THE UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY 270 H3GcP-p Ll.l-0-'°" PRTMTET» HISTOIRE DES CONCILES d'après LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles-Joseph HEFELE CONTINUÉE PAR LE Cardinal J. HERGENRŒTHER TRADUCTION FRANÇAISE AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR DoM H. LECLERGQ BÉNÉDICTIN DE l'ABBAYB DE FARNBOROUOH TOME VIII PREMIÈRE PARTIE PARIS LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ 87, BOCL. RASPAIL, RUE DE VAUGIRARD, 82 1917 HISTOIRE DES CONCILES TOME VIII PREMIÈRE PARTIE HISTOIRE DES CONCILES LES DOCUMENTS ORIGINAUX PAR Charles-Joseph HEFELE CONTINUÉE PAR LE Cardinal J. HERGENRCETHER TRADUCTION FRANÇAISE AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES PAR DoM H. LECLERCQ BÉNÉDICTIN DIS l'ABBAYE DE FARNBOROUGH TOME VIII PREMIÈRE PARTIE PARIS LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE 87, BOUL. RASPAIL, RUE DE VAUGIRARD, 82 1917 NIHIL OBSTAT F. Cabrol. Imprimatur Parisiis, die 9" Novembris 1916. H. Odelin, vie. gen. Z.10 '± ^^ LIVRE CINQUANTIÈME DU CONCILE DE BALE AU CINQUIÈME CONCILE DE LATRAN 159] 848. Paul 11^ et les États de l'Europe. Le 30 août 1464, douze des vingt et un cardinaux présents au conclave, auxquels quatre autres firent accession, élurent le car- dinal Pierre Barbo, du titre de Saint-Marc de Venise, neveu d'Eu- gène IV, âgé de 48 ans ^. Au cours d'un pèlerinage au sanctuaire 1. La première partie du livre cinquantième a été publiée dans le t, vii^ 2'^ partie. 2. Paul II, né à Venise le 26 février 1418, cardinal-diacre en 1440, pape en 1464, mort le 26 juillet 1471; Christophe, Histoire de la papauté au Ave siècle, 1863, t. II, p. 114-199; IL de l'Espinois, Paul II et Pomponiu^ Lxtus, dans Revue des que-it. histor., 1866, t. i, p. 278-281; E. Motta, Documenti Milanesi intorno a Paolo II e al cardinal Riario, dans Archiv. soc. Rotn. di stor. patria, 1888, t. xi, p. 253-261 ; E. Mùntz, Inventaire des bronzes antiques de la colleciion du pape Paul II, 1457-1 'i71, dans Revue archéologique, 1878, t. xxxvi, p. 87-92; Inventaire des camées antiques de la colleciion du pape Paul II, suivi de quelques autres docu- ments de même nature, dans même revue, p. 157-171, 203-207; Les arts à la cour des papes pendant le Avc gi /g xvi^ siècle, recueil de documents inédits tirés des archives et des bibliothèques romaines, dans Bibl. des écoles franc. d'Athènes et de Rome, 1879; L. Pastor, Histoire des papes, trad. Furcy-Raynaud, t. iv, 1892, p. 1-180; A. M. Quirini, S. Pauli P. M. vindiciœ adversus Platinam aliosque obtreclatores, in-4*', Roma, 1740; G. Schlumbergcr, Anneau du pape Paul II, dans Bull, de la Soc. hist. France, 1880, p. 198. (II. L.) 3. Sur le conclave, cf. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 1-16. A noter le sermon d'ou- verture par Domcnico de' Domenichi, un habitué de ces sortes de soleiinilés et qui profite de la vacance pour dire tout ce qu'il a sur le cœur. La triste situation présente de l'Église s'explique par la conduite de ses chefs qui ont suivi leurs propres vues et dédaigné les vues de Jésus-Christ. Et voilà pour Pic II; mais le Sacré-Collège aura son tour : « Qu'est devenue votre autorité autrefois si éclatante i' Qu'est devenue la majesté de votre Collège ? Autrefois il ne se passait rien qui CONCILES VIII — • 1 1 30037 1 LIVRE L de Lorette pour le rétablissement de sa santé, Barbo s'était laissé dire qu'il serait pape; plus tard par reconnaissance il fit élever une grande église autour de la célèbre maison. Renonçant, sur des observations qui lui furent faites, à prendre le nom de Formose ou celui de Marc ^, il adopta celui de Paul IL Sa devise fut : Benejac Domine bonis et rectis corde, et son couronnement solennel se fit le 16 septembre ^. Sa première encyclique annonça le dessein de con- tinuer la guerre contre les Turcs. Il accorda aux cardinaux l'usage de la mitre en damas de soie blanche et de la barrette rouge ^. Après avoir fait droit à quelques réclamations qui pouvaient s'au- toriser du décret d'Innocent VI, il annula la capitulation signée en conclave, comme limitant trop la puissance pontificale ■*. Plusieurs cardinaux, comme Bessarion, Carvajal et Jacques de Pavie y étaient opposés, au point que beaucoup craignirent un schisme ^; toutefois la plupart se désistèrent. Les conseillers du pape dans cette affaire paraissent avoir été Etienne Nardini, archevêque de Milan, et Théodore de Lelli, évêque deTrévise, qui tous deux visaient à la pourpre ^, mais qui eurent une triste fin. Pour les affaires de la croisade, Paul II créa une commission de trois cardinaux et entra en négociations avec les Etats italiens, au sujet des contributions à fournir. Lui-même avait l'intention de donner 100 000 ducats '', Naples en aurait fourni 80 000, Milan 70 000, Florence 50 000, etc. On ne voulut point y consentir. Il affecta alors à l'expédition, à l'exemple de Pie II, le revenu entier des mines d'alun de la Tolfa découvertes près de Cervetri sous le n'eût été auparavant discuté dans votre assemblée, il ne se décidait pour ainsi dire rien sans votre avis. Maintenant c'est tout l'opposé. Cela ne saurait se tolérer plus longtemps. Le Sacré-Collège a perdu à peu près son prestige, sa dignité, son éclat. » (H. L.) 1. Cf. L. Paslor, op. cit., t. iv, p. 10 et note 1. (II. L.) 2. Ibid., t. IV, p. 15. (H. L.) 3. Raynaldi, Annal, ad ann. 1464, n. 57-60, n. 57-60; cf. ad ann. 1471, n. 58. Ces concessions ne furent consenties que pour apaiser les cardinaux outrés de voir le pape dénoncer le pacte, cf. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 21, note 4. (H. L.) 4. Sur ce pacte électoral, reproduit par Ammanati, Comment., p. 350-351 ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1464, n. 55; Ciacconio, op. cit., t. ii, p. 1071; Quirini, Vindicise, p. xxii-xxix; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 7-8. (H. L.) 5. Dépêche inédite de l'ambassadeur de Milan en France à François Sforza, 5 octobre 1464. (H. L.) 6. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 17, n. 3. (IL L.) 7. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 73 sq. (H. L.) 84S. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 3 L60] pontificat de ce pa})e (1462) ^ Renouvelée en 14G5, la proposition d'aider par des subsides Venise et la Hongrie trouva peu d'accueil auprès des princes d'Italie. La plupart ne souscrivirent que des sommes dérisoires. D'autres prétendirent garder la dîme turque, aussi bien que le vingtième et le trentième. Naples voulait pour ce motif être libérée de ses redevances envers le Saint-Siège. Paul II fut consterné de l'anéantissement de ses espérances et de l'égoïsme des princes ^ : il redouta même une alliance de Venise et de la Hongrie avec les Turcs ^. La paix avec la Hongrie avait eu un résultat désastreux en Bosnie"*; celle avec Venise, en Morée; mais les Vénitiens furent battus près de Corinthe, et môme après l'apai- sement de leur conflit avec Rhodes, le sort des armes ne leur fut pas favorable ^. Seul le valeureux Scanderbeg, en 1465, repoussa par deux victoires les Turcs entrés en Macédoine. Mais ses troupes étaient si épuisées qu'il dut aller en personne à Rome et à Venise solliciter des secours; il fut enfin vaincu, et mourut le 17 janvier [1468], après 24 ans de glorieux commandement ^. En féviùer 1467, Raguse dut acheter des Turcs son repos au prix d'un tribut annuel '. Chypre échappait complètement à la domination génoise. Après un siège de trois ans, Famagouste dut se rendre au roi Jacques; mais l'île était sous la suzeraineté égyptienne, et après que Jacques eut étouffé dans le sang une conspiration musulmane, il lui resta à apaiser, à prix d'or, le sultan d'Egypte. Ce voluptueux despote avait épousé Catherine Cornaro, richement dotée par la république de Venise qui convoitait la possession de l'île ^. Les Turcs dont la cruauté excitait toujours plus d'horreur — on con- naît les supplices et martyre du bienheureux André de Chio ^ — 1. Pii II Comment., 1. VII, p. 185; Raynaldi, Atmal., ad ann. 1462, n. 65; cf. ad ann. 1463, n. 85; De Tournon, Études statistiques sur Borne, Paris, 1831; G. Voigt, op. cit., t. III, p. 546-548. Sur cette découverte, cf. L. Pastor, op. cit., t. III, p. 248 et note 1. (H. L.) 2. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 76 sq. (H. L.) 3. Ibid., t. IV, p. 78. (H. L.) 4. Piaynaldi, op. cit., ad ann. 1465, n. 1, 2. 5. Ibid., ad ann. 1464, n. 66-69. 6. Ibid., ad ann. 1465, n. 16-19; ad ann. 1466, n. 1-7; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 79-85, Scanderbeg vint à Rome en 1466. Cette clironologie est établie par "Pastor. (H. L.) 7. Raynaldi, Annal., ad ann. 1467, note de Mansi. 8. Raynaldi, Annal., ad ann. 1464, n. 74. 9. SuriuSj Vitœ, 29 mai; Raynaldi, Annal., ad ann. 1465, n. 20-25. LIVRE L recourant à la ruse et voulant prendre le roi de Naples par l'ambi- tion, lui firent entrevoir la possibilité d'assujettir, a'vec leur con- cours, l'Italie entière. La trahison apparaissait trop patente dans [161] son odieuse réalité pour que Ferdinand n'en fût pas choqué; il tenta néanmoins d'en tirer parti. On l'entendit donc, au consistoire du 25 février 1465, solliciter par ses ambassadeurs une remise du tri- but et en même temps réclamer un conseil : pouvait-il lier avec la Porte des relations diplomatiques? Le cardinal Bessarion répondit à ce dernier point par un refus énergique; Paul II déclina l'autre demande, Ferdinand chercha à s'annexer plusieurs territoires de l'État pontifical, et se livra à l'occasion à quelques actes d'hostilité^. Après la mort du comte Everso d'Anguillara (f 1469), ses pos- sessions avec les villes de Cesène et de Bertinoro firent retour à l'Église 2. Paul II s'appliqua, dans l'intérêt de la guerre turque, à écarter de l'Italie toute cause de troubles; mais il n'y put réussir. Le duc de Milan, François Sforza, avait réuni à ses domaines Gênes et une grande partie de la Ligurie, uni par mariage sa maison aux maisons royales de France et de Naples et rendu à Louis XI des services importants. En France, les grands du royaume avaient formé une ligue contre Louis XI : c'étaient François, duc de Bre- tagne, à qui ce prince avait défendu, comme étant son vassal, de s'intituler « duc par la grâce de Dieu », de battre monnaie et divers autres actes de souveraineté; Charles duc de Bourgogne, Charles de Bourges et Jean d'Anjou, ce dernier mécontent de n'avoir reçu du roi aucune assistance dans ses prétentions sur Naples tandis que Louis XI avait cédé au duc de Milan ses droits sur la Ligurie, livré Savone et abandonné Gênes. Sur le conseil du duc de Milan, il s'efforça d'isoler les princes par des habiletés diplomatiques, afin de les tenir individuellement à merci ^. Le duc de Milan étant mort le 8 mars 1466, le pape assura à son fils Jean Galéas la paisible possession de ses États. Mais le nouveau duc se conduisit en tyran, pilla les biens d'Église, emprisonna le vicaire général du cardinal de Pavie, qui lui avait résisté en faisant son devoir, et confisqua tous les revenus du cardinal dans le Milanais ^. 1. Raynaldi. Annal., ad ann. 1465, n. 3, 4. 2. Papencordt, Geschichte der Stadt Rom ini Milielaller, Paderborn, 1857, p. 488; Balan, op. cit., n. 29, p. 190-191; Raynaldi, op. cil., ad ann. 1464, n. 75; ad ann. 1465, n. 6. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 137 si|. (II. L.)] 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1464, n. 73; ad ann. 1465, n. 10-13. 4. Candid. Dcccmbrio, dans Muralori, Rer. Ital. script., t. xx; Philelfc, 1. XXVII, 848. PAUL II ET LES ETATS DE l'eUROPE 5 [162] A Florence, Cosme de Médicis était mort à l'âge de quatre-vingts ans, le 1^^ août 1464; son fds Pierre étant peu capable, un parti se forma composé d'adversaires du pouvoir héréditaire et de l'alliance avec les Sforza. Ils furent exilés, mais trouvèrent assis- tance à Venise, tandis que Naples et Milan tenaient pour Pierre. Paul II fut impuissant à empêcher la guerre civile (1467), et dut se borner à protéger les États de l'Eglise ^. Des querelles menaçaient ou éclataient de tous côtés. La Savoie guerroyait contre le marquis de Montferrat, Guillavime : le duc de Milan s'y engagea comme allié de ce dernier, tandis que Venise tenait pour Savoie. La médiation de la France ramena la paix (le 14 novembre 1467) -. Paul II tra- vailla infatigablement à la pacification de Florence et de toute l'Italie, proposa les conditions de paix et par la menace des cen- sures en pressa l'acceptation (2 février 1468). Quelques points de détail furent finalement réglés et, enfin, en avril 1468, cette paix fut annoncée au milieu de l'allégresse universelle. Furent seuls mécontents les exilés florentins; quant au duc de Milan et au roi de Naples toujours préoccupé d'agrandir ses États aux dépens de ceux de l'Église, il leur arriva bien encore de troubler la paix ^. Après la mort de Sigismond Malatesta de Rimiiii (octobre 1468), son bâtard Robert promit au pape, à Rome, de faire rentrer le terri- toire dans l'obédience de l'Église romaine et en obtint d'abondants secours; mais ensuite il traita, au détriment du Saint-Siège, avec Ferdinand de Naples. Instruit de sa trahison, Paul II lui déclara la guerre ainsi qu'à son protecteur Ferdinand, et conclut une alliance avec Venise; mais la lenteur et les tergiversations des Vénitiens, non moins que la déloyauté de Robert et de Ferdinand, rendirent vaine l'entreprise contre Rimini ^. [163] En 1466, Paul II envoya en France l'archevêque de Milan avec Epist. ad Paul. II, Gard. Papicns., epist., cxciii^ ad Bessar.; cf. Epist.. clxxiii, ci.xxiv, ccccLXXxviii; Raynaldi, Annal., ad ann. 1466, n. 8-12; Balan, op. cit., n. 28, p. 189-190. 1 . Michel de Volaterra, dans Raynaldi, op. cit., ad ann. 1464, n. 76 ; ad ann. 1467, n. 17, 18; Balan, op. cit., n. 30, p. 191-192. 2. Balan, op. cit., n. 31, p. 192-194. 3. Jac. Papicnsis, 1. IV, p. 381 sq. ; Caspar Veron., De reb. gest. temp. Pauli II, 1. V, dans Muratori, Rerum Ital. script., t. m b; Raynaldi, Annal, ad ann. 1468, n. 15-31; Balan, op. cit., n. 32, p. 194; Constit. Vl liberius, dans BuUar. rom., Turin, 1857-1872, t. v, p. 189-194, n. 5, date erronée. 4. Jac. Papiens., 1. V, p. 403 sq., epist., cccxx, cccxxiv; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1469, n. 24-27; Balan, op. cit., n. 32, 34, 35, p. 194, 196. LIVRE L le titre de légat, avec mission d'y travailler au rétablissement de la paix. A ce moment la Normandie, avec Rouen, tombait au pouvoir de Louis XI, le duc Charles se réfugiait en Bretagne. Le roi envoya à Rome une brillante ambassade conduite par l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, porteur de lettres et de divers projets ^. Il devait faire obédience, exalter l'attachement du roi au Saint- Siège, récemment manifesté par l'abolition de la Pragmatique et par le projet d'abrogation des autres lois importunes à Rome, vanter la gloire de la royauté française (sans oublier sa prérogative de guérir les écrouelles), obtenir pour certains personnages déter- minés l'administration de vingt-cinq diocèses et recommander le duc de Milan, fidèle ami de la France ^. La lutte entre Louis XI et le duc de Bourgogne avait eu pour résultat de déchaîner sur la Belgique, sur Liège en particulier, toutes les fureurs de la guerre ^. Philippe le Bon s'éteignait dans l'impuissance. Son fils Charles le Téméraire lui succédait en juin 1467 et chargeait sa mémoire des atrocités qui marquèrent la prise de Dinant et de Liège "*. Pendant quelques jours (d'octobre au 2 novembre 1468) il tint le roi de France prisonnier et ne le relâcha qu'après l'avoir contraint à signer un traité qui, par la suite, fut déclaré nul. La lutte se pro- longea ainsi, envenimée par le cardinal Jean de la Balue, soucieux de se rendre indispensable à Louis XL Ses ruses déloyales furent enfin découvertes et en 1469 il fut emprisonné ainsi que Guillaume, évêque de Verdun ^. Là-dessus le roi réclama de Rome une enquête en France, ce qui donna lieu à de longues négociations sur la manière de la conduire. Le 27 décembre 1470, le pape nomma, en qualité de juges, l'évêque Paul et l'auditeur Nicolas de Ubaldi. La Balue ne recouvra la liberté qu'après onze ans, l'évêque de Verdun plus tard encore. Le roi se réconcilia avec son frère Charles, duc de Berry, au moins en apparence et pour un temps; avec la Bourgogne la guerre continua ^. 1. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 94. (H. L.) 2. Ihid., t. IV, p. 94-95; Raynaldi, Annal., ad ann. 1466, n. 15-16; Ch. Fierville, Le cardinal J. Jouffroy et son temps, 1412-1473, étude historique, 1874, p. 136 sq. (H. L.) 3. Pastor, op. cit., p. 97. (H. L.) 4. Heurard, Les campagnes de Charles le Téméraire contre les Liégeois, Bruxelles, 1867. (H. L.) 5. Ibid., op. cit., p. 98. (H. L.) 6. Jac. Papiens., Epist., cxxii, Comm., 1. VII; Mariana, 1. XXIII, c. lx; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1465, n. 7; 1466, n. 18; 1467, n. 19, 20; 1468, n. 34; 848. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 7 L'Espagne aussi fut en proie à la guerre civile. Plusieurs seigneurs [16'il se révoltèrent contre le faible Henri IV, roi de Castille. Ils voulaient écarter la princesse Jeanne qu'ils prétendaient de naissance adulté- rine et faire monter sur le trône, comme héritier légitime, Alphonse, frère puîné du roi. Comme ils demandaient au pape de reconnaître les titres de ce prince, Paul II décida l'envoi en Castille d'un légat. Ce légat excommunia les sujets rebelles, mais ils en appelèrent nu futur concile ^. La guerre civile continua, même après qu'Alphonse fut mort de la peste (juillet 1468) et qu'Henri lY fut redevenu maître de Tolède. C'était alors à la sœur du roi, Isabelle, que les révoltés voulaient donner le trône : elle le refusa du vivant de son frère. On finit par arriver à la convention de Toros de Guisande; Henri serait reconnu roi sa vie durant et Isabelle proclamée héri- tière; quant à la femme d'Henri, séparée de lui, elle serait renvoyée avec sa fille dans sa patrie, le Portugal; les conjurés obtiendraient une amnistie. Sur ce, le légat Antoine Venario leva toutes les censures. En Aragon il y eut aussi, sous Jean II, des luttes sanglantes, surtout au sujet de la Navarre et de la Catalogne: elles durèrent jusqu'en 1472. Le pape eut à protester (29 janvier 1466) contre l'emprisonnement de l'archevêque du Compostelle et de plusieurs évêques ^. Vers la fin de 1468, l'empereur Frédéric III fit un second voyage à Rome ^, autant pour accomplir un vœu que pour traiter de la Spondanus, ad ann. 1469, n. 4 ; Varillas, Vita Ludov. XI, 1. V, p. 334 ; Mezeray, Abrégé chronol.. t. m, p. 312; Rigant., In Reg. Cancell. 37, t. m, p. 225, n. 194 sq. [Cf. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 98 et note 1. (H. L.)] 1. En 1470^ Louis XI multiplia les démarches auprès des souverains d'Espagne et d'Italie dans le but d'obtenir leur appui pour un projet de concile qui visait directement Paul II. Moufïlet, Étude sur une négociation diplomatique de Louis XI, Marseille, 1884, donne le texte des discours prononcés par Guillaume Fichât sur la question du concile, en présence du duc de Milan et d'autres princes italiens. Ghinzoni, G. Maria Sforza e Luigi XI, dans Arch. stor. Lomh., 1885, IP série, complète et rectifie le travail de Moufïlet. Un rapport de l'ambassadeur milanais, daté de Rome, le 27 avril 1468, fournit la preuve que, dès cette même année, Louis XI s'efforça d'arracher des concessions à Paul II, en l'intimidant par la menace d'un concile; on y voit encore que Charles le Téméraire usait du même moyen d'intimidation. (H. L.) 2. Raynaldi, Annal, ad ann. 1465, n. 8; 1466, n. 18-19; 1467, n. 21; Hefele, Ximenès, Tùbingcn, 1851, p. 5-9; B. Gams, Kirchengeschichte Spaniens, t. m a, p. 314 sq., 425 sq. 3. Pastor, op. cit., t. iv, p. 148 sq. (H. L.) 8 LIVRE L guerre contre les Turcs et contre les hussites. On lui ménagea une réception brillante ^. Il reçut l'épée bénite, arma 100 {al. 125) nobles allemands ^ chevaliers au château Saint-Ange, fit admirer la pompe du cortège impérial et visita les lieux de dévotion. Loin de lui laisser remplir Vofficium stratoris, le pape ne voulut point monter sur sa haquenée qu'il n'eût vu l'empereur à cheval ^. Frédéric III exposa le plan d'une diète des princes à Constance, mais aussi d'un con- cile * et s'efforça de le faire agréer au pape. Le 9 janvier 1469, il partit, escorté par un certain nombre de cardinaux, défrayé de tout, lui et sa suite, tant qu'il fut dans les États de l'Église. Le 29 janvier parut, selon son désir, la bulle d'érection de l'évêché de Vienne, lequel cependant ne fut pas tout de suite pourvu ^. A son retour, l'empereur trouva l'Autriche en guerre avec la Bohême. Dans la [165] même année 1469, les Turcs envahirent la Croatie, infligèrent aux chrétiens une rude défaite et menacèrent Trieste et le Frioul. Fré- déric se voyant en sérieux danger, fut forcé de traiter; sa trêve de cinq ans se trouvait rompue : les Suisses s'étaient emparés de quelques places appartenant au duc Sigismond, ce qui provoqua contre eux les censures pontificales (10 mars). De France, de Bour- gogne et d'ailleurs Paul II réclama assistance et secours pécu- niaires (18 mars) pour la guerre contre les Turcs ^, et conclut une alliance avec la république de Venise (28 mai 1469) '. Contre les séditieux d'Autriche, il dut encore, le 4 juin 1470, recommander au nonce Lorenzo, évêque de Ferrare, d intervenir par la menace des censures ®. L'audace de Mahomet II n'avait plus de bornes. L'île de Négre- pont (Eubée) qui, comme vEnos en Thrace, avait vu, en 1469, le triomphe des armes vénitiennes, célébré à Rome par des réjouis- 1. L. Pastor, t. iv, p. 150. (H. L.) 2. Ibid., t. IV, p. 153. (H. L.) 3. Ibid., t. IV, p. 153. (H. L.) 4. Ibid., t. IV, p. 154. (H. L.) 5. Narraiio de Friderici Imp. profectione, dans Freher, Rer. Germ. scripL, édit. Struve, t. III, p. 19; J. Papiens., Comin., 1. VII; Raynaldi, op. cit., ad aiin. 1468, n. 42-48; 1469, n. 1-8. L'érection du siège de Vienne avait été sollicitée dès 1207 par le duc Léopold : Innocent III, 14 avril 1207, 1. X, ep. lu; P. L., 1. ccxv, col. 1143; Potthast, n. 3085. La bulle In supremse dignilatis spécula, 18 janv. 1468, dans Bull, rom., Turin, t. v, p. 195-197. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 155. (H. L.)] 6. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1469, n. 13-20. 7. Leibnitz, Cod. diplom., t. i, p. 427; Bull, rom., Luxembourg, 1747-1758, t. ix, p. 280. 8. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 10. 848. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 9 sances solennelles, tombait le 12 juillet 1470 au pouvoir des Turcs ^. Ils dévastèrent encore Leninos et Imbros, s'emparèrent de plu- sieurs villes de Morée et ruinèrent presque entièrement Athènes 2. « Ce désastre détruisait le lustre et le prestige de Venise, humiliait son orgueil ^. » On voulut en voir la cause dans l'inaction de Niccolo Canale jusqu'alors victorieux, qui dut céder le commandement à Mocenigo et fut mis en état d'arrestation. Paul II, à raison des antécédents du chef malheureux, s'entremit en sa faveur et Fr?n- çois Philelfe s'efforça de les défendre. I.e pape se proposait d'aliord d'assembler les princes italiens en une seule ligue : Naples, Milan et Florence y accédèrent le 7 juillet, et le 22 décembre 1470 il célé- brait à Rome par des réjouissances publiques le renouvellement du 166] pacte du 30 août 1454. Le cardinal Bessarion envoya de tous côtés les lettres les plus élogieuses et engagea les plus fameux oratevirs d'au-delà des monts à exciter l'enthousiasme des princes chrétiens pour la guerre sainte *. Tout fut inutile. Le pape devait tout faire : les princes d'Albanie s'adressèrent à lui, mais pour demander assis- tance ^. Il était cependant indispensable de sortir de l'inaction pour se garder des Turcs. L'empereur Frédéric III annonça une diète à Ratisbonne pour la Saint-Georges 1471 et y demaîida la présence d'un légat. Paul II désigna le cardinal François Piccolomini de Sienne qui parlait l'allemand et était persona grata ^. Le 18 mars, le légat partait de Rome et par Sienne et Florence se dirigeai!, vers l'Allemagne. Le l^'^ mai, il était à Ratisbonne où un très petit nombre de princes étaient présents ou représentés '. Quelques- uns n'avaient pas voulu entendre parler de diète, d'autres en appuyaient le projet avec la secrète pensée d'y déposer l'empereur pour cause d'incapacité. Le 25 mai, après la messe solennelle, l'évêque de Trente exposa, au nom de Frédéric, les propositions impériales. Le légat prononça un long discours à la suite duquel les princes et leurs représentants promirent assistance. Le lende- 1. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 161-163. (11. L.) 2. Phrantza, 1. III, c] xxx; Turcogiœc., 1. I; Philelfe J. XXXIIJ epist. Milan, 26 août 1470; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 11-14; Archivio storico italiano, append. IX, p. 400 sq. 3. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 164. (H. L.) 4. Ihid., t. IV, p. 165. (H. L.) 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 15, 43; Balan, op. cit.. n. 36, p. 199. 6. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 167. (II. L.) 7. Ihid., t. IV, p. 167. (II. L.) 10 LIVRE L main les disputes commencèrent; les ambassadeurs bourguignons ne voulurent pas siéger après ceux des princes électeurs; ils obtin- rent finalement une place parmi les ambassadeurs royaux, face à Pempereur. Alors ils étalèrent les bonnes dispositions de leur maître pour la réussite de la croisade; mais se répandirent en plaintes acerbes contre le roi de France. L'orateur de Venise se plaignit que la république fût délaissée par les autres États chré- tiens : on pourrait vaincre l'ennemi si les Allemands envoyaient une bonne armée et les Italiens leur flotte. L'évêque d'Eichstâtt, au nom de l'empereur, proposa l'équipement d'une armée de 10 000 hommes, dont un tiers de cavalerie; sa concentration sur les fron- tières d'Allemagne et les opérations militaires pour l'année sui- vante. L'empereur ne songeait pour le moment qu'à protéger ses propres États; le légat, songeant au salut commun, voulait une armée plus considérable. Les princes acceptèrent la proposition de l'empereur et en confièrent l'exécution à certains d'entre eux. Le 6 juin, arrivèrent d'autres membres de la diète : le landgrave de Hesse, l'archevêque de Cologne, etc. Le duc Wolfgang se plaignit que son frère retînt prisonnier son autre frère; le comte palatin exposa ses prétentions à prendre rang parmi les princes électeurs, ce que l'empereur lui refusa. Il arriva des lettres de Carinthie dénon-[167] çant les pillages des Turcs, et des demandes de secours de la Hon- grie. On traita avec les orateurs hongrois, polonais et bohémiens, même au nom des princes de Saxe. Les paroles oiseuses se multi- plièrent. L'empereur ne tarda pas à modifier ses vues et fit entendre qu'au lieu de 10 000 soldats un secours de 4 000 hommes serait suffisant. Le 19 juillet on s'arrêta à l'établissement d'une sorte d' « impôt sur le revenu », le « denier commun » { gemeinen Pfennig), annoncé le jour suivant. Ceux qui possédaient plus de 1 000 florins de revenu fourniraient un cavalier et ceux qui avaient plus de 500, un fantassin. Mais rien ne fut exécuté. Le « denier commun » parut une exigence papale intolérable et fut refusé. La mésintelligence persista, même après qu'on eut décidé la continuation de la diète à Nuremberg ^. Si on aboutit à quelque chose, ce fut grâce aux Hongrois, au pape, qui leur envoya un subside de 18 000 ducats, aux Italiens et aux chevaliers de Rhodes. Paul II avait cherché, par l'arche- 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1471, n. 1-14; Alb. Crantz, Saxon. Metrop., 1. XII, c. VII, p. 859. 848. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 11 vêque de Tours, à entraîner le roi de France à un acte décisif. Louis XI donna d'abord quelques espérances; mais bientôt une autre affaire l'occupa tout entier; il continua les hostilités contre la Bourgogne et laissa, sans assistance, Rhodes serrée de près par les Turcs ^. En Asie, le brave Ouzoun-Bey (Ouzoïm-Hassan), en Macédoine, Balsicus réclamaient en vain, dans leurs luttes, le secours de l'Occi- dent 2, Les habitants de Chypre demandaient le titre de roi pour Jacques, né bâtard; le pape le leur refusa une fois de plus ^. La guerre civile privait l'Angleterre de toute influence au dehors *. Le roi Edouard IV fut vaincu [à Edgecote] le 26 juillet 1469, et contraint de fuir en Bourgogne. Henri VI fut tiré de la Tour et remis sur le trône (11 octobre 1470). Six mois plus tard Edouard rentrait, retrouvait de nombreux partisans ^ et faisait le 11 avril 1471 son entrée à Londres. Le 14 avril, il battit le comte de Warwick qui fut tué; fit prisonnière la reine Marguerite à peine débarquée avec son fils et les fit tuer tous deux ^; il fit également assassiner Henri, prisonnier à la Tour (22 mai). La plupart des partisans de la maison de Lancastre se laissèrent corrompre; ainsi fut assurée la victoire de la maison d'York '. 168] Les États Scandinaves étaient également en proie aux plus grands troubles. Le roi Christian I^r avait réuni les trois royaumes : les Suédois se séparèrent de lui et rappelèrent l'ancien roi détrôné, Charles Knutson ^. Jean, archevêque d'Upsal, était soupçonné de conspirer à la fois contre tous les deux. Christian l'ayant fait emprisonner. Pie II exigea sa comparution devant des juges ecclé- siastiques : certains évêques d'Allemagne; et l'engagement de se soumettre à leur sentence^; l'archevêque Jean (Jons Bengtson) mourut loin d'Upsal, le 15 décembre 1467; le chapitre élut le doyen de Linkôping, Tordo, et en écrivit à Paul II, le 23 avril 1468 ^^. Paul 1. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 169. (H. L.) 2. Ibid., p. 175. (H. L.) 3. Raynaldi, Annal, ad ann. 1471, n. 41-50. 4. Lingard, Hisl. d'Angleterre, t. v, p. 288-289. (H. L.) 5. Ibid., t. V, p. 305. (H. L.) 6. Ibid., t. V, p. 311. (II. L.) 7. Gard. Papiens., Epist., ccclxxviii ; Philippe de Comines, Méin., c. li-i.ii ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 49, 50, 51, 52. 8. Pastor, op. cit., t. iv, p. 237. (H. L.) 9. Pii II Comment., 1. XIII; G. Voigt, op. cit., t. n, p. 376. 10. Reuterdahl, Swenska Kip-hans Historié, t. m b, p. 540-542. 12 LIVRE L néanmoins éleva au siège vacant Jacques Ulfson, archidiacre de Mexiô, qui rencontra une sérieuse opposition ^ Charles Knutson, rentré en 14G7, en possession du trône de Suède, mourut en mai 1470; et alors les Suédois se bornèrent à nommer un adminis- trateur, Sten Sture l'Ancien. • Christian I" de Danemark et de Norvège, prenant prétexte de sa guerre contre les Russes schismatiques, s'était attribué la moitié des dîmes recueillies par le nonce Marius de Fregano et opprimait l'Éghse 2. En Allemagne, les troubles recommençaient. En 1469, dans les Gueldres, le comte Arnolphe était retenu prisonnier par son propre fils, Adolphe. Le duc de Clèves prit parti pour le père, le pape menaça le fils des censures, mais vit ses menaces méprisées. Le duc de Bourgogne s'en fit confier l'exécution, et même se fit céder par le vieux comte, qu'il délivra, le pays entier. Les habitants en furent impitoyablement rançonnés, et cette terre, si florissante, en demeura épuisée pour longtemps ^. Dès la première année de son pontificat, Paul II s'était trouvé aux prises avec beaucoup de difiicultés. La suppression des réserves et expectatives fut l'objet de graves délibérations en consistoire. Plusieurs cardinaux opinèrent pour la suppression. Jean Carvajal, évêque de Porto, s'y opposa, et on se borna à restreindre l'abus de la commende pour les monastères ^. Dans le but d'avoir la paix avec Ferdinand, on proposa de céder [169] à la maison d'Anjou Avignon et le Comtat-Venaissin; et comme compensation de l'avantage que donnait au roi de Naples la dispa- rition d'un compétiteur désintéressé aux dépens de l'Eglise, Fer- dinand céderait à l'Éghse romaine le territoire d'Aquila. Carvajal trouva l'échange désavantageux : Avignon était un refuge pour le cas de nécessité; et pour les Itahens, un frein, la perpétuelle menace de voir le pape se dérober à leurs violences et les abandonner à leur insubordination. Les autres estimaient que la possession d'Avignon pouvait trop facilement suggérer au pape la tentation de quitter Rome, hors de laquelle il serait toujours sous quelque domination étrangère; car il n'y a qu'à Rome, que le pape soit réellement 1. Baaz, Invcnt., p. 51; Reuterdahl, op. cit., p. 37 sq. 2. Rcuterdalil, op. cit., p. 223 sq., 249 sq. ; Raynaldi, Annal., ad aiin. 1469, n. 20 et noie de Mansi. 3. Raynaldi, Annal., ad ann. 1469, n. 52-54. 4. IbicL, ad ami. 1464, n. 70-71. 848. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 13 libre ^. Paul II songeait sérieusement à la réforme de la curie. Les crens de cour et les employés des bureaux s'y rendaient coupables de beaucoup de malversations. Quant aux savants, avides d'hon- neurs et de plaisirs, l'esprit qui les animait, leurs mœurs, leur con- duite privée et publique, n'étaient rien moins que chrétiens. L'un d'eux, Pomponius Laetus (de son vrai nom Jules Bernardin, bâtard d'un Sanseverino), avait assemblé dans sa maison une « académie romaine », sorte de société païenne, et surtout épicurienne, affectant de vouloir ressusciter le culte des dieux antiques, n'épargnant pas aux catacombes chrétiennes les marques de son mépris 2. C'est parmi eux que se recrutait en grande partie le collège des abréviateurs de la chancellerie. Paul II supprima ce collège. La colère des gens de lettres fut grande; ils menacèrent le pape de soulever les rois ^, d'assembler un concile, et finalement tramèrent une conjuration contre sa vie ^. La conjuration fut découverte, Pomponius s'enfuit à Venise; les autres furent arrêtés — entre autres l'abréviateur Platina (Bartolomeo Sacchi de Piadena) ^ qui se vengea en ca- lomniant le pape et du reste fut, aii bout de quatre mois, relâché, à la prière du cardinal François de Gonzague ^. Les autres sortirent également de prison un peu plus tard. Une autre conjuration tramée à Naples, celle du philosophe Andréa Romano, fut découverte en 1469, son auteur principal trouva refuge auprès de Ferdinand '. Paul II montra toute son énergie contre la corruption des fonction- naires (Constitution du 18 mars 1466) ^, interdit à l'archevêque de 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1464, n. 72. Ce n'était pas l'opinion d'Urbain V qui n'eut rien de plus pressé que de s'en éloigner pour retrouver sa liberté ; quant aux cardinaux électeurs d'Urbain VI, ils ne pensaient pas autrement, j'imagine, avec l'élection contrainte que nous avons racontée. (II. L.) 2. L. Pastor, op. cil., t. iv, p. 37, note 4 sq. (IL L.) 3. Ibid., t. IV, p. 35-37. (IL L.) 4. Ibid., t. IV, p. 37-57. (H. L.) 5. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 36. (H. L.) 6. Fut, du reste, relâché, au bout de quatre mois, après avoir été torturé dans les règles et débilité au point qu'il ne pouvait plus se tenir debout quand on le fit sortir du cachot du fort Saint- Ange. (H. L.) 7. Gilles de Viterbe, Vita Pauli II; Raynaldi, Annal, ad ann. 1466, n. 21,22; Mich. Canncsius, Vita Pauli II prœmissis ejus vindiciis adv. Plalinam, édit. Qui- rini, Roma, 1740, p. 78, 79; Tiraboschi, Storia délia lelteralura ilaliana, t. vi a, p. 93 sq., 315; De Rossi, Roma sotlerr., t. 1, p. 3 sq. ; Balan, op. cit., n. 33, p. 195- 196; sur les « abréviateurs », cf. Phillips, Kirchenrecht, t. vi, n. 302, p. 394 sq. ; G. Voigt, op. cit., t. m, p. 552 sq. 8. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1466, n. 23. 14 LIVRE L Bénévent le port de la tiare à certains jours ^ et porta un décret (l^r mars 1468) prohibant toute aliénation de biens d'église, sans [170] l'agrément du pape ^. Ce décret, du reste, resta sans application en Allemagne et dans plusieurs autres pays ^. Les hérétiques fraticelles avaient pénétré dans les États de l'Église, quelques-uns furent amenés, le 8 juillet 1467, de Pologne à Rome, et plusieurs d'entre eux abjurèrent ^. Le 5 août 1469, le pape adressa au patriarche des Maronites Antoine Pierre — par le retour du franciscain Fr, Grifon, que le patriarche avait envoyé à Rome — un écrit doc- trinal fort étendu, traitant de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Église et des conciles, l'avertit de s'attacher avec une inébranlable fermeté au Siège de Roine, et le confirma dans son autorité spirituelle et temporelle ^. Le 5 mai 1470, il chargea l'évêque de Tournay, Guil- laume, de procéder contre certaines erreurs répandues dans l'uni- versité de Louvain, principalement au sujet des futurs contingents [propositiones de futuris contingentibus) ^. Il décréta qu'à l'avenir le jubilé reviendrait tous les vingt-cinq ans, ce qui a été observé depuis '. Les statuts de la ville de Rome furent revisés, promulgués le 10 juin 1469 et imprimés en 1471 ^. Il fit une nouvelle rédaction à la célèbre bulle In cœna Domini, dénonçant ceux qui sont atteints par les censures réservées; elle reçut diverses précisions, et le pape prescrivit d'en donner connaissance au peuple, en la lisant trois fois l'an en latin et en langue vulgaire ^. Le prieur des carmes d'Angers, Jean Soreth, s'était montré très zélé pour la réforme de son Ordre en France. Paul II voulait l'élever à l'épiscopat et au car- 1. Raynaldi^ Annal., ad ann. 1466., n. 20; Pastor^ op. cit., t. iv, p. 99. 2. C. Amhiliosœ, I. III, tit. iv, dans Extravag. communes; Hardouin^ Conc. coll., t. IX, col. 1487, 1488; Wilkins, op. cit., t. m, p. 605, 606; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1468, n. 41 ; Bull, rom., Turin, t. v, p. 194-195. 3. Phillips, Lehrbuch des Kirchenrechts, p. 780, n. 241, noie 1. 4. Infessura et Platina, dans Raynaldi, op. cit., ad ann. 1467, n. 15. [L. Pastor, op. cit., t. IV, p. 105-108. (H. L.)] 5. Quaresmius Elucidalio Terrse Sanclie, historica, theologica et moralis, Aiitwerpise, 1664, t. i, p. 905 scj. ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1469, n. 28, 30. 6. Raynaldi, Annal., ad ann. 1475, n. 51. 7. Ihid., n. 55; Bull, roman., Turin, t. v, p. 200-202. 8. Statuti délia ciltà di Roma, dans Studi e documenti di storia e di diritto, Renia, 1880-1881, t. I, fasc. 3, 4, t. ii, fasc. 2, p. lui, lx. 9. C. 3. Etsi Dominici, 1. V, tit. ix De pœnil. et remiss., dans Extravag. com- munes; Ilardouin, op. cit., t. ix, col. 1488-1490, ad episc. Lugdun. : Consue^ferunt prsedecessores noslri, 22 déc. 1469. 848. PAUL II ET LES ÉTATS DE l'eUROPE 15 dinalat ; mais le saint religieux refusa toute dignité (il mourut à [171] Nantes en 1471). L'Église perdit, sous le pontificat de Paul 11, plusieurs cardinaux de grand mérite : en 1465, Louis d'Albret, cardinal-prêtre du titre des Saints-Pierre-et-Marcellin, célèbre par ses vertus; puis Louis, patriarche d'Aquilée, du titre de Saint-Laurent-i/i- Z)a/naso ^: le 26 septembre 1468, le canoniste espagnol Jean de Torquemada, cardinal de Saint-Sixte, évêque de Sabine -. ensuite, en 1470, Jean Carvajal, cardinal de Saint-Ange, qui dans plus de vingt-deux légations pour l'honneur du Saint-Siège, avait été un modèle de fidélité et de fermeté, et portait un cilice sous la pourpre ^. Paul II lui-même fit cardinal, le 18 septembre 1467 *, Thomas Bourchier, archevêque de Cantorbéry (titre de Saint-Cyriaque-m-7'Ae/-mis); Etienne Varada, archevêque de Colocza (titre des Saints- Nérée- et-Achillée), qui, à raison des dangers de la guerre turque, ne put se rendre à Rome; sur la demande du roi Matthias, les insignes lui furent envoyés en 1470; il mourut l'année suivante (janvier 1471) °. Olivier CaralTa, archevêque de Naples, d'abord du titre des Saints- Pierre-et-Marcellin, puis de Saint-Eusèbe et successivement évêque d'Albano, de Sabine et d'Ostie; Amiens Agnifilus, évêcjue d'Aquila, du titre de Sainte-Balbine, ensuite de Sainte-Marie-au-Transtevere; Jean Balve, évêque de Gand (titre de Sainte-Suzanne); l'évêque de Vicence, Marco Barbo (du titre de Saint-Marc); le général des franciscains, François de la Rovère (titre de Saint-Pierre-ès-Liens) et enfin Théodore de Montferrat (diaconie de Saint-Théodore) ^. A ces huit cardinaux se joignirent, le 21 novembre 1468 ', deux neveux du pape, J.-B. Zano de Venise, protonotaire apostolique (titre de Sainte-Marie-i7i-Poriicu, ensuite de Sainte- Anastasie, et plus tard évêque de Tusculum), et Jean Michaeli, aussi de Venise et protonotaire (titre de Sainte-ljUcie-in-Septisolio (ensuite de Ssiint- Xnge-in-Pescaria, puis de Saint-Marcel, évêque de Palestrina, 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1465, n. 15. 2. Lederer, Johann von Torquemada, p. 270; cf. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1466, n. 36; Gams, op. cit., t. m a, p. 415. 3. Gard. Papicnsis, Coinm., 1. VII; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 48; Naldi, In vita Jan. Manetti, dans Muratori, Reium ital. Script., t. xx, p. 547; Casp. Veroncns., i6ic/.,in c, p. 1028; Voigt, op. c(7., 1. i, p. 260; Gams, op. cit., t. m a, p. 414. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1467, n. 16. 5. Ibid., ad ann. 1470, n. 47. 6. Pastor, op. cit., t. iv, p. 111-124, moins superficiel. (11. L.) 7. Ibid., ad ann. 1468, n. 39. 16 LIVRE L et enfin de Porto). Après eux furent encore promus à la pourpre : [172] l'archevêque de Gran, Jean de Breslau (titre des Saints-Nérée-et- Achillée), Pierre Foscari, de Venise (Sainte-Prisque); J.-B. Savelli, de Rome (Sainte-Marie-in-Aguiro) et François Ferrico, de Cluny en Bourgogne (Saint-Pierre-et-Saint-Paul). Ces quatre derniers ne furent points proclamés par le pape; mais prévoyant le cas de sa mort, il fit enregistrer par les cardinaux leur titre et leur promotion (16 décembre 1468). Ils ne furent point admis cependant au con- clave suivant, à raison du décret rendu par Eugène IV dans la cause de Dominique Capranica, décret auquel Paul II n'avait pas expressément dérogé ^. A Rome, le 14 avril 1471, Paul II avait solennellement conféré le titre de duc à Borso d'Esté, seigneur de Ferrare. Borso mourut le 20 août de la même année et eut pour successeur son frère Her- cule 2. Le pape était en bons rapports avec Alphonse V, roi de Portugal; ils échangèrent des présents et le roi fut loué d'avoir renvoyé deux théologiens brouillons qui le sollicitaient de pro- voquer un concile général ^. Le concile comptait encore beaucoup de ces partisans et le cardinal Jacques de Pavie voyait dans la mort subite du pape un châtiment de l'inexécution de sa promesse relative à un futur concile; mais en fait, Paul II craignait de voir se reproduire la situation de Bâle et attendait d'un congrès de diplo- mates de meilleurs résultats pour une guerre contre les Turcs ■*. Paul II mourut d'une attaque d'apoplexie le 26 juillet 1471. Ses nombreux mérites, même à l'égard des savants qu'il protégea, sont incontestables, et contre les nombreuses accusations portées contre lui, ses contemporains et la postérité l'ont justifié ^. 1. L. Pastor, ad ann. 1468, n. 40. 2. Ibid., ad ann. 1471, n. 56, 57; JJalan, op. cit., n. 37, p. 199, 200. [L. Pastor, op. cit., t. IV, p. 171-174. (H. L.)] 3. Piaynaldi, op. cit., ad ann. 1471, n. 60. 4. Ibid., n. 61. 5. Attaqué par Platina, qui fut réluté par Papyrius Mussonius, Gilles de Viterbe (Hist. viginti ssec. ad Leonem X) appelle Paul II liberalis, juslus, clcmcns, et en fait grand éloge. De même François Philelfe (1. XXXV, ep. i ad Sixt. IV, datée de Milan, 11 janvier 1472), puis Gaspar de Vérone (Muratori, Rerum ilalic. script., t. Ht b) et Michel Sannesius [op. cit.) lui sont favorables, ainsi que plus tard le cardinal Quirinus [Vindicise Pauli II, dans son édition de Sannesius; cf. Tripepi, Religionc e storia, Rome, 1872). L'édition de Platina s'arrête à Paul II; une Vila Sixti IV de lui se trouve en manuscrit au Vatican (ms. Miscell.). Les biographies des quatorze papes suivants ont été écrites par l'augustin Onofrio Panvini. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1471, n. 62-65. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 177-180.(11. L.)] 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 17 -731 849. Suite des événements et des négociations en Bohême et à Rome. En Bohème, George Podiébrad, sur les conseils de Rokyzana, s'érigeant juge de la foi, résolut d'introduire dans le pays l'unité de rite. En 1465, il imposa des conférences entre 45 théologiens de chaque parti. Assis à la droite du roi, Rokyzana l'accabla de flatteries, et multiplia les calomnies contre les catholiques à propos du retrait du calice. Le doyen de Prague, Hilaire, dans sa réponse, réclama l'obéissance envers l'Eglise romaine à laquelle la Bohême devait sa foi, son archevêché, son université, et combattit le wicle- fisme. Le pseudo-archevêque voulut le défendre; Hilaire répliqua; l'hérétique, mis en verve, demanda que George forçât toiis les Bohémiens à adopter son rite et interdît aux catholiques l'admi- nistration de tout sacrement. Il fit profession d'anabaptisme, sou- tint la consubstantiation, réclama la communion pour les tout petits enfants, déclara mépriser les prescriptions canoniques con- cernant le temps prohibé, les images des saints, l'eau bénite, la célébration de la messe en langue vulgaire, et attaqua le concile de Bâle. Aux reproches d'hérésie, le rusé maître d'erreur ne répondit rien; il revint à ses pathétiques lamentations sur l'interdiction de l'usage du calice, se livra contre le pape à des violences de langage, et déclara s'en rapporter à la Bible. Après Hilaire, qui ne laissa rien sans réponse, de docteur Kzyzankowski parla de la primauté, du droit de l'Église d'expliquer le sens de l'Écriture, des raisons de ne donner la communion que sous une seule espèce, et de la cause des troubles qui agitaient la Bohême. Il montra que, comme Wiclef, Rokyzana ne distinguait point entre la grâce gratis data et la grâce gratum facietis, entre le pouvoir d'ordre et celui de juridiction, entre la significatio in sacrificio et Vefficacia Eucharisties, il réfuta les sophismes et les assertions erronées de son adversaire, en parti- culier ce mensonge historique que les catholiques avaient reçu des manichéens l'usage d'une seule espèce. En dépit de toutes ces bonnes raisons, George déclara, comme il fallait le prévoir, que dans la dispute, l'avantage restait à Roky- zana; il continua à tyranniser les catholiques fermes dans leur foi, et à séduire les autres ^. 1. Raynaldi^ op. cit., ad ann. 1465, n. 26, 44; ex actis dispulaiionis cum Rokyzana, CONCILES VIII — 2 18 LIVRE L A Rome, on avait suivi avec grande attention les événements [i74 de Bohême, et depuis longtemps on était persuadé que contre l'artificieux prince il faudrait en venir à la rigueur. Dès le 26 juin 1464, dans un consistoire public, à Rome, Pie II avait donné la bulle Profecturos, dont voici la teneur : « Sur le point de marcher contre les ennemis de noti'e sainte religion, qui foulent aux pieds la foi catholique et s'efforcent de l'exterminer, afin de repousser, autant qu'il nous sera donné d'En-Haut, une guerre extérieure, nous n'avons rien de plus à cœur que d'écarter de la société chrétienne, étroitement unie dans l'unité et la pureté de la foi, tout fâcheux détriment et toute division; car difficilement pourrions-nous combattre avec succès l'ennemi ex- térieur si nous sommes exposés aux coups et aux blessures d'enne- mis de l'intérieur. Non moins dangereuse que la damnable incrédu- lité des païens, non moins exécrable, non moins digne d'être repoussée au prix de tous nos efforts, est l'hérésie qui s'élève parmi les chrétiens, l'hérésie qui divise, qui disperse de divers côtés les fidèles jusqu'alors unis, nourrit la division, égare loin de la vérité dogmatique. Les païens ne perdent qu'eux-mêmes; s'ils peuvent nuire aux chrétiens par la force matérielle et s'ils tuent les corps, ils ne tuent pas les âmes. Les hérétiques, au contraire, qui vivent parmi les chrétiens, mais se sont retranchés de la foi et de l'obéis- sance à leurs supérieurs, s'attachent à leur propre jugement, au mépris du plus haut tribunal qui soit dans l'Église, rejettent et déprécient les décrets des saints conciles, des Souverains Pon- tifes et des anciens Pères; ils ne se contentent pas de se perdre, eux et leurs âmes, ils infectent, comme des brebis galeuses dans la ber- gerie du Seigneur, ceux qui les approchent et vivent en leur société; ils s'attachent de toutes leurs forces à empoisonner du venin de leur iniquité toutes les parties du bercail du Seigneur. <{ C'est ce qui est arrivé de nos jours dans le glorieux royaume de Bohême, où un petit nombre d'hérétiques, tombés dans les erreurs des vaudois qui nient la primauté du premier Siège de Rome et impatients de toute autorité, ont causé de grandes agitations et [17o de graves troubles, ont gagné une partie considérable de ce royaume dansCanisius, Lecl. atif., t. m, p. 666 (éd. Basnagc^ t. iv, p. 163-175). Cochlseus, i/i's/. Husil,. 1. XII; Palacky, Ojp. cit., t. iv, p. 334; cf. A. Bachniann, L'rkunde zur ôsterr. Gesch. irn Zeilalter k. Friedrichs III und des Konigs Georg voii Bulimen {Fontes rerum Austriacarum, scct. ii, Diplomata et acia, t. xlii. Vienne, 1879). 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 19 et. du margraviat de Moravie, ont égaré les malheureuses âmes, i^outenant bien des choses qu'il est honteux de faire, odieux et injurieux à la religion de répéter. Les grands, la noblesse, plusieurs villes sont demeurés fermes dans la foi, et bien que l'hérésie ait recouru aux armes pour faire violence aux fidèles et commencé la guerre contre eux, ils n'ont pu être détournés de la vérité de l'Evan- gile, de la doctrine des saints Pères, de l'obéissance à l'Eglise ro- maine. Il est notoire que beaucoup de nobles et de prêtres tombés au pouvoir des hérétiques ont préféré mourir ou souffrir toutes sortes de peines plutôt que d'accepter leurs doctrines insensées, en sorte que notre temps a vu en Bohême de nombreux martyrs. » Le pape rappelle ensuite le concile de Constance, la condamna- tion de Jean Huss et de Jérôme de Prague, le trouble qui s'en est suivi, le pillage des églises, la persécution des prêtres, les fureurs iconoclastes contre les monastères et les images, la profanation du calice eucharistique, la licence effrénée des prédications, les ravages de l'anarchie, le nombre des erreurs que ces faux docteurs défendent et cherchent à répandre, plus par le glaive que par des raisons; enfin la scission qui n'a pas tardé à se produire entre ces mêmes liussites, la guerre conduite avec des alternatives de succès divers, les deux Procope, Jean Rokyzana, etc., etc.; puis il poursuit : « Dans ces troubles est né, a été élevé George Podiébrad, qui se (Ht faussement roi de Bohême, élevé dans la secte des hussites, il leur appartient encore. » Passant au concile de Bàle, la bulle discute en particulier les quatre articles des hussites et les Compactata qui s'y rapportent. Elle poursuit : « Le Siège apostolique n a jamais approuvé les « Com- pactata », bien que les hussites prétendent le contraire. D'ailleurs les conditions apposées à cette prétendue concession n'ont pas été tenues. Des enfants en bas âge et des déments ont été admis à la communion du calice et il ne paraît pas que cet abus ait cessé. Ceux qui voudraient ne pas communier y sont contraints par le refus de sépulture et des sacrements, par l'exclusion des 'magis- tratures et des fonctions publiques. La violence a eu ce résultat que, présentement, le nombre de ceux qui s'approchent du calice Gj n'est pas moindre qu'au temps de la concession. Il est évident que les Compactata ont été ouvertement violés, non par quelques indi- vidualités, mais par l'ensemble des hussites. Môme sur d'autres points, ils n'ont point adopté le rite de l'Église universelle comme i!s devaient le faire. Ils n'ont point abandonné leurs erreurs, ni la 20 LIVRE L prétendue nécessité du calice ni les autres; leur conversion n'était donc pas sincère (Pie II, à l'époque de sa légation en Bohême, avait pu s'en convaincre). Au temps des Compactata même, Procope le Tondu a persécuté les catholiques, les a assiégés dans leur ville de Pilsen; ils n'ont été sauvés que par l'arrivée de secours. Sigismond ayant pris possession du trône impérial, Rokyzana a continué ses intrigues; l'empereur ayant voulu agir contre lui, il a su se inettre en sûreté, sauf à revenir aussitôt que Prague est retombée au pouvoir des hussites. Le roi Albert eût pu amener le calme en Bohême si une mort soudaine ne l'eût prévenvi. L'empereur Fré- déric prit la tutelle de son fils (posthume) Ladislas, mais ne voulut point accepter le gouvernement de la Bohême. Il se borna à per- mettre aux Bohémiens de choisir un gouverneur à leur gré, en sorte que le royaume fut gouverné tantôt par les catholiques, tantôt par les hérétiques. Par ruse et par violence George Podiébrad s'est emparé de Prague, a fait prisonnier le comte Maynard de Neuhaus, catholique, sans doute assassiné en prison, a rappelé Rokyzana qu'il estimait grandement comme prédicateur de la vérité et le laissa sans contrainte se comporter en tout comme s'il eût été l'archevêciue élu de Prague et gouverner dans le sens des hussites, bien que le chaiptre ne l'eût pas élu, que le Siège apostolique, loin de l'agréer, eût nommé un autre adininistrateur duquel dépen- daient les catholiques. Les hussites étaient tout-puissants : Po- diébrad sur le temporel, sur le spirituel Rokyzana. Quand le jeune Ladislas voulut prendre possession de son royaume, il ne put le frire sans avoir préalablement confirmé le gouverneur : un des seigneurs catholiques du royaume lui conseillait de ne point aller en Bohême, à moins d'avoir deux têtes, dont il porterait l'une à Prague et laisserait l'autre à Vienne : Podiébrad fît exécuter le trop clairvoyant conseiller. Ladislas se rendit à Prague; y célébra en grande pompe son mariage avec une. princesse française; mais Podiébrad garda le gouvernement et le jeune roi sous sa direction. Ladislas étant mort après une maladie de soixante heures (on dit que les médecins de Vienne ont parlé de poison), George se fit élire roi (2 mars 1458) et couronner par deux évêques hongrois (de Waizen et de Raab) (6 mai); jura hypocritement (par crainte des hussites il n'osa jurer en public, mais dans un appartement privé) qu'il anathématisait l'hérésie hussite, rendait obéissance au [17' Siège de Rome, et voulait faire rentrer son royaume sous les lois de l'Église universelle. Mais bientôt il persécutait et opprimait de 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 21 toutes manières les catholiques et favorisait les hérétiques; son obéissance au pape régnant, comme à ses prédécesseurs, a été annulée et illusoire. Il a traité en ennemis les habitants de Breslau engagés à ne reconnaître qu'un roi catholique. Pour un temps, le conflit avec eux a pu être écarté par les soins des légats pontificaux, Jérôme Lando, archevêque de Crète, et François de Tolède, qui toutefois n'ont pu se persuader que les intentions de George fussent lovales. Ils voyaient l'influence de Rokyzana toujours prépondé- rante sur le roi; la faveur donnée aux hérétiques, l'oppression des catholiques n'étaient que trop réelles. « Pendant Notre séjour à Sienne, au retour de Mantoue, pour garder dans une certaine mesure les apparences, et comme s'il eût voulu tenir sa promesse, George Nous envoya Notre notaire Jean de Rabenstein, pour Nous prêter le serment d'obédience en secret. Nous le reçûmes en consistoire secret, et comme il offrait son obé- dience en termes compliqués et captieux {obedientiam offerentem, verum perplexam et captiosam), Nous en exigeâmes la répétition en public, comme de ce qui se pratique pour les autres rois, de ce qu'il avait fait en particulier; il s'y refusa, alléguant une défense. Il devenait évident que George ne suivait pas la voie droite en matière de foi, puisqu'il ne voulait faire qu'en secret ce à quoi il est tenu et qui est honorable, tandis qu'il accomplit en public et à la vue de tous les actes qu'inspirent l'impiété et l'hérésie hussite, comme s'il voulait être catholique secret et hérétique déclaré, flatter les catholiques en cachette et les hussites ouvertement. Nous avons répondu à George qu'une telle obédience ne Nous suffit pas, qu'il ait à la rendre entière et publique s'il veut être compté au nombre des rois catholiques. « L'affaire traîna en longueur, car Nous agîmes avec mansuétude et Nous efforçâmes de vaincre le mal par le bien. Enfin, après 178] plusieurs avertissements, il Nous a envoyé quatre ambassadeurs, Procope de Rabenstein, catholique, Zdenko Kostka de Postupitz, et deux prêtres hussites, qui tous furent entendus en consistoire. Ils prêtèrent obédience, mais non en termes parfaitement clairs et généraux, demandèrent pour la Bohême et la Moravie la confir- mation des anciens Compaclata ou la concession de nouveaux par le Siège apostolique, et vantèrent la communion sous les deux espèces, mais en termes insidieux. Tantôt ils paraissaient en dé- fendre, tantôt en abandonner la nécessité pour le peuple chrétien; ils l'appelaient salutaire, fructueuse, sous bien des rapports, très 22 LIVRE L Utile. De l'avis de nos frères, Nous avons accepté l'obédience, tout en déclarant qu'elle n'était ni franche ni pleinement satisfai- sante. Au sujet des Compactata, Nous avons répondu, comme précédemment, qu'ils n'avaient pas été, comme il aurait été néces- saire, demandés ni obtenus du concile après la définition sur l'ex- tension du précepte; que d'ailleurs s'ils ont été obtenus, ils ont été annulés, les hussites n'en ayant pas observé les conditions. Nous montrâmes aussi qu'ils sont sans utilité pour le pays puisqu'ils y entretiennent la division : il serait juste, raisonnable et favorable à la paix que ceux qui, de leur propre autorité, ont rompu d'une façon criminelle avec les prescriptions des Pères et les usages de l'Église universelle, se sont séparés de l'ensemble et de l'unité des fidèles, retournent à la voie droite, s'unissent au corps mystique de l'Eglise en renonçant aux vaines nouveautés et avix inventions superflues et ne veuillent pas être plus sages que l'Église entière. C'est donc le devoir de George de renoncer à la communion sous les deux espèces et l'interdire à ses sujets : il aurait ainsi la paix dans son royaume. Les envoyés répondirent qu'ils feraient sur le tout un fidèle rapport; ils demandèrent l'envoi d'un légat porteur des recommandations pontificales, désignant nommément Fantinus, docteur in utroque jure et précédemment procureur du roi à la curie. Ce cjue nous accordâmes, envoyant Fantinus au roi avec le titre de nonce. Au retour de ses ambassadeurs, le roi convoqua une diète à Prague où il parut avec la reine et ses fils et prit la présidence. Invités à faire leur rapport sur leurs négociations avec le Saint-Siège, les ambassadeurs (nous en avons été instruits) s'en acquittèrent avec fidélité. Le lendemain, on entendit Fantinus requérir en Notre nom le roi de renoncer à la communion sous les [I 79 deux espèces et tenir ce qu'il a juré lors de son couronnement, s'il ne veut être accusé de parjure et d'hérésie. Le roi déclara que né et élevé clans la pratique de la communion sub utraque, il ne pouvait ni ne voulait l'abandonner puisqu'elle est salutaire et ordonnée par la loi de Dieu, que d'ailleurs les Compactata l'ont autorisée; les Bohémiens par leur haute valeur et leurs éminentes qualités ont bien mérité cette prérogative qui les distingue parmi les autres nations; pour lui, même contre la volonté du pape, il maintiendra les Compactata, le pape ne pouvant rescinder les décrets d'un concile général. Il ajouta encore plusieurs propos outrageants contre le Saint-Siège, et, là-dessus, interrogea les assistants sur leur inten- tion de le soutenir dans la défense des Compactata. L'assistance se 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 23 divisa : les hussites remercièrent le roi et se déclarèrent prêts à sacrifier corps et biens pour la défense du roi et des Compactata. Les catholiques dirent que les Compactata leur étaient étrangers et ne leur seraient jamais d'aucun usage : ils voulaient comme ci- devant s'en tenir aux traditions de leurs pères et obéir aux di- rections du Siège apostolique; pour ce qui est du roi et du royaume, ils rempliraient à leur égard leur devoir comme il convient à de fidèles sujets. Bien des paroles furent dites en divers sens, qui se réduisaient toutes à ces deux opinions. Le roi fit alors un long discours pour amener les catholiques à ses vues; mais il échoua. A propos de l'injonction du pape, il déclara n'avoir pas à y obéir, puisqu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'au pape; la communion au calice est prescrite dans l'Évangile, le commandement du pape est contraire au commandement de Jésus-Christ : il n'y a donc pas lieu d'en tenir coinpte. Sur quoi il déclara ouvertement qu'il tenait la communion du calice pour nécessaire au salut pour les laïques en vertu d'un incommutable commandement de Dieu, contre la définition de deux conciles généraux : de Constance et de Bâle, qui ont déclaré le contraire. Or puisque lui-même à son couronne- ment a abjuré l'hérésie hussite, dont cet article est une des erreurs, il est manifeste qu'il est retombé dans son ancienne hérésie et doit être puni comme hérétique relaps. « Non content de se montrer ouvertement parjure et hérétique, il s'est conduit encore en cruel tyran. Fantinus, Notre nonce et envoyé, a été par ses ordres et contre le droit des gens outrageuse- ment saisi et emprisonné, et tenu plusieurs mois comme un voleur dans une étroite prison. [180] « Voilà comment il a tenu les promesses d'obédience qu'il Nous a faites : Notre nonce emprisonné, l'ordre apostolique relatif au calice méprisé, sous prétexte que le Saint-Siège se trouve en oppo- sition avec l'Évangile, ce qui est contre la foi; car Nous n'avons rien ordonné contre l'Évangile entendu justement d'après l'ensei- gnement universel; Nous lui avons seulement enjoint de se con- former aux décrets de Constance et de Bâle, déclarant que la coutume pour les laïques de ne communier que sous une seule espèce doit être tenue pour une loi. Sa colère a été grande; il n'a point obéi; il s'est dressé avec hauteur et a protesté qu'il commu- nierait sous les deux espèces et contre Notre commandement maintiendrait les Compactata, alors qu'il est certain que ces Com- pactata desquels il se réclame n'ont ni force ni valeur. 24 LIVRE L « Apprenant par les rapports dignes de foi, bientôt après par la voix publique, confirmée par la rumeur générale, que le roi de Bohême, dans la grande assemblée de Prague, s'était manifesté comme hérétique, Nous ne pûmes Nous empêcher d'en ressentir une profonde douleur, car qu'y a-t-il de plus désastreux que de voir le roi d'un grand et noble royaume se souiller par l'hérésie, vouloir former ses sujets à son image, poursuivre son but par tous les moyens, combler de bienfaits et d'honneurs ceux qui embrassent comme lui de folles imaginations, mépriser et persécuter de mille manières ceux qui marchent dans la voie droite et ne partagent point ses erreurs ? Voilà ce qui est arrivé sous le gouvernement de George, qui a opprimé les catholiques et relevé en toutes façons la situation des hussites. « Cela nous a paru intolérable et Nous avons résolu de prendre telles mesures que, s'il est possible, le roi en soit ramené dans le droit chemin, sinon soit retranché de la communion des fidèles et ne puisse ravager à la façon du loup dans la bergerie; de procéder contre lui d'après les règles du droit, afin qu'il ne puisse tirer gloire de son obstination et de sa révolte et continuer à nuire à l'Église. Notification a été faite de Notre dessein à Notre très cher fils en Jésus-Christ l'empereur Frédéric, ainsi qu'à divers autres princes catholiques; ils Nous ont pressé à plusieurs reprises, avec les plus vives instances, de surseoir à ce procès, espérant par leur inter- vention amicale amener George à l'obéissance et l'arracher à toute erreur. Nous y avons consenti, différé ce procès, attendu longtemps [1811 l'amendement du roi, s'il prêtait l'oreille en quelque façon à l'em- pereur et aux autres qui lui donnaient de bons avis. Mais il n'a donné que de vaines paroles et aucun acte : tous ses efforts n'ont tendu qu'à différer, à traîner en longueur, pour gagner en atten- dant le plus d'années possible, et affermir toujours davantage son pouvoir et la force des hussites. Nous voyons bien que ce délai et ces négociations ne sont d'aucun avantage; qu'au contraire de la part du roi, ce ne sont que des artifices et des ruses, bien que les vues de l'empereur et de ceux qui ont offert leur médiation aient été loyales et parfaitement louables. Nous n'avons donc pas voulu attendre plus longtemps et avons chargé deux cardinaux de l'Eglise romaine de prendre des informations sur tout ce qui vient d'être dit et de procéder contre le roi par les voies légales. Aussitôt après Notre arrivée à Rome, Nous avons évoqué la cause à Notre tribunal, et après les informations prises sur les actes et les erreurs du roi, 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 25 dont la voix publique s'occupait déjà, nous avons résolu de le citer en Notre présence pour y rendre compte de ses démarches et at- tendre le jugement du Siège apostolique. Ainsi soit fait au nom du Seigneur. Par l'autorité du Dieu Tout-Puissant, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous assignons George, prétendu roi de Bohême (aasertua rex) à comparaître devant Nous, en quelque lieu cjue Nous soyons, dans le délai de 180 jours, dont GO sont pour le premier, 60 pour le second et 60 pour le troisième et dernier terme, pour rendre compte de ce qui a été dit ci-dessus et recevoir la sentence. Le présent acte, affiché à la basilique de Saint-Pierre, vaudra comme si la citation avait été faite à sa per- sonne, afin de ne lui laisser aucun moyen de se dérober en cette affaire. « Il ne paraît pas que cette bulle ait été publiée du vivant de Pie II. Paul II reprit l'affaire et la confia aux cardinaux Bessarion, Carvajal et Bérard de Spolète (2 août 1465) ^ qui de leur côté citèrent le prince hérétique à se présenter à Rome dans le délai de six mois. Mais comme il était à craindre que ce trop long délai entraînât de grands dommages pour les catholiques et qu'il n'y avait nulle apparence que George changeât rien à sa conduite, avant T expiration de ce terine, le 8 décembre 1465, le pape publia la bulle qui déclarait le roi déchu et déliait ses sujets du serment [182] de fidélité -, il rejeta le 12 (13) janvier 1466 une requête présentée au nom du roi et renouvela le 22 mars 1467 la sentence déjà portée ^. George, qui continuait à pousser les hostilités contre Bresiau, chercha, en juillet 1466, par ses incriminations contre le pape, à attirer à son parti le roi de Hongrie, Matthias ^, et mit tout en œuvre pour se maintenir, ce à quoi, par l'effet de la division existant entre les seigneurs de Bohême, il ne réussit que trop. Beaucoup nièrent que le pape eût le pouvoir de délier d'un serment de fidélité solen- nellement prêté; ce qui motiva un second décret du pape, du 1. L. Pastor. op. cit., t. iv, p. 125. (II. L.) 2. Raynaldi, Aixnal., ad ann. 1466, n. 66; Palacky, op. cit., p. 355. Rodcricus Sanctius, qui écrivit sur la pauvreté du Christ, et composa un Dejensorium status ecclesiastici contra querulos sernulos et detractores pnelatorum et clericorum, publia aussi un Commenlarius super bullnm depositionis régis Bohemise, cf. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1466, n. 25. 3. Raynaldij op. cit., n. 27-29, ad ann. 1467, n. 1, 2; Palacky, op. cit., p. 396 sq., 448. 4. D'Achéry, Spicil., l. ii, col. 830; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1467, n. 27; Theiner, Mon. Hung., t. ii, p. 405, doc. 580. 26 ' LIVRE L 14 mai 1467 ^. Le pape y disait : « Bien qu'il soit absolument évident, d'après les lois divines et humaines, qu'aucune ligue ni alliance ne peut être contractée entre un catholique et un hérétique qui s'est exclu de la communauté des fidèles et n'est qu'un membre gangrené, et qu'elle ne peut demeurer en vigueur, si elle a été contractée avant que l'hérétique ait été condamné comme tel, puisque la déclaration d'un tel crime supprime toute obhgation à son égard et toute sanction, même provenant d'un serment; que d'ailleurs toute déclaration, connaissance et définition en matière d'hérésie appartient exclusivement au pape de Rome, Nous dé- clarons, i^ar précaution surabondante et pour écarter toute espèce de doute qui aurait pu ou pourrait s'élever en n'importe quelle manière, en vertu de Notre autorité apostolique et de science certaine, que tous barons, citoyens (bourgeois), vassaux et sujets du pays précité, en quelque lieu c{u'ils se trouvent, et quelque nom qu'ils portent, ont été et sont entièrement libérés de toute sujétion ou obligation de fidélité ou d'hommage dont ils aient jamais pu se croire auparavant tenus à l'égard du susdit hérétique condamné, sans pouvoir être jamais obligés par la suite à s'acquitter de leurs [183] obligations précédentes par aucun moyen de droit, et que l'inexé- cution d'icelles ne puisse jamais les faire noter d'infamie ou d'au- cun autre blâme '^. » Comme l'empereur, en qualité de suzerain de la Bohême, avait aussi à connaître du cas de Podiébrad, Paul II lui demanda de déclarer par lettres patentes la libération du serment de fidélité. Au sujet des alliances contractées par George, avec plusieurs princes, il les déclara nulles, une sentence aussi générale entraînant la rescission de tous les pactes (15 mai 1467) ^. Par droit héréditaire, Casimir IV, roi de Pologne, pouvait pré- tendre au trône de Bohême; le pape le requit de prendre possession du pays. Il le fit par le ministère du légat Rodolphe de Rudersheim, évêque de Lavant, qui, le 19 octobre 1466, avait fait conclure à la Pologne une paix fort avantageuse avec l'Ordre teutonique en Prusse. Le légat devait publier une croisade contre Podiébrad, tandis que le franciscain Gabriel de Vérone procéderait comme inquisiteur contre les erreurs wiclefites. Casimir était résolu à 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1467^ n. 3. 2. Ibid., ad ann. 1467 n. 5. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 127-131. (H. L.)]. 3. Ibid., ad ann. 1467, n. 7. . 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 27 envoyer au pape une ambassade; mais il ne tarda pas à se laisser gagner par l'astucieux Podiébrad ^. Aux seigneurs de Bohême qui lui demandaient son fils pour roi, Casimir répondit de façon évasive. Vis-à-vis du légat du pape, il fut froid, d'abord parce qu'on lui avait refusé de ratifier sans con- ditions sa paix avec la Prusse; bientôt il refusa le trône de Bohême et se laissa de plus en plus enlacer dans les ruses de George. Jus- tement celui-ci, après avoir protesté qu'il n'avait jamais eu l'in- tention de rien faire contre l'Église romaine, lui proposait de prendre entre elle et lui le rôle d'arbitre. Les princes allemands n'auraient pas aimé voir la Pologne trop puissante; aussi plusieurs se mirent-ils du côté de George. En Bohême, il n'y eut à Taban- douner que les seigneurs les plus attachés au catholicisme. Le faible empereur ne savait que faire : il se borna à réserver en de vaines paroles ses droits impériaux 2. La diète de Nuremberg de 1466 n'admit point les ambassadeurs de Podiébrad. Elle décida que pendant les cinq années suivantes quiconque romprait la trêve serait considéré comme coupable de lèse-majesté et mis au ban de l'empire; on invoquerait contre lui le secours «du bras ecclésias- [184] tique )), les subsides demandés par le pape pour la guerre contre les Turcs furent accordés et Frédéric III, dans une assemblée à Wiener- Neustadt, le 18 août 1467, confirma ces décisions. Le pape avait déjà fait paraître une constitution contre les querelles et contre ceux qui rompraient la trêve ^. En Allemagne, on voulait posséder la paix, avant de laisser partir une armée à la croisade. Les nonces pontificaux trouvèrent assentiment à la diète et Frédéric déclara George déchu, comme hérétique, du trône de Bohême, et ses Etats faisant retour à l'empire; là-dessus le prince hérétique envahit l'Autriche. Le pape publia une croisade contre lui et frappa d'ana- thème quiconque lui prêterait assistance. Matthias, le roi de Hongrie, était l'exécuteur de la sentence pontificale; il s'empara de plusieurs villes, contraignit Victorin, fils de George, à évacuer l'Autriche en fugitif et George lui-même à abandonner la Moravie (1468) *. Protais, évêque d'Olmûtz, bien qu'apparenté à George, mit au- dessus de tout les intérêts de la religion, conseilla à l'excommunié de se soumettre et travailla à amener le roi de Pologne à s'allier 1. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1466, n. 30-31; Palacky, op. cit., p. 463 sq. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1467, n. 9-14; Palacky, op. cit., p. 468 sq. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1466, n. 24, du a. kal. oct., a. III. 4. Pastor, op. cit., t. iv, p. 133. (II. L.) 28 LIVRE L avec Matthias et l'empereur; le roi qui croyait avoir à se plaindre de Matthias n'entra point dans ces vues ^. A Olmûtz, le roi de Hongrie, qui avait pris Spielberg, fut salué roi de Bohême et margrave de Moravie, il fut reconnu également en Silésie et en Lusace. Les Bohémiens catholiques qui s'étaient déclarés pour lui, supplièrent le roi de Pologne de s'allier à eux et non pas à l'héré- tique qu'était George; mais tout au contraire, Casimir, à qui George avait garanti sous certaines conditions la couronne de Bohême pour son fils Ladislas, s'unit aux hussites pour combattre Matthias, bien que les évêques, à la diète de Cracovie, se fussent énergique- ment prononcés contre cette alliance 2. Tout en fermant l'oreille aux avertissements du pape, il demandait, en 1470, à George d'abjurer l'hérésie, de gagner ainsi les grands du parti contraire et d'associer de son vivant Ladislas au trône de Bohême. Ses ambassadeurs auraient alors agi à Rome pour obtenir la levée des censures, la confirmation des Compactata et la reconnaissance du nouveau roi : on cherchait par la perspective de concessions ulté- rieures à faire illusion au pape, en sorte que les hussites relevaient la tête, les catholiques étaient consternés. Paul II écrivit à ses légats qu'il n'avait jamais eu la pensée d'une pareille condescen- dance; tout au contraire, il avait encouragé Matthias à tenir ferme, malgré les dommages que lui avait fait éprouver la politique de [185] l'empereur; il fit parvenir à Casimir des plaintes catégoriques sur le langage qu'avaient tenu ses orateurs ^. Toutefois la situation du prince tchèque devenait mauvaise; il aurait souhaité se récon- cilier avec Rome, il fît faire au pape des propositions d'accommo- dement par l'intermédiaire des ducs Ernest et Albert de Saxe : il était prêt à reconnaître que la communion sous les deux espèces n'est pas nécessaire pour le salut; à recevoir le nouvel archevêque que le pape nommerait à Prague; à supprimer la communion des petits erifants et autres pratiques blâmables; à restituer les biens d'église dérobés; pourvu que le pape consentît à le reconnaître en qualité de roi et lui permettre la communion sous les deux espèces. Ces propositions manquaient de précision; de Rome, le 8 avril 1471, d'autres questions furent posées et d'autres articles signalés par le cardinal-légat François Piccolomini. On y faisait 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1467, n. 14; 1468, n. 1-14. 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1469, n. 10, 11; Palacky, op. cit., p. 501 sq. 3. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1470, n. 1-9; Thcincr, op. cit., t. 11, p. 416, doc. 591, 592. 849. ÉVÉNEMENTS ET NÉGOCIATIONS EN BOHEME 29 remarquer : l*' qu'il était faux que George n'eût point soutenu cette erreur de la nécessité de la communion sous les deux espèces pour le salut; on lui demandait s'il était disposé à y renoncer pour lui et les siens, si l'Eglise romaine l'exigeait; d'ailleurs il avait encore défendu d'autres hérésies. 2° Pour ce qui est du nouvel arche- vêque, il s'agissait de savoir s'il jouirait des droits et prérogatives qui appartiennent à son siège. 3^ Le roi, dit-on, est prêt à le soutenir. En quoi? dans la réforme des abus? l'extirpation des erreurs? la punition des prêtres hérétiques? Les articles sui- vants, 4 à 10, concernent la communion des petits enfants, la disparition des abus par les soins du roi et de l'archevêque, le paiement des contributions à l'Eglise, l'instauration de la liberté pour le rite romain, la communion, la promesse que tout cela sera exactement maintenu (et on en demande caution), et la rescission de tout ce qui a été fait contre George. Il était prescrit au légat de ne point s'immiscer dans la question de la succession de Bohême. La Pologne et la Saxe usaient de toute leur influence en faveur de George ^. Mais celui-ci mourut d'hydropisie le 22 mars 1471, quinze jours après la mort de son pseudo-évêque Rokyzana ^, avant le retour des ambassadeurs; Paul II déclara vouloir continuer à soutenir la cause de Matthias ^. En Bohême, les dissensions ne cessèrent pas à la mort de Po- [186j diébrad. Elles apparurent à la diète de Prague. Les uns tenaient pour Matthias, les autres pour l'empereur, d'autres pour Ladislas de Pologne, quelques-uns pour Albert de Saxe, ou pour le margrave de Misnie, d'autres pour Henri, fils de George, d'autres pour Louis de France ou Louis de Bavière. Les trois partis principaux étaient le polonais, le hongrois et le saxon. Ce dernier ne tarda pas à dis- paraître. Le 15 juillet 1471, le pape avait reproché à Albert de Saxe de s'être rendu à Prague pour y faire de l'opposition à Matthias; il lui nuisit en effet, mais sans avantage pour lui-même; le roi de Hongrie se plaignit amèrement que ni le pape ni l'empereur n'avaient rien fait pour lui; en réalité, Paul II l'avait favorisé et avait nettement déconseillé au prince Ladislas d'accepter la couronne de Bohême. Ladislas l'accepta quand môme, entra à Prague au mois d'août et s'y fit couronner roi, souleva les grands 1. Pastor, op. cit., t. iv, p. 135. (II. L.) 2. Pas quinze jours, mais un mois; Rokyzana mourut le 22 février 1471. (II. L.) 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1471, n. 15-28; Palacky, op. cit., t. iv, p. G58 sq. 30 LIVRE L contre Matthias qu'il repoussa en Hongrie les armes à la main; mais il finit pas tomber lui-même sous les coups du roi de Hongrie victorieux ^. 850. Les conciles sous Paul II. Le 26 octobre 1464, le chapitre d'Amiens tint avec les curés placés sous sa dépendance une assemblée qualifiée de « synode », où l'on proclama des statuts synodaux en trente chapitres ^. Au cours de l'année 1465, nous connaissons en Allemagne plu- sieurs synodes diocésains : celui d'Eichstâtt, sous l'évcque Guil- laume de Reichenau, qui rédigea dix-huit canons^; celui de Paderborn, sous l'évêque Simon de Lippe ^; celui de Ratisbonne, que l'évêque Rupert de Moosbach fit tenir (le 9 octobre) peu de temps avant sa mort (1^^ novembre) par son vicaire général Conrad Sintzenhofer et où furent rédigés des statuts en quarante chapitres ". Dans un synode provincial tenu à Pertli, en Ecosse, le 18 juil-ri871 let 1465, l'évêque de Dumblon abandonna certaines dîmes dans la paroisse d'Abernethy, qu'il estimait appartenir à l'abbaye d'Aberbroath ^. En 1466, outre un synode diocésain à Magdebourg, dont nous ne savons rien, sous l'archevêque Jean de Palatinat-Bavière ', on rencontre celui d'Osnabrùck sous l'évêque Conrad III de Diepholz ^; un autre à Pampelune sous Nicolas de Etcheverry (1462-1469) ^; un concile provincial à York ^^ que l'archevêque George Nevil clôtura dans l'église métropolitaine de cette ville le 26 avril. Le pays était en ce moment en proie à une furieuse guerre civile. Henri Vî avait été fait prisonnier à Waddington en 1. Ilaynaldi^ op. cit., ad ann. 1471, n. 29-40; Theiner, Monum. Hungar., t. n, p. 424 sq., doc. 605, 609-611. 2. Martène, Ampliss. coll., t. vu, col. 1269 sq. ; Gousset, op. cit., t. ii, p. 742-746. 3. llartzheim, Cane. Germ., t. v, p. 470-476, d'après le Libellas synodalis, Eichstàt., 1484, p. xxvi sq. 4. Hartzheim, Conc. Germ.. t. v, p. 952; Bintcrim, op. cit., t. vu, p. 305 sq. 5. Wurdtwein, Noi>a subsidia diplom., t. x, p. 337; Binterim, op. cit., t. vii^ p. 368. 369. 6. A. Belleshcim, op. cil., p. 295. 7. Hartzheim, op. cil., t. v, p. 476; Binterim, op. cil., t. vu, p. 380. 8. Hartzheim, op. cil., t. v, p. 952, 953; Binterim, op. cit., t. vu, p. 349. 9. Gams, Séries episcop., p. 63. 10. Lingard, op. cit., t. v, p. 269. 850, LES CONCILES SOUS PAUL II 31 juillet 1465, outragé et enfermé à la Tour de Londres. Edouard IV avait fait casser par le parlement, comme illégaux, les actes de ses trois prédécesseurs et s'attachait de plus en plus les partisans du roi détrôné. Les seigneurs les plus influents changèrent souvent de parti ^ et se plaignirent hautement des atteintes portées à la liberté de l'Eglise, des troubles et des dangers même que courait la foi. Le concile d'^York porta les ordonnances suivantes : L Chaque curé expliquera quatre fois par an au peuple les quatorze articles de la foi; les dix commandements, les deux grands préceptes de l'Évangile (amour de Dieu et du prochain), les sept œuvres de miséricorde, les sept péchés capitaux, les sept sacre- ments; les curés devront d'abord s'être eux-mêmes convenable- ment instruits sur ces matières. Le concile en donne une exposition plus détaillée : ea perstringiinus summa hrevitate. Des quatorze articles de foi, sept se rapportent à la Trinité, sept à l'Incarnation. Les premiers tiennent et professent : 1. L'unicité de l'Etre divin et l'indivisible unité des trois per- sonnes. 2. Le Père non engendré (ingenitus) . 3. Le Fils unique (unigenitus) . 4. Le Saint-Esprit, procédant du Père et du Fils. 5. La création du ciel et de la terre. 6. La sanctification de l'Eglise par le Saint-Esprit et les sacre- ments. 7. La consommation de l'Eglise par la gloire éternelle. Viennent ensuite les sept articles de la seconde série : 8. La véritable incarnation du Christ, prenant un corps (as- sumptio carnis) de la glorieuse Vierge par le Saint-Esprit. 9. Sa véritable naissance de Marie toujours vierge (ex Virgine incorrupta). [1881 10- Ses souffrances et sa mort sur la croix. 11. Sa descente aux enfers. 12. Sa résurrection. 13. Son ascension. 14. Son retour comme juge. Des dix commandements, les trois de la première table se rap- portent à Dieu, les sept autres au prochain. Le premier coinman- 1. Raynaldi, Annal., ad ann. l'iGô, n. 9. 32 LIVRE L dément défend non seulement l'idolâtrie, mais la magie et toutes sortes de superstitions; le second, le blasphème et l'hérésie; le troisième prescrit le culte religieux chrétien '"■. Le premier commandement de la deuxième table ordonne d'ho- norer ses père et mère au temporel et au spirituel (mater EcclesiaJ , les supérieurs temporels et spirituels. Le suivant défend non seu- lement le meurtre et l'assassinat, mais tout mal fait à quiconque par parole ou par action. Le troisième (vi^) défend expressément l'adultère, implicitement la luxure en général. Le quatrième, tout vol, larcin, dommage par usure, tromperie ou violences, etc.. Le cinquième, tout faux témoignage, parjure ou mensonge. Le sixième (ix®) défend de désirer tout bien immobilier du prochain ^. Le septième (x^), toutes ses possessions mobilières. L'Evangile joint à ces préceptes ^ celui de l'amour de Dieu et du prochain. Les sept œuvres de miséricorde sont indicjuées dans Matth., xxv, 35 sq., XXVI, 12, et au livre de Tobie, xii, 12, etc. L'instruction termine par les sept péchés capitaux et les sept vertus principales (trois théologales et quatre cardinales), ainsi que par les sept sacrements (l'extrême-onction est traitée avec assez de détail) *. II. Suivent des plaintes sur le refus de payer la dîme des bois; sur les donations entre vifs faites peu de temps avant la mort, au détriment d'autres personnes, sur les atteintes à la liberté de témoigner, au détriment de l'Église ou d'individus; sur les préju- dices portés à la juridiction ecclésiastique; sur les conseils donnés aux justiciables de ne donner aucune suite aux citations des Ordi- naires; sur l'envahissement tumultueux des salles d'audience et les efforts faits pour intimider les jviges ecclésiastiques; sur les manœuvres dilatoires opposées à l'exécution des jugements ecclésiastiques; sur l'occupation des biens des personnes décédées ab intestat; sur la svibreption et la fraude en vue d'obtenir un brevet royal de compoto, sive transgressione dans le but de nuire à autrui. 1. Il paraît digne de remarque à cet égard que le concile mentionne l'aboli lion par la loi nouvelle de la « forme de chômage » prescrite aux juifs et affirme qu'il suffit du mode d'hommage [modus vacandi cuUui divino] d'institution canonique. Hardouin, op. cit., t. ix, col. 1477 c (cf. Lehmkuhl, Theol. mor.. t. i, n. 544). Le mot de chômage n'est pas prononcé. (II. L.) 2. Domum., llardouin, Coiicil, t. ix, col. 1411 e, 1418 a. 3. His... super addit (^ibid.). 4. Hardouin, Conc. coll., i. ïx, col. 1475-1479; WilkinSj Conc. Brit., t. m, p. 590- 601. 850. LES CONCILES SOUS PAUL U 33 Le concile s'élève aussi contre les quêteurs ^, les prédicateurs d'indulgences qui, dépassant leurs pouvoirs, promettent (menda- [189] citer) mensongèrement la libération du purgatoire de deux ou trois âmes déterminées et se rendent coupables d'autres méfaits; enfin contre ceux qui refusent de contribuer aux frais de construction de l'église paroissiale, sous prétexte qu'ils ont à entretenir leur propre chapelle (ou église filiale). Le concile défend ensuite à tout abbé, prieur ou supérieur de chanoines ou de moines, sous peine d'une amende de 40 sols sterlings, de permettre à ses inférieurs de séjourner hors du couvent ou de vagabonder. Nul ne peut être arrêté dans l'église ou en être extrait de force, par aucune personne ecclésiastique ou séculière, hors le cas de crime commis dans l'église même, à l'instant ou peu auparavant. Les paroissiens doivent payer à leur église les dîmes d'usage : sur le lait, le bois, le poisson et produits de la chasse et grains, etc. ^. IIL On renouvela les statuts dressés à York par le cardinal Jean, du titre de Sainte-Balbine, qui n'avaient point encore été insérés dans le recueil des statuts diocésains. D'après ces statuts, les simples prêtres autorisés à célébrer dans les églises principales, jureront de ne causer aucun dommage aux curés ou préposés de l'église dans leurs droits et revenus; de ne susciter aucun différend entre les curés ou vicaires et les paroissiens, mais au contraire de travailler à la concorde; sinon la célébration leur sera interdite. De plus ils n'entendront point les confessions hors les cas autorisés par le droit ni sans la permission du préposé à l'église. Ils assis- teront au service divin, aux heures canoniques, aux processions, revêtus de surplis acquis à leurs frais et s'abstiendront d'errer çà et là pendant ces offices. Les dimanches et jours de fête, s'ils ont à faire un service funèbre ou à célébrer un mariage, ils ne commen- ceront point leur messe avant l'évangile de la messe solennelle, à moins d'une permission spéciale du recteur de l'église. Ils s'appli- queront à l'étude, éviteront les tavernes, les spectacles, les maisons mal famées, et tous jeux défendus ou dangereux; le tout à peine de suspense. Contre le gaspillage des biens d'église, leur aliénation illicite par les abbés, recteurs ou administrateurs, on prendra de sévères mesures. Ces actes devront d'abord être examinés en conseil, et il faudra en obtenir la permission, sous peine de la nullité 1. Hardouin, Conc. coll., t. ix, col. 1482. 2. Ibid., col. 1484; Wilkins, op. cit., t. m, p. 601-604. CONCILES — vm — 3 34 LIVRE L de l'acte, de la suspense des ordres et de l'administration des biens, au besoin de la déposition ^. Dans la même année 1466, le synode provincial de Lencicz, en [190] Pologne, sous l'archevêque Jean Vil Grusczynski (1464-1473), s'occupa des subsides à fournir pour la guerre plutôt que de la réforme du clergé ^. En Danemark, on trouve en 1466 et 1469 deux assemblées d'évêques à Copenhague, mais on n'en connaît que des concessions d'indulgences; à la seconde assista aussi l'évêque Albert de Lubeck^. En 1468, l'évêque de Brixen, Georges Golfer (1464-1489), tint un synode diocésain ■* qui s'occupa du péril turc et du péril hussite; c'était le raioment où Podiébrad avait envahi l'Autriche avec une armée ^. Le 25 septembre 1469, l'évêque d'Augsbourg, Jean de Verden- berg, tint à Dillingen un synode diocésain qui publia quarante- quatre chapitres : on y relève, entre autres dispositions, que les lépreux ne doivent pas être isolés sur la décision d'un simple prêtre; il faut les envoyer à l'évêque (c. xxxi) ; et on y recommande aussi Summa pro indoctis de maître Jean Auerbach (c. xli) ^. Ulrich III de Nusdorf, évêque de Passau depuis 1451, tint en 1470 un synode épiscopal, dont les cinquante-cinq chapitres ont trait à la restauration de la discipline dans le clergé, au culte, aux sacre- ments, aux funérailles et à l'instruction du peuple '. Le 30 août 1470, Robert de Bavière, archevêque de Cologne, renouvela, dans ses statuts, les prescriptions de l'archevêque Thierry de Mors (1414-1463), relatives à l'organisation judiciaire, et en ajouta d'autres sur les fonctionnaires, la procédure et les appels ^. Vers 1470, Jean V de Benningen (mort en 1478) donna au clergé de son diocèse de Bâle des statuts synodaux revus et augmentés. Il s'y occupe en particulier du costume ecclésiastique; il prescrit 1. Hardouin, op. cil., t. ix, col. 1484-1488; Wilkins, Conc. BrlL, t. m, p. 604-605. 2. Fabisz, op. cit., p. 110, 111, n. 70; cf. Bulinski, op. cit., t. ii, p. 271. 3. Mûnter, op. cit., p. 43, d'après Pantoppidan, op. cit., t. ii, p. 637-651. 4. Bickell, op. cit., p. 74, 76. 5. Raynaldi, op. cit., ad anu. 1468, n. 4, 5. 6. Sleiner, Acta Eccles. August., p. 24; Binterim, op. cit., 1. vu, p. 310-312. 7. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 473-490; Binterim, op. cit., t. vu, p. 372-378. 8. Hardouin, op. cit., t. ix, col. 1489-1494. 850, LES CONCILES SOUS PAUL II 35 d'appeler auprès des malades le médecin des âmes avant même le médecin des corps; il renouvelle la défense de laisser des chré- tiennes prendre du service chez des juifs, et interdit aux prêtres lépreux de dire la messe, même les" jours de jeûne et de fêtes, etc. * Un synode pour la réforme des mœurs se tint à Bénévent, le 24 août 1470, sous l'archevêque Conrad Capece. Ses dix chapitres sont courts et sans importance ^ : 1. Les clercs ne peuvent être ni serviteurs des laïques, ni gérants de leurs affaires temporelles. 2. Ils ne seront ni fermiers, ni employés subalternes de magis- trats séculiers. [191] 3. Aucun moine, aucun religieux ne peut être parrain au bap- tême ni à la confirmation. 4. Aucune procession n'entrera sur le territoire d'une autre paroisse sans la permission de son recteur, à moins d'un privilège apostolique. 5. Tout prêtre qui bénit des bigames ^ encourt l'excommuni- cation. 6. Les enfants de deux personnes entre lesquelles il y a com- paternité ne peuvent épouser la personne qui a donné lieu à cette compaternité. 7. Celle-ci ne se contracte que dans le baptême et la confir- mation. 8. Les évêques et abbés de la province se réuniront chaque année en synode au mois d'août. 9. Chacun (chaque clerc) doit avoir par devers soi un exemplaire des constitutions synodales, qu'il ne prêtera à personne. 10. Il se le procurera dans le délai d'un mois. Dans le concile provincial d'Ecosse, qui se tint en juillet 1470, l'évoque de Saint-André, désigné comme conservateur, termina par son jugement le différend entre le recteur de l'université et le prévôt du collège Saint-Sauveur de la môme université, rela- 1. Vautrey, Histoire des évêques de Bâle, Einsiedeln. 1880, c. xxviii. p. 21, 22. 2. Synodicum Benevenlanum, 1693, Romae, 1724; cf. Moroni, Dizionario, au mot Benevento, t. v, p. 115. Les dix décrets se trouvent dans l'édition roinaihe de 1724, p. 260. Le concile provincial de Bénévent qui suit (le neuvième) est de 1545, Synodicum, p. 264. 3. Évidemment il s'agit de la bénédiction nuptiale intra missam, interdite aux secondes noces. (II. L.) 3G LIVRE L tivement au droit de doctorat en philosophie et en théologie, concédé par Paul II à ce collège ^. En 1471, un synode à Havelberg 2. Pour un synode de la même année à Mayence, Jean de Dorsten, professeur à Erfurt, fît un mémoire sur une espèce particulière de simonie ^. 85i. Les premières années du pontificat de Sixte IV *. Au conclave du 9 août 1471, les voix se portèrent d'abord sur Bessarion, Orsini, Jacques de Pavie, et le cardinal de Rouen, ensuite sur Bessarion seul et enfin l'élu fut François de la Rovère, de Savone, qui prit le nom de Sixte IV et la devise : Auxilium meum a Domino, qui fecit cœlum et terram ^. Voué à saint François dès son enfance, il en avait embrassé la règle, avait enseigné la philosophie et la théologie et rempli dans l'ordre d'importantes fonctions ^. Devenu général, il refusa de se joindre aux mendiants 1. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 957. 2. Tractatus seu collatio synodalis de statutis ecclesiarum, Erfurti, 1489; Kolde, Die deutsche Augustiner-Congregation, p. 173 sq. 3. A. Bellesheim, op. cit., p. 295. 4. Sixte IV, né en 1414, franciscain, général de l'Ordre, cardinal on 1467, pape en 1471, mort le 12 août 1484. / calumniatori di Sisto IV uno sguardo al ponti- ficato di Sisto IV, i nipoti di Sisto IV, dans Civiltà cattolica, 1868, série VII, t. i, p. 142-153, 394-410, 666-683; t. 11, p. 654-667; t. m, p. 408-423; E. Casanova, I lumidii del giugno 1482 in Siejm e alcuni hrevi di Sisto IV, dans Miscell. slor. Senese, 1894; Christophe, Histoire de la papauté au AV'e siècle, 1863, t. 11, p. 210- 297; E. Frantz, Sixtus IV und die Repuhlik Florenz, in-S», Regensburg, 1880; R. Maphœus, Vitœ summorum pontificum Sixti IV, Inuoccnli VIII, Alexandri VI ef PU III, in-fol., Venetiis, 1518; E. Martène, Script, veter. coll., 1724, p. 1466- 1550; E. Mûntz, Un Mécène italien au Ave siècle, les lettres, les arts à la cour pen- dant le règne de Sixte IV, dans Revue des deux mondes, 1881, t. xlviii, p. 154-192; Les arts à la cour des papes pendant le Ave gt le x\i^ siècle; recueil de documents inédits tirés des archives et des bibliothèques romaines, III<^ partie. Sixte IV, Léon X, Tn-80, Paris, 1882; Muratori, Rerum Italicar. script., 1734, t. 11, p. 1051-1068; L. Pastor, Histoire des papes, trad. Furcy-Raynaud, t. iv, p. 181-439; E. Piva, La guerra di Ferrara del 1482, periodo I. U alleanza dei Veneziani con Sisto IV, in-80, Padova, 1892; G. dalla Santa, Le appellazioni délia republica di Venczia dalle scomuniche di Sisto IV e Giulio II, dans Nuovo Arch. Veneto, 1899, t. xvii. (H. L.) 5. Raynaldi, Annal., ad ann. 1471, n. 66-69; Vita anonyma, dans Muratori, op. cit., t. III, p. 1053, 1069 ; t. xiii, p. 81 sq. ; Eccard., Corp. hist., t. 11, p. 1863 sq. ; [sur le conclave, L. Pastor, op. cit., t. m, p. 181-188. (H. L.)] 6. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 189. (H. L.) • 851. LES PREMIÈRES ANNÉES DU PONTIFICAT DE SIXTE IV 37 ri921 ^^^ ^" appelaient au futur concile; cardinal, il écrivit des ouvrages de théologie estimés ^. Il avait pris part aux controverses relatives au sang de Jésus-Christ, au sort des damnés (contre un carme de Bologne) et aux futurs contingents ^. Son opinion favorite qu'il s'efforçait d'accréditer est que l'opposition entre Duns Scot et saint Thomas n'est pas doctrinale, mais purement verbale ^. Il fut couronné le 25 août ^. Pendant que le cortège se rendait au Latran, un grand tumulte éclata ^. Le peuple s'en prit à ses gardes sans en vouloir au pape personnellement. Sa première encyclique témoignait, pour la guerre des Turcs, d'un zèle égal à celui de ses prédécesseurs : Paul II avait sacrifié 200 000 florins d'or : il y dépenserait son sang et sa vie; il déplorait les malheurs de Venise, les danirers de Rhodes et de Chypre, l'insatiable passion de con- quêtes et la cruauté des Turcs ^. Avant toutes choses, il s'efforça d'unir entre eux les princes italiens et de renouveler les alliances antérieures; il réunit dans le port d'Ancône vingt-quatre galères et seize vaisseaux de charge, dont une partie achetée par lui à Pise '. Pour soutenir les Vénitiens dans leur lutte contre l'Islam, il pressa l'acquittement des décimes et réclama des secours partout, même dans les pays Scandinaves ^. En vue d'une imposante expédition, Sixte IV résolut de con- voquer un concile général, ou au moins un congrès de princes, à Rome, au palais de Latran. L'empereur Frédéric III demanda qu'il fût tenu à Udine où il se rendrait en personne. Sixte proposa Man- toue ou Ancône ^ : les négociations se prolongèrent. Quatre légats furent envoyés : Bessarion en France, Rodrigue Borgia en Espagne, Marco Barbo en Allemagne et dans les États voisins : ce dernier devait tout spécialement rétablir la paix entre la Hongrie et la i. L. Paslor, op. cit., t. iv, p. 190-192. 2. Ibid., 1. IV, p. 190. (II. L.) 3. Sixti IV Opéra, Romae^ 1740; Norinibergœ, 1473; edit. Petr. de Romanis, Romae, 1843, cf. Arch. stor. ilaliano, appcnd., t. vi, p. 4, 12; Raynaldi, op. cit., n. 69; Cugnoni, op. cit., p. 46. 4. L. Pastor dit le 22 août et en note que le 22 est une erreur. (H. L.) 5. 1^. Pastor, op. cit., t. iv, p. 195. (H. L.) 6. Raynaldi, op. cit., n. 70-74; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 202. (H. L.) 7. Jac. de Yolaterra, Diar. urb. Rom., dans Muratori, op. cit., t. xxiii, p. 90; Inîessura, op. cit., p. 1143; Jac. Papiens., Epist., cdxlix; Gugliclmotli, Storia délia marina pontificia, p. 450 scf. ; [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 196 sq. (H. L.)] 8. Raynaldi, op. cit., n. 75; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 199 sq. (H. L.) 9. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 200. (11. L.) 38 LIVRE L Polosjne, en vue d'une union contre l'ennemi héréditaire du nom chrétien; enfin OHvier Carafîa devait prendre le commandement d'une flotte destinée à opérer contre les Turcs dans la Méditer- ranée ^. Le 28 mai 1472, le pape se rendit lui-même avec eux auprès des vaisseaux qui se trouvaient à l'ancre sur le Tibre, un peu au- [193] dessous de Saint-Paul-hors-les-Murs, et donna la bénédiction 2. La flotte pontificale se dirigea ensuite sur Brindisi, et de là, à Rhodes, où le légat rétablit la concorde entre les chevaliers, en reçut deux galères, rallia les flottes napolitaine et génoise '■^, et vint croiser avec elles sur les côtes de la Turquie. Le grand maître des chevaliers, Jean-B. Orsini, ajouta aux fortifications de Rhodes de nouveaux ouvrages. Les coalisés voguèrent de conserve vers Modon, et ensuite vers Samos. Ils forcèrent l'entrée du port de Satalie, sans pouvoir emporter la ville, trop bien fortifiée. Revenus à Rhodes, ils y reçurent les ambassadeurs d'Hassoun-Bey (plus communé- ment Ouzoum- Hassan, prince des Turcomans en Perse) *, qui avait enlevé aux Turcs plusieurs places, entre autres Sinope, et y avait fait plusieurs milliers de prisonniers. La flotte cingla ensuite vers Naxos; puis, tandis que les vaisseaux napolitains s'en retournaient dans leur pays, les pontificaux et les Vénitiens s'emparèrent de Smyrne et repoussèrent les troupes turques accourues à sa défense. Les vainqueurs retournèrent encore à Modon, puis les Vénitiens à Nauplie, la flotte du pape vers les côtes d'Italie ^. La campagne avait donc produit d'heureux résultats; tandis que l'empereur Frédéric III laissait les Turcs dévaster, sans résistance, l'Illyrie, l'Esclavonie et le territoire d'Aquilée et emmener les chrétiens en esclavage ^. Bessarion, quoique souffrant, avait entrepris, dès le [20 avril] 1472 ', les travaux de sa légation en France. Louis XI, qui lui avait promis bon accueil, se montra peu bienveillant, fit attendre deux 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1471, n. 76-78; Theiner, Monum. Hungar., t. II, p. 428, 435, docum. 612, 620; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 201-206. (H. L.) 2. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 208. (H. L.) 3. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 209, dit : vénitienne. (H. L.) 4. Ibid., t. IV, p. 209, cf. p. 201. (H. L.) 5. Ibid., t. IV, p. 210. (H. L.) 6. Raphaëlde Volterra, op. ci7., p. 90; card. Papiens.,jBpîsf., cdxlix, cdli,cdlv; TuTcogr., 1. I; Philelfe, 1. XXXVI, ad Ducem Venet., du 5 déc, Milan; Cos. Cippico et autres, dans Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, ii. 1-5; n. 41-47; Balan, op. cit., n. 37. 7. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 302 et note 3. 851. LES PREMIÈRES ANNEES DU PONTIFICAT DE SIXTE IV 39 mois une audience au cours de laquelle le vieux cardinal fut reçu sans grands ménagements; le roi refusa de guerroyer contre les Turcs, ayant sa guerre à lui contre la Bourgogne. Souffrant et découragé, le cardinal reprit le chemin de Rome. 11 put arriver jusqu'à Ravenne. Il y expira le 18 novembre 1472, à l'âge de 77 ans ^. Il avait, depuis 1468, légué sa bibliothèque à la république de Venise; ses cendres reposent dans l'église des Douze- Apôtres [194] à Rome 2. Le titre de patriarche de Constantinople passa à un neveu du pape ^, Pierre Riario, évêque de Trévise et cardinal du titre de Saint-Sixte depuis décembre 1471, en même temps qu'un autre neveu, Julien de la Rovère, recevait le titre de Saint-Pierre-ès- Liens '\ Le cardinal Jacques de Pavie, qui avait été chargé comme légat de rétablir la paix dans l'Ombrie, exprima son mécontente- ment de cette élévation de membres de la famille du pape qui ne s'accordait guère avec les promesses faites au conclave °. Un autre neveu, Léonard, fut fait, par Sixte, préfet de Rome (1472), et épousa une fille naturelle du roi de Naples, Jeanne, qui lui apporta une grosse dot ^. Le pape fit au roi, sur sa demande, remise du tribut annuel, tant qu'il ferait la guerre contre les Turcs et lui abandonna le territoire de Sora, réuni sous Pie II aux États de l'Eglise, Au fils de sa sœur, Jérôme Riario, frère du cardinal Pierre, il donna le gouvernement d'Imola et de Forli ' et, en général, bon nombre de possessions pontificales furent ainsi données en fief aux parents du pape ^. Ce népotisme si souvent reproché à Sixte IV 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, n. 6-8; Bandini, op. cit., n. 81 sq., p. lv sq. ; H. Vasl, Le cardinal Bessarion, Paris, 1878 (peu sûr); L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 203 et note 3; 204 et note 1. (H. L.) 2. Ihid., p. 204. (H. L.) 3. Bandini, op. cit., n. 69, p. xlviii; Raynaldi, op. cit., n. 9, 10. 4. Ihid., ad ann. 1471, n. 79; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 217-221. (H. L.) 5. Card. Papicns., Epist., cdxxi, cdxxiii, cdlxxxviii. 6. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 226. (II. L.) 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, n. 52-59; cf. ad ann. 1471, n. 82. Brosch, Julius II, p. 2, regarde comme « très vraisemblable » que Pierre et Jérôme n'étaient pas les fils d'un premier mariage de Bianca, sœur de Sixte IV, avec Paul Riario, mais bien les fils du pape, uniquement parce qu'on n'a pas trouvé le père avéré. Il prétend que la famille Piiario est « invraiscnii)lablc ». 8. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 213, 217 et tout le chapitre n, p. 213-214 : « Sixte IV contribua bii-même à ternir sa mémoire par l'abus scandaleux des faveurs dont il combla, dès le commencement, sa trop nombreuse et, en grande partie, trop indigne parenté. » (H. L.) 40 LIVRE L trouve quelque excuse dans la situation troublée de l'Italie et le peu de fidélité des nobles. Pour l'aider dans sa lourde tâche, c'est encore chez ses propres parents que le papetrouvait les instruments les plus dociles et les collaborateurs les plus sûrs. D'ailleurs parmi ses favoris, c'est le plus grand nombre qui s'est montré digne de la confiance du pape ^. Passons aux rapports du pape avec la France; en 1472, Louis XI, comme le Portugal, l'Ecosse et plusieurs princes allemands 2. envoya une ambassade d'obédience qui reconnaissait sans équi- voque la primauté romaine (8 juin) ^. Le pape chercha à trouver un terrain d'entente au sujet de la Pragmatique Sanction ^, en abandonnant ^ aux évêques la collation des bénéfices de leurs [195] diocèses pendant six mois de l'année et en faisant des concessions pour le jugement des procès des clercs ^. Mais ces arrangements, en dépit de la ratification royale "^ ne reçurent aucune exécution, pas même un accueil unanime; ce dont Sixte IV se plaignit le 30 décembre 1474 ^. Rome avait plusieurs fois cédé, et sur le désir de la cour de France, nommé, c'est-à-dire confirmé, l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, en quahté de légat d'Avignon et d'administrateur du Comtat-Venaissin ^. Sixte ne put empêcher la guerre de continuer avec fureur entre la France et la Bour- gogne ^^. Il dut enfin se résigner à voir une ordonnance du 8 jan- vier 1475 exiger le placet pour tous les actes pontificaux « en vue de sauvegarder les libertés gallicanes » ^^. 1. Ce jugement à lui seul donnerait la mesure d'un historien^ mais il l'em- prunte, cf. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 217, note 4. (H. L.) 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1472, n. 16. 3. Ibid., n. 14, 15. 4. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 294. (H. L.) 5. Ibid., p. 295; le 13 août 1472. (H. L.) 6. C. Ad universalis, 1. I, tit. ix, De treuga et pace, dans Extravag. communes; Raynaldi, Annal., ad ann. 1472, n. 61; Du Boulay, Hisl. universit. Paris., t. v, p. 698; Bull, rom., Luxcmb., t. ix, p. 281-282. 7. Lettres patentes données à Amboise le 31 oct. 1472, Bibl. Vatic. ms. 1323; E. Charavay, Sur les lettres de Louis XI, in-8°, Paris, 1881, p. 9. 8. D'Achéry, Spicil, t. m, col. 844; Bull, rom., Luxcmb., t. ix, p. 282, 283. 9. Raynaldi, Annal., ad ann. 1470, n. 45; ad ann. 1472, n. 14; Spondanus, ad ann. 1472, n. 6; ad ann. 1516, n. 13. 10. Raynaldi, Annal, ad ann. 1472, n. 12, 13; ad ann. 1473, n. 11. 11. Edm. Richer, Traité des appellations comme d'abus, t. 11, p. 55; Papius, Zur Geschichte des Placet, dans Archiv fur Kirchenrechl, 1867, t. xviii, p. 170-171. 851. LES PREMIÈRES ANNEES DU PONTIFICAT DE SIXTE IV 41 Le cardinal de Saint-Marc ^, dont la légation s'étendait à tous les États du Nord avait, pendant trente mois, travaillé à procurer la paix et à obtenir du secours contre les Turcs; il séjourna d'abord à Venise, ensuite à la cour de l'empereur, puis à celle des rois de Hongrie et de Pologne 2. Le 1^^ mars 1472 Sixte IV avait porté les censures ecclésiastiques contre Casimir et son fils Ladislas qui guerroyaient en Bohême contre le roi Matthias; il ordonna au légat de publier ces censures, tout en écrivant encore à Casimir pour tenter de le faire changer de dispositions ainsi qu'à Matthias pour le disposer en faveur de la paix (7 mars). Pour détourner les Polo- nais de cette guerre, il releva de leur serment les princes allemands et de même les Bohémiens à l'égard de Ladislas; il leur ordonna, ainsi qu'aux Silésiens et avix Moraves, d'olséir au roi Matthias. Déjà 196] il avait envoyé un chanoine de Cologne, Tileman Slect (Schleclit) ^, son camérier, avec la qualité d'internonce, adjurer Casimir de faire la paix, d'autant plus que son fils Ladislas avait peu de succès. Le roi de Pologne ne se montra pas opposé à la paix, mais voulut d'abord avoir une trêve. Tileman, accompagné du doyen du cha- pitre de Cracovie, s'achemina vers la Hongrie. Le 24 juin, une trêve était conclue et le lieu des négociations fixé à Olmûtz. Elles n'eurent point lieu cependant, le délai fixé étant trop court. Alors le cardinal se rendit lui-même en Pologne et le 4 juillet fut reçu en grande pompe à Cracovie. Mais si Casimir se montrait bien disposé pour la paix, il en était autrement de Matthias qui venait de traiter avec l'empereur, avait chassé l'armée polonaise de la Hongrie et accru son trésor des confiscations exercées aux dépens de ceux qui avaient manqué à leur serment de fidélité envers lui. La diète polonaise du 1^^ novembre décida la réunion, au début de février suivant, d'un congrès des envoyés des deux parties, en présence du légat muni de tous les pouvoirs opportuns ^. Le congrès (février 1473) n'aboutit pas; et la guerre continua^. C'est seulement le 12 février de l'année suivante que la paix fut conclue, entre la Pologne et la Hongrie; Matthias recevait la Moravie et une partie 1. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 206. (II. L.) 2. Gard. Vapiens. , Epist., dcviii; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1474, n. 6; ad ann. 1472, n. 28. 3. Raynaldi, n. 29-34; Theincr, Monuin. Ilung., t. 11, p. 431 ; doc. 613-615. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, 11. 35-40; Thciner, op. cil., p. 436, 440, docum. G-il, 622, 624-626. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1473, n. 13-14. 42 LIVRE L de la Silésie et Ladislas tout le reste. Mais dès le mois d'août, la Pologne rompait le traité et une nouvelle guerre dévastait les deux pays. Le 21 novembre 1474, une entrevue des deux rois aboutit à une trêve de trente mois. Alors Matthias put enfin se retourner contre les Turcs : il en était vivement pressé par Hassoun-Bey ^ qui, après de nombreux avantages obtenus en 1473, finissait, faute d'être soutenu, par avoir le dessous. Le légat commandant la flotte, le cardinal Olivier Carafïa, était rentré à Rome avec un butin considérable pris sur les Turcs, entre autres choses, vingt-cinq chameaux; il fut remplacé par l'arche- vêque de Spalato, Lorenzo Zani, qui fit des croisières en mer avec dix galères, mais sans grand résultat, à cause des dissensions surve- nues en Chypre ^. Le roi Jacques étant mort empoisonné (6-7vjuil- let), son trône fut revendiqué à la fois par sa femme Catherine Cornaro, de Venise, pour qui la République prit parti, et aussi par (197] sa sœur Carola ou Carlotta, soutenue par Naples et par les cheva- liers de Rhodes. La puissance de Venise fit prévaloir les prétentions de Catherine. Son fils Jacques II n'était âgé que de deux ans, André Cornaro de Venise devint administrateur de l'île. L'amiral Moce- nigo attaqua plusieurs villes turques; Antoine de Sicile chercha à incendier Larsenal de Gallipoli et paya de sa vie cette audacieuse entreprise^. Le sultan, inquiet de l'alliance d' Hassoun-Bey avec les chrétiens, chercha à gagner le roi de Hongrie, moyennant la cession de la Bosnie ou de la Serbie. Sixte IV prémunit le roi et les prélats du royaume contre cette tentation ^. De plus en plus s'évanouissait l'espoir de reconquérir Constan- tinople. En 1473, les Turcs pénétrèrent, de la Bosnie, dans la Carinthie et la Styrie, ravagèrent les champs, ruinèrent les villages et enlevèrent les habitants. Le faible Frédéric III n'osa marcher contre eux. Il demanda au pape un légat pour la diète d' Augsbourg, mais le cardinal François de Sienne (le futur Pie III) s'y opposa, en consistoire, faisant observer qu'en peu d'années on avait tenu dix congrès sans aucun résultat; les princes de l'empire écrasaient leurs sujets d'impôts qui ne servaient qu'à l'entretien de leur luxe, mais dont ils rejetaient l'odieux sur l'Eglise ^. L'ambassadeur 1. Raynaldi, Annal., ad anii. 1474, n. 7-9. 2. Ihid., ad anii. 1473, n. 9. 3. Ihid., ad ann. 1473,n. 1-5; Cippico, op. cit.,\. Il, III; Bal an, op. cit., n. 37, p. 201. 4. Gard. Papiens., Episf., dxxvi, dxxvii; Raynaldi, op. cit., n. 6-9. 5. Piaynaldi, op. cit., ad ann. 1473, n. 10. 851. LES PREMIÈRES ANNEES DU PONTIFICAT DE SIXTE IV 43 impérial, sollicitant en consistoire la pourpre pour l'évêque Domi- nique de Brixen, et s'étant permis de donner à l'empereur le titre de monarcha orbis, le cardinal de Rouen protesta contre ce titre, dont l'application à Frédéric II n'était certes pas heureuse -. D'au- tant plus ambitieux à conquérir qu'il était plus négligent à con- server, il avait désiré pour son fils Maximilien la main de Marie, l'héritière de Bourgogne. 11 eut, dans ce but, une entrevue à Trêves avec le duc Charles le Téméraire. Celui-ci exigea le titre de roi de Bourgogne, vicaire d'empire en deçà du Rhin et l'alliance contre la France. Frédéric s'y refusa dans la crainte que son futur gendre ne finît par n iser à l'empire, à la place de Maximilien : il rompit 198] donc les négociations -. Les troubles, les querelles continuèrent à désoler l'empire. La paix de Frédéric III fut reconnue insuffi- sante, plus nuisible qu'utile; elle fut toutefois renouvelée à la diète de Ratisbonne de 1474, mais aussi mal observée qu'auparavant ^. La tranquillité était tout aussi précaire en Italie, et le pape devait s'occuper sans relâche de maintenir la ligue des princes et des États. Les troupes pontificales et napolitaines étouffèrent la révolte de Vol- terra contre Florence (1472)*; le duc Hercule de Ferrare épousa, en 1473, Éléonore de Naples, fille de Ferdinand ^, irrité contre les Véni- tiens à raison des affaires deChypre^;Frédéricd'Urbin qui s'était dis- tinguélors destroublesdeTodietdeCività di Castello'^fut fait duc par le pape le 23 août 1474 ; le mariage de sa fille Jeanne avec le neveu du pape Jean de la Rovère (1475) le rangea aux côtés de Sixte IV, dont il obtint encore la ville de Sinigaglia et le vicariat de Mondavio^. Venise, Milan et Florence conclurent, le 20 novembre 1474, une étroite alliance qui déplut fort au roi de Naples ^, bien qu'il lui eût été facile, ainsi qu'au pape, d'y adhérer, puisque ce n'était que le renouvellement d'une alliance antérieure^'^. En Toscane, le cardinal Jacques de Pavie s'occupait activement à rétablir la paix "^ En 1473,1e duc de Savoie, 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1473, n. 23. 2. Ibid., n. 10, 11 ; Cranlz, Sax. Meir., 1. XII, c. ii, p. 865. 3. Ranke, Deutsche Geschichte, p. 49. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, n. 50-51; Balan, op. cit., n. 38, p. 201. 5. Gard. Papiens., Epist., dlviii; Balan, op. cit., p. 201-202. 6. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1474, n. 18. 7. Balan, n. 38, p. 202-203; [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 247. (H. L.)] 8. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1474, n. 19-21. 9. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 249, 256. (H. L.) 10. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1474, n. 15-18. 11. Ibid., ad ann. 1473, n. 15-17. 44 LIVRE L Louis, s'était plaint auprès du pape que Venise fortifiât Chypre, en chassât ses adversaires et fît craindre, par son obstination, que les Turcs ne vinssent à s'emparer de l'île entière, d'autant plus que Carlotta s'était déjà réfugiée en Egypte. Fidèle aux maximes de ses prédécesseurs, le pape refusa de trancher la ques- tion des droits au trône de Chypre. Venise s'attribuant l'empire absolu de la Méditerranée et privant Ancône de la liberté de ses mouvements, le pape se vit contraint de menacer des censures l'orgueilleuse république ^. Le 14 mai 1472, Sixte IV fixa à douze le nombre des auditeurs [199] de Rote 2; le 22, il publia une constitution contre la simonie ^. La promotion de sept cardinaux *, la controverse dogmatique agitée, surtout à Louvain, sur les futurs contingeyits ^, la lutte contre l'erreur soutenue par les pseudo-carmes de Bologne, qu'il n'est point hérétique d'attendre des réponses des démons ^, occu- pèrent le pape pendant l'année 1473. L'année suivante, la mort lui enleva son neveu, le cardinal Pierre Riario, à peine âgé de vingt- huit ans '^. Le 27 mai 1474, il confirma l'ordre des minimes, fondé par saint François de Paule ^, et la même année, celui des augus- tins déchaussés de la stricte observance, fondé par J.-B. Poggio de Gênes ^. Le 1^^ janvier 1475, il donna sa constitution sur la fête de l'Assomption de la B. V. Marie ^°. 852. Conciles en Espagne, Scandinavie. Allemagne et Angleterre [1472-1475). Sixte IV avait envoyé en Espagne, avec d'amples pouvoirs, le cardinal Rodrigue Borgia, surtout pour préparer la guerre contre 1. Raynaldi, op. ci!., ad ami. 1473, n. 30-32. 2. Bull, rom., Turin, t. v, p. 207, 208, const. 3. 3. Ihid., p. 208, 209, constit. 4. 4. Raynaldi, Annal., ad ann. 1473, n. 22. 5. Ihid., n. 14, 25 et les notes de Mansi; Baluze, Miscellanea, t. iv, p. 531. 6. Raynaldi, op. cit., n. 24. 7. Ibid., ad ann. 1474, n. 22-24. Il mourut de débauches. Morho ex intempereniia contracta moritur, écrit le contemporain Palmerius. On dit que sa fm fut chrétienne. Cf. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 232-233. Cette Eminence trouva, de nos jours, un apologiste : Il card. jra Piètre Riario, dans Civiltà caltolicà, 1868, t. m (H. L.). 8. Raynaldi, op. cit., n. 26-30; Bull, rom., Turin, t. ix, p. 212-217, n. 7. 9. Raynaldi, op. cit., n. 31. 10. Ibid., ad ann. 1475, n. 34-36. 852. CONCILES DE 1472 A 1475 45 « les Turcs, et l'avait chargé (1^^ avril 1472) de faire exécuter le châ- timent sévère prononcé contre le connétable de Navarre, Pierre Peralta, coupable d'assassinat sur l'évéque de Pampelune ^. Borgia fut reçu avec honneur, dans son évêché de Valence, et y harangua 2001 son clergé ^. Il était porteur de la dispense pontificale pour le mariage de Ferdinand d'Aragon avec Isabelle de Castille ^. D'Ara- gon il se rendit à Madrid, où le roi Henri le reçut en grande pompe, le fiL marcher à sa droite; mais par suite de l'immixtion du cardinal dans les affaires domestiques et politiques, les dispositions du roi à l'égard du cardinal se refroidirent; il se plaignit même de lui au pape *. En 1473, Borgia tint à Madrid, avec plusieurs évêques de la province de Tolède, un concile, où l'on traita de la guerre contre les infidèles et de plusieurs abus, en particulier de l'ignorance des clercs ^. Au demeurant, la légation de Borgia eut peu de résultats et, s'il faut en croire le cardinal Jacques de Pavie, cet insuccès eut pour causes la cupidité, l'ambition, la vanité, le luxe du légat. A son retour, il essuya un naufrage (10 octobre 1473), où périrent plusieurs de ses gens et une partie considérable des trésors qu'il avait extorqués ^. Autrement important fut le concile que l'archevêque Alphonse Carillo de Tolède tint à Aranda le 5 décembre 1473. Il porte vingt- neuf canons : 1. Les conciles provinciaux se tiendront tous les deux ans; les synodes diocésains, au moins une fois l'an. 2. Les recteurs d'églises auront un écrit contenant les articles de foi, les dix commandements, les sacrements, les différentes espèces de vertus et de vices; tous les dimanches, de la Septuagésime à la Passion, ils en feront la lecture au peuple. 3. On n'ordonnera point un sujet qui ne saurait pas parler latin [latinaliter loqui). 4. On ne recevra point sans recommandation un clerc d'un diocèse étranger. 1. Raynalcli,op.ci^,adanii.l472,n.24;L.Pastor,op. cit., t. iv, p. 204-205. (H.ÎL.) 2. Gard. Papiens., 1. II, p. 253, n. 441; Raynaldi, Annal, ad ann. 1472, n. 21. 3. Raphaël de Volatcrra, dans Raynaldi, n. 26. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1473, n. 18. 5. Juan Tcjada y Raniiro, Coleccion de canoncs y de todos los concilios de la iglesia de Espanay de America,MaiàT\à,\%^^,t. v,p. 5 sq. ; Mariana, //isi., 1. XXIII, c. XVIII ; Aguirre, Conc. Hisp., t. m, p. 671. 6. Gard. Papions., Epist., div, dxliv; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1472, n. 22; 1473, n. 19. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 205, note 2. (II. L.)) 46 LIVRE L 5. Les prélats porteront ordinairement le rochet; mais pas de vêtements de soie, ni trop courts, ni des soutanes (sotulares) blanches à peine de vingt florins d'or. A table, on lira l'Ecriture sainte. 6. Les clercs ne porteront ni vêtement de soie rouge ou verte, ni soutanes blanches, ni brodequins (borsegni) blancs ou rouges, mais seulement des soutanes noires (de même sous peine d'amende). 7. On observera avec soin les dimanches et les fêtes, évitant tout [201] travail servile. 8. Les clercs ne porteront jamais de vêtements de deuil. 9. Les clercs qui entretiennent publiquement une concubine, ou la reprennent, ou en prennent une autre seront, après deux mois, privés d'un tiers des revenus « à percevoir pendant ce temps » {pro illo tempore obtinuerint), après deux autres mois, d'un autre tiers; après deux autres encore, du dernier tiers; le tout au profit : moitié de la fabrique paroissiale, moitié du prochain synode. Si les concubinaires demeurent dans leur endurcissement, ils seront, après quatre mois outre les six précédents, privés de leur bénéfice et déclarés inhabiles à en recevoir aucun; s'ils retiennent les fruits de leur bénéfice, ils sont excommuniés ipso facto et ne pourront être absous qu'après entière restitution et démission de leur béné- fice. Des peines spéciales atteignent les clercs non bénéficiers. 10. Celui qui ne sait pas parler latin n'obtiendra ni dignité, ni canonicat, ni paroisse. 11. Les jeux de hasard sont interdits aux clercs. 12. Tous les évêques célébreront au moins trois fois dans l'an- née; tous les prêtres, au moins quatre fois. 13. Nul ne prêchera sans la permission de l'évêque. Les quêteurs ont à faire vérifier leurs pouvoirs par les évêques; mais ils peuvent se borner à les leur communiquer (sans exiger de nouvelles attes- tations signées de leur main). 14. Les clercs minorés porteront la tonsure et le vêtement con- venables, à peine de perdre les privilèges de la cléricature, et doivent présenter aux évêques leurs lettres d'ordination. 15. Les clercs n'entreront point au service des séculiers (sauf les rois et les personnes de sang royal), ils ne mèneront point la vie des camps, ne devant le service militaire à personne. 16. En temps prohibé, on ne célébrera ni noces, ni fêtes bruyantes; même l'usage du mariage est interdit. 17. Les mariages célébrés à la maison, s'ils ne sont pas contrac- 852. CONCILES DE 1472 A 1475 47 tés devant cinq témoins au moins, entraînent l'excommunication ipso facto, dont il faudra être absous avant de recevoir la bénédic- tion nuptiale. 18. Celui qui se met par la force en possession d'un bénéfice ecclésiastique est excommunié ipso jure. 19. On défend les spectacles peu convenables, les mascarades dans les églises, surtout du 25 au 28 décembre, et plus encore de les mêler au service divin. 20. Les duellistes perdent tout droit à la sépulture ecclésias- tique, aux célébrations et services funèbres. 21. Sont excommuniés tous ceux qui empêchent en quelque façon la perception et la rentrée des dîmes. 202] 22. Ceux qui commettent un rapt sont privés de la sépulture ecclésiastique. 23. Celui qui est excommunié dans un diocèse doit être tenu pour tel dans un autre, 24. Les villes et bourgs, de même que leurs magistrats, coupables de l'expulsion des clercs, tombent sous le coup de l'interdit. 25. Les ordinations doivent se faire gratis. 26. Les peines portées contre les bénéficiers sont valables aussi contre les dignitaires et les curés. 27. Les évêques peuvent, après satisfaction suffisante, absoudre dans leurs diocèses des censures portées dans les présents statuts. 28. Ces statuts seront publiés dans tous les diocèses dans les deux mois à dater de leur insinuation; ils entrent en vigueur quarante jours après cette publication. 29. Dans chaque diocèse les évêques établiront des témoins synodaux. A ce concile étaient présents les évêques de Ségovie (Jean Arias de Avila, qui tint, lui aussi, dans la suite, son synode diocésain), de Palencia (Jacques Hurtado de Mendoza, transféré vers 1486 à Séville), et par procurateurs, ceux de Jaën, Cuença, Osma et Siguenza ^. Jusqu'à la fin de ce siècle, on ne connaît plus d'actes d'aucun concile espagnol. La réunion des théologiens d'Alcala de Hénarès 1. Tejada y Ramiro, op. cit., p. 6-29; Hardouiii, Conc. coll., t. ix, col. 1501- 1516; Raynaldi, Annal, ad ann. 1473, n. 20; Gams. Spaniens Kirchengeschichie, t. III a, p. 431; Hefelc, Ximenès, p. 173, 174. ^ 48 LIVRE L en 1479 ^, dans l'affaire de Pierre de Osnia, qui fut censuré par Sixte IV 2, ne peut être comptée comme un synode. Il y eut aussi des conciles dans les États Scandinaves. Celui de Skalholt, en Islande, sous l'évêque Svein, s'occupa de la fête de l'Assomption de la B. V. Marie, permit les jours de fête les travaux urgents et nécessaires, ainsi que les réunions du peuple et les actions judiciaires ^. Le synode diocésain de Skara, en Suède, sous l'évêque Jean Markward (1465-1478), le 7 juillet 1472, traita : 1. De la décence et de la piété dans le service divin. 2. De la dignité de vie des clercs, et en particulier de la dispari- tion du concubinage. 3. De la manière de conserver la sainte Eucharistie, les saintes [203] huiles et les vases sacrés; du soin des malades, des dîmes, etc. 4. Des testaments des clercs, et des successions ab intestat. 5. De la lecture, à l'église, des noms des bienfaiteurs défunts. 6. Des prébendes de la cathédrale et des « altaristes » de Saint- Pierre en Ludosie, et de leurs obligations chorales. 7. Des clercs étrangers, de leurs lettres d'ordination, de l'hom- mage et du service des clercs envers les laïques. 8. De l'aliénation (interdite) des biens d'église. 9. Du droit de patronat et de la simonie qui peut s'y glisser, 10. De la réunion annuelle du synode diocésain, dans l'octave des Saints-Apôtres et des peines encourues par ceux qui ne s'y rendraient pas. 11. De l'interdit et de la suspense, qui ne pourront être infligés qu'après une triple monition écrite, lancée par le prévôt; de l'ex- communication qui ne sera portée que par délégation spéciale de l'évêque ou du chapitre. Ces statuts, et d'autres semblables, furent réunis dans une col- lection abrégée "* par le successeur immédiat de Markward, Bry- niof III Gerlaksou (intronisé en 1478;. 1. Tejada y Ramiro, op. cit., p. 30-37; Madrid, 1859, t. vi, p. 114; Gams, op. cit., p. 434 sq. 2. Ilardouin, Coiic. coll., t. ix, col. 1498-1502; Du Plessis d'Argentré, Coll. Jiid., t. 1 c, p. 298-302; Raynaldi, Annal., ad ann. 1479, n. 33; Bull, rom., Turin, t. v, p. 265-268, Constit. 19. 3. Finn. Joh., op. cit., t. ii, p. 486; Mûllcr, Kirchengeschichte çon Danemark und Norwegen, t. ii a, p. 217. 4. Reuterdahl, Slaluta synod. Eccles. Sveogolli., c. xxv, p. 165-174, De synodis snecanis, p. 11. 852. CONCILES DE 1472 A 1475 49 Dans l'octave de l'Epiphanie 1474, l'archevêque d'Upsal, Jacques Llfson, tint à Arboga un concile provincial auquel assis- tèrent les évèques Henri de Linkôping, Jean de Strengeniis, Lude- chin de Westeraes (Arosia), Edmond de Mexiô et le procureur de l'évêque Jean de Skara. Les décisions constituent quarante- deux articles [puncti) promulgués le 14 janvier ^ : 1. Le clerc qui, après monition canonique, n'éloigne point une personne libre [soluta) avec laquelle il vit en concubinage, sera excommunié, frappé d'une lourde amende et soumis à une pénitence; si la femme est mariée, parente ou fille spirituelle, le châtiment sera plus sévère. Les concubines seront soumises à la pénitence publique. 2. Les fds des clercs ne pourront être leurs héritiers. 3. Au sujet des testaments des clercs, le statut de l'archevêque Nicolas reste en vigueur. 4. Procuration des évêques et nombre des nocturnes. 5. D'après le décret du légat, cardinal de Sainte-Sabine, les évêques doivent posséder les Décrétales de Grégoire IX; puis le Sexte, les Clémentines et les autres textes semblables. 6. Le statut In inaligna relatif aux évêques et aux clercs ^ emprisonnés est confirmé. 7. Aucun évêque ne peut prononcer de privation de bénéfice, sans l'avis et le conseil du chapitre. [204] 8. De même, il ne peut, sans le conseil et le consentement du chapitre, se choisir un successeur, un coadjuteur, ou évêque titulaire. 9. Que personne n'ait la témérité de se mettre en possession d'un des évêchés de la province, sans le consentement du chapitre du lieu. 10. Les clercs ne doivent à personne le service ni d'autres obli- gations... Quiconque leur fait violence personnelle est excommunié ipso facto • quiconque, pour leur nuire, pénètre par effraction dans leur maison, sera, d'après les statuts antérieurs, puni d'une amende de 40 marcs. fr- \-^ 11. Sous peine d'une amende de 3 marcs, les ecclésiastiques doivent bien traiter leurs serviteurs et laquais, leur acheter ou leur faire acheter le nécessaire, à moins qu'ils ne préfèrent le leur fournir gratuitement. 1. Kcutcrdahl, Slal. synod., p. 174-182. 2. Jbid., p. 34. CONCILES VIII 4 50 LIVRE L 12. Le statut de l'archevêque Jakob, sur les clercs vagabonds et ceux qui sont en service chez les nobles, est confirmé, avec la permission de porter aux nobles les ornements d'église [?] confor- mément au statut de l'archevêque Nicolas. 13. Les étudiants [scholares) porteront l'habit et la tonsure cléricale; ils sont assujettis aux préceptes concernant les clercs. Le décret contre l'emprisonnement ou l'expulsion d'un roi cou- ronné par l'Eglise s'étend à l'administrateur du royaume libre- ment élu. 14. De la fornication (comme dans les statuts d'Upsal 1443- 1448). 15. Indulgences concédées pour certains chants déterminés : Tantum ergo, Discubuit, etc. 16. Pour la séparation d'avec une concubine, c'est la cautio fidejussoria, non la juratoria, qu'il faut fournir. 17. Dans la disposition concernant les témoins à décharge parjures, les mots : quinquennio pseniteant et salivant très marcas ne doivent s'entendre que divisim. 18. Dans la collation des bénéfices et dignités, on devra préférer les nobles et les gradés aux autres prétendants. 19. On maintiendra avec leur office les fêtes de la Conception et de la Purification de la B. V. Marie. 20. Dans toute la province on fera, sous le rite double, les fêtes des saints Eric, Sigfrid et Brigitte. 21. De même celle de saint Grégoire et celle du patron du royaume, fixée au premier dimanche après l'octave de l'Assomp- tion de la B. V. Marie. 22. Quand deux ou plusieurs fêtes se suivent immédiatement, l'Ordinaire peut, par dispense, autoriser les nobles et personnes considérables à contracter mariage le premier jour de ces fêtes, pourvu qu'ils fournissent caution de ne point cohabiter tout de suite. 23. Tout bénéficier est tenu de faire, à son décès, et en cas de résignation ou permutation de son bénéfice, une aumône pour les étudiants pauvres, selon le statut de Jean Haquini. 24. Il doit y avoir un hôpital [in-firmaria) auprès de chaque cathédrale. 25. Dans toute cathédrale, l'évêque et le chapitre nommeront [205] un économe qui aura pleine autorité sur les colons de l'église et, une fois l'an, rendra ses comptes à l'évêque et au chapitre. 852. CONCILES DE 1472 A 1475 51 26. Tous les prébendes, dans toute la province, sont tenus d'as- sister au chœur, de faire leurs offices dans l'église, d'après les cou- tumes et statuts pour le chœur de l'église d'Upsala. 27. Dans chaque cathédrale, il y aura un réformateur général, chargé de surveiller le costume, la tonsure, l'application et l'obéis- sance des scholares; et un annaliste, pour recueillir le récit des événements importants et rédiger une chronique ^. 28. Un clerc qui a commis un meurtre n'encourt -ipso facto ni la privation de son bénéfice, ni la confiscation de ses biens; un procès est nécessaire et le coupable sera puni d'après les lois civiles. Mais si l'on craint qu'il ne prenne la fuite, l'évêque et le chapitre devront faire mettre ses biens sous séquestre. 29. Les mendiants, dans le délai de six mois, vendront ou alié- neront les maisons, cours {curies) ou habitations qu'ils ont eues et ont encore dans les paroisses des curés, sans pouvoir en avoir d'autres à l'avenir; sinon l'Ordinaire en prendra possession gratui- tement. Si l'Ordinaire ou son officiai est informé que dans les paroisses des curés, ils se servent d'un autel portatif, ou se rendent coupables de tout autre délit préjudiciable aux curés, ils requerront leur supérieur de les punir; faute de quoi, l'autel sera confisqué avec ses parements. 30. Si un religieux prêtre demeurant hors du cloître veut ou doit célébrer, et se sait coupable d'un péché mortel, il ne doit point le faire sans se confesser, tant qu'il a à sa disposition un prêtre soit régulier, soit même séculier. 31. Les religieux qui cultivent des terres en doivent payer la dîme comme les autres; et leurs serviteurs sont, comme les autres paroissiens, sous l'autorité du curé du lieu. 32. Dans les couvents des mendiants, l'office choral doit être terminé pour la neuvième heure, sauf les fêtes solennelles. 33. A la prochaine diète de Calmar, ils devront produire la bulle qui rapporte la Clémentine Duclum sur l'exemption du paie- ment de la quarta canonica. 34. Tout interdit porté pour actes de violence ou autre motif doit être observé dans les monastères, aussi bien que dans les autres églises de la ville. C'est ce que promettent les religieux présents au concile : Laurent Magni, vicaire des frères prêcheurs, 206] Laurent Torbini, vicaire des frères mineurs, et plusieurs lecteurs, prieurs et gardiens. 1. Reuterdahl, Swenska Kyrkans historia, t. m b^ p. 397, c. x. 52 LIVRE L 35. Il est sévèrement défendu aux frères d'Eskelstuna d'aller de maison en maison recueillir des aumônes, de célébrer dans les églises des stations solennelles, avant d'avoir exhibé les documents qui établissent leurs privilèges. Ni eux ni les mendiants ne doivent délivrer indiscrètement des lettres de fraternité. 36. Tous les prélats doivent résider auprès de leur cathédrale. 37. Sont excommuniés tous ceux qui dérobent les biens des naufragés (condamnation du droit d'épave). 38. Les curés publieront du haut de la chaire et au prône l'ex- communication contre ceux qui sont dans l'habitude de proférer des abominables blasphèmes et jurements par le nom de Dieu, les membres du Christ, etc. 39. Les dimanches et jours de fête, on ne vendra point publi- quement, à l'étal, des viandes de diverses sortes; les boulangers n'exposeront point leur pain en vente; il en sera de même pour les autres marchandises. 40. Les prévôts ruraux vérifieront une fois l'an l'état des corpo- raux. 41. Une messe votive De Beata pour la prospérité du royaume sera dite chaque samedi, pendant toute l'année qui va suivre, par tout prêtre de la province, dont la messe n'est pas retenue ce jour-là ou qui n'en est pas absolument empêché. 42. Le prochain concile provincial se tiendra le 24 juillet 1475 ^, (On ignore s'il s'est tenu.) On avait donc reconnu la nécessité d'adoucir certaines pénalités vraiment trop sévères sanctionnant les lois ecclésiastiques, et de modifier diverses dispositions, à raison du progrès des temps. Par lettres particulières, le concile d'Arboga prescrit aux diocé- sains de Strengenâs de s'abstenir de tout acte de violence contre l'église, et tranche plusieurs débats privés sur des afï'aires ecclé- siastiques. Des autres conciles suédois nous ne connaissons jusqu'à pré- sent qu'une partie relativement restreinte. Nous avons pourtant les statuts d'Abo que l'excellent évêque Conrad Bitze (1460-1480) colbgea vers 1474 et réunit en trois livres : 1. Ordonnances liturgiques. 2. Matières ecclésiastiques. [207] 3. Matières civiles -. Ils furent mis en vigueur le 1^^ avril 1474, 1. Reuterdahl. De synodis suecanis, p. 10, 11, 12; Swenska Kyvhans hist., t. III h, p. 178-180. 2. Ibid., Staiuta synodalia. p. 194-214, c. xxviii; De syn. suecan., p. 10, 11. 852. CONCILES DE 1472 A 1475 53 bientôt augmentés d'une nouvelle détermination des droits et obligations du chapitre et des chanoines, ainsi que des peines pour différentes infractions. A propos des curés et des vicaires perpétuels, on insista sur leur devoir d'assurer la bonne tenue des terres. Il y eut aussi des prescriptions détaillées, en vue de la décence et de la dignité de l'office choral. Plus tard s'y joignirent des règles sur l'entrée des prêtres séculiers dans les ordres religieux, la célébra- tion d'une messe pour les prêtres décédés du diocèse, l'obligation de soumettre à l'agrément de l'évêque ou du chapitre le choix des architectes, peintres et autres personnes employées dans la cons- truction d'une église. L'évêque Conrad rédigea aussi une instruc- tion de service pour les custodes (gardiens) de la cathédrale d'Abo. Il existe encore une autre collection de différents canons de conciles suédois, depuis ceux du cardinal de Sabine, jusqu'à ceux du XV® siècle, y compris le synode de 1474. Ils commencent par les canons contre ceux qui, sous prétexte d'hospitalité et d'amitié, vont s'installer dans les maisons des ecclésiastiques et y causent du dommage; et contre le mariage des étrangers qui n'apportent pas d'attestation de leur état libre. Suivent les règles concernant le mariage en général, le concubinage, le parjure et ses complices, les confesseurs, le cathedraticum, les testaments des clercs, les prêtres étrangers, les quêteurs, les étudiants, etc. Le tout se ter- mine (can. 61) par une liste des vigiles et des jours de fête ^. Il y eut aussi en Allemagne des synodes diocésains. Un des hommes les plus zélés pour cette œuvre fut Rudolph de Rudesheim, déjà connu comme auditor Camerse au concile de Bâle, doyen de Worms, prévôt de Freisingen et référendaire pontifical, nommé par Pie II, après plusieurs missions diplomatiques, évêque de Lavant, puis nonce auprès de l'empereur, et transféré par Paul II à Breslau, en 1467 ^. Il porta à Breslau même, le 4 février 1471, un statut sur les cas réservés au pape, à l'évêque et à ses vicaires ^; le 31 juillet 1473, il convoquait, pour la fête de saint Luc (18 octo- bre), un synode diocésain qui se tint en effet ce jour-là et les sui- vants. On y formula surtout des prescriptions liturgicjues, notam- ment sur la fête de la Présentation de la B. V. Marie au Temple 1. Reuterdahl^ Slaluta, c. xxviii^ p. 182-194. 2. Stenzelj ScripL rer. Silesic, t. i, p. 170; t. m, p. 344; G. Voigl, Enea Sihio, t. II, p. 360, n. 2. 3. Hartzheim, Conc. Germ., t. v, p. 953-955; Binterim, Deutsche Concilien, t. VIT, p. 393. 54 LIVRE L (21 novembre), élevée au rite double. On y renouvela les anciennes constitutions contre le concubinage et d'autres abus, et sur la [208] célébration des mariages. Désormais les synodes diocésains se tiendraient du lundi au miercredi après le dimanche Jubilate (III^ après Pâques) ^. Rudolphe tint en effet ces jours-là son synode de 1475 ^. De l'année 1473, nous connaissons une lettre de convocation pour Brixen ^. En 1475, nous trouvons le synode diocésain de Freising, sous l'évêque Sixte de Tannberg, avec ses décrets du 19 janvier^; celui de Ratisbonne sous l'évêque Rupert qui réunit en trente-sept titres les anciens statuts provinciaux et diocésains ^. Un synode tenu à Constance, sous l'évêque Hermann III de Brei- tenlandenberg ^, doit se placer en 1473-1474 et non en 1476, cet évêque n'ayant occupé le siège que de novembre 1466 au 20 sep- tembre 1474. En Angleterre, en janvier et février 1475, la convocation du clergé de la province de Cantorbéry, à Saint-Paul de Londres, fit plusieurs propositions à l'archevêque : on y confirma plusieurs censures latse sententise (qui durent plus tard être changées en ferendse sententise), notamment celles contre les prêtres qui ne se contentent pas de la taxe ordinaire pour les messes des défunts, et celles contenues dans le décret sur les testaments. D'autres recommandations concernent une peine à porter contre l'archi- diacre qui aurait dépassé la taxe légale pour l'institution d'un bénéficier, les prédicateurs non approuvés, à propos desquels on demanda la suppression de l'interdit contre l'église où ils auraient prêché, etc. ; la liberté pour les prêtres qui n'ont pas de péché réservé de se confesser à tout prêtre idoine. D'autres vœux se rapportent à l'assistance à demander au bras séculier; aux change- ments à apporter à certaines fêtes de l'Eglise. Les décisions prises sur tout cela ne nous sont pas connues ". 1. Hartzheim, Conc. Germ., t. v, p. 491-497; Montbach, Statula synodalia Eccles. Vradslav., edit. ait., p. 94; Fabisz, op. cit., p. 287; Binterim, op. cit., t. vu, p. 388. 2. Hartzheirn, op. cit., t. v, p. 497-501; Fabisz, loc. cit.; Binterim^ op. cit., t. VII, p. 392 sq. 3. G. Bickell, op. cit., p. 1^-17. 4. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 511-535; Binterim, op. cit., p. 367. 5. Binterim, op. cit., p. 370. 6. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 505-508; Binterim, op. cit., p. 316. 7. Wilkins, Cot^c. M. Britann., t. m, p. 608, 609; Mansi, Conci/ia, supplém. t. V, col. 333-336. 853. LE GRAND JUBILÉ DE 1475 ET LES ANNÉES SUIVANTES 55 209] 853. Le grand jubilé de 1475 et les années suivantes. L'année 1475 amenait la sixième célébration du jubilé ^, depuis que l'ordonnance de Paul II confirmée par Sixte IV en avait fixé le retour tous les vingt-cinq ans. Le roi Ferdinand de Naples y assista, ainsi que la reine Carlotta de Chypre, qui recevait du pape une généreure hospitalité ^. L'année précédente, Rome avait vu dans ses murs, en pèlerins, le roi Christian de Danemark, le duc Jean de Basse-Saxe et nombre de chevaliers ^. Ils trouvèrent un accueil honorable et emportèrent de riches présents. Le roi de Dane- mark avait fait vœu d'aller en pèlerinage à Jérusalem : son vœu fut commué en aumônes au profit de l'hôpital du Saint-Esprit. Il obtint aussi les bulles d'institution de l'université de Copenhague, œuvre de l'archevêque de Lund, Jean de Brockdorf ou Brostorp (1472-1497) et de l'évêque Olaf Martensen de Rœskilde (1477) *. Ce jubilé qui s'étendait à Bologne et aux autres pays jusqu'à l'Ecosse^ trouvait l'Italie dans une paix relative; mais ailleurs l'année jubilaire devait être une année de guerres. En Allemagne et sur ses frontières la guerre sévissait. En vain le roi de Dane- mark, à son retour de Rome, avait essayé de réconcilier la ville de Cologne avec son archevêque Robert du Palatinat; ce dernier appela à l'aide le duc Charles de Bourgogne, qui quarante-six semaines durant assiégea la ville de Neuss, bravement défendue. Contre l'orgueilleux Bourguignon se forma une coalition puis- sante : le duc René II de Lorraine, Sigismond d'Autriche, les Suisses, l'empereur et Louis XI, roi de France, s'unirent et occu- pèrent plusieurs places fortes du duc. Le margrave Achille de Brandebourg marcha contre lui à la tête de l'armée impériale. Le 1. Raynaldi^ Annal., ad ann. 1472, n. 60; Extrav. comm., lib. V, tit. ix, c. 4, De psenit. et remiss. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 251. (H. L.)] 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1475, n. 1. 3. Cancellieri, Notizie délia venuta in Roma di Canuto II et di Christiano I, re di Danimarca, negli anni 1027 e 1474, Roma, 1820; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 237. (H. L.) 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1474, n. 1; Chron. Citiz., ad ann. 1474, p. 1253; Karup, Kirchengesch. von Danemark, in-8^, Miinstcr, 1863, p. 108; Crantz, Sax. Metrop., LXII, c. xii, p. 867 : Prœlatis régis insciiia fuit ingratia quod non haberet commercium linguse latinx. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 238-239. (H. L.)] 5. Raynaldi, Annal., ad ann. 1475, n. 1 ; Theiner, Monum. Huug., t. ii, p. 449, docum. 634; Monum. Slavor. meridion., t. i, p. 503, doc. 678. 56 LIVRE L pape envoya pour servir d'intermédiaire entre le duc et l'empereur Alexandre, évêque de Forli, dont l'habileté parvint à amener un [210] accord : Charles devait renoncer à s'immiscer dans les affaires de Cologne et lever le siège de Neuss qui serait rendue au nonce; après avoir abandonné au pape les affaires de Cologne, il conclut avec l'empereur, d'abord (17 juin 1475) une trêve, et ensuite (17 novem- bre) la paix : il se tourna alors vers ses autres adversaires ^. Mais l'avenir lui réservait bien des désillusions. Contre Louis XI, il avait fait appel au roi Edouard IV d'Angleterre : Edouard débar- qua le 26 mai à Calais, mais pour s'unir au roi de France. Charles se vit réduit à conclure avec la France une trêve de neuf ans, dans laquelle furent comprises la Castille, l'Ecosse, la Hongrie, la Savoie et d'autres États. Il ne tarda pas à violer son serment, soumit la Lorraine, choisit Nancy pour résidence et marcha contre les Suisses, par lesquels il devait être enfin vaincu et tué ^. En Castille, Henri IV était mort le 11 décembre 1474; Jeanne, qu'il avait reconnue comme sa fdle, soutenue par le roi de Portugal, prétendit au trône, sans pouvoir empêcher Isabelle d'y monter, après la fin de ses démêlés avec Ferdinand d'Aragon son époux. Ferdinand triompha des Portugais qui demandèrent en vain le secours de la France. Sixte IV avait déclaré à plusieurs reprises que le titre donné par le pape à un prétendant ne préjudiciait en rien aux prétentions légitimes de son compétiteur. Et comme les reve- nus d'Église laissés par Martin V au roi de Castille pour sa guerre contre les Maures avaient été employés par lui à d'autres objets, Sixte retira cette concession (l®'^ décembre 1475)^. Jean III d'Ara- gon et la France se disputaient plusieurs territoires. Néanmoins les ambassadeurs du roi entrèrent en conférence avec les princes italiens au sujet de la guerre contre les Turcs et de l'assistance réclamée par le roi de Hongrie *. Dès 1472 les Catalans s'étaient rangés sous le sceptre d'Aragon. En Orient, Caiffa venait d'être perdue pour la chrétienté par la [211] faute des chefs génois ^. Bientôt le bruit se répandit que Maho- 1. Raynaldi, Annal. ^ ad ann. 1474, n. 2, 3; 1475, n. 2-5, 9; Cranlz, op. cit., c. xn-xiii, p. 867-870. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1475, n. 6-8; 1476, n. 11-12; Crantz, op. cit., c. xiii-xv, p. 870-875. 3. Raynaldi, Annal, ad ann. 1474, n, 25; 1475, n. 12-19; Gams, op. cit., t. m a, p. 431 sq. ; Hefele, Ximcnès, p. 20 sq. 4. Raynaldi, Annal, ad ann. 1475, n. 21-22; cf. 1473, n. 12. 5. L. Pastor, op. cit., t. iv^ p. 263. (H. L.) 853. LE GRAND JUBILÉ DE 1475 ET LES ANNEES SUIVANTES 57 met II se préparait à attaquer l'Italie ^. Le roi de Hongrie envoya à Rome l'évêque de Veszprim et le ban Jean d'Esclavonie deman- der assistance; et lui-même s'empara de Sabatz, sur la Save-. Etienne, souverain de la Moldavie, avait, en janvier 1475, remporté sur les Turcs une brillante victoire et en avait envoyé à Rome les nombreux trophées^. Scutari était assiégée par les Turcs; un secours que le pape et Venise envoyèrent à la ville en 1474 les obli- gèrent à lever le siège ^. Mais depuis 1476, le péril turc allait crois- sant. Sixte IV envoya donc encore des légats par tout le monde chrétien ^. En France ce fut son neveu, le cardinal Julien de la Rovère. Il le nomma préfet d'Avignon, et fit de ce siège en 1475 une métropole, dont les sufîragants furent Carpentras, Vaison et Cavaillon ^. L'évêque Dominique de Rieti ' alla en Allemagne, Bohême, Hongrie et Pologne; en Bourgogne, l'évêque de Sebenico Lucas de Tollenlis. Toutes ces ambassades furent sans résultai, l'inaction des princes chrétiens fut ce qu'elle avait toujours été ^. Le pape et plusieurs princes italiens envoyèrent au roi de Hon- grie, en 1476, des secours pécuniaires importants. Etienne, voïvode de Moldavie, défit les Tartares, puis les Turcs, mais rivalisa avec eux de cruauté. Devant la marche de l'armée hoogroise, les Turc3 se retirèrent, mais en dévastant affreusement la Valachie, emme- nant 40 000 esclaves et poussant leurs incursions en Croatie et en Dalmatie et jusqu'à Salzbourg; en 1477, ils firent une descente en Italie et ravagèrent la plaine entre l'Isonzo, le Tagliamento et 'a Piave. Cette fois encore Frédéric III demeura inactif; il tâcha même d'attirer à lui la Hongrie; mais le siège de Vienne l'obligea d'accepter les plus dures conditions. Les Vénitiens dont la flotte, en 1476, tenait tête sur mer à celle des Turcs avaient couvert Lemnos et Naupacte; mais l'année suivante ils furent battus en Albanie et leur général François Contareni fut tué. Bientôt plu- 212] sieurs États chrétiens cherchèrent à faire alliance avec les Turcs. Manuel Paléologue, fils du despote Thomas, se trouvant à Rome 1. Gard. Papiens., Episl., dcliv; Kaynaldi^ Ain, ai, ad ann. 1475^ n. 10^ 23-27. 2. Ibid., 1475. n. 22-28. 3. Ibid., 1474, n. 10; L. Pastor, op. cil., t. iv, p. 262. (II. L.) 4. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1474, n. 12-13. 5. Ibid., 1476, n. 1. 6. Ibid., 1475, n. 53. 7. Theiner, Monum. Hung., t. i;, p. 448, doc. 633, du l^r mars 1475. 8. Raynaldi, op. cit., 1476, n. 2-4. 58 LIVRE L trop surveillé pour se livrer aux plaisirs, s'était réfugié chez le sultan, de qui il n'obtint que deux serviteurs, deux femmes esclaves, une maigre rente et un emploi insignifiant ^. De nouveaux troubles avaient éclaté en Italie : à Milan, le duc Galéas-Marie avait été assassiné (26 décembre 1476) ^, sous prétexte de tyrannie. Son fils, Jean Galéas, n'avait que huit ans; et contre la régence se tramèrent de nouvelles conspirations. Sixte IV fit ses efforts pour rétablir la paix, et envoya l'évêque de Novare, Jean Archimbold, créé en 1473 cardinal du titre des Saints-Nérée-et-Achillée. La tentative des Génois de secouer le joug des Français échoua ^. Le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, avait été tué près de Nancy, le 5 janvier 1477, et sa fille Marie avait épousé le 20 août Maximilien, fils de l'empereur, qui eut à disputer à Louis XI ce riche héritage, et n'en fut pas assuré avant 1479 ^. Sixte envoya en 1476 un nonce, Franco, décider entre les partis qui se disputaient la Castille : or le Portugal ne disposait pas d'une force suffisante pour soutenir ses prétentions, d'autant qu'il ne recevait de l'extérieur aucun secours ^. La peste s'ét^t déclarée à Rome à la suite d'une inondation du Tibre, Sixte IV dut séjourner, de juin à août, à Campagnano, Ameria, Narni et autres lieux ^. A son retour à Rome, il porta solennellement en procession la célèbre image de la Mère de Dieu, de Sainte-Marie-Majeure, attribuée à saint Luc '. Il créa en décembre 1476 quatre nouveaux cardinaux (dont l'un était Charles de Bourbon, archevêque de Lyon) ^; et en 1477, six autres dont l'un (Raphaël Riario Sansoni) était fils d'une nièce, et l'autre l'évêque de Recanati et Lorctte (Jérôme Basso de la Rovère), fils d'une sœur du pape. A la demande de l'empereur, il avait précédemment créé cardi- 1. Gard. Papiens., Epist., iici.xu, adcard. Man^ ; Phranlza, 1. III, dern. chap. ; Turcogrœc, 1. I; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1476, n. 4-10; 1477, n. 6, 7. 2. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 267. (H. L.) 3. Raynaldi, Annal, ad ann. 1476, n. 15; 1477, n. 1-2; Balan, op. cit., n. 40-42. 4. Raynaldi, op. cit., 1477, n. 3, 4; Crantz, Saxo}i. Metrop., 1. XII, c. xvii, p. 877 sq. 5. Raynaldi, op. cit., 1476, n. 13. 6. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 265-267. (H. L.) 7. Cette attribution n'a que la valeur d'une détermination de cette peinture. (H. L.) 8. Raynaldi, Annal., ad ann. 1476, n. 14. 853. LE GRAND JUBILÉ DE 1475 ET LES ANNEES SUIVANTES 59 nal-prèlre, mais réservé iji petto, un Allemand, Georges Hessler, chanoine de Neumûnster ^ Il fît restaurer l'hôpital romain del Santo Spirito et voulut que son nom fût consigné parmi ceux des 213] confrères de l'hôpital ^. Son zèle se déploya en faveur de la liberté de l'Eglise et, en 1476, il pressa l'observation des lois canoniques contre ceux qui emprisonnent ou maltraitent les clercs, dans leur personne ou dans leurs biens ^. Partageant, comme franciscain, la pieuse croyance à l'Immaculée Conception de Marie, il accorda des indulgences spéciales à ceux qui la défendaient et rendit en sa faveur plusieurs décrets *. Plus tard (1483), il condamna l'as- sertion de quelques dominicains : que cette croyance était héré- tique, et la célébration de la fête, gravement coupable; mais il défendit aussi, sous peine d'excommunication, de noter d'hérésie les « maculistes » (adversaires de la doctrine) ^. Des fondations grandioses, la construction et la restauration d'églises, d'édifices et d'établissements d'utilité publique à Rome, la libéralité envers les malheureux et les pauvres assurent à ce pontificat une gloire solide ^. Le pape fut profondément attristé par la perte d'un conseiller qui l'avait puissamment servi dans son œuvre de pacification des États de l'Église : le bienheureux Jacques de la Marche (f 28 novembre 1476 à Naples) '. Sixte IV avait rétabli le collège des abréviateurs supprimé par son prédé- cesseur ^. ♦ 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1477, n. 10, 11; Jac. Papiens., Epist., dclxii. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1477, n. i2; Bull, rom., Lu^duni, 1665, t. i, p. 439; Turin, t. V, p. 245-251, const. 16 du 24 mars 1477. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 428-430. (H. L.)] 3. Const. Ofpcii pasioralis cura, de Ronie, 18 mai, ann. Y; Ilardouin. Coiic. coll., t. IX, col. 1496-1498: Wilkins, Conc. M. Britannise, t. m, p. 609-610. 4. Const. Cum prsecelsa, 27 févr. (1" mars) 1477, ann. VI; dans Exlraw comm., lib. III, tit. xii, c. 1, De reliq. et vener. Sanctor.; Hardouin, op. cit., t. ix, col. 1493-1495; Raynaldi, Annal., ad ann. 1477, n. 9; 1479, n. 34. [L. Pastor, op. cit., t. IV, p. 365 (H. L.)] 5. Const. Grave nimis, dans Extrav. comm., lib. III, tit. xii. c. 2, De reliq. et vener. Sanctor.; Ilardouin, Co/(c. coll., t. ix, col. 1495-1496; Du Plessis d'Argentré, op. cit., t. I b, p. 284 sq. ; Dcnzinger, Die Lehre von der unbefl. Empfàngniss, Wurzbourg, 1855, p. 30; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1483, n. 64. 6. L. Paslor, op. cit., t. iv, p. 253 sq. (H. L.) 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1471, n. 80; 1476, n. 17-20; Nicolai, Vita storica di San Giacomo délie Marche, Bologna, 1876. 8. Const. 17 Diçina seterna, 11 janv. 1478, Bull, rom., Turin, t. v, p. 251- 259. 60 LIVRE L 854. La lutte avec la maison de Médicis. Le pseudo-synode de Florence. Sixte IV eut bientôt à engager une lutte très vive avec la répu- blique de Florence. Elle avait à sa tête à ce moment l'habile et ambitieux Laurent de Médicis avec lequel le pape, au commence- ment de son pontificat, avait entretenu de bons rapports; Laurent était venu à Rome lui porter ses félicitations (septembre 1471). [214] Sixte l'avait nommé son trésorier, lui avait donné la ferme des mines d'alun, et avait multiplié les faveurs, dont Laurent devait montrer si peu de reconnaissance. Insensiblement les rapports s'ai- grirent des deux côtés. Le pape se refusa à donner la pourpre au jeune Jules de Médicis et accorda l'archevêché de Pise à François Salviati que Laurent tenait pour rebelle et qu'il empêcha, en con- séquence, de prendre possession de son siège. De plus, le Florentin se crut lésé parce que le pape, en obtenant Imola pour Pierre Riario. avait de nouveau réuni aux Etats de l'Eglise ce territoire qu'il convoitait pour lui-même. Le pape, de son côté, fut profondé- ment attristé de voir, au lieu d'une ligue générale de toute l'Italie contre les Turcs, se former un pacte séparé des trois puissances italiennes, Florence, Milan et Venise (publié le 20 novembre 1474), dirigé contre lui et contre Ferdinand, et qui, en tous cas, aggravait les dissensions dans la péninsule. Bientôt Florence soutenait à Città di Castello Nicolas Vitelli dans sa rébellion contre le légat Julien de la Rovère et contre Frédéric de Montefeltre, au mépris absolu des droits du pape et des conventions encore existantes (1474). La ville se rendit, mais à des conditions préjudiciables à % l'honneur du Saint-Siège et, bien loin de faire aucune démarche pour racheter ses torts, Laurent chercha de plus en plus à exercer dans les États de l'Église une influence hostile au pape ^. A Florence, beaucoup ne supportaient qu'avec impatience la tyrannie des Médicis. La puissante famille des Pazzi, plusieurs fois blessée par Laurent dans son honneur et ses intérêts, se mit en relations avec tout ce qu'il avait d'adversaires, et particulièrement François de Pazzi (que Sixte nomma dans la suite son trésorier) avec Jérôme Riario, et avec l'archevêque de Pise, Salviati, tou- jours tenu éloigné de son siège. On s'efforça de rendre le pape favo- rable à un changement de gouvernement à Florence, sans lui laisser 1. L. Paslor, op. cit., t. iv, p. 269-275; cf. 229-230. (II. L.) 854. LA LUTTE AVEC LA MAISON DE MÉDICIS 61 soupçonner un attentat contre la vie des Médicis, car il exprima résolument sa volonté qu'il n'y eût pas de sang versé. Des troupes furent appelées de l'extérieur pour prêter assistance aux conjurés dans la ville ^. [215] Après plusieurs vaines tentatives, la conjuration des l^azzi éclata le 26 avril 1478 dans l'église de Santa-Maria del Fiore. Julien de Médicis, frère de Laurent, fut tué; mais Laurent lui-même ])ut se sauver. Beaucoup de conjurés furent mis à mort, et avec eux des innocents; l'archevêque de Pise fut pendu et son supplice fut aggravé de circonstances outrageantes, avec lui, plusieurs clercs; le capitano Montesecco fut exécuté, le cardinal Raphaël Sansoni (Riario) mis en prison, un de ses frères fut aussi arrêté et tenu avec lui en sûreté. Laurent de Médicis donna alors libre cours à sa passion de ven- geance : la multitude lui était revenue et il se trouvait plus puis- sant que jamais.' Il prit dans sa famille le fils de son frère Julien assassiné, le jeune Jules, qui devait être un jour Clément VII '^. La nouvelle de l'échec de la conjuration fut reçu à Rome avec •joie. Le pape ne s'en cachait pas dans une lettre adressée à Flo- rence ^. Mais lorsque les détails en furent connus, en particulier l'exécution ignominieuse de l'archevêque et de plusieurs ecclé- siastiques et l'incarcération du cardinal Raphaël, ce fut l'indigna- tion qui prévalut. L'ambassadeur de Florence, Donato Acciajuoli, encore tout atterré de l'événement, fut mandé au Vatican par Jérôme Riario, pour rendre compte devant le pape de la conduite de son gouvernement. Toutefois le pape n'insista pas, après que Donato eut justifié de son ignorance complète de l'événement et se fut porté garant de la libération immédiate du neveu du pape. Il écrivit dans ce sens à Florence une lettre fort pressante ^. Mais à Florence on ne s'y décidait point malgré les conseils de Venise, de Naples et de l'ambassadeur florentin lui-même, qui finit par se 1. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 276-287. (H. L.) 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 1-3; Politianus, De conjuratione Pactiana, Firenze, 1856; Ammirato, Congiura de'Pazzi, Firenze, 1826. 3. Sixte IV écrivait au lén;at de Bologne qu'il ne gardait pas rancune aux Bolo- nais de ce qu'ils s'étaient empressés d'envoyer du secours à Florence, cum nihil adhuc Florenlini in ecclesiaslicam dignitatem molili essent, et il ajoute : nos quoque casum ipsuni primiim indoluimus et cornmiserationis noslrse testimonium per litteras nostras ad Florenlinos dedimus. Dans Gino Capponi, Sloria di Firenze, t. II, p. 123. 4. Pastor, op. cit., t. iv, p. 290-291. (H. L.) G2 LIVRE L sentir compromis et offrit sa démission. Sixte nomma une com- mission de cinq cardinaux pour faire une enquête sur les événe- ments de Florence, avec ordre de procéder, en cas de résistance obstinée et publique, dans toute la rigueur du droit ^. Le cardinal camerlingue évêque d'Ostie, Guillaume d'Estouteville (le « cardinal de Rouen »), écrivit, le 24 mai 1478 ^, à Laurent qu'il eût à remettre [216] le cardinal en liberté, ou à s'attendre à la pleine exécution des décisions prises à l'unanimité par le Sacré-Collège qui, lui, ne meurt pas. On chargea de cette lettre l'évêque de Pérouse qui jouissait tl'une très grande considération. Il dut néanmoins attendre inuti- lement plusieurs jours avant qu'on se décidât à transférer seule- ment le cardinal, des prisons du palais de la Seigneurie, au couvent des servites (5 juin) ^. Le 1^^ juin parut la bulle pontificale. Elle énumérait d'abord les attentats commis contre les États de l'Eglise ''j la protection accor- dée aux ennemis du pape, les entraves à la liberté des pèlerins se rendant à Rome, mépris de l'autorité ecclésiastique, exécution de l'archevêque de Pise et de plusieurs clercs, incarcération du cardi- nal Raphaël et refus de le délivrer. Pour ces motifs, elle déclarait Laurent de Médicis et les magistrats suprêmes de la république, les auteurs et les exécuteurs de ces actes de violence, excommuniés, infâmes, inhabiles jusqu'à la seconde génération à toute dignité ecclésiastique, menaçait d'interdit les diocèses de Florence, de Fiesole et de Pistoie, et la ville de Florence de la suppression de son siège archiépiscopal, si la république, dans le délai d'un mois, n'avait puni Laurent et les autres coupables ^. La forme était sévère, les expressions fortes; mais au fond le pape était pleinement dans son droit. Les Florentins de leur côté ne tinrent aucun compte des censures qu'ils déclaraient illégales, ils accusèrent le pape d'être le premier auteur de la conjuration des Pazzi et, au fond, irrité surtout de son échec. Enfin, le 12 juin, ils laissèrent le cardinal Raphaël se rendre à Rome; son innocence était évidente et son élargissement un acte de sage politique. Le pape, voyant ses censures méprisées, 1. Balan, op. cit., n. 45, p. 210, 211; Frantz, op. cit., p. 217 sq. 2. Fabroni, Vita di Lorenzo de'Medici, t. ii, doc, p. 116. 3. Frantz, op. cit., p. 218-220; Balan, op. cit., p. 212, n. 45. 4. Pastor, op. cit., t. iv, p. 291. (H. L.) 5. Const. Iniquitalis filius et perditionis alumnus, dans Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 4-11 ; Baluz. MiscelL, t. i; Fabroni/op. cit., t. ii, p. 121. 854. LA LUTTE AVEC LA MAISON DE MÉDICIS 63 renouvela l'anatlième le 22 juin, interdit tout commerce et toute alliance avec Florence, et même défendit de porter les armes au service de la république. Lui-même contracta une alliance avec Naples et Sienne et équipa une armée ^. [217] La Seigneurie de Florence répondit par un manifeste qui parut le 21 juillet. On s'y montrait d'abord étonné du ton irrité et sévère du pape et de sa malveillance envers le peuple florentin, si pieux. On y prenait ensuite dans le détail la défense de Laurent de Médi- cis, sans parvenir toutefois à affaiblir la gravité des reproches du pape, fondés sur les faits. Laurent, y disait-on, n'est pas un tyran; il est au contraire le soutien et le défenseur de la liberté de Florence, liberté qui serait perdue, si l'on consentait à l'exiler sur l'ordre du pape. Digne de ses aïeux et de sa haute situation, c'est lui qui a arraché le cardinal Raphaël des mains du peuple furieux, lui que Dieu a couvert d'une protection miraculeuse. Il est loin d'être l'ennemi du bien public, sa maison a été dans la lutte contre les Turcs d'un secours puissant; lui-même a fait au bien commun de grands sacrifices, bien avant que le pape ne s'en préoccupât. Le pape doit donc revenir à de meilleurs sentiments. La cause de Flo- rence est parfaitement juste; tous les princes chrétiens le recon- naissent; la république combat pour la religion et pour la liberté '^. En réalité, Florence ne manquait pas d'alliés puissants dont elle pouvait tirer gloire. Dès le 12 mai Louis XI avait, d'Arras, écrit à Laurent une lettre de condoléances sur le meurtre de son frère Julien, et exprimé son indignation de l'attentat. Il le considérait, disait-il, comme dirigé contre lui-même, voulait qu'on en fît une punition exemplaire, et allait envoyer Commines, le sire d'Argen- ton, pour exposer ses vues plus en détail ^. Dans sa réponse du 19 juin, Laurent remercie le roi de sa sym- pathie; désigne comme cause de tout le mal le pape, qui lui fait un crime de ne point s'être laissé assassiner, et proteste qu'il s'agit ici du maintien de la justice *. Il écrivit dans le môme sens à l'empereur, à l'Espagne et aux autres puissances; partoutil chercha à susciter des ennemis au pape^; 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1478, n. 12, 13; Balan, op. cit., n. 4G, p. 212. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 288 sq. (H. L.)J 2. Vignotti, Storia délia Toscana, t. IV, Tp. 123 sq. 3. Desjardins, Négoc. diplom. entre la France et la Toscane, t. i, p. 171. 4. Fabroni, Vita di Lorenzo deMedici, t. ii, doc. p. 131-132. 5. Ibid., t. H, p. 132, 133. 64 LIVRE L auprès de Jean Galéas de Milan, Hercule de Ferrare, Robert Malatesta de Rimini, Antonelli de Forli, ainsi que de Venise, il y réussit 1. François Philelfe écrivit même de Milan une lettre inju- rieuse au pape 2. Le clergé de Florence était trop corrompu pour tenir aucun compte de l'interdit. Il dut même, sous la conduite [2181 de Gentile Becchi, d'Urbin, évêque d'Arezzo, ami de la famille des Médicis, se prêter à une démarche contre le pape : ce fut la tenue du pseudo-synode de Florence (23 juillet 1478) ^. Déjà des canonistes courtisans avaient exposé les excellentes raisons juri- dicjues de ne point observer l'interdit *. François de Accoltis d'Arezzo s'était même signalé parmi eux ^; le pseudo-synode atta- qua le pape avec une violence de langage jusqu'alors inouïe en Italie et qui rappelait le temps de Philippe le Bel. Nous possédons un fragment des actes, rédigé sans doute par Gentile. Le pape y est traité de « suppôt de l'adultère « et de « vicaire du diable » ^. L'au- teur y accumule les plus abominables accusations, il émet le vœu que Dieu daigne délivrer son peuple des faux pasteurs qui se pré- sentent sous des peaux de brebis et ne sont en réalité que des loups dévorants. Dans l'exposition même, les faits sont dénaturés, lin- terrogatoire de Montesecco tronqué, on en a retranché toutes les assertions favorables au pape : les griefs du pape écartés d'une façon injurieuse. Le meurtre de Julien est imputé au pape; Lau- rent, représenté comme sanctissimus civis, les exécutions sans nulle forme de procès de gens innocents, comme de justes mesures de défense. Amas informe d'invectives contradictoires alternant 1. Raynaldi, op. cit., 1478, ji. 1 i. 2. Pastor, op. cit., t. iv, p. 294; Baluze, MiscelL, t. i, p. 514. 3. L'entourage des Médicis ne prenait guère soin de dissimuler ses sentiments à l'égard de la cour de Rome. Nous en possédons un curieux témoignage dans le document désigné sous le nom de Si/nodus Florentina, publié par Fabronius, t. 11, p. 136, et dont l'authenticité est certaine. Le manuscrit, dont l'écriture paraît être celle de Gentile Becchi, évêque d'Arezzo, se trouve aux Archives d'Etat de Florence (C. Strozzi, n. 387). L'authenticité du. Synodus Floieiilina a été discutée et on a proposé d'y voir l'œuvre personnelle de Gentile Becchi. Naturellement on n'a pu se mettre d'accord, c'est même le seul résultat certain auquel on ait aboiiti. Franz, op. cit., p. 237 sq. ; A. von Rcumont, op. cit., 1. 1, p. 318, croient à l'existence du concile; Fabronius, Dôllinger, Capponi, Crcighton, Pastor n'y croient pas, et j'estime qu'ils ont raison. (IL L.) 4. Fabroni, op. cit., t. i, p. 81. 5. Savigny, Geschichte des rôm. Rechls, t. vi, p. 328-341. 6. Frantz, Sixtus IV und die Republik Florcnz, in-8", Rcgcnsburg, 1880, p. 235; Pastor, op. cit., t. iv, p. 294, note 1. (IL L.) 854. LA LUTTE AVEC LA MAISON DE MÉDICIS 65 avec les travestissements de l'Écriture, excès d'une passion débor- dante, couvrant mal l'absence de toute justification sérieuse; la meilleure justification, en somme, de ce pape qualifié de Judas et d'objet d'horreur ^. Plusieurs savants ont, à l'honneur du clergé florentin, révoqué en doute l'existence de ce synode et l'authenticité de ses actes -. De nombreuses raisons tendent pourtant à établir l'une et l'autre ^. Machiavel dit qu'un concile de tous les prélats de Toscane fut tenu à Florence, où l'on en appela des maux causés par le pape au futur concile; et bien que les historiens plus récents aient nié le fait, Pignotti remarque que, d'après les règles de la critique, il ne paraît [219] pas niable. L'autographe, de la main de Gentile, se trouve aux anciennes archives^, avec l'exacte désignation du jour (23 juillet), ce c[ui ne se fait pas quand il s'agitd'un simple projet. Michel Bruto, si enclin d'ailleurs à contredire Machiavel, le suit ici, et il ajoute que le pape fit à ce sujet des plaintes amères. Scipion Ammirato ^ parle dans le même sens. Sans doute les actes du pseudo-synode furent alors imprimés, mais presque tous les exemplaires ont disparu, car il y eut, après la réconciliation, vme sorte de renou- veau de respect et de vénération pour le Saint-Siège; et Florence ne pouvait que rougir des emportements de son belliqueux mani- feste. Ainsi Lami en a trouvé dans une bibliothèque un exemplaire que son pieux possesseur a, par après, anéanti vraisemblablement ^. Un autre a été vu, en 1771, par l'abbé MorelH, bibliothécaire de Saint-Marc, dans la bibliothèque du comte Trifan Urachier, à Venise; ce sont dix feuillets petit in-folio dont l'impression accuse bien la date de 1478. Morelli a trouvé une différence entre l'an- cienne et la nouvelle impression (dans Fabroni); deux feuillets de l'ancienne manquent dans la nouvelle '. Notre document paraît être le discours d'ouverture, en quelque sorte le programme, dressé par Gentile. Il est vraisemblable qu'il n'obtint pas un assentiment 1. Fabroni, op. cit., t. ii, p. 136 sq. Congiura de'Pazzi, Firenzc, 1856, doc. 13, p. 147; Frantz, op. cit., p. 242-255; Roscoe, Viia di Lorenzo dcMedici, Pisa, 178'J, t. ir, appcnd., n. xiv. 2. Pastor, op. cit., t. iv, p. 294, noie 1. (H. L.) 3. Franiz, op. cit., p. 237-241. 4. C. Strozzi, op. cit., p. 387. (IL L.) 5. Ammirato, Ritraliod'uominiiUuslridi casa Medici, Fircnzo, 1640, t. m, p. 1 S([. 6. Lami, Lezioni di anlichilà toscane, prefaz., p. cxxxv. 7. Pignotti, op. cit., t. iv, L IV, doc. 2. CONCILES VIII 5 ^ LIVRE L unanime, ce qui empêcha qu'on en vînt à prendre proprement une résolution déterminée ^. Dans un écrit moins passionné et plus réfléchi, le chancelier de la république, Barthélémy Scala, exposa l'affaire au roi très chrétien, comme à l'empereur, pour leur demander assistance, car il ne s'agissait de rien moins selon lui que de la cause de toute la chrétienté ^. Sixte IV avait écrit le 25 juillet au duc Frédéric d'Urbiuo, nommé par lui gouverneur après le duc de Calabre, prince de Naples, que la lettre des Florentins, si outrageante pour le vicaire du Christ, ne l'avait point effrayé; loin de là, il y trouvait la preuve qu'en punition de leurs péchés. Dieu leur avait ôté le sens; il espérait en Dieu. Frédéric serait vainqueur, car il combattait pour la cause de la justice; il avait essayé, par ses ambassadeurs, d'éclairer les princes chrétiens; à supposer que l'issue ne fût pas favorable, [220] il se réjouirait de souffrir persécution pour la justice et ne redoutait point la mort : on le menaçait de défection et de schisme : que la volonté de Dieu soit faite ^ ! Dans une lettre adressée à Milan le l^^" juillet, le duc Frédéric avait dit, au sujet de Laurent, que c'était un homme sans foi, ambi- tieux, égoïste, un politique sans conscience, bref, un homme qui avait renoncé à la grâce de Dieu *. Le plus grand danger venait de la France qui s'immisçait dans ce conflit ^. Louis XI poursuivait le plan d'une ligue de l'Italie du Nord sous le protectorat de la France; les ducs de Savoie et de Milan, Florence et Venise, si longtemps dévoués à la maison de Bourgogne, devaient le seconder et lui rendre facile la démarche qu'il méditait contre le Saint-Siège. Il voulait rétablir la Pragma- tique Sanction, se remettre en possession des annates, convoquer en France un concile antipapiste et faire un schisme formel. En outre, les prétentions françaises sur le royaume de Naples allaient revivre. Philippe de Commines, sire d'Argenton, fut envoyé en Italie avec une suite de plus de vingt cavaliers. Les instructions du 1. Frantz, op. cit., p. 240, 241. 2. Baluze, Miscellan., édit. Mansi, t. i, col. 505-508, 515; Fabroni, op. cit., t. u, p. 167; Frantz, op. cit., p. 258 sq. 3. Fabroni, op. cit., t. u, p. 130; Congiura de'Pazzi. doc. 11, p. 128-129. 4. A. Rcumont, Lorenzo de Medici, Leipzig, 1864, t. i; Frantz, op. cit., p. 230. 5. Buser, Die Beziehungen der Mediceer zu Frankreich, Leipzig, 1879, p. 192 sq. [Cf. L. Paslor, op. cil., t. iv, p. 294 sq. (IL L.)J 854. LA LUTTE AVEC LA MAISON DE MÉDICIS 67 roi l'acheminaient d'abord vers Turin et Milan, ensuite vers Flo- rence où il arriverait encore pendant l'été; s« répandant partout en accusations contre ce pape qui guerroyait contre les chrétiens et non contre les Turcs, enrichissait ses parents, encourageait leurs envahissements. Il devait provoquer ainsi les États menacés à faire des préparatifs, les pousser jusqu'au refus d'obédience €t rendre possible la réunion d'un concile général ^. Le 10 août, Louis écrivait de Chartres à la duchesse de Milan qu'il envoyait des troupes qu'il la priait de bien traiter, car il lui fallait protéger [2211 Florence contre les égarements du pape et les Aragonais; il songeait aussi à appeler en conseil les prélats de son royaume ^. De Florence, Commines se rendit à Rome à bref délai. Mais une fois là, il perdit quelques-uns de ses préjugés et fut contraint d'avouer que le pape était sage et bien conseillé, et que sans les luttes des Orsini et des Colonna, les États de l'Église seraient le plu-s fortuné des séjours, puisque les habitants ne paient ni contributions ni impôts ^. Le 16 juillet 1478, le cardinal Jacques de Pavie faisait par lettre connaître au pape * les propositions qu'on attendait de l'ambas- sade française : levée des censures prononcées contre Florence, punition des complices de la mort de Julien de Médicis, abandon de la guerre commencée; en cas de refus, déclarer au pape le refus d'obéissance, en appeler à un concile, rappeler de Rome tous les ecclésiastiques sujets du roi. Milan et Venise marcheraient; peut- être d'autres États encore. Au cas où les propositions seraient écartées, les menaces seraient certainement mises à exécution. Toutefois les accepter était déshonorant et dangereux, en somme impossible. Donc il fallait avant toute chose gagner du temps ; il fallait exprimer au roi le regret qu'il eût donné créance à de pareilles accusations et manifestât des exigences aussi déplacées ; il fallait représenter à quel excès s'était portée la cruauté des Florentins, surtout contre des gens d'Église, mis à mort indistinc- tement et sans forme de procès. Le pape ne pouvait se taire. A 1. Raynaldij Annal., ad ann. 1478, n. 14; Kervyn de Lctienhove, Lettres et négociations de Ph. de Commines, Bruxelles, 1867, t. i, p. 168, 176 sq. ; Frantz, op. cit., p. 260; Gingius la Sarra, op. cit., t. i, p. 285; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 296. (H. L.) 2. E. Charavay, Rapport adressé à M. le Ministre de l'instr. publ. sur les letlve-^ de Louis XI, in-B*», Paris, 1881, doc. 8, p. 39. 3. Kervyn de Lettenhove, op. cit., p. 184; Frantz, op. cit., p. xii, p. 269. 4. Gard. Papicns., Epist., dcxciit, cd. dglxxvii; Raynaldi, Annal ., ad ann. 1478, n. 15-17, 68 LIVRE L toutes les représentations on n'avait répondu que par une inflexible obstination, sans aucun signe de retour à de meilleurs sentiments. D'autre part les demandes du roi, de très grave conséquence, exi- geaient une discussion très sérieuse : or pour le moment il était impossible de réunir les cardinaux; l'ajournement de la délibération s'imposait; d'ailleurs en France les ambassadeurs pontificaux n'avaient pas toujours reçu audience immédiate. Pour ces raisons le cardinal conseillait de remettre à plus tard les négociations, et Sixte IV suivit ce conseil. A l'exemple de Philippe le Bel, Louis XI avait convoqué à Orléans une assemblée des grands du royaume, laïques et ecclé- siastiques (septembre 1478), qui tous opinèrent dans le sens du roi. Avant tout, on exalta les intentions justes et magnanimes du monarque : loin de songer à nuire au Saint-Siège et à l'Église, il voulait seulement sauvegarder la foi, le bon ordre et les lois de l222l l'Église universelle, menacés par les guerres et d'autres scandales; parer au détriment que le royaume et l'Église de France éprou- vaient de la sortie du numéraire et d'autres pratiques de la cour romaine, en particulier du fait de ceux qui tenaient le pape sous leur dépendance. Le roi lui-même s'exprima ainsi, épargnant la personne du pape, mais signalant nettement Jérôme Riario et ses amis comme tenant en charte privée le pape et l'Église ^. Les conclusions pratiques étaient celles-ci : 1. Le pape doit cesser les hostilités avec Florence. 2. Il doit convoquer un concile général. 3. S'il s'y refuse, on ne recevra plus en France aucune provision de bénéfices faite par Rome et on cessera tout envoi d'argent pour Rome. On s'ajourna ensuite à Lyon pour la tenue d'une autre assemblée, qui pourtant ne paraît pas avoir eu lieu ^. Vers la fin de 1478, Louis XI s'occupait encore de son projet de concile 3. Le 10 août, il demandait à la duchesse de Milan de prêter assistance aux Flo- rentins contre le pape et le roi d'Aragon *. L'ambassadeur français, Commines, était retourné de Rome à 1. Dans la lettre du roi du 17 août 1478 en faveur des Florentins, Jérôme est représenté comme un intrigant infatigable. Mémoires de Ph. de Commines, éd. Godefroy, 1747, Preuves, t. m, p. 552; A. Reumont, Lorenzo, 2^ édit., t. i, p. 327; Guettée, Hist. de V Église de France, t. vin, p. 40; L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 299- 300. (H. L.) 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 14, 18; Frantz, op. cil., p. 293, note 1. 3. Relation de l'envoyé de Milan, André Cagnola, à la duchesse, datée de Thours. 30 déc. 1478, dans Kervyn de Lettcnhove, op. cil., p. 231 sq. 4. E. Charavay, Rapport sur les lettres de Louis XI, Paris, 1881, p. 39, n. xi. 854. LA LUTTE AVEC LA MAISON DE MÉDICIS 69 Florence, où il fit, comme envoyé du roi René, de belles promesses, conclut le 18 août 1478 une alliance avec la duchesse de Milan, et repartit comblé par les Florentins de riches présents, et porteur d'une lettre de remerciements pour le roi (24 août). Il apprit à Asti (28 août) la mort de la duchesse de Savoie, décédée la veille à Montecapri, près de Verceil. Par Pavie, il arriva à Milan, où, le 7 septembre, la duchesse lui donna l'investiture des fiefs de Gênes et de Savone, et compléta les détails de son traité. En voyant Louis XI tâcher de nouer des intrigues dans le royaume de Naples, [223] Venise et les autres membres de la ligue du nord de l'Italie sentirent s'éveiller leurs défiances. La remise entre les mains du roi de France, par les grands du duché de Savoie de la tutelle du duc Philibert, âgé de douze ans, était un accroissement de l'influence française. La duchesse de Milan parut un temps incliner à abandonner la ligue et à se déclarer contre Florence. Là encore, il se jouait un double jeu. La surexcita- tion était générale ^. Les Suisses, combattant pour le pape, mar- chèrent contre Milan : ceux de Lucerne poussèrent jusqu'à Bellin- zona, infligèrent une rude défaite aux Milanais qui, désormais, furent de peu de secours pour les Florentins et virent la fin de leur domination sur Gênes ^. Laurent de Médicis, qui avait obtenu des gardes du corps, et avec ses amis et partisans était tout puis- sant à Florence, recueilHt peu de lauriers de cette guerre. Les troupes pontificales pénétrèrent dans le territoire de Florence, prirent CastelHna et Radda, se heurtèrent, au commencement de juillet, aux troupes napolitaines; la défense pontificale de s'alHer avec Florence, pubhée à Pérouse et dans d'autres villes, ne demeu- rait pas sans effet; Città di Castello de nouveau menacée par Vitelh demeura au pape. En somme, au cours de cette année 1478, Flo- rence n'avait presque rien gagné ^. A Rome, au mois d'août de la même année, les ambassadeurs des Ëtats itahens s'employaient pour Florence; ils trouvaient le pape profondément irrité ^. L'ordre intimé à tous les ecclésiastiques florentins de quitter Rome dans le délai d'un mois, sous peine de perdre leurs bénéfices, avait renouvelé ses colères, ce qui motiva 1. Kervyu de Lettenhove, op. cil., p. 185 sq., 193 sq. ; 201 sq.; Franz, op. cit., p. 272. 2. Raynaldi, op. cit., 1478, n. 33, 34; Frantz, op. cit., p. 282. 3. Balan, op. cit., n. 47, 48, p. 213, 214; Frantz, op. cit., p. 320-328. 4. Raynaldi, op. cit., 1479, n. 8, note de Mansi. 70 LIVRE L son décret du 10 août ^. Les marchands jQorentins furent retenus à Rome, Avec xrne instruction du l^'" décembre 1478, il envoya le protonotaire Louis de Agnellis et l'auditeur Antoine de Frassis {aL Grassis) à l'empereur pour le mettre en garde contre l'envoyé vénitien Jacques de Modio, et lui demander sa médiation qu'il préférait de beaucoup à celle de la France ^. 855. Continuation et fin de la lutte avec Florence. [224] L'ambassade française envoyée au pape dans le but de faire cesser les hostilités, se composait de huit membres, à la tête des- quels se trouvait le chevalier Guy d'Arpajon, vicomte de Lautrec. Elle partit le 1^^ janvier 1479 de Milan et arriva le 10 à Florence. Quelques jours après, elle était reçue solennellement dans le palais de la Seigneurie, en présence des ambassadeurs de Venise, Milan et Ferrare. Le 24 janvier, elle était à Rome; elle se rendit d'abord chez le cardinal Julien de la Rovère, à qui Louis XI avait adressé une lettre particulière et, par lui, obtint audience du pape dès le 26. Le pape y parla avec force contre Laurent de Médicis et l'aveugle attachement que lui portaient les Florentins. Le 27, les ambassa- deurs présentèrent en consistoire les postulata de l'assemblée d'Or- léans, et un mémoire pour la tenue d'un concile général *. Le pape leur fît communiquer la réponse suivante : (c Si le roi avait d'abord écouté les deux parties, il n'aurait jamais fait une telle proposition; le pape n'a point coutume d'agir à l'aveugle, mais après mûre réflexion et sur le conseil des cardi- naux; tout ce qu'il fait est mûrement pesé. Son pouvoir ne lui vient pas des hommes, mais de Dieu qui l'a établi juge des péchés, et quiconque résiste au pontife suprême est déjà, d'après l'Ancien Testament, digne de mort. Ce n'est point Charlemagne, dont les rois de France se font gloire d'être les descendants, qui eût proféré de pareilles menaces : il a toujours voulu voir le Siège apostolique honoré, même quand il imposait un joug pesant et intolérable. Or le pape n'a imposé aucun joug au roi; aux Florentins, alliés du roi, celui qu'il impose n'est point intolérable et le roi tient en sa main le remède de la situation. D'ailleurs, le pape ne doit compte 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 32.; Bull, rom., Turin, t. v, p. 266-268. 2. Ranke, Rômische Pàpste, t. ii, préface. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1478, n. 18^.19; Frantz,.op. cit., p. 283-285. 855. CONTINUATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLORENCE 71 de sa conduite à personne, et s'il s'en explique, c'est de sa part pure condescendance. Il ne peut rapporter ses décrets sans motifs ^. Réunir un concile général, il ne demande pas mieux, pourvu que la chose soit possible. Et comnae la présidence lui revient de droit, à lui seul appartient la convocation. Les princes séculiers n'ont pas ce droit. Les membres du concile sont des prélats, obligés par [225] état de défendre les libertés de l'Église. Aucun d'entre eux n'osera soutenir que Laurent ait été en droit de faire périr l'archevêque de Pise par un supplice ignominieux. Tous, au contraire, seront d'avis qu'on eût dû demander sa condamnation à un tribunal ecclé- siastique, seul compétent dans les causes des évêques. Un concile n'est possible cju'avec le concours de l'empereur et des autres princes souverains; mais le pape qui a autorité sur les conciles délibère avec les cardinaux sur l'opportunité de cette convocation. En somme, trois causes principales motivent la convocation d'un concile: 1° l'extirpation des hérésies; 2° le rétabhssement de la paix entre les princes; 3° la réforme des mœurs. Or, en ce moment, il n'est question d'aucune hérésie en particulier; quant au rétablis- sement de la paix, on peut sérieusement se demander si la réunion d'un concile n'aurait pas pour effet de susciter encore des divisions et des troubles plus graves, d'autant que tant de propriétés ecclé- siastiques sont usurpées par les laïques, et que nombre de princes luttent entre eux pour la possession de l'empire, que les plus petits dénoncent la tyrannie des rois ; que certains sont catholiques seu- lement de nom et non de fait, et qu'en somme on ferait surgir nom- bre de qviestions capables de mettre le feu à l'Europe. A Constance, il s'agissait de la paix entre Charles VI et Philippe de Bourgogne; or le résultat a été non la paix, mais une guerre plus sanglante et les déchirements qui ont suivi le meurtre du duc d'Orléans. Au commencement de son pontificat, le pape avait songé à la tenue d'un concile : mais il n'a pas tardé à constater la nécessité de le différer 2. Quant à la Pragmatique Sanction, ou bien elle est con- forme au droit, et le roi n'avait pas le droit de l'abolir; ou elle ne l'était pas, et alors il n'avait pas le droit de songer à la rétablir. Le rappel des prélats résidant à Rome est un acte injustifiable, car leur chef suprême est le pape. Le roi ferait mieux d'user de son influence pour amener Laurent à reconnaître ses erreurs et à faire 1. Paslor, op. cit., t. iv, p. 300. (H. L.) 2. Pastor^ op. cit., t. iv, p. 301. (H. L.) 72 LIVRE L amende honorable, cette conduite lui assurerait son pardon et toutes l3S autres difficultés se résoudraient aisément. Au reste, le pape a déjà fait partir pour la France un légat qui fournira au roi toutes les explications désirables; le pape a entre les mains de nom- breuses lettres de membres du clergé qui se lèveraient contre lui, comme des témoins accusateurs, s'il reculait devant l'obligation de réclamer vengeance des outrages dont l'Eglise a été victime à Florence. » Cette exposition claire et raisonnée était une démons- [226] tration de la primauté spirituelle du Saint-Siège ^. Dans une audience spéciale, les ambassadeurs exposèrent enfin le contenu de leurs instructions secrètes; ils protestèrent que la France n'avait nullement en vue de porter préjudice au Saint- Siège; ils ne voulaient être c|ue des médiateurs pacifiques. Le pape expliqua que le Saint-Siège ne voyait rien au-dessus de soi, et ne reconnaissait aucun juge. Il invita les ambassadeurs à se mettre en relation avec une commission de cardinaux nommée tout exprès, d'y établir leurs pouvoirs avec leurs limites et leur teneur, et notamment de dire s'ils étaient autorisés à traiter au nom de la ligue et à promettre du secours contre les Turcs. Le 11 février, les ambassadeurs eurent une conférence avec les cardinaux désignés; ils parlèrent de leurs pouvoirs, en vue d'un accommodement amical, protestant que le roi était prêt à se sacri- fier, lui et son royaume, pour la défense de la foi chrétienne; mais ils n'étaient pas autorisés à produire leurs pouvoirs, sauf en cas de refus de leurs propositions. Ils présentèrent cependant des lettres patentes, datées du Plessis-lez-Tours, 20 novembre 1478; on y insistait sur le péril turc et la nécessité de protéger la ligue; le pape avec le roi de Naples y étaient représentés comme la cause des dissensions et des guerres dans toute l'Italie, on y sollicitait du pape la tenue d'un concile général, reconnue nécessaire par l'assemblée d'Orléans, tout en faisant entendre qu'en cas d'ab- sence ou de refus de sa part, le concile se tiendrait quand même. Le 15 février, les ambassadeurs furent de nouveau introduits en consistoire où se trouvaient aussi les ambassadeurs de l'empe- reur et de son fils Maximilien. Ceux-ci se prononcèrent très nette- ment en faveur des droits du Saint-Siège; ils ne croyaient pas un concile nécessaire; mais ils étaient d'avis que le pape usât d'indul- gence avec Florence et fît la paix en Italie dans l'intérêt de la lutte commune contre les Turcs. 1. Raynaldi, op. cit., 1478, n. 20-29; Frantz, op. cit., p. 286-289. 855. CONT17«1UATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLOUENCE 73 Alors fut communiquée la réponse du pape aux six points de l'accord avec Florence proposé par les Français. Le premier était que Laurent de Médicis et la république deman- deraient au pape pardon et absolution pour l'exécution précipitée et non précédée de dégradation de l'archevêque de Pise et des autres ecclésiastiques; et cela par procureurs ou devant un légat spécialement envoyé à Florence à cet effet. A cela le pape objectait : a) qu'on n'y disait rien de l'incarcéra- tion du cardinal; b) qu'on n'y prévoyait pas l'obligation pour Lau- rent de se présenter en personne pour recevoir une pénitence, ce qui semblait pourtant convenable, et d'ailleurs sans danger pour lui. [227] Le deuxième point était que les images infamantes des gens exécutés qui se trouvaient dans le palais de la Seigneurie dispa- russent; ce qui fut trouvé convenable. Contre le troisième point, à savoir que le gouvernement de Flo- rence ferait célébrer à ses frais un anniversaire pour ceux qui avaient été exécutés, le pape remarque que c'est beaucoup trop peu; à Milan et à Pavie,pour des crimes moins grands, les expiations impo- sées ont été bien plus sévères; il faut à Florence bâtir une chapelle expiatoire, y doter deux prêtres pour y célébrer tous les jours et faire chaque année un service où l'on distribuera de riches aumônes. D'après le quatrième point, les Florentins s'engageraient par serment à être désormais fils soumis et obéissants de l'Église, et à ne jamais porter atteinte à ses privilèges et à sa liberté; sur quoi il fut répondu que l'on voulût bien fournir à ce sujet d'autres cautions que le pape pût prendre en considération. Le cinquième point portait que la ligue garantirait au pape, au roi de Naples et à leurs alliés, l'état actuel de leurs possessions, et que réciproquement ils donneraient une semblable garantie à Laurent et à la ligue. Il fut répliqué que le pape, ne voulant plus se trouver aux prises avec les complications d'une nouvelle guerre, désirait avoir là-dessus des explications et savoir quelle était la nature de ces garanties. On devait souhaiter une « union générale » après l'apaisement des luttes actuelles, mais il fallait écarter les difficultés opposées aux efforts du pape pour promouvoir le bien général de la religion chrétienne. Sixième point. Après l'accord, on fera une expédition contre les Turcs, à laquelle prendront part les armées des deux partis, dans le délai d'un, deux ou trois ans. C'est le plus ardent désir du pape; mais il désire savoir dans quelle mesure le roi de France y prendra 74 LIVRE L part. Avant de déposer les armes et d'accorder l'absolution, il y a lieu d'examiner quelles sont les compensations indispensables; or comme les ambassadeurs n'ont pas les pleins pouvoirs nécessaires, et qu'eux-mêmes annoncent la venue des orateurs de la ligue, le pape fera connaître en leur présence ce qu'il estime nécessaire pour la paix de l'Italie ^. Cependant le prince de Tarente, fils du roi de Naples, qui avait épousé, le 1^^ septembre 1478, la princesse Anne de Savoie, était venu à Rome et descendu chez son frère, cardinal-diacre du titre de Saint-Hadrien (promu en 1477). Les ambassadeurs français lui firent tenir une lettre du roi, oncle de sa femme, lui demandant [228] d'ajourner toute entreprise ultérieure contre les alliés du roi et d'agir en ce sens auprès de son père, afin que tous pussent unir leurs efforts contre l'ennemi commun de la chrétienté. Assurément Louis XI n'en avait pas le moindre souci; il ne songeait qu'à pro- fiter du péril turc pour ses desseins en Italie. Arrivés le 25 février, les orateurs de la ligue furent, dès le 5 mars 1479, introduits en consistoire avec les ambassadeurs de l'empereur, de son fds et du roi de Naples. On y donna lecture d'un écrit du pape dont le début exposait comment les obstacles à lui suscités en Italie (les attaques contre l'État de l'Église) avaient rendu impos- sible cette expédition contre les Turcs, objet de ses vœux les plus ardents; et combien il était disposé à une paix conciUable avec l'honneur du Siège apostolique. Or les propositions médiatrices des Français étaient loin de répondre à cette exigence; aussi avec le conseil des cardinaux il s'était résolu à écarter leur projet et à en dresser un plus détaillé pour lui être substitué. Celui-ci exigeait : 1. La comparution personnelle de Laurent et de ses complices à Rome pour y recevoir une pénitence. 2. La suppression des peintures outrageantes pour l'Église. 3. La construction d'une chapelle expiatoire avec la dotation de deux prêtres chapelains. 4. Les garanties pour le Saint-Siège de la liberté et de l'indépen- dance des États de l'Eglise; absence de toute immixtion dans la c oUation des bénéfices, restitution des revenus retirés aux ecclé- siastiques dociles au pape, consignation des sommes enlevées à ceux qui ne s'étaient pas soumis, es mains d'une personnalité idoine, choisie d'un commun accord par les princes italiens, et emploi de ces sommes à la guerre contre les Turcs. 1. Frantz, op. cit., p. 289-298. 855. CONTINUATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLORENCE 75 5. Non seulement les Florentins, mais tous les princes italiens qui ont dépouillé des gens d'Eglise leur feront pleine et entière restitution, laissant les questions litigieuses à la décision du Saint- Siège; de même, toutes les provisions pontificales des églises, monastères et bénéfices seront reconnues et recevront leur effet. G. Les clercs de tout rang, qui n'ont point observé l'interdit et, sans absolution par le pape, ont continué les fonctions ecclésias- tiques, les cesseront aussitôt et leurs supérieurs ne pourront les autoriser à les reprendre jusqu'à nouvelle décision pontificale. 7. Tous ceux qui, pour cause de désobéissance, ont été dépouillés de leur bénéfice contrairement aux décrets pontificaux y seront rétablis et nul ne s'immiscera dans leur cause. 8. Les Florentins retireront les fausses accusations portées contre [229] le pape auprès des différents princes et enverront des ambassadeurs spéciaux réparer le tort fait à la réputation du Saint-Siège. 9. Pour le mépris qu'ils ont fait des censures et de l'interdit ils paieront 100 000 ducats qui seront employés à la guerre contre les Turcs. 10. Les procès contre les clercs, les causes matrimoniales et autres affaires d'ordre spirituel seront portées sans obstacle à la curie romaine et non devant des juges séculiers, malgré les prohi- bitions contraires des princes. 11. Les bénéfices de libre collation seront conférés par les Ordi- naires eux-mêmes dans leurs diocèses, librement et sans empêche- ment de la part de la puissance séculière ^ ceux qui les obtiendraient autrement seront tenus pour inhabiles. 12. La pratique abusive obligeant les évêchés, abbayes et prieurés à payer chaque année 50 ducats à l'autorité séculière sera supprimée. 13. Quant à la garantie de la ligue pour l'intégrité des Etats de l'Église, du roi de Naples, du comte Jérôme Riario et des autres alliés, Sa Sainteté veut savoir en quelle forme elle sera donnée, afin de n'être pas une fois encore impliquée dans une guerre, après la triste expérience que lui ont value ceux qui naguère avaient spontanément offert leur protection à l'Église. 14. Sur le projet d'une confédération ou union pour la protection constante des possessions acquises et une action commune contre les Turcs, Sa Sainteté y est pleinement disposée et préparée; elle rappelle les soins qu'elle a pris jusqu'à présent pour cette fin, et 76 LIVRE L elle propose une alliance générale dont les clauses feront l'objet d'un accord entre les contractants. 15. Rien ne saurait lui paraître plus souhaitable qu'une expé- dition contre les Turcs, et à cet effet une diète des princes tenue au palais de Latran, à laquelle tous les princes, à commencer par l'empereur et le roi de France, seraient invités à se rendre person- nellement. Dans ces préparatifs contre l'ennemi commun, le zèle du pape ne le cédera à nul autre. 16. Au sujet de la restitution des places conquises, il y a lieu de remarc|uer que ceux qui ont pris le parti de l'Église ont eu tant de frais que l'on ne saurait traiter la question du côté du pape sans leur consentement. 17. Comme le pape, souvent provoqué, a subi de nombreux dommages pour recouvrer Città di Cartello, défendre Pérouse et soutenir la présente guerre, il a droit pour les frais qu'il a supportés à un équitable dédommagement; de même le roi Ferdinand qui a conservé la ville de Sienne et le comte Jérôme qui a conservé la ville d'Imola-, si souvent livrée par trahison. 18. Borgo San Sepolcro, qui appartient au Saint-Siège et qui est occupé par Florence, sera restitué, ainsi que les autres places appar- tenant à l'Eglise, comme Castrocaro et Modigliana. 19. Nicolas Vitelli, ses fils et ses partisans, et autres révoltés [230] contre l'Eglise, ne seront point reçus comme sujets, ni retenus, m même tolérés sur le territoire florentin, sans une permission spéciale de Sa Sainteté. 20. Les frères de l'ancien duc de Milan, Galéas, qui se trouvent en exil, seront rappelés dans leur patrie et pourvus d'une dotation convenable afin d'écarter tous embarras et toute guerre. 21. On laissera au duc d'Urbino la jouissance paisible de sa maison et de ses possessions aux portes de Florence ^. Après avoir reçu de leurs gouvernements respectifs les instruc- tions nécessaires, les orateurs de la ligue donnèrent, le 28 avril 1419, leurs réponses : Florence répliqua : 1. Laurent enverra un ambassadeur à Rome au cas où la faute serait imputable à la fureur du peuple. 2. Ceci sera fait après la suspension d'armes et la levée des peines ecclésiastiques. 1. Franlz, op. cit., p. 298-304. 855. CONTINUATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLORENCE 77 3. Ce serait un monument d'un caractère outrageant pour le peuple : l'événement est plutôt à ensevelir dans un éternel oubli. 4-12. Ce sont choses à quoi il faut surseoir pour les régler après le traité de paix; pour le moment elles ne pourraient que le retarder ou le rendre plus difficile. 13. Après la conclusion de la paix, la tranquillité de l'Église et des autres princes ne sera plus troublée; et rien n'est plus facile à accorder que la garantie d'un tel état de possession tranquille. 14 et 15. La question turque est à écarter : les circonstances depuis l'envoi des ambassadeurs à la curie étant modifiées, et cette question ne concernant pas directement l'affaire présente. 16. C'est une des parties de cette paix que toute terre occupée dans la guerre présente soit restituée, avec rétablissement des frontières antérieures; en sorte que ceux qui commandent à Sienne ne puissent se plaindre d'aucune perte. 17. La ligue, se considérant comme provoquée, se refuse au paie- ment des frais. 18. L'affaire de Borgo San Sepolcro est fort étrangère aux négociations présentes, puisqu'elle n'a pas été proprement une des causes de la guerre ;la paix conclue, elle fera l'objet de conversations amicales. 19. Vitelli, comme ancien ami, ne peut être chassé du territoire de Florence; on veillera seulement à ce que, après la paix et tant qu'il demeurera dans la république, il n'entreprenne rien contre l'État de l'Église. 20. Pour une affaire d'aussi mince importance, une médiation était superflue, d'autant que la guerre n'a affecté en rien l'exercice [231] des droits du duc ^. Entre temps étaient arrivés les ambassadeurs de Gênes qui avait secoué le joug de Milan et mis à sa tête le doge J.-B. Fregoso. Reçus en consistoire le 12 mai, ils y remercièrent le pape et Naples de les avoir aidés à recouvrer leur liberté. Sixte IV fit prendre acte de cet hommage. Les ambassadeurs français protestèrent : le roi de France étant le maître à Gênes, il lui appartenait de décider sur la condition de la ville ^. Le 21 mai, se rencontrèrent dans le palais du cardinal de Rouen, les cardinaux députés, les orateurs de la ligue et les ambassadeurs de France et d'Angleterre. Le roi d'Angleterre voulait prendre part 1. Frantz, op. cit., p. 304-306. 2. Raynaldi, op. cit., 1478, n. 33; Balan, op. cit., n. 48, p. 214. 78 LIVRE L aux négociations et dans cette vue avait envoyé à Rome un savant en compagnie d'un nouvel orateur français, Louis Toustain, à qui Louis XI avait remis une lettre du 14 mars et de nouvelles instruc- tions. Les ambassadeurs de la ligue affirmèrent devant les cardi- naux avoir reçu de nouvelles instructions qu'ils ne devaient com- muniquer qu'au pape en personne, ce qui fit craindre aux orateurs de France de nouvelles complications. Au consistoire du 27 mai, la ligue déclara par la bouche de l'orateur de Venise que si dans le délai de huit jours le pape n'avait pas consenti à la paix, les repré- sentants des puissances alliées avaient l'ordre de quitter Rome ^. Le pape fut grandement étonné d'une pareille déclaration. C'était refuser d'entrer dans la discussion de ses exigences; c'était lui nuire puisqu'on lui fixait un terme de huit jours, or il ne pouvait conclure la paix sans ses alliés, Naples et Sienne : en outre, c'était là un procédé méprisant, une véritable insolence envers le Saint- Siège qui, du reste, aurait volontiers fixé de lui-même le terme désiré. Pourtant il assura qu'il en délibérerait avec les cardinaux et ferait connaître sa décision. Les orateurs de France parlèrent en général du désir de leur roi et du roi d'Angleterre de voir la paix rétablie et de leur bonne volonté de s'y employer ^. Le lundi 31 mai, Sixte IV donna aux ambassadeurs une réponse plus étendue : « En février il avait reçu avec une joie toute parti- culière les orateurs français se déclarant chargés d'une médiation [232] en vue de la paix et faisant espérer leur assistance dans la détresse de la chrétienté. Il était allé au-devant de toutes les propositions de paix, et malgré de nouvelles injures, nuit et jour le rétablisse- ment de la paix avait été l'objet de ses pensées. Au commencement des négociations, la nouvelle était arrivée que Venise avait fait avec les Turcs une paix séparée ^ ; il avait dû dans l'intérêt de la chrétienté le regretter amèrement, et néanmoins n'avait pas cessé, même depuis, de travailler en vue de la paix; mais toutes ses propo- sitions n'avaient pu obtenir qu'une réponse : déposer les armes, et lever les censures. A ce sujet on avait amoncelé contre lui des calomnies qui ne méritent que le mépris. Si les fils oublient leur devoir de fils, il n'oubliera pas ses devoirs de père. Il a laissé aux défibérations toute liberté et voilà qu'on lui fixe huit jours, d'une 1. Frantz, of. cit., p. 306, 307. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 302. (H. L.)] 2. Frantz, op. cit., p. 308, 309. 3. Conclue le 26 janvier 1479. MansK note à Raynaldi, ad ann. 1478, n. 42; cf. n. 30. 855. CONTINUATION ET FIN DE LA ^.UTTE AVEC FLORENCE 79 façon bien peu en rapport avec le respect dû au Siège apostolique, d'autant plus que les coupables n'ont donné absolument aucun signe de repentir et de pénitence. Puisqu'on a ainsi, continue le pape, méprisé nos censures, puisque par ordre des autorités ou n'a nullement observé l'interdit; qu'on l'a au contraire transgressé de toutes manières, il est vraiment ridicule de retirer des censures et un interdit qu'on n'observe pas et de consentir à accorder ce que les coupables se sont attribué d'eux-mêmes. S'ils craignent les censures, pourquoi les ont-ils méprisées ? S'ils ne les craignent po'nt, il est sans importance qu'une chose indifférente au jugement des intéressés soit accordée ou qu'ils la prennent d'eux-mêmes. Il explique ensuite que pour la conclusion de la paix, une suspension d'armes n'est pas absolument nécessaire : bien des paix se sont conclues sans ce précédent. Or ici il eût été visiblement dangereux : c'était arrêter le cours du châtiment et accroître l'obstination des coupables. A cette exigence pure et simple, prématurée, de déposer les armes, on ne joint pas un mot pour garantir la sécurité des États. » Le pape discute ensuite le projet des ambassadeurs français, d'une union générale de l'Italie en vue des garanties nécessaires et de la reprise de la guerre contre les Turcs : les vœux et les demandes des cardinaux ainsi que de l'empereur et de son fils Maximilien [233] en faveur de cet heureux mouvement, la suspension momentanée, acceptée à cette fin, des hostilités et des censures, sa propre patience en vue de la paix, l'obstination des adversaires trop visible aussi bien dans la continuation des préparatifs que dans cette réponse défavorable différée pendant vingt jours, et où ses réclamations sont les unes dénaturées, les autres passées sous silence, les autres ouvertement repoussées. « Au chef qui concerne le salut des âmes ils répondent par ce seul mot : à la paix on arrangera bien des choses; pour le mal fait avant la guerre, la réparation en sera non pas un devoir, mais un acte de gracieuseté de leur part. Tandis qu'ils retiennent ce qu'ils ont pris à Nos alliés, ils se refusent à Nous rendre Notre ville de Borgo San Sepolcro et couvrent de leur protection le rebelle Vitelli qui ne machine que troubles et atten- tats. Si étrange, si dure, si fâcheuse était la réponse à la proposition d'une union générale et d'une croisade, qu'on aurait pu croire que les conditions avaient changé : il s'agissait maintenant de faire faire le silence sur la paix conclue avec les Turcs. Nous avons usé, dans l'intérêt de la défense de la religion, de toute la longanimité 80 LIVRE L possible; mais Nos propositions de paix n'ont point été écoutées; Nos conseils méprisés, Nos réclamations déloyalement dénaturées, et rien n'a été accepté de ce que réclamait l'honneur de Dieu et du Siège apostolique. Malgré les avertissements du pape, de l'empe- reur, malgré ceux qui leur viennent d'autres côtés, ils s'obstinent dans leurs réponses évasives; peu s'en faut que leur dédain ne tombe même sur le roi de France qui a offert sa médiation et ne rejette son conseil de demander pardon, comme il est d'usage dans l'Église de l'imposer aux coupables, et ses autres propositions. C'est de quoi Nous portons Nos plaintes à Dieu et devant Nos frères; Notre voix .paternelle, Nos conseils n'ont jusqu'à présent point été entendus. On se confie plus dans les armes et dans la guerre que dans les Pères communs dont la douceur ne sert de rien, et sans prêter attention aux projets de la France, à la médiation de l'em- pereur, de son fds, du roi d'Angleterre; en sorte que la malheureuse Italie, plus en danger que jamais, est abandonnée sans défense à son puissant ennemi. Nous ne savons plus où mettre Nos espérances, et comment Nous pourrons venir au secours des fidèles, puisque les réponses de Venise, de Milan et de Florence Nous ôtent tout espoir de voir s'unir les princes et que toutes les tentatives échouent contre leur obstination. Au dernier orateur entendu, Nous avons à répondre : Quoique provoqué à la guerre. Nous sommes disposé à [^34J la paix, mais à une paix durable, et non pas conclue aux dépens de l'honneur de Dieu et du Saint-Siège. Si vous aviez voulu la paix dès le commencement, il y a longtemps que vous l'auriez, car Nous vous l'aurions donnée tout de suite. Que si les temps, que si les projets ou les péchés des hommes ne le permettent point; quand Dieu qui éclaire les esprits et exerce la miséricorde le voudra. Nos dispositions seront les mêmes qu'aujourd'hui : les bras ouverts pour accueillir nos fils repentants. Mais pour le moment, puisque vous affirmez qu'il vous faut partir. Nous ne voulons pas vous retenir : vous êtes libres. Si vous voulez rester, tous ou quelques- uns, vous êtes en sûreté chez nous; mais un moment favorable comme celui-ci pour accommoder les choses ne reviendra plus. » A ce langage aussi ferme et persuasif, les orateurs réj)liquèrent que d'après leurs instructions ils devaient, sous peine de mort, retourner dans leur pays; ils n'avaient plus qu'à présenter la demande de leur gouvernement : la réunion d'un concile général. Sixte IV répondit que cette réunion serait moins à redouter pour lui que pour ses adversaires, surtout les Vénitiens, qui venaient de 855. CONTINUATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLORENCE 81 faire la paix avec l'ennemi héréditaire du nom chrétien. Là-dessus les ambassadeurs se retirèrent ^. Aux ambassadeurs d'Allemagne, d'Angleterre et de France qu'il reçut le 2 juin, le pape manifesta encore ses bonnes dispositions pour la paix. Il proposa un compromis. Il était prêt à prendre pour arbitres les rois de France et d'Angleterre, lesquels, en cas de dissentiment, s'adjoindraient l'empereur et son fds le duc Maxi- milien; ils délibéreraient avec le cardinal-légat qu'on allait envoyer en France, fixeraient la durée du compromis; cependant, les hostilités seraient suspendues ainsi que les censures; mais les parties auraient à ratifier les compromis dans le délai de cinq semaines ^. Mais la république de Florence, décidée à la guerre, ne daigna point prendre ces avances en considération et continua les hosti- lités. Bientôt apparut la supériorité des troupes pontificales qui pénétrèrent en Toscane. Il est vrai que l'attaque de Pise projetée par Robert Sanseverino n'eut aucun succès^; d'autre part, les Florentins durent renoncer à l'espoir de porter la guerre sur le [235] territoire pontifical; car Charles di jNIontone sur qui l'on comptait pour s'emparer de Pérouse, mourut à Cortone le 17 juin 1479; ils établirent leur camp principal près de Poggibonsi et Vitelli tenta de reprendre Città di Castello qu'il avait perdue; enfin le 27 juin, dans la plaine de Monte Sperello, les troupes pontificales essuyèrent une défaite. Mais l'avantage obtenu par une des armées de Flo- rence se perdit par l'effet de la division entre les chefs; à propos du partage du butin fait à Sienne une dispute éclata entre le duc de Ferrare et le marquis de Mantoue, qui amena la défection du pre- mier. Aussitôt Robert Sanseverino et Ludovic le More s'avan- cèrent dans le Milanais, prirent Tortone le 23 août et d'autres places ensuite. Enfin le duc de Calabre et les pontificaux surprirent le 7 septembre le camp florentin de Poggibonsi, mirent en fuite les défenseurs et firent prisonniers beaucoup de chefs. Florence pouvait d'autant moins compter désormais sur le secours de Milan, que la duchesse s'était réconciliée avec Ludovic le More et ceux que Sforza avait bannis; une horrible épidémie sévissait dans la ville : l'épouvante s'y ajouta quand, malgré une belle défense, Colle 1. Frantz, op. cit., p. 309-318. 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 31 ; Frantz, op. cit., p. 318, 319. 3. Balan, op. cit., n. 49, p. 215; Frantz, op. cit., p. 325 sq. ; Raynaldi, op. cit,^ ad ann. 1479, n. 9. CONCILES VIII — - 6 82 LIVRE L dut se rendre (13 novembre, 26 d'après d'autres) et que l'ennemi y trouva un riche butin ^. L'attaque de Pérouse et de Sienne, la violation de la trêve et du compromis avaient décidé le pape à révoquer, le 17 août, la sus- pension des censures contre Florence et à renouveler ces peines. Il déclara déchu le duc de Ferrare et les autres vassaux infidèles à leur devoir ^. Il offrit aux Florentins et au roi de Naples, à l'appro- che de l'hiver, une trêve de trois mois, trêve qui cette fois-ci fut accueillie avec joie dans le délai des dix jours fixés. Parmi les con- ditions figurent la restitution par les Florentins du territoire arra- ché à la ville de Sienne. A Sienne même les ducs de Calabre et d'Urbin furent brillamment reçus et royalement fêtés. Le premier passa dans la ville l'hiver entier^. Pérouse obtint de l'Église romaine J.-B. Savelli comme préfet de la ville et de la province *. Laurent de Médicis, n'étant plus appuyé par Venise, par Milan, ni même par la France, vit sa situation péricliter. Il résolut d'entrer [236] en négociations avec le roi de Naples. Le roi lui donna un sauf- conduit et lui envoya deux navires à Livourne ^. Or il se trouvait qu'en faisant cette démarche, la pensée de Laurent rencontrait la pensée secrète du roi. Aussi l'accueil à Naples le 18 décembre 1479 fut-il excellent. Les négociations commencées éveillèrent la méfiance de Venise et du pape qui s'aperçut bien que Laurent travaillait à détacher de lui son allié et à faire une paix séparée. Mais le roi menant avec une grande lenteur les négociations. Sixte IV eut encore, en février 1480, le temps de lui faire de très fortes repré- sentations. Cependant dès le 6 mars le traité d'alliance entre Flo- rence et Naples était un fait accompli; Laurent s'en retourna par Livourne et Pise, trouvant comme sauveur de la cité sa puissance plus affermie que jamais ^. Le 25 mars 1480 le traité était solennel- lement publié à Florence. Il ne restait plus à Sixte IV qu'à le rati- fier, de peur de paraître être seul à troubler la paix de l'Italie. Mais il était en droit d'être irrité de l'égoïsme que décelait le traité et de ce qu'il avait d'injurieux pour l'honneur du Saint-Siège. Il main- tint donc la condition que Laurent vînt en personne à Rome 1. Balan, op. cit., n. 49, p. 215-217; Frantz, op. cit., p. 32G-330. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1479, n. 10-17. : 3. Frantz, op. cit., p. 330, 331. 4. Raynaldi, ad ann. 1479, n. 18. 5. Pastor, op. cil., t. iv, p. 303. (H. L.) 6. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1479, n. 19; Dalaii, op. cil., n. 50, p. 217, 218. 855. CONTIiSUATION ET FIN DE LA LUTTE AVEC FLORENCE 83 défendre sa cause. Celui-ci n'y consentant point, il maintint aussi les censures. Milan entra dans l'alliance Naples-Florence; mais Venise qui avait à se plaindre d'eux tous s'allia au pape (17 avril 1480). Le duc Alphonse de Calabre profita, pour s'emparer de Sienne, des dissensions intestines de cette ville. C'était une menace pour Florence ^. Les Turcs allaient offrir un autre emploi à l'humeur batailleuse des Italiens. Libres sur mer, grâce à la paix avec Venise, ils avaient attaqué Rhodes qui, de mai à juillet 1480, se défendit vaillamment et reçut assistance des vaisseaux pontificaux et napolitains ^; ensuite, sous la conduite du renégat grec Kedouk-Achmet-Pacha, ils se portèrent sur la côte est de l'Italie méridionale et le 28 (26) juillet 1480 s'emparèrent du port d'Otrante. La garnison forte à peine de 400 hommes tint bravement jusqu'au 21 août, où les Turcs emportèrent enfin la malheureuse cité. Des 22 000 habitants, 12 000 furent égorgés, les autres emmenés en esclavage; l'arche- [237] vêque Etienne Bandinello qui, la croix à la main, exhortait les habitants à demeurer fermes dans la foi, fut scié en deux ^. Les sauvages vainqueurs se livrèrent à des actes de cruauté effroyables. Mahomet II avait menacé de faire, en l'honneur du prophète, tous les chrétiens esclaves et de jeter Rome à ses pieds. La terreur régnait partout *. Le pape paraît avoir songé à chercher un refuge en France; il reprit bientôt une attitude plus ferme. Il envoya Gabriel Rangoni prêcher la croisade à Naples, adjura tous les princes chrétiens de faire la paix, les appela à une lutte commune, ordonna, dans les États de l'Eglise, la levée de deux années de dîmes, et des prières partout, hâta, au prix de gros sacrifices, l'équi- pement d'une flotte de 25 vaisseaux qui devaient se joindre à la flotte napolitaine et pourvut à la sécurité des côtes de son État ^. Comme les Turcs sortaient du port d'Otrante pour se livrer à la 1. Frantz, op. cit., p. 350-353; Balan, op. cit., n. 51, p. 218. 2. Volterra, Diar. Urb., dans Muratori, Script., t. xxiii, p. 105, 106; Belcaire, Dec. I, 1. III, n. 38; Petr. Mag., Hier, epist. ad Frid. III, 13 sept. 1480, dans Frcher, Rer. Geriii. Script., t. ii; Raynaldi, op. cit., 1480, n. 1-16; Balan, op. cit., n. 51, p. 218-219. 3. Pastor, op. cit., t. iv, p. 308. (H. L.) 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1480, n. 17-19; Balan, op. cit., p. 219; Acfa sanct., 14 août; Frantz, op. cit., p. 352; Crantz, Saxon. Melrop., I. XII, c. xxvm, p. 895; Vesp. Bislicci, Lamenta per la presa d'Otranto, dans Arch. slor. ilal., t. iv, p. 457; Brosch, Julius II, p. 17, 304, n. 39. 5. Raynaldi, op. cit., n. 19-24, 26-31. 84 LIVRE L piraterie, on cacha le trésor de la Santa Casa de Lorette, et le neveu du pape, le cardinal Julien de Sainte-Sabine, grand pénitencier, protecteur du sanctuaire, fit construire, pour protéger la ville, des ouvrages fortifiés ^. La chute d'Otrante hâta la réconciliation des Florentins avec le pape. Elle les délivra du voisinage du duc de Calabre, que son père rappela et chargea de former une armée contre lesTurcs La Seigneurie de Florence se décida à envoyer à Rome une ambassade solennelle implorer la levée des censures, moyennant l'aveu des multiples fautes commises et la demande du pardon. Le 25 novem- bre 1480 l'évêque François Soderini de Volterra, et ses onze com- pagnons firent une entrée discrète à Rome, car ils étaient encore sous le coup des censures. Ils furent ensuite introduits en consis- toire ; l'évêque de Volterra prononça un discours qui reçut bon accueil; le pape leur donna des espérances et leur indiqua une conférence préalable à tenir avec les cardinaux. Le premier dimanche de l'Avent (3 décembre) les ambassadeurs eurent à se présenter dans l'atrium de Saint-Pierre devant le pape et le Sacré- [238] Collège en fort modeste appareil; ils se prosternèrent, reconnurent leurs torts à l'égard de l'Église et de son chef et en demandèrent le pardon pour eux et pour leur peuple. Le discours fut prononcé par Louis Guicciardini, âgé de 70 ans. Le pape fit alors lire par un- notaire apostolique les conditions de paix et dresser acte de l'aveu des fautes commises. Les Florentins promirent de respecter la liberté de l'Église et les provisions apostoliques, de s'abstenir de toute attaque contre les États de l'Église, d'obéir aux ordonnances pontificales, d'armer quinze galères pour la guerre contre les Turcs, de tenir le clergé pour libre de tout impôt, sauf ceux consentis en faveur de l'université de Pise. Là-dessus, les ambassadeurs prê- tèrent serment entre les mains du pape, s'engageant, eux et leur république, à observer fidèlement les arrangements convenus. Sixte IV déclara que sans doute les Florentins s'étaient rendus grandement coupables devant Dieu par le meurtre de l'archevêque et de plusieurs prêtres, envers le vicaire de Jésus-Christ par leurs calomnies et leurs outrages, envers le sénat des cardinaux par l'emprisonnement d'un de ses membres, envers l'ordre ecclésias- tique par l'établissement d'impôts excessifs et injustes et plus encore par le vol, le pillage et l'incendie, et enfin par leur déso- 1. Raynaldi^ Annal, ad ann. 1480, u. 32. 856. LA LUTTE AVEC FERRARE ET VENISE 85 béissance obstinée; quant à lui, il avait toujours été disposé à par- donner et n'avait rempli qu'à contre-cœur le devoir de sa charge; maintenant que ses enfants égares revenaient humblement, il les recevait paternellement et les absolvait, les avertissant toutefois d'éviter désormais tout péché et de n'y point retomber. Avec la baguette dont se servent les pénitenciers, il toucha l'épaule de chacun des douze ambassadeurs, tandis que les cardinaux récitaient le Miserere, il les admit ensuite au baisement de pied et leur donna sa bénédiction. Les portes de la basilique s'ouvrirent; il y eut fonc- tion pontificale solennelle et un dominicain y prêcha. La cérémonie achevée les ambassadeurs furent reconduits avec honneur dans leur demeure. Ils quittèrent la ville honorés des acclamations du peuple ^. 856. La lutte avec Ferrare et Venise. [239] Le péril turc immédiat une fois écarté, les complications anté- cédentes amenèrent un nouveau groupement des États italiens. D'un côté se trouvaient le pape, Venise, Gênes, Sienne; de l'autre Naples, Florence, Milan et Bologne. Florence avait abandonné en février 1481 ^ les places qu'elle avait occupées d'abord; mais pen- dant la guerre turque sa conduite n'avait pas été plus correcte que celle de Venise ^. D'abord le duc Hercule de Ferrare entra en dis- cussion avec Venise sur une question de frontières, à propos des privilèges des Vénitiens, en particulier de leur vidame {l'ice dominus) dans sa capitale, et enfin de quelques impôts levés par la répu- blique sur les habitants de Ferrare. Un nouveau grief ne tarda pas à s'y ajouter : le vidame ayant fait a'rrêter un prêtre fut excom- munié par le vicaire épiscopal pour cet attentat contre le droit ecclé- siastique, il porta inutilement ses plaintes au duc, partit plein de colère et excita contre le duc de Ferrare les chefs de sa répu- blique. Le duc cherchait bien à se justifier, mais il reçut, le 7 août 1481, l'ordre d'avoir à faire lever l'excommunication et réparer l'injure faite au vidame. Rome fit savoir à l'évêque que le procédé un peu trop vif de son vicaire n'avait point plvi ; la question de 1. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1480^ ii. 39-41 et note de Mansi; Franlz, op. cit., p. 356-363. 2. Diar. Parm., dans Muratori, Script., t. xxii^ p. 308; Brosch, Juliiis II, p. 18, 305, note 40. 3. Brosch, op. cil., p. 22. 86 LIVRE L l'excommunication fut évoquée à Rome. Néanmoins le sénat de Venise exigea le rappel public et sans conditions de son vidame, et cela d'une façon conforme à l'honneur dû à la république. C'était vouloir imposer au duc une humiliation éclatante (10 septem- bre 1481). Bien des négociations et des projets ayant échoué, la guerre fut décidée à Venise contre le duc ^. Sixte IV avait pardonné au duc sa félonie envers l'Église romaine quand il prit parti pour les Florentins en 1480, en lui signifiant qu'il comptait désormais sur plus de fidélité. L'avertissement fut vite oublié : le duc prit sous sa protection Costanzo Sforza de Pesaro que le comte Jérôme voulait châtier pour son manque de fidélité; en outre il chercha à retarder le retour de Forli à l'Église romaine stipulé depuis longtemps, soutint Antonio Maria Ordelaffi . dans ses entreprises pour l'occupation de ce territoire et se ligua avec lui contre Jérôme. Le pape tâchant de le ramener à plus de [2401 condescendance envers Venise, Hercule répondit, avec une hauteur insolente, que le pape n'eût pas à se mêler des affaires des autres princes et se renfermât dans ses fonctions spirituelles, d'ailleurs lui-même protestait contre sa prétendue vassalité 2. Les bouleversements allaient recommencer en Italie. Du parti d'Hercule de Ferrare étaient le roi de Naples, Ludovic le More de Milan, — qui avait en 1480 forcé la duchesse Bona à se démettre et gouvernait seul avec le titre de tuteur, — Florence, le marquis Frédéric de Mantoue, le turbulent Jean Bentivoglio de Bologne, la maison des Colonna. De l'autre parti étaient Venise, le pape, Riario d'Imola, le marquis de Montf errât. Gênes et le comte Pier- maria de Rossi à Parme, et ses parents que soutenait Venise. Her- cule refusa le passage aux troupes auxiliaires, sur quoi Venise (2 mai 1482) lui déclara la guerre et nomma Robert Sanseverino généralissime ^. Les Vénitiens poussèrent de l'avant sur mer et sur terre, prirent, le 7 mai, Adria, le territoire de Polesine, Rovigo et le 30 juin la forteresse de Figheruolo *. Le roi de Naples, interve- nant dans les querelles des grands de l'État romain, avait dès avril fait entrer ses troupes à Marino, pour protéger les Colonna contre 1. Frantz, op. cit., p. 364-368; Balan, op. cit., 1. XXXVII, n. 1, p. 222, 223; Petr. Cyrn. Aler., dans Muratori, Script., t. xxi, col. 1193 sq. 2. Balan, op. cit., p. 223-226. 3. Frantz, op. cit., p. 368, 369; Balan, op. cit., n. 3, p. 226; Comm. di Marino Sanuto, Venezia, 1829. 4. Balan, op. cit., p. 227; Frantz, op. cit., p. 370, 371. 856. LA LUTTE AVEC FERRARE ET VENISE 87 les Orsini, ce qui motiva une protestation du pape *. Le duc de Calabre réunit un autre corps de troupes et demanda libre passage pour aller soutenir contre Venise le duc de Ferrare -, son parent par alliance; le passage lui fut refusé. Les troupes des Colonna et les Napolitains ravagèrent la campagne romaine. On répandit des lettres disant que Naples et ses alliés n'avaient point pris les armes contre Rome, mais au contraire pour délivrer Rome et l'Italie « du joug que faisait peser sur elles la politique de l'ambitieux comte Jérôme, dont les mains avides se tendaient déjà vers la couronne de Naples. » De tous côtés on intriguait contre le pape. Les négo- ciations avec ceux qui s'étaient fortifiés dans Marino n'amenèrent aucun résvdtat. Il fallut mettre Rome en état de défense. Jérôme Riario fut nommé généralissime de l'Église romaine. Les Colonna et Savelli pénétrèrent dans la ville le 30 mai; mais ils en furent [241] aussitôt chassés par Jérôme et les Orsini ^. Tous les Colonna n'avaient pas pris le parti de Naples, mais seu- lement la branche de Paliano, en particulier le remuant Lorenzo surnommé le protonotaire, du titre de son emploi à la cour de Naples, ensuite Prosper, seigneur de Paliano; ceux de Palestrine étaient demeurés fidèles au pape. Celui-ci, souffrant de la goutte, irrité des nombreuses infidélités dont il faisait l'expérience et ayant reçu des avis particuliers, fit saisir et mettre en lieu sûr, malgré leurs protestations de loyalisme, les cardinaux Jean Colonna et J.-B. Savelli (2 juin) *. Le 6 juin l'armée pontificale se replia de Ponte Molle jusqu'auprès du Latran; le duc de Calabre s'avança (le 12) jusqu'à l'ancien aqueduc; les Romains marchèrent contre lui et le forcèrent à se retirer. Mais pour le pape ce fut une grande douleur d'apprendre qu'on avait fait marcher contre lui des janis- saires passés au service du vainqueur après la prise d'Otrante ^, que Nicolo Savelli était de nouveau entré à Città di Castello, qu'Os- tie était investie par les troupes napolitaines, coupant ainsi Rome de ses voies d'approvisionnement. Le 16 juillet, Terracine, le 20, sa citadelle étaient perdues pour le pape; de même Bénévent ^. La 1. Sixte IV à Ferdinand, 19 avril 1482; Balan, n. k, p. 228, note. 2. Pastor, op. cil., t. iv, p. 328. (H. L.) 3. Papencordt, op. cit., p. 489; Balan, o^. cit., n. 4, 5, p. 228; Frantz, op. cit., p. 373 sq. ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 1. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 329. (H. L.)] 4. L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 330. (H. L.) 5. Ihid., t. IV, p. 330. (H. L.) 6. Ihid., t. IV, p. 331. (H. L.) 88 LIVRE L situation du pape était difficile : Venise lui envoya Robert Mala- testa avec des troupes de secours^; elles battirent le 21 août à Campomorto le duc de Calabre qui fut réduit à prendre la fuite et firent un butin considérable ^. La victoire fut célébrée à Rome par des actions de grâces solen- nelles et des feux de joie : ce fut une allégresse générale (22 août). D'autres places se rendirent encore, entre autres Cività Lavinia et le camp retranché de Marino, les clés en furent portées au pape et les prisonniers amenés devant lui : Fabrizio Colonna était du ■ nombre. Le pape les reçut avec bonté et leur accorda leur pardon ^. En faisant part de cette victoire à l'empereur et aux autres princes chrétiens, il les assurait de son amour de la paix (25 août) ^. La joie des Romains fut troublée par la mort du brave Malatesta (10 septembre), à qui le pape voulut administrer lui-même les der- niers sacrements ^. Le même jour mourait à Bologne le duc Frédé- ric d'Urbino, le général en chef de la ligue ^. Loin de procéder par [242] des censures contre ses adversaires de Milan et de Florence — eux qui avaient fait tout leur possible pour ôter au pape cette res- source — • Sixte IV les avertit paternellement de se donner le loisir de réflexions plus sages et chercha à accroître à Milan en vue de la paix l'influence de la France '^. Les Florentins avaient choisi pour capitaine général Costanzo Sforza de Pesaro, et, le 18 octobre 1481, Sforza entrait à Milan. La république avait tout fait pour attirer à soi et joindre à son parti Robert Sanseverino et les Génois, avait chassé les nonces pontifi- caux, préparé par la corruption la prise des places fortes du pape et lui avait fait tout le tort possible ^. Dans la Romagne, les troupes du pape assuraient la sécurité des frontières et couvraient aussi Pérouse. Le duc de Calabre, réfugié à Naples, ne tarda pas à se ressaisir; le 18 septembre il entrait à Capoue; il se tourna ensuite vers San Germano. Son père qui avait pu faire saisir quelques vaisseaux génois et cherchait surtout à 1. Pastor, op. cit., t. iv, p. 339. (IL L.) 2. Papencordt, op. cit., p. 489; Balan, op. cit., n. 5, p.- 228-229; Frantz, op. cit., p. 377-385; Raynaldi, op. cit., 1482, n. 3-8. 3. Frantz, op. cit., p. 385-386. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 9; Frantz, p. 398-400. 5. Pastor, op. cit., t. iv, p. 341. (H. L.) 6. Frantz, op. cit., p. 386-388 ; Raynaldi, op. cit., n. 10 ; Balan, op. cit., p. 229-230. 7. Frantz, op. cit., p. 389. 8. Ibid., p. 389-394. 856. LA LUTTE AVEC FERRARE ET VENISE 89 empêcher le ravitaillement de la ville, concentra pour protéger ses alliés sa flotte à Livourne. Milan, l'a\ orisée par la mort de Piermaria de Rossi, avait occupé San Secondo et le fils et successeur de Pier- maria, Guido de Parme, avait dû envoyer son propre fils Philippe en otage à Milan. Mais d'un autre côté, les Vénitiens avaient atteint les Florentins près d'Argcnta et leur avaient infligé une grave défaite où Sigismond d'Esle et d'autres capitaines furent faits prisonniers (G novembre). Ils poussèrent plus avant et virent bien- tôt ouverte devant eux la route de Ferrare, à laquelle Florence tenta inutilement de porter secours. La guerre traîna en longueur et même le duc de Calabre, qui déjà songeait à une réconciliation avec le pape, ne fit pas mine de partir pour dégager Ferrare ^, Le roi de Naples s'efforça de pallier sa perfidie et voulut justifier sa conduite auprès des cours de l'Europe, surtout auprès de celle de Portugal; mais le pape dévoila toute l'infamie de la politique aragonaise dans une lettre à l'évoque d'Évora qui, sur sa demande, [243] avait l'année précédente conduit une flotte portugaise contre les Turcs '^. On craignit à Naples qu'en suite des derniers événements, la France ne fît revivre les anciennes prétentions de la maison d'An]ou, et cette fois ne gagnât facilement le pape à sa cause. Un négociateur fut donc envoyé à Sixte IV avec les pouvoirs les plus étendus. Or de son côté Sixte IV ne désirait aucunement voir passer Ferrare, qui était un fief pontifical, aux mains de Venise, déjà trop puissante. Un armistice fut donc conclu avec le duc de Calabre (28 novembre) et le 12 décembre (13) 1482 la paix fut signée ^. Sixte IV déposa les trophées de cette guerre aux pieds de la Vierge Immacidée et fonda l'église Santa-Maria délia Pace *. Il eût souhaité une paix durable comprenant tous les princes d'Italie, ainsi qu'il l'écrivait (21 décembre 1482) à Ferdinand et Isabelle d'Espagne, dont les ambassadeurs avaient pris une part active à la conclusion de la paix avec Naples ^. Le duc de Calabre passa à Rome les fêtes de Noël (26-30 décembre 1482); il accourut ensuite avec 900 cavaliers au secours de son beau-frère de Ferrare 1. Frantz, op. cil., p. 394-396. 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1482, n. 10; Frantz, op. cit., p. 401. 3. Raynaldi, op. cit., n. 11, 14; Balan, op. cit., n. 5, p. 230; Franlz, op. cit., p. 431. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 243. (H. L.)l 4. Diplôme du 15 sept. 1483; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 12; Franlz, op. cit., p. 405-407. 5. Raynaldi, op. cit., n. 13; Franiz, op. cit.. p. 407, 409. 90 LIVRE L fort alarmé et fort pressé par les Vénitiens dont le camp n'était plus qu'à quatre milles de la ville ^. Le pape invita la république de Venise à participer à la paix qui venait d'être conclue et à lever le siège de Ferrare, cette ville étant un fief de l'Église romaine ^; mais uniquement soucieuse de ses intérêts, l'égoïste république voulait continuer la guerre; elle dédaigna les propositions du duc et brava le danger d'une rupture avec le pape dont elle comprenait fort peu les préoccupations d'ordre spirituel. Elle se plaignit amèrement de la conduite de Sixte IV, vanta la justice de sa cause, reconnue précédemment par le pape même, insista sur la nécessité de punir l'ingratitude et les intolérables attentats du duc de Caiabre, et de maintenir son propre prestige; à quoi elle était résolue, quand même tous ses alliés l'abandonneraient. Tous les essais de médiation : celui de l'évêque de Forli au nom de l'empereur, ceux des ambassadeurs d'Espagne et de Portugal, demeurèrent sans résultat, aussi bien que les négociations du duc de Caiabre. Ce qu'on voulait à Venise, [244] c'était l'entière dépossession du duc de Ferrare et l'annexion de ses États 3. L'orgueil de Venise eut pour effet de grouper contre elle la plus grande partie des États italiens en une ligne pour soutenir le duc de Ferrare. Un congrès fut tenu à Crémone, dont le pape ratifia les conclusions le 30 avril 1483 *. Le 23 (25) mai parut la bulle contre Venise; elle prononçait contre l'inflexible république les censures à la manière de Clément V : sequuti je. re. Clementem prasdecessorem nostruïii ^. Communication en fut faite aux princes chrétiens pour être publiée ^. Les Vénitiens cherchèrent à empêcher la publication de la bulle, firent continuer la célébration du service divin, convo- quèrent une assemblée de prélats et de docteurs pour examiner le document pontifical, en appelèrent à un concile général ', envoyè- rent à Rome une copie de cet appel et s'appliquèrent à justifier leur 1. Frantz, op. cit., p. 409-411; cf. Raynaldi, op. cit., 1482, n. 17. 2. Raynaldi, Annal., ad ann. 1482, n. 19, 20; Frantz, op. cit., p. 416 sq. 3. Raynaldi, Annal., ad ann. 1482, n. 21; Balan, op. cit., n. 6, p. 230; Frantz, op. cit., p. 417-420. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1483, n. 1-4; Frantz, op. cit., p. 420-426. 5. Raynaldi, op. cit., n. 8-17; Frantz, op. cit., p. 427-429; Luenig, Cod. Ital. diplom., t. IV, p. 1805 sq. [Pastor, op. cit., t. iv, p. 349, note 5. (H. L.)] 6. Raynaldi, op. cit., n. 18; Frantz, op. cit., p. 429. 7. Pastor, op. cit., t. iv, p. 349. (H. L.) 856. LA LUTTE AVEC FERRAHE ET VENISE 91 conduite auprès des difTérenles cours ^. Le résultat fut à peu près nul. En France, le roi Louis XI fit publier la sentence; la mesure était due à l'influence de saint François de Paule, que le pape avait tout spécialement chargé d'exposer les motifs de son acte ^. Dans une bulle du 15 juillet 1483 ^ Sixte IV établissait la nullité de l'appel au futur concile général, se référant à Gélase I^^ *, à Pie II, au congrès de Mantoue et aux anciens conciles, notamment à la formule traditionnellement employée par chacun d'eux : salva lit omnibus Apostolicœ Sedis auctoritate. Il déclarait cet appel insensé, impie, sacrilège, hérétique; entraînant iiiso facto l'excom- munication réservée au pape, nul et de nul effet. Il montrait aussi le néant des raisons apportées par les Vénitiens de leur résistance aux avertissements du pape; d'autant plus que le duc de Ferrare s'était offert à remplir toutes ses obligations envers la république [245] et à accepter ce qui serait réglé par le Saint-Siège. L'obstination des Vénitiens fit traîner la guerre en longueur sans événement décisif ^. Le JO mars 1484 le pape demanda au roi de Hongrie d'entrer dans la ligue qu'il venait de former contre Venise avec la plupart des princes italiens ^. Les adversaires de Venise obtinrent plusieurs avantages; mais ils ne purent en tirer profit : ils étaient divisés entre eux. A Venise aussi, malgré plusieurs avantages sur les côtes de la Fouille, on ne tarda pas à se convaincre que les résultats acquis ou possibles ne répondaient nullement à la grandeur des sacrifices. D'où, de part et d'autre, dès 1484, un très vif désir de la paix. Vers la fin de 1483 ', les Colonna et les Orsini s'étaient réconciliés avec le pa])e, et le 15 novembre les deux cardinaux Colonna et Savelli avaient été mis en liberté ^. Mais bientôt de nouvelles dissensions éclatèrent entre eux et d'autres encore ^. Laurent Colonna refusa d'obéir au pape; Jérôme Riario et Virginio Orsini l'assiégèrent dans son palais; le combat dura près de deux heures. Laurent fut pris et 1. Franlz, op. cil., p. 426-427, 429; Balan, op. cit., n. G, p. 230. 2. liaynaldi, op. cit., ad ann. 1483, n. 22; Frantz, op. cil., p. 429, 430. 3. lîaynaldi, op. cit., ad ann. 1483, n. 18, 21 ; Frantz, op. cit., p. 430-431. 4. Decreti, part. II, caus. IX, quest. m, 16, Ipsi sunl cuiiones. 5. Raynaldi, Annal., ad ann. 1483, n. 23 stj.; JJalan, op. cil., p. 231; Frantz, op. cit., p. 433. 6. Theincr, Monum. Ilimg., t. ii, p. 489, n. 673. 7. Frantz, op. cit., p. 457; Balaii. op. cit., u. 6, 7, p. 231, 232. 8. Pastor, op. cit., l. iv, p. 351. (If. L.) 9. Ihid., t. IV, p. 351-356. (II. L.) 92 LIVRE L conduit au château Saint-Ange (30 mai 1484) et ensuite (30 juin) exécuté ^. Ce ne fut qu'à grand'peine, et grâce à l'abandon des Savelli que l'on put arracher à Prosper et à Fabrice Colonna, Cavi Marino et Capranica (27 juillet) -. Sixte IV avait envoyé à Venise traiter de la paix le cardinal Georges de Lisbonne (29 mars). Le doge Mocenigo demandait d'être relevé des censures et se montrait disposé à laisser le pape décider de la question de Ferrare; on pouvait donc avoir bon espoir. Mais ce rapprochement n'était qu'une vaine apparence; le légat ne tarda pas à s'en convaincre et Sixte IV dut le rappeler, ainsi qu'il l'écrivit en Espagne le 15 juillet ^. Venise proposa au légat, à son arrivée à Césène, des conditions que le pape ne put accepter. Alors on se 'résolut, par la médiation de Jean- Jacques Trivulce de Milan, à conclure par-dessus la tête du légat ^ la paix de Bagnolo qui réta- [246] blissait les limites du traité de Lodi (1454) et prescrivait la reddi- tion des places occupées; la Polésine et Rovigo restaient aux Véni- tiens, le droit des Florentins sur Sarzana était réservé. Sur Ferrare Venise conservait ses anciens droits et privilèges, pour Gênes et la Castille l'accès demeurait ouvert si elles voulaient se joindre au traité; à Rome on traiterait d'une ligue générale. Tandis que Naples recouvrait tout, Ferrare seule était lésée, ainsi que Parme, puisque le duc de Milan conservait les places qu'il occupait ^. Le mépris que marquait au Siège apostolique cette paix conclue sans lui, la protection que les Florentins continuèrent d'accorder à Vitelli ^ accélérèrent la mort du pape, déjà affaibli. 1. Pastor, t. IV, p. 353 sq. (H. L.) 2. Raynaldi, op. cit., ad ann., 1484, n. 12, 14; Balan, op. cit., n. 8, p. 233-234; Fraiitz, op. cit., p. 462 sq. [L. Pastor, op. cit., t. iv, p. 355. (H. L.)] 3. Raynaldi, op. cit., n. 14-17; Frantz, op. cit., p. 463-465; Broscli, op. cit., p. 25. 4. Pastor, op. cit., p. 357, note 3, en sens opposé. (H. L.) 5. Dumont, Coi'p. diplom., t. m b, p. 12 sq. ; Balan, op. cit., p. 232, 233; Ray- naldi, op. cit., ad ann. 1484, n. 19, 20; Frantz, op. cit., p. 466-469. 6. Brosch, Papst Jiilius II, p. 6 sq., p. 302. L'hypothèse de cet auteur que la guerre contre Vitelli à Città di Casteilo n'avait été entreprise par Sixte IV que pour la grandeur de Délia Rovere est absolument insoutenable. 857. TENTATIVE INFRUCTUEUSE DU NOUVEAU CONCILE DE BALE 93 857. Tentative infructueuse d'un simulacre de nouveau concile de Bâle. Un certain André Zuccalmaglio (Zuccomakehius) ^, Slave ou Croate de naissance, de l'ordre de Saint-Dominique, dépourvu de toute haute formation intellectuelle, mais très adroit, orgueilleux, ambitieux -, avait gagné la faveur de l'empereur Frédéric III. Il lui dut, en 1476, son élévation à l'archevêché de Krajina [Craianen- sis) ^ en Carniole, et le titre d'ambassadeur impérial. C'est en cette qualité et avec les pleins pouvoirs de Frédéric datés du 17 août 1479 et du 24 février 1480 qu'il parut à Rome et travailla à se faire [247] nommer cardinal. Ses espérances furent déçues. Il en conçut contre Sixte IV, le comte Jérôme et le clergé romain la plus vive irritation. Elle se traduisit sous les formes les plus amères; secrètement d'abord, publiquement ensuite. Relevé, après trois ans, de ses fonctions d'ambassadeur sur les instances du pape, il fut, le 13 juin 1481, emprisonné au c^iâteau Saint-Ange, jugé et dégradé. Néanmoins, à la prière du cardinal de Saint- Ange, il fut remis en liberté, et on le laissa regagner l'Allemagne ■*. Altéré de vengeance, il profita de son voyage à travers l'Italie pour se mettre en relation avec les ennemis politiques du pape et se dirigea vers la Suisse. Là il se fit passer pour cardinal, prit à son service comme secrétaire particulier un notaire impérial de Trêves, très habile écrivain, Pierre Numagen. Pourvu, à Berne, de sauf-conduits, il se rendit à Bâle où il se logea non dans le couvent de son ordre, mais dans r (; Hôtel Royal » [Zum Kônig): et commença ses préparatifs pour organiser un schisme. 1. Pastor, op. cit., t. iv, p. 331-336. (H. L.) 2. Hottinger, Hist. eccles. N. T., ssec. xv, Tiguri, 1654, p. 347-604; Farlati, Illyricum sacrum, t. iv, p. 189, t. vu, p. 439, 447; Fabricius, Bihl. med. et inf. latin., édit. Mansi, t. i, p. 85; Chmel^ Alonuin. Ilabsbwg, t. ii, p. 330 sq. ; Burck- hardt, Andréas i^on Krain,Ba.se\, 1854, p. 22-106; Reumont, dans Archivio storico ilaîiano, nouv. série, t. ii a, p. 254 sq. ; Frantz, op. cit., p. 433 sq. 3. D'après certains il était évêque de Krain [Carniola] et résidait à Laibach [Mmona] ; d'après Gams, en Epire; d'après Farlati, ù Macarsca; Farlati, Illyricum sacrum, t. iv, p. 189, t. vu, p. 436. 4. Infessura écrit dans son Journal : Item archiepiscopus de Car nia qui fuit legatus imperatoris et qui multa mala dixerat de Ecclesia Dei, potissime de mala vita Sixti et comitis Ilieronymi et de inhonesta i^ila omnium presbyterorum, et hoc publiée publicavit. Ideo a comité Ilicronymo carceratus, etc. 94 LI\KE L Le jour de l'Annonciation, 25 mars 1482, dans le chœur de la cathédrale de Bâle, pendant le service divin, le pseudo-cardinal de Saint-Sixte (c'est le titre qu'il avait pris) annonça solennellement, au milieu des invectives les plus passionnées contre le pape, la tenue d'un concile général dans cette ville. Un des jours suivants, il paraissait devant le conseil de ville pour l'interpeller officielle- ment sur la sécurité qui lui serait garantie pendant son séjour. Il s'éloigna précipitamment sans attendre la réponse. Comme il s'était donné comme conseiller eL ambassadeur de Sa Majesté Impériale, retournant de Rome, et paraissait jouir de la confiance des plus hautes autorités, cette retraite spontanée ne laissa pas que de faire impression. D'un côté, derrière cet ambassadeur impé- rial, [tout pseudo-ambassadeur qu'on le devinât], on soupçonnait la main de l'empereur même; à Rome aussi, on crut au début qu'il agissait en vertu d'une mission secrète de l'empereur-^; d'autre part, la bourgeoisie de Bâle se laissait aisément séduire par la pers- pective d'un concile général dans ses murs, apportant à la ville tant d'argent et tant de profit. En suite d'une délibération du haut conseil de Bâle, un sauf-conduit par lettres scellées fut accordé à André, bien que la véhémence de ses invectives contre le pape laissât soupçonner qu'il s'agissait d'une simple rancune privée. Dès le début de ses agitations ^, le secrétaire du grand promoteur du concile croyait se tenir pour assuré « que son patron avait quelque chose de dérangé dans le cerveau, qu'il n'était plus maître de lui-même ni capable de réflexion, et qu'il n'était accessible [248] à aucun conseil ». Insensiblement le « magistrat » de Bâle finissait par se ranger à cet avis; d'ailleurs le rusé Croate avait vite su trouver des protections diplomatic^ues : sans cela, dès le début, son entreprise eût sombré dans le ridicule. D'autres, au contraire, paraissent avoir pris au sérieux les promesses de l'agitateur de procurer la réforme des mœurs, si nécessaire, et de restaurer dans l'Eglise la sainteté originelle ^. Le 27 avril 1482, le pape avait écrit une première lettre au conseil de Bâle pour lui demander d'appuyer en cas de besoin l'évêque diocésain Gaspard du Rhein de Mulhouse (1479-1502). Dans la délibération qui s'ensuivit, le « magistrat » conclut à donner inconti- 1. Jacq. de Volaterra, dans Raynaldi^ Annal., ad ann. 1482, n. 23. 2. Pastor, op. cit., t. iv, p. 333. (H. L.) 3. Infessura, dans Raynaldi, loc. c//. ; Ilôttinger, op. cit., p. 356; Burckhardt^ op. cit., p. 28-29; Frantz, op. cit., p. 437-438. 857. TENTATIVE INFRUCTUEUSE DU NOUVEAU CONCILE DE BALE 95 nent à André carte blanche (6 mai). Celui-ci avait écrit à l'empereur, qui lui répondit de demeurer en repos, la convocation d'un concile étant du ressort de l'empereur, et l'invita à venir justifier devant la cour de l'autorité, des conseils, assistance et direction, avec lesquels il conduisait son dessein (21 juillet). Ce coup atterra le schisma- tique; d'autant plus que le conseil de Bâle s'était arrêté à cette résolution de ne plus s'occuper de l'affaire, tant qu'on n'aurait pas des ordres formels de l'empereur. Un nonce du pape, Hugues de Landenberg, prévôt du chapitre d'Erfurt, s'était présenté au mois de mai demandant l'extradition du perturbateur; on la lui avait refusée. Sixte IV en avait informé le frère mineur Antoine Gratia Dei venu à Rome comme envoyé de Frédéric III et de son fils; il l'avait envoyé avec deux frères du même ordre auprès du duc Sigismond à Innsbrùck pour parer à toute participation de la cour impériale à l'entreprise du Croate, et en cas de réponse favo- rable les avait chargés de se rendre eux-mêmes auprès de l'empe- reur (1^^" juin) ^. André lança de Bâle toute une suite de mémoires, réclamations, invectives, appels que son secrétaire dut retoucher. Dépourvu de toute science théologique, il se répandait en injures contre le pape [249] et la hiérarchie, en déclamations vagues contre la corruption régnante dont le grand remède était un concile et nulle part mieux qu'à Bâle, d'autant que l'ancien concile de Bâle n'était point encore terminé. Le pape était sommé de convoquer ce concile; faute de quoi on lui refuserait obéissance si même on ne le déposait. Telle est la lettre du 20 juillet. Une autre, du jour suivant, n'est qu'une longue invective contre le pape auquel on dénie même son titre pour ne l'appeler que « François de Savone, fils du diable », parvenu à sa dignité par la fenêtre de la simonie ^. Cet énergumène fit affi- cher publiquement ces deux pamphlets que le conseil de Bâle fit lacérer ^. Or, ce même jour, Sixte IV avait envoyé à l'empereur l'évêque Angelo Geraluna de Suesse, porteur d'une bulle d'excommunica- tion datée du 16, en vue d'arrêter le cours de cette imposture, d'appeler à résipiscence le pseudo-cardinal et d'éclairer l'empereur 1. Hottinger, op. cit., p. 555 sq., p. 567 sq. ; Burckhardt. op. cit., p. 29; Frantz, op. cit., p. 438 sq. 2. Paslor, op. cit., t. iv, p. 334. 3. Ilôttingcr, op. cit., p. 360; Raynaldi, Annal, ad ann. 1482^ n. 24; Frantz, op. cit., p. 439 sq. 98 LIVRE L sur le caractère de l'agitateur qui se réclamait de l'autorité impé- riale. Celui-ci adressa de nouveau à la cour les instances les plus pressantes. De son côté, Henri Kramer, inquisiteur pour la Haute- Allemagne, le signala, dans une lettre publique, comme schisma- tique et hérétique noté d'infamie, dont les actes s'inspiraient de la haine la plus aveugle, qui s'appliquait à faire le silence sur les œuvres et les actions les plus glorieuses du pape; enfin il le provo- quait à une dispute publique ^. Pour toute réponse André se borna à un écrit injurieux contre les deux grands ordres mendiants '-. Le conseil de Bâle pressé par un nouvel envoyé du pape, le prieur Kettenheim, de prendre une décision finit par déclarer qu'il voulait traiter avec le pape lui-même. D'avitre part arrivèrent à Bâle les députés de la Ligue itcdienne venus au secours d'André; nommé- ment Barthélémy de Plaisance, orateur du duc de Milan, Baccio Ugolini, orateur de Florence (14 septembre). Ils se rendirent aussi- tôt, introduits pa*- le bourgeois de Bâle, Hans Irmy, auprès du fanatique, en qui ils voyaient un utile instrument de leur politique antipapiste. Ils lui offrirent, parmi les louanges les plus flatteuses, l'appui de leurs gouvernements, et l'interrogèrent sur ce qu'il pouvait espérer des autres Etats. Ils ne se dissimulaient pas que ses ressources étaient limitées. De l'empereur, il n'avait aucune L-*^^] parole ferme, de France et de Savoie le secours n'était qu'attendu; mais ils trouvaient en lui un homme décidé, expérimenté, que sa situation dans l'Eglise, sa qualité de Frate rendaient grandement propre à susciter des embarras au pape. Le choix de la ville conci- liaire était heureux, les conditions matérielles de la ville et l'esprit des citoyens garantissaient une assiette solide. Au cas cependant où l'on ne pourrait rien faire à Bâle, Ugolini proposait à Laurent de Médicis Pise ou une autre ville d'Italie, à quoi l'archevêque n'avait rien à objecter ^. L'aventurier pouvait se réclamer de plusieurs cités et de plusieurs princes dont il possédait des lettres ou des autorisations revêtues de sceaux officiels ^; il raconta aux bourgeois de la ville que les ambassadeurs de Florence et de Milan étaient là, qui appuyaient t. A noter ces invectives contre le religieux révolté : Cujusmodi reformatio ? Die, uhi ohedientia principum ? Ubi zelus fidei ? Et quia isla deficiunt^ quœso, ex couciliis ista rejormalio proveniet ? Hottinger, op. cit., p. 413. 2. llottinger, op. cit., p. 422; Frantz, op. cit., p. 440 sq. 3. La relation de Ugolini,. datée de Bâle, 20 sept. 1482, Fabroni, op. cit., t. ii, p. 229; Frantz, op. cit., p. 441-444; [Pastor, op. cit., t. iv, p. 335. (H. L.)] 4. Burckhardt, op. cit., p. 49. n. 3. 857. TENTATIVE INFRUCTUEUSE DU NOUVEAU CONCILE DE BALE 97 sa cause, bien que ceux-ci ne se fussent point encore présentés en cette qualité. Mais enfin, pour ne point abandonner ce précieux archevêque, pour que la ville ne vînt pas à hésiter dans ses bonnes' dispositions, l'ambassadeur florentin se présenta de son propre chef au conseil, comme possédant les pleins pouvoirs de la Seigneurie, présenta ses lettres de créance et tint un long discours en faveur du concile. Il vanta le sage conseil de cette digne entreprise, loua le zélé réformateur qu'était l'archevêque et par ses attaques contre la cour pontificale s'efforça de démontrer la nécessité d'un concile. Le tout fut écouté avec attention; mais ce qui provoqua une joyeuse reconnaissance fut l'assurance du concours non seulement de Flo- rence, mais de toute la Ligue italienne. Plus reconnaissant encore était l'archevêque qui voyait ses embarras diminuer, les docteurs de la nouvelle université activement occupés à étudier les papiers soumis au conseil par Ugolini, et le pape devenu, grâce à lui, l'objet d'une haine ardente. Le « magistrat « attendait toujours un rescrit impérial dans le même sens. Le 30 septembre, Ugolini nourrissait encore les meilleures espérances pour l'heureux succès de cette entreprise ^, de cette opposition religieuse pour des motifs d'ordre temporel ^. Eu octobre arrivèrent à Bâle Angelo évêque de Suessa, puis [251]révêque diocésain Gaspar et le duc Sigismond, tandis que la ligue envoyait des députés en vue d'une médiation. Ils assistèrent à la séance du conseil le 22 octobre. Le légat cita le conseil, toujours plus opiniâtre, à comparaître dans le délai de trente jours devant le Saint-Siège. L'embarras du Croate fut grand, d'autant plus que les dépêches attendues de Florence n'arrivaient pas, ce dont le 25 octo- bre Ugolini se plaint amèrement à son gouvernement ^. Avant la fin du mois arrivaient les lettres impériales. Elles reprochaient à l'impatient agitateur d'avoir déjà agi à Rome contre ses instruc- tions, de n'avoir pu sortir de prison qu'en raison des égards dus à la Majesté impériale; malgré son rappel, et la citation à Vienne, d'avoir préféré aller à Bâle, et là, par légèreté, par esprit de ven- geance, par méchanceté, d'avoir travaillé à réunir un concile, ce c|ui n'appartient qu'au pape et à l'empereur, de s'être faussement donné pour ambassadeur impérial et pour l'exécution de ses des- seins d'avoir simulé une entente avec la cour. Les Bâlois étaient 1. Frantz^ op. cit., p. 444-447. 2. Rankc, Rom. Papste, p. 5. 3. Burckhardt, op. cit., p. 56 sq. ; Frantz, op. cit., p. 447 sq. CONCILES VIII — 7 98 LIVRE L requis de l'arrêter comme schismatique rebelle et criminel de lèse- majesté, nonobstant tout sauf-conduit, et le Croate était prévenu d'avoir à se conduire d'après les indications de l'envoyé du Saint- Siège, son entreprise étant contraire à toutes les règles du droit divin et humain. Suivit un rescrit adressé à tout l'empire requérant chacun de prêter main forte à l'arrestation de l'aventurier, aucun sauf-conduit ne pouvant désormais être valable pour lui. Copie en fut adressée à Rome ^. Dès le 19 septembre Sixte IV avait écrit à l'administrateur de Mayence, Albert de Saxe, faisant ressortir que, par ses crimes, André avait mérité la peine de mort et n'avait dû sa grâce qu'à l'indulgence du Siège apostolique; mais comme il ne cessait de s'élever contre la dignité pontificale, il ne devait point échapper au châtiment mérité ^. L'attitude du pape à l'égard de la ligue italienne ayant changé, celle-ci se retira de plus en plus de son ancien protégé : les ambassadeurs de Florence et de Milan quittè- rent Bâle en décembre. Frédéric III se rendit aux vœux du pape ^, ce dont celui-ci le remercia le 29 décembre 1482 *. Il envoya alors [252] à Bâle le comte Thierstein pour pousser à la condamnation du schismatique. Dans une assemblée du conseil et des ablégats du pape, le 18 décembre, le P. Antoine Gratia Dei, muni des lettres de l'empereur, se présenta comme accusateur; l'évêque de Sion en Valais, le duc de Savoie et plusieurs grands personnages étaient présents. D'après Pierre Numagen, devant ces accusations, André perdit entièrement contenance et ne se remit que peu à peu de sa frayeur. Il fit valoir pour sa défense qu'il avait toujours été par- faitement obéissant envers l'empereur, qu'il avait toujours agi dans de bonnes intentions, qu'il n'avait personnellement aucune haine contre le pape, bien moins encore contre l'Eglise et avait fait pour le pape plus que personne; tout ce qu'il avait fait ou dit, c'était pour l'amour du plus grand bien. Un nouveau concile était nécessaire, puisque les décrets de Bâle n'avaient point reçu leur pleine exécution et l'Église avait besoin d'une réforme; tout ce qu'il avait dit et écrit contre le pape était vrai et de notoriété publique. Ce dernier point montrait assez clairement qu'il ne son- i. Frantz, op. cit., p. 452 sq. 2. Raynaldi, Annal, ad ann. 1482, n. 26. 3. Frantz, op. cit., p. 454. 4. Raynaldi;, loc. cit., n. 25. 858. SYNODES DE 1476 A 1484 99 geait point à s'écarter de la voie coupable où il s'était engagé. Il fut en conséquence saisi et incarcéré ^. Restait à savoir s'il serait livré au pape pour être jugé : il s'éleva à ce propos un conflit de juridiction. Les Balois ayant fait opposi- tion, l'évêque de Suessa les frappa d'interdit; une longue corres- pondance s'établit. Le 30 avril 1484, le pape représenta à l'empereur que le prélat schisniatique devait être jugé, non par la puissance séculière, mais par le Siège apostolique. Toutefois, la chose parais- sait devoir encore traîner en longueur ^. Elle se termina par le suicide d'André, que l'on trouva le 13 novembre 1484 pendu dans sa prison ^. 858. Synodes en Allemagne, Angleterre, Pologne, Islande, Italie et Espagne de 1476 à 1484. L'Allemagne compte comme précédemment de nombreux [2531 synodes diocésains, ce qui témoigne d'une véritable vitalité ecclé- siastique dans ce pays. Mais il faut regretter le renouvellement du statut capitulaire contre lequel les papes avaient protesté depuis longtemps ^, qui fermait aux roturiers l'accès aux dignités et aux canonicats (1474, Baie; 1475, Augsbourg; 1480, Munster). Les familles nobles, étant seules à y entrer, en vinrent à tenir en leur possession la presque totalité des sièges épiscopaux et archié- piscopaux ^. On est même tenté de s'étonner qu'il se soit trouvé encore dans l'empire tant d'évêques attachés à leurs devoirs au cours des trois dernières décades du xv^ siècle, et même plus tard. Ainsi à Wurzbourg, Rudolph de Scheerenberg (1466-1495) pourvut son diocèse de rituels et de livres d'église imprimés dans sa propre imprimerie; et nombre de ses ordonnances eurent l'influence la plus bienfaisante ^; à Spire, Louis de LIelmstadt (5 août 1478- 24 août 1504) fit, dès le commencement de son épiscopat, plusieurs règlernents très salutaires et tint de fréquents conciles diocé- 1. Ilôttinger, op. cit., p. 567 sq. ; Frantz, op. cit., p. 455 sq. 2. Wurstisen, Chron. Basil, 1. VI, p. 473. 3. Raynaldi, loc. cit., n. 27, 28. 4. Décrétalcs de Grégoire IX, III, v, c. 37 De prœh. et dignil. 5. Jansscn, Geschichte des deutschen Volkes, 1878, t. i, p. 596 sq. 6. II. Schedel, dans Archiv des hist. Vereins fur U nterfranken und Aschafjenhurg, t. XIV, p. 215-226; Ilimmelstein, Reihenfolge der Dischufe von Wûrzhurg, 1843, p. 112 sq. 100 LIVRE L sains ^. A Mersebourg, Tilo de Trotha (146G-1514) bâtit une cathé- drale et fit apprécier la douceur de ses procédés et ses talents d'administrateur 2. A Magdebourg, l'archevêque Jean de Palatinat- Bavière (1464-1475)^ mérite aussi d'être cité. Mais à côté il y a les évêques mondains et oublieux de leurs devoirs : à Strasbourg, Robert ou Rupert de Simmern (1440-1478) ne disait jamais la messe. A Metz, George de Bade (1459-1484) ne se fit pas même sacrer **, etc. D'avitre part, la lutte entre le clergé séculier et les réguliers était perpétuelle en Allemagne coinme en France. Pour y mettre un terme. Sixte IV avait, en 1478, défendu aux curés d'accuser d'hérésie les religieux mendiants et interdit à ceux-ci de prêcher au peuple qu'il n'était pas obligé les dimanches et jours de fête d'entendre la messe paroissiale; aux uns et aux autres, d'en- gager qui que ce fût à choisir le lieu de sa sépulture dans leur église respective; il maintint comme une règle que la confession de Pâques devait se faire au curé ^. Mais il s'en faut que tous les difïé- [254] rends aient été ainsi écartés. En beaucoup de milieux il en résulta contre le Siège pontifical et contre l'empire un mécontentement. Ainsi, en 1479, les propositions émanées à la fois du pape et de l'em- pereur furent absolument rejetées par les Etats et accueillies par des plaintes bruyantes; c'étaient toujours les gravamina nationis germanicse qui reparaissaient, ne cachant guère que l'égoïsme, la servilité et les convoitises ^. Et pourtant, au sein de cette situation déplorable, l'instruc- tion du peuple, la prédication, n'était nullement négligée. L'im- primerie, inventée à Mayence, et partout favorisée, sinon pratiquée par le clergé, fut employée à répandre des livres d'instruction et d'édification "^ . Ainsi, en 1471, on imprimait à Cologne le Kersten- 1. Wûrdtwein, Nova suhsid. diplom., t. xii, p. 196, 409; Bintcrim, op. cit., t. vu, p. 318-325; Geissel, Der Kaiserdom in Speier, t. ii, p. 65. 2. Das Lutherdenkmal zu Worms, Mainz, 1868, p. 120, note 4. 3. Janssen, op. cit., p. 592, n. 1. 4. Karker, Geiler von Kaisersberg, dans Hist. polit. Blàtter, t. xlviii, p. 947. 5. Extrav. coinin., 1. I, tit. ix, c. 2, De treiiga et pace; Raynaldi, Annal., ad ann. 1478, n. 50; 1485, n. 62. 6. Lucnig, Spicil. écoles., t. xv; Lcibnitz, Cod. jiir. gent. diplom., part. 1, p. 439; Gesta Tveviror., t. ii, p. 346; Georgii, Gravamina nationis germanicse, in-4°, Francofurti, 1725, p. 254. 7. Binterim, op. cit., t. vu, p. 562; Gefîken, der Bilderkatechismus des .w Jahrh., Leipzig, 1855; Hasack, Die christl. Glauhe des deutschen Volkes beim Schlusse des M. A., Regensb., 1868; Alzog, Die deutsche Plenarien des xv und im Anfang 858. SYNODLS DE 1476 A 1484 101 Spiegel (Miroir) du pieux franciscain Théodoric Kôlde, de Munster; bientôt après, VHitnrnelstrasse d'Etienne Lanzkrana, prévôt de Vienne (f 1477), le petit livre pour la confession des enfants et des grandes personnes, par Jean Wolfï, chapelain de Francfort (1478), le Seelensirost (1483), etc. En outre, on insistait sur le devoir d'instruire les enfants dans la religion, qui incombe non seulement aux parents, généralement très zélés ■^, mais aussi aux parrains, ainsi qu'en témoigne le rituel édité en 1480 par l'arche- r2551 vèque Thierry d'Isenbourg, lui-même précédé par un rituel plus ancien -. On récitait tout haut régulièrement, après les offices, le Pater,V Ave, le Credo et les dix commandements. Dès le 10 mai 1469, l'archevêque Adolphe de Nassau avait ordonné pour toutes les églises de son diocèse, qu'après la prédication et la « récitation des devoirs publics », on expliquât aux fidèles les dix commandements avec « mention des cinq sens )\ et les sept péchés capitaux ^. On s'ingéniait à varier les moyens d'instruction pour le peuple. Pour ceux qui savaient lire — et dès 1460, le nombre en était consi- dérable — on avait suspendu aux murs des églises des tableaux de catéchisme, dont le cardinal de Cusa paraît avoir introduit l'usage *. La réunion qui se tint à Mayence, en 1479, pour faire une enquête contre Jean Ruchrad de Wesel ^, ne peut être considérée comme un synode. En 1480, le mercredi et le jeudi de la deuxième semaine après Pâques, l'évêque Sixtus en tint un à Freisingue, qui renouvela de nombreuses prescriptions anciennes ^. Le 4 oc- tobre 1481, il y en eut un à Bruges, dans l'église Saint-Sauveur, pour le diocèse de Tournay sous le savant Ferricus de Clugny, promu à ce siège en 1473, et en 1480 au cardinalat '^. Quatorze des XVI Jahrh., Freibursr, 1874; Falk,dans Histor. polit. Blàttern, t. lxxvi, p. 329 sq,; Dacheux, La prédication avant la Réforme, dans Revue catholique de V Alsace, 1863, p. \, 58 sq. ; Bruck, Der religiose Unterricht fur Jugend u. Volk in Deuts- chland in der zweilen Hàlfte des xv Jahrh., Mainz, 1876; Janssen. op. cit., t. i, p. 20, 38; Falk, Die Druckunsl im Dienste der Kirche, Coin, 1879. 1. Cf. Otto, Joh. Cochlàus, Breslau, 1874, p. 2: Janssen, op. cit., t. i, p. 24. 2. Moufang, Die Mainzer Katechismus, Mainz, 1877, p. 4-5. 3. \Yûrdtwcin. ^ova subsidia diplomatica, Heidelbcrg, 1877, t. ix, p. xx; Mou- fang, op. cit., p. 6-7. 4. Moufang, op. cit., p. 13. 5. Du Plessis d'Argcntré, Coll. jud.. t. i b, p. 191-298; Raynaldi, ^;î?îa/., ad. ann. 1479, p. 33. 6. Hartzhcim, op. cit., t. v, p. 510-525; Binterim, op. cit., t. vu, p. 367. 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1480, n. 43. 102 LIVRE L canons y contiennent des prescriptions relatives aux sacrements, aux testaments, aux sépultures, aux immunités des églises, aux censures, à la conduite des clercs, aux réunions décanales et aux devoirs des doyens (c. 6, 7, 9, 12, 13). D'après le canon 3, les bans de mariage ne se publieront que les dimanches et jours de fête; le canon 12 réprime les agissements des quêteurs ^. Sur bien des points, ces statuts sont semblables à ceux de Cambray, 1300- 1310 2. L'archevêque Charles de Neuchâtel (1463-1498) tient en 1480, à Besançon, en Bourgogne, un synode diocésain, qui traite, en sept chapitres, de la discipline du clergé ^. Un autre synode a lieu [256] l'année suivante et en général, jusqu'en 1717, les synodes sont fréquents dans cette ville *. A Reims, les vicaires généraux de l'archevêque Pierre de Laval avaient rédigé, en 1480, une ordonnance en quatre articles sur la visite épiscopale dans le diocèse ^. Le synode irlandais de Drogheda fut présidé par l'évêque Jacques de Clonmacnois (1480-1486) ^. Six cents ecclésiastiques prennent part au synode diocésain de Strasbourg, sous l'évêque Albert de Bavière (1478-1506). C'est là que le célèbre Geiler de Kaisersberg prononça sa foudroyante invective contre les conseillers séculiers des évêques, qui oppri- maient si souvent le clergé et ruinaient toute influence de l'Église sur le peuple. Les pai oies de l'orateur furent pour beaucoup dans les conclusions qu'ad('pta le zélé pontife '. Les plaintes contre les juristes étaient générales à cette époque ^. Le 27 novembre 1482, Jean II, margrave de Bade, archevêque de Trêves depuis 1456, édita neuf canons pour son diocèse. Le décret de l'archevêque Werner de Falkenstein (1388-1418) sur la liberté testamentaire des clercs reste en vigueur, ainsi que les ordonnances de l'archevêque Jacques de Sirk (1439-1456) sur le 1. Hartzheim^ op. cit., t. v, p. 525-540; Gousset, op. cit., t. ii, p. 749-751. 2. Gousset, op. cit., t. ii, p. 440-472. 3. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 508-509. 4. Ibid., t. V, p. 509; Statula seu décréta synodalia Bisuntinse diœcesis, in-8°, Vesuntione, 1707. 5. Gousset, op. cit., t. ii, p. 748-749. 6. Gams, Séries episcoporum, p. 213. 7. Binterim, op. cit., t. vu, p. 325-330; Dacheux, Jean Geiler de Kaisersberg. Paris et Strasbourg, 1876, p. 39. 8. Janssen, op. cit., t. i, p. 478-486. 858. SYNODES DE 1476 A 1484 103 même objet ^. L'archevêque de Cologne, Ilermann IV de Hesse (1480-1508), renouvela la publication des anciens statuts (1478- 1483). Signaler en particulier : a) les statuts d'Engelbert II de Falkenbourg, 1266 (9 des 45 canons); b) ceux de l'archevêque Siffried, entre 1279-1281 {ibid., dix règles); c) ceux de Wiebold de Holete vers 1300^ (encore dix statuts); d) ceux d'Henri de Virneburg (1304-1332) de 1306, 1307, 1310 (dont douze canons) 3; [257] e) ceux de Guillaume de Gennep, de 1357*; /) de Frédéric III de Saarwarden (1370-1414) 5; g) les autres décrets d'Alexandre III au concile d'Agde et aux archevêques de Cologne ^. A Constance, l'évêque Otton IV de Sonnenberg (1475-1491) tint plusieurs synodes diocésains, notamment en 1476, 1481, 1483 '; le dernier reprit en somme les statuts de Burkard II, de 1463, en une série de titres correspondant à ceux du Corpus Juris canonici^. En juin 1483, un synode pour l'évêché d'Havelberg se tint à Wistock ^. Eichstâtt eut le sien en 1484, sous l'évêque Guillaume de Reichenau (1464-1496). On y traita de la pénitence et des cas réservés, de différents crimes, des mariages clandestins, etc. On y défendit aux prêtres d'entendre, hors le cas de maladie, les confessions des femmes dans leur chambre ou leur appartement; de baptiser dans les maisons particulières; de recevoir une rétri- bution pour l'administration des sacrements; on imposa aux fabriciens l'obligation de rendre chaque année leurs comptes entre Pâques et l'Ascension, et de les faire parvenir au vicaire général par le curé; on ordonna aux confesseurs de ne point admettre à la communion ceux qui sont tombés dans un cas réservé, avant qu'ils en aient obtenu l'absolution ^^. 1. Hartzheim^ op. cit., t. \, p. 540-541; Bintcrim, op. cit., t. vu, p. 335-338. 2. Ibid., t. IV, p. 37. 3. Ibid., t. IV, p. 99,100, 117. 4. Ibid., t. IV, p. 370 sq. 5. Ibid., t. IV, p. 548. 6. Ibid., t. V, p. 541-545; Binterim, op. cit., t. vu, p. 340. Ce n'est que le 19 avril 1478 que les statuts de Hermann furent publiés, avec beaucoup d'autres; les anciens forment la pTemière partie reproduite par Hartzheini. 7. Beger, Kischengeschichtliche und kirchenrechtliche Nachrichten von dent Riiralkapitel des Stadt Reutlingen, Lindau, 1765, p. 74; Archiv fiir Pastoralcon- ferenzen in den Landkapiteln des Bisihums Constanz, Meersburg, 1804, t. i, p. 14. 8. Hartzheim, op. cit., t. v^ p. 545-567; Binterim, op. cit., t. vu, p. 317. 9. Ibid., t. v, p. 957. 10. Ibid., t. v, p. 545-567; cf. Binterim, op. cit., t. vit, p. 305. 104 LIVRE L La convocation du clergé de Cantorbéry, en mars et avril 1480, vota les décimes pour le roi et les subsides pour l'archevêque; mais renvoya à plus tard la réponse à la demande de la dîme turque par Sixte IV. Elle fit de nouvelles représentations contre l'arbitraire des fonctionnaires et « Justices» laïques; elle proposa de relever la solennité de la fête de la Visitation de Notre-Dame (2 juillet, avec octave), de saint Osnmnd en décembre, de sainte Ethelrede, le 17, et de sainte Frideswide, le 19 octobre ^. Les deux [258] décrets de 1463 ^ furent, le 10 février 1484, renouvelés par la convo- cation, sous le même archevêque, Thomas Bourchier, cardinal de Saint-Cyriaque. Par un induit du 5 avril 1483, le pape lui avait accordé de pouvoir célébrer après midi — toutefois avant les vêpres — ainsi que le privilège, pour certains recteurs, de porter comme les chanoines de cathédrale des collets de fourrure grise (25 juin) ^. La Pologne avait perdu, en 1480, son célèbre historien, Jean Dlugosz, chanoine de Cracovie et archevêque nommé de Lemberg •*. Nous ne connaissons de ces temps qu'un seul synode diocésain, que tint à Cracovie, en 1478, l'évêque Jean VII (f 1488) ^. En Islande, un synode diocésain eut lieu en 1484, à Vidvica, pour l'affaire de Bjorn Olai, accusé d'inceste avec sa fille Kandida. Il fit des aveux en prison. Ensuite tous deux se disculpèrent par un serment, corroboré de celui de douze témoins. Mais l'évêque Olaiis Rogenwaldi d'Holum ne s'en tint point là, et l'archevêque de Drontheim fut du même avis. En réunion synodale, l'évêque prouva par le témoignage de deux prêtres la vérité des aveux de Bjorn, l'excommunia, et attribua ses biens, moitié au roi, moitié à l'évêché ^. En Italie, les synodes ont été rares, surtout à cause des troubles et des guerres qui ne cessaient d'agiter la péninsule. Entre Sienne et Pérouse, la guerre éclata pour la possession de l'anneau de fiançailles de la sainte Vierge, passé de Sienne à Pérouse. Sixte IV chercha à apaiser le différend par un bref et par l'envoi du car- 1. Wilkins, Coiic. M. Brilann., t. iii^ p. 612-613; Mansi, Concilia, supplém., t. V, col. 337-340. 2. Wilkins, op. cit., t. m, p. 616. 3. Ihid., p. 615-616. 4. Raynaldi^ Annal., ad ann. 1480, dern. note. 5. Fabisz, op. cit., p. 290. 6. Finn. Joh., t. ii, p. 598; Mûnter, op. cit., t. ii a, p. 217. 859. DERNIERS TRAVAUX ET MORT DE SIXTE IV 105 dînai Savelli; il avait pensé à faire porter à Rome l'anneau niira- culoiix: il dut y renoncer devant l'énergique résistance des Pé- rugins ^. Les évêques étaient impuissants à mettre un terme aux querelles. Le^ plus zélés étaient toujours attentifs au maintien de la disci- [259] pline dans le clergé. A Plaisance, l'évêque Fabricius Marliani, de Milan, auparavant évoque de Tortona, tint pendant son épis- copat (1476-1508) jusqu'à dix synodes diocésains 2. En Espagne, nous trouvons, en 1477, un synode à Pampelune, sous Alphonse Carillo (1476-1491) 3; à Ségovie, trois synodes : 1472, 1476, 1483, sous Jean Arias de Avila (1461-1497) *. 859. Derniers travaux et mort de Sixte IV. Comme il l'avait déjà fait, et notamment l'année précédente ^, Sixte IV envoya en 1480, des légats dans les différents pays, pour y rétablir la paix et organiser cette croisade à laquelle il n'avait jamais cessé de penser. Le cardinal de la Rovère reçut les pouvoirs de légat pour la France, la Bourgogne, l'Angleterre et l'Ecosse (9 juin 1480). Louis XI soutenait, les armes à la main, contre Maximilien, devenu duc de Bourgogne, ses prétentions que plusieurs parties de la Bourgogne n'avaient pu, en vertu de la loi salique, passer à la fille du duc Charles le Téméraire, et que ce dernier, comme vassal infidèle, était déchu de tout droit à un fief français; Maximilien soutenait naturellement la capacité d'hériter de la princesse. Le cardinal Julien, c{ui devait obtenir aussi la libération du cardinal de la Balue, toujours retenu en prison, fut, en septembre 1480, reçu à Paris avec des honneurs extraordinaires; mais il dut renoncer à utiliser ses pouvoirs de légat, ne put obtenir de sauf- conduit pour la Bourgogne, et dut, en décembre, retourner à Paris. Il réussit cependant à amener une entrevue des ambassadeurs des deux princes, où, ne pouvant s'entendre sur la paix, on conclut 1. Raynaldi, Animl., ad ann. 1480, 11. 44 ; Ughclli, Italia sacra, t. m, p. 645 sq. 2. Ughelli, op. cit., t. 11, p. 194; Monuin. hisl. ad prov. Parm. et Placent, pcrti- nentia, Parmae, 1855^ t. i. 3. GamSj Séries episcoporum, p. 63. 4. Ihid., p. 70. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1479, n. 1. 106 LIVRE L au moins la trêve de 1481 ^. Reconduit avec honneur ^, il était [260] le 4 février 1482 de retour à Rome, ramenant avec lui le cardinal de la Balue, que Louis XI, frappé d'apoplexie (1481), avait délivré après une captivité de quatorze années ^. Louis XI était mort le 30 août 1483, assisté par saint François de Paule, et après avoir donné à son fils Charles VIII les plus sages avis. Sixte IV fit célébrer à Rome, le 13 septembre, un service solennel pour le roi défunt. Il écrivit fort paternellement au nouveau roi, monté sur le trône au milieu de si graves difficultés, et, le 8 octobre, envoya en France le même cardinal de la Balue, précédemment du titre de Sainte-Suzanne, et à ce moment évêque suburbicaire d'Albano (1483-1491) *. Chargé de compHmenter le roi sur son avènement, il devait encore visiter les ducs de Bretagne, de Bourbon et d'Orléans, rétablir par l'introduction de sages réformes la discipline presque ruinée au sein d'un clergé devenu entièrement mondain; enfin entre l'Espagne, qu'il devait visiter aussi, et la France, préparer les voies à la paix ^. Mais le cardinal ne put à peu près rien faire. Il ne put être reçu à la cour, comme, en 1480, le cardinal de la Rovère, qu'après avoir renoncé à faire usage de ses pouvoirs de légat ^; tout cédait au courant antipapiste et césarien; la cour se mêlait de tout, même de la querelle métaphysique des Réaux et des Nominaux ', avait nommé des prélats réformateurs et défenseurs de l'Église gallicane, sans aucun égard pour le Saint-Siège, de quoi Sixte IV fit ses plaintes au duc de Bourbon 1. Jacq. di Volaterra, dans Muratori, 5crtpL, t. xxni^p. 107; Raynaldi, Annal.; ad ann. 1480^ n. 33-36. Il y a 48 lettres des légats au pape sur cette légation, dans le Cod. epist. varior. ad Sixt. IV, Innoc. VIII et Alex. VI, Class. X, lat. 176 à Venise (Brosch, Julius II, p. 15, 306, note 32), la première datée de Lyon, 4 août 1480. Dans la lettre de Vendôme, 27 août, le légat se plaint de ce qu'on lui envoie trop tard de Rome des instructions. Dans sa lettre de Tours, 10 février 1481, le légat conseillait au pape d'imposer aux partis adverses une suspension d'armes, d'où pourrait suivre la paix, grâce aux bonnes dispositions de la noblesse. Cf. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1478, n. 35; 1480, n. 36, 37. 2. Lettre du légat datée d'Orange, 17 nov. 1481 ; et sur un attentat de l'héritier du roi René contre lui, Brosch, Julius II, app. ii, p. 280. 3. Diar. Not. de Nanciporlo, dans Muratori, Script., t. m b, p. 1071; Brosch, op. cit., p. 304, n. 36. 4. Raynaldi, Annal., ad ann. 1483, n. 28-35. 5. Ibid., n. 36-38. 6. Godefroy, Hist. de Charles VIII, Paris, 1684, Preuves, p. 441; Brosch, op. cit., p. 16. 7. Du Plessis d'Argentré, Coll. judicior., t. i b, p. 202 sq., 255 sq. ; 1. 1 a, p. 134 sq. 859. DERNIERS TRAVAUX ET MORT DE SIXTE IV ~| 107 (24 décembre 1483) ^. Louis XI avait ordonné de rendre au pape [261] les comtés de Die et de ^'alentinois; le parlement du Dauphiné les revendiqua pour la couronne de France, ce qui provoqua les réclamations du pape ^. Les parlements que Louis XI avait ins- tallés dans plusieurs des nouvelles provinces ne cessaient de croître en importance. Dans les royaumes britanniques, les guerres ne cessaient pas. En Irlande, le clergé était le plus ferme soutien du roi anglais; aussi, le 21 mai 1477, le roi Edouard IV prit-il sous sa protection spéciale l'Eglise et ses biens, et spécialement l'archevêque Jean de Dublin, qui s'était signalé à son égard en lui assurant la fidélité de l'île et en lui rendant d'autres éminents services. Le 21 juin, il nomma l'archevêque d'Armagh, Edmond, commissaire avec pleins pouvoirs pour apaiser les troubles et pour procéder contre les conventicules secrets ^. Par ailleurs, Edouard ne cessait pas de poursuivre de ses fureurs sa propre maison : le il mars 1478, il faisait assassiner à la Tour son frère Georges, duc de Clarence. Jacques III d'Ecosse, poussé par Louis XI, était en guerre avec l'Angleterre; il fut vaincu par le plus jeune frère d'Edouard, Richard, duc de Glocester, qui ensuite aspira lui-même au trône. Le 8 novembre 1482, le pape félicita le roi de sa victoire, lui envoya des présents et y joignit aussi les conseils les plus salutaires ^. Bientôt après (3 avril 1483) le roi s'éteignait, épuisé par ses excès; Richard de Glocester prit d'abord le titre de protecteur, mais bientôt après se fit couronner et fit assassiner à la Tour les deux fils du roi défunt. Le règne de Richard III fut celui d'un effroyable tyran ^; toutefois le clergé put obtenir de lui le respect de la liberté de l'Eglise et des immunités ecclésiastiques ^. Entre Matthias de Hongrie et Ladislas de Bohême, la guerre avait de nouveau éclaté en 1478; elle se termina par la paix d'Olmiitz. Les deux rois devaient garder leurs possessions incon- testées, et porter le titre de roi de Hongrie. Matthias cédait à Ladislas ses terres en Bohême, et recevait de lui ce que Ladislas occupait en Moravie, Silésie et Lusace, avec six villes. La cession 1. Raynaldi, Aiu^al., ad ann. 1483, n. 39. 2. Ibid., n. 40. 3. Wilkins, op. cil., t. m, p. 611-612. 4. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1482, n. 42-44. 5. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1483, n. 41-42. 6. Wilkins, op. cil., t. m, p. 614-615. [ 108 LIVRE L faitCj les sujets devaient prêter serment de fidélité, et ne plus troubler les possessions de l'autre partie. Après la mort de Matthias, [262] Ladislas ou ses héritiers prendraient possession de ses terres; si Ladislas mourait le premier, Matthias deviendrait roi de la Bohême tout entière. La Bohême assurait au roi de Hongrie le paiement d'une somme de 40 000 ducats; il était, de plus, convenu que les deux rois auraient personnellement une entrevue ^. Elle eut lieu à Olmûtz, en 1479; or, précisément à ce moment, les Turcs se ruèrent avec fureur sur la Hongrie et emmenèrent en esclavage 30 000 chrétiens. On proclama une alliance offensive contre les Turcs et les hérétiques. Les hussites excitèrent à Prague un soulè- vement, accompagné de meurtres et de pillages, et la punition des chefs n'ayant point été assez sévère, ils devinrent plus hardis et dressèrent même des embûches au roi Ladislas. Matthias vit sa Hongrie en proie aux Turcs et aux horreurs de la peste, et lui- même impliqué dans une guerre contre l'empereur; toutefois il eut le bonheur, après avoir conclu une trêve avec Frédéric III, de remporter sur les Turcs une brillante victoire. Prévoyant de leur part un retour offensif, il rappela aux Allemands le devoir de leur communauté d'armes, mais ils le laissèrent dans l'embarras '^. On allait avoir continuellement à déplorer de nouveaux malheurs. Casimir de Pologne avait fini ses luttes avec la Prusse, et renouvelé son alliance avec les Turcs et les Tartares ^. Le royaume de Bosnie que la reine Catherine avait laissé en mourant (1478) à l'Eglise romaine, pour le cas où son fils n'abjurerait pas l'Islam^, fut infecté par l'hérésie et dévasté par les attaques sans cesse renou- velées des Osmanlis ". Dans la Haute-Italie, on voyait s'employer activement à la paix, Ascanius, l'administrateur de Pavie, qui avait, le 11 septembre 1479, succédé au cardinal Jacques Ammanati, en dernier lieu évêque de Frascati ^. Le pape et le roi de Naples réunirent à Rome un congrès de princes — de leurs ambassadeurs — qui décida une paix générale en Italie, et la formation d'une ligue, sous la prési- 1. Raynaldij op. cit., ad ann. 1478, n. 36-40; Thcincr, Monum. Hungar., t. ii, p. 460 sq., doc. 643. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1479, n. 21-29. 3. Ihid., ad ann. 1478, n. 41-42. 4. Theiner, Monum. Slav. merid., t. i, p. 509., doc. 683. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1478, n. 43-46; ad ann. 1479, n. 29. 6. Ibid., ad ann. 1479,' n. 3-7. 859. DERNIERS TRAVAUX ET MORT DE SIXTE IV 109 [263] dence du pape, l'envoi de prompts secours pour chasser les Turcs de la Fouille; la France promit aussi du secours en hommes; le congrès vota en faveur du roi de Hongrie un subside de 50 000 du- cats, et invita l'empereur à entrer dans la ligue. Gènes promit cinq galères; Ferrare, quatre; Sienne, trois; Bologne, deux; Lucques, Mantoue et jMontferrat, chacune une; Milan, 30 000 ducats; Florence, 20 000^. Les Romagnes s'armèrent; le pape loua six vaisseaux génois, en fit partir trois d'Ancône et armer les autres. Otrante fut assiégée par terre par les troupes napolitaines, par mer, par Paul Fregoso, à la tête des galères génoises et pontificales; les Turcs la défendirent avec acharnement '^. Mais Mahomet II, si longtemps l'efTroi de la chrétienté, mourait le 3 mai 1481, et les disputes qui éclatèrent entre ses fils firent que la garnison attendit en vain du secours; Achmed fut rappelé en Orient; un traité fut conclu, en vertu duquel les Turcs se retirèrent avec armes et bagages le 10 septembre 1481. Le pape aurait volontiers continué la guerre, mais les mauvais procédés du duc de Calabre à l'égard de ses troupes et de celles des Génois, la politique à double jeu des Aragonais, et la peste qui vint à éclater, empêchèrent toute entre- prise ultérieure et même amenèrent bientôt la dissolution de la ligue ^. Les attaques des Turcs contre les Etats chrétiens continuèrent sous le sultan Bajazet (1481-1511); mais comme il n'avait pas l'énergie de son père, elles furent moins redoutables et laissèrent quelque repos. Le frère de Bajazet, Dschem (Zizim), après avoir sans succès lutté contre lui, s'était enfui en Egypte, et de là à Rhodes, d'où il demandait l'assistance des princes chrétiens contre son frère. Celui-ci exigea impérieusement que le prince lui fût livré; aussi les Rhodiens se résolurent-ils à l'envoyer en France, et le pape y consentit. La chose s'exécuta, bien que le roi de Hongrie eût désiré avoir le prince chez lui, pour s'en servir à exciter des discordes chez les Turcs *. Toutefois, Bajazet pouvait lui aussi compter sur celles qui régnaient entre les princes chrétiens. L'em- pereur Frédéric III n'avait pas renoncé à ses vues sur le trône de L" -" Hongrie, lui qui n'avait jamais apporté que honte et misère à ses 1. Raynaldi^ Annal, ad ann. 1481, n. 4; Balan, op. cit., n. 52, p. 219, 220. 2. Raynaldi, op. cit., 1480, n. 31-32; 1481, n. 14. 3. Crantz, Saxo?ï. Metrop., 1. XII, c. xxviii, p. 896 sq. ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1481, n. 29; Balan, op. cit., p. 220-221. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 36-37. 1 10 LIVRE L propres terres, incapable qu'il était de les protéger. Il songea donc à conquérir la Hongrie pendant que les troupes hongroises chas- saient les Turcs de la Valachie ^. Ils envahirent alors la Tran- sylvanie, mais les Hongrois, conduits par Etienne Bathory et Paul Kinis, remportèrent une éclatante victoire. Le pape en adressant ses féHcitations au roi Matthias (21 novembre 1482), chercha à empêcher une lutte désastreuse entre l'empereur et lui ^. Profitant de la guerre entre la Hongrie et l'Autriche, Bajazet fit entrer ses troupes en Bessarabie ^. Les hussites firent de même : à Prague ils massacrèrent un grand nombre de catholiques, chas- sèrent les moines, excitèrent le peuple contre le roi et les autorités. Vainement le pape adjura les rois Ladislas et Matthias, l'empereur et les princes de l'empire de s'interposer; les troubles de Bohême continuèrent *. Sixte IV s'occupa encore de la Pologne et de la Livonie, menacées par les Tartares et par les Russes. II nomma son légat l'archevêque de Riga, Etienne, et le chargea de former une ligue contre l'ennemi commun ^. Avec les Russes, il continua les négociations commencées par ses prédécesseurs et confiées au cardinal Bessarion ^. Il s'agissait d'abord de marier une nièce du dernier empereur de Byzance, Zoé Paléologue, qui se trouvait à Rome, avec le grand-duc Iwan Wassiliewitch, de Moscou (1462-1505), désireux d'acquérir de ce chef des droits au trône des empereurs grecs. Le 14 oc- tobre 1470, Paul II avait demandé au roi de Pologne libre passage pour les ambassadeurs du grand-duc se rendant à Rome ^. La première ambassade paraît n'avoir fait c]ue raj^porter le portrait de la princesse, une seconde, en 1472, vint la chercher ^. Le 22 mai, [265] Sixte IV porta l'affaire en consistoire; le 25, les Russes furent 1. Raynaldi, op. cit., ad. ann. 1481, n. 2. 2. Ibid., ad ann. 1482. n. 30-35; Thoiner, op. cit., t. n, p. 454, 487, 490, doc. 638, 670, 674; Mon. Slav. merid., t. i, p. 516, 518, n. 687, 688, 692. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 52, 53. 4. Chron. Misnens. dans Menckcn, t. ii, p. 371; Raynaldi, op. cit., n. 54-56; Theiner, Monum. Hangar., t. ii, p. 492, n. 677. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1482, n. 29. 6. Pastor, op. cit., t. iv, p. 210 sq. (H. L.) 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1470, n. 9; Theiner, Monum. Polon.,t. ii, p. 167, n. 205. La lettre parle d'une ambassade attendue à Rome, mais non qui y fût déjà. L'arrivée d'une ambassade dès 1469 est bien peu probable. 8. Adelung, Kriiische Uebersicht der Reisenden in Riissland, t. i, p. 183. 859. DERNIERS TRAVAUX ET MORT DE SIXTE IV 111 introduits pour présenter leurs lettres. La Russie ayant depuis quelque temj)s rompu ses attaches avec le patriarcat de Stamboul, de jour en jour plus abaissé sous le joug des Turcs, l'union sur le terrain du décret de Florence ne paraissait pas trop difficile, d'autant que le grand-duc demandait au pape un légat. Contre la proposition moscovite d'appeler les Tartares contre les Turcs, militait cette raison que les uns n'étaient guère moins à craindre que les autres. La princesse fut épousée par procuration et partit pour la Russie ^. En 1474, un légat pontifical, Antoine de Venise, arrivait aussi à Moscou; mais sa présence n'eut aucun résultat^. A en croire les récits russes, on aurait été choqué de voir la croix portée devant lui; le métropolite refusa de communiquer avec lui et la grande-duchesse passa entièrement à l'Église russe ^. On a dit que ce qui décida les Russes à rester dans le schisme, fut que l'on exigea d'eux un tribut annuel excessif. C'est là une assertion qui ne repose que sur des rumeurs vagues *. Ce qui est certain, c'est que les rois de Pologne, voyant l'énorme accroissance de la puissance russe après la conquête ^ de Novogorod, ont craint ce rapprochement avec Rome, et plus encore que le grand-duc n'obtînt le titre de roi. Leur politique s'appliqua donc à faire échouer ces tentatives d'union. En 1484, à propos d'une ambassade russe envoyée à Rome pour y traiter de la concession du titre de roi ou d'empereur, Casimir fit prier le pape de ne rien décider avant d'avoir entendu les ambassadeurs polonais. Sixte IV promit [266] de les recevoir même les premiers, pourvu qu'ils fussent envoyés à temps ^. Mais dans la Russie même, l'union avait à lutter contre de bien puissants obstacles. Le métropolite de Moscou, Philippe (1467-1473) était un schismatique obstiné; son successeur Géronce (1473-1489) n'était pas mieux disposé, quoiqu'il eût moins d'influence. A ce moment arrivèrent plusieurs artistes italiens, appelés à Moscou par le grand-duc pour les grandes constructions qu'il projetait '. Le métropolite de Kiew-Halitsch, 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1472, n. 48-49; Crantz, Saxon. Melrop., 1. XII, c. X, p. 864-865. 2. Dlugosz, Hist. Polon., t. xiii, p. 509; Ciampi, Bihl. crit., t. m, p. 21. 3. Karamsin, HisL de l'empire russe (en russe), t. vi, p. 44 sq., 54 sq., 295. 4. Alb. Campensis (Pighius) de Moscovia (ad Clément VII), 1543, fol. 9, 10. 5. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1479, n. 30-31. 6. Theiner, Aloniim. Polon., t. ii, p. 230, n. 256; Raynaldi, op. cil., 1484, n. 20-28. 7. Pelesz, Geschichte der Union, Wien, 1878, t. i, p. 452-453. 112 LIVRE L Misaël Drucld (1474-1477) envoya en 1476 à Sixte IV une ambas- sade respectueuse avec une lettre reconnaissant la primauté romaine. Son successeur Sinnon paraît avoir été aussi partisan de l'union. Il est à remarquer que, à Kievv même, les rois de Pologne travaillaient activement à favoriser l'union avec Rome (union qu'ils empêchaient ailleurs) ^. En Espagne, Ferdinand et Isabelle avaient été très heureux dans leur entreprise contre les Maures; la flotte espagnole leur avait coupé l'accès de l'Afrique; beaucoup de mosquées avaient été converties en églises. Sixte IV qui avait honoré cette croisade de nombreux privilèges ^ put féliciter le couple royal de ses succès ^. Le sultan de Babylone se plaignit auprès du pape de la persécution que les rois d'Espagne faisaient endurer à ses coreligionnaires. Sixte IV répondit qu'il ne s'agissait ni d'oppression ni de mauvais traitements ; on leur interdisait seulement certaines pratiques et certaines coutumes nuisibles ou offensantes pour les chrétiens et dont on ne leur avait jamais reconnu le droit, par exemple l'invo- cation publique de leur prophète, tout comme le sultan interdisait aux chrétiens l'usage des cloches *. Contre les trop nombreux juifs qui se faisaient baptiser pour la forme et commettaient des horribles forfaits, il fallut procéder avec sévérité ^; il reste vrai pourtant que les rois d'Espagne abusèrent de l'Inquisition dans l'intérêt de leur autorité. A plusieurs reprises. Sixte IV dut les rappeler à la modération et protéger ou faire délivrer ceux qui en appelaient à Rome ^. En général, en Espagne, la puissance sécu- lière empiéta souvent sur le domaine spirituel, comme quand elle [267] prit en main la réforme du clergé séculier et régulier '. Sixte IV ne se borna pas à la défense des droits de l'Eglise; il fit aussi beaucoup pour les sciences et pour les arts. Il enrichit la bibliothèque vaticane, en confia la direction à Barthélémy Platina, qu'il chargea aussi de réunir en trois volumes les docu- ments relatifs aux droits de l'Église romaine ^. En 1481, il canonisa 1. Paslor, op. cit., t. iv, p. 211 (H. L.). 2. Raynaldi, Annal, ad ann. 1479, n. 20; 1482, n. 38-42. 3. IbicL, ad ann. 1482, n. 43-44. 4. Ibid., ad ann. 1483, n. 45. 5. Ibid., ad ann. 1483, n. 46-50. 6. J. Balmès, Le protestantisme comparé au catholicisme, Paris, 1842, 1. 1 ; Gams, Kirche ngeschichte Spaniens, t. ni b, p. 20-21. 7. Piaynaldi, op. cit., n. 51. 8. Ibid., ad ann. 1478, n. 48-49. 859. DERNIERS TRAVAUX ET MORT DE SIXTE IV 113 les frères mineurs martyrisés au Maroc en 1220, sous Hono- rius III ^; l'année suivante, le grand docteur de l'Ordre, saint Bonaventure ^. Les cardinaux qu'il nomma furent Dominique de la Rovère (10 février 1478), du titre de Saint- Vital; Paul Fregoso, archevêque de Gênes (J5 mai 1480), de Sainte- Anastasie; le bénédictin Cosme Orsini, archevêque de Trani, abbé de Farfa, du titre des Saints-Nérée-et-Achillée; l'évêque de Tournay, du titre de Saint- Clément; J.-B. Savelli et Jean Colonna, cardinaux-diacres ^, En 1483, plusieurs étaient morts : Guillaume d'Estouteville. cardinal de Rouen, Ausias de Sainte-Sabine, Ferricus de Clugny, François de Gonzague; aussi donna-t-il la pourpre, le 15 novembre, à Jean de Grati, archevêque de Conza (royaume de Naples); au franciscain Élie de Bourdeilles, de Tours; à Jean-Baptiste, évêque de Girone, Jean- Jacques, évêque de Parme, et enfin J.-B. Orsini *. Sixte IV mourut après un pontificat de treize ans et quatre jours; il fut malade deux jours et reçut avec piété les derniers sacrements le jour de la fête de sainte Claire, jeudi 12 août 1484. Il fut enseveli à Saint-Pierre ^, Plus savant qu'homme d'État, aux jDrises avec d'innombrables oppositions, rejeté vers ses parents par la déloyauté alors générale dans le monde politique, il n'a point été étranger aux faiblesses humaines, mais son énergie au service de grands desseins lui assure une place honorable dans l'histoire. Rome montre encore aujourd'hui les résultats de son activité vigilante ^. Dans un temps et au milieu de circonstances où la [268] passion entassait à plaisir les calomnies, en dépit de la haine d'un Infessura et des Florentins, qui certainement en matière de inœurs ne sont pas des juges au-dessus de tout soupçon, les vertus qui honorèrent son pontificat ont été reconnues même par ses ennemis '. 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1481, n. 52-53. 2. Ibid., ad ann. 1482, n. 47-54; Bull, rom., Turin, t. v, p. 284-289, const. 26. 3. Ihid., ad ann. 1478, n. 47; 1480, n. 43. 4. Ihid., ad ann. 1483, n. 60-62. 5. Ihid., ad ann. 1484, n. 20-22; Franlz, op. cit., p. 474 sq. [L. Pastor. op. cit., t. IV, p. 358 sq. (H. L.)] 6. Frantz, op. cit., p. 478 sq. ; Balan, op. cit., n. 9, p. 234; cf. Raynaldi, or. cit., n. 23-25. 7. Jacques Moycr, dans Wadding, Annal. Minorum, t. xin, p. 463 Non aurum, non nohililas, sed çii^'ida virliis, Xysle, tibi imperium pontificale dédit. Discite ah exempta, quantum valet ardua virtus ; Hac meruil Xystus pontificale decus. CONCILES — VIII 8 . pi' ■ 114 LIVRE L C'est manquer trop évidemment à la vérité et à la justice que de le représenter comme « un homme sans parole et sans foi, sans honte et sans conscience, chez qui rien de ce qui est immoral n'est im- possible ^. » 860. Innocent VIII et les guerres en Italie ^. Après les neuf jours consacrés aux funérailles de Sixte IV — jours attristés par bien des troubles et des excès ^ — vingt-cinq cardinaux entrèrent en conclave ^. On se demanda d'abord si le cardinal Ascanio Sforza, à qui le pape n'avait pas encore « ouvert la bouche », avait droit d'y prendre part. Le droit de vote lui fut cependant accordé, d'après un précédent posé lors de l'élection d'Urbain V. Cette fois encore, on rédigea une capitulation; elle imposait l'obligation de poursuivre la guerre turque, et diverses mesures sauvegardant ou accroissant les privilèges des cardinaux ^. Dans vm des scrutins, le cardinal de Saint-Marc obtint onze voix ^. Pourtant ce fut le cardinal de Sainte-Cécile, évêque de Molfetta ^, J.-B. Cibo, qui fut élu, le 29 août 1454 ^. Il était Génois, d'une famille originaire de Grèce ^, à laquelle avait appartenu, s'il faut en croire Lionello, évêque de Concordia, le pape Boniface IX ^^. 1. Brosch, Papst Julius II, Gotha, 1878, p. 21-29. 2. Innocent VIII, né à Gênes en 1432, évêque de Savone 1466, cardinal 1473, pape 29 août 1484, mort le 25 juillet 1492; Christophe, Histoire de la papauté au xye siècle, 1863, t. ii, p. 304-367; E. Mûntz, Les arts à la cour des papes, Inno- cent VIII, Alexandre VI, Pie III {1484-1503), in-4o, Paris, 1898; E. Nunziante, Il concistoro di Innocenzo VIII per la chiamata di Renato, duca di Loreno contro il regno, dans Arch. stor. prov. Napol., 1886, t. xi, p. 751-766; G. Riviera, La dedi- zione degli Aquilani ad Innocenzo VIII meglio dichiarata da alcuni Brevi dello stesso pontifice, dans Boll. soc. stor. patr. Antinori, 1889-1890; L. Pastor, Histoire des papes, trad. Furcy-Raynaud, Paris, 1898, t. v, p. 225-360 (H. L.). 3. C'est l'état régulier à chaque vacance pontificale, toute la différence dans le désordre est question de plus ou de moins; cf. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 225- 229 (H. L.). 4. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 229 (II. L.). 5. Raynaldi, Atmal, ad ann. 1484, n. 28-39. [L. Pastor, op. cit., t. v, p. 229-230 (H. L.)]. 6. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 230-234 (II. L.). 7. Et non de Melfi, comme dit le texte allemand (H. L.). 8. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 235 (H. L.). 9. Raynaldi, Annal, ad ann. 1484, n. 40. [L. Pastor, op. cit., t. v, p. 235 (II. L.)]. 10. Raynaldi, Annal., ad ann. 1484, n. 43-44. 860. INNOCENT Vlir ET LES GUERRES EN ITALIE 115 Il avait mené dans sa jeunesse une vie plus que légère, et avait eu des enfants avant son mariage^; devenu veuf, il était entré dans les ordres, s'était distingué par son habileté dans les affaires et sa bonté. Pie II l'avait fait évêque, et Sixte IV cardinal -. [269] La rivalité des Colonna et des Orsini ne cessait de troubler la paix dans les Etats de l'Eglise; la république de Gênes avait mis sa flotte à la disposition du Sacré-Collège : on attendait de Cibo la pacifi- cation de l'Italie ^. Le nouveau pape prit le nom d'Innocent VIII. Il s'empressa de ratifier la capitulation, non sans y avoir fait d'importantes restrictions, que les fonctionnaires de l'Etat romain jugèrent encore insuffisantes *. Le pacifique pontife se mit aussitôt à l'œuvre pour s'établir sur un pied de bonne intelligence avec toutes les puissances d'Italie. Dès avant son couronnement (12 septembre), il avait adressé une lettre amicale au grand ennemi du pape défunt, Laurent de Médicis, au duc de Milan (11 septembre), et, même auparavant (3 septembre), au roi Ferdinand de Naples ^. Il s'efforçait d'établir et d'assurer de bons rapports avec ce dernier, quand le duc de Calabre vint en personne à Rome (20 octobre) lui porter ses félicitations. Mais Ferdinand abusa de la bienveillance du pape, ne respecta aucun des droits de l'Église, refusa le paiement du tribut et se comporta d'une façon si tyrannique qu'Innocent se vit contraint de se tourner contre lui ^. Entre autres méfaits, le roi fit saisir traîtreusement le comte Pierre Camponisco de Montorio et sa feiTime '. Il en résulta un soulèvement à Aquila. Les barons exaspérés se tournèrent vers le pape et la France. Sur les représentations du pape, Ferdinand fit relâcher le comte et la comtesse, réussit par ses fourberies à diviser les barons, gagna à sa cause Virginio Orsini, fit attaquer par lui l'Etat de l'Eglise et menaça Rome même (décembre 1485). Rome dut aux cardinaux Julien de la Rovère, Savelli et Colonna d'être préservée de la ruine. Orsini chercha, par la ruse, à attirer à lui la 1. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 236 (II. L.). 2. Gregorovius, op. cit., t. vu, p. 278; L. Pastor, op. cit., t. v, p. 236. (H. L.) 3. Raynaldi, Annal., ad ann. 1484, n. 46. 4. /6irf., 1484, n. 41. 5. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 244 (H. L.). 6. Raynaldi, op. cit., n. 47, 54, 60; Balan, op. cit., n. 12, p. 235, 236. 7. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 246 (H. L.). 116 LIVRE L population de Rome, osa attaquer, comme illégale, la dernière élection pontificale ainsi que la création de plusieurs cardinaux, et demanda un nouveau conclave. Julien de la Rovère avait déjà tenté de pousser René de Lorraine à une expédition vers Naples; mais René fut trop lent dans ses préparatifs. « Sans perdre de temps, l'ennemi entra en campagne, se rendit maître du pont de la voie Nomentane et poussa ses fourrageurs jusque sous les murs de Rome ^. » Robert Sanseverino parvint à les repousser (28 dé- cembre). L'Italie était donc menacée d'une nouvelle guerre géné- rale. Ferdinand avait pour alliés Milan et Florence; Innocent avait Venise, réconciliée depuis février 1485 avec le Saint-Siège, et [270] Gênes qui équipait une flotte pour René ^. Ferdinand et Isabelle d'Espagne ofîraient avec insistance leur médiation; le pape tenait trop à la paix pour ne pas les en remercier (10 février 1486). « Huit jours après, répondant au duc de Bretagne, qui l'engageait à faire la paix. Innocent VIII lui exposait tout au long la conduite de Ferdinand et expliquait la sienne propre, ajoutant que les barons se trouvaient acculés, par la faute du roi, à une situation si déses- pérée qu'ils eussent appelé les Turcs à leur aide, dans le cas où le pape leur eût refusé sa protection ^. » Le pape ne pouvait oublier l'honneur dû à sa dignité; Ferdinand avait gravement manqué à son devoir de vassal, fait la guerre à l'État de l'Église et menacé Rome même. Le pape envoya l'évêque Thomas de Cervia apaiser les troubles et punir les évêques du royaume, coupables de servilité envers le roi; il députa deux cardinaux pour faire une enquête sur les accusations portées contre Ferdinand. Il écrivit, pour leur exposer la cause du différend, à l'empereur, aux princes allemands, aux Suisses et à René de Lorraine, tandis qu'il chargeait l'évêque de Trévise de proposer aux Vénitiens une alliance particulière *. L'armée pontificale pénétra dans la Fouille; mais le comte Montorio, gagné par le perfide roi de Naples, trahit la cause du pape. Cependant, par crainte de la France, qui avait promis son assistance à René et désapprouvé l'alliance des Florentins avec Naples, il entama, par l'intermédiaire du comte de Fondi, des 1. L. Pastor, op. cil., t. v, p. 251 (H. L.). 2. Congiura dei Baroni, Napoli, 1859; Ferdinandi I instructionum liber, 1486- 1487, Napoli, 1861 ; Balan, op. cit., n. 11, 12, p. 236-238 ; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 38-45. 3. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 254 (H. L.). 4. Raynaldi, op. cit., 1486, n. 1-5. 860. INNOCENT VIII ET LES GUERRES EN ITALIE 117 pourparlers avec le pape, qui se déclara prêt (16 avril 1486) à une paix honorable. Ferdinand ne renonça point à ses perfidies; il tenta d'enlever Terracine, s'efforça de diviser ses ennemis, fit courir de faux bruits de paix, et trama avec Virginio Orsini et le duc de Calabre une conspiration — découverte le 30 mai — dans le but de surprendre le camp des troupes pontificales et de piller la ^ille de Rome. Dès le mois de juin, le pape découvrit ces machi- nations aux grands du royaume de Naples. Au commencement de juillet, Ferdinand recommença à vouloir traiter de la paix, faisant diverses olïres qu'il se proposait bien de retirer ensuite. Au consis- toire, les avis se partagèrent : Borgia, Savelli, Piccolomini furent pour la paix; Jean de la Balue se déclara contre. La chose traîna en longueur; les négociations avec René et Charles VIII conti- nuèrent; ce dernier promettait beaucoup d'argent et de troupes. Mais tandis que le cardinal de la Rovère équipait une flotte à [271] Gênes, que la France réunissait ses soldats, la nouvelle éclata que la paix, après de laborieuses négociations, venait d'être conclue le 11 août, et annoncée le lendemain à Rome ^. Ferdinand s'en- gageait à payer le tribut, et à reconnaître les droits du pape, à recevoir en grâce les barons qui, après avoir suivi le parti du pape, lui faisaient leur soumission; les Orsini la faisaient aussi au pape, à qui demeurait la libre disposition de l'abbaye du Mont-Cassin; Aquila appartiendrait, si elle le voulait, aux États de l'Eglise ^. On a souvent blâmé cette paix, et on a voulu y voir une preuve du peu d'intelligence politique du pape ^, ôtant son commandement à Robert Sanseverino, parce que les ruses du Médicis avaient su le lui rendre suspect — peut-être aussi parce que Robert machinait une usurpation des Etats de l'Eglise — et faisant solennellement publier le traité, sans en faire connaître en détail les conditions, parce que le doge de Gênes ne les avait pas encore ratifiées *. Mais il y avait bien des raisons de faire la paix : 1° La France et la Lorraine tardaient trop à faire leur expédition (déjà Charles VIII songeait à conquérir Naples pour lui-même et non pour René) ; 2° les États de l'Église étaient dans un continuel danger; Rome 1. Pastor, op. cit., t. v, p. 258 (H. L.). 2. Godefroy^ Hist. de Charles VIII, Preuves, p. 535 sq. ; Raynaldi, Annal., ad ann. 1486, n. 6-15; Balan, op. cit., n. 14, p. 240; Brosch, Papsl Jiilius II, p. 33 sq., 36 sq., 309, n. 13. 3. Fabroni. Reumont, Lorenz von Medici, t. ii, n. 509; Brosch, op. cit., p. 37-38. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 16-17. 118 LIVRE L serrée de près, les troubles et les meurtres incessants; 3° le roi Matthias de Hongrie faisait mine de prêter assistance à son beau- père et de prendre Ancône; déjà même, en faveur du même Ferdi- nand, il en appelait à un concile. Innocent dut lui représenter qu'il n'avait encore porté aucune sentence, qu'il s'était borné à repousser une agression injuste, qu'il avait contre Ferdinand les motifs de plainte les mieux fondés, et que celui-ci devait à tout prix changer d'attitude. Matthias se plaignit à Rome par ses ambassadeurs d'avoir été frappé de censures pour avoir pris le parti de Ferdinand, ce qui donnait contre lui des armes à ses ennemis, qu'on voulût à Rome opprimer le roi de Naples, et que la Pologne eût pris sous sa protection la Moldavie, tributaire en droit de la Hongrie. Innocent répondit (7 juin 1486) que le Saint-Siège jugeait selon la justice, qu'il avait été forcé à faire la guerre à Ferdinand, que [272] Matthias, contre qui le pape n'avait porté aucune censure, devait s'employer à le ramener à de meilleurs sentiments; quant à la Moldavie, on tiendrait juste compte de son droit ^. Au surplus, Ferdinand viola la paix aussitôt conclue; il sévit contre ses anciens adversaires, notamment ceux d'Aquila, faisant mettre à mort l'archidiacre de cette cathédrale, pour avoir soutenu le parti du pape. L'Espagne, Milan et Florence, qui s'étaient portées garantes de la paix, furent impuissantes à modérer la soif de vengeance du traître et lui rappelèrent vainement ses enga- gements; entre les Colonna et les Orsini la guerre reprit de plus belle '^. Innocent VIII adressa le 8 juillet 1487 un avertissement au prince parjure. Celui-ci fit massacrer dans leur prison les anciens alliés du pape et jeter leurs cadavres à la mer, mais il eut soin qu'on fît chaque jour semblant de leur porter à manger. Le pape, ignorant ce crime, envoya (24 juillet) l'évêque Pierre de Césène réclamer leur mise en liberté; mais l'évêque dut revenir à Rome dès le 25 juillet sans avoir rien obtenu, et après avoir essuyé plusieurs rebufades. Le roi disposait à sa fantaisie des dignités ecclésiastiques et refusait de nouveau le paiement du tribut. Le pape était dans la situation la plus déplorable : s'il prenait quelque mesure contre les attentats de son infidèle vassal, il avait 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. i486, n. 21-29; Theiner, Monum. Hungar., t. ii, p. 507, doc. 699. 2. Raynaldi, Annal, ad ann. 1486, n. 17-20; Balan, op. cit., n. 15, p. 241-242; Brosch, op. cit., p. 38 sq. 860, INNOCENT VIII ET LES GUERRES EN ITALIE 119 à craindre de le voir s'allier avec les Turcs et dévaster l'Italie entière. La France, occupée de sa guerre contre la Bourgogne, ne pouvait rien faire; les plus redoutables des adversaires de Fer- dinand écartés, le pape dut se résoudre à surseoir à son jugement ^. A mesure qu'empirait la situation croissait l'audace de Fer- dinand. Les ambassadeurs espagnols cherchèrent en vain à accom- moder le différend, il affecta d'en rejeter la responsabilité sur le pape, qui ne songeait, disait-il, qu'à enrichir son fils Franceschetto. Enfin Innocent se résolut, en 1489, à lui déclarer la guerre, et nomma, le 29 juin, général en chef, le comte Nicolas de Pitigliano, auquel il confia solennellement la bannière de l'Église. Ferdinand voulut à la fois s'emparer des États de l'Église et en appeler au [273] concile ^. Le pape le déclara solennellement déchu du trône (septembre 1489), chercha à négocier une trêve pour la France afin d'en obtenir assistance; mais il se vit bientôt menacé par Virginio Orsini; Bénévent occupé par Ferdinand, des conjurations tramées partout, lui-même laissé dans l'embarras par tous les princes de l'Italie. Cependant la France n'allait pas tarder à avoir les mains libres : une crainte salutaire décida alors le déloyal feudataire à entamer, en novembre-décembre 1491, à Rome, de nouvelles négociations pacifiques, que l'Espagne s'employa de toutes ses forces à faire aboutir. Le 28 février 1492, fut enfin signée la paix, contre laquelle protesta, dans l'intérêt des pré- tentions françaises, le protonotaire Jean Briello. Le 23 mai, le prince de Capoue, petit-fils de Ferdinand, vint à Rome recevoir l'investiture et présenter des excuses au nom de son père et de son aïeul. Innocent \ III assura par un diplôme, sous des conditions déterminées, et sous la garantie d'une formule de serment, au duc Alphonse de Calabre et à son fils, le prince de Capoue, la suc- cession au trône paternel (4 juin 1492). Et la nouvelle paix ne tint pas mieux que les précédentes ^. II y avait encore en Italie bien d'autres troubles. En janvier 1486, la paix entre Florence et Gênes se conclut à Rome. Les Florentins tardant à en exécuter les conditions, Innocent intervint, et comme ils violaient notoirement leurs engagements et attentaient aux immunités ecclésiastiques, il les menaça des censures ^. Cependant 1. Balan, op. cit., n. 15, p. 24; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1487, n. 9, 12. 2. Ibid., ad ann. 1489, n. 5-9; 1490, n. 7; Balan, op. cit., n. 24, p. 249-250. 3. Balan, op. cit., p. 251-252; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1492, n. 10-13. 4. Raynaldi, Annal., ad ann. 1486, n. 34, 35; Balan, op. cit., n. 17, p. 243. 120 LIVRE L les rapports avec Florence s'améliorèrent bientôt et devinrent presque subitement amicaux. Franceschetto Cibo, fils du pape, épousa, le 20 janvier 1488, Madeleine, fille de Laurent^; et le 9 mars 1489, le fds de ce dernier, Jean de Médicis, âgé de quinze ans, fut fait cardinal, avec la condition que, de trois ans, il n'en exercerait pas les fonctions. Laurent Cibo, fils d'un frère du pape, gouverneur du château Saint-Ange et archevêque de Bénévent, et Pierre d'Aubusson, grand maître de Rhodes, reçurent en même temps le chapeau ^. Laurent avait d'ailleurs bien mérité du pape. [274] Celui-ci avait gravement à se plaindre de Bucolino Cuzzoni, le cruel tyran d'Osimo, qui, en 1486, s'était emparé du gouvernement de cette ville, en avait chassé les fonctionnaires pontificaux, bravé les armes spirituelles et temporelles, tenté de s'emparer aussi de la marche d'Ancône, et s'était allié aux Turcs, dont la flotte croisait dans l'Adriatique. Le légat, cardinal de la Rovère, avait demandé son rappel. Son successeur, le cardinal de la Balue, se présenta devant Osimo le 10 juin 1487 et chercha à obtenir une capitulation en traitant avec le tyran. La ruse de Laurent, accom- pagnée d'une forte somme d'argent, eut plus de succès, et le 2 août 1488, Bucolino livrait aux pontificaux la place d'Osimo, qu'il avait pourtant bravement défendue, et se retirait à Florence, puis à Milan, où il fut pris et pendu (1494) ^. La haine de Laurent contre son ancien adversaire ne s'apaisa point, il prit part à la conspiration des Ordelassi contre le comte Jérôme Riario de Forli et Imola, en 1487; c'est toutefois par d'autres conjurés que le comte fut tué, le 14 avril 1488. Sa veuve, Catherine, s'efforça de conserver le fief à son fils Octavien, et en attendant en obtint du pape le vicariat. De même, Galeotto Manfredi ayant été assassiné à Faenza, à l'instigation de sa femme, Innocent assura au fils la succession de son père. Le désordre était grand dans la Romagne; plusieurs villes se détachèrent du pape, et Bologne se soumit à 1. Balan, op. cit., n. 20, p. 246; Gregorovius, op. cil., t. vii^ p. 334. 2. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1489, n. 19-24. Sur les démarches de Laurent pour assurer à son second fils la pourpre et l'entrée au Sacré-Collège, cf. Roscoe, Vila e pontificafo di Leone X, trad. L. Rossi, Milano^l816; t. i, p. 47 sq. ; t. ii, p. 260 sq. Doc. II sq. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 30-32; 1487, n. 6-7; Balan, op. cit., n. 19, 20, p. 245-247; Ugolini, Conti e duchi d'Urbino, t. ii, p. 50 sq. ; M. Sanuto, Vita de'duchi di Venezia, dans Muratori, op. cit., t. xxii, p. 12-41; Aiiuali d'Jtalia, 1486, 1487; Rosmini, Vita di G. Trii^ulzio, Milano, 1815, t. n, p. 158 sq. ; Brosch, Papst Julius II, p. 40-42. 861. INNOCENT VIII ET LES ÉTATS NON ITALIENS 121 Jean Bentivoglio ^. Laurent de Médicis mourut muni des sacre- ments de rÉglise, quelques mois avant Innocent, le 7 avril 1492^. Gênes sous le doge Fregoso s'était encore placée sous la pro- tection de Milan (1487) et ce doge une fois écarté, le duc de Milan avait consenti à recevoir de la France l'investiture du pays de Gênes ^. Venise résista plusieurs fois au pape; elle ne voulait pas recevoir comme évêque de Padoue le cardinal Michel de Vérone, [275] et entendait faire donner cet évêché à Pierre Barozi de Bellune; les remontrances du pape (4 mai 1486) furent inutiles; le cardinal dut enfin renoncer à son évêché ^. La république conclut pourtant avec le pape cpntre les Turcs une alliance de 25 ans, qui fut publiée à Rome le 1^^ février 1487 ^. Cette même année, Venise avait la guerre avec le duc Sigismond du Tyrol, frère de l'empereur, qui à la foire de Bozen avait fait chasser les marchands vénitiens avec leurs marchandises (13 avril) et, à la suite d'une contestation de frontières, avait commis plusieurs actes de violence. Le pape, par le ministère de l'évêque de Trévise, interposa sa médiation, et amena un accord le 13 novembre 1487; mais la paix ne fut complète qu'en 1490 ^. Le 26 février 1489, l'île de Chypre fut rattachée à la république de Venise; Catherine Cornaro retourna dans sa patrie; la reine Charlotte, sœur de Jacques II (ne pas confondre fivec Charlotte, fille illégitime de Jacques, qui épousa Ferdinand de Naples) était morte le 16 juillet 1487, au Borgo- San-Pietro, à Rome '. 861. Innocent VIII et les États non italiens. Dès le 21 novembre 1484, à la nouvelle que le sultan Bajazet armait une flotte contre l'Italie, Innocent VIII avait appelé aux armes. En même temps, il avait écrit au roi de Hongrie, qui faisait alors la guerre à l'Autriche, sans songer à porter secours au prince Etienne de Valachie. Celui-ci avait dû s'enfuir en Pologne à la cour du roi Casimir, où, plus tard, il se prit de querelle avec 1. Balan, op. cit., n. 21-22, p. 247-249; Raynaldi, Aimai, ad ann. 1488, n. 19-20. 2. Raynaldi, Annai., ad ann. 1492, n. 33; Balan, op. cit., n. 25, p. 252-253. 3. Balan, op. cit., n, 17, p. 243-244; Raynaldi, Annal., ad ann. 1487, n. 8. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 36 et note de Mansi. 5. Ibid., 1487, n. 1. 6. Ibid., 1487, n. 2-3; 1490, n. 9; Balan, op. cit., n. 18, p. 244-245. 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 17 et note de Mansi. 122 LIVRE L le prince Jean Albert, tandis que les Turcs s'emparaient de plusieurs places en Moldavie et en Valachie. Ils en furent cependant par- tiellement chassés dans la suite ^. Pour Rhodes, que menaçait aussi la flotte turque, le pape se préoccupa d'obtenir le secours des princes chrétiens. Ferdinand de Naples, qui n'avait point encore rompu avec Rome, envoya un des ambassadeurs rhodiens [2761 représenter au sultan que tous les princes chrétiens allaient s'unir et élever son frère Djem sur le trône de Stamboul, s'il attaquait un seul d'entre eux. La menace intimida Bajazet. Il prodigua au grand maître de Rhodes les marques de déférence et lui envoya en présent la main droite de saint Jean-Baptiste ^. Mais il ne tarda pas à voir que les princes chrétiens, au lieu de s'unir, recom- mençaient à se faire la guerre, et il leva une nouvelle armée. Innocent songea alors à réunir une flotte plus puissante et à former une ligue des cours chrétiennes. Il demanda des subsides aux États d'Italie. Aux Florentins, qui se dérobèrent, il adressa de sérieux avertissements (23 février 1485) et rappela aux souverains espagnols que leurs droits sur la Sicile leur faisaient un devoir de pourvoir à la sécurité des côtes de l'Italie. Le légat Orsini fortifia Ancône. Sur des accusations sans fondement, l'île de Chio fut cruellement châtiée par les Turcs; ce ne fut qu'en 1486 que le grand maître de Rhodes put arranger l'affaire et Innocent ne put que louer hautement sa prévoyance et son énergie. Mais d'autre part il ne voyait de tous côtés c|ue des dissensions du plus dé- sastreux effet. Il profitait de toutes les occasions pour engager les différentes cours à la paix; c'est le langage qu'entendirent les ambassades venues pour porter l'obédience de France, d'An- gleterre, de Danemark, de Mayence, Trêves, Gênes, Milan, etc. ^. Bajazet venait d'accroître ses États d'Europe d'une partie de la Valachie, ceux d'Asie, de la Cilicie; il poursuivait les chrétiens dans les montagnes caspiennes et circassiennes, de l'Arménie et de la Géorgie; sa flotte infestait l'Adriatique; il se sentait assez fort pour attaquer le sultan d'Egypte *. Innocent publia, le 5 juil- let 1486, et le 20 avril 1487, une nouvelle bulle pour la croisade ^ 1. Raynaldi, op. cit., ad ami. 1484, n. 61-64; 1485, n. 13-14; i486, n. 60, 61 ; cf. Theiner, Monum. Hungar., t. ii, p. 501 sq., doc. 689, 690, 691. 2. Raynaldi, op. cit., 1484, n. 65-73 et note de Mansi. 3. Ihid., op. cit., 1485, n. 1-11. 4. Ihid., 1486, n. 63-65. 5. Ihid., 1486, n. 60. 861. INNOCENT VIII ET LES ÉTATS NON ITALIENS 123 et envoya des légats dans les différents pajs, jusqu'en Bohème, en Hongrie, en Pologne et dans les États Scandinaves ^. En 1488, Bajazet tenta de s'emparer de Malte; mais il trouva l'île bien fortifiée et bien défendue. Ses troupes furent battues en Cilicie par le sultan d'Egypte et sa flotte brisée par une tempête. Le sultan d'Egypte entama des négociations avec Rhodes au sujet du prince Djem que le roi Matthias et d'autres princes chrétiens [277] voulaient avoir en leur puissance, tandis que le pape demandait de fixer par une décision commune le lieu de la résidence du prince, tout en proposant de le garder à Rome, ce à quoi la France con- sentait volontiers ". Bajazet faisait à la cour de France les plus grandes promesses si on le lui livrait; de fait le prince fut envoyé à Rome où on lui fit une réception brillante (13 mars 1489) ^. Bajazet tourna sa colère contre les Rhodiens pour avoir livré son frère au pouvoir du pape et exigea qu'il lui fût rendu. Le grand maître s'excusa sur ce que le pape étant le père et le prince de tous les chrétiens, il n'avait pu lui résister; d'ailleurs il valait mieux pour le prince Djem de séjourner en Italie qu'en France, car à moins de se liguer avec les plus puissants d'entre les princes, le pape, dont les ressources étaient limitées, ne pouvait rien entre- prendre, pour l'instant du moins. Pierre d'Aubusson cherchait à gagner du temps. Bajazet voulut bien se contenter de ces expli- cations et envoya un ambassadeur à Rome. Il promettait une très forte somme pour l'entretien dir prince; le sultan d'Egypte promettait davantage encore si on le lui livrait, et ses agents avaient précédé à Rome ceux de Bajazet. Innocent VIII tint conseil avec les cardinaux; il présenta aux ambassadeurs le prince dans l'éclat d'une splendeur royale, non sans avoir pris toutes les précautions pour éviter toute tentative d'empoisonnement ^. Des deux côtés on poussa activement les préparatifs; en 1490, Bajazet équipa une flotte considérable : il avait les mains libres en Orient depuis la mort d'Hassoun-Bey (7 janvier 1488), dont les trois fils 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1488, n. 11-12. 2. De Hammer, Hist. de l'empire ottoman, trad. Docliez, liv. XIX, t. i, p. 357; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 9; cf. ad ann. 1485, n. 11-12. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1489, n. 1-2; Burchard, Diarium, édit. Gennarelli, Firenze, 1855, p. 119; De Cherrier, Hist. de Charles VIII, 1868, t. i, p. 187; Brosch, op. cit., p. 43 sq. 4. Raynaldi, Annal., ad ann. 1490, n. 1-5; cf. 1489, n. 3-4; Brosch, op. cit., p. 311, n. 36. 124 LIVRE L se disputaient et finirent par s'entr'égorger ^; les incursions dans les pays chrétiens continuèrent : on comptait en 1492 qu'on avait déjà vu les Turcs cinq fois en Styrie, six fois en Carinthie, sept fois en Carniole ^. Cette fois encore, ce qu'on pouvait attendre de l'empereur Frédéric III se réduisait à rien; qui plus est, lui-même et son fils Maximilien (né en 1459) se trouvaient entourés de périls de toute sorte. En Belgique, après la mort de Marie, femme de Maxi- milien, de nouveaux troubles avaient éclaté, et la France empêchait [278j la domination impériale de s'y établir pacifiquement; en 1485, Louis, évêque de Liège, fut assassiné, ce qui motiva de la part du pape l'envoi du prévôt de Strasbourg, Philippe, prince de Clèves, en qualité d'internonce; la même année, Maximilien amena à faire • leur soumission les deux villes de Gand et de Bruges ^. A la diète de Francfort, en janvier et février 1486, l'empereur fut assez heureux pour faire élire son fils roi des Romains ^ et conclure une paix intérieure pour dix ans ^. Dès lors, les diètes allemandes devinrent moins inutiles, et Maximilien, lorsqu'il fut couronné à Aix-la-Chapelle, le 9 avril 1486, put se sentir en bonne intel- ligence avec les États de l'empire. Mais quand il se rendit en Belgique, la guerre se ralluma avec fureur; une armée française envahit le Hainaut, pour beaucoup de villes la levée d'un impôt de guerre fut le prétexte d'un soulèvement; le roi et son conseil furent même emprisonnés à Bruges (6 février 1488) ®. Matthias de Hongrie, qui avait pris Vienne et chassé d'Autriche l'empereur, se ligua avec la France contre le fils de l'empereur, qu'il refusait de reconnaître pour roi des Romains; Ladislas de Bohême, qui n'avait pas été invité à la diète de Francfort et s'en était plaint au pape, comme d'un mépris de ses droits de prince-électeur, se joignit à eux : une vaste coalition menaçait la maison d'Autriche '. Innocent VIII avait adressé ses félicitations à l'empereur et à son 1. Raynaldi, loc. cit., n. 5; 1488, n. 11-12. 2. Janssen, trad. Paris, L'Allemagne à la fin du moyen âge, t. i, p. 491. 3. Crantz^ Saxon. Metrop., 1. XII, c. xxix, xxxvii, p. 897, 911 ; Raynaldi, op. cit., 1485, n. 51. 4. Janssen, op. cit., t. i, p. 500. 5. Crantz, op. cit., 1. XIII, c. i, p. 914; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 41-42. 6. Crantz, op. cit., 1. XIII, c. ii, vi, ix, xi, p. 916, 922, 928; Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 1. 7. Crantz, op. cit., 1. XIII, c. xvii, p. 939-940; Raynaldi, Annal. , ad ann. 1486, n. 41-43. 861. INNOCENT VIII ET LES ÉTATS NON ITALIENS 125 fils, à l'occasion de l'avènement de celui-ci ^. Il mit tout en œuvre pour délivrer Maximilien, et chargea l'archevêque de Cologne de recourir aux censures pour vaincre l'obstination des rebelles de Belgique. De son côté, l'empereur envoya l'évêquc de Worms en Brabant pour mettre en sûreté son petit-fils Philippe et le sous- traire au pouvoir des rebelles. Ceux-ci avaient eu la pensée de le proclamer leur seigneur, sous la tutelle d'un gouvernement nommé par eux. Frédéric s'adressa aux princes de l'empire pour arriver [279] à obtenir la liberté de son fils, que la plupart des chefs des révoltés songeaient à livrer à la France. L'appel fut entendu, et ne resta pas sans effet. Trois mois après, à la suite de la défaite des Gantois et grâce à l'appui que l'armée de l'empire trouvait dans la proxi- mité de la flotte espagnole, Maximilien recouvra la liberté, mais il dut promettre une amnistie pleine et entière. Pour ne point manquer à sa parole, car il était persuadé que l'empereur son père la considérant comme extorquée refuserait d'en tenir compte, il se rendit en Tyrol. C'est de là qu'il travailla avec plein succès à remettre son père en possession de ses provinces d'Autriche cjue lui avait arrachées le roi de Hongrie 2. La diète de Nuremberg de 1487, convoquée en vue de la guerre turque, enjoignit une fois de plus de faire la paix, mais ne fut pas mieux écoutée que les précédentes ^. La même année, la trêve conclue à Saint-Poelten entre Matthias et l'empereur ne put aboutir à un traité de paix définitif *. La ligtie souabe de 1488 marqua pour l'empire allemand un véritable progrès et l'apparition per- sonnelle de Maxiniilien à la diète de la même ville de Nuremberg l'année suivante, 1489, porta d'heureux fruits. La paix avec la Hongrie ne put cependant se conclure : Matthias exigeant une indemnité de guerre excessive, faute de quoi il refusait de rendre ses conquêtes. Une entrevue entre l'empereur et lui fut convenue et sans cesse différée. Sur ces entrefaites, Matthias tomba malade et mourut d'apoplexie, à l'âge de 47 ans, le 4 avril 1490 °. Cette mort excita bien des regrets, surtout à Rome. Matthias avait glorieusement combattu contre les Turcs, avait fait beaucoup de bonnes lois, notamment celle de 1486 contre le duel, à la diète 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 43-44. 2. Ibid., ad ann. 1488, n. 1-2. 3. Ibid., ad ann. 1487, n. 3. 4. Ibid., ad ann. 1487, n. 5. 5. Ibid., ad ann. 1490, n. 8-10. . ' 126 LIVRE L de Bude ^, et s'était entouré de conseillers ecclésiastiques fort capables. Sous son règne, l'évêque de Grosswardein, Jean Vitier, avait été accusé auprès du pajDC d'hérésie hussite; mais l'inter- nonce Ange, évêque d'IIorta, avait reconnu sa parfaite innocence ^. Il se proposait d'entrer dans un ordre religieux et en avait obtenu [280] la permission du pape le 26 août 1488. Matthias s'y opposa, ne voulant pas se priver d'un conseiller aussi précieux : après la mort du roi, l'évêque put enfin entrer à Olmûtz dans l'ordre de Saint- François, où il fit encore beaucoup de bien ^. Matthias avait obtenu de Rome plusieurs induits et la prorogation des précédents, par exemple sur l'usage du laitage en carême ^. Il ne montra quelque obstination que dans l'affaire du trop indépendant archevêque de Calocza, Pierre, qu'il fit emprisonner et refusa de relâcher malgré les représentations que lui fit le pape, le 6 mars 1486 ^. Cinq princes se disputaient à ce moment le trône de Hongrie : le roi Maximilien, Ladislas de Bohême, Jean Albert, prince polonais, frère de Ladislas, Ferdinand de Naples et Jean Corvin, fils naturel de Matthias. Délibérations et ambassades multipliées ne purent empêcher la guerre civile. La majorité se prononça en faveur de Ladislas de Bohême qui, le 21 septembre 1490. se fit solennellement couronner à Albe Royale (Stuhlweissenburg). Jean Albert pénétra en Hongrie pour renverser son frère; Maximilien, qui avait repris Vienne et l'avait rendue à son père, pénétra aussi en Hongrie, prit Albe Royale soixante jours après le couronnement de Ladislas, assiégea Bude, mais fut contraint par le manque d'argent de retourner en Autriche, tandis que Jean Albert assiégeait Kaschau. De Croatie, les Turcs accoururent à leur tour, sous prétexte de soutenir Jean Corvin. Ils avaient attribué à la colère du ciel, irrité de leur trop patiente inaction contre les chrétiens, le trembleinent de terre du 12 juillet 1490, qui avait détruit 800 maisons à Constan- tinople ^. Cependant Ladislas avait pu, en février 1491, gagner son frère 1. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1486^ n. 40. 2. Theiner, Monum. Ilungar., t. ii, p. 517, n. 711-717; p. 521, n. 718. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 56, cf. B. Dudik, Geschichtliche Entwicklung des Buchdrukes in Màhreu, Brùnn, 1879. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 17. 5. Ibid., ad ann. 1486, n. 38-39; Theiner, Monum. Hungar., t. ii, p. 497, 508, 520, 534, doc. 684, 700, 717, 719. 6. Bonfin.. Dec, IV, 1. X; Raynaldi, op. cit., 1490, n. 10, 15; Crantz, op. cit., L.XIII, c. XVII, p. 940 sq. 861. INNOCENT VIII ET LES ÉTATS NON ITALIENS 127 Jean Albert, par l'abandon de quelques villes de Silésie, et une forte somme. Grâce à l'évèque de Grosswardein, une entente finit par s'établir entre la Hongrie et la Pologne. A la diète d'Augsbourg, ["2811 Maximilien trouva peu d'écho à sa proposition d'une guerre contre la Bohème. Casimir de Pologne, qui en 1489 avait réussi à chasser les Tartars de son pays ^, travailla pour la paix entre l'empereur et son fils; Ladislas put rentrer en possession de plusieurs places; même, le 14 septembre, d'Albe Royale ^. La paix de Presbourg, du 7 novembre 1491 renouvela les prétentions de Maximilien pour le cas où Ladislas mourrait sans héritier légitime; lui assura le titre de roi de Hongrie, et 100 000 ducats pour les frais de la guerre; Jean Albert, qui recommençait la guerre, tut repoussé. Par le minis- tère du cardinal-légat Reginus, le pape avait fait beaucoup pour la paix en Hongrie^; il espérait maintenant organiser une grande expédition contre les Turcs, pour laquelle il avait fait de grands préparatifs. Deux armées seraient commandées, l'une par Ladislas, l'autre par Maximilien, et les flottes des puissances chrétiennes agiraient d'accord avec elles. De Croatie, de Hongrie, de Transyl- vanie et d'autres pays, les Turcs avaient emmené en captivité trop de chrétiens : il était grand temps de mettre un terme à ces sortes d'incursions ^. Mais toutes ces espérances tombèrent. Maximilien, aussitôt après la guerre de Hongrie, se trouva entraîné dans celle de France. Charles VIII épousa Anne de Bretagne précédemment promise à Maximilien et renvoya à celui-ci sa fille Marguerite à qui il avait été fiancé et qu'on saluait déjà du titre de reine de France. Un procédé aussi injurieux amena une nouvelle guerre, accompagnée d'un soulèvement des Flandres; l'Espagne et l'Angleterre prirent parti pour le roi des Romains. La paix toutefois se rétablit assez vite; Charles VIII, déjà préoccupé de son expédition de Naples, renonça aux avantages qui devaient constituer la dot de Margue- rite et Maximilien fut trop heureux de voir sa domination rétablie dans les Flandres ^. Contre les Turcs, Ferdinand d'Aragon envoya 1. Raynaldi, op. cil., ad aiin. 1489, n. 15. 2. Ibid., 1491, n. 11. 3. Ibid., 1491, n. 12-13. 4. Ibid., 1491, n. 13-14. 5. Crantz, op. cit., 1. XIII, c. xv, p. 936; Raynaldi, op. cil., 1491, n. lj-16; Lintur., Appeiid. ad fascic. temp., p. 579. On y trouvera VOratio ad regem Francise de Wimpheling, et sa correspondance avec le général des Trinitaires, Robert Gaffuin. 128 LIVRE L sa flotte, tandis qu'Alphonse de Calabre couvrait Otrante. Les Albanais ayant inconsidérément commencé la guerre, les Turcs durent renoncer à leur projet d'incursion dans la Hongrie ^. [282] Par son mariage avec Anne de Bretagne, Charles VIII prenait possession du dernier des grands fiefs de la couronne. En face de l'empire allemand affaibli, la sitviation de la France devenait pré- pondérante et rien ne limitait, plus à l'intérieur l'absolutisme du pouvoir royal. Le pontife romain n'avait rien de bon à en attendre. Charles avait déjà reçu de lui plusieurs avertissements ^. Le pape s'était plaint que dans la Provence récemment réunie à la France sans égard pour les droits de l'empereur, les fonctionnaires civils eussent lésé les droits de l'Eglise, insulté et maltraité des clercs (18 juin 1485). Une assemblée du clergé se préparait à Paris pour le 1^^ août 1485; il y avait lieu de craindre de sa part des mesures hostiles à Rome : le 25 juillet. Innocent avertit le roi d'avoir à se garder de ces nouveautés ^. Charles VIII retenait encore les comtés de Die et de Valentinois; il avait promis de se soumettre à la sentence portée à cet égard; il n'en fut rien ^. Au contraire, dans les affaires ecclésiastiques, le caprice et l'arbitraire du pouvoir .civil se donna carrière, le Parlement opposa le placet aux bulles pontificales; l'obéissance fut plus d'une fois refusée au pape; les universités en appelèrent du pape mal informé au pape mieux informé ^. L'union la plus étroite régnait en ce moment entre les royaumes Scandinaves et le Saint-Siège. Le légat en Suède était alors (1484-1485) Barthélémy de Camerino, remplacé en 1480 par le protonotaire et camérier Antoine Masi ^. Le roi Jean de Danemark et de Norvège fut appelé au secours de la Livonie fortement pressée par les Russes, tandis qu'en même temps (1485), on remontrait au grand-duc de Russie que son mariage avec une princesse grecque ménagé par l'intervention du Saint Siège lui faisait un devoir de s'abstenir de toute attaque contre un pays qui relevait du Siège apostolique ^. 1. Raynaldi^ op. cit., ad ann. 1492, n. 17-19. 2. Janssen, L'Allemagne à la fin du moyen âge, t. i^ p. 485. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 36-37. 4. Ibid., 1486, n. 45. 5. Fevrct, Traité de Vahus, p. 8, 10; Papius, Zur Geschichte des Placet, dans Archiv fur Kirchenrecht, t. xviii, p. 169, 171. 6. Reuterdahl, Svenska Kyrhans, t. m b, p. 350. 7. Raynaldi, op. cit., ad ann, 1485, n. 16. 861. INNOCENT VIII ET LES ÉTATS NON ITALIENS 129 [2831 Le roi Jean, l'archevêque Jacques d'Upsal et les autres évêques demandèrent au Saint-Siège la canonisation de la princesse Cathe- rine, fille de sainte Brigitte. Le pape estima que l'affaire n'était point encore mûre ^. L'archevêque Jacques porta le 7 janvier 1486 un statut obligeant les chanoines à étudier cinq ans la théologie ou le droit canon et à prendre les grades; ceux qui ne l'avaient point fait auraient à étudier pendant trois ans le droit canonique ^. Le 25 avril 1488, la reine Dorothée de Danemark vint à Rome où elle obtint, à raison de la guerre turque, dispense de son vœu d'aller en pèlerinage à Jérusalem ^. Le 21 mai 1488, Innocent VIII confia à l'évêque Simon de Reval, chargé de réconcilier la Pologne et la Prusse, la mission de trancher le différend entre le roi Jean et les grands du royaume, ainsi qu'avec ses voisins ■*. Dans la guerre entre la Suède et le Danemark, Innocent confia le rôle de pacificateurs aux archevêques d'Upsal et de Lund, et aux évêques de Strengenâs et de Roeskild (6 juillet 1489) ^. En Bohême les hussites poursuivaient leurs inquiétantes agi- tations. Un Italien, Augustin Luccani, désigné sous le nom d'Epis- copus Sanctuarensis, renouvela les erreurs condamnées aux conciles de Constance et de Bâle, se donna comme muni de pouvoirs de la part du pape et fit de nombreuses ordinations en Bohême, L'évêque élu de Passau paraît l'avoir ramené à de meilleurs sentiments; Innocent lui fit offrir son pardon, s'il abandonnait pour jamais la Bohême (22 janvier 1485). Il se retira en effet en mars 1486 *'. Les hussites s'étaient emparés d'un grand nombre d'églises, surtout à Prague, et égaraient encore beaucoup de catholiques. Le pape donna au curé de Cadan et à l'abbé de Saint-Gilles les pouvoirs pour réconcilier les convertis avec l'Eglise ". Les rapports d'Innocent VIII avec les souverains d'Espagne étaient des plus amicaux. Le pape provoqua des mesures contre les judaïsants occultes et les usuriers de ce pays ^; permit aux pre- 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 61. 2. Reuterdalil, op. cit., p. 551-558. 3. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 17, 4. Ibid., 1488, n. 18. 5. Ibid., 1489, n. 16-18. 6. /?>id., 1485, n. 19; 1486, n. 58. 7. Ibid., 1487, n. 24. 8. /ttU, 1484, n. 80-81. CONCILES — vni — 9 " 130 LIVRE L miers comme aux hérétiques secrets de faire secrètement leur abjuration, en présence toutefois du roi et de la reine ^. En Aragon, [284] il y eut contre les inquisiteurs un soulèvement, dans lequel Pierre Arbues, plus tard glorifié par des miracles, souffrit le mar- tyre ^. Ceux qu'on appelait les Maranos étaient un très grand danger pour la sécurité du pays^; beaucoup d'entre eux se ré- fugiaient à Rome où ils obtenaient des fonctions séculières et même ecclésiastiques. Innocent dut publier contre eux un édit et nommer inquisiteurs les cardinaux Borgia et de la Balue *. Jeanne, fille d'Henri IV, était entrée le 15 novembre 1480 dans un monastère de clarisses ; en 1487 elle en sortit et reprit son titre royal. Le pape lui ordonna de rentrer dans son monastère, et menaça d'excommunication ceux qui voudraient soutenir par la violence ses prétentions : sur quoi le calme se rétablit promp- tement ^. A la demande de Ferdinand et Isabelle, Innocent ordonna le 11 juillet 1485 aux évêques d'Espagne de prendre des mesures sévères contre les clercs incontinents ^; le 11 décembre 1487, il préposa à la réforme des monastères relâchés en Galice les évêques d'Avila, Cordoue, Ségovie et Léon '^. Le 24 septembre, il réprima l'abus d'attribuer sans institution canonique un bénéfice ecclésias- tique à un laïque qui le faisait ensuite à un prêtre indigne, à son service, pour en être l'administrateur simulé, tandis que lui- même en percevait les revenus ^. La guerre des souverains catho- liques espagnols contre les Maures leur valut de nombreuses faveurs concernant la levée de décimes et la nomination aux charges ecclésiastiques, sans parler de la confirmation des privilèges déjà accordés par Sixte IV ^. Menée avec énergie, la guerre eut des résul- tats considérables : Arunda fut prise en 1485, Malaga se rendit le 8 août 1487; Baza et la plus grande partie du royaume de Grenade occupées par les chrétiens en 1489; le 2 janvier 1492, Isabelle faisait 1. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 21, décret du 15 juillet 1485. 2. Ibid., n. 22-25; Garas, Kirchengeschichte Spaniens, t. ni h, p. 2ô; CwUtà catho- lica, 1867, Ser.VI, t. ii, p. 273. 3. Hefele, Ximenes, p. 260 sq. 4. Raynaldi, Annal., ad ann. 1487, n. 16. 5. Ibid., 1480, n. 38; 1487, n. 17-18. 6. Ibid., 1485, n. 26. 7. Ibid., 1487, n. 19. 8. Ibid., 1487, n. 20-22. 9. /6if/., 1485, n. 27; 148G, n. 49-55; 1487, n. 13-23. 862. CONCILES DANS LES ROYAUMES BRITANNIQUES 131 [285] son entrée dans la capitale ^. Ce triomphe fut célébré à Rome par une fête d'actions de grâces ^. L'évêque d'Avila, jusqu'au réta- blissement de la hiérarchie dans le royaume de Grenade, y fut chargé de toutes les affaires ecclésiastiques ^. Les Maures se virent accorder au commencement certains droits spéciaux qu'ils per- dirent plus tard à la suite de leurs insurrections *. Le Portugal parvenait aussi sous le roi Jean II (1481-1495) à un haut degré de puissance et de prospérité ^, grâce à ses con- quêtes en Afrique et à la découverte du cap de Bonne-Espérance par Barthélémy Diaz ^. Le royaume du Congo, découvert par Jacques Cano, fut pourvu de missionnaires; le roi du pays fut baptisé (le 3 avril 1491) et d'importants résultats obtenus '^. De même en Ethiopie et dans le royaume de Bénin, le Portugal s'occupa d'introduire le christianisme ^; il obtint du pape de très nombreuses concessions. 862. Conciles dans les royaumes britanniques. En Angleterre, la tyrannie de Richard III, qui après s'être emparé du trône par la violence, prétendait s'y maintenir par les mêmes moyens, avait tellement exaspéré les esprits que les soulèvements se succédaient sans interruption. Aidé de la France, Henri, comte de Richmond, débarqua en Angleterre le 2 août 1485, trouva tout de suite un parti considérable, grossit son armée des transfuges de celle de Richard, et l'atteignit, le 22 août, à Bosworth, où Richard perdit la bataille, la couronne et la vie. Avec Henri VII, c'était l'avènement des Tudors. Leurs prétentions se fondaient sur les droits de la maison de Lancastre, d'où sortait Marguerite Beaufort, fille du duc de Sommerset et mère d'Henri. Plus tard (janvier 1486), Henri épousa Elisabeth, fille aînée du roi Edouard IV, mais sans lui accorder beaucoup d'influence, ni se [286] prévaloir de ses droits au trône, qu'il prétendait ne devoir qu'aux 1. Hcfele, op. cit., p. 22-26. 2. Raynaldi, Annal, ad ann. 1487, n. 14-15; 1489, n. 12-14; 1491, n. 1-5. 3. Ibid., 1490, n. 20; décret du 3 juillet 1490. 4. Hefcle, op. cit., p. 59 sq., 275 sq. 5. Gams, op. cit., p. 349. 6. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1486, n. 69. 7. Ihid., 1484, n. 87-88; 1485, n. 33-35; 1490, n. 24; 1491, n. 6-10. 8. Ibid., 1486, n. 66-68. 132 LIVRE L siens propres. Il lui importait beaucoup plus de faire reconnaître son droit de succession comme indubitable par le parlement d'abord et ensuite par le Saint-Siège; et il y réussit ^. Innocent VIII, dans une bulle du 27 mars 1486, avait solennel- lement approuvé l'avènement d'Henri, dont les prétentions s'ap- puyaient sur le droit de la guerre, son titre de plus proche héritier, et la reconnaissance du parlement; il déclarait le trône d'Angle- terre héréditaire au profit de sa famille, en dehors même de la descendance directe du mariage avec Elisabeth, et enfin excom- muniait quiconque se révolterait contre le roi ^. Il était nécessaire de mettre un terme, en Angleterre, à ces compétitions, causes de tant de malheurs et de tant de sang répandu. En même temps, le pape adressait au roi une lettre de félicitations (29 mars) ^, et un peu plus tard (7 mai), une seconde, où il s'occupait de la liberté du clergé, et approuvait ce qui s'était fait à York ^. Une nouvelle bulle, du 23 juillet, déclarait légitime le mariage d'Henri et d'Eli- sabeth d'York, confirmant ainsi la dispense de consanguinité au quatrième degré déjà validement obtenue ^. Dans les premiers temps, Henri eut néanmoins quelque peine à se maintenir sur le trône. Il avait fait transférer, de Sherifï-Hutton à la Tour le fils du duc de Clarence, le jeune comte de Warwick, et plusieurs fois mécontenté le parti d'York, spécialement la veuve d'Edouard lY, devenue sa belle-mère, qui voyait sa fille tenue à l'écart plutôt qu'honorée. Il y eut de sa part une explosion de fierté et de mécontentement. Il faut en attribuer la cause à l'appa- rition de deux aventuriers, Lambert Simnel et Perkins Warbeck, qui, soutenus par l'étranger, trouvèrent en Angleterre et en Irlande [287] un grand nombre de partisans et de dupes. On fit passer Lambert Simnel comme étant le comte de Warwick échappéjle la Tour, et, en Irlande, où le duc de Clarence, père du comte, s'était fait aimer comme vice-roi, il fut proclamé roi sous le nom d'Edouard VI, et couronné comme tel par les archevêques Octavien d'Armagh et 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1485, n. 52-53; Crantz, op. cit., 1. XIII, c. ii, p. 915. 2. Const. Romanus Poniifex, vi kal. april., a. I; Rymer, Fœdera, t. xir, p. 297; Bull, rom., Luxembourg, t. ix, p. 297-299; Raynaldi, ^«naZ., ad ann. 1486, n. 46-48. 3. Ihid., n. 46. 4. Hardouin, Concil, t. ix, col. 1517-1520; Wilkins, 'Conc. M. BriL, t. m, p. 617; 5. Const. Rcdemptoris et D. N., dans Bull, rom., Luxcmb., t. ix, p. 299-300. 862. CONCILES DANS LES ROYAUMES BlUTANNIQUES 133 Walter de Dublin (1487). Le roi ne put en venir à bout que par une bataille rangée. Il fit enfermer dans un cloître sa belle-mère soupçonnée de n'être point complètement étrangère au complot, fit présenter à la noblesse le véritable comte de Warwick et demanda au pape la punition des deux évêques compromis dans le soulèvement. Innocent donna, le 5 janvier 1488, une bulle contre les prélats irlandais, adressée à ceux qui n'avaient pas été engagés dans l'affaire : les archevêques de Cashel et de Tuam, et les évêques de Clogher et d'Ossory. A eux quatre, ils devaient faire le procès canonique des archevêques qui avaient trempé clans la rébellion, ainsi que des évêques Jean de Meath et Modernus de Derry ^. L'archevêque de Cantorbéry, cardinal Thomas Bourchier, était mort le 30 mars 1486. Son successeur, Jean Morton, intronisé' en octobre, tint, en février 1487, son premier concile provincial ^, avec les évêques d'Ely, Exeter, Norwich, Lincoln, Rochester et Salisbury. On y traita de la réforme de l'Église et de différentes affaires. Le prêtre Guillaume Simond, âgé de vingt-huit ans, accusé d'avoir conduit en Irlande Lambert Simnel et de l'avoir fait passer pour le comte de Warwick, fut cité, condamné et envoyé à la Tour. Le prieur des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem se plaignit des atteintes portées à ses privilèges ; il se déclara prêt à faire cesser tout malentendu; mais il défendit victorieusement ses privilèges. Il y eut aussi des plaintes contre les prédicateurs qui causaient du scandale. Les prédicateurs de la Sainte-Croix, à Londres, furent avertis de n'avoir à attaquer personne du haut de la chaire, et de se borner à signaler à leurs supérieurs les clercs coupables; quant aux clercs indignes, ils furent réprimandés. Un décret spécial statua que chaque évêque ferait dire six messes pour chacun de ses confrères défunts. Un autre concernait la fête de la Transfiguration, à célébrer le 7 août avec neuf leçons. [288] Une lettre pastorale du 6 mars publia les décrets de réforme : ils interdisent les vêtements peu ecclésiastiques, en particulier les robes ouvertes par devant, les ornements d'or sur les vêtements, 1. Const. Romani Ponlificis piovidentia, non. jan., a. IV (1487) ; Rynacr, op. cit., t. XII, p. 332; Bull, rom., Luxembourg, t. ix, p. 301; Wilkins, Conc. Magii. Brit., t. III, p. 622-623. 2. Dans Wilkins on trouve la date 1486, mais il faut certainement rectifier en 1487. 134 LIVRE L le port de l'épée, le soin de la chevelure; prescrivent le port de la tonsure, sous peine de séquestre des revenus et de la suspense de l'office; rappellent avec insistance le devoir de la résidence ^. Il paraît fort douteux qu'on ait alors traité des erreurs de Réginald Peacock, évêque de Chichester, de sa déposition et de son internement dans un cloître ^. L'événement, nous l'avons vu, est plus ancien de trente ans. Le 6 août 1487, Innocent VIII donna commission au primat Morton d'absoudre des censures les pé- nitents coupables de rébellion ^. Il statua que ceux qui, abusant du droit d'asile, se réfugiaient dans les églises, et en sortaient ensuite pour se livrer à de nouveaux attentats — surtout les criminels de lèse-majesté - — pourraient en être extraits par les agents du pouvoir séculier *. Le 23 mai 1488, il donnait encore une constitution contre ceux qui exciteraient des troubles à propos du droit de succession au trône ^; elle fut publiée, d'après le Transsumptum, par le primat Morton, le 4 août ^. La convocation du clergé de la province de Cantorbéry, com- mencée en janvier, poursuivie en octobre, eut encore à s'occuper des plaintes sur l'emploi abusif des privilèges des johannites, le prieur protesta qu'il n'avait fait aucun acte répréhensible de ce genre et on ordonna une enquête. On prescrivit la célébration de la fête du Saint-Nom de Jésus. On décida d'accorder au roi des subsides plus considérables, à raison de l'attitude menaçante de la France ^. Enfin le primat publia, le 9 mars 1489, la bulle d'indulgences du 18 septembre 1488, pour tous ceux qui prendraient part à la guerre turque ^. A York, l'archevêque Thomas Scott tint, au commencement de [289] l'année 1489, un concile provincial qui accorda des subsides au roi, 1. WilkinSj op. cit., t. m, p. 618-620; Mansi, Concilia, supplém., t. v, col. 339- 342. 2. Hardouin^ Conc. col, t. ix, col. 1517-1518. 3. Const. Apostolicœ Sedis, viii id. aug., a. III; Rymer, Fœdera, t. xii^ p. 324; Bull, rom., Luxemb., t. ix, p. 300. 4. Wilkins, op. cit., t. m, p. 621^ 622. Const., Romanum decet Pontifîcem. 5. Const. Sedis apostolicœ, x kal. jan.^ a. IV; Rymer, Fœdera, p. 341 ; Bull, rom., p. 302-303; Wilkins, op. cit., t. m, p. 623-625 (daté du 17 mai). 6. Wilkins, loc. cit. 7. Wilkins, op. cit., p. 625-626. 8. Const. Sacrosanctis Domini, Wilkins^ op. cit., t. m, p. 626-629. 862. CONCILES DANS LES ROYAUMES BRITANNIQUES 135 et ensuite (27 février), statua que dans la province on célébrerait la fête de la Transfiguration le 6 août, celle du Saint-Nom de Jésus le 7 août, la dédicace de toutes les églises du diocèse, le dimanche après la commémoraison de saint Paul (30 juin) et la fête de sainte Cedda, le 2 mars ^. Les monastères de l'ordre de Cluny, des cisterciens et des pré- montrés avaient grandement besoin de réforme en Angleterre. Innocent VIII nomma, le G mars 1490, le primat Morton réfor- mateur et juge ^, et signifia à Guillaume, abbé de Saint-Alban, de l'ordre de Cluny, qu'il eût à s'amender (5 juillet) ^. L'Ecosse avait reçu de nombreuses marques de la bienveillance du Saint-Siège. Une université avait été fondée à Saint-André en 1412 par les soins de l'évêque Henri Wardlaw et avait obtenu un diplôme de Paul II, le 25 février 1469 *. Sur la demande du roi Jacques III, Sixte IV érigea l'église de Saint-André en métropole (1472); il donna au premier métropolitain, Patrice Graliam (précédemment évêque de Bréchin) ^, lors de son voyage à Rome, les pouvoirs de légat, afin d'obtenir des Écossais, dont il louait fort la fidélité au Saint-Siège, du secours contre les Turcs ®. Cette mesure provoqua une très vive opposition, surtout de la part du roi et des prélats. A la suite d'une nouvelle enquête, l'arche- vêque Graham fut trouvé coupable, et le 9 janvier 1478 déposé de sa dignité et condamné à la prison. Il y mourut la même année; mais les troubles continuèrent sous l'épiscopat de son successeur, Guillaume Scheves (1478-1497). Pour les apaiser. Innocent VIII enA'oya en Ecosse, le 5 août 1485, avec d'amples pouvoirs, Jacques, évêque d'Imola. L'objet des discussions était la collation des bénéfices ecclésiastiques de tout ordre, et les droits de la couronne [290] en général, contre les grands du royaume qui contractaient des alliances avec l'étranger. Le pape condamna ces pactes, insista sur la nullité du serment prêté pour les garantir, et rappela le devoir d'obéissance envers le prince et l'observation des lois et 1. Wilkins, op. cit., p. 630. 2. Const. Quanta in Dei Ecclesia, 6 mar., ann. VI; Wilkins, op. cit., t. m, p. 630- 632. 3. Wilkins, op. cit., t. m, p. 632-634; Mansi, Concilia, suppélm., t. v, col. 343-344. 4. Raynaldi, Annal, ad ann. 1469, n. 31 ; cf. Bellesheim, op. cit., t. i, p. 278-279. 5. Gams, Séries episc, p. 236; Raynaldi l'appelle Parisius. 6. Raynaldi^ Annal, ad ann. 1472, n. 17-19; Bellesheim, op. cit., p. 297 sq. J36 LIVRE des traités ^. En 1486, il fit porter, par un légat, la rose d'or à Jacques III et demanda au roi de France, Charles VIII, de s'em- ployer pour rétablir la paix en Ecosse 2. Les Écossais demandaient la canonisation de leur reine Marguerite; le 2 janvier 1487, Inno- cent chargeait l'archevêque Guillaume Scheves, les évêques de Glasgow et d'Aberdeen, et l'abbé de Sainte-Croix de Saint-André, de l'enquête sur la vie et les miracles ^. Le même archevêque convoqua pour le 24 avril 1487, à Saint- André, un concile provincial d'Ecosse, dont il ne nous reste rien, sinon une lettre de l'abbé d'Arbroth, instituant huit moines bénédictins ses procureurs au synode. La même année, l'archevêque se rendit à Rome, où il obtint la dignité de legatus natus (légat-né), et, pour la famille royale, plusieurs privilèges relatifs aux censures et au service divin ^. Mais bientôt une nouvelle conjuration éclata contre Jacques III, dont la con- duite était licencieuse, qui excluait la noblesse des emplois et poussait jusqu'à la cruauté sa vengeance contre les rebelles. Les conjurés demandaient que Jacques abdiquât en faveur de son fils. Jacques demanda secours à la France, à l'Angleterre et au pape. Innocent envoya l'évêque Hadrien de Castellane. Mais avant son arrivée, le roi avait été forcé de livrer bataille, pris et tué (1488). Il n'avait que 35 ans. Son fils, Jacques IV, n'en avait que 16; mais c'était un esprit réfléchi et il put sur les points essentiels obtenir la paix ®. Ensuite (27 juin 1491) le pape accorda aux abbés de Passico et de Jedworth, dans le diocèse de Glasgow, et au chancelier de Glasgow, le pouvoir d'absoudre, après les satisfactions convenables, ceux qui s'étaient révoltés contre Jacques III, s'ils promettaient [291] d'être fidèles à Jacques IV '. C'est encore Innocent VIII qui donna aux Écossais une seconde métropole, en élevant, le 9 janvier 1491, à la dignité d'archevêché le siège de Glasgow dont Robert Blevader était titulaire depuis 1484 ^. La nouvelle métropole eut trois sufîragants : Galloway, 1. Raynaldi, Annal, ad ann. 1485^ n. 46-51. 2. Ibid., 1486, n. 49. 3. Ihid., 1487, n. 26-32; Bellesheim, op. cit., p. 303. 4. Wilkins, op. cit., t. m, p. 621; Bellesheim. op. cit., p. 311. 5. Raynaldi, Annal., ad ann. 1487, n. 33. 6. Ihid., 1488, n. 34. 7. Const. Exuherans aposiolicœ Sedis, ann. VIII ; Wilkins, op. cit., t. m, p. 634-635. 8. Wilkins, op. cit., t. m, p. 607; Gams, Séries cpisc, p. 240; Bellesheim, op. cit., t. I, p. 310. 863. AUTRES CONCILES SOUS INNOCENT VIII 137 Lismore ou Argathelia, et les Hébrides. Saint- André en avait huit : Dunkeld, Aberdeen, Moray, Caithness, Dumblane, Brechin, Ross, Orkney (les Orcades) ^. Saint- André garda la dignité primatiale, ce qui fut souvent une cause de conflit entre les deux métropoles de l'Ecosse ^. 863. Autres conciles sous Innocent VIII. En 1485, nous connaissons en France un concile de Sens, sous l'archevêque Tristan de Salazar (23 juin sq.) qui confirma celui de 1461, sous l'archevêque Louis ^; en Pologne, celui de Petrkofî, sous l'archevêque Olesnicki (Zbigniew), qui réunit les statuts antérieurs et les fit rédiger par le docteur Nicolas Kottwicz, chanoine de Gnesen*; en Italie, les statuts synodaux de Salerne, que fit imprimer et publier le cardinal Jean d'Aragon ^. En 1486, il faut signaler deux synodes diocésains allemands : l'un pour Havelberg, à Wistock ^, l'autre pour Augsbourg que l'évêque Frédéric de Zollern tint en octobre à Dilingen, et qui renouvela d'anciens statuts '. Il est certain que l'archevêque de Mayence, Berthold de Hen- neberg (1484-1504), tint, en l'année 1487, un concile provincial, dont Binterim n'a pu établir quelle fut l'œuvre ^. Il suppose que l'oc- [292] casion fut le débat théologique qui agita l'université d'Erfurt, au sujet du Jour du jugement et de l'Antéchrist, et le règlement de la dispute de préséance entre les évêques de Wurtzbourg et d'Eichstâtt, Mais il semble qu'on y ait surtout traité d'une dé- marche contre le Saint-Siège et de diverses oppositions analogues à celles qui s'étaient produites en 1455 et 1456. La bulle de la croisade d'Innocent VIII, du 20 avril, enjoignant aux princes de faire la paix, de soutenir l'empereur et de lever des décimes sur les biens d'église^ avait excité des mécontentements en Allemao-ne. 1. Wilkins, op. cit., t. m, p. 607. 2. Bclleshcim, op. cit., p. 3, 109, 310 sq. 3. Hardouin, Conc. coll., t. ix. col. 1519-1520. 4. Fabisz, op. cit., p. 111. ii. 72; Bulinski, op. cit., t. ii, p. 271. 5. ISIoroni, Dizionario, t. lx, p. 265, au mot Salerno. 6. Hartzlieim, Conc. Germ., t. v, p. 957. 7. Steiner, Acta Ecclés. Aug., p. 46 sq. ; Binterim, op. cit., t. vu, p. 312. 8. Ibid., t. VII, p. 297. 9. Raynaldi, Annal., ad ann. 1487, n. 4. 138 LIVRE L Diverses plaintes s'étaient élevées, notamment à la diète de Nu- remberg, contre le pape; on critiquait sa conduite envers l'em- pereur, dont il favorisait les adversaires, comme au chapitre de Passau, et qu'il laissait sans assistance contre les Turcs ^. Tour à tour on se plaignait du pape et de l'empereur. Le 26 juin 1487, l'électeur de Mayence, de concert avec ceux de Saxe et de Bran- debourg, publia un écrit pour réclamer l'abolition des décimes exigées et levées en Allemagne sans le consentement de l'empire ^. Dans un rapport du 4 novembre, l'archevêque Berthold fit savoir que, surtout dans les diocèses de Bâle et de Constance, la levée des décimes avait occasionné de graves plaintes; c'est pourquoi, d'accord avec l'évêque, le chapitre et le clergé de Bamberg et plusieurs suffragants, il avait résolu d'envoyer des orateurs à Rome pour éclairer le pape sur les droits, coutumes, induits, compactata et griefs de la maison allemande, et obtenir remède à ces abus ^. Malgré de grandes cjualités et des mérites exceptionnels, l'archevêque Berthold ne pouvait se soustraire aux tendances héréditaires de ses conseillers, à savoir de ne concéder à l'empe- reur comme au pape que le strict nécessaire, faute de quoi le gou- vernement de l'empire ou de l'Église devenait impossible *. Mal- heureusement sur ce qui s'est fait en 1487, les actes authentiques nous manquent. [2931 En 1488, outre un synode diocésain pour Havelberg à Wistock ^, il y eut à Braga en Portugal, sous le roi Jean II (1481-1495), un concile dirigé par Georges da Costa, archevêque de Lisbonne depuis 1464, cardinal depuis 1476 ^. Les actes n'en sont pas connus. Certainement il se rattache à la lettre adressée cette année par le pape aux évêques de Portugal, pour leur recommander l'instruction religieuse du peuple, la discipline du clergé et la visite des églises, même celles des ordres militaires, là comme en Espagne profon- dément déchus '^. 1. Lûnig, Deutsches ReichsarcJiiv, Pars generalis, p. 130-131, art. 5; Gcorgii, Gravamina nationis Germ., p. 259-260. 2. Mûller^ Reichslagslheatr. uiiter Friedrich III, part. VI, p. 130. 3. C. Hôfler, Denkwûrdigkeiten der Charitas Pirkheimer, Bamberg, 1852, t. vi, p. ciii-cv. 4. Wimpheling, dans J. Janssen, Gesch. des deutschen Volkes, t. i, p. 494. 5. Hartzheini, op. cit., t. v, p. 957. 6. Gams, Kirchengeschichte Spaniens, t. m a, p. 351 ; Séries episcoporum, p. 94. 7. Raynaldi, Annal., ad ann. 1488, n. 7. 863. AUTRES CONCILES SOUS INNOCENT VIII 139 En octobre 1490, l'archevêque de SalzLourg, Frédéric de Schaumbourg, tint un concile provincial dans l'église paroissiale de Saint-Nicolas, à Mûhldorf, avec ses sufîragants, Sixte de Frei- singue, Georges de Chiemsee, Matthias de Seckau, et les procureurs de Ratisbonne, Passau, Brixen et Lavant ^; les canons 45-51 (non numérotés) correspondent exactement aux décrets de Freisingue de 1434 et de 1438, et à ceux de Salzbourg de 1418 et 1437. Les premiers ont pour objet : 1. La conduite honorable des clercs. 2. Le renouvellement du décret de Bâle contre le concubinage (can. 5). 3. Les clercs étrangers et inconnus. 4. La défense de donner l'argent de l'église à des acteurs, jongleurs, étudiants en voyage et « goliards ». 5. Le devoir de la résidence et l'interdiction de la pluralité des bénéfices. 6. L'absolution des cas réservés pontificaux et épiscopaux, que les confesseurs ne peuvent donner que moyennant des pouvoirs spéciaux '^. 7. Dans les églises paroissiales, tous les dimanches, avant la messe, aura lieu la bénédiction de l'eau et du sel, puis la procession avec indulgence de quarante jours pour ceux qui y assistent, 8. La simonie est défendue : les sacrements doivent être admi- nistrés gratuitement. 9. Qu'aucun prêtre ne remette à un criminel notoire, pour de l'argent, les peines ecclésiastiques qu'il a encourues. 10. L'usure est punie, outre les autres peines ecclésiastiques, d'une amende de dix livres au profit de la fabrique de l'église. 11. S'ils ne promettent satisfaction, les usuriers seront privés de la sépulture ecclésiastique. 12. De même ceux qui meurent en état de péché mortel. [294] 13. Les quêteurs s'en tiendront rigoureusement aux pouvoirs qu'ils ont reçus; on punira leurs pratiques abusives. 14. Les moines mendiants ne seront admis à confesser et à ^ 1. Lûnig, Spicil. Eccles., contin. t. m, p. 770 sq. ; Hartzheim, op. cit., t. v, p. 572, 597; cf. Mansi, note à Raynaldi, Ajtnal., ad ann. 1490; Binterim^ op. cit., t. vu, p. 360-367, 500-530. 2. Ici la même formule d'absolution qui avait été libellée au concile de Frcising, 1480. 140 LIVRE L prêcher que sur lettres testimoniales de leurs supérieurs et de l'évêque. 15. Le curé, de concert avec les « vitrici » et deux hommes hono- rables élus par la communauté, administrera sagement et chaque année rendra ses comptes à rarchidiacre ou au doyen. La caisse de l'église aura trois clés, dont l'une entre les mains du curé, les deux autres chez les « vitrici «. 16. Défense de dépouiller les églises vacantes et obligation de leur rendre ce qu'on leur a dérobé. 17. Sauf permission de l'autorité, les clercs ne paieront ni tribut ni impôt à des laïques, ni même aux doyens. 18. Les patrons et défenseurs n'opprimeront point les églises. 19. On publiera le statut du cardinal-légat Guido contre ceux qui attaquent les personnes ecclésiastiques. (Concile de Vienne de 1267, can. 5.) Si un chanoine ou un clerc est saisi dans une église, le service divin y sera suspendu jusqu'à sa libéra- tion. 20. Les juges ecclésiastiques ne doivent point citer les laïques sans marquer expressément la cause de la citation. 21. Ni excommunier, si ce n'est par écrit et après les monitions canoniques. 22. Les causes matrimoniales ne doivent être jugées que par les juges ecclésiastiques. 23. Nul n'assistera aux mariages clandestins; les curés obli- geront, même sous peine de refus des sacrements, ceux qui les ont contractés à les rendre publics. 24. Les décisions et jugements du Siège apostolique seront exécutés fidèlement et ponctuellement. 25. L'interdit sera exactement observé; on administrera le baptême, le viatique et le sacrement de pénitence; les clercs élevés en dignité qui ont observé l'interdit recevront l'extrême- onction et la sépulture ecclésiastique; on prêchera une fois par semaine. Les relevailles solennelles, la bénédiction des mariages, l'aspersion avec l'eau bénite sont suspendues; on pourra dire la messe tous les jours, mais la messe basse, portes closes, et sans sonnerie de cloches, excepté les jours des plus grandes fêtes. (V. là-dessus le décret de Bâle : que l'interdit ne doit pas être prononcé à la légère... 22 janvier 1435, can. 3.) 26. Décret de Martin V sur les excommuniés tolérés. 27. Les dîmes seront acquittées intégralement. 863. AUTRES CONCILES SOUS INNOCENT VIII 141 28. Nul ne sera tenu pour lépreux, s'il n'est reconnu comme tel par l'Ordinaire. [2951 29. Les religieux observeront exactement leur vœu et leurs règles. 30. On tiendra la main à ce que les religieuses observent leurs règles et que leur admission ne soit pas simoniaquc. 31. On prendra des mesures contre ceux qui appartiennent à divers groupements ou sectes suspectes, et ne relevant d'aucun ordre religieux approuvé. 32. Défense d'aliéner les biens d'église. 33. Administration du baptême. 34. L'eucharistie, le saint chrême et les saintes huiles seront gardées sous clé; les saintes espèces renouvelées au moins chaque mois; on veillera à la propreté des linges d'autel et de tout le mobilier d'église. 35. On réprouve l'erreur que le prêtre en état de péché mortel ne peut pas consacrer ni absoudre (ce canon manque en plu- sieurs textes). 36. Célébration du service divin (d'après la xxi^ session de Baie). 37. La présence au chœur et les distributions. 38. Comment on doit réciter extra cJiorum les heures canoniques. 39. Contre ceux qui se promènent dans l'église pendant les offices. 40. On affichera au chœur un tableau du service choral, portant indication de ce que chaque chanoine ou bénéficier aura, pour chaque heure, à lire, faire ou chanter, pendant la semaine ou une plus longue période. 41. Défense aux nouveaux prêtres, à l'occasion de leur première messe, de donner aucun festin; qu'ils soient tout entiers aux choses de Dieu. 42. On ne doit point admettre à la communion ceux qui n'ont point été absous, même si le prêtre n'a pu les absoudre à raison d'un cas réservé. 43. Contre les mariages clandestins. 44. Contre les curés qui se montrent durs pour exiger de leurs paroissiens les taxes. 45. Ceux qui sont notoirement coupables d'un crime public seront renvoyés pour absolution à l'évêque ou à son officiai; et les récidivistes condamnés à la pénitence publique « (caréna) ». 142 LIVRE L 46. On n'érigera sans l'agrément de l'évêque ni nouvelle église, ni>autre édifice religieux. 47. Les clercs n'ont pas à comparaître devant les tribunaux séculiers. 48. Les notaires publics doivent être autorisés par l'évêque ou son vicaire. 49. Les prélats de l'Ordre bénédictin tiendront un chapitre à Salzbourg, à la prochaine fête de saint Guy, 15 juin 1491, et ensuite tous les trois ans. A ces décrets étaient joints : a) le chap. Omnis utriusque sexus du IV^ concile de Latran, can, 21, en latin et en allemand; b) le décret du concile de Bâle, du 26 novembre 1433, sur les conciles; c) la confirmation de la « Carolina » par Martin V, en latin et en allemand. Tous les curés donneront chaque année lecture solen- nelle de la « Carolina » les dimanches des quatre-temps. En la même année 1490, Wedegon, évoque d'Havelberg, tient un synode diocésain, dont les statuts furent confirmés par l'arche- vêque Ernest de Magdebourg ^; un autre est mentionné à Arras, sous l'évêque Pierre de Rachicourt^; en Islande, il semble qu'un synode ait eu lieu cette année à Rafnagil, et un autre l'année suivante à Vidvica ^. Le dimanche de Quasimodo, 10 avril 1491, furent publiés à Venise les statuts de l'évêque de Trévise, Nicolas Franco (1486- [296] 1499). Ils punissaient les religieux errants ne portant ni l'habit ni la tonsure, les religieuses abandonnant leur cloître, la simonie dans les fonctions sacrées; réglementaient les funérailles et les fon- dations de messes, les honoraires des avocats, procureurs et notaires; interdisaient les médecins juifs, les quêteurs, l'im- pression des mauvais livres, et pressaient en même temps l'observation de plusieurs constitutions de Sixte IV et d'Inno- cent VIII*. Le mardi après le dimanche Exaudi, 15 mai 1491, Henri III Gross de Trockau, évêque de Bamberg (1487-1501) ^, y tint un synode diocésain dont les décrets parurent sous lxi titres. 1. Hartzheim, Conc. Germ., t. v, p. 957. 2. Moroni, Dizionario, t. m, p. 44, au mot Arras. 3. Finn. John., op. cit., t. ii, p. 616; Mûntcr, op. cit., p. 218. 4. Const. Tarvisinae, dans Mansi, Concilia, supplém., t. vi, col. 671-690. 5. Hartzheim, Conc. Germ., t. v, p. 597-639; Ludewig, op. cit., t. i, p. 1196 sq. ; Bintcrim, op. cit., t. vu, p. 330-333. 864. ŒUVRES DIVERSES d'iNNOCENT VIII 143 L'existence d'un synode polonais de la même année, sous le cardinal-archevêque Frédéric, est douteuse ^. L'année 1492 vit encore en Allemagne plusieurs synodes dio- césains : à Schwerin, où l'évêque Conrad Losten (1482-1503) donna des décrets en lx chapitres; on y relève, entre autres choses, la permission de chanter un cantique en allemand pendant la grand'messe ^. C'est alors que fut commis, dans ce diocèse, à Sternberg, un crime juif contre des hosties consacrées, qui pro- duisit une émotion considérable ^. Un synode tenu à Stargard pour le diocèse de Camin, sous l'évêque Benoît de Waldstein, promulgua 18 canons qui confirmaient ceux du synode de 1454 *. A Constance, l'évêque Thomas (1491-1496) fit faire un recueil de statuts empruntés aux synodes de 1463 et de 1483, pour être lus dans les chapitres ruraux ^. A Ratisbonne, l'évêque Rupert II convoqua dans sa ville épis- copale les abbés, prévôts et doyens ruraux, pour leur communiquer les derniers statuts (novembre 1492) ®. [297] 864. Œuvres diverses d'Innocent VIII. — Sa mort. Innocent VIII avait créé, pour pourvoir aux nécessités finan- cières un grand nombre de charges vénales et augmenté le nombre des fonctionnaires de la curie '. Mais il tint à faire régner parmi eux le bon ordre et la plus exacte discipline. Il nomma le docteur Pierre de Vicence auditeur général de la Chambre apostolique et le chargea de poursuivre et de punir tous les crimes et délits des employés ecclésiastiques et séculiers de la curie ^. Il simplifia la procédure, surtout celle de la Rote ^, punit très sévèrement les 1. Bulinski, op. cit., t. ii, p. 271 sq. 2. Hartzheim, Conc. Germ., t. \, p. 639-659; Binterim, op. cit., t. vu, p. 384-388; les Statuts furent renouvelés le 12 janvier 1519. 3. Lisch, dans Jahrhûcher des Vereins fïir JMeckleinb. Gesch., 1847, t. xii,p. 207 sq. 4. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 661-662; Binterim, op. cit., t. vu, p. 383. 5. Hartzheim, op. cit., t. v, p. 659-661, Binterim, op. cit., t. vu, p. 317 sq. 6. Binterim, op. cit., t. vu, p. 371 sq. 7. Const. Non débet reprehensihile, 1487, Jiull. rom., Turin., t. v, p. 330. Phillips, Kirchenrecht, t. vi, p. 399, n. 302. 8. Const. Apprime, 1485, const. 9, Bull, rom., t. v, p. 320; Phillips, op. cit., t. VI, p. 433 sq., n. 304. 9. Const. 16 Finem lilibus, 1488, Bull, rom., t. v, p. 339; Phillips, op. cit., p. 478, 487, n. 309-310. La constilulionS, CiVcunspec/a, de 1485 (ib., p. 319), avait expressé- 144 LIVRE L assassins et les fauteurs de troubles ^, ainsi que les fabricants de fausses bulles, qui pour de l'argent ne reculaient pas devant les crimes les plus scandaleux : pour des faits de cette nature, Domi- nique de Viterbe et François Maldente furent exécutés ^. Il prit des mesures énergiques contre les hérétiques. Contre les vaudois de la province d'Embrun qui s'étaient soulevés contre l'inquisiteur et avaient massacré ses gens, il envoya l'archidiacre de Crémone, Albert de Capitaneis ^. Il ordonna à l'archevêque de Rouen de procéder juridiquement pour cause de crime et de calomnie contre le curé de Saint-Aubin en Normandie, Jean de Ferriers, qui osait prétendre avoir du pape permission de prendre femme. Il enjoignit aux inquisiteurs de Catalogne de prendre des mesures contre les hérétiques qui n'observaient pas l'abstinence en carême et re- fusaient d'honorer la sainte eucharistie "*. On l'a très faussement [298] accusé d'avoir soutenu ou cru que la fornication simple et occulte n'est pas défendue, et d'avoir donné la permission en Norvège de consacrer sous la seule espèce du pain ^. Sixte IV s'était déjà élevé contre cette superstition audacieuse — de nos jours remise en honneur sous le nom de spiritisme — qui prétend obtenir des réponses des démons ^. Innocent s'attaqua aussi à la magie et fit déférer aux tribunaux ecclésiastiques la connaissance de ce crime. En Allemagne et aussi en Ecosse ', la croyance aux incubes et aux succubes était fort répandue, principalement à Brème, Cologne, Trêves, Mayence et Salzbourg. Il y nomma inquisiteurs Henri Kramer (Institor) et Jacques Springer (2 décembre 1484) ^. On vit peu après paraître un ouvrage imprimé déjà sous son pon- tificat : le Maliens maleficarum ^, et un écrit bientôt imprimé ment déclaré la charge d'auditeur incompatible avec un évêclié qui ne serait pas in partibus. Phillips, op. cil., p. 477. 1. Raynaldi, Annal., ad ann. 1486, n. 33. 2. Ibid., 1490, n. 22; cf. L. Pastor. op. cit., t. v, p. 341 (IL L.). 3. Décret du 27 avril 1487; Raynaldi, op. cit., 1487, n. 25. 4. Ibid., ad ann. 1488, n. 7. 5. Ibid., ad ann., 1490, n. 22. 6. Sixte IV, Vil Décrétai, lib. V, tit. 12, De malef. et incant. c. 2. 7. Raynaldi, Annal., ad ann. 1484, n. 75-76; cf. L. Pastor, op. cit., t. v, p. 337- 336 (H. L.). 8. C. 4 Summis desiderantes,dans VII Décret., lib. V, lit. kii; Bull., Turin, t. v, p. 296 sq., Raynaldi, Annal, ad ann. 1484, n. 74; Gôrres, Mystik, t. iv b, p. 651 sq. Phillips, op. cit., p. 602, n. 204. 9. Maliens malificarum in très parles divisas, in quibus concurreniia ad malcficia 864. ŒUVRES DIVERSES d'iNNOCENT VU! 145 aussi du docteur Ulrich Molitor de Constance ^. L'université de Cologne donna au Maliens une approbation flatteuse et le roi Maximilien adressa le 6 novembre i486 de Bruxelles une lettre où il déclarait prendre sous sa protection les inquisiteurs que le pape lui avait recommandés le 18 juin 1485 -. Trithème lui-même suspect d'enchantements combattit la magie dans un ouvrage spécial ^. En même temps, le pape travaillait à faire abolir dans les terres du roi l'usage encore existant du jugement de Dieu par l'épreuve du fer rougi au feu *. Les magistrats séculiers de Lombardie se refusant à faire exécuter les jugements des inquisiteurs sans les avoir préalablement examinés eux-mêmes, Innocent réprouva expressément, le 30 septembre i486, cet abus de la puissance séculière ^; comme il lutta aussi contre celui du Placet royal en [299] Portugal ^. Il renouvela le 9 novembre 1488 la constitution de Pie II, de mai 1460, contre les atteintes portées aux privilèges des clercs "et donna, le 25 janvier 1492, une constitution relative à l'immunité et à la liberté de l'Église ^. Il confirma le 23 août 1489 la confrérie de la Miséricorde, fondée pour s'occuper du salut de l'âme des condamnés à mort, et pour le soin de leur sépulture chrétienne ^. Il fit reprendre les travaux commencés sous son prédécesseur, en vue de la canonisation du duc Léopold d'Autriche et célébrer solennellement la translation de ses reliques "^. Peu de temps avant sa mort, il eut la grande joie d'apprendre qu'on avait découvert à Rome, dans l'église Sainte-Croix, le titre de la Croix. Il reçut aussi un grand nombre de précieuses reliques de Constantinople ^^. Il accorda aux ordres religieux divers et modus denique procedendi ac puniendi maleficos abunde continetur, in-4°^ Poloniae^ 1489, Francofurti, 1580. 1. De lamiis pythonicis mulierihus, Cologne, 1489. 2. Raynaldi, Annal., ad aiin. 1485, n. 20. 3. Ihid., ad ann., 1507, n. 30; Silbernagl, Joh. Trithcmins, in S". Landshut, 1868, p. 135-156. 4. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1485, n. 20. 5. Ibid., 1486, n. 57. 6. Roscovany, Monum., t. i, p. 117-118. 7. Raynaldi, op. cit., ad ann. 1488, n. 21-22. 8. Ibid., 1491, n. 17. 9. Ibid., 1490, n. 23; Didl. rom., t. v, p. 343-346. 10. Raynaldi, Annal, ad ann. 1483, n. 58; 1485, n. 54-60 ;'B»//. rom., t. v, p. 298-303, const. 2. 11. Raynaldi, op. cil., ad ann. 1492, n. 14-17. On y trouvera aussi des rensei- gnements sur la sainte Lance