circonstance vint donner l'espoir d'opérer ce changement: ce fut la rupture de Wencesla- avec (irégoire XII, suivie de la promesse que fit ce prince de faire représenter au concile de Pise (octobre 1408) }. L'archevêque et les Allemands ayant refusé leur adhésion à ce projet, les Tchè- ques furent d'autant plus ardents à se ranger de son côté 2 , que les deux parties avaient porté leur cause devant lui à KuttenberL r . Jean Nas, docteur dans l'un el l'autre droit, et souvent envoyé eu mission par le prince, "dit à ce sujet : « .l'étais présent moi-même lorsque les maîtres des trois nations (allemandes) comparurent devant le roi pour y défendre leurs droits établis par leurs consti- tutions. Wenceslas leur donna raison. Sur ces entrefaites, Huss, Jérôme de Prague et d'autres vinrent trouver le roi pour l'attirer à leur parti; mais il leur répondit avec colère : Toi, Huss, et ton 1. Nous nous somn upéa déjà de cette affaire et nous avons vu qu'outre l'envoyé royal, Jean Kardinalis, de Reinstein, deux professeurs de Prague, Sta- nislas de Znaïm el Etienne Palecz, vinrent en Italie, mais lurent arrêtés par Bal- thazar Cos? i. Deux mémoires de l'université de Prague en leur faveur ont été édités par Palacky, Documenta M. Joannis Hus } p. 345 sq. On en trouve un troisième (p. 3G3) où les cardinaux de Pise prienl Balthazar Cossa de rendre la liberté aux deux prisonniei s. 2. L'archevêque reprochait à Huss de ne plus reconnaître Grégoire XII comme pape; Huss défi ad sa neutralité dans une lettre au prélat. Y"ir Hôfler, Geschi- i htschreibt r der hussiti ivegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scripton s, t. vi, p. 168 sq., et Palacky, Documenta M. Joannis Hue, p. 5 sq.; Palacky, de même qu' Hôfler, écril gregi pour régi) p. G en haut, et plus loin. p. 515 rn bas, rescrvalione ccclcsix, au lieu de rcfnrmalione. 747. je an huss jusqu'à SON ARRIVÉE a CONSTAM 1 133 ami Jérôme, vous mettez la brouille partout, et si ceux qui en sont chargés n'y mettent pas ordre, je vous ferai brûler 1 .» Wences- las n élail donc pas du tout en ce moment décidé à opérer une révolution à l'Université, et comme il crut voir dans Huss le prin- cipal autour des querelles nationales et ecclésiastiques à l'Univer- sité, il le renvoya avec ces paroles si sévères et si menaçantes. Mais les choses ne tardèrent pas à changer, et le jour même où Wenceslas se convainquit qu'il n'y avait aucune concession à attendre des Allemands sur la question du pape, il rendit (18 jan- vier 1400) le décret que nous connaissons 2 , attribuant dorénavant 1. Huiler, Geschichtschreiber der hussilischen Beweguni;, dans Fonies rentra Austriacarum, Scriptores, t. n, p. 21G sq. 2. Palacky, Documenta M. Joannis Hicss. p. 347, cf. Hijfler, Geschichtschrei- ber, etc., dans tontes reruin Auslriacarum, Scriptores. t. n. p. 18 sq. ; Palacky, Die Gcschiclite des Husitenthums und Prof. C. Hôfler, p. '.'3. La rupture était com- plète entre l'archevêque et le parti réformateur quand le Grand Schisme ajouta un nouveau sujet de discorde et de dispute et amena dans l'Université une scission. Nous n'avons pas à revenir sur la situation connue : Grégoire XII et Benoît XIII se dérobant par de coupables arguties à la promesse faite et au devoir évident de contribuer à la paix de l'Église par le rétablissement de l'unité que, seule, l'abdi- cation des deux antagonistes pouvait aider à atteindre. Le concile de Pise avait la promesse du roi de Bohême, Wenceslas, de l'envoi d'une ambassade solennelle, et le parti réformateur ne doutait pas qu'on ne fût à la veille de voir l'unité de l'Eglise rétablie, un pape obéi par toutes les nations et puissant pour opérer les réformes et supprimer les abus. Les adversaires des réformateurs, membres du haut clergé de Prague et professeurs étrangers, plus ou moins gagnés par le roi des Bomains, Bobert, se prononçaient avec non moins d'énergie contre une solution imminente, croyaient-ils, dans laquelle ils voyaient une menace à leur situation acquise et un gros avantage pour leurs contradicteurs. L'archevêque, maintenant attaché à ce parti, refusa de se retirer de l'obédience de Grégoire XII. Le roi Wenceslas imagina de recourir à une réunion de l'Université et une assemblée générale fut convoquée par le recteur Hening de Balthenhagen. Les professeurs tchèques votèrent la neutralité, mais les autres nations étaient hostiles au projet de Wenceslas. Hening, sûr du résultat et craignant d'irriter le roi, leva la séance avant le vote. Les Tchèques s'obstinèrent dans leur manière de voir et Huss prêcha plusieurs fois en faveur de la neutralité. L'archevêque Zbynck ne vit d'autre moyen de le réduire que de frapper de suspense tous les prêtres qui avaient pris parti pour la neutralité et désigna particulièrement Huss. Malgré les protestations de celui-ci • i Bes -ssais de justilication, l'interdit fut maintenu. L'Université entière prit parti. Les Tchèques dévoués à Wenceslas suivaient sa faconde voir, les Allemands vendus ou acquis à Robert et à Grégoire XII se renforçaient du clergé non réformé. Les Tchèques demandèrent une revision des statuts et le changement d'une consti- tution qui assurait toujours la majorité aux étrangers. La Bohême, disaient-ils, est-elle une dépendance de l'Allemagne ? abdiquera-t-ellc sa souveraineté, même au prix d'une domination apparente ? Jean de Jesenicc donnait un corps à ces 134 LIVRE XLV à la Dation bohémienne irois voix, et une seule à la nation aile- ("401 mande. Nous avons déjà parlé de cette mesure, à la suite de laquelle toute la nation allemande (à l'exception des juristes) se retira. opinions e1 une voix à ces revendications : Dieu, disait -il, a voulu donner à chaque peuple son royaume-, qui n'appartient qu'à lui : en Bohême, il n'y avail jadis que des Bohèmes, les Bohèmes doivent donc jouir en liberi «'• de leurs l"is el de leurs droits, comme ils en jouissaient autrefois el sans être troublés par les Allemands. Dieu a mis à la tète des nations son peuple fidèle, de même le roi de Bohême doit ne lire son peuple fidèle, la nation bohème, à la tète et non à la queue; a elle la première et non la dernière place. La loi canonique et la loi civile sont d'accord sur ce point : c'est aux indigènes qu'appartient le gouvernement; c'est donc la nation bohème qui doil gouverner les nations étrangères, avoir une position pré- pondérante; les autres, clic peut les tolérer, mais ce ne sont pas les héritiers et les |m»m -seurs du royaume, ce sont des intrus, des esclaves; il n'est pas bon, a dit le Christ, de prendre le pain des fils pour le donner aux chiens, la table doit être servie d'abord pour les fils du royaume et les étrangers n'ont qu'à accepter hum- blement les miettes qui tombent du festin. N'était-ce pas là l'intention du glo- rieux fondateur de l'Université, l'empereur ('.liai les IV ? 11 veut que les Bohèmes invitent les étrangers et maintenant les étrangers sont devenus les maîtres : ils font aux Bohèmes les honneurs de leur propre maison et retiennent les meilleurs bénéfices et La plus grande part de l'autorité. Scandale sans exemple ! Les Alle- mands voudraient-ils laisser les Bohèmes diriger les universités d'IIcidelberg ou de Vienne ? Les Tchèques ne le demandent pas, mais pourquoi les Allemands seraient-ils plus favorisés à Prague ? Encore, au commencement, les Allemands pouvaient-ils objecter que les maîtres de leur nation étaient ivès nombreux cl plus éclairés que les Bohèmes : ils en ont profité pour diviser l'Université à leur guise; est-ce une raison pour condamner les Slaves à une perpétuelle sujétion ' Pourquoi ne pas leur appliquer les paroles de l'épître aux Calâtes : Tant que I fils est jeune il ne diffère pas de l'esclave, il est le maître, mais il est soumis à Huss fut alors nommé recteur pour lu seconde fois. Ce fut le pre- mier recteur de l'Université purifiée 1 . A partir de l'épuration des Allemands, Huss et ses amis firent preuve dans leurs sermons d'une hardiesse toujours grandissante. Il devenait de plus en plus clair que Huss, à l'encontre de Gerson et d'autres, abandonnant le point de vue de l'Église, n'attendait plus de l'Église elle-même le remède à ses maux. Au contraire, il mettait de plus en plus en évidence le principe de subjectivité, posant, comme règle infaillible de toutes les manifestations de l'Église, son propre point de vue, et réclamant du pouvoir civil la suppression de tout ce qui était incompatible avec cette règle. En conséquence, il se mit peu en peine des démarches et des cita- tions de l'archevêque 2 , que sa fidélité à Grégoire XII avait brouillé avec le roi, et rendu impuissant 3 . Les hussites, au contraire, qui en faveur des cardinaux. 11 reçut fort bien les députés des trois nations étran- gères de l'université de Prague et réserva aux Bohèmes et à Huss l'accueil désobli- geant et les menaces qu'on a vus : « Toi et ton ami Jérôme.... je vous ferai brûler. » Les Bohèmes se le tinrent pour dit et quittèrent la cour sans avoir rien obtenu; Huss tomba gravement malade et c'est alors que les conseillers de Wenceslas prirent en main la cause des envoyés ainsi éconduits et firent triompher leur manière de voir. Un décret royal de Kutna Hora, du 18 janvier 1409, déclara qu'il n'éiait pas juste que la nation allemande eût usurpé trois voix, tandis que les véritables maîtres du royaume n'en avaient qu'une seule. Cf. E. Denis, op. cit., p. 82-85. (H.L.) 1. Sur tous ces incidents, cf. E. Denis, op. cit., p. 86-89 : « Les conséquences du décret du 18 janvier 1409 furent graves pour l'Allemagne, la Bohême et les réfor- mateurs. Tous les étudiants ne se rendirent pas à Leipzig, beaucoup allèrent à Erfurt, Cologne, Heidelberg, etc., et accrurent la prospérité naissante de ces universités. Aucune d'elles cependant n'acquit une assez grande importance pour que son action s'étendît à l'Allemagne entière; aucune ne reprit le rôle que Prague avait joué quelques années, d'une capitale scientifique et littéraire. Leur influence resta provinciale, mais, loin de nuire au développement général d'Allemagne, cette décentralisation intellectuelle en créant sur divers points des centres actifs de travail et d'études, devint une des causes les plus sérieuses de ses progrès et imprima à sa civilisation un de ses traits les plus remarquables. Ceux qui quittè- rent Prague gardèrent au cœur la plus violente haine contre Huss et les Tchèques, répandirent dans tout l'Occident les accusations et les calomnies les plus injustes et enflammèrent de leur colère les croisés qui essayèrent quelques années plus tard d'exécuter les ordres de l' Église. » (H. L.). '2. Le procès-verbal d'une de ces citations contenant les accusations portées contre Huss et sa défense se trouve dans Ilofler, Geschichlschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriaearum,Scriptorcs,X. n, p. 182 sq., et Palackj . Documenta M. Joannis Hus, p. 164-169. v, 3. On peut voir dans sa lettre à M. Zawissius avec quelle violence Huss s'éle- vait alors contre ses accusateurs. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 9 sq. L36 LITRE XI. Y s'étaienl déclarés pour Alexandre Y, élu à Pise, ni, tinrent de celui- ci la omination du docteur Henri Crumharl de Westerholz, audi- teur du palais apostolique, comme juge ch rgé d'examiner les accusations portées contre l'archevêque. Ce dernier fui donc cité ;'i comparaître, et prohibition Lui fui Faite de procéder contre les appelants e1 plaignants 1 . Mais lorsque, le '1 septembre 1409, Zbynek se fui rangé aussi du coté d'Alexandre e1 lui eut adressé un rapport sur la situation religieuse, on ne donna plus suite à l'appel des hussites, au contraire l'archevêque fui même constitué juge de ses propres accusateurs 2 . Le 20 décembre, une bulle lui fut adressée, disant que le pape avait été informé par des rensei- gnements clignes de foi que les erreurs de Wiclef, touchant parti- culièrement l'eucharistie, s'étaient introduites à Prague, et géné- ralement en Bohème et en Moravie, où elles avaient empoisonné heaucoup d'âmes. Afin d'en empêcher une plus grande diffusion, le souverain pontife interdisait de prêcher à l'avenir ailleurs que dans les cathédrales, collégiales, églises de paroisse ou de monastère [41 et les « imetières de ces églises. Il chargeait, en outre, l'archevêque dont le zèle lui était connu de prononcer, avec le concours de quatre théologiens et de deux canonistes, au nom de l'autorité pontificale, ;>nr tous les appels et litiges adressés à Rome à propos de cette affaire et de prohiber, en vertu des mêmes pouvoirs, d'enseigne] et de défendre les fameux articles (45) dans les écoles, etc. Enfin le pape menaçait tous les ecclésiastiques de déposition et d'arresta- tion, s'ils refusaient de réprouver les susdits articles et de livrer les ouvrages de Wiclef en leur possession. Dans une autre lettre de la même date, Alexandre V sommait le roi de procéder contre les Aviclefites 3 . Ces lettres n'arrivèrent à Prague qu'au mois de mars M10, et l'archevêque, s'inspirant de leurs prescriptions, au s> node d'été (16 juin li'10) 4 condamna au feu une série des œuvres 1. Palacky, Documenta M. Joannis Uns. p. 389 et 402. 2. Palacky. op. cit., p. 189 et 402, etc. 3. Palacky, op. cil., p. 372 sq., 374 sq. ; Ilofkr, Concilia Pragensia, p. 02; Gesckichtschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, N. riptores, t. vu, p. 33 sq. ; MagisU r Joh. Uns und der . 1 bzug der den Profes- sorcn und Studenten ans Prag, p. 289, 291, 293, 298 sq.; Raynaldi, Contin. A an, il. Baronii, ad ami. 1409, n. 89. i. lu non 1409, date fausse donnée dans Concilia Pragensia, p. 64; Geschicht- schreiber der hussitischen Bewegung, dans Foules rerum Austriacarum, Scriptores, t. n, p. 21. La vrai'- date est donnée dans Palacky, Documenta M. Joannis lias, p. 378 sq. .1-. JEAN IllSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANi 1 137 de W iclef, comme manifestement infectées d'hérésies el d'erreurs (la bulle pontificale n'avait pas ordonné de les jeter au feu). Quant à ceux qui n'avaient pas remis les ouvrages incriminés, ou qui en avaient appelé au pape à ce sujet, il leur fut accordé un délai de six jours pour faire cette remise et tous ceux qui prêcheraient dans les églises succursales ou soutiendraient les quarante-cinq articles lurent menacés de punition 1 . Immédiatement avant et après la tenue du synode, l'Université maintenant devenue tchèqtie avait protesté contre la condam- nation au feu des livres de Wiclef 2 et prié le roi d'y mettre oppo- sition, sous prétexte que ce serait une flétrissure pour lui et pour tout son royaume, si l'on apprenait au dehors que tant d'écrits de \\ iclef avaient pénétré en Bohème. Cependant, malgré l'inter- diction du pape, Huss continuait de prêcher dans la chapelle de Bethléem; il prit occasion du décret synodal pour faire une vio- lente sortie devant les ouvriers bohémiens, etc., et autres auditeurs semblables qui, saisis de fureur, se mirent à vociférer : « Les prélats qui vous ont accusés et surpris la bulle du pape sont des menteurs. » Quelques jours plus tard (25 juin 1410), Huss et plu- sieurs de ses amis, au nom d'un grand nombre d'adhérents réunis dans la chapelle de Bethléem, en appelaient au nouveau pape [42] ,)ean XXIII de la condamnation portée par l'archevêque, qu'ils appelaient une injure faite à la Bohême et à sa couronne 3 . Nous avons encore deux documents qui concernent ce second appel: le titre notarié du 25 juin 1410 4 , et la lettre des appelants au pape °. Celle-ci renferme la prière adressée au souverain pontife de commettre à l'instruction de toute la cause le cardinal Colonna, qui avait déjà été chargé d'en examiner quelques points, et de lui donner pouvoir de citer l'archevêque. Sans s'émouvoir de toutes ces démarches, Zbynek fit brûler, au son des cloches et au chant du Te Deum, les ouvrages qu'on lui avait livrés (16 juillet 1410), ce qui excita tellement la colère 1. Hôfler, Magisler Joli. IIus und der Abzug der deulschen Professoren und Sludenlen aus Prag, p. 2'J'J-301 ; Concilia Pragensia, p. 64-69. 2. Voir les documents dans Hôfler, Geschichlschreiber, etc., dans Fontes reruni Austriacarum, Scriplores, t. vi, p. 187, et Palacky, Documenta M. Joannis IIus, p. 36. 3. Palacky, Documenta M. Joannis Uns. p. 189. Sur tous ces incidents, le récit très clair et plus développé de E. Denis. op. cit., p. 93-97. (II. L.) 4. Palacky, op. cit., p. 387 sq. 5. Palacky, op. cit., p. . cit., p. 397; Hôfler, Magister Joh. Hus und der Abzug der deutschen Professoral und Sludenlen ans Prag, p. 308; Palacky, Geschichle von Bidimen. t. m. p. 252. Suivant Czerwenka (Geschichle der evangel. Kirche in Bphmen, p. 82) L'archevêque n'agit si résolument que parce qu'il avait de puissants ami- i la cour d'Avignon. .Mais Alexandre V el Jean X \ 1 1 1 étaient-ils dune des pap< s d'Avignon ? [Cette excommunication entraîna beaucoup de désordre, cf. E. Déni-. op. cit., p. 98-100. (II. L.)l 3. Palacky, Die Geschichle des Hiuitenthuma und Prof. C. Hôfler, p. 139. 4. Les déclarations publiques de lluss, Jacobeck et d'autres à ce sujet, se trouvent dans Palacky, Documenta M. Joannie Hue, p. 399 sq. 5. Palacky, Geschichle von Bôhmen, i. m a. p. 253, 256. 6. Dans son dernier ouvrage : Die Geschichle des Husitenthums und Prof. C. Il"jls examinée h traitée en Bohême 2 . Wenceslas envoya en même temps près du pape le docteur Nas e1 le maître Jean Kardinalis, de Reinstein, pour lui fournir verbalement de plus amples explications ; . i tuss députa aussi a Bologne trois procureurs, parmi lesquels son ami, le juris- consulte .Iran de Jessenctz; mais, ceux-ci ne pouvanl rien obtenir du cardinal ('.«donna interjetèrent appel au souverain pontife. Cela n'empêcha pas Colonna d'excommunier Jean Huss comm> contumace. Mais le pape lui retira L'affaire des mains pour la con- fier à une commission de quatre cardinaux, présidés par François Zabarella et Louis Brancaccio, laquelle néanmoins devait siéger en Italie et non en Bohême. Au dire des hussites, l'archevêque et ses amis auraient obtenu cette décision au moyen de riches pré- sents faits au pape et à quelques cardinaux 4 , mais il était de leur inléréi de rendre suspects et le jugement du pape et l'archevêque lui-même. Nous pouvons regretter avec Palacky qu'un homme [451 aussi éclairé que le cardinal Zabarella n'ait pas été envoyé en Bohême; nous croyons cependant que. vu l'état des affaires et la grande présomption des hussites, il n'aurait pas réussi. A supposer même que Zabarella fût allé en Bohême, Palacky aurait eu à le déplorer également, car le cardinal n' aurai 1 certainement pu accor- der aux hussites toutes leurs exigences. —Bientôt, p«>ur une raison mal éclaircie, l'affaire fui passée au seul cardinal Brancaccio, qui J. Palacky. op. cit., p. 413-415. 2. Le roi voulait que le pape imposât silence aux deux partis, mais il roulm: par-dessus lout que Jean Huss tût dispensé de comparaître en pi rsonne, car il il indigne du royaume « de livrer à la discrétion de ses ennemis un prédicat si utile ■ i d< plonger dans la consternation une immense multitudi [H. L.) Palacky, op. ci!., p. 422-426. Cf. Hôfler, Geschichtschreiber der Inissitischen //il. dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores,t. n. p. 188 sq. Huss était avaincu et l'avenir montra que ses pressentiments ne le trompaienl pas et que amements étaient pris à bonne source, que, pour lui, sortir du royaume c'était - livr< 1 à la m or t. 11 devait montrer qu'il était de ceux qui savenl donner leur vie, mais l'occasion oc lui paraissait pas i fenue. II. L.) i. Hôfl • . op. > ■//.. t. n. p. 20. 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 141 la traîna en longueur; ce ne fut qu'après de longs retards qu'il ordonna l'exécution rigoureuse de la sentence de Colonna 1 . En conséquence, l'archevêque prononça l'excommunication contre IIuss et ses partisans (15 mars 1411), et bientôt après contre les administrateurs de la ville de Prague, sur laquelle il jeta L'interdit. Huss interjeta appel au concile général et. continua de prêcher 2 . 1. I lus- était tout à L'espérance. La protection du roi le mettrait à l'abri de tout danger personnel et lui attirail dos partisans. Le résultat le plus clair des attaques du clergé avait été de faire connaître l'existence d'un nommé Wiclef, auteur d'une doctrine dont on avait eu la curiosité de lire les enseignements contenus dons le Dialogue, le Trialogue et le Discours sur la Trinité. Beaucoup de ceux que le personnage de IIuss n'eût pas entraînés, se livrèrent à Wiclef. En 1408,1e prieur des chartreux de Dolan, près d'Olonnic, Etienne, jette un cri d'alarme, car il s'aperçoit qu'on lit les écrits de Wiclef à la cour, à l'Université, au foyer et jusque dans le cloître. Cf. B. Pez, Thcs. anecd., t. iv b, p. 150.. A Bologne, les maîtres de l'Université refusaient catégoriquement de brûler les ouvrages de Wiclef, ils donnaient pour raison qu'ils ne voulaient pas blesser l'université de Prague. D'Angleterre, un ancien compagnon de Wiclef, Richard White, écrivait à IIuss pour le féliciter de sa clairvoyance et de sa fermeté, et. celui-ci répondait en termes élevés mais où on découvre déjà cette exaltation que le protestantisme a cru dissi- muler sous l'éclat trop pompeux des images et des allusions bibliques. Documenta, p. 12-14; E. Denis, op. cit., p. 102. Mais ces témoignages de sympathie rendaient IIuss de plus en plus suspect à la cour romaine. Le concile de Pise ne remontait qu'à deux ans, les abus étaient plus enracinés que jamais et le cri de réforme d'autant plus menaçant partout où il se faisait entendre. Le découragement sai- sissait les âmes droites, la présence sur le trône pontifical, qu'on avait prétendu déblayer des indignes, d'un personnage tel que Jean XXIII montrait assez que l'heure des réformateurs restait à venir. C'était cette heure que Balthazar Cossa redoutait par-dessus tout et il la pressentait plus redoutable à mesure que le réformateur serait plus prestigieux. Il n'en pouvait redouter aucun plus que Jean IIuss dont l'austérité formait un contras le accablant avec les vices de celui qui avait été l'élu de Pise. Que ce réformateur, que ce prédicateur eût liberté de parole, et il embraserait le monde entier. Balthazar Cossa ne se sentait aucune disposition pour jouer les rôles de grands pénitents, il espéra se tirer d'affaire en sacrifiant Jean Huss qu'il laissa déclarer coupable de rébellion (février 1411). (II. L.) 2. Cf. dans Palacky, Documenta M. Joannis IIuss, p. 16, son Epist. vm; llôfier, Gcschichtschreiber der hussitischen Bcwegung, dans Fontes rerum Austriacarum. Scriptorcs, t. n, p. 20, 291, 294; Palacky, Geschichle von Buhmen, t. ni a, p. 256- 259 et 263 sq. ; Documenta M. Joannis Huss, p. 429 sq. L'excommunication fut annoncée dans toutes les églises de Prague, sauf à Saint-Benoît et à Saint-Michel dont le curé était Christian de Prachatice. Le roi très mécontent fit rappeler à l'archevêque d'avoir à indemniser les étudiants dont il avait brûlé les livres. Zbynek n'en fit rien, on saisit ses biens, il excommunia les olficiers de la couronne qui avaient rempli l'ordre du roi à son égard et lança l'interdit sur Prague. (H. L.) 142 LIVRE XLV Au mois de juillet. 1411, au momenl de sa propre réconciliation avec -"ii frère Sigismoml, Weneeslas parvint à établir entre l'ar- chevêque et les hussites un accommodement qui fut d'ailleurs de courte durée. I d tribunal arbitral choisi par lea deux parties, et donl lea principaux membres étaienl : le prince électeur Rodol- phe de Saxe, le comte Stibor (de Transylvanie, envoyé de Sigis- mond . Wenceslas, patriarche d'Antioche, prévôl de Wyschehrad et chancelier du roi, et Conrad, évêque d'Olmutz, rendit sa décision en juillet 14 Ll : l'archevêque devail se soumettre an roi et écrire au pape qu'il no savait absolument rien relativement à des héré- tiques en Bohême; que louchant les dillicultés soulevées à l'occa- sion de Huss et d'autres membres de l'Université il avait été pleinement satisfail des explications du roi et de ses conseillers. En conséquence, le pape était prié de lever toutes les censures portées par lui dans cette affaire, et de retirer l'obligation pour Huss de comparaître en personne 1 . En même temps, Huss affirma lui-même son orthodoxie et remit, le soir du 1 er septembre 1411, dans le Colle gium carolinum, au recteur et aux autorités de l'Uni- versité, une profession écrite sous forme de lettre à Jean XXIII, dans laquelle il protestait de son orthodoxie et de son respect [46 profond pour le vicaire de Jésus-Christ, en même temps qu'il repoussait comme mensongères diverses accusations lancées contre lui. Ainsi, c'est à tort qu'on lui reprochait d'avoir enseigné que la substance matérielle du pain demeure dans l'eucharistie, et que le corps de Notre-Seigneur n'est présent qu'au moment même de l'élévation, et non plus lorsque l'hostie est replacée sur l'autel. Jamais il n'avait soutenu que les seigneurs temporels puissent confisquer les biens du clergé, s'exempter de la dîme. etc. Il n'avait aucune part à l'expulsion d< > Allemands de Prague : c'était plutôt eux qui avaient violé les constitutions (charte de fondation) de l'Université (par une fausse explication) et refuse obéissance au roi. Cité à Home, continue-t-il, il s'y serait rendu volontiers, si les embûches de ses ennemis et suri oui des Allemands ne l'en avaient empêché. Bien souvent il s'était déclaré prêt, et il s'offrait encore une fois à répondre à ses adversaires, s'engageant même, s'il était 1. Lea pièces justificatives sont dans Palacky, Documenta M. Joannis Ilus, p. Î34-443; et dans IlùhYr, op. cil., i. m. p. 294, 296 Bq.; t. m. p. 193-2C0. Palacky, Geschichte von Bôhmen, Lui a, p. 268. Palacky suppose que cette onciliation temporaire entre l'archevêque et Huss eul Heu avec l'assentiment du pap . 7'i7. JF.AN HL'SS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 143 vaincu, à subir la peine du feu, pourvu quen cas de défaite ses accu- sateurs fussent condamnés à la même peine 1 . Le même jour (1 er septembre 1411), IIuss écrivit au Sacré- collège pour dire combien il avait travaillé à faire rejeter l'obé- dience de Grégoire XII, et à faire reconnaître le concile de Pise. (.'est pour cela que l'archevêque Zbynek l'avait persécuté, et lui avait interdit les fonctions sacerdotales dans le diocèse. Plus tard ((■pendant ce prélat avait dû faire lui-même adhésion au concile; voilà quel était le principal motif des poursuites exercées contre lui. Que les cardinaux veuillent bien prendre sa défense et le dis- penser de la comparution personnelle. Il est innocent et prêt à se justifier devant l'université de Prague et tous les prélats (de Bohême). Il faut avouer que cette lettre ne s'accordait guère avec les étiits que Jean Huss publiait à la même époque, avant et après st m accommodement avec l'archevêque. Dans le livre De libris \ i hsereticorum legendis, non seulement il s'élève contre la condam- nation au feu des livres de Wiclef, mais encore il attaque assez ouvertement l'autorité de la tradition, en soutenant que celui-là seul est hérétique qui est en contradiction formelle avec l'Ecriture. Dans un autre ouvrage intitulé Actus pro defensionc I] icleffî, il défend les livres de Wiclef, et attribue à la jalousie de l'anté- christ la défense à lui faite de prêcher dans le même sens ; il écrivit encore la Defensio quorumdam articulorum J. \\ icleffi, et les opuscules De ablatione temporalium a clericis et De decimis, où il prétend démontrer que les laïques ont le droit et même le devoir de refuser la dîme aux clercs, si ceux-ci en font mauvais usage. Il y soutient encore cette proposition de Wiclef, que toute personne en état de péché mortel ne peut demeurer supérieur temporel ni spirituel. C'est vraisemblablement à cette époque qu'il faut placer la correspondance de Huss avec Richard White, wiclefite anglais, à qui Huss fait part de l'extraordinaire succès de la prédication évangélique en Bohême 2 . Il voulut aussi engager une discussion, 1. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 18 sq.; Hôfler, Geschichtschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes reruni Austriacarum, Scriptorcs, t. n, p. lC'i sq. Le document publié par Lchmann dans Studien und Kriliken (1837, I isc. 1), comme un écrit apologétique appartenant à cette époque, n'est qu'un fragment de la Hisloria de fatis, etc., de P. von Mladcnowicz. 2. Hôfler, Cescliich/srlireiber der luisait ischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores,t- VI, p. 210-214. La lettre de Huss à L'Anglais se trouve également dans Palacky, Documenta M. Joannis lins. y. 12 sq. i 'i \ 1.1 \'i: 1". \ LV le 13 septembre L411, avec un autre Anglais, Jean Stock, résidanl alors à Prague, chargé d'une mission do son souverain auprès «lu roi Sigismond d<- Hongrie, lequel prétendail qu'on ae pouvait lire les ouvrages î . Mais Stock ne voulut y consentir que si le débat avail l i *• m à Paria ou devanl une nuire uui\ ersil é neul re l . Toutes ces circonstances et d'autres encore engagèrent l'ar- chevêque à no pas envoyer au pape la lettre promise donl il a été question plus haut; au conl i aire, dès le 5 septembre MI L, il écrivit au roi pour se plaindre de V inobservation du conl rat, de la continua- tion des vexations contre le elergé et des calomnies malicieuses répandues contre lui. Il se rendit ou même temps à Presboui pour y implorer du roi Sigismond aide et protection dans cette affaire, mais la mort vint l'y surprendre, le 28 septembre 1 4 1 I -. ( >u élut à sa place le médecin de Wenceslas, Albik d'Uniczow, médecin, juriste, et maître es arts libéraux. C'était un homme déjà âgé, entré dans les ordres après la mort de sa femme; il était de mœurs irréprochables, prudent et rompu aux affaires; mais comme il vivait fort retiré, ses ennemis l'accusèrent d'avarice, et lui repro- chèrent encore d'avoir acheté sa dignité à prix d'argent 3 . Dès le mois de mai L412, le légat Wenceslas Tiem, doyen de Passau, vint lui apporter le pattium. Jean XXIII lui envoya en môme temps la bulle de publication de la croisade contre Ladislas de Naple Avec la permission du roi et de l'archevêque, on plaça do troncs pour les aumônes dans la cathédrale et l'église de Teyn et au "Wyschehrad, et les prêcheurs d'indulgences engagèrent le peuple à donner de généreuses offrandes (pour la croisade) *. Mais IIuss et ses amis ne manquèrent point de s'élever violemment, du haut de leur chaire, contre cette bulle, qui engageait à la guerre contre des chrétiens cl à verser le sang. Ils allèrent mémo jusqu'à traiter le papo d'antéchrist. I e 7 juin L412, en particulier, Huss soutint publiquement une thèse contre la bulle, déclarant qu'il ne recon- naissait d'autre autorité que « l' Ecriture sainte et la Loi du Christ '>, 1. Palacky, op. ci!., p. \\1. 1. Palacky, op. rii.. p. 143; GeschichU von Bohmcn, i. m a, p. 270 - |. '■'. Palacky, op. cit., t. m a, p. 273, contes ti i - cotisations : l'élection s'expliq fort bien sans elles par ce fait que le chapitre tenait beaucoup à élire un candidal agréable au roi. 'i. Tiem afferma la vente des indulgences aux diacres et aux curés et organisa un système de primes pour stimuler les clients. Le rapport s'annonçait fructueux, quand Huss s'insurgea contre cette exploitation. (II. L.) 7'i7. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE L45 et ne tenait les décrois du pape pour obligatoires qu'autant qu'ils s'accordaient a\ec cette Loi (ce dont, la conscience de chacun res- tait juge) 1 . Jérôme de Prague se montra plus violent encore et fut en conséquence regardé comme le héros du jour. Le 20 juin, lors d'une disputation du même genre, de bienveillantes remontrances de l'archevêque, de la faculté de théologie, ne furent pas écoutées; la défense de la bulle, entreprise par Etienne Palecz et autres, ne produisit aucun effet ; les amis de Huss parcouraient les églises, injuriant les prédicateurs qui recommandaient les indulgences, excitant le peuple contre l'autorité ecclésiastique; ils formèrent une ligue contre l'antéchrist visible, en même temps qu'ils répandaient partout des écrits injurieux contre le pape et les prélats. Deux livres de Huss, intitulés De indulgentiis et Contra bullam papas, attisèrent encore le feu et, sous la conduite de Woksa de Waldstein, noble de la cour de Wenceslas, on attacha la bulle au cou d'une |49j prostituée, que l'on plaça sur un char triomphal comme la repré- sentation de la « prostituée de Babylone ». Woksa étant ami de Jérôme de Prague, celui-ci aura probablement eu une part dans cette scène, mais non pas nécessairement Huss 2 . 1. On trouve une protestation de la faculté de théologie de Prague à ce sujet ainsi que la réplique de Huss, dans Palaeky, Documenta M. Joannis Hus, p. 448 sq. 2. Palacky, Gesclticlile von Bôhmen, t. iix a, p. 277 sq., et Die Geschichte des Husitenthums und Prof. C. Hôfler, p. 57; Krummel, Geschichte der bvhmischen Reformalion im xv Jàhrh., p. 260. Par contre, Hôfler (Magister Joh. Hus und der Abzug der deulschen Professoren und Studenten aus Prag, p. 306) place ce fait en 1410, et cette opinion est appuyée par la pièce publiée par Hôfler, Geschicht- schreiber der hussitischen Bcwegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Sciiptores, t. vi. p. 172. Cependant l'acte d'accusation contre Jérôme de Prague place ce fait au mardi de la Pentecôte, 1411. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xxvii, col. 855; ! Iardouin, Concil. coll., t. vm, col. 522. On s'est souvent étonné de l'influence qu'a eue sur les destinées de la religion catholique cette question des indulgences; Léon X, comme Jean XXIII, témoigna une surprise tout à fait sincère de se voir contester un droit dont l'origine était fort ancienne et qui découlait par une suite de transitions lentes et de conséquences naturelles d'un principe admis par tous les chrétiens. « Le trésor des indulgences qui appartient au pape et aux évèques, expliquera le concile de Trente, se compose des satisfactions surabon- dantes de Jésus-Christ. Une seule goutte du sang de l' Homme-Dieu aurait suffi pour racheter des milliers de inondes. A ce fonds inépuisable de mérites viennent s'ajouter, agréées de Dieu comme méritoires à cause de leur union avec les satis- factions du Sauveur, les satisfactions de Marie, la mère des douleurs, qui n'eut jamais aucune faute à expier et celles d'un grand nombre de saints qui ont souffert pour la justice et pratiqué de longues pénitences pour de légères imperfections. » On avait commencé par imposer aux pénitents des charités, quelques sacrifices CO.NCILES VII 10 I 'ili LIVRE xn Le roi Wenceslas décréta la peine de morl contre ceux qui se reluiraient dorénavant coupables d'outrages envers le souverain pontife 1 . En conséquence, la municipalité de Prague fil appréhen- pécuniaircs. De là à vendre les indulgences il n'y avail qu'un pas. \ussi les pap> B ne s'expliquaient-ils pas l'opposition que soulc\.iii l'exercice 'I une prérogative si simple, ils ne songeaient pas que ce trafic donnait lieu ■'< tous les abus du négoce et que les intermédiaires peu délicats <>u simplement (ripons jetaient en échange de l'argent reçu le discrédit sur l'institution. Attaquer cette corruption c'étail attaquer un abus et un revenu en se donnant tous les avantages de la probité et île la vertu, tandis qu'on rejetait toute la bonté sur les gens d'Église et qu'une partie rejaillissait sur l'Eglise elle-même. La tactique était si facile, les avantages à en recueillir si évidents, qu'on s'étonne que les papes n'aient pas plus tôt cherché iv porter remède. De plus, une pareille lutte passionnait le peuple qui comprenait à merveille une question de gros sous et se fût désintéressé d'une question de théologie pure. (H. L.) 1. Le. doyen de la faculté de théologie, Etienne Palet/, avail plusieurs fois blâmé la conduite du marchand d'indulgences Ticm; mais son opinion était toute platonique, et quand IIuss lui demanda d'obtenir une déclaration publique de la faculté et de l'Université blâmant le trafic spirituel, il se déroba. Palccz s'était montré brave contre le bon archevêque dont il savait avoir peu de chose à craindre, mais il n'avait aucune envie d'affronter l'Eglise et l'autorité pontificale. II l'avait vue et goûtée de près, ayant fait connaissance avec les prisons ecclé- siastiques de Bologne où il était venu avec Stanislas de Znaïm plaider auprès de Jean XXIII la cause de Jean IIuss. L'expérience lui avait paru concluante et il laissait à qui voudrait s'en charger le soin des attitudes héroïques et des prouesses théoloçiques. Bien plus, Palccz et Stanislas se déclarèrent ouvertement contre l'opinion de IIuss; ils firent donc décider par la faculté de théoloiri»- qu'il ne lui appartenait pas de juger la conduite du pape qui avail promis les indulgences ni de s'opposer à l'autorité du roi qui en avail permis la distribution. Huss les laissa dire et attaqua avec véhémence le trafic dans ses sermons. Par ses soins, des affiches placardées dans les rues les plus fréquentées et à la porte des églises et des édifices publics annoncèrent une discussion publique. La faculté de théologie prit l'alarme et chercha à empêcher la réunion. Sur sa demande l'archevêque Albik fit citer Jean Huss et lui demanda : « Voulez-vous obéir aux ordres apostoliques? » « De tout mon cœur, » dit-il. — i Eh bien, » B'écrièrenl les légats pontificaux. « Entendez-moi bien, continua Huss, je nomme apostoliques les ordres des apôtres de .Jésus-Christ et je suis prêt à obéir au pape en tant que ses ordres sont conformes à l'enseignement du Sauveur, mais s'ils y sont contraires, je n'y obéirai pas. eussé-je mon bûcher dressé devant moi. » C'était se découvrir et se lancer dans une voie d'opposition ouverte dont il était facile de prédire, à bref délai, les épisodes. Jus- qu'à ce jour, IIuss avait toujours manifesté le désir de voir le pape entreprendre la réforme nécessaire, il n'avait aucunement marqué l'intention de lui en contester la direction, tout au plus paraissoit-il lui en suggérer un peu vivement l'initiative. Cette fois, il y mettait une condition qui, pour ceux qui savent entendre ces soi de restrictions, semblait marquer le dessein de s,, substituer .m chef de l'Église. Ce n'était pas encore la rupture, mais c'en était le chemin cla -i que, et l'éventualité 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 147 der et décapiter le 11 juillet, malgré l'intercession de Huss, trois jeunes gens du bas peuple, factieux des plus exaltés qui, le diman- che 10 juillet, avaient publiquement contredit et insulté des pré- prévue du pape insuffisant ou indigne pour entreprendre et accomplir la réforme équivalait à une insinuation de la légitimité de la révolte. Mais il ne s'ensuit pas que, de ce jour, Huss ait cessé d'être catholique. Sans doute, il promettait obéis- sance, mais une obéissance conditionnelle à l'examen qu'on ferait de la conformité des ordres du pape à la doctrine du Christ, ce qui peut, à la rigueur, être considéré comme une revendication du libre examen; mais en 1412 on n'en est pas là, on tâtonne, on hésite et il ne faut pas à cette date juger et condamner Jean Huss d'après les doctrines plus arrêtées qu'il professera dans la suite. La proposition Je Huss ne tendait à rien moins qu'à faire de l'Ecriture l'unique fondement de la foi et de chaque fidèle l'interprète légitime de cette Écriture; mais Huss ne voyait pas l'arbre sorti du germe qu'il jetait audacieusement à ses contemporains; non seulement il ne voyait pas les conséquences de cette proposition, mais il ne les verra que plus tard et jamais aussi nettement que nous pouvons nous les repré- senter grâce aux développements historiques que leur a donnés le protestan- tisme. C'est son excuse, qui ne supprime pas son erreur, mais la ramène à son exacte proportion à la date où nous nous trouvons. C'est par degrés que Huss en est venu à la formule définitive de sa doctrine; à ses débuts, il ne rejetait pas encore l'autorité de l'Église, il croyait suffire à ses intentions réformatrices en présentant une conceptien de l'Église différente de celle jusque-là acceptée. Il ne faut pas oublier non plus que cette acceptation n'allait pas alors sans quelques restrictions et les idées reçues au xv e siècle touchant le gouvernement de l'Église et l'autorité du pape ont laissé leur trace dans les décrets du concile de Constance. La faculté de théologie voulut empêcher la discussion. Jean Huss passa outre et la discussion eut lieu le 17 juin 1412, présidée par le recteur de l'Université, Marc de Kralové Hradec. Huss aborda la question de savoir s'il était conforme à la loi chrétienne, à la gloire de Dieu, au salut du peuple chrétien, de laisser publier des bulles de croisade contre le roi de Naples Ladislas et ses partisans. Et il nia qu'il fût permis de donner de l'argent au pape pour lui procurer les moyens de verser le sang chrétien. On le contredit, Jérôme de Prague prit la parole et s'em- porta jusqu'à vouloir aller trouver, avec l'auditoire, les conseillers de la ville. Le 24 juin, une procession satirique circula dans Prague, quelques centaines d'étu- diants armés de butons et d'épées escortaient un char rempli de bulles papales; sur le char, debout, se tenait un étudiant déguisé en courtisane, il agitait de petites clochettes d'argent suspendues à son cou et à ses mains, suivant la mode de l'époque, et portait, attachées sur la poitrine, des bulles pontiticales; d'autres étudiants, déguisés en huissiers, couraient autour du char en criant à tue-tête qu'on allait brûler publiquement les lettres d'un hérétique et d'un coquin. La procession fit le tour du palais archiépiscopal, traversa la Vieille-Ville et les bulles furent brûlées sur la place de la Nouvelle-Ville. Ces démonstrations fâcheuses avaient entre autres résultats de réduire à presque rien le prolit de la vente des indulgences. Dans les troncs on trouvait, au lieu d'argent, des invectives et des arguments dont on n'avait que faire. L'excitation des esprits était telle que les ennemis de Huss jugèrent le moment opportun pour faire condamner par la L48 I.l \ i: l \ i \ dicateura dans leurs églises 1 . ajoutèrent six nouveaux articles dont le dernier décrétait d'hérésie qui- conque conteste au pape le droit, d'appeler les fidèles à sa défense ou «Je leur demander de l'argent. (II. L.) 1. Le récit, de cette exécution montre que les magistrats donnèrent leur parole que les trois jeunes gens seraient renvoyés chez eux; or, tandis que rluss rendail grâces dans la chapelle de Bethléem de cette solution pacifique, une charge de police refoulait la foule et dégageait le lieu d'exécution où les trois malheureux furent mis à mort. Cf. E. Denis, op. cit., p. 117. (H. L.) '.'.. Hôfler, Geschichlschreiber der hussilischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. \i, p. 201,1. vu. p. 230-234; Helfert, Uns und Ilicro- nymus, p. 110, 11G sq.; Palacky, Geschichte von Bôhmen, i. m a. p. -':'• -280; Czcrwenka, Geschichte ■ evangel. Kirche in Bôhmen, p. 85 sq. •'!. Cette division ne remonte pas plus haut, cf. Palacky, Die Geschichte des Husitenthums und Prof. C. Hôfler, p. 145. Huss affirme à plusieurs reprises que cette brouille fut causée par la bulle des Indulgences. Joannis Hus cl Hieronymi Pragensis historia et monumenta, t. i, p. 330 l>, 394 /', 398 3q. \ llu-s les appelle cancrisantes, parce qu'ils marchaient à reculons comme les il parle souvent dans ses ou\ ' '1.- leur défection. Cf. Joannis Uns et Hieronymi Pragensis historia et monumenta, t. i. p. 324 sq., 330 b, 334 a, 300 b. ■ i Pour une nouvelle condamnation des 45 articles, du 12 juillet 1412, cf. Pa- lacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 451 sq. (',. Palacky, Geschichte von Bôhmen, t. in a, p. 280-283; Helfert, «/>. cit., p. 116 sq., 134 si].; Hôfler, Geschichtschreiber der hussilischen Bewegung, dans J'onics rerum Austriacarum, Scriptores, t. vi. p. 202; t. vu, p. 41 sq., 45 sq. 747. jban iiuss jusqu'à son arrivée a constance 149 Ecclesia non sint tenendse, quia in scriptura Bibliic non coritinentur, est error. 4° Quod reliquise et ossa sanclorum non sint venerandos est crror. 5° Quod sacerdotes non absohunt a peccatis et dimittuni peccata, ministeriahter conjerendo et applicando sacramentum pœni- tentise, sed quod solum denuntient confitentem absolutum, est error. 6° Quod Papa non possit in necessitate evocare personas Christi- fidelium, aut subsidia ab eis temporalia pefere ad defendendam Sedem Apostolicam, statu m S. Romance Ecclesise et Urbis, et ad eompescendum et revocandum adversarios et inimicos Christianos, largiendo Christifidelibus fideliter subvenientibus, <>ere pœniten- tibus, confessis et contritis, plénum remissionem omnium peccato- rum, est error l . On trouve dans les Documenta édités par Palacky 2 , un septième article ainsi conçu : Item quod mandatum domini nostri régis et dominorum civium de eo, quod nullus clamarel contra prxdicatores (les prédicateurs de la croisade), nec contra huilas papœ, est et fuit justum, rationabile atque sanction. Vers le même temps, les curés de Prague portèrent au pape leurs plaintes contre Huss, par l'organe de leur procureur, Michel de Deutschbrod, surnommé Michel de Causis 3 . On confia le soin de 1. Palacky, Documenta M. Joannis IIus, p. 445 sq. ; Geschichtc von Bôhmen, t. m a, p. 281 sq. ; Hofler attribue, d'après un manuscrit, ces six articles à un synode diocésain de Prague tenu en 1413 (Concilia Pragensia, p. 72); mais ces articles se trouvent déjà dans les actes du synode de février de la même année (voir plus bas), et furent rédigés dès le 10 juillet 1412 chez l'évêque d'Olmùtz. Cf. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 456. 2. Documenta, p. 45G. 3. Voir leur court acte d'accusation dans Hofler, Geschichlschreiber der hussi- tischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. xi, p. 20 i, et Concilia Prag., p. 73. Michel de Causis avait été curé de Saint-Adalbert, à Prague 'dans la ville neuve) ; il vivait à Piome depuis quelque temps à titre de procurator de causis fidei, d'où lui vient son surnom. Issu d'une famille allemande de mineurs de Deutschbrod, il aurait été chargé par le roi Wenceslas de perfectionner les ruines d'or. N'ayant pas réussi dans cette entreprise, il se serait enfui à Rome avec l'argent du roi. Tel est le récit d'un ami de Huss, Pierre de Mladenowicz (Hofler, hichtschreiber der hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. n. p. 129). Un autre réquisitoire contre Huss et ses amis, antérieur à celui-ci, el rédigé après la mort de Zbynek, mais, paraît-il, avant les troubles de la bulle pour la croisade, car on n'en fait pas mention, vient d'être édité par Palacky, dans les Documenta M. Joannis II us, p. aix toutes différentes; d'après eux, il fallait en revenir à l'accom- 1 Palacky, Geschichle von Bôhmen, t. m a, p. 288. E. Denis, op. cit.. p. 120- 123. (IL L.) 2. Palacky, Geschichle von Bohmen, t. m a, p. 28G-289 et 297. 3. Il devait d'abord se tenir à Bohmischbrod. 152 Livnr. xlv modemenl du 6 juillet 1411, conclu entre l'archevêque et IIuss, ci permettre à celui-ci de comparaître devanl le concile pour s'v purger de la suspicion d'hérésie. Quiconque voudrail le charger, devrail se présenter devant l'assemblée, subir l.-i j >« i n r- du feu, s'il ne parvenail pas à prouver ses accusations. Si personne ne se pré- sentait, la Bohème serait considérée comme justifiée à l'égard de Rome et toute accusation ultérieure d'hérésie sévèrement inter- dite. Ilm-s exprima à peu près les mêmes désirs dans une lettre adressée au concile J ; Jacob de Stribro, dit Jacobeck, fit une pro- position un peu différente; enfin Jean, évêque de Litomysl, émit un avis plus radical (10 février 1413) : d'après lui, on nommerait un vice-chancelier chargé de la police de l'Université, la prédication serait surveillée avec soin et complètement interdite à IIuss et à ses partisans, dont les livres écrits enlanguetchèque seraient confisqués. Cette divergence de sentiments provoqua une foule d'écrits et de répliqués dont la plupart n'ont jamais été publiés; le concile se sépara néanmoins sans aucun résultai 2 . Le roi Wenceslas fit une nouvelle tentative pour rapprocher les partis, comme on les appelait, à l'aide d'une commission dont il confia la présidence à son favori, le prévôt de Tous-les-Saints, M. Zdenek de Labaun; l'ancien archevêque Albik en faisait aussi partie. Mais bientôt les principaux orateurs des catholiques, Sta- nislas et Pierre de Znaïm, Etienne Palecz, et Jean Éliâ, accusèrent la commission de faiblesse et de partialité, pour avoir appelé l'Eglise un « parti » et avoir voulu joindre aux décisions du Saint- Siège cette clause: « Chacun doit les recevoir, comme 1rs reçoit tout ^rai et fidèle chrétien. » En réalité, grâce à cette clause, les hus- sites pouvaient justifier leur désobéissance aux lois de l'Eglise, d'autant plus facilement qu'ils étaient parfaitement convaincus d'être de vrais et fidèles chrétiens. Après un débat stérile et prolongé pendant deux jours, les docteurs catholiques (c'est-à-dire les profes- r 54] seursdela faculté de théologie) cessèrent de paraître devant la com- mission, et furent exilés par le roi comme fauteurs de la discorde 3 . t. Palacky, Documenta, p. ■>- sq. '2. Voir les pièces dans Palacky, Documenta M. Joannis Uns, p, ',7.". 505, el dans Hôflcr, Concilia Prag. } p. 73-111. Cf. Hôfler, Geschichiachreiber der hussi- tischen Bewegung, dans Fontes rerum Austriocorum, Scriptores, t. vu, |>. ">1 sq.: Palacky. Geschichte von Bôhmen, t. m a, p. 290-294; Helfert, //^ und Hiero- nynuu, p. 138 Bq. et 278 sq.; E. Denis, op. cit., p. 123. 3. Palacky. Documenta M. Joannis {fus, p. 507-511; Hûfler, Geschichlschreiber 747, jean hlss jusqu'à son arrivée a constance L53 Stanislas de Znaïm ne tarda pas à mourir à Neuhaus. Jean Éliâ et Pierre de Znaïm gagnèrent la Moravie, et Etienne Palecz se réfugia à Litomysl. Wenceslas fit alors mettre à mort deux con- seillers allemands de la « vieille ville », les adversaires les plus déter- minés de la réforme, et enleva aux Allemands la majorité toujours gardée jusque-là dans le conseil municipal 1 . lluss vivait pendant ce temps sous la protection du seigneur d'Austie, dans le château de Kozihradek, où s'éleva plus tard la ville de Tabor (au sud de la Bohême). Après la mort de ce seigneur, il accepta l'hospitalité qu'Henri de Lazan, surnommé Lejl, lui offrait dans son château de Krakowcc (cercle de Rakowitz), non loin de Prague. Dans ces deux résidences, il écrivit une série d'ouvrages, les uns en tchèque, les autres en latin, parmi lesquels ligure son ouvrage principal, le traité De Ecclesia 2 . Déjà la défini- tion qu'il y donne de l'Eglise repose sur cette erreur dogmatique qui a eu, dans le cours des troubles causés par le hussitisme, de si funestes conséquences. L'Eglise, d'après lui, est la réunion des prédestinés, et l'unité de l'Eglise consiste dans Yunité de la pré- destination 3 . Celui qui n'est pas prédestiné (le prœscitus) ne pourra jamais faire partie de ce corps mystique du Christ. Les prœsciti sont dans l'Église, mais ils y sont comme les excroissances sont dans le corps humain, non des éléments essentiels, de même les prsesciti ne font pas partie de l'Eglise. Judas, bien qu'apôtre, n'était ni prédestiné ni membre de la véritable Eglise : il en est ainsi de beaucoup d'ecclésiastiques, et sans une révélation spéciale, on ne peut dire de personne, même d'un membre du clergé, qu'il est membre de la sainte Église. Aucun laïque n'est donc obligé de regarder son supérieur ecclésiastique comme un membre de i/r r hussitischen Bewegung, dans Fontes rerum Auslriacàrum, Scriptores, t. n. p. 28- 33; Palacky, Gesch. von Bohmen, t. m a, p. 294 sq. 1. Krummel, Geschichte der bômischen Re formation im xv Jahrh., p. 286-302; Palacky, Geschichte von Bbhmen, t. ni a, p. 295 sq. Dans son dernier ouvrage [Die Geschichte des Hussitenthums und Prof. C. Hôfler,j>. 100), Palacky prétend qu'à partir de ce moment les voix furent également partagées au conseil muni- cipal enlre les Allemands et les Tchèques, neuf de chaque côté. 2. Imprimé dans Joannis H us cl Ilicronymi Pragensis historia . 69; Hôfler, Crschichfschn H>rr der hti8aitischen Iicwegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. vi, p. 262; mont clans Palacky, Gesckichte i>on Bôkmen, t. ni a. p. 312. et dans les Acta concilii Consi. manuscripta, manuscrit in-V' de la bibliothèque de l'uni- versité de Tubingue, el provenant des archives d'Ërfurt. 3. Palackj . op. > il.. !. m «. [>. SI 4 sq. Les chefs d'accusation el l< - réponses de lluss sont doiiTi. >,s dans Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 164-185, et Hôfler, op. cit.. i. n, p. 182-203. 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON ARRIVÉE A CONSTANCE 163 qu'autrefois il s'était adonné au jeu des échecs, ce qui l'avait entraîné, lui et d'autres avec lui, à des mouvements de colère l . Il laissa aussi une lettre d'adieu en tchèque à tous ses amis de [63 "i Bohême. Il y disait « qu'il se rendait, bien que sans sauf-conduit (bez kleitu), au milieu de ses ennemis, plus nombreux encore qu'au- trefois ceux du Christ, et dont les plus acharnés étaient ses propres compatriotes. Il recommandait à ses amis de demander à Dieu pour lui la force d'àme, afin que, si la mort est inévitable, il la sup- porte avec fermeté, et que, s'il revient, que ce soit avec honneur et sans trahir la vérité 2 ». Cette lettre fut interpolée dans la suite; on y fit dire à Huss : quod si contigerit me abjurare, scitote, quod hoc ore faciajn et non corde consentiam. Pour veiller à la garde de Huss, tant au cours du voyage que pendant son séjour à Constance, Wenceslas et Sigismond avaient choisi trois nobles tchèques : Jean de Chlum (surnommé Kepka), Wenceslas de Duba, de Lestno et Henri Chlum de Latzenbok (ordinairement appelé Latzenbok); dès le 8 octobre 1414, Sigis- mond l'avait fait avertir, de Rothenbourg sur la Tauber, par un notaire, que cette noble escorte était prête et qu'il ne tarderait pas à recevoir les lettres de sauf-conduit 3 . Maître Kardinalis de Heinstein, curé de Janovic, Pierre de Mladenowicz, l'historien de son séjour à Constance 4 , et d'autres amis, se joignirent à Huss, 1. Palacky, op. cit., p. ~\\ Hôfler, op. cil., t. n, p. 121; M. Ziïrn (Leipzig, 1836) a traduit en allemand ces lettres ainsi que la plupart des autres lettres de Huss, en se servant du texte latin de Joannis Hus et Hieronymi Pragensis historia et monumenla. 2. Texte tchèque et latin dans Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 71 sq. Texte tchèque et allemand dans Hôfler, op. cit., t. n, p. 122 sq. ; Hôfler donne le texte allemand que Mikowec a publié (Leipzig, 1849) de neuf lettres de Huss. 3. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 593; Hôfler, Geschichlschreiber der hussilischen Besvegung, dans Fontes rcrnm Auslriacarum, Scriptores, t. vi, p. 263. Ct. Ascii bach, Geschichle Kaiser Sigismund's, t. i, p. 407, et Palacky, Gescliichte von Bôhmen, t. ni a, p. 314-316. 4. La Chronique de Pierre de Mladenowicz (plus tard curé de Saint-Michel et membre du consistoire utraquiste, mort en 1451), écrite en latin, parut pour la première fois, avec quelques altérations, dans le texte latin surtout, dans Les Epistolee quxdam piissimœ et eruditissimse J. Hus, Wittenb., 1537, avec une préface de Luther, puis dans Joannis Hus et Hierom/mi Pragensis liisloria ct monnmenta, ordinairement intitulée Hussii opéra, Nuremb., 1558 et 171*5; enfin plus récemment dans Hôfler, op. cit., t. n, p. 111-315, ct dans Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 237, etc. Cf. Palacky, Die Geschichle des Ilusi'ent/iums und Prof. C. Hôfler, p. 22 sq. L64 LIVRE Xl.V e1 le 1 1 octobre L414, ils partirent de Prague avec j >l u s de trente chevaux e1 beaucoup de voitures, tandis que le pape Jean XXIII traversait, les Alpes. Le long de lé route, lluss reçut le plus sou- \ en i des témoignages sympathiques «lu clergé el «lu peuple, à Nuremberg surtout, <>ù il lit afficher sur différentes portes « qu'il Be rendait à Constance, e1 invitait quiconque voudrait lui imputer [64 une erreur ou une hérésie, de s'y rendre égalemenl Bans retard : que là, il rendrai! compte de sa foi ;'i tous les contradicteurs ». Il écrivit encore de celle Aille une lettre à ses ;iinis de Bohême, leur racon- tant les incidents de son voyage, et insistant sur la réception favorable qu'on lui avait l'aile eu Allemagne: nulle part il n'avait rencontré plus d'animosité ([n'en Bohême. Il terminait en disant que, le roi Sigismond se trouvant, actuellement sur les bords du Rhin (c'est Rheno qu'il faut lire et non pas regno), Wenceslas de Duba s'ét;iit rendu auprès de ce prince, pour chercher le sauf- conduit; mais que lui-même, avec ses autres amis, sans s'arrêter plus longtemps, continuaient leur voyage pour Constance (ils passèrenl par Biberach où on leur fit un excellent accueil), car il croyait inutile d'aller en personne (demander un sauf-conduit) à l'empereur, e1 «le faire pour cela un aussi long détour l . Ils arrivèrent à Constance le samedi 3 novembre 1414, et Huss prit logement dans la Pauls gasse, chez une veuve nommée Fida - dont la maison (n. .128) porte encore aujourd'hui un bas-relief représentant Jean lluss. Dès le lendemain, 4 novembre, Henri de Latzenbok et Jean de Chlum allèrent prévenir le pape de l'arrivée de Jean Huss avec \ni sauf-conduit régis Romanorum et Ilunga- riœ 3 , et réclamer pour lui la protection. Le pape leur répondit avec bienveillance : « Quand même Jean Huss aurait tué mon propre frère, il ne lui arriverait aucune injustice à Constance 4 . » I'ar égard pour le roi Sigismond, il voulul retarder le procès jus- 1. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 75, 245; Hôfler, Geschichtscbnïber der hussitischet l %, dans Fontes rerum Auslriacarum, Scriptores, t. n, p. 126 Bq. ~1. Reichenthal lui «loin." le surnom de Pfistrin, mais il n'< -' pas ci rtain si c'esl a nom de [amille ou l'indication de sa profession (boulangère). Cf. Marmor, Das Concil zii Konslanz, 1858, p. 69. :;. Wenceslas de Pu lu n'apporta le sauf-conduit à Constance que le 5 novembre. Il ne s'agit donc pas ii i du sauf-conduil écrit, mais de l'assurance donnée par l'empereur el de I des trois nobles. 4. Palacky, Documenta M. Joannis Hus, p. 245 sq.; Hô fier, op. cit., t. n, p. 12 128; l'V icky, '- tchichle von Bôhmen, t. in a, p. olG sq. 747. JEAN HUSS JUSQU'A SON AR1UVÉE A CONSTANCE 165 qu'à son arrivée, el, en attendant il réduisit l'excommunication portée contre Huss à une simple suspense, qui l'empêchait seu- lement, de dire la messe et de prêcher, mais laissait à tout le monde la liberté de communiquer avec lui; Huss devait cependant avoir [65] soin de ne pas assister aux grandes cérémonies du culte, afin d'éviter le scandale. Naturellement cette mesure faisait dispa- raître l'interdit, ce qui était d'autant plus nécessaire qu'on n'au- rait pu autrement célébrer aucun service religieux à Constance 1 . Au soir de ce même dimanche, 4 novembre, Huss écrivit une nouvelle, lettre à ses amis de Bohême : il était anivé le 3 sans sauf-conduit, et dès le lendemain Michel de Causis avait déposé contre lui son réquisitoire. Sigismond est à Aix-la-Chapelle pour son couronnement, le pape et le concile doivent l'attendre pour commencer le procès: mais le roi ne pourra guère arriver avant Noël, et le concile sera alors bien près de sa fin, à moins qu'il ne se prolonge tout au plus jusqu'à Pâques. A Constance, tout est très cher, surtout le fourrage; aussi, Jean de Chlum et lui ont renvoyé leurs chevaux à Ravensburg; il craint de tomber bientôt dans le besoin, et prie ses amis de vouloir bien lui venir en aide. Latzenbok s'est mis en route pour rejoindre Sigismond. Il y a à Constance une grande quantité de Parisiens et d'Italiens, peu néanmoins jusqu'ici d'archevêques et d'évêques, mais un nombre assez considérable de cardinaux, qui se promènent montés sur des mules. Les Tchèques (ils s'étaient rendus à peu près au nombre de deux mille à Constance) ont dépensé leur argent pendant le voyage et se trouvent dans une grande pénurie. Il a grand'pitié d'eux, mais ne peut donner à tout le monde 2 . Dans une seconde lettre du 6 novembre, Huss se vante encore d'être venu à Constance sans sauf-conduit 3 , et de ne craindre en rien les efforts de Michel de Causis ni de ses autres ennemis; il espère, au contraire, remporter une éclatante victoire et confondre complètement ses adversaires. Le pape ne voulait pas arrêter le procès; il disait: « Qu'y puis-je faire, vos propres compatriotes poursuivent l'affaire » (quid ego possum, tamen vestri jaciunt : le roi Wenceslas avait, en effet, toujours exprimé le désir et il venait 1. Palacky, Documenta M. Joannis /fus, p. 80. ni haut; llôfler, op. cit., t. n, p. 310, en has, et 131 en haut. 2. Palacky, Documenta M. Joannis Tins, p. 77; Hôflcr, Geschichischreiber der hussilischeu Betvegung, dans Fontes rerum Austriacarum, Scriptores, t. Il, p. 129 >q. 3. Nous reviendrons sur la leçon fautive : « Sine salvo conductu, pap.e. - L66 LIVRE xi.v sans dowir de le renouveler à Constance, qu'aucun Bohémien ne fût accusé d'hérésie, e1 qu'aucune imputation «le cette nature ne lût émise contre Huss). La lettre dit ensuite que dans une conver- sation deux êvêques et un docteur ont assuré à Jean île Chlum <|u'on n'exigera de Huss qu'une adhésion tacite (sub ailentio con- cordarem, c'est-à-dire qu'on ne lui demandera pas un aveu formel do ses erreurs; mais il ne fera aucune opposition à cette subtilité h alors l'affaire tombera). Jean Huss ne manque pas d'en tirer [66] cette conclusion, quod timeni meam publicam responsionem, et prœdicationem; puis il ajoute qu'il compte sur l'arriver de Sigis- mond pour obtenir cette liberté de parler. Ce prince a\ -ait manifesté une grande joie en apprenant qu'il s'est rendu à Constance sans sauf-conduit : c'est \\ enceslas de Duba qui lui a annoncé ce l'ait (il est arrivé à Constance le 5 novembre avec le sauf-conduit). Dans toutes les villes, Huss a été très bien accueilli, il a fait afficher des déclarations en allemand et en latin dans toutes les villes impériales, et s'est entretenu avec les différents magistri. L'évêque de Lubeck, qui le précédait d'un jour, avait voulu ameuter la population contre lui; mais ses efforts ont été inutiles. Dans un post-scriptum, lluss rappelle de nouveau l'état lamentable de sa bourse et demande des secours 1 , Dix jours après, le 16 novembre, Huss écrivit une troisième lettre, plutôt en forme de sermon; il y raconte que malgré sa pré- sence on n'a pas interrompu le service divin dans la ville; que le pape lui-même y a dit la messe, depuis son arrivée 2 . La ld ire de maître Kardinalis de Reinstein fait aussi allusion à ce point; elle mentionne de plus le bruit alors répandu, sans savoir si c'est par les amis ou par les ennemis de Huss, que celui-ci devait prêcher à Constance dans une église le dimanche suivant et donner un ducat à chacun de ses auditeurs. Il affirme également que Huss dit la messe tous les jours (divina peragit) et qu'il l'a également dite pendant son voyage. En dernier lieu, Kardinalis pense que l'oie (Huss) ne doit pas craindre d'être rôtie, puisque la vigile de Saint- Martin tombe cette année-là un samedi, par conséquent un jour d'abstinence 3 . 1. Palacky, Documenta M. Joannis Uns, p. 78 Bq.; Ilofler. Geschichlschreibcr der hussitischen Bewegung, dans Fouir.': rcruni Auslriacarum, Scriptorcs, t. n, P. 131 sq. 2. Palacky, op. cit.. p. 81 sq. ; Iïoflcr. op. cit., t. m. p. 132-135. 3. Palacky, op. cit.. p. 79 sq.: Hôfler, op. cit., t. H, p. 130 sq. 748. AVANT L'ARRIVÉE DE l/EMPEREUR 1C7 748. Première session du concile, le 16 novembre 1414; ce qui se passe à Constance jusqu'à l'arrivée de Sigismond. Comme nous l'avons dit plus haut, la première session générale [67' du concile se tint le 16 novembre 1414, dans la cathédrale de Constance 1 . Le pape présidait; mais ce fut Jordan Orsini, car- 1. Toutes les sessions générales du concile, et toutes les congrégations générales se tinrent dans la cathédrale, comme le mentionnent expressément les actes syno- daux. On voit par là ce qu'il faut penser de la « salle du concile », près du port, que l'on montre aux étrangers, moyennant rétribution, avec toute sorte de pré- tendues antiquités. Le concile n'a jamais tenu la moindre réunion dans ce local; cependant ce fut là que se réunit le conclave pour l'élection de Martin V. Sur les sources du concile de Constance, N.Valois, La France et IcGrand Schisme d'Occident, in-8°, Paris, 1901, t. n. Avertissement, p. xiv sq. Au début de cette notice, que je transcris, M. N. Valois annonçait la « publication magistrale » de M. H. Finkc, « qui doit embrasser toute l'histoire du concile de Constance » et qui en était pour lors à la période des préliminaires; le tome i des Acla concilii Constantiensis. 1896, s'arrête à la veille de l'ouverture du concile; il n'a jamais été continué et la publication magistrale est demeurée une conjecture gratuite. A défaut d'un travail documentaire présenté avec la clarté, la probité et la minutie des œuvres que l'érudition française se contente de donner au public sans les annoncer d'avance, « il est fort malaisé de s'orienter dans l'amas immense de documents qui se rapportent au concile de Constance : actes, procès-verbaux, cédules, faetums et discours, publiés les uns dans les collections générales, telles que celles de Labbe et de Mansi, les autres dans le volume de Bourgeois du Chastenet, dans l'énorme et indigeste recueil de Hermann Van der Hardt ou dans le tome v des œuvres de Gerson éditées par Ellies du Pin. Le volume d'essais, paru en 1889, Forscltungen und Quellen zur Geschichtc des Konstanzer Konzils, in-8°, Paderborn, par lequel M. Finkc a pris, en quelque sorte, possession du sujet, est loin de résoudre toutes les questions que soulèvent la classification et la critique de ces sources; les textes importants qu'il donne en appendice ne sont eux-mêmes publiés que d'une façon fragmentaire et provisoire, je veux parler du Journal de Guillaume Fillastre et des actes dits « officiels » que M. Finke a reconnus plus tard n'être qu'un i xtrait du Journal de Jacques Cerrclani. A ces documents s'ajoutent le fragment de journal qu'a fait connaître M. Knopfler, les chroniques de Reichenthal, d'Eberhard Windecke, de Reinbold Slecht, etc., et les précieuses relations ou correspondances adressées de Constance, pendant le concile, par les délégués de l'université de Cologne ou du chapitre de Prague, par le Viennois Pierre de Pulka, par l'Espagnol Philippe de Malla. Cette série de témoignages que E. Martène, MM. Firnhaber, de Lolarull, Frommc, etc., ont mis à la portée de tous, tend à s'enrichir de jour en jour, par suite de nouvelles découvertes dans les bibliothèques et les archives. » M. Valois a rencontré et utilisé un certain nombre de relations ou de lettres iné- dites: d'autres, principalement aragonaises, lui ont été libéralement commu- niquées par M. Finke. Parmi les sources manuscrites qui lui ont permis d'exposer 1G8 l.l\ RE XLV dinal évr<|ue lusi( m s pièces nui n'ont point < :>core paru, tirées des ms. des meilleures bibliothèques, in-4°, Paris, 1718; J. Caro, Aus der Kanzlei Kaiser Sigismunds urkundliche Beitrâgc zur Geschichte des Constavzer Concils, dans Archiv j. nsterr. Gcschichtc, 1879, t. lix. p. 1-177; L. Cibrario, // concilio di Costanza c prima apparizione degli Zin^ari in Occidente, dans Memorie storiche, 1868, p. 322-326; Di un codicc risguardante il iio di Costanza, dans Arch. Veneto, 1871. t. m. p. 78-86; Coleti, Concilia. . t. xvi, col. 1 ; Das Concilium .vo zu Constantz gehaltcn ist worden des John g 1414, in-fol.j Augsboure, 1536; in-loi.. Frankfurth, 1575; el 1586; Confirmatio coj lituliomun Frederici JI et Karoline, quibus libertas ecclesiastica fortiter j>rote- gitur, citm multis adjectionihus per concilium Constantiense appositis, in-S°, iis, 1503; J. Ou Me!, /.,• concile de Constance et les origines du (.,'Hicanismc, dans Bévue des scù nées ecclésiastiques, 1S69. Il r .-.'rie. t. i\, p. 481-514; Desraol 748. avant l'arrivée de l'empereur 169 avec zèle e1 dévouement à la paix et à l'avantage de l'Eglise. Le cardinal Zabarclla et un notaire pontifical donnèrent lecture de la bulle de convocation du décembre 1413, et {Vun nouveau décret dans lequel le souverain pontife, avec l'approbation du saint con- Contin. Mcm. littèr. hist., 1749, t. m, p. 113-1'iS ; J. Eck, Des lieil. Concilii zu Constanz. der heylgen Christenheit und hochlôblichcn Keyszers Sigmunds, and auch des Teutzschen Adels cntschuldigung, in-4°, Leipzig, 1520; Zacharias Ferrcrius, Acta scitu dignissima docleque concinnata Constanlicnsis concilii celebralis.simi et brève Summarium super acta saneli Constantiensis concilii et super acta Basiliensis concilii, in-fol., Mcdiolani, 1511; H. Finke, Zwei Tagcbùcher iiber das Konstanzer Jïonzil, dans Rômische Quartalschrift, 1887, t. i, p. 46-79; Zur Geschichte des Konstanzer Konzils, dans Historisclies Jahrbuch, 1887, t. vin, p. 103-106; Kleine Quellensludien zur Geschichte des Konstanzer Konzils, dans même revue, p. 454- 474; Forschungen und Qucllen zur Geschichte des Konstanzer Konzils, in-8°, Pader- born, 1889; Bildcr vom Konstanzer Konzil, dans Badische hislorische Commission. Neujahrsblâtter, neue Folge, t. vi; Friedrich, Ueber den aulhentischen Text der iv Siizung des Concils von Constanz, dans Sitzun gsberichte phil. hist. Akad. 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Tous les membres de L'assemblée ayanl reçu le rdoce devaienl également dire une messe de Spiritu Sancto chaque semaine, el lotis les fidèles apporter à L'œuvre commune le concours de leurs prières, de leurs jeûnes e1